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Trombinoscope "Chercheurs d’humanité"
Chercheurs de sens
(art, religion, philosophie, spiritualité)
7 - de 1750 à 1849
É. G. 09.09.2021
Henri Grégoire
ou Abbé Grégoire (1750-1831), prêtre catholique, évêque rallié à la
constitution démocratique et homme politique français.
Opposé à la persécution des Juifs, député du clergé aux États
généraux de 1789. Réclame l'abolition totale des privilèges (droit
d’ainesse, etc.), propose que la déclaration des droits de l’homme soit
assortie de celle de leurs devoirs.
Demande l’abolition de la traite des Noirs et de l'esclavage, prône
le suffrage universel. Réprouve la peine de mort, ne participe pas au vote
sur l’exécution de Louis XVI bien qu’il semble y avoir été favorable.
Membre actif du Comité de l’instruction publique, contribue à la
création du Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM), du Bureau
des Longitudes et de l’Institut de France.
Dénonce la vandalisme et le pillage des bâtiments religieux. Malgré
la Terreur, ne cesse jamais de siéger à la Convention en tenue épiscopale,
condamne la déchristianisation des années 1793 et 1794.
Vote contre l’établissement du pouvoir impérial et les restauration des
titres nobiliaires.
../..
Henri Grégoire
En décembre 1794, devant la Convention, prononce sous les
huées son Discours sur la liberté des cultes où il demande la liberté pour
les cultes et la réouverture des églises.
À la fin de sa vie, demande les sacrements chrétiens. L'archevêque de Paris,
le légitimiste Monseigneur Hyacinthe-Louis de Quélen, y met pour condition que
Grégoire renonce au serment qu’il avait prêté à la Constitution civile du clergé. L'ex-
évêque, fidèle à ses convictions, refuse tout net. L'archevêque lui refuse donc
l’assistance d’un prêtre et toute messe funéraire. Cependant, malgré les ordres de la
hiérarchie, Grégoire reçoit les derniers sacrements, dont l'extrême-onction par l'abbé
Marie-Nicolas-Sylvestre Guillon. À l’initiative du marquis de La Fayette, son corps
est accompagné par la population parisienne au cimetière du Montparnasse.
« Pendant de longues années, je fus calomnié pour avoir défendu
les Mulâtres et les Nègres, pour avoir réclamé la tolérance en faveur des
Juifs, des Protestants, des Anabaptistes. J’ai décidé de poursuivre tous
les oppresseurs, tous les intolérants ; or je ne connais pas d’êtres plus
intolérants que ceux qui, après avoir applaudi aux déclarations d’athéisme
faites à la tribune de la Convention nationale, ne pardonnent pas à un
homme d’avoir les mêmes principes religieux que Pascal et Fénelon.»
Wolfgang Amadeus Mozart
(1756-1791), musicien né en Autriche (principauté du St Empire
romain germanique), compositeur. Virtuose précoce, première tournée
en Europe à 6 ans. Pratique violon, clavecin, orgue et pianoforte.
Musicien à la cour de Salzbourg, puis de Vienne. Si Antonio
Salieri (1750-1825) en est probablement un peu jaloux, il le soutient et
contribue à faire connaître sa musique. 10 années de voyages, séjours à
Londres et Paris, en Italie, à Munich, Prague, Dresde, Leipzig, Potsdam.
Adhère en 1784 à la franc-maçonnerie dans laquelle il trouve un
idéal philosophique. Compose avant de mourir La flûte enchantée et le
Requiem. Meurt pauvre à Vienne à 35 ans. Obsèques dignes à la
cathédrale St Étienne. Son corps est conduit dans la fosse commune,
selon la règle impériale d’hygiène publique.
Auteur de 626 œuvres répertoriées dans le catalogue de Ludwig
von Köchel (1800-1877) : concertos, sérénades, divertissements,
messes, symphonies, sonates, opéras, etc.
« Amour, amour, amour ! Voilà l’âme du génie. » W.A. Mozart
« Le silence qui suit Mozart, c’est encore du Mozart. »
Sacha Guitry
François-Antoine de Boissy d'Anglas
(1756-1826), homme de lettres et homme politique français.
