Mémoire
de
fin
d’études
Promotion
FT
–
2021
–
2022
L’AVENIR DES
INFLUENCEURS
VIRTUELS
Comment les influenceurs virtuels
peuvent-ils encore innover pour devenir
de véritables leviers de communication
au service des marques ?
Héloïse AUGER
SOMMAIRE
Remerciements p.3
Introduction p.4
PARTIE I - Etat de l’art : état des lieux de l’influence virtuelle p.6
1. Qu’est-ce qu’un influenceur virtuel p.6
1.1. Historique des influenceurs virtuels p.7
1.2. L’écosystème des influenceurs virtuels p.9
1.3. Quelques exemples d’influenceurs virtuels p.12
2. Caractéristiques recherchées p.17
2.1. L’authenticité des influenceurs virtuels face à celles des influenceurs
humains p.17
2.2. Efficacité des influenceurs virtuels p.19
3. Encadrement par la loi p.20
4. Des avantages et des inconvénients pour les marques p.21
4.1. Avantages pour les marques p.21
4.2. Inconvénients pour les marques p.23
5. Conclusion p.25
PARTIE II - Recherche empirique : l’avenir des influenceurs
virtuels selon les experts p.26
1. Trouver de l’utilité : la solution des influenceurs virtuels à
impact positif p.26
1.1. Le choix d’une apparence non-humanoïde p.27
1.2. L’efficacité de l’impact positif : statistiques et partenariats p.28
2. Devenir des ambassadeurs de marque p.30
2.1. Un ambassadeur virtuel pour représenter les consommateurs p.32
2.2. Le besoin de créer des personnages complets p.33
2.3. Une opportunité pour les marques p.35
3. Avatarisation & présence dans le métavers p.36
3.1. Les influenceurs virtuels dans le métavers p.38
1
3.2. L’avatarisation : un entre-deux gagnant ? p.39
4. Conclusion p.41
PARTIE III - Discussion : l’avenir des influenceurs virtuels selon moi p.42
1. Un regain du marché p.42
1.1. De nouveaux secteurs p.43
1.2. Le cas des ambassadeurs virtuels p.44
2. L’influenceur virtuel doit informer p.46
2.1. L’influenceur virtuel comme lanceur d’alerte p.46
2.2. La disparition du modèle “placement de produit” p.47
3. L’influenceur virtuel doit divertir p.49
3.1. Trouver l’équilibre entre informer et divertir p.49
3.2. Les futurs défis de l’influence virtuelle p.51
Conclusion p.53
Annexes p.55
Bibliographie p.56
Les interviews p.62
2
REMERCIEMENTS
Écrire ce mémoire fut une expérience extrêmement enrichissante. Il y a un an, je ne
connaissais de l’influence virtuelle que le nom.
Je n’aurais certainement pas réussi à me passionner autant pour ce sujet si je
n’avais pas rencontré des professionnels aussi investis et prêts à partager leur
expertise. Un grand merci à Astrid Hiort, Muriel Ballayer, Jean-Baptiste Bourgeois,
Younes Khouakhi et Jean-Noël Frézal pour avoir pris le temps d’échanger avec moi
autour des problématiques de l’influence virtuelle.
Je tiens également à remercier l'administration du MBA DMB qui pendant une année
m’a appris à me surpasser et à travailler sur des sujets innovants en prenant en
assurance : Vincent Montet, Arnault Chatel, Laura Polet et Sophie Guignier.
Un grand merci à mes proches pour leur soutien, avoir supporté mes conversations
passionnées sur le sujet et pour s’être mis, eux aussi, à suivre des influenceurs
virtuels pour comprendre ce marché si particulier.
Enfin, merci à celles qui ont lu ce mémoire en exclusivité et pour tous leurs précieux
retours.
3
INTRODUCTION
Si j’ai choisi la branche du digital pour mon parcours professionnel, c’est avant tout
parce que j’avais envie d’évoluer dans un secteur en mouvement, qui puisse innover
chaque jour. J’aime l’idée de pouvoir faire un métier aujourd’hui qui n’existera
peut-être plus dans une dizaine d’années.
Choisir un sujet de mémoire qui puisse représenter cela était primordial pour moi.
J’avais envie de me plonger dans une thématique complètement nouvelle et ainsi
acquérir une expertise de niche.
Il y a un an, j’entendais parler pour la première fois d’influence virtuelle en tombant
sur un article de presse intitulé “Les influenceurs virtuels engagent plus que les
influenceurs humains”. Curieuse, je me suis mise à m’intéresser à ce sujet et,
rapidement, m’en suis retrouvée passionnée.
Les influenceurs virtuels génèrent jusqu’à trois fois plus d’engagements que les
influenceurs classiques. Ce chiffre, assez impressionnant, est l’un des plus connus.
Les influenceurs virtuels seraient-ils la formule magique d’une campagne réussie ?
En réalité, pas vraiment… L’étude d’HypeAuditor ayant mis en exergue cette
statistique date en fait de 2019. En trois ans, les secteurs évoluent, encore plus
depuis la crise sanitaire de 2020 qui a d’autant plus accéléré les codes digitaux.
Il est facile de comparer le taux d’engagement d’une centaine d’influenceurs virtuels
face aux milliers de créateurs de contenu présents sur la toile. Entre nano et macro
influenceurs, les taux d’engagement ne sont évidemment jamais les mêmes, alors
imaginez avec une personnalité digitale ?
Les influenceurs virtuels ont connu un grand élan d’innovation il y a trois ans. Les
marques se sont empressées de tester ces nouveaux avatars dans des campagnes
publicitaires. On pourra citer Renault, par exemple, qui avait présenté son Kadjar
grâce à Liv, une influenceuse virtuelle. Une prouesse technologique certes, mais
bien dénuée de contexte pour les consommateurs. Si l’influence virtuelle paraissait
4
être évidente pour les équipes marketing de Renault, aux yeux de monsieur et
madame tout le monde, cela restait, au mieux, un personnage de jeu vidéo. Pas
étonnant que les campagnes ne fassent pas de si bons scores que cela…
Les marques n’ont en fait pas pris le temps d’écouter et d’éduquer leurs
consommateurs, trop pressées à l’idée d’être “la première à…”.
Des exemples comme ceux de Renault, il y en a de nombreux. L’influence virtuelle
n’a pas si bonne presse que cela, et une partie des experts du digital soutient que
nous sommes déjà à la fin de leur ère.
Pourtant, des projets ne cessent de voir le jour depuis plusieurs mois, prouvant que
l'influence virtuelle n’est pas prête à disparaître aussi facilement.
En fait, c’est un sujet plus que d’actualité aujourd’hui. A l’heure où les marques sont
à la recherche de moyens toujours plus innovants pour séduire les consommateurs
et transmettre au mieux leurs messages, l’influence virtuelle semble être un levier de
communication à ne pas laisser de côté.
Innovante, flexible, incarnée, elle possède toutes les qualités pour séduire les
équipes marketing. Aujourd’hui, elle permet même de s’implémenter peu à peu dans
l’univers du web 3.0, dans lequel il sera nécessaire d’avoir des points d’ancrage d’ici
quelques années. En revanche, le manque d’une proof of work freine les dirigeants à
investir dans ce marché en plein essor.
Face à cela, comment les influenceurs virtuels peuvent-ils encore innover pour
devenir de véritables leviers de communication au service des marques ?
Dans un premier temps, l’état de l’art fera état des lieux de ce secteur aujourd’hui,
pour en révéler les faiblesses mais aussi les opportunités. Puis, nous évoquerons
l’avenir des influenceurs virtuels selon les experts du secteur. Enfin, la dernière
partie dévoilera mon analyse personnelle du marché et les réponses à notre
problématique.
Bonne lecture !
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PARTIE I - ÉTAT DE L’ART :
ÉTAT DES LIEUX DE L’INFLUENCE VIRTUELLE
Il est important et nécessaire de bien comprendre les termes et les enjeux du thème
de ce mémoire autour des influenceurs virtuels (IV).
Dans cette première partie, nous poserons ainsi les bases de l’industrie de
l’influence virtuelle. Cela nous mènera notamment à soulever des questions et des
contradictions, et la problématique de ce mémoire.
L’ensemble des informations présentes dans cette partie ont été recueillies auprès
d’essais universitaires, de références bibliographiques et webographiques et sont
sourcées.
1. Qu’est-ce qu’un influenceur virtuel
Il est difficile de définir ce qu’est - ou qui - est un influenceur virtuel (IV) sans avoir
auparavant reposé la définition d’un influenceur dit “classique”.
Selon le dictionnaire Larousse, un influenceur est une personne qui, par sa position
sociale, sa notoriété et/ou son exposition médiatique, a un grand pouvoir d’influence
sur l’opinion publique, voire sur les décideurs. La définition a aujourd’hui évolué,
pour intégrer la notion de plateformes digitales : “Personne qui, en raison de sa
popularité et de son expertise dans un domaine donné (mode, par exemple), est
capable d’influencer les pratiques de consommation des internautes par les idées
qu’elle diffuse sur un blog ou tout autre support interactif (forum, réseau social,
etc.)”.
En théorie, l’influenceur virtuel serait donc un équivalent, mais dans une version
100% digitale. A ce jour, aucun dictionnaire n’a encore intégré le mot à son lexique,
difficile donc de le définir de façon précise.
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L’influenceur virtuel (IV) n’est qu’une sous-catégorie de ce que l’on appelle “les
personnages numériques”, que l’on distingue ainsi :
- Le personnage entièrement fictif représentant une marque, une entreprise,
ou autre. Il est créé par une marque ou un studio de création pour devenir un
ambassadeur virtuel.
- Le personnage entièrement fictif dit “influenceur virtuel” qui fédère une
communauté sur les plateformes digitales autour de centres d’intérêts
communs.
Le personnage numérique - et plus particulièrement - l’influenceur virtuel, doit être
construit comme une plateforme de marque. C’est un personnage qui doit exister.
Selon Christopher Travers, fondateur du média VirtualHumans.org et acteur de
référence dans le domaine, un influenceur virtuel se définit par : “a digital character
created in computer graphics software, then given a personality defined by a
first-person view of the world, and made accessible on media platforms for the sake
of influence”. L’influenceur virtuel est donc digital.
L’avatar - originaire du mot « réincarnation » en sanskrit, langue classique de la
civilisation brahmanique de l’Inde - consiste à se projeter dans une autre enveloppe,
un autre « soi » pour se raconter (M. Dussert, 2019). Souvent fantasmé, cet alter
ego peut revêtir différentes formes, comme nous le voyons chez les influenceurs
virtuels (IV) existants (M. Dussert, 2019).
Le robot Sophia, par exemple, possède bel et bien des réseaux sociaux. Pour
autant, elle n’est pas considérée comme une influenceuse virtuelle puisqu’elle n’est
pas 100% digitale : elle existe bel et bien. En revanche, certains IV sont des robots !
Il apparaît donc nécessaire de bien faire la distinction entre les deux.
L’influenceur virtuel peut revêtir une apparence humanoïde ou complètement autre.
L’une des techniques utilisées pour créer un IV hyper-réaliste est le deepfake, qui
consiste à filmer ou photographier une véritable personne puis à la reproduire sur un
logiciel avec des traits sensiblement différents. Cette technique est notamment
utilisée dans l’industrie du jeu vidéo.
1.1. Historique des influenceurs virtuels
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Si le terme “influenceur virtuel” reste très récent dans son usage, le concept de
célébrités imaginaires et issues de la fiction remonte aux années 1930. Ce qui est
nouveau aujourd’hui, c’est son aspect 100% digital.
Des prémices il y a presque 1 siècle
En 1932, le designer Lester Gaba introduit au public Cynthia, un mannequin
plastique aux mensurations réalistes pour l’époque. Elle se voulait volontairement
très réaliste : elle possédait même des imperfections humaines. Son créateur la
transportait dans des lieux publics pour créer l’illusion qu’elle se déplaçait
d’elle-même. Sa carrière de star débuta lorsque le magazine LIFE fit un photoshoot
avec elle. Très vite, Cynthia se retrouva à collaborer avec des marques, telles que
Tiffany ou Cartier. Elle était invitée à de véritables événements. Elle était ainsi
devenue une célébrité fictive (VirtualHumans.org), mais n’est évidemment pas
considérée comme une influenceuse virtuelle.
Depuis, le concept a évolué et on note encore aujourd’hui des exemples similaires
dans la pop culture : Alvin and the Chipmunks, Max Headroom…
Il est difficile de désigner qui a été le premier influenceur virtuel (M. Rasmussen,
2022). L’absence de définition exacte de la terminologie brouille les pistes. De plus,
si certains IV ont fait leur première apparition de manière précoce, d’autres ont mis
plus de temps à créer du contenu et à construire leur communauté pour être
considérés comme tels.
À titre d’exemple, Barbie est parfois considérée comme la première VTuber
(influenceur numérique évoluant sur la plateforme YouTube, en référence au terme
YouTuber). Elle est apparue en 1959 mais n’a posté sa première vidéo qu’en 2010.
Pour autant, Ami Yamato (VTuber) postait sa première vidéo sur YouTube il y a 11
ans, bien avant que le terme VTuber soit employé pour la première fois par Kizuna
AI (elle aussi VTuber).
L’émergence d’Hatsune Miku
Il faut attendre 2007 pour que la première idole virtuelle connue du grand public
fasse son apparition. Il s’agit d’Hatsune Miku, une jeune fille au graphisme inspiré
des manga et comics japonais, mascotte voix pour le logiciel « Vocaloid 2 ».
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Vocaloid 2 utilise une technologie de synthèse vocale appliquée à la musique. Le
logiciel permet à l'utilisateur de synthétiser une chanson complète. En entrant les
paroles au clavier de l'ordinateur et l'air de la chanson au clavier d'un synthétiseur ou
avec ses systèmes informatiques, l'utilisateur peut créer un chant, auquel il est
possible de joindre une mélodie. Hatsune Miku en devient l’ambassadrice très
rapidement au Japon. Sa carrière dans la musique décolle. Le label vend près de 50
000 disques, un record pour l’époque dans l’industrie de la musique synthétique (H.
Kenmochi, 2010).
En 2011, une enquête chinoise révèle qu’elle est la 15e chanteuse japonaise
préférée citée par les consommateurs chinois (M. Komatsu, 2011). Au-delà des
plateformes digitales, Hatsune Miku s’est ensuite produite durant une tournée
internationale en 2018 (Mikuexpo), puis pendant un festival en 2020 (Newgame+).
Précurseuse des influenceurs virtuels, Hatsune Miku ne remplit cependant pas tous
les critères pour être désignée comme telle : elle reste absente des plateformes
social media et ses créateurs ne lui ont pas donné de storyline précise. Ses fans
sont libres de lui imaginer la vie qu’ils souhaitent.
Le début de l'ère des influenceurs virtuels
Le 23 avril 2016, Miquela Sousa (@lilmiquela) publie son premier post sur
Instagram. Elle est la 11e influenceuse virtuelle à être créée, mais est considérée
comme la première à avoir connu une explosion de followers et à avoir fédéré sa
communauté (C. Travers, 2021). Nous reviendrons sur son histoire un peu plus tard
dans ce mémoire.
Au fil des années, le nombre d’influenceurs virtuels s’est multiplié, passant de 9 en
2015 à plus de 200 aujourd’hui. Le pic le plus important est atteint en 2020, avec
une progression de 105% par rapport à l’année précédente.
1.2. L’écosystème des influenceurs virtuels
Les influenceurs virtuels attirent aujourd’hui des millions de followers. Le tableau
ci-dessous rassemble les 10 IV les plus suivis en 2021 ainsi que trois autres
indicateurs de performance : le taux d’engagement, le nombre de posts, et la
croissance du nombre d’abonnés (co-marketingnews.fr, 2021).
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Ces chiffres sont issus d’une étude menée par HypeAuditor en 2021 sur les Top
Influenceurs Virtuels sur Instagram (HypeAuditor, 2021), réalisée sur les données de
129 IV. Le compte-rendu de l’étude met en avant différents points :
- Les influenceurs virtuels ont des taux d’engagement presque trois fois
plus élevés que ceux des influenceurs réels. Cette tendance est constante
pour la deuxième année consécutive, indiquant que les abonnés s’engagent
mieux avec le contenu des influenceurs virtuels.
- Le public des IV est majoritairement constitué de femmes âgées de 18 à 34
ans (44,76 %). Les jeunes âgés de 13 à 17 ans sont également très
nombreux (14,64 %). C’est le double de la moyenne des influenceurs réels,
dont le jeune public représente en moyenne environ 7 % de l’ensemble de
leur audience.
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- Pour rester compétitifs, les influenceurs virtuels doivent produire des
contenus vidéos.
- 16% des IV déclarent avoir participé à des projets incluant des Non-Fungible
Token (NFT).
- 55% des 20 influenceurs virtuels les plus suivis ont été créés aux Etats-Unis.
Un chiffre qui vient notamment expliquer le fait que 23 % de l’audience des
influenceurs virtuels connus est aux États-Unis.
Une étude plus récente, datant d’avril 2022, met en exergue la façon dont les
Américains considèrent les influenceurs virtuels. Réalisée par l’agence The
Influencer Marketing Factory, elle consistait en un formulaire adressé auprès de
1044 américains âgés de 18 ans et plus (Virtual Influencer Survey, The Influencer
Marketing Factory, 2022).
Elle révèle les statistiques suivantes :
- 58% des répondants suivent au moins un influenceur virtuel.
- 24% des personnes n’en suivant pas ne connaissent même pas leur
existence.
- 27% des répondants suivent des influenceurs virtuels pour le contenu
partagé, 19% pour le storytelling et 15% car ils sont inspirés par eux.
- Les personnes âgées de 35 à 44 ans sont ceux qui font le plus confiance
(6,5/10) aux IV, en comparaison avec les autres tranches d’âge.
- 35% des répondants ont affirmé avoir déjà acheté un produit ou un service
promu par un influenceur virtuel. Afin de mettre en perspective ce chiffre,
rappelons qu’Instagram influence la décision d’achat de 80% de ses
utilisateurs (Instagram, 2020).
- Parmi les personnes ayant indiqué qu’ils ne suivaient pas d’influenceurs
virtuels, 51% indiquent comme raison qu’ils ne “sont pas intéressés”.
- 57% des répondants affirment suivre un IV sur Instagram ou YouTube (la 3e
plateforme citée est TikTok, à 20%).
Si ces chiffres nous apportent un éclairage intéressant sur les performances des IV,
ils restent néanmoins à mettre en perspective. En effet, si le taux d’engagement des
influenceurs virtuels est jusqu’à 3 fois supérieur à celui des véritables influenceurs,
c’est aussi parce qu’il n’existe que 200 IV face aux milliers d’influenceurs humains ! Il
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apparaît donc logique que la moyenne du taux d’engagement soit supérieure chez
les IV, face à la multitude d’influenceurs réels qui existent sur la toile.
L’étude menée par l’agence The Influencer Marketing Factory ne nous permet pas
d’arriver à de véritables conclusions : le formulaire n’a, en effet, été envoyé
qu’auprès de 1000 américains, ce qui représente un échantillon très faible. Aucun
pourcentage de répondants par groupe d’âge n’a été communiqué, et encore moins
sur les caractéristiques des personnes interrogées. Nous pourrions être face à une
audience sensibilisée au marketing digital ou pas du tout. Il est donc difficile
d'interpréter ces chiffres sans données supplémentaires.
Pour autant, le phénomène des influenceurs virtuels ne reste pas moins à surveiller !
En mars 2022, le réseau social Instagram a vérifié près de 35 IV (C. Travers,
VirtualHumans.org, 2022). Dans une interview donnée au média VirtualHumans.org,
Becky Owen, Head of Creator Innovations & Solutions chez Meta déclare : “At Meta,
we are exploring what this new chapter of influencer marketing could eventually
evolve into — both the good and bad — to help brands navigate the ethical
quandaries of this emerging medium. I’m fascinated by it, and I can’t wait to see
what’s next”.
1.3. Quelques exemples d’influenceurs virtuels
Les influenceurs virtuels existent de toutes sortes. Nous l’avons vu, on peut déjà
distinguer les VTubers, qui évoluent sur la plateforme YouTube. Pourtant, avec près
de 200 IV sur le web, les profils se multiplient.
Lu do Magalu (@magazineluiza sur Instagram)
Avatar réaliste (aussi appelé gynoïde), Lu do Magalu est l'influenceuse virtuelle la
plus suivie au monde. Elle cumule pas moins de 6 millions d’abonnés sur
Instagram, et plus de 30 millions toutes plateformes confondues. Pourtant, son
audience se limite à son pays de création : le Brésil. Alors qu’elle est l’IV avec la plus
grande communauté, son taux d’engagement est bien en dessous de la moyenne, à
0,01% (HypeAuditor, Instagram Engagement Rate Calculator, 2022).
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Elle apparaît pour la première fois sur YouTube en 2009 pour représenter l’enseigne
de grande distribution Magazine Luiza, très répandue au Brésil.
Elle adopte un rôle d’ambassadrice pour la marque, lui permettant d’être
l’influenceuse virtuelle la plus visible au monde (C.Travers, 2022) grâce à la diffusion
de son image sur le site e-commerce, les différents réseaux sociaux, les spots
publicitaires etc.
“Pour mieux comprendre Lu, il suffit d’imaginer qu’Amazon donne à Alexa une forme
d’avatar ainsi qu’une personnalité et lui crée des comptes sur les réseaux sociaux.
Magazine Luiza est l’équivalent d’Amazon au Brésil !” indique Christopher Travers
sur VirtualHumans.org.
Miquela Sousa (@lilmiquela sur Instagram)
Robot âgée de 19 ans et vivant à Los Angeles, Lil Miquela est sans aucun doute
l’influenceuse virtuelle la plus connue sur Instagram. Depuis sa première publication
en 2016, sa communauté a grandi, jusqu’à atteindre les 3 millions de followers sur
Instagram et tout autant sur TikTok. Elle est majoritairement suivie par des femmes,
la plupart ayant entre 18 et 24 ans (Stellar, 2021 ; Bayle, 2019).
Créée par BRUD, une société d’intelligence artificielle, elle partage son quotidien sur
ses réseaux sociaux avec un angle lifestyle : ses amis, sa famille, ses envies, ses
problèmes… Que ce soit en story, en vidéo ou en post, elle publie tous les jours : de
quoi fidéliser sa communauté et lui raconter toutes sortes d’histoires.
Miquela a en effet une storyline très détaillée : elle a une famille (possédant eux
aussi des comptes Instagram d’avatars robots numériques), un petit-ami (avec qui
elle avait même rompu !) etc. Du fait de son apparence hyper-réaliste, ses créateurs
ont longtemps joué sur l'ambiguïté que cela créait en cachant qu’elle n’était pas
réelle. En 2018, elle déclare dans une interview “I definitely wouldn't say my identity
is crowdsourced. I'm an artist and have expressed opinions that are unpopular and
as a result have cost me fans” (C. Morency, Business Of Fashion, 2018 et M. Klein,
Forbes, 2020). Lorsqu’ils ont finalement avoué que Miquela était un robot, les fans
se sont encore plus attachés à elle (A. Hiort, interview à retrouver en annexe).
Lil Miquela se fait rapidement un nom dans le secteur de l’influence. Elle porte du
Chanel, pose avec Bella Hadid pour Calvin Klein, et finit même par être incluse dans
13
le Top 25 des personnalités les plus influentes sur Internet du magazine Times
(T. Sokolowski, Outside Insight, et M. Klein, Forbes, 2020).
En parallèle de sa vie d’influenceuse, de ses collaborations avec des marques et
des célébrités, elle se lance dans la chanson, et sort plusieurs singles en 2020 dont
le plus écouté est intitulé Hard Feelings (GlobeTrender.com, 2022 et Spotify, 2022).
Elle est la première influenceuse virtuelle à faire du storytelling : une méthode qui,
plutôt que de mettre directement un produit ou une marque en avant, passe par le
biais d’une histoire. Elle capte ainsi l’attention, travaille l’image et la personnalité de
la marque pour, in fine, générer de l’émotion (Darde, 2018 ; Bathelot, 2020).
Mais Miquela n’est pas une simple influenceuse qui partage sa vie à Los Angeles.
Ses créateurs l’ont voulue engagée dans des causes qui touchent la génération Z
(personnes nées entre 1997 et 2010, alors que les communications numériques
étaient déjà bien installées dans la société (définition Wikipédia sourcée, 2022)),
telles que le mouvement Black Lives Matter (BLM) ou les droits LGBTQ+. Miquela
est aussi anti-Trump, promeut l’accès à l’avortement ou encore l’accueil des
migrants (Mémoire, L. Laet Derache, 2021).
Établir un partenariat avec Miquela coûte cher pour les marques : les process sont
plus longs qu’avec un véritable influenceur. Il faut compter environ 330.000$ pour
une campagne avec un avatar comme celui de Miquela Sousa (Mémoire, L. Laet
Derache, 2021). Pour autant, cela ne semble pas stopper les marques, puisqu’on
estime ses revenus autour de 735 000$ en 2022 (Etude OnBuy.com, 2022).
Noonoouri (@noonoori sur Instagram)
Créée par Joerg Zuber, graphiste munichois de 43 ans, Noonoouri est une
influenceuse virtuelle de 19 ans aux 400 000 abonnés sur Instagram. Passionnée
de mode, elle vit à Paris et s’est fait un nom dans le milieu en travaillant avec de
prestigieuses marques de luxe : Marc Jacobs, Dior ou encore Versace (C. Iglhaut,
2019).
A la différence totale de Miquela Sousa, gynoïde, Noonoouri ne ressemble pas aux
humains. Son créateur a fait le choix délibéré de lui donner l’image d’une poupée
aux grands yeux qui n’est pas sans rappeler les Bratz : « Noonoouri est et reste un
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personnage, tout le monde doit le voir d’emblée. Les gens la suivent parce qu’elle
est différente. Elle permet de plonger dans un monde de rêve » indiquait Joerg
Zuber dans une interview (C. Iglhaut, 2019).
Vegan, activiste, opposée à la souffrance animale, Noonoouri montre ses
engagements dans son art de vivre : elle ne porte, par exemple, aucune véritable
fourrure ou cuir. En story, elle poste tous les jours de courtes infos sur le monde et
pousse sa communauté à s'engager (Instagram, 2022). Son créateur a d’ailleurs
déclaré « Je voulais que Noonoouri soit porteuse d’un message. Avec elle, j’ai une
plateforme pour faire bouger les choses. Et je veux profiter de cette opportunité, ce
que nombre d’influenceurs réels font trop rarement » (C. Iglhaut, deutschland.de,
2019).
Avec une moyenne de 5 000 likes par publication (HypeAuditor, Instagram
Engagement Rate Calculator, 2022), Noonoouri attire les marques à collaborer avec
elle : en 2018, elle voit son compte Instagram exploser après une collaboration pour
la marque de cosmétiques de Kim Kardashian (F. Chekoufi, Vogue Australia, 2018).
Son quotidien devient encore plus réel lorsqu’elle intègre en 2020 le master Digital
Art Direction de l’Institut italien Marangoni (Istituto Marangoni, the School of Design
and McCann Worldgroup Italia) en devenant ainsi la première influenceuse virtuelle
à suivre un cursus universitaire en design (Istituto Marangoni, 2020).
Shudu (@shudu.gram sur Instagram)
Shudu se définit comme la première mannequin numérique au monde (biographie
Instagram, 2022). Elle apparaît pour la première fois en avril 2017 et suscite presque
instantanément la curiosité de ses fans (C. Herzog, Le Monde, 2018). Grande, peau
d’ébène, un long cou et des yeux transperçant, elle semble encore plus réelle que Lil
Miquela. Son créateur, le photographe Cameron-James Wilson (L.M. Jackson, The
New Yorker, 2018), s’est en effet inspiré de la Barbie sud-africaine, et des
mannequines comme Alek Wek, Duckie Thot ou Grace Jones (C. Herzog, Le
Monde, 2018).
Avec ses 235 000 abonnés amassés en quelque 100 publications (Instagram,
2022), elle collabore rapidement avec des marques de cosmétiques, notamment
Fenty Beauty (V. Etancelin, Huffpost, 2018).
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Pour autant, elle a été au cœur d’un bad buzz peu de temps après que son créateur
ait révélé qu’elle n’existait pas réellement. Les internautes n’ont pas hésité à critiquer
Cameron-James Wilson, qui avait déclaré que Shudu était “sa création, son
chef-d'œuvre sur lequel il travaillait pour le moment” (N. Gil, Refinery29, 2018) en
déclarant qu’une femme noire ne devrait jamais être l’objet d’une création artistique
par un homme blanc (N. Gil, Refinery29, 2018). Cette polémique s’inscrit dans un
contexte où le monde du mannequinat ne laisse que très peu de place à la diversité :
Shudu représentait cette inclusion mais ses fans ne sont pas tous convaincus des
intentions de son créateur.
Nobody Sausage (@nobodysausage sur Instagram et TikTok)
Nobody Sausage est un influenceur virtuel à l’apparence abstraite et loufoque : il
ressemble étrangement à une saucisse colorée. Son contenu se résume à des
chorégraphies rigolotes partagées sur TikTok puis Instagram (A. Hiort, 2022). Ses
vidéos sont devenues virales en moins de 2 ans. Avec ses 16 millions d’abonnés sur
la plateforme de ByteDance (TikTok, 2022), une étude HypeAuditor sur les Top
Influenceurs Virtuels sur Instagram, le place comme l’IV avec la croissance la plus
forte (Research, The Top Virtual Influencers on Instagram, 2021).
Gaïa (@frenchgaia sur Instagram)
La France se prête au jeu des influenceurs virtuels pour la première fois en 2018.
Créée en collaboration entre la Paris School of Luxury et WANDS, une agence de
communication spécialisée dans l’innovation visuelle, Gaïa est la première
influenceuse virtuelle française (Paris School of Luxury, 2018). Elle n’aura vécu
que le temps d’une année scolaire, mais aura été un sujet d’expérimentation pour
tous les étudiants de l’école parisienne (M. Ballayer, voir interview en annexe).
Gaïa transportait sa communauté dans un monde de rêve et d’espoir, en
photographiant ses propres rêves ainsi que ceux des autres. Comme Miquela, les
créateurs ont aussi l’idée de la faire défendre les causes lui tenant à cœur : celles
d’un monde écoresponsable et tolérant. Ses traits sont plus proches du manga que
d’un être humain et l’on peut directement se rendre compte qu’elle représente un
personnage fictif (Mémoire, L. Laet Derache, 2021).
16
2. Caractéristiques recherchées
Le secteur de l’influence a connu sa première crise en 2017, lorsque les internautes
ont compris que les influenceurs étaient payés par des marques pour parler de
produits (M. Ballayer, voir interview en annexe). C’est à partir de ce moment-là que
la question de l'authenticité est véritablement entrée dans l’équation.
2.1. L’authenticité des influenceurs virtuels face à celles des
influenceurs humains
Nous l’avons vu, les influenceurs virtuels sont suivis dans le monde entier par des
millions de personnes. Ces avatars numériques sont créés par différentes
entreprises, agences ou boîtes de production : de véritables équipes d’experts du
marketing. La question de l’authenticité est donc l’une des plus discutées dans ce
secteur car il apparaît difficile de faire confiance à une création créée de toutes
pièces et dans un but précis.
L’influenceur virtuel peut-il être perçu comme une personne ?
Ben Robinson, chercheur à l’Université de Sydney, s’est interrogé sur l'ontologie
(branche de la philosophie qui, dans son sens le plus général, s'interroge sur la
signification du mot « être » (Wikipédia, 2022)) des influenceurs virtuels dans un
article universitaire publié en 2020. Il soulève les problématiques du “réel” pour les
IV en prenant l’exemple de Lil Miquela. En effet, il apparaît clair qu’elle n’existe pas
physiquement : ce n’est pas une personne ou un être vivant. En revanche, son
identité existe bel et bien sur les réseaux sociaux. Lorsque ses abonnés voient une
photo d’elle sur leur fil d’actualité, leur relation avec elle apparaît comme étant la
même qu’avec une personne réelle. Lil Miquela possède donc une identité vivante et
active avec sa propre esthétique, son mode de vie, son histoire etc.
Le concept d’ontologie est ainsi très flou lorsqu’il est transposé aux influenceurs
virtuels alors qu’il est clé pour créer de l’authenticité.
Si l’influenceur virtuel n’existe pas physiquement, comment peut-il promouvoir une
marque ou des produits alors qu’il ne les a jamais essayés ?
17
Quels critères permettent aux influenceurs virtuels de séduire ?
En 2021, Antonio Batista da Silva Oliveira (Federal University of Rio de Janeiro,
Brésil) et Paula Chimenti (Federal University of Rio de Janeiro, Brésil) éditent un
article de recherche intitulé “Humanized Robots”: A Proposition of Categories to
Understand Virtual Influencers” où ils reviennent sur 5 grands critères :
- L'anthropomorphisme/humanisation : L’étude ne donne pas de réponse
claire sur ce critère. Les réponses des interrogés diffèrent : certains affirment
que l’on ne peut se sentir inspiré que par quelque chose qui va au-delà du
réel, alors que d’autres sont d’avis que l’anthropomorphisme amène
davantage d’authenticité et donc de confiance.
- La beauté : Elle apparaît comme étant un critère important pour comprendre
les influenceurs virtuels. Néanmoins, l’étude souligne le risque de
personnalités trop “parfaites” et aux physiques “inatteignables” qui pourraient
nuire à la santé mentale des followers.
- L’authenticité : Elle est un élément clé pour renforcer la confiance entre les
consommateurs et l’influenceur virtuel. Si, des années auparavant, certains
créateurs laissaient planer le doute sur l’existence réelle de l’IV ou non,
aujourd’hui il en est toujours mention dans la bio de l’influenceur virtuel. Un
follower est donc au courant qu’il ne suit pas une véritable personne et peut
faire la part des choses. L’étude souligne que les critiques n’en restent pas
moins fortes sur certains sujets (par exemple, durant la crise sanitaire de la
covid-19, Lil Miquela affirmait “travailler énormément” pour aider les artistes,
ce qui avait rendu sceptiques ses followers).
- La scalabilité : Une disruption (rupture du marché) du secteur par les
influenceurs virtuels pourrait avoir lieu. Pour autant, il est difficile de tirer des
conclusions, l’auteur de l’article rappelle que le succès actuel des IV pourrait
tout simplement être dû à une “tendance”.
- La contrôlabilité : La recherche montre que les IV sont plus contrôlables que
des influenceurs humains. L’utilisation de l’intelligence artificielle dans un futur
proche, amènerait à réguler davantage cette notion.
Les études menées soulèvent donc des points de vue partagés. Pour autant, une
recherche menée par FullScreen en 2019 intitulée “Can CGI Influencers Have Real
Influence?” dévoile différentes données sur la perception des IV par les
18
consommateurs. 42% des personnes sondées issus de la génération Z ou millenials
affirment avoir déjà suivi un influenceur virtuel sans savoir qu’il en était un.
23% des répondants définissent pourtant les IV comme “authentiques” (vs 41% pour
les influenceurs humains). 54% veulent “savoir qui se cache derrière un avatar
réalisé en CGI (Computer Generated Image)”.
Il y a donc un véritable besoin de transparence pour les consommateurs, sans
lequel ils ne sont pas prêts à suivre des influenceurs virtuels.
2.2. Efficacité des influenceurs virtuels
Une étude universitaire menée par Dr. Cihan Cobanoglu (Université de la Floride du
Sud aux Etats-Unis) et par Dr. Valentina Della Corte (Université de Naples Federico
en Italie) en 2021 aborde le sujet de la starification des influenceurs virtuels. Ils
ont ainsi cherché à démontrer comment la confrontation des consommateurs à des
IV pouvait les amener à un sentiment positif, et quelles étaient leurs opinions sur
l’attractivité, la confiance et leur expertise envers ces nouveaux influenceurs.
Pour conduire cette étude, ils ont diffusé un formulaire basé sur la méthode de
Ohanian en mettant en opposition un influenceur virtuel hyper-réaliste (Lil Miquela)
et une célébrité à l’esthétique cartoon (Hatsune Miku) mis en scène dans deux
publicités distinctes.
Les conclusions de la recherche montrent que :
- Les consommateurs trouvent Hatsune Miku plus attractive et crédible que Lil
Miquela. De manière générale, ils sont plus favorables à une célébrité
“cartoon” qu’à un influenceur virtuel ressemblant à un humain.
- Les personnes interrogées ont gardé un ressenti neutre quant à l’expertise
des deux influenceuses virtuelles.
- A la question “J’aime les influenceurs virtuels”, seulement 34,3% des
répondants ont répondu “oui”, 38,1% ont répondu “non”.
Le questionnaire a été soumis auprès d’une centaine de jeunes entre 18 et 24 ans,
supposés plus sensibles à la culture digitale, à l’innovation et au domaine de
l’influence.
Si les résultats de l’étude semblent assez négatifs quant à l’avenir des IV, les
auteurs n'hésitent pas à nuancer leur propos : en effet, les IV n’ont fait leur
19
apparition que depuis quelques années dans le sud de l’Asie (lieu de l’étude). Les
publicités mettant en scène Hatsune Miku et Lil Miquela étant différentes, il est
possible que le produit vendu ait tout simplement biaisé les résultats. Enfin,
l’échantillon utilisé n’est pas assez grand pour parvenir à des conclusions arrêtées
(Virtual influencers as celebrity endorsers, 2021).
L’efficacité des influenceurs virtuels en publicité reste encore à prouver. En 2019,
Renault dévoilait son ambassadrice numérique, Liv, pour présenter son Kadjar
(L’ADN, 2019). Si le spot publicitaire avait bien été diffusé en prime time à la
télévision, l’opinion des consommateurs est surtout resté négatif : “Je n’y crois
pas, il y a quelque chose d’étrange sur cette fausse femme virtuelle.” ou encore
“Mouais, pour un véhicule déjà dépassé par la concurrence française et une pauvre
Liv franchement mal faite, ça fait un peu ridicule” peut-on lire (L’ADN, 2019).
