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Trombinoscope "Chercheurs d’humanité"
Chercheurs de sens
(art, religion, philosophie, spiritualité)
99 – Figures du judaïsme
de l’Antiquité à nos jours
Étienne Godinot .07.03.2024
Préambule
aux 4 diaporamas thématiques "Chercheurs de sens"
Depuis 2010, je constitue - pour moi-même et pour celles et ceux qui y
trouveront de l’intérêt - un vaste trombinoscope historique de "chercheurs
de sens“ (art, religion, philosophie, spiritualité) présentés par ordre chronolo-
gique depuis la Préhistoire jusqu’à nos jours. Ma démarche et mon position-
nement sont expliqués dans le diaporama « Introduction aux diaporamas
”Chercheurs de sens” ».
Ma recherche approfondie plus récente sur les racines historiques du
conflit Israël-Palestine m’a amené à créer un trombinoscope thématique
“Figures du judaïsme de l’Antiquité à nos jours”, en opérant une sélection
dans les trombinoscopes existants.
Dans cette logique, j’ai trouvé important et intéressant de créer de la
même façon les trombinoscopes
- “Figures de l’islam de Mahomet à nos jours”,
- “Figures de l’hindouïsme et du bouddhisme de l’Antiquité à nos jours”,
- “Figures du protestantisme de Luther à nos jours”. ../..
Images :
- Rabbi Israël ben Eliezer (1698-1760) dit Ba’al Shem Tov, fondateur du judaïsme hassidique
- Ahmad al-'Alāoui (1869-1934), maître soufi algérien
- Thich Nhat Hahn (1926-2022), moine et maître bouddhiste vietnamien
- Dietrich Bonhoeffer (1906-1945), pasteur luthérien, théologien et Résistant au nazisme
Préambule aux 4 diaporamas thématiques "Chercheurs de sens"
Chaque figure de “chercheur de sens” de ces quatre familles se
trouve donc à la fois dans le trombinoscope historique “interconvictionnel”
et dans un – parfois plusieurs – des trombinoscopes thématiques.
Je n’ai pas réalisé pour l’instant de trombinoscope thématique sur le
taoïsme et le confucianisme, sur le christianisme en général (catholicisme,
unitarisme, orthodoxie, etc.), sur le bahaïsme, sur la franc-maçonnerie et la
libre pensée, sur l’agnosticisme ou l’athéisme humaniste, etc.
L’intérêt des trombinoscopes thématiques est de voir l’évolution de
la pensée et de la spiritualité dans chacune de ces quatre familles depuis
les origines jusqu’à nos jours.
L’intérêt du trombinoscope historique “interconvictionnel” est de
situer chaque personnage dans le contexte de son temps. Par ex. Pytha-
gore est contemporain de Lao Tseu, de Kong Fou Tseu et de Bouddha,
Maïmonide est contemporain d’Averroes et de Thomas d’Aquin, Delphine
Horvilleur est contemporaine de Marion-Muller Colard et de Kahina Bahloul
(ouf, des femmes !).
Les corrections et suggestions éventuelles seront les bienvenues…
Images :
- Delphine Horvilleur, née 1974, femme rabbin française
- Marion-Muller Colard, née en 1978, théologienne française d’origine protestante
- Kahina Bakloul, née en 1979, islamologue et imame soufie franco-algérienne.
Introduction
Ce diaporama regroupe des figures d’hommes et de femmes
liés au judaïsme par plusieurs portes d’entrée :
- des initiateurs de la religion juive, des grandes figures de la
spiritualité du judaïsme depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours (voir les trom-
binoscopes des « chercheurs de sens »)
- des chercheurs de changement sociétal marqués par leurs
origines juives (voir les trombinoscopes des « chercheurs et acteurs de
changement sociétal »)
- mais aussi des militants de la justice et de la paix d’origine
juive, israéliens ou non, pas forcément de religion juive, parfois agnos-
tiques ou athées, mais dignes successeurs des prophètes d’Israël
combattant l’oppression et les perversions d’une religion au service du
désordre établi, engagés contre l’occupation israélienne en Palestine,
contre la politique d’apartheid et pour une solution politique de cohabi-
tation pacifique en Israël-Palestine (voir les trombinoscopes « Israël-
Palestine »)
Images : - Rachi (v. 1040-1105), rabbin et théologien de Troyes
- Marc Bloch (1886-1944), historien et Résistant, exécuté par la Gestapo
- David Forman (1945-2010), dramaturge et rabbin états-unien, fondateur de
l’organisation Rabbis for human rights
Abraham
‟Père de multiples nations”, vers 1900 ans avant J.-C.
Personnage probablement plus symbolique qu’historique, patriarche
des Hébreux et père des trois religions monothéistes, judaïsme,
christianisme et islam. Ibrahim pour les Musulmans. Associé aux
concepts de foi, d’alliance et de promesse.
Chef d’une tribu de pasteurs semi-nomadiques, aurait vécu en
Haute Mésopotamie à Ur, puis à Harân. Non loin des sanctuaires
élevés en l’honneur des dieux de la fécondité, ces tribus et leurs
chefs ont peu à peu la certitude d’un Dieu unique. Certaines d’entre
elles acquièrent probablement peu à peu la conviction que Dieu ne
peut pas supporter et refuse les sacrifices humains.
Dans la tradition biblique, part au pays de Canaan*, est invité
par un ange de Dieu à ne pas immoler son fils Isaac, et le remplace
sur l’autel par un bélier.
* Leckh-lekha : « Va vers toi », terre de toi, terre que je te ferai voir !
« Le messager du Seigneur l’appela alors de la part de Dieu :
« Abraham, Abraham ! (…) Ne touche pas à l’enfant, ne lui fais aucun
mal » Genèse, 22, 11
Images : - Ziggurat d’Ur en Chaldée (vallée du Tigre et de l’Euphrate, époque sumérienne)
- Abraham vu par Ephraïm Moses Lilen (1874-1925)
- Tableau de Laurent de La Hyre, 1650. Abraham sacrifiant Isaac
Moïse
(v. - 1392, v. - 1272), Personnage biblique, premier prophète
du judaïsme, considéré comme légendaire ou symbolique par la
grande majorité des archéologues, philologues et autres scientifi-
ques spécialistes de la Bible et des lieux bibliques. Le récit de sa
naissance ressemble de près à la légende de la naissance de
Sargon, roi légendaire, fondateur de l'Empire assyrien.
Dans la tradition biblique, fils d’Amran et de Jocabed, conduit
le peuple d’Israël hors d’Égypte en ouvrant la mer Rouge. L’exode
de 40 ans dans le désert, dont on ne trouve aucune trace
archéologique, est aujourd’hui considéré par beaucoup comme une
construction théologique ou un parcours spirituel.
Selon l'historien israélien Nadav Naaman, ce récit de l'Exode
et de la conquête de Canaan constitue probablement une construc-
tion biblique littéraire et théologique qui évoque la perte du contrôle
militaire égyptien en Canaan vécue comme une libération, la
mémoire culturelle juive transférant cette situation par la mise en
scène d'une sortie d'Égypte. ../..
Photos : - Moïse recevant les tables de la loi, par Marc Chagall
Moïse
Moïse vit sur le mont Horeb une expérience spirituelle traduite
symboliquement par la vision d’un buisson ardent, comme des genêts en
fleurs. Il demande à la chose : « Dis-moi quel est ton nom ? *», et elle lui
répond : « Je suis ce que je suis. Tu sauras qui je suis quand tu verras
que je suis à tes côtés. »** Le Dieu de Moïse s’expérimente dans la vie.
On ne peut rien savoir de lui, sinon qu’il est là. Inutile d’essayer de le
décrire, il est là et cela suffit.
* S’il faut nommer Dieu, les Juifs emploient dans la Bible une périphrase ou quatre lettres
qui n’ont aucun sens, YHVH. Aujourd’hui encore, quand ils écrivent, les Juifs utilisent pour
désigner Dieu la plus petite lettre de l’alphabet hébreu, le yod – une simple virgule.
** Marcel Légaut traduit cette intuition en disant que Dieu se manifeste en
moi quand je suis fidèle à mes exigences intérieures dans ma pensée, mes paroles,
mon activité créatrice: « Il y a en moi une action qui est de moi, qui ne peut pas être
sans moi, mais qui n’est pas que de moi. J’affirme que cette action qui m’est propre
est Dieu. »
Écrit "sous la dictée de Dieu" sur le mont Sinaï les dix paroles
(Décalogue) ou commandements, dont le 6ème, "Tu ne tueras pas". La
traduction d'André Chouraqui "Tu n'assassineras pas" donne une autre
interprétation de ce commandement, qui ne couvre pas l'homicide en cas
de guerre, de légitime défense, ou prononcé par un tribunal régulier
(peine de mort). ../..
- Moïse devant la buisson ardent, par Marc Chagall
- Les 10 commandements en hébreu sur un parchemin
Nouvelles découvertes sur Moïse
Dans son livre Moïse l’insurgé, Jacob Rogozinski se demande qui
était Moïse (Freud pensait que Moïse était un Égyptien, un auteur juif
suggère que Moïse était peut-être une femme), pourquoi la Bible le
présente comme un lépreux né d’un inceste dans une tribu maudite. Ne
croit pas à la traversée de la mer Rouge et du désert, mais grâce aux
découvertes les plus récentes des historiens et des archéologues (cité
cananéenne de Hatsor à 15 km au nord du lac de Tibériade), explore le
noyau de vérité du récit de l’Exode.
Un soulèvement a eu lieu en Canaan dans l’Antiquité. Il a donné
naissance à une société sans roi et sans État, dont les lois sont hospita-
lières aux étrangers, favorables aux asservis, aux exclus. Cette insur-
rection n’aurait pas été possible si un homme surnommé Moïse n’avait
pas introduit un dieu étranger, un dieu qui ne sanctifie pas le pouvoir des
rois, mais soutient les opprimés dans leur combat pour la justice.
L’enquête se centre alors sur le dieu de Moïse afin d’élucider la genèse
du monothéisme.
../..
Photo du haut : la cité cananéenne de Hatsor (ou Tel Hazor), cité importante de l'âge du
bronze et de l'âge du fer, des environs de 2600 jusqu'à sa destruction par les Assyriens en 732
avant notre ère.
Moïse
Moïse remet en cause la monarchie sacrée, introduit « une théo-
démocratie », la République des hébreux, la séparation des pouvoirs, le
refus de la servitude volontaire.
Un passage de la Bible* suggère qu’Abraham, Isaac et Jacob
n’adoraient pas le vrai Dieu (ils adoraient Elohim, un dieu tout-puissant,
créateur de l’univers, etc.) mais que le Dieu de Moïse, à vocation
universelle, est un Dieu intime, discret (YHVH) et libérateur, dressé
contre toutes les idoles, oppressions et aliénations, et qui n’a que nos
mains pour agir.
Images : - Michel Ange (1475-1564) , La création du soleil et de la lune, Chapelle sixtine, Vatican.
- Pantocrator est le surnom de Jupiter, le dieu romain qui gouverne la terre et le ciel, ainsi que
tous les êtres vivants s'y trouvant, Zeus dans la mythologie grecque. Du latin religieux
pantocrator, issu du grec ancien παντοκράτωρ , pantokrátôr (grec pan, «tout» et kratos
«puissance » : « maitre de tout, Tout Puissant »). Le Dieu que présente le livre de Jean-Pierre
Batut, malgré la couverture un peu trompeuse de sa thèse Pantocrator, Dieu le Père tout
puissant. Recherche sur une expression de la foi dans les théologies anténicéennes , est le "
Père des miséricordes " et le " Dieu de toute consolation. »
- L’ouvrage de John Caputo, philosophe de la religion étatsunien, pose des questions centrales
sur la possibilité d’un « Dieu faible » et d’un renversement de la notion même de « Dieu ». C’est
aussi l’affirmation d’autres auteurs comme Etty Hillesum ou Jean Sulivan
* Exode, 6, 3
Moïse, Josué et Samuel
Dans le Lévitique (19 -18), où est inscrite la loi de Moïse,
figure le commandement « Tu aimeras ton prochain comme toi-
même. »
Josué ou Yehoshua ("Dieu sauve"), fils de Noun, membre de
la Tribu d'Éphraïm. Homme de conquête et chef de guerre, mais un
passage de la Bible (Jos 17,16-18) laisse percevoir un scénario tout
autre, l’implantation pacifique dans la montagne centrale (Éphraïm),
hors du domaine des puissantes cités-États de la plaine.
Premier réalisateur de la promesse faite à Abraham.
Samuel ("Son nom est Dieu", v. - 931- v. - 877)
Grand-prêtre de la tradition de Moïse, est qualifié de prophète dans
la Bible bien que son rôle soit plus proche de celui d'un juge, c'est-à-
dire au sens biblique un chef guerrier. Désigne les deux premiers
rois d'Israël, Saül, puis David.
On lui prête d’avoir écrit une grande partie des ‘livres
historiques’ de la Bible.
Photos :
- L’autel des holocaustes de Josué sur le mont Eyval, selon le professeur Adam Zartal
- Icône représentant Samuel
Élie
Ėliyyahou, nom qui signifie : "Yahou (abréviation de Yhwh) est
mon Dieu", prophète d’Israël né vers - 930 ? à l’époque où son peuple est
installé en terre de Canaan. Traverse la dépression, l’incompréhension et
le rejet, passe par la violence, l’intolérance, l’impatience et le zèle. Tient
tête au puissant roi Achab, fait mettre à mort les 450 prêtres des Baals
(dieux cananéens de la fertilité) qui entourent Jézabel, la femme du roi.
Prend peur et s’enfuit.
Marche 40 jours et 40 nuits jusqu’à la montagne, l’Horeb. Fait alors
une expérience mystique de rencontre avec Dieu, dans le silence et la
douceur, à l’opposé de ce qu’il pouvait attendre : le divin n’est pas dans la
violence ni dans le spectaculaire.
Dans ce silence, une parole le renvoie à sa mission. Élie y
retourne, jusqu’au jour de sa mort où il est "enlevé" dans les Cieux.
«(…) le Seigneur n’était pas dans l’ouragan. (…) le Seigneur n’était pas
dans le tremblement de terre. (…) le Seigneur n’était pas dans le feu. Et
après le feu, le bruissement d’un souffle ténu* ("Qol D’mamah Daqqa").
Alors en l’entendant, Élie se voila le visage avec son manteau. »
* Le mot hébreu demamah signifie silence. « Les traducteurs sont tellement
embarrassés par ce fait qu'il a entendu le silence qu'ils traduisent ce mot de
demamah par "petit bruit" ; or la chose forte dans ce texte, c'est qu'il a entendu le
silence. » Emmanuel Lévinas, conférence avec Marcel Légaut, 1987.
Photos : - Statue d’Élie égorgeur des prêtres des Baals (Mont Carmel, Israël)
- Représentation de l’expérience mystique d’Élie (Théobule)
David *
Guerrier, musicien et poète, deuxième roi d'Israël règne au 10ème
siècle avant J.-C. Présenté dans le récit biblique, avec son fils
Salomon, comme l'un des deux fondateurs de l'ancien État israélite.
Jeune berger de la tribu de Juda, fils de Jessé, est appelé aux
côtés du roi Saül pour l'apaiser par ses chants. Selon la tadition, met en
déroute les ennemis philistins en vainquant le géant Goliath à l'aide de
sa fronde. Devenu le héros d'Israël, s'attire la jalousie puis la vindicte de
Saül, doit s'enfuir et prend la tête de maquisards, opérant la vengeance
divine et redistribuant les butins aux pauvres.
Devenu roi, à la tête de son armée, vainc les ennemis d'Israël,
conquiert Jérusalem, où il transfère l'Arche d'alliance, et fonde un vaste
royaume qui s'étend des frontières de l'Égypte jusqu'à l'Euphrate.
Pour épouser Bethsabée, épouse d'un officier dévoué, Urie le
Hittite, fait mettre celui-ci en première ligne au siège de Rabba où il est
tué. À l'occasion d'une calamité publique, livre 7 descendants de Saül à
la vindicte des Gabaonites qui les exécutent rituellement.
* Cette diapo est réalisée non pour présenter un humaniste, mais en vue du
parallèle fait plus loin entre David et Mahomet, et entre Jésus et al-Hallâj.
Osée
De l’hébreu hôšea, c'est-à-dire ‟Sauve !”. Prophète d’Israël,
berger, vivant à la fin du règne de Jéroboam II (v. - 782, v. - 753).
Marié, découvre avec douleur et détresse l'infidélité de sa
femme Gomer, considérée dès lors comme prostituée..
Amour humain, union et progéniture sont mis en scène pour
signifier les rapports tumultueux entre le peuple qui se dit ‟élu”
et son Dieu.
Le peuple est comparé à une épouse infidèle parce qu'il s’est voué au
culte des idoles.
Dieu en revanche est l’époux, fidèle et surtout « unique », qui « parle au
cœur » du peuple et s'emploie, en l'éprouvant, à le reconquérir, prêt à pardonner
au moindre signe de repentir.
« C’est pourquoi je vais la séduire, je la conduirai au désert
et je parlerai à son cœur. »
Photo du haut : Osée peint par Alessandro Bonvicino (1521-24)
Le premier Isaïe
"Isaïe" (en hébreu, Yeshayahu : ‘Yahweh sauve’) est le nom de
trois prophètes de l’histoire judéo-chrétienne dont les textes ont été
composés sur trois siècles entre 750 et 400 avant J.-C.
Le prophète est celui qui rappelle, à temps et à contre temps, les
exigences de la conscience.
« Nul ne brandira plus le glaive meurtrier et l’on n’apprendra plus la
guerre. Alors de leurs épées, ils forgeront des socs de charrue, et de leurs
javelots des serpes. (…) Le loup vivra avec l’agneau. Le tigre gîtera près
du chevreau. Le veau, le lionceau seront nourris ensemble, et un enfant
les conduira. »
« Cet homme d’action est sans doute le premier homme que le rêve d’une
humanité entièrement pacifiée ait hanté, qui ait pensé à la défaite de l’injustice, de la
guerre (…) et qui ait annoncé une mutation cosmique. Il a été choqué non seulement
par la violence des hommes, mais par celle qui règne dans la nature. Marx, Lénine
et Mao ont-ils jamais eu comme lui leur nuit troublée par la lutte des espèces dans la
jungle ? Il est en cela le premier, et peut-être le seul révolutionnaire de l’histoire. »
André Chouraqui (photo du bas)
Photo du haut : Le forgeron transformant l’épée en charrue. Statue offerte par l’URSS à l’ONU en
1959, installée devant le siège de l’ONU à New-York
Amos
Prophète d’Israël, berger et originaire de Tekoa près de
Jérusalem, dans le royaume de Juda. Prend la parole sous les règnes
de Jéroboam II, roi d'Israël et d'Ozias, roi de Juda (vers 750 avant J.-
C.), contre les riches et les puissants, hypocritement dévots ou
idolâtres affichés. Dénonce le mal social et la perversion de la religion.
Son court ministère est interrompu par la police royale sur demande
du chef du clergé de Béthel.
À l'adresse des femmes de Samarie : « Écoutez, vaches du
Bashan, vous qui paissez sur la montagne de Samarie, opprimant les
indigents, broyant les pauvres. »
Contre le sanctuaire de Bethel, fait parler Dieu ainsi : « Je
hais, je méprise vos fêtes, Je ne puis sentir vos assemblées.
Quand vous me présentez des holocaustes et des offrandes, Je
n'y prends aucun plaisir ; Et les veaux engraissés que vous
sacrifiez en actions de grâces, Je ne les regarde pas. Éloigne
de moi le bruit de tes cantiques ; Je n'écoute pas le son de tes
luths. Mais que la droiture soit comme un courant d'eau, Et la
justice comme un torrent qui jamais ne tarit. »
Photo du haut : Amos berger (cathédrale d’Amiens)
Jérémie
(v. - 640, v. - 588, de l'hébreu « sur les lieux élevés, Yhvh"),
prophète d’Israël. Durant ses 50 ans de ministère, connaît 5 rois et un
gouverneur, est témoin de 4 invasions, subit le long siège de Jérusalem,
où il est emprisonné.
Ressent la vue d’un rameau d’amandier (même mot que "veilleur"
en hébreu) comme un appel : se sent appelé par Dieu à parler et agir
"arracher et renverser, pour exterminer et démolir", mais aussi à "bâtir et
planter". Pendant l’exil de Juifs à Babylone, les dissuade avec réalisme
de se rebeller car ils seraient écrasés, les encourage à procréer, bâtir et
planter, à entretenir l’espoir, à cultiver leur identité et à se préparer au
retour.
Encourage la réforme de Josias, dénonce l'idolâtrie (c’est-à-dire
le fait de donner une valeur absolue à ce qui a une valeur toute relative) :
pouvoir, argent, exploitation des pauvres, formalisme du culte, culte des
dieux étrangers, sacrifice des enfants au dieu Molek. Persécuté et
contraint au silence. Termine sa vie en Égypte.
Sur sa révélation, son père Helqias met en place les premiers
livres bibliques (réforme de Josias)
« Si vous améliorez réellement vos voies et vos œuvres, si vous
avez un vrai souci du droit, si vous n’opprimez pas l’étranger, l’orphelin et
la veuve (…), alors je vous ferai demeurer en ce lieu. »
Le deuxième Isaïe
Le prophète juif anonyme auteur des chapitres 11 à 55 du
livre d'Isaïe a vécu à la fin de l'exil babylonien, en terre étrangère.
Son intervention se situe entre les années 550 et 538, c'est-à-dire
entre les premiers grands succès remportés par le souverain perse
Cyrus et la victoire définitive de celui-ci contre Babylone.
Alors que le premier Isaïe présentait l’Éternel comme un Dieu fort,
puissant, et surtout très sévère, punissant impitoyablement toutes les
incartades de son peuple rebelle, le deuxième Isaïe est le prophète de la
tendresse de Dieu. Il présente Dieu comme une mère pleine de délicatesse
et de miséricorde, dont les entrailles tressaillent dès que ses enfants sont
en danger. C’est ce Dieu d’amour que révèlera Jésus, « le Serviteur fidèle,
le Serviteur souffrant » révélé par le 2ème Isaïe, que l’on peut qualifier de
prophète mystique.
« De même que la pluie et la neige descendent des cieux et n'y
retournent pas sans avoir arrosé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait
germer, pour fournir la semence au semeur et le pain à manger, ainsi en
est-il de la parole qui sort de ma bouche : elle ne retourne point à moi sans
effet, sans avoir exécuté ma volonté et réalisé l’objet de ma mission. »
« Voici que je fais un monde nouveau. Il germe déjà, ne le voyez-
vous pas ? Je vais tracer dans le désert une route et faire jaillir un fleuve
dans la steppe. »
Photo : Le prophète Isaïe, par Marc Chagall (1968)
Ézéchiel
("Que le Seigneur le fortifie"), prophète de l'Ancien Testament au
début du 6ème siècle av. J.-C. Avant la conquête babylonienne, est sans
doute un prêtre attaché au Temple. Après la première prise de Jérusalem
par Nabuchodonosor, déporté en 597, avec sa femme, dans un village de
Basse-Mésopotamie appelé Tel Aviv.
Sa prédication morale, à laquelle se mêle parfois la perspective d’un
avenir meilleur, fait place à des "visions" (le genre apocalyptique) qui
dévoilent l’achèvement de l’histoire et révèlent les mystères de l’au-delà.
Affermit l’idée, déjà introduite par Jérémie, d’une responsabilité
individuelle et non plus collective. Affirme que le péché de violence est aussi
grave que celui d’impiété. Le don de la loi gravée sur le cœur de l’homme
devient le don de l’esprit même du Seigneur.
A la vision que les os reprennent chair, que la mort sera vaincue.
« Un fils ne porte aucune responsabilité pour la faute de son père, ni
un père pour celle du fils. »
« Est-ce que je pourrais prendre plaisir à la mort du méchant ?
C’est moi, le Seigneur, qui le demande. Mon souhait n’est-il pas plutôt qu’il
change de conduite et qu’il vive ? »
Photo : Ézéchiel par Michel Ange, Chapelle Sixtine
Le troisième Isaïe
Nom donné aux hommes qui ont clamé ce qu’on appelle abusi-
vement la "parole de Dieu" après l’exil du peuple israélite à Babylone, de
538 à 520 avant notre ère, et dont les écrits se trouvent groupés dans
les chapitres 56 à 66 du livre d’Isaïe.
« Vous tyrannisez ceux qui peinent pour vous, querellez, chicanez,
brutalisez. Est-ce là le moyen que votre voix m’atteigne (…), le jeûne
qui me plait ? Courber la tête comme un jonc, coucher sur le sac et la
cendre, serait-ce là pour vous un jour de jeûne ? (…)
Le jeûne qui me plaît est d’un autre tour : dénoue plutôt les liens
injustes, renvoie libres les opprimés, saisis les jougs et brise les. (…)
Vois-tu un démuni ? Partage avec lui ton repas. Un pauvre sans abri ?
