HEM – Rabat
Université Citoyenne
Le modèle de développement
de l’économie marocaine,
Est-il porteur d’émergence?
Najib Akesbi, IAV H2
Rabat, 24 Janvier 2015
En guise d’introduction:
C’est quoi l’émergence?
Le concept apparaît dans les années 80
(marchés émergents…)
On appelle Pays émergents ceux ayant un PIB < à
celui des PD, mais qui connaissent une
croissance économique rapide, et dont le niveau
de vie ainsi que les structures économiques
convergent vers celles des PD (au double niveau
quantitatif et qualitatif (complexification /
diversification de l’économie et de la société, en
rupture avec l’ancien modèle…)
En guise d’introduction:
C’est quoi l’émergence?
Critères pour définir les pays émergents:
1. Revenu intermédiaire en ppa / hab compris
entre 10 et 75% du revenu moyen de l’UE
2. Croissance et rattrapage économique
(croissance > moyenne mondiale pendant plus
d’une décennie…)
3. Transformations institutionnelles et ouverture
économique (changements profonds accentuant
l’intégration à l’économie mondiale)
En guise d’introduction:
Défis de l’émergence?
Les Défis que doit gagner le Maroc pour devenir
« émergent » (selon le ministre Seddiki):
 Réussir l’Education, formation, recherche…
 Limiter le déficit du Commerce extérieur
 Réhabiliter la valeur du travail face à la rente
 Crédibiliser le Politique…
 Appréhender le temps en facteur de production
Plan
En guise d’introduction: C’est quoi l’émergence?
1. Des choix et des politiques cinquantenaires
1. Où en sommes-nous aujourd’hui?
3. Des choix ratés et des paris perdus
4. La gouvernance, obstacle au développement
En guise de conclusion: De l’urgence des grandes
réformes
1. Des choix et des politiques
cinquantenaires
Dès le « tournant » du début des années 60 (règne
de Hassan II, crise financière et missions FMI-BM
de 1964…), les plans de développement du pays
marquent de nouveaux choix stratégiques majeurs:
L’agriculture plutôt que l’industrie
L’industrie « légère » plutôt que l’industrie
« lourde »
La « formation des cadres » plutôt que l’éducation
généralisée
Le tourisme et l’investissement étranger…
1. Des choix et des politiques
cinquantenaires
Ces choix stratégiques, sans cesse confirmés
et confortés depuis, reposent sur deux
piliers et procèdent d’un double pari:
1.Le cadre de l’économie de marché et le
rôle moteur du secteur privé
2.L’intégration au marché mondial et le
modèle de « croissance tirée par les
exportations »
1. Des choix et des politiques
cinquantenaires
les priorités sectorielles sont peu à peu affinées pour
mieux s’inscrire dans le cadre du double pari
« privé / export »:
 La priorité à l’agriculture devient celle de
l’agriculture d’exportation;
 La préférence pour l’industrie « légère » évolue
vers les segments de sous-traitance
internationale;
 La bienveillance pour le secteur privé se focalise
plus sur l’aménagement des conditions favorables à
l’essor de ce dernier qu’à la « qualité du marché »…
1. Des choix et des politiques
cinquantenaires
Au service de ces choix stratégiques, l’Etat a
mobilisé des ressources et des moyens
considérables tout au long des quatre
dernières décennies…
Des ressources matérielles et humaines à
travers des politiques publiques multiples
et variées, structurelles et conjoncturelles,
transversales et sectorielles, globales et
partielles, économiques, sociales et
financières, voire culturelles…
Moyens et politiques mobilisés
 Infrastructures de soutien au secteur privé: barrages,
ports & aéroports, autoroutes, zones et parcs industriels…
 Marocanisation puis privatisations et gestion déléguée…
 Codes d’investissements puis Charte d’investissements:
privilèges fiscaux, subventions, primes, taux d’intérêts
bonifiés… Plus généralement une politique fiscale favorable
aux profits, aux hauts revenus et aux grandes fortunes
 Subventions à la consommation autorisant une pression sur
le niveau des salaires
 Politique d’ajustement structurel: Libéralisation des
marchés et des prix, libéralisation des échanges extérieurs,
déréglementation, dérégulation…
 Accords de libre-échange…
 Plans sectoriels, assortis de soutiens publics conséquents…
2. Où en sommes-nous aujourd’hui?
O
Globalement:
 Une croissance encore faible
et volatile
 Un développement humain médiocre
Où en sommes-nous?