Dans un autre registre, Prada a récemment créé sa propre influenceuse virtuelle
pour faire la promotion de son parfum Prada Candy (Les Gens d’Internet, 2021).
Avec une stratégie autour de différents clips de campagne diffusés sur TikTok, la
marque pensait se rajeunir (Les Gens d’Internet, 2021). Pourtant, c’est un flop pour
Prada : avec une première vidéo à 90k vues, on est bien en-deçà des statistiques
habituelles du compte, autour du 1 million de vues (TikTok, 2022). Dans les
commentaires, personne ne parle réellement du produit : une campagne en
demi-teinte pour la marque.
3. Encadrement par la loi
Comme toute nouvelle innovation, les influenceurs virtuels sont tout d'abord apparus
dans un vide juridique. Avec les années, nous avons vu apparaître un encadrement
légal plus précis.
Dès 2019, Bryan Gold, PDD de l’agence #Paid alarmait : “Cela peut conduire les
entreprises dans une zone dangereuse. Comment les consommateurs peuvent-ils
avoir confiance dans le message qui est émis ?” (O. Cimelière, 2019). A titre
d’exemple, la Californie impose depuis le 1er juillet 2019 que les chatbots
s’identifient clairement comme tels (J. Lausson, 2019).
20
Aujourd’hui, Meta travaille sur la question des influenceurs virtuels. La prolifération
de deepfakes sur ses plateformes ne plaît pas au groupe. Tama Leaver et Rachel
Berryman expliquent qu’en dépit de leur création récente, les influenceurs virtuels
ont déjà provoqué des polémiques par le passé, “ce qui soulève des questions
éthiques pour les producteurs qui créent des personnages numériques ayant des
caractéristiques démographiques différentes des leurs” (J.Y. Alric, 2022).
Depuis le 28 novembre 2018, l’ARPP (Autorité de Régulation Professionnelle de la
Publicité), s’interroge sur l’identification des publications comme des
communications commerciales. Via son observatoire des pratiques publicitaires
digitales, elle mène actuellement plusieurs études afin de réguler les posts des
influenceurs virtuels. Visiblement dépassés par le phénomène, les acteurs français
de la régulation sont encore dans une phase d’observation active (Digital Media
Knowledge, 2019).
4. Des avantages et des inconvénients pour les marques
4.1. Avantages pour les marques
L’influenceur virtuel donne aux marques une nouvelle opportunité : la possibilité de
communiquer d’une autre façon, élément primordial pour un secteur toujours en
quête de nouveauté (Mémoire L. Derache, 2021).
Contrôle sur l’image
S’agissant d’avatars, les IV permettent un contrôle total sur l’image et le message
que la marque veut transmettre via sa campagne et ainsi éviter les scandales
pouvant faire suite à une collaboration avec un influenceur “traditionnel” (A.
Sawadogo, Skeepers). En effet, un influenceur virtuel est contrôlé par une véritable
équipe depuis sa création : chaque post fait l’objet d’une réflexion à plusieurs. Le
risque zéro n’existe évidemment pas, mais il est quasi impossible de trouver une
publication ancienne d’un IV qui laisserait supposer un bad buzz.
Nous l’avons vu plus haut, la contrôlabilité fait partie des caractéristiques des
influenceurs virtuels (“Humanized Robots”: A Proposition of Categories to
21
Understand Virtual Influencers”, 2021). Il n’y a pas de limite lorsque l’on parle de
création 3D : la campagne peut avoir lieu dans l’espace, sous l’eau, ou dans
n’importe quel endroit. Les IV sont flexibles : ils peuvent changer d’apparence en
quelques clics. Un atout pour une image plus inclusive : les IV peuvent être noirs,
blancs, bleus, asiatiques, chauves, malades…
Le New York Times introduit même l’idée que les nouvelles muses virtuelles sont
plus malléables en matière d’horaires de travail et d’honoraires. Sans parler du
risque « paparazzi » dorénavant réduit à zéro, étant donné que leur résidence se
trouve véritablement dans un disque dur d’ordinateur (Mémoire L. Derache, 2021).
Enfin, 44,76% du public des influenceurs virtuels est constitué de femmes âgées de
18 à 34 ans (HypeAuditor, 2021). Collaborer avec un IV est donc un moyen pour les
marques de rajeunir leur image. Aux Etats-Unis, 75% des personnes issues de la
génération Z (18-24 ans) déclarent suivre au moins un influenceur virtuel (Statistica,
2021).
S’inscrire dans une démarche d’innovation
Le phénomène des influenceurs virtuels étant tout nouveau, les marques qui
collaborent avec eux sont d’office considérées comme innovantes. Dans le secteur
du luxe, de nombreux mastodontes se sont déjà essayés à des campagnes. Pour
autant, d’autres industries sont encore vierges de collaboration avec les IV : le
tourisme par exemple, pourrait être un marché porteur. Plus durable que des
campagnes faites auprès d’influenceurs humains et qui engendrent des
déplacements en avion et un coût climatique, les acteurs du voyage considèrent
cette stratégie (J. Luczak-Rougeaux, 2022).
A chaque fois qu’une marque choisit de travailler avec un IV, elle est mise en avant
pour sa créativité et son innovation - quels que soient les résultats de la campagne
(M. Rasmussen, 2021).
Le marché des IV est en effet en train d’exploser : Statista estime qu’il avoisinait les
13,8 milliards de dollars en 2021 (J. Luczak-Rougeaux, 2022).
Une communauté engagée
22
Comme mentionné précédemment, les influenceurs virtuels engagent jusqu’à 3 fois
plus que des influenceurs humains (HypeAuditor, 2021). Un chiffre qui ne peut
qu’attirer les marques à créer des campagnes avec eux.
Ce phénomène s’explique par la recherche de nouveautés par les consommateurs.
Les IV captivent par le storytelling qu’ils diffusent (J. Luczak-Rougeaux, 2022), et qui
est, d’une certaine manière, presque parfait puisqu’écrit par des professionnels du
marketing. Les IV les plus suivis postent de manière quotidienne, il y a donc toujours
un bout de l’histoire à raconter ou à découvrir.
Un premier pas dans le métavers
En novembre 2021, Mark Zuckerberg annonçait le changement du groupe Facebook
pour Meta, dans une volonté de se tourner davantage vers le métavers (20minutes,
2021). Depuis, les marques se sont emparées du concept.
Si le métavers atteint un jour le grand public, alors il sera essentiel pour les marques
d’être représentées par des avatars numériques. En cela, les influenceurs virtuels
sont parfaits : leur transposition dans un monde virtuel sera bien plus facile
qu’avec un influenceur humain (J. Scholz, 2022). Et c’est déjà le cas ! Guggimon, un
grand lapin excentrique (M. Rasmussen, 2021) aux 3 millions de fans sur Instagram
et TikTok a été le premier IV à faire son apparition dans Fortnite (considéré comme
un pseudo-métavers) en juin 2021 (J. Scholz, 2022).
4.2. Inconvénients pour les marques
Une authenticité encore discutée
Le manque d’authenticité est l’un des reproches les plus faits aux influenceurs
virtuels. Difficile en effet de croire à un retour d’expérience lorsque l’IV ne l’a même
pas testé… Dans une interview donnée pour Stratégies, Alexander Frolov, CEO et
co-fondateur d’HypeAuditor admet : “Le défaut principal d’un influenceur virtuel est
qu’il n’est pas humain, il n’y a donc pas ce niveau de confiance et d’empathie que
l’on peut retrouver auprès d’un influenceur réel” (Stratégies, 2021).
L’authenticité peut également se retrouver dans l’apparence de l’influenceur virtuel.
Si celui-ci est hyper-réaliste, alors il est difficile pour les consommateurs de ne pas
se comparer à lui. Or, la santé mentale est déjà une grande préoccupation sur les
23
réseaux sociaux. Les silhouettes trop parfaites s’en retrouvent alors critiquées,
comme ce fut le cas avec l’arrivée de Shudu (A. Thibault, 2018).
Pire encore, l’inclusivité prônée par les marques en utilisant un influenceur virtuel
peut s’en retrouver tâchée : c'est le cas de la maison de couture française Balmain,
qui a été critiquée en 2018 pour avoir utilisé trois influenceurs virtuels “divers” dans
une campagne, plutôt que d'engager de véritables êtres humains issus de la
diversité. Il appartient donc aux marques d’êtres intelligentes dans leur choix (C. Di
Quinzio, 2021).
Des coûts de production parfois plus importants
En faisant appel à un influenceur virtuel pour une campagne, les marques
économisent certes sur les prix des tournages ou shooting photo. En revanche, l’IV
est une créature 3D, générée la plupart du temps en CGI ce qui demande à la fois
des ressources humaines et techniques ! Il ne faut pas oublier que derrière un
influenceur virtuel se cache une équipe d’experts, le coût n’est donc pas à prendre à
la légère (Influence4You, 2022).
Un retour sur investissement (ROI) difficile à prévoir
Comme toute innovation, l’influence virtuelle doit encore faire son chemin dans
l’esprit des consommateurs. Les résultats de campagnes sont mitigés, comme nous
avons pu le constater avec Prada ou encore Renault précédemment.
57% des influenceurs virtuels ont en réalité une croissance négative (HypeAuditor,
2021) ! L’étude d’HypeAuditor réalisée en 2021, révèle d’ailleurs que presque la
moitié des IV présents dans le top 20 n’ont pas posté depuis 30 jours. Un
phénomène expliqué de deux façons :
- Il reste difficile pour les créateurs d’IV de trouver de nouvelles idées de
contenus tous les jours. Sans oublier la chronophagie de la tâche, qui ne
laisse que peu de marge de manœuvre (A. Hiort, interview en annexe). Les
audiences des IV perdent peu à peu de l’intérêt pour le contenu proposé et
finissent par se désabonner.
- A leur création, les comptes d’IV ont pu être boostés par des bots, qui se
désabonnent désormais (A. Frolov, 2021)
24
5. Conclusion
Pour conclure cet état de l’art, nous pouvons résumer l’état des lieux du marché de
l’influence virtuelle par les points suivants :
- Une émergence nouvelle, datant d’il y a quelques années, et qui séduit
surtout les populations américaines et asiatiques.
- Un phénomène qui fascine, et dont les marques commencent à s’emparer,
en tentant d’être les pionnières du domaine pour rester compétitives.
Certaines le font de manière brillante, d’autres beaucoup moins. L’influenceur
virtuel n’est pas seulement un avatar 3D, il a une personnalité, une histoire,
un lifestyle. Certaines marques n’ont pas pris en compte ces éléments et
n’ont donné au grand public qu’une capsule numérique, qui n’a donc suscité
aucun intérêt.
- Les avis des consommateurs sont mitigés : à la recherche d’authenticité, ils
ne trouvent pas tous leur compte en suivant des influenceurs virtuels. Même
si certaines études montrent un avis favorable, elles n’en restent pas moins
réalisées sur de petits échantillons de population et ne nous permettent pas
de tirer de conclusions. En revanche, les résultats de certaines campagnes
d’influence mettant en scène des IV sont en demi-teinte. Les statistiques
complètes n’ont évidemment pas été partagées par les marques, mais on
note des performances en dessous de celles réalisées d’habitude.
Face à ces constats, on ne peut que se demander si le phénomène des influenceurs
virtuels n’est pas déjà en train de s'essouffler, alors qu’il revêt des atouts clés pour
les marques. C’est de cela que naît notre problématique : Comment les
influenceurs virtuels peuvent-ils encore innover pour devenir de véritables
leviers de communication au service des marques ?
25
PARTIE II - RECHERCHE EMPIRIQUE
L’AVENIR DES INFLUENCEURS VIRTUELS
SELON LES EXPERTS
Afin d’apporter un éclairage professionnel à notre problématique et comprendre le
point de vue des experts du milieu, cette seconde partie sera dédiée aux
témoignages recueillis auprès d’eux. Vous retrouverez les interviews complètes en
annexes.
1. Trouver de l’utilité : la solution des influenceurs virtuels à impact positif
Les différentes études et notions abordées durant l’état de l’art nous ont permis de
constater que l’authenticité des influenceurs virtuels est une caractéristique clé pour
permettre leur développement.
Pour autant, pour Muriel Ballayer, “l’influence virtuelle n’a de sens que si elle est
orientée pour du social for good”.
Après plusieurs années chez WANDS, agence de communication spécialisée dans
l’innovation visuelle, Muriel Ballayer lance début 2022 son propre business : KOL Me
Iconic, la fabrique des super-héros virtuels. Forte d’une précédente expérience dans
la création d’IV avec Liv, la première influenceuse virtuelle française, elle présente
au public, en juin 2022, C’JOYE1440 (@c_joye1440 sur Instagram et TikTok).
C’JOYE1440 se présente comme le premier influenceur à impact positif (M.
Ballayer, 2022). C’est une comète, envoyée par la galaxie car elle ne supporte plus
les maux de la planète et des humains. “C’JOYE1440 est un messager qui va
tomber amoureux des humains, notamment grâce aux sportifs qu’il va rencontrer. Il
va se donner comme mission d’inspirer les jeunes générations” indique Muriel
Ballayer.
L’idée de créer le premier influenceur à impact positif naît de deux constats :
26
- Le premier porte sur la quasi-inexistence d’IV apportant quelque chose à
leur communauté. Lil Miquela, par exemple, est certes énormément suivie
sur les réseaux sociaux, pour autant, elle ne fait rien de plus que des
influenceurs lambdas. “Elle singe les humains, je trouve que cela n’a pas
d’intérêt et que c’est même dommage !” (M. Ballayer, 2022).
- Le second s’articule autour du besoin de faire émerger une voix positive
sur les réseaux sociaux, qui puisse faire sens auprès des jeunes générations.
Pour cela, KOL Me Iconic a fait le choix de se tourner vers le sport, vecteur de
nombreuses valeurs. Puis, en se rapprochant de sportifs, l’équipe se rend
compte que les athlètes sont les premiers concernés par les maux de la
planète.
C’JOYE1440 devient ainsi un influenceur virtuel qui part à la rencontre d’athlètes
pour discuter d’écologie, de protection de l’environnement et aider la santé mentale
des internautes. C’est en cela qu’il remplit sa mission à impact positif. Il faut
comprendre par “impact”, la conséquence ou l'effet d'une action sur autrui ou sur
l'environnement, dans un but positif. Ainsi, une entreprise profitable, qui produit par
exemple des meubles, aura un impact social positif car elle crée de l’emploi, paie
des impôts nécessaires aux services publics et rémunère ses actionnaires (F.
Bonnifet, 2020).
1.1. Le choix d’une apparence non-humanoïde
Si C’JOYE1440 ne ressemble pas à un humain, c’est dans une volonté de
s'affranchir des discours genrés : il fallait “ne pas se concentrer sur la forme, on
ne voulait pas que les gens se disent ‘il est trop maigre, elle est trop grosse, il est
grand, elle est petite etc.’” (M. Ballayer, 2022). En effet, Muriel Ballayer estime qu’un
IV au physique humanoïde ne peut qu’affecter davantage la santé mentale des
personnes les suivant. Rien ne ressemble plus à un avatar qu’un autre avatar. Si les
prouesses graphiques et techniques pour créer des personnages 3D comme Lil
Miquela ou encore Imma sont incontestables au point de réellement se poser la
question de leur existence ou non, il ne s’agit que d’un influenceur de plus dans les
milliers qu’il existe déjà. A ce sujet, Muriel Ballayer écrit : “Incarner la marque dans
une mascarade de féminité numérique ou dans un genre humain virtuel quelconque
27
laisse perplexe. [...] Je suis trop fan du pouvoir de l’influence virtuelle pour ne pas en
faire un véritable levier de visibilité et de désirabilité qui élève les marques à
celui d’icônes inclusives sur les plateformes sociales digitales comme dans le Web
3.0” (M. Ballayer, 2022).
Pour elle, le succès de l’influence virtuelle tient au fait d’assumer la virtualité. La
transparence reste un élément fondateur pour fédérer une audience autour de
centres d'intérêt communs, comme nous l’avons vu lors de l’état de l’art. Il appartient
donc aux marques et boîtes de production de construire un “pacte de la vérité”
entre leur influenceur virtuel et sa communauté (M. Ballayer, 2022). Ce pacte
s’articule autour de l’affirmation suivante : “Je sais que tu n’es pas vraie, mais ça au
moins, c’est vrai”.
C’est exactement ce qui a lieu avec C’JOYE1440 : ses followers savent qu’il s’agit
d’une personnalité numérique, derrière laquelle se cache une équipe d’une dizaine
d’experts. Les internautes ont donc toutes les clés en main pour comprendre le
potentiel de cet influenceur, et écouter ou non les messages qu’il souhaite faire
passer (M. Ballayer, 2022).
Pour autant, le choix d’un influenceur virtuel à l’apparence cartoon n’empêche pas
des temps de production longs. Si C’JOYE1440 n’a pas pour objectif de représenter
les humains, il ne reste pas moins un avatar 3D à dessiner et à animer de façon
quotidienne.
L’un des principaux avantages d’évoluer avec ce type d’apparence, c’est qu’elle
permet de placer le personnage dans n’importe quelle situation, sans avoir à se
soucier de la logique du réel. Astrid Hiort, journaliste chez VirtualHumans.org,
ayant participé à la création d’une influenceuse virtuelle dite “cosmique” explique :
“Je devais trouver des idées hebdomadaires pour faire vivre le personnage. Mon
imagination n’avait pas de limites puisque notre influenceuse était dans l’espace ! Le
processus créatif était donc encore plus libre”.
1.2. L’efficacité de l’impact positif : statistiques et partenariats
L’impact positif est porteur de bonnes intentions, mais il advient de savoir si cela
touche et engage réellement les internautes.
28
A ce sujet, Muriel Ballayer nous explique qu’il est difficile de tirer des conclusions
trop hâtives. C’JOYE1440 a rencontré son public pour la première fois début juin
2022. Il est le premier influenceur de ce type, il est donc important de le laisser faire
ses preuves et d'établir un bilan au bout de 6 mois puis 12.
Les premiers retours au sujet de C’JOYE1440 sont positifs. Il est décrit comme
attachant et émotionnel (M. Ballayer, 2022).
Les taux d’engagement par posts sont relativement élevés : autour de 20% lorsque
la moyenne se situe plutôt vers 2%. “Nous avons fait des pics à 3 000 et 5 000 vues
sur TikTok avec des 600 ou 700 likes. Nous sommes très contents des
performances. La plupart des publications génèrent une émotion et c’est vraiment ce
qu’on cherchait à faire !” (M. Ballayer, 2022).
La communauté de C’JOYE1440 se construit peu à peu. A ce jour, l’influenceur ne
compte que 265 abonnés sur la plateforme de Meta (Instagram, 2022).
L’engagement pour des causes à impact positif a pourtant déjà fait ses preuves sur
Instagram. En avril 2019, la Fondation de France présente son ambassadeur virtuel :
B. (@bee_nfluenceur) une abeille influenceuse (M. Sachat, 2019).
Sur le site dédié à l’opération, on peut lire : “Je suis B, la première abeille
influenceuse. Je veux plaire aux marques du monde entier pour collecter de l’argent,
afin de sauver les abeilles dont un grand nombre disparaît chaque année. J’ai
besoin de vous : plus j’aurai d’abonnés sur Instagram, plus les marques seront
intéressées et plus je récolterai d’argent” (Fondation de France, 2019). Les résultats
sont très prometteurs : en 2021, B. cumulait 280 000 abonnés (E. Esnaud-Victor,
2021) ! En août 2022 en revanche, elle en a perdu 20 000 (Instagram, 2022), une
chute sûrement due au manque de publications récentes.
Avec B., la Fondation de France souhaite alerter sur les dangers de la disparition
des abeilles : en France, 30% des colonies d’abeilles disparaissent chaque année,
contre 24% en Europe (M. Sachat, 2019). L’objectif était clair : récolter de l’argent
pour sauver les abeilles. Au total, les publications de B. ont été vues plus de 21,5
millions de fois (E. Esnaud-Victor, 2021). Les partenariats ont été soigneusement
choisis : “Nous avons été très vigilants sur ce point, précise le président de Publicis
29
Conseil en charge de la création. Il fallait des marques légitimes sur le sujet de la
biodiversité. Même si B. n’existe pas, il est essentiel de rester authentique. Nous
avons fait une sélection avec la Fondation de France”. Une dizaine de marques sont
aujourd’hui associées à la petite abeille, parmi lesquelles Citeo, Guerlain ou encore
Ricola. Les partenariats ont permis de récolter à ce jour 130 000 euros, reversés
intégralement au Beefund pour financer trois projets choisis par un comité de la
Fondation de France (E. Esnaud-Victor, 2021).
La dernière collaboration à date de B. est aux côtés de Carrefour. Ensemble, ils
proposent à la vente des NFT d’abeilles aux designs amusants. Sept œuvres sont
déjà sorties et sont sold out. Huit autres devraient voir le jour rapidement (Carrefour,
2022).
Du côté de C’JOYE1440, la sélection des partenaires est aussi de mise. Une
première collaboration avec l’agence d’intérim Randstad a été signée (M. Ballayer,
2022). “On propose aux marques d’utiliser le personnage pour parler d’elles d’une
façon extrêmement légère car les algorithmes bannissent le brand content. On
intègre les marques dans son storytelling. C’est une vraie révolution.” (M.
Ballayer, 2022).
Grâce aux exemples de B. et de C’JOYE1440, on peut ainsi déduire que l’avenir de
l’influence virtuelle peut se trouver dans la recherche du social for good et de
l’impact positif. Les IV doivent ainsi chercher à informer et à être utiles s’ils ne
veulent pas disparaître dans la masse.
2. Devenir des ambassadeurs de marque
Nous l’expliquions au début de ce mémoire, la barrière entre l’ambassadeur de
marque virtuel et l’IV est très fine. Si fine, que certains experts du secteur affirment
que l’avenir de l’influenceur virtuel n’est pas dans l’influence à proprement parler
mais bien dans la représentation de celle-ci en tant que porte-parole. C’est en
30
tout cas le point de vue exposé par Jean-Baptiste Bourgeois, Head of Planning chez
We Are Social et Jean-Noël Frézal, Head of Creation chez SPOA Agency.
SPOA Agency est l’agence à l’origine de la création de Livi, première
ambassadrice virtuelle du groupe LVMH.
Dévoilée au public à l’occasion de la 7e
édition du salon Viva Technology à Paris (J.
Rizzo, 2022), Livi est la nouvelle porte-parole virtuelle du groupe sur les questions
d'innovation de technologie. Depuis toujours porté sur ces sujets, LVMH remet le
LVMH Innovation Award tous les ans, un prix qui récompense une start-up ayant fait
preuve de créativité sur son marché et qui sera ensuite épaulée par les équipes
(LVMH, 2022). Pour promouvoir cet award, le groupe a fait appel à SPOA Agency en
décembre 2021 pour trouver un moyen imaginatif de lancer l’appel à candidatures et
le suivi du programme (J-N. Frézal, interview en annexes).
Livi n’est pas une influenceuse virtuelle à proprement parler, elle ne possède aucun
compte sur les réseaux sociaux, et n’a pas vocation à le devenir. Elle est la
représentation de cette seconde forme de personnage numérique : l’ambassadeur
virtuel.
L’idée d’un digital insider est rapidement née. Il fallait imaginer “un porte-parole qui
appartient au groupe, qui a la culture du groupe, qui connaît les différents
départements, l’histoire et toutes ses maisons”, le parfait ambassadeur de marque
en somme.
Lors de sa révélation au public en juin dernier, Livi a présenté la cérémonie du LVMH
Innovation Award et finit même par être adoubée par Bernard Arnault, PDG du
groupe LVMH (J-N. Frézal, interview en annexes).
Si cette nouvelle ambassadrice virtuelle est sur toutes les lèvres, elle n’est pourtant
pas la première. Depuis quelques années, de nombreux exemples apparaissent
partout dans le monde : parfois à succès, ou abandonnés quelques mois plus tard.
En 2020, au Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas, Samsung présentait
“Neon” : des avatars humains exploitant l’intelligence artificielle pour créer et
animer des vidéos (S. Godet, 2022).
31
Les Nations Unies se sont également prêtées au jeu en 2014 en créant Elyx, un
petit être dont la mission consiste à faire passer des messages universels pour
encourager la paix, le développement durable ou la lutte contre les changements
climatiques (Nations Unies, 2018).
Enfin, les experts du secteur se veulent relativement positifs quant à la création de
nouveaux ambassadeurs virtuels pour les marques. SPOA Agency imagine
construire des projets similaires à celui de Livi auprès de nouveaux clients et Astrid
Hiort, journaliste chez VirtualHumans.org, se veut très enthousiaste à l’idée : “Je
pense vraiment qu’il serait intéressant de voir davantage d’ambassadeurs créés par
des marques. C’est une nouvelle chose sur laquelle elles peuvent se positionner.
Cela leur donnerait une opportunité de se rapprocher de la barrière avec le web
3.0.”
2.1. Un ambassadeur virtuel pour représenter les consommateurs
Un ambassadeur est, par essence, une personnalité qui incarne la marque et
représente ses consommateurs cibles.
La malléabilité et la flexibilité des influenceurs virtuels leur permettent d’évoluer dans
n’importe quel domaine et sous n’importe quelle forme. “Ce sont des caméléons.
Parce qu’ils sont digitaux, ils sont bien plus versatiles que des humains qui doivent
créer leur propre niche” indique Astrid Hiort (interview en annexe). L’avatar virtuel
apparaît donc comme le parfait ambassadeur !
Certains d’entre-eux pourraient ainsi ressembler aux personae cibles de la marque
ou bien représenter un enjeu d’inclusivité au sein de l’entreprise. Jean-Baptiste
Bourgeois, Head of Planning chez We Are Social, explique, au sujet de Livi : “Ce qui
est intéressant sur Livi c’est la manière dont elle représente l’enjeu d’inclusivness
des marques aujourd’hui : sa couleur de peau, son genre, son physique… Elle est
citoyenne du monde. C’est une opportunité pour les marques de pouvoir créer
l’incarnation d’elles-mêmes qui soit la plus inclusive possible. L’avantage, c’est de
pouvoir la choisir, la confectionner comme on veut, à l’inverse des choix de
32
personnes réelles qui, forcément, peuvent faire débat ou laisser entendre une
préférence pour une personnalité, une couleur de peau, une morphologie…”.
Une analyse à laquelle le témoignage de Jean-Noël Frézal fait écho. Au départ, les
équipes étaient davantage portées sur un personnage non genré, dont on ne
pourrait ni définir le sexe ni l’origine. Mais rapidement, ils se sont rendus compte que
cela aurait un penchant “opportuniste” et ont préféré “assumer le fait qu’il s’agisse
d’une femme” (J-N. Frézal, interview en annexe). LVMH souhaitait un personnage
humain, “sûrement pour garder cette idée de porte-parole qui ressemble à ses
consommateurs et consommatrices”.
Dans cette optique, Livi n’est pas un canon de beauté parfaite : elle possède des
taches de rousseur, des cheveux qui changent de couleur, des yeux vairons… Son
anatomie ressemble certes à celle d’un humain, mais son apparence est assez
particulière pour que les internautes s’interrogent sur sa réalité.
L’enjeu, pour les marques se voulant plus inclusives, serait donc de créer leur propre
ambassadeur, qui puisse à la fois représenter ses consommateurs et remplir des
objectifs de diversité. Jean-Noël Frézal résume cette notion dans le terme de
“légitimité”. Pour lui, faire appel à une personnalité humaine pour représenter une
marque ne remplit pas assez cet objectif. Livi a donc été réfléchie comme une
personne du groupe LVMH, dont elle connaît les codes et les marques. Elle incarne
ainsi une véritable insider pour transmettre au mieux les messages.
2.2. Le besoin de créer des personnages complets
La création d’un personnage numérique demande du temps. C’est un procédé qui
passe par la réflexion, l’écriture puis la réalisation 3D de son apparence, et enfin de
tous les éléments de contenus qui seront diffusés à son égard.
Astrid Hiort a participé à la création d’un influenceur virtuel il y a quelques années.
Elle décrit le procédé de création de la manière suivante : “J’ai commencé à créer un
scénario sur sa vie [NB : l’IV dont elle avait à charge la création], à développer sa
personnalité au travers de descriptions : les mots qu’elle allait employer par
exemple. [...] L’une de nos inspirations principales était Kate Moss. On cherchait à
trouver une célébrité à qui l’associer dans le monde réel. [...] Je créais des
33
moodboards avant de commencer la rédaction, pour comprendre l’ambiance à
retranscrire. J’effectuais donc de nombreuses recherches. Kate Moss utilise
énormément le mot “major” alors je le notais pour le réutiliser de temps en temps par
exemple.” (interview en annexe). La notion de scénario est clé lorsque l’on parle du
procédé de création des IV. Pour preuve, les cinq experts interrogés pour la
réalisation de ce mémoire ont employé au moins une fois ce terme.
Le personnage numérique - qu’il soit influenceur ou ambassadeur - ne doit pas être
une simple enveloppe 3D. Il doit raconter une histoire, transmettre sa propre
narration et ainsi fédérer sa communauté.
Jean-Baptiste Bourgeois explique les résultats plutôt négatifs des campagnes de
Renault et Prada (évoquées précédemment) par des personnages incomplets.
Selon lui, les marques ont entraîné la “ringardise” des influenceurs et ambassadeurs
virtuels avant même qu’on ait pu en exprimer tout le potentiel.
“Il y a eu une forme d'opportunisme de la part des marques ou des startups qui se
sont lancées là-dessus mais qui n’y sont pas allées à fond. Comme c'était beaucoup
de surf sur la hype, ils n'ont pas véritablement donné une personnalité ou créé un
storytelling [au personnage]. Ils étaient juste des exemples, “des manières de”, de
montrer qu’ils sont affinitaires, qu’ils ont compris, qu’ils sont dans l’ère du temps et
modernes.”
Il prend l’exemple de Liv, égérie de la campagne Kadjar de Renault. “Quand Renault
se dit ‘pour montrer les capacités extraordinaires et la dimension pionnière de ma
voiture, je vais créer un influenceur virtuel et lui faire faire un test drive’, à la fois pour
raconter le message ‘voiture du futur’, ‘technologie de pointe’, ‘marque innovante’ et
‘pionnière dans son domaine’, toutes les cases sont cochées. Mais derrière, Liv a
juste existé le temps d’une copie TV de 30 secondes à 1 minute. Un film auquel les
gens ne s'attendaient pas forcément, sans avoir installé une histoire, un storytelling,
un univers, ni même une personnalité. [...] Je n’ai pas de présence sur Instagram,
je n’ai pas de storytelling sur les réseaux sociaux, je n’ai même pas de contenu en
plus autour de ça. Le seul contenu proposé par la marque a été un behind de
scenes sur comment ils ont réussi à modeler Liv.”
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Le constat est donc sans appel : des campagnes opportunistes ne peuvent
assurer l’avenir des influenceurs virtuels. Construire un personnage complet
autour d’un storytelling cohérent est nécessaire pour assurer sa pérennité.
Selon Jean-Baptiste Bourgeois, les marques doivent réfléchir l'IV comme “un
véritable touchpoint de l'écosystème social media ou digital”.
Si l’ambassadeur virtuel ne sert qu’à montrer de l’innovation, il n’y aurait donc pas
d’intérêt. La solution, et l’avenir des IV se trouverait donc dans la création de
personnages durables pour les marques.
Livi a été réfléchie dans cette optique. LVMH étant un groupe très exposé
médiatiquement, il est apparu impossible pour les équipes de SPOA Agency - pour
qui le one shot ne sert à rien - d’aborder le sujet de façon opportuniste (J-N. Frézal,
interview en annexe). Une “saison 2” aura donc bien lieu pour Livi.
2.3. Une opportunité pour les marques
Créer son propre ambassadeur virtuel est une véritable opportunité pour les
marques de s’inscrire dans une démarche de transition du web 2.0 au web 3.0.
Pour rappel, le web 2.0 se définit comme participatif, sur lequel chacun peut
produire ou consulter du contenu. La montée en puissance des réseaux sociaux a
renforcé le web 2.0 dans notre quotidien. Le web 3.0 est orienté autour de la
technologie blockchain et succède ainsi au web 2.0 avec l’apparition et la
popularisation de nouveaux usages : NFT, métavers,...
Nous évoluons aujourd’hui dans un web 2.0 qui “transitionne” peu à peu vers un web
3.0, il est donc nécessaire pour les marques de s'intéresser à ces sujets et de
commencer dès maintenant leur transition pour ne pas être dépassée dans
quelques années.
Si LVMH a fait appel à SPOA Agency pour la création de son premier ambassadeur
virtuel, c’est car le groupe souhaite “se démarquer de ses concurrents” (J-N. Frézal,
interview en annexe). Quelque temps après la présentation de Livi au public, le
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groupe international de publicité Publicis annonçait la création de son propre
personnage numérique.
L’enjeu pour les marques aujourd’hui avec les ambassadeurs virtuels est de “trouver
comment implémenter tout l’univers web 3.0. Ce qu’on a fait avec Livi n’en est
pas très loin” (J-N. Frézal, interview en annexe).
Jean-Baptiste Bourgeois adopte le même point de vue. L’ambassadeur virtuel est
pour lui “la forme métavers de l’égérie et de l’incarnation”. Il qualifie le futur de
l’influence de la façon suivante : “L’influence d’aujourd’hui est plus une influence
d’avatar, d’incarnation d’une marque dans des espaces virtuels comme le métavers.
[...] Par exemple, Livi est aussi là pour commencer à incarner la marque
virtuellement dans ces nouveaux espaces”.
L’ambassadeur virtuel pourrait ainsi devenir l’avenir des IV, dans une forme plus
incarnée et aux objectifs légèrement différents. La création de Livi a peut-être
réveillé des consciences, mais nous restons aux débuts de cette innovation, comme
l’indique Jean-Noël Frézal : “Je pense qu’on est encore aux prémices, tout est à faire
et tout se fait chaque jour.”
Il y aurait ainsi un véritable enjeu pour les marques de se rendre dans le métavers
grâce aux influenceurs virtuels.
3. Avatarisation & présence dans le métavers
Le métavers est un monde virtuel. Le terme est régulièrement utilisé pour décrire
une version future d'Internet où des espaces virtuels, persistants et partagés sont
accessibles via interaction 3D ou 2D en visioconférence. Une autre définition conçoit
le métavers comme l'ensemble des mondes virtuels connectés à Internet, lesquels
sont perçus en réalité augmentée (Wikipédia, 2022). Roblox, The SandBox ou
encore Horizon sont des exemples de métavers actifs.
Le métavers est un concept qui naît en 1959 (Wikipédia, 2022) mais son exécution
technologique n’est que très récente. Le sujet est mis en lumière lors du
36
changement de nom du groupe Facebook pour Meta. Depuis, plusieurs marques ont
lancé des initiatives dans des mondes virtuels.
Pourtant, de nombreux professionnels s’entendent pour dire qu’il faut rester
“prudents” face au phénomène du métavers.
On peut parfois se demander si le grand public français est assez mature pour un tel
bouleversement. Younes Khouakhi, spécialiste du marketing NFT indique “Je ne suis
pas très convaincu par tout ce qui est métavers, j'attends de voir. Les premiers
métavers se passent sur les réseaux sociaux ou sur des jeux comme Fortnite. Si les
marques veulent y aller, il leur faudra des ambassadeurs ou un influenceur réel qui
a une audience qui colle à l'image de de la marque et qui s’y rendra. [...] Je pense
qu'il est encore tôt pour parler de métavers en France. Pour moi, il faut d’abord créer
des personnages intéressants à regarder sur les réseaux sociaux”.
Ce point de vue se justifie évidemment par des chiffres provenant d’études récentes.
Dans un sondage Ifop pour Talan réalisé en janvier 2022, 65% des personnes
interrogées affirmaient n’avoir jamais entendu parler du métavers et 75%
déclaraient avoir des craintes vis-à-vis de l’émergence de mondes virtuels
numériques (C. Grange, dossier “Métavers : les marques ont-elles raison d’y aller”,
OUR(S) N°09, 2022).
A l’inverse, Jean-Baptiste Bourgeois se montre bien plus enthousiaste sur le sujet,
en assurant que l’avenir des influenceurs virtuels se trouve notamment dans “la
représentation des marques dans le métavers”. Pour lui, il n’est pas trop tôt pour
parler de mondes virtuels en France. Pour preuve, nous sommes déjà des
consommateurs d’avatars virtuels ! Que ce soit des égéries 3D ou des PNJ
(Personnage Non-Jouable) dans les jeux vidéos, nous sommes déjà amenés à
interagir avec des personnages numériques. “Ils toucheront tout le monde à partir du
moment où ça sera utile. Imaginons que je doive déclarer mes impôts dans le
métavers, et qu’un conseiller arrive en 3D et m'explique comment faire ma
déclaration d'impôts. A ce moment- là, ça pourra faire partie des mœurs. Il faut juste
réfléchir utilité, et aussi touchpoint" (J-B. Bourgeois, interview en annexe).
Enfin, d'après le cabinet de conseil Gartner, 25% des gens passeront au moins une
heure par jour dans le métavers en 2026 pour travailler, faire du shopping, la vie
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sociale ou se divertir. Difficile pour les marques qui se revendiquent innovantes de
passer à côté d’un tel phénomène.
3.1. Les influenceurs virtuels dans le métavers
Certains influenceurs virtuels se sont déjà rendus dans le métavers. C’est, par
exemple, le cas de Lil Miquela, pour une campagne avec PacSun, marque de
vêtements. Cette collaboration prend place avec l’ouverture de PACWORLD, un
centre commercial virtuel sur le métavers Roblox (The Feed Global, 2022).
En France, les initiatives sont plus timides. Muriel Ballayer indique que C’JOYE1440
s’y rendra sûrement un jour mais que cela n’est pas encore un sujet chaud pour
l’équipe : “il faut d’abord qu’il grandisse, qu’il ait sa communauté, on va attendre au
moins 6 mois”. Pourtant, l’influenceur virtuel a été réfléchi pour être transposé
rapidement dans le métavers. Son apparence non-humanoïde et cartoon aura en
effet plus d’aisance à se retrouver dans un monde virtuel. Son nom rappelle
également des codes numériques, un choix délibéré afin de s’y intégrer plus
facilement.
