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Trombinoscope "Chercheurs d’humanité"
Chercheurs de sens
(art, religion, philosophie, spiritualité)
100 – Figures de l’islam
du 6ème siècle à nos jours
Étienne Godinot .03.03.20234
Mahomet
Muḥammad ou Mohammed (v. 570 - v. 632), Abū al-Qāsim
Muḥammad ibn ʿAbd Allāh ibn Abd al-Muṭṭalib ibn Hāshim, arabe issu de
la tribu de Quraych. Fondateur de l'islam, en est considéré comme le
prophète majeur *.
Berger puis caravanier, entre au service d’une riche veuve qu’il
épouse. Selon la Tradition, reçoit en 610 de l’archange Gabriel (Djibril) le
premier verset du Coran à la grotte de Hira. Forme ses disciples dans le
monothéisme. Pendant sa période mecquoise (610-622), guide spirituel,
propose une morale de l’action bonne, droite, et juste.
Banni par sa tribu polythéiste, migre en 622 (l’hégire) de La
Mecque à Yathrib (Médine) dont il devient le chef religieux, politique et
militaire. Fait assassiner ses opposants, ordonne la lapidation d’une
femme infidèle, fait arracher et brûler les palmiers des tribus juives Nadir
(625), justifie le massacre des 600 à 900 Juifs de la tribu des Qurayzah
(627). Il impose aux non-Musulmans (Juifs, Chrétiens, etc.) la dhimmma,
à la fois protection et soumission aux autorités.
* En regardant la vie des 6 personnages, on a de bonnes raisons d’estimer que le roi
David des Hébreux (Daoud pour les Musulmans) est à Jésus de Nazareth ou à François d’Assise
ce que Mahomet dans l’islam est à al-Hallâj ou à Sohravardi.
Pour Jean-Marie Muller, « une authentique réforme de l’islam implique de prendre une
distance critique par rapport à la lettre du texte coranique », de la même façon que les
Musulmans ont pris leurs distances depuis longtemps avec l’esclavage (le Coran permet de
prendre pour concubines des esclaves acquises par le butin de la guerre).
Rabi’a al Adawiyya
Rabi’a al Adawiyya al Qaysiyya ou Rabia Basri (v. 713-801),
mystique et poétesse musulmane soufi (Irak actuel), souvent dénommée
"la Marie Madeleine de l’Islam".
Ancienne esclave affranchie, renonce jusqu'au mariage et à tous
les plaisirs éphémères de la vie pour ne se consacrer qu’à Allah.
Pratique le végétarisme. Les maigres écrits qu'il nous reste d'elle en font
l'un des premiers chantres de l'amour divin. Une des premières à
dépasser la démarche ascétique traditionnelle pour appeler à l’union
parfaite avec Dieu. Met l’accent sur le pur amour de Dieu pour lui-même,
qui doit délivrer les croyants aussi bien de la peur de l’Enfer que du désir
de Paradis*.
Son immense rayonnement lui vaut la vénération de ses contem-
porains. Pour les soufis, elle est connue comme « la Mère du Bien ».
« Sans Toi, ô ma vie, ô ma confiance,Je ne serais jamais lancée
dans l’immensité du pays. (…)Tant que je vivrai, je ne m’éloignerai pas
de Toi. Tu es le seul maître de l’obscurité de mon cœur. »
« Mon Dieu, si je t’adore par crainte de ton Enfer, brûle-moi dans
ses flammes, et si je t’adore par convoitise de Ton Paradis, prive m’en.
Je ne t’adore, Seigneur, que pour Toi. Car Tu mérites l’adoration. »
* On raconte ainsi qu’elle portait une torche et un seau et, lorsqu’on lui posait la question des
raisons de cet étrange appareillage, elle répondait : « Je vais vers le ciel, pour jeter du feu sur le
paradis et de l’eau sur l’enfer, afin que tous les deux disparaissent et que les hommes regardent
Dieu sans espérance ni crainte. » (propos rapporté au 14e siècle par Aflaki)
Abu Yazîd Bistâmî
(v. 804 - v. 875), soufi, ascète et mystique perse, surnommé
sultân al-'ârifîn (le sultan des initiés). Quitte Bistam, son village natal,
voyage durant 30 années, visitant la Syrie et particulièrement les
alentours de Damas. S’occupe de science et de combattre son propre
nafs (le moi égoïste).
Lorsque quelqu’un frappe à sa porte et le demande, répond :
« Non, il n’y a que Dieu dans cette maison ! » La présence divine a
annihilé en lui l’ego humain ordinaire. Ses contemporains ne compren-
nent pas ses affirmations relatives à la science de l’Unicité et de la
Connaissance de Dieu, et le forcent à s’exiler 7 fois.
« Le recueillement se reconnaît à cinq indices : en évoquant
son moi, on s'appauvrit ; en se remémorant son péché, on se repent ;
en se représentant le monde, on médite ; en imaginant l'au-delà, on se
réjouit ; en invoquant le Souverain, on s'honore. »
« Dix défauts rendent le corps vil : l'animosité, la colère,
l'orgueil, l'outrage, la querelle, l'avarice, l'ostentation du dénuement,
l'abandon du respect, la grossièreté, la renonciation à l'équité. »
Le soufisme, courant mystique de l’islam, est honni par les fondamen-
talistes islamistes qui le considèrent comme hérétique.
Hunayn Ibn Ishaq
(v. 808-873), médecin, traducteur et enseignant arabe de Bagdad,
diacre de la religion chrétienne nestorienne. Traduit en arabe L'anatomie de
Galien puis les Aphorismes d'Hippocrate. Vers 830, est chargé de supervi-
ser les traducteurs de la ‘Maison de la sagesse’ (Bayt al-Hikma) du calife al-
Mamun. Maîtrise le grec, compose un lexique syriaque-arabe, invente un
vocabulaire scientifique et technique arabe. Participe aux conférences de
savants organisées par le calife al-Wathiqqui le charge de rédiger une sorte
d'encyclopédie médicale.
Refuse de préparer un poison mortel demandé par le calife et desti-
né à se débarrasser de l'un de ses ennemis. Est emprisonné, menacé d’exé-
cution, refuse toujours, entreprend en prison une traduction de la Bible en
arabe, et devient finalement premier médecin du calife.
On lui attribue une centaine d'ouvrages, la plupart de médecine et de
pharmacie. Écrit un livre de philosophie, perdu, dont on a un résumé intitulé
Adab al-falasifa, et une méditation sur les motifs qui poussent à adhérer à
une religion. À la différence d'Ammar al-Basri, théologien chrétien nestorien
arabe, ne s'en tient pas pour croire au seul critère du miracle, mais y ajoute
des causes plus rationnelles. ../..
Image du haut : Enluminure d'un manuscrit de l'Isagogè, introduction aux Catégories
d'Aristote, écrite au 3ème siècle par le philosophe néoplatonicien Porphyre (234-305), représentant
Hunayn Ibn-Ishaq al-'Ibadi
Hunayn Ibn Ishaq
et les ‘maisons de la sagesse’
Les ‘maisons de la sagesse’ (bayt al-ḥikma), auraient associé, pour certains auteurs,
des bibliothèques, des observatoires, des hôpitaux, des lieux de réunion et des centres de
traduction d'ouvrages de cosmologie, d'astrologie, de mathématique, de philosophie, de
poésie et d'histoire. D'autres auteurs, comme Houari Touati, les envisagent plus modeste-
ment comme une institution bibliothécaire, le « dépôt de livres de la sagesse des Anciens ».
Leur rôle est majeur dans la transmission de l'héritage des civilisations grecque,
perse et du Moyen-Orient, mais aussi indienne, chinoise, etc. Cet aspect fait de ces maisons
un des symboles de l'âge d'or de la science arabe, comme lieu de collecte, de diffusion, de
copie et de traduction de la littérature d'adab (les belles-lettres).
La Maison de la sagesse du 9ème siècle à Bagdad a laissé place à un institut de
recherche. L'ancienne madrasa médiévale n'existe plus et le centre de recherche contem-
porain est en partie détruit lors de la guerre d'Irak de 2003.
Images : - La bibliothèque de Bagdad, la plus grande institution scientifique au monde, détruite en 1258 par les Tatars.
- Khal Torabully, né en 1956, écrivain mauricien, poète, linguiste et réalisateur de films. Membre-fondateur du
‘Groupe d'études et de recherches sur les mondialisations’ (GERM) à Paris.
En 2012, la ‘Maison de la sagesse’ de Grenade (Andalousie), est lancée par
des citoyennes et citoyens de cette cité, sur une idée de Khal Torabully.*
Elle a pour but de réactualiser la convivencia, tolérance religieuse dans
l’Andalousie médiévale du 12ème siècle. Elle est saluée par l'Unesco comme
une initiative citoyenne œuvrant pour la paix dans le monde.
Mansur al-Hallâj
Husayn ibn Mansur al-Hallâj (857 ? - 922), poète et philosophe
persan, mystique du soufisme. Naît dans une famille pauvre, son père
travaille la laine, d’où le nom de al-Hallâj, "le cardeur". .
Peu satisfait par l'enseignement traditionnel du Coran, attiré par une vie
ascétique, fréquente des maîtres du soufisme. Prédicateur en Iran, puis
en Inde et peut-être jusqu’aux frontières de la Chine ?
Rentré à Bagdad, suspecté aussi bien par les Sunnites que par
les Chiites pour ses idées mystiques (recherche de l'amour divin et de
l'union de l'âme et de Dieu) et son influence sur les foules. .
Fait passer au second plan les rites et les usages religieux, d’où sa
volonté de supprimer le pèlerinage à La Mecque, ou plutôt de le
remplacer par un "pèlerinage votif", c’est-à-dire en esprit.
Faussement accusé d'avoir participé à la révolte des Zanj, mais
sa condamnation résulte du fait qu'il a proclamé publiquement "Ana al
haqq" ("Je suis la Vérité ») *.
* Cette affirmation n'est pas incongrue dans le milieu soufi où ce genre de propos est
considéré comme émanant d'un homme qui, "fondu" dans "l’océan de la divinité", possède un
rang spirituel très élevé. Abdennour Bidar précise que le poète et philosophe indien musulman
Mohamed Iqbal (1877-1938) traduit cette expression par « Je suis la vérité créatrice », en ce
sens qu’une personne qui s’efforce d’être fidèle à ses appels les plus profonds fait aussi
l’expérience de découvrir et déployer sa créativité.
Mansur Al Hallâj
Ne voulant pas renier ses propos publics, est condamné à
mort, flagellé, crucifié et décapité à Bagdad en mars 922. Son
cadavre est brûlé, et ses restes jetés dans le Tigre avec son
œuvre.
Auteur d'une œuvre abondante visant à renouer avec la pure
origine du Coran et son essence verbale et lettrique.
Cinq types de textes nous sont parvenus : une collection d’oracles
et d’invocations composés à la Mecque vers 900, des fragments
théologiques, des hymnes et prières, le livre philosophique du
Tâwasîn, et le plus célèbre de ses écrits le Dîwân (= le Registre),
un recueil poétique.
« Sache que judaïsme, christianisme et islam, comme les
autres religions, ne sont que dénomination et appellation, le but
recherché à travers elles jamais ne varie, ni ne change. »
« Mon Dieu… Tes serviteurs se sont réunis pour me tuer,
par zèle pour ton culte et par désir de se rapprocher de Toi.
Pardonne-leur ! Car si Tu leur avais dévoilé ce que Tu m’as dévoilé,
ils n’eussent pas agi comme ils ont agi. »
Avicenne
Abu Ali Husayn Ibn Sīnā (980-1037), médecin, philosophe et
mystique arabo-islamique d’origine persane.
S'intéresse à l'astronomie, l'alchimie, la chimie, la physique,
l’astronomie, les mathématiques et la psychologie.
Commentateur d'al-Farabi (mort en 950), opère une fusion
de l’aristotélisme, du platonisme et de la pensée islamique dans
le Kitab al-Shifa (‟Livre de la guérison”)
Son ouvrage al-Qanun fi al-Tibb, connu comme le "Canon
de la médecine" sera le manuel de référence des écoles
européennes jusqu'au 17ème siècle.
Consacre ses dernières années à la philosophie et compose
un "Traité de l'âme et du destin", un "Guide de la Sagesse", etc.
Sa pensée sur la distinction de l‘ "essence" de l'être et de
l' "Existence" sera exploitée par Thomas d'Aquin ; elle est une des
bases de la philosophie scolastique néo-aristotélicienne du
Moyen-Âge chrétien.
Abdallâh al-Ansârî
Khwâdja ‘Abdullâh al Ansâri al Harawî (‘L‘homme de Hérat’,
1006-1089), maître spirituel musulman afghan. Juriste (faqīh), poète,
exégète, maître en hadīth (paroles de Mahomet), historien, orateur,
fervent hanbalite*. Défenseur fervent de la sunna et connaisseur du
Coran, s’oppose aux acharites et mutazilites et ne ménage ni le Sultan ni
les notables qui cherchent souvent, en vain, à le faire condamner, mais
le contraignent cependant à quitter sa ville à plusieurs reprises. Peu
connu en Occident, n’ayant laissé chez les Arabes que le souvenir d’un
polémiste virulent qui « passait à l’injure dès qu’il constatait la moindre
divergence de vues avec son interlocuteur » (selon Ibn Rajab Baghdâdî),
n’a pas cessé pourtant de rayonner sur les peuples de langue persane,
pour lesquels il représente l’un des plus anciens monuments de leur
prose. Pour le peuple afghan surtout qui partage sa culture et sa finesse,
son tempérament bouillant et altier, demeure un protecteur et un
intercesseur.
Ses nombreux ouvrages sont encore étudiés et commentés
aujourd’hui, particulièrement le Manazil as-sā’irīn, traduit en français
sous le titre Les étapes des itinérants sur le chemin de Dieu, et traitant
de cent stations spirituelles (maqāmāt) de la voie.
* Le hanbalisme (théoricien : Ahmed ibn Hanbal -780-855) est, avec le malikisme, le
hanafisme et le chaféisme, l'une des quatre écoles de jurisprudence (madahab) de l'islam sunnite.
Omar Khayyām
(v. 1048-1131), mathématicien, astronome, poète et philosophe
libre-penseur persan musulman. Invité comme directeur de l’observa-
toire d’Ispahan par le sultan seldjoukide Mālikshāh Jalāl al-Dīn, consa-
cre 5 années à la réforme du calendrier solaire.
Auteur des Quatrains, vers sensuels et mystiques. Les agnosti-
ques voient en lui un de leurs frères né trop tôt, tandis que certains
musulmans perçoivent plutôt chez lui un symbolisme ésotérique,
rattaché au soufisme. Affirme que l'homme spirituel n'a pas besoin de
lieu dédié pour vénérer Dieu, et que la fréquentation des sanctuaires
religieux n'est ni une garantie du contact avec Dieu, ni un indicateur du
respect d'une discipline intérieure.
« Contente-toi de savoir que tout est mystère : la création du
monde et la tienne, la destinée du monde et la tienne. Souris à ces
mystères comme à un danger que tu mépriserais. Ne crois pas que tu
sauras quelque chose quand tu auras franchi la porte de la mort. Paix
à l'homme dans le noir silence de l'Au-delà ! »
« Considère avec indulgence les hommes qui s'enivrent. Dis-toi
que tu as d'autres défauts. Si tu veux connaître la paix, la sérénité,
penche-toi sur les déshérités de la vie, sur les humbles qui gémissent
dans l'infortune, et tu te trouveras heureux. »
Abu Hamid al-Ghazali
Abu Ḥamid Moḥammed ibn Moḥammed al-Ghazālī (1058-
1111), ou Algazel, juriste, théologien, philosophe et mystique, né à Tûs
dans le Khorâsân (Est de l’Iran actuel). Études à Nishapur. Directeur de
l'université Nizāmiyya à Bagdad. À la suite d’une crise intellectuelle et
spirituelle, quitte son poste et devient pèlerin errant pendant 10 ans
(Arabie, Palestine, Alexandrie). Enseigne à Nishapour, se retire à Tûs.
Auteur d’une cinquantaine d’ouvrages.
Cherche le lien entre philosophie, théologie et soufisme, entre
raison, foi et spiritualité. Puise dans l'héritage grec et dans les valeurs
chrétiennes des éléments qu’il intègre à sa foi musulmane. Met en garde
contre les dangers du conformisme aveugle en matière religieuse, mais
aussi contre le piège d’un discours de la raison qui prétend à la connais-
sance par le déni de tout ce qui la dépasse.
Dans son ouvrage Tahafut al-Falasifa (‘L‘incohérence des
philosophes’ -1095), auquel répondra Averroès, entend montrer que les
philosophes n'aboutissent qu'à des erreurs, condamnables selon lui
puisque contredisant la Révélation. Sa critique vise particulièrement
l'aristotélisme d'Avicenne.
Averroès
Abū al-Walīd Muḥammad ibn Ruchd (1126 -1198), médecin et
philosophe musulman d’Espagne, dit Averroès. Descendant d'une
lignée de juristes de Cordoue.
Érudition exceptionnelle : jurisprudence, théologie et philoso-
phie, grammaire, médecine, physique, astronomie et mathématiques.
Sa vie se partage entre Cordoue, Marrakech et Fès.
Un des principaux commentateurs d'Aristote : tout son effort
tend à concilier la philosophie de ce dernier avec le Dieu du Coran.
Refuse la tradition théologique musulmane, mais accepte
intégralement la révélation coranique et la philosophie d'Aristote
comme étant les deux expressions différentes de la vérité.
Auteur d’un Traité sur l'accord de la philosophie et de la
religion, met l'accent sur la nécessité pour les savants de pratiquer la
philosophie et d'étudier la nature créée par Dieu. De ce fait, pratique et
recommande les sciences profanes, notamment la logique et la
physique, en plus de la médecine.
../..
Averroès
Défend la théorie de l’éternité de la matière et celle de
l’intellect actif, intermédiaire entre Dieu et les hommes. Pour lui, la
raison doit soutenir et éclairer les vérités révélées par le Coran,
pour supprimer les contradictions entre les différents versets du
texte et comprendre leur sens métaphorique.
Un des animateurs pendant 4 siècles de la pensée
occidentale, suscitant des disciples et des opposants (principale-
ment Thomas d’Aquin).
Condamné par la religion musulmane qui lui reproche de
déformer les préceptes de la foi, doit fuir, se cacher, vivre dans la
clandestinité et la pauvreté. Meurt réhabilité à Marrakech.
Ses principes considérés comme dangereux seront
condamnés par l’Université de Paris, par l'Église catholique en
1240, puis en 1513 au 5ème concile de Latran.
« L'ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et
la haine conduit à la violence. Voilà l'équation. »
Photo : mosquée de Cordoue (Espagne) où Averroès se recueillait et conversait avec
ses amis et ses élèves
Sohrawardi
Shihab od-Din Yahya Sohrawardi (1155-1191), savant, philosophe et
mystique persan, surnommé aussi Cheikh al-Ishrâq ("Maître de l'illumina-
tion"). Étudie dans un cercle de philosophes hellénisants proches de la
pensée d'Avicenne, a une vision d'extase où Aristote lui apparaît, se
rapproche des soufis en cherchant à pratiquer autant l'expérience mys-
tique (tâ'âlloh) que la connaissance philosophique (bath), assiste aux
séances de danse et de musique (sama'i) de ces soufis. Est indifférent
aux vêtements, aux honneurs, aux apparences.
Sa doctrine semble plonger ses racines dans des courants anciens,
tels que le platonicisme, la gnose, le zoroastrisme, le soufisme et la
Kabbale et se mêle à des pratiques plus modernes tel l'ismaélisme. Auteur
de 50 ouvrages, fondateur de la philosophie "illuminative", qui réunit dans
la contemplation l’âme avec l’intellect.
Réunit quelques disciples autour de lui. Cette école éloignée de
l'islam ultra-orthodoxe irrite les ulémas conservateurs défendant une vision
littéraliste et non interprétative des textes sacrés.
Exécuté comme hérétique, sur l'ordre exprès du sultan Salâh al-Dîn
(Saladin) dans la citadelle d'Alep (Syrie) en juillet 1191, à l’âge de 36 ans,
car ce petit groupe d'Illuminés était jugé dangereux.
