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Diaporamas ‘De l’offense à la réconciliation’
Série 1- ‘Mémoire et reconnaissance de crimes du passé’
2- La mémoire de l’esclavage
Étienne Godinot .01.02.2024
La série de diaporamas
‘De l’offense à la réconciliation’
Sommaire : Rappel
Série 1 : Mémoire et reconnaissance de crimes du passé
1 - Introduction
2 - La mémoire de l’esclavage
3 - La mémoire du colonialisme
4 - La mémoire du génocide des Arméniens
5 - La mémoire de la Shoah
6-1 - La mémoire des crimes des pouvoirs communistes
6-2 - La mémoire des crimes des pouvoirs communistes
7 - La mémoire des crimes commis par les États-Unis
8 - La mémoire des crimes des Khmers rouges au Cambodge
9 - La mémoire du génocide du Rwanda
10 - La mémoire des crimes commis pendant les guerres en ex-Yougoslavie
11 - La mémoire de l’apartheid en Afrique du Sud
12 - La mémoire des guerres
13 - La mémoire des crimes commis par les institutions religieuses
Série 2 : Justice, pardon et réconciliation
1 - Justice, pardon et réconciliation : dissiper les malentendus
2 - Pardon et réconciliation entre personnes
3 - Pardon et réconciliation entre groupes humains
4 - La réconciliation franco-allemande
5-1 - L’Algérie et la France : de 1830 à 1962
5-2 - L’Algérie et la France : depuis 1962
6 - Le Japon et les traces de sa période impériale en Asie du Sud-Est
7 - La Chine. Une volonté de revanche ?
8 - Institutions en faveur de la justice et des droits humains.
9 - Relire et dépasser le passé pour inventer l’avenir
La mémoire
de l’esclavage
L’esclavage dans l’Antiquité
L'esclavage est la réduction d'une personne à un état de
privation de toute liberté, des libertés sociales aux libertés les plus
fondamentales. L'esclave est exclu ou en marge de la société, tout
en pouvant être l'élément moteur dans le développement de certai-
nes sociétés dont le système économique repose sur l'esclavagisme.
Les critères de propriété liés à l’esclavage impliquent un certain
niveau d’organisation des sociétés, ce qui rend incertain l’existence
de l’esclavage pendant les temps préhistoriques.
L'esclavage existe à l'époque antique où il est mentionné dans
les toutes premières traces écrites, comme le ‘Code de Hammurabi’
et d'autres écrits analysés comme des transcriptions d'histoires
orales.
Images : Le ‘Code de Hammurabi’ mentionne l’esclavage
La Grande muraille de Chine construite en grande partie par des esclaves
L’esclavage dans l’Antiquité
L'esclavage existe dans la société sumérienne : comme un
animal, l'esclave peut être acheté et vendu, marqué au fer rouge en
cas de faute.
La Chine archaïque utilise une main d'œuvre esclave pour
construire les digues et les fortifications : la Grande Muraille n'échappe
pas à la règle.
L'esclavage est pratiqué en Inde, dans le Siam et l'Empire
khmer ; en Corée, il n'est aboli qu'à la fin du 19ème siècle.
Il existe dans l’Égypte antique, dans la Grèce antique (Aristote
parle de « cheptel humain »).
Il existe à Rome : Spartacus, un gladiateur d'origine thrace, est
avec 4 esclaves gaulois à l'origine de la troisième guerre servile, le plus
important soulèvement d'esclaves contre la République romaine, entre
73 et 71 av. J.- C.*
Il existe à Carthage, chez les Gaulois, les Germains.
Les esclaves sont très souvent des prisonniers de guerre.
* La répression est sanglante : 6 000 esclaves sont crucifiés sur la Via Appia, entre Rome et
Capoue. De plus, Pompée massacre 5 000 esclaves en fuite dans le nord de l'Italie
Image du haut : Représentation d'un marchand d'esclaves - Perse antique
L’esclavage dans le monde arabe
L'esclavage est pratiqué en Arabie préislamique comme dans
les autres sociétés antiques, et Mahomet lui-même a des esclaves*.
La condition servile existe depuis des millénaires avant
l'émergence de l'islam, mais, avant comme après, les esclaves
proviennent principalement de la traite orientale pratiquée à partir de
l'Afrique, de l'Europe, du Caucase et du sous-continent indien.
Entre le 6e et le 9e siècle, et au début de l'histoire islamique, les
esclaves du monde musulman sont employés dans l'irrigation,
les plantations de canne à sucre, l'exploitation minière et l'élevage.
Par la suite, ils sont surtout utilisés en tant que travailleurs
domestiques, soldats, gardiens et concubines.
Par leur ampleur et leur durée - du 7ème au 20ème siècle, les
‘traites orientales’ organisées par les négriers musulmans constituent
sans doute, d'un point de vue quantitatif, la plus importante des trois
traites négrières de l'histoire**.
* Pas plus que l'Ancien testament, le Coran ne condamne l'esclavage, mais considère
cette discrimination entre les humains comme conforme à l’ordre des choses établi par Dieu et
établit une hiérarchie entre les esclaves musulmans et les autres.