Pour Livi, le constat est sensiblement le même. Jean-Noël Frézal indique qu’elle n’a
pas pour vocation de se rendre dans le métavers pour l’instant mais que cela pourra
certainement arriver dans les prochains mois ou années. Dans cette optique,
l’agence a déjà créé un “micro-verse” lors du salon Viva Technology. Il s’agissait de
l’appartement virtuel de Livi dans lequel a été shooté “des entretiens avec
différents collaborateurs des maisons du groupe” (J-N. Frézal, interview en annexe).
L’appartement était en accès libre pour tous les visiteurs du salon. Accessible via un
QR code, il servait de support de communication aux différentes maisons du
groupe. En se baladant, les visiteurs pouvaient ainsi découvrir les NFT de Balmain,
le dernier programme de Make Up For Ever ou encore les innovations RSE de
Château Galoupet et Ruinart (LVMH, 2022).
Pourtant, intégrer un influenceur virtuel actif sur les réseaux-sociaux dans le
métavers est un procédé compliqué qui peut se heurter à plusieurs contraintes
techniques.
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En effet, comme l’explique Younes Khouakhi, chaque plateforme virtuelle (Roblox,
The Sandbox…) a ses propres codes graphiques. Sur Roblox, les avatars sont
cubiques et ressemblent à des Legos. A l’inverse, The Sandbox évolue avec des
graphismes s’apparentant au jeu vidéo Minecraft. Enfin, sur Horizon, le métavers de
Meta, les personnages ont des apparences beaucoup plus lisses qui peuvent nous
rappeler vaguement les Mii de Nintendo. On parle d'interopérabilité.
L’enjeu pour les influenceurs virtuels est donc de trouver le moyen d’être toujours
reconnaissables sur les différentes plateformes malgré une apparence différente.
Pour Younes Khouakhi, il s’agit de créer des IV avec une particularité physique qui
pourrait être retranscrite sur tous les métavers. Aujourd’hui, il n’est pas possible de
créer un seul et même avatar et simplement de l'importer dans un monde virtuel.
Jean-Noël Frézal fournit une seconde solution à cette problématique
d'interopérabilité. Pour lui, s’il n’est pas possible d’utiliser la même apparence alors il
suffit de créer son propre métavers et ainsi de retourner les contraintes à son
avantage.
De son côté, Muriel Ballayer soutient que les influenceurs virtuels doivent se rendre
dans le métavers pour devenir les futurs logos des marques. “Bientôt, les
humains voudront s’avatariser pour aller dans le métavers. Nous devrons tous avoir
une identité digitale, et ce sera aussi le cas pour les marques. Il y aura donc
forcément une envolée des personnages numériques à ce moment-là, j’en suis
persuadée.” Les IV remplaceront-ils les logos ? Pas sûr. En tout cas, Younes
Khouakhi et Jean-Noël Frézal évoquent plutôt une continuité dans le branding, un
personnage qui doit faire sens, pour apporter de l’utilité dans le métavers.
3.2. L’avatarisation : un entre-deux gagnant ?
En France, encore peu d’acteurs se sont lancés dans le métavers. Nous l’avons vu,
les experts du secteur restent encore prudents sur le sujet. En effet, ils sont plus
enthousiastes à l’idée de l’avatarisation dans des mondes virtuels de personnalités
que de la création d’un personnage dédié à ces plateformes.
39
L’essor des filtres et encore plus des avatars va dans ce sens. “Le streaming avec
des avatars, les filtres - que ce soit sur Meta ou sur TikTok depuis peu, les memojis,
tout ça existe déjà et peut faire qu’en France aussi, on ait des figures pop culture
avec lesquelles on a envie d’interagir” (J-B. Bourgeois, interview en annexe).
Aujourd’hui, l’essor des IV trouve davantage sa place dans des usages américains
et asiatiques : un constat qui vient de la culture tournée autour de la technologie et
de l’innovation. Pourtant, peu à peu, ces usages arrivent en France.
Certes, l’avatarisation est un territoire connexe à celui des influenceurs virtuels,
pour autant, il est en train de se développer massivement. De véritables créateurs
IRL (In Real Life) évoluent sur TikTok ou Twitch masqués par des filtres 3D. Ce sont
des hybrides : pas totalement IV car trop réels, mais pas assez pour être
considérés comme des influenceurs classiques. Leur identité est ainsi cachée,
déguisée, de sorte à ce qu’on ne sache pas réellement qui ils sont. “Une personne
qui a un talent pour raconter des histoires mais qui ne veut pas se montrer, peut
utiliser un filtre (un animal, un avatar) et va ainsi faire de l’influence comme dans le
web 2.0, et quelque part, on peut aussi parler d’influence virtuelle !” (Y. Khouakhi,
interview en annexe).
Par exemple, TiffanyWitcher, une streameuse sur la plateforme Twitch, n’a jamais
montré son visage à la caméra. Elle dissimule son handicap derrière l’apparence
d’une sorcière. “Être une influenceuse virtuelle m’a sauvée en tant que créatrice de
contenu handicapée. Cela m’a permis de parler de la meilleure des façons pour
défendre l’accessibilité et aider les autres. La relation avec ma communauté est en
constante évolution, et j’ai hâte de voir ce que l’avenir nous réserve” (Les Gens
d’Internet, 2022).
Aujourd’hui, les créateurs dans le métavers sont des personnalités qui
s’avatarisent. C’est l’exemple des deux rappeurs américains Snoop Dogg, dans
The Sandbox ou Travis Scott dans Fortnite. Si ce phénomène se répand, on
assisterait donc à une disparition progressive de la barrière entre un influenceur
humain et un influenceur virtuel. Jean-Baptiste Bourgeois admet qu’il croit
davantage “aux versions 3D de Snoop Dog [...] qu’à des Lil Miquela et des
Noonoouri qui ont déjà eu leur temps de gloire mais qui sont dépassées aujourd’hui”.
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Enfin, les futurs créateurs du métavers seront demain “de facto virtuels” (J-B.
Bourgeois, interview en annexe).
Avec l’arrivée du métavers, le concept d’influenceur virtuel pourra être remis en
cause. Un IV ne sera peut-être plus seulement une création 3D partageant son
quotidien sur les réseaux sociaux, mais pourra inclure tous les personnages qui
évolueront dans des mondes virtuels. Évidemment, ces pistes restent exploratoires.
Comme le rappelle Jean-Baptiste Bourgeois, nous n’avons pas encore de “proof of
work” assez pertinente pour affirmer que l’avenir de l’influence virtuelle prendra ce
tournant.
4. Conclusion
Pour conclure cette recherche empirique, nous pouvons résumer la pensée des
professionnels du secteur, concernant l’avenir des influenceurs virtuels en trois
points clés, détaillés ainsi :
- Dans la recherche du social for good : l’influenceur virtuel doit puiser ce qu’il
y a de meilleur dans l’influence pour promouvoir des messages à impact
positif, ou il finira inévitablement par se perdre dans le paysage social media
actuel.
- Dans la création d’ambassadeurs pour les marques : la flexibilité du
personnage numérique permettrait ainsi d’avoir la parfaite égérie, d’avoir un
contrôle absolu sur les contenus et de promouvoir un discours d’innovation.
- Dans l’avatarisation des créateurs dans le métavers : certes, certains IV
évoluent déjà dans le métavers. Pourtant, les pensées s’orientent davantage
pour un avenir hybride : entre créateurs humains s’avatarisant grâce aux
filtres, et personnages créés exclusivement pour ces plateformes.
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PARTIE III - DISCUSSION
L’AVENIR DE L’INFLUENCE VIRTUELLE SELON MOI
Au début de ce mémoire, nous posions la problématique suivante : comment les
influenceurs virtuels peuvent-ils encore innover pour devenir de véritables leviers de
communication au service des marques ?
Les témoignages d’experts du milieu nous ont permis d’amorcer de premières pistes
de réflexion. En revanche, ils révèlent également des points de vue différents, qui
vont parfois jusqu’à l’opposition.
En confrontant ces avis, nous allons tâcher d’apporter des réponses à notre
problématique.
1. Un regain du marché
Les conclusions tirées de l’état de l’art ont montré que le marché des influenceurs
virtuels reste instable : certaines études montrent que le public - et particulièrement
la génération Z - est prêt à interagir et à partager du contenu produit par les
personnages numériques. En revanche, les statistiques de récentes campagnes
d’influence montrent un résultat bien différent, avec peu de retombées efficaces. Le
secteur serait-il donc déjà en train de couler ? Pas vraiment. Le lancement de Livi,
ambassadrice virtuelle de LVMH, de C’JOYE1440, premier IV à impact positif, ou
encore d’événements dédiés sur la plateforme Twitch tendent à prouver le
contraire.
Il y a fort à parier que les acteurs ont appris des erreurs de leurs concurrents, et en
ressortent plus fort pour pousser l’influenceur virtuel à son plus fort potentiel. Ainsi,
depuis le début de l’écriture de ce mémoire, cinq personnages numériques
propulsés par des marques ou des agences de production ont vu le jour. Ils sont
différents des archétypes que l’on pouvait voir jusqu’à présent, ils ne cherchent pas
à challenger Lil Miquela ou Noonoouri, ni à ressembler aux humains.
Ils sont construits pour porter des messages qui ont du sens, partager leur
personnalité et leur histoire sur les réseaux sociaux.
42
1.1. De nouveaux secteurs
Jusqu’à présent, les influenceurs virtuels étaient un levier presque uniquement utilisé
dans le secteur du luxe et de la mode. Ce phénomène s’explique par la taille des
budgets des maisons de luxe accordés à l’innovation. Naturellement, le format de
l’IV paraissait cohérent avec la mode : comme une poupée numérique, il suffisait de
l’habiller à sa façon et de la propulser sur Internet. Le procédé est ici caricaturé mais
ce n’est ni plus, ni moins ce que représente un IV pour une marque de haute
couture. Les premières références ont d’ailleurs été construites autour de ce modèle
: Noonoouri se veut passionnée de mode et Shudu est une mannequin numérique
collaborant avec de très grandes marques.
Pourtant, la démocratisation de ce type de personnage ouvre aujourd’hui une
opportunité à d’autres secteurs. En effet, il n’y a pas besoin de vendre de la
haute-couture pour créer un IV ! L’une de leurs caractéristiques clés est leur
flexibilité. Un influenceur virtuel peut en réalité promouvoir les produits et les
services d’à peu près n’importe quel secteur : assurance, banque, emploi, santé…
Son discours peut s’adapter aux messages de la marque.
C’est l’exemple de C’JOYE1440, qui collabore depuis plusieurs semaines avec
Randstad, entreprise d’intérim.
Les influenceurs virtuels permettent également de résoudre des problématiques
dans certains secteurs. Dans le secteur du tourisme, par exemple, une campagne
d’influence est soumise à diverses contraintes :
- Le déplacement de la personne jusqu’à la destination finale et un
hébergement qui peut engendrer des frais supplémentaires.
- L’encadrement durant la durée du séjour peut nécessiter des ressources
humaines.
- L’impact écologique du voyage peut se révéler important (surtout en cas de
transport aérien).
Face à ce dernier point notamment, les campagnes d’influence dans le tourisme
sont régulièrement critiquées. Les consommateurs sont de plus en plus vigilants
face aux ressources utilisées par les entreprises et leur impact sur la planète.
43
Les influenceurs virtuels apparaissent donc comme la solution parfaite : plus besoin
de se déplacer pour créer du contenu ! Si, pour l’instant, nous ne relevons pas
d’exemples de campagnes d’IV dans le tourisme, il y a fort à parier que cela
deviendra un véritable levier de communication pour ce secteur.
1.2. Le cas des ambassadeurs virtuels
Il y a tout à parier que la forme la plus populaire des influenceurs virtuels sera en
réalité celle d’ambassadeurs.
L’efficacité d’égéries pour les marques n’est plus à prouver. Le chat de Feu Vert, le
bonhomme de Michelin, la bande fruits d’Oasis sont autant d’exemples de réussite
dans l’identification de la marque par les consommateurs. On le sait, le cerveau
humain retient davantage les informations visuelles que sous d’autres formes. Créer
son propre ambassadeur permet à une marque de générer du storytelling
supplémentaire, de fédérer une communauté, et d’augmenter son pourcentage de
reconnaissance.
A l’heure du digital et du numérique, les consommateurs ont d’autant plus de besoin
de se raccrocher à des figures qui leur ressemblent ou qui les interpellent. Internet
représente un paradoxe surprenant : si la technologie d’aujourd’hui permet de
connecter davantage les personnes, elle construit également des murs entre les
gens en poussant une communication uniquement via des écrans. Le digital est un
monde très froid : avec seulement un smartphone nous pouvons avoir accès à
toutes les informations nécessaires en quelques clics et cela peut, d’une certaine
manière, nous couper du reste du monde en limitant nos interactions sociales. De ce
constat émerge les notions d’authenticité et de proximité qui sont si chères pour
les marques sur les plateformes social media. La popularité des influenceurs
provient, entre autres, de ce phénomène.
Dans ce contexte, comment trouver le moyen de se rapprocher des consommateurs
sur des plateformes digitales ? L’une des solutions apparaît être celle des
ambassadeurs virtuels. Si les égéries fonctionnent en offline, pourquoi ne le
pourraient-elles pas en ligne ?
44
Pour autant, l’ambassadeur virtuel se doit d’être un personnage complet, comme
nous l’avons vu lors de la recherche empirique. Un bon storytelling amènera les
internautes à le suivre, et ainsi, à s’imprégner peu à peu de la marque. Qu’il prenne
la forme d’un humain comme Livi ou d’une créature comme les fruits d’Oasis,
l’ambassadeur virtuel pourra remplir des objectifs différents pour la marque :
- De notoriété : en la rendant identifiable via son apparence. C’est le cas de Lu
do Magalu pour Magazine Luiza au Brésil.
- De conversion : en accompagnant les consommateurs dans leur parcours
d’achat, en les conseillant comme pourrait le faire un vendeur ou un
commercial,...
- De fidélisation : en nouant des liens privilégiés avec sa communauté.
Lorsque LVMH fait le choix de créer Livi, ils s’inscrivent évidemment dans une
démarche d’innovation, dans une logique concurrentielle. Mais en réalité, le
groupe remplit aussi un objectif secondaire : celui de s’humaniser digitalement.
L’appel à candidatures et le prix remis tous les ans aux startups est un programme
habituellement géré en ligne, en remplissant un formulaire d’inscription. Il n’y avait
aucune notion d’humain dans ce procédé. Avec Livi, les participants sont en contact
avec une créature - certes virtuelle - mais peuvent interagir avec elle, lui poser
toutes leurs questions, et bénéficier d’un contact social.
Aujourd’hui, de nombreuses entreprises décentralisent leurs services client
auprès de chatbots : SNCF, opérateurs téléphoniques comme RED by SFR etc.
Certes très pratique lorsqu’il s’agit de réserver son billet en quelques messages ou
de régler un problème mineur, le chatbot peut parfois se révéler un véritable
casse-tête pour le consommateur lorsqu’il est face à un plus gros problème. Parfois,
il serait ainsi plus facile de pouvoir exprimer à l’oral notre problème, et de pouvoir
interagir autrement que via un clavier.
L’ambassadeur pourrait faire cela. A la jonction entre le digital et le réel, il pourrait
ainsi aider les consommateurs de façon plus humaine et moins froide que le chatbot,
tout en restant efficace et automatisé pour l’entreprise.
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Des exemples comme Lu do Magalu au Brésil nous prouvent bien qu’un
ambassadeur virtuel correctement construit et propulsé sur les plateformes digitales
de la bonne manière peut performer et séduire les consommateurs.
Sur le papier, l’ambassadeur virtuel semble cocher toutes les cases pour les
marques. Pourtant, son coût et la charge de travail à fournir pour le faire vivre
quotidiennement peuvent être des freins à son déploiement. Certaines marques se
tourneront donc naturellement vers des campagnes d’influence virtuelle.
2. L’influenceur virtuel doit informer
Nous l’avons vu, le modèle de l’influenceur virtuel tel qu’il est produit aujourd’hui
arrive à ses limites. La reproduction des schémas comme ils existent déjà dans
l’influence avec des humains n’apportent aucune plus-value. Il se doit d’être plus
utile ou d’apporter un savoir à sa communauté.
2.1. L’influenceur virtuel comme lanceur d’alerte
Si l’influenceur virtuel est un levier de communication, il faut capitaliser sur cela pour
transmettre des messages forts et impactants. Par définition, un lanceur d'alerte
est toute personne, groupe ou institution qui, ayant connaissance d'un danger, d'un
risque ou d'un scandale, adresse un signal d'alarme en espérant enclencher un
processus de régulation, de controverse ou de mobilisation collective (Wikipédia,
2022).
Certains messages, autour de la protection de l’environnement par exemple,
peuvent rester difficiles à aborder pour les influenceurs humains. Parce qu’ils vivent
réellement, ils peuvent faire des erreurs et décrédibiliser leurs messages. Début
septembre, l’ARPP dévoilait la liste des 150 premiers influenceurs certifiés “Influence
Responsable”. Une initiative positive au premier abord, sauf lorsqu’on se rend
compte qu’elle est obtenue au bout d’1h30 de formation et d’un simple questionnaire
à remplir…
46
A l’inverse, l’influenceur virtuel peut difficilement décrédibiliser ses messages : il est
le résultat d’une intelligence collective, et ne peut (pour le moment du moins)
prendre ses propres décisions.
Pour lancer une alerte, le discours doit être sans failles : le grand public ne croirait
pas une personne alertant sur le réchauffement climatique tout en prenant l’avion
des dizaines de fois par an. Ainsi, l’ombre du “greenwashing” plane toujours.
Si un influenceur virtuel se présente comme lanceur d’alerte, avec des preuves à
disposition, il est possible qu’il soit davantage entendu. C’est le cas de C’JOYE1440
qui veut alerter sur les maux de la planète au travers de son histoire de comète
envoyée par la galaxie. Muriel Ballayer affirme que l’influence virtuelle ne peut
fonctionner que si elle est orientée dans le “social for good”, un point de vue qui se
confirme ici.
En temps de crise, l’influenceur virtuel peut se révéler être le parfait intermédiaire
pour faire passer des messages. Lors de la pandémie covid-19, l’IV Knox Frost avait
noué un partenariat avec l’OMS pour récolter des dons pour la lutte contre le
coronavirus. Enfermés chez eux, les internautes passaient encore plus de temps sur
les réseaux sociaux, s’associer à un personnage numérique paraissait ainsi logique.
Avec sa forme ludique, Knox Frost pouvait au mieux diffuser les messages de
l’OMS.
2.2. La disparition du modèle “placement de produit”
Aujourd’hui, les top IV collaborent la plupart du temps avec les marques sur des
formats dits classiques : placement de produit, jeu concours, code promo…
Pourtant, ces modèles apparaissent comme totalement désuets avec le format de
l’IV. Un influenceur virtuel ne peut pas vendre un produit ou un service qu’il n’a
jamais testé : il perdrait ainsi en crédibilité et en authenticité. Il est donc évident
qu’il faut faire évoluer ces modèles vers d’autres plus adaptés.
Les opportunités qu’offrent les influenceurs virtuels, notamment grâce à leur
flexibilité d’utilisation, peuvent permettre aux marques de se démarquer et de mettre
47
en place des dispositifs innovants, et peut-être inaccessibles aux influenceurs
humains aujourd’hui.
Dans ces pistes de réflexion, nous évoquerons le métavers. Intégrer ce type
d’univers peut se révéler difficile pour des influenceurs classiques. Leur
communauté est en général centralisée sur une seule plateforme, il apparaît donc
compliqué pour eux d’engager autant dans un monde virtuel qu’ils ne le font sur
Instagram par exemple. A l’inverse, l’IV est un produit du digital. Sa légitimité ne
peut donc pas être remise en cause, et il se fondra parfaitement dans le décor du
métavers.
Bien évidemment, l’intégration d’un personnage numérique sur de telles plateformes
possède ses propres contraintes, que nous avons évoquées pendant l’étude
empirique. Malgré cela, il y a tout à parier que les IV seront un levier de
communication pour les marques dans le métavers.
Sans avatar pour prendre la parole à leur place, les marques se retrouvent muettes.
Aujourd’hui, le web 2.0 et les réseaux sociaux leur permettent de communiquer au
travers de l’intelligence collective, en se positionnant comme une entité, sans
forcément avoir à mettre en avant un visage. Dans le métavers, cette communication
ne sera plus possible. Il leur faudra trouver des ambassadeurs, des
représentations numériques d’elles-même pour transmettre les messages d’une
nouvelle façon.
Pour autant, il faudra que l’IV se montre utile pour séduire les consommateurs. S’il
n'est qu’un personnage lambda, il sera bien trop transparent. Dans le métavers, les
internautes auront besoin d’être guidés, surtout si ces plateformes touchent un jour
le grand public, comme l’annoncent plusieurs études. Il faudra accompagner ces
nouveaux consommateurs, peu habitués aux usages numériques du web 3.0 et les
aider à en comprendre les codes pour, éventuellement, les fidéliser.
Si, demain, nous sommes amenés à devoir déclarer nos impôts au sein du
métavers, nous aurons besoin qu’un IV nous explique pas à pas la procédure. Les
influenceurs virtuels deviendraient ainsi des guides des mondes virtuels, non plus
des lanceurs d’alerte mais des passeurs de voix.
48
Ils deviendraient ainsi un levier de communication à part entière pour les marques :
un moyen dématérialisé mais pourtant résolument humain d’aider les
consommateurs à n’importe quelle heure de la journée.
Ainsi, l’influenceur virtuel doit évoluer pour informer et se rendre utile auprès des
consommateurs pour pouvoir continuer d’exister. Ceci lui permettra de se
différencier des influenceurs humains et de devenir un véritable levier de
communication pour les marques, au-delà de l’influence.
3. L’influenceur virtuel doit divertir
Résumer le futur de l’influence virtuelle à l’information reste en revanche réducteur. Il
y a fort à parier qu’elle a davantage à nous apporter. Si les internautes consomment
autant de contenus sur les réseaux-sociaux, c’est aussi parce qu’ils les trouvent
divertissants. L’IV doit ainsi amuser son public.
Nous l’avons vu, le modèle actuel, basé presque exclusivement sur cette notion de
divertissement, n'est pas porteur d’avenir. Il apparaît donc nécessaire de trouver un
équilibre entre informer et amuser.
3.1. Trouver l’équilibre entre informer et divertir
Une récente étude menée par GWI au quatrième trimestre de 2021 (GWI, 2021) sur
l’usage des réseaux sociaux selon les différentes générations révèle les chiffres
suivants :
- La génération Z (personnes nées entre 1997 et 2005) utilise les plateformes
social media en priorité pour rester en contact avec leurs amis et leur
famille (46%) puis pour s’occuper durant leur temps libre (42%).
- La fonction “trouver du contenu” vient en troisième position pour les jeunes de
la génération Z (37%) et en quatrième pour les "millenials", nés entre 1983 et
1996).
- Les typologies de comptes suivis s’articulent autour des proches (47%) et des
divertissements (39%) pour la génération Z.
49
L’étude dévoile un constat clair : si les réseaux-sociaux sont autant utilisés, c’est
parce que les internautes ont besoin de se divertir. La recherche de nouvelles
informations, ou de messages de marques, n’arrive qu’en second plan.
Ainsi, l’influenceur virtuel ne pourra rencontrer son public qu’en utilisant sa fonction
ludique à bon escient. Malléable à l'infini, il peut revêtir n’importe quelle forme ou
adopter n’importe quel langage pour toucher la meilleure cible possible.
Grâce à cela, il se veut davantage didactique qu’informatif. Au XVIe
siècle,
l’auteur François Rabelais expliquait déjà l’importance de proposer un contenu
ludique à l’enfant pour développer son apprentissage. Si nous ne parlons pas
d’éducation à proprement parler dans ce mémoire, il est nécessaire de rappeler
cette référence dans la logique de trouver l’équilibre entre informer (qui peut parfois
aller jusqu'à de l’apprentissage) et divertir.
En effet, l’influenceur virtuel ne doit pas tomber dans les extrêmes. Cela ne doit
pas être un média avec un visage, qui se heurterait à une forte concurrence face à
des pure players comme HugoDécrypte par exemple, et qui serait sûrement
interprété comme un travail journalistique plus que de communication. A l’inverse, il
ne doit pas non plus tomber dans la caricature de l’influence, comme cela peut
parfois être le cas aujourd’hui. Un influenceur virtuel peut raconter son quotidien à sa
communauté, mais il ne pourra jamais atteindre les standards d’authenticité des
humains.
Aucun de ses deux penchants ne doit donc prendre le dessus sur l’autre. Des
personnages comme B., l’abeille influenceuse de la Fondation de France sont de
parfaits exemples de cet équilibre à trouver ! Tout en informant sur la cause de
l’extinction des insectes et en appelant à faire des dons, B. engage en partageant
des publications cocasses, en faisant des références à des memes etc. Pour moi, il
s’agit d’une référence clé dans le domaine de l’influence virtuelle et qui a vraiment
su prendre parti de ce qu’il y a de plus fort dans cette forme de communication.
Au-delà d’inciter aux dons, un abonnement rapporte de l’argent à une cagnotte : les
utilisateurs sont ainsi engagés d’une nouvelle manière et peuvent apporter leur
pierre à l’édifice quelque soit leur situation.
50
Évidemment, il n’est pas nécessaire de parler d’écologie pour engager les
communautés. Demain, l’influenceur virtuel peut prendre la parole sur de
nombreux sujets, tant qu’il est accompagné par une intelligence collective claire et
honnête. Ainsi, nous pourrions voir apparaître des IV plus engagés autour des
égalités de sexe et de genre par exemple ou autour de la santé mentale sur
internet… D’une certaine manière, Lil Miquela traite déjà ces sujets. Seulement, elle
représente davantage une caricature du métier d’influenceur : poses suggestives,
multiplication des placements de produits,... Le message de sensibilisation et des
valeurs qu’elle portait à ses débuts s’en trouve impacté.
Il y a donc un véritable enjeu pour les marques de comprendre le potentiel de
l’influenceur virtuel pour n’en ressortir que le meilleur et l’utiliser à bon escient pour
leur communication, en informant tout en divertissant les communautés !
3.2. Les futurs défis de l’influence virtuelle
Si cet équilibre est sur le point d’être trouvé, notamment avec l’apparition d’IV
comme C’JOYE 1440 ou d’ambassadeurs virtuels utiles comme Livi pour LVMH,
l’influence virtuelle se retrouvera bientôt face à de nouveaux défis.
L’encadrement juridique
Parmi ceux-là, nous évoquerons l’encadrement juridique. Nous l’avons vu dans l’état
de l’art, celui-ci reste encore très flou aujourd’hui. Au-delà d’indiquer que
l’influenceur virtuel est faux, il appartiendra aux plateformes digitales - social media
ou métavers - d’imposer leurs règles si des organismes nationaux ou
internationaux ne le font pas.
En Asie, on observe déjà des abus autour des conditions de travail des créateurs
d’influenceurs virtuels. En Chine, où les VTubers sont extrêmement populaires, les
chanteurs qui prêtent leur voix aux avatars numériques ne sont pas rétribués à
hauteur des bénéfices générés (enquête Rest of World, 2022).
Selon une fuite chez ByteDance, ils ne percevraient que 0,5 % des revenus générés
par leurs fans en plus de leur salaire.
51
Sur un autre sujet, la montée en puissance des métavers pourra entraîner des
règles plus strictes pour permettre l’identification claire des personnages
numériques et des personnes avatarisées.
C’est déjà le cas de la ville de Pékin qui souhaite développer une industrie de
l'humain virtuel valorisée à 50 milliards de yuans, soit 7,5 milliards de dollars, d'ici
trois ans, en intégrant des technologies du web 3.0 au travers de deux plans
d’action. Pour autant, ils ne dévoilent que peu de détails sur la réglementation de
l’utilisation des « humains digitaux » et constituent davantage un chemin de fer des
ambitions du gouvernement chinois dans ce domaine.
Un numérique plus responsable
Enfin, l’un des plus grands enjeux du numérique pour les prochaines années est de
le rendre durable. Nous le savons, le réchauffement climatique fait partie de notre
quotidien, il est donc impératif de trouver des moyens de le limiter au maximum.
Malgré des innovations qui permettent d’avoir un impact positif sur l'écologie, le
digital est l’une des sources les plus polluantes sur Terre et l’arrivée de technologies
encore plus énergivores ne va pas inverser le poids sur la balance.
Le Gouvernement Français a récemment annoncé des initiatives pour œuvrer vers
un numérique plus responsable : éco-contribution ou indice de réparabilité des
appareils par exemple. Il appartient également aux marques de s’informer
davantage sur la notion de sobriété numérique et d’adapter leurs services et leurs
méthodes aux priorités environnementales.
Dans ce contexte, l’influence virtuelle a-t-elle un avenir certain ? Il m'apparaît difficile
d’apporter une réponse aujourd’hui. Pourtant, ce sujet risque d’être mis sur le devant
de la scène très rapidement : qui sera le premier à créer un influenceur virtuel avec
le moins d’impact sur notre planète ? Voilà un défi qui risque certainement de
révolutionner une nouvelle fois ce secteur.
52
CONCLUSION
Pour conclure ce mémoire, nous reviendrons sur les trois grands axes développés.
L’état de l’art nous a montré un marché avec de belles opportunités mais encore
sous exploitées. En effet, la montée en puissance de l’influence virtuelle en 2018 a
su séduire les communautés, notamment aux Etats-Unis et en Asie (où c’était déjà
le cas quelques années auparavant). En Europe, l'effervescence est moindre. Les
marques commencent à s’emparer du phénomène, mais sans pousser la réflexion
jusqu’au bout, ce qui finit inévitablement par des résultats mitigés et qui amènent les
professionnels à s’interroger sur l'efficacité de l’influence virtuelle.
En parallèle, de nombreuses études prouvent que le public est prêt à rencontrer
ces avatars numériques et à interagir avec eux.
Ainsi, il y aurait bel et bien une place pour les influenceurs virtuels dans le paysage
du marketing digital d’aujourd’hui.
L’étude empirique se composait de la réflexion de cinq experts interrogés pour la
rédaction de ce mémoire. Nous avons ainsi pu dessiner des premières pistes sur
l’avenir de l’influence virtuelle.
Parmi celles-ci, nous citerons :
- L’impact positif comme message clé pour un social for good.
- L’importance de construire des personnages complets, avec une
personnalité et une apparence qui doit faire sens avec les éléments de
langage à transmettre.
- L’ambassadeur virtuel comme nouvel emblème des marques pour l’incarner
et diffuser son discours.
- Le moyen d’intégrer le métavers et l’univers web 3.0 peu à peu.
- L’avatarisation des créateurs dans le métavers qui les rendra de facto
virtuels.
Enfin, la discussion nous a permis de confronter les points de vue à la réalité de
l’industrie et de ressortir les réponses suivantes.
53
Nous assistons depuis peu à un regain du marché conséquent, notamment en
France avec la création de cinq projets d’influence virtuelle depuis quelques mois.
Face à cela, il est plus que jamais temps pour les marques de s’intéresser à ce sujet
pour ne pas se faire dépasser par leurs concurrents.
L’avenir de l’influence virtuelle repose dans l’équilibre entre information et
divertissement. Il s’agit d’utiliser à bon escient toutes les qualités d’un personnage
numérique pour lui permettre de transmettre les bons messages aux bonnes
personnes et au bon moment.
C’est également un levier incontournable pour s’implémenter dans le métavers :
sans cela, les entreprises se retrouveront muettes et transparentes.
Enfin, il y a fort à parier que l’avenir de l’influence virtuelle évoluera vers un schéma
bien plus proche de l’incarnation par l’ambassadeur pour permettre aux marques
d’exister dans ces nouveaux univers numériques et d’accompagner leurs
consommateurs dans leur quotidien.
Durant ce mémoire, nous avons parfois abordé des pistes prospectives, qui
attendent encore d’être vérifiées dans l’avenir. Mais, même dans ces situations,
nous sommes partis du postulat que l’influenceur virtuel était une création de
l’humain, commandé et piloté par celui-ci.
Il y a tout à parier que l’intelligence artificielle viendra bousculer ces codes. Si,
aujourd’hui, l’influenceur virtuel est le résultat d’une intelligence collective, qu’en
sera-t-il s’il est contrôlé par une IA ? Pourra-t-il toujours faire les bons choix ? N’y
aurait-il pas un risque d’induire des biais et ainsi de fausser son objectivité ? Quelle
sera la part de responsabilité de l’homme si un IV se retrouve face à la justice ?
A l’heure actuelle, le plus grand projet a lieu entre le comité olympique et Alibaba -
T-mall, nous n’en verrons les résultats que dans quelques mois.
54
ANNEXES
55
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Site officiel NFT Carrefour : https://nft.carrefour.com/nfbee/
Recherche universitaire “Virtual Influencer Marketing :Anthropomorphism and its effect” par Ehsan
Dabiran (Carleton University Follow) , Fang Wang (Wilfrid Laurier University Follow) et Samira Farivar
(Carleton University), 2022 : https://aisel.aisnet.org/ecis2022_rip/32/
J. Rizzo, 2022 :
https://www.bfmtv.com/tech/livi-l-egerie-virtuelle-de-lvmh-s-affiche-avec-bernard-arnault-dans-le-meta
vers_AN-202206160294.html
Site officiel LVMH :
https://www.lvmh.fr/groupe/engagements/leadership-entrepreneuriat/lvmh-innovation-award-initiative-l
vmh/
S. Godet, 2021 :
https://viuz.com/2021/01/15/ces-2021-les-ambassadeurs-virtuels-sont-deja-parmi-nous/
Site officiel Nations Unies :
https://unric.org/fr/a-propos/partenaires-nations-unies-france-belgique-luxembourg-monaco/elyx-amba
ssadeur-digital-des-nations-unies/
Wikipédia Métavers : https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9tavers#cite_note-3
Wikipédia Neal Stephenson : https://fr.wikipedia.org/wiki/Neal_Stephenson
Magazine OUR(S) N°09 “Tourisme d’affaires, au défi de la reprise” - Dossier consacré au Métavers
“Métavers : les marques ont-elles raison d’y aller” par Camille Grange, 2022
Instagram The Feed Global :
https://www.instagram.com/p/Ch93DrAM6Bz/?utm_source=ig_web_copy_link
60
Site officiel LVMH :
https://www.lvmh.fr/actualites-documents/actualites/pour-vivatech-2022-lvmh-devoile-son-appartemen
t-et-avec-lui-tout-le-dynamisme-de-lecosysteme-dinnovation-du-groupe/
Définition lanceur d’alerte : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lanceur_d'alerte
T. Labro, 2020 : https://paperjam.lu/article/drame-sur-instagram-influence-
Etude “Social Media by generation” de GWI, 2021 :
https://304927.fs1.hubspotusercontent-na1.net/hubfs/304927/Social%20media%20by%20generation
%20-%20Global%20-%20Web_Friendly_6.pdf?utm_campaign=220328%20Social%20media%20by%
20generation%20infographic%7C&utm_medium=email&_hsmi=207966450&_hsenc=p2ANqtz-_3CAX
oVVAD75As-djpb_XdGMiF1T-SnZowKwUDARsm5Pr5ZTp9_bKF6hCs5B96V0NWq8FcWXHuC9-hW
W_PfC3ZD7KnAQ&utm_content=207966450&utm_source=hs_automation
01 Net, 2022 :
https://www.01net.com/actualites/influenceurs-virtuels-industrie-chinoise-conditions-travail-infernales-
acteurs-sous-payes.html
E. Echaroux, 2022 :
https://usbeketrica.com/fr/article/la-chine-souhaite-reglementer-l-usage-des-humains-numeriques-dan
s-le-metavers
61
INTERVIEWS
INTERVIEW DE ASTRID HIORT
How did you learn about virtual influencers the first time?
I think it was actually in 2018, when I was working in a fashion magazine. I was attending a show
where a virtual human was participating. I think it was Lil Miquela who was presenting the products on
Instagram. They also released some pictures about her being at the show. I remember, I was like
“what does that even mean? Is she in the audience? How can she be there?”. In the room everyone
was like “what? how does that work?” even people who worked at the show.
Shortly after that, Shudu was announced as part of the model army or something like that. It made me
kind of question myself about the future of modeling from a fashion perspective. I was wondering if it
would be easier to use a virtual model.
How did you make this an expertise in your work? How long have you been working on the
subject?
I come from a fashion background, my education is in fashion journalism. With the pandemic, I think
that everyone has a bit of rethinking of life and what they were doing. I didn’t feel like I was
contributing to anything new. I was looking through Indeed, and I saw an offer for this Swiss company
called Cosmiq Universe. They needed a fiction writer. And I was like “I can write, I used to do a lot of
short stories, I’m very interested in storylines and characters…”. They were launching a virtual
influencer on Instagram and they needed someone to write her notebook and create a storyline.
So, I started to create the storyline for the virtual influencer and developing a personality, through the
captions : what kind of words does she use, etc. Her story was that she was an interstellar being and
she was very spiritual. That really intrigued me to what these virtual influencers are, what they can do,
and how they can stay in touch with their community. It let me on to the VirtualHumans.org platform.
They needed a bio on this virtual influencer. I contacted them and wrote articles about IV. It was kind
of one thing leading to the other, but my starting point was to work with one [virtual influencer].
How was this first experience with a virtual influencer?
It was really interesting. First of all, I loved the creative freedom of it, all the possibilities. It’s kind of
like when you do a movie character, you go into creating a backstory for them. I had some briefs on
this one, in terms like : cyborg, nian colors, if she was a model she would have been more like Kate
Moss… That’s the kind of thing I was looking for, who do we associate with her in the real world? This
one was supposed to be very cool, and Kate Moss is super cool so I went into that! I would do
moodboards, before I wrote to get the energy of her. I used to do a lot of research on Kate Moss. She
says “major” quite a lot, so I was like “okay let’s put that in from time to time”. It was really interesting
to build this character up and then seeing how people create this virtual influencer.