Un PIB par tête encore faible ($/tête, 2009-2013)
Chili 15 732
Turquie 10 946
Malaisie 10 514
Thailande 5 779
Algérie 5 361
Jordanie 5 214
Tunisie 4 329
Egypte 3 314
Maroc 3 109 -
Malawi: 226 $/h; Luxembourg: 111 162; Suisse: 80 477 $
Une croissance faible et volatile
Evolution du PIB et contribution du PIBA
-10
-5
0
5
10
15
1981 1983 1985 1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013
Evolution du PIB aux prix constants (en %)
C.A.E
Source: Rapport FAB - CAE
TauxdecroissanceréelduPIB/HabitantnécessaireauMarocpouratteindre
unPIB/habitantde:
Horizondetemps US12.000 US$15.000 US$18.000
20ans 7,50% 8,70% 9,70%
25ans 5,95% 6,90% 7,69%
30ans 4,94% 5,72% 6,36%
Le taux de croissance nécessaire…
Où en sommes-nous?
Un IDH toujours défavorable
R Pays IDH PIBppa (2013)
1. Norvège 0.944 63 909 $/h (ppa)
41. Chili 0.822 20 804 -
62. Malaisie 0.773 21 824 -
69. Turquie 0.822 18 391 -
77. Jordanie 0.745 11 337 -
89. Thaïlande 0.722 13 364 -
90. Tunisie 0.721 10 440 -
93. Algérie 0.717 12 555 -
110. Egypte 0.682 10 400 -
129. Maroc 0.617 6 905 -
Source: Rapport du PNUD, 2014
Où en sommes-nous?
A cet état de fait s’ajoutent aujourd’hui au
moins trois menaces qui raisonnent comme
des « bombes à retardement »:
 Les dégradations environnementales
 Les inégalités sociales et spatiales
 L’endettement public
Où en sommes-nous?
Des ressources naturelles limitées et de plus
en plus menacées:
 Des terres cultivables réduites, d’où une forte
pression sur la terre…
 Des ressources hydriques en baisse continue (Stress
hydrique, pénurie hydrique?)
 Désertification, érosion et salinisation des
sols, déforestation, perte de biodiversité…
 Pollutions de toute sorte…
 Littoralisation…
 Et par dessus tout, le changement climatique…
Où en sommes-nous?
Inégalités sociales et spatiales
Qu’en dire après la reconnaissance au plus haut
sommet de l’Etat, durant l’été dernier?
On peut se contenter des images de dénuement absolu
qui nous parviennent ces derniers jours à travers
nos écrans de télévision des régions reculées du
pays… et qui dispensent de tout autre artifice
statistique!
On peut tout de même se limiter à rappeler cet autre
indicateur très significatif:
Le partage de la valeur ajoutée…
Partage de la valeur ajoutée
Salaires; 34,6
EBE & RMB;
64,4
Autres; 1
Source: HCP
Où en sommes-nous?
Inégalités régionales:
4 régions sur 16 créent environ la moitié de la
richesse nationale, soit 48,9% du PIB en valeur
 Le Grand Casablanca: 19,8%;
 Région de Rabat: 12,0%;
 Chaouia: 8,8%;
 Marrakech-Tensift-Al Haouz: 8,3%.
Source: HCP
Où en sommes-nous?
Endettement public…
Est-ce un éternel recommencement, les mêmes causes
continuant toujours de produire les mêmes effets?
Toujours est-il que le processus est connu:
… Carence fiscale, déficit budgétaire…
… Défaut de réforme…
… Recours à la solution de facilité qu’est l’emprunt…
… Accentuation de la crise…
… Recours encore plus massif à l’endettement…
… Endettement qui ne permet que le remboursement
de la dette accumulée… Piège de la dette…
Part des recettes fiscales dans le
financement des dépenses du BGE
1980 - 2015
60% 63%
85%
79% 82%
70% 66%
60% 60% 59% 58%
0%
10%
20%
30%
40%
50%
60%
70%
80%
90%
100%
1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2012 2013 2014 2015
Part des recettes fiscales Part des recettes non fiscales
Evolution du solde budgétaire en % du PIB
Dette publique totale (Mds DH)
0
100
200
300
400
500
600
Dette ext
Dette
Dette totale
La dette publique aujourd’hui
La dette publique devrait atteindre fin 2014:
 730 MdDh, soit 81% du PIB
 Autant par tête, soit près de
22.000 Dh /hab
 Et près de 4 années de recettes
fiscales…
Dette et service de la dette
Au niveau du BGE: l’impasse?
Emprunts nouveaux: 66 MdsDH, soit 25%
des recettes du BGE
Service de la dette: 68 MdsDH, soit
21% des dépenses du BGE
Par rapport aux 185 Mds de recettes
fiscales attendues:
Le service de la dette en représente 37%
Et les nouveaux emprunts en représentent
36%.
