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Trombinoscope "Chercheurs d’humanité"
Chercheurs de sens
(art, religion, philosophie, spiritualité)
102 – Figures du protestantisme
de Luther à nos jours
Étienne Godinot .09.03.2024 V2
Préambule
aux 4 diaporamas thématiques "Chercheurs de sens"
Depuis 2010, je constitue - pour moi-même et pour celles et ceux qui y
trouveront de l’intérêt - un vaste trombinoscope historique de "chercheurs
de sens“ (art, religion, philosophie, spiritualité) présentés par ordre chronolo-
gique depuis la Préhistoire jusqu’à nos jours. Ma démarche et mon position-
nement sont expliqués dans le diaporama « Introduction aux diaporamas
”Chercheurs de sens” ».
Ma recherche approfondie plus récente sur les racines historiques du
conflit Israël-Palestine m’a amené à créer un trombinoscope thématique
“Figures du judaïsme de l’Antiquité à nos jours”, en opérant une sélection
dans les trombinoscopes existants.
Dans cette logique, j’ai trouvé important et intéressant de créer de la
même façon les trombinoscopes
- “Figures de l’islam de Mahomet à nos jours”,
- “Figures de l’hindouïsme et du bouddhisme de l’Antiquité à nos jours”,
- “Figures du protestantisme de Luther à nos jours”. ../..
Images :
- Rabbi Israël ben Eliezer (1698-1760) dit Ba’al Shem Tov, fondateur du judaïsme hassidique
- Ahmad al-'Alāoui (1869-1934), maître soufi algérien
- Thich Nhat Hahn (1926-2022), moine et maître bouddhiste vietnamien
- Dietrich Bonhoeffer (1906-1945), pasteur luthérien, théologien et Résistant au nazisme
Préambule aux 4 diaporamas thématiques "Chercheurs de sens"
Chaque figure de “chercheur de sens” de ces quatre familles se
trouve donc à la fois dans le trombinoscope historique “interconvictionnel”
et dans un – parfois plusieurs – des trombinoscopes thématiques.
Je n’ai pas réalisé pour l’instant de trombinoscope thématique sur le
taoïsme et le confucianisme, sur le christianisme en général (catholicisme,
unitarisme, orthodoxie, etc.), sur le bahaïsme, sur la franc-maçonnerie et la
libre pensée, sur l’agnosticisme ou l’athéisme humaniste, etc.
L’intérêt des trombinoscopes thématiques est de voir l’évolution de la pensée
et de la spiritualité dans chacune de ces quatre familles depuis les origines jusqu’à
nos jours.
L’intérêt du trombinoscope historique “interconvictionnel” est de situer
chaque personnage dans le contexte de son temps. Par ex. Pythagore est
contemporain de Lao Tseu, de Kong Fou Tseu et de Bouddha, Maïmonide est
contemporain d’Averroes et de Thomas d’Aquin, Delphine Horvilleur est
contemporaine de Marion-Muller Colard et de Kahina Bahloul (ouf, des femmes !).
Les corrections et suggestions éventuelles seront les bienvenues…
Je souhaite qu'à terme ce travail devienne une oeuvre collective prise en
main par une association ou une institution distincte de l'IRNC.
Images :
- Delphine Horvilleur, née 1974, femme rabbin française
- Marion-Muller Colard, née en 1978, théologienne française d’origine protestante
- Kahina Bakloul, née en 1979, islamologue et imame soufie franco-algérienne.
Martin Luther
(1483-1546), moine augustin allemand, docteur en théologie
et professeur à l’université de Wittenberg. Critique les pratiques de
l’Église catholique, comme la vente des indulgences, censées raccour-
cir les peines du Purgatoire, mais destinées en réalité à financer la
construction de la pharaonique basilique St Pierre de Rome.
Excommunié en 1521 par le pape Léon X. Convoqué par
l’empereur Charles Quint à la diète de Worms, qui le met au ban de
l’Empire, mais protégé par le prince électeur de Saxe Friedrich der
Weise (Frédéric III le Sage, 1463-1525). Grâce à son protecteur, peut
développer ses idées réformatrices et constituer en Allemagne les
bases des premières Églises protestantes.
En 1525, poussés à l’insurrection par Thomas Müntzer, de
nombreux paysans se révoltent en Allemagne du Sud au nom de ses
idées. Il demande aux princes d’agir pour restaurer la paix civile :
100 000 morts… La même année, se marie avec une ancienne
religieuse, Katharina von Bora. Ils auront 6 enfants. ../..
Photo du bas : Luther en octobre 1517 placarde ses 95 thèses sur les
portes du château de Wittenberg
Martin Luther
Ses idées se répandent très vite en Europe, notamment
grâce à l’imprimerie. La confession d’Augsbourg est présentée en
1530 à Charles Quint qui la refuse.
Fonde sa théologie sur la Bible et non sur les dogmes.
Refuse l'autorité papale en tenant la Bible pour seule source légitime
d'autorité chrétienne. Se référant à l’épître de Paul aux Romains,
affirme que le salut provient de la grâce de Dieu et non des œuvres.
Tourmenté par la justice de Dieu qui punit le pécheur, affirme que
l’homme est justifié (rendu juste) par la foi qui est un don de Dieu.
Abolit les vœux monastiques et le célibat des prêtres.
Traduit la Bible en allemand, introduit cette langue dans la
liturgie, notamment pour la prédication. Dénie à la célébration de
l’Eucharistie son caractère de sacrifice. En 1523, développe la théorie
des deux règnes selon laquelle le pouvoir temporel et le pouvoir
spirituel sont complémentaires sans s’exclure.
Condamne les sorcières et les Anabaptistes, et pendant les
dernières années de sa vie, s’en prend violemment aux Turcs, aux
Papistes et aux Juifs, assimilés au Diable...
Laisse une œuvre écrite considérable avec plus de 600
titres, compose une série de 36 cantiques en langue allemande.
Photo du haut : Luther devant la diète de Worms en avril 1521
Menno Simons
(1496-1561), prêtre hollandais originaire de Frise. Scandalisé
qu’un tailleur honnête et discret de Leeuwarden, Sicke Freerks,
converti au protestantisme, soit condamné à mort par la cour de
Frise et décapité (en 1531) pour avoir demandé à être rebaptisé
avec son consentement d'adulte.
Se convertit en 1536 à l’anabaptisme, qui affirme l’impossibilité
absolue pour un chrétien de faire la guerre, l’interdiction de prêter
serment, la réservation du baptême aux adultes, la non-intervention
de l’État dans les débats théologiques. Se marie après avoir quitté
l'Église romaine et a 3 enfants.
Presque toutes les branches de l’anabaptisme non-violent se
retrouvent sous le nom de Menonnites. Une forte émigration
mennonite s’est produite au 19ème siècle en direction des États-Unis
(amish, houttériens).
Environ 1 300 000 Mennonites vivent dans un monde un peu à
part, souvent engagés dans les mouvements non-violents et auprès
des populations frappées par la guerre.
Felix Manz
(1498 ? -1527), Réformateur suisse. Rencontre le réformateur Ulrich
Zwingli (1484-1531) comme étudiant en langues bibliques, s’en détache,
devient ensuite beaucoup plus proche des idées de réforme radicale de
Thomas Müntzer (1489-1525), préférant toutefois agir pacifiquement.
Opposé au baptême des enfants, participe aux premiers baptêmes
d'adultes célébrés à Zurich en janvier 1525 dans la maison de sa mère.
Bien que persécuté et plusieurs fois emprisonné, continue de prêcher
cette doctrine.
En mars 1526, le conseil protestant de Zurich, après une vaine
tentative de mise au pas par Zwingli, signe un édit rendant le baptême
d'adulte punissable de mort par noyade. Manz est exécuté de cette façon
en janvier 1527 dans la rivière Limmat à Zürich (peinture du bas).
Cofondateur des Schweizer Brüder (Frères suisses), un des pères et premier
martyr de l'anabaptisme. Ce courant chrétien prône un baptême volontaire et
conscient, ne croit pas à la transsubstantiation, demande de ne pas prêter serment
et de ne pas participer à l’institution judiciaire.
Les Anabaptistes, suite à l’orientation donnée par le prêtre frison Menno
Simmons, constituent aujourd’hui l'un des seuls groupes religieux au sein duquel
on a toujours prôné la non-violence.
Michel de l'Hospital
(1504-1573), homme politique français. Formation humaniste
en Italie. En 1550, chancelier particulier de Marguerite de Valois, use de
son influence pour protéger les poètes de la Pléiade, tel Ronsard.
Ambassadeur au concile de Trente (1545-1563). En avril 1560,
Chancelier de France (ministre de la Justice et Premier ministre).
Par l'édit de Romorantin (mai 1560), évite que l'Inquisition ne
soit introduite en France en vue de poursuivre les ‟hérétiques”. Obtient
aussi que quelques droits soient accordés aux Protestants, dont la
liberté de conscience, mais pas la liberté de culte.
Par son Discours de tolérance devant les États généraux
d'Orléans (déc. 1560), essaye de rapprocher les Français. En 1561,
malgré les attaques de Catherine de Médicis, organise un colloque sur
l'Eucharistie réunissant des théologiens des deux confessions.
Mais ces mesures de tolérance échauffent les plus durs. Le massacre de
Wassy (1562) consacre son échec. Bien qu'il ne soit pas Protestant, son existence
est menacée au moment du massacre de la Saint-Barthélemy (1572, image).
« Qu’y a-t-il besoin de tant de bûchers et de tortures ? C’est avec
les armes de la charité qu’il faut aller à tel combat. Le couteau vaut peu
contre l’esprit. »
Étienne Dolet
(1509-1546), écrivain, poète, imprimeur, humaniste et philologue
français. Études à Paris, Padoue, Toulouse. Imprimeur à Lyon avec
l’autorisation de François Ier, édite Galien, Rabelais, Marot, et des
livres à caractère religieux. Défend la lecture des Écritures saintes en
langue vulgaire.
Accusé de publier des ouvrages entachés d'hérésie, favorable à
Luther, emprisonné en 1542 pour athéisme. Relâché après 15 mois de
prison, emprisonné une seconde fois en 1544, s’échappe et se réfugie
dans le Piémont.
. Revient imprudemment en France pour en appeler à la justice du
roi de France, de la reine de Navarre et du Parlement de Paris. Arrêté
et jugé "athée évadé" par la faculté de théologie de la Sorbonne, con-
damné pour blasphème, sédition et exposition de livres prohibés et
damnés. Implore le pardon de Dieu, ce qui lui vaut de ne pas avoir la
langue coupée avant la mise à feu du bûcher… En août 1546, étranglé
puis brûlé avec ses livres sur la place Maubert à Paris*.
* Cette place est réservée aux bûchers des imprimeurs : quatre y sont étranglés puis brûlés en
1546.
Jean Calvin
(1509-1564), Réformateur français mort à Genève. Études à
Noyon, Paris, études de droit à Orléans et Bourges. Après la répression
contre les Protestants*, se réfugie à Bâle, fait traduire la Bible en fran-
çais. Son ouvrage L’institution de la religion chrétienne (1536) résume de
l’essentiel de sa foi. Pasteur et professeur pendant 3 ans à Strasbourg.
En 1540, dans son Commentaire de l’Épître aux Romains,
manifeste clairement sa distance par rapport à Luther : il n’y pas
d’opposition inconciliable entre loi et Évangile. Revient à Genève en
1541.
Opposé en cela à Sébastien Castellion, défenseur de la tolérance
religieuse, est favorable à la condamnation au bûcher de Michel Servet
qui considère le dogme de la Trinité comme non biblique. Écrit de
nombreux traités (contre les Anabaptistes, les libertins, l’astrologie, les
reliques, etc.)
Le calvinisme reconnaît la Bible comme source unique de la foi tout en
admettant les dogmes des 5 premiers conciles, prône le retour à la simplicité
primitive du culte, accorde à la communion une valeur symbolique de commémo-
ration. L’éthique calviniste, qui glorifie le travail et autorise le prêt, est liée à l’essor
du capitalisme et de la démocratie politique et des valeurs culturelles.
* Protestant : du latin protestari, affirmer, déclarer fermement, confesser
(cf. ‘La confession d’Augsbourg’ présentée à Charles Quint, ‘l’Église confessante’
opposée au nazisme)
Michel Servet
Miguel Serveto ou Michel de Villeneuve (1511-1553), théologien
et médecin français d'origine espagnole.
S'intéresse à toutes les branches du savoir, de la géographie
aux mathématiques, de l'alchimie à l'astrologie, de la médecine à la
théologie. Découvre la circulation pulmonaire, précise que le sang se
régénère dans les poumons au contact de l'air.
À l’âge de 20 ans, dans son traité De Trinitatis erroribus, remet
en question la nature divine de Jésus, affirme que les Évangiles
n'apportent aucune preuve du dogme de la Trinité.
S'affirme cependant Chrétien et espère que l'abolition du dogme
de la Trinité permettra de rallier au christianisme les fidèles des autres
religions monothéistes que sont les Juifs et les Musulmans.
En 1536, au service de l'évêque de Vienne (Dauphiné) en
qualité de médecin, entame une correspondance secrète avec le
réformateur protestant Jean Calvin. Condamné à mort pour hérésie
par les Catholiques et les Protestants.
../..
Michel Servet
Arrêté, évadé et jugé par contumace, brûlé en effigie par
l'Inquisition à Vienne (Dauphiné). De nouveau arrêté à Genève, jugé et
condamné pour hérésie par le Conseil des Deux-Cents de Genève, à
l'instigation de Jean Calvin qu'il avait attaqué.
Brûlé vif à Champel, près de Genève, en octobre 1553.
Jean Servet est une figure majeure des Chrétiens unitariens (environ
750 000 personnes dans une quarantaine de pays). À la différence des Chrétiens
trinitariens, ils nient la divinité de Jésus, considéré comme l'homme le plus
proche de Dieu ou son plus grand prophète.
Après la disparition de l'arianisme, l'unitarisme renaît en Europe presque
simultanément en Pologne-Lituanie et en Transylvanie au milieu du XVIe siècle,
sous l'impulsion de Ferenc Dávid et Jean Sigismond Zápolya.
Parmi les autres Unitariens brûlés vifs ou garotés, Hélène Weigel en 1539,
David Joris en 1559, Nicolas Antoine en 1632.
Photo : statue de M. Servet à Annemasse.
Sébastien Castellion
Sébastien Châteillon, latinisé en Castellio (1515-1563), humaniste,
bibliste et théologien protestant français, probablement originaire d’une
famille vaudoise. En 1535, fait ses études au collège de la Trinité à Lyon,
où il acquiert les outils intellectuels de l’humanisme, découvre l’Institution
Chrétienne de Jean Calvin et adhère aux idées de la Réforme.
À Genève, dirige le Collège de Rive, se distingue par ses innova-
tions pédagogiques. Professeur de grec à Bâle.
Après que Michel Servet ait été brûlé vif à Genève pour hérésie
antitrinitaire, publie le Traité des hérétiques qui défend la liberté
religieuse. En 1560, quand s’allume la première des 8 vagues
successives de guerre religieuse en France, publie un petit ouvrage,
Conseil à la France désolée qui, avec 30 ans d’avance, annonce la
solution politique de l’Édit de Nantes.
« Tuer un homme ce n’est pas défendre une doctrine, c’est
tuer un homme. Quand les Genevois ont fait périr Servet, ils ne
défendaient pas une doctrine, ils tuaient un être humain : on ne
prouve pas sa foi en brûlant un homme, mais en se faisant brûler
pour elle. »
John Knox
Introduit la réforme calviniste en Écosse, affaire politique autant
que religieuse. Par ses sermons, contribue à la déposition de la reine
catholique Marie Stuart, décapitée à la hache en juillet 1567. Fondateur
de l’Église presbytérienne, en particulier grâce à sa liturgie : The Book of
common order.
Prédicateur intransigeant, voire puritain fanatique. Libérateur
national contre la tyrannie des Guise et l’occupation des troupes
françaises, qui se livraient, sur le peuple opprimé, aux pires exactions.
Le premier en Écosse à développer l’idée d’une résistance au tyran.
Photos du bas : Patrick Hamilton (1504-1528) et George Wishart (1513-1546), brûlés vifs pour
hérésie par les autorités catholiques
(1515-1572), Réformateur écossais. Études à l’université de
Glasgow, peut-être prêtre, exerce comme notaire et précepteur. Se
convertit à la Réforme en 1546 et devient pasteur. Ses amis Patrick
Hamilton et George Wishart sont brûlés vifs pour hérésie.
Capturé au siège de Saint-Andrews en 1547 par les Français,
envoyé aux galères. Libéré, se rend en Angleterre et devient chapelain du
jeune roi Édouard VI d’Angleterre. À l’avènement de Marie Tudor en 1553,
s’enfuit d’Angleterre, gagne la France puis Genève où il rencontre Calvin.
Ferenc Dávid
(Franz David Herte ou Franciscus Davidis, v. 1520-1579), réfor-
mateur protestant puis unitarien. Études à Wittenberg, recteur du collège
catholique de Beszterce, devient pasteur luthérien à Petres puis Kolozsvár.
Élu évêque calviniste des églises hongroises de Transylvanie.
À partir de 1565, dans le cadre des discussions théologiques sur le
dogme de la Trinité, expose ses doutes concernant le Saint Esprit comme
personne divine autonome.
Nommé pasteur à la cour du prince transylvain Jean II de Hongrie,
János Zsigmond, il lui inspire en 1568 l’édit de Torda, considéré comme le
premier décret de liberté religieuse en Europe. Cet édit prescrit qu’une
communauté peut renvoyer un prédicateur et se passer de ses services,
mais qu’elle ne doit en aucun cas attenter à sa vie ni prendre ses biens.
Fondateur et premier évêque de l'Église unitarienne de Transylvanie.
Après la mort de Jean II de Hongrie (1571), emprisonné pour ses
convictions religieuses à la citadelle de Déva. Mort en 1579 au cours de sa
détention.
Photo du bas : L‘église unitarienne de Cluj-Napoca ou Kolozsvár (Roumanie) et le lycée
unitarien János Zsigmond
Fausto Sozzini
Fausto Paolo Sozzini, ou Faustus Socinus, ou Fausto Socin
(1539-1604), théologien italien. Pour étudier la Bible, apprend l'hébreu,
le grec et l'arabe. Du fait de ces études, voit d'un autre œil les dogmes
chrétiens établis. Vit à Florence, puis à Bâle.
Les autorités s’élevant contre ses idées, s'exile à nouveau en
Pologne. Rejoint en 1562 et se met au service de l’"Église des Frères
de Pologne et de Lituanie qui a rejeté la Trinité", dite Ecclésia Minor,
dédramatise le Jugement dernier en niant l’existence de l’Enfer.
Apprend le polonais et se marie en 1586. Publie plusieurs
traités, notamment, en 1594, De Jesu Christo servatore. Son système
de pensée, qui se veut une interprétation raisonnée de l'Écriture sainte,
inspire le ‘Catéchisme de Rakow’, édité en polonais en 1605. S’inté-
resse surtout à la fonction prophétique de Jésus et à son message.
Le socinianisme met en avant la tolérance et la charité en
s'opposant à la persécution religieuse. Les Sociniens reconnaissent
comme frères Chrétiens tous ceux qui s'efforcent de mettre en pratique
l'enseignement de Jésus, quelles que soient par ailleurs leurs options
théologiques. Un des précurseurs du protestantisme libéral.
Image du bas : le catéchisme de Rakow (1605)
Jakob Böhme
(1575-1624), philosophe mystique allemand de confession luthérien-
ne, cordonnier de son métier, commerçant actif, conseiller en transactions
financières, agent immobilier et négociateur.
Théosophe, surnommé le Philosophus Teutonicus. Reçoit des illumi-
nations en 1600 et en 1612. Devine que la véritable religion ne peut être
dans des querelles théologiques, des imprécations et des excommu-
nications. Gnostique chrétien : recherche une sagesse basée sur une
révélation directe et exprimée par des mythes et symboles plutôt que par
des concepts. Une telle sagesse est plutôt de type contemplatif que
discursif, elle est une philosophie religieuse ou une théosophie.
Située aux confins de la métaphysique, de la mystique et de
l'alchimie théorique, son œuvre présente une forme d'ésotérisme chrétien,
et permettra à la théosophie du 17e siècle d'acquérir ses caractéristiques
définitives. Son message est une des principales sources d’inspiration des
adeptes de l'alimentation végétale. ../..
Jakob Böhme
Contrairement à la métaphysique néoplatonicienne qui, partant
de l’Un de la Perfection, décrit les phases successives de sa dégra-
dation, la mystique de Böhme tente de montrer la genèse de l’être
parfait à partir des êtres imparfaits.
Stigmatisé et persécuté par le théologien et Pastor primarius
luthérien de Görlitz, Gregorius Richter. De pieux paroissiens brisent les
carreaux de la maison de Böhme et profaneront sa tombe.
Sa pensée est répandue
- en Allemagne par Johann Georg Gichtel (1638-1710);
- en Angleterre par divers disciples dont William Law (1686-1761),
- en France grâce aux traductions du mystique franc-maçon Louis-
Claude de Saint Martin (1743-1803), disciple du théosophe et thauma-
turge Joachim Martines de Pasqually (v. 1710-1774). De St Martin,
qui se nomme lui-même le « Philosophe Inconnu », est adepte d’une
théosophie judéo-chrétienne directement reliée aux enseignements
secrets d’Égypte, de Grèce et d’Orient, et à l’origine du martinisme,
courant franc-maçon qui relève de l'ésotérisme judéo-chrétien.;
- et en Russie par le philosophe Nicolas Berdiaev (1874-1948) et par le
philosophe, économiste, théologien et prêtre orthodoxe Sergueï
Boulgakov (1871-1944).
Image du bas : Louis-Claude de Saint Martin
Mary Barrett-Dyer
(1611 ? -1660). Mary Barett et son mari William Dyer, Puritains
anglais qui cherchaient à réformer de l’intérieur l’Église anglicane,
émigrent en Nouvelle-Angleterre (États-Unis) suite à la Réforme
anglaise sous le règne de Charles Ier. Plus d’une décennie plus tard,
à la fin de 1651, Mary Dyer s’embarque pour l’Angleterre et y reste pen-
dant plus de 5 ans, devenant une fervente adepte du quakerisme,
doctrine religieuse établie par George Fox plusieurs années auparavant.
Du fait que les Quakers étaient considérés par les Puritains
comme faisant partie des pires hérétiques, le Massachusetts promulgue
contre eux plusieurs lois. Lorsque Mary Dyer revient d’Angleterre à
Boston, elle est immédiatement jetée en prison puis bannie. Décidée à
mourir en martyre si les lois contre les Quakers n’étaient pas abrogées,
revient encore une fois à Boston, est envoyée à la potence en 1659, la
corde autour du cou avant qu’on lui annonce qu’elle est graciée. N’ac-
ceptant pas cette grâce, revient encore à Boston l’année suivante et est
pendue.
Elle fait partie des quatre Quakers exécutés et connus sous le
nom de ‘martyrs de Boston’. Elle est considérée comme la seule femme
exécutée pour la liberté de religion aux États-Unis.
Image : Mary Dyer amenée à la potence à Boston, 1er juin 1660
Angelus Silesius
Johannes Scheffler (1624-1677), poète et mystique allemand.
Médecin du duc de Würtenberg. Élevé dans le luthéranisme, décou-
vre au cours de ses études les œuvres de certains mystiques du
Moyen Âge, ainsi que celles de Jakob Böhme. Son mysticisme et
ses critiques de la Confession d'Augsbourg le conduisent à se
convertir au catholicisme en 1653.
Prend le nom de Angelus Silesius (en latin, ‟le messager de
Silésie”). Entré chez les franciscains conventuels, ordonné prêtre en
1661. Se retire dix ans plus tard dans une maison jésuite, où il
passe le reste de sa vie.
Sa poésie explore les thèmes du mysticisme, du
quiétisme et tend dans une certaine mesure au
panthéisme, tout en restant dans le cadre de
l'orthodoxie catholique.
