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L’ESPAGNE ET L’ASTRÉE
Lire l’Astrée. Actes du Colloque International de Paris (4-6 octobre 2007).
Delphine Denis (éd.), Paris: PUPS, 2008, p. 43-50.
ISBN: 978-2-84050-613-3.
Presque tout a été dit sur Honoré d’Urfé et sur ses sources espagnoles (même sur son
adaptation de la Diana dans le Sireine ou du Romancero dans la Savoysiade); les ouvrages que l’on trouvera
dans la bibliographie renseignent sur les modèles d’outre-Pyrénées qui ont exercé d’une manière ou
d’une autre une influence sur l’auteur. Soucieux de ne pas donner une impression de déjà vu, nous
n’aborderons pas ici la question des sources –sauf, si besoin est, à titre d’illustration ponctuelle. Nous
préférons faire porter l’étude sur un art de l’adaptation dont le mérite n’est pas toujours apprécié à sa
juste valeur; nous le ferons à partir de plusieurs textes aussi bien de critique que de fiction. Cette
approche, nous osons l’espérer, aidera à mieux faire comprendre l’originalité du roman pastoral qui
nous rassemble ici.
Commençons par un extrait de La Bibliothèque française (1667), où Charles Sorel parle de son
propre ouvrage Le Berger extravagant (1627-1628), une sorte d’Anti-Roman (c’est son titre occasionnel)
qui fait la censure de toutes les insanités romanesques:
L’histoire du Berger Extravagant décrivant un homme qui est devenu fou pour avoir lu des romans et
des poésies, et qui se fait berger à la manière de ceux de l’ancienne Arcadie, cela pouvait divertir assez
de gens, mais ce n’était pas là le seul dessein. Il y a des Remarques jointes à cette histoire, lesquelles
donnent de l’instruction sur plusieurs choses1.
Dans ce texte, les bergeries sont visées. Un mécanisme mimétique affecte l’action des
protagonistes: le déguisement de Lysis et de Catherine en bergers reproduit les épisodes de
Grisóstomo et Marcela et d’Anselmo et Leandra dans le Quichotte2, mais fait allusion aussi aux nobles
installés dans le Forez (objet d’émulation pour les personnages déguisés, objet de risée pour les
lecteurs).
Autant que la bergerie, la chevalerie a ses imitateurs; il suffit de lire un petit extrait du Roman
comique (1651) de Scarron. Faisant le récit de ses aventures, le Destin évoque le temps où il fréquentait
la bibliothèque du baron d’Arques en compagnie de son ami Verville. Leur précepteur leur avait
conseillé de lire les romans “modernes”; ils n’en firent pas grand cas:
[…] ils n’étaient pas selon notre goût, et jusqu’à l’âge de quinze ans, nous nous plaisions bien plus à lire
les Amadis de Gaule que les Astrées et les autres beaux romans que l’on a faits depuis par lesquels les
Français ont fait voir, aussi bien que par mille autres choses, que, s’ils n’inventent pas tant que les autres
nations, ils perfectionnent davantage3.
À lire ces extraits ou d’autres encore (citons également la comédie Les Opéra, de Saint-
Évremond), on peut avoir l’impression que L’Astrée fait figure de petite sœur à côté de ces ouvrages
consacrés par la tradition européenne. La “critique” de L’Astrée n’est pourtant qu’apparente. S’il est
vrai que les jugements de valeur sont, en littérature, généralement suspects, il n’en reste pas moins
que cette approche risque d’être partielle. En effet –pour ne revenir que sur l’un de ces deux textes–
1
Ch. Sorel, La Bibliothèque françoise. Seconde edition reveüe et augmentée, Genève, Slatkine Reprints, 1970 [Paris, 1667], p. 399.
2
Ie partie, chap. XII-XIV et LI respectivement.
3
P. Scarron, Le Roman comique, Paris, Flammarion, coll. GF, 1981 [Paris, 1651 et 1657], p. 121.
2
, à l’âge de quinze ans, il est tout à fait normal qu’un garçon préfère les aventures aux histoires
d’amour. Alors Scarron, qui, par la voix du précepteur, a placé très haut, de manière implicite, notre
bergerie parmi les “bons romans”, souligne par la voix du Destin l’art des romanciers français qui ont
su tirer le meilleur parti des modèles venus de l’étranger. Des études critiques ont prouvé que la
richesse des textes tient aussi bien à ce qu’ils cachent qu’à ce qu’ils montrent, que la modération peut
indiquer une habileté au même titre que la singularité, que l’habileté dans l’adaptation des modèles
constitue un mérite qu’on se doit d’estimer.
Pour approfondir davantage cette direction, nous ferons appel à un autre extrait de la
Bibliothèque française. Sorel, qui a évoqué la “barbarie” des romans de Nervèze et de ses émules, ajoute:
On commençoit aussi de connoistre ce que c’estoit des choses Vray-semblables, par de petites
Narrations dont la mode vint, qui s’appelloient des Nouvelles; On les pouvoit comparer aux Histoires
veritables de quelques accidens particuliers des Hommes. Nous avions déja veu les Nouvelles de Boccace, &
celles de la Reine de Navarre. Le Livre du Prin-temps d’Yver avoit esté estimé fort agreable pour les cinq
Nouvelles qu’on y racontoit; Nous avions veu encore les Histoires Tragiques de Bandel, qu’on avoit traduites
d’Italien, qui estoient autant de Nouvelles: mais les Espagnols nous en donnerent de plus naturelles &
de plus circonstanciées, qui furent les Nouvelles de Miguel de Cervantes, remplies de naivetés & d’agrements;
On a veu depuis celles de Montalvan & quelques autres qui ont toutes eu grandcours, à cause que les
Dames les pouvoient lire sans apprehension, au lieu que quelques-unes d’auparavant estoient fort
condamnées, comme celles de Boccace, qui sont de tres mauvais exemple. Incontinent on en vid
d’originaires de ce Païs-cy; On imprima les Nouvelles Françoises, qui dans leur seconde Edition ayant esté
augmentées, ont esté appellées les Nouvelles choisies. On y trouve quelque invention pour les divers
incidens, mais il semble que la naiveté ne s’y rencontre pas tant qu’en celles des Espagnols4.