Fils d'un médecin protestant de l'Ardèche, étudie le droit et s'installe à
Paris comme avocat au Parlement.
Élu député du Tiers-état aux États généraux de 1789, se
montre partisan des principales réformes en faveur des libertés dont la
liberté de culte pour les Protestants, et la défense des hommes libres
de couleur. Député à la Convention, vote contre la mort de Louis XVI
et reste toujours le même modéré.
Critique la politique religieuse de la Constituante : « Elle
ordonna pour la religion un établissement pompeux et dispendieux,
presque aussi vaste que celui qu'elle avait détruit ». Promoteur du
décret du 3 ventôse an III (21 février 1795) qui rétablit la liberté des
cultes et institue la séparation des Églises et de l'État, 110 ans avant la
loi sur la laïcité de 1905…
A un rôle pacificateur lors de la ‘Terreur blanche’ de 1815 et
défend la liberté des huguenots vis-à-vis des manifestations catho-
liques. Sa carrière politique se poursuit avec honneur, toujours au
centre droit ou gauche, sans péril. Vice-président de la ‘Société bibli-
que’ et membre de 1803 à 1826 du consistoire de l'Église réformée de
Paris.
William Blake
(1757-1827), éditeur autodidacte, graveur, peintre, visionnaire et
poète préromantique britannique. Membre de la Royal Society.
Auteur d'une œuvre poétique inspirée de visions bibliques à
caractère prophétique. Dénonce toutes les formes de résignation et de
soumission, ces « fers forgés par nos esprits. »
Dans Le Mariage du Ciel et de l’Enfer, proclame l’unité humaine,
attaque la prudence et le calcul au nom de l’épanouissement de l’être
réconciliant désir, sagesse et raison.
« Voir un univers dans un grain de sable,
Et un paradis dans une fleur sauvage,
Tenir l’infini dans la paume de la main,
Et l’éternité dans une heure. »
« J’ai cherché mon âme et je ne l’ai pas trouvée.
J’ai cherché Dieu et je ne l’ai pas trouvé.
J’ai cherché mon frère et je les ai trouvés tous les trois. »
« Le plus timide bourgeon est la preuve qu'il n'y a pas de mort réelle. »
Sur son lit de mort : « Enfin, je vais savoir ! »
Thomas Taylor
(1758-1835), traducteur, penseur et écrivain anglais. Maître d'école
puis commis dans banque, s'adonne aux lettres et à la philosophie. Son
but est la traduction de tous les écrits non traduits des philosophes grecs
antiques. Traduit en anglais Platon, Aristote, Plotin, Proclus, Porphyre,
Apuleius, Ocellus Lucanus, Iamblicus, etc. N’échange avec son épouse
qu’en grec classique…
Écrit sur la philosophie et la mythologie des Grecs, sur la démons-
tration platonicienne de l'immortalité de l'âme, sur les mystères et oracles
égyptiens, chaldéens et assyriens, éleusiniens et bachiques, etc.
S’insurge contre la corruption et superficialité dans le christianisme de
son temps.
Auteur des Éléments de la véritable arithmétique des infinis (1809)
et d’une Arithmétique théorique (1816), en 3 livres, contenant la
substance de tout ce qui a été écrit à ce sujet par Théon de Smyrne,
Nicomachus, Iamblicus et Boetius. À leur suite, déplore que les mathéma-
tiques aient été dépossédées de toute une partie de leur finalité, et que
l’étude philosophique du nombre ait été négligée du fait de la prédomi-
nance de l’arithmétique pratique et utilitaire. Écrit en 1823 Les éléments
d'une nouvelle notation arithmétique et d'une nouvelle arithmétique des
infinis.
Friedrich von Schiller
Johann Chistoph Friedrich vin Schiller (1759-1805), poète, historien
et écrivain allemand. Études de droit et de médecine, médecin militaire,
bibliothécaire, professeur d’histoire et philosophie, directeur de théâtre.
Révolté contre tout ordre despotique, trouve dans Leibniz et Kant
l’idée d’une harmonie universelle, à la fois rationnelle et idéale.
Voit dans les artistes les agents de l’ennoblissement de l’individu et
du progrès de l’humanité.
