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N
on, les tissus vivants ne
sont pas seulement par-
courus par des signaux
chimiques et biologiques. Oui,
les tissus, organes et organismes
vivants sont parcourus par des
forces. Ne serait-ce que la gravité.
Mais cette évidence n’est prise en
compte en cancérologie que depuis
peu (1). Il a fallu pour cela qu’un
article montre qu’il était possible
de faire évoluer de cancéreuse à
normale, et vice versa, une petite
tumeur du sein humain in vitro,
cultivée en trois dimensions (2).
Et ceci, en faisant varier un seul
paramètre : la pression sur la
tumeur – ici, la tension super-
ficielle engendrée, autour de la
tumeur, par le milieu de culture.
Bien d’autres ont, depuis, confir-
mé ces résultats (3,4). Le premier
article, signé par Matthew Paszek,
de l’Université de Pennsylvanie,
et ses collaborateurs, était très
« pollué » par de la biologie
moléculaire avec la recherche
– désespérée et, bien sûr, illu-
soire – d’une cible pharmacolo-
gique pour un futur traitement
médicamenteux du cancer. Il faut
s’habituer et admettre que les lois
de la biologie n’expliquent pas
les lois de la physique, et vice
versa, comme il faut désormais
s’habituer à parler d’« oncologie
physique » – physical oncology
ou mechanobiology en anglais –,
cette nouvelle approche du cancer
par les outils mathématiques
et expérimentaux de la physique
du solide.
50 > BIOFUTUR 376 • MAI 2016
LA PHYSIQUE
DU CANCER
Le cancer est un organe qui
comprend deux tissus : le tissu
cancéreux lui-même et la matrice
extracellulaire – ou stroma – qui
l’entoure. Tout modèle animal du
cancer doit tenir compte de ce fait.
Il est aujourd’hui possible de
mesurer la rigidité de toute cellule,
ce que l’on appelle son « module
de Young », noté E et qui se mesure
en Pascal (Pa). Tout converge : les
cellules cancéreuses sont moins
rigides que leur équivalent non
cancéreux, leur rigidité étant
corrélée, entre autres, avec la dif-
férenciation et l’aptitude à métas-
taser, comme des centaines
d’articles l’ont démontré. Mieux,
en 2014, Marija Plodinec et ses
collaborateurs de l’Université
de Bâle ont pu mesurer E dans
du tissu vivant, ex vivo, sur des
biopsies de cancer du sein, avec
une mesure par un microscope
à force atomique (5). Et tout
concorde : le tissu et les cellules
tumorales sont toujours moins
rigides, au-dessous d’1 kiloPascal
(kPa), le tissu non cancéreux
de même origine – ici, du tissu
mammaire normal – au-dessus
d’1 kPa et le stroma au-dessus
de 2 kPa. Autrement dit, quand
le médecin palpe une « boule dans
le sein », il palpe le stroma, plus
dur que le sein normal, lequel
est lui-même plus dur que le
tissu cancéreux. La cancérologie
est alors entrée dans le monde
du quantitatif.
MA
CH
Le
fair
plut
enc
ne s
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auto
mal
pos
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C’es
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Can
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part
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néo
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cha
à l’e
l’auteur
Rémy Brossel
Fondateur, Directeur médical
et scientifique de CC&C,
Arles
Depuis quelques années
fleurit un nouveau
champ d’exploration
scientifique à la lisière
entre la physique et la
biologie, qui s’intéresse
aux contraintes
mécaniques qui
s’exercent sur les divers
éléments du vivant.
Petites molécules,
protéines, cellules,
organismes… À tous
les niveaux, le vivant
doit composer avec les
pressions, étirements et
autres cisaillements
que lui imprime son
environnement.
La jeune société Cell
Constraint & Cancer
en a fait sa spécialité
pour tenter de résoudre
lesénigmesthérapeutiques
de certains cancers
récalcitrants.
Cell Constraint & Cancer,
du bon usage de la force en cancérologie
50-53_bioentreprise_376 13/06/16 10:20 Page 50
MAI 2016 • BIOFUTUR 376 < 51
MAIS QUID IN VIVO,
CHEZ L’ANIMAL ?