I had weekly ideas on what was supposed to happen in the storyline, but it also had to make sense
with the team to be able to create. My imagination could go anywhere and then it was like “what is
possible for them to create as well? how can we be clever about this content?” because it has to go
out weekly! It was also interesting to see what was popular in her community.
What is your personal definition of a virtual influencer?
I would say a virtual influencer is someone who’s a effecticious computer generated character who is
given a personality and social media profiles. They have to exist on social media. They don’t have to
look hyperrealistic, they can also look un-human.
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Do you follow virtual influencers? How many? What type of content do you like the most?
I don’t have an exact number: I try to follow as many as possible. VirtualHumans.org has a good
indicator, I think there are over 200 VI. I don’t think I will follow 200! I would say around 100, maybe a
bit more.
I follow a lot of hyper realistic ones, I find it very interesting to see the details that they put into them,
which is quite fascinating. And of course, the top ones : Lil Miquela, Imma, Shudu… I also keep
updated on any brand collaboration. I do also enjoy following NobodySausage, and a few other ones,
who are non human.
Do you think it is the place for brands to create their own virtual influencer or not?
I definitely think it would be interesting to see more VI made by brands. It gives an opportunity to go
through the web 3.0 border : test it out a bit, have fun with them… LVMH, they created their first virtual
ambassador, but I think it would have been interesting to give her a social media profile as well
because she could do that, you know!
They could have gone a step further and created her an Instagram account or TikTok. I always think
that it is the global big brands because they have a big budget but they never do really enough.
If brands are starting to create virtual influencers, isn’t there a risk that we are no longer
talking about influence but in some kind of advertising?
When you see them collaborating with brands it is of course, more hidden. If you create a good
narrative, a good kind of character, people are clever enough to see it is virtual and to represent a
brand. But if you are a big fan of - let’s say - Chanel, maybe you would find it very fun if there was a
character that would do different creative things with that brand, and also different consumer
experiences. And of course in the metaverse, interacting with them. I think it depends on the way it is
done: people will see that it is representing a brand.
Virtual influencers engage more than real ones but they are losing subscribers: why, do you
think?
It is my personal opinion about that. One top way to grow on social media is through videos, and if
you create a hyper realistic character, it can be difficult to come up with new content all the time.
There is also a technical limit as well if you go for a hyper realistic character. At the same time, you
have to be very consistent on social media and come up with something new all the time, and it can
become difficult. If you don’t know how to stimulate all the time, it won’t work. Lil Miquela has been
very good at it, coming with new plots : first her account was hacked, she is also a robot, she had a
boyfriend… A lot of IVs are very static, but that’s not the case for this one.
Some people don’t want to launch their virtual influencer until they have enough content to cover a
few months.
NobodySaysage is the fastest growing on Instagram, but also because they were quite clever with
their content. It’s just a sausage, and I think it is kind of easy in animation : they just change the colors
and the choreography.
Because it is a non-human IV, they can create these crazy scenarios which would make no sense in
the real world.
Are there some industries where there aren't (and there can’t be) any virtual influencers?
I think they can be used by everyone depending on what option you go for. I saw one today, she did
an ad for an assurance company where she was on her computer scrolling through. Next slide was
what she was looking at on the computer.
They can do any industry. They are kind of chameleons. They are marketing conveniences : they can
do fashion a day, then something else the other day etc. While with real influencers, they have to
create their own niche. But because VI are digital creations, they are more versatile.
63
How does a virtual influenceur work in a technical way? I assume there is a team of graphic
and marketing professionals behind them, but how is the content created ? My question is
mostly about stories, the place for authenticity. Is it some kind of community manager living
his life and sharing it under the name of the virtual influencer ?
When you see Imma going somewhere, I don’t think there is an entire crew behind the camera. More
like 1 or 2 people, and if you have a CM on your team it’s his job to go out and make stories. Stories
are clever because they can pretend they don’t need to put the VI in front.
Do you think virtual influencers are going to be even more of a thing?
I think they are going to evolve. I know that the industry is focused on how to blur the lines between
the digital and the real world. My personal opinion is that the metaverse materializes this further. We
will all start to interact with VI in the metaverse. I think that with AI, it will be a next level for them to
engage more with people. I imagine they could be in shops, cinemas, keeping you company… I think
it is more how they are going to be incorporated into our world.
When do you think these virtual influencers are going to be guided by AI and not only by
humans? Are there any risks in that ?
I had an interview with the creator of Cookie, she is AI powered and also a chatbot. She is an AI that
has been coded by humans: everything that she is saying to you has been approved. There is still
control, she can’t go like insulting people or whatever.
For me it is important that they stay rule based like this one, so it doesn't get crazy.
Do you think people will start to trust them like real ones?
It depends if the brand feels right to you or not. Right now, when I see an ad with an VI I don’t 100%
trust it. Sometimes it looks very sponsored. It has to look authentic.
INTERVIEW DE MURIEL BALLAYER
Comment avez-vous entendu parler des influenceurs virtuels pour la première fois ?
C’était il y a maintenant 5 ans. A l’époque, je travaillais dans l’achat et la vente d’espaces publicitaires
et nous avions beaucoup de clients acteurs de la haute horlogerie. Joerg Zuber, Directeur artistique
de l’agence allemande Opium Effect, venait de lancer Noonoouri. Il faisait le tour des grandes
maisons et notamment des manufactures pour présenter sa création : une influence virtuelle inspirée
par le luxe et ses égéries.
Je me suis, dès lors, beaucoup intéressée au sujet et c’est là que j’ai rejoint WANDS Paris, et lancé,
en collaboration avec Eric Briones, planneur stratégique et directeur de la Paris School of Luxury, la
première influenceuse virtuelle française : Gaïa.
J’avais - et j’ai toujours - la conviction que les marques ont besoin d’avoir une identité digitale,
incarnée par des personnages de marque, au-delà du simple logo.
Gaïa fut, le temps d’une année scolaire, la 101e élève de la Paris School of Luxury. Elle nous a
permis d’être les premiers à donner un signal fort sur l’émergence et la montée en puissance de ces
nouveaux médias.
Quelle est votre définition personnelle de ce qu’est un influenceur virtuel ?
Je parle avant tout de personnages numériques. Au sein de ceux-ci, je distingue deux catégories :
● Le personnage numérique qui peut être un influenceur virtuel, à condition qu’il fédère une
communauté autour d’un système de valeurs ou de centres d’intérêt commun ;
● Le personnage numérique qui est un ambassadeur de marque : il n’en représente qu’une
seule… pour l’incarner.
Les deux profils sont différents, leurs enjeux et leurs usages aussi.
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Comment vous est venue l’idée de créer C’JOYE1440 (@c_joye1440) ?
Avec l’ambition d’apporter des messages positifs aux jeunes générations pour préserver la
construction de soi et la mise en action face aux dangers des réseaux sociaux, capables du pire
comme du meilleur sur la santé mentale. Le sujet qui m’est apparu comme une évidence, c’est le
sport. Il fait sens, il est universel, il a un impact psychologique positif pour nous rapprocher de valeurs
essentielles pour être heureux. En rencontrant des athlètes, je me suis rendue compte qu’ils sont les
premiers concernés par les maux de la planète dans la pratique de leur(s) activité(s).
Pour créer C’JOYE1440, nous sommes partis de la question suivante : comment créer une voix
positive sur les réseaux-sociaux alors que l’influence virtuelle représente un potentiel extraordinaire si
on arrive à travailler sur des sujets qui font sens ?
C’est ainsi qu’est née l’idée de C’JOYE1440 : fédérer autour d’un système de valeurs. C’JOYE1440
pense qu’il peut sauver l’humanité, et plus particulièrement avec l’aide des sportifs qui, selon lui, font
progresser l’humanité pour la rendre meilleure. C’est le premier influenceur virtuel qui va à la
rencontre de personnalités engagées pour mettre les jeunes en action. C’est en cela qu’il va révéler le
meilleur de l’influence virtuelle.
Quelle est l’histoire de C’JOYE1440 ?
Pour être engageant C’JOYE1440 devait avoir une histoire avec de la profondeur. Il fallait créer un
personnage crédible (autant qu’un personnage de roman, de film ou de série peut l’être) de forme
numérique qui aurait la sincérité du Petit Prince pour entraîner les jeunes générations à le suivre au
quotidien autour de valeurs essentielles : l’esprit sportif et la conscience environnementale. Nous
l’avons imaginé telle une comète envoyée par la galaxie sur Terre parce qu’elle ne supporte plus
d’assister aux maux de la planète. C’JOYE1440 est un messager qui va tomber amoureux des
humains, notamment grâce aux sportifs qu’il va rencontrer. Il va se donner comme mission d’inspirer
les jeunes générations avec l’intime conviction que les sportifs rendent l’humanité meilleure. C’est un
passeur numérique, il ne singe pas les humains, mais leur donne la parole.
Nous avons construit son histoire et sa personnalité comme une véritable plateforme de marque : ses
objectifs, ses besoins, sa façon de s’exprimer, …
Pourquoi avoir choisi le nom c_joye1440 ?
“C” car c’est une comète envoyée par la galaxie. “Joye” pour “rendre les jeunes heureux”. Enfin,
“1440” représente le nombre de minutes qu’il y a dans une journée. On aimait aussi la symbolique
comme un numéro de maillot, qui faisait sens avec le domaine du sport. Et bien-sûr, il y a une
identification au monde du gaming et du métavers.
Était-ce volontaire de partir sur un aspect non-humanoïde pour C’JOYE1440 ?
Oui. Nous voulions nous dédouaner des discours genrés et de critères esthétiques humains pour se
concentrer sur le contenu. Il devait être universel pour représenter n’importe quelle discipline ou
athlète ou humain.
Le sport est incarné par des mascottes sportives depuis l’origine, cela faisait donc sens d’être sur un
personnage au style “gaming”. Demain, cela nous permettra aussi de le transposer facilement dans le
métaverse.
Comment a été accueilli C’JOYE1440 dans le panorama des influenceurs virtuels ?
C’est positif ! Il est attachant, il est émotionnel. Il plaît beaucoup car il ne laisse pas indifférent. Il y a
beaucoup de publications qui déclenchent une émotion.
On a des taux d’engagement très élevés : autour de 20% à 50% quand aujourd’hui la plupart des
comptes sont plutôt aux alentours de 2% à 8%. On est donc sur la bonne trajectoire.
Il faut évidemment laisser du temps au temps, c’est le premier personnage de ce type sur de tels
sujets : devenir meilleur pour soi et la planète. Chaque message, chaque post est un vrai défi pour
être identifié par les algorithmes.
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Comment élaborez-vous des collaborations entre des marques et C’JOYE1440 ?
On intègre les marques dans le storytelling du personnage. C’est une vraie révolution. C’JOYE1440
n’est pas voué à démultiplier les partenariats avec les marques.
Si les top influenceurs virtuels fonctionnent, c’est qu’ils ont été lancés en occident entre 2016 et 2018,
au moment de la crise de l’influence. C’est à ce moment-là que les audiences ont appris que les
influenceurs humains étaient payés pour faire la promotion de produits et qu’a été dénoncé le besoin
de transparence des prises de parole. C’est en partie ce qui a ouvert la voie aux influenceurs virtuels.
Certes, l’influenceur virtuel est faux, mais ça au moins, c’est vrai. L’objectif de l’influenceur virtuel est
justement de dire “je suis faux”. Il faut que le public sache qu’il y a une équipe derrière qui va lui
raconter une histoire et peut-être lui apporter quelque chose.
Selon vous, les influenceurs virtuels vont-ils surpasser les influenceurs humains ?
Je n’oppose jamais rien. Je vois toujours des avantages et des complémentarités. Et les deux
cohabitent très bien. Je regrette d’ailleurs beaucoup qu’il y ait des influenceurs virtuels qui singent les
humains : ça n’apporte rien.
Mais les frontières risquent de devenir de plus en plus floues. Bientôt, le grand public s’avatarisera
pour aller dans le métavers. Une grande partie d’entre nous aura un double numérique, et ce sera
aussi le cas pour les marques. Il y aura donc forcément une envolée des personnages numériques à
ce moment-là, j’en suis persuadée. De là à devenir des influenceurs, c’est une autre histoire…
Comptez-vous aller dans le métavers avec C’JOYE1440 ?
Probablement. Il faut d’abord qu’il grandisse, qu’il ait sa communauté, on va attendre au moins 6
mois.
Que pensez-vous du fait qu’un jour un influenceur virtuel pourra être contrôlé par une
intelligence artificielle ?
On en est encore un peu loin, et les investissements sont colossaux. Le plus grand projet aujourd’hui
de ce type est Dong Dong, un personnage numérique porté par Alibaba Cloud et le comité
olympique lancé cette année aux JO de Pékin. Il y aura un vrai besoin de transparence et
probablement aussi de légiférer dès lors que de grands acteurs de l’IA en sont les premiers
investisseurs.
INTERVIEW DE JEAN-BAPTISTE BOURGEOIS
Dans nos échanges par écrit, tu m’as dit que tu avais un point de vue très arrêté sur le sujet.
Peux-tu m’en dire plus ?
Je trouve qu’on est vraiment en fin de “hype” sur les influenceurs virtuels. Ça a été à un moment “the
big thing”. Il y a eu pas mal d'initiatives, même sur des marques sur lesquelles on ne s’attendait pas à
ça, sur ce genre de territoires. Par exemple, Renault qui a fait une pub pour un SUV en intégrant Liv,
son IV virtuelle dans sa copy TV. Il y a eu pas mal de conversations, de tests, pas mal de flops.
Je ne te cache pas que la dernière campagne pour le lancement d’un parfum Prada avec une IV m’a
bien refroidi sur le pouvoir des influenceurs virtuels. Le taux d’engagement de cette campagne, la
comment section sur TikTok et Instagram me font dire qu’on arrive à la fin des IV dans les stratégies
d’incarnation de messages de marques sur le social media. Il y a certes quelques références sur
lesquelles on peut encore s’appuyer mais la nouvelle création d’un IV pour le compte d’une marque
spécifiquement n’est plus vraiment à la mode.
Quelles sont ces références ?
66
Lil Miquela et Noonoouri sont deux références qui se sont imposées et qui, encore aujourd'hui,
restent des créateurs virtuels sur lesquels on peut se reposer et qui peuvent faire partie d’un plan
d’influence.
Où penses-tu que se situe l’avenir des IV ?
Sur ce territoire, mais un peu connexe, je pense à l’avatarisation de certains créateurs IRL par le biais
de filtres 3D, memojis et autres, sur Twitch ou TikTok (récemment avec l'apparition des avatars). Cela
peut potentiellement devenir un énorme territoire de développement. Ce seront de nouveaux
créateurs qui seront plus réels mais dont l’identité pourra être cachée ou déguisée par le biais
d’avatars. C’est quelque chose qui est juxtaposé au phénomène des IV.
Ensuite, toujours en prospectif (pas encore de proof of work), il y a aussi des créateurs du métavers
qui demain seront de facto virtuels.
Je pense que des versions 3D de Snoop Dog dans The Sandbox ont plus d’avenir dans le secteur de
l’IV avec des Lil Miquela et des Noonoouri qui ont déjà eu leur temps de gloire mais qui sont
dépassées aujourd’hui.
L’influenceur virtuel dans le sens où on l’entend aujourd’hui, n’a plus forcément sa place. On doit
plutôt aller vers d’autres types d’influence, ou des ambassadeurs de marques dans le métavers.
Est-ce que Livi, ambassadrice de LVMH et présentée à Vivatech peut être considérée comme
une IV ?
Là, on est davantage dans la forme métavers de l’égérie et de l’incarnation. Quand on parle d’IV, ça
nous ramène un peu à y’a 2-3 ans, quand des gens un peu malins ont réussi à faire de Lil Miquela ce
qu’elle est devenue : l’archétype même de l’influenceur cliché de l’époque (instagram lifestyle, je
partage mon quotidien avec mes copines) virtualisé, modélisé, 3Disé…
L’influence d’aujourd’hui est plus une influence d’avatar, d’incarnation d’une marque dans des
espaces virtuels comme le métavers. Je pense que Livi n’est pas seulement pensée pour faire du
diagnostic "beauté peau”. Elle est aussi là pour commencer à incarner la marque virtuellement dans
ces nouveaux espaces. Ce qui est intéressant sur Livi c’est la manière dont elle représente l’enjeu
d’inclusivness des marques aujourd’hui : sa couleur de peau, son genre, son physique… Elle est
citoyenne du monde. C’est une opportunité pour les marques, dans le métavers, de pouvoir créer
l’incarnation d’elles-mêmes qui soit la plus inclusive possible. L’avantage, c’est de pouvoir la choisir,
la confectionner comme on veut, à l’inverse des choix de personnes réelles qui forcément peuvent
faire débat ou laisser entendre une préférence pour une personnalité, une couleur de peau, une
morphologie etc.
Ces influenceurs virtuels sont plus des égéries du métavers.
A quoi est dû le fait que les IV sont “has been” ?
Il y a deux choses :
- Une forme de lassitude à laquelle le métavers lui-même peut éventuellement ne pas
échapper non plus.
- Une forme d'opportunisme de la part des marques ou des startups qui se sont lancées
là-dessus mais qui n’y sont pas allées à fond. Comme c'était beaucoup d’opportunisme, de
surf sur la hype, ils n'ont pas véritablement donné une personnalité ou créé un storytelling.
C’était juste des exemples, “des manières de”, de montrer qu’ils sont affinitaires, qu’ils ont
compris, qu’ils sont dans l’ère du temps et modernes.
Liv, l’influenceuse virtuelle qui a présenté le Kadjar de Renault, est le genre d’exemple qui a contribué
à la ringardise accélérée des IV. Quand Renault se dit “pour montrer les capacités extraordinaires et
la dimension pionnière de ma voiture, je vais créer un influenceur virtuel et lui faire faire un test drive”,
à la fois pour raconter le message “voiture du futur”, “technologie de pointe”, “marque innovante”,
“pionnière dans son domaine”, toutes ses cases sont cochées. Mais derrière, Liv a juste existé le
temps d’une copie TV de 30sec à 1min. Un film auquel les gens ne s'attendaient pas forcément, sans
avoir installé une histoire, un storytelling, un univers, même une personnalité. En gros, je suis en train
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de regarder The Voice et d’un coup au lieu d’avoir une égérie classique, j’ai une conductrice virtuelle
qui apparaît à l’écran, qui me fait un jeu de mots à la fin pour me faire comprendre qu’elle était
virtuelle et qu’en fait Renault c’est super, et thats’ it. Je n’ai pas de présence sur Instagram, je n’ai pas
de storytelling sur les réseaux sociaux, je n’ai même pas de contenu en plus autour de ça. Le seul
contenu proposé par la marque a été un behind de scenes sur comment ils ont réussi à modeler
l’influenceuse. Le fait d’avoir uniquement pensé des campagnes très opportunistes, d’avoir fait preuve
de créativité mais seulement en obéissant aux codes basiques de la création d’un IV sans instaurer
un véritable storytelling et penser cet influenceur comme un véritable touchpoint de l’écosystème
social media ou digital de la marque, on s’en est très vite lassé. C’est pour ça qu’il n’y a pas eu
véritablement de références, et c’est pour ça aussi que les Noonoouri ou les Lil Miquela réussissent à
perdurer : elles ont d’abord été construites comme des influenceuses, des personnalités, des avatars
du futur.
Créer des avatars où on se demande s’ils sont véritables ou pas, ça a poussé à la curiosité, à aller
liker, s’abonner. Sauf que les marques les ont juste utilisés pour faire du placement de produit. Et
c’est à cause de ça que les marques se sont vite désintéressées : le placement de produit n’a pas
forcément engagé, pas forcément fait tant de retombées presse que ça. Quand Renault présente Liv,
on a pas une révolution sur le marché, les autres acteurs du marché n’ont pas copié, et on n’a pas de
torrents de conversations positives sur le web en disant “wouah Renault trop fort, trop innovant”. C’est
aussi parce que ça a peu marché, et peu engagé que les marques se sont désintéressées de ce
genre d’innovations.
La dernière campagne Prada, c'est vraiment le glas de toute cette histoire.
Est-ce que le désintéressement peut aussi venir de la France ?
Oui, mais je pense que ce n'est pas juste la nationalité qui fait le peu d’intérêt. En Asie, ces
personnalités sont incarnées et utiles : elles font des diagnostics de peau, elles racontent des
histoires. C’est pensé intelligemment, aussi parce qu’on parle d’une autre culture. Il y a une vraie
utilité. Rien n'empêche les français de s’intéresser et d’avoir de l’engouement pour les IV s’ils les
trouvent utiles. Là où les campagnes que je te citais ont presque tué le projet auprès des français
sans leur donner une bonne raison de s’y intéresser, c’est qu’il n’y avait rien d’utile, rien d’intéressant.
De facto, ces IV, parce qu’ils sont d’abord utiles dans des pays, parce qu’ils sont bien storytellés dans
des pays et parce qu’ils parlent la langue de ces pays, vont d’abord engager dans leur pays.
Au moment où y’a eu cette petite montée en France, c’était possible ! La jeune génération, sur le
social et le digital, est en quête de nouveautés, de choses un peu weird, de trucs pionniers : il y avait
un bassin d’audience qui n’attendait que ça. Ça ne l'a pas fait car ça a été mal fait. C’est pas
structurel, mais conjoncturel. La seule référence française dont on continue de me parler c’est le Bee
Influenceur qui est un IV abeille et qui est celui qui, en France, engage le plus.
Si des acteurs créaient de meilleurs IV que ce qui a été fait jusqu’à aujourd’hui en France,
penses-tu qu’on pourrait voir un regain d'intérêt ?
Oui. Il y a ces nouvelles figures qu’on consomme déjà : créateurs avec des avatars, égéries 3D, PNJ
dans les jeux vidéos,... On a l’habitude d’interagir avec des avatars, même en France ! Avoir des
figures virtuelles qui font partie de la pop culture, qui font partie de nos références, avec qui on va
interagir dans les jeux vidéos ou sur un social media comme Reddit, c’est possible et ça existe. Ils
toucheront tout le monde à partir du moment où ça sera utile. Imaginons que je doive déclarer mes
impôts dans le métavers, et qu’un conseiller arrive en 3D et m'explique comment faire ma déclaration
d'impôts, alors ça pourra faire partie des mœurs. Il faut juste réfléchir utilité, et aussi touch point.
Le streaming avec des avatars, les filtres avatars sur TikTok, les memojis, tout ça peut faire qu’en
France aussi on ait des figures pop culture françaises avec lesquelles on a envie d'interagir. Mais en
effet maintenant, c’est un usage très US et asiatique.
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INTERVIEW DE YOUNES KHOUAKHI
Quel est ton parcours ?
Jusqu'en mars 2022, j'étais responsable commercial. Sur une base de 30 millions de contacts, je
faisais des campagnes SMS pour des annonceurs. Ça pouvait être Afflelou, Point S, Feu Vert. J'ai
quitté cette société en avril pour me consacrer à un nouveau projet : FOMOW. Avec mon associé, on
a deux casquettes : à la fois donner du conseil marketing NFT aux entreprises, et, à côté, le
développement de l'agence d'influence virtuelle.
Quand as-tu entendu parler des influenceurs virtuels pour la première fois ?
Par des recherches. Dans les activités de marketing web 3.0, nous faisons appel à beaucoup
d'influenceurs ou même avec des pages, où il n’y a personne derrière, c'est juste une page qui parle
d’informations sur le web 3.0 et qui monétise son audience. Et je me suis dit, si une page est capable
de monétiser son audience alors qu’il n’y a aucun visage derrière, pourquoi pas monétiser une page
mais où il y a un visage qui n’existe pas vraiment ? Et c’est comme ça que j’ai découvert les
influenceurs virtuels.
Au début, je m'intéressais à tout ce qui était “deepfake”, la technologie qui permet de faire des
personnages hyper proches du réel.
Quelle est ta définition personnelle de ce qu’est un influenceur virtuel ?
C'est une personne à qui on va donner une image, un visage, une conscience et un caractère. C'est
comme un influenceur dans la vie réelle : il a une audience et il arrive à l'influencer. Sauf qu’au lieu
d'être alimenté par une personne, il est alimenté par une intelligence collective. Je vois un peu l’IV
comme un média. Par exemple, quand je regarde des vidéos de Brut., c'est de l'intelligence collective.
Un influenceur virtuel c'est pareil : il y a une image, ça peut être un renard, un requin, une baleine, ou
encore une personne en situation de handicap, comme l’IV avec le syndrome de trisomie.
L’avenir de l’influence serait donc plus orienté vers l’intelligence collective selon toi ?
Ça dépend des méthodes. Aujourd'hui, faire un influenceur virtuel de toutes pièces coûte cher, ce qui
nécessite d’avoir plusieurs personnes pour l'alimenter. Mais ça peut être aussi une personne qui a un
talent pour raconter des histoires mais qui ne veut pas se montrer, elle va donc utiliser un filtre (un
animal, un avatar) et va faire de l’influence comme dans le web 2.0.
As-tu déjà été amené à prendre part à la création d'un IV ou à travailler avec l'un d'entre eux ?
Nous travaillons actuellement à la création d’un IV. Nous sommes encore au début. Nous
réfléchissons à : est-ce qu’il va être humanoïde ? Animal ? Humanoïde mais avec un caractère
fortement altéré pour que les gens voient qu’il n’est pas réel ? Dans quelle niche doit-il aller ? Quel
impact lui donner ? Et quel caractère ?
Est-ce essentiel qu’on comprenne directement que l'IV est faux ?
Oui et non. En fait, il y a deux points de vue. Certains ont un avis tranché : il faut qu'on le voit
directement. D’autres disent qu’ils s’en fichent. C'est un peu mon cas ! Si l’influenceur virtuel a un
impact positif et qu’être humanoïde lui permet d'avoir plus facilement une audience, je me dis
pourquoi pas !
Est-ce que tu penses que les personnages numériques sont les futurs logos des marques ?
Je ne pense pas que cela va remplacer le logo, mais en tout cas ça va dans la continuité du branding
et de l’image de marque. Un exemple que j'aime bien : quand on va parler de marque de pneu, on
cite Michelin ou bien quand on va parler de marque de piles, on cite Duracell. Là où ces marques sont
fortes, c’est qu’elles ont marqué les mémoires avec leurs personnages.
Le métavers implique-t-il forcément pour les marques d’avoir leur propre avatar ?
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Je suis pas très convaincu par tout ce qui est métavers, j'attends de voir. Les premiers métavers se
passent sur les réseaux sociaux ou sur des jeux comme Fortnite. Si les marques veulent y aller, il leur
faudra des ambassadeurs ou un influenceur réel qui a une audience qui colle à l'image de de la
marque. Cet influenceur pourra aller à dans le métavers pour représenter la marque, ou faire des
choses là où ça fera sens. En revanche, pour les marques, la question à se poser c’est comment faire
pour accéder à ces univers là ?
Selon toi est-ce qu'il y a des travers dans l'influence virtuelle et si oui lesquels ?
Toutes les influenceuses type Lil Miquela qui reprennent des traits humains. Elles sont belles, elles
ont tout à leur avantage, alors que ça fait déjà des années qu'on dit que les réseaux sociaux sont à
l'origine de beaucoup de soucis et de dépressions. Forcément, en ligne, tu compares ta vie, tu te
compares à toi-même. Le travers c'est de faire pire que ce qu'on en fait aujourd'hui.
Qu'est-ce qui ferait qu'un influenceur virtuel (ou un ambassadeur virtuel) serait considéré
comme bon ?
Il ne faut pas oublier que les gens vont aussi sur les réseaux sociaux pour se divertir. Quand on fait
un influenceur virtuel, c'est pour créer une présence sur les réseaux sociaux. L’un des critères est
donc : est-ce qu’il divertit les gens ? Est-ce qu'en le regardant je suis motivé à aller faire du sport ?
Ou - par exemple - économiser de l'argent ? Ou encore à apprendre de nouvelles choses ? Ou bien,
est-ce qu'en le regardant, je perds mon temps et je n’avance pas dans ma vie ?
C’est le même principe avec les influenceurs que nous suivons aujourd’hui. Ce sont des gens qui
nous motivent à nous dépasser, à faire des nouvelles choses. Ceux qu’on ne suit pas - en tout cas
personnellement - ce sont ceux qui font des placements de produits tous les jours et qui essayent de
nous vendre des programmes minceur, des gaines etc.
N’as-tu pas peur qu’on rentre dans ce travers là avec les influenceurs virtuels ?
Il y aura toujours des opportunistes. S’ils se rendent compte que ça marche et que ça peut drainer du
business pour eux, ils le feront.
Est-ce que ça va représenter la majorité ? Je ne pense pas. Aujourd'hui, il est plus facile de payer
quelqu'un qui a de la visibilité pour qu’il fasse de la publicité que de monter un personnage de toute
mains, d'attendre de voir s’il fonctionne et ensuite qu’il puisse promouvoir les produits.
Est-ce que les marques auront davantage l'occasion de faire des partenariats avec des IV
plutôt que d’en créer elles-mêmes ?
Non, je crois aux marques. Quand LVMH fait une Livi, elle est d’office suivie, grâce à l’image de
marque du groupe qui est historique. Dans ce cas là, ça ne dérange pas, et je trouve cela normal.
Une marque qui a déjà un branding qui crée son un avatar, c'est la continuité logique. En revanche,
des marques qui n'ont pas déjà prouvé qu’elles sont implantées, qu’elles ont un branding, qu’elles
font des choses sérieuses, je ne pense pas que le fait de faire un influenceur ou un avatar va faire
l'expérience.
Quels sont pour toi deux exemples de top influenceurs virtuels et à l’inverse un flop ?
Pour le coup, je ne vois pas de “top”. C'est pour cela que nous voulons créer notre propre IV.
Casas Bahia est pour moi un bon exemple d’ambassadeur de marque au Brésil. Il fait des vidéos et il
a des centaines voire des milliers de vues. Il divertit les gens, les gens identifient la marque.
Dans un autre genre, si je prends le chat de Feu Vert, pour moi c’est un personnage qui est au top.
C’est peut-être pas un IV, mais en tout cas c'est un avatar, un personnage qu’ils vont animer dans
des publicités à la télévision, et qui va augmenter le capital sympathie de la marque ou la retenue.
Ceux qui n’ont pas leur place, ce sont ceux qui vont te divertir sans rien t’apprendre.
Est-ce que tu penses que l'influence virtuelle d’aujourd'hui a un avenir où est-ce qu'elle n’est
pas déjà un peu en déclin ?
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La façon dont l’influence virtuelle est traitée aujourd'hui, n'a pas d'avenir pour moi. Si c'est pour faire
des des personnages qui ressemblent à des belles femmes et qui postent des photos sur Instagram,
je ne vois pas l’intérêt. Si, par contre, demain on en fait des personnages à impact, ils auront un
intérêt parce que ce n'est pas ce que peuvent ou vont faire les influenceurs actuels (ou alors c'est
compliqué).
Pour toi ça passe par l'impact positif notamment ?
Oui. Mais aussi par le fait d'apporter quelque chose dans le divertissement. Il ne faut pas oublier que
les gens vont sur les réseaux pour se divertir. On peut avoir un impact positif, mais pas partout.
Sinon, ça va donner l'impression d'aller sur un réseau social d'associations ! Il faut trouver un point
d’équilibre entre les deux.
Est-ce qu’il n’est pas un peu tôt pour parler de métavers en France ?
Si ! Pour nous, il faut d’abord créer des personnages intéressants à regarder sur les réseaux sociaux
et ensuite, si nos amis qui travaillent sur les métavers percent, on les suivra. Ce n'est pas nous qui
allons faire des influenceurs dans le métavers alors qu’on est encore qu’aux balbutiements.
Comment est-ce qu'on transpose un influenceur virtuel qui, par exemple, évolue sur Instagram
ou TikTok dans le métavers ?
Quand tu vas aller sur sur The Sandbox, tu vas avoir leur univers, quand tu vas aller sur Reddit
Player Mini, tu vas avoir leur avatar, quand tu vas aller sur Roblox tu vas avoir des sortes de Lego.
Soit tu essayes de faire ton avatar de manière à ce qu’il soit reconnaissable partout (avec un élément
qui est bien reconnaissable en essayant sur chaque plateforme de s’en rapprocher au maximum).
Soit il faudrait une autre solution mais elle n’existe pas encore ! Est ce que demain tu vas pouvoir
faire un seul avatar et aller sur les différentes plateformes ? C’est un des plus grands enjeux dans le
métavers. On parle d'interopérabilité.
INTERVIEW DE JEAN-NOËL FREZAL
En quelques phrases, comment résumez-vous votre métier de Directeur de la Création chez
SPOA Agency ?
Je suis chargé de superviser la partie créative de l’agence. Sur les nouveaux projets, cela comprend
la prise de brief jusqu’au deliver. Je gère une équipe de créatifs avec des profils différents. Je suis en
relation assez étroite avec le CEO avec qui j'échange sur l’avenir et les prochaines étapes créatives
de l’agence : autant l’identité, l’image que nous voulons donner et sur tous les budgets qui sortent de
chez nous.
Comment avez-vous entendu parler des IV pour la première fois ?
Par curiosité, veille créative. Sûrement dans la presse professionnelle : le Journal du Luxe ou CB
News.
Quel était le brief de départ ? LVMH souhaitait-il un influenceur virtuel ?
LVMH est un client de longue date de SPOA. Ils ont donc contacté l’agence avec pour objectif le
salon Vivatech et de réfléchir à comment porter le discours d'innovation du groupe. LVMH remet un
prix tous les ans qui s’appelle LVMH Innovation Award. Ils voulaient trouver une manière à la fois
originale et créative de faire l’appel à candidatures et tout le suivi pour promouvoir ce programme.
Nous, on aime bien aller au-delà du brief et penser au long terme. Ils avaient utilisé le mot “avatar”
dans leur brief, qui, il y a quelques mois encore, n’était pas sur toutes les lèvres. Ça nous a mis la
puce à l’oreille et on leur a proposé un porte parole virtuel sur toutes les questions innovation et tech.
Créativement mon idée c’était de développer un digital insider : l’idée c’était d’imaginer un
porte-parole qui appartient au groupe, qui a la culture du groupe, qui connaît les différents
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départements et l’histoire et toutes les maisons du groupe. On voulait prendre quelqu’un de légitime.
Je suis un peu de la vieille école, le mot “influenceur” ne me plait pas trop, donc on voulait apporter
du sens à cette démarche créative.
Quelles sont les fonctionnalités de Livi aujourd’hui ?
La première c’était de faire de Livi ce porte-parole sur toutes les questions d’innovation et
technologie. Quelqu’un qui allait mettre en avant les différents managers et personnes influentes dans
le digital des différentes maisons, que ce soit chez Bulgari ou chez Louis Vuitton par exemple. Le gros
objectif et la finalité de départ c’était vraiment le salon Vivatech où elle a fini par présenter la
cérémonie et interviewer Bernard Arnault.
Aviez-vous travaillé sur des projets similaires auparavant ?
Non, ça a été complètement nouveau et c’est ça qui nous a plu ! SPOA est une agence qui a été
créée sur l’avènement du digital, ce sont donc des sujets qu’on connaît, qui nous plaisent et qui nous
intéressent. J’ai un passif dans la production et création de contenus, donc j’ai pris Livi comme la
création d’un personnage de film. Ça a été à la fois une découverte mais j’ai essayé d’appliquer une
façon de travailler qui ressemble à l’écriture du personnage principal d’un film.
En combien de temps avez-vous conçu Livi ?
On a été briefés au mois de décembre. On a lancé fin mai, en amont de Vivatech, avec une série de
vidéos dans lesquelles elle faisait un appel à candidatures aux start-ups.
Livi est-elle faite à partir d’un procédé de deepfake ?
Non pas du tout. Livi a été “fabriquée” avec des créatifs et des idées. Au départ on voulait avoir
quelqu’un non-genré avec des origines indéfinissables. Ça a été un processus assez classique. On a
fait des croquis, en commençant à travailler en 2D et puis après en 3D et enfin du motion capture.
Dans nos échanges avec LVMH, on s’est rendus compte qu’un personnage non-genré aurait un côté
opportuniste, donc on a préféré assumer le fait que c’est une femme, pas forcément un canon de
beauté, dont on ne sait pas d’où elle vient non plus.
Pourquoi un humain ? Et pas un autre avatar ?
Nos premiers benchmarks étaient autour d’RTFCT et Nike et tout ce qu’ils ont fait avec cette
exécution un peu manga et hyper pop. On adorait ça à l’agence. On a fait des propositions dans ce
sens, et tout de suite LVMH a voulu avoir un aspect très humain. Ça a été une demande de la
marque. Sûrement pour garder cette idée de porte-parole qui ressemble à ses consommateurs et
consommatrices. L’idée c’était aussi d’avoir des détails : elle a des tâches de rousseur qui brillent, des
cheveux qui changent de couleur, des yeux vairons…
Ils ont fait le choix d’avoir un parti pris artistique hyper-réaliste.
Ces choix physiques, c’était aussi un enjeu d’inclusivité ?
Oui ! Inclusivité, originalité et style. Pour nous c’était assez évident.
Livi a-t-elle vocation à devenir une influenceuse virtuelle un jour ?
Je ne pense pas. L’idée c’est qu’elle reste une collaboratrice du groupe.
Pourquoi est-ce important pour une marque comme LVMH de créer sa propre ambassadrice
plutôt que d’en chercher une parmi des célébrités existantes ?
Déjà parce que ça, ils le font déjà dans toutes leurs maisons. Nous on travaille avec le groupe, c’est
donc une communication corporate. C’est un groupe pour lequel l’innovation est très importante. Ils
ont toujours cherché à faire les choses de manière innovante et avant-gardiste.
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On a vu que le groupe Publicis avait lancé une espèce d’avatar. Je ne dis pas qu’on a créé une mode
pour autant ! En tout cas, pour LVMH, c’est vraiment une question d’originalité, de création, pour se
démarquer des autres groupes.