Ramène le chez-toi. Un homme dévêtu ? Donne-lui ton manteau. (…)
Alors, ta lumière illuminera comme l’aurore. (…) »
« Si tu bannis de ton pays le doigt accusateur, la parole de fraude,
l’exploitation de tes frères, si tu prends de ton bien pour l’affamé et
assouvis l’âme de l’opprimé, l’obscurité en toi sera lumière. »
« Les grands prophètes ont la conviction profonde d'être les interprètes de
Dieu, et ce Dieu tend à devenir, à travers eux, le Dieu juste de toute l'humanité ;
cette universalisation est, de fait, un grand tournant dans l'histoire des religions. »
Adolphe Lods
Photo : Isaïe (église de Souillac).
- Adolphe Lods (1867-1948), pasteur luthérien, orientaliste, professeur de langue et de
littérature hébraïque à la Sorbonne et directeur d'études à l'École Pratique des Hautes Études
Michée
ou Mycahyaou (en hébreu, "Qui est semblable Yahweh"), ou Mika,
prophète hébreu originaire de Morescheth, au 8ème siècle avant notre ère,
sous les règnes de Jotham, Achaz et Ézéchias, tous 3 rois de Juda, proba-
blement 15 ans après 3ème Isaïe.
Dénonce la vénalité des grands, les prêtres riches, les puissants et
les faux prophètes s'assurant pouvoir et privilèges. Rejette l’idolâtrie
(superstition, magie, caractère fastueux mais vide du culte), l’exploitation
des pauvres par les possédants, l'abus de l'aristocratie de Jérusalem
contre la majorité des gens du pays, et l'instrumentalisation de la religion
pour cacher les injustices sociales.
« Mes paroles ne font-elles pas du bien à celui qui marche avec
droiture ? »
« Avec quoi me présenterais-je, Seigneur, quand je viens t’adorer ?
Avec un holocauste ? Avec un veau d’un an ? Quel plaisir prendrais-tu aux
béliers par milliers ? (…) Le Seigneur, lui, t’a fait savoir ce qui est bon, ce
qu’il attend de toi. Rien d’autre que pratiquer la justice, aimer loyalement et
marcher humblement avec lui. »
Image : Michée (icône russe du 15è siècle)
James Darmesteter (1849-1894), érudit du judaïsme, du zoroastrisme et du mazdé-
isme, professeur au ‘Collège de France’ et à ‘l'École Pratique des Hautes Études’, écrit
: « L’esprit des prophètes est dans l’âme moderne. Il importe peu qu’ils aient parlé au
nom d’un dieu et que l’âme moderne parle au nom de la pensée humaine, car leur
dieu n’était que leur propre conscience… À force de croire en la justice, ils l’ont mise
en marche dans l’histoire. »
Job
Personnage biblique présenté dans le Livre de Job, écrit proba-
blement au 6ème ou 5ème siècle avant J.-C par plusieurs auteurs anony-
mes et peut-être inspiré d’un texte sumérien. Ce texte poétique aborde le
problème du mal dans le monde, et particulièrement la souffrance des
innocents.
Cet homme riche et puissant, suite à un "pari" effectué entre Dieu
et Satan, tombe dans la plus complète déchéance (perte de tous ses
biens, assassinat de ses serviteurs, mort de ses enfants, ulcère purulent)
et se retrouve assis sur un tas de fumier. Il n’explique pas, mais il cons-
tate que le mal existe. Nu il est sorti du sein de sa mère pour une vie de
risque où la richesse n'est qu'un manteau ; nu il retournera au sein de la
terre-mère, et tout le cours de son existence se déploie devant Dieu sous
le signe de la nudité et de la faiblesse. Job, au-travers de sa révolte,
accomplit un véritable acte de foi.
Par la restauration du bonheur matériel de Job, l'auteur du poème
symbolise cette harmonie retrouvée.
« Je ne savais de toi que ce qu’ "on" m’en avait dit, mais
maintenant c’est de mes yeux que je t’ai vu. »
Images : - Léon Bonnat, Job (1880) en couverture du livre d’Ernest Renan
- William Blake, Job réprimandé par ses amis
Esdras
(Ezra dans le judaïsme), prêtre et scribe juif issu de la tribu de Lévi
et descendant d’Aaron. Pour Christian Amphoux, personnage probable-
ment fictif du 2èmesiècle avant notre ère, représente l’école pharisienne et
son ambition de s’installer au Temple.
Pendant le règne du roi perse Artaxercès 1er (465-424 avant J-C),
mène en 459 environ 5 000 exilés Judéens de Babylone à Jérusalem.
Considéré avec Néhémie par plusieurs exégètes (Andreas Masius,
Richard Simon, Richard Friedman, etc.) et même par Baruch Spinoza,
comme l’auteur principal du Pentateuque et notamment du Lévitique.
« J'en appelle aujourd'hui au ciel et à la terre : j'ai mis devant toi la
vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu
vives, toi et ta postérité ! » (Dt, 30, 19)
../..
Esdras : sortir du marasme et regarder devant soi
Affirme ainsi que Dieu laisse à ses créatures la liberté de choix.
La malédiction est la conséquence d’un choix personnel* et non une
punition divine.
Cet appel à sortir du marasme et des négativités sera repris par
Jésus de Nazareth : « Lève-toi, prends ton grabat et marche ! ».
Selon Maurice Bellet, la « traversée de l’en-bas » consiste à
vaincre en soi chaque jour la honte, la peur et la haine.
* Pareillement, dans la Genèse, la femme de Loth se retourne
pour voir derrière elle la destruction de Sodome et Gomorrhe et se
trouve transformée en « statue de sel », alors que les filles de Loth
regardent devant elles (enivrent leur père et couchent avec lui !) et sont
à l’origine de deux grands peuples.
Photo du bas : "La femme de Loth" sur le mont Sodome, Israël.
Tobie
("Dieu est bon" en hébreu), personnage principal du Livre de
Tobie, fiction littéraire de la Bible hébraïque composée v. - 300. Avec le
fiel d'un poisson, comme le lui indique l‘archange Raphaël qui l'accom-
pagne, guérit à Ninive la cécité de son père Tobit.
Auparavant, il récupère, en Médie, de l’argent déposé chez
Gabaël en lui présentant une moitié d’un reçu qui avait été coupé en
deux, un morceau pour le déposant, un autre pour le dépositaire.
Le symbole, du grec sun (ensemble) - ballein (jeter, mettre avec
dynamisme), qui signifie "remettre ensemble", c’est le signe formé par
les deux moitiés d’un objet brisé quand on les rapproche, c’est ce qui
permet l’accession à une nouvelle unité.
« Le symbole est une dimension de la réalité. Dans un même
mouvement de connaissance et d’amour, il rallie l’humain, le cosmique
et le divin. Nous ne nous connaissons nous-mêmes, nous connais-
sons les autres et nous ne pouvons percevoir l’existence d’autres
univers que par la perception des symboles qui nous relient les uns aux
autres.» Jean Chevalier
../..
Tobie - Symbole, division, idole
Au contraire, dia-ballein signifie diviser, et a donné le mot diable (le diviseur).
L’idole (du grec eidon : voir), l’image idolâtre que l’homme fabrique, est le résultat
des projections fausses qu’il met sur l’autre ou sur les choses en les déformant, en les
pervertissant. L’idole est une fausse image que l’homme fabrique quand il est coupé de
son être profond.
- Ainsi, Dieu, que des hommes inspirés ressentent comme un "Père" ou comme "le
Miséricordieux", devient un Zeus, un Jupiter, un Pantocrator tout-puissant, un juge, un
espion, un contrôleur.
- Ainsi, le temps, qui nous est donné comme un cadeau pour accomplir notre vie et notre
potentiel (kairos), devient une idole qui nous dévore (chronos).
- Ainsi, l’argent, qui devrait être un serviteur, devient un maître.
- Ainsi, la machine et la technologie, qui devraient être au service de
l’homme, deviennent les instruments de son asservissement.
- Ainsi, la politique, qui devrait servir le bien commun, devient un
moyen de pouvoir et de notoriété.
Quand une personne ne peut se libérer de ses idoles, l’inter-
vention d’un autre est nécessaire pour lui faire accepter ses ombres
et ses lumières, pour qu’elle puisse rétablir une relation vraie avec
son être et avec son entourage.
Qohélet
L’Écclésiaste ou Qohélet* (en hébreu, "l’homme de l’assemblée"),
est un texte écrit par un philosophe juif anonyme vers - 200. Son pessi-
misme désabusé et son insolence envers l’ordre établi sont probablement
influencés par l’épicurisme et le stoïcisme grecs.
La vie de l’homme est soumise aux caprices du temps et des
circonstances qu’il ne peut maîtriser. Elle est triste, vide, monotone, injuste
et violente, lourde de souffrances et chargée de malheurs. La sagesse, le
meilleur des dons, est incapable d’apporter apaisement, repos, et de
permettre de découvrir Dieu.
Tout est vain, c'est-à-dire futile, insignifiant, éphémère et absurde.
Le sage et l’insensé connaissent le même sort dans la mort et l’oubli.
../..
* NB : L’auteur de l’Ecclésiaste est à distinguer de Ben Sira, ou
Ieshoua Ben Sirac, Ben Sirakh, Ben Sirach, Sirac le Sage, auteur
du Siracide, appelé aussi l’Écclésiastique ou La Sagesse de Ben Sira,
un des livres sapientiaux de l'Ancien Testament écrit en hébreu.
Ben Sira est un notable de Jérusalem, pénétré de l’amour de la
loi, du temple, du sacerdoce, du culte, vers 200 avant J.-C.
L’Ecclésiaste ou Qohélet
La menace constante de la mort, l'injustice régnant parmi les hommes,
l'impossibilité de connaître les plans de Dieu pour le monde rendent le
destin de l'homme fragile et insaisissable. La vie est le seul champ
d'activité et de réalisations pour l’être humain avant qu'il ne disparaisse du
monde. Respecter les commandements de Dieu, c'est là tout son devoir.
« Il est tout à l’honneur de la tradition biblique qu’un message d’un
tel réalisme ait été retenu. Mais sans doute est-ce parce que, derrière les
interrogations sur le sens de la vie, transparaît une foi malgré tout invin-
cible, dans la transcendance et la toute-puissance divine. » (Commentaire
dans la Bible de Stanislas Lyonnet, présentée par Pierre de Beaumont)
« Il y a un moment pour tout, et sous le ciel, chaque chose a son
temps : un temps pour enfanter et un temps pour mourir, un temps pour
mettre en terre, un autre pour récolter, (…) un temps pour le malheur, un
autre pour danser, un temps pour se déchirer et un temps pour recoudre. »
« Vanités des vanités, tout est vanité. »
« Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. »
« Tout va dans un même lieu, tout a été fait de la poussière et
retournera en poussière. »
« Tel juste périt malgré sa justice et tel méchant prolonge ses jours
malgré sa malice. » ../..
Qohélet ou l’Ecclésiaste
« Seule l’ironie indirecte peut, au travers de son cheminement
tortueux, conduire l’homme non pas dans la vérité, mais peut-être au
début de son chemin, à l’orée de son bois, à l’embranchement et au
carrefour de la décision. »
« Surtout ne rien exagérer, ni trop pieux ou sage, ni pas assez :
car l’excès en tout est un défaut. (…) D’un côté tout relativiser, oui,
tout est relatif. Tout doit être mesuré à l’absolu, et par conséquent
devient rien; ou seulement à la limite impérative de la mort, et que
reste-t-il ? Et cependant ce relatif (bonheur, travail, justice…), il faut le
faire et le vivre, en tant que relatif, c’est dire dans la libération du
souci accablant de l’inquiétude et de la hantise du lendemain. Voilà le
bien. »
« Après tout il y a un temps à vivre, un temps complexe et fait
de toute chose. Des choses relatives, mais ce sont les seules à notre
hauteur. »
« Quohélet ne préconise nullement le suicide. »
« Tu n’as pas à casser une gangue pour trouver un trésor, tu as
à apporter ton trésor pour que ce temps soit riche. Il est disponible, et
c’est toi qui lui attribues un sens. »
« Il manque à Quohélet ce qui sera si fortement affirmé par
Paul : l’espérance ». Jacques Ellul
Les 7 frères Maccabées
Attaché au culte hellénique, l'empereur syrien Antiochus IV
Épiphane introduit ce culte dans Jérusalem et toute la Judée entre -175
et - 140, profane le Temple en y érigeant la statue du dieu olympien Zeus
et oblige les Juifs à l'adorer.
En 166 avant J.-C, après leur précepteur Eléazar, âgé de plus de
90 ans, les sept frères Maccabées, Abim, Antoine, Gourias, Eléazar,
Eusébon, Alim et Marcel, sont horriblement torturés et mis à mort pour
avoir refusé de manger du porc et d’adorer un autre Dieu que celui
auquel ils croient.
Leur mère Salomé meurt la dernière après avoir dit à ses
enfants : « Le Créateur du monde, qui a formé l'homme à sa naissance
et qui préside à l'origine de toutes choses, vous rendra dans sa
miséricorde et l'esprit et la vie, parce que maintenant vous vous
méprisez vous-mêmes pour l'amour de sa loi. »
Ces événements sont relatés dans le 2ème livre des Maccabées. Le
surnom de "Maccabée" est celui de Judas, troisième fils du prêtre Mattathias.
L’insistance de ce deuxième livre sur le martyre et sur la résurrection des morts est
probablement à l'origine du sens dérivé de "cadavre" qu’a pris le mot macchabée.
Photo : Les Maccabées sur la Menorah de la Knesset par Benno Elkan.
Rabbi Hillel
Mis au défi de résumer toute la Loi à une personne debout sur un
pied avant qu’elle ne doive se remettre sur ses 2 pieds, formule cette
phrase qui est la ‟règle d’or” des religions et spiritualités : « Ce que tu
ne voudrais pas qu’on te fasse, ne le fais pas à tes semblables : voilà
toute la loi, le reste est un simple commentaire.»
« Ne juge pas ton prochain avant de te trouver à sa place. »
Son petit-fils Gamaliel enseignera à Paul de Tarse et interviendra en faveur des
apôtres de Jésus.
* d’où l’expression "se chamailler"
Hillel Hazaken (: l’Ancien, -70, +10), né à Babylone, d’abord
bucheron puis docteur juif pharisien. À l'âge de 40 ans, s’installe en Israël.
Passe de longues années à étudier, est pendant une vingtaine d’années
président du Sanhédrin, chef spirituel du peuple juif. Vie exemplaire et
vertueuse, caractérisée par la patience, la civilité et la compassion pour ses
semblables, Juifs ou non, et le souci des plus pauvres.
Interprète l'esprit de la Torah et des règles de la vie ordinaire de façon
ouverte, renvoie les personnes à leur conscience. Opposé âprement au
rabbi Shammaï*, son adjoint (et successeur), légaliste et rigoriste, pour qui
une poule qui pond le jour du Shabbat ne respecte pas la Torah…
Menahem l’Essénien
Juif Tanna (sage), leader de la secte des Esséniens, vivant à l'épo-
que du roi de Judée Hérode le Grand (- 37, - 4 av. J.-C.). Forme un zoug
(paire) avec Hillel l'Ancien, et officie probablement au Av beit din (tribunal
ou Sanhédrin). Selon Flavius Josèphe, aurait été en bons termes avec
Hérode tout en critiquant les Romains. En se fondant sur certaines men-
tions de la Mishna, plusieurs critiques estiment qu'il est devenu un de ses
conseils ou de ses ministres.
Dans certains des hymnes trouvés en 1947 parmi les manuscrits de
la Mer Morte, se décrit lui-même comme siégeant sur un trône céleste
entouré d’anges. Se voit lui-même comme le "serviteur souffrant" d’Isaïe 53
qui fait advenir une nouvelle ère, l’âge de la rédemption et du pardon dans
lequel le péché et la culpabilité n’ont plus de place. Ces idées audacieuses
conduisent à son rejet et à son excommunication par les sages pharisiens
emmenés par Hillel.
Tué à Jérusalem par les Romains en l’an 4 avant J.-C. c’est à dire
deux ans après la naissance de Jésus. Son corps est laissé dans la rue
pendant trois jours, afin que tous le voient, avant d’être enterré. Ses
disciples croient qu’il est ressuscité après trois jours et qu’il est monté au
ciel dans une nuée.
Selon le chercheur et historien israélien Israël Knohl, Menahem
constitue le chaînon manquant qui nous permet de comprendre comment
le christianisme est issu du judaïsme.
Jésus de Nazareth
(- 6, + 30),
en hébreu Ieshoua signifie "le sauveur",
Palestinien de religion juive.
Voir le diaporama spécifique
Philon d’Alexandrie
Philo Judaeus (v. -13 - v. + 54), philosophe juif pétri de culture
grecque, moraliste et exégète. Ambassadeur à Rome ( + 39 - + 41)
auprès de Caligula pour défendre le droit de cité de la très importante
communauté judéenne d’Alexandrie, victime d’un pogrom.
Probablement mort avant d’avoir pu entendre parler de Jésus,
mais son œuvre (57 traités) a survécu grâce aux apologistes chrétiens.
Représentant le plus éminent de l'école philosophique juive
d'Alexandrie qui interprète la Bible selon les catégories hellénistiques et
jette un pont entre la révélation biblique et la philosophie grecque.
Son éclectisme est une vision religieuse du monde, fidèle aux
affirmations bibliques traditionnelles (grandeur du Dieu unique, Israël
peuple "élu"), mais intègre des concepts philosophiques puisés aux
diverses écoles grecques (sauf l’épicurisme), sans recherche de
cohérence.
La culture hellénistique illustre les données bibliques et en
transforme souvent le sens.
../..
Philon d’Alexandrie
Étend la définition biblique du "prochain" aux étrangers, qu’il
recommande d’aimer « non seulement comme des amis, comme des
parents, mais comme soi-même. »
Sa conception du Logos (le Verbe), "fils-premier né de Dieu",
"médiateur universel", "instrument de la création", "ambassadeur",
inspire le prologue de l’Évangile de Jean. Le Logos n’est pas Dieu, il
est la révélation de Dieu à l’âme vertueuse, car il est aussi la parole.
Son influence s’exerce sur des auteurs du Nouveau Testa-
ment, sur plusieurs Pères de l’Église (Clément de Rome, évêque de
Rome de 88 à 97, auteur d’une épitre aux Corinthiens), Clément
d’Alexandrie (v. 150 - v. 220), Origène (v. 185-254), Grégoire de
Nysse (v. 335- v. 394), et même sur l’exégèse occidentale (Ambroise
de Milan, v. 333-397) et, à un degré moindre, sur la formation de
l’idéal monastique.
« Représentant l’union de la philosophie et de la foi, de la
philosophie grecque qui ne fut qu’une philosophie et de la religion
juive qui ne fut qu’une religion, véhiculant des idées qui sont
devenues chrétiennes, Philon le Juif (qui ne s’est jamais converti)
n’est pas loin, ô paradoxe, de mériter le titre de "premier des Pères
de l’Église". » Michel Desforges
Jean le Baptiste
(v. -10 ? - v. + 29) prédicateur et prophète juif du temps de Jésus
de Nazareth. Sa vie est racontée de façon différente dans les récits de
l'historien juif Flavius Josèphe et dans les textes religieux des évangiles
et du Coran.
Fils d’Élisabeth et de Zacharie, mène une vie d’ascèse dans la
steppe de Judée, près du fleuve Jourdain. Annonce que "le royaume des
cieux" est tout proche. Homme à la parole libre, n’hésite pas à pointer les
fautes des pécheurs et à les appeler à se purifier. Les foules viennent à
lui pour être immergées ("baptisées" en grec) dans le fleuve Jourdain,
d’où son surnom. Cette ablution sacrée est le signe d’un changement de
vie intérieure.
Mis à mort à Machéronte par Hérode Antipas. Selon Marc, dans
un récit à l’historicité discutée, exécuté pour avoir critiqué le mariage
d‘Hérode Antipas avec Hérodiade, l’épouse de son demi-frère.
Le Coran parle aussi de Jean le Baptiste, sous le nom Yahya : il
est le cousin de Jésus (Îsa dans le Coran).
« Moi je vous baptise dans l'eau; mais celui qui vient après moi
est plus grand que moi, et je ne suis pas digne de porter ses sandales.
Lui, il vous baptisera dans l'Esprit et le feu. »
Photo du bas : Salomé avec la tête du Baptiste, par Caravage
Rachi de Troyes
(1040-1105), rabbi Shlomo ben Yts’hak (Rabbi Salomon fils d’Isaac)
dit Rachi, né à Troyes (Champagne), rabbin, écrivain, philosophe, poète,
chroniqueur. Études à Mayence, Worms. Éminent exégète et commenta-
teur juif de la Bible, du Talmud et des commentaires midrash.
. Fonde à l’âge de 30 ans à Troyes sa propre yeshiba (école
talmudique) qui attire de très nombreux disciples.
Établit, selon les normes de la critique scientifique, le sens des
textes sacrés. Répond aux questions qui lui sont adressées de partout en
Europe, notamment en faveur des femmes et de la considération qui leur
est due. Ses réponses sont révélatrices de sa personnalité, de sa gentil-
lesse et de son humilité. Doué d'une mémoire et d'une connaissance
encyclopédiques, n’hésite pas à dire « Je ne sais pas ! »
Les dernières années de sa vie sont assombries par les massacres
de Juifs du bord du Rhin pendant la première croisade prêchée par le
pape Urbain II (1095-1096). Sa détresse devant le destin funeste de son
peuple transparaît dans des commentaires de Psaumes ou de livres
bibliques.
Un des premiers auteurs à utiliser la langue française de l’époque.
Influence, par le truchement du franciscain Nicolas de Lyre (1270-1349), la
traduction de la Bible par Martin Luther.
Bahya ibn Paquda
Bahya ben Joseph ibn Paquda (v. 1050-1120), ou Rabbenou Bahya
("notre maître Bahya"), rabbin et philosophe juif andalou de la première
moitié du 11ème siècle, probablement à Saragosse. Dayan, juge d'un tribunal
rabbinique. Érudit aussi versé dans la littérature rabbinique traditionnelle que
dans les sciences et la philosophie arabe, grecque et romaine dont il cite de
nombreux auteurs.
Son grand-œuvre, traité ascétique et mystique, le premier système juif
d'éthique, paraît en 1080 en langue arabe sous le titre de Al Hidayah ila
Faraid al-Qulub, ou Guide des devoirs du Cœur, traduit en hébreu par Juda
ibn Tibbon, vers 1161-1180, sous le titre de Hovot ha-Levavot. Sa philoso-
phie est basée sur l'amélioration éthique de l'homme plutôt que sur la
recherche d’une vérité ultime. Met l'accent sur la volonté joyeuse du cœur
aimant Dieu et au service de la vie.
Le strict respect des règles fixées par la Torah ne représente qu’une
partie du judaïsme. L’autre, la plus ignorée mais la plus importante, est le
respect des devoirs du corps et du cœur dans la soumission à Dieu et
l’amour infini que l’on doit constamment s’efforcer de lui porter.
Décèle dans l’amour un élan vers l’être aimé, le détachement qui
permet l’ébranlement, l’union des deux amants, la lumière jaillie de leur
étreinte.
Moïse Maïmonide
Moshe ben Maïmon (1138-1204), rabbin juif séfarade
andalou. Talmudiste, commentateur de la Mishna, jurisconsulte,
auteur du Mishné Torah, l’un des plus importants codes de loi juive.
. Philosophe, métaphysicien et théologien, entreprend, comme
Averroès, une synthèse entre la révélation et la vérité scientifique,
représentée alors par le système d’Aristote dans la version arabe
d’Al-Fârâbî. Médecin de cour et astronome, publie aussi des traités
dans ces domaines.
Selon lui, on peut être fidèle à la fois à la tradition de la Bible
et du Talmud et à l'investigation intellectuelle entièrement libre, telle
que la requièrent la science et la philosophie. Loi divine et recherche
rationnelle ont chacune a besoin de l'autre. Par exemple, la première
prescrit de connaître Dieu et de l'aimer, mais Il ne peut être connu
que par l'étude de sa création, c'est-à-dire par les sciences naturelles.
Est pour les uns un "second Moïse", et pour les autres un
hérétique. Influence les mondes arabo-musulman et chrétien, notam-
ment Thomas d'Aquin, qui le surnomme "l’Aigle de la Synagogue".
Image : Statue de Maïmonide dans l'ancienne Juderia de Cordoue
Meïr ben Siméon
Le roi de France Louis IX ("Saint" Louis) - qui mènera la 7ème
croisade - prend des mesures très discriminatoires envers les Juifs : En
1230, par l’ordonnance de Melun, chaque seigneur peut prendre comme
serfs les Juifs de ses terres. En 1234, une ordonnance remet aux débi-
teurs chrétiens le tiers de leur dette envers les Juifs, interdit aux Juifs le
prêt à intérêt et les prive d’une activité professionnelle qui leur permet de
vivre décemment. En 1240, le roi fait procéder en place de Grève à la
crémation publique de 22 charrettes de manuscrits du Talmud. En 1269,
conformément au 4ème concile du Latran de 1215 et au concile de
Narbonne de 1227, le roi impose aux Juifs de porter la rouelle afin d'être
distingués immédiatement : une rouelle doit être cousue au milieu de la
poitrine et une autre dans le dos (image du haut). Il leur interdit également de
sortir pendant les jours anniversaires de la Passion du Christ et d'exercer
un emploi public.