Beau panégyrique des Novelas ejemplares de Cervantès et de la nouvelle espagnole en général.
On notera cependant que ces mots, insérés dans la section “Des romans vray-semblables et des
nouvelles”, peuvent également être appliqués à l’ouvrage d’Urfé à plus d’un titre. Pour preuve, il suffit
de constater que Sorel note, quelques lignes plus haut, que les lecteurs de bon goût se garantissaient
du galimatias à la Nervèze “en s’arrestant aux agreables inventions de l’Astrée & à ses beaux & sçavans
Discours, qu’on aimoit davantage, & qui depuis peu avoient acquis du credit”. Quarante ans se sont
écoulés entre la rédaction de l’Anti-roman et celle de la Bibliothèque française, et tout le monde a délaissé,
en plein classicisme, le roman chevaleresque; dans sa jeunesse, sans parvenir à dissimuler une jalousie
inavouée à l’égard de Cervantès, Sorel tournait en dérision l’extravagance d’un chevalier devenu
berger; désormais, il chante les louanges de la nouvelle espagnole, celle de Cervantès en premier lieu.
C’est précisément en ce point qu’on peut dresser un nouveau parallèle entre les auteurs. Détachée à
présent du monde de l’invraisemblable chevalerie, douée du bon goût nécessaire pour être lue sans
appréhension par les dames, l’œuvre de d’Urfé, naïve et naturelle, représente dans le panorama du
nouveau roman français ce que les ouvrages de Cervantès ou de Montalbán représentaient dans celui
de la nouvelle. Pareille observation peut être faite sur le commentaire tiré du Roman comique: si le
Destin préfère les Amadis aux Astrées, c’est précisément parce qu’il cherche les épisodes
extraordinaires plutôt que le vraisemblable psychologique. Ainsi, les trois textes disent en filigrane
l’art d’un Honoré d’Urfé qui aurait trouvé la manière de raconter des histoires où sont
convenablement et savamment mis à profit les divers genres à la mode avec un soin exquis du
romanesque structuré, vraisemblable et moral. Prenons quelques exemples, parmi beaucoup d’autres
possibles.
4
Op. cit., p. 54.
3
Commençons par une remarque rapide concernant la structure. Dans le Livre II de Palmérin,
roman chevaleresque de la suite des Amadis, Duardos essaie, mais en vain, de s’entretenir avec la belle
Flerida pour lui témoigner son amour; il y parviendra habillé en jardinier et sous le faux nom de
Julián5. Dans ce même roman, la duchesse Gridonia a promis sa main au champion qui lui rapportera
la tête de Primaleón, homicide de son père, le duc Nardides, de son oncle Perequín de Duaços, et de
son cousin; c’est précisément ce preux chevalier qui combat pour la duchesse puis lui révèle son
identité et lui offre la tête qu’elle réclamait6. Ces deux épisodes sont réunis en un seul par d’Urfé: la
nymphe Galathée avait persécuté son amant Lindamor, puis, le croyant mort, ne déguise plus son
amour pour lui; le jardinier Fleurial lui offre donc de venir un soir dans le jardin où il lui apportera le
cœur de Lindamor; elle s’y rend et trouve Lindamor lui-même qui, déguisé en jardinier, lui apporte
son propre cœur7. L’assemblage des deux épisodes, repris pour l’essentiel par Marino dans l’Adone,
par Scudéry dans Le Prince déguisé et, pour partie, par Corneille dans Le Cid, est une garantie du savoir-
faire de d’Urfé, qui a élagué les éléments périphériques de l’intrigue au profit d’une action plus unie8.
Pour ce qui est de la vraisemblance, les Espagnols (Montemayor, Gil Polo, Alonso Pérez,
Cervantès) avaient conçu une nouvelle manière d’écrire des pastorales, différente de celle de leurs
prédécesseurs (Théocrite, Virgile, le Tasse, Guarini, Sannazar). Ils y avaient introduit le réalisme
rustique, et fait son éloge, à l’instar de Guevara (Menosprecio de corte y alabanza de aldea, 1539, traduit dès
1542 par Allègre): dans la Diana de Montemayor (dont la réception est étudiée par Marta T. Anacleto
dans ce même volume9), les bergères lavent leur linge et les bergers s’occupent de leurs brebis. Cette
nouveauté étonne cependant car les décors restent largement artificiels; seuls quelques noms de
province, de ville, de montagnes ou de rivières les rattachent à la réalité: pas plus que Sannazar ou Le
Tasse, ni Montemayor ni ses successeurs ne fournissent de précisions sur le cadre de leurs actions.
Sans trop s’éloigner de ses modèles, Urfé idéalise la bergerie beaucoup plus que ne l’avaient fait
Italiens ou Espagnols: c’est tout juste si ses brebis tombent malades ou s’éloignent du troupeau; ses
bergers ignorent les basses besognes de la vie rustique, qui les empêcheraient de goûter la douceur de
la campagne, célébrée à maintes reprises. En revanche, quelle précision topographique! Loin du
conventionnalisme de Montreux, proche du régionalisme de Belleforest, Urfé situe avec précision les
aventures qu’il raconte dans les paysages foréziens, lyonnais ou savoyards. Quand il invente, il ne
manque pas de camper le décor avec une méticulosité qui rend le récit singulièrement crédible. Un
5
Libro segundo de Palmerín…, éd. Lilia E. F. de Orduna et alii., Kassel, Reichenberger, “Ediciones críticas”, 2004, vol. I,
chap. XCIX, p. 450.
6
Ibid., vol. II, chap. CXCI, p. 895.
7
L’Astrée, I, 9, p. 362.
8
Voir A. Adam, “Le Prince déguisé de Scudéry et L’Adone de Marino”, Revue d’histoire de la philosophie et d’histoire
générale de la civilisation, 5 (1937), p. 25-37, ici p. 34 et Histoire de la littérature française, Paris, Domat, 1948, t. I, p. 127;
M. Gaume, Les Inspirations et les sources de l’œuvre d’Honoré d’Urfé, Saint-Etienne, Centre d’Études Foréziennes, 1977,
p. 523; J. M. Losada, Bibliographie critique de la littérature espagnole en France au XVIIe siècle. Présence et influence,
Genève, Droz, 1999, p. 78.