Angelus Silesius
« La rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu'elle
fleurit, N'a pour elle-même aucun soin, ne demande pas : Suis-je
regardée ? »
« Insensé l’être humain qui va boire à la mare et oublie la
fontaine qui jaillit chez lui ! »
« Je ne crois en nulle mort; je meurs à toute heure et
chaque fois je n'ai trouvé qu'une vie meilleure. »
« C’est en toi que Dieu doit naître. L’extérieur ne t’est
d’aucun secours. Ressuscite toi-même d’entre les morts ! »
« Ne clame pas vers Dieu, en toi-même est la source ! »
« Mon Dieu, si je n'existais pas, vous non plus n'existe-
riez pas puisque moi, c'est vous, avec ce besoin que vous avez
de moi. »
« Arrête ! Où cours-tu donc ? Le ciel est en toi !
Et chercher Dieu ailleurs, c'est le manquer toujours. »
George Fox
(1624-1691), artisan et prédicateur anglais, dissident de
l’Église anglicane, non conformiste au sein de son courant puritain.
Fonde en 1647 la Religious Society of Friends (‘Société
religieuse des Amis’), plus connue sous le nom de Quakers
("trembleurs" qui frémissent au nom de Dieu), voyage pour la
développer en Grande Bretagne, en Europe et en Amérique du
Nord.
Rejette le recours aux armes pour quelque cause que ce soit,
l’art, la vanité, le gaspillage, critique les dogmes et concepts théolo-
giques, la discrimination des femmes, la hiérarchie religieuse,
l’abus des rites.
Emprisonné plusieurs fois pour trouble à l’ordre public (culte
non autorisé, irrévérence envers les autorités, refus de prêter
serment, etc.).
William Penn
(1644-1718), prédicateur anglais, adhère aux idées de
George Fox. Incarcéré pour cette raison à la Tour de Londres de
décembre 1668 à juillet 1669.
Fuit les persécutions contre les Quakers et, grâce à la fortune
héritée de son père, obtient en 1681 du roi Charles II un territoire
anglais en Amérique du Nord, la province de Pennsylvanie.
Les Quakers fondent en 1682 la capitale Philadelphie ("amour
fraternel"), créent une société sans peine de mort et sans armée
permanente, fondée sur la tolérance et la liberté de conscience.
Signe en 1701 à Shackamaxon un traité d’amitié et de
coopération avec Tamanend, le chef de la tribu amérindienne
Delaware.
Un siècle plus tard, les Blancs massacrent les Peaux Rouges
lors de la conquête du Far West…
Jakob Amman
(1644 ?- 1730) probablement né à Berne, issu d’une famille anabap-
tiste obligée de se convertir au calvinisme ou de quitter la Suisse et implan-
tée en Alsace. Fortement influencé par les croyances des mennonites néer-
landais (Menno Simons, 1496-1561).
En 1693, après des désaccords entre Hans Reist et Jakob Amman sur
les pratiques du lavement des pieds et de la cène, les disciples de ce
dernier, plus conservateurs*, se séparent de la communauté des anabap-
tistes suisses et fondent un nouveau mouvement qui prend le nom d'Amish,
dérivé du surnom familier de Jakob Amman. Le mouvement se développe
près de Sainte-Marie-aux-Mines à partir de 1696.
Après l'arrêté de Louis XIV ordonnant l’expulsion des anabaptistes d'Alsace de
1712, le mouvement amish essaime notamment en Amérique du Nord. Les émigrants
amish passés par les Pays-Bas sont reçus avec bienveillance en Pennsylvanie par le
quaker William Penn, fondateur de cette colonie qui accueille toutes les religions
pourvu qu'elles vivent en paix avec les autres. Soudées par leur discipline très stricte,
les communautés amish vont prospérer et graduellement s'étendre tout en conservant
le mode de vie réglementé par chaque conseil des anciens.
En 1907, les Amish décident d'abandonner le terme ‘amish’ et de le
remplacer par ‘mennonite’, afin de marquer leur union avec les autres
mennonites et anabaptistes.
* vie simple, pacifique et austère, retour à une pratique spirituelle et à une discipline communau-
taire fortes (cérémonie du lavement des pieds 2 fois par an), non-violence, rejet de toute nouvelle
mode vestimentaire, refus de toute nouvelle technologie, etc.
Pierre Bayle
(1647-1706), philosophe français. Fils de pasteur, études de
philosophie chez les jésuites de Toulouse où il se convertit au catholi-
cisme, avant de revenir à la religion réformée pour finalement devenir
sceptique. Enseigne la philosophie à l‘’Académie protestante’ de Sedan.
Poussé à l'exil par la politique religieuse de Louis XIV (révocation de
l’édit de Nantes), s'installe en Hollande en 1681 et y demeure jusqu'à la
fin de ses jours.
Pour lui, la problématique de la morale est indépendante de la
religion, les athées pouvant avoir autant ou plus de sens moral que les
Chrétiens.
Hostile à tous les sectarismes, plaide pour une tolérance civile
qui autorise la liberté de conscience. La tolérance qu’il préconise se
fonde sur le respect des consciences individuelles, et donc sur celui des
diversités spirituelles, ce qui implique le rejet de toute persécution de
l’hérésie.
Son oeuvre majeure, le Dictionnaire historique et critique, qui
préfigure l'Encyclopédie, a beaucoup de succès et lui apporte la
renommée. La France lui propose de revenir à Paris avec une rente
moyennant une conversion de pure forme au catholicisme, ce qu'il
refuse.
John Theophilus Desaguliers
et James Anderson
né Jean Théophile Désaguliers (1683-1744, photo), pasteur anglican
et scientifique anglais. Né à La Rochelle, fils d’un pasteur huguenot réfugié
en Angleterre à l'époque des persécutions anti-protestantes. Études de
droit à Oxford. Pasteur de l'église huguenote de Swallow Street.
Le premier à percevoir l'ampleur de la révolution newtonienne tant
pour la physique que pour la représentation du monde. Publie dans des
domaines très variés : philosophie, électricité, fortifications, déplacement
des fluides, mécanique, mathématiques, automates, télescopes, optique,
ventilation.
Initié en 1712 à la loge ‘Antiquité’, élu en 1719 comme vénérable de
la loge qui se réunit à la taverne Goose and Gridiron ("L’oie et le gril").
En juin 1717, dans cette taverne, 4 loges maçonniques londoniennes
qui ont pour objectif de pratiquer une entraide mutuelle entre leurs mem-
bres se fondent dans la ‘Grande Loge de Londres et de Westminster’.
Le pasteur calviniste presbytérien James Anderson (v. 1678-1739),
membre de la loge maçonnique d'Aberdeen, est chargé de la rédaction
finale de ces nouvelles constitutions publiées en 1723 (image du bas).
Jean-Sébastien Bach
Johann Sebastian Bach (1685-1750), compositeur et organiste
allemand. Son père lui enseigne les instruments à corde, son oncle lui
apprend l'orgue. Compose sa première cantate à 18 ans, étudie avec
Dietrich Buxtehude (1637 ?-1707). Exerce à la cour de Weimar. En 1723,
cantor à l'église Saint-Thomas de Leipzig. En 1747, se rend à la cour de
Prusse, donne des concerts devant Frédéric II. Maîtrise la facture des
instruments, la technique instrumentale, la composition, l'improvisation,
la pédagogie, et la gestion d'une institution musicale.
La piété de la cour luthérienne de Weimar le pousse à composer
quelque 250 cantates, l'austérité réformée calviniste de la cour de
Köthen dirige ses recherches vers la musique instrumentale.
Signe toutes ses partitions SDG, signifiant "Soli Deo Gloria" (à Dieu
seul la gloire). Considère l'Esprit-Saint comme un esprit apaisant lui appor-
tant la paix. Cette mystique lui permet de rester indifférent devant les
nombreuses critiques émises par les piétistes concernant sa musique. Les
nombreux décès survenus dans sa famille sont la cause de son affaiblis-
sement, durant lequel il ne cesse de prendre des forces en son Dieu.
« S'il y a quelqu'un qui doit tout à Bach, c'est bien Dieu ! » Emil Cioran
« L’homme avec lequel j’ai vécu le plus dans ma vie. » Coline Serreau
William Law
(1686-1761), prêtre anglican et mystique de l’Église d’Angleterre et
écrivain anglais. Admiratif de Newton, très marqué par l’œuvre du philo-
sophe allemand et mystique chrétien Jacob Böhme (1575-1624). Perd
son statut d’enseignant au Emmanuel College de Cambridge parce qu’il
refuse de prêter allégeance à George Ier, premier monarque anglais
d’origine hanovrienne.
Appelle chacun à être à l’écoute de son Être profond au-delà des
appartenances religieuses.
« Bien que Dieu soit partout présent, il n’est cependant présent,
pour toi, que dans la partie la plus profonde et la plus centrale de ton
âme. Les sens naturels ne peuvent posséder Dieu, ni t’unir à lui. (…)
Mais il y a chez toi une racine ou une profondeur d’où partent toutes ces
facultés (…) Cette profondeur se nomme le centre, le fondement ou le
fond de l’âme. Cette profondeur est l’unité, l’éternité, je dirais même
l’infinité de ton âme. »
William Wilberforce (1759-1833), le politicien, philanthrope leader du
mouvement pour mettre fin à la traite des esclaves, Stephen Hobhouse (1881-
1961), éminent religieux et militant pour la paix anglais, et Aldous Huxley (1894-
1963) ont été marqués par la lecture de William Law.
Andrew Michael Ramsay
ou chevalier de Ramsay (1686-1743), écrivain et philosophe
français d'origine écossaise. Mère anglicane, père calviniste, se convertit au
catholicisme en 1709 après avoir rencontré Madame Guyon et Fénelon.
Tuteur d’enfants de la noblesse.
Initié franc-maçon à la Horn Lodge en 1730. Son Discours à la loge
Saint-Thomas à Paris en 1736 définit le rôle international intellectuel et
humaniste de la franc-maçonnerie, présentée comme héritière des ordres
chevaleresques de l'époque des croisades. Rêve de greffer sur le catholicis-
me une conception universelle de la religion, dont une maçonnerie chré-
tienne serait la clef de voûte.
Ce discours incite les Maçons, au-delà de l'espace de sociabilité et
de fraternité créé entre eux, à tendre vers le progrès des connaissances,
l'humanisme et l'universalisme. Il est considéré par les historiens comme un
texte fondamental de la tradition maçonnique française.
« Les hommes ne sont distincts essentiellement que par la
différence des langues qu'ils parlent, des habits qu'ils portent, des pays
qu'ils occupent. Le monde entier n'est qu'une République dont chaque
nation est une famille, chaque particulier un enfant. » ../..
Hermann Reimarus
(1694-1768), homme de lettres et philosophe allemand. Études de
théologie, langues anciennes et philosophie à l'université d'Iéna, Privat-
dozent à l‘université de Wittenberg en 1716, visite les Pays-Bas et
l'Angleterre. En 1723, recteur du lycée de Wismar, puis professeur de
langues hébraïques et orientales au lycée de Hamburg. À la suite de
son mariage en 1728 avec Johanne Friederike Fabricius, fait de sa
maison un rendez-vous où se réunissent savants et artistes.
Philosophe des Lumières, répartit les problèmes philosophiques
selon trois domaines (cosmologie, biologie et psychologie, théologie)
qu'il unit dans un système déiste. Pour lui, la raison humaine peut
arriver à une connaissance de Dieu et de l'éthique à partir d'une étude
de la nature et de notre propre réalité interne, éliminant ainsi le besoin
de religions basées sur la révélation.
Dans son livre Von dem Zwecke Jesu und Seiner Jünger (L‘ob-
jectif de Jésus et de ses disciples -1778), est le premier à distinguer le
Jésus de l’histoire, prophète juif mortel, et le Christ de la foi. Déclenche
dans le protestantisme allemand une avalanche de recherches et de
publications. Albert Schweitzer décrira cet essai comme « l'un des plus
grands événements de l'histoire de la critique » , mais aussi comme
« un chef-d'œuvre de la littérature générale. »
Pierre et Marie Durand
L'édit de Fontainebleau, signé par Louis XIV en octobre
1685, révoque l'édit de Nantes par lequel Henri IV, en avril 1598, avait
octroyé une certaine liberté de culte aux Protestants. Interdiction des
assemblées, destruction des temples, conversions forcées au moyen
de dragonnades (de la menace jusqu’au pillage, à la torture, au viol et
au meurtre), exécution des pasteurs, envoi des hommes aux galères,
des femmes en prison, des enfants dans des écoles de ‟rééducation”
catholique. Exil définitif d’environ 200 000 Protestants.
Pierre Durand (1700-1732), organise une assemblée
clandestine en 1719. Emprisonné, s’échappe, étudie la théologie à
Lausanne. Pasteur en 1726 ‟au désert”, mène un ministère clandestin
itinérant. Pourchassé, arrêté, pendu en avril 1732 à Montpellier.
Étienne Durand, père de Pierre et de Marie, est emprisonné
pendant 14 ans (1729-1743) au fort de Brescou à Agde. ../..
Photos : - Les dragonnades
- La maison d’Etienne, Pierre et Marie Durand au Bouchet-de-Pranles (Ardèche)
Marie Durand
Marie Durand (1711-1776) est emprisonnée pendant 38 ans,
de 1730 à 1768, à la tour de Constance, à Aigues-Mortes (photo), avec
une vingtaine d'autres femmes de tous âges et de toutes origines :
hygiène et alimentation déplorables, froid, promiscuité.
L’inscription “Résister” (photo) gravée sur la margelle du puits
de la prison, lui est attribuée sans vraie certitude, mais constitue un
symbole de son attitude : refuse d'abjurer sa foi, encourage ses
compagnes de captivité et écrit de nombreuses
lettres, suppliques ou remerciements à ceux qui
envoient des secours.
Marie Robert, également libérée en 1768,
a été emprisonnée durant 41 ans…
Nikolaus Ludwig von Zinzendorf
(1700-1760), pasteur saxon, évêque de l’Église des ‘Frères Moraves’*,
figure majeure du protestantisme allemand du 18ème siècle
En 1722, une petite colonie de Frères Moraves se réfugie sur ses
terres en Saxe, où elle fonde avec lui la communauté de Herrnhut, dans le
district de Dresde. Les Moraves lui confèrent l'épiscopat en 1737.
Consacre le restant de sa vie à la communauté nouvellement créée
et à l'évangélisation. Établit des colonies moraves aux Pays-Bas et dans les
pays baltes, aux Antilles, en Angleterre. De 1741 à 1743, voyage en Améri-
que où il établit des congrégations moraves à New York et en Pennsylvanie,
notamment l'importante colonie de Bethlehem.
* L'origine de l'Église Morave remonte à Jean Hus, mort sur le bûcher à
Constance, en 1415, et à Jérôme de Prague, martyrisé l'année suivante. Le mouve-
ment des Frères Moraves est fondé en 1457 à Kunwald en Bohême et organisé en
Unitas Fratrum ("Union des Frères") vers 1470. Les Églises Moraves sont presque
totalement décimées durant la Guerre de Trente Ans. De nombreux fidèles se réfugient
en Hongrie, en Saxe, en Hollande et en Pologne. Exilés en Bohême en 1548, ils
poursuivent le triple idéal de la foi, de la communauté et de la liberté et mettent
fortement l'accent sur la vie chrétienne pratique plutôt que sur la pensée doctrinale ou
la tradition ecclésiale. Ils jouent un rôle important dans la culture nationale tchèque,
surtout en traduisant la Bible en langue vulgaire ("Bible de Kraslice").
John Wesley
(1703-1791), pasteur anglican britannique. À l'université d'Oxford,
forme le ¨Club Sacré¨ (Holy Club) avec d'autres étudiants, dont son frère
Charles, pour prier et faire des exercices spirituels. Le qualificatif de
méthodistes qui leur est donné ironiquement est dû à leur la régularité et
leur esprit de méthode.
Influencé par les ‘Frères moraves’ et le ‘Mouvement du Réveil’, vit
en 1738, une expérience de conversion. Annonçant la Bonne Nouvelle du
salut offert à tous les hommes par la foi, rencontre bientôt une vive
opposition de la part de l'Église établie.
Préconise une expérience personnelle avec Dieu. Visite les mines de
charbon et écrit des traités de médecine populaire. S'entoure de prédica-
teurs laïcs, dont George Whitefield (1714-1770), sillonne la Grande-
Bretagne, prépare ses sermons, lit et écrit à cheval. Parcourt plus de
360 000 km et prononce plus de 40 000 sermons.
Contribue à la création d'écoles et d'organismes sociaux pour lutter
contre l'ignorance, la pauvreté, l’alcoolisme, la prostitution, l’exploitation au
travail. Un des premiers à s'élever contre l'esclavage.
Rompt avec l'Église anglicane en 1784 en ordonnant deux diacres, un
prêtre et un évêque, et fondant ainsi l’Église méthodiste.
« Je considère le monde entier comme ma paroisse. »
Jean-Frédéric Oberlin
Johann Friedrich Oberlin (1740-1826), pasteur protestant alsacien.
Études de théologie à Strasbourg, pasteur à Waldersbach dans la vallée
de la Bruche. Dans son ministère pastoral, inspiré du mouvement
"piétiste" allemand, est convaincu que l’élévation vers la vie spirituelle
passe par une amélioration des conditions matérielles de l’existence.
Mène des travaux d’aménagement routier, met en valeur les terrains,
introduit la culture du lin et de la pomme de terre, assèche les marais,
encourage la filature de coton, plante et greffe des arbres fruitiers.
Développe l’apprentissage aux métiers manuels, promeut la formation des
sages-femmes, ouvre une pharmacie, publie un almanach dégagé de
fables et de préjugés, diffuse des livres d’histoire naturelle, ouvre une
école maternelle, organise des prêts de livres, forme les adultes.
Défend un colporteur juif. Ému de compassion par le sort des
esclaves noirs, renonce à l’usage du sucre et du café, qui lui semblent
arrosés de leur sang. Accueille favorablement la Révolution française.
Ouvert aux idées nouvelles, assez semblables à celles des
spiritualistes et des théosophes modernes dont il affirme retrouver la
source dans l’Évangile.
Jean-Paul Rabaut Saint-Étienne
(1743-1793), pasteur protestant français. Avec l’appui de La
Fayette et de Malesherbes, rédige en 1786 un mémoire en faveur des
droits de Protestants. En novembre 1787, Louis XVI promulgue à
Versailles l'Édit de Tolérance (photo du bas), qui permet aux Protestants de
recouvrer un état-civil sans devoir se convertir au catholicisme.
Introduit la liberté de conscience dans la ‘Déclaration des Droits
de l’Homme et du Citoyen’ (août 1789). Président de l’Assemblée
constituante en mars 1790, député de l’Aube à la Convention nationale,
participe à l’élaboration de la constitution de 1791.
Combat la mise en jugement de Louis XVI. Arrêté en juin 1793
avec les Girondins et guillotiné en décembre 1793.
Le mot « tolérance" ne « subsistera que comme un de ces mots
barbares et surannés dont on ne se sert plus, parce que l’idée qu’il
représente est anéantie. Mais, Messieurs, ce n’est pas même la tolé-
rance que je réclame ; c’est la liberté »
« L’instruction publique éclaire et exerce l’esprit, l’éducation
nationale doit former le cœur ; la première doit donner des lumières, et
la seconde des vertus. »
François-Antoine de Boissy d'Anglas
(1756-1826), homme de lettres et homme politique français.
Fils d'un médecin protestant de l'Ardèche, étudie le droit et s'installe à
Paris comme avocat au Parlement.
Élu député du Tiers-état aux États généraux de 1789, se
montre partisan des principales réformes en faveur des libertés dont la
liberté de culte pour les Protestants, et la défense des hommes libres
de couleur. Député à la Convention, vote contre la mort de Louis XVI
et reste toujours le même modéré.
Critique la politique religieuse de la Constituante : « Elle
ordonna pour la religion un établissement pompeux et dispendieux,
presque aussi vaste que celui qu'elle avait détruit ». Promoteur du
décret du 3 ventôse an III (21 février 1795) qui rétablit la liberté des
cultes et institue la séparation des Églises et de l'État, 110 ans avant la
loi sur la laïcité de 1905…
A un rôle pacificateur lors de la ‘Terreur blanche’ de 1815 et
défend la liberté des huguenots vis-à-vis des manifestations catho-
liques. Sa carrière politique se poursuit avec honneur, toujours au
centre droit ou gauche, sans péril. Vice-président de la ‘Société bibli-
que’ et membre de 1803 à 1826 du consistoire de l'Église réformée de
Paris.
Friedrich Schleiermacher
(1768-1834), théologien protestant, philosophe et philologue
allemand. Études de théologie et d’exégèse. Précepteur puis chapelain
de l‘’Hôpital de la Charité’ de Berlin. Pasteur à Halle puis à Berlin.
Membre de l‘’Académie royale des sciences et des lettres’ de Berlin,
mène de front activité d'enseignement et de pastorale.
Selon ses Discours, la doctrine n'est pas une vérité révélée par
Dieu, mais la formulation faite par des hommes de la conscience qu'ils
ont de Dieu. Pour lui, le sentiment religieux n'est ni savoir ni morale, mais
la conscience intuitive et immédiate de l'infini vis-à-vis de laquelle
l'homme a une dépendance absolue ("mystique supranaturaliste").
Fondateur de l'herméneutique* moderne : art général de
l'interprétation permettant de donner aux difficultés rencontrées par la
traduction langagière, la critique littéraire, et l’exégèse biblique un lieu
commun de compréhension et de sens. La compréhension est une tâche
infinie. Par principe, tout texte peut être compris, mais toute compré-
hension ne peut être que partielle : absence de l'auteur, éloignement du
texte par les interprétations déjà données, par la considération de ce que
le texte a de singulier.
* Herméneutique : théorie de la lecture, de l'explication et de l'interprétation
des textes.
Friedrich von Schelling
Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling (1775-1854), philosophe
allemand. Son père, pasteur luthérien, lui enseigne l'hébreu et l'arabe.
Maîtrise de philosophie au séminaire protestant de Tübingen où il rencontre
Hegel et Hölderlin. Participe avec eux à la rédaction d'un célèbre
Systemprogramm, manifeste de l'idéalisme allemand. Professeur de
philosophie à Iéna, Würtzbourg, Erlangen, Munich, Berlin.
Sa philosophie « odyssée intellectuelle », faite de différentes strates :
philosophie de la nature, de l'art, , de l'identité, de la mythologie, de la
Révélation, philosophie rationnelle, positive (religieuse) ou négative,
« La nature est l'esprit invisible, l'esprit la nature invisible. »
« En nous tous est présente une faculté mystérieuse et merveil-
leuse, celle de nous retirer dans la partie la plus intime de nous-mêmes (...)
afin d'intuitionner l'éternel en nous, sous la figure de l'immutabilité. Cette
intuition est l'expérience la plus intime, la plus proche, celle dont dépend
tout ce que nous savons et croyons quant au monde suprasensible. »
« Le passé est su, le présent est connu, le pressenti est
prophétisé. »
« L'art, la religion et la philosophie, telles sont les trois sphères de
l'activité humaine où se manifeste l'esprit suprême comme tel... Dieu, cette
notion constitue le dernier terme de la philosophie. »
Christian Hermann Weisse
(1801-1866), bibliste, théologien protestant et philosophe allemand.
Diplômé de l'université de Leipzig, adhère à l'école hégélienne de philo-
sophie. Développe ensuite, avec Fichte un nouveau théisme spéculatif,
et s'oppose à l'idéalisme panthéiste de Hegel.
En 1835, le philologue prussien Karl Lachmann (1793-1851) avait
démontré que le plus ancien des évangiles était celui de Marc.
Les recherches de Weisse sur le problème synoptique du Nouveau
Testament l'amènent à formuler en 1838 une solution originale : « l’hypo-
thèse des deux sources ».
Selon cette hypothèse, l'évangile selon Marc fut écrit le premier
et constitue l'une des deux sources dont s'inspirent l'évangile selon
Matthieu et l'évangile selon Luc, l'autre source étant le document Q, (en
allemand, Quelle : source), une collection perdue de logia, les dits de
Jésus.
Provocatrice il y a un siècle, car teintée de scientisme, l’hypothèse des deux
sources est aujourd’hui acceptée par la quasi-totalité des spécialistes du Nouveau
Testament, et enseignée dans toutes les bonnes facultés de théologie, catholiques
ou protestantes. Mais seuls quelques téméraires, comme Pierre Nautin, ont trans-
gressé le tabou qui consiste à reconstituer la source Q, à rebours des siècles.
Ralph Waldo Emerson
(1803-1882), essayiste, philosophe et poète états-unien.