* Selon l'historien états-unien Ralph Austen, le meilleur spécialiste de la question, 17
millions de personnes auraient été déportées par les négriers musulmans entre 650 et 1920.
Images : Scène de marché aux esclaves, Yemen, 13ème siècle
Itinéraires de la traite orientale en Afrique subsaharienne au Moyen-Âge
L’esclavage européen
Jusqu’à l’abolition de l’esclavage, l’esclave est un travail-
leur ou serviteur non libre et non rémunéré, qui est juridique-
ment la propriété d’une autre personne et donc négociable
(achat, vente, location) au même titre qu’un objet ou un animal
domestique.
Mais il est aussi considéré comme un sous-homme, ce
qui explique les mauvaises ou souvent horribles conditions de
transport, de travail, de logement, de nourriture, d’hygiène, les
mauvais traitements, la répression féroce en cas de révolte.
Les traites négrières orientales et transatlantiques sont
les plus emblématiques des pratiques esclavagistes
- par leur durée (plusieurs siècles),
- par leur ampleur (plusieurs dizaines de millions d’esclaves),
- et par leur impact historique (notamment aux États-Unis et sur
l’Afrique).
Le commerce triangulaire
Le commerce triangulaire, aussi
appelé traite atlantique ou traite occidentale,
était une « traite négrière » reliant l'Europe,
l'Afrique et l'Amérique, pour la déportation
d'esclaves noirs, d'abord troqués en Afrique
contre des produits européens (textiles,
armes, alcool, etc.), puis en Amérique contre
des matières premières coloniales (sucre,
café, cacao, coton, tabac, etc.).
Rio de Janeiro fut le premier port négrier de la
planète, devant Liverpool et Nantes. La plupart des
côtes de l'Afrique occidentales furent ainsi reliés aux
Caraïbes, au Brésil et au Sud des États-Unis.
Les Mascareignes (La Réunion, îles Maurice et
Rodrigues) étant concernées aussi par les traites
orientales.
Images : Coupe et « plan de stockage » des esclaves
dans un navire négrier
L’abolition de l’esclavage… en droit
La première abolition de l'esclavage par la France date de février
1794. Après son rétablissement par Napoléon en mai 1802, il est aboli à
nouveau en mai 1848 (décret Victor Schoelcher)
Si elle a tardé notamment dans deux pays, l’Arabie Saoudite (1962)
et la Mauritanie (1980), l’abolition de l’esclavage a été actée dans tous les
pays du monde.
Pour autant, selon la fondation Walk Free, à l'époque contemporaine,
environ 45,8 millions d'humains auraient été aient maintenus en esclavage
dans le monde en 2016, dont environ 50 % en Inde, en Chine et au
Pakistan.
Ce que l’on appelle l’esclavage moderne continue de sévir, notam-
ment en Libye, au Soudan, en Mauritanie, en Amérique latine, dans les pays
du Golfe persique et même parfois de façon clandestine** au sein de nos
sociétés démocratiques.
* 21 millions de personnes sont soumises au travail clandestin dans le monde selon une
estimation de l'OIT. D'après les estimations du ‘Comité contre l‘esclavage moderne’, quelques milliers
de domestiques seraient « employés » illégalement en France dans des conditions d'asservissement.
Photos : - Sainte Bathilde, reine des Francs au VIIe siècle, une des premières femmes en
Europe à combattre l'esclavage. Elle interdit notamment le commerce d'esclaves.
- Paul III en 1543, un des papes ayant condamné l'esclavage.
- Pie IX en 1875, un des papes ayant justifié l’esclavage.
La mémoire de l’esclavage en France :
quelques dates
Le 23 mai 1998, date de commémoration des 150 ans de
l’abolition, une marche silencieuse réunit 20 000 personnes dans les
rues de Paris, réclamant la reconnaissance de l’esclavage comme
crime contre l’humanité (photo 1).
Le 10 mai 2001, ‘la loi Taubira « tendant à la reconnaissance
de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité » est
votée par le Parlement (photo 2).
En 2006, le président Jacques Chirac fait du 10 mai la ‘Journée
nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs
abolitions’.
En mai 2013, une redéfinition de l’esclavage est inscrite dans le
Code du Travail : « Le fait d’exercer sur une personne les attributs du
droit de propriété ou de la maintenir dans un état de sujétion continu-
elle en la contraignant à une prestation de travail, ou sexuelle, ou la
mendicité, ou toute prestation non rémunérée ».
Photo du bas : Christiane Taubira, députée de la Guyane de 1993 à 2012
La mémoire de l’esclavage en France
La ‘Fondation pour la mémoire de l'esclavage’ est une institution
française dont la vocation est de soutenir des projets ayant trait à
l’histoire et la recherche sur les traites, l’esclavage et leurs abolitions, la
pédagogie, la mémoire et à sa transmission et la lutte contre le racisme et
au dialogue interculturel.
Annoncée en 2016 par François Hollande, elle est créée en 2019
par Emmanuel Macron, et basée à l'hôtel de la Marine, Place de la
Concorde à Paris, là où a été signé le décret d'abolition de l'esclavage en
avril 1848.