9
Voir aussi, parmi ses ouvrages, “L’étude des textes traduits et la réception littéraire. Lectures de Los siete libros de la
Diana en France”, Dedalus, 1 (1991), p. 245-276 et Aspectos da Recepção de “Los siete libros de la Diana” em França-as traduções de
Nicolas Colin (1578) e S.-G. Pavillon (1603), Coimbra, Faculdade de Letras, “Estudos”, 18, 1994, “Aspectos da recepção do
romance pastoril ibérico em França”, éd. M.L. Losa, I. de Sousa et G. Vilas-Boas, Literatura Comparada: os novos paradigmas.
Actas do II Congresso da Associação Portuguesa de Literatura Comparada, Porto, APLC, 1996, p. 213-221 et “Le genre et la réécriture
du romanesque au féminin: les (en)jeux des topoi dans la traduction française de La Diane de Montemayor par Mme Gillot
de Saintonge (1699)”, Féminités et masculinités dans le texte narratif avant 1800. La question du “gender”. Actes du XVIe colloque de la
SATOR, Louvain / Paris / Sterling, Peeters, 2002, p. 283-294.
4
seul exemple suffira. Afin de mener leurs amours “avec le plus de discretion qu’il [leur] estoit
possible”, Astrée, Phillis, Céladon et Lycidas choisissent pour s’y assembler un rocher sur le grand
chemin allant à la Roche. La description d’Astrée mérite qu’on la lise:
Il faut que vous sçachiez, qu’il y a un peu de peine à monter au dessus, mais y estant, le lieu est enfoncé,
de sorte que l’on s’y peut tenir debout sans estre veu par dehors, et parce qu’il est sur le grand chemin,
nous le choisismes pour nous y assembler, sans que personne nous vist. […] Et parce que nous avions
coustume de nous escrire tous les jours, pour estre quelquefois empeschez, et ne pouvoir venir en ce
lieu, nous avions choisi le long de ce petit ruisseau, qui costoye la grande allée, un vieux saule my-mangé
de vieillesse, dans le creux duquel nous mettions tous les jours des lettres, et afin de pouvoir plus
aisément faire response, nous y laissions ordinairement une escritoire10.
Ces lignes reproduisent l’image que l’auteur s’est faite de l’endroit: la hauteur et la disposition
des accidents naturels –afin de rendre plausibles les confidences furtives des amants–, le type d’arbres
qui convient –le saule étant, en effet, une espèce poussant auprès des cours d’eau–, les outils
nécessaires pour la correspondance écrite –faute de quoi aucun lecteur ne prêterait foi à ce moyen de
communication–; tous ces renseignements n’ont d’autre but que d’augmenter la vraisemblance du
récit. Ainsi, on assiste à une modification par rapport aux modèles espagnols. Ceux-ci avaient excellé
dans la description de la vie quotidienne; Urfé, quant à lui, cultive le réalisme du milieu dans lequel il
fait évoluer ses personnages (sans pour autant se refuser le recours au merveilleux quand l’argument
le demande: voir la fontaine de Vérité d’amour). En même temps, il adopte un récit plus circonstancié
que celui des pastorales espagnoles, celui-là même que Sorel appréciait dans les nouvelles d’outre-
Pyrénées11.
Venons-en enfin à la philosophie morale. Le soin apporté par le romancier pour restituer un
cadre géographique qu’on sait lui être cher ne l’a pas mis à l’abri de critiques quant au caractère de
ses personnages: “petit peuple de statues antiques” (Magendie) obéissant à des conventions littéraires,
théâtrales presque, échappant tous aux effets du temps, interchangeables, “des entités abstraites”
(Berthiaume), des masques incapables d’exprimer une identité psychologique. Or c’est là une option
qui semble tout aussi valable qu’une autre, surtout à une époque où les auteurs cherchaient moins
l’originalité des caractères que le renvoi à un code culturel parlant pour le lecteur. C’est précisément
en l’adoptant qu’Honoré d’Urfé s’est révélé un maître dans l’art de transmettre une conception
essentialiste de l’âme. L’Astrée renvoie moins à un homme précis, à une femme précise qu’à une idée
de l’homme ou de la femme en général. Nul doute, les Italiens, Marsile Ficin en tête, avaient posé les
fondements du courant néoplatonicien qui considérait, entre autres, la beauté comme signe de la
bonté céleste12, mais les traités de Ficin n’étaient pas lus par un vaste public.
Dans le domaine littéraire, le motif du service rendu par l’homme à la femme, incarnation
première de la beauté, était apparu deux siècles plus tôt avec les troubadours, puis les trouvères ainsi
que dans le roman breton. Mais cette haute idée de l’amour avait ensuite régressé, du fait notamment
du contexte social du bas Moyen Âge et des guerres qui assombrirent la France presque tout au long
du XVIe siècle. Parallèlement à la littérature comique ou pathétique, on pratiqua alors une analyse
sentimentale superficielle, quand l’amour n’était pas considéré dans ses réalités les plus grossières.
10
Op. cit., I, 4, p. 128-129.
11
Voir A. Adam, Histoire de la littérature française, t. I, p. 123; P. Berthiaume, “Psychodoxie du personnage dans L’Astrée”,
XVIIe Siècle, 53 (2001), p. 3-18, ici p. 4 et M. Gaume, op. cit., p. 547.
12
Voir J. Festugière, La Philosophie de l’amour de Marsile Ficin et son influence sur la littérature du XVIe siècle, Paris, Vrin, 1941,
p. 33 et A. Adam, “La théorie mystique de l’amour dans L’Astrée et ses sources italiennes”, Revue d’histoire de la philosophie et
d’histoire générale de la civilisation, 4 (1936), p. 193-206, ici p. 197.
5
Enfin vinrent les romans de chevalerie espagnols, authentiques successeurs du roman arthurien.
Grâce aux traductions d’Herberay des Essarts et de ses continuateurs, les nobles nostalgiques de la
courtoisie médiévale eurent enfin sous les yeux l’expression nouvelle d’une culture raffinée, où les
armes s’alliaient à l’amour, où la dame redevenait la maîtresse et le chevalier le serviteur13.
Cette évolution du genre romanesque a été rendue possible grâce à un pont: la série des Amadis.