Le talmudiste Meïr ben Simeon de Narbonne (v.1210 - v.1275)
écrit une lettre à Louis IX sur la condition des Juifs du royaume de
France. Il est peu probable que la lettre soit parvenue au roi ou ait même
été envoyée. Une seule copie en a été conservée, avec d’autres textes de
Meïr, dans un manuscrit provençal du 14ème siècle, connu sous le nom de
Milhemet mitsvah.
Solomon ibn Verga
(v. 1460-1554), historien juif espagnol, médecin. En 1506, est
envoyé par les communautés espagnoles afin de collecter de l'argent
pour la rançon des prisonniers de Malaga. Vit à Lisbonne en tant que
marrane*, est témoin oculaire du massacre du 19 au 21 avril 1506 :
durant ces 3 jours (image du haut), des milliers de Juifs, récemment
convertis de force au catholicisme, sont traqués, torturés, violés,
massacrés et brûlés par la foule catholique. Le bilan de ce massacre
est d'environ 2 000 morts.
S'échappe en Turquie, probablement à Andrinople, où il écrit le
Shebeṭ Yehudah (Sceptre de Juda), récit de 64 persécutions des Juifs
dans différents pays et époques.
La valeur historique des données contenues dans le Shebeṭ Yehudah a
été sérieusement remise en question par Isidore Loeb (1892). Loeb soutient que,
bien qu'écrivain original, Ibn Verga n'est pas toujours digne de confiance et que
certains de ses documents appartiennent vraiment au domaine de la légende. Ibn
Verga s'est surtout intéressé aux controverses religieuses entre Juifs et Chrétiens.
L'ouvrage est important du point de vue géographique et sociologique, car il
contient un nombre considérable de noms de lieux, ainsi qu'une description des
coutumes.
* Marrane : (de l’espagnol marrano : cochon) Juif d'Espagne ou du Portugal converti au
christianisme par contrainte, et resté fidèle à sa religion en secret.
Daniel Bomberg
ou Daniel van Bomberghen, ou Daniele Da Norimbergo (1483-
1553), éditeur-imprimeur flamand, né à Anvers, installé à Venise où il est
actif à partir de 1516.
Se spécialise dans l'impression de textes de la littérature religieuse
hébraïque, secteur qu'il est le premier non-Juif à aborder. En 1520,
associé à Felice da Prato (ou Felix Pratensis, Juif converti au catholi-
cisme, devenu religieux augustin) auprès de qui il apprend l’hébreu,
entame l'édition intégrale des deux Talmud : celui de Babylone et celui
de Jérusalem.
En 1528, publie la Bible rabbinique. Produit également de nom-
breuses éditions de parties du Tanakh et des Talmuds accompagnés de
commentaires, et des écrits rabbiniques indépendants. Au cours de ses
40 ans de carrière, publie 240 éditions de livres en hébreu.
Cette production très importante lui coûte une fortune. Pour le
Talmud seul, dépense plus de 100 000 écus.
Meurt presque ruiné, mais entouré de l'immense considération de
tout le monde savant d'Europe
Le Maharal de Prague
Rabbi Judah ben Betsalel Levaï (1512 ?-1609), né à Posen
(Pologne), talmudiste, philosophe et mystique. Très jeune, se fait un
nom par son érudition. Vers l’âge de 20 ans, nommé rabbin de Nikols-
burg (Moravie).
Vers 60 ans, chef spirituel de la communauté juive de Prague,
alors centre principal du judaïsme en Europe orientale, dirige la syna-
gogue-école de la Klaus. Écrit à partir de 70 ans.
Pointu en mathématiques et en astronomie, ami intime des
astronomes Tycho Brahe et Johannes Kepler. Probablement kabba-
liste et thaumaturge.
Toute sa recherche sur les textes (Talmud, Kabbale) tourne
autour du thème de l’exil et de la vocation d’Israël, leur sens religieux
et métaphysique. Défenseur du Midrash, montrant que derrière ces
anecdotes, parfois enfantines, se cache la véritable sagesse d’Israël, à
condition d’en posséder les clefs de lecture.
Selon la légende, a façonné un être d’argile et de glaise, le Golem, sorte
d’automate qui protégeait la communauté juive de Prague sauf le jour du
Shabbat. L’interprétation d’André Neher est que Dieu n'est pas le Tout-Puissant
comme le suggère une terminologie superficielle et vulgaire, mais l'Être qui
accepte de limiter Son pouvoir.
Isaac Louria
Isaac Ashkenazi Louria, Luria ou Loria, (1534-1572), rabbin et
kabbaliste. Études à Jérusalem ? Se retire avec son épouse dans une île
sur le Nil, mène une vie d'ascèse, commence à avoir des visions.
En 1569, à la suite d'un appel intérieur, s'installe à Safed (Israël
actuel). Étudie la Kabbale avec Moïse Cordovero (1522-1570). Jouissant
rapidement d'une forte réputation de poète mystique, enseigne la
Kabbale en académie et prêche dans les synagogues.
Voit partout dans la nature, les sources, les arbres, les oiseaux, des
âmes de justes et des étincelles de lumière aspirant à la délivrance,
entend leur appel. Tout son enseignement vise à exposer les moyens de
contribuer à l’œuvre rédemptrice universelle.
Penseur profond du mysticisme juif parmi les plus grands et les
plus célèbres, et fondateur de l'école kabbalistique de Safed. La princi-
pale originalité de la kabbale lourianique tient au fait que le premier acte
de la divinité transcendante – En Sof (l’Infini) – n’est pas un acte de
révélation et d’émanation, mais, au contraire, un acte de dissimulation et
de restriction.
Un des premiers, bien avant Hans Jonas, à affirmer « le retrait de
Dieu » : la présence de Dieu est retenue, discrétion, effacement, silence.
Images : Signature d’Isaac Louria.
Synagogue Louria à Safed
Baruch Spinoza
(1632-1677), philosophe néerlandais, issu d’une famille juive espa-
gnole expulsée en 1492 et ayant trouvé refuge au Portugal*. Marqué par
le jésuite "électron libre" Franciscus van den Enden. Gagne sa vie en
polissant des lentilles optiques pour lunettes et microscopes.
Libère la réflexion philosophique de l’autorité théologique et relie sa
méthode démonstrative aux mathématiques. Se propose de lire les Écri-
tures à l’aide de la raison. Excommunié de la Synagogue en 1656 car il
affirme que la plupart des grands récits bibliques (Déluge, division de la
Mer rouge, etc.) sont des mythes et non des vérités historiques : perd ses
amis, sa famille, échappe à une tentative d’assassinat.
Ne croit pas aux miracles : ce sont pour lui des phénomènes inexpli-
qués, mais pas inexplicables. Affirme que l’élection du peuple hébreu n’est
pas le fait d’une quelconque préférence de Dieu, mais un artifice pédago-
gique afin que les Hébreux s’approprient et pratiquent la loi divine, qui
n’est pas autre que « les lois universelles de la nature. »
La véritable loi divine n’est pas l’observance du culte et des rites,
mais la poursuite de la joie qui nous vient de la connaissance et de
l’amour de Dieu, qui constituent « la fin ultime et le but de toutes les
actions humaines. » ../..
* Espinhosa : qui vient d’un lieu plein d’épines. Le mot hébreu Baruch signifie "béni"
(Benedictus en latin, Benoît en français, Bento en portugais). Spinoza parle le flamand, le portugais,
l’espagnol, lit l’allemand, l’italien, et le français, l’hébreu biblique, l’araméen, le grec et le latin.
Baruch Spinoza
Affirme que la plus grande servitude est celle envers nos propres
passions : l’être humain ne naît pas libre, mais le devient au terme d’un
effort rationnel de connaissance de ses émotions et de ses idées, de
réorientation de ses désirs.
La loi universelle de la vie est l’effort (conatus), générateur d’une joie
profonde, pour se perfectionner, persévérer dans son être et accroître sa
puissance vitale (potentia).
Affirme que « le désir est l’essence de l’homme » et le moteur de la
vie et du changement. Il n’exprime pas un manque, mais une puissance. La
sagesse consiste à soutenir et à guider l’élan vital vers les biens véritables
qui élèvent l’être humain.
« L’éthique spinoziste consiste à passer de l’impuissance à la
puissance, de la tristesse à la joie, de la servitude à la liberté » ( Frédéric
Lenoir)
Pour Spinoza, un État viable serait une République laïque où
existerait une totale liberté de conscience et d’expression pour tous les
citoyens unis dans un contrat social.
../..
Baruch Spinoza
« Les démonstrations sont les yeux de l’esprit. »
« Il (Jésus) écrivit la loi divine à jamais au fond des cœurs. »
« Nous sentons et nous expérimentons, avec un peu d’audace,
que nous sommes éternels. »
« Le but de l’organisation en société, c’est la liberté. »
« Tout ce qui existe est en Dieu. »
« La joie est le passage d’une moindre à une plus grande
perfection. »
« Nous flottons, inconscients de notre sort et de notre destin. »
« Le désir est l’essence de l’homme. »
Citations extraites du livre élogieux de Frédéric Lenoir, pour qui « Spinoza est non
seulement très en avance sur son temps, mais aussi sur le nôtre ». F. Lenoir dit toutefois son
profond désaccord sur la conception de la femme par Spinoza et sur sa vision utilitariste des
animaux.
En 1678, l’ouvrage de Spinoza L’éthique est classé à l’Index par l’évêque Niels
Stensen qui le qualifie de « mal pestilentiel ». Niels Stensen, ou Nicolas Sténon,
1638-1686 (photo du bas), d’origine danoise, ami de jeunesse de Spinoza,
également anatomiste et géologue, a été béatifié par Jean-Paul II en 1988.
Ba’al Shem Tov
Rabbi Israël ben Eliezer (1698-1760), appelé le Ba’al Shem Tov (le
"Maître du Bon Nom") ou le Besht, rabbin mystique ukrainien, fondateur
du judaïsme hassidique. Nait 50 ans après les pogroms des cosaques de
Khmelnytsky qui en 1648 ont ravagé les communautés juives d’Europe
orientale : 100 000 Juifs sont massacrés dans toute l’Ukraine et certaines
communautés sont entièrement anéanties. « Homme du peuple et pour le
peuple », vit et enseigne en Podolie, province alors polonaise* et aujour-
d'hui ukrainienne. Pour aider son peuple à surmonter ces épreuves, et
inspiré par les enseignements kabbalistiques du rabbin Isaac Louria,
prône la joie populaire contre l’austérité et l’élitisme des autorités reli-
gieuses de son temps.
Axé sur la piété et la charité, centré sur l'individu dans la relation
directe avec Dieu, le hassidisme s'oppose à la tradition érudite et figée du
judaïsme rabbinique Mitnaged, jusqu'alors unique courant du rite ashké-
naze, et constitue une réponse spirituelle à la misère matérielle des com-
munautés juives persécutées de l'Europe orientale
* Dans cette grande Pologne du 18ème siècle, la population juive dépasse 1 500 000 person-
nes, soit environ 10 % de la population du pays et constitue l'essentiel de la population juive de
l'Europe. Elle est placée sous une protection personnelle du roi. La Pologne est alors le plus
important foyer de vie spirituelle et intellectuelle hébraïque avec de nombreuses et réputées
yechivot (écoles réligieuses) et une autonomie culturelle garantie par le Conseil des Quatre Pays
(Va'ad arba' aratzot), un parlement juif.
Ba’al Shem Tov
Apprend à utiliser des plantes à des fins médicales, devient guérisseur. Insiste
particulièrement sur la communion joyeuse avec Dieu, en particulier par le chant et la
danse.
En réaction au judaïsme académique, austère et intellectualisé, privilégie la prière
par rapport à l'étude talmudique qui est la norme dans la communauté juive : ainsi, le
hassidisme acquiert la réputation d'être plus mystique qu'intellectuel, plus émotionnel que
rationnel.
Ses trois thèmes cardinaux sont : 1) la joie excluant toute mortification ; 2) l'humi-
lité, la modestie, la repentance, la simplicité ; 3) l’embrasement de l'amour.
Affirme qu’une relation amicale avec les pécheurs est plus importante que la prière.
« Pour sortir ton ami de la fange, n’aie pas peur de te salir. »
« Si ton fils s’engage sur de mauvaises voies, aime-le davantage. »
« L’esprit pense, saisit et comprend ; le cœur ressent. Je suis venu révéler la
Torah telle qu’elle s’étend au cœur également. »
« La médisance tue trois personnes : celui au sujet duquel on médit, celui qui
médit et celui qui écoute. Il s’agit d’une mort spirituelle, ce qui est plus grave encore
qu’un meurtre matériel. »
Images : synagogue de Medzhibozh, extérieur et intérieur actuel
Le Maggid de Mezeritch
Dov (‘ours’, référence à la force) Baer de Mezeritch* (1704-1772),
maître hassidique de Volhynie, alors province polonaise, disciple du Baal
Shem Tov, fondateur du hassidisme. Instituteur, s’initie à la kabbale de
Isaac Louria, pratiquant un ascétisme sévère qui le rend infirme (il marche
avec des béquilles), devient maggid (prédicateur populaire). Sans faire de
morale ni de réprimande, prend le rôle de consolateur, celui qui annonce la
bonne nouvelle. Ses discours, prononcés avec enthousiasme et dans un
style enflammé, conquièrent l’audience. Surmonte sa tendance à la mélan-
colie pour transmettre force et joie à ceux qu'il enseigne.
L'homme doit s'enquérir de la présence divine (shekhina) et parvenir
ainsi à s'élever au-dessus du temps, c'est-à-dire atteindre le monde de la
pensée, car là tout est égal, la vie et la mort, la mer et la terre. Le rôle du
tsadik (‘le juste’) est faire passer l'être au néant divin, pour un bref instant,
y trouver force pour agir en ce monde-ci et pour y répandre un peu de
clarté.
A eu 80 élèves dont la plupart ont fondé une dynastie hassidique en
Ukraine, Biélorussie, Pologne et Lituanie.
* alors en Pologne, aujourd’hui en Ukraine. Pendant la 2è Guerre mondiale, environ 1 500
Juifs y seront assassinés lors d'exécutions de masse perpétrées par un Einsatzgruppe (« groupe
d'intervention »), unité mobile d'extermination du IIIe Reich allemand.
Moses Mendelssohn
‟Moïse, fils de Mendel” (1729-1786), philosophe juif
allemand*.
Pour l’essentiel autodidacte, s'intéresse à la littérature, la
philosophie, la musique et aux mathématiques. Engagé à Berlin
comme précepteur par un riche négociant de soie, devient chef
d’entreprise et son associé. Entretient une correspondance avec les
savants de toute l’Europe.
Père de la Haskalah, mouvement allemand des ‘Lumières’
(Aufklärung) propre au judaïsme, incarne la rencontre entre la Torah
et la raison, les philosophies juive et allemande. Traduit des parties
de la Bible en allemand moderne, collabore à un journal.
Écrit sur l'expérience du sublime, sur l'immortalité de l'âme et
sur l'existence de Dieu. Affirme que la Bible contient des règles de vie
et non des articles de foi.
. Plaide pour la liberté de conscience et la tolérance** : ni les
Églises, ni l’État n’ont à exercer d’action coercitive.
* petit et bossu, appelé le ‟Platon allemand”, le ‟Socrate de Berlin”, le ‟Luther juif” ou
‟le troisième Moïse” (après le Moïse biblique et Maïmonide), grand-père du musicien Félix M.
** Les Juifs vivaient dans les conditions socio-géographiques du ghetto et restaient
soumis au régime de la ségrégation et à une législation discriminatoire.
Levi Yitzhak de Berditchev
(1740-1808), maître hassidique polonais. Disciple de Dov
Baer de Mezeritch, rabbi de Berditchev*, un des plus populaires de
l’histoire du hassidisme. Son empathie se dirige vers les humiliés,
les affamés et les marginalisés. De nombreux contes et histoires font
l’éloge de sa ferveur dans la prière, mais aussi de la révolte devant le
silence de Dieu : « Si tu refuses de répondre à nos prières, je refuse-
rai de les chanter plus longtemps ! »
Poursuivi par les mitnagdim**, opposants au hassidisme, qui le
diffament et pillent sa maison.
« Seul celui qui avertit les gens en douceur, insiste sur l'élévation
de leur âme et sur leur honnêteté, est digne de diriger un peuple. »
« Les poèmes écrits par des poètes mais mouillés et attendris
par les larmes du peuple d’Israël sont devenus prières. »
* Berditchev (aujourd’hui en Ukraine), qui était un grand centre du judaïsme, était
aussi influencé par le mouvement des Lumières, marqué par une philosophie antireligieuse.
* « Les hassidim sont portés vers la mystique fondée sur l’exaltation des émotions
religieuses, tandis que les mitnagddim, majoritairement issus des écoles talmudiques de
Lituanie, pratiquent un judaïsme austère, intellectualisé, fondé sur la casuistique dialectique.
Elyahou Kramer (1720-1797), le Gaon de Vilna, lance 3 cherem (excommunications) contre
les hassidim, interdit tout mariage avec eux…
Image du haut : Mausolée du rabbi au cimetière de Berditchev
Rabbi Nahman de Bratslav
Nahman Ben Simha, (1772-1810), rabbin juif et théologien
ukrainien, arrière petit-fils du Baal Chem Tov (1698-1760), père du
hassidisme de Bratslav (ou Breslau, ou Breslev, ou Breslov). En 1798-99,
se rend en terre d'Israël. Après avoir passé 2 ans à Zlatopol, s'installe à
Bratslav (Ukraine) en 1802. À la suite de l'incendie de sa maison, s'installe
à Ouman, lieu sacré*. Y décède à 38 ans, emporté par la tuberculose.
Sentant la mort venir, détruit par le feu un de ses écrits. « Ne faut-il
pas, au fond, "détruire" les livres pour donner naissance à la pensée, pour
créer le renouvellement du sens ? » demande Marc-Alain Ouaknin à
propos de ce geste du rabbi Nahman.
Son plus fidèle élève, rabbi Nathan, compilera ses enseignements
dans le Likouté Moharan.
Donne un nouveau souffle au hassidisme en combinant les ensei-
gnements ésotériques du judaïsme avec une étude approfondie de la
Torah. Maniant à la fois le secret et la simplicité, la prière et la danse, la
polémique et les contes philosophiques, proclamant qu'"il est interdit d'être
triste" mais souvent saisi de terribles crises d'angoisse, ce sage est trop
"fou" pour entrer dans un cadre. ../..
* À Ouman, des milliers de Juifs et Polonais (2 000 à 20 000 selon les historiens, 33 000 selon la
"Hassidout Breslov") sont massacrés par les cosaques lors d'un pogrom en 1768.
Rabbi Nahman de Bratslav
Souhaite nous voir emplir « la chaise vide », qui est la partie aliénée
de soi.
« La véritable joie est atteinte en ne regardant que ce qu’il y a de
bon en nous-mêmes, chez autrui et dans toutes les situations. »
« Écoute ! dans la vie, on marche sur un pont très étroit. Ce qui est
le plus important, c'est de ne pas céder à la peur. »
« Il est interdit d'être vieux. »
« Il est plus facile de donner un conseil aux autres qu'à soi-même.”
« Chaque jour il faut danser, fût-ce seulement par la pensée. »
« Ne demande jamais ton chemin à quelqu'un qui le connaît, car tu
ne pourrais pas t'égarer ! »
« N'oubliez jamais ceci : il ne vous est jamais donné d'épreuve que
vous ne puissiez surmonter. »
« Même si tu constates que l'homme est complètement perverti,
juge-le favorablement. Cherche en lui quelque point valable, une Mitsvah
ou une bonne action. Il n'est pas possible que de sa vie il n'ait accompli au
moins une action valable. »
« Lorsque l'homme fait une action dans la joie, il s'ouvre au miracle
du futur et délivre les étincelles de sainteté retenues prisonnières dans les
êtres. »
« Rien ne libère autant que la joie. Elle affranchit l'esprit et l'emplit de
calme. Perdre espoir c'est un peu perdre sa liberté, c'est un peu perdre ce
que l'on est. »
Le rabbi de Kotzk
Menahem Mendel Morgensztern ou Kotzker Rebbe (1787-1859),
maître hassidique polonais. Disciple de rabbi Yaacov Yitshak Rabinowitz,
puis de rabbi Simha Bounem de Pshiskhe. Officie en tant que maître durant
12 ans à Kotzk (à 45 km de Lublin), sans jamais être à l'aise dans ce rôle,
ne supportant ni les démunis qui viennent à lui pour des bénédictions
matérielles, ni les riches qui s’attendent à recevoir des honneurs pour leurs
dons, préférerait avoir 50 disciples, formant un petit groupe d’élite qui
suivrait ses enseignements.
Le but de la quête spirituelle est selon lui d’atteindre l’emet (en hé-
breu : ‘vérité’), compris comme un état de vérité et d’authenticité, sans
mensonge, ni complaisance ou dissimulation, tous comportements consi-
dérés comme contraires à la vie spirituelle. Cette quête ne doit pas
s’embarrasser du respect des conventions sociales ni même de la piété.
Soutient ainsi que la prière par habitude est inutile et que le vrai culte est la
recherche incessante de la vérité. Il convient donc de se livrer à une intro-
spection continuelle, de rechercher les bonnes actions commises et d’élimi-
ner les mauvaises.
Un jour où il reçoit de savants personnages, il demande : « Où Dieu
demeure-t-il ? ». Ils se moquent de lui : « Le monde n’est-il pas plein de sa
magnificence ? » Il apporte alors lui-même la réponse : « Là où on le fait
entrer ! »
Joseph Salvador
(1796-1873), philosophe et historien du judaïsme, le penseur juif
français le plus important du 19è siècle. La famille juive de son père fuit
l'Espagne vers la France au 15è siècle à cause de l'Inquisition espa-
gnole. Mère catholique. Études de médecine à Montpellier.
En 1819, apprend les émeutes anti-juives en Allemagne : décrira
son impression de l'évènement dans son dernier livre, Paris, Rome,
Jérusalem, ou la Question religieuse au XIXe siècle en 1860.
Dans Histoire des institutions de Moïse et du peuple hébreu
(1828), analyse la mise à mort de Jésus du point de vue de la loi juive de
l’époque.
Défend une identité forte et formule une véritable apologie du
judaïsme. Ce dernier, restitué à sa fierté, fournit un modèle et une
inspiration pour la politique démocratique, républicaine, libérale, socia-
liste, cosmopolitique qui se cherche depuis les Révolutions d’Angleterre,
des États-Unis et de France. Pour s’accomplir, la modernité, « alliance
de justice universelle et de tolérance réciproque », doit retourner à ses
sources juives, à la religion mère des monothéismes chrétien et musul-
man, à la loi de Moïse et à la République des Hébreux.
../..
Joseph Salvador
Son œuvre est mise à l’Index librorum prohibitorum par
l'Église catholique.
Vincent Peillon l’analyse dans son ouvrage Jésusalem n’est
pas perdue. La philosophie juive de Joseph Salvador et le judéo-
républicanisme français (2022).
Salvador célèbre Gutenberg, l’invention de l’imprimerie, et la
traduction des textes sacrés en langue profane, qui ont permis
l’accès de tous au texte de la Bible hébraïque : « L’imprimé vient au
secours des opprimés », dit Vincent Peillon.
Ludwig Philippson
(1811-1889), rabbin allemand. Études de théologie, philosophie et
philologie à Halle puis à Berlin et un peu en France, rabbin à Magdebourg.
Son travail le plus significatif est la traduction et la publication en
1853 de la bible hébraïque (dite Bible de Philippson, image du bas), illustrée
par Gustave Doré. Cette traduction contextualise la tradition religieuse
juive au milieu des civilisations de l’Antiquité moyen-orientale et façonnera
les pratiques religieuses juives, en particulier en Allemagne, jusqu'au 20ème
siècle. Elle marquera profondément le jeune Sigmund Freud.
En 1837, fonde le journal Allgemeine Zeitung des Judentums, porte-
parole du judaïsme réformé allemand. Membre après1839 de la Gesell-
schaft der Freunde (‘Société des amis’, Quakers non-violents). En 1855,
fonde l’Institut zur Förderung der israelitischen Literatur, (‘Institut pour la
promotion de la littérature israélite’), qui en 18 ans publie environ 80
ouvrages en allemand, y compris des travaux de la science juive, la poésie
et l'histoire juive, comme 7 volumes de l'historien et théologien juif prus-
sien Heinrich Graetz (1817-1891) sur l’Histoire des Juifs. L'institut sera
interdit par le gouvernement de l'empire d'Autriche, et Philippson expulsé
du territoire de l'empire.
