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Chercheurs de sens. — 05. De 1200 à 1599

Chercheurs de sens. — 05. De 1200 à 1599

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Chercheurs de sens
(art, religion, philosophie, spiritualité)
5 - de 1200 à 1599
É. G. .06.11.2023
Djalal ed-Din Rumi
Djalal-el-din ("majesté de la religion") Rumi (1207-1273),
spirituel et mystique musulman soufi. Après des études de droit et de
philosophie, succède à son père à la chaire de droit de l’université de
Konya (Turquie) où il devient un théologien célèbre.
À 36 ans, rencontre le mystique persan Shams de Tabriz
(1145-1248, image du bas), qui jette à l’eau ses écrits de théologie. Au
lieu de se fâcher, sent son cœur qui s’ouvre, découvre l’amour divin à
travers son attachement à Shams, près de qui il vit de 1244 à 1248.
Son œuvre, Masnavi, est divisée en 6 livres et comprend un
total de 424 histoires allégoriques, illustrant la condition humaine dans
sa recherche de Dieu. Elle s'inspire aussi de fables d'Ésope, mais
adaptées afin de souligner un des aspects les plus fondamentaux de
l'islam, le Tawhid, c'est-à-dire le monothéisme.
Fondateur de la confrérie des derviches tourneurs (qui par la
danse et le chant entrent en transe mystique). ../..
Image du bas : Le cheikh Shams ud-Din Tabrizi joue aux échecs avec un jeune
chrétien au grand scandale de ses disciples (manuscrit de 1581).
Djalal ud-Din Rumi
Développe dans son monastère à Konya un style de vie
communautaire, pauvre, non-violent, joyeux et laborieux.
Scandalise les intégristes en accueillant les femmes dans les
concerts sacrés, ou en se faisant l’ami des Juifs et des Chrétiens
pour rechercher avec eux le chemin de Dieu.
Manifeste une tendre compassion non seulement pour les
enfants, les ivrognes et les prostituées, mais aussi pour les
animaux et les plantes.
Veut transformer le petit jihad du Coran (guerre sainte
contre les infidèles) en grand jihad (combat spirituel pour l’éléva-
tion de soi.
« L’amour apporte la joie aux créatures / Il est la source du
bonheur infini / (…) La voie de l’amour est un mystère / En elle il
n’y a point de querelle / Pas d’autre qualité que la profondeur des
choses. »
Nasr Eddin Hodja
ou Nasreddin ou Nasredine ("victoire de la religion") ou Mulla
Nasrudin, serait un philosophe et turc (1208-1284). Selon d’autres
sources, aurait été maître d'école coranique, cadi, bouffon de Tamerlan ou
encore gardien d'oies, aurait vécu au 13ème siècle à Koufa, un village
d'Irak, mais deux tombes existeraient : l'une dans un village d'Anatolie et
l'autre en Algérie. On l'appelle aussi Goha en Égypte, Joha en Maroc,
Afandi en Chine.
Personnage mythique de la culture musulmane, ouléma* ingénu et
faux-naïf prodiguant des enseignements tantôt absurdes tantôt ingénieux.
Sa renommée va des Balkans à la Mongolie et ses aventures sont célé-
brées dans des dizaines de langues, y compris aujourd’hui en bandes
dessinées. Ses histoires courtes sont morales, bouffonnes, absurdes ou
parfois coquines. Une partie importante d'entre elles a la qualité d’ensei-
gnement : le bouffon dénonce les travers de l'être humain, la vanité, la
bêtise, la lâcheté, la cupidité. la bigoterie, etc.
Elles peuvent être appréciées pour l'absurdité amusante que révè-
lent la plupart des situations, mais aussi comme des contes moraux ou
des histoires présentant un contenu spirituel. Ainsi, l’écrivain et enseignant
Idries Shah (1924-1996, photo du bas) compile des recueils d'histoires de
Nasredine pouvant être lues sur un plan spirituel, suivant la tradition
soufie.
* ouléma (« savant ») : docteur de la loi coranique, juriste et théologien musulman, savant,
chercheur
Hadji Bektas Veli
Muhammed Bektaş (1209-1271), dit Sayyid Hünkar Hadji Bektaş
Veli, descendant du Prophète Mahomet par Ali ar-Rida. Originaire d'une
famille du Khorassan, émigre en Anatolie parmi des populations
turkmènes sur lesquelles il a eu une influence fondamentale, notamment
sur le fait qu'il prêche dans sa langue maternelle, le turc.
Saint homme, mystique philosophe de l'alévisme* et du bekta-
chisme. Implanté en milieu turcophone, fondateur éponyme de la
confrérie des bektachis. Aurait béni l’ordre militaire des janissaires** ?.
Selon l'UNESCO, l'islam alevi bektachi, avec les apports de Haci
Bektas Veli, fait preuve d'une modernité précoce : avec les mots de son
époque, Bektas véhicule des idées qui huit siècles plus tard coïncident
avec la ‘Déclaration universelle des droits de l'homme’ (1948).
Le semah, cérémonie religieuse des Alevis Bektachis, est classé
par l'UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l'humanité.
* Alévisme : tradition islamique syncrétique, hétérodoxe et locale dont les adeptes suivent
les enseignements mystiques d' Ali, des douze imams et de Bektash Veli. Les Alévis se trouvent
principalement en Turquie parmi les Turcs et les Kurdes et représentent la plus grande croyance
après l’islam sunnite.
** Janissaires : corps d'élite dans l’infanterie de l’armée ottomane, composé de jeunes
garçons chrétiens kidnappés qui ont été forcés de se convertir à l'islam. L’Ağa des janissaires, chef
suprême, est membre à part entière des Bektachis. Massacrés ou exécutés en 1826 par le sultan
Mahmoud II (120 000 morts, 20 000 bannis)
Guillemette de Bohème
ou Wilhelmine ou Guglielma de Milano (v. 1210-1281), mystique
chrétienne. Peut-être fille du roi de Bohême Ottokar Ier ? S'installe à
Milan entre 1260 et 1271.
Chercheuse de Dieu et maîtresse de vie spirituelle. Hommes et
femmes la consultent pour lui demander conseils et réconfort.
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Un culte se crée à Milan en faveur de la communauté ou Église
naissante des Guilhelmites, qui voit en elle l’incarnation féminine de
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1300, et brûle vif notamment le théologien Andrea Saramita (12??-
1300), qui soutient les thèses de Joachim de Flore. Le saint Tribunal
ordonne aussi de déterrer le cadavre de Guillemette et de le brûler en
public…
Cette "hérésie" médiévale s'inscrit dans le mouvement des béguines que l'on identifie parfois à
une aspiration des femmes au sacerdoce mais qui correspond, en tout cas, à un mouvement
de pensée et de réforme du fait des laïcs et des femmes.
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  • 1. Trombinoscope "Chercheurs d’humanité" Chercheurs de sens (art, religion, philosophie, spiritualité) 5 - de 1200 à 1599 É. G. .06.11.2023
  • 2. Djalal ed-Din Rumi Djalal-el-din ("majesté de la religion") Rumi (1207-1273), spirituel et mystique musulman soufi. Après des études de droit et de philosophie, succède à son père à la chaire de droit de l’université de Konya (Turquie) où il devient un théologien célèbre. À 36 ans, rencontre le mystique persan Shams de Tabriz (1145-1248, image du bas), qui jette à l’eau ses écrits de théologie. Au lieu de se fâcher, sent son cœur qui s’ouvre, découvre l’amour divin à travers son attachement à Shams, près de qui il vit de 1244 à 1248. Son œuvre, Masnavi, est divisée en 6 livres et comprend un total de 424 histoires allégoriques, illustrant la condition humaine dans sa recherche de Dieu. Elle s'inspire aussi de fables d'Ésope, mais adaptées afin de souligner un des aspects les plus fondamentaux de l'islam, le Tawhid, c'est-à-dire le monothéisme. Fondateur de la confrérie des derviches tourneurs (qui par la danse et le chant entrent en transe mystique). ../.. Image du bas : Le cheikh Shams ud-Din Tabrizi joue aux échecs avec un jeune chrétien au grand scandale de ses disciples (manuscrit de 1581).
  • 3. Djalal ud-Din Rumi Développe dans son monastère à Konya un style de vie communautaire, pauvre, non-violent, joyeux et laborieux. Scandalise les intégristes en accueillant les femmes dans les concerts sacrés, ou en se faisant l’ami des Juifs et des Chrétiens pour rechercher avec eux le chemin de Dieu. Manifeste une tendre compassion non seulement pour les enfants, les ivrognes et les prostituées, mais aussi pour les animaux et les plantes. Veut transformer le petit jihad du Coran (guerre sainte contre les infidèles) en grand jihad (combat spirituel pour l’éléva- tion de soi. « L’amour apporte la joie aux créatures / Il est la source du bonheur infini / (…) La voie de l’amour est un mystère / En elle il n’y a point de querelle / Pas d’autre qualité que la profondeur des choses. »
  • 4. Nasr Eddin Hodja ou Nasreddin ou Nasredine ("victoire de la religion") ou Mulla Nasrudin, serait un philosophe et turc (1208-1284). Selon d’autres sources, aurait été maître d'école coranique, cadi, bouffon de Tamerlan ou encore gardien d'oies, aurait vécu au 13ème siècle à Koufa, un village d'Irak, mais deux tombes existeraient : l'une dans un village d'Anatolie et l'autre en Algérie. On l'appelle aussi Goha en Égypte, Joha en Maroc, Afandi en Chine. Personnage mythique de la culture musulmane, ouléma* ingénu et faux-naïf prodiguant des enseignements tantôt absurdes tantôt ingénieux. Sa renommée va des Balkans à la Mongolie et ses aventures sont célé- brées dans des dizaines de langues, y compris aujourd’hui en bandes dessinées. Ses histoires courtes sont morales, bouffonnes, absurdes ou parfois coquines. Une partie importante d'entre elles a la qualité d’ensei- gnement : le bouffon dénonce les travers de l'être humain, la vanité, la bêtise, la lâcheté, la cupidité. la bigoterie, etc. Elles peuvent être appréciées pour l'absurdité amusante que révè- lent la plupart des situations, mais aussi comme des contes moraux ou des histoires présentant un contenu spirituel. Ainsi, l’écrivain et enseignant Idries Shah (1924-1996, photo du bas) compile des recueils d'histoires de Nasredine pouvant être lues sur un plan spirituel, suivant la tradition soufie. * ouléma (« savant ») : docteur de la loi coranique, juriste et théologien musulman, savant, chercheur
  • 5. Hadji Bektas Veli Muhammed Bektaş (1209-1271), dit Sayyid Hünkar Hadji Bektaş Veli, descendant du Prophète Mahomet par Ali ar-Rida. Originaire d'une famille du Khorassan, émigre en Anatolie parmi des populations turkmènes sur lesquelles il a eu une influence fondamentale, notamment sur le fait qu'il prêche dans sa langue maternelle, le turc. Saint homme, mystique philosophe de l'alévisme* et du bekta- chisme. Implanté en milieu turcophone, fondateur éponyme de la confrérie des bektachis. Aurait béni l’ordre militaire des janissaires** ?. Selon l'UNESCO, l'islam alevi bektachi, avec les apports de Haci Bektas Veli, fait preuve d'une modernité précoce : avec les mots de son époque, Bektas véhicule des idées qui huit siècles plus tard coïncident avec la ‘Déclaration universelle des droits de l'homme’ (1948). Le semah, cérémonie religieuse des Alevis Bektachis, est classé par l'UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l'humanité. * Alévisme : tradition islamique syncrétique, hétérodoxe et locale dont les adeptes suivent les enseignements mystiques d' Ali, des douze imams et de Bektash Veli. Les Alévis se trouvent principalement en Turquie parmi les Turcs et les Kurdes et représentent la plus grande croyance après l’islam sunnite. ** Janissaires : corps d'élite dans l’infanterie de l’armée ottomane, composé de jeunes garçons chrétiens kidnappés qui ont été forcés de se convertir à l'islam. L’Ağa des janissaires, chef suprême, est membre à part entière des Bektachis. Massacrés ou exécutés en 1826 par le sultan Mahmoud II (120 000 morts, 20 000 bannis)
  • 6. Guillemette de Bohème ou Wilhelmine ou Guglielma de Milano (v. 1210-1281), mystique chrétienne. Peut-être fille du roi de Bohême Ottokar Ier ? S'installe à Milan entre 1260 et 1271. Chercheuse de Dieu et maîtresse de vie spirituelle. Hommes et femmes la consultent pour lui demander conseils et réconfort. Reçoit le soutien des cisterciennes de Chiaravalle, qui, après sa mort, l’enterrent dans leur abbaye où les Milanais la vénèrent comme une sainte. Un culte se crée à Milan en faveur de la communauté ou Église naissante des Guilhelmites, qui voit en elle l’incarnation féminine de l’Esprit-Saint. Pour éradiquer ce culte, l’Inquisition extermine cette Église vers 1300, et brûle vif notamment le théologien Andrea Saramita (12??- 1300), qui soutient les thèses de Joachim de Flore. Le saint Tribunal ordonne aussi de déterrer le cadavre de Guillemette et de le brûler en public… Cette "hérésie" médiévale s'inscrit dans le mouvement des béguines que l'on identifie parfois à une aspiration des femmes au sacerdoce mais qui correspond, en tout cas, à un mouvement de pensée et de réforme du fait des laïcs et des femmes. Photos : Abbaye de Chiaravalle à Milan - Représentation des béguines -
  • 7. Saadi de Chiraz Abū-Muḥammad Muṣliḥ al-Dīn bin Abdallāh Shīrāzī (v. 1210 - v.1291), poète, conteur et moraliste persan. Enfance pauvre, études de sciences islamiques, droit, histoire, littérature et la théologie. Voyage auprès de soufis et maîtres spirituels dans tout le Moyen-Orient, en Inde et en Asie centrale. Auteur du Gulistan (‘Jardin de roses’), du Boustan (‘Jardin de fruits’) et du Livre des conseils, mais aussi de poèmes lyriques. Prône un soufisme modéré susceptible de convenir à la plupart des hommes et pas seulement à une élite. Recommande la modération, la patience et la bonté, l'autonomie afin de dépendre le moins possible des événements, la bienveillance et la compassion, prône l'indifférence à l'égard du jugement d'autrui. Partisan de l’ordre et de la stabilité, mysogyne. Sa compassion pour le genre humain semble s’être bornée aux musulmans. Quelques-uns de ses vers sont inscrits à l'entrée du siège de l'ONU à New York : « Les hommes sont membres les uns des autres, et créés tous de même matière. Si un membre s’est affligé les autres s’en ressentent : Celui qui n’est touché du mal d'autrui ne mérite d’être appelé homme. »
  • 8. Roger Bacon (1219-1292), frère franciscain, savant et philosophe anglais. Études à Oxford puis à Paris. Apprend d'abord l'arabe, le grec et l'hébreu, afin de pouvoir étudier dans le texte original les traités d'Aristote et des philosophes orientaux, que, selon lui, l'ignorance des traducteurs latins avait totalement dénaturés. Substitue à l’autorité d’Aristote celle de l’expérience, s’entoure de jeunes qu’il instruit et qui l’aident dans ses recherches expérimentales. Fait des découvertes en astronomie, en physique, en chimie et en médecine. Le premier à s’apercevoir de l’erreur du calendrier Julien par rapport à l’année solaire. Un des fondateurs de l’optique : met au point la théorie des miroirs ardents, explique la formation de l’arc-en-ciel, étudie l’action des lentilles et des verres connexes, invente les lunettes pour les presbytes. En 1266, le pape Clément IV (mort en 1268) qui l'a en grande estime lui demande de lui envoyer ses travaux en secret, malgré les interdits des Constitutions de Narbonne (1260). Bacon lui envoie son Opus majus et quelques instruments de mathématiques qu’il a inventés. ../..