On se gardera de les interpréter comme des livres exclusivement espagnols. Leur ton et leur structure
dévoilent une assimilation profonde du néoplatonisme et une composition digne de leur plus noble
ancêtre, Chrétien de Troyes, dont ils prennent en quelque sorte le relais. Depuis qu’ils ont franchi les
frontières, leurs traductions (surtout en Italie et en France) en ont fait des best-sellers (plus de deux
cents éditions françaises au XVIe siècle) répondant à l’engouement des nobles pour les aventures
romanesques de la chevalerie. Encore faut-il préciser que, littéralement parlant, les héros de ces
romans n’avaient pas à franchir la frontière: Amadis est originaire de Gaule comme Primaléon l’est
de Grèce ou Palmérin d’Angleterre: plus qu’aucun autre événement de l’époque, la série des Amadis
est un phénomène européen. Mieux: à partir du quinzième livre (sorti de l’imagination d’Antoine
Tyron), le seizième et les suivants, jusqu’au vingt et unième inclus, sont une traduction de Gabriel
Chappuys, non de l’espagnol mais probablement d’après l’italien de Mambrino Roseo; cela, sans
oublier les livres XXIIe à XXIVe, dont l’origine reste inconnue, ni les Trésors des Amadis, dont la dernière
édition française est de 1606, un an précisément avant la publication de L’Astrée.
Le statut de la femme déifiée et de son amoureux adorateur, héritage des Amadis, est repris par
Urfé. Nous rappellerons un seul exemple qui les condense tous. Amadis, amoureux d’Oriane, se
charge de punir le géant Abiseos, homicide du père de Briolaine; la calomnie du nain Ardan excite la
jalousie d’Oriane qui bannit le preux chevalier de sa présence: “Parquoy je vous defendz de vous
trouver jamais devant moy, n’en part ou je reside”14. Dans l’ouvrage d’Honoré d’Urfé, la trahison de
Sémire excite la jalousie d’Astrée qui congédie Céladon: “Garde toy bien de te faire jamais voir à moy
que je ne te le commande”15; ailleurs, à l’instar d’Oriane dans l’Amadis, Diane se pique d’entendre
Silvandre, son amant, offrir à Madonthe de l’escorter16. Jusqu’ici, le chevalier n’a fait preuve que
d’amour (envers Oriane, envers Astrée) et de courtoisie (envers Briolaine, envers Madonthe). Mais le
culte dû à la femme est plus exigeant encore; l’amoureux est tenu de préférer le bien de la dame au
sien propre, à son honneur et à sa propre vie, d’où les discours d’Amadis:
Mais puis que par ma fin vous estes satisfaite, & n’euz oncques ma vie en tant de recommandation, que
pour la moindre chose qui vous feust aggreable: je la vouldroye changer en mil mortz, s’il estoit possible.
Par ainsi, puis que ce vous est contentement, d’executer encontre moy vostre ire, il m’est tres aggreable,
si pour mon tourment vous vivez desormais plus à vostre aise17.
¡Oh, mi señora Oriana!, vos me habéis llegado a la muerte por el defendimiento que me hacéis, que yo
no tengo de pasar vuestro mandado pues guardándole no guardo la vida. Esta muerte recibo a sin razón,
de que mucho dolor tengo, no por la recibir, pues con ella vuestra voluntad se satisface, que no podría
13
M. Magendie, Du Nouveau sur “L’Astrée”, Paris, Honoré Champion, 1927, p. 229; M. Gaume, op. cit., p. 508; Fr.
Lestringant, J. Rieu et A. Tarrête, Littérature française du XVIe siècle, Paris, PUF, 2000, p. 108; J. M. Losada, “Les romans de
chevalerie en Espagne: origine, tradition, innovation”, dans La Chevalerie, du Moyen Âge à nos jours, Bucarest, Universitatii din
Bucuresti, 2003, p. 345-359, ici p. 348.
14
Le second livre de Amadis de Gaule, traduict nouvellement d’Espaignol en François par le Seigneur des Essars, Nicolas de Herberay,
Paris, Vincent Sertenas, 1550, chap. II, f. VIII (“no parezcáis ante mí ni en parte donde yo sea”, Amadís de Gaula, dans
Libros de caballerías españoles, éd. Felicidad Buendía, Madrid, Aguilar, 1960, l. II, chap. XLIV, p. 512).
15
I, 1, p. 13.
16
Voir M. Magendie, op. cit., p. 130.
17
Le second livre de Amadis de Gaule, trad. des Essarts, op. cit., l. II, chap. IV, f. XI-XII.
6
yo en tanto la vida tener que por la menor cosa que a vuestro placer tocase no fuese mil veces por la
muerte trocada18.
Celui de Céladon dans son dialogue avec Léonide est de la même veine:
Miserable condition, dit la nymphe en le plaignant, que la tienne, Celadon! – Tant s’en faut, dit-il, voyez,
sage nymphe, combien vous estes deceue. Je ne sçaurois desirer plus de bien que le mal que je souffre;
car en pourrois-je souhaitter un plus grand que de luy plaire? Et si mon mal luy plait, me pourrois-je
douloir? Tant s’en faut, ne me dois-je point resjouir de ce qui luy est agreable? Et alors s’escriant: O
heureux Celadon, dit-il, et en une chose moins heureux, qu’Astrée ne sçait pas que tu es heureux!19.
On le voit, la pastorale d’Urfé a assimilé en profondeur ce code féminin qui, sans doute, aura
son écho dans la société galante tout au long du siècle.
D’autres particularités auraient pu être signalées: le roman à clés, les histoires intercalées,
l’agencement des lettres, le recours aux débats et même l’ekphrasis; autant d’indices qui révèlent la
connaissance érudite de la littérature espagnole20. L’étude de ces exemples montre que s’agissant de
la structure, comme de la vraisemblance et de la morale, l’auteur français a su combiner ses modèles
(en l’occurrence, espagnols) pour rendre avec bonheur l’esthétique et la teneur du nouveau
romanesque tel que le demandait Sorel dans sa Bibliothèque française.
18
Amadís de Gaula, l. II, chap. XLVI, p. 517.
19
II, 7, p. 282.