Est-ce que “la guerre” pour les ambassadeurs virtuels se fait maintenant ?
Je pense que la question évidente pour les marques, c’est de trouver comment implémenter tout
l’univers web 3.0 (blockchain, NFT). On n' est pas très loin par ce que nous on développe.
Je pense qu’on est encore aux prémices, tout est à faire et tout se fait chaque jour. C’est intéressant
en termes d’image et de potentiel car tout est possible : la marque peut dire et faire ce qu’elle veut
avec un ambassadeur virtuel. C’est quelque chose d’avenir.
Quelle est la suite pour Livi ?
On a prévu d’en parler à la rentrée. L’idée c’est de prolonger l’expérience et de se dire : comment
peut-on capitaliser sur ce qu’on a construit et les retombées qu’on a eues, sur le fait qu’un Bernard
Arnault l’a adoubée par exemple ? Et aussi que le prochain salon de Vivatech va venir vite !
LVMH est un groupe très exposé, dont on parle tous les jours. On ne peut donc pas se permettre de
faire quelque chose en one shot ou une campagne opportuniste. L’idée c’est le long terme et de
capitaliser là-dessus et de proposer une expérience, de raconter une histoire, de proposer à une
communauté de construire un discours de marque avec elle. Le one shot ça ne sert à rien
aujourd’hui.
Est-ce que Livi finira un jour dans le métavers ?
Oui pourquoi pas ! On a déjà créé en “microvers” son appartement virtuel dans lequel on a shooté
des entretiens avec différents collaborateurs des maisons du groupe. On a créé un univers qui était
accessible pour tous les visiteurs de Vivatech.
Comment est-ce que vous la transposeriez ?
On est encore dans une phase d’observation sur toutes les questions autour du métavers. Chaque
métavers a ses propres codes graphiques. On a acheté un land dans Sandbox, mais qu’est-ce que
Livi ferait dans Sandbox car graphiquement ça n’a rien à voir avec ce qu’on a développé ? Je pense
qu’une des idées c’est de créer son propre métavers parce qu'aujourd'hui on a la technologie pour.
Est-ce que c’est trop tôt en France pour parler de métavers ?
Non c’est pas trop tôt ! Tout le monde en parle déjà. Nous on est très enthousiastes sur toutes ces
questions mais il faut être prudent. C’est peut être un mot dont on a plus trop l’habitude, mais il faut
essayer de prendre du recul pour ne pas aller trop vite.
On est dans une logique où tout va plus vite, tous les jours on a une nouvelle technologie, mais tous
les professionnels s’accordent pour dire qu’il faut quand même regarder, faire des baby steps et
suivre à la fois l’évolution tout en restant prudent.
Est-ce qu’un ambassadeur virtuel peut être un influenceur virtuel ?
Ça dépend des discours, de la façon dont on raconte les choses. Aujourd’hui je n’ai pas d’exemple
flagrant d’influenceur virtuel. On a Lil Miquela et tout ça, mais je trouve que ça reste anecdotique. Les
influenceurs en chair et en os restent encore très actifs et présents. Pour moi tout est une question de
storytelling : si demain on raconte une belle histoire, avec des valeurs, ça peut marcher.
Est-ce que les ambassadeurs virtuels peuvent être les futurs logos des marques ?
Je n’y avais pas pensé, mais je trouve ça assez cool ! Ici ça ne serait pas du storytelling mais de la
direction artistique, du graphisme, mais pourquoi pas. Peut être pas des logos directement, mais un
complément au logo.
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Mémoire - L'avenir des Influenceurs Virtuels - Héloïse Auger.pdf

  • 1.
    Mémoire de fin d’études Promotion FT – 2021 – 2022 L’AVENIR DES INFLUENCEURS VIRTUELS Comment lesinfluenceurs virtuels peuvent-ils encore innover pour devenir de véritables leviers de communication au service des marques ? Héloïse AUGER
  • 2.
    SOMMAIRE Remerciements p.3 Introduction p.4 PARTIEI - Etat de l’art : état des lieux de l’influence virtuelle p.6 1. Qu’est-ce qu’un influenceur virtuel p.6 1.1. Historique des influenceurs virtuels p.7 1.2. L’écosystème des influenceurs virtuels p.9 1.3. Quelques exemples d’influenceurs virtuels p.12 2. Caractéristiques recherchées p.17 2.1. L’authenticité des influenceurs virtuels face à celles des influenceurs humains p.17 2.2. Efficacité des influenceurs virtuels p.19 3. Encadrement par la loi p.20 4. Des avantages et des inconvénients pour les marques p.21 4.1. Avantages pour les marques p.21 4.2. Inconvénients pour les marques p.23 5. Conclusion p.25 PARTIE II - Recherche empirique : l’avenir des influenceurs virtuels selon les experts p.26 1. Trouver de l’utilité : la solution des influenceurs virtuels à impact positif p.26 1.1. Le choix d’une apparence non-humanoïde p.27 1.2. L’efficacité de l’impact positif : statistiques et partenariats p.28 2. Devenir des ambassadeurs de marque p.30 2.1. Un ambassadeur virtuel pour représenter les consommateurs p.32 2.2. Le besoin de créer des personnages complets p.33 2.3. Une opportunité pour les marques p.35 3. Avatarisation & présence dans le métavers p.36 3.1. Les influenceurs virtuels dans le métavers p.38 1
  • 3.
    3.2. L’avatarisation :un entre-deux gagnant ? p.39 4. Conclusion p.41 PARTIE III - Discussion : l’avenir des influenceurs virtuels selon moi p.42 1. Un regain du marché p.42 1.1. De nouveaux secteurs p.43 1.2. Le cas des ambassadeurs virtuels p.44 2. L’influenceur virtuel doit informer p.46 2.1. L’influenceur virtuel comme lanceur d’alerte p.46 2.2. La disparition du modèle “placement de produit” p.47 3. L’influenceur virtuel doit divertir p.49 3.1. Trouver l’équilibre entre informer et divertir p.49 3.2. Les futurs défis de l’influence virtuelle p.51 Conclusion p.53 Annexes p.55 Bibliographie p.56 Les interviews p.62 2
  • 4.
    REMERCIEMENTS Écrire ce mémoirefut une expérience extrêmement enrichissante. Il y a un an, je ne connaissais de l’influence virtuelle que le nom. Je n’aurais certainement pas réussi à me passionner autant pour ce sujet si je n’avais pas rencontré des professionnels aussi investis et prêts à partager leur expertise. Un grand merci à Astrid Hiort, Muriel Ballayer, Jean-Baptiste Bourgeois, Younes Khouakhi et Jean-Noël Frézal pour avoir pris le temps d’échanger avec moi autour des problématiques de l’influence virtuelle. Je tiens également à remercier l'administration du MBA DMB qui pendant une année m’a appris à me surpasser et à travailler sur des sujets innovants en prenant en assurance : Vincent Montet, Arnault Chatel, Laura Polet et Sophie Guignier. Un grand merci à mes proches pour leur soutien, avoir supporté mes conversations passionnées sur le sujet et pour s’être mis, eux aussi, à suivre des influenceurs virtuels pour comprendre ce marché si particulier. Enfin, merci à celles qui ont lu ce mémoire en exclusivité et pour tous leurs précieux retours. 3
  • 5.
    INTRODUCTION Si j’ai choisila branche du digital pour mon parcours professionnel, c’est avant tout parce que j’avais envie d’évoluer dans un secteur en mouvement, qui puisse innover chaque jour. J’aime l’idée de pouvoir faire un métier aujourd’hui qui n’existera peut-être plus dans une dizaine d’années. Choisir un sujet de mémoire qui puisse représenter cela était primordial pour moi. J’avais envie de me plonger dans une thématique complètement nouvelle et ainsi acquérir une expertise de niche. Il y a un an, j’entendais parler pour la première fois d’influence virtuelle en tombant sur un article de presse intitulé “Les influenceurs virtuels engagent plus que les influenceurs humains”. Curieuse, je me suis mise à m’intéresser à ce sujet et, rapidement, m’en suis retrouvée passionnée. Les influenceurs virtuels génèrent jusqu’à trois fois plus d’engagements que les influenceurs classiques. Ce chiffre, assez impressionnant, est l’un des plus connus. Les influenceurs virtuels seraient-ils la formule magique d’une campagne réussie ? En réalité, pas vraiment… L’étude d’HypeAuditor ayant mis en exergue cette statistique date en fait de 2019. En trois ans, les secteurs évoluent, encore plus depuis la crise sanitaire de 2020 qui a d’autant plus accéléré les codes digitaux. Il est facile de comparer le taux d’engagement d’une centaine d’influenceurs virtuels face aux milliers de créateurs de contenu présents sur la toile. Entre nano et macro influenceurs, les taux d’engagement ne sont évidemment jamais les mêmes, alors imaginez avec une personnalité digitale ? Les influenceurs virtuels ont connu un grand élan d’innovation il y a trois ans. Les marques se sont empressées de tester ces nouveaux avatars dans des campagnes publicitaires. On pourra citer Renault, par exemple, qui avait présenté son Kadjar grâce à Liv, une influenceuse virtuelle. Une prouesse technologique certes, mais bien dénuée de contexte pour les consommateurs. Si l’influence virtuelle paraissait 4
  • 6.
    être évidente pourles équipes marketing de Renault, aux yeux de monsieur et madame tout le monde, cela restait, au mieux, un personnage de jeu vidéo. Pas étonnant que les campagnes ne fassent pas de si bons scores que cela… Les marques n’ont en fait pas pris le temps d’écouter et d’éduquer leurs consommateurs, trop pressées à l’idée d’être “la première à…”. Des exemples comme ceux de Renault, il y en a de nombreux. L’influence virtuelle n’a pas si bonne presse que cela, et une partie des experts du digital soutient que nous sommes déjà à la fin de leur ère. Pourtant, des projets ne cessent de voir le jour depuis plusieurs mois, prouvant que l'influence virtuelle n’est pas prête à disparaître aussi facilement. En fait, c’est un sujet plus que d’actualité aujourd’hui. A l’heure où les marques sont à la recherche de moyens toujours plus innovants pour séduire les consommateurs et transmettre au mieux leurs messages, l’influence virtuelle semble être un levier de communication à ne pas laisser de côté. Innovante, flexible, incarnée, elle possède toutes les qualités pour séduire les équipes marketing. Aujourd’hui, elle permet même de s’implémenter peu à peu dans l’univers du web 3.0, dans lequel il sera nécessaire d’avoir des points d’ancrage d’ici quelques années. En revanche, le manque d’une proof of work freine les dirigeants à investir dans ce marché en plein essor. Face à cela, comment les influenceurs virtuels peuvent-ils encore innover pour devenir de véritables leviers de communication au service des marques ? Dans un premier temps, l’état de l’art fera état des lieux de ce secteur aujourd’hui, pour en révéler les faiblesses mais aussi les opportunités. Puis, nous évoquerons l’avenir des influenceurs virtuels selon les experts du secteur. Enfin, la dernière partie dévoilera mon analyse personnelle du marché et les réponses à notre problématique. Bonne lecture ! 5
  • 7.
    PARTIE I -ÉTAT DE L’ART : ÉTAT DES LIEUX DE L’INFLUENCE VIRTUELLE Il est important et nécessaire de bien comprendre les termes et les enjeux du thème de ce mémoire autour des influenceurs virtuels (IV). Dans cette première partie, nous poserons ainsi les bases de l’industrie de l’influence virtuelle. Cela nous mènera notamment à soulever des questions et des contradictions, et la problématique de ce mémoire. L’ensemble des informations présentes dans cette partie ont été recueillies auprès d’essais universitaires, de références bibliographiques et webographiques et sont sourcées. 1. Qu’est-ce qu’un influenceur virtuel Il est difficile de définir ce qu’est - ou qui - est un influenceur virtuel (IV) sans avoir auparavant reposé la définition d’un influenceur dit “classique”. Selon le dictionnaire Larousse, un influenceur est une personne qui, par sa position sociale, sa notoriété et/ou son exposition médiatique, a un grand pouvoir d’influence sur l’opinion publique, voire sur les décideurs. La définition a aujourd’hui évolué, pour intégrer la notion de plateformes digitales : “Personne qui, en raison de sa popularité et de son expertise dans un domaine donné (mode, par exemple), est capable d’influencer les pratiques de consommation des internautes par les idées qu’elle diffuse sur un blog ou tout autre support interactif (forum, réseau social, etc.)”. En théorie, l’influenceur virtuel serait donc un équivalent, mais dans une version 100% digitale. A ce jour, aucun dictionnaire n’a encore intégré le mot à son lexique, difficile donc de le définir de façon précise. 6
  • 8.
    L’influenceur virtuel (IV)n’est qu’une sous-catégorie de ce que l’on appelle “les personnages numériques”, que l’on distingue ainsi : - Le personnage entièrement fictif représentant une marque, une entreprise, ou autre. Il est créé par une marque ou un studio de création pour devenir un ambassadeur virtuel. - Le personnage entièrement fictif dit “influenceur virtuel” qui fédère une communauté sur les plateformes digitales autour de centres d’intérêts communs. Le personnage numérique - et plus particulièrement - l’influenceur virtuel, doit être construit comme une plateforme de marque. C’est un personnage qui doit exister. Selon Christopher Travers, fondateur du média VirtualHumans.org et acteur de référence dans le domaine, un influenceur virtuel se définit par : “a digital character created in computer graphics software, then given a personality defined by a first-person view of the world, and made accessible on media platforms for the sake of influence”. L’influenceur virtuel est donc digital. L’avatar - originaire du mot « réincarnation » en sanskrit, langue classique de la civilisation brahmanique de l’Inde - consiste à se projeter dans une autre enveloppe, un autre « soi » pour se raconter (M. Dussert, 2019). Souvent fantasmé, cet alter ego peut revêtir différentes formes, comme nous le voyons chez les influenceurs virtuels (IV) existants (M. Dussert, 2019). Le robot Sophia, par exemple, possède bel et bien des réseaux sociaux. Pour autant, elle n’est pas considérée comme une influenceuse virtuelle puisqu’elle n’est pas 100% digitale : elle existe bel et bien. En revanche, certains IV sont des robots ! Il apparaît donc nécessaire de bien faire la distinction entre les deux. L’influenceur virtuel peut revêtir une apparence humanoïde ou complètement autre. L’une des techniques utilisées pour créer un IV hyper-réaliste est le deepfake, qui consiste à filmer ou photographier une véritable personne puis à la reproduire sur un logiciel avec des traits sensiblement différents. Cette technique est notamment utilisée dans l’industrie du jeu vidéo. 1.1. Historique des influenceurs virtuels 7
  • 9.
    Si le terme“influenceur virtuel” reste très récent dans son usage, le concept de célébrités imaginaires et issues de la fiction remonte aux années 1930. Ce qui est nouveau aujourd’hui, c’est son aspect 100% digital. Des prémices il y a presque 1 siècle En 1932, le designer Lester Gaba introduit au public Cynthia, un mannequin plastique aux mensurations réalistes pour l’époque. Elle se voulait volontairement très réaliste : elle possédait même des imperfections humaines. Son créateur la transportait dans des lieux publics pour créer l’illusion qu’elle se déplaçait d’elle-même. Sa carrière de star débuta lorsque le magazine LIFE fit un photoshoot avec elle. Très vite, Cynthia se retrouva à collaborer avec des marques, telles que Tiffany ou Cartier. Elle était invitée à de véritables événements. Elle était ainsi devenue une célébrité fictive (VirtualHumans.org), mais n’est évidemment pas considérée comme une influenceuse virtuelle. Depuis, le concept a évolué et on note encore aujourd’hui des exemples similaires dans la pop culture : Alvin and the Chipmunks, Max Headroom… Il est difficile de désigner qui a été le premier influenceur virtuel (M. Rasmussen, 2022). L’absence de définition exacte de la terminologie brouille les pistes. De plus, si certains IV ont fait leur première apparition de manière précoce, d’autres ont mis plus de temps à créer du contenu et à construire leur communauté pour être considérés comme tels. À titre d’exemple, Barbie est parfois considérée comme la première VTuber (influenceur numérique évoluant sur la plateforme YouTube, en référence au terme YouTuber). Elle est apparue en 1959 mais n’a posté sa première vidéo qu’en 2010. Pour autant, Ami Yamato (VTuber) postait sa première vidéo sur YouTube il y a 11 ans, bien avant que le terme VTuber soit employé pour la première fois par Kizuna AI (elle aussi VTuber). L’émergence d’Hatsune Miku Il faut attendre 2007 pour que la première idole virtuelle connue du grand public fasse son apparition. Il s’agit d’Hatsune Miku, une jeune fille au graphisme inspiré des manga et comics japonais, mascotte voix pour le logiciel « Vocaloid 2 ». 8
  • 10.
    Vocaloid 2 utiliseune technologie de synthèse vocale appliquée à la musique. Le logiciel permet à l'utilisateur de synthétiser une chanson complète. En entrant les paroles au clavier de l'ordinateur et l'air de la chanson au clavier d'un synthétiseur ou avec ses systèmes informatiques, l'utilisateur peut créer un chant, auquel il est possible de joindre une mélodie. Hatsune Miku en devient l’ambassadrice très rapidement au Japon. Sa carrière dans la musique décolle. Le label vend près de 50 000 disques, un record pour l’époque dans l’industrie de la musique synthétique (H. Kenmochi, 2010). En 2011, une enquête chinoise révèle qu’elle est la 15e chanteuse japonaise préférée citée par les consommateurs chinois (M. Komatsu, 2011). Au-delà des plateformes digitales, Hatsune Miku s’est ensuite produite durant une tournée internationale en 2018 (Mikuexpo), puis pendant un festival en 2020 (Newgame+). Précurseuse des influenceurs virtuels, Hatsune Miku ne remplit cependant pas tous les critères pour être désignée comme telle : elle reste absente des plateformes social media et ses créateurs ne lui ont pas donné de storyline précise. Ses fans sont libres de lui imaginer la vie qu’ils souhaitent. Le début de l'ère des influenceurs virtuels Le 23 avril 2016, Miquela Sousa (@lilmiquela) publie son premier post sur Instagram. Elle est la 11e influenceuse virtuelle à être créée, mais est considérée comme la première à avoir connu une explosion de followers et à avoir fédéré sa communauté (C. Travers, 2021). Nous reviendrons sur son histoire un peu plus tard dans ce mémoire. Au fil des années, le nombre d’influenceurs virtuels s’est multiplié, passant de 9 en 2015 à plus de 200 aujourd’hui. Le pic le plus important est atteint en 2020, avec une progression de 105% par rapport à l’année précédente. 1.2. L’écosystème des influenceurs virtuels Les influenceurs virtuels attirent aujourd’hui des millions de followers. Le tableau ci-dessous rassemble les 10 IV les plus suivis en 2021 ainsi que trois autres indicateurs de performance : le taux d’engagement, le nombre de posts, et la croissance du nombre d’abonnés (co-marketingnews.fr, 2021). 9
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    Ces chiffres sontissus d’une étude menée par HypeAuditor en 2021 sur les Top Influenceurs Virtuels sur Instagram (HypeAuditor, 2021), réalisée sur les données de 129 IV. Le compte-rendu de l’étude met en avant différents points : - Les influenceurs virtuels ont des taux d’engagement presque trois fois plus élevés que ceux des influenceurs réels. Cette tendance est constante pour la deuxième année consécutive, indiquant que les abonnés s’engagent mieux avec le contenu des influenceurs virtuels. - Le public des IV est majoritairement constitué de femmes âgées de 18 à 34 ans (44,76 %). Les jeunes âgés de 13 à 17 ans sont également très nombreux (14,64 %). C’est le double de la moyenne des influenceurs réels, dont le jeune public représente en moyenne environ 7 % de l’ensemble de leur audience. 10
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    - Pour restercompétitifs, les influenceurs virtuels doivent produire des contenus vidéos. - 16% des IV déclarent avoir participé à des projets incluant des Non-Fungible Token (NFT). - 55% des 20 influenceurs virtuels les plus suivis ont été créés aux Etats-Unis. Un chiffre qui vient notamment expliquer le fait que 23 % de l’audience des influenceurs virtuels connus est aux États-Unis. Une étude plus récente, datant d’avril 2022, met en exergue la façon dont les Américains considèrent les influenceurs virtuels. Réalisée par l’agence The Influencer Marketing Factory, elle consistait en un formulaire adressé auprès de 1044 américains âgés de 18 ans et plus (Virtual Influencer Survey, The Influencer Marketing Factory, 2022). Elle révèle les statistiques suivantes : - 58% des répondants suivent au moins un influenceur virtuel. - 24% des personnes n’en suivant pas ne connaissent même pas leur existence. - 27% des répondants suivent des influenceurs virtuels pour le contenu partagé, 19% pour le storytelling et 15% car ils sont inspirés par eux. - Les personnes âgées de 35 à 44 ans sont ceux qui font le plus confiance (6,5/10) aux IV, en comparaison avec les autres tranches d’âge. - 35% des répondants ont affirmé avoir déjà acheté un produit ou un service promu par un influenceur virtuel. Afin de mettre en perspective ce chiffre, rappelons qu’Instagram influence la décision d’achat de 80% de ses utilisateurs (Instagram, 2020). - Parmi les personnes ayant indiqué qu’ils ne suivaient pas d’influenceurs virtuels, 51% indiquent comme raison qu’ils ne “sont pas intéressés”. - 57% des répondants affirment suivre un IV sur Instagram ou YouTube (la 3e plateforme citée est TikTok, à 20%). Si ces chiffres nous apportent un éclairage intéressant sur les performances des IV, ils restent néanmoins à mettre en perspective. En effet, si le taux d’engagement des influenceurs virtuels est jusqu’à 3 fois supérieur à celui des véritables influenceurs, c’est aussi parce qu’il n’existe que 200 IV face aux milliers d’influenceurs humains ! Il 11
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    apparaît donc logiqueque la moyenne du taux d’engagement soit supérieure chez les IV, face à la multitude d’influenceurs réels qui existent sur la toile. L’étude menée par l’agence The Influencer Marketing Factory ne nous permet pas d’arriver à de véritables conclusions : le formulaire n’a, en effet, été envoyé qu’auprès de 1000 américains, ce qui représente un échantillon très faible. Aucun pourcentage de répondants par groupe d’âge n’a été communiqué, et encore moins sur les caractéristiques des personnes interrogées. Nous pourrions être face à une audience sensibilisée au marketing digital ou pas du tout. Il est donc difficile d'interpréter ces chiffres sans données supplémentaires. Pour autant, le phénomène des influenceurs virtuels ne reste pas moins à surveiller ! En mars 2022, le réseau social Instagram a vérifié près de 35 IV (C. Travers, VirtualHumans.org, 2022). Dans une interview donnée au média VirtualHumans.org, Becky Owen, Head of Creator Innovations & Solutions chez Meta déclare : “At Meta, we are exploring what this new chapter of influencer marketing could eventually evolve into — both the good and bad — to help brands navigate the ethical quandaries of this emerging medium. I’m fascinated by it, and I can’t wait to see what’s next”. 1.3. Quelques exemples d’influenceurs virtuels Les influenceurs virtuels existent de toutes sortes. Nous l’avons vu, on peut déjà distinguer les VTubers, qui évoluent sur la plateforme YouTube. Pourtant, avec près de 200 IV sur le web, les profils se multiplient. Lu do Magalu (@magazineluiza sur Instagram) Avatar réaliste (aussi appelé gynoïde), Lu do Magalu est l'influenceuse virtuelle la plus suivie au monde. Elle cumule pas moins de 6 millions d’abonnés sur Instagram, et plus de 30 millions toutes plateformes confondues. Pourtant, son audience se limite à son pays de création : le Brésil. Alors qu’elle est l’IV avec la plus grande communauté, son taux d’engagement est bien en dessous de la moyenne, à 0,01% (HypeAuditor, Instagram Engagement Rate Calculator, 2022). 12
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    Elle apparaît pourla première fois sur YouTube en 2009 pour représenter l’enseigne de grande distribution Magazine Luiza, très répandue au Brésil. Elle adopte un rôle d’ambassadrice pour la marque, lui permettant d’être l’influenceuse virtuelle la plus visible au monde (C.Travers, 2022) grâce à la diffusion de son image sur le site e-commerce, les différents réseaux sociaux, les spots publicitaires etc. “Pour mieux comprendre Lu, il suffit d’imaginer qu’Amazon donne à Alexa une forme d’avatar ainsi qu’une personnalité et lui crée des comptes sur les réseaux sociaux. Magazine Luiza est l’équivalent d’Amazon au Brésil !” indique Christopher Travers sur VirtualHumans.org. Miquela Sousa (@lilmiquela sur Instagram) Robot âgée de 19 ans et vivant à Los Angeles, Lil Miquela est sans aucun doute l’influenceuse virtuelle la plus connue sur Instagram. Depuis sa première publication en 2016, sa communauté a grandi, jusqu’à atteindre les 3 millions de followers sur Instagram et tout autant sur TikTok. Elle est majoritairement suivie par des femmes, la plupart ayant entre 18 et 24 ans (Stellar, 2021 ; Bayle, 2019). Créée par BRUD, une société d’intelligence artificielle, elle partage son quotidien sur ses réseaux sociaux avec un angle lifestyle : ses amis, sa famille, ses envies, ses problèmes… Que ce soit en story, en vidéo ou en post, elle publie tous les jours : de quoi fidéliser sa communauté et lui raconter toutes sortes d’histoires. Miquela a en effet une storyline très détaillée : elle a une famille (possédant eux aussi des comptes Instagram d’avatars robots numériques), un petit-ami (avec qui elle avait même rompu !) etc. Du fait de son apparence hyper-réaliste, ses créateurs ont longtemps joué sur l'ambiguïté que cela créait en cachant qu’elle n’était pas réelle. En 2018, elle déclare dans une interview “I definitely wouldn't say my identity is crowdsourced. I'm an artist and have expressed opinions that are unpopular and as a result have cost me fans” (C. Morency, Business Of Fashion, 2018 et M. Klein, Forbes, 2020). Lorsqu’ils ont finalement avoué que Miquela était un robot, les fans se sont encore plus attachés à elle (A. Hiort, interview à retrouver en annexe). Lil Miquela se fait rapidement un nom dans le secteur de l’influence. Elle porte du Chanel, pose avec Bella Hadid pour Calvin Klein, et finit même par être incluse dans 13
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    le Top 25des personnalités les plus influentes sur Internet du magazine Times (T. Sokolowski, Outside Insight, et M. Klein, Forbes, 2020). En parallèle de sa vie d’influenceuse, de ses collaborations avec des marques et des célébrités, elle se lance dans la chanson, et sort plusieurs singles en 2020 dont le plus écouté est intitulé Hard Feelings (GlobeTrender.com, 2022 et Spotify, 2022). Elle est la première influenceuse virtuelle à faire du storytelling : une méthode qui, plutôt que de mettre directement un produit ou une marque en avant, passe par le biais d’une histoire. Elle capte ainsi l’attention, travaille l’image et la personnalité de la marque pour, in fine, générer de l’émotion (Darde, 2018 ; Bathelot, 2020). Mais Miquela n’est pas une simple influenceuse qui partage sa vie à Los Angeles. Ses créateurs l’ont voulue engagée dans des causes qui touchent la génération Z (personnes nées entre 1997 et 2010, alors que les communications numériques étaient déjà bien installées dans la société (définition Wikipédia sourcée, 2022)), telles que le mouvement Black Lives Matter (BLM) ou les droits LGBTQ+. Miquela est aussi anti-Trump, promeut l’accès à l’avortement ou encore l’accueil des migrants (Mémoire, L. Laet Derache, 2021). Établir un partenariat avec Miquela coûte cher pour les marques : les process sont plus longs qu’avec un véritable influenceur. Il faut compter environ 330.000$ pour une campagne avec un avatar comme celui de Miquela Sousa (Mémoire, L. Laet Derache, 2021). Pour autant, cela ne semble pas stopper les marques, puisqu’on estime ses revenus autour de 735 000$ en 2022 (Etude OnBuy.com, 2022). Noonoouri (@noonoori sur Instagram) Créée par Joerg Zuber, graphiste munichois de 43 ans, Noonoouri est une influenceuse virtuelle de 19 ans aux 400 000 abonnés sur Instagram. Passionnée de mode, elle vit à Paris et s’est fait un nom dans le milieu en travaillant avec de prestigieuses marques de luxe : Marc Jacobs, Dior ou encore Versace (C. Iglhaut, 2019). A la différence totale de Miquela Sousa, gynoïde, Noonoouri ne ressemble pas aux humains. Son créateur a fait le choix délibéré de lui donner l’image d’une poupée aux grands yeux qui n’est pas sans rappeler les Bratz : « Noonoouri est et reste un 14
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    personnage, tout lemonde doit le voir d’emblée. Les gens la suivent parce qu’elle est différente. Elle permet de plonger dans un monde de rêve » indiquait Joerg Zuber dans une interview (C. Iglhaut, 2019). Vegan, activiste, opposée à la souffrance animale, Noonoouri montre ses engagements dans son art de vivre : elle ne porte, par exemple, aucune véritable fourrure ou cuir. En story, elle poste tous les jours de courtes infos sur le monde et pousse sa communauté à s'engager (Instagram, 2022). Son créateur a d’ailleurs déclaré « Je voulais que Noonoouri soit porteuse d’un message. Avec elle, j’ai une plateforme pour faire bouger les choses. Et je veux profiter de cette opportunité, ce que nombre d’influenceurs réels font trop rarement » (C. Iglhaut, deutschland.de, 2019). Avec une moyenne de 5 000 likes par publication (HypeAuditor, Instagram Engagement Rate Calculator, 2022), Noonoouri attire les marques à collaborer avec elle : en 2018, elle voit son compte Instagram exploser après une collaboration pour la marque de cosmétiques de Kim Kardashian (F. Chekoufi, Vogue Australia, 2018). Son quotidien devient encore plus réel lorsqu’elle intègre en 2020 le master Digital Art Direction de l’Institut italien Marangoni (Istituto Marangoni, the School of Design and McCann Worldgroup Italia) en devenant ainsi la première influenceuse virtuelle à suivre un cursus universitaire en design (Istituto Marangoni, 2020). Shudu (@shudu.gram sur Instagram) Shudu se définit comme la première mannequin numérique au monde (biographie Instagram, 2022). Elle apparaît pour la première fois en avril 2017 et suscite presque instantanément la curiosité de ses fans (C. Herzog, Le Monde, 2018). Grande, peau d’ébène, un long cou et des yeux transperçant, elle semble encore plus réelle que Lil Miquela. Son créateur, le photographe Cameron-James Wilson (L.M. Jackson, The New Yorker, 2018), s’est en effet inspiré de la Barbie sud-africaine, et des mannequines comme Alek Wek, Duckie Thot ou Grace Jones (C. Herzog, Le Monde, 2018). Avec ses 235 000 abonnés amassés en quelque 100 publications (Instagram, 2022), elle collabore rapidement avec des marques de cosmétiques, notamment Fenty Beauty (V. Etancelin, Huffpost, 2018). 15
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    Pour autant, ellea été au cœur d’un bad buzz peu de temps après que son créateur ait révélé qu’elle n’existait pas réellement. Les internautes n’ont pas hésité à critiquer Cameron-James Wilson, qui avait déclaré que Shudu était “sa création, son chef-d'œuvre sur lequel il travaillait pour le moment” (N. Gil, Refinery29, 2018) en déclarant qu’une femme noire ne devrait jamais être l’objet d’une création artistique par un homme blanc (N. Gil, Refinery29, 2018). Cette polémique s’inscrit dans un contexte où le monde du mannequinat ne laisse que très peu de place à la diversité : Shudu représentait cette inclusion mais ses fans ne sont pas tous convaincus des intentions de son créateur. Nobody Sausage (@nobodysausage sur Instagram et TikTok) Nobody Sausage est un influenceur virtuel à l’apparence abstraite et loufoque : il ressemble étrangement à une saucisse colorée. Son contenu se résume à des chorégraphies rigolotes partagées sur TikTok puis Instagram (A. Hiort, 2022). Ses vidéos sont devenues virales en moins de 2 ans. Avec ses 16 millions d’abonnés sur la plateforme de ByteDance (TikTok, 2022), une étude HypeAuditor sur les Top Influenceurs Virtuels sur Instagram, le place comme l’IV avec la croissance la plus forte (Research, The Top Virtual Influencers on Instagram, 2021). Gaïa (@frenchgaia sur Instagram) La France se prête au jeu des influenceurs virtuels pour la première fois en 2018. Créée en collaboration entre la Paris School of Luxury et WANDS, une agence de communication spécialisée dans l’innovation visuelle, Gaïa est la première influenceuse virtuelle française (Paris School of Luxury, 2018). Elle n’aura vécu que le temps d’une année scolaire, mais aura été un sujet d’expérimentation pour tous les étudiants de l’école parisienne (M. Ballayer, voir interview en annexe). Gaïa transportait sa communauté dans un monde de rêve et d’espoir, en photographiant ses propres rêves ainsi que ceux des autres. Comme Miquela, les créateurs ont aussi l’idée de la faire défendre les causes lui tenant à cœur : celles d’un monde écoresponsable et tolérant. Ses traits sont plus proches du manga que d’un être humain et l’on peut directement se rendre compte qu’elle représente un personnage fictif (Mémoire, L. Laet Derache, 2021). 16
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    2. Caractéristiques recherchées Lesecteur de l’influence a connu sa première crise en 2017, lorsque les internautes ont compris que les influenceurs étaient payés par des marques pour parler de produits (M. Ballayer, voir interview en annexe). C’est à partir de ce moment-là que la question de l'authenticité est véritablement entrée dans l’équation. 2.1. L’authenticité des influenceurs virtuels face à celles des influenceurs humains Nous l’avons vu, les influenceurs virtuels sont suivis dans le monde entier par des millions de personnes. Ces avatars numériques sont créés par différentes entreprises, agences ou boîtes de production : de véritables équipes d’experts du marketing. La question de l’authenticité est donc l’une des plus discutées dans ce secteur car il apparaît difficile de faire confiance à une création créée de toutes pièces et dans un but précis. L’influenceur virtuel peut-il être perçu comme une personne ? Ben Robinson, chercheur à l’Université de Sydney, s’est interrogé sur l'ontologie (branche de la philosophie qui, dans son sens le plus général, s'interroge sur la signification du mot « être » (Wikipédia, 2022)) des influenceurs virtuels dans un article universitaire publié en 2020. Il soulève les problématiques du “réel” pour les IV en prenant l’exemple de Lil Miquela. En effet, il apparaît clair qu’elle n’existe pas physiquement : ce n’est pas une personne ou un être vivant. En revanche, son identité existe bel et bien sur les réseaux sociaux. Lorsque ses abonnés voient une photo d’elle sur leur fil d’actualité, leur relation avec elle apparaît comme étant la même qu’avec une personne réelle. Lil Miquela possède donc une identité vivante et active avec sa propre esthétique, son mode de vie, son histoire etc. Le concept d’ontologie est ainsi très flou lorsqu’il est transposé aux influenceurs virtuels alors qu’il est clé pour créer de l’authenticité. Si l’influenceur virtuel n’existe pas physiquement, comment peut-il promouvoir une marque ou des produits alors qu’il ne les a jamais essayés ? 17
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    Quels critères permettentaux influenceurs virtuels de séduire ? En 2021, Antonio Batista da Silva Oliveira (Federal University of Rio de Janeiro, Brésil) et Paula Chimenti (Federal University of Rio de Janeiro, Brésil) éditent un article de recherche intitulé “Humanized Robots”: A Proposition of Categories to Understand Virtual Influencers” où ils reviennent sur 5 grands critères : - L'anthropomorphisme/humanisation : L’étude ne donne pas de réponse claire sur ce critère. Les réponses des interrogés diffèrent : certains affirment que l’on ne peut se sentir inspiré que par quelque chose qui va au-delà du réel, alors que d’autres sont d’avis que l’anthropomorphisme amène davantage d’authenticité et donc de confiance. - La beauté : Elle apparaît comme étant un critère important pour comprendre les influenceurs virtuels. Néanmoins, l’étude souligne le risque de personnalités trop “parfaites” et aux physiques “inatteignables” qui pourraient nuire à la santé mentale des followers. - L’authenticité : Elle est un élément clé pour renforcer la confiance entre les consommateurs et l’influenceur virtuel. Si, des années auparavant, certains créateurs laissaient planer le doute sur l’existence réelle de l’IV ou non, aujourd’hui il en est toujours mention dans la bio de l’influenceur virtuel. Un follower est donc au courant qu’il ne suit pas une véritable personne et peut faire la part des choses. L’étude souligne que les critiques n’en restent pas moins fortes sur certains sujets (par exemple, durant la crise sanitaire de la covid-19, Lil Miquela affirmait “travailler énormément” pour aider les artistes, ce qui avait rendu sceptiques ses followers). - La scalabilité : Une disruption (rupture du marché) du secteur par les influenceurs virtuels pourrait avoir lieu. Pour autant, il est difficile de tirer des conclusions, l’auteur de l’article rappelle que le succès actuel des IV pourrait tout simplement être dû à une “tendance”. - La contrôlabilité : La recherche montre que les IV sont plus contrôlables que des influenceurs humains. L’utilisation de l’intelligence artificielle dans un futur proche, amènerait à réguler davantage cette notion. Les études menées soulèvent donc des points de vue partagés. Pour autant, une recherche menée par FullScreen en 2019 intitulée “Can CGI Influencers Have Real Influence?” dévoile différentes données sur la perception des IV par les 18
