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Question 2 : Sociétés et cultures urbaines.
Doc 1 + Carte p 132-133 :
1) Où se développe l’essentiel des villes à partir du XIème siècle ?
Pourquoi ?
2) Qu’est-ce qui caractérise une ville du Moyen-Age ?
- Pourquoi et comment les villes se développent-elles du XIème au XIIIème siècle ?
- Quels sont les points communs et les spécificités des villes médiévales ?
- En quoi donnent-elles naissance à une culture urbaine ?
Etude de cas :
Une ville du Nord de l’Europe, Reims.
Une ville méditerranéenne, Aigues-Mortes.
I. Le développement des villes du XIème au XIIIème siècle.
1) Qu’est-ce qu’une ville médiévale ?
- La construction d’une muraille est souvent le signe le plus évident du fait urbain. Il peut s’agir de la
reconstruction d’une enceinte antique (comme à Reims) ou de la construction d’une nouvelle enceinte
(comme à Aigues-Mortes).
L’agglomération urbaine se définit comme « intra muros », la ville est donc définie comme close. Cependant,
construire une muraille est très onéreux, c’est la raison pour la quelle beaucoup de villes n’en ont pas.
Les murailles n’ont pas forcément un but défensif mais plutôt ostentatoire (destiné à montrer la richesse et
la puissance de la ville mais aussi sa liberté, sa capacité à assurer elle-même sa destinée) comme à Avignon.
Elles ont aussi un but pratique, celui de filtrer les entrées et les sorties et donc de recueillir plus facilement
les taxes en restreignant le nombre de portes d’entrées et de sorties.
- Critère de la population : Ce qui distingue la ville de la bourgade est aussi la densité de population, même si
les villes restent peu peuplées selon les critères actuels.
Chiffres peu précis car pas de doc démographique ou fiscal. Cependant on estime que la pop des villes
augmente fortement à cette époque : 10 000 hab à Reims (20 000 fin XIIIème ?).
Situation particulière à Aigues-Mortes car ville nouvelle : nombre d’habitants inconnu mais nous savons que
la population a augmentée et a été la plus nombreuse à la charnière des XIIIème et XIVème siècles.
- C’est en fait par les activités et les fonctions qui s’y concentrent que la ville se définit le mieux.
2) Les fonctions de la ville.
- Elle rassemble tout d’abord les fonctions religieuses. A Reims, la ville apparaît divisée entre 4 seigneurs
ecclésiastiques : l’archevêque, le chapitre cathédral et les abbayes Saint-Nicaise et Saint-Remi.
La vocation religieuse de la ville restera visible jusqu’à la fin du XVIIIème siècle car ce n’est qu’à la Révolution
que s’achèvera la domination « physique » des églises et des couvents sur l’habitat.
Par sa richesse et sa puissance, l’Eglise contribue au développement des villes en finançant les grands
chantiers des cathédrales et en attirant les pèlerins auprès des reliques (pèlerinages).
A Aigues-Mortes, la construction des bâtiments religieux répond davantage à un projet politique : affirmer
l’autorité du roi de France et faire de la ville un port d’embarquement pour les croisades en Terre sainte.
- Fonctions liées à l’exercice de la justice => on y reviendra
- Les fonctions éducatives : Les villes ont une fonction intellectuelle importante. On y trouve des écoles
cathédrales réservées aux clercs et aux enfants de riches laïcs (Les plus réputées sont celles de Reims et de
Chartres) mais aussi des bibliothèques et, à partir du XIIème siècle, des universités.
La notoriété des écoles et des universités dépend de celle des maîtres qui y enseignent comme Gerbert
d’Aurillac à Reims, futur pape, et considéré comme l’un des plus grands savants de son temps.
La plupart des universités sont nées aux XIIème et XIIIème siècles en France, Italie et en Angleterre. Elles
attirent les savants et les étudiants de l’ensemble de l’Europe. Celles de Paris et de Montpellier comptent
parmi les plus importantes et les plus anciennes.
- Les activités de production artisanale et d’échange à différentes échelles. La société urbaine se distingue
donc de plus en plus de la société féodo-seigneuriale par le fait que la ville est un lieu de pouvoir
rassemblant des habitants qui ne produisent pas ce qui est nécessaire à leur consommation et qui
dépendent de façon croissante du marché monétaire (et non plus du troc). On y trouve donc beaucoup de
banquiers qui stimulent les échanges grâce à de nouveaux moyens de paiement (lettre de change)
3) L’essor des villes reflète le dynamisme de l’Occident.