« Si les mots viennent du cœur, ils iront droit au cœur, mais s'ils
viennent de la langue, ils n'iront pas au-delà des oreilles. »
Abd al-Salâm ibn Mashish
ou Abdeslam (‘serviteur de la paix’) ibn Mashish al Alami (v. 1163-
v. 1227), ermite soufi marocain d'ascendance chérifienne idrisside. À l'âge
de 16 ans, voyage à l‘Est pour étudier. À son retour à Béjaïa (Bougie, en
Kabylie), suit les instructions du mystique andalou Abu Madyan (1126-
1198). Pour vivre une vie d'ascète, se retire sur la montagne au djebel
Alem dans la région de Beni Arous, entre Tétouan et Ouezzane, près de
Tanger, où est situé actuellement son mausolée.
Le gouverneur du sultan Yahya al-Mutasim, Ibn Abî al-Tawâjin, qui
se déclare prophète, voit Abdeslam un ennemi et dans son activisme un
sérieux obstacle à ses projets, le fait assassiner près de la source où
l’ascète faisait ses ablutions.
Initiateur au soufisme et guide spirituel de Abou Hassan al-Chadhili
(1196-1258).
Au début de juillet de chaque année, les chorfas (descendants du Prophète)
Alamiyine à célébrent le moussem (fête coutumière souvent d’origine religieuse) de
ce saint surnommé ‘le sultan des Jbalas’, le protecteur de la vallée.
L'enseignement de Ibn Mashish constitue la base de la doctrine de la confrérie.
Lorsque le soufi fait l'expérience d'une ivresse spirituelle suite à la répétition de noms
divins, la prière sur le Prophète le ramène à la sobriété. En outre l'immersion en l'Un
(al-Ahad) n'est pas conçu comme le but final, le soufi doit encore faire "retour auprès
des hommes" pour les aider par ses paroles et son exemple.
Image : mausolée d’ibn Mashish au mont (jbel) al Alem prés de Tanger.
Moheïddine ibn ’Arabî
(1165 en Espagne -1240 en Syrie), théologien, juriste, poète
soufi, métaphysicien et maître spirituel de l’Andalousie arabe.
Rencontre Averroès à l’âge de 14 ans. Secrétaire à la chancellerie
de Séville. Voyage et fait des rencontres à partir de 1196 : Fès, La
Mecque, Mossoul, Le Caire, Qonya, Arménie, Bagdad, Alep. Mort à
Damas.
En 1202, à La Mecque, connaît une théophanie (manifestation de
l’amour de Dieu) en la personne de Nizhâm (Harmonie), fille de la
famille qui l'accueille.
Au Caire en 1206, est arrêté par les docteurs de la loi.
Auteur de 846 ouvrages. Considéré par Henry Corbin comme "un
des plus grands théosophes visionnaires de tous les temps".
Contrairement à la scission dessinée par Averroès entre foi et
raison, la profondeur d'Ibn ’Arabî se situe dans la rencontre entre
l'intelligence, l'amour et la connaissance.
../..
Moheïddine ibn ’Arabî
La variété des doctrines, la multiplicité des lois, la spécificité
des rituels ne constituent que des formalisations particulières destinées
à formaliser l’ardeur divine qui habite l’homme.
Situe l’expérience religieuse en dehors du partage entre le
châtiment et la récompense, nie l’existence des Enfers. Réfutant
l’accusation d’hérésie, se considère l’équivalent des envoyés de Dieu.
Se situe intellectuellement dans la lignée de Mansur Al-Hallaj
qu'il cite à de nombreuses reprises. Le premier, dans le monde
musulman, à condamner la peine de mort. Abd el-Kader est son
premier éditeur.
« Avant ce jour, je reniais mon ami puisque ma religion diffère de la
sienne.
Mais mon cœur est devenu apte à accueillir toute forme.
Il est pâturage pour les gazelles et abbaye pour les moines,
temple pour les idoles et Ka´ba pour qui en fait le tour.
Il est les Tables de la Torah et les feuilles du Coran.
La religion que je professe est celle de l’amour.
Où que ses montures se dirigent, l’amour sera ma religion et ma foi. »
Djalal ed-Din Rumi
Djalal-el-din ("majesté de la religion") Rumi (1207-1273),
spirituel et mystique musulman soufi. Après des études de droit et de
philosophie, succède à son père à la chaire de droit de l’université de
Konya (Turquie) où il devient un théologien célèbre.
À 36 ans, rencontre le mystique persan Shams de Tabriz
(1145-1248, image du bas), qui jette à l’eau ses écrits de théologie. Au
lieu de se fâcher, sent son cœur qui s’ouvre, découvre l’amour divin à
travers son attachement à Shams, près de qui il vit de 1244 à 1248.
Son œuvre, Masnavi, est divisée en 6 livres et comprend un
total de 424 histoires allégoriques, illustrant la condition humaine dans
sa recherche de Dieu. Elle s'inspire aussi de fables d'Ésope, mais
adaptées afin de souligner un des aspects les plus fondamentaux de
l'islam, le Tawhid, c'est-à-dire le monothéisme.
Fondateur de la confrérie des derviches tourneurs (qui par la
danse et le chant entrent en transe mystique). ../..
Image du bas : Le cheikh Shams ud-Din Tabrizi joue aux échecs avec un jeune
chrétien au grand scandale de ses disciples (manuscrit de 1581).
Djalal ud-Din Rumi
Développe dans son monastère à Konya un style de vie
communautaire, pauvre, non-violent, joyeux et laborieux.
Scandalise les intégristes en accueillant les femmes dans les
concerts sacrés, ou en se faisant l’ami des Juifs et des Chrétiens
pour rechercher avec eux le chemin de Dieu.
Manifeste une tendre compassion non seulement pour les
enfants, les ivrognes et les prostituées, mais aussi pour les
animaux et les plantes.
Veut transformer le petit jihad du Coran (guerre sainte
contre les infidèles) en grand jihad (combat spirituel pour l’éléva-
tion de soi.
« L’amour apporte la joie aux créatures / Il est la source du
bonheur infini / (…) La voie de l’amour est un mystère / En elle il
n’y a point de querelle / Pas d’autre qualité que la profondeur des
choses. »
Nasr Eddin Hodja
ou Nasreddin ou Nasredine ("victoire de la religion") ou Mulla
Nasrudin, serait un philosophe et turc (1208-1284). Selon d’autres
sources, aurait été maître d'école coranique, cadi, bouffon de Tamerlan ou
encore gardien d'oies, aurait vécu au 13ème siècle à Koufa, un village
d'Irak, mais deux tombes existeraient : l'une dans un village d'Anatolie et
l'autre en Algérie. On l'appelle aussi Goha en Égypte, Joha en Maroc,
Afandi en Chine.
Personnage mythique de la culture musulmane, ouléma* ingénu et
faux-naïf prodiguant des enseignements tantôt absurdes tantôt ingénieux.
Sa renommée va des Balkans à la Mongolie et ses aventures sont célé-
brées dans des dizaines de langues, y compris aujourd’hui en bandes
dessinées. Ses histoires courtes sont morales, bouffonnes, absurdes ou
parfois coquines. Une partie importante d'entre elles a la qualité d’ensei-
gnement : le bouffon dénonce les travers de l'être humain, la vanité, la
bêtise, la lâcheté, la cupidité. la bigoterie, etc.
Elles peuvent être appréciées pour l'absurdité amusante que révè-
lent la plupart des situations, mais aussi comme des contes moraux ou
des histoires présentant un contenu spirituel. Ainsi, l’écrivain et enseignant
Idries Shah (1924-1996, photo du bas) compile des recueils d'histoires de
Nasredine pouvant être lues sur un plan spirituel, suivant la tradition
soufie.
* ouléma (« savant ») : docteur de la loi coranique, juriste et théologien musulman, savant,
chercheur
Hadji Bektas Veli
Muhammed Bektaş (1209-1271), dit Sayyid Hünkar Hadji Bektaş
Veli, descendant du Prophète Mahomet par Ali ar-Rida. Originaire d'une
famille du Khorassan, émigre en Anatolie parmi des populations
turkmènes sur lesquelles il a eu une influence fondamentale, notamment
sur le fait qu'il prêche dans sa langue maternelle, le turc.
Saint homme, mystique philosophe de l'alévisme* et du bekta-
chisme. Implanté en milieu turcophone, fondateur éponyme de la
confrérie des bektachis. Aurait béni l’ordre militaire des janissaires** ?.
Selon l'UNESCO, l'islam alevi bektachi, avec les apports de Haci
Bektas Veli, fait preuve d'une modernité précoce : avec les mots de son
époque, Bektas véhicule des idées qui huit siècles plus tard coïncident
avec la ‘Déclaration universelle des droits de l'homme’ (1948).
Le semah, cérémonie religieuse des Alevis Bektachis, est classé
par l'UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l'humanité.
* Alévisme : tradition islamique syncrétique, hétérodoxe et locale dont les adeptes suivent
les enseignements mystiques d' Ali, des douze imams et de Bektash Veli. Les Alévis se trouvent
principalement en Turquie parmi les Turcs et les Kurdes et représentent la plus grande croyance
après l’islam sunnite.
** Janissaires : corps d'élite dans l’infanterie de l’armée ottomane, composé de jeunes
garçons chrétiens kidnappés qui ont été forcés de se convertir à l'islam. L’Ağa des janissaires, chef
suprême, est membre à part entière des Bektachis. Massacrés ou exécutés en 1826 par le sultan
Mahmoud II (120 000 morts, 20 000 bannis)
Saadi de Chiraz
Abū-Muḥammad Muṣliḥ al-Dīn bin Abdallāh Shīrāzī (v. 1210 - v.1291),
poète, conteur et moraliste persan. Enfance pauvre, études de sciences
islamiques, droit, histoire, littérature et la théologie. Voyage auprès de
soufis et maîtres spirituels dans tout le Moyen-Orient, en Inde et en Asie
centrale.
Auteur du Gulistan (‘Jardin de roses’), du Boustan (‘Jardin de fruits’)
et du Livre des conseils, mais aussi de poèmes lyriques. Prône un
soufisme modéré susceptible de convenir à la plupart des hommes et pas
seulement à une élite. Recommande la modération, la patience et la
bonté, l'autonomie afin de dépendre le moins possible des événements, la
bienveillance et la compassion, prône l'indifférence à l'égard du jugement
d'autrui. Partisan de l’ordre et de la stabilité, mysogyne. Sa compassion
pour le genre humain semble s’être bornée aux musulmans.
Quelques-uns de ses vers sont inscrits à l'entrée du siège de l'ONU
à New York : « Les hommes sont membres les uns des autres, et créés
tous de même matière. Si un membre s’est affligé les autres s’en
ressentent : Celui qui n’est touché du mal d'autrui ne mérite d’être appelé
homme. »
Shāh Nematollāh Vali
(1330-1431), agriculteur et poète persan, maître soufi. Voyage dans le
monde islamique, rencontre de nombreux maîtres soufis, se familiarise
en particulier à la philosophie d'Ibn Arabi. Après avoir servi Shaykh Yafe'i
pendant 7 ans, seconde période de voyages : Égypte, Transaxonie, Herat,
Mashhad, Baft, Kuh-banan, Kermân.
Suivant son exemple, ses disciples abandonnent un mode de vie
spirituel privilégiant la réclusion et la retraite pour mener une vie remplie
d'occupations constructives. Son opposition à l'apathie et à la léthargie
l’amène à interdire à ses disciples l'utilisation de l'opium et du haschisch, à
une époque où ces drogues sont d'utilisation commune.
Demande de ne pas porter en public un costume religieux qui pourrait
attirer l'attention.
Préconise le respect des individus, indépendamment de leurs
croyances.
Rend hommage à tous les peuples et nations, ainsi qu'aux autres
ordres soufis existants, en basant ses actions sur un code de pureté et de
fidélité.
Aujourd'hui considéré comme le fondateur de l'ordre soufi Nimatullahi.
Photo du bas : Mausolée de Nematollah Vali à Mahan (Iran)
Ibn Khaldoun
Abū Zayd 'Abd ar-Ramān ibn Muhammad ibn Khaldūn al-Ḥaḍramī
(1332-1406), historiographe et historien arabe tunisien. Originaire d’une
famille andalouse d’origine yéménite, émigrée en Tunisie après la
reconquista menée par les Catholiques en Espagne.
Après une existence active comme conseiller ou ministre des
souverains berbères musulmans du Maghreb, se retire à 45 ans au
Caire, alors sous la domination des Mamelouks, où il rédige son œuvre
et enseigne. À Damas en 1401, rencontre Tamerlan, obtient du redouta-
ble conquérant qu'il épargne la vie des habitants, mais Tamerlan ne tient
pas sa promesse.
Muqaddimah (ou "Prolegomena"), préface à son ouvrage Kitab al-
Ibar ("Le livre des exemples"), est un projet d'histoire universelle.
Précurseur des disciplines modernes de l'historiographie, de la
sociologie, de l'économie, de la démographie, de la pédagogie, un des
plus grands philosophes du Moyen-Âge.
« L'histoire (…) consiste à méditer, à s'efforcer d'accéder à la
vérité, à expliquer avec finesse les causes et les origines des faits, à
connaître à fond le pourquoi et le comment des événements. L'histoire
prend donc racine dans la philosophie dont elle doit être comptée
comme une des branches. »
Photo : statue d’Ibn Khaldoun à Tunis, avenue Habib Bourguiba
Kabîr
(en arabe, "grand") v. 1440-1518, poète, musicien, tisserand,
réformateur religieux indien. Né de parents musulmans à Vârânasî
(Bénarès), étudie sous la direction de Râmânanda, un maître vishnouïte.
Passe la plus grande partie de sa vie près de son métier à tisser dans
une petite boutique de la ville sainte consacrée à Shiva. Sa boutique
devient un lieu de réunion où l'on chante les louanges divines, où l'on
récite des poèmes. Donne, dans le langage du peuple, des conseils
spirituels à un public formé avant tout de petits artisans. Sans doute
illettré, considéré comme le père de la langue et littérature hindi.
Affirme que toute religion qui n'est pas amour n'est qu'hérésie,
que le yoga et la pénitence, le jeûne et l'aumône sans méditation ni
véritable bhakti (adoration) sont vides de sens. Refuse toute distinction
de race, de caste, de religion et enseigne l'égalité absolue de tous les
êtres humains. Mêle dans sa pratique des éléments hindous et musul-
mans.
Partisan de la non-violence (ahimsa), condamne les sacrifices
d’animaux. Inspirera les Sikhs, Shirdi Sai Baba, admiré par Gandhi.
« L'homme qui est agréable et qui pratique la droiture (…) et qui
tient compte de toutes les créatures comme de son propre moi, celui-là
peut atteindre l'Être éternel »
Pir Sultan Abdal
(v. 1490 - v.1560), poète mystique turc alévi*, animateur
religieux et politique. Passe presque toute sa vie dans un petit village de
Yildizeli dans la province de Sivas (actuelle Turquie).
Affirme sa fidélité aux préceptes du philosophe mystique Hadji
Bektash Veli (1209-1271).
Reflète la vie sociale, culturelle et religieuse du peuple. Écrit sur
Dieu, l'islam, le prophète Mahomet, l'Imam Ali, les douze imams, le bien
commun, la résistance, l'amour et la paix.
Arrêté et exécuté (probablement par pendaison) par le chef
ottoman Hizir Pacha pour son opposition au régime autoritaire.
Son langage direct et clair, la richesse de son imagination et la
beauté de ses vers le font aimer du peuple turc. Ses poèmes sont très
souvent chantés.
* L'alévisme regroupe des membres de l'islam dits hétérodoxes et revendique en son sein
la tradition universelle et originelle de l'islam et plus largement de toutes les religions mono-
théistes.
Photo : statue d’Abdal avec son saz, luth à manche long
Ahmed Tijani
Cheikh Abou Abbas Ahmed ibn Mohamed Tijani, (1737-1815),
théologien et mystique né à Aïn Madhi (en Algérie, près de Laghouat,
mais province marocaine). Ses deux parents décèdent du typhus alors
qu’il a 16 ans. Études islamiques à l'université Al Quaraouiyine à Fès. À
35 ans, part en pèlerinage à La Mecque, en passant par Le Caire, revient
deux ans plus tard après avoir enseigné à Tunis.
À 46 ans, lors d'une retraite spirituelle dans une oasis proche de
Boussemghoun (Régence d'Alger), a une expérience mystique de vision
éveillée et de rencontre du prophète Mahomet. Abandonne toutes ses
affiliations précédentes, crée une zaouïa (édifice religieux) et la confrérie
soufie Tijaniya à Aïn Madhi, près de Laghouat. Fait à ceux qui le suivent
des promesses de salut et de paradis, propose une voie sûre et rapide,
débarrassée des longs exercices ascétiques d’autres voies, d’où son
succès… Suite aux attaques des Turcs, quitte l’Algérie, est accueilli à Fès
par le sultan alaouite Souleiman.
La Tijaniyaa, nouvelle voie soufie, se répand en Afrique jusqu’au
Sénégal. Une confrérie a vocation à défendre ses propres intérêts, en se
posant en médiatrice nécessaire avec le pouvoir politique, et en recevant
ainsi une rétribution symbolique et matérielle de tous.
Jamāl Al-Dīn Al Afghani
(1838-1897), intellectuel musulman, se prétendant afghan, mais né
en Iran. Chiite dans un premier temps, fait ses études dans les villes
saintes chiites de Najaf et Karbala (Irak actuel), puis en Inde et à Cons-
tantinople.
Au service de l'émir Dost Mohammad Khan en Afghanistan entre
1865 et 1869. Présent en Égypte de 1871 à 1879 (y fonde une loge
maçonnique qui sera associée au ‘Grand Orient de France’, en est
expulsé pour raison politique), puis en Inde.
S’installe à Paris en 1883, y fonde une revue al-‘Urwa al-wuthqa,
ou ‘Le lien indissoluble’, côté visible d’une société secrète qui utilise la
culture traditionnelle et les motivations religieuses des musulmans pour
les amener à résister sur tous les plans (politique, économique, culturel)
à la domination occidentale. Œuvre pour l’unité des Musulmans et la
réforme de l’islam.
Rencontre Renan qui, très impressionné, voit en lui une sorte de
nouvel Averroès. Répond à Ernest Renan, très critique sur l’islam, que le
Coran lui-même engage constamment le croyant à comprendre le
monde et à réfléchir et que c’est l'islam qui a permis la naissance de
l'esprit philosophique chez les Arabes.
Jamāl Al-Dīn Al Afghani
En 1891 et 1892, en Iran, est un des promoteurs du boycottage
populaire de la régie des tabacs, dont le Shāh a accordé la concession
à un Anglais.
En 1892, accepte l’invitation à Istambul par le sultan Abd al-
Hamīd II (1842-1918, photo du haut), espérant servir les plans pan-
islamistes du sultan, mais, en réalité, passe ses dernières années dans
une captivité dorée.
Probablement l'instigateur de l'assassinat du Shāh d’Iran Nāṣir
al-Dīn (1831-1896, photo du bas). Meurt du cancer ou, selon certains,
empoisonné.
Affirme que les sociétés musulmanes ne pourront s’approprier
les sciences modernes qu’à la condition de l’acquisition d’un système
de moralité sociale solide. Appelle à une réforme profonde de la
religion elle-même, unique condition à un progrès des sociétés. Un des
principaux penseurs du panislamisme, réformateur qui s'efforce de
concilier les principes coraniques avec le monde moderne.
« S'il est vrai que la religion musulmane soit un obstacle au
développement des sciences, peut-on affirmer que cet obstacle ne
disparaîtra pas un jour ? »
Ahmadou Bamba
Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké (Aḥmad ibn Muḥammad ibn
Ḥabīb Allāh) dit Khadimoul Rassoul (en arabe : " serviteur du Prophète" et
Serigne Touba (le marabout de Touba), (1853-1927), théologien sénéga-
lais, juriste musulman et soufi. Une des figures les plus importantes de
l'islam de la région en qualité de fondateur de la confrérie des Mourides.
Grand poète.
Prêche la paix, la quête intellectuelle, le travail et la discipline,
fonde la ville de Touba (Sénégal) en 1887. Arrêté par les autorités colo-
niales françaises, qui l'enferment dans la prison de Saint-Louis, avant de
l'envoyer en exil, en 1895, au Gabon. Retourne à Dakar en 1902, est
acclamé par la foule. Arrêté en 1903, déporté 4 ans en Mauritanie.
Après 1910, les autorités françaises réalisent qu’il ne désire pas la
guerre contre le colonisateur et décident de collaborer avec lui. Refuse la
Légion d’Honneur.
Aujourd’hui, les membres de la confrérie des Mourides mettent
beaucoup en avant sa non-violence coranique.