20
Voir T. Gonzalo Santos, “Los modelos novelísticos españoles y la formación de la novela francesa”, Actas del XIII
simposio de la Sociedad Española de Literatura General y Comparada, León, Universidad de León, 2002, p. 571-579 et “De la Diana
de Montemayor a la novela pastoril francesa: el canon europeo”, 1616, 11 (2006), p. 109-118.

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  • 1. 1 L’ESPAGNE ET L’ASTRÉE Lire l’Astrée. Actes du Colloque International de Paris (4-6 octobre 2007). Delphine Denis (éd.), Paris: PUPS, 2008, p. 43-50. ISBN: 978-2-84050-613-3. Presque tout a été dit sur Honoré d’Urfé et sur ses sources espagnoles (même sur son adaptation de la Diana dans le Sireine ou du Romancero dans la Savoysiade); les ouvrages que l’on trouvera dans la bibliographie renseignent sur les modèles d’outre-Pyrénées qui ont exercé d’une manière ou d’une autre une influence sur l’auteur. Soucieux de ne pas donner une impression de déjà vu, nous n’aborderons pas ici la question des sources –sauf, si besoin est, à titre d’illustration ponctuelle. Nous préférons faire porter l’étude sur un art de l’adaptation dont le mérite n’est pas toujours apprécié à sa juste valeur; nous le ferons à partir de plusieurs textes aussi bien de critique que de fiction. Cette approche, nous osons l’espérer, aidera à mieux faire comprendre l’originalité du roman pastoral qui nous rassemble ici. Commençons par un extrait de La Bibliothèque française (1667), où Charles Sorel parle de son propre ouvrage Le Berger extravagant (1627-1628), une sorte d’Anti-Roman (c’est son titre occasionnel) qui fait la censure de toutes les insanités romanesques: L’histoire du Berger Extravagant décrivant un homme qui est devenu fou pour avoir lu des romans et des poésies, et qui se fait berger à la manière de ceux de l’ancienne Arcadie, cela pouvait divertir assez de gens, mais ce n’était pas là le seul dessein. Il y a des Remarques jointes à cette histoire, lesquelles donnent de l’instruction sur plusieurs choses1. Dans ce texte, les bergeries sont visées. Un mécanisme mimétique affecte l’action des protagonistes: le déguisement de Lysis et de Catherine en bergers reproduit les épisodes de Grisóstomo et Marcela et d’Anselmo et Leandra dans le Quichotte2, mais fait allusion aussi aux nobles installés dans le Forez (objet d’émulation pour les personnages déguisés, objet de risée pour les lecteurs). Autant que la bergerie, la chevalerie a ses imitateurs; il suffit de lire un petit extrait du Roman comique (1651) de Scarron. Faisant le récit de ses aventures, le Destin évoque le temps où il fréquentait la bibliothèque du baron d’Arques en compagnie de son ami Verville. Leur précepteur leur avait conseillé de lire les romans “modernes”; ils n’en firent pas grand cas: […] ils n’étaient pas selon notre goût, et jusqu’à l’âge de quinze ans, nous nous plaisions bien plus à lire les Amadis de Gaule que les Astrées et les autres beaux romans que l’on a faits depuis par lesquels les Français ont fait voir, aussi bien que par mille autres choses, que, s’ils n’inventent pas tant que les autres nations, ils perfectionnent davantage3. À lire ces extraits ou d’autres encore (citons également la comédie Les Opéra, de Saint- Évremond), on peut avoir l’impression que L’Astrée fait figure de petite sœur à côté de ces ouvrages consacrés par la tradition européenne. La “critique” de L’Astrée n’est pourtant qu’apparente. S’il est vrai que les jugements de valeur sont, en littérature, généralement suspects, il n’en reste pas moins que cette approche risque d’être partielle. En effet –pour ne revenir que sur l’un de ces deux textes– 1 Ch. Sorel, La Bibliothèque françoise. Seconde edition reveüe et augmentée, Genève, Slatkine Reprints, 1970 [Paris, 1667], p. 399. 2 Ie partie, chap. XII-XIV et LI respectivement. 3 P. Scarron, Le Roman comique, Paris, Flammarion, coll. GF, 1981 [Paris, 1651 et 1657], p. 121.
  • 2. 2 , à l’âge de quinze ans, il est tout à fait normal qu’un garçon préfère les aventures aux histoires d’amour. Alors Scarron, qui, par la voix du précepteur, a placé très haut, de manière implicite, notre bergerie parmi les “bons romans”, souligne par la voix du Destin l’art des romanciers français qui ont su tirer le meilleur parti des modèles venus de l’étranger. Des études critiques ont prouvé que la richesse des textes tient aussi bien à ce qu’ils cachent qu’à ce qu’ils montrent, que la modération peut indiquer une habileté au même titre que la singularité, que l’habileté dans l’adaptation des modèles constitue un mérite qu’on se doit d’estimer. Pour approfondir davantage cette direction, nous ferons appel à un autre extrait de la Bibliothèque française. Sorel, qui a évoqué la “barbarie” des romans de Nervèze et de ses émules, ajoute: On commençoit aussi de connoistre ce que c’estoit des choses Vray-semblables, par de petites Narrations dont la mode vint, qui s’appelloient des Nouvelles; On les pouvoit comparer aux Histoires veritables de quelques accidens particuliers des Hommes. Nous avions déja veu les Nouvelles de Boccace, & celles de la Reine de Navarre. Le Livre du Prin-temps d’Yver avoit esté estimé fort agreable pour les cinq Nouvelles qu’on y racontoit; Nous avions veu encore les Histoires Tragiques de Bandel, qu’on avoit traduites d’Italien, qui estoient autant de Nouvelles: mais les Espagnols nous en donnerent de plus naturelles & de plus circonstanciées, qui furent les Nouvelles de Miguel de Cervantes, remplies de naivetés & d’agrements; On a veu depuis celles de Montalvan & quelques autres qui ont toutes eu grandcours, à cause que les Dames les pouvoient lire sans apprehension, au lieu que quelques-unes d’auparavant estoient fort condamnées, comme celles de Boccace, qui sont de tres mauvais exemple. Incontinent on en vid d’originaires de ce Païs-cy; On imprima les Nouvelles Françoises, qui dans leur seconde Edition ayant esté augmentées, ont esté appellées les Nouvelles choisies. On y trouve quelque invention pour les divers incidens, mais il semble que la naiveté ne s’y rencontre pas tant qu’en celles des Espagnols4. Beau panégyrique des Novelas ejemplares de Cervantès et de la nouvelle espagnole en général. On notera cependant que ces mots, insérés dans la section “Des romans vray-semblables et des nouvelles”, peuvent également être appliqués à l’ouvrage d’Urfé à plus