Pasteur unitarien, démissionne après un conflit avec les dirigeants de
l'Église. Fait un grand voyage en Europe en 1832-1833. En 1835,
achète une maison à Concord, devient ami de de Henry David
Thoreau. Inspirateur de l’indépendance états-unienne.
Chef de file du mouvement transcendantaliste* américain du
début du 19ème siècle. Beaucoup de ses intuitions lui viennent de son
étude des religions orientales, notamment l’hindouisme, le confucia-
nisme et le soufisme. Ses grandes idées sont l’utilisation de l’expé-
rience personnelle, l’idée de l’ "Âme supérieure" cosmique et la
doctrine de la compensation.
« C'est sur nos propres pieds que nous marcherons, c'est avec
nos propres mains que nous travaillerons, ce sont nos propres idées
que nous exprimerons… Une nation d'hommes existera pour la
première fois, parce que chacun se croit inspiré par l'âme divine, qui
inspire aussi tous les hommes ».
* Une des croyances fondamentales des transcendantalistes était la bonté inhérente
des humains et de la nature. Ils croyaient aussi que la société et ses institutions - particulière-
ment les institutions religieuses et les partis politiques - corrompaient la pureté de l'humain, et
qu'une véritable communauté ne pouvait être formée qu'à partir d'individus autonomes et
indépendants.
Caroline Malvesin
et Antoine Vermeil
C.M.(1806-1889), laïque protestante française. Rêve, vers ses
17 ans, de devenir "sœur de charité", bien qu'il n'existe à l'époque
aucun ordre religieux protestant en France. Marquée par le théolo-
gien protestant Adolphe Monod (1802-1856).
Avec le pasteur Antoine Vermeil * fonde en 1841 la ‘Commu-
nauté des Diaconesses de Reuilly’, ordre religieux protestant d’abord
installé à Paris (rue de Trois Sabres, puis rue de Reuilly), actuelle-
ment à Versailles. 40 autres communautés sont réparties ailleurs, 20
en France et 20 dans le monde, notamment au Cameroun.
La 7ème prieure de la communauté, sœur Myriam (1925-2010,
photo du bas) portée sur le travail biblique, l’accompagnement individuel
et le dialogue œcuménique, a rédigé en 1983 la règle de vie de la
communauté.
* Antoine Vermeil (1799-1864, originaire de Nîmes, études à Genève, pasteur à
Hambourg, Bordeaux puis Paris)
La ‘Fondation Diaconesses de Reuilly’ regroupe aussi des œuvres
sanitaires (gériatrie, soins palliatifs, etc.), médico-sociales (personnes âgées et
handicapées) et sociales (formation, précarité et insertion, accueil d’urgence).
Ses valeurs sont : « ouverture et hospitalité, parole et dignité, compétence et
bienveillance, respect et limites, innovation et institution ».
David Strauss
David Friedrich Strauss (1808-1874), historien et théologien protes-
tant allemand. Répétiteur de philosophie au séminaire protestant de
Tübingen de 1832 à 1835.
Son premier ouvrage, La Vie de Jésus (Das Leben Jesu, 1835)
scandalise son époque en montrant un Jésus historique et non divin et par
sa vision des évangiles comme récit inconscient des premières commu-
nautés chrétiennes. Pour lui l'idée fondamentale de la religion chrétienne
est l'incarnation divine, et les premiers évangiles n'ont pas été écrits dans
un but historique mais pour exprimer cette idée au moyen de mythes.
Rejetant tant l'explication surnaturelle des miracles, que les explications
des rationalistes, il en fait le résultat de l'usage par les premiers Chrétiens
des idées messianiques juives, pour exprimer la conviction que Jésus est
bien le messie. Ses positions sont critiquées, entre autres, par Bruno
Bauer (1809-1882) dans sa Kritik der evangelischen Geschichte der
Synoptiker (1841) et dans Philo, Strauss, Renan und das Urchristentum
(1874).
Son livre Der Christus des Glaubens und der Jesus der Geschichte
(Le Christ de la foi et le Jésus de l‘histoire, 1865) est une critique sévère
des conférences posthumes de Schleiermacher.
Søren Kierkegaard
(1813-1855) écrivain, théologien protestant et philosophe danois.
Vie sinueuse et tourmentée. Son père fait peser sur lui l’emprise d’une
éducation religieuse austère et étouffante contre il se révoltera et s’indi-
gnera toute sa vie, en martelant sans cesse à quel point le christianisme
de son temps a oublié l’idée même de vie intérieure au profit du confor-
misme social. Marqué à vie par sa décision de rompre avec Régine
Olsen.
À 34 ans, défend sa vision d’un christianisme véritable contre
l’Église officielle danoise, luthérienne, et dénonce l'immoralité inhérente
d'un christianisme d'État.
Met en parallèle la foi et le doute, deux attitudes qui se répondent et
qui engagent profondément l'homme dans l'existence. Le doute met en
branle le repos que pourrait procurer la foi. La foi se caractérise par le
risque, le danger. La présence au monde est fondée sur la conscience
de soi et l'introspection. Il faut traverser le désespoir et l’assumer pour
donner à sa vie une profondeur et une épaisseur existentielle.
Distingue 3 stades, 3 grandes attitudes de l’homme face à sa
condition : 1) le stade esthétique, qui se réduit à l’immédiateté de
l’instant et des sens, 2) le stade éthique, celui de l’engagement et de
l’intériorité, 3) le stade religieux, ouverture à l’altérité radicale. ../..
Søren Kierkegaard
« Dieu se rit de nos théories. »
« Exister, ce n’est pas simplement être là sans savoir pourquoi,
c’est aussi, et surtout, s’efforcer de se relier par l’esprit à ce qui
nous dépasse, l’infini et l’éternel.
« Oser devenir entièrement soi-même, un homme singulier,
cet homme singulier déterminé, seul en face de Dieu, seul dans
cet immense effort et dans cette immense responsabilité.»
« Une thèse - une seule. Ô Luther, tu avais 95 thèses : c'est
terrible ! Et pourtant, en un sens plus profond, plus il y a de thèses,
moins c'est terrible. Cette affaire est bien plus terrible : il n'y a
qu'une seule thèse ! Le christianisme du Nouveau Testament
n'existe absolument pas. »
« On ne peut comprendre la vie qu'en regardant en arrière ;
on ne peut la vivre qu'en regardant en avant. »
« Être un maître, ce n’est pas trancher par des affirmations,
c’est apprendre du disciple. Il ne devrait pas y avoir des maîtres à
penser, mais uniquement des serviteurs à penser. »
« Oser, c’est perdre pied momentanément. Ne pas oser, c’est
se perdre soi-même. »
George Williams
(1821-1905), philanthrope anglais. S'est décrit comme « un jeune
homme insouciant, irréfléchi, impie et grossier ». Après un accident,
devient apprenti dans un magasin de drap. En 1837, passe de l'anglica-
nisme au congrégationalisme, autre Église protestante.
Consterné par les terribles conditions qui règnent à Londres pour
les jeunes travailleurs, assemble des collègues pour créer un lieu qui
sorte les jeunes du "péché". Fonde en 1844 la Young Men’s Christian
Association (YMCA*), en France ‘Association chrétienne de jeunes gens’
(ACJG). L'année suivante, elle se répand hors de Londres, puis aux
États-Unis et au Canada. En 1855, elle se mondialise avec l'organisation
de la première conférence mondiale du YMCA.
En 1891, le basket-ball est inventé par James Naismith, ensei-
gnant canadien moniteur d'un camp YMCA. En 1895, le volley-ball est
inventé par un animateur YMCA états-unien, William G. Morgan.
YMCA est la plus ancienne et la plus importante association caritative de jeunesse au
monde. Son objectif est d'aider les jeunes à s'épanouir dans leurs communautés. Elle regroupe
plus de 15 000 associations locales de jeunes, présentes dans 120 pays, représentant 65 millions
de membres qui œuvrent dans de nombreux domaines : insertion par l’emploi, formation, loge-
ment, santé, accueil de réfugiés et demandeurs d’asile, etc.
La célèbre chanson disco du groupe Village People, YMCA, date de 1978.
* prononcer ‘Ouaï Èm Tsi Ey’
Robert McAll
(1821-1893), pasteur protestant anglo-écossais. Études d’architec-
ture puis de théologie. Pasteur à Sunderland, Leicester, Birmingham, etc.
Orateur, parle avec charme, humour et conviction.
Pendant la Commune en juillet 1971, à Paris, est interpellé par un
habitant*. Ouvre à Belleville, Ménilmontant, Charonne et dans de nombreux
quartiers de Paris des locaux, bibliothèques, douches gratuites, dispen-
saires, écoles, soupes populaires, cours de musique et d’alphabétisation.
L’œuvre est dénommée en 1879 ‘Mission populaire évangélique’ de
France. Évite tout risque de sectarisme, n’administre aucun sacrement et
ne prend aucune position dogmatique.
En 1893, la Mission compte 136 salles (et une péniche) d'évangéli-
sation dans 57 villes et 37 départements, y compris la Corse, l'Algérie et la
Tunisie. Elle continue son travail jusqu’à aujourd’hui.**
* « Êtes-vous un ecclésiastique ? Monsieur, j’ai quelque chose à vous dire. Dans ce quartier
qui contient des ouvriers par dizaines de mille, nous ne pouvons accepter une religion imposée, mais
si quelqu’un venait prêcher un autre genre de religion, une religion de liberté et de réalité, alors
beaucoup d’entre nous serions prêts à l’écouter. »
** Coopératives de consommation, ‘École de Mutilés’ à Nantes pendant la 1ère GM, colonies
de vacances, ‘Éclaireuses et Éclaireurs unionistes de France’, postes de lutte anti-alcoolique qui
fusionnent avec la ‘Croix Bleue’, etc. Elle revendique aujourd’hui 16 implantations, 105 salariés
nationaux et locaux, 10 pasteurs et plus de 1000 bénévoles. Elle publie une revue trimestrielle,
"Présence"..
William Booth
(1829-1912), prédicateur méthodiste britannique. De famille
pauvre, est au travail dès l’âge de 13 ans. Se rattache à ‘l’Église
méthodiste’ à l’âge de 15 ans. En 1865, lance une première action
contre l'injustice sociale à travers un mouvement qu'il nomme East
London Christian Mission (‘Mission chrétienne de l'Est londonien’),
avec les mots d’ordre « Soup, soap, salvation » (Soupe, savon,
salut).
Fonde en 1878 la Salvation Army (‘Armée du Salut’) et en
devient son premier général. Le mouvement chrétien avec une
structure quasi-militaire (hiérarchie, discipline, uniforme, règlements,
drapeau), s’attaque notamment à l’alcoolisme, à l’exclusion des
femmes, des émigrants, des prisonniers, des sans-abri.
‘L’Armée du Salut’ est aujourd’hui active dans 120 pays.
« Tant que des femmes pleureront, je me battrai. Tant que des
enfants auront faim et soif, je me battrai. Tant qu'il y aura un alcooli-
que, je me battrai. Tant qu'il y aura dans la rue une fille qui se vend,
je me battrai. Tant qu'il y aura des hommes en prison, et qui n'en
sortent que pour y retourner, je me battrai. Tant qu'il y aura des
victimes d'attentats aveugles, je me battrai. »
Jenkin Lloyd Jones
(1843-1918), pasteur unitarien états-unien, éducateur, journaliste.
Né en Angleterre. Soldat pendant la guerre de Sécession, blessé, en garde
un engagement pacifiste. Secrétaire missionnaire de la Western Unitarian
Conference et rédacteur en chef de l'hebdomadaire religieux libéral Unity.
En 1884, démissionne de son poste de secrétaire de la Western Unitarian
Conference pour servir comme ministre chez All Souls Church. En 1886, fondat
fonde la Chicago Peace Society.
En 1889, soutient le centre social communautaire de Hull House,
créé par Jane Addams et Ellen Starr dans un quartier pauvre de Chicago.
Opposé au travail des enfants, partisan du premier mouvement syndical,
donne des conférences aux immigrants arrivant d'Europe.
Avec Vivekananda (1863-1902), organise le ‘Parlement des religions du monde’
en septembre 1893 à Chicago où, pour la première fois, se rassemblent des représen-
tants de religions orientales, asiatiques et occidentales (image du haut). S’oppose à la guerre
hispano-américaine de 1898 à Cuba et aux Philippines, et à la participation des États-
Unis à la 1ère Guerre Mondiale.
« Jésus n'a pas écrit de Credo, n'a nommé aucun évêque, n'a organisé aucune
Église et n'a enseigné aucune Trinité. »
« La fidélité ne réside pas dans l'acceptation du dogme qui vous a été légué,
mais dans l'esprit réceptif, l'attitude de recherche de la vérité. »
Friedrich Nietzsche
(1844-1900), philologue, philosophe et poète allemand. Fils d’un
pasteur protestant, forge sa pensée en réaction aux milieux ecclésias-
tiques marqués par une morale religieuse étouffante.
Ses affirmations brutales, puissantes, dérangeantes, ne sont pas
toujours argumentées et sont parfois contradictoires. À partir de 1889,
sombre progressivement dans la démence. Après sa mort, l'interprétation
de son œuvre est défigurée par l'image de la folie, par sa sœur Elisabeth,
antisémite, et par la propagande nazie.
Critique la démocratie, Rousseau, l'héritage chrétien et l'éducation
moderne, mais souhaiterait voir la politique, l'État et toute autorité
subordonnés à une éducation élitiste tournée vers l'art et la pensée.
La “volonté vers la puissance” (Der Wille zur Macht), qui est d’abord
résistance à l’adversité, désigne pour lui un impératif interne de dépas-
sement de soi exprimé par l'expression “devenir plus ou dépérir”.
../..
Friedrich Nietzsche
Considère la “violence de forts” comme un chemin de l'élévation
humaine, sans lequel l'homme se renie et se mutile, mais affirme que la
spiritualisation des instincts les plus agressifs est la forme la plus haute de la
culture. Courtois, sensible et doux, ami des Juifs, est opposé au pangerma-
nisme et au militarisme.
Critique les religions (notamment le christianisme et le bouddhisme) et
les “théologies de la tristesse”, considère la joie comme le critère éthique
fondamental qui valide l’action humaine.
Le “sur-homme” (Űbermensch) est selon lui l’être humain qui est
devenu qui il est et qui a accompli toutes ses potentialités. Considère Jésus
de Nazareth comme le prototype même du sage et de l’homme accompli.
En proclamant “la mort de Dieu”, souhaite voir mourir le Dieu dont on
craint les châtiments ou à qui l’on demande des récompenses ou des faveurs
(et qui suscite, à juste titre, l’athéisme).
Appelle au consentement total à la vie comme elle est, avec ses
souffrances (amor fati : amour du destin) et à faire de sa vie une œuvre d’art,
à travers un processus permanent d’autocréation. ../..
Friedrich Nietzsche
« Il faut porter en soi un chaos pour pouvoir mettre au monde un
étoile dansante. »
« Ce n’est pas le doute qui rend fou, c’est la certitude. »
« L’homme est un animal capable de promesse (…) » et de
« répondre de lui-même comme avenir. »
« Si la Bonne Nouvelle de l’Évangile était inscrite sur votre
visage, vous n’auriez pas besoin d’exiger aussi obstinément la foi en
l’autorité de ce livre : vos œuvres, vos actions devraient sans cesse
rendre la Bible superflue, une Bible nouvelle devrait sans cesse par
vous surgir ! » F. Nietzsche
« En déclarant que Dieu est mort, Nietzsche avait dit non pas
que la question de Dieu ne se posait pas, mais qu’elle se posait ailleurs
et autrement que dans le coffre-fort où les religions avaient enfermé leur
idole. » Bernard Feillet
Tommy Fallot
(1844-1904), pasteur et théologien protestant français. Né en
Alsace au Ban de la Roche, où ses parents et grands-parents sont venus
en réponse à l'appel du pasteur Jean-Frédéric Oberlin, est très tôt
sensible à l'influence d'hommes de foi soucieux des problèmes sociaux
liés à l'industrialisation et à l'émergence du prolétariat. Thèse de
théologie sur Les Pauvres et l'Évangile à la ‘Faculté de théologie
protestante de Strasbourg’.
Pasteur en Alsace puis à Paris, entre en contact avec l'œuvre
d'évangélisation du pasteur anglais Robert McAll, fondateur de la
‘Mission populaire évangélique’ et animateur de "conférences morales"
destinées à apporter aux plus démunis le message de l'Évangile. À partir
de 1882, s'attache à la défense de la moralité publique et en particulier
au problème de la prostitution. Son souci de plus en plus marqué pour
les problèmes du peuple le pousse à adhérer aux idées du socialisme.
Fonde le ‘Cercle socialiste de la libre pensée chrétienne’, devenu en
1882, la ‘Société d'aide fraternelle et d'études sociales’, qui conduira au
grand mouvement du christianisme social, projet à la fois utopique et
critique visant à apporter une solution chrétienne aux questions sociales.
« Dieu seul est laïque. Hélas, l’homme souffre de maladies
religieuses cléricalement transmissibles. »
Adolf von Harnack
(1851-1930), professeur balte-prussien protestant, docteur en
théologie, en droit, en médecine et en philosophie. Républicain conser-
vateur, prend position pour la démocratie sociale contre la ligne majori-
taire du protestantisme, alors presque entièrement anti-républicain.
Auteur d’ouvrages sur la littérature chrétienne ancienne, sur
L’essence du christianisme, sur Marcion (qu’il considère comme la figure
la plus importante de l’histoire de l’Église entre Paul et Augustin), sur le
monachisme et surtout sur l’histoire des dogmes. Les dogmes, dit-il, sont
une création humaine, ils évoluent avec le temps.
Oppose un christianisme primitif sans dogmes à un catholicisme
pétri d’hellénisme, "hiérarchique, dogmatique et rituel". Refusant de
transformer le christianisme en objet du passé, admirable, certes, mais
renvoyé aux musées, veut ouvrir un nouvel âge " postdogmatique ", en
redécouvrant la simplicité du christianisme des origines purifié de ses
scories.
Affirme qu’il faut revenir à l’essence de la foi au Père révélé par le
Fils en « rejetant comme un vêtement les pensées et les formes qui, un
certain temps, avaient été tenues pour saintes. »
Josiah Royce
(1855-1916), philosophe états-unien issu de familles anglaises.
Professeur à l'université Johns-Hopkins, puis à Harvard. Protestant,
apprend le sanskrit pour étudier le bouddhisme.
Travaille le concept de communauté, où les individus restent des
individus à part entière, mais en formant une telle association, ils
participent à une réalité qui s'étend au-delà de leur propre existence
individuelle.
Soutient que le mal est une force réelle, qui doit être combattue
comme telle ; la souffrance est quant à elle un fait d'expérience
irréductible. Comme Dieu n'est pas un être séparé, la souffrance et la
douleur des êtres humains sont également la souffrance et la douleur de
Dieu. Considère comme des "causes universelles" : l'accès total à la
vérité ; la connaissance complète de la nature de la réalité par la
recherche et l'interprétation ; l'expansion universelle de la fidélité à la
loyauté elle-même.
Dans Le problème du christianisme, affirme la pertinence des
idées fondamentales du christianisme (communauté, péché, expiation,
grâce qui sauve) pour la confluence des religions du monde, appelle à
transformation personnelle faite de loyauté envers la communauté de
toute la famille humaine.
Nathan Söderblom
Lars Olof Jonathan Söderblom (1866-1931), pasteur luthérien
suédois. Études en grec, hébreu, arabe et latin, docteur en théologie.
Professeur d’histoire des religions à Uppsala puis Leipzig. Aumônier à
l'hôpital psychiatrique d'Uppsala, puis à l'ambassade de Suède à Paris.
En 1901, obtient un doctorat de religion comparée de la Sorbonne pour
une thèse portant sur le mazdéisme.
Avant Rudolf Otto, tente de donner une description du sacré.
Archevêque d'Uppsala en 1914, primat de l’Église suédoise, promeut
une réforme liturgique et travaille inlassablement à l'amélioration de la
condition des prisonniers de guerre et des réfugiés.
Architecte du mouvement œcuménique au 20ème siècle. La
conférence de Stockholm pour un ‘christianisme pratique’, qu’il organise
en 1925, notamment avec Wilfred Monod, rassemble Anglicans, Protes-
tants, et Chrétiens Orthodoxes.
Reçoit le Prix Nobel de la paix en 1930 « pour ses efforts pour
impliquer les églises pas seulement dans le travail pour l'union œcu-
ménique, mais aussi pour la paix mondiale. »
.
Wilfred Monod
William Frédéric Monod (1867-1943), pasteur et théologien réformé
français. Docteur en théologie. Assure l'éducation religieuse des jeunes
protestants du quartier des Halles et des enfants de familles défavori-
sées, fonde ‘l’École du Jeudi’. S’engage dans le christianisme social ,
propose un programme social que les Églises protestantes devraient
s’efforcer de réaliser.
S’implique activement dans le mouvement de rassemblement des
Églises protestantes qu’avait créé en 1908 l’évêque suédois luthérien
Nathan Söderblom (1866-1931) sous le nom de ‘Christianisme pratique’,
qui tente d’oublier les querelles théologiques pour se concentrer sur la
question sociale.
Crée avec son fils Théodore Monod (1902-2000) en 1923 la
‘Communauté des Veilleurs’, fraternité de prière centrée sur la vie
chrétienne pratique et la méditation de la Bible, dont la liturgie a pour
fondement les Béatitudes et s’inspire des liturgies de différentes
confessions.
Parce qu’il ne fait pas de la rigueur de la problématique théologique
sa préoccupation première, est écarté en 1929 de la Faculté de Théo-
logie de Paris, ce qu’il ressent très douloureusement.
Rudolf Otto
(1869-1937), théologien luthérien allemand, spécialiste d’étude
comparée des religions. Professeur à l'université de Göttingen, de Breslau,
puis de Marbourg. En 1911 et 1912, réalise un voyage en Afrique puis en
Inde et au Japon. Travaille sur une comparaison des spiritualités orientales
et des spiritualités occidentales.
Pour lui, l’expérience religieuse n’est pas réductible en termes
d'idée, de concept, de notion abstraite, de précepte moral. Dans son
ouvrage Das Heilige ("Le Sacré" , 1917), définit le concept de sacré
comme étant "numineux", (du latin numen, la puissance agissante de la
divinité). Cette notion fait référence à une « expérience non-rationnelle, se
passant des sens ou des sentiments et dont l'objet premier et immédiat se
trouve en dehors du soi. » Propose ainsi un paradigme pour l'étude des
religions, se focalisant sur le besoin de réaliser le sentiment religieux,
considéré comme non réductible et comme une catégorie en soi.
Une expérience numineuse est une expérience que l’on pourrait
qualifier de mystique, où l’on se sent plein de force, de sérénité, d’amour,
de compassion, de créativité et/ou d’inspiration, ou encore du Tout-Autre.
Richard Wilhelm
et Étienne Perrot
R.W. (1873-1930), pasteur et missionnaire protestant, traducteur et
sinologue allemand, ami de Carl Gustav Jung. On lui doit la traduction de
nombreux ouvrages de philosophie du chinois en allemand, qui à partir de
cette langue ont été à leur tour traduits dans d'autres langues européennes.
Traduit notamment et publie en 1924 le Yi King, ou Livre des transfor-
mations, système de signes et de symboles organisés et interprétés, dont la
lecture permet toujours une seconde lecture, qui peut être utilisé pour faire
des divinations.
Ce texte de sagesse, datant du 8ème siècle avant J.-C. et traduit par
les jésuites résidant à la cour de Pékin, est à la fois ésotérique et pragmati-
que, philosophique et moral. Le Yi King propose des pistes sur une situation
et ses évolutions possibles, jouant le rôle d'un oracle qu'on consulte avant
de prendre une décision sur une question difficile.
En 1973, un des traducteurs principaux de Carl Gustav Jung, Étienne
Perrot (1922-1996, photo du bas), psychanalyste et spécialiste d'alchimie,
traduit en français du livre de Richard Wilhelm et ouvre en France l'intérêt
pour le Yi King auprès du grand public.
Albert Schweitzer
(1875-1965), philosophe et médecin alsacien, musicien organiste,
pasteur et théologien protestant.
Publie, en 1906, une étude exhaustive de tous les travaux sur Jésus
de Nazareth qu’il conclut en disant que la personne du Jésus historique est
définitivement enfouie dans les évangiles : jamais, selon lui, on ne pourra
l’atteindre.