  • 9. Roger Bacon Pour cette infraction aux règlements de son ordre, et pour « certaines nouveautés suspectes », est emprisonné de 1277 à 1292 par le ministre général de l'ordre franciscain. Vers 1292, compose le Compendium studii theologiae (Abrégé des études théologiques), qui résume sa pensée en philosophie et théologie. Pour lui, il appartient aux chercheurs de corriger les erreurs de leurs prédécesseurs : ainsi Aristote a modifié le système de PIaton, Avicenne celui d'Aristote, Averroès les doctrines de tous ses devanciers. Dénonce les Croisades, qu'il considère comme une entreprise de domination sur des peuples. Polémiste infatigable, philosophe hardi, mathématicien, logicien, grammairien et expérimentateur accompli, premier promoteur de la méthode expérimentale et le plus grand linguiste de son temps, est surnommé le ‟ Doctor mirabilis” (Docteur admirable). « Aucun discours ne peut donner la certitude, tout repose sur l'expérience », expérience scientifique ou religieuse, précise-t-il.
  • 10. Thomas d'Aquin Tommaso d'Aquino (1225 ?-1274), religieux, théologien et philosophe italien de l'ordre dominicain. Études à l’abbaye du Mont Cassin, puis à Naples (où se développe la connaissance des philosophes arabes), puis à Paris (élève d’Albert le Grand) et à Cologne. Maître en théologie, enseigne à Paris, au Studium de la Curie romaine, à nouveau à Paris puis à Naples. Conteste aussi l’immobilisme des appareils de la chrétienté et de l’Église. Sa vision optimiste réconcilie foi et raison en mettant les ressources de la raison au service de l’intelligence de la foi, au point de constituer la théologie en science véritable - science des choses divines construite à l’aide de raisonnements et de démonstrations conformes aux principes aristotéliciens. Distingue la matière et la forme, l’existence et l’essence qui se confondent en Dieu. Définit la justice (distributive et communative), la loi, le bien commun (dans une perspective divine), etc. Surnommé le Doctor angelicus à partir du 15ème siècle à cause de son traité des anges. Canonisé en 1323. En 1879, le pape Léon XIII, dans son l'encyclique Æterni Patris, déclare que les écrits de Thomas d'Aquin expriment adéquatement la doctrine de l'Église catholique. Proclamé docteur de l’Église en 1567 et patron des écoles et universités catholiques en 1923. « Si nous résolvons les problèmes de la foi par seule voie d'autorité, nous posséderons certes la vérité, mais dans une tête vide ! » Photo : Th. d’Aquin par Fra Angelico (1395-1455)
  • 11. Marguerite Porete (v. 1250 -1310), femme de lettres du Hainaut (Valenciennes), mystique et chrétienne du courant des béguines, femmes libres en quête d'Amour divin, réfutant l'idée de toute autorité religieuse ou maritale. Ne prononce pas de vœux, appartient à une communauté s’auto- risant à penser par elle-même. N’utilise pas le latin obligatoire pour tout texte religieux, mais écrit son livre Miroir des âmes simples accablées en langue d’oïl, pour toucher le peuple. Comprenant 139 chapitres, il est composé en forme de dialogues entre Âme, Dieu, Amour, Raison et Vertus. L’évêque de Cambrai, Guido II, voit dans son livre « une démarche qui se passe de l'Église comme institution, qui relativise les sacrements et rejette la morale ». Bien qu’approuvé par trois clercs, le livre est interdit sous peine d’excommunication et brûlé comme œuvre hérétique sur la place publique en 1306. Elle refuse de retirer son livre et continue de le laisser diffuser. Déclarée hérétique et relapse (retombée dans l’hérésie) par l’Inquisition, remise au bras séculier, qui, après 18 mois d’emprisonne- ment, la fait brûler vive en juin 1310, place de Grève à Paris, en pré- sence des autorités ecclésiastiques et civiles.
  • 12. Marco Polo (1254-1324), marchand, ambassadeur et explorateur vénitien. En 1271, part avec son père Niccolò et son oncle Matteo pour l’Asie. Avec eux, est au service de Kubilaï Khan, petit-fils de Genghis Khan. L’empereur mongol a proposé à son père, lors d’un précédent voyage, le monopole de toutes les transactions commerciales entre la Chine et la chrétienté et a demandé en échange l'envoi de savants et artistes pouvant illustrer à ses yeux l'Empire des Chrétiens. Le pape a accepté dans l’espoir d’une alliance contre les Musulmans. Fait un périple de 26 ans au Proche Orient et en Asie : Jérusalem, Perse, Géorgie, Mongolie, Chine, Yunnan, Tibet, Birmanie, Vietnam, Inde, Indonésie. En 1298, est fait prisonnier par les Génois et rédige dans la prison de Gènes, avec son voisin de cellule Rustichello de Pise, Le devisement du monde. Cette description en français des États de Kubilaï Khan et de l'Orient donne une représentation du monde minéral, animal et végétal, ainsi que de la géographie humaine. Émaille son livre de faits divers, de mythes, de légendes, mais ses récits de miracles sont peu nombreux, souvent symboliques, et séparés des autres narrations. Démystifie plutôt les légendes. Pionnier de l’interculturalité. Image du haut : Portrait imaginaire, d’après une peinture du 16ème siècle
  • 13. Johann Eckhart Johann Eckhart von Hochheim, dit Maître Eckhart, (1260-1328), théologien et philosophe dominicain, le premier des mystiques rhénans. Étudie la théologie à Erfurt, puis Cologne et Paris. Rencontre et écoute les béguines, notamment à Cologne où elles sont plus d’un millier. Lit Mechtilde de Magdebourg, Marguerite Porete, Hadewijch d’Anvers. Enseigne à Paris, prêche à Cologne et Strasbourg, et administre la province dominicaine de Teutonie depuis Erfurt. En 1325, une enquête disciplinaire traduit les premiers soupçons sur son orthodoxie. L’archevêque de Cologne dénonce en 1326 certaines de ses propositions à l'Inquisition. En 1329, après sa mort, 28 thèses extraites ou prétendument extraites de ses œuvres latines et de ses prédications allemandes sont condamnées par une bulle de Jean XXII, In agro Dominico. Réfute les accusations mais meurt dans l’isolement le plus complet. Le thème principal de ses sermons est la quête de l’essence divine (la déité) et la recherche du secret de la génération des êtres. L’accès à Dieu dans cette recherche de l’illumination et de l’union ne peut s’envisager que si l’âme est totalement dépouillée et réduite à la nudité spirituelle. ../..
  • 14. Johann Eckhart N’étant pas apte à l’approche mystique féminine quasi nuptiale avec le Dieu des béguines, a une approche spéculative (speculum : miroir) du chemin de l’Être. Sa voie mystique repose sur deux piliers : 1) l’importance du détachement qui seul permet, par la place qu’il laisse à Dieu dans l’âme, de progresser dans la vie spirituelle; 2) la foi en cette certitude que c’est Dieu qui vient habiter l’âme de celui qui s’abandonne à Lui. « Dans le royaume des Cieux, tout est dans tout, tout est un, et tout est en nous. (…) On peut concevoir la chaleur sans le feu et la lumière sans le soleil, mais on ne peut concevoir Dieu sans l'âme ni l'âme sans Dieu, tant ils sont un ». « Celui qui dit que Dieu est ici ou là, celui-là ne le croyez pas ! (…) « Dieu est sans nom, Dieu est au-dessus de tout nom. (…) Ne dis rien sur Dieu, tu te tromperais. (…) Je prie Dieu de me libérer de Dieu. » « Les gens ne devraient pas toujours tant réfléchir à ce qu'ils doivent faire, ils devraient plutôt penser à ce qu'ils doivent être. S'ils étaient seulement bons et conformes à leur nature, leurs œuvres pourraient briller d'une vive clarté ».
  • 15. John Duns Scot (v. 1266 - 1308), ou Scotus, surnommé le théologien franciscain et philosophe écossais, fondateur de l’école scolastique dite scotiste. Enseigne à Oxford, puis à Paris. Docteur en théologie en 1305, directeur des études du Studium franciscain, centre de formation rattaché à l'université. Termine sa vie à Cologne. Étant la fierté de son ordre, influence profondément Guillaume d'Ockham. L'école scotiste et l'école thomiste seront constamment en conflit, suivant les rivalités des deux ordres mendiants. Élabore une métaphysique de la singularité basée sur le concept d'individuation. Son éthique met l'accent sur la volonté personnelle (entendue comme l'autonomie rationnelle de l'individu, dont la liberté est à l'œuvre dans un monde contingent) et sur la charité. En théologie, est surtout connu pour son angélologie*, ainsi que pour sa théorie de l'Imma- culée conception de Marie, critiquée par les dominicains. Le surnom de Doctor subtilis (le "docteur subtil") qui lui est attribué désigne à l'origine une pensée rigoureuse et fine ; à la Renaissance, il désigne l'excès de subtilités vaines et obscures. * étude des anges, de leurs noms, de leur place dans la hiérarchie divine et de leur rôle.
  • 16. Meïr ben Siméon Le roi de France Louis IX ("Saint" Louis) - qui mènera la 7ème croisade - prend des mesures très discriminatoires envers les Juifs : En 1230, par l’ordonnance de Melun, chaque seigneur peut prendre comme serfs les Juifs de ses terres. En 1234, une ordonnance remet aux débi- teurs chrétiens le tiers de leur dette envers les Juifs, interdit aux Juifs le prêt à intérêt et les prive d’une activité professionnelle qui leur permet de vivre décemment. En 1240, le roi fait procéder en place de Grève à la crémation publique de 22 charrettes de manuscrits du Talmud. En 1269, conformément au 4ème concile du Latran de 1215 et au concile de Narbonne de 1227, le roi impose aux Juifs de porter la rouelle afin d'être distingués immédiatement : une rouelle doit être cousue au milieu de la poitrine et une autre dans le dos (image du haut). Il leur interdit également de sortir pendant les jours anniversaires de la Passion du Christ et d'exercer un emploi public. Le talmudiste Meïr ben Simeon de Narbonne (v.1210 - v.1275) écrit une lettre à Louis IX sur la condition des Juifs du royaume de France. Il est peu probable que la lettre soit parvenue au roi ou ait même été envoyée. Une seule copie en a été conservée, avec d’autres textes de Meïr, dans un manuscrit provençal du 14ème siècle, connu sous le nom de Milhemet mitsvah.