Pourtant, une économie
qui ne manque pas d’atouts…
 Une position géostratégique enviable
 Une proximité de l’Europe utile
 Des ressources et des atouts naturels
potentiellement intéressants (Diversité des
écosystèmes, biodiversité, deux façades
maritimes de 3500 Km, sites touristiques…)
 Ressources humaines et savoir-faire porteur
d’espoir…
 Stabilité politique relative, profondeur
historique, patrimoine culturel…
Alors Pourquoi ?
3. Des choix ratés
et des paris perdus
Pourquoi ?!
… Principalement parce que les choix stratégiques
ont été ratés et les paris ont été perdus…
Car 50 ans après, Le résultat est pour le moins
paradoxal:
3.1. C’est l’Etat et non le secteur privé qui reste
le moteur de l’investissement
3.2. Au lieu de « promouvoir » la croissance, le
commerce extérieur « plombe » la croissance
Le tout dans le cadre d’une « gouvernance »
contreproductive…
3.1. Une économie de marché?
Le «privé», moteur du développement?
Une économie de marché?
La rente, ou l’entente – et non la concurrence-
restent prédominantes dans de nombreux secteurs
clés de l’économie:
 Transport Voyageurs;
 Marchés de gros des fruits et légumes;
 Exploitation de ressources naturelles: Carrières de sables, pêche
hauturière, eaux minérales, forêts…;
 Services publics en gestion déléguée: eau, électricité, assainissement...
 Terres et propriétés de l’Etat: Fermes Sodea-Sogeta, Zoo de Rabat…
 Monopoles & oligopoles: Sucre, huile, engrais, semences…
Banques et Assurances
Télécoms…
Hydrocarbures / caisse de compensation…
3.1. Le «privé»,
moteur du développement?
Le secteur privé, moteur de l’investissement?
Les faits montrent que le principal moteur/acteur de l’investissement est
l’Etat ainsi que ses Etablissements publics, et non le secteur privé!
Alors que le taux d’investissement a sensiblement augmenté, c’est surtout
la part de l’Etat qui s’est fortement accrue, de 10 à 20-22%, alors que
la part du secteur privé a fortement baissé, retrouvant son niveau
antérieur, autour de 12-13%...
Ainsi, en 2013, et selon les calculs, la part « publique » dans la FBCF
atteint entre 55 et 70%...
Cela ne veut pas dire que la part du secteur privé national soit comprise
entre 30 et 45%, puisque cette proportion comprend aussi
l’investissement privé étranger…
(Sur la base d’une moyenne d’IDE de 23.5 MdDh entre 2002 et 2012, il faudrait retirer encore
plus d’un quart à la part ainsi calculée…)
Evolution de la FBCF, et des
investissements publics et privés
0
50
100
150
200
250
300
FBCF
Invest
Public
Invest Privé
MdDH
Evolution et composition
du taux d’investissement
0
5
10
15
20
25
30
35
40
45
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013
IvestPublic InvestPrivé
%
Part de l’investissement public
dans l’investissement total (en %)
0
10
20
30
40
50
60
70
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013
3.1. Le «privé»,
moteur du développement?
 Le taux d’investissement a augmenté certes, mais le problème
est au niveau du contenu et de la nature des investissements
en question… les choix sont-ils pertinents, efficaces et
équitables?
 Ces investissements répondent-ils à des besoins prioritaires
de la société? Sont-ils bien étudiés pour être efficients?
N’y a-t-il pas un certain « effet d’éviction » par rapport à
d’autres investissements?
Quel est leur coût d’opportunité?
Formation, recherche, santé, innovation…
 Quel impact sur la croissance? Paradoxe entre le taux
d’investissement (TI) et le taux de croissance (TC): Alors que
le premier a augmenté de plus de 10 points (à près de 35%), le
second stagne entre 3 et 5%...
Evolution du taux d’investissement
et du taux de croissance (du PIB)
0
5
10
15
20
25
30
35
40
45
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013
Tx
d'investissement
Tx de
croissance
3.1. Le «privé»,
moteur du développement?
Le secteur privé, créateur d’emplois?
Chômage: 9-10% ? Avec 14-15% en MU et 3-4% en MR!...