Les moyens utilisés in vitro pour
faire varier les forces – on parle
plutôt de « contraintes » ou, mieux
encore, de « champ tensoriel » –
ne sont pas utilisables in vivo :
il est impossible de faire varier
autour de la tumeur, chez l’ani-
mal ou chez le patient, ce qu’il est
possible de faire varier in vitro,
à savoir la tension superficielle (2),
la pression osmotique (3) ou
encore la gravité (4).
Dès lors, comment appliquer une
contrainte in vivo, sur une tumeur ?
C’est là qu’intervient l’innovation
de rupture de Cell Constraint &
Cancer (CC&C), que l’on peut
résumer de cette façon : des nano-
particules ferromagnétiques sont
incorporées dans le réseau de
néoangiogenèse tumorale localisé
dans le stroma. Un gradient de
champ magnétique est imposé
à l’ensemble formé par la tumeur
et les néovaisseaux contenant les
particules. Ces dernières agissent
comme des bioactionneurs, trans-
formant l’énergie magnétique
en énergie mécanique. Chacune
d’elles génère une force dirigée
dans le sens du champ et l’en-
semble des particules génère une
contrainte appliquée aux cellules
de la tumeur. Or il est largement
prouvé in vitro qu’une contrainte
appliquée à des cellules ou à un
tissu modifie leur phénotype,
lequel correspond à la somme
de cinq variables : croissance,
différenciation, apoptose, nécrose
et migration, auxquelles on peut
ajouter le type architectural,
Euclidien (tissu épithélial normal)
ou fractal (tissu cancéreux). On
peut donc faire varier la vitesse
de croissance du volume de la
tumeur, sa différenciation,
l’apoptose, la nécrose des cellules
tumorales et leur aptitude à
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DE LA PREUVE DE
CONCEPT À LA
PREUVE D’EFFICACITÉ
En 2014, CC&C a mené une
expérimentation chez la souris
greffée en sous-cutané par des
cellules de cancer du sein humain
(MDA MB 231) injectées avec
des nanoparticules (NP) ferro-
magnétiques de 100 micromètres
de diamètre, placées face à un
générateur de gradient de champ
magnétique (GCM). Le GCM
utilisé lors des premières expéri-
mentations était produit par des
aimants permanents.
Quand la tumeur pousse, les NP
se placent autour d’elle, pour des
raisons physiques simples : la dif-
férence d’énergie libre de surface
entre les cellules et les NP. Et
quand la tumeur devient palpable
– quand elle atteint environ 1 cm
de diamètre –, elle est placée dans
le gradient de champ magnétique
du générateur (figure ci-dessus).
e
Preuve de Concept
Dispositif expérimental avec l’animal dans l’entrefer de deux aimants (aimants, tumeur non à l’échelle).
>
gradient de
champ magnétique
nanoparticule
cellules
en culture
matrice extracellulaire
(stroma)
©CELLCONSTRAINT&CANCER
50-53_bioentreprise_376 13/06/16 10:20 Page 51
52 > BIOFUTUR 376 • MAI 2016
Elle est alors toujours entourée
des NP. Après 21 jours, à l’arrêt
du traitement, on observe une
différence de volume statistique-
ment très significative entre le
groupe traité avec les nanoparti-
cules et les groupes témoins (6).
Cette différence existe entre les
tumeurs palpées in vivo (tableau)
et sur l’analyse ex vivo des coupes
histologiques.
Après cette expérimentation,
la société Cell Constraint & Cancer
a déposé, la même année, un
brevet qui protège la possibilité
d’appliquer une contrainte à
une tumeur mais in vivo, par
l’action conjointe d’un GCM et
de NP ferromagnétiques situées
autour de la tumeur. Ce qui permet
d’envisager des applications théra-
peutiques, notamment contre
le cancer du pancréas, un des
plus difficiles à traiter. Ce brevet
(EP 2014 064995) est aujourd’hui
sans concurrence directe in vivo.
Les concurrences indirectes (thé-
rapies ciblées hier, immuno-
thérapie aujourd’hui…) doivent
plutôt être vues comme syner-
giques, à l’image des thérapies
ciblées qui se sont ajoutées à
l’arsenal thérapeutique déjà
disponible telles l’hormono- et
la chimiothérapie.