Le développement des villes est tout d’abord lié à la croissance économique et démographique des campagnes
environnantes. L’excédent de population rurale s’installe en ville et les produits agricoles sont vendus sur les
marchés urbains.
Les villes attirent grâce à leurs activités économiques (commerce), politiques (lieux de pouvoir), religieuses
(pèlerinage, lieux de culte) et culturelles (écoles, universités).
Mais le développement des villes est aussi lié au développement général de l’Occident, notamment commercial.
- A Reims, la ville bénéficie de la proximité des foires de Champagne qui attirent des marchands du monde
entier.
- A Aigues-Mortes, le développement de la ville et de son port émane de la volonté du roi de France de
participer au commerce en Méditerranée qui se développe fortement à cette époque et aux échanges avec
les marchands italiens qui dominent ce commerce. Aigues-Mortes est le seul point d’accès à la Méditerranée
et le point de passage obligé des marchandises et des marchands qui circulent entre les régions
commerciales du nord de l’Europe et la Méditerranée.
II. L’émergence d’une culture urbaine.
1) Les sociétés urbaines.
Les sociétés urbaines médiévales sont très diversifiées mais néanmoins hiérarchisées.
On y trouve des groupes sociaux traditionnels :
- Chevaliers et seigneurs : souvent assez nombreux en ville. Ils sont souvent rattachés au service de l’évêque
(fonction militaire, fiscale…). Certains sont seigneurs de quartiers. Beaucoup sont attirés par les produits de
luxe qu’on ne trouve qu’en ville. Ce goût du luxe et des dépenses est parfois mal vu par l’Eglise =>
enluminure.
- Clercs : très nombreux en proportion. Position privilégiée (premiers possesseurs du sol et des droits urbains
- Juifs : Présents au nord dans quelques cités épiscopales (Reims, Paris, Troyes…). Au sud, présence plus
importante (Nîmes, Avignon, Montpellier…). Ils font souvent partie d’une certaine élite car ils sont souvent
au service des seigneurs et des évêques qui les protègent (car ils occupent des fonctions que les chrétiens ne
peuvent pas occuper : banquiers, usuriers… car contraire au dogme). Ils bénéficient aussi souvent d’une
relative autonomie dans la gestion de leurs quartiers (« quartiers juifs »). Ce qui ne les empêchent pas dans
le même temps de subir une certaine discrimination et des pogroms réguliers (notamment à l’occasion des
croisades)
Surtout la croissance des villes favorise l’essor de trois groupes sociaux appelés à bouleverser la société urbaine :
- Les marchands : la plupart exerce leur activité localement. Seule une minorité brasse des affaires à l’échelle
d’un diocèse, d’un pays ou participe aux échanges internationaux. Ce milieu reste très lié aux seigneurs et se
mettent souvent à leur service.
- Les artisans : moins bien connus car activités plus spécialisées et ressources plus modestes. Signe de leur
développement, ces activités se diversifient et font l’objet de règlements => doc 5 p 137.
On commence à parler de « métiers ». Géographiquement, les quartiers commencent à se spécialiser par
métier.
Par exemple, les bouchers, les tisserands, les teinturiers, qui exercent des métiers impurs ou polluants, sont
souvent relégués en périphérie. A l’inverse, les métiers du fer (forgerons) et des matières précieuses
(orfèvres…) sont toujours dans la ville intra muros.
- Les maîtres et les étudiants : de plus en plus nombreux surtout dans les villes du nord (Paris, Reims,
Chartres) avec une exception au sud : Montpellier.
On assiste dans la plupart des villes à l’émergence d’une élite, le patriciat (on parle aussi de bourgeoisie) composée
de seigneurs mais aussi de riches marchands et d’artisans qui prennent en charge la gestion de la ville et son
gouvernement.
2) Le mouvement des Communes naît en Italie.
C’est en Italie du Nord que le mouvement des Communes naît et se développe le plus largement.