Femmes en MU: 20%
Diplômés chômeurs: 17.2% (18.6 en MU)
Près de 30% des actifs occupés n’ont pas ou trop peu de
rémunération (encore plus en milieu rural…)
Baisse de la capacité de l’économie à créer des emplois
rémunérés: 137.000 créations d’emplois en moyenne entre
2000 et 2013… Quand 180.000 demandeurs d’emplois
arrivent chaque année sur le marché du travail, et selon le
Ministre de l’emploi, il faudrait « créer 300.000 emplois par
an pour faire face au chômage » (Seddiki, Challenge,
25.04.2014)
Les pertes d’emplois ont concerné l’industrie, et les créations les
services et le BTP (87% des créations en 2002-2003)
Création d’emplois par secteur d’activité
entre 2002 et 2013 (en milliers)
Evolution de la croissance économique et
de l’emploi entre 1999 et 2013
3.2. La croissance « tirée »
par le commerce extérieur?
Alors que le Maroc est largement ouvert…
• Est membre actif de l’OMC
• En Accords de Libre-échange avec 56 pays:
UE, USA, «Agadir», Ligue Arabe…
• Baisse sensible et régulière des droits de douane…
Les déficits restent très lourds (2013):
• Déficit BC: 195 Mrds de DH, soit 22.4% du PIB
• Taux de couverture des Exports/Imports: 48.6%
• Déficit BP: 7.6% du PIB
La relative «amélioration» de 2014 est due à la
double baisse de la demande intérieure et des
cours mondiaux…
3.2. Contribution à la croissance
des principales composantes de la demande
3.2. La croissance « tirée »
par le commerce extérieur?
Contribution à la croissance des éléments de la
demande globale:
2013 2014 2015
Conso des ménages 2.2 1.8 2.6
Administrations 0.6 0.6 0.9
Consommation finale 2.9 2.4 3.6
Investissement brut -0.1 0.4 0.6
Demande intérieure 2.8 2.8 6.1
Demande extérieure 1.6 -0.1 -1.2
Source: HCP
Evolution de la balance commerciale
Importations et exportations:
Décrochage…
0
10
20
30
40
50
60
70
1980 1982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996 1998200020022004200620082010 2012 2014
En%
Echanges extérieurs de biens et services en % du PIB
Exportation Importation
Parts des exportations et des importations
réalisées dans le cadre des ALE
Contribution des ALE
au déficit commercial global
Sommes-nous encore un pays exportateur?
 70% des exports: Admissions temporaires…
Seules 30% des exports sont « réelles »
Selon le Ministre du Commerce extérieur=
 On compte à peine 5000 entreprises
exportatrices, dont seules 467 ont des activités
régulières à l’export et dans 91% des cas, leur CA
n’atteint pas 50 MDH
 Quant à l’offre exportable, elle ne dépasse pas 86
produits…
 En 1998, 80% de la valeur des exportations globales
émanait de 3.5% seulement des produits exportés…
En 2012, ce taux est tombé à 2.9%
Part de marché
(Part du Maroc dans le commerce mondial)
IDE au Maroc par pays…
… et par secteur
4. La gouvernance,
obstacle au développement
Une « gouvernance » contreproductive…
 Les choix économiques stratégiques sont pris sans
concertation et posent donc un problème de
légitimité
 Ils sont mis en œuvre dans la dilution des
responsabilités
 Ils ne font l’objet ni de contrôle ni de sanction en
cas de manquement, donc de redevabilité…
Légitimité – Responsabilité – Redevabilité
4. La gouvernance,
obstacle au développement
Légitimité – Responsabilité – Redevabilité
C’est cette équation qui fait du Système politique du
pays un véritable obstacle au développement
économique du pays
On peut se tromper, mais le fait qu’il n’existe aucun
mécanisme de redevabilité capable de corriger les
erreurs et tirer les leçons de l’expérience,
condamne le pays à répéter indéfiniment les
mêmes erreurs, se tromper de stratégies,
accumuler les échecs…
Les mêmes causes produisant les mêmes effets…
En guise de conclusion:
De l’urgence des grandes réformes
Depuis le Rapport du Cinquantenaire au moins, le
Diagnostic est fait et nous savons dans quel sens
doivent aller les réformes véritables… Il reste la
volonté politique pour les mettre en œuvre.
Au cœur des réformes, celles du système de
gouvernance, politiques, économiques…
Il faut arrêter une stratégie à partir d’une vision
largement partagée, mettre en place les
Institutions aptes à l’appliquer, et le système
capable de la suivre…
A titre indicatif,
les réformes à l’ordre du jour…
 Education – Justice – Administration
 Economie de rente
 Caisse de compensation
 Système de retraite
 Système fiscal
 Plans sectoriels
 ALE…
 Etc., etc., etc…
Il reste à mettre en place le « Système de gouvernance »
capable de conduire à terme ces réformes…
En guise de conclusion,
Cette interrogation de Hassan El Fad,
pleine de bon sens, à méditer…
Merci de votre
attention

S minaire m__akesbi_najib

  • 1.