« Jamais je ne porterai préjudice à qui que ce soit. »
« J’ai fait cette guerre sainte avec pour seules armes le savoir et la
piété. »
Ahmad al-'Alāoui
Sidi (ou Cheikh) Ahmād Ibn Mustāfā al-'Alāoui (1869-1934), maître
soufi algérien originaire de Mostaganem. Travaille jeune dans l’artisanat
de la chaussure. S’adonne à la lecture, passant souvent des nuits entières
plongé dans les livres. Rencontre Muhammad Ibn al-Habîb al-Buzîdî
(1824-1909), maître de la tarîqa* Derkaouiya, branche de la tarîqa
Shâdhiliyya, dont l’enseignement le séduit immédiatement, et lui succède
en 1909.
Fonde en 1914 l'un des plus importants mouvements soufis du 20ème
siècle, la tarîqa 'Alawiyya, une branche de l'ordre Chadhiliyya. Manifeste
de l’intérêt pour tous types de sciences et toutes sortes de cultures a priori
étrangères à sa propre perspective. En contact avec René Guénon, et
proche du médecin français Marcel Carret, agnostique, qui voit en lui une
figure christique. Écrit de nombreux livres (soufisme, droit musulman,
philosophie, sciences, astronomie), et des poésies spirituelles. Son
enseignement rayonne dans tous les pays du Maghreb, au Moyen-Orient
ainsi qu'en Europe avec la fondation de plusieurs zawiya* en Angleterre
(Birmingham) et en France où il participe notamment à l'inauguration de la
grande mosquée de Paris en juillet 1926.
« As-tu perçu l'appel de Celui qui appelle ? »
* Tarîqa : confrérie mystique du soufisme, dont les fidèles sont réunis autour d'une figure
sainte, ancienne ou récente, autour de son lignage et de ses disciples.
Zawiya : édifice religieux de la confrérie soufie, et par extension, la confrérie elle-même.
Tierno Bokar
Bokar Salif Habi (1875-1939), tailleur et brodeur, sage et mystique
malien de la confrérie soufie Tidjâniyya. Subit la double influence d'une
mère courageuse, douce et pieuse, Aïssata, et d'un maître vénéré qui lui
enseigne les sciences islamiques, Amadou Tafsirou Bâ.
Ouvre en 1907 une école coranique à Bandiagara, au cœur du
pays des Dogons. Veut pour ses disciples - à ses "frères réfléchis" - un
cœur ouvert, de la bonne volonté, une âme ardente.
Un jour, en 1933, au cours d'une leçon de théologie, un poussin
d'hirondelle tombe d'un nid fixé au plafond. Interrompt son exposé, grimpe
sur un escabeau improvisé, raccommode à l'aiguille le nid
endommagé, y replace l'oisillon, et reprend son cours.
Maître et ami d’Amadou Hampaté Bâ, avec qui il partage la
passion pour les chiffres et la valeur numérique des lettres de
l’alphabet. Ami de Théodore Monod qui le fait découvrir.
../..
Photo : Ancienne mosquée de Bandiagara du temps de T. Bokar
Tierno Bokar
« La foi et l'incroyance sont comme deux champs contigus. La
prière marque leur limite. Celui qui prie est appelé fidèle, quel que soit
le poids de ses péchés. Celui qui ne prie pas est infidèle, quelle que
soit la sagesse de sa vie.»
« Il faut toujours bénir et ses amis et ses ennemis. Non seule-
ment la bénédiction va vers son objectif pour y accomplir sa mission
d'apaisement, mais encore elle revient vers nous, un jour ou l'autre,
avec tout le bien dont elle était chargée. »
« Notre planète n'est ni la plus grande ni la plus petite de
toutes celles que Notre Seigneur a créées... Nous ne devons nous
croire ni supérieurs, ni inférieurs à tous les autres êtres. Les meilleures
des créatures seront parmi celles qui s'élèvent dans l'amour, la charité
et l'estime du prochain. Celles-là seront lumineuses comme un soleil
montant tout droit dans le ciel. » T. B.
« C'est une grande joie pour le chercheur sincère et sans doute un des
rares motifs qui lui reste de ne pas désespérer entièrement de l'être humain, que
de retrouver sans cesse, dans tous les temps, dans tous les pays, chez toutes
les races, dans toutes les religions, la preuve de cette affirmation de l'Écriture :
«L'Esprit souffle où il veut.» Théodore Monod
Photos : Maison de T. Bokar à Bandiagara. Tombes présumées d'Aïssata et de Tierno Bokar
Muhammad Iqbal
(1877-1939) poète, philosophe et juriste musulman, indien puis
pakistanais. Séjour de 3 ans en Europe (Cambridge, Allemagne),
rencontre Bergson et Massignon.
Reconstruit la pensée religieuse dans une optique dynamique
créatrice et heureuse, défendant la nécessité de l'ijtihad (effort
d'interprétation) et d'adapter l’islam aux contextes présents. Met en
parallèle la pensée de différents penseurs musulmans et occiden-
taux, fait découvrir la grandeur de la philosophie musulmane active.
Combat la pauvreté, le défaitisme, la fatalité, l’esclavage des
peuples et le racisme. Sa vie est jalonnée de discours et de déclara-
tions dans lesquels transparaît un soufisme actif et dynamique,
orienté vers le progrès et la science.
À la fin de sa vie, "se fourvoie en politique"*, et, élu à l’assem-
blée législative du Pendjab, contribue par son influence à la nais-
sance de la République musulmane du Pakistan.
Le but principal du Coran est « d’éveiller en l’homme une
conscience plus haute de ses multiples relations avec Dieu et
l’univers. »
« Le Coran n’est pas un code légal. »
* selon l’expression d’Abdennour Bidar
Mahmoud Muhammad Taha
(1908-1985), ingénieur hydraulicien, parfois surnommé "le Gandhi
soudanais". Condamné à deux ans de prison en 1946 pour s’être
opposé aux Anglais durant la colonisation du Soudan.
Crée des communautés d’homme et de femmes, les ‘Frères
républicains’, sous le signe du partage des biens, de la prière, de la
réflexion, du débat d’idées.
Propose d’abandonner la charia du Mahomet de Médine (guerre
contre les infidèles) pour établir la vraie charia de la Mecque (combat
non-violent contre l’égoïsme et la violence). Affirme que la constitution
soudanaise doit être réformée pour réconcilier « le besoin individuel de
liberté absolue et le besoin commun de justice sociale totale ».
Condamné dès 1968 comme hérétique par les responsables
religieux. S’oppose au général Gaafar Nimeiry après la promulgation
d’un code pénal conforme à la charia. Condamné à mort pour « hérésie,
opposition à l’application de la loi islamique, trouble à la sécurité
publique, incitation à s’opposer au gouvernement, et reconstitution d’un
parti politique interdit.»
Pendu en janvier 1985 dans sa prison à Khartoum.
M.M.T. est aussi dans le trombinoscope de la non-violence
Mounir Hafez
(1911-1998), enseignant et chercheur français d’origine égyptienne.
Apparenté à la famille royale, s'installe définitivement en France à partir
de 1952, lorsque la révolution nassérienne le contraint à l'exil. Après des
études classiques, s’oriente vers la philosophie et la littérature, termine
ses études à la Sorbonne. À partir de 1954, élève d’Henry Corbin à
‘l'École pratique des Hautes Études’. Soutient une thèse sur la mystique
musulmane, collabore à diverses revues, dont La Tour Saint-Jacques, de
Robert Amadou, participe à un groupe de recherches sur ‘l'Histoire des
Sciences Traditionnelles’. Disciple et ami de Louis Massignon à qui il doit
son intérêt pour al Hallâj.
S’intéresse à l'hermétisme et à l'alchimie, étudie l'astrophysique, ne
cesse, sa vie durant, de tisser des liens entre les mondes géographiques
et intellectuels. Référence majeure du soufisme en France. La majeure
partie de son oeuvre reste inédite : elle consiste en quelque 200 confé-
rences publiques et surtout privées. Ne fait allégeance à aucun système
de pensée, pour lui « L’interprétation est toujours à revoir...», refuse toute
connaissance de seconde main, ne cesse de répéter qu’il faut partir d’une
expérience que l’on a soi-même de la vie, de sa vie, et rester libre.
« La rencontre avec soi-même est le but ultime du voyage, c'est à
la fois être ce que l'on est, et être autre que ce que l'on est. (…) Dans ce
voyage, on peut dire que le bagage essentiel, c'est l'amour. »
Mohammed Arkoun
(1928-2010), intellectuel, historien, islamologue et philosophe
français d’origine algérienne. Docteur en philosophie, professeur
d’histoire de la pensée islamique à la Sorbonne.
Humaniste, laïque, militant actif du dialogue entre les religions,
les peuples et les hommes, plaide pour un islam repensé dans le
monde contemporain et pour la destruction des préjugés.
« Je m'efforce depuis des années (….) d'ouvrir les voies d'une
pensée fondée sur le comparatisme pour dépasser tous les systèmes
de production du sens - qu'ils soient religieux ou laïcs - qui tentent
d'ériger le local, l'historique contingent, l'expérience particulière en
universel, en transcendantal, en sacré irréductible. »
« L’Occident n’est pas plus l'incarnation du démon matérialiste,
immoral et athée, que l’Islam n’est réductible au fondamentalisme
intégriste, terreau du terrorisme et incompatible avec la démocratie et
la modernité. » M. A.
« À cheval entre deux cultures, M. Arkoun (…) a forgé son indépendance à
partir de cette dualité, enraciné en l’une et l’autre, mais échappant à l’une et
l’autre, et il les dépasse l’une et l’autre en les transgressant. D’où l’incompréhen-
sion qui a accompagné sa si juste et nécessaire recherche. D’où aussi sa
fécondité qui se manifestera de plus en plus dans le futur.” Edgar Morin
Jawdat* Saïd
Né en 1931, Syrien, enseignant démis de ses fonctions. Un des
premiers penseurs musulmans à introduire la notion de non-violence
dans le monde islamique.
Montre que dans le récit de Caïn et Abel, selon la mythologie
adamique rapportée par le Coran, l’histoire n’a pas commencé par un
meurtre, mais par un acte de non-violence.
Prend clairement position dans le débat sur la question "Quels
versets du Coran doivent abroger quels autres ? ". Ne retient pas la
doctrine orthodoxe (les versets les plus récents abrogent les versets les
plus anciens), mais plaide pour que les versets qui correspondent le
mieux aux exigences de la justice abrogent ceux qui y correspondent le
moins.
Selon lui, les opprimés, par leur passivité, sont pour une large
part responsables de l’oppression qu’ils subissent. Pour affirmer cela,
se réfère à la sourate III, 165 : « Lorsqu’un malheur vous a atteints, (…)
n’avez-vous pas dit : « D’où vient cela ? » Réponds : « Cela vient de
vous ». « Ainsi, commente-t-il, le Coran est le seul livre qui réprimande
la victime davantage que le persécuteur ».
* Prononcer Jaodat Photo du bas : Caïn et Abel par Le Titien
Faouzia Farida Charfi
Née en 1941, physicienne tunisienne, professeure à l’Université
des sciences de Tunis. Veuve de Mohamed Charfi, ancien président de
la ‘Ligue tunisienne des droits de l'homme’.
Secrétaire d'Etat à l'Enseignement supérieur dans le gouver-
nement provisoire issu de la révolution de janvier 2011, en démissionne
peu après pour reprendre sa "liberté de parole".
« Les scientifiques de langue arabe du 9ème au 15ème siècle ont
ouvert la voie à Tycho Brahe ou Copernic. Si on ne prend pas en
compte l'apport de la science arabe, on ne peut comprendre le passage
de la science hellène à la science européenne du 17ème siècle. Les
islamistes d'aujourd'hui refusent de voir que nos ancêtres encoura-
geaient le doute scientifique. Pour eux, la certitude est le capital de la
foi ! (…)
L’acceptation de la théorie de l'évolution implique une démarche
scientifique qui est aujourd'hui rejetée par l'orthodoxie sunnite notam-
ment. Alors que dès le 19ème siècle des scientifiques arabes proposaient
une approche progressiste de la question de l'évolution. »
Ahmed al-Tayeb
Cheikh Ahmed Mohamed al-Tayeb, né en 1946. Étudie la pensée
islamique à la Sorbonne (Paris), y obtient un doctorat, y enseigne ainsi
qu'à l'Université de Fribourg (Suisse). Traduit plusieurs œuvres de
théologie du français en arabe.
Recteur de l’université al-Azhar (Le Caire) de 2003 à 2010. Sous
son autorité, l’université émet une déclaration qui souhaite un État-
nation "moderne" et "démocratique", et une autre qui affirme la liberté
d'expression, de croyance, de création et de recherche scientifique.
Depuis 2010, 44e imam de la mosquée al-Azhar.
En mai 2016, rencontre au Vatican le pape François, qui lui rend
visite en avril 2017 à l'Université al-Azhar. En février 2019, à Abu
Dahbi, signe avec François un Document sur la fraternité humaine pour
la paix dans le monde et la coexistence commune. Ils déclarent
« adopter la culture du dialogue comme chemin ; la collaboration
commune comme conduite, la connaissance réciproque comme
méthode et critère » : refus du terrorisme, refus des discriminations au
nom de la religion et affirmation de la pleine citoyenneté, apport mutuel
Orient-Occident, refus de l’individualisme, dialogue interreligieux.
Cheikh Khaled Bentounès
Né en 1949, Algérien, études de droit et d’histoire à Paris.
Devient en 1975, après la mort de son père, le 46ème maître
spirituel de la confrérie (tariqa) soufie Alawiya à Mostaganem.
Témoin d’une culture de paix et de fraternité soucieux de
dégager les valeurs universelles partagées. Écrivain, pédagogue,
conférencier et acteur du dialogue inter-religieux. Fondateur en 1991
des ‘Scouts Musulmans de France’. Cofondateur, en 2003, du
‘Conseil français du culte musulman’.
Crée la fondation Djanatu-al-Arif, ("le Jardin du connaissant"),
‘Centre Méditerranéen du Développement Durable’, réimplante en
Algérie la culture de l'arganier.
« Si la politique est la gestion de la cité des hommes, la
spiritualité est celle de notre cité intérieure. Elle nous engage à
cheminer dans le sens du bien, de l’unité, de la fraternité. Elle n’a
pas pour vocation d’exclure le politique : son rôle est, au contraire,
de lui donner du sens, de l’humaniser. » ../..
Cheikh Khaled Bentounès
Nous invite à redécouvrir la dimension essentielle de notre
nature originelle que notre conditionnement culturel a fini par occulter.
La vision soufie de la thérapie de l'âme consiste à cheminer vers le
centre de l'être par une éducation d'éveil des sens et du vivant.
« Le soufisme, que l’on appelle parfois "mystique musulmane",
n’est pas un phénomène marginal de la civilisation islamique, encore
moins une pièce rapportée : c’est le cœur même de l’islam. Lui seul
donne sens à la religion en révélant comment l’islam, loin d’être une
"soumission" aliénante, élève l’homme jusque dans la plus grande
proximité du divin tout en l’inscrivant dans une fraternité universelle. »
« On a des académies, de sciences, de mathématiques, de
musique, de philosophie, militaires, mais on n’a pas d’académies de
paix, pourquoi ? La paix n’est pas quelque chose qui descend comme
ça toute seule du ciel, c’est quelque chose qui se travaille, qui se
cultive, qui se sème. Et pour cela il faut lui donner la place qu’elle
mérite. »
Fethi Benslama
Né en 1951, psychanalyste d'origine tunisienne. Études en
anthropologie à l’EHESS.
Professeur de psychopathologie à l'Université de Paris VII, y
dirige l'UFR d'Études psychanalytiques.
En 2004, avec d’autres intellectuels issus du monde musulman,
écrit le ‘Manifeste des libertés’. Membre de l'Académie Tunisienne
des Sciences, des Lettres et des Arts.
« "Au nom de l'islam..." : telle est aujourd'hui l'invocation
macabre, la folle litanie qui s'adjuge le pouvoir absolu de détruire. Elle
n'épargne ni la vie humaine, ni les institutions, ni les textes, ni l'art, ni
la parole. Quand la force du nom irradie de tant de dévastations, nous
ne pouvons tenir ce qui arrive pour un accident. (…)
Ce que nous devons penser et obtenir, c'est une délivrance,
sans concession avec les germes qui ont produit cette dévastation.
Un devoir d'insoumission nous incombe, à l'intérieur de nous-mêmes
et à l'encontre des formes de servitude qui ont conduit à cet
accablement. »
Cheikh Aly N’Daw
Né en 1950, Sénégalais, ex-maître de conférences en
mathématiques.
Guide de Khidmatul Khadim, voie spirituelle soufie imprégnée du
concept de Khidma, ou "service à l’humanité".
Responsable de l’École soufie internationale initiée par Cheikh
Ahmadou Bamba (1853-1927), présente en Afrique, en Europe et
aux États-Unis.
Dirige une ferme expérimentale d’agrobiologie à Pout, au
Sénégal.
« Dans notre société, il faut avoir (une renommée, de l’argent, un
diplôme) pour pouvoir faire quelque chose et ainsi être quelqu’un.
Dans le monde des êtres de paix, l’on doit d’abord construire son
être, pour pouvoir faire en pleine conscience, et finalement avoir un
bien utile à tous. »
« Quand l’Afrique s’éveillera, le monde sortira de l’avidité ».
Faouzi Skali
Né en 1953, Marocain, docteur en anthropologie, ethnologie
et sciences de religions, écrivain.
À 23 ans, la lecture du Livre du dedans de Jalâl ud Dîn Rûmî
l'oriente vers le soufisme, dimension mystique de l'islam.
Initie en 1994 le ‘Festival de Fès des musiques sacrées du
monde’, puis en 2001 le colloque international ‘Une âme pour la
mondialisation’.
Contribue à la demande de la Commission Européenne à la
réflexion sur le "dialogue entre les peuples et les cultures dans
l’espace euro-méditerranéen".
« L’art – et la musique en particulier – sont les meilleurs
moyens de parler le langage des états intérieurs. Si on met en
connexion les différentes cultures à travers le sacré, elles
communiquent par ce qu’il y a de plus profond en elles, pas
simplement par le superficiel. »
Rachid Kéchidi
Français né en 1955, ingénieur commercial, président pour l’Île-de-France de
l’’Association internationale soufie alâwiyya’ (AISA), fondée par Cheikh Khaled
Bentounès. Né de père musulman et de mère catholique, mais dans un milieu non
religieux, soufi depuis son adolescence. Marqué par René Guénon.
AISA oeuvre au rapprochement des cultures, au respect de tous les êtres humains et de la
nature, témoigne que les valeurs essentielles de l’Islam spirituel contribuent à créer un monde plus
juste et plus humain, participe au dialogue entre les civilisations et les différentes traditions
spirituelles. Par ses actions, l’ONG s’engage pour une éducation à la culture de paix. Elle est à
l’initiative de la ‘Journée mondiale du Vivre ensemble’.
AISA Île-de-France mène des actions dans les quartiers difficiles auprès de la
communauté musulmane et des autres communautés pour prévenir les dérives
islamistes.
« L’umma (assemblée de délibération) rassemblait toutes les composantes de
la société de Médine, y compris les Juifs, et pas seulement la communauté
musulmane. »
« L’homme est le vicaire de Dieu dans la création. (…) Action et contemplation
se répondent au quotidien dans la vie d’un être humain en chemin. (…) Il n’y a pas de
spiritualité, il n’y a que des preuves de spiritualité par les actes. »
Souleymane Bachir Diagne
Né en 1955, philosophe sénégalais. Élève de Louis Althusser et
de Jacques Derrida à ‘l’École normale supérieure.’ Enseigne d’abord
l'histoire de la philosophie dans le monde islamique à ‘l’université
Cheikh Anta Diop’ de Dakar (est alors conseiller du président Abdou
Diouf pour l'éducation et la culture), puis à Evanston (Illinois).
Professeur de français à l'université Columbia (New-York). À la
fois musulman, philosophe, démocrate et rationaliste. Sa démarche se
développe autour de l’histoire de la logique et des mathématiques, de
l’épistémologie, des traditions philosophiques de l’Afrique et du monde
islamique. Elle est imprégnée de culture islamique et sénégalaise
(wolof, sérère, toucouleur, mandingue, diola), d’histoire de la philosophie
occidentale et de littérature et de politique africaine. C’est le mélange,
"la mutualité", qui décrit le mieux sa philosophie.
Le dialogue, écrit et parlé, est pour lui l’une des conditions néces-
saires pour aborder l’universalité des cultures et accéder à une concep-
tion contemporaine de l’universel.
Entend montrer que le Coran porte, en lui-même, un principe de
modernité, propose de reconstruire la pensée religieuse de l’islam en
intégrant une notion de temps vu comme principe créateur et continu.