Son activité est découpée en cinq programmes : 1 - Citoyenneté,
jeunesse et territoires ; 2 - Culture ; 3 - Éducation ; 4 - Numérique ;
5 - Recherche.
Le ‘Mémorial de l'abolition de l'esclavage’ de Nantes
De nombreux lieux de mémoire existent en France et dans le monde.
Le ‘Mémorial de l'abolition de l'esclavage’ de Nantes, consacré à la traite
négrière à Nantes et dans le monde, à l'esclavage et à son abolition, a été inauguré en
mars 2012 le long de la Loire. Nantes était le premier port négrier de France au 18ème
siècle.
2 000 plaques de verre gravées content l'histoire de l'esclavage et notamment
celle de la traite négrière nantaise.
Un espace dédié replace la traite atlantique dans son contexte : clés historiques
et géographiques, chiffres, carte, chronologie soulignent l’ampleur des faits historiques
mais aussi la lutte contre l’asservissement hier et aujourd’hui.
‘Esclavage, mémoires normandes’
Répartie sur trois sites, au Havre (Hôtel Dubocage de Bléville), à Rouen (Corderie
Vallois) et à Honfleur (Musée Eugène Boudin), l’exposition ‘Esclavage, mémoires
normandes’ ouverte en 2023 vise à combler les lacunes de la mémoire collective, dans le
sillage du travail entrepris par les villes de la façade atlantique depuis plusieurs
décennies.
Synthèse des connaissances actuelles, la triple exposition retrace autant l’histoire «
d’en haut », celle des négociants et des armateurs, que celle « d’en bas », celle des
forçats de la mer et des captifs envoyés dans les « îles à sucre ».
Les interventions d’artistes contemporains et d’historiens venus
du continent africain permettent de porter un autre regard sur les
collections, constituées principalement d’objets produits par les
acteurs de la traite et de l’esclavage. Les œuvres de Barthélémy
Toguo leur donnent une résonance très contemporaine, avec Black
Lives Always Matter (2015), dix portraits de jeunes afro-américains
morts lors de leur arrestation aux États-Unis.
Un musée européen de l’esclavage ?
À l’occasion de la 14ème ‘Journée nationale des mémoires de la
traite, de l’esclavage et de leurs abolitions’, l’historienne Myriam
Cottias*, directrice du ‘Centre International de Recherches sur
les esclavages et post-esclavages’ (CIRESC) et Présidente du comité
scientifique du programme ‘La Route de l’esclave’ de l'Unesco, appelle à
la construction d’un musée européen à Paris et à la tenue d’assises
internationales sur les esclavages modernes.
« Ce qui manque, à côté de ces mémoriaux dédiés aux victimes, dit-
elle, c’est un lieu vivant. Car il est urgent de montrer que l’histoire et la
mémoire de l’esclavage produisent encore des effets dans nos sociétés.
L’esclavage contemporain concerne aujourd’hui 40 millions de personnes,
selon l’Organisation Internationale du Travail. Et ces nouveaux chemins de
servitude suivent souvent ceux du passé, comme en témoigne le marché
aux esclaves libyen situé à l’endroit d’un ancien marché de captifs.
Ce musée serait une reconnaissance, au niveau européen, de ce
fait historique tout comme l’expression d’une volonté commune de faire
disparaître les servitudes contemporaines. L’un étant indissociable de
l’autre : c’est parce que nous sommes tous porteurs de cette histoire que
nous devons, sans nous complaire dans les accusations ou la victimisa-
tion, lutter contre l’esclavage moderne.»
* in La Croix du 10.05.2019
Les musées et lieux mémoriaux
de l’esclavage dans le monde
D’autres lieux de commémoration célèbres dans le monde sont
- l’Arche du Retour à New-York, dévoilé le 25 mars 2015, date de la
‘Journée internationale de commémoration des victimes de l’escla-
vage et de la traite transatlantique des esclaves’ (photo 3).
- le Mémorial du Cap 110 au Diamant (Martinique, photo 1),
- l’International Slavery Museum à Liverpool (Angleterre, photo 2)
- l’African American Family Monument à Savannah (Géorgie, États-
Unis),
- les Marrons de la liberté à Rémire-Montjoly (Guyane, photo 4),
- le Slavery memorial à Cape Town (Afrique du Sud),
- la Maison des esclaves sur l’île de Gorée (Sénégal),
- le Monument en hommage aux esclaves révoltés de 1811, Saint-
Leu (La Réunion),
- La Porte de Non-Retour à Ouidah (Bénin),
- les Slave Caves à Shimoni (Kenya),
Les musées et lieux mémoriaux
de l’esclavage dans le monde
- le Clave à Rotterdam (Pays-Bas, photo 1),
- le Musée d’Aquitaine à Bordeaux,
- le National Museum of African American History and Culture à
Washington (États-Unis, photo 2).
- le fort de Cape Coast (Ghana, photo 3),
- le Stone Town Slavery Memorial à Zanzibar (Tanzanie, photo 4),
- Le Mémorial ACTe à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe, photo 1 en bas),
- la statue de la Mulâtresse Solitude à Paris (photo 2 en bas),
- les Marches des esclaves à Petit-Canal (Guadeloupe, photo 3 en
bas à droite), etc.