Par la suite, pour les tests pré-
cliniques chez l’animal, les aimants
permanents seront remplacés
par des électro-aimants et, pour
les tests cliniques chez le patient,
par des aimants supraconducteurs.
Les NP seront vectorisées sur
les intégrines alpha v beta 3 qui
sont surexprimées au niveau des
néovaisseaux péri-tumoraux.
CC&C prévoit d’apporter la
preuve d’efficacité de sa technique
en 2016-2017 sur des cellules
de cancer du pancréas humain
greffées dans le pancréas de
souris. Ensuite, les choses peuvent
aller vite, avec un prototype
humain dans les cinq prochaines
années, une technologie basée
sur les lois de la physique et non
sur celles de la biologie n’étant pas
soumise aux aléas qui font que
neuf candidats médicaments sur
dix finissent à la poubelle. Le
simple fait de passer du qualitatif
– la biologie – au quantitatif – la
physique – permet de modéliser
donc d’extrapoler à la prochaine
expérimentation. Les résultats
de la preuve de concept ont ainsi
déjà permis de modéliser les futurs
électro-aimants, avec un entre-
fer suffisant pour la souris por-
teuse de tumeur pancréatique
et un dégagement calorique qui
permette une ventilation simple,
compatible avec un laboratoire
d’expérimentation animale. Le
développement peut, dès lors,
s’effectuer en parallèle et non
en séquentiel. Le produit n’est
donc pas précoce, au sens de
l’industrie pharmaceutique. Il est
en fait mature, avec une étude
de Phase I/IIa chez des patients
atteints de cancer du pancréas
dits « localement évolués » dans
5 ans. D’autant que la toxicité
des deux composants est connue
et minime. Les premières indi-
cations de la technologie de CC&C
sont les cancers localement
évolués*1, tout particulièrement
celui du pancréas, soit des cancers
qui entrent dans la catégorie
des pathologies aux besoins de
traitement non satisfaits.
UN NOUVEAU
PARADIGME
La redécouverte de l’impor-
tance des signaux mécaniques en
biologie ouvre des perspectives
vertigineuses. Au-delà des pro-
messes thérapeutiques, l’étude de
ces signaux transmis entre tous
les tissus, dans les deux sens,
à propagation quasi-immédiate,
finement modulables – y-a-t-il
une fréquence de résonnance des
microtubules intracellulaires, qui
comptent parmi les principaux
supports de la transmission de ces
signaux ? – et très puissants ouvre
sur de nouveaux concepts. Pour
prolonger les intuitions géniales
de Donald Ingber, biologiste
cellulaire américain de l’Univer-
sité Harvard et précurseur de
l’ingénierie bio-inspirée, qui a été
le premier à décrire le rôle des
forces dans le développement des
organes et dans la cancérisation,
on peut se demander si l’archi-
tecture tissulaire est le maître
d’œuvre suprême du fonction-
nement cellulaire. Et on se doit de
citer ici Mina Bissell, biologiste
irano-américaine de l’Université
de Californie à Berkeley : « En
cancérologie, le phénotype tissu-
laire est dominant par rapport
au génotype cellulaire ». Pour
illustrer son propos, on pourra
regarder la passionnante et
hilarante Conférence TED dans
laquelle elle montre que la cellule
cancéreuse ne devient une tumeur
que si son environnement – le
stroma – le lui permet (7).
L’architecture fractale du cancer
lui-même, de sa néoangiogenèse
et de son environnement permet-
tra-t-elle de mieux comprendre
le dysfonctionnement thermo-
dynamique de l’« organe cancer »,
Volumes en mm3
des tumeurs in vivo
G1 : groupe traité
G2, 3 et 4 : groupes témoins
(G2 : particules seules ;
G3 : gradient seul ;
G4 : ni champ ni gradient)
>
*1 Se dit d’une tumeur inopérable
mais sans métastase
©CELLCONSTRAINT&CANCER
GROUPE VOLUME MÉDIAN
G1 529 p
(significativité de
la différence)
= 0,015G2, 3 et 4 1 334
50-53_bioentreprise_376 13/06/16 10:20 Page 52
por-
s en
ives
pro-
e de
tous
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En
ssu-
port
our
urra
et
dans
lule
meur
– le
ncer
nèse
met-
ndre
mo-
er »,
en se rappelant que les mito-
chondries sont partie intégrante
du système semi-solide qui trans-
met les signaux mécaniques ?