Mohammad Moezzi
Mohammad Ali Amir-Moezzi, né en 1956 à Téhéran, universitaire,
historien et islamologue français, spécialiste du chiisme. Diplômé de
l’’Institut national des langues et civilisations orientales’ (INALCO) et
docteur d'État en islamologie, occupe, à l‘’École Pratique des Hautes
Études’ (EPHE), le poste de directeur d'étude en islamologie classique.
Co-éditeur avec Guillaume Dye (né en 1974, islamologue et
orientaliste français, professeur à l‘’Université libre de Bruxelles’) de
l’ouvrage Le Coran des historiens. Ce monument savant et accessible
réunit une équipe internationale de trente spécialistes (historiens,
liturgistes, géographes, juristes, exégètes, théologiens, philologues,
épigraphistes, codicologues). Il offre, en 3 000 pages, une synthèse
complète et critique des travaux passés et des recherches présentes sur
les origines du Coran, sa formation et son apparition, sa composition.
« Le contexte de la formation et de l’histoire (du Coran),
demeurent largement méconnus. On sait très peu de choses sur Maho-
met. Si on enlève nos lunettes conformées par les siècles d’exégèse
classique, Mahomet est une figure presque absente du Coran. Les
commentaires ultérieurs lui rapportent divers traits et événements que le
texte à l’état brut n’indique pas explicitement. La biographie de Mahomet
a été fixée à peu près trois siècles après sa mort. ../..
Mohammad Moezzi et Guillaume Dye
Il n’y a en fait que des représentations de Mahomet en
fonction des conflits qui dressent les factions entre elles dès les
débuts de l’islam. Le Mahomet de l’Histoire est enfoui sous elles. »
M. Moezzi
« Ce n’est pas en Arabie – lieu de passage caravanier, sans
tissu urbain – que se trouvaient les bibliothèques et les centres
spirituels juifs et chrétiens où est née la catéchèse judéo-chrétienne
aux Arabes, mais en Syrie. Quand Le Figaro titre son article « Les
conquêtes arabes et les premiers califats ont fait subir au Coran une
reconstruction politico-religieuse », ce n’est que partiellement exact : la
construction du Coran s’est effectuée à partir de l’enseignement des
nazôréens, ces maîtres très tôt rejetés par leurs élèves Arabes. »
Michel Benoît
Tareq Oubrou
Né au Maroc en 1959, imam, théologien et essayiste français.
Autodidacte en sciences religieuses, souvent présenté comme l'imam
de Bordeaux. Renonce à ses études de biologie et médecine pour se
consacrer à la communauté musulmane de France dans le rôle d'imam,
s'y installer durablement et diriger les prières (salat) et les sermons
(khutba), au sein de la mosquée al Houda, dans le quartier Saint-Michel
à Bordeaux, à forte population d'origine immigrée.
Entame alors une vaste réflexion théologico-canonique sur les
conditions de l'expression et de la pratique musulmanes dans un
espace sécularisé. Prend position en faveur d'un islam libéral, déplore
que le Coran soit mal interprété par les jeunes. Prône également une
visibilité musulmane discrète, qui se concentre sur des pratiques
islamiques invisibles de la vie de tous les jours comme les 5 prières ou
les valeurs morales (générosité, respect, humilité, piété, etc).
Après l'attentat contre Charlie Hebdo, le ministre de l'Intérieur
Bernard Cazeneuve le choisit comme interlocuteur privilégié des
pouvoirs publics dans sa volonté de relancer le dialogue avec les
représentants musulmans. En mai 2016, l'organisation terroriste ‘État
islamique’ lance une fatwa contre lui, appelant à son assassinat.
Ghaleb Bencheikh
Né en 1960 en Arabie saoudite, docteur en sciences et physicien
franco-algérien.
Également de formation philosophique et théologique, anime
l'émission Islam dans le cadre des émissions religieuses diffusées sur
‘France 2’ le dimanche matin.
Préside la ‘Conférence mondiale des religions pour la paix’, ce
qui l'amène à de nombreuses interventions en France et à l'étranger.
Membre du comité de parrainage de la ‘Coordination française pour
une éducation à la non-violence et à la paix’.
« Aujourd’hui, la réponse à cette guerre ne consiste pas à dire
que l’islam n’est pas cela. Car c’est bien au nom d’une certaine
lecture de l’islam que ces actes sont commis. Non, la réponse
consiste à reconnaître et affirmer l’historicité et l’inapplicabilité d’un
certain nombre de textes que contient la tradition musulmane. Et à en
tirer les conclusions. »
Pétition signée par des intellectuels musulmans dont Fehti Benslama et Ghaleb
Bencheich en janvier 2015
Aïda Abida
Née en 1961 ? en Algérie, émigre enfant en France suite à un
regroupement familial. Baccalauréat en France, retourne en Algérie
poursuivre des études universitaires. Victime et témoin de violences
familiales et du terrorisme algérien des années 1990, y est professeure
de français et journaliste à Algérie Actualité et el Watan. Quitte Alger en
1994, chargée de projet et formatrice en Belgique et en France. Suit une
formation en sciences islamiques à l’université de Louvain-la-Neuve en
Belgique et poursuit à ce jour des études en arabe coranique.
Suite aux attentats de 2015 en France et en Belgique, se décide à
témoigner, dans La non-violence dans l’Islam, de sa foi de musulmane
souillée par les tenants des crimes au nom d’Allah. En réaction à ces
atrocités, met en lumière, par ses choix de vie et ses recherches dans
les sciences islamiques, le creuset d’une authentique tradition islamique
de la non-violence. Présente trois acteurs méconnus de cette non-
violence islamique en Turquie, au Pakistan, en Syrie.
« Les valeurs de paix et de fraternité sont dans les fondements de
l’islam, comme la justice, la solidarité et le respect de la vie humaine et
du vivant en général. »
* Seule ombre au tableau : ce livre généreux (publié pour la première fois en 2016 aux
éditions Kouna) a été réédité par un éditeur marseillais, Salim Laibi, directeur des Éditions Fiat
Lux, qui édite des auteurs complotistes et négationnistes.
Mohammed Taleb
Né en 1968, philosophe algérien, formé à l’université du
Québec à Montréal. Conférencier et écrivain, formateur en éducation
relative à l’environnement et en écopsychologie. Enseigne ces
matières depuis 2006 à Lausanne, Lyon, Bruxelles.
Préside l'association de philosophie ‘Le singulier universel’, y
anime le projet de ‘l’Université de l'Âme du monde’. Depuis de
nombreuses années, travaille sur les interactions entre spiritualité,
écologie, critique sociale, dialogue des cultures et nouveaux
paradigmes scientifiques. Responsable de l’unité de recherche
‘Écologie, éducation relative à l‘environnement et écodéveloppement’
au sein de ‘l'Institut Frantz Fanon’, basé à Bruxelles.
« Aujourd'hui, dans le champ des sciences, la question du
sens est de retour, les vérités poétiques, visionnaires, artistiques et
spirituelles peuvent s'entrelacer aux vérités de la science.(…) Le
réenchantement du monde ne se déploiera d'une façon féconde et
créatrice qu'à deux conditions : que la quête spirituelle épouse la
nécessaire transformation révolutionnaire du monde ; et que les
nouveaux paradigmes scientifiques rencontrent l'Imaginaire, la
subjectivité qui font de nous des personnes vivantes. »
Naif Al-Mutawa
Né en 1971, Koweitien, docteur en psychologie clinique de Long
Island University, psychologue et hypnothérapeute à New-York, au
Koweït, à Dubaï et au Quatar. Organise des ateliers sur la résolution
créative des conflits, la gestion de l'attention, du stress et de la colère
Créateur au Koweït en 2006 de The 99, un groupe de super-héros
de bandes dessinées basé sur la culture et la religion islamiques. Les
héros de la BD sont le Dr. Ramzi, un érudit et activiste social, et 99
jeunes (chacun a pour nom l’un des 99 attributs d’Allah : générosité,
force, fidélité, sagesse, miséricorde, écoute, justice, douceur, pardon,
etc.), avec des capacités spéciales qui leur ont été conférées par les
pierres précieuses "Noor". Le scénario présente les 99 personnes
dirigées par M. Ramzi dans leur quête de justice sociale et leur combat
sans violence contre les forces du chaos et du mal.
Les BD, connaissant un grand succès, sont adaptées à la
télévision, diffusées dans les camps de réfugiés.
Frappé d’une fatwa*, poursuivi en justice pour blasphème devant
un tribunal du Koweït en 2014, gagne en 1ère instance et en appel.
* Avis ou condamnation prononcé par une autorité religieuse islamique
Badriyah Fayumi
Née en 1971, théologienne musulmane indonésienne, politicienne,
enseignante et militante. Études de théologie à Jakarta puis au
Caire (1985-1998). Députée (2004-2009) au sein du PKB (Parti du réveil national
indonésien, parti musulman modéré). Fonde en 2008 avec son mari une école
islamique selon la tradition indonésienne.
Participe en 2017 à la création du ‘Conseil indonésien des femmes oulémas’
dont elle devient présidente. L’objectif principal de ce forum, première initiative de ce
genre dans le monde, est la reconnaissance du rôle des femmes dans la société et
dans l’enseignement religieux. Il condamne les violences sexuelles, les mariages
précoces et la destruction de l’environnement.
Le premier congrès des femmes oulémas a réuni de représentantes de
plusieurs pays dont le Nigeria, le Kenya, le Pakistan et l’Afghanistan.
« Les femmes sont les premières à souffrir de la pollution, à devoir
trouver de l’eau propre, à soigner les enfants malades. (…)
Nous pouvons vivre notre diversité dans l’harmonie. (…)
C’est grâce à l’éducation que nous permettrons aux femmes
d’assurer des fonctions de dirigeantes en politique, dans les organisa-
tions religieuses, les entreprises ou les organisations non-gouverne-
mentales. La voix des femmes doit désormais résonner dans toute les
société. L’éducation des femmes est une mission prophétique. »
Rachid Benzine
Français né en 1971 au Maroc, islamologue, disciple de
Mohammed Arkoun.
Enseignant et chercheur à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-
Provence, à l’Institut protestant de théologie de Paris, ex-chercheur
associé à l’’Observatoire du religieux’.
Codirecteur de la collection Islam des lumières aux éditions Albin
Michel, qui publie des ouvrages sur la pensée musulmane
contemporaine.
« Ces hérauts de la pensée libre, parfois menacés de mort et
contraints à l’exil, explorent les chemins inédits d’une reconstruction
de la pensée religieuse musulmane. Ils revisitent l’histoire des
dogmes et des institutions, interrogent les interprétations théologiques
ou juridiques successives, tentent de discerner les éléments de la
tradition qui pourraient être fondateurs d’une modernité islamique.
Surtout, ils soumettent le texte coranique lui-même au crible de
l’analyse littéraire et de la critique historique. »
../..
Rachid Benzine
« L’islam traverse une grande tragédie, marquée par le déficit
d’instances d’autorité capables de régler les conflits d’interprétation,
et par un déficit d’histoire. (…)
La communauté musulmane n’a pas fait son travail : ce qui est
enseigné dans les mosquées, c’est le Catéchisme des années 1950,
une histoire sainte, sacrée, sans aucun travail historique ni
anthropologique. Or on ne peut comprendre le Coran que si l’on
connaît la société du VIIème siècle et ses interactions avec le texte. »
« Mohammed Arkoun avait coutume de dire qu’il ne fallait rien
attendre des pays majoritairement musulmans. C’est aux pays
européens d’engager ce travail : soit dans les institutions de
formation musulmans, soit en exigeant des imams qu’ils se forment à
l’histoire à l’université. (…) Il faut former les enseignants pour qu’ils
introduisent leurs élèves à la distance critique et que ceux-ci
l’intériorisent au plus intime. »
Abdennour Bidar
Né en 1971, philosophe et écrivain français, agrégé et docteur en
philosophie, normalien, professeur à l’université de Nice. Grand-père
communiste et athée, mère française convertie à l’islam à travers le
soufisme. Thèse de doctorat sur le développement d'une "pédagogie de
l'individuation" à partir de la pensée du philosophe musulman indien
Mohamed Iqbal (1873-1938).
Chargé de mission sur la pédagogie de la laïcité au Ministère de
l’Éducation nationale, membre de l’ex 'Observatoire de la laïcité’ et du
comité de rédaction de la revue Esprit.
« Cher monde musulman, (…) je te vois te perdre - perdre ton temps
et ton honneur - dans le refus de reconnaître que ce monstre (Daech) est né
de toi, de tes errances, de tes contradictions, de ton écartèlement entre
passé et présent, de ton incapacité trop durable à trouver ta place dans la
civilisation humaine. Car tu te réfugies dans le réflexe de l’autodéfense sans
assumer aussi et surtout la responsabilité de l’autocritique. Tu te contentes
de t’indigner alors que ce moment aurait été une occasion historique de te
remettre en question ! » ../..
Abdennour Bidar
Les monstres terroristes aux noms de Al Qaida, Al Nostra,
AQMI ou Daech ne sont « que les symptômes les plus visibles sur
un immense corps malade, dont les maladies chroniques sont les
suivantes : impuissance à instituer des démocraties durables dans
lesquelles est reconnue comme droit moral et politique la liberté
de conscience vis-à-vis des dogmes de la religion; difficultés
chroniques à améliorer la condition des femmes dans le sens de
l’égalité, de la responsabilité et de la liberté; impuissance à
séparer suffisamment le pouvoir politique de son contrôle par
l’autorité de la religion; incapacité à instituer un respect, une
tolérance et une véritable reconnaissance du pluralisme religieux
et des minorités religieuses. »
Je n’aurais pas été si sévère dans cette lettre si je ne croyais pas
en toi. (…) Je crois en toi, je crois en ta contribution à faire demain
de notre planète un univers à la fois plus humain et plus spirituel !
Salâm, que la paix soit sur toi ! »
« Incroyants et croyants ressentent l'impasse de la religion
et de l'athéisme. Ils ont aussi l'intuition qu'une nouvelle forme de
vie spirituelle est possible. » ../..
Abdennour Bidar
« Il est possible de réagir (au djihadisme), mais à condition de
partir d’un diagnostic juste et d’admettre que l’Occident traverse
une véritable crise spirituelle, mère de toutes les crises. Le déno-
minateur commun de toutes nos crises à mes yeux est qu’elles
sont des crises du lien : avec la nature, avec l’autre, avec soi-
même - et donc avec la vie. Or, qu’est-ce une crise du lien, au sens
le plus large du terme, sinon une crise spirituelle ? L’Occident a
perdu l’art et la manière de se saisir de ce rapport au spirituel. »
« La vie créatrice est le but et la fraternité le principe de
notre vie spirituelle. »
« Plus nous connectons à la vue universelle par ce triple
lien à soi, aux autres, à l’univers, plus se développe en nous l’être
divin - s’il existe - le cœur infini de tous les liens. Et plus il se
développe, moins la mort peut quelque chose contre nous. »
Sherin Khankan
Née en 1974 de mère finlandaise et de père syrien réfugié politique
et féministe. Se perçoit comme née entre deux mondes et considère que
son but est de les réconcilier. Master en sociologie des religions et
philosophie de l'université de Copenhague. Première imame du Dane-
mark, fondatrice en 2015 de la mosquée Mariam de Copenhague,
première mosquée réservée aux femmes.
Milite pour des causes liées à l'islam comme l'intégration des
femmes et la lutte contre l'extrémisme, notamment à travers de nombreux
écrits et prises de parole alliant positions religieuses et politiques. Célèbre
des mariages d’hommes chrétiens avec des femmes musulmanes, ce qui
est interdit par le Coran. Prise à partie pendant ses conférences, subit
des insultes sur les réseaux sociaux où l’on exhorte au repentir.
Dénonce la difficulté des croyantes à obtenir un divorce islamique,
l’interdiction de la prière mixte et des mariages entre Musulmans et Non-
musulmans. Fonde une organisation nommée Musulmans critiques, qui
s'intéresse aux liens entre la religion et la politique.
En présence de Delphine Horvilleur, suggère en mars 2018 au président
Emmanuel Macron l'idée d'une grande conférence réunissant des femmes imam
venues du monde entier, des femmes rabbin, des pasteures protestantes, des
prêtres catholiques ainsi que des intellectuels des toutes les religions, notamment
des musulmans, sans discrimination de sexe.
Abd al Malik
Régis Fayette-Mikano, né en 1975 d’un père congolais, rappeur,
auteur-compositeur-interprète, écrivain et réalisateur français. Choisit son
nom de scène en référence à son prénom de naissance (Regis, "royal" en
latin, correspondant au mot arabe Malik, "roi"). Élevé par sa mère seule,
entrainé très jeune dans la délinquance (vol à la tire et vente de drogue).
La vue d'amis morts de surdose l'ayant beaucoup marqué, se plonge dans
la lecture pour une autre confrontation avec la mort.
. Converti à l’islam soufi au cours de son adolescence. Devient en
1999 disciple du maître spirituel marocain Sidi Hamza al Qâdiri Boutchichi.
En 2005, dans son ouvrage Qu'Allah bénisse la France, explique
son cheminement et défend un islam réfléchi, fait de tolérance et de désir
d'intégration. La lecture de Camus forge son devenir d’artiste, de musicien,
d’écrivain, le tire toujours plus haut, toujours plus loin.
« Il y a beaucoup de similitude entre les matérialistes et les
intégristes religieux. Leur vie entière n’est qu’extériorité. »
« Il faut une nouvelle révolution française. Non-violente, pacifique,
fondée sur un retour pragmatique et clairvoyant à une acceptation de
l’homme qui reconsidère sa dimension spirituelle (…). À l’ancien régime de
la société médiatico-financière, il faut substituer la société de l’homme de
foi. »
Mohamed Khénissi
Né en 1978, arrive en France de Tunisie à 18 ans, étudie la
comptabilité, travaille dans la finance.
Taraudé par des questions spirituelles et l’envie de comprendre sa
religion, se plonge dans le monde des mosquées et approfondit ses con-
naissances religieuses. S’inscrit à l’’Institut des hautes études du monde
religieux’ (IHEMR) où il se forme à la laïcité, aux sciences des religions et
à la gestion d’une organisation cultuelle, aux côtés d’étudiants issus de
toutes les traditions. S’inscrit au diplôme universitaire ‘Interculturalité,
laïcité, religions’ à l’Institut catholique de Paris (ICP), suit les cours du
‘Theologicum’ où il découvre la doctrine sociale de l’Église qui le pas-
sionne. Prépare en parallèle un travail de recherche sur l’apostasie en
islam à l’’École Pratique des Hautes Études’.
Président de l’association ‘Herménéo’ qui défend les valeurs de la
laïcité et dont la devise est " Vivre ensemble est un défi qui nécessite
d’aller vers l’autre". L’association présente les traditions religieuses et
spirituelles aux jeunes de Seine St Denis et de la petite couronne de
Paris.
« Il faut arrêter de ne concevoir l’engagement qu’à l’intérieur de sa
communauté de foi ou son groupe de convictions. C’est à toute la société
que nous devons proposer notre valeur ajoutée. Le but n’est pas de faire
tous pareil, mais d’œuvrer dans la même direction. »
Kahina Bahloul
Née en France en 1979, islamologue franco-algérienne. Née d'un
père algérien kabyle peu attaché à la normativité religieuse, mais issu
d'une famille maraboutique et d'une mère française athée. Grand-mère
maternelle juive polonaise, grand-père maternel catholique français.
Grandit en Algérie jusqu'à la fin de sa formation de juriste. Revient en
France en 2003, cadre dans l'assurance pendant 12 ans. Le décès de
son père la conduit à approfondir son lien avec la mystique musulmane,
le soufisme.
Les attentats de 2015 en France la décident à agir. Après un master
2 en islamologie à ‘l’École pratique des hautes études’, poursuit un
doctorat sur la pensée d’Ibn Arabi. Se réclame aussi de Rabi’a al
Adawiyya et de l’émir Abdelkader ibn Muhieddine.
Selon elle, la pratique méditative du soufisme abolit les considéra-
tions de genre. S'inspire de l'imame danoise Sherin Khankan ou de
l’États-unienne Amina Wadud. Présidente de l’association Parle-moi
d’islam qui a pour objet de faire redécouvrir les valeurs de paix, de
fraternité et le message universel de l’islam.
../..
Kahina Bahloul
Avec Faker Korchane, président de l’Association pour la renaissance
de l’islam mutazilite (ARIM), inaugure à Paris en 2020 la Mosquée Fatima
sous la forme d’un prêche dans une salle louée à Paris.