En 1915, pendant son incarcération par l’armée française en tant que
citoyen allemand, lui sont révélées l’idée et éthique du respect de la vie,
inspiré des religions de l’Inde, qui le conduira au végétarisme. Dans Kultur-
philosophie, étude philosophique de la civilisation, aborde la pensée éthique
à travers l’histoire et invite ses contemporains à mettre en œuvre une philo-
sophie de respect de la vie.
Fonde en 1913 l’hôpital de Lambaréné au Gabon, un village-hôpital de
bois, de tôle et de torchis où il soigne notamment les lépreux, et un hôpital-
refuge pour les animaux. Prix Nobel de la paix (1952).
Dénonce et combat l’arme nucléaire à partir de 1954.
../..
Albert Schweitzer
Sceptique à l’égard des dogmes, raconte qu’encore étudiant, il y
voyait des constructions spéculatives, artificielles et inutiles, « un
brouillard de connaissances incertaines. » Président d'honneur de l'Asso-
ciation française des protestants libéraux, très proche des unitariens
états-uniens.
Comprend le christianisme non comme une religion axée sur l’au-
delà, mais bien comme un message éthique devant transformer le
monde. À sa future femme Hélène en 1903, il écrit en 1903: « Je crois
parce que j’agis » (et non : « J’agis parce que je crois »). Il reprend à son
compte la phrase de Goethe (dont il est un grand connaisseur) : « Au
commencement était l’action. » En 1904, déclare à ses paroissiens :
« Quand vous dit de rester tranquille, c’est le diable qui parle ; lorsque on
vous dit de vous lever et d’agir, c’est sûrement Dieu. »
« Accepter aveuglément une vérité sans y réfléchir mine à l'avance la
vie spirituelle. »
« L'éthique c'est, la reconnaissance de notre responsabilité envers
tout ce qui vit. » ../..
Albert Schweitzer
« Soudain m'apparurent, sans que je les eusse pressentis
ou cherchés, les mots "respect de la vie". (…) Enfin je m'étais
ouvert une voie vers le centre où l'affirmation du monde et
l'affirmation de la vie se rejoignent dans l'éthique. Je tenais la
racine du problème. Je savais que cet ensemble qui détermine
une civilisation digne de ce nom, trouve son fondement dans la
pensée. »
« Toute vie émane d’une vie et engendre une vie… Je
suis vie qui veut vivre, au milieu des vies qui veulent vivre. »
« Nous sommes en présence d'une mystique chaque fois
qu'un homme considère comme abolie la distinction entre le
terrestre et le supraterrestre, le temporel et l'éternel, et qu'il a
le sentiment, tout en restant encore dans le domaine du
terrestre et temporel, d'appartenir déjà au domaine suprater-
restre et éternel. »
Hermann Hesse
(1877-1962), romancier, poète, peintre et essayiste allemand.
Fils de missionnaires qui le destinent à devenir pasteur, s’enfuit en
1892 du couvent de Maulbronn et se forme seul tout en exerçant
divers métiers. S’établit en Suisse en 1899 et publie ses premières
œuvres.
Un des rares intellectuels européens à comprendre la monstruo-
sité de la 1ère Guerre mondiale, l’abjection de la haine nationaliste et
les impostures de la propagande. Obtient la nationalité suisse en
1924. En 1932, s'exprime pour les auteurs - juifs ou non - pourchassés
par les nazis.
Écrivain des déchirements de l’existence humaine, aspire à une
civilisation où il y ait équilibre entre spiritualité et animalité.
Prix Nobel de littérature en 1946.
« Nos maîtres nous enseignaient pourtant, dans cette discipline si
amusante nommée histoire, que le monde a toujours été gouverné et
transformé par des hommes qui s’étaient donné une loi personnelle
après avoir rompu avec la tradition. »
../..
Hermann Hesse
« Le vrai protestant se défend contre sa propre Église aussi
bien que contre les autres, car sa mentalité lui fait préférer l’évolution à
la stagnation. Et, dans ce sens, je pense que Bouddha était, lui aussi,
un protestant ».
« Rien ne m'inspire un sentiment plus vif de haine, d'horreur et
d'exécration que ce contentement, cette bonne santé, ce bien-être, cet
optimisme irréprochable du bourgeois, cette volonté de faire prospérer
généreusement le médiocre, le normal, le passable. »
À propos du possédant et du sédentaire : « car il est tant de
choses qu’il ne veut pas qu’on lui rappelle : l’instabilité de toute
existence, l’incessante décomposition de toute vie, la mort glacée et
inexorable dans laquelle baigne l’univers. »
« Voilà longtemps que nous avons perdu le paradis, et le
paradis nouveau dont nous rêvons ou que nous voulons édifier ne se
trouvera pas sur l’équateur ni au bord des mers chaudes d’Orient : il
est en nous et dans notre avenir d’hommes du Nord. » ../..
Rudolf Bultmann
(1884-1976), théologien et exégète allemand de tradition
luthérienne, opposé au nazisme. Professeur d'études néotestamen-
taires à Marburg.
Démontre que les caractéristiques des sources chrétiennes ne
sont pas des comptes-rendus journalistiques, ni des documents
historiques, mais des témoignages de foi situés dans le contexte
vivant des communautés chrétiennes primitives.
Développe la démythologisation de l’Évangile, réinterprétation
pour le rendre recevable et compréhensible aux contemporains,
clarifie la véritable intention du mythe, et donc, la véritable intention
du texte.
Construit une nouvelle anthropologie pour un homme mieux à
même de comprendre le sens des Évangiles.
« Un événement historique - la venue et le départ de Jésus, sa
croix - est l'événement eschatologique. Mais pas sa résurrection,
non ! Seule la foi des premiers disciples en sa résurrection peut être
qualifiée d'événement historique. »
Karl Barth
(1886-1968), théologien et pasteur protestant suisse, une des
personnalités majeures de la théologie chrétienne du 20ème siècle.
Toute son œuvre est une protestation contre les tentatives
humaines (politiques, morales, religieuses et même théologiques) pour
instrumentaliser Dieu en l'identifiant à une cause ou à une doctrine.
Affirme l'altérité radicale de Dieu, qui est libre à l'égard de tout ce
que l'on peut en dire ou en faire dans les Églises ou les doctrines.
En 1934, principal auteur de la "Déclaration théologique de
Barmen", texte fondamental d'opposition chrétienne à l'idéologie nazie.
À la fin de sa vie, participe à la lutte contre la prolifération des
armements atomiques.
« Nous devons savoir à la fois que nous devons parler de Dieu et
que nous ne le pouvons pas. »
« S'il y a bien un athéisme de l'homme, un homme sans Dieu, il n'y
a pas de Dieu sans l'homme. »
Paul Tillich
(1886-1965), écrivain allemand, philosophe et théologien protestant.
Chassé de l'Université en 1933 pour avoir pris la défense d'étudiants
juifs molestés par les nazis, s'exile aux États-Unis. En 1961, cofonda-
teur de la Society for the Arts, Religion and Contemporary Culture.
Pour lui, la foi n’est ni une connaissance, ni un sentiment, ni une
tranquillité. Elle est une question et une recherche, celle du sens ultime
de notre existence et du monde. Elle n’élimine pas le doute, elle l’inclut
et l’affronte constamment. Elle s’exprime dans des symboles qui devien-
nent idolâtres si on les prend à la lettre. Dieu est toujours "au-dessus de
Dieu", c’est-à-dire au-dessus de ce que nous en disons, au-dessus
même du nom par lequel le désignons. Propose de ne plus parler de
"Dieu", mais de "la profondeur de l’être".
Selon lui, la question centrale de toute quête philosophique revient
toujours à la question de l'être : que signifie être, exister, être un être
humain fini ?
Énumère les 3 angoisses fondamentales de l’homme : 1) la peur
de mourir (plan physique); 2) la culpabilité (plan moral); 3) l’absurde,
l’inquiétude au sujet de l’orientation de sa propre vie (plan spirituel).
../..
Paul Tillich
Affirme que l’amour de Dieu pour l’homme est le fondement premier
ou ultime du courage d’être. Il faut penser Dieu non pas comme extérieur
à nous ni comme identique à nous, mais comme cette puissance d’être,
cette puissance pour la vie qui nous habite et agit en nous sans se con-
fondre avec nous.
La vie demande toujours du courage et le courage est toujours une
foi. Si le courage se rencontre parfois dans des circonstances exception-
nelles (l’héroïsme), il se déploie d’abord et surtout dans le quotidien, dans
l’ordinaire de l’existence. La foi - pas forcément religieuse, mais foi en
des valeurs, en la vie - est le courage d’être et de vivre.
Le courage, l’affirmation de soi qu’implique chaque moment de notre
existence, implique une transcendance, puisque sa source ne se situe ni
dans le monde ni en nous. Tillich nous invite à nous étonner du banal et à
développer une spiritualité du quotidien. ../..
Photos : Le transi ( = le trépassé), sculpture du squelette de René de Chalon, prince
d’Orange, par Ligier Richier (1547, église St Étienne de Bar-le-Duc). Le squelette, le bras tendu
vers le ciel, présente dans sa main son cœur saignant à Dieu. Cette sculpture évoque l’angoisse,
la révolte, le questionnement de l’être humain face à la mort et sa mise en accusation de Dieu.
Paul Tillich
« Tout le monde a la préoccupation de l’ultime, et cette préoccupation
existe dans un acte de foi, même si l'acte de foi inclut le refus de Dieu. Là
où il y a la préoccupation de l’ultime, Dieu ne peut être refusé que dans le
nom de Dieu. »
« Le penchant naturel vers la sécurité, la perfection et la certitude (…)
est biologiquement nécessaire, mais il devient un facteur de destruction
biologique s’il nous fait éviter tout risque d’insécurité, d’imperfection et
d’incertitude. »
« Les dangers qui accompagnent le changement, le caractère
inconnu des choses qui arrivent, l’obscurité de l’avenir, tout cela contribue à
faire de l’homme moyen un défenseur fanatique de l’ordre établi. »
« L’acte d’accepter l’absence de sens est en lui-même un acte plein
de sens : il est un acte de foi. Celui qui possède le courage d’affirmer son
être en dépit des angoisses du destin (…) ne les a pas supprimées : il
demeure sous leur menace et il subit leurs coups. (…) La foi qui crée le
courage de les intégrer n’a pas de contenu spécifique : c’est la foi, tout
simplement, sans direction précise, absolue. »
Simon Kimbangu
(1887-1951), leader religieux congolais. Né dans le futur Congo belge
(Zaïre), catéchiste à la mission baptiste pour l’ethnie Ba-Kongo. Ouvrier
dans les huileries de Kinshasa vers 1920, est en contact avec des militants
américains anticolonialistes.
Commence son ministère de guérison et de prédication en 1921 à
N’kamba. Réclame et obtient la destruction des fétiches, la proscription de
l’alcool, de la polygamie, des danses collectives éroto-extatiques, de la
sorcellerie, africanise le culte. Préconise la non-violence.
Sa carrière publique ne dure que 6 mois, car son succès dérange les
colonialistes et les missionnaires. Inculpé de sédition, condamné à mort
par un juge militaire belge, peine commuée par le roi Albert 1er en déten-
tion perpétuelle après 120 coups de fouet. Le village de N’kamba est rasé
par les autorités belges.
Meurt après 30 années de prison après avoir partagé ses maigres
rations de nourriture avec d'autres prisonniers.
Son enseignement donnera par la suite naissance à l’Église
kimbanguiste, admise en 1969 au ‘Conseil œcuménique des Églises’.
Après s'être organisée et avoir épuré son dogme et sa liturgie, elle perd sa force
novatrice et contestataire et devient un partenaire du nouveau pouvoir zaïrois.
Henry Miller
(1891-1980), romancier et essayiste étatsunien. Fils de
parents allemands luthériens. Petits boulots, brèves études au City
College of New York, directeur du personnel de la Western Union
Telegraph. Vit 9 ans à Paris, une année en Grèce, puis en Californie.
Libère des tabous sexuels la littérature étatsunienne, à la fois d'un point
de vue moral, social, et légal. Romans tous censurés aux États-Unis
pour obscénité. Pianiste amateur et peintre.
Se qualifie lui-même de « roc heureux ». Sur son lit de mort, dit
que s'il a tellement écrit sur sa vie, ce fut uniquement par amour sincère
des gens et non pour la célébrité.
« Les œuvres des enfants ont leur place à côté des chefs-
d'œuvre des grands maîtres. »
« L'homme a ce choix : laisser entrer la lumière ou garder les
volets fermés. »
« Dieu est le possible qui réside au-delà de l'actuel. Dieu
n'existe pas. Dieu est une création car l'éternité ne suffit pas. »
« Certains sentent la pluie à l'avance : d'autres se contentent
d'être mouillés. » H. M.
« … le visage du vieil athée mystique Henry Miller, illuminé de
paix. » Jean Sulivan
Martin Niemöller
(1892-1984), pasteur luthérien et théologien allemand. Officier
sous-marinier pendant la 1ère guerre mondiale. Ordonné pasteur en
1924.
En 1933, appelle les pasteurs hostiles aux mesures antisémites à
s'unir au sein d'une nouvelle organisation, le Pfarrernotbund, ("Alliance
d’urgence des pasteurs") respectueuse des principes de tolérance
énoncés par la Bible.
À la fin de l'année 1933, 6 000 pasteurs, soit plus d’1/3 des
pasteurs protestants, ont rejoint ce groupe dissident.
Déchu de ses fonctions de pasteur en novembre 1933.
En automne 1934, rejoint Karl Barth, Dietrich Bonhoeffer, etc.
pour fonder l'Église confessante (Bekennende Kirche), groupe
protestant opposé à l’idéologie nazie.
Photos : - Niemöller en officier sous-marinier, puis en pasteur
- Évêques catholiques lors d’une rencontre de jeunes organisée par le parti nazi
au stade de Berlin-Neukölln en août 1933
Voir aussi M.N. dans le trombinoscope de la non-violence
Martin Niemöller
Arrêté en 1937 sur ordre personnel d'Hitler et envoyé au camp de
Sachsenhausen, transféré en 1941 au camp de concentration de
Dachau.
Libéré du camp par la chute du régime nazi, en 1945, se consacre
par la suite, jusqu'à sa mort en 1984, à la reconstruction de l'Église
protestante d'Allemagne et prend de plus en plus de distance avec les
milieux conservateurs de ses origines pour devenir un militant de la paix
et de l’Europe.
« Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n'ai
rien dit, je n'étais pas communiste.
Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n'ai rien dit, je n'étais
pas social-démocrate.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n'ai rien dit, je n'étais
pas syndicaliste.
Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour
protester. »*
* Ce texte de Niemöller est souvent attribué à tort à Bertolt Brecht. La forme initiale
exacte et l'origine de ce poème ne sont pas connues avec certitude. Son texte a évolué au fil du
temps, la première version daterait probablement de 1946, pour ne prendre la forme d'un poème
qu'au début des années 1950. Le contenu ci-dessous est une traduction de celle reconnue
définitive par la Fondation Martin Niemöller.
Reinhold Niebuhr
(1892-1971), théologien protestant étatsunien. Son père, pasteur
luthérien allemand, migre aux États-Unis en 1902. Bachelor of Divinity de
l'université Yale en 1914.
De 1915 à 1928, pasteur à Detroit. Critique la taylorisation et Henry
Ford, invite les responsables syndicaux à utiliser la chaire pour exposer
leurs messages sur les droits des travailleurs. En 1917, malgré son
pacifisme, s'engage comme aumônier dans l'armée étatsunienne. En
1923, voyage en Europe pour rencontrer des intellectuels et des théolo-
giens. Ce qu’il voit durant l'occupation franco-belge de la Rhénanie le
renforce ses convictions pacifistes.
En 1928, professeur de théologie pratique à l’Union Theological
Seminary à New York. Influence de nombreuses générations d'étudiants,
comme Dietrich Bonhoeffer. Lutte contre le communisme avec ardeur et
soutient l'entrée en guerre des États-Unis contre l'Allemagne nazie.
Éditeur du journal Christianity and Crisis de 1941 jusqu'en 1966.
Mène des études sur les relations entre la foi chrétienne et la réalité
de la politique moderne et de la diplomatie. Fait partie du groupe des 51
citoyens étatsuniens connus qui, à l’instigation d’Albert Einstein, créent
l’International Relief Association (IRA) dont le but est d’ "assister les
Allemands souffrant de la politique du régime de Hitler".
Reinhold Niebuhr
Partisan de l’œcuménisme, participe en août 1948 à la conférence
fondatrice du ‘Conseil œcuménique des Églises’ à Amsterdam.
Dans les années 1960, soutient le mouvement pour les droits civi-
ques de Martin Luther King. Opposé à la guerre du Vietnam.
Dans son ouvrage Moral Man and Immoral Society, écrit que "toute
l'histoire de l'humanité porte témoignage du fait que la puissance [power] qui
prévient l'anarchie dans les relations intra-groupes encourage l'anarchie
dans les relations intergroupes ".
Dans son livre The structure of Nations end Empires, constate l'impos-
sibilité de penser la guerre comme ultima ratio des relations internationales
à l'âge nucléaire.
Un des théologiens américains majeurs du XXe siècle. Sa pensée a
influencé de nombreuses personnalités politiques étatsuniennes, notam-
ment Barack Obama. ../..
Reinhold Niebuhr et la Serenity Prayer
La prière de la sérénité, souvent attribuée à tort à l’empereur romain Marc
Aurèle, a été écrite par Reinhold Niebuhr, qui aurait commencé à la prononcer
publiquement vers 1932. Bien que la plupart des historiens conviennent que Niebuhr
est l'auteur original de la prière de la sérénité, il n'en est pas l'éditeur original. Les
premiers enregistrements écrits de la prière proviennent de Winnifred Crane Wygal
(1884-1972), un étudiant de Niebuhr qui publie la prière dans plusieurs journaux tout
au long des années 1930, notamment dans le journal Santa Cruz Sentinel du 15
mars 1933.
La prière se répand rapidement, souvent sans attribution, à travers les groupes
religieux dans les années 1930 et 1940. Elle est adoptée et popularisée par les
‘Alcooliques anonymes’ dans leur Big Book paru en 1939*, par la Young Women's
Christian Association, etc. Niebuhr la prononce dans un sermon en 1943 à la Heath
Evangelical Union Church à Heath (Massachusetts), la publie dans le Livre de
prières et de services pour les forces armées de 1944 et en 1951 dans un magazine.
“ God, give us grace to accept with serenity the things that cannot be
changed, courage to change the things which should be changed, and the wisdom
to distinguish the one from the other ”
“ Dieu, donne-nous la grâce d'accepter avec sérénité les choses qui ne
peuvent être changées, le courage de changer celles qui devraient l'être, et la
sagesse de les distinguer l'un de l'autre ».
* au même titre que la prière dite de saint François, d'où parfois son attribution erronée à ce saint. En réalité,
la prière « Seigneur, faites de moi un instrument de votre paix » est apparue, anonyme, pour la première fois en 1912
dans une revue de piété, La Clochette, et a été attribuée à tort à François d’Assise vers 1925.
Howard Thurman
(1899-1981), pasteur baptiste, philosophe, théologien, enseignant
états-unien, auteur de 21 livres. Le premier Afro-étatsunien à rencontrer
Gandhi en février 1936 à Bartoli, près de Bombay. Dès cette époque,
tente de traduire, en pensée et en actes, la philosophie du Satyagraha
dans le contexte du christianisme noir étatsunien.
Premier Noir étatsunien à occuper la charge de doyen de l'univer-
sité de Boston (pendant plus de deux décennies). Condisciple et ami du
père de Martin Luther King Jr. Sa théologie marque énormément le
futur leader de la lutte non-violente pour les droits civiques..
Contribue en 1944 à fonder à San Francisco, avec l’International
Fellowship of Reconciliation (IFOR-MIR), la première communauté
ecclésiale multiraciale et multiculturelle des États-Unis, la Church for
the Fellowship of All Peoples .
Leader dans la lutte pour les droits civiques, conseiller et ami des
pasteurs Martin Luther King senior et junior.
« Ne vous demandez pas ce dont le monde a besoin. Demandez-
vous ce qui vous éveille à la vie. Puis faites-le. Car ce dont le monde a
besoin, c’est d’êtres qui s’éveillent à la vie. »*
* Cette citation de Howard Thurman est souvent attribuée à tort à un
certain Harold Whitman, nom fictif.
Henri Roser
(1899-1981), pasteur protestant français. En janvier 1923,
tandis que l’armée française occupe la Ruhr, renvoie ses papiers
militaires au nom de l'Évangile.
Révoqué de sa charge d'officier, se déclare objecteur de
conscience. En 1925, année de son mariage, devient secrétaire du
‘Mouvement International de la Réconciliation’ (MIR) pour la France,
puis pour l'Europe.
En 1939, opposé à la guerre, condamné à 4 ans de prison
pour refus d'obéissance et insoumission, en sort après la défaite de
1940.
Prend part au sauvetage d’enfants juifs d’Aubervilliers, est en
contact avec les émissaires du général de Gaulle.
Prend position contre la répression à Madagascar en 1947,
contre la guerre d’Indochine, contre la guerre d’Algérie et la torture,
contre le réarmement de l’Europe et les essais nucléaires.
Préside pendant 25 ans ‘La Croix Bleue’, une association
nationale consacrée à l’aide et à la guérison des alcooliques.
H.R. est aussi dans le trombinoscope de la NV
Willem Visser 't Hooft
(1900-1985), pasteur et théologien réformé néerlandais. Études
de théologie et de droit. Pionnier du mouvement œcuménique durant
sa jeunesse.
À Genève lorsque la guerre éclate, aide les réfugiés fuyant
l’Allemagne nazie et travaille à maintenir des liens entre les Églises
des zones occupées et le monde extérieur.
Prend l'initiative de la réunion de Pomeyrol (16 et 17 septembre
1941) où 13 pasteurs ou théologiens et 3 laïcs de la zone sud dénon-
cent les persécutions anti-juives et inscrivent le protestantisme dans
la résistance au nazisme.
Premier Secrétaire général du ‘Conseil œcuménique des
Églises’ de 1948 à 1966.
Crée également la revue The Ecumenical Review.
« (…) l'Église affirme qu'on ne saurait présenter l'inévitable
soumission au vainqueur comme un acte de libre adhésion. Tout en
acceptant les conditions matérielles de la défaite, elle considère
comme une nécessité spirituelle la résistance à toute influence
totalitaire et idolâtre. »
8ème thèse de Pomeyrol
Théodore Monod
(1902-2000), scientifique naturaliste, explorateur, philosophe,
théologien et humaniste français. Protestant du courant libéral,
unitarien (courant du christianisme qui ne croit pas à un Dieu
trinitaire ni à la divinité de Jésus, considéré comme prophète) et
paroissien à l'Oratoire du Louvre.
Premier président d'honneur de l‘’Assemblée fraternelle des
chrétiens unitariens’ (AFCU). Se présente comme "chrétien pré-
nicéen", entend par là qu'il accepte tout ce qui a précédé le
"concile" de Nicée en 325, mais aucun des dogmes élaborés
partir de cette date, pas plus que l'organisation étatique et
autoritaire du christianisme.
« Le christianisme ? C’est une bonne idée ! Si l’on l’essayait ?"
En bas : blason de Théodore Monod, précédé de la phrase « Ne porte plus ta croix,
mais plante la pour qu’elle fleurisse »
../..
Théodore Monod
« Je voudrais qu'on travaille à une théologie de la nature. Ce sujet
fut fortement négligé par la pensée chrétienne. Les apologistes ont
abusé d'une description idyllique de la nature. Ils nous ont beaucoup
parlé des petits oiseaux, des papillons, des fleurs ; voilà qui était
charmant !
Cependant, ceux qui connaissent la nature savent qu'elle n'a rien
d'idyllique. Il s'agit d'un monde particulièrement cruel, empli de sang et
de brutalité. (…) Les parasites composent un monde incroyable. Il s'en
trouve partout. Il n'est pas une espèce animale qui ne connaisse ses
parasites externes ou internes. Ces derniers peuvent causer des
ravages physiques considérables, provoquant des souffrances qui ne le
sont pas moins.
Imaginer que tout provient de la volonté d'un Dieu miséricordieux,
compatissant à l'égard de ses créatures, voilà qui paraît difficile à
admettre, quand on contemple la vérité physique de l'affreux spectacle
de la nature. ». ../..