d’un titre. Pour preuve, il suffit de constater que Sorel note, quelques lignes plus haut, que les lecteurs de bon goût se garantissaient du galimatias à la Nervèze “en s’arrestant aux agreables inventions de l’Astrée & à ses beaux & sçavans Discours, qu’on aimoit davantage, & qui depuis peu avoient acquis du credit”. Quarante ans se sont écoulés entre la rédaction de l’Anti-roman et celle de la Bibliothèque française, et tout le monde a délaissé, en plein classicisme, le roman chevaleresque; dans sa jeunesse, sans parvenir à dissimuler une jalousie inavouée à l’égard de Cervantès, Sorel tournait en dérision l’extravagance d’un chevalier devenu berger; désormais, il chante les louanges de la nouvelle espagnole, celle de Cervantès en premier lieu. C’est précisément en ce point qu’on peut dresser un nouveau parallèle entre les auteurs. Détachée à présent du monde de l’invraisemblable chevalerie, douée du bon goût nécessaire pour être lue sans appréhension par les dames, l’œuvre de d’Urfé, naïve et naturelle, représente dans le panorama du nouveau roman français ce que les ouvrages de Cervantès ou de Montalbán représentaient dans celui de la nouvelle. Pareille observation peut être faite sur le commentaire tiré du Roman comique: si le Destin préfère les Amadis aux Astrées, c’est précisément parce qu’il cherche les épisodes extraordinaires plutôt que le vraisemblable psychologique. Ainsi, les trois textes disent en filigrane l’art d’un Honoré d’Urfé qui aurait trouvé la manière de raconter des histoires où sont convenablement et savamment mis à profit les divers genres à la mode avec un soin exquis du romanesque structuré, vraisemblable et moral. Prenons quelques exemples, parmi beaucoup d’autres possibles. 4 Op. cit., p. 54.
  • 3. 3 Commençons par une remarque rapide concernant la structure. Dans le Livre II de Palmérin, roman chevaleresque de la suite des Amadis, Duardos essaie, mais en vain, de s’entretenir avec la belle Flerida pour lui témoigner son amour; il y parviendra habillé en jardinier et sous le faux nom de Julián5. Dans ce même roman, la duchesse Gridonia a promis sa main au champion qui lui rapportera la tête de Primaleón, homicide de son père, le duc Nardides, de son oncle Perequín de Duaços, et de son cousin; c’est précisément ce preux chevalier qui combat pour la duchesse puis lui révèle son identité et lui offre la tête qu’elle réclamait6. Ces deux épisodes sont réunis en un seul par d’Urfé: la nymphe Galathée avait persécuté son amant Lindamor, puis, le croyant mort, ne déguise plus son amour pour lui; le jardinier Fleurial lui offre donc de venir un soir dans le jardin où il lui apportera le cœur de Lindamor; elle s’y rend et trouve Lindamor lui-même qui, déguisé en jardinier, lui apporte son propre cœur7. L’assemblage des deux épisodes, repris pour l’essentiel par Marino dans l’Adone, par Scudéry dans Le Prince déguisé et, pour partie, par Corneille dans Le Cid, est une garantie du savoir- faire de d’Urfé, qui a élagué les éléments périphériques de l’intrigue au profit d’une action plus unie8. Pour ce qui est de la vraisemblance, les Espagnols (Montemayor, Gil Polo, Alonso Pérez, Cervantès) avaient conçu une nouvelle manière d’écrire des pastorales, différente de celle de leurs prédécesseurs (Théocrite, Virgile, le Tasse, Guarini, Sannazar). Ils y avaient introduit le réalisme rustique, et fait son éloge, à l’instar de Guevara (Menosprecio de corte y alabanza de aldea, 1539, traduit dès 1542 par Allègre): dans la Diana de Montemayor (dont la réception est étudiée par Marta T. Anacleto dans ce même volume9), les bergères lavent leur linge et les bergers s’occupent de leurs brebis. Cette nouveauté étonne cependant car les décors restent largement artificiels; seuls quelques noms de province, de ville, de montagnes ou de rivières les rattachent à la réalité: pas plus que Sannazar ou Le Tasse, ni Montemayor ni ses successeurs ne fournissent de précisions sur le cadre de leurs actions. Sans trop s’éloigner de ses modèles, Urfé idéalise la bergerie beaucoup plus que ne l’avaient fait Italiens ou Espagnols: c’est tout juste si ses brebis tombent malades ou s’éloignent du troupeau; ses bergers ignorent les basses besognes de la vie rustique, qui les empêcheraient de goûter la douceur de la campagne, célébrée à maintes reprises. En revanche, quelle précision topographique! Loin du conventionnalisme de Montreux, proche du régionalisme de Belleforest, Urfé situe avec précision les aventures qu’il raconte dans les paysages foréziens, lyonnais ou savoyards. Quand il invente, il ne manque pas de camper le décor avec une méticulosité qui rend le récit singulièrement crédible. Un 5 Libro segundo de Palmerín…, éd. Lilia E. F. de Orduna et alii., Kassel, Reichenberger, “Ediciones críticas”, 2004, vol. I, chap. XCIX, p. 450. 6 Ibid., vol. II, chap. CXCI, p. 895. 7 L’Astrée, I, 9, p. 362. 8 Voir A. Adam, “Le Prince déguisé de Scudéry et L’Adone de Marino”, Revue d’histoire de la philosophie et d’histoire générale de la civilisation, 5 (1937), p. 25-37, ici p. 34 et Histoire de la littérature française, Paris, Domat, 1948, t. I, p. 127; M. Gaume, Les Inspirations et les sources de l’œuvre d’Honoré d’Urfé, Saint-Etienne, Centre d’Études Foréziennes, 1977, p. 523; J. M. Losada, Bibliographie critique de la littérature espagnole en France au XVIIe siècle. Présence et influence, Genève, Droz, 1999, p. 78. 9 Voir aussi, parmi ses ouvrages, “L’étude des textes traduits et la réception littéraire. Lectures de Los siete libros de la Diana en France”, Dedalus, 1 (1991), p. 245-276 et Aspectos da Recepção de “Los siete libros de la Diana” em França-as traduções de Nicolas Colin (1578) e S.-G. Pavillon (1603), Coimbra, Faculdade de Letras, “Estudos”, 18, 1994, “Aspectos da recepção do romance pastoril ibérico em França”, éd. M.L. Losa, I. de Sousa et G. Vilas-Boas, Literatura Comparada: os novos paradigmas. Actas do II Congresso da Associação Portuguesa de Literatura Comparada, Porto, APLC, 1996, p. 213-221 et “Le genre et la réécriture du romanesque au féminin: les (en)jeux des topoi dans la traduction française de La Diane de Montemayor par Mme Gillot de Saintonge (1699)”, Féminités et masculinités dans le texte narratif avant 1800. La question du “gender”. Actes du XVIe colloque de la SATOR, Louvain / Paris / Sterling, Peeters, 2002, p. 283-294.