À l'image de la reine berbère résistante dont elle a hérité le prénom
et le caractère, est aujourd'hui présente sur tous les fronts pour évoquer la
possibilité d'un islam moderne et libéral.
La question de sa légitimité est souvent posée par les milieux
conservateurs. A pour alliées Floriane Chinsky, rabbine du ‘Mouvement juif
libéral de France’, et la pasteure Emmanuelle Seyboldt, présidente de
‘l'Église protestante unie de France’, avec qui elle publie un livre en 2021.
« Nous prétendons que notre héritage islamique est plein
d’aspiration à la justice, de volonté de bien et d’épanouissement personnel
et collectif. C’est le sens même de la racine du mot qui constitue le nom de
notre religion, islam, provenant de s-l-m, à savoir pacification. »
« Les avis qui veulent établir l’interdiction absolue du magistère
féminin dans le culte musulman n’ont pas de fondements théologiques
solides. Aucun argument émanant du Coran ni de la sunna ne peut être
sérieusement avancé pour invalider ou rendre illicite l’imamat des
femmes. » ■

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Chercheurs de sens. — 100. Figures de l'islam du 6<sup>e</sup> siècle à nos jours

  • 1. Trombinoscope "Chercheurs d’humanité" Chercheurs de sens (art, religion, philosophie, spiritualité) 100 – Figures de l’islam du 6ème siècle à nos jours Étienne Godinot .03.03.20234
  • 2. Mahomet Muḥammad ou Mohammed (v. 570 - v. 632), Abū al-Qāsim Muḥammad ibn ʿAbd Allāh ibn Abd al-Muṭṭalib ibn Hāshim, arabe issu de la tribu de Quraych. Fondateur de l'islam, en est considéré comme le prophète majeur *. Berger puis caravanier, entre au service d’une riche veuve qu’il épouse. Selon la Tradition, reçoit en 610 de l’archange Gabriel (Djibril) le premier verset du Coran à la grotte de Hira. Forme ses disciples dans le monothéisme. Pendant sa période mecquoise (610-622), guide spirituel, propose une morale de l’action bonne, droite, et juste. Banni par sa tribu polythéiste, migre en 622 (l’hégire) de La Mecque à Yathrib (Médine) dont il devient le chef religieux, politique et militaire. Fait assassiner ses opposants, ordonne la lapidation d’une femme infidèle, fait arracher et brûler les palmiers des tribus juives Nadir (625), justifie le massacre des 600 à 900 Juifs de la tribu des Qurayzah (627). Il impose aux non-Musulmans (Juifs, Chrétiens, etc.) la dhimmma, à la fois protection et soumission aux autorités. * En regardant la vie des 6 personnages, on a de bonnes raisons d’estimer que le roi David des Hébreux (Daoud pour les Musulmans) est à Jésus de Nazareth ou à François d’Assise ce que Mahomet dans l’islam est à al-Hallâj ou à Sohravardi. Pour Jean-Marie Muller, « une authentique réforme de l’islam implique de prendre une distance critique par rapport à la lettre du texte coranique », de la même façon que les Musulmans ont pris leurs distances depuis longtemps avec l’esclavage (le Coran permet de prendre pour concubines des esclaves acquises par le butin de la guerre).
  • 3. Rabi’a al Adawiyya Rabi’a al Adawiyya al Qaysiyya ou Rabia Basri (v. 713-801), mystique et poétesse musulmane soufi (Irak actuel), souvent dénommée "la Marie Madeleine de l’Islam". Ancienne esclave affranchie, renonce jusqu'au mariage et à tous les plaisirs éphémères de la vie pour ne se consacrer qu’à Allah. Pratique le végétarisme. Les maigres écrits qu'il nous reste d'elle en font l'un des premiers chantres de l'amour divin. Une des premières à dépasser la démarche ascétique traditionnelle pour appeler à l’union parfaite avec Dieu. Met l’accent sur le pur amour de Dieu pour lui-même, qui doit délivrer les croyants aussi bien de la peur de l’Enfer que du désir de Paradis*. Son immense rayonnement lui vaut la vénération de ses contem- porains. Pour les soufis, elle est connue comme « la Mère du Bien ». « Sans Toi, ô ma vie, ô ma confiance,Je ne serais jamais lancée dans l’immensité du pays. (…)Tant que je vivrai, je ne m’éloignerai pas de Toi. Tu es le seul maître de l’obscurité de mon cœur. » « Mon Dieu, si je t’adore par crainte de ton Enfer, brûle-moi dans ses flammes, et si je t’adore par convoitise de Ton Paradis, prive m’en. Je ne t’adore, Seigneur, que pour Toi. Car Tu mérites l’adoration. » * On raconte ainsi qu’elle portait une torche et un seau et, lorsqu’on lui posait la question des raisons de cet étrange appareillage, elle répondait : « Je vais vers le ciel, pour jeter du feu sur le paradis et de l’eau sur l’enfer, afin que tous les deux disparaissent et que les hommes regardent Dieu sans espérance ni crainte. » (propos rapporté au 14e siècle par Aflaki)
  • 4. Abu Yazîd Bistâmî (v. 804 - v. 875), soufi, ascète et mystique perse, surnommé sultân al-'ârifîn (le sultan des initiés). Quitte Bistam, son village natal, voyage durant 30 années, visitant la Syrie et particulièrement les alentours de Damas. S’occupe de science et de combattre son propre nafs (le moi égoïste). Lorsque quelqu’un frappe à sa porte et le demande, répond : « Non, il n’y a que Dieu dans cette maison ! » La présence divine a annihilé en lui l’ego humain ordinaire. Ses contemporains ne compren- nent pas ses affirmations relatives à la science de l’Unicité et de la Connaissance de Dieu, et le forcent à s’exiler 7 fois. « Le recueillement se reconnaît à cinq indices : en évoquant son moi, on s'appauvrit ; en se remémorant son péché, on se repent ; en se représentant le monde, on médite ; en imaginant l'au-delà, on se réjouit ; en invoquant le Souverain, on s'honore. » « Dix défauts rendent le corps vil : l'animosité, la colère, l'orgueil, l'outrage, la querelle, l'avarice, l'ostentation du dénuement, l'abandon du respect, la grossièreté, la renonciation à l'équité. » Le soufisme, courant mystique de l’islam, est honni par les fondamen- talistes islamistes qui le considèrent comme hérétique.
  • 5. Hunayn Ibn Ishaq (v. 808-873), médecin, traducteur et enseignant arabe de Bagdad, diacre de la religion chrétienne nestorienne. Traduit en arabe L'anatomie de Galien puis les Aphorismes d'Hippocrate. Vers 830, est chargé de supervi- ser les traducteurs de la ‘Maison de la sagesse’ (Bayt al-Hikma) du calife al- Mamun. Maîtrise le grec, compose un lexique syriaque-arabe, invente un vocabulaire scientifique et technique arabe. Participe aux conférences de savants organisées par le calife al-Wathiqqui le charge de rédiger une sorte d'encyclopédie médicale. Refuse de préparer un poison mortel demandé par le calife et desti- né à se débarrasser de l'un de ses ennemis. Est emprisonné, menacé d’exé- cution, refuse toujours, entreprend en prison une traduction de la Bible en arabe, et devient finalement premier médecin du calife. On lui attribue une centaine d'ouvrages, la plupart de médecine et de pharmacie. Écrit un livre de philosophie, perdu, dont on a un résumé intitulé Adab al-falasifa, et une méditation sur les motifs qui poussent à adhérer à une religion. À la différence d'Ammar al-Basri, théologien chrétien nestorien arabe, ne s'en tient pas pour croire au seul critère du miracle, mais y ajoute des causes plus rationnelles. ../.. Image du haut : Enluminure d'un manuscrit de l'Isagogè, introduction aux Catégories d'Aristote, écrite au 3ème siècle par le philosophe néoplatonicien Porphyre (234-305), représentant Hunayn Ibn-Ishaq al-'Ibadi
  • 6. Hunayn Ibn Ishaq et les ‘maisons de la sagesse’ Les ‘maisons de la sagesse’ (bayt al-ḥikma), auraient associé, pour certains auteurs, des bibliothèques, des observatoires, des hôpitaux, des lieux de réunion et des centres de traduction d'ouvrages de cosmologie, d'astrologie, de mathématique, de philosophie, de poésie et d'histoire. D'autres auteurs, comme Houari Touati, les envisagent plus modeste- ment comme une institution bibliothécaire, le « dépôt de livres de la sagesse des Anciens ». Leur rôle est majeur dans la transmission de l'héritage des civilisations grecque, perse et du Moyen-Orient, mais aussi indienne, chinoise, etc. Cet aspect fait de ces maisons un des symboles de l'âge d'or de la science arabe, comme lieu de collecte, de diffusion, de copie et de traduction de la littérature d'adab (les belles-lettres). La Maison de la sagesse du 9ème siècle à Bagdad a laissé place à un institut de recherche. L'ancienne madrasa médiévale n'existe plus et le centre de recherche contem- porain est en partie détruit lors de la guerre d'Irak de 2003. Images : - La bibliothèque de Bagdad, la plus grande institution scientifique au monde, détruite en 1258 par les Tatars. - Khal Torabully, né en 1956, écrivain mauricien, poète, linguiste et réalisateur de films. Membre-fondateur du ‘Groupe d'études et de recherches sur les mondialisations’ (GERM) à Paris. En 2012, la ‘Maison de la sagesse’ de Grenade (Andalousie), est lancée par des citoyennes et citoyens de cette cité, sur une idée de Khal Torabully.* Elle a pour but de réactualiser la convivencia, tolérance religieuse dans l’Andalousie médiévale du 12ème siècle. Elle est saluée par l'Unesco comme une initiative citoyenne œuvrant pour la paix dans le monde.
  • 7. Mansur al-Hallâj Husayn ibn Mansur al-Hallâj (857 ? - 922), poète et philosophe persan, mystique du soufisme. Naît dans une famille pauvre, son père travaille la laine, d’où le nom de al-Hallâj, "le cardeur". . Peu satisfait par l'enseignement traditionnel du Coran, attiré par une vie ascétique, fréquente des maîtres du soufisme. Prédicateur en Iran, puis en Inde et peut-être jusqu’aux frontières de la Chine ? Rentré à Bagdad, suspecté aussi bien par les Sunnites que par les Chiites pour ses idées mystiques (recherche de l'amour divin et de l'union de l'âme et de Dieu) et son influence sur les foules. . Fait passer au second plan les rites et les usages religieux, d’où sa volonté de supprimer le pèlerinage à La Mecque, ou plutôt de le remplacer par un "pèlerinage votif", c’est-à-dire en esprit. Faussement accusé d'avoir participé à la révolte des Zanj, mais sa condamnation résulte du fait qu'il a proclamé publiquement "Ana al haqq" ("Je suis la Vérité ») *. * Cette affirmation n'est pas incongrue dans le milieu soufi où ce genre de propos est considéré comme émanant d'un homme qui, "fondu" dans "l’océan de la divinité", possède un rang spirituel très élevé. Abdennour Bidar précise que le poète et philosophe indien musulman Mohamed Iqbal (1877-1938) traduit cette expression par « Je suis la vérité créatrice », en ce sens qu’une personne qui s’efforce d’être fidèle à ses appels les plus profonds fait aussi l’expérience de découvrir et déployer sa créativité.
  • 8. Mansur Al Hallâj Ne voulant pas renier ses propos publics, est condamné à mort, flagellé, crucifié et décapité à Bagdad en mars 922. Son cadavre est brûlé, et ses restes jetés dans le Tigre avec son œuvre. Auteur d'une œuvre abondante visant à renouer avec la pure origine du Coran et son essence verbale et lettrique. Cinq types de textes nous sont parvenus : une collection d’oracles et d’invocations composés à la Mecque vers 900, des fragments théologiques, des hymnes et prières, le livre philosophique du Tâwasîn, et le plus célèbre de ses écrits le Dîwân (= le Registre), un recueil poétique. « Sache que judaïsme, christianisme et islam, comme les autres religions, ne sont que dénomination et appellation, le but recherché à travers elles jamais ne varie, ni ne change. » « Mon Dieu… Tes serviteurs se sont réunis pour me tuer, par zèle pour ton culte et par désir de se rapprocher de Toi. Pardonne-leur ! Car si Tu leur avais dévoilé ce que Tu m’as dévoilé, ils n’eussent pas agi comme ils ont agi. »
  • 9. Avicenne Abu Ali Husayn Ibn Sīnā (980-1037), médecin, philosophe et mystique arabo-islamique d’origine persane. S'intéresse à l'astronomie, l'alchimie, la chimie, la physique, l’astronomie, les mathématiques et la psychologie. Commentateur d'al-Farabi (mort en 950), opère une fusion de l’aristotélisme, du platonisme et de la pensée islamique dans le Kitab al-Shifa (‟Livre de la guérison”) Son ouvrage al-Qanun fi al-Tibb, connu comme le "Canon de la médecine" sera le manuel de référence des écoles européennes jusqu'au 17ème siècle. Consacre ses dernières années à la philosophie et compose un "Traité de l'âme et du destin", un "Guide de la Sagesse", etc. Sa pensée sur la distinction de l‘ "essence" de l'être et de l' "Existence" sera exploitée par Thomas d'Aquin ; elle est une des bases de la philosophie scolastique néo-aristotélicienne du Moyen-Âge chrétien.
  • 10. Abdallâh al-Ansârî Khwâdja ‘Abdullâh al Ansâri al Harawî (‘L‘homme de Hérat’, 1006-1089), maître spirituel musulman afghan. Juriste (faqīh), poète, exégète, maître en hadīth (paroles de Mahomet), historien, orateur, fervent hanbalite*. Défenseur fervent de la sunna et connaisseur du Coran, s’oppose aux acharites et mutazilites et ne ménage ni le Sultan ni les notables qui cherchent souvent, en vain, à le faire condamner, mais le contraignent cependant à quitter sa ville à plusieurs reprises. Peu connu en Occident, n’ayant laissé chez les Arabes que le souvenir d’un polémiste virulent qui « passait à l’injure dès qu’il constatait la moindre divergence de vues avec son interlocuteur » (selon Ibn Rajab Baghdâdî), n’a pas cessé pourtant de rayonner sur les peuples de langue persane, pour lesquels il représente l’un des plus anciens monuments de leur prose. Pour le peuple afghan surtout qui partage sa culture et sa finesse, son tempérament bouillant et altier, demeure un protecteur et un intercesseur. Ses nombreux ouvrages sont encore étudiés et commentés aujourd’hui, particulièrement le Manazil as-sā’irīn, traduit en français sous le titre Les étapes des itinérants sur le chemin de Dieu, et traitant de cent stations spirituelles (maqāmāt) de la voie. * Le hanbalisme (théoricien : Ahmed ibn Hanbal -780-855) est, avec le malikisme, le hanafisme et le chaféisme, l'une des quatre écoles de jurisprudence (madahab) de l'islam sunnite.
  • 11. Omar Khayyām (v. 1048-1131), mathématicien, astronome, poète et philosophe libre-penseur persan musulman. Invité comme directeur de l’observa- toire d’Ispahan par le sultan seldjoukide Mālikshāh Jalāl al-Dīn, consa- cre 5 années à la réforme du calendrier solaire. Auteur des Quatrains, vers sensuels et mystiques. Les agnosti- ques voient en lui un de leurs frères né trop tôt, tandis que certains musulmans perçoivent plutôt chez lui un symbolisme ésotérique, rattaché au soufisme. Affirme que l'homme spirituel n'a pas besoin de lieu dédié pour vénérer Dieu, et que la fréquentation des sanctuaires religieux n'est ni une garantie du contact avec Dieu, ni un indicateur du respect d'une discipline intérieure. « Contente-toi de savoir que tout est mystère : la création du monde et la tienne, la destinée du monde et la tienne. Souris à ces mystères comme à un danger que tu mépriserais. Ne crois pas que tu sauras quelque chose quand tu auras franchi la porte de la mort. Paix à l'homme dans le noir silence de l'Au-delà ! » « Considère avec indulgence les hommes qui s'enivrent. Dis-toi que tu as d'autres défauts. Si tu veux connaître la paix, la sérénité, penche-toi sur les déshérités de la vie, sur les humbles qui gémissent dans l'infortune, et tu te trouveras heureux. »
  • 12. Abu Hamid al-Ghazali Abu Ḥamid Moḥammed ibn Moḥammed al-Ghazālī (1058- 1111), ou Algazel, juriste, théologien, philosophe et mystique, né à Tûs dans le Khorâsân (Est de l’Iran actuel). Études à Nishapur. Directeur de l'université Nizāmiyya à Bagdad. À la suite d’une crise intellectuelle et spirituelle, quitte son poste et devient pèlerin errant pendant 10 ans (Arabie, Palestine, Alexandrie). Enseigne à Nishapour, se retire à Tûs. Auteur d’une cinquantaine d’ouvrages. Cherche le lien entre philosophie, théologie et soufisme, entre raison, foi et spiritualité. Puise dans l'héritage grec et dans les valeurs chrétiennes des éléments qu’il intègre à sa foi musulmane. Met en garde contre les dangers du conformisme aveugle en matière religieuse, mais aussi contre le piège d’un discours de la raison qui prétend à la connais- sance par le déni de tout ce qui la dépasse. Dans son ouvrage Tahafut al-Falasifa (‘L‘incohérence des philosophes’ -1095), auquel répondra Averroès, entend montrer que les philosophes n'aboutissent qu'à des erreurs, condamnables selon lui puisque contredisant la Révélation. Sa critique vise particulièrement l'aristotélisme d'Avicenne.
  • 13. Averroès Abū al-Walīd Muḥammad ibn Ruchd (1126 -1198), médecin et philosophe musulman d’Espagne, dit Averroès. Descendant d'une lignée de juristes de Cordoue. Érudition exceptionnelle : jurisprudence, théologie et philoso- phie, grammaire, médecine, physique, astronomie et mathématiques. Sa vie se partage entre Cordoue, Marrakech et Fès. Un des principaux commentateurs d'Aristote : tout son effort tend à concilier la philosophie de ce dernier avec le Dieu du Coran. Refuse la tradition théologique musulmane, mais accepte intégralement la révélation coranique et la philosophie d'Aristote comme étant les deux expressions différentes de la vérité. Auteur d’un Traité sur l'accord de la philosophie et de la religion, met l'accent sur la nécessité pour les savants de pratiquer la philosophie et d'étudier la nature créée par Dieu. De ce fait, pratique et recommande les sciences profanes, notamment la logique et la physique, en plus de la médecine. ../..