Voir aussi Th. Monod in diaporama Chercheurs et acteurs de non-violence
Théodore Monod
« Le nombre d’éléments qui compose les flagelles* est identique
chez tous les êtres vivants, algues, animaux, tissus de toutes sortes.
Pourquoi ? Je n’en sais rien ! (…) Pourquoi avons-nous 5 doigts ? Pourquoi
une grande majorité de plantes ont-elles 5 pétales ou 5 sépales ? Je ne
sais pas ! »
« L’homme est le seul être vivant qui apprend à ses enfants à
tuer leurs semblables. Le lion n’apprend pas aux lionceaux à tuer des lions
mais des gazelles ou des zèbres. »
« Je n’affirme rien dans ce domaine (de l’éternité), parce que je
ne sais pas. (…) J’ai simplement le droit d’espérer. Vous vous souvenez de
ce que Thoreau a dit avant de mourir ? On le pressait de questions à
propos de ce grand passage, et lui a simplement répondu "One world at
time" (Un monde à la fois). Je ne sais même pas si cet au-delà existe.
Mais j’approche du moment où je vais peut-être savoir. »
« Ma doctrine, c’est la montagne unique que nous gravissons par
des entiers différents. Il vaut mieux ne pas trop lorgner vers le sentier du
voisin. »
* Propulseurs grâce auxquels les cellules flagellées se déplacent
Chercheurs de sens. — 102. Figures du protestantisme de Luther à nos jours
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Chercheurs de sens. — 102. Figures du protestantisme de Luther à nos jours

  • 1. Trombinoscope "Chercheurs d’humanité" Chercheurs de sens (art, religion, philosophie, spiritualité) 102 – Figures du protestantisme de Luther à nos jours Étienne Godinot .09.03.2024 V2
  • 2. Préambule aux 4 diaporamas thématiques "Chercheurs de sens" Depuis 2010, je constitue - pour moi-même et pour celles et ceux qui y trouveront de l’intérêt - un vaste trombinoscope historique de "chercheurs de sens“ (art, religion, philosophie, spiritualité) présentés par ordre chronolo- gique depuis la Préhistoire jusqu’à nos jours. Ma démarche et mon position- nement sont expliqués dans le diaporama « Introduction aux diaporamas ”Chercheurs de sens” ». Ma recherche approfondie plus récente sur les racines historiques du conflit Israël-Palestine m’a amené à créer un trombinoscope thématique “Figures du judaïsme de l’Antiquité à nos jours”, en opérant une sélection dans les trombinoscopes existants. Dans cette logique, j’ai trouvé important et intéressant de créer de la même façon les trombinoscopes - “Figures de l’islam de Mahomet à nos jours”, - “Figures de l’hindouïsme et du bouddhisme de l’Antiquité à nos jours”, - “Figures du protestantisme de Luther à nos jours”. ../.. Images : - Rabbi Israël ben Eliezer (1698-1760) dit Ba’al Shem Tov, fondateur du judaïsme hassidique - Ahmad al-'Alāoui (1869-1934), maître soufi algérien - Thich Nhat Hahn (1926-2022), moine et maître bouddhiste vietnamien - Dietrich Bonhoeffer (1906-1945), pasteur luthérien, théologien et Résistant au nazisme
  • 3. Préambule aux 4 diaporamas thématiques "Chercheurs de sens" Chaque figure de “chercheur de sens” de ces quatre familles se trouve donc à la fois dans le trombinoscope historique “interconvictionnel” et dans un – parfois plusieurs – des trombinoscopes thématiques. Je n’ai pas réalisé pour l’instant de trombinoscope thématique sur le taoïsme et le confucianisme, sur le christianisme en général (catholicisme, unitarisme, orthodoxie, etc.), sur le bahaïsme, sur la franc-maçonnerie et la libre pensée, sur l’agnosticisme ou l’athéisme humaniste, etc. L’intérêt des trombinoscopes thématiques est de voir l’évolution de la pensée et de la spiritualité dans chacune de ces quatre familles depuis les origines jusqu’à nos jours. L’intérêt du trombinoscope historique “interconvictionnel” est de situer chaque personnage dans le contexte de son temps. Par ex. Pythagore est contemporain de Lao Tseu, de Kong Fou Tseu et de Bouddha, Maïmonide est contemporain d’Averroes et de Thomas d’Aquin, Delphine Horvilleur est contemporaine de Marion-Muller Colard et de Kahina Bahloul (ouf, des femmes !). Les corrections et suggestions éventuelles seront les bienvenues… Je souhaite qu'à terme ce travail devienne une oeuvre collective prise en main par une association ou une institution distincte de l'IRNC. Images : - Delphine Horvilleur, née 1974, femme rabbin française - Marion-Muller Colard, née en 1978, théologienne française d’origine protestante - Kahina Bakloul, née en 1979, islamologue et imame soufie franco-algérienne.
  • 4. Martin Luther (1483-1546), moine augustin allemand, docteur en théologie et professeur à l’université de Wittenberg. Critique les pratiques de l’Église catholique, comme la vente des indulgences, censées raccour- cir les peines du Purgatoire, mais destinées en réalité à financer la construction de la pharaonique basilique St Pierre de Rome. Excommunié en 1521 par le pape Léon X. Convoqué par l’empereur Charles Quint à la diète de Worms, qui le met au ban de l’Empire, mais protégé par le prince électeur de Saxe Friedrich der Weise (Frédéric III le Sage, 1463-1525). Grâce à son protecteur, peut développer ses idées réformatrices et constituer en Allemagne les bases des premières Églises protestantes. En 1525, poussés à l’insurrection par Thomas Müntzer, de nombreux paysans se révoltent en Allemagne du Sud au nom de ses idées. Il demande aux princes d’agir pour restaurer la paix civile : 100 000 morts… La même année, se marie avec une ancienne religieuse, Katharina von Bora. Ils auront 6 enfants. ../.. Photo du bas : Luther en octobre 1517 placarde ses 95 thèses sur les portes du château de Wittenberg
  • 5. Martin Luther Ses idées se répandent très vite en Europe, notamment grâce à l’imprimerie. La confession d’Augsbourg est présentée en 1530 à Charles Quint qui la refuse. Fonde sa théologie sur la Bible et non sur les dogmes. Refuse l'autorité papale en tenant la Bible pour seule source légitime d'autorité chrétienne. Se référant à l’épître de Paul aux Romains, affirme que le salut provient de la grâce de Dieu et non des œuvres. Tourmenté par la justice de Dieu qui punit le pécheur, affirme que l’homme est justifié (rendu juste) par la foi qui est un don de Dieu. Abolit les vœux monastiques et le célibat des prêtres. Traduit la Bible en allemand, introduit cette langue dans la liturgie, notamment pour la prédication. Dénie à la célébration de l’Eucharistie son caractère de sacrifice. En 1523, développe la théorie des deux règnes selon laquelle le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel sont complémentaires sans s’exclure. Condamne les sorcières et les Anabaptistes, et pendant les dernières années de sa vie, s’en prend violemment aux Turcs, aux Papistes et aux Juifs, assimilés au Diable... Laisse une œuvre écrite considérable avec plus de 600 titres, compose une série de 36 cantiques en langue allemande. Photo du haut : Luther devant la diète de Worms en avril 1521
  • 6. Menno Simons (1496-1561), prêtre hollandais originaire de Frise. Scandalisé qu’un tailleur honnête et discret de Leeuwarden, Sicke Freerks, converti au protestantisme, soit condamné à mort par la cour de Frise et décapité (en 1531) pour avoir demandé à être rebaptisé avec son consentement d'adulte. Se convertit en 1536 à l’anabaptisme, qui affirme l’impossibilité absolue pour un chrétien de faire la guerre, l’interdiction de prêter serment, la réservation du baptême aux adultes, la non-intervention de l’État dans les débats théologiques. Se marie après avoir quitté l'Église romaine et a 3 enfants. Presque toutes les branches de l’anabaptisme non-violent se retrouvent sous le nom de Menonnites. Une forte émigration mennonite s’est produite au 19ème siècle en direction des États-Unis (amish, houttériens). Environ 1 300 000 Mennonites vivent dans un monde un peu à part, souvent engagés dans les mouvements non-violents et auprès des populations frappées par la guerre.
  • 7. Felix Manz (1498 ? -1527), Réformateur suisse. Rencontre le réformateur Ulrich Zwingli (1484-1531) comme étudiant en langues bibliques, s’en détache, devient ensuite beaucoup plus proche des idées de réforme radicale de Thomas Müntzer (1489-1525), préférant toutefois agir pacifiquement. Opposé au baptême des enfants, participe aux premiers baptêmes d'adultes célébrés à Zurich en janvier 1525 dans la maison de sa mère. Bien que persécuté et plusieurs fois emprisonné, continue de prêcher cette doctrine. En mars 1526, le conseil protestant de Zurich, après une vaine tentative de mise au pas par Zwingli, signe un édit rendant le baptême d'adulte punissable de mort par noyade. Manz est exécuté de cette façon en janvier 1527 dans la rivière Limmat à Zürich (peinture du bas). Cofondateur des Schweizer Brüder (Frères suisses), un des pères et premier martyr de l'anabaptisme. Ce courant chrétien prône un baptême volontaire et conscient, ne croit pas à la transsubstantiation, demande de ne pas prêter serment et de ne pas participer à l’institution judiciaire. Les Anabaptistes, suite à l’orientation donnée par le prêtre frison Menno Simmons, constituent aujourd’hui l'un des seuls groupes religieux au sein duquel on a toujours prôné la non-violence.
  • 8. Michel de l'Hospital (1504-1573), homme politique français. Formation humaniste en Italie. En 1550, chancelier particulier de Marguerite de Valois, use de son influence pour protéger les poètes de la Pléiade, tel Ronsard. Ambassadeur au concile de Trente (1545-1563). En avril 1560, Chancelier de France (ministre de la Justice et Premier ministre). Par l'édit de Romorantin (mai 1560), évite que l'Inquisition ne soit introduite en France en vue de poursuivre les ‟hérétiques”. Obtient aussi que quelques droits soient accordés aux Protestants, dont la liberté de conscience, mais pas la liberté de culte. Par son Discours de tolérance devant les États généraux d'Orléans (déc. 1560), essaye de rapprocher les Français. En 1561, malgré les attaques de Catherine de Médicis, organise un colloque sur l'Eucharistie réunissant des théologiens des deux confessions. Mais ces mesures de tolérance échauffent les plus durs. Le massacre de Wassy (1562) consacre son échec. Bien qu'il ne soit pas Protestant, son existence est menacée au moment du massacre de la Saint-Barthélemy (1572, image). « Qu’y a-t-il besoin de tant de bûchers et de tortures ? C’est avec les armes de la charité qu’il faut aller à tel combat. Le couteau vaut peu contre l’esprit. »
  • 9. Étienne Dolet (1509-1546), écrivain, poète, imprimeur, humaniste et philologue français. Études à Paris, Padoue, Toulouse. Imprimeur à Lyon avec l’autorisation de François Ier, édite Galien, Rabelais, Marot, et des livres à caractère religieux. Défend la lecture des Écritures saintes en langue vulgaire. Accusé de publier des ouvrages entachés d'hérésie, favorable à Luther, emprisonné en 1542 pour athéisme. Relâché après 15 mois de prison, emprisonné une seconde fois en 1544, s’échappe et se réfugie dans le Piémont. . Revient imprudemment en France pour en appeler à la justice du roi de France, de la reine de Navarre et du Parlement de Paris. Arrêté et jugé "athée évadé" par la faculté de théologie de la Sorbonne, con- damné pour blasphème, sédition et exposition de livres prohibés et damnés. Implore le pardon de Dieu, ce qui lui vaut de ne pas avoir la langue coupée avant la mise à feu du bûcher… En août 1546, étranglé puis brûlé avec ses livres sur la place Maubert à Paris*. * Cette place est réservée aux bûchers des imprimeurs : quatre y sont étranglés puis brûlés en 1546.
  • 10. Jean Calvin (1509-1564), Réformateur français mort à Genève. Études à Noyon, Paris, études de droit à Orléans et Bourges. Après la répression contre les Protestants*, se réfugie à Bâle, fait traduire la Bible en fran- çais. Son ouvrage L’institution de la religion chrétienne (1536) résume de l’essentiel de sa foi. Pasteur et professeur pendant 3 ans à Strasbourg. En 1540, dans son Commentaire de l’Épître aux Romains, manifeste clairement sa distance par rapport à Luther : il n’y pas d’opposition inconciliable entre loi et Évangile. Revient à Genève en 1541. Opposé en cela à Sébastien Castellion, défenseur de la tolérance religieuse, est favorable à la condamnation au bûcher de Michel Servet qui considère le dogme de la Trinité comme non biblique. Écrit de nombreux traités (contre les Anabaptistes, les libertins, l’astrologie, les reliques, etc.) Le calvinisme reconnaît la Bible comme source unique de la foi tout en admettant les dogmes des 5 premiers conciles, prône le retour à la simplicité primitive du culte, accorde à la communion une valeur symbolique de commémo- ration. L’éthique calviniste, qui glorifie le travail et autorise le prêt, est liée à l’essor du capitalisme et de la démocratie politique et des valeurs culturelles. * Protestant : du latin protestari, affirmer, déclarer fermement, confesser (cf. ‘La confession d’Augsbourg’ présentée à Charles Quint, ‘l’Église confessante’ opposée au nazisme)
  • 11. Michel Servet Miguel Serveto ou Michel de Villeneuve (1511-1553), théologien et médecin français d'origine espagnole. S'intéresse à toutes les branches du savoir, de la géographie aux mathématiques, de l'alchimie à l'astrologie, de la médecine à la théologie. Découvre la circulation pulmonaire, précise que le sang se régénère dans les poumons au contact de l'air. À l’âge de 20 ans, dans son traité De Trinitatis erroribus, remet en question la nature divine de Jésus, affirme que les Évangiles n'apportent aucune preuve du dogme de la Trinité. S'affirme cependant Chrétien et espère que l'abolition du dogme de la Trinité permettra de rallier au christianisme les fidèles des autres religions monothéistes que sont les Juifs et les Musulmans. En 1536, au service de l'évêque de Vienne (Dauphiné) en qualité de médecin, entame une correspondance secrète avec le réformateur protestant Jean Calvin. Condamné à mort pour hérésie par les Catholiques et les Protestants. ../..
  • 12. Michel Servet Arrêté, évadé et jugé par contumace, brûlé en effigie par l'Inquisition à Vienne (Dauphiné). De nouveau arrêté à Genève, jugé et condamné pour hérésie par le Conseil des Deux-Cents de Genève, à l'instigation de Jean Calvin qu'il avait attaqué. Brûlé vif à Champel, près de Genève, en octobre 1553. Jean Servet est une figure majeure des Chrétiens unitariens (environ 750 000 personnes dans une quarantaine de pays). À la différence des Chrétiens trinitariens, ils nient la divinité de Jésus, considéré comme l'homme le plus proche de Dieu ou son plus grand prophète. Après la disparition de l'arianisme, l'unitarisme renaît en Europe presque simultanément en Pologne-Lituanie et en Transylvanie au milieu du XVIe siècle, sous l'impulsion de Ferenc Dávid et Jean Sigismond Zápolya. Parmi les autres Unitariens brûlés vifs ou garotés, Hélène Weigel en 1539, David Joris en 1559, Nicolas Antoine en 1632. Photo : statue de M. Servet à Annemasse.
  • 13. Sébastien Castellion Sébastien Châteillon, latinisé en Castellio (1515-1563), humaniste, bibliste et théologien protestant français, probablement originaire d’une famille vaudoise. En 1535, fait ses études au collège de la Trinité à Lyon, où il acquiert les outils intellectuels de l’humanisme, découvre l’Institution Chrétienne de Jean Calvin et adhère aux idées de la Réforme. À Genève, dirige le Collège de Rive, se distingue par ses innova- tions pédagogiques. Professeur de grec à Bâle. Après que Michel Servet ait été brûlé vif à Genève pour hérésie antitrinitaire, publie le Traité des hérétiques qui défend la liberté religieuse. En 1560, quand s’allume la première des 8 vagues successives de guerre religieuse en France, publie un petit ouvrage, Conseil à la France désolée qui, avec 30 ans d’avance, annonce la solution politique de l’Édit de Nantes. « Tuer un homme ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme. Quand les Genevois ont fait périr Servet, ils ne défendaient pas une doctrine, ils tuaient un être humain : on ne prouve pas sa foi en brûlant un homme, mais en se faisant brûler pour elle. »
  • 14. John Knox Introduit la réforme calviniste en Écosse, affaire politique autant que religieuse. Par ses sermons, contribue à la déposition de la reine catholique Marie Stuart, décapitée à la hache en juillet 1567. Fondateur de l’Église presbytérienne, en particulier grâce à sa liturgie : The Book of common order. Prédicateur intransigeant, voire puritain fanatique. Libérateur national contre la tyrannie des Guise et l’occupation des troupes françaises, qui se livraient, sur le peuple opprimé, aux pires exactions. Le premier en Écosse à développer l’idée d’une résistance au tyran. Photos du bas : Patrick Hamilton (1504-1528) et George Wishart (1513-1546), brûlés vifs pour hérésie par les autorités catholiques (1515-1572), Réformateur écossais. Études à l’université de Glasgow, peut-être prêtre, exerce comme notaire et précepteur. Se convertit à la Réforme en 1546 et devient pasteur. Ses amis Patrick Hamilton et George Wishart sont brûlés vifs pour hérésie. Capturé au siège de Saint-Andrews en 1547 par les Français, envoyé aux galères. Libéré, se rend en Angleterre et devient chapelain du jeune roi Édouard VI d’Angleterre. À l’avènement de Marie Tudor en 1553, s’enfuit d’Angleterre, gagne la France puis Genève où il rencontre Calvin.
  • 15. Ferenc Dávid (Franz David Herte ou Franciscus Davidis, v. 1520-1579), réfor- mateur protestant puis unitarien. Études à Wittenberg, recteur du collège catholique de Beszterce, devient pasteur luthérien à Petres puis Kolozsvár. Élu évêque calviniste des églises hongroises de Transylvanie. À partir de 1565, dans le cadre des discussions théologiques sur le dogme de la Trinité, expose ses doutes concernant le Saint Esprit comme personne divine autonome. Nommé pasteur à la cour du prince transylvain Jean II de Hongrie, János Zsigmond, il lui inspire en 1568 l’édit de Torda, considéré comme le premier décret de liberté religieuse en Europe. Cet édit prescrit qu’une communauté peut renvoyer un prédicateur et se passer de ses services, mais qu’elle ne doit en aucun cas attenter à sa vie ni prendre ses biens. Fondateur et premier évêque de l'Église unitarienne de Transylvanie. Après la mort de Jean II de Hongrie (1571), emprisonné pour ses convictions religieuses à la citadelle de Déva. Mort en 1579 au cours de sa détention. Photo du bas : L‘église unitarienne de Cluj-Napoca ou Kolozsvár (Roumanie) et le lycée unitarien János Zsigmond
  • 16. Fausto Sozzini Fausto Paolo Sozzini, ou Faustus Socinus, ou Fausto Socin (1539-1604), théologien italien. Pour étudier la Bible, apprend l'hébreu, le grec et l'arabe. Du fait de ces études, voit d'un autre œil les dogmes chrétiens établis. Vit à Florence, puis à Bâle. Les autorités s’élevant contre ses idées, s'exile à nouveau en Pologne. Rejoint en 1562 et se met au service de l’"Église des Frères de Pologne et de Lituanie qui a rejeté la Trinité", dite Ecclésia Minor, dédramatise le Jugement dernier en niant l’existence de l’Enfer. Apprend le polonais et se marie en 1586. Publie plusieurs traités, notamment, en 1594, De Jesu Christo servatore. Son système de pensée, qui se veut une interprétation raisonnée de l'Écriture sainte, inspire le ‘Catéchisme de Rakow’, édité en polonais en 1605. S’inté- resse surtout à la fonction prophétique de Jésus et à son message. Le socinianisme met en avant la tolérance et la charité en s'opposant à la persécution religieuse. Les Sociniens reconnaissent comme frères Chrétiens tous ceux qui s'efforcent de mettre en pratique l'enseignement de Jésus, quelles que soient par ailleurs leurs options théologiques. Un des précurseurs du protestantisme libéral. Image du bas : le catéchisme de Rakow (1605)
  • 17. Jakob Böhme (1575-1624), philosophe mystique allemand de confession luthérien- ne, cordonnier de son métier, commerçant actif, conseiller en transactions financières, agent immobilier et négociateur. Théosophe, surnommé le Philosophus Teutonicus. Reçoit des illumi- nations en 1600 et en 1612. Devine que la véritable religion ne peut être dans des querelles théologiques, des imprécations et des excommu- nications. Gnostique chrétien : recherche une sagesse basée sur une révélation directe et exprimée par des mythes et symboles plutôt que par des concepts. Une telle sagesse est plutôt de type contemplatif que discursif, elle est une philosophie religieuse ou une théosophie. Située aux confins de la métaphysique, de la mystique et de l'alchimie théorique, son œuvre présente une forme d'ésotérisme chrétien, et permettra à la théosophie du 17e siècle d'acquérir ses caractéristiques définitives. Son message est une des principales sources d’inspiration des adeptes de l'alimentation végétale. ../..
  • 18. Jakob Böhme Contrairement à la métaphysique néoplatonicienne qui, partant de l’Un de la Perfection, décrit les phases successives de sa dégra- dation, la mystique de Böhme tente de montrer la genèse de l’être parfait à partir des êtres imparfaits. Stigmatisé et persécuté par le théologien et Pastor primarius luthérien de Görlitz, Gregorius Richter. De pieux paroissiens brisent les carreaux de la maison de Böhme et profaneront sa tombe. Sa pensée est répandue - en Allemagne par Johann Georg Gichtel (1638-1710); - en Angleterre par divers disciples dont William Law (1686-1761), - en France grâce aux traductions du mystique franc-maçon Louis- Claude de Saint Martin (1743-1803), disciple du théosophe et thauma- turge Joachim Martines de Pasqually (v. 1710-1774). De St Martin, qui se nomme lui-même le « Philosophe Inconnu », est adepte d’une théosophie judéo-chrétienne directement reliée aux enseignements secrets d’Égypte, de Grèce et d’Orient, et à l’origine du martinisme, courant franc-maçon qui relève de l'ésotérisme judéo-chrétien.; - et en Russie par le philosophe Nicolas Berdiaev (1874-1948) et par le philosophe, économiste, théologien et prêtre orthodoxe Sergueï Boulgakov (1871-1944). Image du bas : Louis-Claude de Saint Martin
  • 19. Mary Barrett-Dyer (1611 ? -1660). Mary Barett et son mari William Dyer, Puritains anglais qui cherchaient à réformer de l’intérieur l’Église anglicane, émigrent en Nouvelle-Angleterre (États-Unis) suite à la Réforme anglaise sous le règne de Charles Ier. Plus d’une décennie plus tard, à la fin de 1651, Mary Dyer s’embarque pour l’Angleterre et y reste pen- dant plus de 5 ans, devenant une fervente adepte du quakerisme, doctrine religieuse établie par George Fox plusieurs années auparavant. Du fait que les Quakers étaient considérés par les Puritains comme faisant partie des pires hérétiques, le Massachusetts promulgue contre eux plusieurs lois. Lorsque Mary Dyer revient d’Angleterre à Boston, elle est immédiatement jetée en prison puis bannie. Décidée à mourir en martyre si les lois contre les Quakers n’étaient pas abrogées, revient encore une fois à Boston, est envoyée à la potence en 1659, la corde autour du cou avant qu’on lui annonce qu’elle est graciée. N’ac- ceptant pas cette grâce, revient encore à Boston l’année suivante et est pendue. Elle fait partie des quatre Quakers exécutés et connus sous le nom de ‘martyrs de Boston’. Elle est considérée comme la seule femme exécutée pour la liberté de religion aux États-Unis. Image : Mary Dyer amenée à la potence à Boston, 1er juin 1660
  • 20. Angelus Silesius Johannes Scheffler (1624-1677), poète et mystique allemand. Médecin du duc de Würtenberg. Élevé dans le luthéranisme, décou- vre au cours de ses études les œuvres de certains mystiques du Moyen Âge, ainsi que celles de Jakob Böhme. Son mysticisme et ses critiques de la Confession d'Augsbourg le conduisent à se convertir au catholicisme en 1653. Prend le nom de Angelus Silesius (en latin, ‟le messager de Silésie”). Entré chez les franciscains conventuels, ordonné prêtre en 1661. Se retire dix ans plus tard dans une maison jésuite, où il passe le reste de sa vie. Sa poésie explore les thèmes du mysticisme, du quiétisme et tend dans une certaine mesure au panthéisme, tout en restant dans le cadre de l'orthodoxie catholique.