Le cancer utilise, en effet, mal
l’énergie fournie par la respira-
tion et l’alimentation mais n’en
est pas moins un parasite qui
finit par tuer l’hôte qui le nourrit.
Agir par des signaux mécanique
sur le cytosquelette, qui est le
soutien architectural de la cellule
et qui supporte les mitochon-
dries, trouver des fréquences de
résonance est un peu le graal de
l’oncologie physique.
LA VALLÉE DE LA MORT
DES START-UP BIOTECH
DE RECHERCHE
CC&C a été fondée en 2009 par
Rémy Brossel, oncologue médi-
cal et physicien qui en est aujour-
d’hui le directeur scientifique.
Arrivé au stade où en est CC&C,
il n’y a plus de subvention. Les
fonds propres, au plus bas, inter-
disent l’accès aux financements
publics. Les investisseurs sont
d’une frilosité légendaire face à
l’innovation de rupture : pas
de concurrence directe donc pas
de benchmark*2 donc pas de prise
de risque !
Après une phase de recherche
à 1,2 M€, l’entreprise est à la
recherche de 570 000 € dans
les deux prochaines années
pour établir la preuve d’efficacité
– son démonstrateur animal –,
première étape du développement.
Elle a choisi pour cela de faire
appel à des souscripteurs privés,
via une plateforme de crowd-
funding*3, avant une arrivée,
dans un futur proche, sur le
Marché libre*4. I
(1) Jonietz E (2012) Nature 491, S56-7
(2)Paszek MJ etal. (2005) CancerCell 8, 241-54
(3)MontelFetal.(2011)PhysRevLett107,188102
(4)OlcumM,OzciviciE(2014)CancerCellInt14,102
(5) Plodinec M et al. (2012) Nat
Nanotechnol 7, 757-65
(6)BrosselRetal.(2016)PLoSONE11(4),e0152885
(7) tinyurl.com/m-bissel-ted2012
*2 Référence
*3 Financement participatif
*4 Marché non réglementé créé en 1996
qui accueille des PME françaises et
étrangères trop jeunes ou trop petites pour
accéder aux marchés boursiers traditionnels
MAI 2016 • BIOFUTUR 376 < 53
©CELLCONSTRAINT&CANCER
©CELLCONSTRAINT&CANCER
fer
tissus
tumoral
vivant
tissus tumoral vivantgauche droite
nécrose
nécrose
peau
peau muscle
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Tumeur du groupe 1
>
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Cell Constraint & Cancer, du bon usage de la force en cancérologie

  • 1. N on, les tissus vivants ne sont pas seulement par- courus par des signaux chimiques et biologiques. Oui, les tissus, organes et organismes vivants sont parcourus par des forces. Ne serait-ce que la gravité. Mais cette évidence n’est prise en compte en cancérologie que depuis peu (1). Il a fallu pour cela qu’un article montre qu’il était possible de faire évoluer de cancéreuse à normale, et vice versa, une petite tumeur du sein humain in vitro, cultivée en trois dimensions (2). Et ceci, en faisant varier un seul paramètre : la pression sur la tumeur – ici, la tension super- ficielle engendrée, autour de la tumeur, par le milieu de culture. Bien d’autres ont, depuis, confir- mé ces résultats (3,4). Le premier article, signé par Matthew Paszek, de l’Université de Pennsylvanie, et ses collaborateurs, était très « pollué » par de la biologie moléculaire avec la recherche – désespérée et, bien sûr, illu- soire – d’une cible pharmacolo- gique pour un futur traitement médicamenteux du cancer. Il faut s’habituer et admettre que les lois de la biologie n’expliquent pas les lois de la physique, et vice versa, comme il faut désormais s’habituer à parler d’« oncologie physique » – physical oncology ou mechanobiology en anglais –, cette nouvelle approche du cancer par les outils mathématiques et expérimentaux de la physique du solide. 