  • 14. Averroès Défend la théorie de l’éternité de la matière et celle de l’intellect actif, intermédiaire entre Dieu et les hommes. Pour lui, la raison doit soutenir et éclairer les vérités révélées par le Coran, pour supprimer les contradictions entre les différents versets du texte et comprendre leur sens métaphorique. Un des animateurs pendant 4 siècles de la pensée occidentale, suscitant des disciples et des opposants (principale- ment Thomas d’Aquin). Condamné par la religion musulmane qui lui reproche de déformer les préceptes de la foi, doit fuir, se cacher, vivre dans la clandestinité et la pauvreté. Meurt réhabilité à Marrakech. Ses principes considérés comme dangereux seront condamnés par l’Université de Paris, par l'Église catholique en 1240, puis en 1513 au 5ème concile de Latran. « L'ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit à la violence. Voilà l'équation. » Photo : mosquée de Cordoue (Espagne) où Averroès se recueillait et conversait avec ses amis et ses élèves
  • 15. Sohrawardi Shihab od-Din Yahya Sohrawardi (1155-1191), savant, philosophe et mystique persan, surnommé aussi Cheikh al-Ishrâq ("Maître de l'illumina- tion"). Étudie dans un cercle de philosophes hellénisants proches de la pensée d'Avicenne, a une vision d'extase où Aristote lui apparaît, se rapproche des soufis en cherchant à pratiquer autant l'expérience mys- tique (tâ'âlloh) que la connaissance philosophique (bath), assiste aux séances de danse et de musique (sama'i) de ces soufis. Est indifférent aux vêtements, aux honneurs, aux apparences. Sa doctrine semble plonger ses racines dans des courants anciens, tels que le platonicisme, la gnose, le zoroastrisme, le soufisme et la Kabbale et se mêle à des pratiques plus modernes tel l'ismaélisme. Auteur de 50 ouvrages, fondateur de la philosophie "illuminative", qui réunit dans la contemplation l’âme avec l’intellect. Réunit quelques disciples autour de lui. Cette école éloignée de l'islam ultra-orthodoxe irrite les ulémas conservateurs défendant une vision littéraliste et non interprétative des textes sacrés. Exécuté comme hérétique, sur l'ordre exprès du sultan Salâh al-Dîn (Saladin) dans la citadelle d'Alep (Syrie) en juillet 1191, à l’âge de 36 ans, car ce petit groupe d'Illuminés était jugé dangereux. « Si les mots viennent du cœur, ils iront droit au cœur, mais s'ils viennent de la langue, ils n'iront pas au-delà des oreilles. »
  • 16. Abd al-Salâm ibn Mashish ou Abdeslam (‘serviteur de la paix’) ibn Mashish al Alami (v. 1163- v. 1227), ermite soufi marocain d'ascendance chérifienne idrisside. À l'âge de 16 ans, voyage à l‘Est pour étudier. À son retour à Béjaïa (Bougie, en Kabylie), suit les instructions du mystique andalou Abu Madyan (1126- 1198). Pour vivre une vie d'ascète, se retire sur la montagne au djebel Alem dans la région de Beni Arous, entre Tétouan et Ouezzane, près de Tanger, où est situé actuellement son mausolée. Le gouverneur du sultan Yahya al-Mutasim, Ibn Abî al-Tawâjin, qui se déclare prophète, voit Abdeslam un ennemi et dans son activisme un sérieux obstacle à ses projets, le fait assassiner près de la source où l’ascète faisait ses ablutions. Initiateur au soufisme et guide spirituel de Abou Hassan al-Chadhili (1196-1258). Au début de juillet de chaque année, les chorfas (descendants du Prophète) Alamiyine à célébrent le moussem (fête coutumière souvent d’origine religieuse) de ce saint surnommé ‘le sultan des Jbalas’, le protecteur de la vallée. L'enseignement de Ibn Mashish constitue la base de la doctrine de la confrérie. Lorsque le soufi fait l'expérience d'une ivresse spirituelle suite à la répétition de noms divins, la prière sur le Prophète le ramène à la sobriété. En outre l'immersion en l'Un (al-Ahad) n'est pas conçu comme le but final, le soufi doit encore faire "retour auprès des hommes" pour les aider par ses paroles et son exemple. Image : mausolée d’ibn Mashish au mont (jbel) al Alem prés de Tanger.
  • 17. Moheïddine ibn ’Arabî (1165 en Espagne -1240 en Syrie), théologien, juriste, poète soufi, métaphysicien et maître spirituel de l’Andalousie arabe. Rencontre Averroès à l’âge de 14 ans. Secrétaire à la chancellerie de Séville. Voyage et fait des rencontres à partir de 1196 : Fès, La Mecque, Mossoul, Le Caire, Qonya, Arménie, Bagdad, Alep. Mort à Damas. En 1202, à La Mecque, connaît une théophanie (manifestation de l’amour de Dieu) en la personne de Nizhâm (Harmonie), fille de la famille qui l'accueille. Au Caire en 1206, est arrêté par les docteurs de la loi. Auteur de 846 ouvrages. Considéré par Henry Corbin comme "un des plus grands théosophes visionnaires de tous les temps". Contrairement à la scission dessinée par Averroès entre foi et raison, la profondeur d'Ibn ’Arabî se situe dans la rencontre entre l'intelligence, l'amour et la connaissance. ../..
  • 18. Moheïddine ibn ’Arabî La variété des doctrines, la multiplicité des lois, la spécificité des rituels ne constituent que des formalisations particulières destinées à formaliser l’ardeur divine qui habite l’homme. Situe l’expérience religieuse en dehors du partage entre le châtiment et la récompense, nie l’existence des Enfers. Réfutant l’accusation d’hérésie, se considère l’équivalent des envoyés de Dieu. Se situe intellectuellement dans la lignée de Mansur Al-Hallaj qu'il cite à de nombreuses reprises. Le premier, dans le monde musulman, à condamner la peine de mort. Abd el-Kader est son premier éditeur. « Avant ce jour, je reniais mon ami puisque ma religion diffère de la sienne. Mais mon cœur est devenu apte à accueillir toute forme. Il est pâturage pour les gazelles et abbaye pour les moines, temple pour les idoles et Ka´ba pour qui en fait le tour. Il est les Tables de la Torah et les feuilles du Coran. La religion que je professe est celle de l’amour. Où que ses montures se dirigent, l’amour sera ma religion et ma foi. »
  • 19. Djalal ed-Din Rumi Djalal-el-din ("majesté de la religion") Rumi (1207-1273), spirituel et mystique musulman soufi. Après des études de droit et de philosophie, succède à son père à la chaire de droit de l’université de Konya (Turquie) où il devient un théologien célèbre. À 36 ans, rencontre le mystique persan Shams de Tabriz (1145-1248, image du bas), qui jette à l’eau ses écrits de théologie. Au lieu de se fâcher, sent son cœur qui s’ouvre, découvre l’amour divin à travers son attachement à Shams, près de qui il vit de 1244 à 1248. Son œuvre, Masnavi, est divisée en 6 livres et comprend un total de 424 histoires allégoriques, illustrant la condition humaine dans sa recherche de Dieu. Elle s'inspire aussi de fables d'Ésope, mais adaptées afin de souligner un des aspects les plus fondamentaux de l'islam, le Tawhid, c'est-à-dire le monothéisme. Fondateur de la confrérie des derviches tourneurs (qui par la danse et le chant entrent en transe mystique). ../.. Image du bas : Le cheikh Shams ud-Din Tabrizi joue aux échecs avec un jeune chrétien au grand scandale de ses disciples (manuscrit de 1581).
  • 20. Djalal ud-Din Rumi Développe dans son monastère à Konya un style de vie communautaire, pauvre, non-violent, joyeux et laborieux. Scandalise les intégristes en accueillant les femmes dans les concerts sacrés, ou en se faisant l’ami des Juifs et des Chrétiens pour rechercher avec eux le chemin de Dieu. Manifeste une tendre compassion non seulement pour les enfants, les ivrognes et les prostituées, mais aussi pour les animaux et les plantes. Veut transformer le petit jihad du Coran (guerre sainte contre les infidèles) en grand jihad (combat spirituel pour l’éléva- tion de soi. « L’amour apporte la joie aux créatures / Il est la source du bonheur infini / (…) La voie de l’amour est un mystère / En elle il n’y a point de querelle / Pas d’autre qualité que la profondeur des choses. »
  • 21. Nasr Eddin Hodja ou Nasreddin ou Nasredine ("victoire de la religion") ou Mulla Nasrudin, serait un philosophe et turc (1208-1284). Selon d’autres sources, aurait été maître d'école coranique, cadi, bouffon de Tamerlan ou encore gardien d'oies, aurait vécu au 13ème siècle à Koufa, un village d'Irak, mais deux tombes existeraient : l'une dans un village d'Anatolie et l'autre en Algérie. On l'appelle aussi Goha en Égypte, Joha en Maroc, Afandi en Chine. Personnage mythique de la culture musulmane, ouléma* ingénu et faux-naïf prodiguant des enseignements tantôt absurdes tantôt ingénieux. Sa renommée va des Balkans à la Mongolie et ses aventures sont célé- brées dans des dizaines de langues, y compris aujourd’hui en bandes dessinées. Ses histoires courtes sont morales, bouffonnes, absurdes ou parfois coquines. Une partie importante d'entre elles a la qualité d’ensei- gnement : le bouffon dénonce les travers de l'être humain, la vanité, la bêtise, la lâcheté, la cupidité. la bigoterie, etc. Elles peuvent être appréciées pour l'absurdité amusante que révè- lent la plupart des situations, mais aussi comme des contes moraux ou des histoires présentant un contenu spirituel. Ainsi, l’écrivain et enseignant Idries Shah (1924-1996, photo du bas) compile des recueils d'histoires de Nasredine pouvant être lues sur un plan spirituel, suivant la tradition soufie. * ouléma (« savant ») : docteur de la loi coranique, juriste et théologien musulman, savant, chercheur
  • 22. Hadji Bektas Veli Muhammed Bektaş (1209-1271), dit Sayyid Hünkar Hadji Bektaş Veli, descendant du Prophète Mahomet par Ali ar-Rida. Originaire d'une famille du Khorassan, émigre en Anatolie parmi des populations turkmènes sur lesquelles il a eu une influence fondamentale, notamment sur le fait qu'il prêche dans sa langue maternelle, le turc. Saint homme, mystique philosophe de l'alévisme* et du bekta- chisme. Implanté en milieu turcophone, fondateur éponyme de la confrérie des bektachis. Aurait béni l’ordre militaire des janissaires** ?. Selon l'UNESCO, l'islam alevi bektachi, avec les apports de Haci Bektas Veli, fait preuve d'une modernité précoce : avec les mots de son époque, Bektas véhicule des idées qui huit siècles plus tard coïncident avec la ‘Déclaration universelle des droits de l'homme’ (1948). Le semah, cérémonie religieuse des Alevis Bektachis, est classé par l'UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l'humanité. * Alévisme : tradition islamique syncrétique, hétérodoxe et locale dont les adeptes suivent les enseignements mystiques d' Ali, des douze imams et de Bektash Veli. Les Alévis se trouvent principalement en Turquie parmi les Turcs et les Kurdes et représentent la plus grande croyance après l’islam sunnite. ** Janissaires : corps d'élite dans l’infanterie de l’armée ottomane, composé de jeunes garçons chrétiens kidnappés qui ont été forcés de se convertir à l'islam. L’Ağa des janissaires, chef suprême, est membre à part entière des Bektachis. Massacrés ou exécutés en 1826 par le sultan Mahmoud II (120 000 morts, 20 000 bannis)
  • 23. Saadi de Chiraz Abū-Muḥammad Muṣliḥ al-Dīn bin Abdallāh Shīrāzī (v. 1210 - v.1291), poète, conteur et moraliste persan. Enfance pauvre, études de sciences islamiques, droit, histoire, littérature et la théologie. Voyage auprès de soufis et maîtres spirituels dans tout le Moyen-Orient, en Inde et en Asie centrale. Auteur du Gulistan (‘Jardin de roses’), du Boustan (‘Jardin de fruits’) et du Livre des conseils, mais aussi de poèmes lyriques. Prône un soufisme modéré susceptible de convenir à la plupart des hommes et pas seulement à une élite. Recommande la modération, la patience et la bonté, l'autonomie afin de dépendre le moins possible des événements, la bienveillance et la compassion, prône l'indifférence à l'égard du jugement d'autrui. Partisan de l’ordre et de la stabilité, mysogyne. Sa compassion pour le genre humain semble s’être bornée aux musulmans. Quelques-uns de ses vers sont inscrits à l'entrée du siège de l'ONU à New York : « Les hommes sont membres les uns des autres, et créés tous de même matière. Si un membre s’est affligé les autres s’en ressentent : Celui qui n’est touché du mal d'autrui ne mérite d’être appelé homme. »
  • 24. Shāh Nematollāh Vali (1330-1431), agriculteur et poète persan, maître soufi. Voyage dans le monde islamique, rencontre de nombreux maîtres soufis, se familiarise en particulier à la philosophie d'Ibn Arabi. Après avoir servi Shaykh Yafe'i pendant 7 ans, seconde période de voyages : Égypte, Transaxonie, Herat, Mashhad, Baft, Kuh-banan, Kermân. Suivant son exemple, ses disciples abandonnent un mode de vie spirituel privilégiant la réclusion et la retraite pour mener une vie remplie d'occupations constructives. Son opposition à l'apathie et à la léthargie l’amène à interdire à ses disciples l'utilisation de l'opium et du haschisch, à une époque où ces drogues sont d'utilisation commune. Demande de ne pas porter en public un costume religieux qui pourrait attirer l'attention. Préconise le respect des individus, indépendamment de leurs croyances. Rend hommage à tous les peuples et nations, ainsi qu'aux autres ordres soufis existants, en basant ses actions sur un code de pureté et de fidélité. Aujourd'hui considéré comme le fondateur de l'ordre soufi Nimatullahi. Photo du bas : Mausolée de Nematollah Vali à Mahan (Iran)
  • 25. Ibn Khaldoun Abū Zayd 'Abd ar-Ramān ibn Muhammad ibn Khaldūn al-Ḥaḍramī (1332-1406), historiographe et historien arabe tunisien. Originaire d’une famille andalouse d’origine yéménite, émigrée en Tunisie après la reconquista menée par les Catholiques en Espagne. Après une existence active comme conseiller ou ministre des souverains berbères musulmans du Maghreb, se retire à 45 ans au Caire, alors sous la domination des Mamelouks, où il rédige son œuvre et enseigne. À Damas en 1401, rencontre Tamerlan, obtient du redouta- ble conquérant qu'il épargne la vie des habitants, mais Tamerlan ne tient pas sa promesse. Muqaddimah (ou "Prolegomena"), préface à son ouvrage Kitab al- Ibar ("Le livre des exemples"), est un projet d'histoire universelle. Précurseur des disciplines modernes de l'historiographie, de la sociologie, de l'économie, de la démographie, de la pédagogie, un des plus grands philosophes du Moyen-Âge. « L'histoire (…) consiste à méditer, à s'efforcer d'accéder à la vérité, à expliquer avec finesse les causes et les origines des faits, à connaître à fond le pourquoi et le comment des événements. L'histoire prend donc racine dans la philosophie dont elle doit être comptée comme une des branches. » Photo : statue d’Ibn Khaldoun à Tunis, avenue Habib Bourguiba
  • 26. Kabîr (en arabe, "grand") v. 1440-1518, poète, musicien, tisserand, réformateur religieux indien. Né de parents musulmans à Vârânasî (Bénarès), étudie sous la direction de Râmânanda, un maître vishnouïte. Passe la plus grande partie de sa vie près de son métier à tisser dans une petite boutique de la ville sainte consacrée à Shiva. Sa boutique devient un lieu de réunion où l'on chante les louanges divines, où l'on récite des poèmes. Donne, dans le langage du peuple, des conseils spirituels à un public formé avant tout de petits artisans. Sans doute illettré, considéré comme le père de la langue et littérature hindi. Affirme que toute religion qui n'est pas amour n'est qu'hérésie, que le yoga et la pénitence, le jeûne et l'aumône sans méditation ni véritable bhakti (adoration) sont vides de sens. Refuse toute distinction de race, de caste, de religion et enseigne l'égalité absolue de tous les êtres humains. Mêle dans sa pratique des éléments hindous et musul- mans. Partisan de la non-violence (ahimsa), condamne les sacrifices d’animaux. Inspirera les Sikhs, Shirdi Sai Baba, admiré par Gandhi. « L'homme qui est agréable et qui pratique la droiture (…) et qui tient compte de toutes les créatures comme de son propre moi, celui-là peut atteindre l'Être éternel »
  • 27. Pir Sultan Abdal (v. 1490 - v.1560), poète mystique turc alévi*, animateur religieux et politique. Passe presque toute sa vie dans un petit village de Yildizeli dans la province de Sivas (actuelle Turquie). Affirme sa fidélité aux préceptes du philosophe mystique Hadji Bektash Veli (1209-1271). Reflète la vie sociale, culturelle et religieuse du peuple. Écrit sur Dieu, l'islam, le prophète Mahomet, l'Imam Ali, les douze imams, le bien commun, la résistance, l'amour et la paix. Arrêté et exécuté (probablement par pendaison) par le chef ottoman Hizir Pacha pour son opposition au régime autoritaire. Son langage direct et clair, la richesse de son imagination et la beauté de ses vers le font aimer du peuple turc. Ses poèmes sont très souvent chantés. * L'alévisme regroupe des membres de l'islam dits hétérodoxes et revendique en son sein la tradition universelle et originelle de l'islam et plus largement de toutes les religions mono- théistes. Photo : statue d’Abdal avec son saz, luth à manche long
  • 28. Ahmed Tijani Cheikh Abou Abbas Ahmed ibn Mohamed Tijani, (1737-1815), théologien et mystique né à Aïn Madhi (en Algérie, près de Laghouat, mais province marocaine). Ses deux parents décèdent du typhus alors qu’il a 16 ans. Études islamiques à l'université Al Quaraouiyine à Fès. À 35 ans, part en pèlerinage à La Mecque, en passant par Le Caire, revient deux ans plus tard après avoir enseigné à Tunis. À 46 ans, lors d'une retraite spirituelle dans une oasis proche de Boussemghoun (Régence d'Alger), a une expérience mystique de vision éveillée et de rencontre du prophète Mahomet. Abandonne toutes ses affiliations précédentes, crée une zaouïa (édifice religieux) et la confrérie soufie Tijaniya à Aïn Madhi, près de Laghouat. Fait à ceux qui le suivent des promesses de salut et de paradis, propose une voie sûre et rapide, débarrassée des longs exercices ascétiques d’autres voies, d’où son succès… Suite aux attaques des Turcs, quitte l’Algérie, est accueilli à Fès par le sultan alaouite Souleiman. La Tijaniyaa, nouvelle voie soufie, se répand en Afrique jusqu’au Sénégal. Une confrérie a vocation à défendre ses propres intérêts, en se posant en médiatrice nécessaire avec le pouvoir politique, et en recevant ainsi une rétribution symbolique et matérielle de tous.
  • 29. Jamāl Al-Dīn Al Afghani (1838-1897), intellectuel musulman, se prétendant afghan, mais né en Iran. Chiite dans un premier temps, fait ses études dans les villes saintes chiites de Najaf et Karbala (Irak actuel), puis en Inde et à Cons- tantinople. Au service de l'émir Dost Mohammad Khan en Afghanistan entre 1865 et 1869. Présent en Égypte de 1871 à 1879 (y fonde une loge maçonnique qui sera associée au ‘Grand Orient de France’, en est expulsé pour raison politique), puis en Inde. S’installe à Paris en 1883, y fonde une revue al-‘Urwa al-wuthqa, ou ‘Le lien indissoluble’, côté visible d’une société secrète qui utilise la culture traditionnelle et les motivations religieuses des musulmans pour les amener à résister sur tous les plans (politique, économique, culturel) à la domination occidentale. Œuvre pour l’unité des Musulmans et la réforme de l’islam. Rencontre Renan qui, très impressionné, voit en lui une sorte de nouvel Averroès. Répond à Ernest Renan, très critique sur l’islam, que le Coran lui-même engage constamment le croyant à comprendre le monde et à réfléchir et que c’est l'islam qui a permis la naissance de l'esprit philosophique chez les Arabes.
  • 30. Jamāl Al-Dīn Al Afghani En 1891 et 1892, en Iran, est un des promoteurs du boycottage populaire de la régie des tabacs, dont le Shāh a accordé la concession à un Anglais. En 1892, accepte l’invitation à Istambul par le sultan Abd al- Hamīd II (1842-1918, photo du haut), espérant servir les plans pan- islamistes du sultan, mais, en réalité, passe ses dernières années dans une captivité dorée. Probablement l'instigateur de l'assassinat du Shāh d’Iran Nāṣir al-Dīn (1831-1896, photo du bas). Meurt du cancer ou, selon certains, empoisonné. Affirme que les sociétés musulmanes ne pourront s’approprier les sciences modernes qu’à la condition de l’acquisition d’un système de moralité sociale solide. Appelle à une réforme profonde de la religion elle-même, unique condition à un progrès des sociétés. Un des principaux penseurs du panislamisme, réformateur qui s'efforce de concilier les principes coraniques avec le monde moderne. « S'il est vrai que la religion musulmane soit un obstacle au développement des sciences, peut-on affirmer que cet obstacle ne disparaîtra pas un jour ? »
  • 31. Ahmadou Bamba Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké (Aḥmad ibn Muḥammad ibn Ḥabīb Allāh) dit Khadimoul Rassoul (en arabe : " serviteur du Prophète" et Serigne Touba (le marabout de Touba), (1853-1927), théologien sénéga- lais, juriste musulman et soufi. Une des figures les plus importantes de l'islam de la région en qualité de fondateur de la confrérie des Mourides. Grand poète. Prêche la paix, la quête intellectuelle, le travail et la discipline, fonde la ville de Touba (Sénégal) en 1887. Arrêté par les autorités colo- niales françaises, qui l'enferment dans la prison de Saint-Louis, avant de l'envoyer en exil, en 1895, au Gabon. Retourne à Dakar en 1902, est acclamé par la foule. Arrêté en 1903, déporté 4 ans en Mauritanie. Après 1910, les autorités françaises réalisent qu’il ne désire pas la guerre contre le colonisateur et décident de collaborer avec lui. Refuse la Légion d’Honneur. Aujourd’hui, les membres de la confrérie des Mourides mettent beaucoup en avant sa non-violence coranique. « Jamais je ne porterai préjudice à qui que ce soit. » « J’ai fait cette guerre sainte avec pour seules armes le savoir et la piété. »
  • 32. Ahmad al-'Alāoui Sidi (ou Cheikh) Ahmād Ibn Mustāfā al-'Alāoui (1869-1934), maître soufi algérien originaire de Mostaganem. Travaille jeune dans l’artisanat de la chaussure. S’adonne à la lecture, passant souvent des nuits entières plongé dans les livres. Rencontre Muhammad Ibn al-Habîb al-Buzîdî (1824-1909), maître de la tarîqa* Derkaouiya, branche de la tarîqa Shâdhiliyya, dont l’enseignement le séduit immédiatement, et lui succède en 1909. Fonde en 1914 l'un des plus importants mouvements soufis du 20ème siècle, la tarîqa 'Alawiyya, une branche de l'ordre Chadhiliyya. Manifeste de l’intérêt pour tous types de sciences et toutes sortes de cultures a priori étrangères à sa propre perspective. En contact avec René Guénon, et proche du médecin français Marcel Carret, agnostique, qui voit en lui une figure christique. Écrit de nombreux livres (soufisme, droit musulman, philosophie, sciences, astronomie), et des poésies spirituelles. Son enseignement rayonne dans tous les pays du Maghreb, au Moyen-Orient ainsi qu'en Europe avec la fondation de plusieurs zawiya* en Angleterre (Birmingham) et en France où il participe notamment à l'inauguration de la grande mosquée de Paris en juillet 1926. « As-tu perçu l'appel de Celui qui appelle ? » * Tarîqa : confrérie mystique du soufisme, dont les fidèles sont réunis autour d'une figure sainte, ancienne ou récente, autour de son lignage et de ses disciples. Zawiya : édifice religieux de la confrérie soufie, et par extension, la confrérie elle-même.