  • 17. Guillaume d'Ockham (v. 1285 -1347), dit Doctor invicibilis ("le Docteur invincible") et Venerabilis inceptor ("le Vénérable initiateur"), philosophe, logicien et théologien anglais, membre de l'ordre franciscain. Considéré comme le représentant le plus éminent de l'école scolastique nominaliste, principale concurrente des écoles thomiste et scotiste. Enseigne à Oxford. Sa doctrine remet en cause des postulats de la théologie tradi- tionnelle, notamment ses prémisses "scientifiques" (subordination tho- miste ou déduction scotiste) et critique la possibilité d'une démonstration de l'existence de Dieu. S'en prend aux fondements de l'autorité temporelle du pape dans ses écrits politiques, rejoignant l'empereur Louis IV de Bavière en lutte contre le Saint-Siège. Sommé en 1324 de se rendre à Avignon, où siège alors le pape, en raison de ses positions jugée hérétiques. Vit en semi-liberté à Avignon. Excommunié en 1330, s’installe à la cour de Bavière à Munich. On voit parfois dans sa philosophie la préfiguration de la science moderne, de l'empirisme anglais ainsi que de la philosophie analytique contemporaine, car elle insiste surtout sur les faits et sur le type de raisonnement utilisé dans le discours rationnel, au détriment d'une spécu- lation métaphysique sur "les essences".
  • 18. Henri Suso Heinrich von Berg (v. 1295-1366), ou Heirich Süs, ou Amandus dans ses écrits, dominicain et mystique allemand. Né d'un père violent et d'une mère douce et pieuse. Entre chez les dominicains de Constan- ce à l'âge de 13 ans, prenant alors comme nom le nom de famille de sa mère, Suso. Envoyé à Cologne en 1323, suit avec avidité l'enseigne- ment de Johann Eckart, dont il apprécie particulièrement la théologie apophatique*. À 40 ans, jette dans le Rhin tous ses instruments de pénitence et de mortification corporelle. Scandalisé que les 28 thèses de Maître Eckhart soient condamnées par une bulle papale, rédige pour sa défense Das Büchlein der Warheit (Petit Livre de la Vérité), qui lui vaut des ennuis avec les autorités ecclésiastiques. Écrit ensuite le Das Büchlein der ewigen Weisheit (Le petit livre de l'éternelle Sagesse), qui lui vaut aussi des démêlés avec son Ordre. On lui doit également des esquisses graphiques qui auraient pour but de symboliser la relation de l'âme avec Dieu. Confie à Elisabeth Stagel, prieure des moniales dominicaines de Töss, l'histoire de sa vie qu'elle mettra par écrit. * À la différence de la théologie dogmatique (du grec dogma, "penser, décider") qui affirme des certitudes et des vérités, rejette le doute et la critique, la théologie apophatique (du grec apophasis, "négation") essaye de définir Dieu par ce qu’Il n’est pas, et non par ce qu’Il est.
  • 19. Grégoire Palamas (1296-1359), théologien et mystique de l'Église orthodoxe. Moine au Mont Athos, à la communauté de la ‘Grande Lavra’, à Berrhée, à Saint-Sabbas, à Esphigmenou, métropolite (: évêque) de Thessalonique. Développe dans sa pensée un adage des Pères, notamment Irénée de Lyon, selon lequel Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu. Excommunié pour ses idées religieuses en 1344. Affirme que la grâce déifiante qui répand en l’homme une joie spirituelle, profonde, ineffable, et culmine dans la capacité d’aimer comme Dieu aime, est une expérience vécue et intime avec Dieu, expérience qui dépasse donc tout ce que l’intelligence peut compren- dre et faire comprendre. Popularise la tradition théologique orthodoxe de l’hésychas- me (hesychia : "paix intérieure profonde"), anthropologie unitaire et non dualiste qui définit le corps humain en continuité avec l’âme, laquelle est elle-même d’origine divine. Ce courant est un des seuls qui aient fait le pont entre le christianisme et la vision des sagesses d’Asie, fondées elles aussi sur une anthropologie unitaire. Dieu, dit-il, rayonne par ses énergies. Toute la création est pénétrée par ces énergies divines, et est en chemin vers son épanouis- sement. L’être humain a un rôle à jouer. Il doit accompagner la nature vers sa transfiguration, et il ne peut le faire que par sa propre transfigu- ration.
  • 20. Jean Tauler En latin Taulerus, (1300-1361), dominicain, théologien, mystique et prédicateur alsacien, surnommé "Le docteur illuminé". Disciple de Maître Eckhart, mais influencé aussi par les néo-platoniciens, tout particulièrement Proclus et Denys l'Aréopagite. Études à Cologne et à Bâle, passe le reste de sa vie à Strasbourg. Son anthropologie est moderne par son analyse des failles conscien- tes et inconscientes de l’être humain pour les identifier et en faire un terreau fertile d’avancée dans sa propre vie, et aller vers Dieu à travers un chemine- ment long et progressif. Sa prédication est un voyage aux confins du temps et de l'éternité. Ses Sermons, qui constituent l’œuvre la plus accessible des grands mystiques rhénans, proposent une spiritualité à la fois exigeante et heureuse. Sa pensée laisse transparaître des traits de liberté spirituelle qui inspireront Luther et les Réformateurs mais aussi une profonde doctrine mystique qui annonce Jean de la Croix. Un des premiers à utiliser la langue allemande et le dialecte alsacien pour les questions religieuses ou philosophiques. « Si tu veux que Dieu parle, il faut te taire; pour qu’il entre, toutes choses doivent sortir ». « Ne vous imaginez pas qu’il y ait prière à marmonner sans arrêt extérieurement avec la bouche, à réciter beaucoup de psautiers et de vigiles, à égrener son chapelet pendant que le cœur vagabonde de tous côtés. »
  • 21. Shāh Nematollāh Vali (1330-1431), agriculteur et poète persan, maître soufi. Voyage dans le monde islamique, rencontre de nombreux maîtres soufis, se familiarise en particulier à la philosophie d'Ibn Arabi. Après avoir servi Shaykh Yafe'i pendant 7 ans, seconde période de voyages : Égypte, Transaxonie, Herat, Mashhad, Baft, Kuh-banan, Kermân. Suivant son exemple, ses disciples abandonnent un mode de vie spirituel privilégiant la réclusion et la retraite pour mener une vie remplie d'occupations constructives. Son opposition à l'apathie et à la léthargie l’amène à interdire à ses disciples l'utilisation de l'opium et du haschisch, à une époque où ces drogues sont d'utilisation commune. Demande de ne pas porter en public un costume religieux qui pourrait attirer l'attention. Préconise le respect des individus, indépendamment de leurs croyances. Rend hommage à tous les peuples et nations, ainsi qu'aux autres ordres soufis existants, en basant ses actions sur un code de pureté et de fidélité. Aujourd'hui considéré comme le fondateur de l'ordre soufi Nimatullahi. Photo du bas : Mausolée de Nematollah Vali à Mahan (Iran)
  • 22. Ibn Khaldoun Abū Zayd 'Abd ar-Ramān ibn Muhammad ibn Khaldūn al-Ḥaḍramī (1332-1406), historiographe et historien arabe tunisien. Originaire d’une famille andalouse d’origine yéménite, émigrée en Tunisie après la reconquista menée par les Catholiques en Espagne. Après une existence active comme conseiller ou ministre des souverains berbères musulmans du Maghreb, se retire à 45 ans au Caire, alors sous la domination des Mamelouks, où il rédige son œuvre et enseigne. À Damas en 1401, rencontre Tamerlan, obtient du redouta- ble conquérant qu'il épargne la vie des habitants, mais Tamerlan ne tient pas sa promesse. Muqaddimah (ou "Prolegomena"), préface à son ouvrage Kitab al- Ibar ("Le livre des exemples"), est un projet d'histoire universelle. Précurseur des disciplines modernes de l'historiographie, de la sociologie, de l'économie, de la démographie, de la pédagogie, un des plus grands philosophes du Moyen-Âge. « L'histoire (…) consiste à méditer, à s'efforcer d'accéder à la vérité, à expliquer avec finesse les causes et les origines des faits, à connaître à fond le pourquoi et le comment des événements. L'histoire prend donc racine dans la philosophie dont elle doit être comptée comme une des branches. » Photo : statue d’Ibn Khaldoun à Tunis, avenue Habib Bourguiba
  • 23. Catherine de Sienne Caterina Benincasa (1347-1380), ou Caterina da Siena , reli- gieuse, 24ème enfant d’un couple de teinturiers de Siena (Toscane). Rejoint les Mantellate, ‘sœurs de la Pénitence de saint Dominique’, fraternité laïque de dames d’œuvres, et y prononce ses vœux. Très vite marquée par des phénomènes mystiques (extases, stigmates). Secourt les indigents, visite les malades, soigne les pestiférés. En tant qu'ambas- sadrice de Florence, accompagne l'aumônier des dominicains auprès du pape Grégoire XI, le convainc de quitter Avignon pour Rome. En 1373, commence ses prédications publiques. Autour d’elle se regroupe une nouvelle famille, les Caterinati, hommes et femmes, prêtres et laïcs, riches ou pauvres. Le Dialogue, synthèse de sa spiritualité qu’elle dicte à la fin de sa courte vie (elle meurt à 33 ans), relate ses conversations avec Dieu, ou plus exactement ce qu’elle appelle sa « cellule intérieure ». Entend inté- rieurement la phrase devenue célèbre : « Fais-toi capacité, je me ferai torrent ! », que l’on peut traduire : "Sois ouverte à mes invitations, je te ferai faire de grandes choses !") Bien que ne sachant longtemps ni lire ni écrire, est proclamée docteur de l’Église en 1970. Image du haut : ‘Catherine de Sienne assiégée par les démons’, anonyme, musée national de Varsovie
  • 24. Jan Hus ( v. 1369 -1415) prêtre, théologien, universitaire, et réformateur reli- gieux tchèque. Recteur de l’université de Prague, influencé par les idées de John Wyclif (v. 1330-1384), dénonce la scandaleuse richesse de l’Église, la luxure, la cupidité et l'orgueil du clergé. Aussi soucieux de justice sociale que de morale religieuse, est en même temps un patriote et un réformateur de la langue littéraire tchèque. Excommunié en 1411 pour ne pas s'être présenté devant l’antipape Jean XXIII à Bologne, dénonce la croisade que ce dernier lance contre Ladislas de Hongrie, et attaque les indulgences papales. À nouveau excommunié en 1412, est cité en 1414 devant le concile de Constance et s’y rend, muni d’une promesse d’immunité donnée par l’empereur Sigismond. Le concile le condamne comme hérétique et le remet à l’empereur Sigismond, qui, ne tenant pas sa promesse, le fait mourir étouffé par de la fumée de poix en juillet 1415 à Constance. Ceci déclenche la création de l'Église hussite et les croisades catholiques contre les hussites. Le protestantisme voit en lui un précur- seur. « Cherche la vérité, écoute la vérité, apprends la vérité, aime la vérité, soutiens la vérité, défends la vérité, jusqu'à la mort.»
  • 25. Thomas von Kempen ou Thomas a Kempis (nom latinisé utilisé en français), ou Thomas Hemerken (1380 ?- 1471 ?), moine néerlandais né en Allemagne. Membre des ‘Frères de la Vie Commune’, disciple de Florent Radewijns (v.1350- 1400). On lui attribue L’imitation de Jésus-Christ, traduit par Pierre Corneille, Félicité de Lammenais, etc., un des plus grands succès de librairie que l'Europe ait connu de la fin du Moyen-Âge jusqu’au 19ème s. Témoignage parmi d'autres du renouveau spirituel de son époque, désigné sous le nom de devotio moderna, qui oppose la voie de l'intériori- sation à un monde extérieur déchiré et violent, et à l’intellectualisme. La grâce et la tentation sont ressaisies à ce que l’auteur considère comme leur "racine" : l'existence de l'amour et du mal (le Diable, l’enfer, etc.). De l'un et de l'autre, l'auteur décrit avec minutie les formes et les tourments en appelant le lecteur à la conversation intérieure. « Apprends à être patient avec les fautes des autres, car tu as aussi beaucoup de défauts que les autres doivent supporter. » Les 4 livres qui composent L'Imitation constituaient au départ des opuscules autonomes. À partir de quelque 700 manuscrits de provenances diverses, on a en effet observé que le premier livre s'est mis à circuler à partir de 1424, et qu'il faut attendre 1427 pour que les quatre livres soient diffusés.
  • 26. Nicolas de Cues Nikolaus Chrypffs ou von Krebs (1401-1464), ou Nicolas de Cuse, ou ‘le Cusan’, ou Cusanus, penseur allemand né à Cues (vallée de la Moselle), considéré comme un "mystique rhénan". Études de droit, philosophie, jurisprudence et mathématiques. Cardinal, puis devient vicaire temporel et ami du pape Pie II. Remet en cause l'authenticité de la ‘Donation de Constantin’, par laquelle l’empereur aurait donné au pape des pouvoirs temporels. Affirme que la Terre n’est pas fixe mais en mouvement. Place l’autorité du concile œcuménique au-dessus de celle du pape. Renonçant à la méthode scolastique d'exposition, pratique l'art du dialogue et cherche des conciliations par dépassement des oppositions. Attentif aux découvertes de son temps (particulièrement à l'imprimerie), demande aux princes de rassembler expériences et observations pour favoriser le progrès matériel et spirituel. Conscient de l'étendue de la Terre et de la variété des civilisations, rêve à des moyens d'unification et de coopération qui rompent avec l'ethnocentrisme latin. Sa théorie de la connaissance a durablement influencé la philosophie des sciences (Giordano Bruno, Descartes) et l'astronomie théorique (Galilée). ../..