  • 21. Angelus Silesius « La rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu'elle fleurit, N'a pour elle-même aucun soin, ne demande pas : Suis-je regardée ? » « Insensé l’être humain qui va boire à la mare et oublie la fontaine qui jaillit chez lui ! » « Je ne crois en nulle mort; je meurs à toute heure et chaque fois je n'ai trouvé qu'une vie meilleure. » « C’est en toi que Dieu doit naître. L’extérieur ne t’est d’aucun secours. Ressuscite toi-même d’entre les morts ! » « Ne clame pas vers Dieu, en toi-même est la source ! » « Mon Dieu, si je n'existais pas, vous non plus n'existe- riez pas puisque moi, c'est vous, avec ce besoin que vous avez de moi. » « Arrête ! Où cours-tu donc ? Le ciel est en toi ! Et chercher Dieu ailleurs, c'est le manquer toujours. »
  • 22. George Fox (1624-1691), artisan et prédicateur anglais, dissident de l’Église anglicane, non conformiste au sein de son courant puritain. Fonde en 1647 la Religious Society of Friends (‘Société religieuse des Amis’), plus connue sous le nom de Quakers ("trembleurs" qui frémissent au nom de Dieu), voyage pour la développer en Grande Bretagne, en Europe et en Amérique du Nord. Rejette le recours aux armes pour quelque cause que ce soit, l’art, la vanité, le gaspillage, critique les dogmes et concepts théolo- giques, la discrimination des femmes, la hiérarchie religieuse, l’abus des rites. Emprisonné plusieurs fois pour trouble à l’ordre public (culte non autorisé, irrévérence envers les autorités, refus de prêter serment, etc.).
  • 23. William Penn (1644-1718), prédicateur anglais, adhère aux idées de George Fox. Incarcéré pour cette raison à la Tour de Londres de décembre 1668 à juillet 1669. Fuit les persécutions contre les Quakers et, grâce à la fortune héritée de son père, obtient en 1681 du roi Charles II un territoire anglais en Amérique du Nord, la province de Pennsylvanie. Les Quakers fondent en 1682 la capitale Philadelphie ("amour fraternel"), créent une société sans peine de mort et sans armée permanente, fondée sur la tolérance et la liberté de conscience. Signe en 1701 à Shackamaxon un traité d’amitié et de coopération avec Tamanend, le chef de la tribu amérindienne Delaware. Un siècle plus tard, les Blancs massacrent les Peaux Rouges lors de la conquête du Far West…
  • 24. Jakob Amman (1644 ?- 1730) probablement né à Berne, issu d’une famille anabap- tiste obligée de se convertir au calvinisme ou de quitter la Suisse et implan- tée en Alsace. Fortement influencé par les croyances des mennonites néer- landais (Menno Simons, 1496-1561). En 1693, après des désaccords entre Hans Reist et Jakob Amman sur les pratiques du lavement des pieds et de la cène, les disciples de ce dernier, plus conservateurs*, se séparent de la communauté des anabap- tistes suisses et fondent un nouveau mouvement qui prend le nom d'Amish, dérivé du surnom familier de Jakob Amman. Le mouvement se développe près de Sainte-Marie-aux-Mines à partir de 1696. Après l'arrêté de Louis XIV ordonnant l’expulsion des anabaptistes d'Alsace de 1712, le mouvement amish essaime notamment en Amérique du Nord. Les émigrants amish passés par les Pays-Bas sont reçus avec bienveillance en Pennsylvanie par le quaker William Penn, fondateur de cette colonie qui accueille toutes les religions pourvu qu'elles vivent en paix avec les autres. Soudées par leur discipline très stricte, les communautés amish vont prospérer et graduellement s'étendre tout en conservant le mode de vie réglementé par chaque conseil des anciens. En 1907, les Amish décident d'abandonner le terme ‘amish’ et de le remplacer par ‘mennonite’, afin de marquer leur union avec les autres mennonites et anabaptistes. * vie simple, pacifique et austère, retour à une pratique spirituelle et à une discipline communau- taire fortes (cérémonie du lavement des pieds 2 fois par an), non-violence, rejet de toute nouvelle mode vestimentaire, refus de toute nouvelle technologie, etc.
  • 25. Pierre Bayle (1647-1706), philosophe français. Fils de pasteur, études de philosophie chez les jésuites de Toulouse où il se convertit au catholi- cisme, avant de revenir à la religion réformée pour finalement devenir sceptique. Enseigne la philosophie à l‘’Académie protestante’ de Sedan. Poussé à l'exil par la politique religieuse de Louis XIV (révocation de l’édit de Nantes), s'installe en Hollande en 1681 et y demeure jusqu'à la fin de ses jours. Pour lui, la problématique de la morale est indépendante de la religion, les athées pouvant avoir autant ou plus de sens moral que les Chrétiens. Hostile à tous les sectarismes, plaide pour une tolérance civile qui autorise la liberté de conscience. La tolérance qu’il préconise se fonde sur le respect des consciences individuelles, et donc sur celui des diversités spirituelles, ce qui implique le rejet de toute persécution de l’hérésie. Son oeuvre majeure, le Dictionnaire historique et critique, qui préfigure l'Encyclopédie, a beaucoup de succès et lui apporte la renommée. La France lui propose de revenir à Paris avec une rente moyennant une conversion de pure forme au catholicisme, ce qu'il refuse.
  • 26. John Theophilus Desaguliers et James Anderson né Jean Théophile Désaguliers (1683-1744, photo), pasteur anglican et scientifique anglais. Né à La Rochelle, fils d’un pasteur huguenot réfugié en Angleterre à l'époque des persécutions anti-protestantes. Études de droit à Oxford. Pasteur de l'église huguenote de Swallow Street. Le premier à percevoir l'ampleur de la révolution newtonienne tant pour la physique que pour la représentation du monde. Publie dans des domaines très variés : philosophie, électricité, fortifications, déplacement des fluides, mécanique, mathématiques, automates, télescopes, optique, ventilation. Initié en 1712 à la loge ‘Antiquité’, élu en 1719 comme vénérable de la loge qui se réunit à la taverne Goose and Gridiron ("L’oie et le gril"). En juin 1717, dans cette taverne, 4 loges maçonniques londoniennes qui ont pour objectif de pratiquer une entraide mutuelle entre leurs mem- bres se fondent dans la ‘Grande Loge de Londres et de Westminster’. Le pasteur calviniste presbytérien James Anderson (v. 1678-1739), membre de la loge maçonnique d'Aberdeen, est chargé de la rédaction finale de ces nouvelles constitutions publiées en 1723 (image du bas).
  • 27. Jean-Sébastien Bach Johann Sebastian Bach (1685-1750), compositeur et organiste allemand. Son père lui enseigne les instruments à corde, son oncle lui apprend l'orgue. Compose sa première cantate à 18 ans, étudie avec Dietrich Buxtehude (1637 ?-1707). Exerce à la cour de Weimar. En 1723, cantor à l'église Saint-Thomas de Leipzig. En 1747, se rend à la cour de Prusse, donne des concerts devant Frédéric II. Maîtrise la facture des instruments, la technique instrumentale, la composition, l'improvisation, la pédagogie, et la gestion d'une institution musicale. La piété de la cour luthérienne de Weimar le pousse à composer quelque 250 cantates, l'austérité réformée calviniste de la cour de Köthen dirige ses recherches vers la musique instrumentale. Signe toutes ses partitions SDG, signifiant "Soli Deo Gloria" (à Dieu seul la gloire). Considère l'Esprit-Saint comme un esprit apaisant lui appor- tant la paix. Cette mystique lui permet de rester indifférent devant les nombreuses critiques émises par les piétistes concernant sa musique. Les nombreux décès survenus dans sa famille sont la cause de son affaiblis- sement, durant lequel il ne cesse de prendre des forces en son Dieu. « S'il y a quelqu'un qui doit tout à Bach, c'est bien Dieu ! » Emil Cioran « L’homme avec lequel j’ai vécu le plus dans ma vie. » Coline Serreau
  • 28. William Law (1686-1761), prêtre anglican et mystique de l’Église d’Angleterre et écrivain anglais. Admiratif de Newton, très marqué par l’œuvre du philo- sophe allemand et mystique chrétien Jacob Böhme (1575-1624). Perd son statut d’enseignant au Emmanuel College de Cambridge parce qu’il refuse de prêter allégeance à George Ier, premier monarque anglais d’origine hanovrienne. Appelle chacun à être à l’écoute de son Être profond au-delà des appartenances religieuses. « Bien que Dieu soit partout présent, il n’est cependant présent, pour toi, que dans la partie la plus profonde et la plus centrale de ton âme. Les sens naturels ne peuvent posséder Dieu, ni t’unir à lui. (…) Mais il y a chez toi une racine ou une profondeur d’où partent toutes ces facultés (…) Cette profondeur se nomme le centre, le fondement ou le fond de l’âme. Cette profondeur est l’unité, l’éternité, je dirais même l’infinité de ton âme. » William Wilberforce (1759-1833), le politicien, philanthrope leader du mouvement pour mettre fin à la traite des esclaves, Stephen Hobhouse (1881- 1961), éminent religieux et militant pour la paix anglais, et Aldous Huxley (1894- 1963) ont été marqués par la lecture de William Law.
  • 29. Andrew Michael Ramsay ou chevalier de Ramsay (1686-1743), écrivain et philosophe français d'origine écossaise. Mère anglicane, père calviniste, se convertit au catholicisme en 1709 après avoir rencontré Madame Guyon et Fénelon. Tuteur d’enfants de la noblesse. Initié franc-maçon à la Horn Lodge en 1730. Son Discours à la loge Saint-Thomas à Paris en 1736 définit le rôle international intellectuel et humaniste de la franc-maçonnerie, présentée comme héritière des ordres chevaleresques de l'époque des croisades. Rêve de greffer sur le catholicis- me une conception universelle de la religion, dont une maçonnerie chré- tienne serait la clef de voûte. Ce discours incite les Maçons, au-delà de l'espace de sociabilité et de fraternité créé entre eux, à tendre vers le progrès des connaissances, l'humanisme et l'universalisme. Il est considéré par les historiens comme un texte fondamental de la tradition maçonnique française. « Les hommes ne sont distincts essentiellement que par la différence des langues qu'ils parlent, des habits qu'ils portent, des pays qu'ils occupent. Le monde entier n'est qu'une République dont chaque nation est une famille, chaque particulier un enfant. » ../..
  • 30. Hermann Reimarus (1694-1768), homme de lettres et philosophe allemand. Études de théologie, langues anciennes et philosophie à l'université d'Iéna, Privat- dozent à l‘université de Wittenberg en 1716, visite les Pays-Bas et l'Angleterre. En 1723, recteur du lycée de Wismar, puis professeur de langues hébraïques et orientales au lycée de Hamburg. À la suite de son mariage en 1728 avec Johanne Friederike Fabricius, fait de sa maison un rendez-vous où se réunissent savants et artistes. Philosophe des Lumières, répartit les problèmes philosophiques selon trois domaines (cosmologie, biologie et psychologie, théologie) qu'il unit dans un système déiste. Pour lui, la raison humaine peut arriver à une connaissance de Dieu et de l'éthique à partir d'une étude de la nature et de notre propre réalité interne, éliminant ainsi le besoin de religions basées sur la révélation. Dans son livre Von dem Zwecke Jesu und Seiner Jünger (L‘ob- jectif de Jésus et de ses disciples -1778), est le premier à distinguer le Jésus de l’histoire, prophète juif mortel, et le Christ de la foi. Déclenche dans le protestantisme allemand une avalanche de recherches et de publications. Albert Schweitzer décrira cet essai comme « l'un des plus grands événements de l'histoire de la critique » , mais aussi comme « un chef-d'œuvre de la littérature générale. »
  • 31. Pierre et Marie Durand L'édit de Fontainebleau, signé par Louis XIV en octobre 1685, révoque l'édit de Nantes par lequel Henri IV, en avril 1598, avait octroyé une certaine liberté de culte aux Protestants. Interdiction des assemblées, destruction des temples, conversions forcées au moyen de dragonnades (de la menace jusqu’au pillage, à la torture, au viol et au meurtre), exécution des pasteurs, envoi des hommes aux galères, des femmes en prison, des enfants dans des écoles de ‟rééducation” catholique. Exil définitif d’environ 200 000 Protestants. Pierre Durand (1700-1732), organise une assemblée clandestine en 1719. Emprisonné, s’échappe, étudie la théologie à Lausanne. Pasteur en 1726 ‟au désert”, mène un ministère clandestin itinérant. Pourchassé, arrêté, pendu en avril 1732 à Montpellier. Étienne Durand, père de Pierre et de Marie, est emprisonné pendant 14 ans (1729-1743) au fort de Brescou à Agde. ../.. Photos : - Les dragonnades - La maison d’Etienne, Pierre et Marie Durand au Bouchet-de-Pranles (Ardèche)
  • 32. Marie Durand Marie Durand (1711-1776) est emprisonnée pendant 38 ans, de 1730 à 1768, à la tour de Constance, à Aigues-Mortes (photo), avec une vingtaine d'autres femmes de tous âges et de toutes origines : hygiène et alimentation déplorables, froid, promiscuité. L’inscription “Résister” (photo) gravée sur la margelle du puits de la prison, lui est attribuée sans vraie certitude, mais constitue un symbole de son attitude : refuse d'abjurer sa foi, encourage ses compagnes de captivité et écrit de nombreuses lettres, suppliques ou remerciements à ceux qui envoient des secours. Marie Robert, également libérée en 1768, a été emprisonnée durant 41 ans…
  • 33. Nikolaus Ludwig von Zinzendorf (1700-1760), pasteur saxon, évêque de l’Église des ‘Frères Moraves’*, figure majeure du protestantisme allemand du 18ème siècle En 1722, une petite colonie de Frères Moraves se réfugie sur ses terres en Saxe, où elle fonde avec lui la communauté de Herrnhut, dans le district de Dresde. Les Moraves lui confèrent l'épiscopat en 1737. Consacre le restant de sa vie à la communauté nouvellement créée et à l'évangélisation. Établit des colonies moraves aux Pays-Bas et dans les pays baltes, aux Antilles, en Angleterre. De 1741 à 1743, voyage en Améri- que où il établit des congrégations moraves à New York et en Pennsylvanie, notamment l'importante colonie de Bethlehem. * L'origine de l'Église Morave remonte à Jean Hus, mort sur le bûcher à Constance, en 1415, et à Jérôme de Prague, martyrisé l'année suivante. Le mouve- ment des Frères Moraves est fondé en 1457 à Kunwald en Bohême et organisé en Unitas Fratrum ("Union des Frères") vers 1470. Les Églises Moraves sont presque totalement décimées durant la Guerre de Trente Ans. De nombreux fidèles se réfugient en Hongrie, en Saxe, en Hollande et en Pologne. Exilés en Bohême en 1548, ils poursuivent le triple idéal de la foi, de la communauté et de la liberté et mettent fortement l'accent sur la vie chrétienne pratique plutôt que sur la pensée doctrinale ou la tradition ecclésiale. Ils jouent un rôle important dans la culture nationale tchèque, surtout en traduisant la Bible en langue vulgaire ("Bible de Kraslice").
  • 34. John Wesley (1703-1791), pasteur anglican britannique. À l'université d'Oxford, forme le ¨Club Sacré¨ (Holy Club) avec d'autres étudiants, dont son frère Charles, pour prier et faire des exercices spirituels. Le qualificatif de méthodistes qui leur est donné ironiquement est dû à leur la régularité et leur esprit de méthode. Influencé par les ‘Frères moraves’ et le ‘Mouvement du Réveil’, vit en 1738, une expérience de conversion. Annonçant la Bonne Nouvelle du salut offert à tous les hommes par la foi, rencontre bientôt une vive opposition de la part de l'Église établie. Préconise une expérience personnelle avec Dieu. Visite les mines de charbon et écrit des traités de médecine populaire. S'entoure de prédica- teurs laïcs, dont George Whitefield (1714-1770), sillonne la Grande- Bretagne, prépare ses sermons, lit et écrit à cheval. Parcourt plus de 360 000 km et prononce plus de 40 000 sermons. Contribue à la création d'écoles et d'organismes sociaux pour lutter contre l'ignorance, la pauvreté, l’alcoolisme, la prostitution, l’exploitation au travail. Un des premiers à s'élever contre l'esclavage. Rompt avec l'Église anglicane en 1784 en ordonnant deux diacres, un prêtre et un évêque, et fondant ainsi l’Église méthodiste. « Je considère le monde entier comme ma paroisse. »
  • 35. Jean-Frédéric Oberlin Johann Friedrich Oberlin (1740-1826), pasteur protestant alsacien. Études de théologie à Strasbourg, pasteur à Waldersbach dans la vallée de la Bruche. Dans son ministère pastoral, inspiré du mouvement "piétiste" allemand, est convaincu que l’élévation vers la vie spirituelle passe par une amélioration des conditions matérielles de l’existence. Mène des travaux d’aménagement routier, met en valeur les terrains, introduit la culture du lin et de la pomme de terre, assèche les marais, encourage la filature de coton, plante et greffe des arbres fruitiers. Développe l’apprentissage aux métiers manuels, promeut la formation des sages-femmes, ouvre une pharmacie, publie un almanach dégagé de fables et de préjugés, diffuse des livres d’histoire naturelle, ouvre une école maternelle, organise des prêts de livres, forme les adultes. Défend un colporteur juif. Ému de compassion par le sort des esclaves noirs, renonce à l’usage du sucre et du café, qui lui semblent arrosés de leur sang. Accueille favorablement la Révolution française. Ouvert aux idées nouvelles, assez semblables à celles des spiritualistes et des théosophes modernes dont il affirme retrouver la source dans l’Évangile.
  • 36. Jean-Paul Rabaut Saint-Étienne (1743-1793), pasteur protestant français. Avec l’appui de La Fayette et de Malesherbes, rédige en 1786 un mémoire en faveur des droits de Protestants. En novembre 1787, Louis XVI promulgue à Versailles l'Édit de Tolérance (photo du bas), qui permet aux Protestants de recouvrer un état-civil sans devoir se convertir au catholicisme. Introduit la liberté de conscience dans la ‘Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen’ (août 1789). Président de l’Assemblée constituante en mars 1790, député de l’Aube à la Convention nationale, participe à l’élaboration de la constitution de 1791. Combat la mise en jugement de Louis XVI. Arrêté en juin 1793 avec les Girondins et guillotiné en décembre 1793. Le mot « tolérance" ne « subsistera que comme un de ces mots barbares et surannés dont on ne se sert plus, parce que l’idée qu’il représente est anéantie. Mais, Messieurs, ce n’est pas même la tolé- rance que je réclame ; c’est la liberté » « L’instruction publique éclaire et exerce l’esprit, l’éducation nationale doit former le cœur ; la première doit donner des lumières, et la seconde des vertus. »
  • 37. François-Antoine de Boissy d'Anglas (1756-1826), homme de lettres et homme politique français. Fils d'un médecin protestant de l'Ardèche, étudie le droit et s'installe à Paris comme avocat au Parlement. Élu député du Tiers-état aux États généraux de 1789, se montre partisan des principales réformes en faveur des libertés dont la liberté de culte pour les Protestants, et la défense des hommes libres de couleur. Député à la Convention, vote contre la mort de Louis XVI et reste toujours le même modéré. Critique la politique religieuse de la Constituante : « Elle ordonna pour la religion un établissement pompeux et dispendieux, presque aussi vaste que celui qu'elle avait détruit ». Promoteur du décret du 3 ventôse an III (21 février 1795) qui rétablit la liberté des cultes et institue la séparation des Églises et de l'État, 110 ans avant la loi sur la laïcité de 1905… A un rôle pacificateur lors de la ‘Terreur blanche’ de 1815 et défend la liberté des huguenots vis-à-vis des manifestations catho- liques. Sa carrière politique se poursuit avec honneur, toujours au centre droit ou gauche, sans péril. Vice-président de la ‘Société bibli- que’ et membre de 1803 à 1826 du consistoire de l'Église réformée de Paris.
  • 38. Friedrich Schleiermacher (1768-1834), théologien protestant, philosophe et philologue allemand. Études de théologie et d’exégèse. Précepteur puis chapelain de l‘’Hôpital de la Charité’ de Berlin. Pasteur à Halle puis à Berlin. Membre de l‘’Académie royale des sciences et des lettres’ de Berlin, mène de front activité d'enseignement et de pastorale. Selon ses Discours, la doctrine n'est pas une vérité révélée par Dieu, mais la formulation faite par des hommes de la conscience qu'ils ont de Dieu. Pour lui, le sentiment religieux n'est ni savoir ni morale, mais la conscience intuitive et immédiate de l'infini vis-à-vis de laquelle l'homme a une dépendance absolue ("mystique supranaturaliste"). Fondateur de l'herméneutique* moderne : art général de l'interprétation permettant de donner aux difficultés rencontrées par la traduction langagière, la critique littéraire, et l’exégèse biblique un lieu commun de compréhension et de sens. La compréhension est une tâche infinie. Par principe, tout texte peut être compris, mais toute compré- hension ne peut être que partielle : absence de l'auteur, éloignement du texte par les interprétations déjà données, par la considération de ce que le texte a de singulier. * Herméneutique : théorie de la lecture, de l'explication et de l'interprétation des textes.
  • 39. Friedrich von Schelling Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling (1775-1854), philosophe allemand. Son père, pasteur luthérien, lui enseigne l'hébreu et l'arabe. Maîtrise de philosophie au séminaire protestant de Tübingen où il rencontre Hegel et Hölderlin. Participe avec eux à la rédaction d'un célèbre Systemprogramm, manifeste de l'idéalisme allemand. Professeur de philosophie à Iéna, Würtzbourg, Erlangen, Munich, Berlin. Sa philosophie « odyssée intellectuelle », faite de différentes strates : philosophie de la nature, de l'art, , de l'identité, de la mythologie, de la Révélation, philosophie rationnelle, positive (religieuse) ou négative, « La nature est l'esprit invisible, l'esprit la nature invisible. » « En nous tous est présente une faculté mystérieuse et merveil- leuse, celle de nous retirer dans la partie la plus intime de nous-mêmes (...) afin d'intuitionner l'éternel en nous, sous la figure de l'immutabilité. Cette intuition est l'expérience la plus intime, la plus proche, celle dont dépend tout ce que nous savons et croyons quant au monde suprasensible. » « Le passé est su, le présent est connu, le pressenti est prophétisé. » « L'art, la religion et la philosophie, telles sont les trois sphères de l'activité humaine où se manifeste l'esprit suprême comme tel... Dieu, cette notion constitue le dernier terme de la philosophie. »
  • 40. Christian Hermann Weisse (1801-1866), bibliste, théologien protestant et philosophe allemand. Diplômé de l'université de Leipzig, adhère à l'école hégélienne de philo- sophie. Développe ensuite, avec Fichte un nouveau théisme spéculatif, et s'oppose à l'idéalisme panthéiste de Hegel. En 1835, le philologue prussien Karl Lachmann (1793-1851) avait démontré que le plus ancien des évangiles était celui de Marc. Les recherches de Weisse sur le problème synoptique du Nouveau Testament l'amènent à formuler en 1838 une solution originale : « l’hypo- thèse des deux sources ». Selon cette hypothèse, l'évangile selon Marc fut écrit le premier et constitue l'une des deux sources dont s'inspirent l'évangile selon Matthieu et l'évangile selon Luc, l'autre source étant le document Q, (en allemand, Quelle : source), une collection perdue de logia, les dits de Jésus. Provocatrice il y a un siècle, car teintée de scientisme, l’hypothèse des deux sources est aujourd’hui acceptée par la quasi-totalité des spécialistes du Nouveau Testament, et enseignée dans toutes les bonnes facultés de théologie, catholiques ou protestantes. Mais seuls quelques téméraires, comme Pierre Nautin, ont trans- gressé le tabou qui consiste à reconstituer la source Q, à rebours des siècles.