  • 4. 4 seul exemple suffira. Afin de mener leurs amours “avec le plus de discretion qu’il [leur] estoit possible”, Astrée, Phillis, Céladon et Lycidas choisissent pour s’y assembler un rocher sur le grand chemin allant à la Roche. La description d’Astrée mérite qu’on la lise: Il faut que vous sçachiez, qu’il y a un peu de peine à monter au dessus, mais y estant, le lieu est enfoncé, de sorte que l’on s’y peut tenir debout sans estre veu par dehors, et parce qu’il est sur le grand chemin, nous le choisismes pour nous y assembler, sans que personne nous vist. […] Et parce que nous avions coustume de nous escrire tous les jours, pour estre quelquefois empeschez, et ne pouvoir venir en ce lieu, nous avions choisi le long de ce petit ruisseau, qui costoye la grande allée, un vieux saule my-mangé de vieillesse, dans le creux duquel nous mettions tous les jours des lettres, et afin de pouvoir plus aisément faire response, nous y laissions ordinairement une escritoire10. Ces lignes reproduisent l’image que l’auteur s’est faite de l’endroit: la hauteur et la disposition des accidents naturels –afin de rendre plausibles les confidences furtives des amants–, le type d’arbres qui convient –le saule étant, en effet, une espèce poussant auprès des cours d’eau–, les outils nécessaires pour la correspondance écrite –faute de quoi aucun lecteur ne prêterait foi à ce moyen de communication–; tous ces renseignements n’ont d’autre but que d’augmenter la vraisemblance du récit. Ainsi, on assiste à une modification par rapport aux modèles espagnols. Ceux-ci avaient excellé dans la description de la vie quotidienne; Urfé, quant à lui, cultive le réalisme du milieu dans lequel il fait évoluer ses personnages (sans pour autant se refuser le recours au merveilleux quand l’argument le demande: voir la fontaine de Vérité d’amour). En même temps, il adopte un récit plus circonstancié que celui des pastorales espagnoles, celui-là même que Sorel appréciait dans les nouvelles d’outre- Pyrénées11. Venons-en enfin à la philosophie morale. Le soin apporté par le romancier pour restituer un cadre géographique qu’on sait lui être cher ne l’a pas mis à l’abri de critiques quant au caractère de ses personnages: “petit peuple de statues antiques” (Magendie) obéissant à des conventions littéraires, théâtrales presque, échappant tous aux effets du temps, interchangeables, “des entités abstraites” (Berthiaume), des masques incapables d’exprimer une identité psychologique. Or c’est là une option qui semble tout aussi valable qu’une autre, surtout à une époque où les auteurs cherchaient moins l’originalité des caractères que le renvoi à un code culturel parlant pour le lecteur. C’est précisément en l’adoptant qu’Honoré d’Urfé s’est révélé un maître dans l’art de transmettre une conception essentialiste de l’âme. L’Astrée renvoie moins à un homme précis, à une femme précise qu’à une idée de l’homme ou de la femme en général. Nul doute, les Italiens, Marsile Ficin en tête, avaient posé les fondements du courant néoplatonicien qui considérait, entre autres, la beauté comme signe de la bonté céleste12, mais les traités de Ficin n’étaient pas lus par un vaste public. Dans le domaine littéraire, le motif du service rendu par l’homme à la femme, incarnation première de la beauté, était apparu deux siècles plus tôt avec les troubadours, puis les trouvères ainsi que dans le roman breton. Mais cette haute idée de l’amour avait ensuite régressé, du fait notamment du contexte social du bas Moyen Âge et des guerres qui assombrirent la France presque tout au long du XVIe siècle. Parallèlement à la littérature comique ou pathétique, on pratiqua alors une analyse sentimentale superficielle, quand l’amour n’était pas considéré dans ses réalités les plus grossières. 10 Op. cit., I, 4, p. 128-129. 11 Voir A. Adam, Histoire de la littérature française, t. I, p. 123; P. Berthiaume, “Psychodoxie du personnage dans L’Astrée”, XVIIe Siècle, 53 (2001), p. 3-18, ici p. 4 et M. Gaume, op. cit., p. 547. 12 Voir J. Festugière, La Philosophie de l’amour de Marsile Ficin et son influence sur la littérature du XVIe siècle, Paris, Vrin, 1941, p. 33 et A. Adam, “La théorie mystique de l’amour dans L’Astrée et ses sources italiennes”, Revue d’histoire de la philosophie et d’histoire générale de la civilisation, 4 (1936), p. 193-206, ici p. 197.