  • 27. Nicolas de Cues Dans Cribratio Alcorani, souligne la valeur positive du message de Mahomet, en particulier pour les peuples qui n'ont pas encore la maturité pour recevoir le message du Christ. Dans Pace fidei, fait concorder monothéismes et polythéismes, sous l'égide d'un ''mono- sophisme'', une sagesse unique. Le Dieu voilé est inaccessible à la raison humaine, mais Il peut être cherché au moyen d’énigmes et de symboles, à la condition qu’on soit en mesure d’établir des principes théoriques suffisamment cohérents pour les comprendre et les façonner : - Traité de la ‟docte ignorance” : Il faut réduire la marge entre le su et l’insu. Mais on ne peut avancer que par étapes successives vers la vérité car celle-ci est à l’infini, en Dieu, et le rapport avec le fini est impossible. La vérité échappera toujours aux efforts que nous déploierons pour l’atteindre. Entre la connaissance humaine et la vérité, on trouve le même rapport qui existe entre les polygones inscrits et circonscrits avec la circon- férence : même si l’on multipliait à l’infini les côtés du polygone, certes ils s’approcheraient de la circonférence, mais jamais ne s’identifieraient avec elle. - Traité de la ‟coïncidence des opposés” : On ne peut évaluer ce qu’on ignore que relativement à ce que l’on sait. La proportion entre les contraires diminue ou augmente, pour rechercher à s’accorder ou à se fuir. Il n’y a pas de rapport possible avec l’infini, mais par la possibilité de coïncidence des opposés, on peut concevoir l’illimité.
  • 28. Nicolas de Cues Son écrit Directio speculantis seu De non-aliud (Guide du penseur ou Du non-autre), écrit vers 1462 mais découvert en 1888, est un dialogue sur Dieu entre 4 protagonistes*. Dans la tradition apophatique, qui tente de définir Dieu par ce qu’il n’est pas, utilise pour parler de Dieu l’expression « non-autre », qui, mieux que « Tout-Autre », souligne que Dieu n’est pas séparé ni séparable de nous. Dieu reste lié par sa création à rapport à laquelle il n’est pas autre**. Il s’agit de remonter de l’altérité du multiple vers le non- autre de l’unité. « Dieu est en effet quelque chose de si indistinct qu’il se dis- tingue par son indistinction même. » « La signification du non-autre non seulement nous sert de chemin vers le principe, mais nous permet d’illustrer de plus près le nom innommable de Dieu qui brille en elle comme la plus précieuse aux yeux de ceux qui cherchent. » « Voir, en dirigeant mon regard vers Dieu, ce n’est pas voir le visible mais voir l’invisible dans le visible. » * Joannes Andreas de Bossi qui s’occupe de la Théologie platonicienne de Proclus, Pierre Balbus de Pise qui s’appuie sur le commentaire du Parménide du même Proclus, Ferdinand Matim, Portugais qui étudie la pensée d’Aristote, et Nicolas de Cues qui approfondit la théologie de Denys l’Aréopagite, auteur des Noms divins. ** Quand je suis fidèle à mes appels intérieurs, écrit Marcel Légaut, « monte en moi une exigence intérieure qui va donner à ma vie une originalité que les autres n’ont pas. À ce moment- là, je ne suis pas seul : Il y a en moi une action qui est de moi, qui ne peut pas être sans moi, mais qui n’est pas que de moi. J’affirme que cette action qui m’est propre est de Dieu. »
  • 29. Les auteurs de l’Ars moriendi L’Ars moriendi ("l’art de mourir") est le nom de deux textes latins datant respectivement de 1415 et 1540. Ces guides pour les mourants, à l’époque de la terrible ‘peste noire’, se proposent d'aider à bien mourir, selon les conceptions chrétiennes de la fin du Moyen-Âge. La version longue, originale, appelée Tractatus (ou Speculum) artis bene moriendi, est écrite en 1415 par un moine dominicain anonyme, vraisemblablement à la demande du concile de Constance (Allemagne, 1414-1418). Largement lu et traduit dans les langues de l’Europe de l’Ouest, il a été très populaire en Angleterre, où il a créé une tradition littéraire qui culminera au 17e siècle avec le Holy Living and Holy Dying ou The Art of Dying Well. La version courte, produite aux Pays-Bas avec l’émergence de gravures, est datée aux environs de 1450. Pour aider à se préparer à la mort, l’ouvrage décrit les bons côtés du décès et en conclut que la mort n'est pas à craindre, présente les tentations qui assaillent le mourant et les moyens de s’en défendre, énumère les questions à poser au mourant, pose la vie du Christ en modèle, s’adresse aux proches et à la famille, présente les prières à dire pour le mourant. ../..
  • 30. Les auteurs de l’Ars moriendi Des approches modernes et laïques (Michel Onfray, Stéphane Starenkyi, Bernard Baudouin [Pour ne plus avoir peur de la mort], etc.) participent d'une méditation sur la vie et la mort plus que d'une prépa- ration. Le théologien et philosophe Jean-Yves Leloup fait une étude comparative du Bardo Thödol ou Livre tibétain des morts, du Livre des morts des anciens Égyptiens et de l’Ars moriendi chrétien. Des ouvrages récents, comme celui de Marie de Hennezel et Jean-Yves Leloup, lèvent le voile sur le tabou qui pèse sur la mort dans notre société et nous apprennent à l’apprivoiser à travers une spiritualité adaptée à notre temps et à notre monde. Ils visent moins à apporter des réponses que cherche l'homme confronté à l'imminence de sa mort qu'une proximité humaine qui l'aide à s'ouvrir à ce qui le transcende, au mystère de son existence, à l'amour qui relie entre eux les humains.
  • 31. Nicolas de Flüe Niklaus von der Flüe (1417-1487), paysan suisse, soldat puis officier, conseiller municipal puis juge. En 1467, père de 10 enfants, quitte sa famille avec le consentement de sa femme (?), et s'installe comme ermite. En dépit de son analphabétisme et de son peu d'expérience du monde, son art de la médiation et son sincère amour de la paix font de lui un conciliateur entre cantons ruraux et citadins. Au cours de la diète de Stans (1481) qui résulte des guerres de Bourgogne, intervient dans le conflit concernant l'admission de Fribourg et de Soleure dans la Confédération, entrées redoutées par les cantons ruraux. Son message, dont le contenu exact demeure inconnu, établit les bases d'un compromis juridique qui règle la situation. Un des principaux unificateurs de son pays. Canonisé en 1947 et déclaré saint patron de la Suisse. « La différence entre le génie et la bêtise, c’est que le génie a ses limites. »
  • 32. Marsilio Ficino ou Marsilius Ficinus, ou Marsile Ficin (1433-1499), philosophe, théologien et linguiste italien. Étudie la grammaire, la médecine et la théologie et le grec. Prêtre, chanoine de la cathédrale de Florence. Dirige ‘l’Académie platonicienne de Florence’, fondée par Cosme de Médicis, et a pour disciples et collègues de travail Jean Pic de la Mirandole, Ange Politien et Jérôme Benivieni. Traduit et commente l'œuvre de Platon et de Plotin, connaît l'œuvre d'Aristote, s'intéresse aussi à la musique, à la médecine, à l'occultisme et l'hermétisme, est le représentant majeur du néoplatonisme médicéen. Sa philosophie, composition intime de métaphysique, de religion et d'esthéti- que, fait autorité en son temps. Son œuvre personnelle est un effort de conciliation entre la révélation chrétienne et la « théologie platonicienne ». Son ouvrage principal est son traité sur l’immortalité de l’âme, Theologia platonica de immortalitate animorum. Dans la quête du retour à l’Antiquité, porte un grand intérêt à l’astrologie, ce qui l’amène à entrer en conflit avec l’Église romaine. En 1489, est accusé de sorcellerie par le pape Innocent VIII et échappe de peu aux rigueurs de l’Inquisition.
  • 33. Kabîr (en arabe, "grand") v. 1440-1518, poète, musicien, tisserand, réformateur religieux indien. Né de parents musulmans à Vârânasî (Bénarès), étudie sous la direction de Râmânanda, un maître vishnouïte. Passe la plus grande partie de sa vie près de son métier à tisser dans une petite boutique de la ville sainte consacrée à Shiva. Sa boutique devient un lieu de réunion où l'on chante les louanges divines, où l'on récite des poèmes. Donne, dans le langage du peuple, des conseils spirituels à un public formé avant tout de petits artisans. Sans doute illettré, considéré comme le père de la langue et littérature hindi. Affirme que toute religion qui n'est pas amour n'est qu'hérésie, que le yoga et la pénitence, le jeûne et l'aumône sans méditation ni véritable bhakti (adoration) sont vides de sens. Refuse toute distinction de race, de caste, de religion et enseigne l'égalité absolue de tous les êtres humains. Mêle dans sa pratique des éléments hindous et musul- mans. Partisan de la non-violence (ahimsa), condamne les sacrifices d’animaux. Inspirera les Sikhs, Shirdi Sai Baba, admiré par Gandhi. « L'homme qui est agréable et qui pratique la droiture (…) et qui tient compte de toutes les créatures comme de son propre moi, celui-là peut atteindre l'Être éternel »
  • 34. Jambeshwar Bhagavan ou Jambaji (1451-1536), fondateur du courant hindou bishnoï, une des formes du vaishnavisme (dévotion envers Vishnou). Issu de la caste des Rajputs, berger, puis maître spirituel. Édicte 29 principes (en hindi, bish : 20; noï : 9) : hygiène de vie du corps et de l’esprit; refus de l’alcool, du tabac, de la drogue; compassion, pardon, contrôle de ses paroles, jeûne; refus du vol, du mensonge, de la médisance, de la convoitise; protection des animaux; refus de couper les arbres vivants (utilisation du seul bois mort) et de déraciner les plantes; mise des morts en terre en faisant l'économie du bois pour la crémation ou le cercueil; refus de castrer les taureaux; fourniture d’un abri commun aux animaux abandonnés; construction de réservoirs d’eau partout où cela est nécessaire; ne rien attendre du gouvernement, ne compter que sur la communauté. Crée la première écotaxe de l’histoire : chaque Bishnoï doit réserver un dixième de ses récoltes céréalières (blé et millet) pour l’alimentation de la faune locale. Déclare qu'il se réincarnera indéfiniment en chinkara (gazelle) après sa mort, d’où la vénération de cet animal par les Bishnoï. La communauté bishnoï est surtout présente dans l'État du Rajasthan (Jodhpur et Bîkâner), et dans l'Haryana. Photo du bas : Depuis 1973, ce Bishnoï a planté et entretenu 30 000 arbres partout dans le Rajasthan
  • 35. Jérôme Savonarole Girolamo Savonarola (1452-1498), frère dominicain, prédica- teur et réformateur italien. Prêche de façon véhémente contre la corruption morale du clergé catholique, contre les indulgences et dénonce les moines qui en font le commerce. S’insurge notamment contre la dépravation du pape Alexandre VI Borgia. Ne remet pas en cause le dogme. Après l’invasion de l’Italie par Charles VIIII, s’impose comme chef politique. Institue et dirige à Florence de 1494 à 1498 une ‟République chrétienne et religieuse”, sorte de dictature théocratique. Modifie le système d’imposition, abolit la torture, renforce les lois contre l'usure, établit une cour d’appel et un système de secours aux pauvres. Pour réformer les mœurs (abandon des fêtes profanes, ‟bûchers de vanité”, etc.), crée des milices. En mai 1497, est excommunié le pape, accusé d’hérésie, de prophétisme, de sédition et d’erreur religieuse. Torturé, pendu et brûlé par le tribunal de la Sainte Inquisition à Florence en mai 1498. Précurseur de la Réforme, figure majeure dans plusieurs traditions protestantes.