On n’abat pas le racisme
en abattant des statues d’esclavagistes
Le Britannique Edward Colston (1636-1721) s‘est enrichi dans le
commerce des esclaves. Il aurait vendu 100 000 esclaves d'Afrique de
l'Ouest dans les Caraïbes et aux Amériques entre 1672 et 1689, avant
d'utiliser sa fortune pour financer le développement de Bristol, ce qui lui
a longtemps valu une réputation de philanthrope.
Sa statue a été déboulonnée et jetée dans la rivière Avon à Bristol
en juin 2020, par 4 jeunes militants antiracistes du mouvement Black
Lives Matter, dans le sillage du décès le 25 mai 2020 de George Floyd,
le Noir états-unien tué par un policier à Minneapolis.
La ministre de l’Intérieur, Priti Patel, avait estimé que les auteurs
du déboulonnage devaient être poursuivis en justice, considérant
comme « absolument honteuse » la mise à bas de la statue.
À juste titre, la statue de Colston a été remontée de l’eau pour
prendre place dans les collections du musée de la ville.
Photos :
- Statue d’Edward Colston
- La statue jetée dans la rivière Avon
- La statue remontée de l’eau
On n’abat pas le racisme
en abattant des statues d’esclavagistes
Les 4 militants ont été acquittés en janvier 2021, à l’issue d’un
procès de plusieurs mois à la cour royale de Bristol, devant un jury
populaire.
Depuis, une vingtaine de statues de personnages historiques
liés au commerce triangulaire ont été escamotées au Royaume-
Uni, sur l’ordre de collectivités locales ou d’universités, dont à
Londres celle du planteur esclavagiste Robert Milligan (1746-1809)
et celle de Sir John Cass (1661-1716), figure clé de la Royal African
Company.
Photos :
- Statue du planteur esclavagiste Robert Milligan (1746-1809)
- Statue de Sir John Cass (1661-1716), figure clé de la Royal African Company.
Un fonds de réparation de l’Église d’Angleterre
Le 10 janvier 2023, par la voix de son primat, Justin Welby, l’Église
d’Angleterre présente des excuses officielles pour ses liens avec le com-
merce triangulaire*, et crée un “fonds d’excuses” de 100 millions de livres.
« Le temps est venu de prendre des mesures pour réparer notre
passé honteux. Rien de ce que nous ferons, des centaines d’années après,
ne rendra leur vie aux personnes réduites en esclavage », écrivent les
Commissaires* en introduction à leur rapport. Mais nous pouvons et nous
allons reconnaître l’horreur et la honte du rôle de l’Église dans la traite des
esclaves, et à travers des réponses, nous allons chercher à commencer à
répondre aux injustices commises ».
La somme dégagée financera des programmes dans les pays et les
communautés affectés par l’esclavage. Elle sera répartie entre des projets
éducatifs ou autres en Afrique de l’Ouest et dans les Caraïbes, où le fonds
devrait concentrer ses activités. Une partie des fonds sera destinée à
approfondir les recherches sur les liens entre l’Église et l’esclavage.
* ‘L’Organisme des Commissaires de l’Église d’Angleterre’ a été créé en 1948, en partie avec une
donation d’un fonds remontant à la reine Anne en 1704 destiné à aider les membres du clergé les plus
pauvres. Il gère un fonds d’investissement de 10,1 milliards de livres (11,4 milliards d’euros) pour
soutenir les activités de l’Église et du clergé. Or un rapport de juin 2022 révèle que ce fonds avait
investi des «montants importants» dans la South Sea Company, qui faisait le commerce des esclaves
africains.
Images : Blason de la South Sea Company (1711-1853)
Blason des Commissioners for England Church
La demande de pardon
des Pays-Bas
Les Pays-Bas ont procédé à la traite d’environ 600.000 Africains, principalement vers
l’Amérique du Sud et les Caraïbes. Selon un rapport commandé par le ministère néerlandais
de l’Intérieur et publié en juin 2023, entre 1675 et 1770, les colonies ont rapporté à la famille
royale l’équivalent de 545 millions d’euros.
Le 1er juillet 2023, le roi des Pays-Bas Willem-Alexander présente ses excuses offi-
cielles pour l’implication de son pays et de sa dynastie dans l’esclavage.
Des milliers de descendants de personnes réduites en esclavage dans l’ancienne
colonie sud-américaine du Suriname ainsi que dans les îles caribéennes d’Aruba, Bonaire et
Curaçao assistent à ces célébrations. « Je ressens cela profondément dans mon cœur et
dans mon âme, déclare le roi. La traite des esclaves et l’esclavage sont reconnus comme
crimes contre l’humanité. Les rois de la maison d’Orange n’ont rien fait pour l’empêcher.
Aujourd’hui, je demande pardon pour cette inaction. »
Images :
- Le monument national de l'esclavage de Oosterpark à Amsterdam.