  • 33. Tierno Bokar Bokar Salif Habi (1875-1939), tailleur et brodeur, sage et mystique malien de la confrérie soufie Tidjâniyya. Subit la double influence d'une mère courageuse, douce et pieuse, Aïssata, et d'un maître vénéré qui lui enseigne les sciences islamiques, Amadou Tafsirou Bâ. Ouvre en 1907 une école coranique à Bandiagara, au cœur du pays des Dogons. Veut pour ses disciples - à ses "frères réfléchis" - un cœur ouvert, de la bonne volonté, une âme ardente. Un jour, en 1933, au cours d'une leçon de théologie, un poussin d'hirondelle tombe d'un nid fixé au plafond. Interrompt son exposé, grimpe sur un escabeau improvisé, raccommode à l'aiguille le nid endommagé, y replace l'oisillon, et reprend son cours. Maître et ami d’Amadou Hampaté Bâ, avec qui il partage la passion pour les chiffres et la valeur numérique des lettres de l’alphabet. Ami de Théodore Monod qui le fait découvrir. ../.. Photo : Ancienne mosquée de Bandiagara du temps de T. Bokar
  • 34. Tierno Bokar « La foi et l'incroyance sont comme deux champs contigus. La prière marque leur limite. Celui qui prie est appelé fidèle, quel que soit le poids de ses péchés. Celui qui ne prie pas est infidèle, quelle que soit la sagesse de sa vie.» « Il faut toujours bénir et ses amis et ses ennemis. Non seule- ment la bénédiction va vers son objectif pour y accomplir sa mission d'apaisement, mais encore elle revient vers nous, un jour ou l'autre, avec tout le bien dont elle était chargée. » « Notre planète n'est ni la plus grande ni la plus petite de toutes celles que Notre Seigneur a créées... Nous ne devons nous croire ni supérieurs, ni inférieurs à tous les autres êtres. Les meilleures des créatures seront parmi celles qui s'élèvent dans l'amour, la charité et l'estime du prochain. Celles-là seront lumineuses comme un soleil montant tout droit dans le ciel. » T. B. « C'est une grande joie pour le chercheur sincère et sans doute un des rares motifs qui lui reste de ne pas désespérer entièrement de l'être humain, que de retrouver sans cesse, dans tous les temps, dans tous les pays, chez toutes les races, dans toutes les religions, la preuve de cette affirmation de l'Écriture : «L'Esprit souffle où il veut.» Théodore Monod Photos : Maison de T. Bokar à Bandiagara. Tombes présumées d'Aïssata et de Tierno Bokar
  • 35. Muhammad Iqbal (1877-1939) poète, philosophe et juriste musulman, indien puis pakistanais. Séjour de 3 ans en Europe (Cambridge, Allemagne), rencontre Bergson et Massignon. Reconstruit la pensée religieuse dans une optique dynamique créatrice et heureuse, défendant la nécessité de l'ijtihad (effort d'interprétation) et d'adapter l’islam aux contextes présents. Met en parallèle la pensée de différents penseurs musulmans et occiden- taux, fait découvrir la grandeur de la philosophie musulmane active. Combat la pauvreté, le défaitisme, la fatalité, l’esclavage des peuples et le racisme. Sa vie est jalonnée de discours et de déclara- tions dans lesquels transparaît un soufisme actif et dynamique, orienté vers le progrès et la science. À la fin de sa vie, "se fourvoie en politique"*, et, élu à l’assem- blée législative du Pendjab, contribue par son influence à la nais- sance de la République musulmane du Pakistan. Le but principal du Coran est « d’éveiller en l’homme une conscience plus haute de ses multiples relations avec Dieu et l’univers. » « Le Coran n’est pas un code légal. » * selon l’expression d’Abdennour Bidar
  • 36. Mahmoud Muhammad Taha (1908-1985), ingénieur hydraulicien, parfois surnommé "le Gandhi soudanais". Condamné à deux ans de prison en 1946 pour s’être opposé aux Anglais durant la colonisation du Soudan. Crée des communautés d’homme et de femmes, les ‘Frères républicains’, sous le signe du partage des biens, de la prière, de la réflexion, du débat d’idées. Propose d’abandonner la charia du Mahomet de Médine (guerre contre les infidèles) pour établir la vraie charia de la Mecque (combat non-violent contre l’égoïsme et la violence). Affirme que la constitution soudanaise doit être réformée pour réconcilier « le besoin individuel de liberté absolue et le besoin commun de justice sociale totale ». Condamné dès 1968 comme hérétique par les responsables religieux. S’oppose au général Gaafar Nimeiry après la promulgation d’un code pénal conforme à la charia. Condamné à mort pour « hérésie, opposition à l’application de la loi islamique, trouble à la sécurité publique, incitation à s’opposer au gouvernement, et reconstitution d’un parti politique interdit.» Pendu en janvier 1985 dans sa prison à Khartoum. M.M.T. est aussi dans le trombinoscope de la non-violence
  • 37. Mounir Hafez (1911-1998), enseignant et chercheur français d’origine égyptienne. Apparenté à la famille royale, s'installe définitivement en France à partir de 1952, lorsque la révolution nassérienne le contraint à l'exil. Après des études classiques, s’oriente vers la philosophie et la littérature, termine ses études à la Sorbonne. À partir de 1954, élève d’Henry Corbin à ‘l'École pratique des Hautes Études’. Soutient une thèse sur la mystique musulmane, collabore à diverses revues, dont La Tour Saint-Jacques, de Robert Amadou, participe à un groupe de recherches sur ‘l'Histoire des Sciences Traditionnelles’. Disciple et ami de Louis Massignon à qui il doit son intérêt pour al Hallâj. S’intéresse à l'hermétisme et à l'alchimie, étudie l'astrophysique, ne cesse, sa vie durant, de tisser des liens entre les mondes géographiques et intellectuels. Référence majeure du soufisme en France. La majeure partie de son oeuvre reste inédite : elle consiste en quelque 200 confé- rences publiques et surtout privées. Ne fait allégeance à aucun système de pensée, pour lui « L’interprétation est toujours à revoir...», refuse toute connaissance de seconde main, ne cesse de répéter qu’il faut partir d’une expérience que l’on a soi-même de la vie, de sa vie, et rester libre. « La rencontre avec soi-même est le but ultime du voyage, c'est à la fois être ce que l'on est, et être autre que ce que l'on est. (…) Dans ce voyage, on peut dire que le bagage essentiel, c'est l'amour. »
  • 38. Mohammed Arkoun (1928-2010), intellectuel, historien, islamologue et philosophe français d’origine algérienne. Docteur en philosophie, professeur d’histoire de la pensée islamique à la Sorbonne. Humaniste, laïque, militant actif du dialogue entre les religions, les peuples et les hommes, plaide pour un islam repensé dans le monde contemporain et pour la destruction des préjugés. « Je m'efforce depuis des années (….) d'ouvrir les voies d'une pensée fondée sur le comparatisme pour dépasser tous les systèmes de production du sens - qu'ils soient religieux ou laïcs - qui tentent d'ériger le local, l'historique contingent, l'expérience particulière en universel, en transcendantal, en sacré irréductible. » « L’Occident n’est pas plus l'incarnation du démon matérialiste, immoral et athée, que l’Islam n’est réductible au fondamentalisme intégriste, terreau du terrorisme et incompatible avec la démocratie et la modernité. » M. A. « À cheval entre deux cultures, M. Arkoun (…) a forgé son indépendance à partir de cette dualité, enraciné en l’une et l’autre, mais échappant à l’une et l’autre, et il les dépasse l’une et l’autre en les transgressant. D’où l’incompréhen- sion qui a accompagné sa si juste et nécessaire recherche. D’où aussi sa fécondité qui se manifestera de plus en plus dans le futur.” Edgar Morin
  • 39. Jawdat* Saïd Né en 1931, Syrien, enseignant démis de ses fonctions. Un des premiers penseurs musulmans à introduire la notion de non-violence dans le monde islamique. Montre que dans le récit de Caïn et Abel, selon la mythologie adamique rapportée par le Coran, l’histoire n’a pas commencé par un meurtre, mais par un acte de non-violence. Prend clairement position dans le débat sur la question "Quels versets du Coran doivent abroger quels autres ? ". Ne retient pas la doctrine orthodoxe (les versets les plus récents abrogent les versets les plus anciens), mais plaide pour que les versets qui correspondent le mieux aux exigences de la justice abrogent ceux qui y correspondent le moins. Selon lui, les opprimés, par leur passivité, sont pour une large part responsables de l’oppression qu’ils subissent. Pour affirmer cela, se réfère à la sourate III, 165 : « Lorsqu’un malheur vous a atteints, (…) n’avez-vous pas dit : « D’où vient cela ? » Réponds : « Cela vient de vous ». « Ainsi, commente-t-il, le Coran est le seul livre qui réprimande la victime davantage que le persécuteur ». * Prononcer Jaodat Photo du bas : Caïn et Abel par Le Titien
  • 40. Faouzia Farida Charfi Née en 1941, physicienne tunisienne, professeure à l’Université des sciences de Tunis. Veuve de Mohamed Charfi, ancien président de la ‘Ligue tunisienne des droits de l'homme’. Secrétaire d'Etat à l'Enseignement supérieur dans le gouver- nement provisoire issu de la révolution de janvier 2011, en démissionne peu après pour reprendre sa "liberté de parole". « Les scientifiques de langue arabe du 9ème au 15ème siècle ont ouvert la voie à Tycho Brahe ou Copernic. Si on ne prend pas en compte l'apport de la science arabe, on ne peut comprendre le passage de la science hellène à la science européenne du 17ème siècle. Les islamistes d'aujourd'hui refusent de voir que nos ancêtres encoura- geaient le doute scientifique. Pour eux, la certitude est le capital de la foi ! (…) L’acceptation de la théorie de l'évolution implique une démarche scientifique qui est aujourd'hui rejetée par l'orthodoxie sunnite notam- ment. Alors que dès le 19ème siècle des scientifiques arabes proposaient une approche progressiste de la question de l'évolution. »
  • 41. Ahmed al-Tayeb Cheikh Ahmed Mohamed al-Tayeb, né en 1946. Étudie la pensée islamique à la Sorbonne (Paris), y obtient un doctorat, y enseigne ainsi qu'à l'Université de Fribourg (Suisse). Traduit plusieurs œuvres de théologie du français en arabe. Recteur de l’université al-Azhar (Le Caire) de 2003 à 2010. Sous son autorité, l’université émet une déclaration qui souhaite un État- nation "moderne" et "démocratique", et une autre qui affirme la liberté d'expression, de croyance, de création et de recherche scientifique. Depuis 2010, 44e imam de la mosquée al-Azhar. En mai 2016, rencontre au Vatican le pape François, qui lui rend visite en avril 2017 à l'Université al-Azhar. En février 2019, à Abu Dahbi, signe avec François un Document sur la fraternité humaine pour la paix dans le monde et la coexistence commune. Ils déclarent « adopter la culture du dialogue comme chemin ; la collaboration commune comme conduite, la connaissance réciproque comme méthode et critère » : refus du terrorisme, refus des discriminations au nom de la religion et affirmation de la pleine citoyenneté, apport mutuel Orient-Occident, refus de l’individualisme, dialogue interreligieux.
  • 42. Cheikh Khaled Bentounès Né en 1949, Algérien, études de droit et d’histoire à Paris. Devient en 1975, après la mort de son père, le 46ème maître spirituel de la confrérie (tariqa) soufie Alawiya à Mostaganem. Témoin d’une culture de paix et de fraternité soucieux de dégager les valeurs universelles partagées. Écrivain, pédagogue, conférencier et acteur du dialogue inter-religieux. Fondateur en 1991 des ‘Scouts Musulmans de France’. Cofondateur, en 2003, du ‘Conseil français du culte musulman’. Crée la fondation Djanatu-al-Arif, ("le Jardin du connaissant"), ‘Centre Méditerranéen du Développement Durable’, réimplante en Algérie la culture de l'arganier. « Si la politique est la gestion de la cité des hommes, la spiritualité est celle de notre cité intérieure. Elle nous engage à cheminer dans le sens du bien, de l’unité, de la fraternité. Elle n’a pas pour vocation d’exclure le politique : son rôle est, au contraire, de lui donner du sens, de l’humaniser. » ../..
  • 43. Cheikh Khaled Bentounès Nous invite à redécouvrir la dimension essentielle de notre nature originelle que notre conditionnement culturel a fini par occulter. La vision soufie de la thérapie de l'âme consiste à cheminer vers le centre de l'être par une éducation d'éveil des sens et du vivant. « Le soufisme, que l’on appelle parfois "mystique musulmane", n’est pas un phénomène marginal de la civilisation islamique, encore moins une pièce rapportée : c’est le cœur même de l’islam. Lui seul donne sens à la religion en révélant comment l’islam, loin d’être une "soumission" aliénante, élève l’homme jusque dans la plus grande proximité du divin tout en l’inscrivant dans une fraternité universelle. » « On a des académies, de sciences, de mathématiques, de musique, de philosophie, militaires, mais on n’a pas d’académies de paix, pourquoi ? La paix n’est pas quelque chose qui descend comme ça toute seule du ciel, c’est quelque chose qui se travaille, qui se cultive, qui se sème. Et pour cela il faut lui donner la place qu’elle mérite. »
  • 44. Fethi Benslama Né en 1951, psychanalyste d'origine tunisienne. Études en anthropologie à l’EHESS. Professeur de psychopathologie à l'Université de Paris VII, y dirige l'UFR d'Études psychanalytiques. En 2004, avec d’autres intellectuels issus du monde musulman, écrit le ‘Manifeste des libertés’. Membre de l'Académie Tunisienne des Sciences, des Lettres et des Arts. « "Au nom de l'islam..." : telle est aujourd'hui l'invocation macabre, la folle litanie qui s'adjuge le pouvoir absolu de détruire. Elle n'épargne ni la vie humaine, ni les institutions, ni les textes, ni l'art, ni la parole. Quand la force du nom irradie de tant de dévastations, nous ne pouvons tenir ce qui arrive pour un accident. (…) Ce que nous devons penser et obtenir, c'est une délivrance, sans concession avec les germes qui ont produit cette dévastation. Un devoir d'insoumission nous incombe, à l'intérieur de nous-mêmes et à l'encontre des formes de servitude qui ont conduit à cet accablement. »
  • 45. Cheikh Aly N’Daw Né en 1950, Sénégalais, ex-maître de conférences en mathématiques. Guide de Khidmatul Khadim, voie spirituelle soufie imprégnée du concept de Khidma, ou "service à l’humanité". Responsable de l’École soufie internationale initiée par Cheikh Ahmadou Bamba (1853-1927), présente en Afrique, en Europe et aux États-Unis. Dirige une ferme expérimentale d’agrobiologie à Pout, au Sénégal. « Dans notre société, il faut avoir (une renommée, de l’argent, un diplôme) pour pouvoir faire quelque chose et ainsi être quelqu’un. Dans le monde des êtres de paix, l’on doit d’abord construire son être, pour pouvoir faire en pleine conscience, et finalement avoir un bien utile à tous. » « Quand l’Afrique s’éveillera, le monde sortira de l’avidité ».
  • 46. Faouzi Skali Né en 1953, Marocain, docteur en anthropologie, ethnologie et sciences de religions, écrivain. À 23 ans, la lecture du Livre du dedans de Jalâl ud Dîn Rûmî l'oriente vers le soufisme, dimension mystique de l'islam. Initie en 1994 le ‘Festival de Fès des musiques sacrées du monde’, puis en 2001 le colloque international ‘Une âme pour la mondialisation’. Contribue à la demande de la Commission Européenne à la réflexion sur le "dialogue entre les peuples et les cultures dans l’espace euro-méditerranéen". « L’art – et la musique en particulier – sont les meilleurs moyens de parler le langage des états intérieurs. Si on met en connexion les différentes cultures à travers le sacré, elles communiquent par ce qu’il y a de plus profond en elles, pas simplement par le superficiel. »
  • 47. Rachid Kéchidi Français né en 1955, ingénieur commercial, président pour l’Île-de-France de l’’Association internationale soufie alâwiyya’ (AISA), fondée par Cheikh Khaled Bentounès. Né de père musulman et de mère catholique, mais dans un milieu non religieux, soufi depuis son adolescence. Marqué par René Guénon. AISA oeuvre au rapprochement des cultures, au respect de tous les êtres humains et de la nature, témoigne que les valeurs essentielles de l’Islam spirituel contribuent à créer un monde plus juste et plus humain, participe au dialogue entre les civilisations et les différentes traditions spirituelles. Par ses actions, l’ONG s’engage pour une éducation à la culture de paix. Elle est à l’initiative de la ‘Journée mondiale du Vivre ensemble’. AISA Île-de-France mène des actions dans les quartiers difficiles auprès de la communauté musulmane et des autres communautés pour prévenir les dérives islamistes. « L’umma (assemblée de délibération) rassemblait toutes les composantes de la société de Médine, y compris les Juifs, et pas seulement la communauté musulmane. » « L’homme est le vicaire de Dieu dans la création. (…) Action et contemplation se répondent au quotidien dans la vie d’un être humain en chemin. (…) Il n’y a pas de spiritualité, il n’y a que des preuves de spiritualité par les actes. »
  • 48. Souleymane Bachir Diagne Né en 1955, philosophe sénégalais. Élève de Louis Althusser et de Jacques Derrida à ‘l’École normale supérieure.’ Enseigne d’abord l'histoire de la philosophie dans le monde islamique à ‘l’université Cheikh Anta Diop’ de Dakar (est alors conseiller du président Abdou Diouf pour l'éducation et la culture), puis à Evanston (Illinois). Professeur de français à l'université Columbia (New-York). À la fois musulman, philosophe, démocrate et rationaliste. Sa démarche se développe autour de l’histoire de la logique et des mathématiques, de l’épistémologie, des traditions philosophiques de l’Afrique et du monde islamique. Elle est imprégnée de culture islamique et sénégalaise (wolof, sérère, toucouleur, mandingue, diola), d’histoire de la philosophie occidentale et de littérature et de politique africaine. C’est le mélange, "la mutualité", qui décrit le mieux sa philosophie. Le dialogue, écrit et parlé, est pour lui l’une des conditions néces- saires pour aborder l’universalité des cultures et accéder à une concep- tion contemporaine de l’universel. Entend montrer que le Coran porte, en lui-même, un principe de modernité, propose de reconstruire la pensée religieuse de l’islam en intégrant une notion de temps vu comme principe créateur et continu.