  • 36. Leonardo da Vinci Leonardo di ser Piero da Vinci (1452-1519), peintre italien, dessina- teur et homme de science (géologie, hydraulique, balistique, géométrie, optique, anatomie, botanique), ingénieur, sculpteur, architecte. Travaille à Florence, Milan, Rome, termine sa vie au château du Clos Lucé à Amboise à l’invitation du roi François 1er . Affirme qu'il faut utiliser la raison pour découvrir la vérité. N'a pas peur des erreurs et des échecs : ceux-ci sont une bonne opportunité pour s'appro- cher des bonnes méthodes. Fait donc l'usage constant d'expériences pour infirmer ou confirmer ses théories ou tout simplement en découvrir des nouvelles. Pratique la dissection malgré l’interdiction de l’Église. Végétarien. Pour lui, l’être humain doit s'engager à combattre le mal et à faire le bien. « Va prendre tes leçons dans la nature, c’est là qu’est notre futur. » « Toute connaissance commence par les sentiments. » « Comme une journée bien remplie nous donne un bon sommeil, une vie bien vécue nous mène à une mort paisible. » « Blâme ton ami en secret ; vante-le devant les autres. » « Le mal est notre ennemi. Mais ne serait-il pas pire qu'il fût notre ami ? » « Il ne faut pas appeler richesses les choses que l’on peut perdre. » « Plus on connaît, plus on aime. » Images : Autoportrait, études anatomiques
  • 37. Solomon ibn Verga (v. 1460-1554), historien juif espagnol, médecin. En 1506, est envoyé par les communautés espagnoles afin de collecter de l'argent pour la rançon des prisonniers de Malaga. Vit à Lisbonne en tant que marrane*, est témoin oculaire du massacre du 19 au 21 avril 1506 : durant ces 3 jours (image du haut), des milliers de Juifs, récemment convertis de force au catholicisme, sont traqués, torturés, violés, massacrés et brûlés par la foule catholique. Le bilan de ce massacre est d'environ 2 000 morts. S'échappe en Turquie, probablement à Andrinople, où il écrit le Shebeṭ Yehudah (Sceptre de Juda), récit de 64 persécutions des Juifs dans différents pays et époques. La valeur historique des données contenues dans le Shebeṭ Yehudah a été sérieusement remise en question par Isidore Loeb (1892). Loeb soutient que, bien qu'écrivain original, Ibn Verga n'est pas toujours digne de confiance et que certains de ses documents appartiennent vraiment au domaine de la légende. Ibn Verga s'est surtout intéressé aux controverses religieuses entre Juifs et Chrétiens. L'ouvrage est important du point de vue géographique et sociologique, car il contient un nombre considérable de noms de lieux, ainsi qu'une description des coutumes. * Marrane : (de l’espagnol marrano : cochon) Juif d'Espagne ou du Portugal converti au christianisme par contrainte, et resté fidèle à sa religion en secret.
  • 38. Giovanni Pico della Mirandola ou Jean Pic de la Mirandole (1463-1494), philosophe et théologien humaniste italien. Étudie le latin, le grec, l'hébreu, l'arabe, l’araméen. Fondateur de la kabbale chrétienne*. À la recherche de la prisca theologia (ou théologie première expo- sée par les Anciens), étudie et synthétise les principales doctrines philosophiques et religieuses connues à son époque, notamment le platonisme, l'aristotélisme, la scolastique. À Paris, rédige ses 900 Conclusiones philosophicae, cabalasticae et theologicae. Déclaré hérétique par le pape Innocent VIII en mars 1487, s’enfuit en France, est arrêté à Lyon, interné à Vincennes. Meurt à 32 ans dans des circonstances demeurées mystérieuses. Dans les Disputationes adversus astrologiam divinatricem, condamne les pratiques des astrologues : il s'intéresse à la haute magie, celle qui rehausse la dignité de l'homme et renforce sa volonté, et il n'y a pas de place dans une telle conception pour le déterminisme astral. * La kabbale de la Renaissance avait pour objet principal de montrer l'unité des religions monothéistes. Pour cette raison, elle fut souvent combattue par les autorités ecclésiastiques hostiles à l’œcuménisme.
  • 39. Didier Érasme Desiderius Erasmus Roterodamus (1469-1536), théologien et huma- niste néerlandais. Prêtre, docteur en théologie. Écrits en pédagogie, philo- logie, politique, théologie. Parcourt l’Europe. Traducteur du Nouveau Testament du grec en latin, étudie les sour- ces grecques et hébraïques afin de restituer le message chrétien débar- rassé de la glose scolastique. Dans l’Éloge de la folie, sous le masque du bouffon, prononce un réquisitoire contre les abus de toute sorte et les déviations de l'Église. Affirme sa liberté de pensée par rapport aux autorités ecclésiastiques. Au nom de l’Évangile, dénonce le comportement du clergé et des papes, mais se brouille avec l’impétueux Luther et n’encourage pas la réforme protestante. Engagé pour la paix en Europe, dénonce les pen- chants hégémoniques et belliqueux des souverains. Refuse la pourpre de cardinal. « Le monde entier est notre patrie à tous. » « Ce que j’enseigne, c’est qu’il ne faut jamais entreprendre de guerre, à moins que l’échec de toutes les autres tentatives l’ait rendue inévitable. La raison est que la guerre est une chose si pernicieuse dans sa nature même que, même sois la conduite du plus juste des princes et avec les motifs les plus justes, elle engendre généralement plus de maux que de bienfaits. »
  • 40. Gurū Nānak Dev (1469-1539), mystique et poète indien du Penjab, marqué par Kabîr. Après une expérience spirituelle, prêche la tolérance et l’union entre les hommes. Voyage (Inde, Népal, Tibet, Sri Lanka, La Mecque, Perse, Afghanistan), puis fonde, à son retour, Kartarpur, "la ville du Créateur". Alors que Luther prêche la Réforme en Europe, enseigne l'unité et le renouveau à un nombre croissant de disciples. Pour marquer leur dévotion, ils s'appellent Sikhs, nom dérivé du sanscrit shishya (disciple). Maître fondateur du sikhisme et premier des dix gurus* du sikhisme. Celui-ci repose sur la croyance en une divinité unique, transcendante, ineffable et sans forme. Pour lui, toutes les différences religieuses ne sont que le fruit de mâyâ (illusion), et toutes les formes extérieures de la pratique se révèlent inutiles si le cœur de l'adepte reste immergé dans le monde matériel. Les pierres angulaires de son enseignement sont l'égalité de tous devant Dieu et la réconciliation entre Hindous et Musulmans. Grand réformateur social, scandalisé par les conditions de vie des parias (Intouchables), s’oppose au système des castes. * guru : maître spirituel, "personne qui vous amène de l’obscurité en la lumière" Image du milieu : Khaṇḍā, symbole du sikhisme. Image du bas : Granth Sahib, recueil des enseignements spirituels des dix Gurus du sikhisme
  • 41. Juan Diego Cuauhtlatoatzin ("aigle qui parle", 1474-1548), Indien mexicain de la tribu des Nahuas, paysan pauvre et ouvrier dans une manufacture de nattes. Après l'arrivée des conquistadors espagnols et la chute de l'empire aztèque, se convertit au catholicisme vers 1525 et prend le nom de Juan Diego. Se retire dans une mission catholique de frères franciscains à Tolpetlac, près de Mexico. Après la mort de sa femme Maria Lucia, reçoit en décembre 1531, à l’âge de 57 ans, une apparition de Marie de Nazareth sous la représen- tation de ‘la Vierge de Guadalupe*’. Elle lui demande en langue nahuati de faire construire une église en ce lieu, et pour cela, d'aller voir l'évêque de la ville. Il va voir l'évêque espagnol, Juan de Zumárraga qui lui demande un signe probant de la demande mariale. Trois jours après, Marie invite l'Indien à cueillir des roses sur la colline de Tepeyac. Lorsque les fleurs tombent de la tilma (tunique en fibre d’agave) en présence de l’évêque, une icône de la Vierge reste imprimée sur le tissu. À partir des différentes études scientifiques, de leurs résultats et de l'analyse historico-critique des sources documentaires, les experts et commentateurs tirent des conclusions diamétralement opposées : toute l'image sur la tilma est pour les uns l’œuvre d'une création humaine par un peintre remarquablement habile du XVIe siècle, ou pour les autres d'une origine non explicable humainement. * Dans sa version mexicaine, l'origine du mot Gaudalupe est attribuée au mot nahuatl coatlallope : "celui qui écrase le serpent". ../..
  • 42. Juan Diego et la vierge de Guadalupe On a observé que les étoiles, dispersées de chaque côté du corps de Marie, occupent une position extrêmement précise : leur emplacement rend compte de la position précise des constellations célestes, observées à Mexico, au matin du 11 décembre 1531. En 1979, le Dr Jose Aste Tonsmann, ophtalmologiste péruvien diplômé de l’université de Cornell (New-York), agrandit plus de 2 000 fois l'image du centre des yeux de la Vierge et y voit non seulement un homme barbu, mais également des images de tous les témoins présents lors de la première révélation de la tilma devant Mgr Zumárraga en 1531, plus un petit groupe familial composé d'une mère, d'un père et d'un groupe d'enfants, soit quatorze personnes au total. En 1991, on découvre que le bord des paupières de Marie présente des signes de microcirculation artérielle. Qu’en conclure ? René Laurentin, dans l’introduction du livre de Joachim Bouflet Encyclopédie des phénomènes extraor- dinaires de la vie mystique, écrit : « Dieu agit de manière gratuite, qui se prête mal à l’expérimentation. Et son action désintéressée se manifeste dans un clair-obscur qui parle au cœur et à l’intelligence, mais ne les contraint pas. »
  • 43. Thomas More (1478-1535), juriste, historien, philosophe, humaniste, théolo- gien et homme politique anglais. Dans son livre Utopia, prône la tolérance et la discipline au service de la liberté. Membre du Parlement à partir de 1504, s'élève contre les taxes demandées par le roi Henri VII (1491-1547) pour la guerre d'Écosse. Chancelier du Royaume, par amitié avec Catherine d’Aragon, première femme du roi Henri VIII, n’assiste pas au couronnement d’Anne Boylen, la seconde femme du roi, qui prend cela pour une insulte. Refuse de cautionner l'autorité que le roi s'était arrogée en matière religieuse. Condamné pour haute trahison, décapité le 6 juillet 1535. Modèle de l’homme et du dirigeant politique qui, par amour de la vérité, préfère mourir que renier ses convictions. « La principale cause de la misère publique, c'est le nombre excessif de nobles, frelons oisifs qui se nourrissent de la sueur et du travail d'autrui, et qui font cultiver leurs terres, en rasant leurs fermiers jusqu'au vif, pour augmenter leurs revenus. »
  • 44. Martin Luther (1483-1546), moine augustin allemand, docteur en théologie et professeur à l’université de Wittenberg. Critique les pratiques de l’Église catholique, comme la vente des indulgences, censées raccour- cir les peines du Purgatoire, mais destinées en réalité à financer la construction de la pharaonique basilique St Pierre de Rome. Excommunié en 1521 par le pape Léon X. Convoqué par l’empereur Charles Quint à la diète de Worms, qui le met au ban de l’Empire, mais protégé par le prince électeur de Saxe Friedrich der Weise (Frédéric III le Sage, 1463-1525). Grâce à son protecteur, peut développer ses idées réformatrices et constituer en Allemagne les bases des premières Églises protestantes. En 1525, poussés à l’insurrection par Thomas Müntzer, de nombreux paysans se révoltent en Allemagne du Sud au nom de ses idées. Il demande aux princes d’agir pour restaurer la paix civile : 100 000 morts… La même année, se marie avec une ancienne religieuse, Katharina von Bora. Ils auront 6 enfants. ../.. Photo du bas : Luther en octobre 1517 placarde ses 95 thèses sur les portes du château de Wittenberg
  • 45. Martin Luther Ses idées se répandent très vite en Europe, notamment grâce à l’imprimerie. La confession d’Augsbourg est présentée en 1530 à Charles Quint qui la refuse. Fonde sa théologie sur la Bible et non sur les dogmes. Refuse l'autorité papale en tenant la Bible pour seule source légitime d'autorité chrétienne. Se référant à l’épître de Paul aux Romains, affirme que le salut provient de la grâce de Dieu et non des œuvres. Tourmenté par la justice de Dieu qui punit le pécheur, affirme que l’homme est justifié (rendu juste) par la foi qui est un don de Dieu. Abolit les vœux monastiques et le célibat des prêtres. Traduit la Bible en allemand, introduit cette langue dans la liturgie, notamment pour la prédication. Dénie à la célébration de l’Eucharistie son caractère de sacrifice. En 1523, développe la théorie des deux règnes selon laquelle le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel sont complémentaires sans s’exclure. Condamne les sorcières et les Anabaptistes, et pendant les dernières années de sa vie, s’en prend violemment aux Turcs, aux Papistes et aux Juifs, assimilés au Diable... Laisse une œuvre écrite considérable avec plus de 600 titres, compose une série de 36 cantiques en langue allemande. Photo du haut : Luther devant la diète de Worms en avril 1521
  • 46. Daniel Bomberg ou Daniel van Bomberghen, ou Daniele Da Norimbergo (1483- 1553), éditeur-imprimeur flamand, né à Anvers, installé à Venise où il est actif à partir de 1516. Se spécialise dans l'impression de textes de la littérature religieuse hébraïque, secteur qu'il est le premier non-Juif à aborder. En 1520, associé à Felice da Prato (ou Felix Pratensis, Juif converti au catholi- cisme, devenu religieux augustin) auprès de qui il apprend l’hébreu, entame l'édition intégrale des deux Talmud : celui de Babylone et celui de Jérusalem. En 1528, publie la Bible rabbinique. Produit également de nom- breuses éditions de parties du Tanakh et des Talmuds accompagnés de commentaires, et des écrits rabbiniques indépendants. Au cours de ses 40 ans de carrière, publie 240 éditions de livres en hébreu. Cette production très importante lui coûte une fortune. Pour le Talmud seul, dépense plus de 100 000 écus. Meurt presque ruiné, mais entouré de l'immense considération de tout le monde savant d'Europe
  • 47. Bartolomé de Las Casas (1484-1566), dominicain espagnol, colon pendant 10 ans dans le Nouveau Monde. Longtemps insensible aux dénonciations des domini- cains, et après un massacre d’Amérindiens par les Espagnols à Cuba, vit une conversion fulgurante en préparant un sermon pour la Pentecôte 1514. Combat pour la défense des indigènes par des publications, interventions, et remontrances. S’engage dans une lutte de 50 ans durant laquelle il fera plus de 14 voyages entre les deux continents, Procurador de los Indios en 1516, évêque du Chiapas et membre du Conseil des Indes auprès de Charles Quint. Lors de la controverse de Valladolid en 1547, s’oppose à Juan Ginés de Sepulveda (1494-1573), chanoine de Cordoue qui affirme que les Indiens n’ont pas d’âme et peuvent être asservis. Affirme au contraire qu’il n’est jamais permis d’asservir personne, que les Indiens ont des droits naturels, que les seules armes du Chré- tien sont la douceur et la persuasion. Dans son plan de réformes « Mémoire des quatorze remèdes », préconise de prendre des Noirs comme esclaves pour compenser la mortalité des indigènes. Mesure son erreur lorsqu'il connaît les conditions de la guerre menée en Afrique, prend alors la défense des Noirs aussi bien que des Indios et se repent jusqu'à la fin de ses jours de cette erreur.