- Le 1er juillet 2020, le roi Willem-Alexander et la reine Maxima des Pays-Bas lors d'un événement marquant les 150 ans de
l'affranchissement des esclaves dans les anciennes colonies néerlandaises, à l'Oosterpark d'Amsterdam. Le 19 décembre
2022, aux Archives nationales de La Haye, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte s'excusera au nom de son gouver-
nement pour le rôle historique des Pays-Bas dans l'esclavage et la traite des esclaves.
Livres
Documentaires et films
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Mémoire et reconnaissance de crimes du passé. — 02. La mémoire de l’esclavage

  • 1. Diaporamas ‘De l’offense à la réconciliation’ Série 1- ‘Mémoire et reconnaissance de crimes du passé’ 2- La mémoire de l’esclavage Étienne Godinot .01.02.2024
  • 2. La série de diaporamas ‘De l’offense à la réconciliation’ Sommaire : Rappel Série 1 : Mémoire et reconnaissance de crimes du passé 1 - Introduction 2 - La mémoire de l’esclavage 3 - La mémoire du colonialisme 4 - La mémoire du génocide des Arméniens 5 - La mémoire de la Shoah 6-1 - La mémoire des crimes des pouvoirs communistes 6-2 - La mémoire des crimes des pouvoirs communistes 7 - La mémoire des crimes commis par les États-Unis 8 - La mémoire des crimes des Khmers rouges au Cambodge 9 - La mémoire du génocide du Rwanda 10 - La mémoire des crimes commis pendant les guerres en ex-Yougoslavie 11 - La mémoire de l’apartheid en Afrique du Sud 12 - La mémoire des guerres 13 - La mémoire des crimes commis par les institutions religieuses Série 2 : Justice, pardon et réconciliation 1 - Justice, pardon et réconciliation : dissiper les malentendus 2 - Pardon et réconciliation entre personnes 3 - Pardon et réconciliation entre groupes humains 4 - La réconciliation franco-allemande 5-1 - L’Algérie et la France : de 1830 à 1962 5-2 - L’Algérie et la France : depuis 1962 6 - Le Japon et les traces de sa période impériale en Asie du Sud-Est 7 - La Chine. Une volonté de revanche ? 8 - Institutions en faveur de la justice et des droits humains. 9 - Relire et dépasser le passé pour inventer l’avenir
  • 3. La mémoire de l’esclavage L’esclavage dans l’Antiquité L'esclavage est la réduction d'une personne à un état de privation de toute liberté, des libertés sociales aux libertés les plus fondamentales. L'esclave est exclu ou en marge de la société, tout en pouvant être l'élément moteur dans le développement de certai- nes sociétés dont le système économique repose sur l'esclavagisme. Les critères de propriété liés à l’esclavage impliquent un certain niveau d’organisation des sociétés, ce qui rend incertain l’existence de l’esclavage pendant les temps préhistoriques. L'esclavage existe à l'époque antique où il est mentionné dans les toutes premières traces écrites, comme le ‘Code de Hammurabi’ et d'autres écrits analysés comme des transcriptions d'histoires orales. Images : Le ‘Code de Hammurabi’ mentionne l’esclavage La Grande muraille de Chine construite en grande partie par des esclaves
  • 4. L’esclavage dans l’Antiquité L'esclavage existe dans la société sumérienne : comme un animal, l'esclave peut être acheté et vendu, marqué au fer rouge en cas de faute. La Chine archaïque utilise une main d'œuvre esclave pour construire les digues et les fortifications : la Grande Muraille n'échappe pas à la règle. L'esclavage est pratiqué en Inde, dans le Siam et l'Empire khmer ; en Corée, il n'est aboli qu'à la fin du 19ème siècle. Il existe dans l’Égypte antique, dans la Grèce antique (Aristote parle de « cheptel humain »). Il existe à Rome : Spartacus, un gladiateur d'origine thrace, est avec 4 esclaves gaulois à l'origine de la troisième guerre servile, le plus important soulèvement d'esclaves contre la République romaine, entre 73 et 71 av. J.- C.* Il existe à Carthage, chez les Gaulois, les Germains. Les esclaves sont très souvent des prisonniers de guerre. * La répression est sanglante : 6 000 esclaves sont crucifiés sur la Via Appia, entre Rome et Capoue. De plus, Pompée massacre 5 000 esclaves en fuite dans le nord de l'Italie Image du haut : Représentation d'un marchand d'esclaves - Perse antique
  • 5. L’esclavage dans le monde arabe L'esclavage est pratiqué en Arabie préislamique comme dans les autres sociétés antiques, et Mahomet lui-même a des esclaves*. La condition servile existe depuis des millénaires avant l'émergence de l'islam, mais, avant comme après, les esclaves proviennent principalement de la traite orientale pratiquée à partir de l'Afrique, de l'Europe, du Caucase et du sous-continent indien. Entre le 6e et le 9e siècle, et au début de l'histoire islamique, les esclaves du monde musulman sont employés dans l'irrigation, les plantations de canne à sucre, l'exploitation minière et l'élevage. Par la suite, ils sont surtout utilisés en tant que travailleurs domestiques, soldats, gardiens et concubines. Par leur ampleur et leur durée - du 7ème au 20ème siècle, les ‘traites orientales’ organisées par les négriers musulmans constituent sans doute, d'un point de vue quantitatif, la plus importante des trois traites négrières de l'histoire**. * Pas plus que l'Ancien testament, le Coran ne condamne l'esclavage, mais considère cette discrimination entre les humains comme conforme à l’ordre des choses établi par Dieu et établit une hiérarchie entre les esclaves musulmans et les autres. * Selon l'historien états-unien Ralph Austen, le meilleur spécialiste de la question, 17 millions de personnes auraient été déportées par les négriers musulmans entre 650 et 1920. Images : Scène de marché aux esclaves, Yemen, 13ème siècle Itinéraires de la traite orientale en Afrique subsaharienne au Moyen-Âge
  • 6. L’esclavage européen Jusqu’à l’abolition de l’esclavage, l’esclave est un travail- leur ou serviteur non libre et non rémunéré, qui est juridique- ment la propriété d’une autre personne et donc négociable (achat, vente, location) au même titre qu’un objet ou un animal domestique. Mais il est aussi considéré comme un sous-homme, ce qui explique les mauvaises ou souvent horribles conditions de transport, de travail, de logement, de nourriture, d’hygiène, les mauvais traitements, la répression féroce en cas de révolte. Les traites négrières orientales et transatlantiques sont les plus emblématiques des pratiques esclavagistes - par leur durée (plusieurs siècles), - par leur ampleur (plusieurs dizaines de millions d’esclaves), - et par leur impact historique (notamment aux États-Unis et sur l’Afrique).