Il s’agit de cités qui parviennent à devenir indépendantes vis-à-vis de leur souverain et du pape. Elles acquièrent des
« libertés » : elles se dotent de leur propre gouvernement, justice, fiscalité et assurent leur défense.
Le gouvernement est composé de consuls, souvent de riches aristocrates, bourgeois ou marchands qui affirment
défendre la res publica (d’où le terme de « république »), c’est-à-dire prendre en charge les intérêts communs (d’où
le terme de « commune »). Les villes rompent ainsi avec l’organisation féodale de la société médiévale.
Le mouvement des communes entraîne une vie politique intense et une lutte de factions souvent violente, ce que
symbolisent les nombreuses tours hérissées dans les villes italiennes comme Florence (plus de 200) ou San
Gimignano et qui ont pour fonction d’affirmer la puissance des grandes familles par rapport à leurs adversaires.
3) Le mouvement communal à Reims et les privilèges de la cité d’Aigues-Mortes.
Dans le royaume de France, l’enrichissement des villes les amènent à rechercher une reconnaissance
institutionnelle et davantage de libertés (autonomie) vis-à-vis du pouvoir royal : c’est le mouvement des
« communes » (au sud on parle des « consulats »).
Ces communes acquièrent un certain nombre de privilèges :
- Politique : droit de se gouverner elles-mêmes. Mise en place d’assemblées et de conseils de magistrats
municipaux (les échevins dans le nord, les consuls dans le sud). Les échevins ou consuls sont des bourgeois.
- Juridique : apparition de statuts municipaux => les chartes de franchises.
- Judiciaire : mise en place de tribunaux municipaux (même si la justice criminelle reste une prérogative
royale)
- Défensif : la commune a la responsabilité de sa défense. La ville étend son ban (pouvoir de commander) et
sa loi sur un rayon d’une lieue (4440 m) => banlieue. Les paysans des alentours et les habitants intra muros
sont amenés à assurer périodiquement la garde des murailles et des patrouilles de police.
Les communes favorisent le sentiment d’appartenance à la ville (l’identité urbaine) et une certaine sociabilité.
Pour marquer leur autonomie, les villes se dotent de symboles : des bâtiments publics (halles, hôtel de ville => doc 2
p 135, beffrois => p.133) et des sceaux.
Conclusion :
A faire à la maison

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  • 1. Question 2 : Sociétés et cultures urbaines. Doc 1 + Carte p 132-133 : 1) Où se développe l’essentiel des villes à partir du XIème siècle ? Pourquoi ? 2) Qu’est-ce qui caractérise une ville du Moyen-Age ? - Pourquoi et comment les villes se développent-elles du XIème au XIIIème siècle ? - Quels sont les points communs et les spécificités des villes médiévales ? - En quoi donnent-elles naissance à une culture urbaine ? Etude de cas : Une ville du Nord de l’Europe, Reims. Une ville méditerranéenne, Aigues-Mortes. I. Le développement des villes du XIème au XIIIème siècle. 1) Qu’est-ce qu’une ville médiévale ? - La construction d’une muraille est souvent le signe le plus évident du fait urbain. Il peut s’agir de la reconstruction d’une enceinte antique (comme à Reims) ou de la construction d’une nouvelle enceinte (comme à Aigues-Mortes). L’agglomération urbaine se définit comme « intra muros », la ville est donc définie comme close. Cependant, construire une muraille est très onéreux, c’est la raison pour la quelle beaucoup de villes n’en ont pas. Les murailles n’ont pas forcément un but défensif mais plutôt ostentatoire (destiné à montrer la richesse et la puissance de la ville mais aussi sa liberté, sa capacité à assurer elle-même sa destinée) comme à Avignon. Elles ont aussi un but pratique, celui de filtrer les entrées et les sorties et donc de recueillir plus facilement les taxes en restreignant le nombre de portes d’entrées et de sorties. - Critère de la population : Ce qui distingue la ville de la bourgade est aussi la densité de population, même si les villes restent peu peuplées selon les critères actuels. Chiffres peu précis car pas de doc démographique ou fiscal. Cependant on estime que la pop des villes augmente fortement à cette époque : 10 000 hab à Reims (20 000 fin XIIIème ?). Situation particulière à Aigues-Mortes car ville nouvelle : nombre d’habitants inconnu mais nous savons que la population a augmentée et a été la plus nombreuse à la charnière des XIIIème et XIVème siècles. - C’est en fait par les activités et les fonctions qui s’y concentrent que la ville se définit le mieux.