Co-fondateur de la Hochschule für die Wissenschaft des Juden-
tums. (‘École supérieure de la science du judaïsme‘)
Karl Marx
(1818-1883), philosophe allemand, historien, journaliste, écono-
miste, sociologue, essayiste, militant politique. Grands-parents de
tradition juive, baptisé dans le luthérianisme. Études de droit, d’histoire
et de philosophie à Trèves, Bonn et Berlin. Marqué par Hegel et
Feuerbach.
Journaliste à Cologne, puis à Paris (1843) à cause de la censure
prussienne. En 1843, épouse Jenny von Westphalen, une aristocrate
activiste, critique de théâtre et sociologue à laquelle il écrira toute sa vie
des lettres d’amour. Se lie d’amitié avec Friedrich Engels (1820-1893),
se brouille avec Proudhon. Expulsé de Paris (1845), s’installe à
Bruxelles, revient à Paris lors de la révolution de 1848, puis à Cologne,
Paris et Londres (1849). Rédige des articles "alimentaires" pour des
journaux tout en se livrant à des recherches approfondies en économie,
histoire, politique. Développe une conception matérialiste de l'histoire.
Ses revenus très précaires permettent à peine d’entretenir sa femme
Jenny et leurs enfants.
En 1859, se rapproche du journal Das Volk alors que Ferdinand
Lassale et Wilhelm Liebknecht fondent un parti ouvrier, l’Association
générale des travailleurs allemands (Allgemeiner Deutscher Arbeiter
verein - ADAV). ../..
Karl Marx
En 1864, tente d’unifier le mouvement ouvrier et socialiste en
participant à l’ "Association internationale des travailleurs" (1ère Internatio-
nale). Son ouvrage Le capital (1867) décrit les rouages du capitalisme.
Consacre la fin de sa vie à l’organisation de l’Internationale, à l’écriture de
la suite du Capital et, en plus des langues vivantes qu'il maîtrisait déjà
(allemand, français, anglais, italien), apprend le russe.
Affirme que la lutte des classes (exploiteurs et exploités) est le
moteur de l'histoire. Le prolétariat doit s'organiser à l'échelle internatio-
nale afin de s'emparer du pouvoir et, après une période de transition
("dictature du prolétariat"), conduire à l'abolition des classes et la
disparition de l'État (communisme).
Les critiques du marxisme (y compris les socialistes sociaux-
démocrates) voient dans le concept de "dictature du prolétariat" un
danger fatal pour la démocratie, et arguent qu'en son nom, dirigeants
politiques (Lénine, Staline, Mao, etc.), bureaucratie et nomenklatura ont
accaparé le pouvoir de manière dictatoriale et sanglante dans les régimes
politiques se réclamant du marxisme. ../..
Karl Marx
« Un homme qui ne dispose d'aucun loisir dont la vie tout
entière, en dehors des simples interruptions purement physiques pour
le sommeil, les repas, etc., est accaparée par son travail pour le
capitaliste, est moins qu'une bête de somme. C'est une simple
machine à produire la richesse pour autrui, écrasée physiquement et
abrutie intellectuellement. »
« La propriété privée nous a rendus si stupides et si bornés
qu’un objet n’est nôtre que lorsque nous le possédons. »
« La religion est le soupir de la créature opprimée (…) Elle est
l'opium du peuple. »
« Les philosophes n'ont fait qu'interpréter diversement le
monde, il s'agit maintenant de le transformer. »
« De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses
besoins. »
Image de bas : Affiche du film de Raoul Peck avec l'aide de Pascal Bonitzer Le jeune Karl
Marx (2017)
Hermann Cohen
(1842-1918), philosophe juif allemand. Études au séminaire théo-
logique juif de Breslau, puis aux universités de Breslau, de Berlin et de
Halle. Après 1873, assistant puis professeur à la faculté de philosophie
de l'université de Marburg. Un des fondateurs de l'école néo-kantienne
de Marbourg et, avec Paul Natorp, l'un de ses principaux membres.
Articule l’ensemble de son œuvre autour d’une référence à Emmanuel
Kant, d’abord à travers un commentaire de chacune des trois
critiques, puis à travers l’élaboration de son propre système de la
philosophie, constitué d’une logique, d’une éthique, d’une esthétique.
À partir de l’éthique héritée de Kant, est conduit à faire une place centrale
à la religion. La question de la souffrance constitue le point de clivage de
l’éthique et de la religion. Prendre en considération l’autre dans sa souffrance,
com-patir à la souffrance de l’autre, c’est être « avec » lui : ainsi se définit
l’attitude religieuse dans sa spécificité par rapport à l’éthique. À travers l’action
sociale, elle fonde une communauté différente de la communauté éthique : les
individus n’y sont plus des « il » impersonnels, mais des « je » et des « tu »
singuliers.
Ouvre perspective d’une « éthique de l’altérité », qui trouvera un
prolongement fécond chez Franz Rosenzweig (1886-1929) et Emma-
nuel Levinas (1905-1995) notamment.
Ahad Ha'am
(Asher Hirsch Ginsberg, 1856-1927, nom de plume Ahad Ha'am,
"Un du peuple" au sens d’homme ordinaire), penseur nationaliste juif et
leader des ‘Amants de Sion’*. Né en Russie, appelle à la renaissance mo-
rale de chacun, indispensable avant toute action. Est de ceux qui pensent
qu'on ne peut ramener la totalité du peuple Juif sur la terre d'Israël, et qu'un
État juif ne peut être la solution idéale aux problèmes de l'ensemble du
peuple juif. Pour lui, la Spiritual Revival passe par la création d'un centre
spirituel sur la Terre d'Israël. Opposé au sionisme politique de Theodor
Herzl, duquel il reste en marge durant toute son existence. Soutient dans
La Vérité d'Erets-Israël (1891) que l'État juif échouerait s'il devenait un
simple État politique. Séjourne plusieurs fois en Palestine, participe à la
fondation d'une école à Jaffa et d'une maison d'édition à Odessa, et dirige
(1897-1907) la revue Ha-Shiloah, organe du sionisme et de la littérature
hébraïque d'Europe centrale.
S’installe définitivement en 1922. Avec courage et transparence, dé-
nonce les lacunes inhérentes aux nouvelles implantations juives, particuliè-
rement celles sous la coupe du baron Edmond de Rothschild. Sa vision
relève du sionisme culturel et spirituel opposé au sionisme politique. Dans
ses essais réunis sous le titre Au carrefour, et qu'il commence à publier en
1895, proclame la primauté de la sauvegarde du judaïsme, porteur d'une
mission morale et historique, sur celle des Juifs eux-mêmes.
* mouvement juif populaire, social et national, actif entre la fin du XIXe et le début du
XXe siècle et dont le but était le renouveau du peuple d'Israël, par le retour vers Sion et la
reconstruction de sa patrie.
Sigmund Freud
(1856-1939), médecin neurologue autrichien d’origine juive, pionnier
de la psychanalyse, exploration des processus mentaux inconscients.
Étudies les névroses, l’hystérie, les phobies, les pulsions, déve-
loppe l’interprétation des rêves, les concepts de refoulement, de
censure, de narcissisme, de sublimation, de Moi et d'idéal du Moi.
Considère la religion comme une illusion ou névrose.
Menacé par le régime nazi, s’exile à Londres.
« Le sauvage n’est nullement un meurtrier impénitent. Lorsqu’il
revient vainqueur du sentier de la guerre, il n’a pas le droit de pénétrer
dans son village ni de toucher sa femme sans avoir expié ses meurtres
guerriers par des pénitences souvent longues et pénibles. »
L’homme primitif faisait preuve d’une « délicatesse morale qui
s’est perdue chez nous, hommes civilisés. »
Henri Bergson
(1859-1941), philosophe français issu de familles juives polonaise et
anglaise. ‘École Normale Supérieure’, agrégation de philosophie.
Étudie le cerveau, la perception, la mémoire, le rire, la théorie de
l'évolution, étend plus tard ses théories à la morale, à la religion, à la
société, à la guerre, à la métapsychique et à la mystique.
Affirme que la vie existe pour être créatrice et que l’affirmation de la vie
provoque la joie.
Influe sur les 14 résolutions proposées en janvier 1918 par le Président
Wilson afin de créer une instance gouvernementale internationale pour
prévenir les conflits armés. Président de l’’Académie des sciences morales
et politiques’, Prix Nobel de Littérature 1927.
Renonce à tous ses titres et honneurs, plutôt que d’accepter d’être
exempté des lois antisémites du régime de Vichy.
« La joie annonce toujours que la vie a réussi, qu’elle a gagné du
terrain, qu’elle a remporté une victoire : toute grande joie a un accent
triomphal. »
« Le corps agrandi (par la machine) attend un supplément d’âme. »
../..
Henri Bergson
Montre que le chemin vers l’accomplissement passe souvent
par une "nuit obscure", une caractéristique du mystique qui décide
d’être actif dans le monde : elle apporte à l’âme une surabondance
de vie.
Pour lui, la métaphysique, c'est reconnaître que tout n'est
pas parfait dans l'ordre du savoir, que l'insatisfaction y règne même,
et qu'il faut, pour appréhender le monde, utiliser l'intuition. Bref, ce
n'est pas quitter un monde instable et mouvant pour rejoindre une
réalité ferme et stable, c'est plutôt plonger au cœur des choses,
saisir la vie même.
Son livre Les deux sources de la morale et de la religion
constitue un vigoureux plaidoyer en faveur du recours au témoi-
gnage, celui des personnalités héroïques ou religieuses, des grands
saints et saintes, et plus encore des grands mystiques : seuls leur
contribution et plus encore leur exemple peuvent, aux humains que
nous sommes, donner un accès au divin.
Paul Ricœur, à sa suite, affirme que les concepts de témoignage,
d’attestation, d’écoute constituent à ses yeux des éléments-clés de toute
identité personnelle ou collective, et finalement de son éthique philosophique
tout entière.
Theodor Herzl
(1860-1904) journaliste et écrivain austro-hongrois, principal théori-
cien et initiateur du sionisme. Publie en 1896 Der Judenstaat (‘L'État des
Juifs’). Crée le ‘Fonds pour l'implantation juive’ en vue de l'achat de
terres en Palestine, alors territoire géré par l'Empire ottoman. Pour se
mettre à l’abri des persécutions et pouvoir vivre librement leur foi, mais
aussi pour créer des bases européennes au Proche-Orient, les commu-
nautés juives dans le monde ont l’idée et décident de se regrouper sur la
terre où est née leur religion.
Le sionisme est une idéologie politique fondée sur un sentiment
national juif, décrite comme nationaliste par les uns et comme émanci-
patrice par les autres, prônant l'existence d'un centre territorial ou étati-
que peuplé par les Juifs en Terre d'Israël (Eretz Israël). Sur un plan
idéologique et institutionnel, le sionisme entend œuvrer à donner ou
redonner aux Juifs un statut perdu depuis l'Antiquité et les royaumes
hasmonéen et hérodien, à savoir celui d'un peuple disposant d'un
territoire, mais à l’origine, le sionisme moderne est laïc. À l’opposé d’un
État juif, Herzl rêve d’un « foyer national juif » où les Juifs pourraient
vivre en harmonie avec les non-Juifs.
Après la Shoah, le mouvement sioniste est bien sûr légitimé et
renforcé pour mettre les Juifs définitivement à l’abri des persécutions.
Léon Chestov
« Le philosophe est avant tout un témoin, évidemment ; et il
témoigne de quelque chose que l’on ne peut vérifier. S’il en est ainsi, il
lui faut être sincère et véridique. Mais comment pourrait-il l’être ? »
« La tâche de l'homme ne consiste pas à accepter et à réaliser
dans la vie les vérités de la raison, mais au contraire à disperser par la
force de la foi ces vérités. »
« On n'a recours à la prédication, au Bien et au Mal, que
lorsque la philosophie ne répond plus - et parce qu'on ne peut vivre
sans réponse… »
Léon Issaakovitch Chestov, né Jehuda Leib Schwarzmann
(1866-1938), avocat, écrivain et philosophe russe d’ascendance juive.
Thèse de doctorat de droit à Kiev sur la législation ouvrière refusée, car
jugée trop subversive. Avocat à Moscou, dirige la manufacture familiale,
puis se tourne vers la philosophie. Exilé après la révolution soviétique,
s’installe en 1921 à Paris.
Marqué par Tolstoï et Dostoiëvski, Pascal, Nietzsche et Kierke-
gaard, écrit à leur sujet, confronte sa pensée à la leur. Après eux,
dénonce les vérités évidentes et rassurantes de la raison, leur oppose
l’expérience de l’absurde et du tragique de l’existence humaine.
Léon Brunschvicg
(1869-1944), philosophe des sciences français et historien de la
philosophie. ‘École normale supérieure’, reçu premier à l'agrégation de
philosophie, professeur en province puis à Paris. Fondateur en 1893,
avec Xavier Léon et Élie Halévy, de la Revue de métaphysique et de
morale. Membre de la ‘Ligue des droits de l'homme’, puis vice-président
de la’ Ligue des électeurs pour le suffrage des femmes’. Sous
l'Occupation, doit quitter son poste à la Sorbonne et partir en zone libre
pour échapper aux nazis qui le traquent en raison de ses origines
juives.
Idéaliste de tendance kantienne et spinozienne. Développe à
partir de la "méthode réflexive" fondée sur le jugement , un "idéalisme
critique". Pour lui, l'acte de l'esprit s'exprime dans les vérités
scientifiques : philosophie et science vont en couple. Rend compte
d'une philosophie de l'esprit : la genèse de l'esprit, c'est le progrès du
savoir sous la forme des sciences. Son inlassable activité, sa grande
curiosité, son érudition et sa noblesse de caractère font de lui une des
très grandes figures de la philosophie française.
« Toute découverte, toute démonstration nouvelle s'est présen-
tée d'abord comme l'issue d'un duel. C'est dans la polémique et dans la
controverse que se sont édifiées les grandes œuvres de la pensée
humaine. »
Ernst Cassirer
(1874-1945), philosophe allemand issue d’une famille juive. Études de
droit, littérature, philologie et philosophie à Marburg, Berlin, Leipzig et
Heidelberg. Maître de conférences à Berlin, puis professeur à l’université de
Hambourg. Quitte l’Allemagne pour la Suède quand Hitler accède au pouvoir
(professeur à Göteborg), puis pour les États-Unis (professeur à Yale).
Développe une tentative originale pour unifier les modes de pensée
scientifique et non-scientifique. Grâce à l'exploration des « formes symbo-
liques », sortes d'invariants de la culture humaine, espère réunir la science et
les autres productions culturelles de l'esprit dans une même vision philoso-
phique. Les "formes symboliques" (directions empruntées par le sens) sont
multiples : l’art, le langage, la pensée mythico-religieuse, la science en sont
les formes principales. La symbolisation part de la perception brute telle
qu'elle est donnée par les sens, pour ensuite la structurer au moyen de
concepts et idées toujours plus exactes. S’efforce de créer une grammaire
de la fonction symbolique.
« La psychologie, l’ethnologie, l’anthropologie et l’histoire ont réuni un
ensemble de faits d’une richesse étonnante et qui ne cesse de croître. [...] Si
nous ne parvenons pas à trouver un fil d’Ariane pour sortir de ce labyrinthe,
aucune connaissance réelle du caractère général de la culture humaine ne
sera possible. »
Judah Leib Magnes
(1877-1948), rabbin étatsunien né à San Francisco, pacifiste notoire
pendant la Première Guerre mondiale. Une des voix les plus reconnues du
judaïsme réformé étatsunien au 20ème siècle. Émigre en 1922 vers la
Palestine sous mandat britannique.
Cofondateur en 1925 de l'Université hébraïque de Jérusalem, aux
côtés d’Haïm Weizmann et d’Albert Einstein. Premier chancelier puis
président de cette université qu’il considère comme un lieu idéal pour
encourager et favoriser la coopération arabe et juive. En 1929, alors que
les révoltes conduisent à des effusions de sang à travers la Palestine,
appelle à une solution binationale. Avec le philosophe Martin Buber (1878-
1965), autre "sioniste gandhien" ami comme lui de Louis Massignon
(1883-1962) et Moshe Slimansky (1874-1953), cofonde en 1942 le parti
politique Ihud (‘Unité’), favorable à un État binational où Arabes et Juifs
cohabiteraient « à égalité ». Rejette la partition décidée par l’ONU en 1947.
Continue à se battre pendant le reste de sa vie pour un État judéo-arabe
binational, ou « solution à un État ».
Rejette le choix un État uniquement juif et œuvre pour la récon-
ciliation et la collboration avec les Palestiniens. Pour cela, est dénigré et
attaqué par ses compatriotes juifs locaux et étrangers, ainsi que par les
journaux juifs dans le monde.
Jules Isaac
(1877-1963), historien français issu d’une famille juive. Agrégé et
professeur d’histoire, auteur, à la suite d'Albert Malet, des célèbres manuels
d'histoire Malet-Isaac en 7 volumes. Ami de Charles Péguy, membre de la
‘Ligue des droits de l'homme et du citoyen’, puis du ‘Comité de vigilance des
intellectuels antifascistes’, s'engage en faveur d'une meilleure compréhen-
sion entre Français et Allemands, et milite en particulier pour une révision
des manuels scolaires. Âgé de 63 ans en 1940, est révoqué en vertu du
statut discriminatoire des Juifs.
Pionnier des ‘Amitiés judéo-chrétiennes’, notamment à travers sa
participation active aux travaux de la conférence de Seelisberg (été 1947,
photo du haut) qui étudie les causes de l’antisémitisme chrétien, propose avec
le grand rabbin Jacob Kaplan 18 points de redressement de l'enseignement
chrétien concernant Israël. En octobre 1949, demande à Pie XII la révision
de la prière universelle du Vendredi saint dont l'oraison Oremus et pro
perfidis Judaeis (« Prions aussi pour les Juifs perfides »).
Cela sera fait en 1959 par son ami Jean XXIII. La déclaration conci-
liaire Nosta Aetate (1965) préparée par le cardinal jésuite Augustin Bea
(1881-1968, photo du bas), bibliste et exégète allemand, affirme : « l’Église (…)
déplore les haines, les persécutions et les manifestations d’antisémitisme,
qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les
Juifs. »
Martin Buber
(1878-1965) philosophe, conteur et pédagogue autrichien
d’origine juive, puis israélien.
Études à Vienne. Avec Franz Rosenzweig (1885-1929),
traduit la bible hébraïque en allemand. De 1924 à 1933, enseigne
la philosophie religieuse juive à l‘’Université J.- W. Goethe’ de
Frankfurt. Fuit le nazisme en 1938.
Professeur d'anthropologie et de sociologie à l‘’Université
hébraïque de Jérusalem’. Membre du parti ‘Yi'hud’ (L’Union),
travaille à une meilleure entente entre Israéliens et Arabes, se fait
l'apôtre d'un État binational et démocratique en Palestine.
Après la 2ème Guerre mondiale, tournée de conférences en
Europe et aux États-Unis, esquisse un rapprochement avec les
intellectuels allemands. Crée à Jérusalem, en 1949, l‘’École de
formation d'éducateurs d'adultes’.
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Martin Buber
« Toute vie réelle est rencontre » : le dialogue repose sur la
réciprocité et la responsabilité, laquelle existe uniquement là où il y a
réponse réelle à la voix humaine. Dialoguer avec l'autre, c'est affronter
sa réalité et l'assumer dans la vie vécue.
« Au commencement est la relation ». L'être humain est par
essence un homo dialogus, la personne est incapable de se réaliser
sans communier avec l'humanité, avec la création et avec le
Créateur. Qui se soucie de sa propre image est absolument incapable
d'écouter ses frères humains.
«Ce que la Bible nous enseigne avec tant de simplicité et de
force, et qui ne peut s'apprendre dans aucun autre livre, c'est qu'il y a
la vérité et le mensonge, et que l'existence humaine se tient
inexorablement du côté de la vérité; c'est qu'il y a la justice et
l'injustice, et que le salut de l'humanité réside dans le choix de la
justice et le rejet de l'injustice».
../..
Martin Buber
« Il incombe à chacun de bien savoir vers quelle voie le
pousse son cœur et d’embrasser alors celle-ci en y mettant toutes
ses forces. Avec chaque homme vient au monde quelque chose de
nouveau qui n’a pas encore existé, quelque chose d’initial et d’unique.
C’est avant tout cette qualité unique et exceptionnelle que chacun est
commis à développer et à mettre en œuvre. »
« Certes nous devons apprendre et respecter, mais jamais
imiter. Ce qui a été fait de saint et de grand est pour nous exemplaire
car il nous montre ce que sont la sainteté et la grandeur, mais il n’y a
pas de modèle à suivre. Si petites que soient nos performances en
comparaison de ce que firent nos ancêtres, elles n’en sont pas moins
importantes car elles reflètent ce que nous avons fait par nos propres
moyens. »
Albert Einstein
(1879-1955), physicien théoricien d’origine allemande, issu d’une
famille juive. Publie en 1915 une théorie de la gravitation dite relativité
générale, contribue au développement de la mécanique quantique et de la
cosmologie. Avec Albert lui, ce sont les fondements mêmes de notre
univers, les grandeurs physiques et leurs significations, qui sont décisive-
ment bouleversés : l'espace et le temps fusionnés, combinés avec la
matière elle-même pour constituer une nouvelle géométrie du monde réel.
Émerveillé par la nature, se définit comme "un non-croyant profondé-
ment religieux".
Cherche avec hantise l’unification des champs du savoir humain, la
formule unique qui unifierait la théorie quantique de Planck, de Heisen-
berg, de Bohr, et sa propre théorie de la relativité. Ne s’intéresse pas
seulement à la mise en équation de l’univers : en des moments de total
silence, pratique une contemplation apparentée à la prière.
« Définissez-moi d’abord ce que vous entendez par Dieu, et je vous
dirai si j’y crois ! »
../..
Voir aussi A. Einstein dans les diaporamas "Chercheurs et acteurs de changement
sociétal" et "Figures de la résistance à l’arme nucléaire".
Albert Einstein
« Je crois au Dieu de Spinoza qui se révèle dans l’harmonie
de tout ce qui existe, mais non en un Dieu qui se préoccuperait du
destin et des actes des humains. »
« Il n'existe que deux choses infinies, l'univers et la bêtise
humaine..., mais pour l'univers, je n'ai pas de certitude absolue. »
« La science sans religion est boiteuse, la religion sans
science est aveugle. »
« La plus belle chose que nous puissions expérimenter est
le mystérieux. C'est la source de tout art et de toute science. »
« La religion du futur sera une religion cosmique. Elle devra
transcender l’idée d’un Dieu existant en personne et éviter le
dogme et la théologie. Couvrant aussi bien le naturel que le
spirituel, elle devra se baser sur un sens religieux né de
l’expérience de toutes les choses, naturelles et spirituelles,
considérées comme un ensemble sensé.(…) Le bouddhisme
répond à cette description.(…) S’il existe une religion qui pourrait
être en accord avec les impératifs de la science moderne, c’est le
bouddhisme. »
« La valeur d'un homme tient dans sa capacité à donner et
non dans sa capacité à recevoir. »
Stefan Zweig
(1881-1942), écrivain, dramaturge, poète, romancier, journaliste et
biographe autrichien, issu d’une famille juive. Étudie la philosophie et
l’histoire de la littérature, parcourt le monde. Jugé inapte au front, enrôlé
en 1914 dans les services des archives militaires. Sauvé de la dépression
par l’opiniâtreté de son maître Romain Rolland dans sa lutte contre la
guerre. Connaît le succès littéraire et la célébrité, parcourt l’Europe,
donne des conférences, préconise l’unification de l’Europe. Influencé par
la psychanalyse de Sigmund Freud dont il est ami. Assemble une collec-
tion inestimable de manuscrits, partitions et autographes.
Fuit le nazisme en fév. 1934, se réfugie à Londres (naturalisé
britannique) puis à New-York, puis au Brésil. Hanté par l'inéluctabilité de
la vieillesse, ne supportant plus l'asthme sévère de sa compagne Lotte et
moralement détruit par la guerre, décide qu’il ne peut plus continuer à
assister ainsi, sans recours, à l’agonie du monde. S’empoisonne avec
Lotte qui refuse de lui survivre.
« Ma patrie spirituelle, l'Europe, s'est détruite elle-même. (…) Je
salue tous mes amis. Puissent-ils voir encore l'aurore après la longue
nuit ! Moi je suis trop impatient, je pars avant eux. »
Franz Kafka
(1883-1924), écrivain tchèque et pragois (Bohème, empire
austro-hongrois) de langue allemande et de religion juive. Études de
droit, germanistique, histoire de l’art. Docteur en droit, travaille dans
une institution d’assurance pour les accidents des travailleurs du
royaume de Bohême.
Son œuvre est caractérisée par une atmosphère cauchemar-
desque et sinistre, absurde et incompréhensible, où la bureaucratie
et l’anonymat ont de plus en plus de prise sur l'individu.
Elle est aussi une tentative, dans un combat apparent avec les
"forces supérieures", de rendre l'initiative à l'individu, qui fait ses
choix lui-même et en est responsable.