  • 48. Pir Sultan Abdal (v. 1490 - v.1560), poète mystique turc alévi*, animateur religieux et politique. Passe presque toute sa vie dans un petit village de Yildizeli dans la province de Sivas (actuelle Turquie). Affirme sa fidélité aux préceptes du philosophe mystique Hadji Bektash Veli (1209-1271). Reflète la vie sociale, culturelle et religieuse du peuple. Écrit sur Dieu, l'islam, le prophète Mahomet, l'Imam Ali, les douze imams, le bien commun, la résistance, l'amour et la paix. Arrêté et exécuté (probablement par pendaison) par le chef ottoman Hizir Pacha pour son opposition au régime autoritaire. Son langage direct et clair, la richesse de son imagination et la beauté de ses vers le font aimer du peuple turc. Ses poèmes sont très souvent chantés. * L'alévisme regroupe des membres de l'islam dits hétérodoxes et revendique en son sein la tradition universelle et originelle de l'islam et plus largement de toutes les religions mono- théistes. Photo : statue d’Abdal avec son saz, luth à manche long
  • 49. Ignace de Loyola Íñigo López de Loyola (1491-1556), né au Pays Basque espagnol. Jeune noble initié au combat des armes, blessé en 1521 à Pampelune. Pendant sa convalescence, lit la vie de Jésus et des saints, se demande "Pourquoi pas moi ? ". Après une année de solitude à Manrèse, pèlerinages de Rome et de Jérusalem, se met aux études, à 33 ans, pendant 11 années. Auteur des ‘Exercices spirituels’, outil de discernement pour voir clair dans sa vie. Devenu prêtre, fonde en 1540 à Rome la ‘Compagnie de Jésus’ (en latin abrégé « SJ » pour Societas Jesu) pour servir Dieu et l’Église alors en pleine réforme. Oriente sa congrégation vers l'œuvre missionnaire, en particulier vers les Indes orientales, l'Afrique et les colonies portugaises d'Améri- que du Sud. Ardent défenseur de la Contre-Réforme. La spiritualité ignatienne est l'une des principales sources d'intro- spection religieuse dans le catholicisme. « Vous devriez vous résoudre à faire avec calme ce que vous pouvez. Ne soyez pas inquiets de tout, mais abandonnez à la divine Providence ce que vous ne pouvez accomplir par vous-même. » ../..
  • 50. Ignace de Loyola « De même, en effet, que se promener, marcher et courir sont des exercices corporels, de même appelle-t-on exercices spirituels toute manière de préparer et de disposer l’âme pour écarter de soi toutes les affections désordonnées et (…) pour chercher et trouver la volonté divine dans la disposition de sa vie. » Appelle chacun à devenir responsable de son histoire, en sorte que sa liberté, loin d’être ordonnée par des structures établies, soit sans cesse provoquée à être, aimer et servir mieux et davantage (magis) et à mettre en œuvre ses facultés d’engagement, de réalisation et d’accom- plissement. Distingue deux mouvements psychologiques et spirituels : 1) la consolation ("avec le soleil") : paix, joie, engagement, dynamisme, etc. 2) la désolation : brouillard, tristesse, découragement, période où il est déconseillé de prendre de grandes décisions. Conseille la relecture régulière par chacun de sa vie et l’accom- pagnement par une personne qualifiée. En vue du discernement, recommande de prier et d’approfondir sa relation à Dieu, de ne pas rester seul, de poser à soi et aux autres une question précise et comprise par tous, de vérifier dans le temps si la finalité visée a des chances de se réaliser, de laisser place aussi à d’autres facteurs (l’obéissance, la providence).
  • 51. Théophrast Paracelse Philippus Theophrastus Aureolus Bombast von Hohenheim (1493- 1541), ou Theophrast Paracelsus, ou Paracelse, médecin-chirurgien suisse, théologien et alchimiste d’expression alémanique. Enfance et scolarité à Einsiedeln et en Carinthie. Premier cycle de voyages comme chirurgien-barbier dans diverses armées et d'études à travers l'Europe, 1er établissement à Salzbourg. Deuxième cycle de voyages comme médecin-chirurgien en Souabe, en Alsace, à Strasbourg. Professeur et médecin à Bâle. Émasculé dans l'enfance par un militaire, atteint de disgrâces phy- siques par lesquelles on a expliqué son instabilité, ses penchants alcooliques et son irritabilité. Ses théories constituent un échafaudage surprenant où se combinent la médecine, la philosophie, l'alchimie, l'occultisme et l'astrologie. En tant qu'alchimiste, donne une certaine impulsion à l'emploi des substances chimiques en thérapeutique. Apporte d'excellentes notions sur un grand nombre de médicaments : l'opium, le mercure, l'arsenic, le soufre, l'antimoine. Développe l'usage des métaux non-toxiques dans les traitements médicaux. Initie le tournant de la médecine galéniste vers la médecine moderne basée sur la biochimie, en déstabilisant les édifices d’Aristote et de Galien et en ouvrant la voie à la physiologie expérimentale. ../..
  • 52. Paracelse Sa pensée est le point de départ du long processus de séparation de la chimie de l'alchimie. Philosophe de la nature d'inspiration chrétienne et alchimiste, théo- logien laïque. Théoricien du ‘Grand Tout', toujours animé par le désir de pénétrer la nature profonde des choses, attiré aussi bien par la Nature que par le Royaume de Dieu. Sa pensée foisonnante, exubérante, est à l'image de l'homme rebelle, truculent, profondément croyant, se pensant, sur la fin de sa vie, comme le médecin-prophète du dernier âge. À Salzbourg dans le réquisitoire De septum punctis idolatriae cristianae ("Sur sept points de l'idolâtrie chrétienne"), s'en prend à toutes les cérémonies, prières, aumônes, bénédictions et formes excessives de pèlerinages. Affirme que homme possède 1) un corps physique, mortel, 2) un corps sidéral, son esprit, 3) une âme immortelle. « On ne peut point aimer la médecine sans aimer les hommes.» « Vous n'attendez pas de moi une leçon de conformisme, et vous avez raison. » « Je préfère les sentiers et les routes aux universités où l'on n'apprend rien. »
  • 53. Menno Simons (1496-1561), prêtre hollandais originaire de Frise. Scandalisé qu’un tailleur honnête et discret de Leeuwarden, Sicke Freerks, converti au protestantisme, soit condamné à mort par la cour de Frise et décapité (en 1531) pour avoir demandé à être rebaptisé avec son consentement d'adulte. Se convertit en 1536 à l’anabaptisme, qui affirme l’impossibilité absolue pour un chrétien de faire la guerre, l’interdiction de prêter serment, la réservation du baptême aux adultes, la non-intervention de l’État dans les débats théologiques. Se marie après avoir quitté l'Église romaine et a 3 enfants. Presque toutes les branches de l’anabaptisme non-violent se retrouvent sous le nom de Menonnites. Une forte émigration mennonite s’est produite au 19ème siècle en direction des États-Unis (amish, houttériens). Environ 1 300 000 Mennonites vivent dans un monde un peu à part, souvent engagés dans les mouvements non-violents et auprès des populations frappées par la guerre.
  • 54. Agostino Steuco Agostino Guido degli Stuchi, ou Augustin Steucho, ou Agostinus Steuchus ou Eugubinus, (v. 1497-1548), philologue et philosophe italien, chanoine régulier de Saint Augustin, responsable de la bibliothèque du Vatican. Exégète des textes bibliques, a une connaissance approfondie du latin, du grec et de l'hébreu. S'oppose avec ténacité à la réforme protestante et participe au Concile de Trente. En 1540, publie un ouvrage majeur, De perenni philosophia ("La philosophie éternelle"), dans lequel il soutient que la théologie chrétienne repose sur des principes universels antérieurs à la Révélation chré- tienne. Établit l’histoire de la philosophie depuis ses premières manifes- tations (prisca theologia*). Montre que nombre d'idées exposées par les sages, poètes et philosophes de l'Antiquité (Thalès, Pythagore, Parménide, Platon, Aristote, Plutarque, Numénios d'Apamée, les néoplatoniciens, Philon d'Alexandrie, ainsi que des œuvres telles que les Oracles chaldaïques, les Oracles sibyllins) sont fondamentalement en harmonie avec les doctrines du christianisme. * Lorsque la philosophie se confond avec une théologie, elle est aussi nommée prisca theologia ("antique théologie").
  • 55. Felix Manz (1498 ? -1527), Réformateur suisse. Rencontre le réformateur Ulrich Zwingli (1484-1531) comme étudiant en langues bibliques, s’en détache, devient ensuite beaucoup plus proche des idées de réforme radicale de Thomas Müntzer (1489-1525), préférant toutefois agir pacifiquement. Opposé au baptême des enfants, participe aux premiers baptêmes d'adultes célébrés à Zurich en janvier 1525 dans la maison de sa mère. Bien que persécuté et plusieurs fois emprisonné, continue de prêcher cette doctrine. En mars 1526, le conseil protestant de Zurich, après une vaine tentative de mise au pas par Zwingli, signe un édit rendant le baptême d'adulte punissable de mort par noyade. Manz est exécuté de cette façon en janvier 1527 dans la rivière Limmat à Zürich (peinture du bas). Cofondateur des Schweizer Brüder (Frères suisses), un des pères et premier martyr de l'anabaptisme. Ce courant chrétien prône un baptême volontaire et conscient, ne croit pas à la transsubstantiation, demande de ne pas prêter serment et de ne pas participer à l’institution judiciaire. Les Anabaptistes, suite à l’orientation donnée par le prêtre frison Menno Simmons, constituent aujourd’hui l'un des seuls groupes religieux au sein duquel on a toujours prôné la non-violence.
  • 56. Michel de l'Hospital (1504-1573), homme politique français. Formation humaniste en Italie. En 1550, chancelier particulier de Marguerite de Valois, use de son influence pour protéger les poètes de la Pléiade, tel Ronsard. Ambassadeur au concile de Trente (1545-1563). En avril 1560, Chancelier de France (ministre de la Justice et Premier ministre). Par l'édit de Romorantin (mai 1560), évite que l'Inquisition ne soit introduite en France en vue de poursuivre les ‟hérétiques”. Obtient aussi que quelques droits soient accordés aux Protestants, dont la liberté de conscience, mais pas la liberté de culte. Par son Discours de tolérance devant les États généraux d'Orléans (déc. 1560), essaye de rapprocher les Français. En 1561, malgré les attaques de Catherine de Médicis, organise un colloque sur l'Eucharistie réunissant des théologiens des deux confessions. Mais ces mesures de tolérance échauffent les plus durs. Le massacre de Wassy (1562) consacre son échec. Bien qu'il ne soit pas Protestant, son existence est menacée au moment du massacre de la Saint-Barthélemy (1572, image). « Qu’y a-t-il besoin de tant de bûchers et de tortures ? C’est avec les armes de la charité qu’il faut aller à tel combat. Le couteau vaut peu contre l’esprit. »
  • 57. Étienne Dolet (1509-1546), écrivain, poète, imprimeur, humaniste et philologue français. Études à Paris, Padoue, Toulouse. Imprimeur à Lyon avec l’autorisation de François Ier, édite Galien, Rabelais, Marot, et des livres à caractère religieux. Défend la lecture des Écritures saintes en langue vulgaire. Accusé de publier des ouvrages entachés d'hérésie, favorable à Luther, emprisonné en 1542 pour athéisme. Relâché après 15 mois de prison, emprisonné une seconde fois en 1544, s’échappe et se réfugie dans le Piémont. . Revient imprudemment en France pour en appeler à la justice du roi de France, de la reine de Navarre et du Parlement de Paris. Arrêté et jugé "athée évadé" par la faculté de théologie de la Sorbonne, con- damné pour blasphème, sédition et exposition de livres prohibés et damnés. Implore le pardon de Dieu, ce qui lui vaut de ne pas avoir la langue coupée avant la mise à feu du bûcher… En août 1546, étranglé puis brûlé avec ses livres sur la place Maubert à Paris*. * Cette place est réservée aux bûchers des imprimeurs : quatre y sont étranglés puis brûlés en 1546.