  • 41. Ralph Waldo Emerson (1803-1882), essayiste, philosophe et poète états-unien. Pasteur unitarien, démissionne après un conflit avec les dirigeants de l'Église. Fait un grand voyage en Europe en 1832-1833. En 1835, achète une maison à Concord, devient ami de de Henry David Thoreau. Inspirateur de l’indépendance états-unienne. Chef de file du mouvement transcendantaliste* américain du début du 19ème siècle. Beaucoup de ses intuitions lui viennent de son étude des religions orientales, notamment l’hindouisme, le confucia- nisme et le soufisme. Ses grandes idées sont l’utilisation de l’expé- rience personnelle, l’idée de l’ "Âme supérieure" cosmique et la doctrine de la compensation. « C'est sur nos propres pieds que nous marcherons, c'est avec nos propres mains que nous travaillerons, ce sont nos propres idées que nous exprimerons… Une nation d'hommes existera pour la première fois, parce que chacun se croit inspiré par l'âme divine, qui inspire aussi tous les hommes ». * Une des croyances fondamentales des transcendantalistes était la bonté inhérente des humains et de la nature. Ils croyaient aussi que la société et ses institutions - particulière- ment les institutions religieuses et les partis politiques - corrompaient la pureté de l'humain, et qu'une véritable communauté ne pouvait être formée qu'à partir d'individus autonomes et indépendants.
  • 42. Caroline Malvesin et Antoine Vermeil C.M.(1806-1889), laïque protestante française. Rêve, vers ses 17 ans, de devenir "sœur de charité", bien qu'il n'existe à l'époque aucun ordre religieux protestant en France. Marquée par le théolo- gien protestant Adolphe Monod (1802-1856). Avec le pasteur Antoine Vermeil * fonde en 1841 la ‘Commu- nauté des Diaconesses de Reuilly’, ordre religieux protestant d’abord installé à Paris (rue de Trois Sabres, puis rue de Reuilly), actuelle- ment à Versailles. 40 autres communautés sont réparties ailleurs, 20 en France et 20 dans le monde, notamment au Cameroun. La 7ème prieure de la communauté, sœur Myriam (1925-2010, photo du bas) portée sur le travail biblique, l’accompagnement individuel et le dialogue œcuménique, a rédigé en 1983 la règle de vie de la communauté. * Antoine Vermeil (1799-1864, originaire de Nîmes, études à Genève, pasteur à Hambourg, Bordeaux puis Paris) La ‘Fondation Diaconesses de Reuilly’ regroupe aussi des œuvres sanitaires (gériatrie, soins palliatifs, etc.), médico-sociales (personnes âgées et handicapées) et sociales (formation, précarité et insertion, accueil d’urgence). Ses valeurs sont : « ouverture et hospitalité, parole et dignité, compétence et bienveillance, respect et limites, innovation et institution ».
  • 43. David Strauss David Friedrich Strauss (1808-1874), historien et théologien protes- tant allemand. Répétiteur de philosophie au séminaire protestant de Tübingen de 1832 à 1835. Son premier ouvrage, La Vie de Jésus (Das Leben Jesu, 1835) scandalise son époque en montrant un Jésus historique et non divin et par sa vision des évangiles comme récit inconscient des premières commu- nautés chrétiennes. Pour lui l'idée fondamentale de la religion chrétienne est l'incarnation divine, et les premiers évangiles n'ont pas été écrits dans un but historique mais pour exprimer cette idée au moyen de mythes. Rejetant tant l'explication surnaturelle des miracles, que les explications des rationalistes, il en fait le résultat de l'usage par les premiers Chrétiens des idées messianiques juives, pour exprimer la conviction que Jésus est bien le messie. Ses positions sont critiquées, entre autres, par Bruno Bauer (1809-1882) dans sa Kritik der evangelischen Geschichte der Synoptiker (1841) et dans Philo, Strauss, Renan und das Urchristentum (1874). Son livre Der Christus des Glaubens und der Jesus der Geschichte (Le Christ de la foi et le Jésus de l‘histoire, 1865) est une critique sévère des conférences posthumes de Schleiermacher.
  • 44. Søren Kierkegaard (1813-1855) écrivain, théologien protestant et philosophe danois. Vie sinueuse et tourmentée. Son père fait peser sur lui l’emprise d’une éducation religieuse austère et étouffante contre il se révoltera et s’indi- gnera toute sa vie, en martelant sans cesse à quel point le christianisme de son temps a oublié l’idée même de vie intérieure au profit du confor- misme social. Marqué à vie par sa décision de rompre avec Régine Olsen. À 34 ans, défend sa vision d’un christianisme véritable contre l’Église officielle danoise, luthérienne, et dénonce l'immoralité inhérente d'un christianisme d'État. Met en parallèle la foi et le doute, deux attitudes qui se répondent et qui engagent profondément l'homme dans l'existence. Le doute met en branle le repos que pourrait procurer la foi. La foi se caractérise par le risque, le danger. La présence au monde est fondée sur la conscience de soi et l'introspection. Il faut traverser le désespoir et l’assumer pour donner à sa vie une profondeur et une épaisseur existentielle. Distingue 3 stades, 3 grandes attitudes de l’homme face à sa condition : 1) le stade esthétique, qui se réduit à l’immédiateté de l’instant et des sens, 2) le stade éthique, celui de l’engagement et de l’intériorité, 3) le stade religieux, ouverture à l’altérité radicale. ../..
  • 45. Søren Kierkegaard « Dieu se rit de nos théories. » « Exister, ce n’est pas simplement être là sans savoir pourquoi, c’est aussi, et surtout, s’efforcer de se relier par l’esprit à ce qui nous dépasse, l’infini et l’éternel. « Oser devenir entièrement soi-même, un homme singulier, cet homme singulier déterminé, seul en face de Dieu, seul dans cet immense effort et dans cette immense responsabilité.» « Une thèse - une seule. Ô Luther, tu avais 95 thèses : c'est terrible ! Et pourtant, en un sens plus profond, plus il y a de thèses, moins c'est terrible. Cette affaire est bien plus terrible : il n'y a qu'une seule thèse ! Le christianisme du Nouveau Testament n'existe absolument pas. » « On ne peut comprendre la vie qu'en regardant en arrière ; on ne peut la vivre qu'en regardant en avant. » « Être un maître, ce n’est pas trancher par des affirmations, c’est apprendre du disciple. Il ne devrait pas y avoir des maîtres à penser, mais uniquement des serviteurs à penser. » « Oser, c’est perdre pied momentanément. Ne pas oser, c’est se perdre soi-même. »
  • 46. George Williams (1821-1905), philanthrope anglais. S'est décrit comme « un jeune homme insouciant, irréfléchi, impie et grossier ». Après un accident, devient apprenti dans un magasin de drap. En 1837, passe de l'anglica- nisme au congrégationalisme, autre Église protestante. Consterné par les terribles conditions qui règnent à Londres pour les jeunes travailleurs, assemble des collègues pour créer un lieu qui sorte les jeunes du "péché". Fonde en 1844 la Young Men’s Christian Association (YMCA*), en France ‘Association chrétienne de jeunes gens’ (ACJG). L'année suivante, elle se répand hors de Londres, puis aux États-Unis et au Canada. En 1855, elle se mondialise avec l'organisation de la première conférence mondiale du YMCA. En 1891, le basket-ball est inventé par James Naismith, ensei- gnant canadien moniteur d'un camp YMCA. En 1895, le volley-ball est inventé par un animateur YMCA états-unien, William G. Morgan. YMCA est la plus ancienne et la plus importante association caritative de jeunesse au monde. Son objectif est d'aider les jeunes à s'épanouir dans leurs communautés. Elle regroupe plus de 15 000 associations locales de jeunes, présentes dans 120 pays, représentant 65 millions de membres qui œuvrent dans de nombreux domaines : insertion par l’emploi, formation, loge- ment, santé, accueil de réfugiés et demandeurs d’asile, etc. La célèbre chanson disco du groupe Village People, YMCA, date de 1978. * prononcer ‘Ouaï Èm Tsi Ey’
  • 47. Robert McAll (1821-1893), pasteur protestant anglo-écossais. Études d’architec- ture puis de théologie. Pasteur à Sunderland, Leicester, Birmingham, etc. Orateur, parle avec charme, humour et conviction. Pendant la Commune en juillet 1971, à Paris, est interpellé par un habitant*. Ouvre à Belleville, Ménilmontant, Charonne et dans de nombreux quartiers de Paris des locaux, bibliothèques, douches gratuites, dispen- saires, écoles, soupes populaires, cours de musique et d’alphabétisation. L’œuvre est dénommée en 1879 ‘Mission populaire évangélique’ de France. Évite tout risque de sectarisme, n’administre aucun sacrement et ne prend aucune position dogmatique. En 1893, la Mission compte 136 salles (et une péniche) d'évangéli- sation dans 57 villes et 37 départements, y compris la Corse, l'Algérie et la Tunisie. Elle continue son travail jusqu’à aujourd’hui.** * « Êtes-vous un ecclésiastique ? Monsieur, j’ai quelque chose à vous dire. Dans ce quartier qui contient des ouvriers par dizaines de mille, nous ne pouvons accepter une religion imposée, mais si quelqu’un venait prêcher un autre genre de religion, une religion de liberté et de réalité, alors beaucoup d’entre nous serions prêts à l’écouter. » ** Coopératives de consommation, ‘École de Mutilés’ à Nantes pendant la 1ère GM, colonies de vacances, ‘Éclaireuses et Éclaireurs unionistes de France’, postes de lutte anti-alcoolique qui fusionnent avec la ‘Croix Bleue’, etc. Elle revendique aujourd’hui 16 implantations, 105 salariés nationaux et locaux, 10 pasteurs et plus de 1000 bénévoles. Elle publie une revue trimestrielle, "Présence"..
  • 48. William Booth (1829-1912), prédicateur méthodiste britannique. De famille pauvre, est au travail dès l’âge de 13 ans. Se rattache à ‘l’Église méthodiste’ à l’âge de 15 ans. En 1865, lance une première action contre l'injustice sociale à travers un mouvement qu'il nomme East London Christian Mission (‘Mission chrétienne de l'Est londonien’), avec les mots d’ordre « Soup, soap, salvation » (Soupe, savon, salut). Fonde en 1878 la Salvation Army (‘Armée du Salut’) et en devient son premier général. Le mouvement chrétien avec une structure quasi-militaire (hiérarchie, discipline, uniforme, règlements, drapeau), s’attaque notamment à l’alcoolisme, à l’exclusion des femmes, des émigrants, des prisonniers, des sans-abri. ‘L’Armée du Salut’ est aujourd’hui active dans 120 pays. « Tant que des femmes pleureront, je me battrai. Tant que des enfants auront faim et soif, je me battrai. Tant qu'il y aura un alcooli- que, je me battrai. Tant qu'il y aura dans la rue une fille qui se vend, je me battrai. Tant qu'il y aura des hommes en prison, et qui n'en sortent que pour y retourner, je me battrai. Tant qu'il y aura des victimes d'attentats aveugles, je me battrai. »
  • 49. Jenkin Lloyd Jones (1843-1918), pasteur unitarien états-unien, éducateur, journaliste. Né en Angleterre. Soldat pendant la guerre de Sécession, blessé, en garde un engagement pacifiste. Secrétaire missionnaire de la Western Unitarian Conference et rédacteur en chef de l'hebdomadaire religieux libéral Unity. En 1884, démissionne de son poste de secrétaire de la Western Unitarian Conference pour servir comme ministre chez All Souls Church. En 1886, fondat fonde la Chicago Peace Society. En 1889, soutient le centre social communautaire de Hull House, créé par Jane Addams et Ellen Starr dans un quartier pauvre de Chicago. Opposé au travail des enfants, partisan du premier mouvement syndical, donne des conférences aux immigrants arrivant d'Europe. Avec Vivekananda (1863-1902), organise le ‘Parlement des religions du monde’ en septembre 1893 à Chicago où, pour la première fois, se rassemblent des représen- tants de religions orientales, asiatiques et occidentales (image du haut). S’oppose à la guerre hispano-américaine de 1898 à Cuba et aux Philippines, et à la participation des États- Unis à la 1ère Guerre Mondiale. « Jésus n'a pas écrit de Credo, n'a nommé aucun évêque, n'a organisé aucune Église et n'a enseigné aucune Trinité. » « La fidélité ne réside pas dans l'acceptation du dogme qui vous a été légué, mais dans l'esprit réceptif, l'attitude de recherche de la vérité. »
  • 50. Friedrich Nietzsche (1844-1900), philologue, philosophe et poète allemand. Fils d’un pasteur protestant, forge sa pensée en réaction aux milieux ecclésias- tiques marqués par une morale religieuse étouffante. Ses affirmations brutales, puissantes, dérangeantes, ne sont pas toujours argumentées et sont parfois contradictoires. À partir de 1889, sombre progressivement dans la démence. Après sa mort, l'interprétation de son œuvre est défigurée par l'image de la folie, par sa sœur Elisabeth, antisémite, et par la propagande nazie. Critique la démocratie, Rousseau, l'héritage chrétien et l'éducation moderne, mais souhaiterait voir la politique, l'État et toute autorité subordonnés à une éducation élitiste tournée vers l'art et la pensée. La “volonté vers la puissance” (Der Wille zur Macht), qui est d’abord résistance à l’adversité, désigne pour lui un impératif interne de dépas- sement de soi exprimé par l'expression “devenir plus ou dépérir”. ../..
  • 51. Friedrich Nietzsche Considère la “violence de forts” comme un chemin de l'élévation humaine, sans lequel l'homme se renie et se mutile, mais affirme que la spiritualisation des instincts les plus agressifs est la forme la plus haute de la culture. Courtois, sensible et doux, ami des Juifs, est opposé au pangerma- nisme et au militarisme. Critique les religions (notamment le christianisme et le bouddhisme) et les “théologies de la tristesse”, considère la joie comme le critère éthique fondamental qui valide l’action humaine. Le “sur-homme” (Űbermensch) est selon lui l’être humain qui est devenu qui il est et qui a accompli toutes ses potentialités. Considère Jésus de Nazareth comme le prototype même du sage et de l’homme accompli. En proclamant “la mort de Dieu”, souhaite voir mourir le Dieu dont on craint les châtiments ou à qui l’on demande des récompenses ou des faveurs (et qui suscite, à juste titre, l’athéisme). Appelle au consentement total à la vie comme elle est, avec ses souffrances (amor fati : amour du destin) et à faire de sa vie une œuvre d’art, à travers un processus permanent d’autocréation. ../..
  • 52. Friedrich Nietzsche « Il faut porter en soi un chaos pour pouvoir mettre au monde un étoile dansante. » « Ce n’est pas le doute qui rend fou, c’est la certitude. » « L’homme est un animal capable de promesse (…) » et de « répondre de lui-même comme avenir. » « Si la Bonne Nouvelle de l’Évangile était inscrite sur votre visage, vous n’auriez pas besoin d’exiger aussi obstinément la foi en l’autorité de ce livre : vos œuvres, vos actions devraient sans cesse rendre la Bible superflue, une Bible nouvelle devrait sans cesse par vous surgir ! » F. Nietzsche « En déclarant que Dieu est mort, Nietzsche avait dit non pas que la question de Dieu ne se posait pas, mais qu’elle se posait ailleurs et autrement que dans le coffre-fort où les religions avaient enfermé leur idole. » Bernard Feillet
  • 53. Tommy Fallot (1844-1904), pasteur et théologien protestant français. Né en Alsace au Ban de la Roche, où ses parents et grands-parents sont venus en réponse à l'appel du pasteur Jean-Frédéric Oberlin, est très tôt sensible à l'influence d'hommes de foi soucieux des problèmes sociaux liés à l'industrialisation et à l'émergence du prolétariat. Thèse de théologie sur Les Pauvres et l'Évangile à la ‘Faculté de théologie protestante de Strasbourg’. Pasteur en Alsace puis à Paris, entre en contact avec l'œuvre d'évangélisation du pasteur anglais Robert McAll, fondateur de la ‘Mission populaire évangélique’ et animateur de "conférences morales" destinées à apporter aux plus démunis le message de l'Évangile. À partir de 1882, s'attache à la défense de la moralité publique et en particulier au problème de la prostitution. Son souci de plus en plus marqué pour les problèmes du peuple le pousse à adhérer aux idées du socialisme. Fonde le ‘Cercle socialiste de la libre pensée chrétienne’, devenu en 1882, la ‘Société d'aide fraternelle et d'études sociales’, qui conduira au grand mouvement du christianisme social, projet à la fois utopique et critique visant à apporter une solution chrétienne aux questions sociales. « Dieu seul est laïque. Hélas, l’homme souffre de maladies religieuses cléricalement transmissibles. »
  • 54. Adolf von Harnack (1851-1930), professeur balte-prussien protestant, docteur en théologie, en droit, en médecine et en philosophie. Républicain conser- vateur, prend position pour la démocratie sociale contre la ligne majori- taire du protestantisme, alors presque entièrement anti-républicain. Auteur d’ouvrages sur la littérature chrétienne ancienne, sur L’essence du christianisme, sur Marcion (qu’il considère comme la figure la plus importante de l’histoire de l’Église entre Paul et Augustin), sur le monachisme et surtout sur l’histoire des dogmes. Les dogmes, dit-il, sont une création humaine, ils évoluent avec le temps. Oppose un christianisme primitif sans dogmes à un catholicisme pétri d’hellénisme, "hiérarchique, dogmatique et rituel". Refusant de transformer le christianisme en objet du passé, admirable, certes, mais renvoyé aux musées, veut ouvrir un nouvel âge " postdogmatique ", en redécouvrant la simplicité du christianisme des origines purifié de ses scories. Affirme qu’il faut revenir à l’essence de la foi au Père révélé par le Fils en « rejetant comme un vêtement les pensées et les formes qui, un certain temps, avaient été tenues pour saintes. »
  • 55. Josiah Royce (1855-1916), philosophe états-unien issu de familles anglaises. Professeur à l'université Johns-Hopkins, puis à Harvard. Protestant, apprend le sanskrit pour étudier le bouddhisme. Travaille le concept de communauté, où les individus restent des individus à part entière, mais en formant une telle association, ils participent à une réalité qui s'étend au-delà de leur propre existence individuelle. Soutient que le mal est une force réelle, qui doit être combattue comme telle ; la souffrance est quant à elle un fait d'expérience irréductible. Comme Dieu n'est pas un être séparé, la souffrance et la douleur des êtres humains sont également la souffrance et la douleur de Dieu. Considère comme des "causes universelles" : l'accès total à la vérité ; la connaissance complète de la nature de la réalité par la recherche et l'interprétation ; l'expansion universelle de la fidélité à la loyauté elle-même. Dans Le problème du christianisme, affirme la pertinence des idées fondamentales du christianisme (communauté, péché, expiation, grâce qui sauve) pour la confluence des religions du monde, appelle à transformation personnelle faite de loyauté envers la communauté de toute la famille humaine.
  • 56. Nathan Söderblom Lars Olof Jonathan Söderblom (1866-1931), pasteur luthérien suédois. Études en grec, hébreu, arabe et latin, docteur en théologie. Professeur d’histoire des religions à Uppsala puis Leipzig. Aumônier à l'hôpital psychiatrique d'Uppsala, puis à l'ambassade de Suède à Paris. En 1901, obtient un doctorat de religion comparée de la Sorbonne pour une thèse portant sur le mazdéisme. Avant Rudolf Otto, tente de donner une description du sacré. Archevêque d'Uppsala en 1914, primat de l’Église suédoise, promeut une réforme liturgique et travaille inlassablement à l'amélioration de la condition des prisonniers de guerre et des réfugiés. Architecte du mouvement œcuménique au 20ème siècle. La conférence de Stockholm pour un ‘christianisme pratique’, qu’il organise en 1925, notamment avec Wilfred Monod, rassemble Anglicans, Protes- tants, et Chrétiens Orthodoxes. Reçoit le Prix Nobel de la paix en 1930 « pour ses efforts pour impliquer les églises pas seulement dans le travail pour l'union œcu- ménique, mais aussi pour la paix mondiale. » .
  • 57. Wilfred Monod William Frédéric Monod (1867-1943), pasteur et théologien réformé français. Docteur en théologie. Assure l'éducation religieuse des jeunes protestants du quartier des Halles et des enfants de familles défavori- sées, fonde ‘l’École du Jeudi’. S’engage dans le christianisme social , propose un programme social que les Églises protestantes devraient s’efforcer de réaliser. S’implique activement dans le mouvement de rassemblement des Églises protestantes qu’avait créé en 1908 l’évêque suédois luthérien Nathan Söderblom (1866-1931) sous le nom de ‘Christianisme pratique’, qui tente d’oublier les querelles théologiques pour se concentrer sur la question sociale. Crée avec son fils Théodore Monod (1902-2000) en 1923 la ‘Communauté des Veilleurs’, fraternité de prière centrée sur la vie chrétienne pratique et la méditation de la Bible, dont la liturgie a pour fondement les Béatitudes et s’inspire des liturgies de différentes confessions. Parce qu’il ne fait pas de la rigueur de la problématique théologique sa préoccupation première, est écarté en 1929 de la Faculté de Théo- logie de Paris, ce qu’il ressent très douloureusement.
  • 58. Rudolf Otto (1869-1937), théologien luthérien allemand, spécialiste d’étude comparée des religions. Professeur à l'université de Göttingen, de Breslau, puis de Marbourg. En 1911 et 1912, réalise un voyage en Afrique puis en Inde et au Japon. Travaille sur une comparaison des spiritualités orientales et des spiritualités occidentales. Pour lui, l’expérience religieuse n’est pas réductible en termes d'idée, de concept, de notion abstraite, de précepte moral. Dans son ouvrage Das Heilige ("Le Sacré" , 1917), définit le concept de sacré comme étant "numineux", (du latin numen, la puissance agissante de la divinité). Cette notion fait référence à une « expérience non-rationnelle, se passant des sens ou des sentiments et dont l'objet premier et immédiat se trouve en dehors du soi. » Propose ainsi un paradigme pour l'étude des religions, se focalisant sur le besoin de réaliser le sentiment religieux, considéré comme non réductible et comme une catégorie en soi. Une expérience numineuse est une expérience que l’on pourrait qualifier de mystique, où l’on se sent plein de force, de sérénité, d’amour, de compassion, de créativité et/ou d’inspiration, ou encore du Tout-Autre.
  • 59. Richard Wilhelm et Étienne Perrot R.W. (1873-1930), pasteur et missionnaire protestant, traducteur et sinologue allemand, ami de Carl Gustav Jung. On lui doit la traduction de nombreux ouvrages de philosophie du chinois en allemand, qui à partir de cette langue ont été à leur tour traduits dans d'autres langues européennes. Traduit notamment et publie en 1924 le Yi King, ou Livre des transfor- mations, système de signes et de symboles organisés et interprétés, dont la lecture permet toujours une seconde lecture, qui peut être utilisé pour faire des divinations. Ce texte de sagesse, datant du 8ème siècle avant J.-C. et traduit par les jésuites résidant à la cour de Pékin, est à la fois ésotérique et pragmati- que, philosophique et moral. Le Yi King propose des pistes sur une situation et ses évolutions possibles, jouant le rôle d'un oracle qu'on consulte avant de prendre une décision sur une question difficile. En 1973, un des traducteurs principaux de Carl Gustav Jung, Étienne Perrot (1922-1996, photo du bas), psychanalyste et spécialiste d'alchimie, traduit en français du livre de Richard Wilhelm et ouvre en France l'intérêt pour le Yi King auprès du grand public.
  • 60. Albert Schweitzer (1875-1965), philosophe et médecin alsacien, musicien organiste, pasteur et théologien protestant. Publie, en 1906, une étude exhaustive de tous les travaux sur Jésus de Nazareth qu’il conclut en disant que la personne du Jésus historique est définitivement enfouie dans les évangiles : jamais, selon lui, on ne pourra l’atteindre. En 1915, pendant son incarcération par l’armée française en tant que citoyen allemand, lui sont révélées l’idée et éthique du respect de la vie, inspiré des religions de l’Inde, qui le conduira au végétarisme. Dans Kultur- philosophie, étude philosophique de la civilisation, aborde la pensée éthique à travers l’histoire et invite ses contemporains à mettre en œuvre une philo- sophie de respect de la vie. Fonde en 1913 l’hôpital de Lambaréné au Gabon, un village-hôpital de bois, de tôle et de torchis où il soigne notamment les lépreux, et un hôpital- refuge pour les animaux. Prix Nobel de la paix (1952). Dénonce et combat l’arme nucléaire à partir de 1954. ../..