« Quand une fois on a accueilli le Mal chez soi, il ne demande
plus qu'on lui fasse confiance ».
« L'art est, comme la prière, une main tendue dans l'obscurité,
qui veut saisir une part de grâce pour se muer en une main qui
donne. »
« Construis-toi pour te surprendre. L’important n’est pas
d’être, mais de devenir ».
Ernst Bloch
(1885-1977), philosophe allemand issu d’une famille juive. Étudie la
physique, la philosophie, la musique. Penseur de la religion, athée,
intègre le marxisme dans sa philosophie. Un des critiques les plus
corrosifs de la civilisation occidentale.
Manifeste très tôt son intérêt pour les œuvres hétérodoxes. Refuse
le militarisme prussien et la guerre 1914-18 avec ses amis dadaïstes,
passe cette période en Suisse où il publie le journal Die freie Zeitung.
Dénonce le nazisme. Déchu de sa nationalité en 1935, émigre à
Philadelphie, aux États-Unis.
En 1961, refuse le marxisme sclérosé des démocraties populaires,
quitte l’université de Leipzig (Allemagne de l’Est) pour celle de Tübingen
(Allemagne de l’Ouest).
Met l’accent sur le potentiel révolutionnaire de la religion, qui
témoigne du refus du désespoir et anticipe une autre société. Plaide
pour le caractère révolutionnaire du judéo-christianisme.
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Chercheurs de sens. — 99. Figures du judaïsme de l'Antiquité à nos jours
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Chercheurs de sens. — 99. Figures du judaïsme de l'Antiquité à nos jours

  • 1. Trombinoscope "Chercheurs d’humanité" Chercheurs de sens (art, religion, philosophie, spiritualité) 99 – Figures du judaïsme de l’Antiquité à nos jours Étienne Godinot .07.03.2024
  • 2. Préambule aux 4 diaporamas thématiques "Chercheurs de sens" Depuis 2010, je constitue - pour moi-même et pour celles et ceux qui y trouveront de l’intérêt - un vaste trombinoscope historique de "chercheurs de sens“ (art, religion, philosophie, spiritualité) présentés par ordre chronolo- gique depuis la Préhistoire jusqu’à nos jours. Ma démarche et mon position- nement sont expliqués dans le diaporama « Introduction aux diaporamas ”Chercheurs de sens” ». Ma recherche approfondie plus récente sur les racines historiques du conflit Israël-Palestine m’a amené à créer un trombinoscope thématique “Figures du judaïsme de l’Antiquité à nos jours”, en opérant une sélection dans les trombinoscopes existants. Dans cette logique, j’ai trouvé important et intéressant de créer de la même façon les trombinoscopes - “Figures de l’islam de Mahomet à nos jours”, - “Figures de l’hindouïsme et du bouddhisme de l’Antiquité à nos jours”, - “Figures du protestantisme de Luther à nos jours”. ../.. Images : - Rabbi Israël ben Eliezer (1698-1760) dit Ba’al Shem Tov, fondateur du judaïsme hassidique - Ahmad al-'Alāoui (1869-1934), maître soufi algérien - Thich Nhat Hahn (1926-2022), moine et maître bouddhiste vietnamien - Dietrich Bonhoeffer (1906-1945), pasteur luthérien, théologien et Résistant au nazisme
  • 3. Préambule aux 4 diaporamas thématiques "Chercheurs de sens" Chaque figure de “chercheur de sens” de ces quatre familles se trouve donc à la fois dans le trombinoscope historique “interconvictionnel” et dans un – parfois plusieurs – des trombinoscopes thématiques. Je n’ai pas réalisé pour l’instant de trombinoscope thématique sur le taoïsme et le confucianisme, sur le christianisme en général (catholicisme, unitarisme, orthodoxie, etc.), sur le bahaïsme, sur la franc-maçonnerie et la libre pensée, sur l’agnosticisme ou l’athéisme humaniste, etc. L’intérêt des trombinoscopes thématiques est de voir l’évolution de la pensée et de la spiritualité dans chacune de ces quatre familles depuis les origines jusqu’à nos jours. L’intérêt du trombinoscope historique “interconvictionnel” est de situer chaque personnage dans le contexte de son temps. Par ex. Pytha- gore est contemporain de Lao Tseu, de Kong Fou Tseu et de Bouddha, Maïmonide est contemporain d’Averroes et de Thomas d’Aquin, Delphine Horvilleur est contemporaine de Marion-Muller Colard et de Kahina Bahloul (ouf, des femmes !). Les corrections et suggestions éventuelles seront les bienvenues… Images : - Delphine Horvilleur, née 1974, femme rabbin française - Marion-Muller Colard, née en 1978, théologienne française d’origine protestante - Kahina Bakloul, née en 1979, islamologue et imame soufie franco-algérienne.
  • 4. Introduction Ce diaporama regroupe des figures d’hommes et de femmes liés au judaïsme par plusieurs portes d’entrée : - des initiateurs de la religion juive, des grandes figures de la spiritualité du judaïsme depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours (voir les trom- binoscopes des « chercheurs de sens ») - des chercheurs de changement sociétal marqués par leurs origines juives (voir les trombinoscopes des « chercheurs et acteurs de changement sociétal ») - mais aussi des militants de la justice et de la paix d’origine juive, israéliens ou non, pas forcément de religion juive, parfois agnos- tiques ou athées, mais dignes successeurs des prophètes d’Israël combattant l’oppression et les perversions d’une religion au service du désordre établi, engagés contre l’occupation israélienne en Palestine, contre la politique d’apartheid et pour une solution politique de cohabi- tation pacifique en Israël-Palestine (voir les trombinoscopes « Israël- Palestine ») Images : - Rachi (v. 1040-1105), rabbin et théologien de Troyes - Marc Bloch (1886-1944), historien et Résistant, exécuté par la Gestapo - David Forman (1945-2010), dramaturge et rabbin états-unien, fondateur de l’organisation Rabbis for human rights
  • 5. Abraham ‟Père de multiples nations”, vers 1900 ans avant J.-C. Personnage probablement plus symbolique qu’historique, patriarche des Hébreux et père des trois religions monothéistes, judaïsme, christianisme et islam. Ibrahim pour les Musulmans. Associé aux concepts de foi, d’alliance et de promesse. Chef d’une tribu de pasteurs semi-nomadiques, aurait vécu en Haute Mésopotamie à Ur, puis à Harân. Non loin des sanctuaires élevés en l’honneur des dieux de la fécondité, ces tribus et leurs chefs ont peu à peu la certitude d’un Dieu unique. Certaines d’entre elles acquièrent probablement peu à peu la conviction que Dieu ne peut pas supporter et refuse les sacrifices humains. Dans la tradition biblique, part au pays de Canaan*, est invité par un ange de Dieu à ne pas immoler son fils Isaac, et le remplace sur l’autel par un bélier. * Leckh-lekha : « Va vers toi », terre de toi, terre que je te ferai voir ! « Le messager du Seigneur l’appela alors de la part de Dieu : « Abraham, Abraham ! (…) Ne touche pas à l’enfant, ne lui fais aucun mal » Genèse, 22, 11 Images : - Ziggurat d’Ur en Chaldée (vallée du Tigre et de l’Euphrate, époque sumérienne) - Abraham vu par Ephraïm Moses Lilen (1874-1925) - Tableau de Laurent de La Hyre, 1650. Abraham sacrifiant Isaac
  • 6. Moïse (v. - 1392, v. - 1272), Personnage biblique, premier prophète du judaïsme, considéré comme légendaire ou symbolique par la grande majorité des archéologues, philologues et autres scientifi- ques spécialistes de la Bible et des lieux bibliques. Le récit de sa naissance ressemble de près à la légende de la naissance de Sargon, roi légendaire, fondateur de l'Empire assyrien. Dans la tradition biblique, fils d’Amran et de Jocabed, conduit le peuple d’Israël hors d’Égypte en ouvrant la mer Rouge. L’exode de 40 ans dans le désert, dont on ne trouve aucune trace archéologique, est aujourd’hui considéré par beaucoup comme une construction théologique ou un parcours spirituel. Selon l'historien israélien Nadav Naaman, ce récit de l'Exode et de la conquête de Canaan constitue probablement une construc- tion biblique littéraire et théologique qui évoque la perte du contrôle militaire égyptien en Canaan vécue comme une libération, la mémoire culturelle juive transférant cette situation par la mise en scène d'une sortie d'Égypte. ../.. Photos : - Moïse recevant les tables de la loi, par Marc Chagall
  • 7. Moïse Moïse vit sur le mont Horeb une expérience spirituelle traduite symboliquement par la vision d’un buisson ardent, comme des genêts en fleurs. Il demande à la chose : « Dis-moi quel est ton nom ? *», et elle lui répond : « Je suis ce que je suis. Tu sauras qui je suis quand tu verras que je suis à tes côtés. »** Le Dieu de Moïse s’expérimente dans la vie. On ne peut rien savoir de lui, sinon qu’il est là. Inutile d’essayer de le décrire, il est là et cela suffit. * S’il faut nommer Dieu, les Juifs emploient dans la Bible une périphrase ou quatre lettres qui n’ont aucun sens, YHVH. Aujourd’hui encore, quand ils écrivent, les Juifs utilisent pour désigner Dieu la plus petite lettre de l’alphabet hébreu, le yod – une simple virgule. ** Marcel Légaut traduit cette intuition en disant que Dieu se manifeste en moi quand je suis fidèle à mes exigences intérieures dans ma pensée, mes paroles, mon activité créatrice: « Il y a en moi une action qui est de moi, qui ne peut pas être sans moi, mais qui n’est pas que de moi. J’affirme que cette action qui m’est propre est Dieu. » Écrit "sous la dictée de Dieu" sur le mont Sinaï les dix paroles (Décalogue) ou commandements, dont le 6ème, "Tu ne tueras pas". La traduction d'André Chouraqui "Tu n'assassineras pas" donne une autre interprétation de ce commandement, qui ne couvre pas l'homicide en cas de guerre, de légitime défense, ou prononcé par un tribunal régulier (peine de mort). ../.. - Moïse devant la buisson ardent, par Marc Chagall - Les 10 commandements en hébreu sur un parchemin
  • 8. Nouvelles découvertes sur Moïse Dans son livre Moïse l’insurgé, Jacob Rogozinski se demande qui était Moïse (Freud pensait que Moïse était un Égyptien, un auteur juif suggère que Moïse était peut-être une femme), pourquoi la Bible le présente comme un lépreux né d’un inceste dans une tribu maudite. Ne croit pas à la traversée de la mer Rouge et du désert, mais grâce aux découvertes les plus récentes des historiens et des archéologues (cité cananéenne de Hatsor à 15 km au nord du lac de Tibériade), explore le noyau de vérité du récit de l’Exode. Un soulèvement a eu lieu en Canaan dans l’Antiquité. Il a donné naissance à une société sans roi et sans État, dont les lois sont hospita- lières aux étrangers, favorables aux asservis, aux exclus. Cette insur- rection n’aurait pas été possible si un homme surnommé Moïse n’avait pas introduit un dieu étranger, un dieu qui ne sanctifie pas le pouvoir des rois, mais soutient les opprimés dans leur combat pour la justice. L’enquête se centre alors sur le dieu de Moïse afin d’élucider la genèse du monothéisme. ../.. Photo du haut : la cité cananéenne de Hatsor (ou Tel Hazor), cité importante de l'âge du bronze et de l'âge du fer, des environs de 2600 jusqu'à sa destruction par les Assyriens en 732 avant notre ère.
  • 9. Moïse Moïse remet en cause la monarchie sacrée, introduit « une théo- démocratie », la République des hébreux, la séparation des pouvoirs, le refus de la servitude volontaire. Un passage de la Bible* suggère qu’Abraham, Isaac et Jacob n’adoraient pas le vrai Dieu (ils adoraient Elohim, un dieu tout-puissant, créateur de l’univers, etc.) mais que le Dieu de Moïse, à vocation universelle, est un Dieu intime, discret (YHVH) et libérateur, dressé contre toutes les idoles, oppressions et aliénations, et qui n’a que nos mains pour agir. Images : - Michel Ange (1475-1564) , La création du soleil et de la lune, Chapelle sixtine, Vatican. - Pantocrator est le surnom de Jupiter, le dieu romain qui gouverne la terre et le ciel, ainsi que tous les êtres vivants s'y trouvant, Zeus dans la mythologie grecque. Du latin religieux pantocrator, issu du grec ancien παντοκράτωρ , pantokrátôr (grec pan, «tout» et kratos «puissance » : « maitre de tout, Tout Puissant »). Le Dieu que présente le livre de Jean-Pierre Batut, malgré la couverture un peu trompeuse de sa thèse Pantocrator, Dieu le Père tout puissant. Recherche sur une expression de la foi dans les théologies anténicéennes , est le " Père des miséricordes " et le " Dieu de toute consolation. » - L’ouvrage de John Caputo, philosophe de la religion étatsunien, pose des questions centrales sur la possibilité d’un « Dieu faible » et d’un renversement de la notion même de « Dieu ». C’est aussi l’affirmation d’autres auteurs comme Etty Hillesum ou Jean Sulivan * Exode, 6, 3
  • 10. Moïse, Josué et Samuel Dans le Lévitique (19 -18), où est inscrite la loi de Moïse, figure le commandement « Tu aimeras ton prochain comme toi- même. » Josué ou Yehoshua ("Dieu sauve"), fils de Noun, membre de la Tribu d'Éphraïm. Homme de conquête et chef de guerre, mais un passage de la Bible (Jos 17,16-18) laisse percevoir un scénario tout autre, l’implantation pacifique dans la montagne centrale (Éphraïm), hors du domaine des puissantes cités-États de la plaine. Premier réalisateur de la promesse faite à Abraham. Samuel ("Son nom est Dieu", v. - 931- v. - 877) Grand-prêtre de la tradition de Moïse, est qualifié de prophète dans la Bible bien que son rôle soit plus proche de celui d'un juge, c'est-à- dire au sens biblique un chef guerrier. Désigne les deux premiers rois d'Israël, Saül, puis David. On lui prête d’avoir écrit une grande partie des ‘livres historiques’ de la Bible. Photos : - L’autel des holocaustes de Josué sur le mont Eyval, selon le professeur Adam Zartal - Icône représentant Samuel
  • 11. Élie Ėliyyahou, nom qui signifie : "Yahou (abréviation de Yhwh) est mon Dieu", prophète d’Israël né vers - 930 ? à l’époque où son peuple est installé en terre de Canaan. Traverse la dépression, l’incompréhension et le rejet, passe par la violence, l’intolérance, l’impatience et le zèle. Tient tête au puissant roi Achab, fait mettre à mort les 450 prêtres des Baals (dieux cananéens de la fertilité) qui entourent Jézabel, la femme du roi. Prend peur et s’enfuit. Marche 40 jours et 40 nuits jusqu’à la montagne, l’Horeb. Fait alors une expérience mystique de rencontre avec Dieu, dans le silence et la douceur, à l’opposé de ce qu’il pouvait attendre : le divin n’est pas dans la violence ni dans le spectaculaire. Dans ce silence, une parole le renvoie à sa mission. Élie y retourne, jusqu’au jour de sa mort où il est "enlevé" dans les Cieux. «(…) le Seigneur n’était pas dans l’ouragan. (…) le Seigneur n’était pas dans le tremblement de terre. (…) le Seigneur n’était pas dans le feu. Et après le feu, le bruissement d’un souffle ténu* ("Qol D’mamah Daqqa"). Alors en l’entendant, Élie se voila le visage avec son manteau. » * Le mot hébreu demamah signifie silence. « Les traducteurs sont tellement embarrassés par ce fait qu'il a entendu le silence qu'ils traduisent ce mot de demamah par "petit bruit" ; or la chose forte dans ce texte, c'est qu'il a entendu le silence. » Emmanuel Lévinas, conférence avec Marcel Légaut, 1987. Photos : - Statue d’Élie égorgeur des prêtres des Baals (Mont Carmel, Israël) - Représentation de l’expérience mystique d’Élie (Théobule)
  • 12. David * Guerrier, musicien et poète, deuxième roi d'Israël règne au 10ème siècle avant J.-C. Présenté dans le récit biblique, avec son fils Salomon, comme l'un des deux fondateurs de l'ancien État israélite. Jeune berger de la tribu de Juda, fils de Jessé, est appelé aux côtés du roi Saül pour l'apaiser par ses chants. Selon la tadition, met en déroute les ennemis philistins en vainquant le géant Goliath à l'aide de sa fronde. Devenu le héros d'Israël, s'attire la jalousie puis la vindicte de Saül, doit s'enfuir et prend la tête de maquisards, opérant la vengeance divine et redistribuant les butins aux pauvres. Devenu roi, à la tête de son armée, vainc les ennemis d'Israël, conquiert Jérusalem, où il transfère l'Arche d'alliance, et fonde un vaste royaume qui s'étend des frontières de l'Égypte jusqu'à l'Euphrate. Pour épouser Bethsabée, épouse d'un officier dévoué, Urie le Hittite, fait mettre celui-ci en première ligne au siège de Rabba où il est tué. À l'occasion d'une calamité publique, livre 7 descendants de Saül à la vindicte des Gabaonites qui les exécutent rituellement. * Cette diapo est réalisée non pour présenter un humaniste, mais en vue du parallèle fait plus loin entre David et Mahomet, et entre Jésus et al-Hallâj.
  • 13. Osée De l’hébreu hôšea, c'est-à-dire ‟Sauve !”. Prophète d’Israël, berger, vivant à la fin du règne de Jéroboam II (v. - 782, v. - 753). Marié, découvre avec douleur et détresse l'infidélité de sa femme Gomer, considérée dès lors comme prostituée.. Amour humain, union et progéniture sont mis en scène pour signifier les rapports tumultueux entre le peuple qui se dit ‟élu” et son Dieu. Le peuple est comparé à une épouse infidèle parce qu'il s’est voué au culte des idoles. Dieu en revanche est l’époux, fidèle et surtout « unique », qui « parle au cœur » du peuple et s'emploie, en l'éprouvant, à le reconquérir, prêt à pardonner au moindre signe de repentir. « C’est pourquoi je vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur. » Photo du haut : Osée peint par Alessandro Bonvicino (1521-24)
  • 14. Le premier Isaïe "Isaïe" (en hébreu, Yeshayahu : ‘Yahweh sauve’) est le nom de trois prophètes de l’histoire judéo-chrétienne dont les textes ont été composés sur trois siècles entre 750 et 400 avant J.-C. Le prophète est celui qui rappelle, à temps et à contre temps, les exigences de la conscience. « Nul ne brandira plus le glaive meurtrier et l’on n’apprendra plus la guerre. Alors de leurs épées, ils forgeront des socs de charrue, et de leurs javelots des serpes. (…) Le loup vivra avec l’agneau. Le tigre gîtera près du chevreau. Le veau, le lionceau seront nourris ensemble, et un enfant les conduira. » « Cet homme d’action est sans doute le premier homme que le rêve d’une humanité entièrement pacifiée ait hanté, qui ait pensé à la défaite de l’injustice, de la guerre (…) et qui ait annoncé une mutation cosmique. Il a été choqué non seulement par la violence des hommes, mais par celle qui règne dans la nature. Marx, Lénine et Mao ont-ils jamais eu comme lui leur nuit troublée par la lutte des espèces dans la jungle ? Il est en cela le premier, et peut-être le seul révolutionnaire de l’histoire. » André Chouraqui (photo du bas) Photo du haut : Le forgeron transformant l’épée en charrue. Statue offerte par l’URSS à l’ONU en 1959, installée devant le siège de l’ONU à New-York
  • 15. Amos Prophète d’Israël, berger et originaire de Tekoa près de Jérusalem, dans le royaume de Juda. Prend la parole sous les règnes de Jéroboam II, roi d'Israël et d'Ozias, roi de Juda (vers 750 avant J.- C.), contre les riches et les puissants, hypocritement dévots ou idolâtres affichés. Dénonce le mal social et la perversion de la religion. Son court ministère est interrompu par la police royale sur demande du chef du clergé de Béthel. À l'adresse des femmes de Samarie : « Écoutez, vaches du Bashan, vous qui paissez sur la montagne de Samarie, opprimant les indigents, broyant les pauvres. » Contre le sanctuaire de Bethel, fait parler Dieu ainsi : « Je hais, je méprise vos fêtes, Je ne puis sentir vos assemblées. Quand vous me présentez des holocaustes et des offrandes, Je n'y prends aucun plaisir ; Et les veaux engraissés que vous sacrifiez en actions de grâces, Je ne les regarde pas. Éloigne de moi le bruit de tes cantiques ; Je n'écoute pas le son de tes luths. Mais que la droiture soit comme un courant d'eau, Et la justice comme un torrent qui jamais ne tarit. » Photo du haut : Amos berger (cathédrale d’Amiens)
  • 16. Jérémie (v. - 640, v. - 588, de l'hébreu « sur les lieux élevés, Yhvh"), prophète d’Israël. Durant ses 50 ans de ministère, connaît 5 rois et un gouverneur, est témoin de 4 invasions, subit le long siège de Jérusalem, où il est emprisonné. Ressent la vue d’un rameau d’amandier (même mot que "veilleur" en hébreu) comme un appel : se sent appelé par Dieu à parler et agir "arracher et renverser, pour exterminer et démolir", mais aussi à "bâtir et planter". Pendant l’exil de Juifs à Babylone, les dissuade avec réalisme de se rebeller car ils seraient écrasés, les encourage à procréer, bâtir et planter, à entretenir l’espoir, à cultiver leur identité et à se préparer au retour. Encourage la réforme de Josias, dénonce l'idolâtrie (c’est-à-dire le fait de donner une valeur absolue à ce qui a une valeur toute relative) : pouvoir, argent, exploitation des pauvres, formalisme du culte, culte des dieux étrangers, sacrifice des enfants au dieu Molek. Persécuté et contraint au silence. Termine sa vie en Égypte. Sur sa révélation, son père Helqias met en place les premiers livres bibliques (réforme de Josias) « Si vous améliorez réellement vos voies et vos œuvres, si vous avez un vrai souci du droit, si vous n’opprimez pas l’étranger, l’orphelin et la veuve (…), alors je vous ferai demeurer en ce lieu. »
  • 17. Le deuxième Isaïe Le prophète juif anonyme auteur des chapitres 11 à 55 du livre d'Isaïe a vécu à la fin de l'exil babylonien, en terre étrangère. Son intervention se situe entre les années 550 et 538, c'est-à-dire entre les premiers grands succès remportés par le souverain perse Cyrus et la victoire définitive de celui-ci contre Babylone. Alors que le premier Isaïe présentait l’Éternel comme un Dieu fort, puissant, et surtout très sévère, punissant impitoyablement toutes les incartades de son peuple rebelle, le deuxième Isaïe est le prophète de la tendresse de Dieu. Il présente Dieu comme une mère pleine de délicatesse et de miséricorde, dont les entrailles tressaillent dès que ses enfants sont en danger. C’est ce Dieu d’amour que révèlera Jésus, « le Serviteur fidèle, le Serviteur souffrant » révélé par le 2ème Isaïe, que l’on peut qualifier de prophète mystique. « De même que la pluie et la neige descendent des cieux et n'y retournent pas sans avoir arrosé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, pour fournir la semence au semeur et le pain à manger, ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche : elle ne retourne point à moi sans effet, sans avoir exécuté ma volonté et réalisé l’objet de ma mission. » « Voici que je fais un monde nouveau. Il germe déjà, ne le voyez- vous pas ? Je vais tracer dans le désert une route et faire jaillir un fleuve dans la steppe. » Photo : Le prophète Isaïe, par Marc Chagall (1968)
  • 18. Ézéchiel ("Que le Seigneur le fortifie"), prophète de l'Ancien Testament au début du 6ème siècle av. J.-C. Avant la conquête babylonienne, est sans doute un prêtre attaché au Temple. Après la première prise de Jérusalem par Nabuchodonosor, déporté en 597, avec sa femme, dans un village de Basse-Mésopotamie appelé Tel Aviv. Sa prédication morale, à laquelle se mêle parfois la perspective d’un avenir meilleur, fait place à des "visions" (le genre apocalyptique) qui dévoilent l’achèvement de l’histoire et révèlent les mystères de l’au-delà. Affermit l’idée, déjà introduite par Jérémie, d’une responsabilité individuelle et non plus collective. Affirme que le péché de violence est aussi grave que celui d’impiété. Le don de la loi gravée sur le cœur de l’homme devient le don de l’esprit même du Seigneur. A la vision que les os reprennent chair, que la mort sera vaincue. « Un fils ne porte aucune responsabilité pour la faute de son père, ni un père pour celle du fils. » « Est-ce que je pourrais prendre plaisir à la mort du méchant ? C’est moi, le Seigneur, qui le demande. Mon souhait n’est-il pas plutôt qu’il change de conduite et qu’il vive ? » Photo : Ézéchiel par Michel Ange, Chapelle Sixtine
  • 19. Le troisième Isaïe Nom donné aux hommes qui ont clamé ce qu’on appelle abusi- vement la "parole de Dieu" après l’exil du peuple israélite à Babylone, de 538 à 520 avant notre ère, et dont les écrits se trouvent groupés dans les chapitres 56 à 66 du livre d’Isaïe. « Vous tyrannisez ceux qui peinent pour vous, querellez, chicanez, brutalisez. Est-ce là le moyen que votre voix m’atteigne (…), le jeûne qui me plait ? Courber la tête comme un jonc, coucher sur le sac et la cendre, serait-ce là pour vous un jour de jeûne ? (…) Le jeûne qui me plaît est d’un autre tour : dénoue plutôt les liens injustes, renvoie libres les opprimés, saisis les jougs et brise les. (…) Vois-tu un démuni ? Partage avec lui ton repas. Un pauvre sans abri ? Ramène le chez-toi. Un homme dévêtu ? Donne-lui ton manteau. (…) Alors, ta lumière illuminera comme l’aurore. (…) » « Si tu bannis de ton pays le doigt accusateur, la parole de fraude, l’exploitation de tes frères, si tu prends de ton bien pour l’affamé et assouvis l’âme de l’opprimé, l’obscurité en toi sera lumière. » « Les grands prophètes ont la conviction profonde d'être les interprètes de Dieu, et ce Dieu tend à devenir, à travers eux, le Dieu juste de toute l'humanité ; cette universalisation est, de fait, un grand tournant dans l'histoire des religions. » Adolphe Lods Photo : Isaïe (église de Souillac). - Adolphe Lods (1867-1948), pasteur luthérien, orientaliste, professeur de langue et de littérature hébraïque à la Sorbonne et directeur d'études à l'École Pratique des Hautes Études
  • 20. Michée ou Mycahyaou (en hébreu, "Qui est semblable Yahweh"), ou Mika, prophète hébreu originaire de Morescheth, au 8ème siècle avant notre ère, sous les règnes de Jotham, Achaz et Ézéchias, tous 3 rois de Juda, proba- blement 15 ans après 3ème Isaïe. Dénonce la vénalité des grands, les prêtres riches, les puissants et les faux prophètes s'assurant pouvoir et privilèges. Rejette l’idolâtrie (superstition, magie, caractère fastueux mais vide du culte), l’exploitation des pauvres par les possédants, l'abus de l'aristocratie de Jérusalem contre la majorité des gens du pays, et l'instrumentalisation de la religion pour cacher les injustices sociales. « Mes paroles ne font-elles pas du bien à celui qui marche avec droiture ? » « Avec quoi me présenterais-je, Seigneur, quand je viens t’adorer ? Avec un holocauste ? Avec un veau d’un an ? Quel plaisir prendrais-tu aux béliers par milliers ? (…) Le Seigneur, lui, t’a fait savoir ce qui est bon, ce qu’il attend de toi. Rien d’autre que pratiquer la justice, aimer loyalement et marcher humblement avec lui. » Image : Michée (icône russe du 15è siècle) James Darmesteter (1849-1894), érudit du judaïsme, du zoroastrisme et du mazdé- isme, professeur au ‘Collège de France’ et à ‘l'École Pratique des Hautes Études’, écrit : « L’esprit des prophètes est dans l’âme moderne. Il importe peu qu’ils aient parlé au nom d’un dieu et que l’âme moderne parle au nom de la pensée humaine, car leur dieu n’était que leur propre conscience… À force de croire en la justice, ils l’ont mise en marche dans l’histoire. »
  • 21. Job Personnage biblique présenté dans le Livre de Job, écrit proba- blement au 6ème ou 5ème siècle avant J.-C par plusieurs auteurs anony- mes et peut-être inspiré d’un texte sumérien. Ce texte poétique aborde le problème du mal dans le monde, et particulièrement la souffrance des innocents. Cet homme riche et puissant, suite à un "pari" effectué entre Dieu et Satan, tombe dans la plus complète déchéance (perte de tous ses biens, assassinat de ses serviteurs, mort de ses enfants, ulcère purulent) et se retrouve assis sur un tas de fumier. Il n’explique pas, mais il cons- tate que le mal existe. Nu il est sorti du sein de sa mère pour une vie de risque où la richesse n'est qu'un manteau ; nu il retournera au sein de la terre-mère, et tout le cours de son existence se déploie devant Dieu sous le signe de la nudité et de la faiblesse. Job, au-travers de sa révolte, accomplit un véritable acte de foi. Par la restauration du bonheur matériel de Job, l'auteur du poème symbolise cette harmonie retrouvée. « Je ne savais de toi que ce qu’ "on" m’en avait dit, mais maintenant c’est de mes yeux que je t’ai vu. » Images : - Léon Bonnat, Job (1880) en couverture du livre d’Ernest Renan - William Blake, Job réprimandé par ses amis
  • 22. Esdras (Ezra dans le judaïsme), prêtre et scribe juif issu de la tribu de Lévi et descendant d’Aaron. Pour Christian Amphoux, personnage probable- ment fictif du 2èmesiècle avant notre ère, représente l’école pharisienne et son ambition de s’installer au Temple. Pendant le règne du roi perse Artaxercès 1er (465-424 avant J-C), mène en 459 environ 5 000 exilés Judéens de Babylone à Jérusalem. Considéré avec Néhémie par plusieurs exégètes (Andreas Masius, Richard Simon, Richard Friedman, etc.) et même par Baruch Spinoza, comme l’auteur principal du Pentateuque et notamment du Lévitique. « J'en appelle aujourd'hui au ciel et à la terre : j'ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité ! » (Dt, 30, 19) ../..