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    consommateurs. 42% despersonnes sondées issus de la génération Z ou millenials affirment avoir déjà suivi un influenceur virtuel sans savoir qu’il en était un. 23% des répondants définissent pourtant les IV comme “authentiques” (vs 41% pour les influenceurs humains). 54% veulent “savoir qui se cache derrière un avatar réalisé en CGI (Computer Generated Image)”. Il y a donc un véritable besoin de transparence pour les consommateurs, sans lequel ils ne sont pas prêts à suivre des influenceurs virtuels. 2.2. Efficacité des influenceurs virtuels Une étude universitaire menée par Dr. Cihan Cobanoglu (Université de la Floride du Sud aux Etats-Unis) et par Dr. Valentina Della Corte (Université de Naples Federico en Italie) en 2021 aborde le sujet de la starification des influenceurs virtuels. Ils ont ainsi cherché à démontrer comment la confrontation des consommateurs à des IV pouvait les amener à un sentiment positif, et quelles étaient leurs opinions sur l’attractivité, la confiance et leur expertise envers ces nouveaux influenceurs. Pour conduire cette étude, ils ont diffusé un formulaire basé sur la méthode de Ohanian en mettant en opposition un influenceur virtuel hyper-réaliste (Lil Miquela) et une célébrité à l’esthétique cartoon (Hatsune Miku) mis en scène dans deux publicités distinctes. Les conclusions de la recherche montrent que : - Les consommateurs trouvent Hatsune Miku plus attractive et crédible que Lil Miquela. De manière générale, ils sont plus favorables à une célébrité “cartoon” qu’à un influenceur virtuel ressemblant à un humain. - Les personnes interrogées ont gardé un ressenti neutre quant à l’expertise des deux influenceuses virtuelles. - A la question “J’aime les influenceurs virtuels”, seulement 34,3% des répondants ont répondu “oui”, 38,1% ont répondu “non”. Le questionnaire a été soumis auprès d’une centaine de jeunes entre 18 et 24 ans, supposés plus sensibles à la culture digitale, à l’innovation et au domaine de l’influence. Si les résultats de l’étude semblent assez négatifs quant à l’avenir des IV, les auteurs n'hésitent pas à nuancer leur propos : en effet, les IV n’ont fait leur 19
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    apparition que depuisquelques années dans le sud de l’Asie (lieu de l’étude). Les publicités mettant en scène Hatsune Miku et Lil Miquela étant différentes, il est possible que le produit vendu ait tout simplement biaisé les résultats. Enfin, l’échantillon utilisé n’est pas assez grand pour parvenir à des conclusions arrêtées (Virtual influencers as celebrity endorsers, 2021). L’efficacité des influenceurs virtuels en publicité reste encore à prouver. En 2019, Renault dévoilait son ambassadrice numérique, Liv, pour présenter son Kadjar (L’ADN, 2019). Si le spot publicitaire avait bien été diffusé en prime time à la télévision, l’opinion des consommateurs est surtout resté négatif : “Je n’y crois pas, il y a quelque chose d’étrange sur cette fausse femme virtuelle.” ou encore “Mouais, pour un véhicule déjà dépassé par la concurrence française et une pauvre Liv franchement mal faite, ça fait un peu ridicule” peut-on lire (L’ADN, 2019). Dans un autre registre, Prada a récemment créé sa propre influenceuse virtuelle pour faire la promotion de son parfum Prada Candy (Les Gens d’Internet, 2021). Avec une stratégie autour de différents clips de campagne diffusés sur TikTok, la marque pensait se rajeunir (Les Gens d’Internet, 2021). Pourtant, c’est un flop pour Prada : avec une première vidéo à 90k vues, on est bien en-deçà des statistiques habituelles du compte, autour du 1 million de vues (TikTok, 2022). Dans les commentaires, personne ne parle réellement du produit : une campagne en demi-teinte pour la marque. 3. Encadrement par la loi Comme toute nouvelle innovation, les influenceurs virtuels sont tout d'abord apparus dans un vide juridique. Avec les années, nous avons vu apparaître un encadrement légal plus précis. Dès 2019, Bryan Gold, PDD de l’agence #Paid alarmait : “Cela peut conduire les entreprises dans une zone dangereuse. Comment les consommateurs peuvent-ils avoir confiance dans le message qui est émis ?” (O. Cimelière, 2019). A titre d’exemple, la Californie impose depuis le 1er juillet 2019 que les chatbots s’identifient clairement comme tels (J. Lausson, 2019). 20
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    Aujourd’hui, Meta travaillesur la question des influenceurs virtuels. La prolifération de deepfakes sur ses plateformes ne plaît pas au groupe. Tama Leaver et Rachel Berryman expliquent qu’en dépit de leur création récente, les influenceurs virtuels ont déjà provoqué des polémiques par le passé, “ce qui soulève des questions éthiques pour les producteurs qui créent des personnages numériques ayant des caractéristiques démographiques différentes des leurs” (J.Y. Alric, 2022). Depuis le 28 novembre 2018, l’ARPP (Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité), s’interroge sur l’identification des publications comme des communications commerciales. Via son observatoire des pratiques publicitaires digitales, elle mène actuellement plusieurs études afin de réguler les posts des influenceurs virtuels. Visiblement dépassés par le phénomène, les acteurs français de la régulation sont encore dans une phase d’observation active (Digital Media Knowledge, 2019). 4. Des avantages et des inconvénients pour les marques 4.1. Avantages pour les marques L’influenceur virtuel donne aux marques une nouvelle opportunité : la possibilité de communiquer d’une autre façon, élément primordial pour un secteur toujours en quête de nouveauté (Mémoire L. Derache, 2021). Contrôle sur l’image S’agissant d’avatars, les IV permettent un contrôle total sur l’image et le message que la marque veut transmettre via sa campagne et ainsi éviter les scandales pouvant faire suite à une collaboration avec un influenceur “traditionnel” (A. Sawadogo, Skeepers). En effet, un influenceur virtuel est contrôlé par une véritable équipe depuis sa création : chaque post fait l’objet d’une réflexion à plusieurs. Le risque zéro n’existe évidemment pas, mais il est quasi impossible de trouver une publication ancienne d’un IV qui laisserait supposer un bad buzz. Nous l’avons vu plus haut, la contrôlabilité fait partie des caractéristiques des influenceurs virtuels (“Humanized Robots”: A Proposition of Categories to 21
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    Understand Virtual Influencers”,2021). Il n’y a pas de limite lorsque l’on parle de création 3D : la campagne peut avoir lieu dans l’espace, sous l’eau, ou dans n’importe quel endroit. Les IV sont flexibles : ils peuvent changer d’apparence en quelques clics. Un atout pour une image plus inclusive : les IV peuvent être noirs, blancs, bleus, asiatiques, chauves, malades… Le New York Times introduit même l’idée que les nouvelles muses virtuelles sont plus malléables en matière d’horaires de travail et d’honoraires. Sans parler du risque « paparazzi » dorénavant réduit à zéro, étant donné que leur résidence se trouve véritablement dans un disque dur d’ordinateur (Mémoire L. Derache, 2021). Enfin, 44,76% du public des influenceurs virtuels est constitué de femmes âgées de 18 à 34 ans (HypeAuditor, 2021). Collaborer avec un IV est donc un moyen pour les marques de rajeunir leur image. Aux Etats-Unis, 75% des personnes issues de la génération Z (18-24 ans) déclarent suivre au moins un influenceur virtuel (Statistica, 2021). S’inscrire dans une démarche d’innovation Le phénomène des influenceurs virtuels étant tout nouveau, les marques qui collaborent avec eux sont d’office considérées comme innovantes. Dans le secteur du luxe, de nombreux mastodontes se sont déjà essayés à des campagnes. Pour autant, d’autres industries sont encore vierges de collaboration avec les IV : le tourisme par exemple, pourrait être un marché porteur. Plus durable que des campagnes faites auprès d’influenceurs humains et qui engendrent des déplacements en avion et un coût climatique, les acteurs du voyage considèrent cette stratégie (J. Luczak-Rougeaux, 2022). A chaque fois qu’une marque choisit de travailler avec un IV, elle est mise en avant pour sa créativité et son innovation - quels que soient les résultats de la campagne (M. Rasmussen, 2021). Le marché des IV est en effet en train d’exploser : Statista estime qu’il avoisinait les 13,8 milliards de dollars en 2021 (J. Luczak-Rougeaux, 2022). Une communauté engagée 22
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    Comme mentionné précédemment,les influenceurs virtuels engagent jusqu’à 3 fois plus que des influenceurs humains (HypeAuditor, 2021). Un chiffre qui ne peut qu’attirer les marques à créer des campagnes avec eux. Ce phénomène s’explique par la recherche de nouveautés par les consommateurs. Les IV captivent par le storytelling qu’ils diffusent (J. Luczak-Rougeaux, 2022), et qui est, d’une certaine manière, presque parfait puisqu’écrit par des professionnels du marketing. Les IV les plus suivis postent de manière quotidienne, il y a donc toujours un bout de l’histoire à raconter ou à découvrir. Un premier pas dans le métavers En novembre 2021, Mark Zuckerberg annonçait le changement du groupe Facebook pour Meta, dans une volonté de se tourner davantage vers le métavers (20minutes, 2021). Depuis, les marques se sont emparées du concept. Si le métavers atteint un jour le grand public, alors il sera essentiel pour les marques d’être représentées par des avatars numériques. En cela, les influenceurs virtuels sont parfaits : leur transposition dans un monde virtuel sera bien plus facile qu’avec un influenceur humain (J. Scholz, 2022). Et c’est déjà le cas ! Guggimon, un grand lapin excentrique (M. Rasmussen, 2021) aux 3 millions de fans sur Instagram et TikTok a été le premier IV à faire son apparition dans Fortnite (considéré comme un pseudo-métavers) en juin 2021 (J. Scholz, 2022). 4.2. Inconvénients pour les marques Une authenticité encore discutée Le manque d’authenticité est l’un des reproches les plus faits aux influenceurs virtuels. Difficile en effet de croire à un retour d’expérience lorsque l’IV ne l’a même pas testé… Dans une interview donnée pour Stratégies, Alexander Frolov, CEO et co-fondateur d’HypeAuditor admet : “Le défaut principal d’un influenceur virtuel est qu’il n’est pas humain, il n’y a donc pas ce niveau de confiance et d’empathie que l’on peut retrouver auprès d’un influenceur réel” (Stratégies, 2021). L’authenticité peut également se retrouver dans l’apparence de l’influenceur virtuel. Si celui-ci est hyper-réaliste, alors il est difficile pour les consommateurs de ne pas se comparer à lui. Or, la santé mentale est déjà une grande préoccupation sur les 23
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    réseaux sociaux. Lessilhouettes trop parfaites s’en retrouvent alors critiquées, comme ce fut le cas avec l’arrivée de Shudu (A. Thibault, 2018). Pire encore, l’inclusivité prônée par les marques en utilisant un influenceur virtuel peut s’en retrouver tâchée : c'est le cas de la maison de couture française Balmain, qui a été critiquée en 2018 pour avoir utilisé trois influenceurs virtuels “divers” dans une campagne, plutôt que d'engager de véritables êtres humains issus de la diversité. Il appartient donc aux marques d’êtres intelligentes dans leur choix (C. Di Quinzio, 2021). Des coûts de production parfois plus importants En faisant appel à un influenceur virtuel pour une campagne, les marques économisent certes sur les prix des tournages ou shooting photo. En revanche, l’IV est une créature 3D, générée la plupart du temps en CGI ce qui demande à la fois des ressources humaines et techniques ! Il ne faut pas oublier que derrière un influenceur virtuel se cache une équipe d’experts, le coût n’est donc pas à prendre à la légère (Influence4You, 2022). Un retour sur investissement (ROI) difficile à prévoir Comme toute innovation, l’influence virtuelle doit encore faire son chemin dans l’esprit des consommateurs. Les résultats de campagnes sont mitigés, comme nous avons pu le constater avec Prada ou encore Renault précédemment. 57% des influenceurs virtuels ont en réalité une croissance négative (HypeAuditor, 2021) ! L’étude d’HypeAuditor réalisée en 2021, révèle d’ailleurs que presque la moitié des IV présents dans le top 20 n’ont pas posté depuis 30 jours. Un phénomène expliqué de deux façons : - Il reste difficile pour les créateurs d’IV de trouver de nouvelles idées de contenus tous les jours. Sans oublier la chronophagie de la tâche, qui ne laisse que peu de marge de manœuvre (A. Hiort, interview en annexe). Les audiences des IV perdent peu à peu de l’intérêt pour le contenu proposé et finissent par se désabonner. - A leur création, les comptes d’IV ont pu être boostés par des bots, qui se désabonnent désormais (A. Frolov, 2021) 24
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    5. Conclusion Pour conclurecet état de l’art, nous pouvons résumer l’état des lieux du marché de l’influence virtuelle par les points suivants : - Une émergence nouvelle, datant d’il y a quelques années, et qui séduit surtout les populations américaines et asiatiques. - Un phénomène qui fascine, et dont les marques commencent à s’emparer, en tentant d’être les pionnières du domaine pour rester compétitives. Certaines le font de manière brillante, d’autres beaucoup moins. L’influenceur virtuel n’est pas seulement un avatar 3D, il a une personnalité, une histoire, un lifestyle. Certaines marques n’ont pas pris en compte ces éléments et n’ont donné au grand public qu’une capsule numérique, qui n’a donc suscité aucun intérêt. - Les avis des consommateurs sont mitigés : à la recherche d’authenticité, ils ne trouvent pas tous leur compte en suivant des influenceurs virtuels. Même si certaines études montrent un avis favorable, elles n’en restent pas moins réalisées sur de petits échantillons de population et ne nous permettent pas de tirer de conclusions. En revanche, les résultats de certaines campagnes d’influence mettant en scène des IV sont en demi-teinte. Les statistiques complètes n’ont évidemment pas été partagées par les marques, mais on note des performances en dessous de celles réalisées d’habitude. Face à ces constats, on ne peut que se demander si le phénomène des influenceurs virtuels n’est pas déjà en train de s'essouffler, alors qu’il revêt des atouts clés pour les marques. C’est de cela que naît notre problématique : Comment les influenceurs virtuels peuvent-ils encore innover pour devenir de véritables leviers de communication au service des marques ? 25
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    PARTIE II -RECHERCHE EMPIRIQUE L’AVENIR DES INFLUENCEURS VIRTUELS SELON LES EXPERTS Afin d’apporter un éclairage professionnel à notre problématique et comprendre le point de vue des experts du milieu, cette seconde partie sera dédiée aux témoignages recueillis auprès d’eux. Vous retrouverez les interviews complètes en annexes. 1. Trouver de l’utilité : la solution des influenceurs virtuels à impact positif Les différentes études et notions abordées durant l’état de l’art nous ont permis de constater que l’authenticité des influenceurs virtuels est une caractéristique clé pour permettre leur développement. Pour autant, pour Muriel Ballayer, “l’influence virtuelle n’a de sens que si elle est orientée pour du social for good”. Après plusieurs années chez WANDS, agence de communication spécialisée dans l’innovation visuelle, Muriel Ballayer lance début 2022 son propre business : KOL Me Iconic, la fabrique des super-héros virtuels. Forte d’une précédente expérience dans la création d’IV avec Liv, la première influenceuse virtuelle française, elle présente au public, en juin 2022, C’JOYE1440 (@c_joye1440 sur Instagram et TikTok). C’JOYE1440 se présente comme le premier influenceur à impact positif (M. Ballayer, 2022). C’est une comète, envoyée par la galaxie car elle ne supporte plus les maux de la planète et des humains. “C’JOYE1440 est un messager qui va tomber amoureux des humains, notamment grâce aux sportifs qu’il va rencontrer. Il va se donner comme mission d’inspirer les jeunes générations” indique Muriel Ballayer. L’idée de créer le premier influenceur à impact positif naît de deux constats : 26
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    - Le premierporte sur la quasi-inexistence d’IV apportant quelque chose à leur communauté. Lil Miquela, par exemple, est certes énormément suivie sur les réseaux sociaux, pour autant, elle ne fait rien de plus que des influenceurs lambdas. “Elle singe les humains, je trouve que cela n’a pas d’intérêt et que c’est même dommage !” (M. Ballayer, 2022). - Le second s’articule autour du besoin de faire émerger une voix positive sur les réseaux sociaux, qui puisse faire sens auprès des jeunes générations. Pour cela, KOL Me Iconic a fait le choix de se tourner vers le sport, vecteur de nombreuses valeurs. Puis, en se rapprochant de sportifs, l’équipe se rend compte que les athlètes sont les premiers concernés par les maux de la planète. C’JOYE1440 devient ainsi un influenceur virtuel qui part à la rencontre d’athlètes pour discuter d’écologie, de protection de l’environnement et aider la santé mentale des internautes. C’est en cela qu’il remplit sa mission à impact positif. Il faut comprendre par “impact”, la conséquence ou l'effet d'une action sur autrui ou sur l'environnement, dans un but positif. Ainsi, une entreprise profitable, qui produit par exemple des meubles, aura un impact social positif car elle crée de l’emploi, paie des impôts nécessaires aux services publics et rémunère ses actionnaires (F. Bonnifet, 2020). 1.1. Le choix d’une apparence non-humanoïde Si C’JOYE1440 ne ressemble pas à un humain, c’est dans une volonté de s'affranchir des discours genrés : il fallait “ne pas se concentrer sur la forme, on ne voulait pas que les gens se disent ‘il est trop maigre, elle est trop grosse, il est grand, elle est petite etc.’” (M. Ballayer, 2022). En effet, Muriel Ballayer estime qu’un IV au physique humanoïde ne peut qu’affecter davantage la santé mentale des personnes les suivant. Rien ne ressemble plus à un avatar qu’un autre avatar. Si les prouesses graphiques et techniques pour créer des personnages 3D comme Lil Miquela ou encore Imma sont incontestables au point de réellement se poser la question de leur existence ou non, il ne s’agit que d’un influenceur de plus dans les milliers qu’il existe déjà. A ce sujet, Muriel Ballayer écrit : “Incarner la marque dans une mascarade de féminité numérique ou dans un genre humain virtuel quelconque 27
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    laisse perplexe. [...]Je suis trop fan du pouvoir de l’influence virtuelle pour ne pas en faire un véritable levier de visibilité et de désirabilité qui élève les marques à celui d’icônes inclusives sur les plateformes sociales digitales comme dans le Web 3.0” (M. Ballayer, 2022). Pour elle, le succès de l’influence virtuelle tient au fait d’assumer la virtualité. La transparence reste un élément fondateur pour fédérer une audience autour de centres d'intérêt communs, comme nous l’avons vu lors de l’état de l’art. Il appartient donc aux marques et boîtes de production de construire un “pacte de la vérité” entre leur influenceur virtuel et sa communauté (M. Ballayer, 2022). Ce pacte s’articule autour de l’affirmation suivante : “Je sais que tu n’es pas vraie, mais ça au moins, c’est vrai”. C’est exactement ce qui a lieu avec C’JOYE1440 : ses followers savent qu’il s’agit d’une personnalité numérique, derrière laquelle se cache une équipe d’une dizaine d’experts. Les internautes ont donc toutes les clés en main pour comprendre le potentiel de cet influenceur, et écouter ou non les messages qu’il souhaite faire passer (M. Ballayer, 2022). Pour autant, le choix d’un influenceur virtuel à l’apparence cartoon n’empêche pas des temps de production longs. Si C’JOYE1440 n’a pas pour objectif de représenter les humains, il ne reste pas moins un avatar 3D à dessiner et à animer de façon quotidienne. L’un des principaux avantages d’évoluer avec ce type d’apparence, c’est qu’elle permet de placer le personnage dans n’importe quelle situation, sans avoir à se soucier de la logique du réel. Astrid Hiort, journaliste chez VirtualHumans.org, ayant participé à la création d’une influenceuse virtuelle dite “cosmique” explique : “Je devais trouver des idées hebdomadaires pour faire vivre le personnage. Mon imagination n’avait pas de limites puisque notre influenceuse était dans l’espace ! Le processus créatif était donc encore plus libre”. 1.2. L’efficacité de l’impact positif : statistiques et partenariats L’impact positif est porteur de bonnes intentions, mais il advient de savoir si cela touche et engage réellement les internautes. 28
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    A ce sujet,Muriel Ballayer nous explique qu’il est difficile de tirer des conclusions trop hâtives. C’JOYE1440 a rencontré son public pour la première fois début juin 2022. Il est le premier influenceur de ce type, il est donc important de le laisser faire ses preuves et d'établir un bilan au bout de 6 mois puis 12. Les premiers retours au sujet de C’JOYE1440 sont positifs. Il est décrit comme attachant et émotionnel (M. Ballayer, 2022). Les taux d’engagement par posts sont relativement élevés : autour de 20% lorsque la moyenne se situe plutôt vers 2%. “Nous avons fait des pics à 3 000 et 5 000 vues sur TikTok avec des 600 ou 700 likes. Nous sommes très contents des performances. La plupart des publications génèrent une émotion et c’est vraiment ce qu’on cherchait à faire !” (M. Ballayer, 2022). La communauté de C’JOYE1440 se construit peu à peu. A ce jour, l’influenceur ne compte que 265 abonnés sur la plateforme de Meta (Instagram, 2022). L’engagement pour des causes à impact positif a pourtant déjà fait ses preuves sur Instagram. En avril 2019, la Fondation de France présente son ambassadeur virtuel : B. (@bee_nfluenceur) une abeille influenceuse (M. Sachat, 2019). Sur le site dédié à l’opération, on peut lire : “Je suis B, la première abeille influenceuse. Je veux plaire aux marques du monde entier pour collecter de l’argent, afin de sauver les abeilles dont un grand nombre disparaît chaque année. J’ai besoin de vous : plus j’aurai d’abonnés sur Instagram, plus les marques seront intéressées et plus je récolterai d’argent” (Fondation de France, 2019). Les résultats sont très prometteurs : en 2021, B. cumulait 280 000 abonnés (E. Esnaud-Victor, 2021) ! En août 2022 en revanche, elle en a perdu 20 000 (Instagram, 2022), une chute sûrement due au manque de publications récentes. Avec B., la Fondation de France souhaite alerter sur les dangers de la disparition des abeilles : en France, 30% des colonies d’abeilles disparaissent chaque année, contre 24% en Europe (M. Sachat, 2019). L’objectif était clair : récolter de l’argent pour sauver les abeilles. Au total, les publications de B. ont été vues plus de 21,5 millions de fois (E. Esnaud-Victor, 2021). Les partenariats ont été soigneusement choisis : “Nous avons été très vigilants sur ce point, précise le président de Publicis 29
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    Conseil en chargede la création. Il fallait des marques légitimes sur le sujet de la biodiversité. Même si B. n’existe pas, il est essentiel de rester authentique. Nous avons fait une sélection avec la Fondation de France”. Une dizaine de marques sont aujourd’hui associées à la petite abeille, parmi lesquelles Citeo, Guerlain ou encore Ricola. Les partenariats ont permis de récolter à ce jour 130 000 euros, reversés intégralement au Beefund pour financer trois projets choisis par un comité de la Fondation de France (E. Esnaud-Victor, 2021). La dernière collaboration à date de B. est aux côtés de Carrefour. Ensemble, ils proposent à la vente des NFT d’abeilles aux designs amusants. Sept œuvres sont déjà sorties et sont sold out. Huit autres devraient voir le jour rapidement (Carrefour, 2022). Du côté de C’JOYE1440, la sélection des partenaires est aussi de mise. Une première collaboration avec l’agence d’intérim Randstad a été signée (M. Ballayer, 2022). “On propose aux marques d’utiliser le personnage pour parler d’elles d’une façon extrêmement légère car les algorithmes bannissent le brand content. On intègre les marques dans son storytelling. C’est une vraie révolution.” (M. Ballayer, 2022). Grâce aux exemples de B. et de C’JOYE1440, on peut ainsi déduire que l’avenir de l’influence virtuelle peut se trouver dans la recherche du social for good et de l’impact positif. Les IV doivent ainsi chercher à informer et à être utiles s’ils ne veulent pas disparaître dans la masse. 2. Devenir des ambassadeurs de marque Nous l’expliquions au début de ce mémoire, la barrière entre l’ambassadeur de marque virtuel et l’IV est très fine. Si fine, que certains experts du secteur affirment que l’avenir de l’influenceur virtuel n’est pas dans l’influence à proprement parler mais bien dans la représentation de celle-ci en tant que porte-parole. C’est en 30
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    tout cas lepoint de vue exposé par Jean-Baptiste Bourgeois, Head of Planning chez We Are Social et Jean-Noël Frézal, Head of Creation chez SPOA Agency. SPOA Agency est l’agence à l’origine de la création de Livi, première ambassadrice virtuelle du groupe LVMH. Dévoilée au public à l’occasion de la 7e édition du salon Viva Technology à Paris (J. Rizzo, 2022), Livi est la nouvelle porte-parole virtuelle du groupe sur les questions d'innovation de technologie. Depuis toujours porté sur ces sujets, LVMH remet le LVMH Innovation Award tous les ans, un prix qui récompense une start-up ayant fait preuve de créativité sur son marché et qui sera ensuite épaulée par les équipes (LVMH, 2022). Pour promouvoir cet award, le groupe a fait appel à SPOA Agency en décembre 2021 pour trouver un moyen imaginatif de lancer l’appel à candidatures et le suivi du programme (J-N. Frézal, interview en annexes). Livi n’est pas une influenceuse virtuelle à proprement parler, elle ne possède aucun compte sur les réseaux sociaux, et n’a pas vocation à le devenir. Elle est la représentation de cette seconde forme de personnage numérique : l’ambassadeur virtuel. L’idée d’un digital insider est rapidement née. Il fallait imaginer “un porte-parole qui appartient au groupe, qui a la culture du groupe, qui connaît les différents départements, l’histoire et toutes ses maisons”, le parfait ambassadeur de marque en somme. Lors de sa révélation au public en juin dernier, Livi a présenté la cérémonie du LVMH Innovation Award et finit même par être adoubée par Bernard Arnault, PDG du groupe LVMH (J-N. Frézal, interview en annexes). Si cette nouvelle ambassadrice virtuelle est sur toutes les lèvres, elle n’est pourtant pas la première. Depuis quelques années, de nombreux exemples apparaissent partout dans le monde : parfois à succès, ou abandonnés quelques mois plus tard. En 2020, au Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas, Samsung présentait “Neon” : des avatars humains exploitant l’intelligence artificielle pour créer et animer des vidéos (S. Godet, 2022). 31
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    Les Nations Uniesse sont également prêtées au jeu en 2014 en créant Elyx, un petit être dont la mission consiste à faire passer des messages universels pour encourager la paix, le développement durable ou la lutte contre les changements climatiques (Nations Unies, 2018). Enfin, les experts du secteur se veulent relativement positifs quant à la création de nouveaux ambassadeurs virtuels pour les marques. SPOA Agency imagine construire des projets similaires à celui de Livi auprès de nouveaux clients et Astrid Hiort, journaliste chez VirtualHumans.org, se veut très enthousiaste à l’idée : “Je pense vraiment qu’il serait intéressant de voir davantage d’ambassadeurs créés par des marques. C’est une nouvelle chose sur laquelle elles peuvent se positionner. Cela leur donnerait une opportunité de se rapprocher de la barrière avec le web 3.0.” 2.1. Un ambassadeur virtuel pour représenter les consommateurs Un ambassadeur est, par essence, une personnalité qui incarne la marque et représente ses consommateurs cibles. La malléabilité et la flexibilité des influenceurs virtuels leur permettent d’évoluer dans n’importe quel domaine et sous n’importe quelle forme. “Ce sont des caméléons. Parce qu’ils sont digitaux, ils sont bien plus versatiles que des humains qui doivent créer leur propre niche” indique Astrid Hiort (interview en annexe). L’avatar virtuel apparaît donc comme le parfait ambassadeur ! Certains d’entre-eux pourraient ainsi ressembler aux personae cibles de la marque ou bien représenter un enjeu d’inclusivité au sein de l’entreprise. Jean-Baptiste Bourgeois, Head of Planning chez We Are Social, explique, au sujet de Livi : “Ce qui est intéressant sur Livi c’est la manière dont elle représente l’enjeu d’inclusivness des marques aujourd’hui : sa couleur de peau, son genre, son physique… Elle est citoyenne du monde. C’est une opportunité pour les marques de pouvoir créer l’incarnation d’elles-mêmes qui soit la plus inclusive possible. L’avantage, c’est de pouvoir la choisir, la confectionner comme on veut, à l’inverse des choix de 32
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    personnes réelles qui,forcément, peuvent faire débat ou laisser entendre une préférence pour une personnalité, une couleur de peau, une morphologie…”. Une analyse à laquelle le témoignage de Jean-Noël Frézal fait écho. Au départ, les équipes étaient davantage portées sur un personnage non genré, dont on ne pourrait ni définir le sexe ni l’origine. Mais rapidement, ils se sont rendus compte que cela aurait un penchant “opportuniste” et ont préféré “assumer le fait qu’il s’agisse d’une femme” (J-N. Frézal, interview en annexe). LVMH souhaitait un personnage humain, “sûrement pour garder cette idée de porte-parole qui ressemble à ses consommateurs et consommatrices”. Dans cette optique, Livi n’est pas un canon de beauté parfaite : elle possède des taches de rousseur, des cheveux qui changent de couleur, des yeux vairons… Son anatomie ressemble certes à celle d’un humain, mais son apparence est assez particulière pour que les internautes s’interrogent sur sa réalité. L’enjeu, pour les marques se voulant plus inclusives, serait donc de créer leur propre ambassadeur, qui puisse à la fois représenter ses consommateurs et remplir des objectifs de diversité. Jean-Noël Frézal résume cette notion dans le terme de “légitimité”. Pour lui, faire appel à une personnalité humaine pour représenter une marque ne remplit pas assez cet objectif. Livi a donc été réfléchie comme une personne du groupe LVMH, dont elle connaît les codes et les marques. Elle incarne ainsi une véritable insider pour transmettre au mieux les messages. 2.2. Le besoin de créer des personnages complets La création d’un personnage numérique demande du temps. C’est un procédé qui passe par la réflexion, l’écriture puis la réalisation 3D de son apparence, et enfin de tous les éléments de contenus qui seront diffusés à son égard. Astrid Hiort a participé à la création d’un influenceur virtuel il y a quelques années. Elle décrit le procédé de création de la manière suivante : “J’ai commencé à créer un scénario sur sa vie [NB : l’IV dont elle avait à charge la création], à développer sa personnalité au travers de descriptions : les mots qu’elle allait employer par exemple. [...] L’une de nos inspirations principales était Kate Moss. On cherchait à trouver une célébrité à qui l’associer dans le monde réel. [...] Je créais des 33
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    moodboards avant decommencer la rédaction, pour comprendre l’ambiance à retranscrire. J’effectuais donc de nombreuses recherches. Kate Moss utilise énormément le mot “major” alors je le notais pour le réutiliser de temps en temps par exemple.” (interview en annexe). La notion de scénario est clé lorsque l’on parle du procédé de création des IV. Pour preuve, les cinq experts interrogés pour la réalisation de ce mémoire ont employé au moins une fois ce terme. Le personnage numérique - qu’il soit influenceur ou ambassadeur - ne doit pas être une simple enveloppe 3D. Il doit raconter une histoire, transmettre sa propre narration et ainsi fédérer sa communauté. Jean-Baptiste Bourgeois explique les résultats plutôt négatifs des campagnes de Renault et Prada (évoquées précédemment) par des personnages incomplets. Selon lui, les marques ont entraîné la “ringardise” des influenceurs et ambassadeurs virtuels avant même qu’on ait pu en exprimer tout le potentiel. “Il y a eu une forme d'opportunisme de la part des marques ou des startups qui se sont lancées là-dessus mais qui n’y sont pas allées à fond. Comme c'était beaucoup de surf sur la hype, ils n'ont pas véritablement donné une personnalité ou créé un storytelling [au personnage]. Ils étaient juste des exemples, “des manières de”, de montrer qu’ils sont affinitaires, qu’ils ont compris, qu’ils sont dans l’ère du temps et modernes.” Il prend l’exemple de Liv, égérie de la campagne Kadjar de Renault. “Quand Renault se dit ‘pour montrer les capacités extraordinaires et la dimension pionnière de ma voiture, je vais créer un influenceur virtuel et lui faire faire un test drive’, à la fois pour raconter le message ‘voiture du futur’, ‘technologie de pointe’, ‘marque innovante’ et ‘pionnière dans son domaine’, toutes les cases sont cochées. Mais derrière, Liv a juste existé le temps d’une copie TV de 30 secondes à 1 minute. Un film auquel les gens ne s'attendaient pas forcément, sans avoir installé une histoire, un storytelling, un univers, ni même une personnalité. [...] Je n’ai pas de présence sur Instagram, je n’ai pas de storytelling sur les réseaux sociaux, je n’ai même pas de contenu en plus autour de ça. Le seul contenu proposé par la marque a été un behind de scenes sur comment ils ont réussi à modeler Liv.” 34
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    Le constat estdonc sans appel : des campagnes opportunistes ne peuvent assurer l’avenir des influenceurs virtuels. Construire un personnage complet autour d’un storytelling cohérent est nécessaire pour assurer sa pérennité. Selon Jean-Baptiste Bourgeois, les marques doivent réfléchir l'IV comme “un véritable touchpoint de l'écosystème social media ou digital”. Si l’ambassadeur virtuel ne sert qu’à montrer de l’innovation, il n’y aurait donc pas d’intérêt. La solution, et l’avenir des IV se trouverait donc dans la création de personnages durables pour les marques. Livi a été réfléchie dans cette optique. LVMH étant un groupe très exposé médiatiquement, il est apparu impossible pour les équipes de SPOA Agency - pour qui le one shot ne sert à rien - d’aborder le sujet de façon opportuniste (J-N. Frézal, interview en annexe). Une “saison 2” aura donc bien lieu pour Livi. 2.3. Une opportunité pour les marques Créer son propre ambassadeur virtuel est une véritable opportunité pour les marques de s’inscrire dans une démarche de transition du web 2.0 au web 3.0. Pour rappel, le web 2.0 se définit comme participatif, sur lequel chacun peut produire ou consulter du contenu. La montée en puissance des réseaux sociaux a renforcé le web 2.0 dans notre quotidien. Le web 3.0 est orienté autour de la technologie blockchain et succède ainsi au web 2.0 avec l’apparition et la popularisation de nouveaux usages : NFT, métavers,... Nous évoluons aujourd’hui dans un web 2.0 qui “transitionne” peu à peu vers un web 3.0, il est donc nécessaire pour les marques de s'intéresser à ces sujets et de commencer dès maintenant leur transition pour ne pas être dépassée dans quelques années. Si LVMH a fait appel à SPOA Agency pour la création de son premier ambassadeur virtuel, c’est car le groupe souhaite “se démarquer de ses concurrents” (J-N. Frézal, interview en annexe). Quelque temps après la présentation de Livi au public, le 35