  • 2. 2) Les fonctions de la ville. - Elle rassemble tout d’abord les fonctions religieuses. A Reims, la ville apparaît divisée entre 4 seigneurs ecclésiastiques : l’archevêque, le chapitre cathédral et les abbayes Saint-Nicaise et Saint-Remi. La vocation religieuse de la ville restera visible jusqu’à la fin du XVIIIème siècle car ce n’est qu’à la Révolution que s’achèvera la domination « physique » des églises et des couvents sur l’habitat. Par sa richesse et sa puissance, l’Eglise contribue au développement des villes en finançant les grands chantiers des cathédrales et en attirant les pèlerins auprès des reliques (pèlerinages). A Aigues-Mortes, la construction des bâtiments religieux répond davantage à un projet politique : affirmer l’autorité du roi de France et faire de la ville un port d’embarquement pour les croisades en Terre sainte. - Fonctions liées à l’exercice de la justice => on y reviendra - Les fonctions éducatives : Les villes ont une fonction intellectuelle importante. On y trouve des écoles cathédrales réservées aux clercs et aux enfants de riches laïcs (Les plus réputées sont celles de Reims et de Chartres) mais aussi des bibliothèques et, à partir du XIIème siècle, des universités. La notoriété des écoles et des universités dépend de celle des maîtres qui y enseignent comme Gerbert d’Aurillac à Reims, futur pape, et considéré comme l’un des plus grands savants de son temps. La plupart des universités sont nées aux XIIème et XIIIème siècles en France, Italie et en Angleterre. Elles attirent les savants et les étudiants de l’ensemble de l’Europe. Celles de Paris et de Montpellier comptent parmi les plus importantes et les plus anciennes. - Les activités de production artisanale et d’échange à différentes échelles. La société urbaine se distingue donc de plus en plus de la société féodo-seigneuriale par le fait que la ville est un lieu de pouvoir rassemblant des habitants qui ne produisent pas ce qui est nécessaire à leur consommation et qui dépendent de façon croissante du marché monétaire (et non plus du troc). On y trouve donc beaucoup de banquiers qui stimulent les échanges grâce à de nouveaux moyens de paiement (lettre de change) 3) L’essor des villes reflète le dynamisme de l’Occident. Le développement des villes est tout d’abord lié à la croissance économique et démographique des campagnes environnantes. L’excédent de population rurale s’installe en ville et les produits agricoles sont vendus sur les marchés urbains. Les villes attirent grâce à leurs activités économiques (commerce), politiques (lieux de pouvoir), religieuses (pèlerinage, lieux de culte) et culturelles (écoles, universités). Mais le développement des villes est aussi lié au développement général de l’Occident, notamment commercial. - A Reims, la ville bénéficie de la proximité des foires de Champagne qui attirent des marchands du monde entier. - A Aigues-Mortes, le développement de la ville et de son port émane de la volonté du roi de France de participer au commerce en Méditerranée qui se développe fortement à cette époque et aux échanges avec les marchands italiens qui dominent ce commerce. Aigues-Mortes est le seul point d’accès à la Méditerranée et le point de passage obligé des marchandises et des marchands qui circulent entre les régions commerciales du nord de l’Europe et la Méditerranée.