50 > BIOFUTUR 376 • MAI 2016 LA PHYSIQUE DU CANCER Le cancer est un organe qui comprend deux tissus : le tissu cancéreux lui-même et la matrice extracellulaire – ou stroma – qui l’entoure. Tout modèle animal du cancer doit tenir compte de ce fait. Il est aujourd’hui possible de mesurer la rigidité de toute cellule, ce que l’on appelle son « module de Young », noté E et qui se mesure en Pascal (Pa). Tout converge : les cellules cancéreuses sont moins rigides que leur équivalent non cancéreux, leur rigidité étant corrélée, entre autres, avec la dif- férenciation et l’aptitude à métas- taser, comme des centaines d’articles l’ont démontré. Mieux, en 2014, Marija Plodinec et ses collaborateurs de l’Université de Bâle ont pu mesurer E dans du tissu vivant, ex vivo, sur des biopsies de cancer du sein, avec une mesure par un microscope à force atomique (5). Et tout concorde : le tissu et les cellules tumorales sont toujours moins rigides, au-dessous d’1 kiloPascal (kPa), le tissu non cancéreux de même origine – ici, du tissu mammaire normal – au-dessus d’1 kPa et le stroma au-dessus de 2 kPa. Autrement dit, quand le médecin palpe une « boule dans le sein », il palpe le stroma, plus dur que le sein normal, lequel est lui-même plus dur que le tissu cancéreux. La cancérologie est alors entrée dans le monde du quantitatif. MA CH Le fair plut enc ne s il es auto mal pos à sa la p enc Dè cont C’es de r Can résu part inco néo dan cha à l’e l’auteur Rémy Brossel Fondateur, Directeur médical et scientifique de CC&C, Arles Depuis quelques années fleurit un nouveau champ d’exploration scientifique à la lisière entre la physique et la biologie, qui s’intéresse aux contraintes mécaniques qui s’exercent sur les divers éléments du vivant. Petites molécules, protéines, cellules, organismes… À tous les niveaux, le vivant doit composer avec les pressions, étirements et autres cisaillements que lui imprime son environnement. La jeune société Cell Constraint & Cancer en a fait sa spécialité pour tenter de résoudre lesénigmesthérapeutiques de certains cancers récalcitrants. Cell Constraint & Cancer, du bon usage de la force en cancérologie 50-53_bioentreprise_376 13/06/16 10:20 Page 50
  • 2. MAI 2016 • BIOFUTUR 376 < 51 MAIS QUID IN VIVO, CHEZ L’ANIMAL ? Les moyens utilisés in vitro pour faire varier les forces – on parle plutôt de « contraintes » ou, mieux encore, de « champ tensoriel » – ne sont pas utilisables in vivo : il est impossible de faire varier autour de la tumeur, chez l’ani- mal ou chez le patient, ce qu’il est possible de faire varier in vitro, à savoir la tension superficielle (2), la pression osmotique (3) ou encore la gravité (4). Dès lors, comment appliquer une contrainte in vivo, sur une tumeur ? C’est là qu’intervient l’innovation de rupture de Cell Constraint & Cancer (CC&C), que l’on peut résumer de cette façon : des nano- particules ferromagnétiques sont incorporées dans le réseau de néoangiogenèse tumorale localisé dans le stroma. Un gradient de champ magnétique est imposé à l’ensemble formé par la tumeur et les néovaisseaux contenant les particules. Ces dernières agissent comme des bioactionneurs, trans- formant l’énergie magnétique en énergie mécanique. Chacune d’elles génère une force dirigée dans le sens du champ et l’en- semble des particules génère une contrainte appliquée aux cellules de la tumeur. Or il est largement prouvé in vitro qu’une contrainte appliquée à des cellules ou à un tissu modifie leur phénotype, lequel correspond à la somme de cinq variables : croissance, différenciation, apoptose, nécrose et migration, auxquelles on peut ajouter le type architectural, Euclidien (tissu épithélial normal) ou fractal (tissu cancéreux). On peut donc faire varier la vitesse de croissance du volume de la tumeur, sa différenciation, l’apoptose, la nécrose des cellules tumorales et leur aptitude à migrer. DE LA PREUVE DE CONCEPT À LA PREUVE D’EFFICACITÉ En 2014, CC&C a mené une expérimentation chez la souris greffée en sous-cutané par des cellules de cancer du sein humain (MDA MB 231) injectées avec des nanoparticules (NP) ferro- magnétiques de 100 micromètres de diamètre, placées face à un générateur de gradient de champ magnétique (GCM). Le GCM utilisé lors des premières expéri- mentations était produit par des aimants permanents. Quand la tumeur pousse, les