  • 23. Esdras : sortir du marasme et regarder devant soi Affirme ainsi que Dieu laisse à ses créatures la liberté de choix. La malédiction est la conséquence d’un choix personnel* et non une punition divine. Cet appel à sortir du marasme et des négativités sera repris par Jésus de Nazareth : « Lève-toi, prends ton grabat et marche ! ». Selon Maurice Bellet, la « traversée de l’en-bas » consiste à vaincre en soi chaque jour la honte, la peur et la haine. * Pareillement, dans la Genèse, la femme de Loth se retourne pour voir derrière elle la destruction de Sodome et Gomorrhe et se trouve transformée en « statue de sel », alors que les filles de Loth regardent devant elles (enivrent leur père et couchent avec lui !) et sont à l’origine de deux grands peuples. Photo du bas : "La femme de Loth" sur le mont Sodome, Israël.
  • 24. Tobie ("Dieu est bon" en hébreu), personnage principal du Livre de Tobie, fiction littéraire de la Bible hébraïque composée v. - 300. Avec le fiel d'un poisson, comme le lui indique l‘archange Raphaël qui l'accom- pagne, guérit à Ninive la cécité de son père Tobit. Auparavant, il récupère, en Médie, de l’argent déposé chez Gabaël en lui présentant une moitié d’un reçu qui avait été coupé en deux, un morceau pour le déposant, un autre pour le dépositaire. Le symbole, du grec sun (ensemble) - ballein (jeter, mettre avec dynamisme), qui signifie "remettre ensemble", c’est le signe formé par les deux moitiés d’un objet brisé quand on les rapproche, c’est ce qui permet l’accession à une nouvelle unité. « Le symbole est une dimension de la réalité. Dans un même mouvement de connaissance et d’amour, il rallie l’humain, le cosmique et le divin. Nous ne nous connaissons nous-mêmes, nous connais- sons les autres et nous ne pouvons percevoir l’existence d’autres univers que par la perception des symboles qui nous relient les uns aux autres.» Jean Chevalier ../..
  • 25. Tobie - Symbole, division, idole Au contraire, dia-ballein signifie diviser, et a donné le mot diable (le diviseur). L’idole (du grec eidon : voir), l’image idolâtre que l’homme fabrique, est le résultat des projections fausses qu’il met sur l’autre ou sur les choses en les déformant, en les pervertissant. L’idole est une fausse image que l’homme fabrique quand il est coupé de son être profond. - Ainsi, Dieu, que des hommes inspirés ressentent comme un "Père" ou comme "le Miséricordieux", devient un Zeus, un Jupiter, un Pantocrator tout-puissant, un juge, un espion, un contrôleur. - Ainsi, le temps, qui nous est donné comme un cadeau pour accomplir notre vie et notre potentiel (kairos), devient une idole qui nous dévore (chronos). - Ainsi, l’argent, qui devrait être un serviteur, devient un maître. - Ainsi, la machine et la technologie, qui devraient être au service de l’homme, deviennent les instruments de son asservissement. - Ainsi, la politique, qui devrait servir le bien commun, devient un moyen de pouvoir et de notoriété. Quand une personne ne peut se libérer de ses idoles, l’inter- vention d’un autre est nécessaire pour lui faire accepter ses ombres et ses lumières, pour qu’elle puisse rétablir une relation vraie avec son être et avec son entourage.
  • 26. Qohélet L’Écclésiaste ou Qohélet* (en hébreu, "l’homme de l’assemblée"), est un texte écrit par un philosophe juif anonyme vers - 200. Son pessi- misme désabusé et son insolence envers l’ordre établi sont probablement influencés par l’épicurisme et le stoïcisme grecs. La vie de l’homme est soumise aux caprices du temps et des circonstances qu’il ne peut maîtriser. Elle est triste, vide, monotone, injuste et violente, lourde de souffrances et chargée de malheurs. La sagesse, le meilleur des dons, est incapable d’apporter apaisement, repos, et de permettre de découvrir Dieu. Tout est vain, c'est-à-dire futile, insignifiant, éphémère et absurde. Le sage et l’insensé connaissent le même sort dans la mort et l’oubli. ../.. * NB : L’auteur de l’Ecclésiaste est à distinguer de Ben Sira, ou Ieshoua Ben Sirac, Ben Sirakh, Ben Sirach, Sirac le Sage, auteur du Siracide, appelé aussi l’Écclésiastique ou La Sagesse de Ben Sira, un des livres sapientiaux de l'Ancien Testament écrit en hébreu. Ben Sira est un notable de Jérusalem, pénétré de l’amour de la loi, du temple, du sacerdoce, du culte, vers 200 avant J.-C.
  • 27. L’Ecclésiaste ou Qohélet La menace constante de la mort, l'injustice régnant parmi les hommes, l'impossibilité de connaître les plans de Dieu pour le monde rendent le destin de l'homme fragile et insaisissable. La vie est le seul champ d'activité et de réalisations pour l’être humain avant qu'il ne disparaisse du monde. Respecter les commandements de Dieu, c'est là tout son devoir. « Il est tout à l’honneur de la tradition biblique qu’un message d’un tel réalisme ait été retenu. Mais sans doute est-ce parce que, derrière les interrogations sur le sens de la vie, transparaît une foi malgré tout invin- cible, dans la transcendance et la toute-puissance divine. » (Commentaire dans la Bible de Stanislas Lyonnet, présentée par Pierre de Beaumont) « Il y a un moment pour tout, et sous le ciel, chaque chose a son temps : un temps pour enfanter et un temps pour mourir, un temps pour mettre en terre, un autre pour récolter, (…) un temps pour le malheur, un autre pour danser, un temps pour se déchirer et un temps pour recoudre. » « Vanités des vanités, tout est vanité. » « Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. » « Tout va dans un même lieu, tout a été fait de la poussière et retournera en poussière. » « Tel juste périt malgré sa justice et tel méchant prolonge ses jours malgré sa malice. » ../..
  • 28. Qohélet ou l’Ecclésiaste « Seule l’ironie indirecte peut, au travers de son cheminement tortueux, conduire l’homme non pas dans la vérité, mais peut-être au début de son chemin, à l’orée de son bois, à l’embranchement et au carrefour de la décision. » « Surtout ne rien exagérer, ni trop pieux ou sage, ni pas assez : car l’excès en tout est un défaut. (…) D’un côté tout relativiser, oui, tout est relatif. Tout doit être mesuré à l’absolu, et par conséquent devient rien; ou seulement à la limite impérative de la mort, et que reste-t-il ? Et cependant ce relatif (bonheur, travail, justice…), il faut le faire et le vivre, en tant que relatif, c’est dire dans la libération du souci accablant de l’inquiétude et de la hantise du lendemain. Voilà le bien. » « Après tout il y a un temps à vivre, un temps complexe et fait de toute chose. Des choses relatives, mais ce sont les seules à notre hauteur. » « Quohélet ne préconise nullement le suicide. » « Tu n’as pas à casser une gangue pour trouver un trésor, tu as à apporter ton trésor pour que ce temps soit riche. Il est disponible, et c’est toi qui lui attribues un sens. » « Il manque à Quohélet ce qui sera si fortement affirmé par Paul : l’espérance ». Jacques Ellul
  • 29. Les 7 frères Maccabées Attaché au culte hellénique, l'empereur syrien Antiochus IV Épiphane introduit ce culte dans Jérusalem et toute la Judée entre -175 et - 140, profane le Temple en y érigeant la statue du dieu olympien Zeus et oblige les Juifs à l'adorer. En 166 avant J.-C, après leur précepteur Eléazar, âgé de plus de 90 ans, les sept frères Maccabées, Abim, Antoine, Gourias, Eléazar, Eusébon, Alim et Marcel, sont horriblement torturés et mis à mort pour avoir refusé de manger du porc et d’adorer un autre Dieu que celui auquel ils croient. Leur mère Salomé meurt la dernière après avoir dit à ses enfants : « Le Créateur du monde, qui a formé l'homme à sa naissance et qui préside à l'origine de toutes choses, vous rendra dans sa miséricorde et l'esprit et la vie, parce que maintenant vous vous méprisez vous-mêmes pour l'amour de sa loi. » Ces événements sont relatés dans le 2ème livre des Maccabées. Le surnom de "Maccabée" est celui de Judas, troisième fils du prêtre Mattathias. L’insistance de ce deuxième livre sur le martyre et sur la résurrection des morts est probablement à l'origine du sens dérivé de "cadavre" qu’a pris le mot macchabée. Photo : Les Maccabées sur la Menorah de la Knesset par Benno Elkan.
  • 30. Rabbi Hillel Mis au défi de résumer toute la Loi à une personne debout sur un pied avant qu’elle ne doive se remettre sur ses 2 pieds, formule cette phrase qui est la ‟règle d’or” des religions et spiritualités : « Ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse, ne le fais pas à tes semblables : voilà toute la loi, le reste est un simple commentaire.» « Ne juge pas ton prochain avant de te trouver à sa place. » Son petit-fils Gamaliel enseignera à Paul de Tarse et interviendra en faveur des apôtres de Jésus. * d’où l’expression "se chamailler" Hillel Hazaken (: l’Ancien, -70, +10), né à Babylone, d’abord bucheron puis docteur juif pharisien. À l'âge de 40 ans, s’installe en Israël. Passe de longues années à étudier, est pendant une vingtaine d’années président du Sanhédrin, chef spirituel du peuple juif. Vie exemplaire et vertueuse, caractérisée par la patience, la civilité et la compassion pour ses semblables, Juifs ou non, et le souci des plus pauvres. Interprète l'esprit de la Torah et des règles de la vie ordinaire de façon ouverte, renvoie les personnes à leur conscience. Opposé âprement au rabbi Shammaï*, son adjoint (et successeur), légaliste et rigoriste, pour qui une poule qui pond le jour du Shabbat ne respecte pas la Torah…
  • 31. Menahem l’Essénien Juif Tanna (sage), leader de la secte des Esséniens, vivant à l'épo- que du roi de Judée Hérode le Grand (- 37, - 4 av. J.-C.). Forme un zoug (paire) avec Hillel l'Ancien, et officie probablement au Av beit din (tribunal ou Sanhédrin). Selon Flavius Josèphe, aurait été en bons termes avec Hérode tout en critiquant les Romains. En se fondant sur certaines men- tions de la Mishna, plusieurs critiques estiment qu'il est devenu un de ses conseils ou de ses ministres. Dans certains des hymnes trouvés en 1947 parmi les manuscrits de la Mer Morte, se décrit lui-même comme siégeant sur un trône céleste entouré d’anges. Se voit lui-même comme le "serviteur souffrant" d’Isaïe 53 qui fait advenir une nouvelle ère, l’âge de la rédemption et du pardon dans lequel le péché et la culpabilité n’ont plus de place. Ces idées audacieuses conduisent à son rejet et à son excommunication par les sages pharisiens emmenés par Hillel. Tué à Jérusalem par les Romains en l’an 4 avant J.-C. c’est à dire deux ans après la naissance de Jésus. Son corps est laissé dans la rue pendant trois jours, afin que tous le voient, avant d’être enterré. Ses disciples croient qu’il est ressuscité après trois jours et qu’il est monté au ciel dans une nuée. Selon le chercheur et historien israélien Israël Knohl, Menahem constitue le chaînon manquant qui nous permet de comprendre comment le christianisme est issu du judaïsme.
  • 32. Jésus de Nazareth (- 6, + 30), en hébreu Ieshoua signifie "le sauveur", Palestinien de religion juive. Voir le diaporama spécifique
  • 33. Philon d’Alexandrie Philo Judaeus (v. -13 - v. + 54), philosophe juif pétri de culture grecque, moraliste et exégète. Ambassadeur à Rome ( + 39 - + 41) auprès de Caligula pour défendre le droit de cité de la très importante communauté judéenne d’Alexandrie, victime d’un pogrom. Probablement mort avant d’avoir pu entendre parler de Jésus, mais son œuvre (57 traités) a survécu grâce aux apologistes chrétiens. Représentant le plus éminent de l'école philosophique juive d'Alexandrie qui interprète la Bible selon les catégories hellénistiques et jette un pont entre la révélation biblique et la philosophie grecque. Son éclectisme est une vision religieuse du monde, fidèle aux affirmations bibliques traditionnelles (grandeur du Dieu unique, Israël peuple "élu"), mais intègre des concepts philosophiques puisés aux diverses écoles grecques (sauf l’épicurisme), sans recherche de cohérence. La culture hellénistique illustre les données bibliques et en transforme souvent le sens. ../..
  • 34. Philon d’Alexandrie Étend la définition biblique du "prochain" aux étrangers, qu’il recommande d’aimer « non seulement comme des amis, comme des parents, mais comme soi-même. » Sa conception du Logos (le Verbe), "fils-premier né de Dieu", "médiateur universel", "instrument de la création", "ambassadeur", inspire le prologue de l’Évangile de Jean. Le Logos n’est pas Dieu, il est la révélation de Dieu à l’âme vertueuse, car il est aussi la parole. Son influence s’exerce sur des auteurs du Nouveau Testa- ment, sur plusieurs Pères de l’Église (Clément de Rome, évêque de Rome de 88 à 97, auteur d’une épitre aux Corinthiens), Clément d’Alexandrie (v. 150 - v. 220), Origène (v. 185-254), Grégoire de Nysse (v. 335- v. 394), et même sur l’exégèse occidentale (Ambroise de Milan, v. 333-397) et, à un degré moindre, sur la formation de l’idéal monastique. « Représentant l’union de la philosophie et de la foi, de la philosophie grecque qui ne fut qu’une philosophie et de la religion juive qui ne fut qu’une religion, véhiculant des idées qui sont devenues chrétiennes, Philon le Juif (qui ne s’est jamais converti) n’est pas loin, ô paradoxe, de mériter le titre de "premier des Pères de l’Église". » Michel Desforges
  • 35. Jean le Baptiste (v. -10 ? - v. + 29) prédicateur et prophète juif du temps de Jésus de Nazareth. Sa vie est racontée de façon différente dans les récits de l'historien juif Flavius Josèphe et dans les textes religieux des évangiles et du Coran. Fils d’Élisabeth et de Zacharie, mène une vie d’ascèse dans la steppe de Judée, près du fleuve Jourdain. Annonce que "le royaume des cieux" est tout proche. Homme à la parole libre, n’hésite pas à pointer les fautes des pécheurs et à les appeler à se purifier. Les foules viennent à lui pour être immergées ("baptisées" en grec) dans le fleuve Jourdain, d’où son surnom. Cette ablution sacrée est le signe d’un changement de vie intérieure. Mis à mort à Machéronte par Hérode Antipas. Selon Marc, dans un récit à l’historicité discutée, exécuté pour avoir critiqué le mariage d‘Hérode Antipas avec Hérodiade, l’épouse de son demi-frère. Le Coran parle aussi de Jean le Baptiste, sous le nom Yahya : il est le cousin de Jésus (Îsa dans le Coran). « Moi je vous baptise dans l'eau; mais celui qui vient après moi est plus grand que moi, et je ne suis pas digne de porter ses sandales. Lui, il vous baptisera dans l'Esprit et le feu. » Photo du bas : Salomé avec la tête du Baptiste, par Caravage
  • 36. Rachi de Troyes (1040-1105), rabbi Shlomo ben Yts’hak (Rabbi Salomon fils d’Isaac) dit Rachi, né à Troyes (Champagne), rabbin, écrivain, philosophe, poète, chroniqueur. Études à Mayence, Worms. Éminent exégète et commenta- teur juif de la Bible, du Talmud et des commentaires midrash. . Fonde à l’âge de 30 ans à Troyes sa propre yeshiba (école talmudique) qui attire de très nombreux disciples. Établit, selon les normes de la critique scientifique, le sens des textes sacrés. Répond aux questions qui lui sont adressées de partout en Europe, notamment en faveur des femmes et de la considération qui leur est due. Ses réponses sont révélatrices de sa personnalité, de sa gentil- lesse et de son humilité. Doué d'une mémoire et d'une connaissance encyclopédiques, n’hésite pas à dire « Je ne sais pas ! » Les dernières années de sa vie sont assombries par les massacres de Juifs du bord du Rhin pendant la première croisade prêchée par le pape Urbain II (1095-1096). Sa détresse devant le destin funeste de son peuple transparaît dans des commentaires de Psaumes ou de livres bibliques. Un des premiers auteurs à utiliser la langue française de l’époque. Influence, par le truchement du franciscain Nicolas de Lyre (1270-1349), la traduction de la Bible par Martin Luther.
  • 37. Bahya ibn Paquda Bahya ben Joseph ibn Paquda (v. 1050-1120), ou Rabbenou Bahya ("notre maître Bahya"), rabbin et philosophe juif andalou de la première moitié du 11ème siècle, probablement à Saragosse. Dayan, juge d'un tribunal rabbinique. Érudit aussi versé dans la littérature rabbinique traditionnelle que dans les sciences et la philosophie arabe, grecque et romaine dont il cite de nombreux auteurs. Son grand-œuvre, traité ascétique et mystique, le premier système juif d'éthique, paraît en 1080 en langue arabe sous le titre de Al Hidayah ila Faraid al-Qulub, ou Guide des devoirs du Cœur, traduit en hébreu par Juda ibn Tibbon, vers 1161-1180, sous le titre de Hovot ha-Levavot. Sa philoso- phie est basée sur l'amélioration éthique de l'homme plutôt que sur la recherche d’une vérité ultime. Met l'accent sur la volonté joyeuse du cœur aimant Dieu et au service de la vie. Le strict respect des règles fixées par la Torah ne représente qu’une partie du judaïsme. L’autre, la plus ignorée mais la plus importante, est le respect des devoirs du corps et du cœur dans la soumission à Dieu et l’amour infini que l’on doit constamment s’efforcer de lui porter. Décèle dans l’amour un élan vers l’être aimé, le détachement qui permet l’ébranlement, l’union des deux amants, la lumière jaillie de leur étreinte.
  • 38. Moïse Maïmonide Moshe ben Maïmon (1138-1204), rabbin juif séfarade andalou. Talmudiste, commentateur de la Mishna, jurisconsulte, auteur du Mishné Torah, l’un des plus importants codes de loi juive. . Philosophe, métaphysicien et théologien, entreprend, comme Averroès, une synthèse entre la révélation et la vérité scientifique, représentée alors par le système d’Aristote dans la version arabe d’Al-Fârâbî. Médecin de cour et astronome, publie aussi des traités dans ces domaines. Selon lui, on peut être fidèle à la fois à la tradition de la Bible et du Talmud et à l'investigation intellectuelle entièrement libre, telle que la requièrent la science et la philosophie. Loi divine et recherche rationnelle ont chacune a besoin de l'autre. Par exemple, la première prescrit de connaître Dieu et de l'aimer, mais Il ne peut être connu que par l'étude de sa création, c'est-à-dire par les sciences naturelles. Est pour les uns un "second Moïse", et pour les autres un hérétique. Influence les mondes arabo-musulman et chrétien, notam- ment Thomas d'Aquin, qui le surnomme "l’Aigle de la Synagogue". Image : Statue de Maïmonide dans l'ancienne Juderia de Cordoue
  • 39. Meïr ben Siméon Le roi de France Louis IX ("Saint" Louis) - qui mènera la 7ème croisade - prend des mesures très discriminatoires envers les Juifs : En 1230, par l’ordonnance de Melun, chaque seigneur peut prendre comme serfs les Juifs de ses terres. En 1234, une ordonnance remet aux débi- teurs chrétiens le tiers de leur dette envers les Juifs, interdit aux Juifs le prêt à intérêt et les prive d’une activité professionnelle qui leur permet de vivre décemment. En 1240, le roi fait procéder en place de Grève à la crémation publique de 22 charrettes de manuscrits du Talmud. En 1269, conformément au 4ème concile du Latran de 1215 et au concile de Narbonne de 1227, le roi impose aux Juifs de porter la rouelle afin d'être distingués immédiatement : une rouelle doit être cousue au milieu de la poitrine et une autre dans le dos (image du haut). Il leur interdit également de sortir pendant les jours anniversaires de la Passion du Christ et d'exercer un emploi public. Le talmudiste Meïr ben Simeon de Narbonne (v.1210 - v.1275) écrit une lettre à Louis IX sur la condition des Juifs du royaume de France. Il est peu probable que la lettre soit parvenue au roi ou ait même été envoyée. Une seule copie en a été conservée, avec d’autres textes de Meïr, dans un manuscrit provençal du 14ème siècle, connu sous le nom de Milhemet mitsvah.