  • 58. Jean Calvin (1509-1564), Réformateur français mort à Genève. Études à Noyon, Paris, études de droit à Orléans et Bourges. Après la répression contre les Protestants*, se réfugie à Bâle, fait traduire la Bible en fran- çais. Son ouvrage L’institution de la religion chrétienne (1536) résume de l’essentiel de sa foi. Pasteur et professeur pendant 3 ans à Strasbourg. En 1540, dans son Commentaire de l’Épître aux Romains, manifeste clairement sa distance par rapport à Luther : il n’y pas d’opposition inconciliable entre loi et Évangile. Revient à Genève en 1541. Opposé en cela à Sébastien Castellion, défenseur de la tolérance religieuse, est favorable à la condamnation au bûcher de Michel Servet qui considère le dogme de la Trinité comme non biblique. Écrit de nombreux traités (contre les Anabaptistes, les libertins, l’astrologie, les reliques, etc.) Le calvinisme reconnaît la Bible comme source unique de la foi tout en admettant les dogmes des 5 premiers conciles, prône le retour à la simplicité primitive du culte, accorde à la communion une valeur symbolique de commémoration. L’éthique calviniste, qui glorifie le travail et autorise le prêt, est liée à l’essor du capitalisme et de la démocratie politique et des valeurs culturelles. * Protestant : du latin protestari, affirmer, déclarer fermement
  • 59. Michel Servet Miguel Serveto ou Michel de Villeneuve (1511-1553), théologien et médecin français d'origine espagnole. S'intéresse à toutes les branches du savoir, de la géographie aux mathématiques, de l'alchimie à l'astrologie, de la médecine à la théologie. Découvre la circulation pulmonaire, précise que le sang se régénère dans les poumons au contact de l'air. À l’âge de 20 ans, dans son traité De Trinitatis erroribus, remet en question la nature divine de Jésus, affirme que les Évangiles n'apportent aucune preuve du dogme de la Trinité. S'affirme cependant Chrétien et espère que l'abolition du dogme de la Trinité permettra de rallier au christianisme les fidèles des autres religions monothéistes que sont les Juifs et les Musulmans. En 1536, au service de l'évêque de Vienne (Dauphiné) en qualité de médecin, entame une correspondance secrète avec le réformateur protestant Jean Calvin. Condamné à mort pour hérésie par les Catholiques et les Protestants. ../..
  • 60. Michel Servet Arrêté, évadé et jugé par contumace, brûlé en effigie par l'Inquisition à Vienne (Dauphiné). De nouveau arrêté à Genève, jugé et condamné pour hérésie par le Conseil des Deux-Cents de Genève, à l'instigation de Jean Calvin qu'il avait attaqué. Brûlé vif à Champel, près de Genève, en octobre 1553. Jean Servet est une figure majeure des Chrétiens unitariens (environ 750 000 personnes dans une quarantaine de pays). À la différence des Chrétiens trinitariens, ils nient la divinité de Jésus, considéré comme l'homme le plus proche de Dieu ou son plus grand prophète. Après la disparition de l'arianisme, l'unitarisme renaît en Europe presque simultanément en Pologne-Lituanie et en Transylvanie au milieu du XVIe siècle, sous l'impulsion de Ferenc Dávid et Jean Sigismond Zápolya. Parmi les autres Unitariens brûlés vifs ou garotés, Hélène Weigel en 1539, David Joris en 1559, Nicolas Antoine en 1632. Photo : statue de M. Servet à Annemasse.
  • 61. Le Maharal de Prague Rabbi Judah ben Betsalel Levaï (1512 ?-1609), né à Posen (Pologne), talmudiste, philosophe et mystique. Très jeune, se fait un nom par son érudition. Vers l’âge de 20 ans, nommé rabbin de Nikols- burg (Moravie). Vers 60 ans, chef spirituel de la communauté juive de Prague, alors centre principal du judaïsme en Europe orientale, dirige la syna- gogue-école de la Klaus. Écrit à partir de 70 ans. Pointu en mathématiques et en astronomie, ami intime des astronomes Tycho Brahe et Johannes Kepler. Probablement kabba- liste et thaumaturge. Toute sa recherche sur les textes (Talmud, Kabbale) tourne autour du thème de l’exil et de la vocation d’Israël, leur sens religieux et métaphysique. Défenseur du Midrash, montrant que derrière ces anecdotes, parfois enfantines, se cache la véritable sagesse d’Israël, à condition d’en posséder les clefs de lecture. Selon la légende, a façonné un être d’argile et de glaise, le Golem, sorte d’automate qui protégeait la communauté juive de Prague sauf le jour du Shabbat. L’interprétation d’André Neher est que Dieu n'est pas le Tout-Puissant comme le suggère une terminologie superficielle et vulgaire, mais l'Être qui accepte de limiter Son pouvoir.
  • 62. Philippe Néri Filippo Neri (1515-1595), prêtre et mystique italien. Abandonne vite son métier de commerçant, fréquente les moins du mont Cassino. Connaît une expérience mystique en 1544. Jusqu'en 1548, déambule dans les rues et sur les places, exerçant une sorte d’apostolat à la Socrate, non par des enseignements élaborés, mais par le contact amical, sans autre méthode que la cordialité. Soigne les malades, fonde la première école organisée et un collège pour les pauvres, s’occupe des jeunes. S'installe dans l'église et la maison de San Girolamo, y inaugure une vie commu- nautaire. Fonde l’Oratorio (‘congrégation de l'Oratoire’, emblème en photo) en 1575 dans un esprit de fraternité et de solidarité. Invite chacun à faire un tri dans sa vie, rejetant le mauvais et développant le bon. Confesseur et accompagnateur spirituel ("directeur de conscience") des personnes modestes comme des grandes familles romaines, ardeur défenseur des sacrements, considère l'obéissance comme l'une des clés de la vie spirituelle. Aime la musique et la poésie, plein de joie et d’humour, farceur. À quelqu’un qui l’interroge sur l’opportunité de porter un cilice, il répond : « Certainement, mais au-dessus des vêtements ! ». « Soyez joyeux, toujours joyeux ! Soyez bons si vous le pouvez »
  • 63. Sébastien Castellion Sébastien Châteillon, latinisé en Castellio (1515-1563), humaniste, bibliste et théologien protestant français, probablement originaire d’une famille vaudoise. En 1535, fait ses études au collège de la Trinité à Lyon, où il acquiert les outils intellectuels de l’humanisme, découvre l’Institution Chrétienne de Jean Calvin et adhère aux idées de la Réforme. À Genève, dirige le Collège de Rive, se distingue par ses innova- tions pédagogiques. Professeur de grec à Bâle. Après que Michel Servet ait été brûlé vif à Genève pour hérésie antitrinitaire, publie le Traité des hérétiques qui défend la liberté religieuse. En 1560, quand s’allume la première des 8 vagues successives de guerre religieuse en France, publie un petit ouvrage, Conseil à la France désolée qui, avec 30 ans d’avance, annonce la solution politique de l’Édit de Nantes. « Tuer un homme ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme. Quand les Genevois ont fait périr Servet, ils ne défendaient pas une doctrine, ils tuaient un être humain : on ne prouve pas sa foi en brûlant un homme, mais en se faisant brûler pour elle. »
  • 64. John Knox Introduit la réforme calviniste en Écosse, affaire politique autant que religieuse. Par ses sermons, contribue à la déposition de la reine catholique Marie Stuart, décapitée à la hache en juillet 1567. Fondateur de l’Église presbytérienne, en particulier grâce à sa liturgie : The Book of common order. Prédicateur intransigeant, voire puritain fanatique. Libérateur national contre la tyrannie des Guise et l’occupation des troupes françaises, qui se livraient, sur le peuple opprimé, aux pires exactions. Le premier en Écosse à développer l’idée d’une résistance au tyran. Photos du bas : Patrick Hamilton (1504-1528) et George Wishart (1513-1546), brûlés vifs pour hérésie par les autorités catholiques (1515-1572), Réformateur écossais. Études à l’université de Glasgow, peut-être prêtre, exerce comme notaire et précepteur. Se convertit à la Réforme en 1546 et devient pasteur. Ses amis Patrick Hamilton et George Wishart sont brûlés vifs pour hérésie. Capturé au siège de Saint-Andrews en 1547 par les Français, envoyé aux galères. Libéré, se rend en Angleterre et devient chapelain du jeune roi Édouard VI d’Angleterre. À l’avènement de Marie Tudor en 1553, s’enfuit d’Angleterre, gagne la France puis Genève où il rencontre Calvin.
  • 65. Thérèse d'Avila Teresa de Ahumada y Cepeda (1515-1582), religieuse espagnole. Entre au couvent de l’Incarnation à 20 ans, et comme la majorité des religieuses de son temps, y mène une vie mondaine et superficielle. Bouleversée par la représentation d'un Christ au poteau, se convertit en 1554. Revisite sa vie et multiplie les initiatives pour rendre possible à celles qui le voulaient la rencontre intime avec Dieu. À partir de 1557, connaît des expériences mystiques (extases sensuelles, lévitations; transverbération en avril 1560). Fonde à Avila en 1562 le monastère de stricte observance San Jose, réforme l'ordre des carmes qui souffre d'un immense laxisme, suscite un mouvement analogue chez les hommes avec Jean de la Croix. Décrit dans deux maîtres-livres son expérience personnelle, afin de rendre accessible à tous, son "chemin de perfection". Proclamée Docteur de l'Église par Paul VI en 1970. Pour elle, la charité envers les autres est l’unique thermomètre permettant de mesurer la qualité de la relation avec Dieu. « Mes sœurs, vous trouverez Dieu au fond de vos casseroles ! » « Mort qui fait toucher la vie, ne t’attarde pas, je t’attends! » « Que rien ne te trouble, que rien ne t’effraie. Qui a Dieu ne manque de rien. Que rien ne te trouble, que rien ne t’effraie, seul Dieu suffit. » (« Nada te turbe »)
  • 66. Ferenc Dávid (Franz David Herte ou Franciscus Davidis, v. 1520-1579), réfor- mateur protestant puis unitarien. Études à Wittenberg, recteur du collège catholique de Beszterce, devient pasteur luthérien à Petres puis Kolozsvár. Élu évêque calviniste des églises hongroises de Transylvanie. À partir de 1565, dans le cadre des discussions théologiques sur le dogme de la Trinité, expose ses doutes concernant le Saint Esprit comme personne divine autonome. Nommé pasteur à la cour du prince transylvain Jean II de Hongrie, János Zsigmond, il lui inspire en 1568 l’édit de Torda, considéré comme le premier décret de liberté religieuse en Europe. Cet édit prescrit qu’une communauté peut renvoyer un prédicateur et se passer de ses services, mais qu’elle ne doit en aucun cas attenter à sa vie ni prendre ses biens. Fondateur et premier évêque de l'Église unitarienne de Transylvanie. Après la mort de Jean II de Hongrie (1571), emprisonné pour ses convictions religieuses à la citadelle de Déva. Mort en 1579 au cours de sa détention. Photo du bas : L‘église unitarienne de Cluj-Napoca ou Kolozsvár (Roumanie) et le lycée unitarien János Zsigmond
  • 67. Matheus Saladé et Bartolomé Carranza Matheus Saladé ou Mateo Salado (1526-1573), paysan déplacé de force et ermite français, brûlé vif le 15 nov. 1573 à Lima en présence de l’archevêque de la ville, est la première victime de l'Inquisition espagnole au Pérou. L’acte d'accusation mentionne qu'il rejette la divinité du Christ, accuse le Pape de s'adonner à des libations à Rome et déclare Érasme et Martin Luther comme de véritables saints de Dieu. Bartolomé Carranza (1503-1576, image du bas), prêtre dominicain espagnol, théologien et archevêque de Tolède, dénoncé à l'Inquisition dès 1530 pour son travail sur Érasme, est forcé à abjurer son catéchisme et meurt 7 jours plus tard. L’Inquisition espagnole, avait commencé le 6 février 1481, lorsque 6 Juifs riches et influents furent brûlés vifs à Séville. Les hérésies combattues sont le judaïsme, le mahométisme, le protestantisme, la superstition, l’hérésie, la bigamie, le blasphème, la fornication, le mysticisme, la sorcellerie, etc. L'Inquisition délivre des limpiezas de sangre ("certificats de propreté du sang") aux personnes ne possédant pas d'ancêtre juif ou musulman, exigés pour l'accès à l'armée et aux universités, mais également réclamés par les familles à la veille des mariages. Le recours à la torture est massif et presque systématique puisque près de la moitié des accusés sont soumis à la question. Photo du haut : site précolombien où Matheus Saladé avait élu domicile et stèle à sa mémoire
  • 68. Michel de Montaigne (1533-1592), écrivain, philosophe et moraliste français. Magistrat, conseiller au Parlement de Bordeaux pendant 13 ans, chargé de mis- sions politiques, puis diplomate, puis maire de Bordeaux. Ses Essais, tolérés par les autorités, sont mis à l'Index par le Saint Office en 1676. Admet la guerre défensive. Un des très rares, au 16ème siècle, à dénoncer les guerres de conquête et les atrocités des conquistadors chrétiens, les guerres de religion, la torture et la chasse aux sorcières. « Il faut étendre la joie, mais retrancher autant qu’on peut la tristesse. » « Je ne partage point cette erreur commune de juger d’un autre d’après ce que je suis. (…) Je conçois et crois bonnes mille manières de vivre opposées. (…) Quand on me contrarie, on éveille mon attention, non pas ma colère : je m’avance vers celui qui me contredit, qui m’instruit. » « Il y a un certain respect qui nous attache, et un général devoir d’humanité, non aux bêtes seulement, qui ont vie et sentiment, mais aux arbres-mêmes et aux plantes. Nous devons la justice aux hommes, et la grâce et la bénignité aux autres créatures qui en peuvent être capa- bles ».