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    groupe international depublicité Publicis annonçait la création de son propre personnage numérique. L’enjeu pour les marques aujourd’hui avec les ambassadeurs virtuels est de “trouver comment implémenter tout l’univers web 3.0. Ce qu’on a fait avec Livi n’en est pas très loin” (J-N. Frézal, interview en annexe). Jean-Baptiste Bourgeois adopte le même point de vue. L’ambassadeur virtuel est pour lui “la forme métavers de l’égérie et de l’incarnation”. Il qualifie le futur de l’influence de la façon suivante : “L’influence d’aujourd’hui est plus une influence d’avatar, d’incarnation d’une marque dans des espaces virtuels comme le métavers. [...] Par exemple, Livi est aussi là pour commencer à incarner la marque virtuellement dans ces nouveaux espaces”. L’ambassadeur virtuel pourrait ainsi devenir l’avenir des IV, dans une forme plus incarnée et aux objectifs légèrement différents. La création de Livi a peut-être réveillé des consciences, mais nous restons aux débuts de cette innovation, comme l’indique Jean-Noël Frézal : “Je pense qu’on est encore aux prémices, tout est à faire et tout se fait chaque jour.” Il y aurait ainsi un véritable enjeu pour les marques de se rendre dans le métavers grâce aux influenceurs virtuels. 3. Avatarisation & présence dans le métavers Le métavers est un monde virtuel. Le terme est régulièrement utilisé pour décrire une version future d'Internet où des espaces virtuels, persistants et partagés sont accessibles via interaction 3D ou 2D en visioconférence. Une autre définition conçoit le métavers comme l'ensemble des mondes virtuels connectés à Internet, lesquels sont perçus en réalité augmentée (Wikipédia, 2022). Roblox, The SandBox ou encore Horizon sont des exemples de métavers actifs. Le métavers est un concept qui naît en 1959 (Wikipédia, 2022) mais son exécution technologique n’est que très récente. Le sujet est mis en lumière lors du 36
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    changement de nomdu groupe Facebook pour Meta. Depuis, plusieurs marques ont lancé des initiatives dans des mondes virtuels. Pourtant, de nombreux professionnels s’entendent pour dire qu’il faut rester “prudents” face au phénomène du métavers. On peut parfois se demander si le grand public français est assez mature pour un tel bouleversement. Younes Khouakhi, spécialiste du marketing NFT indique “Je ne suis pas très convaincu par tout ce qui est métavers, j'attends de voir. Les premiers métavers se passent sur les réseaux sociaux ou sur des jeux comme Fortnite. Si les marques veulent y aller, il leur faudra des ambassadeurs ou un influenceur réel qui a une audience qui colle à l'image de de la marque et qui s’y rendra. [...] Je pense qu'il est encore tôt pour parler de métavers en France. Pour moi, il faut d’abord créer des personnages intéressants à regarder sur les réseaux sociaux”. Ce point de vue se justifie évidemment par des chiffres provenant d’études récentes. Dans un sondage Ifop pour Talan réalisé en janvier 2022, 65% des personnes interrogées affirmaient n’avoir jamais entendu parler du métavers et 75% déclaraient avoir des craintes vis-à-vis de l’émergence de mondes virtuels numériques (C. Grange, dossier “Métavers : les marques ont-elles raison d’y aller”, OUR(S) N°09, 2022). A l’inverse, Jean-Baptiste Bourgeois se montre bien plus enthousiaste sur le sujet, en assurant que l’avenir des influenceurs virtuels se trouve notamment dans “la représentation des marques dans le métavers”. Pour lui, il n’est pas trop tôt pour parler de mondes virtuels en France. Pour preuve, nous sommes déjà des consommateurs d’avatars virtuels ! Que ce soit des égéries 3D ou des PNJ (Personnage Non-Jouable) dans les jeux vidéos, nous sommes déjà amenés à interagir avec des personnages numériques. “Ils toucheront tout le monde à partir du moment où ça sera utile. Imaginons que je doive déclarer mes impôts dans le métavers, et qu’un conseiller arrive en 3D et m'explique comment faire ma déclaration d'impôts. A ce moment- là, ça pourra faire partie des mœurs. Il faut juste réfléchir utilité, et aussi touchpoint" (J-B. Bourgeois, interview en annexe). Enfin, d'après le cabinet de conseil Gartner, 25% des gens passeront au moins une heure par jour dans le métavers en 2026 pour travailler, faire du shopping, la vie 37
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    sociale ou sedivertir. Difficile pour les marques qui se revendiquent innovantes de passer à côté d’un tel phénomène. 3.1. Les influenceurs virtuels dans le métavers Certains influenceurs virtuels se sont déjà rendus dans le métavers. C’est, par exemple, le cas de Lil Miquela, pour une campagne avec PacSun, marque de vêtements. Cette collaboration prend place avec l’ouverture de PACWORLD, un centre commercial virtuel sur le métavers Roblox (The Feed Global, 2022). En France, les initiatives sont plus timides. Muriel Ballayer indique que C’JOYE1440 s’y rendra sûrement un jour mais que cela n’est pas encore un sujet chaud pour l’équipe : “il faut d’abord qu’il grandisse, qu’il ait sa communauté, on va attendre au moins 6 mois”. Pourtant, l’influenceur virtuel a été réfléchi pour être transposé rapidement dans le métavers. Son apparence non-humanoïde et cartoon aura en effet plus d’aisance à se retrouver dans un monde virtuel. Son nom rappelle également des codes numériques, un choix délibéré afin de s’y intégrer plus facilement. Pour Livi, le constat est sensiblement le même. Jean-Noël Frézal indique qu’elle n’a pas pour vocation de se rendre dans le métavers pour l’instant mais que cela pourra certainement arriver dans les prochains mois ou années. Dans cette optique, l’agence a déjà créé un “micro-verse” lors du salon Viva Technology. Il s’agissait de l’appartement virtuel de Livi dans lequel a été shooté “des entretiens avec différents collaborateurs des maisons du groupe” (J-N. Frézal, interview en annexe). L’appartement était en accès libre pour tous les visiteurs du salon. Accessible via un QR code, il servait de support de communication aux différentes maisons du groupe. En se baladant, les visiteurs pouvaient ainsi découvrir les NFT de Balmain, le dernier programme de Make Up For Ever ou encore les innovations RSE de Château Galoupet et Ruinart (LVMH, 2022). Pourtant, intégrer un influenceur virtuel actif sur les réseaux-sociaux dans le métavers est un procédé compliqué qui peut se heurter à plusieurs contraintes techniques. 38
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    En effet, commel’explique Younes Khouakhi, chaque plateforme virtuelle (Roblox, The Sandbox…) a ses propres codes graphiques. Sur Roblox, les avatars sont cubiques et ressemblent à des Legos. A l’inverse, The Sandbox évolue avec des graphismes s’apparentant au jeu vidéo Minecraft. Enfin, sur Horizon, le métavers de Meta, les personnages ont des apparences beaucoup plus lisses qui peuvent nous rappeler vaguement les Mii de Nintendo. On parle d'interopérabilité. L’enjeu pour les influenceurs virtuels est donc de trouver le moyen d’être toujours reconnaissables sur les différentes plateformes malgré une apparence différente. Pour Younes Khouakhi, il s’agit de créer des IV avec une particularité physique qui pourrait être retranscrite sur tous les métavers. Aujourd’hui, il n’est pas possible de créer un seul et même avatar et simplement de l'importer dans un monde virtuel. Jean-Noël Frézal fournit une seconde solution à cette problématique d'interopérabilité. Pour lui, s’il n’est pas possible d’utiliser la même apparence alors il suffit de créer son propre métavers et ainsi de retourner les contraintes à son avantage. De son côté, Muriel Ballayer soutient que les influenceurs virtuels doivent se rendre dans le métavers pour devenir les futurs logos des marques. “Bientôt, les humains voudront s’avatariser pour aller dans le métavers. Nous devrons tous avoir une identité digitale, et ce sera aussi le cas pour les marques. Il y aura donc forcément une envolée des personnages numériques à ce moment-là, j’en suis persuadée.” Les IV remplaceront-ils les logos ? Pas sûr. En tout cas, Younes Khouakhi et Jean-Noël Frézal évoquent plutôt une continuité dans le branding, un personnage qui doit faire sens, pour apporter de l’utilité dans le métavers. 3.2. L’avatarisation : un entre-deux gagnant ? En France, encore peu d’acteurs se sont lancés dans le métavers. Nous l’avons vu, les experts du secteur restent encore prudents sur le sujet. En effet, ils sont plus enthousiastes à l’idée de l’avatarisation dans des mondes virtuels de personnalités que de la création d’un personnage dédié à ces plateformes. 39
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    L’essor des filtreset encore plus des avatars va dans ce sens. “Le streaming avec des avatars, les filtres - que ce soit sur Meta ou sur TikTok depuis peu, les memojis, tout ça existe déjà et peut faire qu’en France aussi, on ait des figures pop culture avec lesquelles on a envie d’interagir” (J-B. Bourgeois, interview en annexe). Aujourd’hui, l’essor des IV trouve davantage sa place dans des usages américains et asiatiques : un constat qui vient de la culture tournée autour de la technologie et de l’innovation. Pourtant, peu à peu, ces usages arrivent en France. Certes, l’avatarisation est un territoire connexe à celui des influenceurs virtuels, pour autant, il est en train de se développer massivement. De véritables créateurs IRL (In Real Life) évoluent sur TikTok ou Twitch masqués par des filtres 3D. Ce sont des hybrides : pas totalement IV car trop réels, mais pas assez pour être considérés comme des influenceurs classiques. Leur identité est ainsi cachée, déguisée, de sorte à ce qu’on ne sache pas réellement qui ils sont. “Une personne qui a un talent pour raconter des histoires mais qui ne veut pas se montrer, peut utiliser un filtre (un animal, un avatar) et va ainsi faire de l’influence comme dans le web 2.0, et quelque part, on peut aussi parler d’influence virtuelle !” (Y. Khouakhi, interview en annexe). Par exemple, TiffanyWitcher, une streameuse sur la plateforme Twitch, n’a jamais montré son visage à la caméra. Elle dissimule son handicap derrière l’apparence d’une sorcière. “Être une influenceuse virtuelle m’a sauvée en tant que créatrice de contenu handicapée. Cela m’a permis de parler de la meilleure des façons pour défendre l’accessibilité et aider les autres. La relation avec ma communauté est en constante évolution, et j’ai hâte de voir ce que l’avenir nous réserve” (Les Gens d’Internet, 2022). Aujourd’hui, les créateurs dans le métavers sont des personnalités qui s’avatarisent. C’est l’exemple des deux rappeurs américains Snoop Dogg, dans The Sandbox ou Travis Scott dans Fortnite. Si ce phénomène se répand, on assisterait donc à une disparition progressive de la barrière entre un influenceur humain et un influenceur virtuel. Jean-Baptiste Bourgeois admet qu’il croit davantage “aux versions 3D de Snoop Dog [...] qu’à des Lil Miquela et des Noonoouri qui ont déjà eu leur temps de gloire mais qui sont dépassées aujourd’hui”. 40
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    Enfin, les futurscréateurs du métavers seront demain “de facto virtuels” (J-B. Bourgeois, interview en annexe). Avec l’arrivée du métavers, le concept d’influenceur virtuel pourra être remis en cause. Un IV ne sera peut-être plus seulement une création 3D partageant son quotidien sur les réseaux sociaux, mais pourra inclure tous les personnages qui évolueront dans des mondes virtuels. Évidemment, ces pistes restent exploratoires. Comme le rappelle Jean-Baptiste Bourgeois, nous n’avons pas encore de “proof of work” assez pertinente pour affirmer que l’avenir de l’influence virtuelle prendra ce tournant. 4. Conclusion Pour conclure cette recherche empirique, nous pouvons résumer la pensée des professionnels du secteur, concernant l’avenir des influenceurs virtuels en trois points clés, détaillés ainsi : - Dans la recherche du social for good : l’influenceur virtuel doit puiser ce qu’il y a de meilleur dans l’influence pour promouvoir des messages à impact positif, ou il finira inévitablement par se perdre dans le paysage social media actuel. - Dans la création d’ambassadeurs pour les marques : la flexibilité du personnage numérique permettrait ainsi d’avoir la parfaite égérie, d’avoir un contrôle absolu sur les contenus et de promouvoir un discours d’innovation. - Dans l’avatarisation des créateurs dans le métavers : certes, certains IV évoluent déjà dans le métavers. Pourtant, les pensées s’orientent davantage pour un avenir hybride : entre créateurs humains s’avatarisant grâce aux filtres, et personnages créés exclusivement pour ces plateformes. 41
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    PARTIE III -DISCUSSION L’AVENIR DE L’INFLUENCE VIRTUELLE SELON MOI Au début de ce mémoire, nous posions la problématique suivante : comment les influenceurs virtuels peuvent-ils encore innover pour devenir de véritables leviers de communication au service des marques ? Les témoignages d’experts du milieu nous ont permis d’amorcer de premières pistes de réflexion. En revanche, ils révèlent également des points de vue différents, qui vont parfois jusqu’à l’opposition. En confrontant ces avis, nous allons tâcher d’apporter des réponses à notre problématique. 1. Un regain du marché Les conclusions tirées de l’état de l’art ont montré que le marché des influenceurs virtuels reste instable : certaines études montrent que le public - et particulièrement la génération Z - est prêt à interagir et à partager du contenu produit par les personnages numériques. En revanche, les statistiques de récentes campagnes d’influence montrent un résultat bien différent, avec peu de retombées efficaces. Le secteur serait-il donc déjà en train de couler ? Pas vraiment. Le lancement de Livi, ambassadrice virtuelle de LVMH, de C’JOYE1440, premier IV à impact positif, ou encore d’événements dédiés sur la plateforme Twitch tendent à prouver le contraire. Il y a fort à parier que les acteurs ont appris des erreurs de leurs concurrents, et en ressortent plus fort pour pousser l’influenceur virtuel à son plus fort potentiel. Ainsi, depuis le début de l’écriture de ce mémoire, cinq personnages numériques propulsés par des marques ou des agences de production ont vu le jour. Ils sont différents des archétypes que l’on pouvait voir jusqu’à présent, ils ne cherchent pas à challenger Lil Miquela ou Noonoouri, ni à ressembler aux humains. Ils sont construits pour porter des messages qui ont du sens, partager leur personnalité et leur histoire sur les réseaux sociaux. 42
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    1.1. De nouveauxsecteurs Jusqu’à présent, les influenceurs virtuels étaient un levier presque uniquement utilisé dans le secteur du luxe et de la mode. Ce phénomène s’explique par la taille des budgets des maisons de luxe accordés à l’innovation. Naturellement, le format de l’IV paraissait cohérent avec la mode : comme une poupée numérique, il suffisait de l’habiller à sa façon et de la propulser sur Internet. Le procédé est ici caricaturé mais ce n’est ni plus, ni moins ce que représente un IV pour une marque de haute couture. Les premières références ont d’ailleurs été construites autour de ce modèle : Noonoouri se veut passionnée de mode et Shudu est une mannequin numérique collaborant avec de très grandes marques. Pourtant, la démocratisation de ce type de personnage ouvre aujourd’hui une opportunité à d’autres secteurs. En effet, il n’y a pas besoin de vendre de la haute-couture pour créer un IV ! L’une de leurs caractéristiques clés est leur flexibilité. Un influenceur virtuel peut en réalité promouvoir les produits et les services d’à peu près n’importe quel secteur : assurance, banque, emploi, santé… Son discours peut s’adapter aux messages de la marque. C’est l’exemple de C’JOYE1440, qui collabore depuis plusieurs semaines avec Randstad, entreprise d’intérim. Les influenceurs virtuels permettent également de résoudre des problématiques dans certains secteurs. Dans le secteur du tourisme, par exemple, une campagne d’influence est soumise à diverses contraintes : - Le déplacement de la personne jusqu’à la destination finale et un hébergement qui peut engendrer des frais supplémentaires. - L’encadrement durant la durée du séjour peut nécessiter des ressources humaines. - L’impact écologique du voyage peut se révéler important (surtout en cas de transport aérien). Face à ce dernier point notamment, les campagnes d’influence dans le tourisme sont régulièrement critiquées. Les consommateurs sont de plus en plus vigilants face aux ressources utilisées par les entreprises et leur impact sur la planète. 43
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    Les influenceurs virtuelsapparaissent donc comme la solution parfaite : plus besoin de se déplacer pour créer du contenu ! Si, pour l’instant, nous ne relevons pas d’exemples de campagnes d’IV dans le tourisme, il y a fort à parier que cela deviendra un véritable levier de communication pour ce secteur. 1.2. Le cas des ambassadeurs virtuels Il y a tout à parier que la forme la plus populaire des influenceurs virtuels sera en réalité celle d’ambassadeurs. L’efficacité d’égéries pour les marques n’est plus à prouver. Le chat de Feu Vert, le bonhomme de Michelin, la bande fruits d’Oasis sont autant d’exemples de réussite dans l’identification de la marque par les consommateurs. On le sait, le cerveau humain retient davantage les informations visuelles que sous d’autres formes. Créer son propre ambassadeur permet à une marque de générer du storytelling supplémentaire, de fédérer une communauté, et d’augmenter son pourcentage de reconnaissance. A l’heure du digital et du numérique, les consommateurs ont d’autant plus de besoin de se raccrocher à des figures qui leur ressemblent ou qui les interpellent. Internet représente un paradoxe surprenant : si la technologie d’aujourd’hui permet de connecter davantage les personnes, elle construit également des murs entre les gens en poussant une communication uniquement via des écrans. Le digital est un monde très froid : avec seulement un smartphone nous pouvons avoir accès à toutes les informations nécessaires en quelques clics et cela peut, d’une certaine manière, nous couper du reste du monde en limitant nos interactions sociales. De ce constat émerge les notions d’authenticité et de proximité qui sont si chères pour les marques sur les plateformes social media. La popularité des influenceurs provient, entre autres, de ce phénomène. Dans ce contexte, comment trouver le moyen de se rapprocher des consommateurs sur des plateformes digitales ? L’une des solutions apparaît être celle des ambassadeurs virtuels. Si les égéries fonctionnent en offline, pourquoi ne le pourraient-elles pas en ligne ? 44
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    Pour autant, l’ambassadeurvirtuel se doit d’être un personnage complet, comme nous l’avons vu lors de la recherche empirique. Un bon storytelling amènera les internautes à le suivre, et ainsi, à s’imprégner peu à peu de la marque. Qu’il prenne la forme d’un humain comme Livi ou d’une créature comme les fruits d’Oasis, l’ambassadeur virtuel pourra remplir des objectifs différents pour la marque : - De notoriété : en la rendant identifiable via son apparence. C’est le cas de Lu do Magalu pour Magazine Luiza au Brésil. - De conversion : en accompagnant les consommateurs dans leur parcours d’achat, en les conseillant comme pourrait le faire un vendeur ou un commercial,... - De fidélisation : en nouant des liens privilégiés avec sa communauté. Lorsque LVMH fait le choix de créer Livi, ils s’inscrivent évidemment dans une démarche d’innovation, dans une logique concurrentielle. Mais en réalité, le groupe remplit aussi un objectif secondaire : celui de s’humaniser digitalement. L’appel à candidatures et le prix remis tous les ans aux startups est un programme habituellement géré en ligne, en remplissant un formulaire d’inscription. Il n’y avait aucune notion d’humain dans ce procédé. Avec Livi, les participants sont en contact avec une créature - certes virtuelle - mais peuvent interagir avec elle, lui poser toutes leurs questions, et bénéficier d’un contact social. Aujourd’hui, de nombreuses entreprises décentralisent leurs services client auprès de chatbots : SNCF, opérateurs téléphoniques comme RED by SFR etc. Certes très pratique lorsqu’il s’agit de réserver son billet en quelques messages ou de régler un problème mineur, le chatbot peut parfois se révéler un véritable casse-tête pour le consommateur lorsqu’il est face à un plus gros problème. Parfois, il serait ainsi plus facile de pouvoir exprimer à l’oral notre problème, et de pouvoir interagir autrement que via un clavier. L’ambassadeur pourrait faire cela. A la jonction entre le digital et le réel, il pourrait ainsi aider les consommateurs de façon plus humaine et moins froide que le chatbot, tout en restant efficace et automatisé pour l’entreprise. 45
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    Des exemples commeLu do Magalu au Brésil nous prouvent bien qu’un ambassadeur virtuel correctement construit et propulsé sur les plateformes digitales de la bonne manière peut performer et séduire les consommateurs. Sur le papier, l’ambassadeur virtuel semble cocher toutes les cases pour les marques. Pourtant, son coût et la charge de travail à fournir pour le faire vivre quotidiennement peuvent être des freins à son déploiement. Certaines marques se tourneront donc naturellement vers des campagnes d’influence virtuelle. 2. L’influenceur virtuel doit informer Nous l’avons vu, le modèle de l’influenceur virtuel tel qu’il est produit aujourd’hui arrive à ses limites. La reproduction des schémas comme ils existent déjà dans l’influence avec des humains n’apportent aucune plus-value. Il se doit d’être plus utile ou d’apporter un savoir à sa communauté. 2.1. L’influenceur virtuel comme lanceur d’alerte Si l’influenceur virtuel est un levier de communication, il faut capitaliser sur cela pour transmettre des messages forts et impactants. Par définition, un lanceur d'alerte est toute personne, groupe ou institution qui, ayant connaissance d'un danger, d'un risque ou d'un scandale, adresse un signal d'alarme en espérant enclencher un processus de régulation, de controverse ou de mobilisation collective (Wikipédia, 2022). Certains messages, autour de la protection de l’environnement par exemple, peuvent rester difficiles à aborder pour les influenceurs humains. Parce qu’ils vivent réellement, ils peuvent faire des erreurs et décrédibiliser leurs messages. Début septembre, l’ARPP dévoilait la liste des 150 premiers influenceurs certifiés “Influence Responsable”. Une initiative positive au premier abord, sauf lorsqu’on se rend compte qu’elle est obtenue au bout d’1h30 de formation et d’un simple questionnaire à remplir… 46
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    A l’inverse, l’influenceurvirtuel peut difficilement décrédibiliser ses messages : il est le résultat d’une intelligence collective, et ne peut (pour le moment du moins) prendre ses propres décisions. Pour lancer une alerte, le discours doit être sans failles : le grand public ne croirait pas une personne alertant sur le réchauffement climatique tout en prenant l’avion des dizaines de fois par an. Ainsi, l’ombre du “greenwashing” plane toujours. Si un influenceur virtuel se présente comme lanceur d’alerte, avec des preuves à disposition, il est possible qu’il soit davantage entendu. C’est le cas de C’JOYE1440 qui veut alerter sur les maux de la planète au travers de son histoire de comète envoyée par la galaxie. Muriel Ballayer affirme que l’influence virtuelle ne peut fonctionner que si elle est orientée dans le “social for good”, un point de vue qui se confirme ici. En temps de crise, l’influenceur virtuel peut se révéler être le parfait intermédiaire pour faire passer des messages. Lors de la pandémie covid-19, l’IV Knox Frost avait noué un partenariat avec l’OMS pour récolter des dons pour la lutte contre le coronavirus. Enfermés chez eux, les internautes passaient encore plus de temps sur les réseaux sociaux, s’associer à un personnage numérique paraissait ainsi logique. Avec sa forme ludique, Knox Frost pouvait au mieux diffuser les messages de l’OMS. 2.2. La disparition du modèle “placement de produit” Aujourd’hui, les top IV collaborent la plupart du temps avec les marques sur des formats dits classiques : placement de produit, jeu concours, code promo… Pourtant, ces modèles apparaissent comme totalement désuets avec le format de l’IV. Un influenceur virtuel ne peut pas vendre un produit ou un service qu’il n’a jamais testé : il perdrait ainsi en crédibilité et en authenticité. Il est donc évident qu’il faut faire évoluer ces modèles vers d’autres plus adaptés. Les opportunités qu’offrent les influenceurs virtuels, notamment grâce à leur flexibilité d’utilisation, peuvent permettre aux marques de se démarquer et de mettre 47
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    en place desdispositifs innovants, et peut-être inaccessibles aux influenceurs humains aujourd’hui. Dans ces pistes de réflexion, nous évoquerons le métavers. Intégrer ce type d’univers peut se révéler difficile pour des influenceurs classiques. Leur communauté est en général centralisée sur une seule plateforme, il apparaît donc compliqué pour eux d’engager autant dans un monde virtuel qu’ils ne le font sur Instagram par exemple. A l’inverse, l’IV est un produit du digital. Sa légitimité ne peut donc pas être remise en cause, et il se fondra parfaitement dans le décor du métavers. Bien évidemment, l’intégration d’un personnage numérique sur de telles plateformes possède ses propres contraintes, que nous avons évoquées pendant l’étude empirique. Malgré cela, il y a tout à parier que les IV seront un levier de communication pour les marques dans le métavers. Sans avatar pour prendre la parole à leur place, les marques se retrouvent muettes. Aujourd’hui, le web 2.0 et les réseaux sociaux leur permettent de communiquer au travers de l’intelligence collective, en se positionnant comme une entité, sans forcément avoir à mettre en avant un visage. Dans le métavers, cette communication ne sera plus possible. Il leur faudra trouver des ambassadeurs, des représentations numériques d’elles-même pour transmettre les messages d’une nouvelle façon. Pour autant, il faudra que l’IV se montre utile pour séduire les consommateurs. S’il n'est qu’un personnage lambda, il sera bien trop transparent. Dans le métavers, les internautes auront besoin d’être guidés, surtout si ces plateformes touchent un jour le grand public, comme l’annoncent plusieurs études. Il faudra accompagner ces nouveaux consommateurs, peu habitués aux usages numériques du web 3.0 et les aider à en comprendre les codes pour, éventuellement, les fidéliser. Si, demain, nous sommes amenés à devoir déclarer nos impôts au sein du métavers, nous aurons besoin qu’un IV nous explique pas à pas la procédure. Les influenceurs virtuels deviendraient ainsi des guides des mondes virtuels, non plus des lanceurs d’alerte mais des passeurs de voix. 48
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    Ils deviendraient ainsiun levier de communication à part entière pour les marques : un moyen dématérialisé mais pourtant résolument humain d’aider les consommateurs à n’importe quelle heure de la journée. Ainsi, l’influenceur virtuel doit évoluer pour informer et se rendre utile auprès des consommateurs pour pouvoir continuer d’exister. Ceci lui permettra de se différencier des influenceurs humains et de devenir un véritable levier de communication pour les marques, au-delà de l’influence. 3. L’influenceur virtuel doit divertir Résumer le futur de l’influence virtuelle à l’information reste en revanche réducteur. Il y a fort à parier qu’elle a davantage à nous apporter. Si les internautes consomment autant de contenus sur les réseaux-sociaux, c’est aussi parce qu’ils les trouvent divertissants. L’IV doit ainsi amuser son public. Nous l’avons vu, le modèle actuel, basé presque exclusivement sur cette notion de divertissement, n'est pas porteur d’avenir. Il apparaît donc nécessaire de trouver un équilibre entre informer et amuser. 3.1. Trouver l’équilibre entre informer et divertir Une récente étude menée par GWI au quatrième trimestre de 2021 (GWI, 2021) sur l’usage des réseaux sociaux selon les différentes générations révèle les chiffres suivants : - La génération Z (personnes nées entre 1997 et 2005) utilise les plateformes social media en priorité pour rester en contact avec leurs amis et leur famille (46%) puis pour s’occuper durant leur temps libre (42%). - La fonction “trouver du contenu” vient en troisième position pour les jeunes de la génération Z (37%) et en quatrième pour les "millenials", nés entre 1983 et 1996). - Les typologies de comptes suivis s’articulent autour des proches (47%) et des divertissements (39%) pour la génération Z. 49
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    L’étude dévoile unconstat clair : si les réseaux-sociaux sont autant utilisés, c’est parce que les internautes ont besoin de se divertir. La recherche de nouvelles informations, ou de messages de marques, n’arrive qu’en second plan. Ainsi, l’influenceur virtuel ne pourra rencontrer son public qu’en utilisant sa fonction ludique à bon escient. Malléable à l'infini, il peut revêtir n’importe quelle forme ou adopter n’importe quel langage pour toucher la meilleure cible possible. Grâce à cela, il se veut davantage didactique qu’informatif. Au XVIe siècle, l’auteur François Rabelais expliquait déjà l’importance de proposer un contenu ludique à l’enfant pour développer son apprentissage. Si nous ne parlons pas d’éducation à proprement parler dans ce mémoire, il est nécessaire de rappeler cette référence dans la logique de trouver l’équilibre entre informer (qui peut parfois aller jusqu'à de l’apprentissage) et divertir. En effet, l’influenceur virtuel ne doit pas tomber dans les extrêmes. Cela ne doit pas être un média avec un visage, qui se heurterait à une forte concurrence face à des pure players comme HugoDécrypte par exemple, et qui serait sûrement interprété comme un travail journalistique plus que de communication. A l’inverse, il ne doit pas non plus tomber dans la caricature de l’influence, comme cela peut parfois être le cas aujourd’hui. Un influenceur virtuel peut raconter son quotidien à sa communauté, mais il ne pourra jamais atteindre les standards d’authenticité des humains. Aucun de ses deux penchants ne doit donc prendre le dessus sur l’autre. Des personnages comme B., l’abeille influenceuse de la Fondation de France sont de parfaits exemples de cet équilibre à trouver ! Tout en informant sur la cause de l’extinction des insectes et en appelant à faire des dons, B. engage en partageant des publications cocasses, en faisant des références à des memes etc. Pour moi, il s’agit d’une référence clé dans le domaine de l’influence virtuelle et qui a vraiment su prendre parti de ce qu’il y a de plus fort dans cette forme de communication. Au-delà d’inciter aux dons, un abonnement rapporte de l’argent à une cagnotte : les utilisateurs sont ainsi engagés d’une nouvelle manière et peuvent apporter leur pierre à l’édifice quelque soit leur situation. 50
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    Évidemment, il n’estpas nécessaire de parler d’écologie pour engager les communautés. Demain, l’influenceur virtuel peut prendre la parole sur de nombreux sujets, tant qu’il est accompagné par une intelligence collective claire et honnête. Ainsi, nous pourrions voir apparaître des IV plus engagés autour des égalités de sexe et de genre par exemple ou autour de la santé mentale sur internet… D’une certaine manière, Lil Miquela traite déjà ces sujets. Seulement, elle représente davantage une caricature du métier d’influenceur : poses suggestives, multiplication des placements de produits,... Le message de sensibilisation et des valeurs qu’elle portait à ses débuts s’en trouve impacté. Il y a donc un véritable enjeu pour les marques de comprendre le potentiel de l’influenceur virtuel pour n’en ressortir que le meilleur et l’utiliser à bon escient pour leur communication, en informant tout en divertissant les communautés ! 3.2. Les futurs défis de l’influence virtuelle Si cet équilibre est sur le point d’être trouvé, notamment avec l’apparition d’IV comme C’JOYE 1440 ou d’ambassadeurs virtuels utiles comme Livi pour LVMH, l’influence virtuelle se retrouvera bientôt face à de nouveaux défis. L’encadrement juridique Parmi ceux-là, nous évoquerons l’encadrement juridique. Nous l’avons vu dans l’état de l’art, celui-ci reste encore très flou aujourd’hui. Au-delà d’indiquer que l’influenceur virtuel est faux, il appartiendra aux plateformes digitales - social media ou métavers - d’imposer leurs règles si des organismes nationaux ou internationaux ne le font pas. En Asie, on observe déjà des abus autour des conditions de travail des créateurs d’influenceurs virtuels. En Chine, où les VTubers sont extrêmement populaires, les chanteurs qui prêtent leur voix aux avatars numériques ne sont pas rétribués à hauteur des bénéfices générés (enquête Rest of World, 2022). Selon une fuite chez ByteDance, ils ne percevraient que 0,5 % des revenus générés par leurs fans en plus de leur salaire. 51
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    Sur un autresujet, la montée en puissance des métavers pourra entraîner des règles plus strictes pour permettre l’identification claire des personnages numériques et des personnes avatarisées. C’est déjà le cas de la ville de Pékin qui souhaite développer une industrie de l'humain virtuel valorisée à 50 milliards de yuans, soit 7,5 milliards de dollars, d'ici trois ans, en intégrant des technologies du web 3.0 au travers de deux plans d’action. Pour autant, ils ne dévoilent que peu de détails sur la réglementation de l’utilisation des « humains digitaux » et constituent davantage un chemin de fer des ambitions du gouvernement chinois dans ce domaine. Un numérique plus responsable Enfin, l’un des plus grands enjeux du numérique pour les prochaines années est de le rendre durable. Nous le savons, le réchauffement climatique fait partie de notre quotidien, il est donc impératif de trouver des moyens de le limiter au maximum. Malgré des innovations qui permettent d’avoir un impact positif sur l'écologie, le digital est l’une des sources les plus polluantes sur Terre et l’arrivée de technologies encore plus énergivores ne va pas inverser le poids sur la balance. Le Gouvernement Français a récemment annoncé des initiatives pour œuvrer vers un numérique plus responsable : éco-contribution ou indice de réparabilité des appareils par exemple. Il appartient également aux marques de s’informer davantage sur la notion de sobriété numérique et d’adapter leurs services et leurs méthodes aux priorités environnementales. Dans ce contexte, l’influence virtuelle a-t-elle un avenir certain ? Il m'apparaît difficile d’apporter une réponse aujourd’hui. Pourtant, ce sujet risque d’être mis sur le devant de la scène très rapidement : qui sera le premier à créer un influenceur virtuel avec le moins d’impact sur notre planète ? Voilà un défi qui risque certainement de révolutionner une nouvelle fois ce secteur. 52
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    CONCLUSION Pour conclure cemémoire, nous reviendrons sur les trois grands axes développés. L’état de l’art nous a montré un marché avec de belles opportunités mais encore sous exploitées. En effet, la montée en puissance de l’influence virtuelle en 2018 a su séduire les communautés, notamment aux Etats-Unis et en Asie (où c’était déjà le cas quelques années auparavant). En Europe, l'effervescence est moindre. Les marques commencent à s’emparer du phénomène, mais sans pousser la réflexion jusqu’au bout, ce qui finit inévitablement par des résultats mitigés et qui amènent les professionnels à s’interroger sur l'efficacité de l’influence virtuelle. En parallèle, de nombreuses études prouvent que le public est prêt à rencontrer ces avatars numériques et à interagir avec eux. Ainsi, il y aurait bel et bien une place pour les influenceurs virtuels dans le paysage du marketing digital d’aujourd’hui. L’étude empirique se composait de la réflexion de cinq experts interrogés pour la rédaction de ce mémoire. Nous avons ainsi pu dessiner des premières pistes sur l’avenir de l’influence virtuelle. Parmi celles-ci, nous citerons : - L’impact positif comme message clé pour un social for good. - L’importance de construire des personnages complets, avec une personnalité et une apparence qui doit faire sens avec les éléments de langage à transmettre. - L’ambassadeur virtuel comme nouvel emblème des marques pour l’incarner et diffuser son discours. - Le moyen d’intégrer le métavers et l’univers web 3.0 peu à peu. - L’avatarisation des créateurs dans le métavers qui les rendra de facto virtuels. Enfin, la discussion nous a permis de confronter les points de vue à la réalité de l’industrie et de ressortir les réponses suivantes. 53
  • 55.