  • 40. Solomon ibn Verga (v. 1460-1554), historien juif espagnol, médecin. En 1506, est envoyé par les communautés espagnoles afin de collecter de l'argent pour la rançon des prisonniers de Malaga. Vit à Lisbonne en tant que marrane*, est témoin oculaire du massacre du 19 au 21 avril 1506 : durant ces 3 jours (image du haut), des milliers de Juifs, récemment convertis de force au catholicisme, sont traqués, torturés, violés, massacrés et brûlés par la foule catholique. Le bilan de ce massacre est d'environ 2 000 morts. S'échappe en Turquie, probablement à Andrinople, où il écrit le Shebeṭ Yehudah (Sceptre de Juda), récit de 64 persécutions des Juifs dans différents pays et époques. La valeur historique des données contenues dans le Shebeṭ Yehudah a été sérieusement remise en question par Isidore Loeb (1892). Loeb soutient que, bien qu'écrivain original, Ibn Verga n'est pas toujours digne de confiance et que certains de ses documents appartiennent vraiment au domaine de la légende. Ibn Verga s'est surtout intéressé aux controverses religieuses entre Juifs et Chrétiens. L'ouvrage est important du point de vue géographique et sociologique, car il contient un nombre considérable de noms de lieux, ainsi qu'une description des coutumes. * Marrane : (de l’espagnol marrano : cochon) Juif d'Espagne ou du Portugal converti au christianisme par contrainte, et resté fidèle à sa religion en secret.
  • 41. Daniel Bomberg ou Daniel van Bomberghen, ou Daniele Da Norimbergo (1483- 1553), éditeur-imprimeur flamand, né à Anvers, installé à Venise où il est actif à partir de 1516. Se spécialise dans l'impression de textes de la littérature religieuse hébraïque, secteur qu'il est le premier non-Juif à aborder. En 1520, associé à Felice da Prato (ou Felix Pratensis, Juif converti au catholi- cisme, devenu religieux augustin) auprès de qui il apprend l’hébreu, entame l'édition intégrale des deux Talmud : celui de Babylone et celui de Jérusalem. En 1528, publie la Bible rabbinique. Produit également de nom- breuses éditions de parties du Tanakh et des Talmuds accompagnés de commentaires, et des écrits rabbiniques indépendants. Au cours de ses 40 ans de carrière, publie 240 éditions de livres en hébreu. Cette production très importante lui coûte une fortune. Pour le Talmud seul, dépense plus de 100 000 écus. Meurt presque ruiné, mais entouré de l'immense considération de tout le monde savant d'Europe
  • 42. Le Maharal de Prague Rabbi Judah ben Betsalel Levaï (1512 ?-1609), né à Posen (Pologne), talmudiste, philosophe et mystique. Très jeune, se fait un nom par son érudition. Vers l’âge de 20 ans, nommé rabbin de Nikols- burg (Moravie). Vers 60 ans, chef spirituel de la communauté juive de Prague, alors centre principal du judaïsme en Europe orientale, dirige la syna- gogue-école de la Klaus. Écrit à partir de 70 ans. Pointu en mathématiques et en astronomie, ami intime des astronomes Tycho Brahe et Johannes Kepler. Probablement kabba- liste et thaumaturge. Toute sa recherche sur les textes (Talmud, Kabbale) tourne autour du thème de l’exil et de la vocation d’Israël, leur sens religieux et métaphysique. Défenseur du Midrash, montrant que derrière ces anecdotes, parfois enfantines, se cache la véritable sagesse d’Israël, à condition d’en posséder les clefs de lecture. Selon la légende, a façonné un être d’argile et de glaise, le Golem, sorte d’automate qui protégeait la communauté juive de Prague sauf le jour du Shabbat. L’interprétation d’André Neher est que Dieu n'est pas le Tout-Puissant comme le suggère une terminologie superficielle et vulgaire, mais l'Être qui accepte de limiter Son pouvoir.
  • 43. Isaac Louria Isaac Ashkenazi Louria, Luria ou Loria, (1534-1572), rabbin et kabbaliste. Études à Jérusalem ? Se retire avec son épouse dans une île sur le Nil, mène une vie d'ascèse, commence à avoir des visions. En 1569, à la suite d'un appel intérieur, s'installe à Safed (Israël actuel). Étudie la Kabbale avec Moïse Cordovero (1522-1570). Jouissant rapidement d'une forte réputation de poète mystique, enseigne la Kabbale en académie et prêche dans les synagogues. Voit partout dans la nature, les sources, les arbres, les oiseaux, des âmes de justes et des étincelles de lumière aspirant à la délivrance, entend leur appel. Tout son enseignement vise à exposer les moyens de contribuer à l’œuvre rédemptrice universelle. Penseur profond du mysticisme juif parmi les plus grands et les plus célèbres, et fondateur de l'école kabbalistique de Safed. La princi- pale originalité de la kabbale lourianique tient au fait que le premier acte de la divinité transcendante – En Sof (l’Infini) – n’est pas un acte de révélation et d’émanation, mais, au contraire, un acte de dissimulation et de restriction. Un des premiers, bien avant Hans Jonas, à affirmer « le retrait de Dieu » : la présence de Dieu est retenue, discrétion, effacement, silence. Images : Signature d’Isaac Louria. Synagogue Louria à Safed
  • 44. Baruch Spinoza (1632-1677), philosophe néerlandais, issu d’une famille juive espa- gnole expulsée en 1492 et ayant trouvé refuge au Portugal*. Marqué par le jésuite "électron libre" Franciscus van den Enden. Gagne sa vie en polissant des lentilles optiques pour lunettes et microscopes. Libère la réflexion philosophique de l’autorité théologique et relie sa méthode démonstrative aux mathématiques. Se propose de lire les Écri- tures à l’aide de la raison. Excommunié de la Synagogue en 1656 car il affirme que la plupart des grands récits bibliques (Déluge, division de la Mer rouge, etc.) sont des mythes et non des vérités historiques : perd ses amis, sa famille, échappe à une tentative d’assassinat. Ne croit pas aux miracles : ce sont pour lui des phénomènes inexpli- qués, mais pas inexplicables. Affirme que l’élection du peuple hébreu n’est pas le fait d’une quelconque préférence de Dieu, mais un artifice pédago- gique afin que les Hébreux s’approprient et pratiquent la loi divine, qui n’est pas autre que « les lois universelles de la nature. » La véritable loi divine n’est pas l’observance du culte et des rites, mais la poursuite de la joie qui nous vient de la connaissance et de l’amour de Dieu, qui constituent « la fin ultime et le but de toutes les actions humaines. » ../.. * Espinhosa : qui vient d’un lieu plein d’épines. Le mot hébreu Baruch signifie "béni" (Benedictus en latin, Benoît en français, Bento en portugais). Spinoza parle le flamand, le portugais, l’espagnol, lit l’allemand, l’italien, et le français, l’hébreu biblique, l’araméen, le grec et le latin.
  • 45. Baruch Spinoza Affirme que la plus grande servitude est celle envers nos propres passions : l’être humain ne naît pas libre, mais le devient au terme d’un effort rationnel de connaissance de ses émotions et de ses idées, de réorientation de ses désirs. La loi universelle de la vie est l’effort (conatus), générateur d’une joie profonde, pour se perfectionner, persévérer dans son être et accroître sa puissance vitale (potentia). Affirme que « le désir est l’essence de l’homme » et le moteur de la vie et du changement. Il n’exprime pas un manque, mais une puissance. La sagesse consiste à soutenir et à guider l’élan vital vers les biens véritables qui élèvent l’être humain. « L’éthique spinoziste consiste à passer de l’impuissance à la puissance, de la tristesse à la joie, de la servitude à la liberté » ( Frédéric Lenoir) Pour Spinoza, un État viable serait une République laïque où existerait une totale liberté de conscience et d’expression pour tous les citoyens unis dans un contrat social. ../..
  • 46. Baruch Spinoza « Les démonstrations sont les yeux de l’esprit. » « Il (Jésus) écrivit la loi divine à jamais au fond des cœurs. » « Nous sentons et nous expérimentons, avec un peu d’audace, que nous sommes éternels. » « Le but de l’organisation en société, c’est la liberté. » « Tout ce qui existe est en Dieu. » « La joie est le passage d’une moindre à une plus grande perfection. » « Nous flottons, inconscients de notre sort et de notre destin. » « Le désir est l’essence de l’homme. » Citations extraites du livre élogieux de Frédéric Lenoir, pour qui « Spinoza est non seulement très en avance sur son temps, mais aussi sur le nôtre ». F. Lenoir dit toutefois son profond désaccord sur la conception de la femme par Spinoza et sur sa vision utilitariste des animaux. En 1678, l’ouvrage de Spinoza L’éthique est classé à l’Index par l’évêque Niels Stensen qui le qualifie de « mal pestilentiel ». Niels Stensen, ou Nicolas Sténon, 1638-1686 (photo du bas), d’origine danoise, ami de jeunesse de Spinoza, également anatomiste et géologue, a été béatifié par Jean-Paul II en 1988.
  • 47. Ba’al Shem Tov Rabbi Israël ben Eliezer (1698-1760), appelé le Ba’al Shem Tov (le "Maître du Bon Nom") ou le Besht, rabbin mystique ukrainien, fondateur du judaïsme hassidique. Nait 50 ans après les pogroms des cosaques de Khmelnytsky qui en 1648 ont ravagé les communautés juives d’Europe orientale : 100 000 Juifs sont massacrés dans toute l’Ukraine et certaines communautés sont entièrement anéanties. « Homme du peuple et pour le peuple », vit et enseigne en Podolie, province alors polonaise* et aujour- d'hui ukrainienne. Pour aider son peuple à surmonter ces épreuves, et inspiré par les enseignements kabbalistiques du rabbin Isaac Louria, prône la joie populaire contre l’austérité et l’élitisme des autorités reli- gieuses de son temps. Axé sur la piété et la charité, centré sur l'individu dans la relation directe avec Dieu, le hassidisme s'oppose à la tradition érudite et figée du judaïsme rabbinique Mitnaged, jusqu'alors unique courant du rite ashké- naze, et constitue une réponse spirituelle à la misère matérielle des com- munautés juives persécutées de l'Europe orientale * Dans cette grande Pologne du 18ème siècle, la population juive dépasse 1 500 000 person- nes, soit environ 10 % de la population du pays et constitue l'essentiel de la population juive de l'Europe. Elle est placée sous une protection personnelle du roi. La Pologne est alors le plus important foyer de vie spirituelle et intellectuelle hébraïque avec de nombreuses et réputées yechivot (écoles réligieuses) et une autonomie culturelle garantie par le Conseil des Quatre Pays (Va'ad arba' aratzot), un parlement juif.
  • 48. Ba’al Shem Tov Apprend à utiliser des plantes à des fins médicales, devient guérisseur. Insiste particulièrement sur la communion joyeuse avec Dieu, en particulier par le chant et la danse. En réaction au judaïsme académique, austère et intellectualisé, privilégie la prière par rapport à l'étude talmudique qui est la norme dans la communauté juive : ainsi, le hassidisme acquiert la réputation d'être plus mystique qu'intellectuel, plus émotionnel que rationnel. Ses trois thèmes cardinaux sont : 1) la joie excluant toute mortification ; 2) l'humi- lité, la modestie, la repentance, la simplicité ; 3) l’embrasement de l'amour. Affirme qu’une relation amicale avec les pécheurs est plus importante que la prière. « Pour sortir ton ami de la fange, n’aie pas peur de te salir. » « Si ton fils s’engage sur de mauvaises voies, aime-le davantage. » « L’esprit pense, saisit et comprend ; le cœur ressent. Je suis venu révéler la Torah telle qu’elle s’étend au cœur également. » « La médisance tue trois personnes : celui au sujet duquel on médit, celui qui médit et celui qui écoute. Il s’agit d’une mort spirituelle, ce qui est plus grave encore qu’un meurtre matériel. » Images : synagogue de Medzhibozh, extérieur et intérieur actuel
  • 49. Le Maggid de Mezeritch Dov (‘ours’, référence à la force) Baer de Mezeritch* (1704-1772), maître hassidique de Volhynie, alors province polonaise, disciple du Baal Shem Tov, fondateur du hassidisme. Instituteur, s’initie à la kabbale de Isaac Louria, pratiquant un ascétisme sévère qui le rend infirme (il marche avec des béquilles), devient maggid (prédicateur populaire). Sans faire de morale ni de réprimande, prend le rôle de consolateur, celui qui annonce la bonne nouvelle. Ses discours, prononcés avec enthousiasme et dans un style enflammé, conquièrent l’audience. Surmonte sa tendance à la mélan- colie pour transmettre force et joie à ceux qu'il enseigne. L'homme doit s'enquérir de la présence divine (shekhina) et parvenir ainsi à s'élever au-dessus du temps, c'est-à-dire atteindre le monde de la pensée, car là tout est égal, la vie et la mort, la mer et la terre. Le rôle du tsadik (‘le juste’) est faire passer l'être au néant divin, pour un bref instant, y trouver force pour agir en ce monde-ci et pour y répandre un peu de clarté. A eu 80 élèves dont la plupart ont fondé une dynastie hassidique en Ukraine, Biélorussie, Pologne et Lituanie. * alors en Pologne, aujourd’hui en Ukraine. Pendant la 2è Guerre mondiale, environ 1 500 Juifs y seront assassinés lors d'exécutions de masse perpétrées par un Einsatzgruppe (« groupe d'intervention »), unité mobile d'extermination du IIIe Reich allemand.
  • 50. Moses Mendelssohn ‟Moïse, fils de Mendel” (1729-1786), philosophe juif allemand*. Pour l’essentiel autodidacte, s'intéresse à la littérature, la philosophie, la musique et aux mathématiques. Engagé à Berlin comme précepteur par un riche négociant de soie, devient chef d’entreprise et son associé. Entretient une correspondance avec les savants de toute l’Europe. Père de la Haskalah, mouvement allemand des ‘Lumières’ (Aufklärung) propre au judaïsme, incarne la rencontre entre la Torah et la raison, les philosophies juive et allemande. Traduit des parties de la Bible en allemand moderne, collabore à un journal. Écrit sur l'expérience du sublime, sur l'immortalité de l'âme et sur l'existence de Dieu. Affirme que la Bible contient des règles de vie et non des articles de foi. . Plaide pour la liberté de conscience et la tolérance** : ni les Églises, ni l’État n’ont à exercer d’action coercitive. * petit et bossu, appelé le ‟Platon allemand”, le ‟Socrate de Berlin”, le ‟Luther juif” ou ‟le troisième Moïse” (après le Moïse biblique et Maïmonide), grand-père du musicien Félix M. ** Les Juifs vivaient dans les conditions socio-géographiques du ghetto et restaient soumis au régime de la ségrégation et à une législation discriminatoire.
  • 51. Levi Yitzhak de Berditchev (1740-1808), maître hassidique polonais. Disciple de Dov Baer de Mezeritch, rabbi de Berditchev*, un des plus populaires de l’histoire du hassidisme. Son empathie se dirige vers les humiliés, les affamés et les marginalisés. De nombreux contes et histoires font l’éloge de sa ferveur dans la prière, mais aussi de la révolte devant le silence de Dieu : « Si tu refuses de répondre à nos prières, je refuse- rai de les chanter plus longtemps ! » Poursuivi par les mitnagdim**, opposants au hassidisme, qui le diffament et pillent sa maison. « Seul celui qui avertit les gens en douceur, insiste sur l'élévation de leur âme et sur leur honnêteté, est digne de diriger un peuple. » « Les poèmes écrits par des poètes mais mouillés et attendris par les larmes du peuple d’Israël sont devenus prières. » * Berditchev (aujourd’hui en Ukraine), qui était un grand centre du judaïsme, était aussi influencé par le mouvement des Lumières, marqué par une philosophie antireligieuse. * « Les hassidim sont portés vers la mystique fondée sur l’exaltation des émotions religieuses, tandis que les mitnagddim, majoritairement issus des écoles talmudiques de Lituanie, pratiquent un judaïsme austère, intellectualisé, fondé sur la casuistique dialectique. Elyahou Kramer (1720-1797), le Gaon de Vilna, lance 3 cherem (excommunications) contre les hassidim, interdit tout mariage avec eux… Image du haut : Mausolée du rabbi au cimetière de Berditchev
  • 52. Rabbi Nahman de Bratslav Nahman Ben Simha, (1772-1810), rabbin juif et théologien ukrainien, arrière petit-fils du Baal Chem Tov (1698-1760), père du hassidisme de Bratslav (ou Breslau, ou Breslev, ou Breslov). En 1798-99, se rend en terre d'Israël. Après avoir passé 2 ans à Zlatopol, s'installe à Bratslav (Ukraine) en 1802. À la suite de l'incendie de sa maison, s'installe à Ouman, lieu sacré*. Y décède à 38 ans, emporté par la tuberculose. Sentant la mort venir, détruit par le feu un de ses écrits. « Ne faut-il pas, au fond, "détruire" les livres pour donner naissance à la pensée, pour créer le renouvellement du sens ? » demande Marc-Alain Ouaknin à propos de ce geste du rabbi Nahman. Son plus fidèle élève, rabbi Nathan, compilera ses enseignements dans le Likouté Moharan. Donne un nouveau souffle au hassidisme en combinant les ensei- gnements ésotériques du judaïsme avec une étude approfondie de la Torah. Maniant à la fois le secret et la simplicité, la prière et la danse, la polémique et les contes philosophiques, proclamant qu'"il est interdit d'être triste" mais souvent saisi de terribles crises d'angoisse, ce sage est trop "fou" pour entrer dans un cadre. ../.. * À Ouman, des milliers de Juifs et Polonais (2 000 à 20 000 selon les historiens, 33 000 selon la "Hassidout Breslov") sont massacrés par les cosaques lors d'un pogrom en 1768.
  • 53. Rabbi Nahman de Bratslav Souhaite nous voir emplir « la chaise vide », qui est la partie aliénée de soi. « La véritable joie est atteinte en ne regardant que ce qu’il y a de bon en nous-mêmes, chez autrui et dans toutes les situations. » « Écoute ! dans la vie, on marche sur un pont très étroit. Ce qui est le plus important, c'est de ne pas céder à la peur. » « Il est interdit d'être vieux. » « Il est plus facile de donner un conseil aux autres qu'à soi-même.” « Chaque jour il faut danser, fût-ce seulement par la pensée. » « Ne demande jamais ton chemin à quelqu'un qui le connaît, car tu ne pourrais pas t'égarer ! » « N'oubliez jamais ceci : il ne vous est jamais donné d'épreuve que vous ne puissiez surmonter. » « Même si tu constates que l'homme est complètement perverti, juge-le favorablement. Cherche en lui quelque point valable, une Mitsvah ou une bonne action. Il n'est pas possible que de sa vie il n'ait accompli au moins une action valable. » « Lorsque l'homme fait une action dans la joie, il s'ouvre au miracle du futur et délivre les étincelles de sainteté retenues prisonnières dans les êtres. » « Rien ne libère autant que la joie. Elle affranchit l'esprit et l'emplit de calme. Perdre espoir c'est un peu perdre sa liberté, c'est un peu perdre ce que l'on est. »
  • 54. Le rabbi de Kotzk Menahem Mendel Morgensztern ou Kotzker Rebbe (1787-1859), maître hassidique polonais. Disciple de rabbi Yaacov Yitshak Rabinowitz, puis de rabbi Simha Bounem de Pshiskhe. Officie en tant que maître durant 12 ans à Kotzk (à 45 km de Lublin), sans jamais être à l'aise dans ce rôle, ne supportant ni les démunis qui viennent à lui pour des bénédictions matérielles, ni les riches qui s’attendent à recevoir des honneurs pour leurs dons, préférerait avoir 50 disciples, formant un petit groupe d’élite qui suivrait ses enseignements. Le but de la quête spirituelle est selon lui d’atteindre l’emet (en hé- breu : ‘vérité’), compris comme un état de vérité et d’authenticité, sans mensonge, ni complaisance ou dissimulation, tous comportements consi- dérés comme contraires à la vie spirituelle. Cette quête ne doit pas s’embarrasser du respect des conventions sociales ni même de la piété. Soutient ainsi que la prière par habitude est inutile et que le vrai culte est la recherche incessante de la vérité. Il convient donc de se livrer à une intro- spection continuelle, de rechercher les bonnes actions commises et d’élimi- ner les mauvaises. Un jour où il reçoit de savants personnages, il demande : « Où Dieu demeure-t-il ? ». Ils se moquent de lui : « Le monde n’est-il pas plein de sa magnificence ? » Il apporte alors lui-même la réponse : « Là où on le fait entrer ! »
  • 55. Joseph Salvador (1796-1873), philosophe et historien du judaïsme, le penseur juif français le plus important du 19è siècle. La famille juive de son père fuit l'Espagne vers la France au 15è siècle à cause de l'Inquisition espa- gnole. Mère catholique. Études de médecine à Montpellier. En 1819, apprend les émeutes anti-juives en Allemagne : décrira son impression de l'évènement dans son dernier livre, Paris, Rome, Jérusalem, ou la Question religieuse au XIXe siècle en 1860. Dans Histoire des institutions de Moïse et du peuple hébreu (1828), analyse la mise à mort de Jésus du point de vue de la loi juive de l’époque. Défend une identité forte et formule une véritable apologie du judaïsme. Ce dernier, restitué à sa fierté, fournit un modèle et une inspiration pour la politique démocratique, républicaine, libérale, socia- liste, cosmopolitique qui se cherche depuis les Révolutions d’Angleterre, des États-Unis et de France. Pour s’accomplir, la modernité, « alliance de justice universelle et de tolérance réciproque », doit retourner à ses sources juives, à la religion mère des monothéismes chrétien et musul- man, à la loi de Moïse et à la République des Hébreux. ../..
  • 56. Joseph Salvador Son œuvre est mise à l’Index librorum prohibitorum par l'Église catholique. Vincent Peillon l’analyse dans son ouvrage Jésusalem n’est pas perdue. La philosophie juive de Joseph Salvador et le judéo- républicanisme français (2022). Salvador célèbre Gutenberg, l’invention de l’imprimerie, et la traduction des textes sacrés en langue profane, qui ont permis l’accès de tous au texte de la Bible hébraïque : « L’imprimé vient au secours des opprimés », dit Vincent Peillon.
  • 57. Ludwig Philippson (1811-1889), rabbin allemand. Études de théologie, philosophie et philologie à Halle puis à Berlin et un peu en France, rabbin à Magdebourg. Son travail le plus significatif est la traduction et la publication en 1853 de la bible hébraïque (dite Bible de Philippson, image du bas), illustrée par Gustave Doré. Cette traduction contextualise la tradition religieuse juive au milieu des civilisations de l’Antiquité moyen-orientale et façonnera les pratiques religieuses juives, en particulier en Allemagne, jusqu'au 20ème siècle. Elle marquera profondément le jeune Sigmund Freud. En 1837, fonde le journal Allgemeine Zeitung des Judentums, porte- parole du judaïsme réformé allemand. Membre après1839 de la Gesell- schaft der Freunde (‘Société des amis’, Quakers non-violents). En 1855, fonde l’Institut zur Förderung der israelitischen Literatur, (‘Institut pour la promotion de la littérature israélite’), qui en 18 ans publie environ 80 ouvrages en allemand, y compris des travaux de la science juive, la poésie et l'histoire juive, comme 7 volumes de l'historien et théologien juif prus- sien Heinrich Graetz (1817-1891) sur l’Histoire des Juifs. L'institut sera interdit par le gouvernement de l'empire d'Autriche, et Philippson expulsé du territoire de l'empire. Co-fondateur de la Hochschule für die Wissenschaft des Juden- tums. (‘École supérieure de la science du judaïsme‘)
  • 58. Karl Marx (1818-1883), philosophe allemand, historien, journaliste, écono- miste, sociologue, essayiste, militant politique. Grands-parents de tradition juive, baptisé dans le luthérianisme. Études de droit, d’histoire et de philosophie à Trèves, Bonn et Berlin. Marqué par Hegel et Feuerbach. Journaliste à Cologne, puis à Paris (1843) à cause de la censure prussienne. En 1843, épouse Jenny von Westphalen, une aristocrate activiste, critique de théâtre et sociologue à laquelle il écrira toute sa vie des lettres d’amour. Se lie d’amitié avec Friedrich Engels (1820-1893), se brouille avec Proudhon. Expulsé de Paris (1845), s’installe à Bruxelles, revient à Paris lors de la révolution de 1848, puis à Cologne, Paris et Londres (1849). Rédige des articles "alimentaires" pour des journaux tout en se livrant à des recherches approfondies en économie, histoire, politique. Développe une conception matérialiste de l'histoire. Ses revenus très précaires permettent à peine d’entretenir sa femme Jenny et leurs enfants. En 1859, se rapproche du journal Das Volk alors que Ferdinand Lassale et Wilhelm Liebknecht fondent un parti ouvrier, l’Association générale des travailleurs allemands (Allgemeiner Deutscher Arbeiter verein - ADAV). ../..