« Il faut qu’une noble ardeur s’allume en nous à la vue de ce riche
héritage de vérité, de moralité, de liberté, que nous avons reçu de nos
ancêtres et qu’à notre tour nous devons transmettre, richement
augmenté, à nos descendants, y ajoutant chacun notre part. »
Ode à la joie : « Freude, schöner Götterfunken, Tochter aus
Elysium (…) Tes charmes assemblent ce que, sévèrement, les coutumes
divisent. Tous les humains deviennent frères, lorsque se déploie ton aile
douce. »
Hélène de Montgeroult
(1764-1836), pianiste, compositrice et pédagogue française.
Professeure de piano au Conservatoire en 1795. Fréquente les
partisans de l'instauration d'une monarchie constitutionnelle. Femme
libre, adopte des valeurs d’une réelle modernité, refusant de se
réfugier dans le statut de victime malgré des aventures malheureu-
ses, comme son arrestation par les Autrichiens et le décès de son
mari lors d’une mission diplomatique. Aurait sauvé sa tête de la
guillotine en improvisant au piano-forte sur le thème de La
Marseillaise devant le Tribunal révolutionnaire.
La meilleure pianistes et improvisatrice de son temps. Auteure
d’œuvres pour piano et de 9 sonates, et d’un Cours complet pour
l'enseignement du pianoforte, méthode progressive de 711 pages,
972 exercices, 114 études.
Compose une musique d’intériorité, refusant "le commerce de
la virtuosité" alors en pleine expansion. Prône, 40 ans avant Frédéric
Chopin, de faire du chant le modèle du jeu pianistique. Considérée
souvent comme un pont entre classicisme et romantisme, s'impose
comme le chaînon manquant entre Mozart et Chopin.
Pierre Maine de Biran
Marie François Pierre Gontier de Biran (1766-1824), philosophe,
homme politique et chercheur français. Études de droit, grand voyageur,
sous-préfet de Bergerac. Précurseur de la psychologie, étudie
l’habitude, la volonté, le sommeil et les songes, les Rapports du
physique et du moral de l’homme. C'est pour lui autour de l'effort et de
sa répétition que se construisent la pensée et la personnalité humaines.
Le bonheur pour lui suppose l'unité dans les goûts, les moeurs, les
affections, dans la forme et le but de la vie humaine.
Parti d'un agnosticisme discrètement teinté de religiosité sous
l'influence de Rousseau, aboutit à une métaphysique fondée sur
l'expérience religieuse, selon une acception moderne, et sur la foi
chrétienne.
Se tourne vers Dieu pendant les Cent-Jours, quand il a perdu sa
situation politique, qu'il craint pour lui-même et pour son fils, quand ses
facultés physiques et intellectuelles ont subi déjà un affaiblissement
notable.
La droiture de sa conscience et les longues douleurs nées des
luttes de sa vie morale suscitent la sympathie de tous ceux qui, comme
lui, sont doublement froissés par les déceptions de la vie et par la triste
expérience de leur propre faiblesse.
Friedrich Schleiermacher
(1768-1834), théologien protestant, philosophe et philologue
allemand. Études de théologie et d’exégèse. Précepteur puis chapelain
de l‘’Hôpital de la Charité’ de Berlin. Pasteur à Halle puis à Berlin.
Membre de l‘’Académie royale des sciences et des lettres’ de Berlin,
mène de front activité d'enseignement et de pastorale.
Selon ses Discours, la doctrine n'est pas une vérité révélée par
Dieu, mais la formulation faite par des hommes de la conscience qu'ils
ont de Dieu. Pour lui, le sentiment religieux n'est ni savoir ni morale, mais
la conscience intuitive et immédiate de l'infini vis-à-vis de laquelle
l'homme a une dépendance absolue ("mystique supranaturaliste").
Fondateur de l'herméneutique* moderne : art général de
l'interprétation permettant de donner aux difficultés rencontrées par la
traduction langagière, la critique littéraire, et l’exégèse biblique un lieu
commun de compréhension et de sens. La compréhension est une tâche
infinie. Par principe, tout texte peut être compris, mais toute compré-
hension ne peut être que partielle : absence de l'auteur, éloignement du
texte par les interprétations déjà données, par la considération de ce que
le texte a de singulier.