  • 7. Le commerce triangulaire Le commerce triangulaire, aussi appelé traite atlantique ou traite occidentale, était une « traite négrière » reliant l'Europe, l'Afrique et l'Amérique, pour la déportation d'esclaves noirs, d'abord troqués en Afrique contre des produits européens (textiles, armes, alcool, etc.), puis en Amérique contre des matières premières coloniales (sucre, café, cacao, coton, tabac, etc.). Rio de Janeiro fut le premier port négrier de la planète, devant Liverpool et Nantes. La plupart des côtes de l'Afrique occidentales furent ainsi reliés aux Caraïbes, au Brésil et au Sud des États-Unis. Les Mascareignes (La Réunion, îles Maurice et Rodrigues) étant concernées aussi par les traites orientales. Images : Coupe et « plan de stockage » des esclaves dans un navire négrier
  • 8. L’abolition de l’esclavage… en droit La première abolition de l'esclavage par la France date de février 1794. Après son rétablissement par Napoléon en mai 1802, il est aboli à nouveau en mai 1848 (décret Victor Schoelcher) Si elle a tardé notamment dans deux pays, l’Arabie Saoudite (1962) et la Mauritanie (1980), l’abolition de l’esclavage a été actée dans tous les pays du monde. Pour autant, selon la fondation Walk Free, à l'époque contemporaine, environ 45,8 millions d'humains auraient été aient maintenus en esclavage dans le monde en 2016, dont environ 50 % en Inde, en Chine et au Pakistan. Ce que l’on appelle l’esclavage moderne continue de sévir, notam- ment en Libye, au Soudan, en Mauritanie, en Amérique latine, dans les pays du Golfe persique et même parfois de façon clandestine** au sein de nos sociétés démocratiques. * 21 millions de personnes sont soumises au travail clandestin dans le monde selon une estimation de l'OIT. D'après les estimations du ‘Comité contre l‘esclavage moderne’, quelques milliers de domestiques seraient « employés » illégalement en France dans des conditions d'asservissement. Photos : - Sainte Bathilde, reine des Francs au VIIe siècle, une des premières femmes en Europe à combattre l'esclavage. Elle interdit notamment le commerce d'esclaves. - Paul III en 1543, un des papes ayant condamné l'esclavage. - Pie IX en 1875, un des papes ayant justifié l’esclavage.
  • 9. La mémoire de l’esclavage en France : quelques dates Le 23 mai 1998, date de commémoration des 150 ans de l’abolition, une marche silencieuse réunit 20 000 personnes dans les rues de Paris, réclamant la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité (photo 1). Le 10 mai 2001, ‘la loi Taubira « tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité » est votée par le Parlement (photo 2). En 2006, le président Jacques Chirac fait du 10 mai la ‘Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions’. En mai 2013, une redéfinition de l’esclavage est inscrite dans le Code du Travail : « Le fait d’exercer sur une personne les attributs du droit de propriété ou de la maintenir dans un état de sujétion continu- elle en la contraignant à une prestation de travail, ou sexuelle, ou la mendicité, ou toute prestation non rémunérée ». Photo du bas : Christiane Taubira, députée de la Guyane de 1993 à 2012
  • 10. La mémoire de l’esclavage en France La ‘Fondation pour la mémoire de l'esclavage’ est une institution française dont la vocation est de soutenir des projets ayant trait à l’histoire et la recherche sur les traites, l’esclavage et leurs abolitions, la pédagogie, la mémoire et à sa transmission et la lutte contre le racisme et au dialogue interculturel. Annoncée en 2016 par François Hollande, elle est créée en 2019 par Emmanuel Macron, et basée à l'hôtel de la Marine, Place de la Concorde à Paris, là où a été signé le décret d'abolition de l'esclavage en avril 1848. Son activité est découpée en cinq programmes : 1 - Citoyenneté, jeunesse et territoires ; 2 - Culture ; 3 - Éducation ; 4 - Numérique ; 5 - Recherche.