  • 5. 5 Enfin vinrent les romans de chevalerie espagnols, authentiques successeurs du roman arthurien. Grâce aux traductions d’Herberay des Essarts et de ses continuateurs, les nobles nostalgiques de la courtoisie médiévale eurent enfin sous les yeux l’expression nouvelle d’une culture raffinée, où les armes s’alliaient à l’amour, où la dame redevenait la maîtresse et le chevalier le serviteur13. Cette évolution du genre romanesque a été rendue possible grâce à un pont: la série des Amadis. On se gardera de les interpréter comme des livres exclusivement espagnols. Leur ton et leur structure dévoilent une assimilation profonde du néoplatonisme et une composition digne de leur plus noble ancêtre, Chrétien de Troyes, dont ils prennent en quelque sorte le relais. Depuis qu’ils ont franchi les frontières, leurs traductions (surtout en Italie et en France) en ont fait des best-sellers (plus de deux cents éditions françaises au XVIe siècle) répondant à l’engouement des nobles pour les aventures romanesques de la chevalerie. Encore faut-il préciser que, littéralement parlant, les héros de ces romans n’avaient pas à franchir la frontière: Amadis est originaire de Gaule comme Primaléon l’est de Grèce ou Palmérin d’Angleterre: plus qu’aucun autre événement de l’époque, la série des Amadis est un phénomène européen. Mieux: à partir du quinzième livre (sorti de l’imagination d’Antoine Tyron), le seizième et les suivants, jusqu’au vingt et unième inclus, sont une traduction de Gabriel Chappuys, non de l’espagnol mais probablement d’après l’italien de Mambrino Roseo; cela, sans oublier les livres XXIIe à XXIVe, dont l’origine reste inconnue, ni les Trésors des Amadis, dont la dernière édition française est de 1606, un an précisément avant la publication de L’Astrée. Le statut de la femme déifiée et de son amoureux adorateur, héritage des Amadis, est repris par Urfé. Nous rappellerons un seul exemple qui les condense tous. Amadis, amoureux d’Oriane, se charge de punir le géant Abiseos, homicide du père de Briolaine; la calomnie du nain Ardan excite la jalousie d’Oriane qui bannit le preux chevalier de sa présence: “Parquoy je vous defendz de vous trouver jamais devant moy, n’en part ou je reside”14. Dans l’ouvrage d’Honoré d’Urfé, la trahison de Sémire excite la jalousie d’Astrée qui congédie Céladon: “Garde toy bien de te faire jamais voir à moy que je ne te le commande”15; ailleurs, à l’instar d’Oriane dans l’Amadis, Diane se pique d’entendre Silvandre, son amant, offrir à Madonthe de l’escorter16. Jusqu’ici, le chevalier n’a fait preuve que d’amour (envers Oriane, envers Astrée) et de courtoisie (envers Briolaine, envers Madonthe). Mais le culte dû à la femme est plus exigeant encore; l’amoureux est tenu de préférer le bien de la dame au sien propre, à son honneur et à sa propre vie, d’où les discours d’Amadis: Mais puis que par ma fin vous estes satisfaite, & n’euz oncques ma vie en tant de recommandation, que pour la moindre chose qui vous feust aggreable: je la vouldroye changer en mil mortz, s’il estoit possible. Par ainsi, puis que ce vous est contentement, d’executer encontre moy vostre ire, il m’est tres aggreable, si pour mon tourment vous vivez desormais plus à vostre aise17. ¡Oh, mi señora Oriana!, vos me habéis llegado a la muerte por el defendimiento que me hacéis, que yo no tengo de pasar vuestro mandado pues guardándole no guardo la vida. Esta muerte recibo a sin razón, de que mucho dolor tengo, no por la recibir, pues con ella vuestra voluntad se satisface, que no podría 13 M. Magendie, Du Nouveau sur “L’Astrée”, Paris, Honoré Champion, 1927, p. 229; M. Gaume, op. cit., p. 508; Fr. Lestringant, J. Rieu et A. Tarrête, Littérature française du XVIe siècle, Paris, PUF, 2000, p. 108; J. M. Losada, “Les romans de chevalerie en Espagne: origine, tradition, innovation”, dans La Chevalerie, du Moyen Âge à nos jours, Bucarest, Universitatii din Bucuresti, 2003, p. 345-359, ici p. 348. 14 Le second livre de Amadis de Gaule, traduict nouvellement d’Espaignol en François par le Seigneur des Essars, Nicolas de Herberay, Paris, Vincent Sertenas, 1550, chap. II, f. VIII (“no parezcáis ante mí ni en parte donde yo sea”, Amadís de Gaula, dans Libros de caballerías españoles, éd. Felicidad Buendía, Madrid, Aguilar, 1960, l. II, chap. XLIV, p. 512). 15 I, 1, p. 13. 16 Voir M. Magendie, op. cit., p. 130. 17 Le second livre de Amadis de Gaule, trad. des Essarts, op. cit., l. II, chap. IV, f. XI-XII.
  • 6. 6 yo en tanto la vida tener que por la menor cosa que a vuestro placer tocase no fuese mil veces por la muerte trocada18. Celui de Céladon dans son dialogue avec Léonide est de la même veine: Miserable condition, dit la nymphe en le plaignant, que la tienne, Celadon! – Tant s’en faut, dit-il, voyez, sage nymphe, combien vous estes deceue. Je ne sçaurois desirer plus de bien que le mal que je souffre; car en pourrois-je souhaitter un plus grand que de luy plaire? Et si mon mal luy plait, me pourrois-je douloir? Tant s’en faut, ne me dois-je point resjouir de ce qui luy est agreable? Et alors s’escriant: O heureux Celadon, dit-il, et en une chose moins heureux, qu’Astrée ne sçait pas que tu es heureux!19. On le voit, la pastorale d’Urfé a assimilé en profondeur ce code féminin qui, sans doute, aura son écho dans la société galante tout au long du siècle. D’autres particularités auraient pu être signalées: le roman à clés, les histoires intercalées, l’agencement des lettres, le recours aux débats et même l’ekphrasis; autant d’indices qui révèlent la connaissance érudite de la littérature espagnole20. L’étude de ces exemples montre que s’agissant de la structure, comme de la vraisemblance et de la morale, l’auteur français a su combiner ses modèles (en l’occurrence, espagnols) pour rendre avec bonheur l’esthétique et la teneur du nouveau romanesque tel que le demandait Sorel dans sa Bibliothèque française. 18 Amadís de Gaula, l. II, chap. XLVI, p. 517. 19 II, 7, p. 282. 20 Voir T. Gonzalo Santos, “Los modelos novelísticos españoles y la formación de la novela francesa”, Actas del XIII simposio de la Sociedad Española de Literatura General y Comparada, León, Universidad de León, 2002, p. 571-579 et “De la Diana de Montemayor a la novela pastoril francesa: el canon europeo”, 1616, 11 (2006), p. 109-118.