* Herméneutique : théorie de la lecture, de l'explication et de l'interprétation
des textes.
Georg Wilhelm Friedrich Hegel
(1770-1831), philosophe allemand. Études à Stuttgart, Tübingen,
professeur à Francfort et Iéna, directeur du Gymnasium de Nuremberg,
professeur d’université à Heidelberg puis Berlin.
Réfléchit à partir des idées des ‘Lumières’ et de la Révolution
française, élabore sa pensée à partir de l’étude de l’histoire religieuse
et spirituelle des peuples. Bâtit un système complet, totalisant l’ensem-
ble du savoir de son époque :
La pensée se constitue dans et par le langage, le discours. La
dialectique est la marche de la pensée procédant par dépassements
successifs des contradictions. La connaissance de soi requiert la
reconnaissance de soi par l'autre.
Le droit prépare à la morale. La morale se réalise dans la famille,
dans la société civile, et dans l’État, sphère où se règlent les conflits.
L'histoire va vers un développement de la rationalité, de la
morale et de la liberté.
L'art manifeste l’Absolu sous sa forme sensible. Il est la façon
privilégiée par laquelle l'esprit prend conscience de lui-même et se
montre en spectacle. ../..
Georg Wilhelm Friedrich Hegel
La Raison, principe divin immanent au monde, gouverne les choses
et, pour mener à bonne fin ses desseins, utilise les volontés ou passions
des individus.
C'est dans la religion et dans la philosophie que l'Esprit se libère du
sensible et atteint l'absolu. Le projet essentiel de la philosophie est celui
de l’homme total, de sa liberté réelle et de son bonheur.
« L’homme n’est rien d’autre que la série de ses actes. »
« Rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans passion. »
« L’art, la religion et la philosophie ne diffèrent que par la forme;
leur objet est le même. »
« L’histoire universelle est le progrès dans la conscience de la
liberté. »
« Écouter la forêt qui pousse plutôt que l'arbre qui tombe. »
Et aussi, parce que tout le monde peut dire des conneries,
« La guerre préserve la santé morale des peuples. » …
Ludwig van Beethoven*
(1770-1827), pianiste, organiste et compositeur allemand. Kapell-
meister du prince-électeur de Cologne avant de s’installer à Vienne.
Dès 1796, ressent les premiers symptômes de la surdité, envisage
le suicide, rédige en oct. 1802 son "testament d’Heiligenstadt", se
renferme sur lui-même et après 1819 ne communique plus que par
cahiers. Convictions démocratiques et révolutionnaires peu appréciées du
prince von Metternich et de la police. Admire Georg Friedrich Haendel
(1685-1759), transcrit au piano les symphonies de Franz Listz (1911-
1886). À la fin de la 9ème symphonie en mai 1824, 5 rappels du public.
Consacre l’art musical comme action d’un homme libre et non plus
comme distraction. Ce qui frappe chez lui, tant dans sa personnalité que
dans son œuvre, c’est le sentiment d’une prodigieuse énergie : « Je veux
saisir le destin à la gorge ! » (1801).
« Nous, êtres limités à l’esprit infini, sommes uniquement nés pour
la joie et pour la souffrance. Et l’on pourrait presque dire que les plus
éminents s’emparent de la joie par la souffrance. »
« La musique est une révélation plus haute que toute sagesse et
toute philosophie. (…) Apporter de la musique aux hommes est la seule
chose qui donne un sens à ma vie. »
* Étymologie : beeth-hoven = champ de bettes ou de betteraves
Rabbi Nahman de Bratslav
Nahman Ben Simha, (1772-1810), rabbin juif et théologien
ukrainien, arrière petit-fils du Baal Chem Tov (1698-1760), père du
hassidisme de Bratslav (ou Breslau, ou Breslev, ou Breslov). En 1798-99,
se rend en terre d'Israël. Après avoir passé 2 ans à Zlatopol, s'installe à
Bratslav, (Ukraine) en 1802. À la suite de l'incendie de sa maison, s'installe
à Ouman, lieu sacré*. Y décède à 38 ans, emporté par la tuberculose.
Son plus fidèle élève, rabbi Nathan, compilera ses enseignements
dans le Likouté Moharan.