  • 11. Le ‘Mémorial de l'abolition de l'esclavage’ de Nantes De nombreux lieux de mémoire existent en France et dans le monde. Le ‘Mémorial de l'abolition de l'esclavage’ de Nantes, consacré à la traite négrière à Nantes et dans le monde, à l'esclavage et à son abolition, a été inauguré en mars 2012 le long de la Loire. Nantes était le premier port négrier de France au 18ème siècle. 2 000 plaques de verre gravées content l'histoire de l'esclavage et notamment celle de la traite négrière nantaise. Un espace dédié replace la traite atlantique dans son contexte : clés historiques et géographiques, chiffres, carte, chronologie soulignent l’ampleur des faits historiques mais aussi la lutte contre l’asservissement hier et aujourd’hui.
  • 12. ‘Esclavage, mémoires normandes’ Répartie sur trois sites, au Havre (Hôtel Dubocage de Bléville), à Rouen (Corderie Vallois) et à Honfleur (Musée Eugène Boudin), l’exposition ‘Esclavage, mémoires normandes’ ouverte en 2023 vise à combler les lacunes de la mémoire collective, dans le sillage du travail entrepris par les villes de la façade atlantique depuis plusieurs décennies. Synthèse des connaissances actuelles, la triple exposition retrace autant l’histoire « d’en haut », celle des négociants et des armateurs, que celle « d’en bas », celle des forçats de la mer et des captifs envoyés dans les « îles à sucre ». Les interventions d’artistes contemporains et d’historiens venus du continent africain permettent de porter un autre regard sur les collections, constituées principalement d’objets produits par les acteurs de la traite et de l’esclavage. Les œuvres de Barthélémy Toguo leur donnent une résonance très contemporaine, avec Black Lives Always Matter (2015), dix portraits de jeunes afro-américains morts lors de leur arrestation aux États-Unis.
  • 13. Un musée européen de l’esclavage ? À l’occasion de la 14ème ‘Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions’, l’historienne Myriam Cottias*, directrice du ‘Centre International de Recherches sur les esclavages et post-esclavages’ (CIRESC) et Présidente du comité scientifique du programme ‘La Route de l’esclave’ de l'Unesco, appelle à la construction d’un musée européen à Paris et à la tenue d’assises internationales sur les esclavages modernes. « Ce qui manque, à côté de ces mémoriaux dédiés aux victimes, dit- elle, c’est un lieu vivant. Car il est urgent de montrer que l’histoire et la mémoire de l’esclavage produisent encore des effets dans nos sociétés. L’esclavage contemporain concerne aujourd’hui 40 millions de personnes, selon l’Organisation Internationale du Travail. Et ces nouveaux chemins de servitude suivent souvent ceux du passé, comme en témoigne le marché aux esclaves libyen situé à l’endroit d’un ancien marché de captifs. Ce musée serait une reconnaissance, au niveau européen, de ce fait historique tout comme l’expression d’une volonté commune de faire disparaître les servitudes contemporaines. L’un étant indissociable de l’autre : c’est parce que nous sommes tous porteurs de cette histoire que nous devons, sans nous complaire dans les accusations ou la victimisa- tion, lutter contre l’esclavage moderne.» * in La Croix du 10.05.2019
  • 14. Les musées et lieux mémoriaux de l’esclavage dans le monde D’autres lieux de commémoration célèbres dans le monde sont - l’Arche du Retour à New-York, dévoilé le 25 mars 2015, date de la ‘Journée internationale de commémoration des victimes de l’escla- vage et de la traite transatlantique des esclaves’ (photo 3). - le Mémorial du Cap 110 au Diamant (Martinique, photo 1), - l’International Slavery Museum à Liverpool (Angleterre, photo 2) - l’African American Family Monument à Savannah (Géorgie, États- Unis), - les Marrons de la liberté à Rémire-Montjoly (Guyane, photo 4), - le Slavery memorial à Cape Town (Afrique du Sud), - la Maison des esclaves sur l’île de Gorée (Sénégal), - le Monument en hommage aux esclaves révoltés de 1811, Saint- Leu (La Réunion), - La Porte de Non-Retour à Ouidah (Bénin), - les Slave Caves à Shimoni (Kenya),
  • 15. Les musées et lieux mémoriaux de l’esclavage dans le monde - le Clave à Rotterdam (Pays-Bas, photo 1), - le Musée d’Aquitaine à Bordeaux, - le National Museum of African American History and Culture à Washington (États-Unis, photo 2). - le fort de Cape Coast (Ghana, photo 3), - le Stone Town Slavery Memorial à Zanzibar (Tanzanie, photo 4), - Le Mémorial ACTe à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe, photo 1 en bas), - la statue de la Mulâtresse Solitude à Paris (photo 2 en bas), - les Marches des esclaves à Petit-Canal (Guadeloupe, photo 3 en bas à droite), etc.