    Nous assistons depuispeu à un regain du marché conséquent, notamment en France avec la création de cinq projets d’influence virtuelle depuis quelques mois. Face à cela, il est plus que jamais temps pour les marques de s’intéresser à ce sujet pour ne pas se faire dépasser par leurs concurrents. L’avenir de l’influence virtuelle repose dans l’équilibre entre information et divertissement. Il s’agit d’utiliser à bon escient toutes les qualités d’un personnage numérique pour lui permettre de transmettre les bons messages aux bonnes personnes et au bon moment. C’est également un levier incontournable pour s’implémenter dans le métavers : sans cela, les entreprises se retrouveront muettes et transparentes. Enfin, il y a fort à parier que l’avenir de l’influence virtuelle évoluera vers un schéma bien plus proche de l’incarnation par l’ambassadeur pour permettre aux marques d’exister dans ces nouveaux univers numériques et d’accompagner leurs consommateurs dans leur quotidien. Durant ce mémoire, nous avons parfois abordé des pistes prospectives, qui attendent encore d’être vérifiées dans l’avenir. Mais, même dans ces situations, nous sommes partis du postulat que l’influenceur virtuel était une création de l’humain, commandé et piloté par celui-ci. Il y a tout à parier que l’intelligence artificielle viendra bousculer ces codes. Si, aujourd’hui, l’influenceur virtuel est le résultat d’une intelligence collective, qu’en sera-t-il s’il est contrôlé par une IA ? Pourra-t-il toujours faire les bons choix ? N’y aurait-il pas un risque d’induire des biais et ainsi de fausser son objectivité ? Quelle sera la part de responsabilité de l’homme si un IV se retrouve face à la justice ? A l’heure actuelle, le plus grand projet a lieu entre le comité olympique et Alibaba - T-mall, nous n’en verrons les résultats que dans quelques mois. 54
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    INTERVIEWS INTERVIEW DE ASTRIDHIORT How did you learn about virtual influencers the first time? I think it was actually in 2018, when I was working in a fashion magazine. I was attending a show where a virtual human was participating. I think it was Lil Miquela who was presenting the products on Instagram. They also released some pictures about her being at the show. I remember, I was like “what does that even mean? Is she in the audience? How can she be there?”. In the room everyone was like “what? how does that work?” even people who worked at the show. Shortly after that, Shudu was announced as part of the model army or something like that. It made me kind of question myself about the future of modeling from a fashion perspective. I was wondering if it would be easier to use a virtual model. How did you make this an expertise in your work? How long have you been working on the subject? I come from a fashion background, my education is in fashion journalism. With the pandemic, I think that everyone has a bit of rethinking of life and what they were doing. I didn’t feel like I was contributing to anything new. I was looking through Indeed, and I saw an offer for this Swiss company called Cosmiq Universe. They needed a fiction writer. And I was like “I can write, I used to do a lot of short stories, I’m very interested in storylines and characters…”. They were launching a virtual influencer on Instagram and they needed someone to write her notebook and create a storyline. So, I started to create the storyline for the virtual influencer and developing a personality, through the captions : what kind of words does she use, etc. Her story was that she was an interstellar being and she was very spiritual. That really intrigued me to what these virtual influencers are, what they can do, and how they can stay in touch with their community. It let me on to the VirtualHumans.org platform. They needed a bio on this virtual influencer. I contacted them and wrote articles about IV. It was kind of one thing leading to the other, but my starting point was to work with one [virtual influencer]. How was this first experience with a virtual influencer? It was really interesting. First of all, I loved the creative freedom of it, all the possibilities. It’s kind of like when you do a movie character, you go into creating a backstory for them. I had some briefs on this one, in terms like : cyborg, nian colors, if she was a model she would have been more like Kate Moss… That’s the kind of thing I was looking for, who do we associate with her in the real world? This one was supposed to be very cool, and Kate Moss is super cool so I went into that! I would do moodboards, before I wrote to get the energy of her. I used to do a lot of research on Kate Moss. She says “major” quite a lot, so I was like “okay let’s put that in from time to time”. It was really interesting to build this character up and then seeing how people create this virtual influencer. I had weekly ideas on what was supposed to happen in the storyline, but it also had to make sense with the team to be able to create. My imagination could go anywhere and then it was like “what is possible for them to create as well? how can we be clever about this content?” because it has to go out weekly! It was also interesting to see what was popular in her community. What is your personal definition of a virtual influencer? I would say a virtual influencer is someone who’s a effecticious computer generated character who is given a personality and social media profiles. They have to exist on social media. They don’t have to look hyperrealistic, they can also look un-human. 62
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    Do you followvirtual influencers? How many? What type of content do you like the most? I don’t have an exact number: I try to follow as many as possible. VirtualHumans.org has a good indicator, I think there are over 200 VI. I don’t think I will follow 200! I would say around 100, maybe a bit more. I follow a lot of hyper realistic ones, I find it very interesting to see the details that they put into them, which is quite fascinating. And of course, the top ones : Lil Miquela, Imma, Shudu… I also keep updated on any brand collaboration. I do also enjoy following NobodySausage, and a few other ones, who are non human. Do you think it is the place for brands to create their own virtual influencer or not? I definitely think it would be interesting to see more VI made by brands. It gives an opportunity to go through the web 3.0 border : test it out a bit, have fun with them… LVMH, they created their first virtual ambassador, but I think it would have been interesting to give her a social media profile as well because she could do that, you know! They could have gone a step further and created her an Instagram account or TikTok. I always think that it is the global big brands because they have a big budget but they never do really enough. If brands are starting to create virtual influencers, isn’t there a risk that we are no longer talking about influence but in some kind of advertising? When you see them collaborating with brands it is of course, more hidden. If you create a good narrative, a good kind of character, people are clever enough to see it is virtual and to represent a brand. But if you are a big fan of - let’s say - Chanel, maybe you would find it very fun if there was a character that would do different creative things with that brand, and also different consumer experiences. And of course in the metaverse, interacting with them. I think it depends on the way it is done: people will see that it is representing a brand. Virtual influencers engage more than real ones but they are losing subscribers: why, do you think? It is my personal opinion about that. One top way to grow on social media is through videos, and if you create a hyper realistic character, it can be difficult to come up with new content all the time. There is also a technical limit as well if you go for a hyper realistic character. At the same time, you have to be very consistent on social media and come up with something new all the time, and it can become difficult. If you don’t know how to stimulate all the time, it won’t work. Lil Miquela has been very good at it, coming with new plots : first her account was hacked, she is also a robot, she had a boyfriend… A lot of IVs are very static, but that’s not the case for this one. Some people don’t want to launch their virtual influencer until they have enough content to cover a few months. NobodySaysage is the fastest growing on Instagram, but also because they were quite clever with their content. It’s just a sausage, and I think it is kind of easy in animation : they just change the colors and the choreography. Because it is a non-human IV, they can create these crazy scenarios which would make no sense in the real world. Are there some industries where there aren't (and there can’t be) any virtual influencers? I think they can be used by everyone depending on what option you go for. I saw one today, she did an ad for an assurance company where she was on her computer scrolling through. Next slide was what she was looking at on the computer. They can do any industry. They are kind of chameleons. They are marketing conveniences : they can do fashion a day, then something else the other day etc. While with real influencers, they have to create their own niche. But because VI are digital creations, they are more versatile. 63
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    How does avirtual influenceur work in a technical way? I assume there is a team of graphic and marketing professionals behind them, but how is the content created ? My question is mostly about stories, the place for authenticity. Is it some kind of community manager living his life and sharing it under the name of the virtual influencer ? When you see Imma going somewhere, I don’t think there is an entire crew behind the camera. More like 1 or 2 people, and if you have a CM on your team it’s his job to go out and make stories. Stories are clever because they can pretend they don’t need to put the VI in front. Do you think virtual influencers are going to be even more of a thing? I think they are going to evolve. I know that the industry is focused on how to blur the lines between the digital and the real world. My personal opinion is that the metaverse materializes this further. We will all start to interact with VI in the metaverse. I think that with AI, it will be a next level for them to engage more with people. I imagine they could be in shops, cinemas, keeping you company… I think it is more how they are going to be incorporated into our world. When do you think these virtual influencers are going to be guided by AI and not only by humans? Are there any risks in that ? I had an interview with the creator of Cookie, she is AI powered and also a chatbot. She is an AI that has been coded by humans: everything that she is saying to you has been approved. There is still control, she can’t go like insulting people or whatever. For me it is important that they stay rule based like this one, so it doesn't get crazy. Do you think people will start to trust them like real ones? It depends if the brand feels right to you or not. Right now, when I see an ad with an VI I don’t 100% trust it. Sometimes it looks very sponsored. It has to look authentic. INTERVIEW DE MURIEL BALLAYER Comment avez-vous entendu parler des influenceurs virtuels pour la première fois ? C’était il y a maintenant 5 ans. A l’époque, je travaillais dans l’achat et la vente d’espaces publicitaires et nous avions beaucoup de clients acteurs de la haute horlogerie. Joerg Zuber, Directeur artistique de l’agence allemande Opium Effect, venait de lancer Noonoouri. Il faisait le tour des grandes maisons et notamment des manufactures pour présenter sa création : une influence virtuelle inspirée par le luxe et ses égéries. Je me suis, dès lors, beaucoup intéressée au sujet et c’est là que j’ai rejoint WANDS Paris, et lancé, en collaboration avec Eric Briones, planneur stratégique et directeur de la Paris School of Luxury, la première influenceuse virtuelle française : Gaïa. J’avais - et j’ai toujours - la conviction que les marques ont besoin d’avoir une identité digitale, incarnée par des personnages de marque, au-delà du simple logo. Gaïa fut, le temps d’une année scolaire, la 101e élève de la Paris School of Luxury. Elle nous a permis d’être les premiers à donner un signal fort sur l’émergence et la montée en puissance de ces nouveaux médias. Quelle est votre définition personnelle de ce qu’est un influenceur virtuel ? Je parle avant tout de personnages numériques. Au sein de ceux-ci, je distingue deux catégories : ● Le personnage numérique qui peut être un influenceur virtuel, à condition qu’il fédère une communauté autour d’un système de valeurs ou de centres d’intérêt commun ; ● Le personnage numérique qui est un ambassadeur de marque : il n’en représente qu’une seule… pour l’incarner. Les deux profils sont différents, leurs enjeux et leurs usages aussi. 64
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    Comment vous estvenue l’idée de créer C’JOYE1440 (@c_joye1440) ? Avec l’ambition d’apporter des messages positifs aux jeunes générations pour préserver la construction de soi et la mise en action face aux dangers des réseaux sociaux, capables du pire comme du meilleur sur la santé mentale. Le sujet qui m’est apparu comme une évidence, c’est le sport. Il fait sens, il est universel, il a un impact psychologique positif pour nous rapprocher de valeurs essentielles pour être heureux. En rencontrant des athlètes, je me suis rendue compte qu’ils sont les premiers concernés par les maux de la planète dans la pratique de leur(s) activité(s). Pour créer C’JOYE1440, nous sommes partis de la question suivante : comment créer une voix positive sur les réseaux-sociaux alors que l’influence virtuelle représente un potentiel extraordinaire si on arrive à travailler sur des sujets qui font sens ? C’est ainsi qu’est née l’idée de C’JOYE1440 : fédérer autour d’un système de valeurs. C’JOYE1440 pense qu’il peut sauver l’humanité, et plus particulièrement avec l’aide des sportifs qui, selon lui, font progresser l’humanité pour la rendre meilleure. C’est le premier influenceur virtuel qui va à la rencontre de personnalités engagées pour mettre les jeunes en action. C’est en cela qu’il va révéler le meilleur de l’influence virtuelle. Quelle est l’histoire de C’JOYE1440 ? Pour être engageant C’JOYE1440 devait avoir une histoire avec de la profondeur. Il fallait créer un personnage crédible (autant qu’un personnage de roman, de film ou de série peut l’être) de forme numérique qui aurait la sincérité du Petit Prince pour entraîner les jeunes générations à le suivre au quotidien autour de valeurs essentielles : l’esprit sportif et la conscience environnementale. Nous l’avons imaginé telle une comète envoyée par la galaxie sur Terre parce qu’elle ne supporte plus d’assister aux maux de la planète. C’JOYE1440 est un messager qui va tomber amoureux des humains, notamment grâce aux sportifs qu’il va rencontrer. Il va se donner comme mission d’inspirer les jeunes générations avec l’intime conviction que les sportifs rendent l’humanité meilleure. C’est un passeur numérique, il ne singe pas les humains, mais leur donne la parole. Nous avons construit son histoire et sa personnalité comme une véritable plateforme de marque : ses objectifs, ses besoins, sa façon de s’exprimer, … Pourquoi avoir choisi le nom c_joye1440 ? “C” car c’est une comète envoyée par la galaxie. “Joye” pour “rendre les jeunes heureux”. Enfin, “1440” représente le nombre de minutes qu’il y a dans une journée. On aimait aussi la symbolique comme un numéro de maillot, qui faisait sens avec le domaine du sport. Et bien-sûr, il y a une identification au monde du gaming et du métavers. Était-ce volontaire de partir sur un aspect non-humanoïde pour C’JOYE1440 ? Oui. Nous voulions nous dédouaner des discours genrés et de critères esthétiques humains pour se concentrer sur le contenu. Il devait être universel pour représenter n’importe quelle discipline ou athlète ou humain. Le sport est incarné par des mascottes sportives depuis l’origine, cela faisait donc sens d’être sur un personnage au style “gaming”. Demain, cela nous permettra aussi de le transposer facilement dans le métaverse. Comment a été accueilli C’JOYE1440 dans le panorama des influenceurs virtuels ? C’est positif ! Il est attachant, il est émotionnel. Il plaît beaucoup car il ne laisse pas indifférent. Il y a beaucoup de publications qui déclenchent une émotion. On a des taux d’engagement très élevés : autour de 20% à 50% quand aujourd’hui la plupart des comptes sont plutôt aux alentours de 2% à 8%. On est donc sur la bonne trajectoire. Il faut évidemment laisser du temps au temps, c’est le premier personnage de ce type sur de tels sujets : devenir meilleur pour soi et la planète. Chaque message, chaque post est un vrai défi pour être identifié par les algorithmes. 65
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    Comment élaborez-vous descollaborations entre des marques et C’JOYE1440 ? On intègre les marques dans le storytelling du personnage. C’est une vraie révolution. C’JOYE1440 n’est pas voué à démultiplier les partenariats avec les marques. Si les top influenceurs virtuels fonctionnent, c’est qu’ils ont été lancés en occident entre 2016 et 2018, au moment de la crise de l’influence. C’est à ce moment-là que les audiences ont appris que les influenceurs humains étaient payés pour faire la promotion de produits et qu’a été dénoncé le besoin de transparence des prises de parole. C’est en partie ce qui a ouvert la voie aux influenceurs virtuels. Certes, l’influenceur virtuel est faux, mais ça au moins, c’est vrai. L’objectif de l’influenceur virtuel est justement de dire “je suis faux”. Il faut que le public sache qu’il y a une équipe derrière qui va lui raconter une histoire et peut-être lui apporter quelque chose. Selon vous, les influenceurs virtuels vont-ils surpasser les influenceurs humains ? Je n’oppose jamais rien. Je vois toujours des avantages et des complémentarités. Et les deux cohabitent très bien. Je regrette d’ailleurs beaucoup qu’il y ait des influenceurs virtuels qui singent les humains : ça n’apporte rien. Mais les frontières risquent de devenir de plus en plus floues. Bientôt, le grand public s’avatarisera pour aller dans le métavers. Une grande partie d’entre nous aura un double numérique, et ce sera aussi le cas pour les marques. Il y aura donc forcément une envolée des personnages numériques à ce moment-là, j’en suis persuadée. De là à devenir des influenceurs, c’est une autre histoire… Comptez-vous aller dans le métavers avec C’JOYE1440 ? Probablement. Il faut d’abord qu’il grandisse, qu’il ait sa communauté, on va attendre au moins 6 mois. Que pensez-vous du fait qu’un jour un influenceur virtuel pourra être contrôlé par une intelligence artificielle ? On en est encore un peu loin, et les investissements sont colossaux. Le plus grand projet aujourd’hui de ce type est Dong Dong, un personnage numérique porté par Alibaba Cloud et le comité olympique lancé cette année aux JO de Pékin. Il y aura un vrai besoin de transparence et probablement aussi de légiférer dès lors que de grands acteurs de l’IA en sont les premiers investisseurs. INTERVIEW DE JEAN-BAPTISTE BOURGEOIS Dans nos échanges par écrit, tu m’as dit que tu avais un point de vue très arrêté sur le sujet. Peux-tu m’en dire plus ? Je trouve qu’on est vraiment en fin de “hype” sur les influenceurs virtuels. Ça a été à un moment “the big thing”. Il y a eu pas mal d'initiatives, même sur des marques sur lesquelles on ne s’attendait pas à ça, sur ce genre de territoires. Par exemple, Renault qui a fait une pub pour un SUV en intégrant Liv, son IV virtuelle dans sa copy TV. Il y a eu pas mal de conversations, de tests, pas mal de flops. Je ne te cache pas que la dernière campagne pour le lancement d’un parfum Prada avec une IV m’a bien refroidi sur le pouvoir des influenceurs virtuels. Le taux d’engagement de cette campagne, la comment section sur TikTok et Instagram me font dire qu’on arrive à la fin des IV dans les stratégies d’incarnation de messages de marques sur le social media. Il y a certes quelques références sur lesquelles on peut encore s’appuyer mais la nouvelle création d’un IV pour le compte d’une marque spécifiquement n’est plus vraiment à la mode. Quelles sont ces références ? 66
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    Lil Miquela etNoonoouri sont deux références qui se sont imposées et qui, encore aujourd'hui, restent des créateurs virtuels sur lesquels on peut se reposer et qui peuvent faire partie d’un plan d’influence. Où penses-tu que se situe l’avenir des IV ? Sur ce territoire, mais un peu connexe, je pense à l’avatarisation de certains créateurs IRL par le biais de filtres 3D, memojis et autres, sur Twitch ou TikTok (récemment avec l'apparition des avatars). Cela peut potentiellement devenir un énorme territoire de développement. Ce seront de nouveaux créateurs qui seront plus réels mais dont l’identité pourra être cachée ou déguisée par le biais d’avatars. C’est quelque chose qui est juxtaposé au phénomène des IV. Ensuite, toujours en prospectif (pas encore de proof of work), il y a aussi des créateurs du métavers qui demain seront de facto virtuels. Je pense que des versions 3D de Snoop Dog dans The Sandbox ont plus d’avenir dans le secteur de l’IV avec des Lil Miquela et des Noonoouri qui ont déjà eu leur temps de gloire mais qui sont dépassées aujourd’hui. L’influenceur virtuel dans le sens où on l’entend aujourd’hui, n’a plus forcément sa place. On doit plutôt aller vers d’autres types d’influence, ou des ambassadeurs de marques dans le métavers. Est-ce que Livi, ambassadrice de LVMH et présentée à Vivatech peut être considérée comme une IV ? Là, on est davantage dans la forme métavers de l’égérie et de l’incarnation. Quand on parle d’IV, ça nous ramène un peu à y’a 2-3 ans, quand des gens un peu malins ont réussi à faire de Lil Miquela ce qu’elle est devenue : l’archétype même de l’influenceur cliché de l’époque (instagram lifestyle, je partage mon quotidien avec mes copines) virtualisé, modélisé, 3Disé… L’influence d’aujourd’hui est plus une influence d’avatar, d’incarnation d’une marque dans des espaces virtuels comme le métavers. Je pense que Livi n’est pas seulement pensée pour faire du diagnostic "beauté peau”. Elle est aussi là pour commencer à incarner la marque virtuellement dans ces nouveaux espaces. Ce qui est intéressant sur Livi c’est la manière dont elle représente l’enjeu d’inclusivness des marques aujourd’hui : sa couleur de peau, son genre, son physique… Elle est citoyenne du monde. C’est une opportunité pour les marques, dans le métavers, de pouvoir créer l’incarnation d’elles-mêmes qui soit la plus inclusive possible. L’avantage, c’est de pouvoir la choisir, la confectionner comme on veut, à l’inverse des choix de personnes réelles qui forcément peuvent faire débat ou laisser entendre une préférence pour une personnalité, une couleur de peau, une morphologie etc. Ces influenceurs virtuels sont plus des égéries du métavers. A quoi est dû le fait que les IV sont “has been” ? Il y a deux choses : - Une forme de lassitude à laquelle le métavers lui-même peut éventuellement ne pas échapper non plus. - Une forme d'opportunisme de la part des marques ou des startups qui se sont lancées là-dessus mais qui n’y sont pas allées à fond. Comme c'était beaucoup d’opportunisme, de surf sur la hype, ils n'ont pas véritablement donné une personnalité ou créé un storytelling. C’était juste des exemples, “des manières de”, de montrer qu’ils sont affinitaires, qu’ils ont compris, qu’ils sont dans l’ère du temps et modernes. Liv, l’influenceuse virtuelle qui a présenté le Kadjar de Renault, est le genre d’exemple qui a contribué à la ringardise accélérée des IV. Quand Renault se dit “pour montrer les capacités extraordinaires et la dimension pionnière de ma voiture, je vais créer un influenceur virtuel et lui faire faire un test drive”, à la fois pour raconter le message “voiture du futur”, “technologie de pointe”, “marque innovante”, “pionnière dans son domaine”, toutes ses cases sont cochées. Mais derrière, Liv a juste existé le temps d’une copie TV de 30sec à 1min. Un film auquel les gens ne s'attendaient pas forcément, sans avoir installé une histoire, un storytelling, un univers, même une personnalité. En gros, je suis en train 67
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    de regarder TheVoice et d’un coup au lieu d’avoir une égérie classique, j’ai une conductrice virtuelle qui apparaît à l’écran, qui me fait un jeu de mots à la fin pour me faire comprendre qu’elle était virtuelle et qu’en fait Renault c’est super, et thats’ it. Je n’ai pas de présence sur Instagram, je n’ai pas de storytelling sur les réseaux sociaux, je n’ai même pas de contenu en plus autour de ça. Le seul contenu proposé par la marque a été un behind de scenes sur comment ils ont réussi à modeler l’influenceuse. Le fait d’avoir uniquement pensé des campagnes très opportunistes, d’avoir fait preuve de créativité mais seulement en obéissant aux codes basiques de la création d’un IV sans instaurer un véritable storytelling et penser cet influenceur comme un véritable touchpoint de l’écosystème social media ou digital de la marque, on s’en est très vite lassé. C’est pour ça qu’il n’y a pas eu véritablement de références, et c’est pour ça aussi que les Noonoouri ou les Lil Miquela réussissent à perdurer : elles ont d’abord été construites comme des influenceuses, des personnalités, des avatars du futur. Créer des avatars où on se demande s’ils sont véritables ou pas, ça a poussé à la curiosité, à aller liker, s’abonner. Sauf que les marques les ont juste utilisés pour faire du placement de produit. Et c’est à cause de ça que les marques se sont vite désintéressées : le placement de produit n’a pas forcément engagé, pas forcément fait tant de retombées presse que ça. Quand Renault présente Liv, on a pas une révolution sur le marché, les autres acteurs du marché n’ont pas copié, et on n’a pas de torrents de conversations positives sur le web en disant “wouah Renault trop fort, trop innovant”. C’est aussi parce que ça a peu marché, et peu engagé que les marques se sont désintéressées de ce genre d’innovations. La dernière campagne Prada, c'est vraiment le glas de toute cette histoire. Est-ce que le désintéressement peut aussi venir de la France ? Oui, mais je pense que ce n'est pas juste la nationalité qui fait le peu d’intérêt. En Asie, ces personnalités sont incarnées et utiles : elles font des diagnostics de peau, elles racontent des histoires. C’est pensé intelligemment, aussi parce qu’on parle d’une autre culture. Il y a une vraie utilité. Rien n'empêche les français de s’intéresser et d’avoir de l’engouement pour les IV s’ils les trouvent utiles. Là où les campagnes que je te citais ont presque tué le projet auprès des français sans leur donner une bonne raison de s’y intéresser, c’est qu’il n’y avait rien d’utile, rien d’intéressant. De facto, ces IV, parce qu’ils sont d’abord utiles dans des pays, parce qu’ils sont bien storytellés dans des pays et parce qu’ils parlent la langue de ces pays, vont d’abord engager dans leur pays. Au moment où y’a eu cette petite montée en France, c’était possible ! La jeune génération, sur le social et le digital, est en quête de nouveautés, de choses un peu weird, de trucs pionniers : il y avait un bassin d’audience qui n’attendait que ça. Ça ne l'a pas fait car ça a été mal fait. C’est pas structurel, mais conjoncturel. La seule référence française dont on continue de me parler c’est le Bee Influenceur qui est un IV abeille et qui est celui qui, en France, engage le plus. Si des acteurs créaient de meilleurs IV que ce qui a été fait jusqu’à aujourd’hui en France, penses-tu qu’on pourrait voir un regain d'intérêt ? Oui. Il y a ces nouvelles figures qu’on consomme déjà : créateurs avec des avatars, égéries 3D, PNJ dans les jeux vidéos,... On a l’habitude d’interagir avec des avatars, même en France ! Avoir des figures virtuelles qui font partie de la pop culture, qui font partie de nos références, avec qui on va interagir dans les jeux vidéos ou sur un social media comme Reddit, c’est possible et ça existe. Ils toucheront tout le monde à partir du moment où ça sera utile. Imaginons que je doive déclarer mes impôts dans le métavers, et qu’un conseiller arrive en 3D et m'explique comment faire ma déclaration d'impôts, alors ça pourra faire partie des mœurs. Il faut juste réfléchir utilité, et aussi touch point. Le streaming avec des avatars, les filtres avatars sur TikTok, les memojis, tout ça peut faire qu’en France aussi on ait des figures pop culture françaises avec lesquelles on a envie d'interagir. Mais en effet maintenant, c’est un usage très US et asiatique. 68
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    INTERVIEW DE YOUNESKHOUAKHI Quel est ton parcours ? Jusqu'en mars 2022, j'étais responsable commercial. Sur une base de 30 millions de contacts, je faisais des campagnes SMS pour des annonceurs. Ça pouvait être Afflelou, Point S, Feu Vert. J'ai quitté cette société en avril pour me consacrer à un nouveau projet : FOMOW. Avec mon associé, on a deux casquettes : à la fois donner du conseil marketing NFT aux entreprises, et, à côté, le développement de l'agence d'influence virtuelle. Quand as-tu entendu parler des influenceurs virtuels pour la première fois ? Par des recherches. Dans les activités de marketing web 3.0, nous faisons appel à beaucoup d'influenceurs ou même avec des pages, où il n’y a personne derrière, c'est juste une page qui parle d’informations sur le web 3.0 et qui monétise son audience. Et je me suis dit, si une page est capable de monétiser son audience alors qu’il n’y a aucun visage derrière, pourquoi pas monétiser une page mais où il y a un visage qui n’existe pas vraiment ? Et c’est comme ça que j’ai découvert les influenceurs virtuels. Au début, je m'intéressais à tout ce qui était “deepfake”, la technologie qui permet de faire des personnages hyper proches du réel. Quelle est ta définition personnelle de ce qu’est un influenceur virtuel ? C'est une personne à qui on va donner une image, un visage, une conscience et un caractère. C'est comme un influenceur dans la vie réelle : il a une audience et il arrive à l'influencer. Sauf qu’au lieu d'être alimenté par une personne, il est alimenté par une intelligence collective. Je vois un peu l’IV comme un média. Par exemple, quand je regarde des vidéos de Brut., c'est de l'intelligence collective. Un influenceur virtuel c'est pareil : il y a une image, ça peut être un renard, un requin, une baleine, ou encore une personne en situation de handicap, comme l’IV avec le syndrome de trisomie. L’avenir de l’influence serait donc plus orienté vers l’intelligence collective selon toi ? Ça dépend des méthodes. Aujourd'hui, faire un influenceur virtuel de toutes pièces coûte cher, ce qui nécessite d’avoir plusieurs personnes pour l'alimenter. Mais ça peut être aussi une personne qui a un talent pour raconter des histoires mais qui ne veut pas se montrer, elle va donc utiliser un filtre (un animal, un avatar) et va faire de l’influence comme dans le web 2.0. As-tu déjà été amené à prendre part à la création d'un IV ou à travailler avec l'un d'entre eux ? Nous travaillons actuellement à la création d’un IV. Nous sommes encore au début. Nous réfléchissons à : est-ce qu’il va être humanoïde ? Animal ? Humanoïde mais avec un caractère fortement altéré pour que les gens voient qu’il n’est pas réel ? Dans quelle niche doit-il aller ? Quel impact lui donner ? Et quel caractère ? Est-ce essentiel qu’on comprenne directement que l'IV est faux ? Oui et non. En fait, il y a deux points de vue. Certains ont un avis tranché : il faut qu'on le voit directement. D’autres disent qu’ils s’en fichent. C'est un peu mon cas ! Si l’influenceur virtuel a un impact positif et qu’être humanoïde lui permet d'avoir plus facilement une audience, je me dis pourquoi pas ! Est-ce que tu penses que les personnages numériques sont les futurs logos des marques ? Je ne pense pas que cela va remplacer le logo, mais en tout cas ça va dans la continuité du branding et de l’image de marque. Un exemple que j'aime bien : quand on va parler de marque de pneu, on cite Michelin ou bien quand on va parler de marque de piles, on cite Duracell. Là où ces marques sont fortes, c’est qu’elles ont marqué les mémoires avec leurs personnages. Le métavers implique-t-il forcément pour les marques d’avoir leur propre avatar ? 69
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    Je suis pastrès convaincu par tout ce qui est métavers, j'attends de voir. Les premiers métavers se passent sur les réseaux sociaux ou sur des jeux comme Fortnite. Si les marques veulent y aller, il leur faudra des ambassadeurs ou un influenceur réel qui a une audience qui colle à l'image de de la marque. Cet influenceur pourra aller à dans le métavers pour représenter la marque, ou faire des choses là où ça fera sens. En revanche, pour les marques, la question à se poser c’est comment faire pour accéder à ces univers là ? Selon toi est-ce qu'il y a des travers dans l'influence virtuelle et si oui lesquels ? Toutes les influenceuses type Lil Miquela qui reprennent des traits humains. Elles sont belles, elles ont tout à leur avantage, alors que ça fait déjà des années qu'on dit que les réseaux sociaux sont à l'origine de beaucoup de soucis et de dépressions. Forcément, en ligne, tu compares ta vie, tu te compares à toi-même. Le travers c'est de faire pire que ce qu'on en fait aujourd'hui. Qu'est-ce qui ferait qu'un influenceur virtuel (ou un ambassadeur virtuel) serait considéré comme bon ? Il ne faut pas oublier que les gens vont aussi sur les réseaux sociaux pour se divertir. Quand on fait un influenceur virtuel, c'est pour créer une présence sur les réseaux sociaux. L’un des critères est donc : est-ce qu’il divertit les gens ? Est-ce qu'en le regardant je suis motivé à aller faire du sport ? Ou - par exemple - économiser de l'argent ? Ou encore à apprendre de nouvelles choses ? Ou bien, est-ce qu'en le regardant, je perds mon temps et je n’avance pas dans ma vie ? C’est le même principe avec les influenceurs que nous suivons aujourd’hui. Ce sont des gens qui nous motivent à nous dépasser, à faire des nouvelles choses. Ceux qu’on ne suit pas - en tout cas personnellement - ce sont ceux qui font des placements de produits tous les jours et qui essayent de nous vendre des programmes minceur, des gaines etc. N’as-tu pas peur qu’on rentre dans ce travers là avec les influenceurs virtuels ? Il y aura toujours des opportunistes. S’ils se rendent compte que ça marche et que ça peut drainer du business pour eux, ils le feront. Est-ce que ça va représenter la majorité ? Je ne pense pas. Aujourd'hui, il est plus facile de payer quelqu'un qui a de la visibilité pour qu’il fasse de la publicité que de monter un personnage de toute mains, d'attendre de voir s’il fonctionne et ensuite qu’il puisse promouvoir les produits. Est-ce que les marques auront davantage l'occasion de faire des partenariats avec des IV plutôt que d’en créer elles-mêmes ? Non, je crois aux marques. Quand LVMH fait une Livi, elle est d’office suivie, grâce à l’image de marque du groupe qui est historique. Dans ce cas là, ça ne dérange pas, et je trouve cela normal. Une marque qui a déjà un branding qui crée son un avatar, c'est la continuité logique. En revanche, des marques qui n'ont pas déjà prouvé qu’elles sont implantées, qu’elles ont un branding, qu’elles font des choses sérieuses, je ne pense pas que le fait de faire un influenceur ou un avatar va faire l'expérience. Quels sont pour toi deux exemples de top influenceurs virtuels et à l’inverse un flop ? Pour le coup, je ne vois pas de “top”. C'est pour cela que nous voulons créer notre propre IV. Casas Bahia est pour moi un bon exemple d’ambassadeur de marque au Brésil. Il fait des vidéos et il a des centaines voire des milliers de vues. Il divertit les gens, les gens identifient la marque. Dans un autre genre, si je prends le chat de Feu Vert, pour moi c’est un personnage qui est au top. C’est peut-être pas un IV, mais en tout cas c'est un avatar, un personnage qu’ils vont animer dans des publicités à la télévision, et qui va augmenter le capital sympathie de la marque ou la retenue. Ceux qui n’ont pas leur place, ce sont ceux qui vont te divertir sans rien t’apprendre. Est-ce que tu penses que l'influence virtuelle d’aujourd'hui a un avenir où est-ce qu'elle n’est pas déjà un peu en déclin ? 70
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    La façon dontl’influence virtuelle est traitée aujourd'hui, n'a pas d'avenir pour moi. Si c'est pour faire des des personnages qui ressemblent à des belles femmes et qui postent des photos sur Instagram, je ne vois pas l’intérêt. Si, par contre, demain on en fait des personnages à impact, ils auront un intérêt parce que ce n'est pas ce que peuvent ou vont faire les influenceurs actuels (ou alors c'est compliqué). Pour toi ça passe par l'impact positif notamment ? Oui. Mais aussi par le fait d'apporter quelque chose dans le divertissement. Il ne faut pas oublier que les gens vont sur les réseaux pour se divertir. On peut avoir un impact positif, mais pas partout. Sinon, ça va donner l'impression d'aller sur un réseau social d'associations ! Il faut trouver un point d’équilibre entre les deux. Est-ce qu’il n’est pas un peu tôt pour parler de métavers en France ? Si ! Pour nous, il faut d’abord créer des personnages intéressants à regarder sur les réseaux sociaux et ensuite, si nos amis qui travaillent sur les métavers percent, on les suivra. Ce n'est pas nous qui allons faire des influenceurs dans le métavers alors qu’on est encore qu’aux balbutiements. Comment est-ce qu'on transpose un influenceur virtuel qui, par exemple, évolue sur Instagram ou TikTok dans le métavers ? Quand tu vas aller sur sur The Sandbox, tu vas avoir leur univers, quand tu vas aller sur Reddit Player Mini, tu vas avoir leur avatar, quand tu vas aller sur Roblox tu vas avoir des sortes de Lego. Soit tu essayes de faire ton avatar de manière à ce qu’il soit reconnaissable partout (avec un élément qui est bien reconnaissable en essayant sur chaque plateforme de s’en rapprocher au maximum). Soit il faudrait une autre solution mais elle n’existe pas encore ! Est ce que demain tu vas pouvoir faire un seul avatar et aller sur les différentes plateformes ? C’est un des plus grands enjeux dans le métavers. On parle d'interopérabilité. INTERVIEW DE JEAN-NOËL FREZAL En quelques phrases, comment résumez-vous votre métier de Directeur de la Création chez SPOA Agency ? Je suis chargé de superviser la partie créative de l’agence. Sur les nouveaux projets, cela comprend la prise de brief jusqu’au deliver. Je gère une équipe de créatifs avec des profils différents. Je suis en relation assez étroite avec le CEO avec qui j'échange sur l’avenir et les prochaines étapes créatives de l’agence : autant l’identité, l’image que nous voulons donner et sur tous les budgets qui sortent de chez nous. Comment avez-vous entendu parler des IV pour la première fois ? Par curiosité, veille créative. Sûrement dans la presse professionnelle : le Journal du Luxe ou CB News. Quel était le brief de départ ? LVMH souhaitait-il un influenceur virtuel ? LVMH est un client de longue date de SPOA. Ils ont donc contacté l’agence avec pour objectif le salon Vivatech et de réfléchir à comment porter le discours d'innovation du groupe. LVMH remet un prix tous les ans qui s’appelle LVMH Innovation Award. Ils voulaient trouver une manière à la fois originale et créative de faire l’appel à candidatures et tout le suivi pour promouvoir ce programme. Nous, on aime bien aller au-delà du brief et penser au long terme. Ils avaient utilisé le mot “avatar” dans leur brief, qui, il y a quelques mois encore, n’était pas sur toutes les lèvres. Ça nous a mis la puce à l’oreille et on leur a proposé un porte parole virtuel sur toutes les questions innovation et tech. Créativement mon idée c’était de développer un digital insider : l’idée c’était d’imaginer un porte-parole qui appartient au groupe, qui a la culture du groupe, qui connaît les différents 71
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    départements et l’histoireet toutes les maisons du groupe. On voulait prendre quelqu’un de légitime. Je suis un peu de la vieille école, le mot “influenceur” ne me plait pas trop, donc on voulait apporter du sens à cette démarche créative. Quelles sont les fonctionnalités de Livi aujourd’hui ? La première c’était de faire de Livi ce porte-parole sur toutes les questions d’innovation et technologie. Quelqu’un qui allait mettre en avant les différents managers et personnes influentes dans le digital des différentes maisons, que ce soit chez Bulgari ou chez Louis Vuitton par exemple. Le gros objectif et la finalité de départ c’était vraiment le salon Vivatech où elle a fini par présenter la cérémonie et interviewer Bernard Arnault. Aviez-vous travaillé sur des projets similaires auparavant ? Non, ça a été complètement nouveau et c’est ça qui nous a plu ! SPOA est une agence qui a été créée sur l’avènement du digital, ce sont donc des sujets qu’on connaît, qui nous plaisent et qui nous intéressent. J’ai un passif dans la production et création de contenus, donc j’ai pris Livi comme la création d’un personnage de film. Ça a été à la fois une découverte mais j’ai essayé d’appliquer une façon de travailler qui ressemble à l’écriture du personnage principal d’un film. En combien de temps avez-vous conçu Livi ? On a été briefés au mois de décembre. On a lancé fin mai, en amont de Vivatech, avec une série de vidéos dans lesquelles elle faisait un appel à candidatures aux start-ups. Livi est-elle faite à partir d’un procédé de deepfake ? Non pas du tout. Livi a été “fabriquée” avec des créatifs et des idées. Au départ on voulait avoir quelqu’un non-genré avec des origines indéfinissables. Ça a été un processus assez classique. On a fait des croquis, en commençant à travailler en 2D et puis après en 3D et enfin du motion capture. Dans nos échanges avec LVMH, on s’est rendus compte qu’un personnage non-genré aurait un côté opportuniste, donc on a préféré assumer le fait que c’est une femme, pas forcément un canon de beauté, dont on ne sait pas d’où elle vient non plus. Pourquoi un humain ? Et pas un autre avatar ? Nos premiers benchmarks étaient autour d’RTFCT et Nike et tout ce qu’ils ont fait avec cette exécution un peu manga et hyper pop. On adorait ça à l’agence. On a fait des propositions dans ce sens, et tout de suite LVMH a voulu avoir un aspect très humain. Ça a été une demande de la marque. Sûrement pour garder cette idée de porte-parole qui ressemble à ses consommateurs et consommatrices. L’idée c’était aussi d’avoir des détails : elle a des tâches de rousseur qui brillent, des cheveux qui changent de couleur, des yeux vairons… Ils ont fait le choix d’avoir un parti pris artistique hyper-réaliste. Ces choix physiques, c’était aussi un enjeu d’inclusivité ? Oui ! Inclusivité, originalité et style. Pour nous c’était assez évident. Livi a-t-elle vocation à devenir une influenceuse virtuelle un jour ? Je ne pense pas. L’idée c’est qu’elle reste une collaboratrice du groupe. Pourquoi est-ce important pour une marque comme LVMH de créer sa propre ambassadrice plutôt que d’en chercher une parmi des célébrités existantes ? Déjà parce que ça, ils le font déjà dans toutes leurs maisons. Nous on travaille avec le groupe, c’est donc une communication corporate. C’est un groupe pour lequel l’innovation est très importante. Ils ont toujours cherché à faire les choses de manière innovante et avant-gardiste. 72
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    On a vuque le groupe Publicis avait lancé une espèce d’avatar. Je ne dis pas qu’on a créé une mode pour autant ! En tout cas, pour LVMH, c’est vraiment une question d’originalité, de création, pour se démarquer des autres groupes. Est-ce que “la guerre” pour les ambassadeurs virtuels se fait maintenant ? Je pense que la question évidente pour les marques, c’est de trouver comment implémenter tout l’univers web 3.0 (blockchain, NFT). On n' est pas très loin par ce que nous on développe. Je pense qu’on est encore aux prémices, tout est à faire et tout se fait chaque jour. C’est intéressant en termes d’image et de potentiel car tout est possible : la marque peut dire et faire ce qu’elle veut avec un ambassadeur virtuel. C’est quelque chose d’avenir. Quelle est la suite pour Livi ? On a prévu d’en parler à la rentrée. L’idée c’est de prolonger l’expérience et de se dire : comment peut-on capitaliser sur ce qu’on a construit et les retombées qu’on a eues, sur le fait qu’un Bernard Arnault l’a adoubée par exemple ? Et aussi que le prochain salon de Vivatech va venir vite ! LVMH est un groupe très exposé, dont on parle tous les jours. On ne peut donc pas se permettre de faire quelque chose en one shot ou une campagne opportuniste. L’idée c’est le long terme et de capitaliser là-dessus et de proposer une expérience, de raconter une histoire, de proposer à une communauté de construire un discours de marque avec elle. Le one shot ça ne sert à rien aujourd’hui. Est-ce que Livi finira un jour dans le métavers ? Oui pourquoi pas ! On a déjà créé en “microvers” son appartement virtuel dans lequel on a shooté des entretiens avec différents collaborateurs des maisons du groupe. On a créé un univers qui était accessible pour tous les visiteurs de Vivatech. Comment est-ce que vous la transposeriez ? On est encore dans une phase d’observation sur toutes les questions autour du métavers. Chaque métavers a ses propres codes graphiques. On a acheté un land dans Sandbox, mais qu’est-ce que Livi ferait dans Sandbox car graphiquement ça n’a rien à voir avec ce qu’on a développé ? Je pense qu’une des idées c’est de créer son propre métavers parce qu'aujourd'hui on a la technologie pour. Est-ce que c’est trop tôt en France pour parler de métavers ? Non c’est pas trop tôt ! Tout le monde en parle déjà. Nous on est très enthousiastes sur toutes ces questions mais il faut être prudent. C’est peut être un mot dont on a plus trop l’habitude, mais il faut essayer de prendre du recul pour ne pas aller trop vite. On est dans une logique où tout va plus vite, tous les jours on a une nouvelle technologie, mais tous les professionnels s’accordent pour dire qu’il faut quand même regarder, faire des baby steps et suivre à la fois l’évolution tout en restant prudent. Est-ce qu’un ambassadeur virtuel peut être un influenceur virtuel ? Ça dépend des discours, de la façon dont on raconte les choses. Aujourd’hui je n’ai pas d’exemple flagrant d’influenceur virtuel. On a Lil Miquela et tout ça, mais je trouve que ça reste anecdotique. Les influenceurs en chair et en os restent encore très actifs et présents. Pour moi tout est une question de storytelling : si demain on raconte une belle histoire, avec des valeurs, ça peut marcher. Est-ce que les ambassadeurs virtuels peuvent être les futurs logos des marques ? Je n’y avais pas pensé, mais je trouve ça assez cool ! Ici ça ne serait pas du storytelling mais de la direction artistique, du graphisme, mais pourquoi pas. Peut être pas des logos directement, mais un complément au logo. 73