  • 3. II. L’émergence d’une culture urbaine. 1) Les sociétés urbaines. Les sociétés urbaines médiévales sont très diversifiées mais néanmoins hiérarchisées. On y trouve des groupes sociaux traditionnels : - Chevaliers et seigneurs : souvent assez nombreux en ville. Ils sont souvent rattachés au service de l’évêque (fonction militaire, fiscale…). Certains sont seigneurs de quartiers. Beaucoup sont attirés par les produits de luxe qu’on ne trouve qu’en ville. Ce goût du luxe et des dépenses est parfois mal vu par l’Eglise => enluminure. - Clercs : très nombreux en proportion. Position privilégiée (premiers possesseurs du sol et des droits urbains - Juifs : Présents au nord dans quelques cités épiscopales (Reims, Paris, Troyes…). Au sud, présence plus importante (Nîmes, Avignon, Montpellier…). Ils font souvent partie d’une certaine élite car ils sont souvent au service des seigneurs et des évêques qui les protègent (car ils occupent des fonctions que les chrétiens ne peuvent pas occuper : banquiers, usuriers… car contraire au dogme). Ils bénéficient aussi souvent d’une relative autonomie dans la gestion de leurs quartiers (« quartiers juifs »). Ce qui ne les empêchent pas dans le même temps de subir une certaine discrimination et des pogroms réguliers (notamment à l’occasion des croisades) Surtout la croissance des villes favorise l’essor de trois groupes sociaux appelés à bouleverser la société urbaine : - Les marchands : la plupart exerce leur activité localement. Seule une minorité brasse des affaires à l’échelle d’un diocèse, d’un pays ou participe aux échanges internationaux. Ce milieu reste très lié aux seigneurs et se mettent souvent à leur service. - Les artisans : moins bien connus car activités plus spécialisées et ressources plus modestes. Signe de leur développement, ces activités se diversifient et font l’objet de règlements => doc 5 p 137. On commence à parler de « métiers ». Géographiquement, les quartiers commencent à se spécialiser par métier. Par exemple, les bouchers, les tisserands, les teinturiers, qui exercent des métiers impurs ou polluants, sont souvent relégués en périphérie. A l’inverse, les métiers du fer (forgerons) et des matières précieuses (orfèvres…) sont toujours dans la ville intra muros. - Les maîtres et les étudiants : de plus en plus nombreux surtout dans les villes du nord (Paris, Reims, Chartres) avec une exception au sud : Montpellier. On assiste dans la plupart des villes à l’émergence d’une élite, le patriciat (on parle aussi de bourgeoisie) composée de seigneurs mais aussi de riches marchands et d’artisans qui prennent en charge la gestion de la ville et son gouvernement. 2) Le mouvement des Communes naît en Italie. C’est en Italie du Nord que le mouvement des Communes naît et se développe le plus largement. Il s’agit de cités qui parviennent à devenir indépendantes vis-à-vis de leur souverain et du pape. Elles acquièrent des « libertés » : elles se dotent de leur propre gouvernement, justice, fiscalité et assurent leur défense. Le gouvernement est composé de consuls, souvent de riches aristocrates, bourgeois ou marchands qui affirment défendre la res publica (d’où le terme de « république »), c’est-à-dire prendre en charge les intérêts communs (d’où le terme de « commune »). Les villes rompent ainsi avec l’organisation féodale de la société médiévale. Le mouvement des communes entraîne une vie politique intense et une lutte de factions souvent violente, ce que symbolisent les nombreuses tours hérissées dans les villes italiennes comme Florence (plus de 200) ou San Gimignano et qui ont pour fonction d’affirmer la puissance des grandes familles par rapport à leurs adversaires.
  • 4. 3) Le mouvement communal à Reims et les privilèges de la cité d’Aigues-Mortes. Dans le royaume de France, l’enrichissement des villes les amènent à rechercher une reconnaissance institutionnelle et davantage de libertés (autonomie) vis-à-vis du pouvoir royal : c’est le mouvement des « communes » (au sud on parle des « consulats »). Ces communes acquièrent un certain nombre de privilèges : - Politique : droit de se gouverner elles-mêmes. Mise en place d’assemblées et de conseils de magistrats municipaux (les échevins dans le nord, les consuls dans le sud). Les échevins ou consuls sont des bourgeois. - Juridique : apparition de statuts municipaux => les chartes de franchises. - Judiciaire : mise en place de tribunaux municipaux (même si la justice criminelle reste une prérogative royale) - Défensif : la commune a la responsabilité de sa défense. La ville étend son ban (pouvoir de commander) et sa loi sur un rayon d’une lieue (4440 m) => banlieue. Les paysans des alentours et les habitants intra muros sont amenés à assurer périodiquement la garde des murailles et des patrouilles de police. Les communes favorisent le sentiment d’appartenance à la ville (l’identité urbaine) et une certaine sociabilité. Pour marquer leur autonomie, les villes se dotent de symboles : des bâtiments publics (halles, hôtel de ville => doc 2 p 135, beffrois => p.133) et des sceaux. Conclusion : A faire à la maison