    HEM – Rabat UniversitéCitoyenne Le modèle de développement de l’économie marocaine, Est-il porteur d’émergence? Najib Akesbi, IAV H2 Rabat, 24 Janvier 2015
  • 2.
    En guise d’introduction: C’estquoi l’émergence? Le concept apparaît dans les années 80 (marchés émergents…) On appelle Pays émergents ceux ayant un PIB < à celui des PD, mais qui connaissent une croissance économique rapide, et dont le niveau de vie ainsi que les structures économiques convergent vers celles des PD (au double niveau quantitatif et qualitatif (complexification / diversification de l’économie et de la société, en rupture avec l’ancien modèle…)
  • 3.
    En guise d’introduction: C’estquoi l’émergence? Critères pour définir les pays émergents: 1. Revenu intermédiaire en ppa / hab compris entre 10 et 75% du revenu moyen de l’UE 2. Croissance et rattrapage économique (croissance > moyenne mondiale pendant plus d’une décennie…) 3. Transformations institutionnelles et ouverture économique (changements profonds accentuant l’intégration à l’économie mondiale)
  • 4.
    En guise d’introduction: Défisde l’émergence? Les Défis que doit gagner le Maroc pour devenir « émergent » (selon le ministre Seddiki):  Réussir l’Education, formation, recherche…  Limiter le déficit du Commerce extérieur  Réhabiliter la valeur du travail face à la rente  Crédibiliser le Politique…  Appréhender le temps en facteur de production
  • 5.
    Plan En guise d’introduction:C’est quoi l’émergence? 1. Des choix et des politiques cinquantenaires 1. Où en sommes-nous aujourd’hui? 3. Des choix ratés et des paris perdus 4. La gouvernance, obstacle au développement En guise de conclusion: De l’urgence des grandes réformes
  • 6.
    1. Des choixet des politiques cinquantenaires Dès le « tournant » du début des années 60 (règne de Hassan II, crise financière et missions FMI-BM de 1964…), les plans de développement du pays marquent de nouveaux choix stratégiques majeurs: L’agriculture plutôt que l’industrie L’industrie « légère » plutôt que l’industrie « lourde » La « formation des cadres » plutôt que l’éducation généralisée Le tourisme et l’investissement étranger…
  • 7.
    1. Des choixet des politiques cinquantenaires Ces choix stratégiques, sans cesse confirmés et confortés depuis, reposent sur deux piliers et procèdent d’un double pari: 1.Le cadre de l’économie de marché et le rôle moteur du secteur privé 2.L’intégration au marché mondial et le modèle de « croissance tirée par les exportations »
  • 8.
    1. Des choixet des politiques cinquantenaires les priorités sectorielles sont peu à peu affinées pour mieux s’inscrire dans le cadre du double pari « privé / export »:  La priorité à l’agriculture devient celle de l’agriculture d’exportation;  La préférence pour l’industrie « légère » évolue vers les segments de sous-traitance internationale;  La bienveillance pour le secteur privé se focalise plus sur l’aménagement des conditions favorables à l’essor de ce dernier qu’à la « qualité du marché »…
  • 9.
    1. Des choixet des politiques cinquantenaires Au service de ces choix stratégiques, l’Etat a mobilisé des ressources et des moyens considérables tout au long des quatre dernières décennies… Des ressources matérielles et humaines à travers des politiques publiques multiples et variées, structurelles et conjoncturelles, transversales et sectorielles, globales et partielles, économiques, sociales et financières, voire culturelles…
  • 10.
    Moyens et politiquesmobilisés  Infrastructures de soutien au secteur privé: barrages, ports & aéroports, autoroutes, zones et parcs industriels…  Marocanisation puis privatisations et gestion déléguée…  Codes d’investissements puis Charte d’investissements: privilèges fiscaux, subventions, primes, taux d’intérêts bonifiés… Plus généralement une politique fiscale favorable aux profits, aux hauts revenus et aux grandes fortunes  Subventions à la consommation autorisant une pression sur le niveau des salaires  Politique d’ajustement structurel: Libéralisation des marchés et des prix, libéralisation des échanges extérieurs, déréglementation, dérégulation…  Accords de libre-échange…  Plans sectoriels, assortis de soutiens publics conséquents…
  • 11.
    2. Où ensommes-nous aujourd’hui? O Globalement:  Une croissance encore faible et volatile  Un développement humain médiocre
  • 12.