  • 61. Albert Schweitzer Sceptique à l’égard des dogmes, raconte qu’encore étudiant, il y voyait des constructions spéculatives, artificielles et inutiles, « un brouillard de connaissances incertaines. » Président d'honneur de l'Asso- ciation française des protestants libéraux, très proche des unitariens états-uniens. Comprend le christianisme non comme une religion axée sur l’au- delà, mais bien comme un message éthique devant transformer le monde. À sa future femme Hélène en 1903, il écrit en 1903: « Je crois parce que j’agis » (et non : « J’agis parce que je crois »). Il reprend à son compte la phrase de Goethe (dont il est un grand connaisseur) : « Au commencement était l’action. » En 1904, déclare à ses paroissiens : « Quand vous dit de rester tranquille, c’est le diable qui parle ; lorsque on vous dit de vous lever et d’agir, c’est sûrement Dieu. » « Accepter aveuglément une vérité sans y réfléchir mine à l'avance la vie spirituelle. » « L'éthique c'est, la reconnaissance de notre responsabilité envers tout ce qui vit. » ../..
  • 62. Albert Schweitzer « Soudain m'apparurent, sans que je les eusse pressentis ou cherchés, les mots "respect de la vie". (…) Enfin je m'étais ouvert une voie vers le centre où l'affirmation du monde et l'affirmation de la vie se rejoignent dans l'éthique. Je tenais la racine du problème. Je savais que cet ensemble qui détermine une civilisation digne de ce nom, trouve son fondement dans la pensée. » « Toute vie émane d’une vie et engendre une vie… Je suis vie qui veut vivre, au milieu des vies qui veulent vivre. » « Nous sommes en présence d'une mystique chaque fois qu'un homme considère comme abolie la distinction entre le terrestre et le supraterrestre, le temporel et l'éternel, et qu'il a le sentiment, tout en restant encore dans le domaine du terrestre et temporel, d'appartenir déjà au domaine suprater- restre et éternel. »
  • 63. Hermann Hesse (1877-1962), romancier, poète, peintre et essayiste allemand. Fils de missionnaires qui le destinent à devenir pasteur, s’enfuit en 1892 du couvent de Maulbronn et se forme seul tout en exerçant divers métiers. S’établit en Suisse en 1899 et publie ses premières œuvres. Un des rares intellectuels européens à comprendre la monstruo- sité de la 1ère Guerre mondiale, l’abjection de la haine nationaliste et les impostures de la propagande. Obtient la nationalité suisse en 1924. En 1932, s'exprime pour les auteurs - juifs ou non - pourchassés par les nazis. Écrivain des déchirements de l’existence humaine, aspire à une civilisation où il y ait équilibre entre spiritualité et animalité. Prix Nobel de littérature en 1946. « Nos maîtres nous enseignaient pourtant, dans cette discipline si amusante nommée histoire, que le monde a toujours été gouverné et transformé par des hommes qui s’étaient donné une loi personnelle après avoir rompu avec la tradition. » ../..
  • 64. Hermann Hesse « Le vrai protestant se défend contre sa propre Église aussi bien que contre les autres, car sa mentalité lui fait préférer l’évolution à la stagnation. Et, dans ce sens, je pense que Bouddha était, lui aussi, un protestant ». « Rien ne m'inspire un sentiment plus vif de haine, d'horreur et d'exécration que ce contentement, cette bonne santé, ce bien-être, cet optimisme irréprochable du bourgeois, cette volonté de faire prospérer généreusement le médiocre, le normal, le passable. » À propos du possédant et du sédentaire : « car il est tant de choses qu’il ne veut pas qu’on lui rappelle : l’instabilité de toute existence, l’incessante décomposition de toute vie, la mort glacée et inexorable dans laquelle baigne l’univers. » « Voilà longtemps que nous avons perdu le paradis, et le paradis nouveau dont nous rêvons ou que nous voulons édifier ne se trouvera pas sur l’équateur ni au bord des mers chaudes d’Orient : il est en nous et dans notre avenir d’hommes du Nord. » ../..
  • 65. Rudolf Bultmann (1884-1976), théologien et exégète allemand de tradition luthérienne, opposé au nazisme. Professeur d'études néotestamen- taires à Marburg. Démontre que les caractéristiques des sources chrétiennes ne sont pas des comptes-rendus journalistiques, ni des documents historiques, mais des témoignages de foi situés dans le contexte vivant des communautés chrétiennes primitives. Développe la démythologisation de l’Évangile, réinterprétation pour le rendre recevable et compréhensible aux contemporains, clarifie la véritable intention du mythe, et donc, la véritable intention du texte. Construit une nouvelle anthropologie pour un homme mieux à même de comprendre le sens des Évangiles. « Un événement historique - la venue et le départ de Jésus, sa croix - est l'événement eschatologique. Mais pas sa résurrection, non ! Seule la foi des premiers disciples en sa résurrection peut être qualifiée d'événement historique. »
  • 66. Karl Barth (1886-1968), théologien et pasteur protestant suisse, une des personnalités majeures de la théologie chrétienne du 20ème siècle. Toute son œuvre est une protestation contre les tentatives humaines (politiques, morales, religieuses et même théologiques) pour instrumentaliser Dieu en l'identifiant à une cause ou à une doctrine. Affirme l'altérité radicale de Dieu, qui est libre à l'égard de tout ce que l'on peut en dire ou en faire dans les Églises ou les doctrines. En 1934, principal auteur de la "Déclaration théologique de Barmen", texte fondamental d'opposition chrétienne à l'idéologie nazie. À la fin de sa vie, participe à la lutte contre la prolifération des armements atomiques. « Nous devons savoir à la fois que nous devons parler de Dieu et que nous ne le pouvons pas. » « S'il y a bien un athéisme de l'homme, un homme sans Dieu, il n'y a pas de Dieu sans l'homme. »
  • 67. Paul Tillich (1886-1965), écrivain allemand, philosophe et théologien protestant. Chassé de l'Université en 1933 pour avoir pris la défense d'étudiants juifs molestés par les nazis, s'exile aux États-Unis. En 1961, cofonda- teur de la Society for the Arts, Religion and Contemporary Culture. Pour lui, la foi n’est ni une connaissance, ni un sentiment, ni une tranquillité. Elle est une question et une recherche, celle du sens ultime de notre existence et du monde. Elle n’élimine pas le doute, elle l’inclut et l’affronte constamment. Elle s’exprime dans des symboles qui devien- nent idolâtres si on les prend à la lettre. Dieu est toujours "au-dessus de Dieu", c’est-à-dire au-dessus de ce que nous en disons, au-dessus même du nom par lequel le désignons. Propose de ne plus parler de "Dieu", mais de "la profondeur de l’être". Selon lui, la question centrale de toute quête philosophique revient toujours à la question de l'être : que signifie être, exister, être un être humain fini ? Énumère les 3 angoisses fondamentales de l’homme : 1) la peur de mourir (plan physique); 2) la culpabilité (plan moral); 3) l’absurde, l’inquiétude au sujet de l’orientation de sa propre vie (plan spirituel). ../..
  • 68. Paul Tillich Affirme que l’amour de Dieu pour l’homme est le fondement premier ou ultime du courage d’être. Il faut penser Dieu non pas comme extérieur à nous ni comme identique à nous, mais comme cette puissance d’être, cette puissance pour la vie qui nous habite et agit en nous sans se con- fondre avec nous. La vie demande toujours du courage et le courage est toujours une foi. Si le courage se rencontre parfois dans des circonstances exception- nelles (l’héroïsme), il se déploie d’abord et surtout dans le quotidien, dans l’ordinaire de l’existence. La foi - pas forcément religieuse, mais foi en des valeurs, en la vie - est le courage d’être et de vivre. Le courage, l’affirmation de soi qu’implique chaque moment de notre existence, implique une transcendance, puisque sa source ne se situe ni dans le monde ni en nous. Tillich nous invite à nous étonner du banal et à développer une spiritualité du quotidien. ../.. Photos : Le transi ( = le trépassé), sculpture du squelette de René de Chalon, prince d’Orange, par Ligier Richier (1547, église St Étienne de Bar-le-Duc). Le squelette, le bras tendu vers le ciel, présente dans sa main son cœur saignant à Dieu. Cette sculpture évoque l’angoisse, la révolte, le questionnement de l’être humain face à la mort et sa mise en accusation de Dieu.
  • 69. Paul Tillich « Tout le monde a la préoccupation de l’ultime, et cette préoccupation existe dans un acte de foi, même si l'acte de foi inclut le refus de Dieu. Là où il y a la préoccupation de l’ultime, Dieu ne peut être refusé que dans le nom de Dieu. » « Le penchant naturel vers la sécurité, la perfection et la certitude (…) est biologiquement nécessaire, mais il devient un facteur de destruction biologique s’il nous fait éviter tout risque d’insécurité, d’imperfection et d’incertitude. » « Les dangers qui accompagnent le changement, le caractère inconnu des choses qui arrivent, l’obscurité de l’avenir, tout cela contribue à faire de l’homme moyen un défenseur fanatique de l’ordre établi. » « L’acte d’accepter l’absence de sens est en lui-même un acte plein de sens : il est un acte de foi. Celui qui possède le courage d’affirmer son être en dépit des angoisses du destin (…) ne les a pas supprimées : il demeure sous leur menace et il subit leurs coups. (…) La foi qui crée le courage de les intégrer n’a pas de contenu spécifique : c’est la foi, tout simplement, sans direction précise, absolue. »
  • 70. Simon Kimbangu (1887-1951), leader religieux congolais. Né dans le futur Congo belge (Zaïre), catéchiste à la mission baptiste pour l’ethnie Ba-Kongo. Ouvrier dans les huileries de Kinshasa vers 1920, est en contact avec des militants américains anticolonialistes. Commence son ministère de guérison et de prédication en 1921 à N’kamba. Réclame et obtient la destruction des fétiches, la proscription de l’alcool, de la polygamie, des danses collectives éroto-extatiques, de la sorcellerie, africanise le culte. Préconise la non-violence. Sa carrière publique ne dure que 6 mois, car son succès dérange les colonialistes et les missionnaires. Inculpé de sédition, condamné à mort par un juge militaire belge, peine commuée par le roi Albert 1er en déten- tion perpétuelle après 120 coups de fouet. Le village de N’kamba est rasé par les autorités belges. Meurt après 30 années de prison après avoir partagé ses maigres rations de nourriture avec d'autres prisonniers. Son enseignement donnera par la suite naissance à l’Église kimbanguiste, admise en 1969 au ‘Conseil œcuménique des Églises’. Après s'être organisée et avoir épuré son dogme et sa liturgie, elle perd sa force novatrice et contestataire et devient un partenaire du nouveau pouvoir zaïrois.
  • 71. Henry Miller (1891-1980), romancier et essayiste étatsunien. Fils de parents allemands luthériens. Petits boulots, brèves études au City College of New York, directeur du personnel de la Western Union Telegraph. Vit 9 ans à Paris, une année en Grèce, puis en Californie. Libère des tabous sexuels la littérature étatsunienne, à la fois d'un point de vue moral, social, et légal. Romans tous censurés aux États-Unis pour obscénité. Pianiste amateur et peintre. Se qualifie lui-même de « roc heureux ». Sur son lit de mort, dit que s'il a tellement écrit sur sa vie, ce fut uniquement par amour sincère des gens et non pour la célébrité. « Les œuvres des enfants ont leur place à côté des chefs- d'œuvre des grands maîtres. » « L'homme a ce choix : laisser entrer la lumière ou garder les volets fermés. » « Dieu est le possible qui réside au-delà de l'actuel. Dieu n'existe pas. Dieu est une création car l'éternité ne suffit pas. » « Certains sentent la pluie à l'avance : d'autres se contentent d'être mouillés. » H. M. « … le visage du vieil athée mystique Henry Miller, illuminé de paix. » Jean Sulivan
  • 72. Martin Niemöller (1892-1984), pasteur luthérien et théologien allemand. Officier sous-marinier pendant la 1ère guerre mondiale. Ordonné pasteur en 1924. En 1933, appelle les pasteurs hostiles aux mesures antisémites à s'unir au sein d'une nouvelle organisation, le Pfarrernotbund, ("Alliance d’urgence des pasteurs") respectueuse des principes de tolérance énoncés par la Bible. À la fin de l'année 1933, 6 000 pasteurs, soit plus d’1/3 des pasteurs protestants, ont rejoint ce groupe dissident. Déchu de ses fonctions de pasteur en novembre 1933. En automne 1934, rejoint Karl Barth, Dietrich Bonhoeffer, etc. pour fonder l'Église confessante (Bekennende Kirche), groupe protestant opposé à l’idéologie nazie. Photos : - Niemöller en officier sous-marinier, puis en pasteur - Évêques catholiques lors d’une rencontre de jeunes organisée par le parti nazi au stade de Berlin-Neukölln en août 1933 Voir aussi M.N. dans le trombinoscope de la non-violence
  • 73. Martin Niemöller Arrêté en 1937 sur ordre personnel d'Hitler et envoyé au camp de Sachsenhausen, transféré en 1941 au camp de concentration de Dachau. Libéré du camp par la chute du régime nazi, en 1945, se consacre par la suite, jusqu'à sa mort en 1984, à la reconstruction de l'Église protestante d'Allemagne et prend de plus en plus de distance avec les milieux conservateurs de ses origines pour devenir un militant de la paix et de l’Europe. « Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n'ai rien dit, je n'étais pas communiste. Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n'ai rien dit, je n'étais pas social-démocrate. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n'ai rien dit, je n'étais pas syndicaliste. Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester. »* * Ce texte de Niemöller est souvent attribué à tort à Bertolt Brecht. La forme initiale exacte et l'origine de ce poème ne sont pas connues avec certitude. Son texte a évolué au fil du temps, la première version daterait probablement de 1946, pour ne prendre la forme d'un poème qu'au début des années 1950. Le contenu ci-dessous est une traduction de celle reconnue définitive par la Fondation Martin Niemöller.
  • 74. Reinhold Niebuhr (1892-1971), théologien protestant étatsunien. Son père, pasteur luthérien allemand, migre aux États-Unis en 1902. Bachelor of Divinity de l'université Yale en 1914. De 1915 à 1928, pasteur à Detroit. Critique la taylorisation et Henry Ford, invite les responsables syndicaux à utiliser la chaire pour exposer leurs messages sur les droits des travailleurs. En 1917, malgré son pacifisme, s'engage comme aumônier dans l'armée étatsunienne. En 1923, voyage en Europe pour rencontrer des intellectuels et des théolo- giens. Ce qu’il voit durant l'occupation franco-belge de la Rhénanie le renforce ses convictions pacifistes. En 1928, professeur de théologie pratique à l’Union Theological Seminary à New York. Influence de nombreuses générations d'étudiants, comme Dietrich Bonhoeffer. Lutte contre le communisme avec ardeur et soutient l'entrée en guerre des États-Unis contre l'Allemagne nazie. Éditeur du journal Christianity and Crisis de 1941 jusqu'en 1966. Mène des études sur les relations entre la foi chrétienne et la réalité de la politique moderne et de la diplomatie. Fait partie du groupe des 51 citoyens étatsuniens connus qui, à l’instigation d’Albert Einstein, créent l’International Relief Association (IRA) dont le but est d’ "assister les Allemands souffrant de la politique du régime de Hitler".
  • 75. Reinhold Niebuhr Partisan de l’œcuménisme, participe en août 1948 à la conférence fondatrice du ‘Conseil œcuménique des Églises’ à Amsterdam. Dans les années 1960, soutient le mouvement pour les droits civi- ques de Martin Luther King. Opposé à la guerre du Vietnam. Dans son ouvrage Moral Man and Immoral Society, écrit que "toute l'histoire de l'humanité porte témoignage du fait que la puissance [power] qui prévient l'anarchie dans les relations intra-groupes encourage l'anarchie dans les relations intergroupes ". Dans son livre The structure of Nations end Empires, constate l'impos- sibilité de penser la guerre comme ultima ratio des relations internationales à l'âge nucléaire. Un des théologiens américains majeurs du XXe siècle. Sa pensée a influencé de nombreuses personnalités politiques étatsuniennes, notam- ment Barack Obama. ../..
  • 76. Reinhold Niebuhr et la Serenity Prayer La prière de la sérénité, souvent attribuée à tort à l’empereur romain Marc Aurèle, a été écrite par Reinhold Niebuhr, qui aurait commencé à la prononcer publiquement vers 1932. Bien que la plupart des historiens conviennent que Niebuhr est l'auteur original de la prière de la sérénité, il n'en est pas l'éditeur original. Les premiers enregistrements écrits de la prière proviennent de Winnifred Crane Wygal (1884-1972), un étudiant de Niebuhr qui publie la prière dans plusieurs journaux tout au long des années 1930, notamment dans le journal Santa Cruz Sentinel du 15 mars 1933. La prière se répand rapidement, souvent sans attribution, à travers les groupes religieux dans les années 1930 et 1940. Elle est adoptée et popularisée par les ‘Alcooliques anonymes’ dans leur Big Book paru en 1939*, par la Young Women's Christian Association, etc. Niebuhr la prononce dans un sermon en 1943 à la Heath Evangelical Union Church à Heath (Massachusetts), la publie dans le Livre de prières et de services pour les forces armées de 1944 et en 1951 dans un magazine. “ God, give us grace to accept with serenity the things that cannot be changed, courage to change the things which should be changed, and the wisdom to distinguish the one from the other ” “ Dieu, donne-nous la grâce d'accepter avec sérénité les choses qui ne peuvent être changées, le courage de changer celles qui devraient l'être, et la sagesse de les distinguer l'un de l'autre ». * au même titre que la prière dite de saint François, d'où parfois son attribution erronée à ce saint. En réalité, la prière « Seigneur, faites de moi un instrument de votre paix » est apparue, anonyme, pour la première fois en 1912 dans une revue de piété, La Clochette, et a été attribuée à tort à François d’Assise vers 1925.
  • 77. Howard Thurman (1899-1981), pasteur baptiste, philosophe, théologien, enseignant états-unien, auteur de 21 livres. Le premier Afro-étatsunien à rencontrer Gandhi en février 1936 à Bartoli, près de Bombay. Dès cette époque, tente de traduire, en pensée et en actes, la philosophie du Satyagraha dans le contexte du christianisme noir étatsunien. Premier Noir étatsunien à occuper la charge de doyen de l'univer- sité de Boston (pendant plus de deux décennies). Condisciple et ami du père de Martin Luther King Jr. Sa théologie marque énormément le futur leader de la lutte non-violente pour les droits civiques.. Contribue en 1944 à fonder à San Francisco, avec l’International Fellowship of Reconciliation (IFOR-MIR), la première communauté ecclésiale multiraciale et multiculturelle des États-Unis, la Church for the Fellowship of All Peoples . Leader dans la lutte pour les droits civiques, conseiller et ami des pasteurs Martin Luther King senior et junior. « Ne vous demandez pas ce dont le monde a besoin. Demandez- vous ce qui vous éveille à la vie. Puis faites-le. Car ce dont le monde a besoin, c’est d’êtres qui s’éveillent à la vie. »* * Cette citation de Howard Thurman est souvent attribuée à tort à un certain Harold Whitman, nom fictif.
  • 78. Henri Roser (1899-1981), pasteur protestant français. En janvier 1923, tandis que l’armée française occupe la Ruhr, renvoie ses papiers militaires au nom de l'Évangile. Révoqué de sa charge d'officier, se déclare objecteur de conscience. En 1925, année de son mariage, devient secrétaire du ‘Mouvement International de la Réconciliation’ (MIR) pour la France, puis pour l'Europe. En 1939, opposé à la guerre, condamné à 4 ans de prison pour refus d'obéissance et insoumission, en sort après la défaite de 1940. Prend part au sauvetage d’enfants juifs d’Aubervilliers, est en contact avec les émissaires du général de Gaulle. Prend position contre la répression à Madagascar en 1947, contre la guerre d’Indochine, contre la guerre d’Algérie et la torture, contre le réarmement de l’Europe et les essais nucléaires. Préside pendant 25 ans ‘La Croix Bleue’, une association nationale consacrée à l’aide et à la guérison des alcooliques. H.R. est aussi dans le trombinoscope de la NV
  • 79. Willem Visser 't Hooft (1900-1985), pasteur et théologien réformé néerlandais. Études de théologie et de droit. Pionnier du mouvement œcuménique durant sa jeunesse. À Genève lorsque la guerre éclate, aide les réfugiés fuyant l’Allemagne nazie et travaille à maintenir des liens entre les Églises des zones occupées et le monde extérieur. Prend l'initiative de la réunion de Pomeyrol (16 et 17 septembre 1941) où 13 pasteurs ou théologiens et 3 laïcs de la zone sud dénon- cent les persécutions anti-juives et inscrivent le protestantisme dans la résistance au nazisme. Premier Secrétaire général du ‘Conseil œcuménique des Églises’ de 1948 à 1966. Crée également la revue The Ecumenical Review. « (…) l'Église affirme qu'on ne saurait présenter l'inévitable soumission au vainqueur comme un acte de libre adhésion. Tout en acceptant les conditions matérielles de la défaite, elle considère comme une nécessité spirituelle la résistance à toute influence totalitaire et idolâtre. » 8ème thèse de Pomeyrol
  • 80. Théodore Monod (1902-2000), scientifique naturaliste, explorateur, philosophe, théologien et humaniste français. Protestant du courant libéral, unitarien (courant du christianisme qui ne croit pas à un Dieu trinitaire ni à la divinité de Jésus, considéré comme prophète) et paroissien à l'Oratoire du Louvre. Premier président d'honneur de l‘’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens’ (AFCU). Se présente comme "chrétien pré- nicéen", entend par là qu'il accepte tout ce qui a précédé le "concile" de Nicée en 325, mais aucun des dogmes élaborés partir de cette date, pas plus que l'organisation étatique et autoritaire du christianisme. « Le christianisme ? C’est une bonne idée ! Si l’on l’essayait ?" En bas : blason de Théodore Monod, précédé de la phrase « Ne porte plus ta croix, mais plante la pour qu’elle fleurisse » ../..
  • 81. Théodore Monod « Je voudrais qu'on travaille à une théologie de la nature. Ce sujet fut fortement négligé par la pensée chrétienne. Les apologistes ont abusé d'une description idyllique de la nature. Ils nous ont beaucoup parlé des petits oiseaux, des papillons, des fleurs ; voilà qui était charmant ! Cependant, ceux qui connaissent la nature savent qu'elle n'a rien d'idyllique. Il s'agit d'un monde particulièrement cruel, empli de sang et de brutalité. (…) Les parasites composent un monde incroyable. Il s'en trouve partout. Il n'est pas une espèce animale qui ne connaisse ses parasites externes ou internes. Ces derniers peuvent causer des ravages physiques considérables, provoquant des souffrances qui ne le sont pas moins. Imaginer que tout provient de la volonté d'un Dieu miséricordieux, compatissant à l'égard de ses créatures, voilà qui paraît difficile à admettre, quand on contemple la vérité physique de l'affreux spectacle de la nature. ». ../.. Voir aussi Th. Monod in diaporama Chercheurs et acteurs de non-violence
  • 82. Théodore Monod « Le nombre d’éléments qui compose les flagelles* est identique chez tous les êtres vivants, algues, animaux, tissus de toutes sortes. Pourquoi ? Je n’en sais rien ! (…) Pourquoi avons-nous 5 doigts ? Pourquoi une grande majorité de plantes ont-elles 5 pétales ou 5 sépales ? Je ne sais pas ! » « L’homme est le seul être vivant qui apprend à ses enfants à tuer leurs semblables. Le lion n’apprend pas aux lionceaux à tuer des lions mais des gazelles ou des zèbres. » « Je n’affirme rien dans ce domaine (de l’éternité), parce que je ne sais pas. (…) J’ai simplement le droit d’espérer. Vous vous souvenez de ce que Thoreau a dit avant de mourir ? On le pressait de questions à propos de ce grand passage, et lui a simplement répondu "One world at time" (Un monde à la fois). Je ne sais même pas si cet au-delà existe. Mais j’approche du moment où je vais peut-être savoir. » « Ma doctrine, c’est la montagne unique que nous gravissons par des entiers différents. Il vaut mieux ne pas trop lorgner vers le sentier du voisin. » * Propulseurs grâce auxquels les cellules flagellées se déplacent