  • 16. On n’abat pas le racisme en abattant des statues d’esclavagistes Le Britannique Edward Colston (1636-1721) s‘est enrichi dans le commerce des esclaves. Il aurait vendu 100 000 esclaves d'Afrique de l'Ouest dans les Caraïbes et aux Amériques entre 1672 et 1689, avant d'utiliser sa fortune pour financer le développement de Bristol, ce qui lui a longtemps valu une réputation de philanthrope. Sa statue a été déboulonnée et jetée dans la rivière Avon à Bristol en juin 2020, par 4 jeunes militants antiracistes du mouvement Black Lives Matter, dans le sillage du décès le 25 mai 2020 de George Floyd, le Noir états-unien tué par un policier à Minneapolis. La ministre de l’Intérieur, Priti Patel, avait estimé que les auteurs du déboulonnage devaient être poursuivis en justice, considérant comme « absolument honteuse » la mise à bas de la statue. À juste titre, la statue de Colston a été remontée de l’eau pour prendre place dans les collections du musée de la ville. Photos : - Statue d’Edward Colston - La statue jetée dans la rivière Avon - La statue remontée de l’eau
  • 17. On n’abat pas le racisme en abattant des statues d’esclavagistes Les 4 militants ont été acquittés en janvier 2021, à l’issue d’un procès de plusieurs mois à la cour royale de Bristol, devant un jury populaire. Depuis, une vingtaine de statues de personnages historiques liés au commerce triangulaire ont été escamotées au Royaume- Uni, sur l’ordre de collectivités locales ou d’universités, dont à Londres celle du planteur esclavagiste Robert Milligan (1746-1809) et celle de Sir John Cass (1661-1716), figure clé de la Royal African Company. Photos : - Statue du planteur esclavagiste Robert Milligan (1746-1809) - Statue de Sir John Cass (1661-1716), figure clé de la Royal African Company.
  • 18. Un fonds de réparation de l’Église d’Angleterre Le 10 janvier 2023, par la voix de son primat, Justin Welby, l’Église d’Angleterre présente des excuses officielles pour ses liens avec le com- merce triangulaire*, et crée un “fonds d’excuses” de 100 millions de livres. « Le temps est venu de prendre des mesures pour réparer notre passé honteux. Rien de ce que nous ferons, des centaines d’années après, ne rendra leur vie aux personnes réduites en esclavage », écrivent les Commissaires* en introduction à leur rapport. Mais nous pouvons et nous allons reconnaître l’horreur et la honte du rôle de l’Église dans la traite des esclaves, et à travers des réponses, nous allons chercher à commencer à répondre aux injustices commises ». La somme dégagée financera des programmes dans les pays et les communautés affectés par l’esclavage. Elle sera répartie entre des projets éducatifs ou autres en Afrique de l’Ouest et dans les Caraïbes, où le fonds devrait concentrer ses activités. Une partie des fonds sera destinée à approfondir les recherches sur les liens entre l’Église et l’esclavage. * ‘L’Organisme des Commissaires de l’Église d’Angleterre’ a été créé en 1948, en partie avec une donation d’un fonds remontant à la reine Anne en 1704 destiné à aider les membres du clergé les plus pauvres. Il gère un fonds d’investissement de 10,1 milliards de livres (11,4 milliards d’euros) pour soutenir les activités de l’Église et du clergé. Or un rapport de juin 2022 révèle que ce fonds avait investi des «montants importants» dans la South Sea Company, qui faisait le commerce des esclaves africains. Images : Blason de la South Sea Company (1711-1853) Blason des Commissioners for England Church
  • 19. La demande de pardon des Pays-Bas Les Pays-Bas ont procédé à la traite d’environ 600.000 Africains, principalement vers l’Amérique du Sud et les Caraïbes. Selon un rapport commandé par le ministère néerlandais de l’Intérieur et publié en juin 2023, entre 1675 et 1770, les colonies ont rapporté à la famille royale l’équivalent de 545 millions d’euros. Le 1er juillet 2023, le roi des Pays-Bas Willem-Alexander présente ses excuses offi- cielles pour l’implication de son pays et de sa dynastie dans l’esclavage. Des milliers de descendants de personnes réduites en esclavage dans l’ancienne colonie sud-américaine du Suriname ainsi que dans les îles caribéennes d’Aruba, Bonaire et Curaçao assistent à ces célébrations. « Je ressens cela profondément dans mon cœur et dans mon âme, déclare le roi. La traite des esclaves et l’esclavage sont reconnus comme crimes contre l’humanité. Les rois de la maison d’Orange n’ont rien fait pour l’empêcher. Aujourd’hui, je demande pardon pour cette inaction. » Images : - Le monument national de l'esclavage de Oosterpark à Amsterdam. - Le 1er juillet 2020, le roi Willem-Alexander et la reine Maxima des Pays-Bas lors d'un événement marquant les 150 ans de l'affranchissement des esclaves dans les anciennes colonies néerlandaises, à l'Oosterpark d'Amsterdam. Le 19 décembre 2022, aux Archives nationales de La Haye, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte s'excusera au nom de son gouver- nement pour le rôle historique des Pays-Bas dans l'esclavage et la traite des esclaves.