NP se placent autour d’elle, pour des raisons physiques simples : la dif- férence d’énergie libre de surface entre les cellules et les NP. Et quand la tumeur devient palpable – quand elle atteint environ 1 cm de diamètre –, elle est placée dans le gradient de champ magnétique du générateur (figure ci-dessus). e Preuve de Concept Dispositif expérimental avec l’animal dans l’entrefer de deux aimants (aimants, tumeur non à l’échelle). > gradient de champ magnétique nanoparticule cellules en culture matrice extracellulaire (stroma) ©CELLCONSTRAINT&CANCER 50-53_bioentreprise_376 13/06/16 10:20 Page 51
  • 3. 52 > BIOFUTUR 376 • MAI 2016 Elle est alors toujours entourée des NP. Après 21 jours, à l’arrêt du traitement, on observe une différence de volume statistique- ment très significative entre le groupe traité avec les nanoparti- cules et les groupes témoins (6). Cette différence existe entre les tumeurs palpées in vivo (tableau) et sur l’analyse ex vivo des coupes histologiques. Après cette expérimentation, la société Cell Constraint & Cancer a déposé, la même année, un brevet qui protège la possibilité d’appliquer une contrainte à une tumeur mais in vivo, par l’action conjointe d’un GCM et de NP ferromagnétiques situées autour de la tumeur. Ce qui permet d’envisager des applications théra- peutiques, notamment contre le cancer du pancréas, un des plus difficiles à traiter. Ce brevet (EP 2014 064995) est aujourd’hui sans concurrence directe in vivo. Les concurrences indirectes (thé- rapies ciblées hier, immuno- thérapie aujourd’hui…) doivent plutôt être vues comme syner- giques, à l’image des thérapies ciblées qui se sont ajoutées à l’arsenal thérapeutique déjà disponible telles l’hormono- et la chimiothérapie. Par la suite, pour les tests pré- cliniques chez l’animal, les aimants permanents seront remplacés par des électro-aimants et, pour les tests cliniques chez le patient, par des aimants supraconducteurs. Les NP seront vectorisées sur les intégrines alpha v beta 3 qui sont surexprimées au niveau des néovaisseaux péri-tumoraux. CC&C prévoit d’apporter la preuve d’efficacité de sa technique en 2016-2017 sur des cellules de cancer du pancréas humain greffées dans le pancréas de souris. Ensuite, les choses peuvent aller vite, avec un prototype humain dans les cinq prochaines années, une technologie basée sur les lois de la physique et non sur celles de la biologie n’étant pas soumise aux aléas qui font que neuf candidats médicaments sur dix finissent à la poubelle. Le simple fait de passer du qualitatif – la biologie – au quantitatif – la physique – permet de modéliser donc d’extrapoler à la prochaine expérimentation. Les résultats de la preuve de concept ont ainsi déjà permis de modéliser les futurs électro-aimants, avec un entre- fer suffisant pour la souris por- teuse de tumeur pancréatique et un dégagement calorique qui permette une ventilation simple, compatible avec un laboratoire d’expérimentation animale. Le développement peut, dès lors, s’effectuer en parallèle et non en séquentiel. Le produit n’est donc pas précoce, au sens de l’industrie pharmaceutique. Il est en fait mature, avec une étude de Phase I/IIa chez des patients atteints de cancer du pancréas dits « localement évolués » dans 5 ans. D’autant que la toxicité des deux composants est connue et minime. Les premières indi- cations de la technologie de CC&C sont les cancers localement évolués*1, tout particulièrement celui du pancréas, soit des cancers qui entrent dans la catégorie des pathologies aux besoins de traitement non satisfaits. UN NOUVEAU PARADIGME La redécouverte de l’impor- tance des signaux mécaniques en biologie ouvre des perspectives vertigineuses. Au-delà des pro- messes thérapeutiques, l’étude de ces signaux transmis entre tous les tissus, dans les deux sens, à propagation quasi-immédiate, finement modulables – y-a-t-il une fréquence de résonnance des