  • 49. Mohammad Moezzi Mohammad Ali Amir-Moezzi, né en 1956 à Téhéran, universitaire, historien et islamologue français, spécialiste du chiisme. Diplômé de l’’Institut national des langues et civilisations orientales’ (INALCO) et docteur d'État en islamologie, occupe, à l‘’École Pratique des Hautes Études’ (EPHE), le poste de directeur d'étude en islamologie classique. Co-éditeur avec Guillaume Dye (né en 1974, islamologue et orientaliste français, professeur à l‘’Université libre de Bruxelles’) de l’ouvrage Le Coran des historiens. Ce monument savant et accessible réunit une équipe internationale de trente spécialistes (historiens, liturgistes, géographes, juristes, exégètes, théologiens, philologues, épigraphistes, codicologues). Il offre, en 3 000 pages, une synthèse complète et critique des travaux passés et des recherches présentes sur les origines du Coran, sa formation et son apparition, sa composition. « Le contexte de la formation et de l’histoire (du Coran), demeurent largement méconnus. On sait très peu de choses sur Maho- met. Si on enlève nos lunettes conformées par les siècles d’exégèse classique, Mahomet est une figure presque absente du Coran. Les commentaires ultérieurs lui rapportent divers traits et événements que le texte à l’état brut n’indique pas explicitement. La biographie de Mahomet a été fixée à peu près trois siècles après sa mort. ../..
  • 50. Mohammad Moezzi et Guillaume Dye Il n’y a en fait que des représentations de Mahomet en fonction des conflits qui dressent les factions entre elles dès les débuts de l’islam. Le Mahomet de l’Histoire est enfoui sous elles. » M. Moezzi « Ce n’est pas en Arabie – lieu de passage caravanier, sans tissu urbain – que se trouvaient les bibliothèques et les centres spirituels juifs et chrétiens où est née la catéchèse judéo-chrétienne aux Arabes, mais en Syrie. Quand Le Figaro titre son article « Les conquêtes arabes et les premiers califats ont fait subir au Coran une reconstruction politico-religieuse », ce n’est que partiellement exact : la construction du Coran s’est effectuée à partir de l’enseignement des nazôréens, ces maîtres très tôt rejetés par leurs élèves Arabes. » Michel Benoît
  • 51. Tareq Oubrou Né au Maroc en 1959, imam, théologien et essayiste français. Autodidacte en sciences religieuses, souvent présenté comme l'imam de Bordeaux. Renonce à ses études de biologie et médecine pour se consacrer à la communauté musulmane de France dans le rôle d'imam, s'y installer durablement et diriger les prières (salat) et les sermons (khutba), au sein de la mosquée al Houda, dans le quartier Saint-Michel à Bordeaux, à forte population d'origine immigrée. Entame alors une vaste réflexion théologico-canonique sur les conditions de l'expression et de la pratique musulmanes dans un espace sécularisé. Prend position en faveur d'un islam libéral, déplore que le Coran soit mal interprété par les jeunes. Prône également une visibilité musulmane discrète, qui se concentre sur des pratiques islamiques invisibles de la vie de tous les jours comme les 5 prières ou les valeurs morales (générosité, respect, humilité, piété, etc). Après l'attentat contre Charlie Hebdo, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve le choisit comme interlocuteur privilégié des pouvoirs publics dans sa volonté de relancer le dialogue avec les représentants musulmans. En mai 2016, l'organisation terroriste ‘État islamique’ lance une fatwa contre lui, appelant à son assassinat.
  • 52. Ghaleb Bencheikh Né en 1960 en Arabie saoudite, docteur en sciences et physicien franco-algérien. Également de formation philosophique et théologique, anime l'émission Islam dans le cadre des émissions religieuses diffusées sur ‘France 2’ le dimanche matin. Préside la ‘Conférence mondiale des religions pour la paix’, ce qui l'amène à de nombreuses interventions en France et à l'étranger. Membre du comité de parrainage de la ‘Coordination française pour une éducation à la non-violence et à la paix’. « Aujourd’hui, la réponse à cette guerre ne consiste pas à dire que l’islam n’est pas cela. Car c’est bien au nom d’une certaine lecture de l’islam que ces actes sont commis. Non, la réponse consiste à reconnaître et affirmer l’historicité et l’inapplicabilité d’un certain nombre de textes que contient la tradition musulmane. Et à en tirer les conclusions. » Pétition signée par des intellectuels musulmans dont Fehti Benslama et Ghaleb Bencheich en janvier 2015
  • 53. Aïda Abida Née en 1961 ? en Algérie, émigre enfant en France suite à un regroupement familial. Baccalauréat en France, retourne en Algérie poursuivre des études universitaires. Victime et témoin de violences familiales et du terrorisme algérien des années 1990, y est professeure de français et journaliste à Algérie Actualité et el Watan. Quitte Alger en 1994, chargée de projet et formatrice en Belgique et en France. Suit une formation en sciences islamiques à l’université de Louvain-la-Neuve en Belgique et poursuit à ce jour des études en arabe coranique. Suite aux attentats de 2015 en France et en Belgique, se décide à témoigner, dans La non-violence dans l’Islam, de sa foi de musulmane souillée par les tenants des crimes au nom d’Allah. En réaction à ces atrocités, met en lumière, par ses choix de vie et ses recherches dans les sciences islamiques, le creuset d’une authentique tradition islamique de la non-violence. Présente trois acteurs méconnus de cette non- violence islamique en Turquie, au Pakistan, en Syrie. « Les valeurs de paix et de fraternité sont dans les fondements de l’islam, comme la justice, la solidarité et le respect de la vie humaine et du vivant en général. » * Seule ombre au tableau : ce livre généreux (publié pour la première fois en 2016 aux éditions Kouna) a été réédité par un éditeur marseillais, Salim Laibi, directeur des Éditions Fiat Lux, qui édite des auteurs complotistes et négationnistes.
  • 54. Mohammed Taleb Né en 1968, philosophe algérien, formé à l’université du Québec à Montréal. Conférencier et écrivain, formateur en éducation relative à l’environnement et en écopsychologie. Enseigne ces matières depuis 2006 à Lausanne, Lyon, Bruxelles. Préside l'association de philosophie ‘Le singulier universel’, y anime le projet de ‘l’Université de l'Âme du monde’. Depuis de nombreuses années, travaille sur les interactions entre spiritualité, écologie, critique sociale, dialogue des cultures et nouveaux paradigmes scientifiques. Responsable de l’unité de recherche ‘Écologie, éducation relative à l‘environnement et écodéveloppement’ au sein de ‘l'Institut Frantz Fanon’, basé à Bruxelles. « Aujourd'hui, dans le champ des sciences, la question du sens est de retour, les vérités poétiques, visionnaires, artistiques et spirituelles peuvent s'entrelacer aux vérités de la science.(…) Le réenchantement du monde ne se déploiera d'une façon féconde et créatrice qu'à deux conditions : que la quête spirituelle épouse la nécessaire transformation révolutionnaire du monde ; et que les nouveaux paradigmes scientifiques rencontrent l'Imaginaire, la subjectivité qui font de nous des personnes vivantes. »
  • 55. Naif Al-Mutawa Né en 1971, Koweitien, docteur en psychologie clinique de Long Island University, psychologue et hypnothérapeute à New-York, au Koweït, à Dubaï et au Quatar. Organise des ateliers sur la résolution créative des conflits, la gestion de l'attention, du stress et de la colère Créateur au Koweït en 2006 de The 99, un groupe de super-héros de bandes dessinées basé sur la culture et la religion islamiques. Les héros de la BD sont le Dr. Ramzi, un érudit et activiste social, et 99 jeunes (chacun a pour nom l’un des 99 attributs d’Allah : générosité, force, fidélité, sagesse, miséricorde, écoute, justice, douceur, pardon, etc.), avec des capacités spéciales qui leur ont été conférées par les pierres précieuses "Noor". Le scénario présente les 99 personnes dirigées par M. Ramzi dans leur quête de justice sociale et leur combat sans violence contre les forces du chaos et du mal. Les BD, connaissant un grand succès, sont adaptées à la télévision, diffusées dans les camps de réfugiés. Frappé d’une fatwa*, poursuivi en justice pour blasphème devant un tribunal du Koweït en 2014, gagne en 1ère instance et en appel. * Avis ou condamnation prononcé par une autorité religieuse islamique
  • 56. Badriyah Fayumi Née en 1971, théologienne musulmane indonésienne, politicienne, enseignante et militante. Études de théologie à Jakarta puis au Caire (1985-1998). Députée (2004-2009) au sein du PKB (Parti du réveil national indonésien, parti musulman modéré). Fonde en 2008 avec son mari une école islamique selon la tradition indonésienne. Participe en 2017 à la création du ‘Conseil indonésien des femmes oulémas’ dont elle devient présidente. L’objectif principal de ce forum, première initiative de ce genre dans le monde, est la reconnaissance du rôle des femmes dans la société et dans l’enseignement religieux. Il condamne les violences sexuelles, les mariages précoces et la destruction de l’environnement. Le premier congrès des femmes oulémas a réuni de représentantes de plusieurs pays dont le Nigeria, le Kenya, le Pakistan et l’Afghanistan. « Les femmes sont les premières à souffrir de la pollution, à devoir trouver de l’eau propre, à soigner les enfants malades. (…) Nous pouvons vivre notre diversité dans l’harmonie. (…) C’est grâce à l’éducation que nous permettrons aux femmes d’assurer des fonctions de dirigeantes en politique, dans les organisa- tions religieuses, les entreprises ou les organisations non-gouverne- mentales. La voix des femmes doit désormais résonner dans toute les société. L’éducation des femmes est une mission prophétique. »
  • 57. Rachid Benzine Français né en 1971 au Maroc, islamologue, disciple de Mohammed Arkoun. Enseignant et chercheur à l'Institut d'études politiques d'Aix-en- Provence, à l’Institut protestant de théologie de Paris, ex-chercheur associé à l’’Observatoire du religieux’. Codirecteur de la collection Islam des lumières aux éditions Albin Michel, qui publie des ouvrages sur la pensée musulmane contemporaine. « Ces hérauts de la pensée libre, parfois menacés de mort et contraints à l’exil, explorent les chemins inédits d’une reconstruction de la pensée religieuse musulmane. Ils revisitent l’histoire des dogmes et des institutions, interrogent les interprétations théologiques ou juridiques successives, tentent de discerner les éléments de la tradition qui pourraient être fondateurs d’une modernité islamique. Surtout, ils soumettent le texte coranique lui-même au crible de l’analyse littéraire et de la critique historique. » ../..
  • 58. Rachid Benzine « L’islam traverse une grande tragédie, marquée par le déficit d’instances d’autorité capables de régler les conflits d’interprétation, et par un déficit d’histoire. (…) La communauté musulmane n’a pas fait son travail : ce qui est enseigné dans les mosquées, c’est le Catéchisme des années 1950, une histoire sainte, sacrée, sans aucun travail historique ni anthropologique. Or on ne peut comprendre le Coran que si l’on connaît la société du VIIème siècle et ses interactions avec le texte. » « Mohammed Arkoun avait coutume de dire qu’il ne fallait rien attendre des pays majoritairement musulmans. C’est aux pays européens d’engager ce travail : soit dans les institutions de formation musulmans, soit en exigeant des imams qu’ils se forment à l’histoire à l’université. (…) Il faut former les enseignants pour qu’ils introduisent leurs élèves à la distance critique et que ceux-ci l’intériorisent au plus intime. »
  • 59. Abdennour Bidar Né en 1971, philosophe et écrivain français, agrégé et docteur en philosophie, normalien, professeur à l’université de Nice. Grand-père communiste et athée, mère française convertie à l’islam à travers le soufisme. Thèse de doctorat sur le développement d'une "pédagogie de l'individuation" à partir de la pensée du philosophe musulman indien Mohamed Iqbal (1873-1938). Chargé de mission sur la pédagogie de la laïcité au Ministère de l’Éducation nationale, membre de l’ex 'Observatoire de la laïcité’ et du comité de rédaction de la revue Esprit. « Cher monde musulman, (…) je te vois te perdre - perdre ton temps et ton honneur - dans le refus de reconnaître que ce monstre (Daech) est né de toi, de tes errances, de tes contradictions, de ton écartèlement entre passé et présent, de ton incapacité trop durable à trouver ta place dans la civilisation humaine. Car tu te réfugies dans le réflexe de l’autodéfense sans assumer aussi et surtout la responsabilité de l’autocritique. Tu te contentes de t’indigner alors que ce moment aurait été une occasion historique de te remettre en question ! » ../..
  • 60. Abdennour Bidar Les monstres terroristes aux noms de Al Qaida, Al Nostra, AQMI ou Daech ne sont « que les symptômes les plus visibles sur un immense corps malade, dont les maladies chroniques sont les suivantes : impuissance à instituer des démocraties durables dans lesquelles est reconnue comme droit moral et politique la liberté de conscience vis-à-vis des dogmes de la religion; difficultés chroniques à améliorer la condition des femmes dans le sens de l’égalité, de la responsabilité et de la liberté; impuissance à séparer suffisamment le pouvoir politique de son contrôle par l’autorité de la religion; incapacité à instituer un respect, une tolérance et une véritable reconnaissance du pluralisme religieux et des minorités religieuses. » Je n’aurais pas été si sévère dans cette lettre si je ne croyais pas en toi. (…) Je crois en toi, je crois en ta contribution à faire demain de notre planète un univers à la fois plus humain et plus spirituel ! Salâm, que la paix soit sur toi ! » « Incroyants et croyants ressentent l'impasse de la religion et de l'athéisme. Ils ont aussi l'intuition qu'une nouvelle forme de vie spirituelle est possible. » ../..
  • 61. Abdennour Bidar « Il est possible de réagir (au djihadisme), mais à condition de partir d’un diagnostic juste et d’admettre que l’Occident traverse une véritable crise spirituelle, mère de toutes les crises. Le déno- minateur commun de toutes nos crises à mes yeux est qu’elles sont des crises du lien : avec la nature, avec l’autre, avec soi- même - et donc avec la vie. Or, qu’est-ce une crise du lien, au sens le plus large du terme, sinon une crise spirituelle ? L’Occident a perdu l’art et la manière de se saisir de ce rapport au spirituel. » « La vie créatrice est le but et la fraternité le principe de notre vie spirituelle. » « Plus nous connectons à la vue universelle par ce triple lien à soi, aux autres, à l’univers, plus se développe en nous l’être divin - s’il existe - le cœur infini de tous les liens. Et plus il se développe, moins la mort peut quelque chose contre nous. »
  • 62. Sherin Khankan Née en 1974 de mère finlandaise et de père syrien réfugié politique et féministe. Se perçoit comme née entre deux mondes et considère que son but est de les réconcilier. Master en sociologie des religions et philosophie de l'université de Copenhague. Première imame du Dane- mark, fondatrice en 2015 de la mosquée Mariam de Copenhague, première mosquée réservée aux femmes. Milite pour des causes liées à l'islam comme l'intégration des femmes et la lutte contre l'extrémisme, notamment à travers de nombreux écrits et prises de parole alliant positions religieuses et politiques. Célèbre des mariages d’hommes chrétiens avec des femmes musulmanes, ce qui est interdit par le Coran. Prise à partie pendant ses conférences, subit des insultes sur les réseaux sociaux où l’on exhorte au repentir. Dénonce la difficulté des croyantes à obtenir un divorce islamique, l’interdiction de la prière mixte et des mariages entre Musulmans et Non- musulmans. Fonde une organisation nommée Musulmans critiques, qui s'intéresse aux liens entre la religion et la politique. En présence de Delphine Horvilleur, suggère en mars 2018 au président Emmanuel Macron l'idée d'une grande conférence réunissant des femmes imam venues du monde entier, des femmes rabbin, des pasteures protestantes, des prêtres catholiques ainsi que des intellectuels des toutes les religions, notamment des musulmans, sans discrimination de sexe.
  • 63. Abd al Malik Régis Fayette-Mikano, né en 1975 d’un père congolais, rappeur, auteur-compositeur-interprète, écrivain et réalisateur français. Choisit son nom de scène en référence à son prénom de naissance (Regis, "royal" en latin, correspondant au mot arabe Malik, "roi"). Élevé par sa mère seule, entrainé très jeune dans la délinquance (vol à la tire et vente de drogue). La vue d'amis morts de surdose l'ayant beaucoup marqué, se plonge dans la lecture pour une autre confrontation avec la mort. . Converti à l’islam soufi au cours de son adolescence. Devient en 1999 disciple du maître spirituel marocain Sidi Hamza al Qâdiri Boutchichi. En 2005, dans son ouvrage Qu'Allah bénisse la France, explique son cheminement et défend un islam réfléchi, fait de tolérance et de désir d'intégration. La lecture de Camus forge son devenir d’artiste, de musicien, d’écrivain, le tire toujours plus haut, toujours plus loin. « Il y a beaucoup de similitude entre les matérialistes et les intégristes religieux. Leur vie entière n’est qu’extériorité. » « Il faut une nouvelle révolution française. Non-violente, pacifique, fondée sur un retour pragmatique et clairvoyant à une acceptation de l’homme qui reconsidère sa dimension spirituelle (…). À l’ancien régime de la société médiatico-financière, il faut substituer la société de l’homme de foi. »
  • 64. Mohamed Khénissi Né en 1978, arrive en France de Tunisie à 18 ans, étudie la comptabilité, travaille dans la finance. Taraudé par des questions spirituelles et l’envie de comprendre sa religion, se plonge dans le monde des mosquées et approfondit ses con- naissances religieuses. S’inscrit à l’’Institut des hautes études du monde religieux’ (IHEMR) où il se forme à la laïcité, aux sciences des religions et à la gestion d’une organisation cultuelle, aux côtés d’étudiants issus de toutes les traditions. S’inscrit au diplôme universitaire ‘Interculturalité, laïcité, religions’ à l’Institut catholique de Paris (ICP), suit les cours du ‘Theologicum’ où il découvre la doctrine sociale de l’Église qui le pas- sionne. Prépare en parallèle un travail de recherche sur l’apostasie en islam à l’’École Pratique des Hautes Études’. Président de l’association ‘Herménéo’ qui défend les valeurs de la laïcité et dont la devise est " Vivre ensemble est un défi qui nécessite d’aller vers l’autre". L’association présente les traditions religieuses et spirituelles aux jeunes de Seine St Denis et de la petite couronne de Paris. « Il faut arrêter de ne concevoir l’engagement qu’à l’intérieur de sa communauté de foi ou son groupe de convictions. C’est à toute la société que nous devons proposer notre valeur ajoutée. Le but n’est pas de faire tous pareil, mais d’œuvrer dans la même direction. »
  • 65. Kahina Bahloul Née en France en 1979, islamologue franco-algérienne. Née d'un père algérien kabyle peu attaché à la normativité religieuse, mais issu d'une famille maraboutique et d'une mère française athée. Grand-mère maternelle juive polonaise, grand-père maternel catholique français. Grandit en Algérie jusqu'à la fin de sa formation de juriste. Revient en France en 2003, cadre dans l'assurance pendant 12 ans. Le décès de son père la conduit à approfondir son lien avec la mystique musulmane, le soufisme. Les attentats de 2015 en France la décident à agir. Après un master 2 en islamologie à ‘l’École pratique des hautes études’, poursuit un doctorat sur la pensée d’Ibn Arabi. Se réclame aussi de Rabi’a al Adawiyya et de l’émir Abdelkader ibn Muhieddine. Selon elle, la pratique méditative du soufisme abolit les considéra- tions de genre. S'inspire de l'imame danoise Sherin Khankan ou de l’États-unienne Amina Wadud. Présidente de l’association Parle-moi d’islam qui a pour objet de faire redécouvrir les valeurs de paix, de fraternité et le message universel de l’islam. ../..
  • 66. Kahina Bahloul Avec Faker Korchane, président de l’Association pour la renaissance de l’islam mutazilite (ARIM), inaugure à Paris en 2020 la Mosquée Fatima sous la forme d’un prêche dans une salle louée à Paris. À l'image de la reine berbère résistante dont elle a hérité le prénom et le caractère, est aujourd'hui présente sur tous les fronts pour évoquer la possibilité d'un islam moderne et libéral. La question de sa légitimité est souvent posée par les milieux conservateurs. A pour alliées Floriane Chinsky, rabbine du ‘Mouvement juif libéral de France’, et la pasteure Emmanuelle Seyboldt, présidente de ‘l'Église protestante unie de France’, avec qui elle publie un livre en 2021. « Nous prétendons que notre héritage islamique est plein d’aspiration à la justice, de volonté de bien et d’épanouissement personnel et collectif. C’est le sens même de la racine du mot qui constitue le nom de notre religion, islam, provenant de s-l-m, à savoir pacification. » « Les avis qui veulent établir l’interdiction absolue du magistère féminin dans le culte musulman n’ont pas de fondements théologiques solides. Aucun argument émanant du Coran ni de la sunna ne peut être sérieusement avancé pour invalider ou rendre illicite l’imamat des femmes. » ■