    Où en sommes-nous? UnPIB par tête encore faible ($/tête, 2009-2013) Chili 15 732 Turquie 10 946 Malaisie 10 514 Thailande 5 779 Algérie 5 361 Jordanie 5 214 Tunisie 4 329 Egypte 3 314 Maroc 3 109 - Malawi: 226 $/h; Luxembourg: 111 162; Suisse: 80 477 $
  • 13.
    Une croissance faibleet volatile Evolution du PIB et contribution du PIBA -10 -5 0 5 10 15 1981 1983 1985 1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013
  • 14.
    Evolution du PIBaux prix constants (en %)
  • 15.
    C.A.E Source: Rapport FAB- CAE TauxdecroissanceréelduPIB/HabitantnécessaireauMarocpouratteindre unPIB/habitantde: Horizondetemps US12.000 US$15.000 US$18.000 20ans 7,50% 8,70% 9,70% 25ans 5,95% 6,90% 7,69% 30ans 4,94% 5,72% 6,36% Le taux de croissance nécessaire…
  • 16.
    Où en sommes-nous? UnIDH toujours défavorable R Pays IDH PIBppa (2013) 1. Norvège 0.944 63 909 $/h (ppa) 41. Chili 0.822 20 804 - 62. Malaisie 0.773 21 824 - 69. Turquie 0.822 18 391 - 77. Jordanie 0.745 11 337 - 89. Thaïlande 0.722 13 364 - 90. Tunisie 0.721 10 440 - 93. Algérie 0.717 12 555 - 110. Egypte 0.682 10 400 - 129. Maroc 0.617 6 905 - Source: Rapport du PNUD, 2014
  • 17.
    Où en sommes-nous? Acet état de fait s’ajoutent aujourd’hui au moins trois menaces qui raisonnent comme des « bombes à retardement »:  Les dégradations environnementales  Les inégalités sociales et spatiales  L’endettement public
  • 18.
    Où en sommes-nous? Desressources naturelles limitées et de plus en plus menacées:  Des terres cultivables réduites, d’où une forte pression sur la terre…  Des ressources hydriques en baisse continue (Stress hydrique, pénurie hydrique?)  Désertification, érosion et salinisation des sols, déforestation, perte de biodiversité…  Pollutions de toute sorte…  Littoralisation…  Et par dessus tout, le changement climatique…
  • 19.
    Où en sommes-nous? Inégalitéssociales et spatiales Qu’en dire après la reconnaissance au plus haut sommet de l’Etat, durant l’été dernier? On peut se contenter des images de dénuement absolu qui nous parviennent ces derniers jours à travers nos écrans de télévision des régions reculées du pays… et qui dispensent de tout autre artifice statistique! On peut tout de même se limiter à rappeler cet autre indicateur très significatif: Le partage de la valeur ajoutée…
  • 20.
    Partage de lavaleur ajoutée Salaires; 34,6 EBE & RMB; 64,4 Autres; 1 Source: HCP
  • 21.
    Où en sommes-nous? Inégalitésrégionales: 4 régions sur 16 créent environ la moitié de la richesse nationale, soit 48,9% du PIB en valeur  Le Grand Casablanca: 19,8%;  Région de Rabat: 12,0%;  Chaouia: 8,8%;  Marrakech-Tensift-Al Haouz: 8,3%. Source: HCP
  • 22.
    Où en sommes-nous? Endettementpublic… Est-ce un éternel recommencement, les mêmes causes continuant toujours de produire les mêmes effets? Toujours est-il que le processus est connu: … Carence fiscale, déficit budgétaire… … Défaut de réforme… … Recours à la solution de facilité qu’est l’emprunt… … Accentuation de la crise… … Recours encore plus massif à l’endettement… … Endettement qui ne permet que le remboursement de la dette accumulée… Piège de la dette…
  • 23.
    Part des recettesfiscales dans le financement des dépenses du BGE 1980 - 2015 60% 63% 85% 79% 82% 70% 66% 60% 60% 59% 58% 0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90% 100% 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2012 2013 2014 2015 Part des recettes fiscales Part des recettes non fiscales
  • 24.
    Evolution du soldebudgétaire en % du PIB
  • 25.
    Dette publique totale(Mds DH) 0 100 200 300 400 500 600 Dette ext Dette Dette totale
  • 26.
    La dette publiqueaujourd’hui La dette publique devrait atteindre fin 2014:  730 MdDh, soit 81% du PIB  Autant par tête, soit près de 22.000 Dh /hab  Et près de 4 années de recettes fiscales…
  • 27.
    Dette et servicede la dette Au niveau du BGE: l’impasse? Emprunts nouveaux: 66 MdsDH, soit 25% des recettes du BGE Service de la dette: 68 MdsDH, soit 21% des dépenses du BGE Par rapport aux 185 Mds de recettes fiscales attendues: Le service de la dette en représente 37% Et les nouveaux emprunts en représentent 36%.