  • 59. Karl Marx En 1864, tente d’unifier le mouvement ouvrier et socialiste en participant à l’ "Association internationale des travailleurs" (1ère Internatio- nale). Son ouvrage Le capital (1867) décrit les rouages du capitalisme. Consacre la fin de sa vie à l’organisation de l’Internationale, à l’écriture de la suite du Capital et, en plus des langues vivantes qu'il maîtrisait déjà (allemand, français, anglais, italien), apprend le russe. Affirme que la lutte des classes (exploiteurs et exploités) est le moteur de l'histoire. Le prolétariat doit s'organiser à l'échelle internatio- nale afin de s'emparer du pouvoir et, après une période de transition ("dictature du prolétariat"), conduire à l'abolition des classes et la disparition de l'État (communisme). Les critiques du marxisme (y compris les socialistes sociaux- démocrates) voient dans le concept de "dictature du prolétariat" un danger fatal pour la démocratie, et arguent qu'en son nom, dirigeants politiques (Lénine, Staline, Mao, etc.), bureaucratie et nomenklatura ont accaparé le pouvoir de manière dictatoriale et sanglante dans les régimes politiques se réclamant du marxisme. ../..
  • 60. Karl Marx « Un homme qui ne dispose d'aucun loisir dont la vie tout entière, en dehors des simples interruptions purement physiques pour le sommeil, les repas, etc., est accaparée par son travail pour le capitaliste, est moins qu'une bête de somme. C'est une simple machine à produire la richesse pour autrui, écrasée physiquement et abrutie intellectuellement. » « La propriété privée nous a rendus si stupides et si bornés qu’un objet n’est nôtre que lorsque nous le possédons. » « La religion est le soupir de la créature opprimée (…) Elle est l'opium du peuple. » « Les philosophes n'ont fait qu'interpréter diversement le monde, il s'agit maintenant de le transformer. » « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins. » Image de bas : Affiche du film de Raoul Peck avec l'aide de Pascal Bonitzer Le jeune Karl Marx (2017)
  • 61. Hermann Cohen (1842-1918), philosophe juif allemand. Études au séminaire théo- logique juif de Breslau, puis aux universités de Breslau, de Berlin et de Halle. Après 1873, assistant puis professeur à la faculté de philosophie de l'université de Marburg. Un des fondateurs de l'école néo-kantienne de Marbourg et, avec Paul Natorp, l'un de ses principaux membres. Articule l’ensemble de son œuvre autour d’une référence à Emmanuel Kant, d’abord à travers un commentaire de chacune des trois critiques, puis à travers l’élaboration de son propre système de la philosophie, constitué d’une logique, d’une éthique, d’une esthétique. À partir de l’éthique héritée de Kant, est conduit à faire une place centrale à la religion. La question de la souffrance constitue le point de clivage de l’éthique et de la religion. Prendre en considération l’autre dans sa souffrance, com-patir à la souffrance de l’autre, c’est être « avec » lui : ainsi se définit l’attitude religieuse dans sa spécificité par rapport à l’éthique. À travers l’action sociale, elle fonde une communauté différente de la communauté éthique : les individus n’y sont plus des « il » impersonnels, mais des « je » et des « tu » singuliers. Ouvre perspective d’une « éthique de l’altérité », qui trouvera un prolongement fécond chez Franz Rosenzweig (1886-1929) et Emma- nuel Levinas (1905-1995) notamment.
  • 62. Ahad Ha'am (Asher Hirsch Ginsberg, 1856-1927, nom de plume Ahad Ha'am, "Un du peuple" au sens d’homme ordinaire), penseur nationaliste juif et leader des ‘Amants de Sion’*. Né en Russie, appelle à la renaissance mo- rale de chacun, indispensable avant toute action. Est de ceux qui pensent qu'on ne peut ramener la totalité du peuple Juif sur la terre d'Israël, et qu'un État juif ne peut être la solution idéale aux problèmes de l'ensemble du peuple juif. Pour lui, la Spiritual Revival passe par la création d'un centre spirituel sur la Terre d'Israël. Opposé au sionisme politique de Theodor Herzl, duquel il reste en marge durant toute son existence. Soutient dans La Vérité d'Erets-Israël (1891) que l'État juif échouerait s'il devenait un simple État politique. Séjourne plusieurs fois en Palestine, participe à la fondation d'une école à Jaffa et d'une maison d'édition à Odessa, et dirige (1897-1907) la revue Ha-Shiloah, organe du sionisme et de la littérature hébraïque d'Europe centrale. S’installe définitivement en 1922. Avec courage et transparence, dé- nonce les lacunes inhérentes aux nouvelles implantations juives, particuliè- rement celles sous la coupe du baron Edmond de Rothschild. Sa vision relève du sionisme culturel et spirituel opposé au sionisme politique. Dans ses essais réunis sous le titre Au carrefour, et qu'il commence à publier en 1895, proclame la primauté de la sauvegarde du judaïsme, porteur d'une mission morale et historique, sur celle des Juifs eux-mêmes. * mouvement juif populaire, social et national, actif entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle et dont le but était le renouveau du peuple d'Israël, par le retour vers Sion et la reconstruction de sa patrie.
  • 63. Sigmund Freud (1856-1939), médecin neurologue autrichien d’origine juive, pionnier de la psychanalyse, exploration des processus mentaux inconscients. Étudies les névroses, l’hystérie, les phobies, les pulsions, déve- loppe l’interprétation des rêves, les concepts de refoulement, de censure, de narcissisme, de sublimation, de Moi et d'idéal du Moi. Considère la religion comme une illusion ou névrose. Menacé par le régime nazi, s’exile à Londres. « Le sauvage n’est nullement un meurtrier impénitent. Lorsqu’il revient vainqueur du sentier de la guerre, il n’a pas le droit de pénétrer dans son village ni de toucher sa femme sans avoir expié ses meurtres guerriers par des pénitences souvent longues et pénibles. » L’homme primitif faisait preuve d’une « délicatesse morale qui s’est perdue chez nous, hommes civilisés. »
  • 64. Henri Bergson (1859-1941), philosophe français issu de familles juives polonaise et anglaise. ‘École Normale Supérieure’, agrégation de philosophie. Étudie le cerveau, la perception, la mémoire, le rire, la théorie de l'évolution, étend plus tard ses théories à la morale, à la religion, à la société, à la guerre, à la métapsychique et à la mystique. Affirme que la vie existe pour être créatrice et que l’affirmation de la vie provoque la joie. Influe sur les 14 résolutions proposées en janvier 1918 par le Président Wilson afin de créer une instance gouvernementale internationale pour prévenir les conflits armés. Président de l’’Académie des sciences morales et politiques’, Prix Nobel de Littérature 1927. Renonce à tous ses titres et honneurs, plutôt que d’accepter d’être exempté des lois antisémites du régime de Vichy. « La joie annonce toujours que la vie a réussi, qu’elle a gagné du terrain, qu’elle a remporté une victoire : toute grande joie a un accent triomphal. » « Le corps agrandi (par la machine) attend un supplément d’âme. » ../..
  • 65. Henri Bergson Montre que le chemin vers l’accomplissement passe souvent par une "nuit obscure", une caractéristique du mystique qui décide d’être actif dans le monde : elle apporte à l’âme une surabondance de vie. Pour lui, la métaphysique, c'est reconnaître que tout n'est pas parfait dans l'ordre du savoir, que l'insatisfaction y règne même, et qu'il faut, pour appréhender le monde, utiliser l'intuition. Bref, ce n'est pas quitter un monde instable et mouvant pour rejoindre une réalité ferme et stable, c'est plutôt plonger au cœur des choses, saisir la vie même. Son livre Les deux sources de la morale et de la religion constitue un vigoureux plaidoyer en faveur du recours au témoi- gnage, celui des personnalités héroïques ou religieuses, des grands saints et saintes, et plus encore des grands mystiques : seuls leur contribution et plus encore leur exemple peuvent, aux humains que nous sommes, donner un accès au divin. Paul Ricœur, à sa suite, affirme que les concepts de témoignage, d’attestation, d’écoute constituent à ses yeux des éléments-clés de toute identité personnelle ou collective, et finalement de son éthique philosophique tout entière.
  • 66. Theodor Herzl (1860-1904) journaliste et écrivain austro-hongrois, principal théori- cien et initiateur du sionisme. Publie en 1896 Der Judenstaat (‘L'État des Juifs’). Crée le ‘Fonds pour l'implantation juive’ en vue de l'achat de terres en Palestine, alors territoire géré par l'Empire ottoman. Pour se mettre à l’abri des persécutions et pouvoir vivre librement leur foi, mais aussi pour créer des bases européennes au Proche-Orient, les commu- nautés juives dans le monde ont l’idée et décident de se regrouper sur la terre où est née leur religion. Le sionisme est une idéologie politique fondée sur un sentiment national juif, décrite comme nationaliste par les uns et comme émanci- patrice par les autres, prônant l'existence d'un centre territorial ou étati- que peuplé par les Juifs en Terre d'Israël (Eretz Israël). Sur un plan idéologique et institutionnel, le sionisme entend œuvrer à donner ou redonner aux Juifs un statut perdu depuis l'Antiquité et les royaumes hasmonéen et hérodien, à savoir celui d'un peuple disposant d'un territoire, mais à l’origine, le sionisme moderne est laïc. À l’opposé d’un État juif, Herzl rêve d’un « foyer national juif » où les Juifs pourraient vivre en harmonie avec les non-Juifs. Après la Shoah, le mouvement sioniste est bien sûr légitimé et renforcé pour mettre les Juifs définitivement à l’abri des persécutions.
  • 67. Léon Chestov « Le philosophe est avant tout un témoin, évidemment ; et il témoigne de quelque chose que l’on ne peut vérifier. S’il en est ainsi, il lui faut être sincère et véridique. Mais comment pourrait-il l’être ? » « La tâche de l'homme ne consiste pas à accepter et à réaliser dans la vie les vérités de la raison, mais au contraire à disperser par la force de la foi ces vérités. » « On n'a recours à la prédication, au Bien et au Mal, que lorsque la philosophie ne répond plus - et parce qu'on ne peut vivre sans réponse… » Léon Issaakovitch Chestov, né Jehuda Leib Schwarzmann (1866-1938), avocat, écrivain et philosophe russe d’ascendance juive. Thèse de doctorat de droit à Kiev sur la législation ouvrière refusée, car jugée trop subversive. Avocat à Moscou, dirige la manufacture familiale, puis se tourne vers la philosophie. Exilé après la révolution soviétique, s’installe en 1921 à Paris. Marqué par Tolstoï et Dostoiëvski, Pascal, Nietzsche et Kierke- gaard, écrit à leur sujet, confronte sa pensée à la leur. Après eux, dénonce les vérités évidentes et rassurantes de la raison, leur oppose l’expérience de l’absurde et du tragique de l’existence humaine.
  • 68. Léon Brunschvicg (1869-1944), philosophe des sciences français et historien de la philosophie. ‘École normale supérieure’, reçu premier à l'agrégation de philosophie, professeur en province puis à Paris. Fondateur en 1893, avec Xavier Léon et Élie Halévy, de la Revue de métaphysique et de morale. Membre de la ‘Ligue des droits de l'homme’, puis vice-président de la’ Ligue des électeurs pour le suffrage des femmes’. Sous l'Occupation, doit quitter son poste à la Sorbonne et partir en zone libre pour échapper aux nazis qui le traquent en raison de ses origines juives. Idéaliste de tendance kantienne et spinozienne. Développe à partir de la "méthode réflexive" fondée sur le jugement , un "idéalisme critique". Pour lui, l'acte de l'esprit s'exprime dans les vérités scientifiques : philosophie et science vont en couple. Rend compte d'une philosophie de l'esprit : la genèse de l'esprit, c'est le progrès du savoir sous la forme des sciences. Son inlassable activité, sa grande curiosité, son érudition et sa noblesse de caractère font de lui une des très grandes figures de la philosophie française. « Toute découverte, toute démonstration nouvelle s'est présen- tée d'abord comme l'issue d'un duel. C'est dans la polémique et dans la controverse que se sont édifiées les grandes œuvres de la pensée humaine. »
  • 69. Ernst Cassirer (1874-1945), philosophe allemand issue d’une famille juive. Études de droit, littérature, philologie et philosophie à Marburg, Berlin, Leipzig et Heidelberg. Maître de conférences à Berlin, puis professeur à l’université de Hambourg. Quitte l’Allemagne pour la Suède quand Hitler accède au pouvoir (professeur à Göteborg), puis pour les États-Unis (professeur à Yale). Développe une tentative originale pour unifier les modes de pensée scientifique et non-scientifique. Grâce à l'exploration des « formes symbo- liques », sortes d'invariants de la culture humaine, espère réunir la science et les autres productions culturelles de l'esprit dans une même vision philoso- phique. Les "formes symboliques" (directions empruntées par le sens) sont multiples : l’art, le langage, la pensée mythico-religieuse, la science en sont les formes principales. La symbolisation part de la perception brute telle qu'elle est donnée par les sens, pour ensuite la structurer au moyen de concepts et idées toujours plus exactes. S’efforce de créer une grammaire de la fonction symbolique. « La psychologie, l’ethnologie, l’anthropologie et l’histoire ont réuni un ensemble de faits d’une richesse étonnante et qui ne cesse de croître. [...] Si nous ne parvenons pas à trouver un fil d’Ariane pour sortir de ce labyrinthe, aucune connaissance réelle du caractère général de la culture humaine ne sera possible. »
  • 70. Judah Leib Magnes (1877-1948), rabbin étatsunien né à San Francisco, pacifiste notoire pendant la Première Guerre mondiale. Une des voix les plus reconnues du judaïsme réformé étatsunien au 20ème siècle. Émigre en 1922 vers la Palestine sous mandat britannique. Cofondateur en 1925 de l'Université hébraïque de Jérusalem, aux côtés d’Haïm Weizmann et d’Albert Einstein. Premier chancelier puis président de cette université qu’il considère comme un lieu idéal pour encourager et favoriser la coopération arabe et juive. En 1929, alors que les révoltes conduisent à des effusions de sang à travers la Palestine, appelle à une solution binationale. Avec le philosophe Martin Buber (1878- 1965), autre "sioniste gandhien" ami comme lui de Louis Massignon (1883-1962) et Moshe Slimansky (1874-1953), cofonde en 1942 le parti politique Ihud (‘Unité’), favorable à un État binational où Arabes et Juifs cohabiteraient « à égalité ». Rejette la partition décidée par l’ONU en 1947. Continue à se battre pendant le reste de sa vie pour un État judéo-arabe binational, ou « solution à un État ». Rejette le choix un État uniquement juif et œuvre pour la récon- ciliation et la collboration avec les Palestiniens. Pour cela, est dénigré et attaqué par ses compatriotes juifs locaux et étrangers, ainsi que par les journaux juifs dans le monde.
  • 71. Jules Isaac (1877-1963), historien français issu d’une famille juive. Agrégé et professeur d’histoire, auteur, à la suite d'Albert Malet, des célèbres manuels d'histoire Malet-Isaac en 7 volumes. Ami de Charles Péguy, membre de la ‘Ligue des droits de l'homme et du citoyen’, puis du ‘Comité de vigilance des intellectuels antifascistes’, s'engage en faveur d'une meilleure compréhen- sion entre Français et Allemands, et milite en particulier pour une révision des manuels scolaires. Âgé de 63 ans en 1940, est révoqué en vertu du statut discriminatoire des Juifs. Pionnier des ‘Amitiés judéo-chrétiennes’, notamment à travers sa participation active aux travaux de la conférence de Seelisberg (été 1947, photo du haut) qui étudie les causes de l’antisémitisme chrétien, propose avec le grand rabbin Jacob Kaplan 18 points de redressement de l'enseignement chrétien concernant Israël. En octobre 1949, demande à Pie XII la révision de la prière universelle du Vendredi saint dont l'oraison Oremus et pro perfidis Judaeis (« Prions aussi pour les Juifs perfides »). Cela sera fait en 1959 par son ami Jean XXIII. La déclaration conci- liaire Nosta Aetate (1965) préparée par le cardinal jésuite Augustin Bea (1881-1968, photo du bas), bibliste et exégète allemand, affirme : « l’Église (…) déplore les haines, les persécutions et les manifestations d’antisémitisme, qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les Juifs. »
  • 72. Martin Buber (1878-1965) philosophe, conteur et pédagogue autrichien d’origine juive, puis israélien. Études à Vienne. Avec Franz Rosenzweig (1885-1929), traduit la bible hébraïque en allemand. De 1924 à 1933, enseigne la philosophie religieuse juive à l‘’Université J.- W. Goethe’ de Frankfurt. Fuit le nazisme en 1938. Professeur d'anthropologie et de sociologie à l‘’Université hébraïque de Jérusalem’. Membre du parti ‘Yi'hud’ (L’Union), travaille à une meilleure entente entre Israéliens et Arabes, se fait l'apôtre d'un État binational et démocratique en Palestine. Après la 2ème Guerre mondiale, tournée de conférences en Europe et aux États-Unis, esquisse un rapprochement avec les intellectuels allemands. Crée à Jérusalem, en 1949, l‘’École de formation d'éducateurs d'adultes’. ../..
  • 73. Martin Buber « Toute vie réelle est rencontre » : le dialogue repose sur la réciprocité et la responsabilité, laquelle existe uniquement là où il y a réponse réelle à la voix humaine. Dialoguer avec l'autre, c'est affronter sa réalité et l'assumer dans la vie vécue. « Au commencement est la relation ». L'être humain est par essence un homo dialogus, la personne est incapable de se réaliser sans communier avec l'humanité, avec la création et avec le Créateur. Qui se soucie de sa propre image est absolument incapable d'écouter ses frères humains. «Ce que la Bible nous enseigne avec tant de simplicité et de force, et qui ne peut s'apprendre dans aucun autre livre, c'est qu'il y a la vérité et le mensonge, et que l'existence humaine se tient inexorablement du côté de la vérité; c'est qu'il y a la justice et l'injustice, et que le salut de l'humanité réside dans le choix de la justice et le rejet de l'injustice». ../..
  • 74. Martin Buber « Il incombe à chacun de bien savoir vers quelle voie le pousse son cœur et d’embrasser alors celle-ci en y mettant toutes ses forces. Avec chaque homme vient au monde quelque chose de nouveau qui n’a pas encore existé, quelque chose d’initial et d’unique. C’est avant tout cette qualité unique et exceptionnelle que chacun est commis à développer et à mettre en œuvre. » « Certes nous devons apprendre et respecter, mais jamais imiter. Ce qui a été fait de saint et de grand est pour nous exemplaire car il nous montre ce que sont la sainteté et la grandeur, mais il n’y a pas de modèle à suivre. Si petites que soient nos performances en comparaison de ce que firent nos ancêtres, elles n’en sont pas moins importantes car elles reflètent ce que nous avons fait par nos propres moyens. »
  • 75. Albert Einstein (1879-1955), physicien théoricien d’origine allemande, issu d’une famille juive. Publie en 1915 une théorie de la gravitation dite relativité générale, contribue au développement de la mécanique quantique et de la cosmologie. Avec Albert lui, ce sont les fondements mêmes de notre univers, les grandeurs physiques et leurs significations, qui sont décisive- ment bouleversés : l'espace et le temps fusionnés, combinés avec la matière elle-même pour constituer une nouvelle géométrie du monde réel. Émerveillé par la nature, se définit comme "un non-croyant profondé- ment religieux". Cherche avec hantise l’unification des champs du savoir humain, la formule unique qui unifierait la théorie quantique de Planck, de Heisen- berg, de Bohr, et sa propre théorie de la relativité. Ne s’intéresse pas seulement à la mise en équation de l’univers : en des moments de total silence, pratique une contemplation apparentée à la prière. « Définissez-moi d’abord ce que vous entendez par Dieu, et je vous dirai si j’y crois ! » ../.. Voir aussi A. Einstein dans les diaporamas "Chercheurs et acteurs de changement sociétal" et "Figures de la résistance à l’arme nucléaire".
  • 76. Albert Einstein « Je crois au Dieu de Spinoza qui se révèle dans l’harmonie de tout ce qui existe, mais non en un Dieu qui se préoccuperait du destin et des actes des humains. » « Il n'existe que deux choses infinies, l'univers et la bêtise humaine..., mais pour l'univers, je n'ai pas de certitude absolue. » « La science sans religion est boiteuse, la religion sans science est aveugle. » « La plus belle chose que nous puissions expérimenter est le mystérieux. C'est la source de tout art et de toute science. » « La religion du futur sera une religion cosmique. Elle devra transcender l’idée d’un Dieu existant en personne et éviter le dogme et la théologie. Couvrant aussi bien le naturel que le spirituel, elle devra se baser sur un sens religieux né de l’expérience de toutes les choses, naturelles et spirituelles, considérées comme un ensemble sensé.(…) Le bouddhisme répond à cette description.(…) S’il existe une religion qui pourrait être en accord avec les impératifs de la science moderne, c’est le bouddhisme. » « La valeur d'un homme tient dans sa capacité à donner et non dans sa capacité à recevoir. »
  • 77. Stefan Zweig (1881-1942), écrivain, dramaturge, poète, romancier, journaliste et biographe autrichien, issu d’une famille juive. Étudie la philosophie et l’histoire de la littérature, parcourt le monde. Jugé inapte au front, enrôlé en 1914 dans les services des archives militaires. Sauvé de la dépression par l’opiniâtreté de son maître Romain Rolland dans sa lutte contre la guerre. Connaît le succès littéraire et la célébrité, parcourt l’Europe, donne des conférences, préconise l’unification de l’Europe. Influencé par la psychanalyse de Sigmund Freud dont il est ami. Assemble une collec- tion inestimable de manuscrits, partitions et autographes. Fuit le nazisme en fév. 1934, se réfugie à Londres (naturalisé britannique) puis à New-York, puis au Brésil. Hanté par l'inéluctabilité de la vieillesse, ne supportant plus l'asthme sévère de sa compagne Lotte et moralement détruit par la guerre, décide qu’il ne peut plus continuer à assister ainsi, sans recours, à l’agonie du monde. S’empoisonne avec Lotte qui refuse de lui survivre. « Ma patrie spirituelle, l'Europe, s'est détruite elle-même. (…) Je salue tous mes amis. Puissent-ils voir encore l'aurore après la longue nuit ! Moi je suis trop impatient, je pars avant eux. »
  • 78. Franz Kafka (1883-1924), écrivain tchèque et pragois (Bohème, empire austro-hongrois) de langue allemande et de religion juive. Études de droit, germanistique, histoire de l’art. Docteur en droit, travaille dans une institution d’assurance pour les accidents des travailleurs du royaume de Bohême. Son œuvre est caractérisée par une atmosphère cauchemar- desque et sinistre, absurde et incompréhensible, où la bureaucratie et l’anonymat ont de plus en plus de prise sur l'individu. Elle est aussi une tentative, dans un combat apparent avec les "forces supérieures", de rendre l'initiative à l'individu, qui fait ses choix lui-même et en est responsable. « Quand une fois on a accueilli le Mal chez soi, il ne demande plus qu'on lui fasse confiance ». « L'art est, comme la prière, une main tendue dans l'obscurité, qui veut saisir une part de grâce pour se muer en une main qui donne. » « Construis-toi pour te surprendre. L’important n’est pas d’être, mais de devenir ».
  • 79. Ernst Bloch (1885-1977), philosophe allemand issu d’une famille juive. Étudie la physique, la philosophie, la musique. Penseur de la religion, athée, intègre le marxisme dans sa philosophie. Un des critiques les plus corrosifs de la civilisation occidentale. Manifeste très tôt son intérêt pour les œuvres hétérodoxes. Refuse le militarisme prussien et la guerre 1914-18 avec ses amis dadaïstes, passe cette période en Suisse où il publie le journal Die freie Zeitung. Dénonce le nazisme. Déchu de sa nationalité en 1935, émigre à Philadelphie, aux États-Unis. En 1961, refuse le marxisme sclérosé des démocraties populaires, quitte l’université de Leipzig (Allemagne de l’Est) pour celle de Tübingen (Allemagne de l’Ouest). Met l’accent sur le potentiel révolutionnaire de la religion, qui témoigne du refus du désespoir et anticipe une autre société. Plaide pour le caractère révolutionnaire du judéo-christianisme. ../..