  • 69. Michel de Montaigne « Qui se connaît, connaît aussi les autres, car chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition. » « Mon métier et mon art, c'est vivre. » « Notre grand et glorieux chef-d'oeuvre, c'est vivre à propos. » « J’aime mieux forger mon âme que la meubler. » « Quand bien nous pourrions être savants du savoir d’autrui, au moins sages ne pouvons-nous être que de notre propre sagesse. » « Qui apprendrait les hommes à mourir, leur apprendrait à vivre. » « Ne cherchons pas hors de nous notre mal, il est chez nous, il est planté en nos entrailles. » « Qui craint de souffrir, il souffre déjà ce qu'il craint. » « La plus constante marque de la sagesse, c'est une constante réjouissance. » « Il n'y a pas une idée qui vaille qu'on tue un homme. » « Montaigne ne me fait pas l’effet d’un sceptique, mais d’un stoïque. S’il ne conclut guère, il enseigne toujours : il donne, sans rien prêcher, l’amour de la sagesse, de la raison, de l’indulgence pour les autres, de l’attention sur soi-même. » George Sand
  • 70. Isaac Louria Isaac Ashkenazi Louria, Luria ou Loria, (1534-1572), rabbin et kabbaliste. Études à Jérusalem ? Se retire avec son épouse dans une île sur le Nil, mène une vie d'ascèse, commence à avoir des visions. En 1569, à la suite d'un appel intérieur, s'installe à Safed (Israël actuel). Étudie la Kabbale avec Moïse Cordovero (1522-1570). Jouissant rapidement d'une forte réputation de poète mystique, enseigne la Kabbale en académie et prêche dans les synagogues. Voit partout dans la nature, les sources, les arbres, les oiseaux, des âmes de justes et des étincelles de lumière aspirant à la délivrance, entend leur appel. Tout son enseignement vise à exposer les moyens de contribuer à l’œuvre rédemptrice universelle. Penseur profond du mysticisme juif parmi les plus grands et les plus célèbres, et fondateur de l'école kabbalistique de Safed. La princi- pale originalité de la kabbale lourianique tient au fait que le premier acte de la divinité transcendante – En Sof (l’Infini) – n’est pas un acte de révélation et d’émanation, mais, au contraire, un acte de dissimulation et de restriction. Un des premiers, bien avant Hans Jonas, à affirmer « le retrait de Dieu » : la présence de Dieu est retenue, discrétion, effacement, silence. Images : Signature d’Isaac Louria. Synagogue Louria à Safed
  • 71. Fausto Sozzini Fausto Paolo Sozzini, ou Faustus Socinus, ou Fausto Socin (1539-1604), théologien italien. Pour étudier la Bible, apprend l'hébreu, le grec et l'arabe. Du fait de ces études, voit d'un autre œil les dogmes chrétiens établis. Vit à Florence, puis à Bâle. Les autorités s’élevant contre ses idées, s'exile à nouveau en Pologne. Rejoint en 1562 et se met au service de l’"Église des Frères de Pologne et de Lituanie qui a rejeté la Trinité", dite Ecclésia Minor, dédramatise le Jugement dernier en niant l’existence de l’Enfer. Apprend le polonais et se marie en 1586. Publie plusieurs traités, notamment, en 1594, De Jesu Christo servatore. Son système de pensée, qui se veut une interprétation raisonnée de l'Écriture sainte, inspire le ‘Catéchisme de Rakow’, édité en polonais en 1605. S’inté- resse surtout à la fonction prophétique de Jésus et à son message. Le socinianisme met en avant la tolérance et la charité en s'opposant à la persécution religieuse. Les Sociniens reconnaissent comme frères Chrétiens tous ceux qui s'efforcent de mettre en pratique l'enseignement de Jésus, quelles que soient par ailleurs leurs options théologiques. Un des précurseurs du protestantisme libéral. Image du bas : le catéchisme de Rakow (1605)
  • 72. Pierre Charron (1541-1603), théologien, philosophe, orateur et moraliste. Études de philosophie et de droit, avocat, puis prêtre et prédicateur, notamment de Marguerite de Navarre. Chanoine à Condom, se lie d’amitié avec Montaigne à Bordeaux, et adopte bientôt sa philosophie. En 1595, envoyé à Paris comme député à l’Assemblée du clergé, devient secrétaire de cette assemblée. Dans son traité De la Sagesse (1601), défend la tolérance religieuse. Sépare ainsi la religion de la morale, ouvrant l'espace d'une pensée laïque. Accusé d'athéisme, le traité est attaqué et calomnié par le jésuite François Garasse et mis à l'Index librorum prohibitorum * par la censure romaine en 1606. Affirme que philosophie morale suffit pour penser l’« excellence et perfection de l’homme ». Pour fonder cette philosophie morale auto- nome et directement enracinée en l’homme, écarte la métaphysique, jugée par lui toute spéculative. «On peut être impie, mécréant, athéiste même, et vertueux ». * "Catalogue des livres prohibés". L’Index, instauré à l'issue du Concile de Trente (1545-1563) et publié par le pape Paul IV en 1659 à la demande de l’Inquisition, était une liste des "livres pernicieux" que les Catholiques romains n'étaient pas autorisés à lire, car jugés immoraux ou contraires à la foi. Supprimé en 1966 par le pape Paul VI.
  • 73. Jean de la Croix Juan de Yepes y Álvarez (1542-1591), moine carmelite et poète mys- tique espagnol. Origine noble mais pauvre, carme à 20 ans, prêtre en 1567, études d’arts et de philosophie à l’université de Salamanque. Après sa rencontre avec Thérèse d’Avila, ouvre des carmels avec une vie de retour aux pratiques primitives de l’Ordre. Entre décembre 1577 et août 78, mis au cachot, humilié et flagellé dans le couvent de Tolède par les religieux "chaussés" de l’Ordre qui com- battent son projet de réforme. S’évade, est envoyé dans le sud de l’Espa- gne, devient prieur du couvent de Grenade. Voyage beaucoup à dos d’âne pour encourager les nouveaux couvents de frères et de moniales. En 1589, élu prieur du couvent de Ségovie. Poursuivi et diffamé de nouveau en 1591, chez les carmes "déchaus- sés" eux-mêmes. Canonisé en 1726, déclaré docteur de l’Église en 1926. Ses grandes œuvres sont les Cantiques spirituels, La Montée du Carmel, La Nuit obscure, et La vive Flamme d’amour, traités et commen- taires de ses poèmes composés en langue castillane. « Dans cette nuit heureuse, en secret, car nul ne me voyait, ni moi ne voyais rien, sans autre lueur ni guide que celle qui en mon coeur brûlait » « De noche iremos que para encontrar la fuente / Sola la sed nos alumbra » (De nuit nous irons pour trouver la source / Seule nous éclaire la soif)
  • 74. Giordano Bruno (1548-1600), dominicain et philosophe italien. Précurseur des études sur l’atome et de la mnémotechnie, végétarien. Sur la base des travaux de Nicolas Copernic et Nicolas de Cues, développe la théorie de l'héliocentrisme et montre, de manière philosophique, la pertinence d'un univers infini, qui n'a pas de centre, peuplé d'une quantité innom- brable d'astres et de mondes identiques au nôtre. Repousse le dogme de la Trinité, la transsubstantiation, la virginité de Marie, proclame que Jésus-Christ n'est pas Dieu, que le Saint-Esprit est l'âme de ce monde, que Satan sera finalement sauvé. Accusé par l'Inquisition d'athéisme (confondu avec son panthéis- me) et d'hérésie (particulièrement par sa théorie de la réincarnation des âmes) d'après ses écrits jugés blasphématoires, poursuivi pour son intérêt pour l’art divinatoire, condamné à être brûlé vif au terme de 8 années de procès ponctuées de nombreuses propositions de rétractation qu'il paraît d'abord accepter puis rejette. « Nous affirmons qu'il existe une infinité de terres, une infinité de soleils et un éther infini. » Une statue de bronze à son effigie trône depuis 1889 sur les lieux de son supplice, au Campo de' Fiori à Rome. Le cardinal jésuite Roberto Bellarmino qui instruit son procès (puis celui de Galilée), sera béatifié en 1923, canonisé en 1930 et le déclaré Docteur de l'Église en 1931 par le pape Pie XI…
  • 75. Camillo de Lellis (1550-1614), prêtre italien. Né dans les Abruzzes, joueur invétéré, mène une vie dissolue, choisit la carrière militaire, prend part à la campa- gne contre les Turcs et notamment à la bataille de Lépante en 1571. Soigné à l'hôpital Saint-Jacques de Rome pour un ulcère incurable, est frappé par la détresse des autres malades, envers qui les infirmiers se montrent insensibles. S'engage à leur service, et par sa bonté, attire à lui des jeunes volontaires qui l'aident dans sa tâche. La mission qu'il donne à sa nouvelle famille de religieux est « l'exercice des oeuvres spirituelles et corporelles de miséricorde envers les malades, même atteints de la peste, tant dans les hôpitaux et prisons que dans les maisons privées, partout où il faudra ». Ainsi nait l’ordre des ‘Clercs réguliers des infirmes pour le service des malades’, habituellement appelés les Camilliens. Considère les malades et souffrants comme ses « seigneurs et maîtres ». Met au point la civière, la sonnette d'appel des infirmières, la technique du changement de drap sans sortir le patient du lit, le rapport de fin de service des infirmières, le travail posté, la ventilation et l'éclairage des salles d'hôpital, la chaise de toilettes. Saint patron des malades, des infirmières et des hôpitaux,
  • 76. William Schaw (1550-1602), "Maître des Travaux" du roi Jacques VI d’Écosse, "Surveillant général des maçons d'Écosse". Responsable de la construc- tion, de la réparation et de l'entretien des propriétés du royaume, équiva- lent d’un ministre du logement et de l'urbanisme moderne. Auteur des "statuts Schaw", nom donné à deux écrits (1598-1599) retrouvés en 1860, au château d'Eglington (photo du bas), près de Kilwinning. Ils donnent des directives administratives et règlementaires à vocation organisationnelle, et structurent la franc-maçonnerie "opérative", précur- seure de la franc-maçonnerie "spéculative". Ils prévoient un mode interne d’organisation hiérarchique et fonctionnel à trois niveaux (un Surveillant ou Maître de Loge, des Compagnons ou Maîtres, des Apprentis). Le mot "loge" désigne une juridiction permanente réglant l'organi- sation du métier dans une corporation qui coexiste avec de l'institution municipale. Elle contrôle l'entrée des apprentis et leur accès au rang de compagnon. Les maçons écossais de 1598 partagent des "secrets", notamment le "mot du maçon" qui leur sont communiqués après avoir prêté serment de discrétion. ../..
  • 77. William Schaw et les débuts de la franc-maçonnerie En 557, Austin, archevêque de Cantorbéry, est Grand Inspecteur des confréries maçonniques. Divers indices sérieux laissent présager de l'existence de ces compagnons tailleurs de pierre en France et en Allemagne dès le 8ème siècle. En 1015, on note une loge de tailleurs de pierre lors de la construction de la cathédrale de Strasbourg. La première apparition du mot "franc-maçon" date de 1376 à Londres ("freemasons"). Les premiers règlements généraux de la Bauhütte germa- nique, en 1459, évoquent, comme les statuts de Shaw en Écosse, l'existence de pratiques secrètes, à caractère initiatique, et des mots de reconnaissance. Le mot franc-maçonnerie désigne un ensemble d'espaces de sociabilité sélectifs (le recrutement des membres est fait par cooptation) et une pratique des rites initiatiques se référant à un secret maçonnique et à l'art de bâtir.
  • 78. Matteo Ricci (1552-1610), prêtre jésuite italien. Un des premiers jésuites à pénétrer en Chine, en étudie la langue et la culture. Acquérant une profonde sympa- thie pour la civilisation chinoise, y est reconnu comme un authentique "lettré" et comme l'un des rares étrangers à être considéré comme père fondateur de l'histoire chinoise. . Se présente comme un religieux qui a quitté son pays natal dans le lointain Occident, à cause de la renommée du gouvernement de la Chine, où il désire demeurer jusqu'à sa mort, en y servant Dieu, le Seigneur du ciel. Dessine des mappemondes qui font connaître aux Chinois le reste du monde, traduit en chinois des livres de philosophie, de mathématiques et d'astronomie. Inversement, révèle à l'Occident Kong Fu Tseu (Confucius), dont il traduit les 4 livres, créant un dialogue approfondi avec les lettrés et les hommes de culture. Partage avec les savants chinois ses connaissances de mathématicien et d’astronome pour la réforme du calendrier chinois, ses talents de cartographe, sa pratique de l’horlogerie et de la musique. Son travail et ses activités ont une perspective d'évangélisation en profondeur, même s'il ne cherche pas à baptiser en masse. Compose le Traité de l’Amitié, recueil de 100 maximes de sagesse de l’Occident. Son ouvrage le plus célèbre reste le Tianzhu Shyi, le véritable sens du Seigneur du ciel, catéchèse en forme de dialogue entre deux sages d’Orient et d’Occident.