  • 28.
    Pourtant, une économie quine manque pas d’atouts…  Une position géostratégique enviable  Une proximité de l’Europe utile  Des ressources et des atouts naturels potentiellement intéressants (Diversité des écosystèmes, biodiversité, deux façades maritimes de 3500 Km, sites touristiques…)  Ressources humaines et savoir-faire porteur d’espoir…  Stabilité politique relative, profondeur historique, patrimoine culturel… Alors Pourquoi ?
  • 29.
    3. Des choixratés et des paris perdus Pourquoi ?! … Principalement parce que les choix stratégiques ont été ratés et les paris ont été perdus… Car 50 ans après, Le résultat est pour le moins paradoxal: 3.1. C’est l’Etat et non le secteur privé qui reste le moteur de l’investissement 3.2. Au lieu de « promouvoir » la croissance, le commerce extérieur « plombe » la croissance Le tout dans le cadre d’une « gouvernance » contreproductive…
  • 30.
    3.1. Une économiede marché? Le «privé», moteur du développement? Une économie de marché? La rente, ou l’entente – et non la concurrence- restent prédominantes dans de nombreux secteurs clés de l’économie:  Transport Voyageurs;  Marchés de gros des fruits et légumes;  Exploitation de ressources naturelles: Carrières de sables, pêche hauturière, eaux minérales, forêts…;  Services publics en gestion déléguée: eau, électricité, assainissement...  Terres et propriétés de l’Etat: Fermes Sodea-Sogeta, Zoo de Rabat…  Monopoles & oligopoles: Sucre, huile, engrais, semences… Banques et Assurances Télécoms… Hydrocarbures / caisse de compensation…
  • 31.
    3.1. Le «privé», moteurdu développement? Le secteur privé, moteur de l’investissement? Les faits montrent que le principal moteur/acteur de l’investissement est l’Etat ainsi que ses Etablissements publics, et non le secteur privé! Alors que le taux d’investissement a sensiblement augmenté, c’est surtout la part de l’Etat qui s’est fortement accrue, de 10 à 20-22%, alors que la part du secteur privé a fortement baissé, retrouvant son niveau antérieur, autour de 12-13%... Ainsi, en 2013, et selon les calculs, la part « publique » dans la FBCF atteint entre 55 et 70%... Cela ne veut pas dire que la part du secteur privé national soit comprise entre 30 et 45%, puisque cette proportion comprend aussi l’investissement privé étranger… (Sur la base d’une moyenne d’IDE de 23.5 MdDh entre 2002 et 2012, il faudrait retirer encore plus d’un quart à la part ainsi calculée…)
  • 32.
    Evolution de laFBCF, et des investissements publics et privés 0 50 100 150 200 250 300 FBCF Invest Public Invest Privé MdDH
  • 33.
    Evolution et composition dutaux d’investissement 0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 IvestPublic InvestPrivé %
  • 34.
    Part de l’investissementpublic dans l’investissement total (en %) 0 10 20 30 40 50 60 70 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013
  • 35.
    3.1. Le «privé», moteurdu développement?  Le taux d’investissement a augmenté certes, mais le problème est au niveau du contenu et de la nature des investissements en question… les choix sont-ils pertinents, efficaces et équitables?  Ces investissements répondent-ils à des besoins prioritaires de la société? Sont-ils bien étudiés pour être efficients? N’y a-t-il pas un certain « effet d’éviction » par rapport à d’autres investissements? Quel est leur coût d’opportunité? Formation, recherche, santé, innovation…  Quel impact sur la croissance? Paradoxe entre le taux d’investissement (TI) et le taux de croissance (TC): Alors que le premier a augmenté de plus de 10 points (à près de 35%), le second stagne entre 3 et 5%...
  • 36.
    Evolution du tauxd’investissement et du taux de croissance (du PIB) 0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 Tx d'investissement Tx de croissance
  • 37.
    3.1. Le «privé», moteurdu développement? Le secteur privé, créateur d’emplois? Chômage: 9-10% ? Avec 14-15% en MU et 3-4% en MR!... Femmes en MU: 20% Diplômés chômeurs: 17.2% (18.6 en MU) Près de 30% des actifs occupés n’ont pas ou trop peu de rémunération (encore plus en milieu rural…) Baisse de la capacité de l’économie à créer des emplois rémunérés: 137.000 créations d’emplois en moyenne entre 2000 et 2013… Quand 180.000 demandeurs d’emplois arrivent chaque année sur le marché du travail, et selon le Ministre de l’emploi, il faudrait « créer 300.000 emplois par an pour faire face au chômage » (Seddiki, Challenge, 25.04.2014) Les pertes d’emplois ont concerné l’industrie, et les créations les services et le BTP (87% des créations en 2002-2003)
  • 38.