microtubules intracellulaires, qui comptent parmi les principaux supports de la transmission de ces signaux ? – et très puissants ouvre sur de nouveaux concepts. Pour prolonger les intuitions géniales de Donald Ingber, biologiste cellulaire américain de l’Univer- sité Harvard et précurseur de l’ingénierie bio-inspirée, qui a été le premier à décrire le rôle des forces dans le développement des organes et dans la cancérisation, on peut se demander si l’archi- tecture tissulaire est le maître d’œuvre suprême du fonction- nement cellulaire. Et on se doit de citer ici Mina Bissell, biologiste irano-américaine de l’Université de Californie à Berkeley : « En cancérologie, le phénotype tissu- laire est dominant par rapport au génotype cellulaire ». Pour illustrer son propos, on pourra regarder la passionnante et hilarante Conférence TED dans laquelle elle montre que la cellule cancéreuse ne devient une tumeur que si son environnement – le stroma – le lui permet (7). L’architecture fractale du cancer lui-même, de sa néoangiogenèse et de son environnement permet- tra-t-elle de mieux comprendre le dysfonctionnement thermo- dynamique de l’« organe cancer », Volumes en mm3 des tumeurs in vivo G1 : groupe traité G2, 3 et 4 : groupes témoins (G2 : particules seules ; G3 : gradient seul ; G4 : ni champ ni gradient) > *1 Se dit d’une tumeur inopérable mais sans métastase ©CELLCONSTRAINT&CANCER GROUPE VOLUME MÉDIAN G1 529 p (significativité de la différence) = 0,015G2, 3 et 4 1 334 50-53_bioentreprise_376 13/06/16 10:20 Page 52
  • 4. por- s en ives pro- e de tous ens, ate, -t-il des qui aux ces uvre Pour ales iste ver- r de a été des des ion, chi- ître on- it de giste rsité En ssu- port our urra et dans lule meur – le ncer nèse met- ndre mo- er », en se rappelant que les mito- chondries sont partie intégrante du système semi-solide qui trans- met les signaux mécaniques ? Le cancer utilise, en effet, mal l’énergie fournie par la respira- tion et l’alimentation mais n’en est pas moins un parasite qui finit par tuer l’hôte qui le nourrit. Agir par des signaux mécanique sur le cytosquelette, qui est le soutien architectural de la cellule et qui supporte les mitochon- dries, trouver des fréquences de résonance est un peu le graal de l’oncologie physique. LA VALLÉE DE LA MORT DES START-UP BIOTECH DE RECHERCHE CC&C a été fondée en 2009 par Rémy Brossel, oncologue médi- cal et physicien qui en est aujour- d’hui le directeur scientifique. Arrivé au stade où en est CC&C, il n’y a plus de subvention. Les fonds propres, au plus bas, inter- disent l’accès aux financements publics. Les investisseurs sont d’une frilosité légendaire face à l’innovation de rupture : pas de concurrence directe donc pas de benchmark*2 donc pas de prise de risque ! Après une phase de recherche à 1,2 M€, l’entreprise est à la recherche de 570 000 € dans les deux prochaines années pour établir la preuve d’efficacité – son démonstrateur animal –, première étape du développement. Elle a choisi pour cela de faire appel à des souscripteurs privés, via une plateforme de crowd- funding*3, avant une arrivée, dans un futur proche, sur le Marché libre*4. I (1) Jonietz E (2012) Nature 491, S56-7 (2)Paszek MJ etal. (2005) CancerCell 8, 241-54 (3)MontelFetal.(2011)PhysRevLett107,188102 (4)OlcumM,OzciviciE(2014)CancerCellInt14,102 (5) Plodinec M et al. (2012) Nat Nanotechnol 7, 757-65 (6)BrosselRetal.(2016)PLoSONE11(4),e0152885 (7) tinyurl.com/m-bissel-ted2012 *2 Référence *3 Financement participatif *4 Marché non réglementé créé en 1996 qui accueille des PME françaises et étrangères trop jeunes ou trop petites pour accéder aux marchés boursiers traditionnels MAI 2016 • BIOFUTUR 376 < 53 ©CELLCONSTRAINT&CANCER ©CELLCONSTRAINT&CANCER fer tissus tumoral vivant tissus tumoral vivantgauche droite nécrose nécrose peau peau muscle nanoparticules de fer Tumeur du groupe 1 > 50-53_bioentreprise_376 13/06/16 10:20 Page 53