    Création d’emplois parsecteur d’activité entre 2002 et 2013 (en milliers)
  • 39.
    Evolution de lacroissance économique et de l’emploi entre 1999 et 2013
  • 40.
    3.2. La croissance« tirée » par le commerce extérieur? Alors que le Maroc est largement ouvert… • Est membre actif de l’OMC • En Accords de Libre-échange avec 56 pays: UE, USA, «Agadir», Ligue Arabe… • Baisse sensible et régulière des droits de douane… Les déficits restent très lourds (2013): • Déficit BC: 195 Mrds de DH, soit 22.4% du PIB • Taux de couverture des Exports/Imports: 48.6% • Déficit BP: 7.6% du PIB La relative «amélioration» de 2014 est due à la double baisse de la demande intérieure et des cours mondiaux…
  • 41.
    3.2. Contribution àla croissance des principales composantes de la demande
  • 42.
    3.2. La croissance« tirée » par le commerce extérieur? Contribution à la croissance des éléments de la demande globale: 2013 2014 2015 Conso des ménages 2.2 1.8 2.6 Administrations 0.6 0.6 0.9 Consommation finale 2.9 2.4 3.6 Investissement brut -0.1 0.4 0.6 Demande intérieure 2.8 2.8 6.1 Demande extérieure 1.6 -0.1 -1.2 Source: HCP
  • 43.
    Evolution de labalance commerciale
  • 44.
    Importations et exportations: Décrochage… 0 10 20 30 40 50 60 70 19801982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996 1998200020022004200620082010 2012 2014 En% Echanges extérieurs de biens et services en % du PIB Exportation Importation
  • 45.
    Parts des exportationset des importations réalisées dans le cadre des ALE
  • 46.
    Contribution des ALE audéficit commercial global
  • 47.
    Sommes-nous encore unpays exportateur?  70% des exports: Admissions temporaires… Seules 30% des exports sont « réelles » Selon le Ministre du Commerce extérieur=  On compte à peine 5000 entreprises exportatrices, dont seules 467 ont des activités régulières à l’export et dans 91% des cas, leur CA n’atteint pas 50 MDH  Quant à l’offre exportable, elle ne dépasse pas 86 produits…  En 1998, 80% de la valeur des exportations globales émanait de 3.5% seulement des produits exportés… En 2012, ce taux est tombé à 2.9%
  • 48.
    Part de marché (Partdu Maroc dans le commerce mondial)
  • 49.
    IDE au Marocpar pays…
  • 50.
    … et parsecteur
  • 51.
    4. La gouvernance, obstacleau développement Une « gouvernance » contreproductive…  Les choix économiques stratégiques sont pris sans concertation et posent donc un problème de légitimité  Ils sont mis en œuvre dans la dilution des responsabilités  Ils ne font l’objet ni de contrôle ni de sanction en cas de manquement, donc de redevabilité… Légitimité – Responsabilité – Redevabilité
  • 52.
    4. La gouvernance, obstacleau développement Légitimité – Responsabilité – Redevabilité C’est cette équation qui fait du Système politique du pays un véritable obstacle au développement économique du pays On peut se tromper, mais le fait qu’il n’existe aucun mécanisme de redevabilité capable de corriger les erreurs et tirer les leçons de l’expérience, condamne le pays à répéter indéfiniment les mêmes erreurs, se tromper de stratégies, accumuler les échecs… Les mêmes causes produisant les mêmes effets…
  • 53.
    En guise deconclusion: De l’urgence des grandes réformes Depuis le Rapport du Cinquantenaire au moins, le Diagnostic est fait et nous savons dans quel sens doivent aller les réformes véritables… Il reste la volonté politique pour les mettre en œuvre. Au cœur des réformes, celles du système de gouvernance, politiques, économiques… Il faut arrêter une stratégie à partir d’une vision largement partagée, mettre en place les Institutions aptes à l’appliquer, et le système capable de la suivre…
  • 54.
    A titre indicatif, lesréformes à l’ordre du jour…  Education – Justice – Administration  Economie de rente  Caisse de compensation  Système de retraite  Système fiscal  Plans sectoriels  ALE…  Etc., etc., etc… Il reste à mettre en place le « Système de gouvernance » capable de conduire à terme ces réformes…
  • 55.
    En guise deconclusion, Cette interrogation de Hassan El Fad, pleine de bon sens, à méditer…
  • 56.