Donne un nouveau souffle au hassidisme en combinant les ensei-
gnements ésotériques du judaïsme avec une étude approfondie de la
Torah. Maniant à la fois le secret et la simplicité, la prière et la danse, la
polémique et les contes philosophiques, proclamant qu'"il est interdit d'être
triste" mais souvent saisi de terribles crises d'angoisse, ce sage est trop
"fou" pour entrer dans un cadre.
« La véritable joie est atteinte en ne regardant que ce qu’il y a de bon
en nous-mêmes, chez autrui et dans toutes les situations. »
« Le monde entier est un pont très étroit, l’essentiel est de ne pas
avoir peur du tout ! »
* À Ouman, des milliers de Juifs et Polonais (2 000 à 20 000 selon les historiens, 33 000
selon la "Hassidout Breslov") sont massacrés par les cosaques lors d'un pogrom en 1768.
Râm Mohan Roy
(1772-1833), réformateur hindouiste bengalais. Greffier pour l’East
India Company. Grand érudit des langues sanscrite, persane et
anglaise, connaît également l'arabe, le latin et le grec, étudie le Coran,
les Védas et les Upanishads. Ses croyances sont une combinaison
d'éléments de l'hindouisme, de l'islam, du déisme du 18ème siècle, de
l'unitarisme et des idées des francs-maçons. Écrit en 1804 Tuhfat-ul-
Muwahhidin ("Un cadeau pour les monothéistes").
Fondateur du Brahmo Samaj, un des premiers mouvements de
réforme de l'hindouisme dont l'influence sera forte dans les domaines
de la politique, de l'administration publique et de l'éducation. Promeut un
hindouisme rationnel, éthique, non autoritaire. Condamne la satî,
(sacrifice des veuves qui meurent brûlées vives sur le bûcher créma-
toire de leur époux, image du haut), le mariage des enfants, la dot, met en
évidence que la polygamie, bien que très répandue à son époque, est
en fait contraire au droit hindou. Affirme que, selon les écritures
hindouistes, le meilleur moyen d'atteindre la félicité est la contemplation
spirituelle et le culte de l'Être Suprême, les rites sacrificiels restant
réservés aux dévots de moindre évolution spirituelle.
En 1831, se rend au Royaume-Uni comme ambassadeur de
l'empereur moghol Muhammad Akbar Shâh. Meurt de méningite près de
Bristol.
Anna-Katharina Emmerick
(1774-1824), religieuse catholique et mystique allemande. Fille de
modestes paysans, entre en 1802 et de son propre vœu dans le cloître
des augustines de Dülmen. Quand le cloître est sécularisé en décem-
bre 1811, devient gouvernante de l'abbé Lambert, un prêtre qui a fui la
France. Bientôt si malade qu'elle ne peut plus sortir de chez elle.
Au cours des 12 années qui suivent, endure chaque vendredi la
passion de Jésus, reçoit les stigmates (sur le front, à la poitrine, aux
pieds et aux mains), ne mange plus, reconnait les objets et personnes
consacrés (hiérognosie), prend sur elle les souffrances d’autrui.
Ne laisse que 3 lettres dont l’authenticité soit sûre. Entre 1816 et
1824, le poète Clemens Brentano (1778-1842) prend note de ses
visions. Ses retranscriptions remplissent 40 cahiers in-folio. Il est
difficile de faire la part de ce qui a été effectivement dit par la mystique
et de ce qui constitue une réélaboration du poète romantique (auteur
en 1801 de la ballade de la Lorelei) qui a procédé à des amplifications
et manipulations. C. Brentano a avoué l'influence des écrits du francis-
cain-capucin Martin de Cochem (1634-1712) dans La douloureuse
Passion.
« J'ai toujours considéré le service au prochain comme la plus
haute vertu. »
Photo : La vierge extatique Anna Katharine Emmerick par Gabriel von Max (1885).
Félicité de Lamennais
(1782-1854), professeur de mathématiques puis prêtre français,
écrivain, philosophe et homme politique. Ultramontain* à ses débuts,
connaît une évolution qui fait de lui un précurseur du catholicisme libéral et
social, ainsi que de la démocratie chrétienne.
En 1830, fonde, avec Charles de Montalembert (1810-1870) et Henri
Lacordaire (1802-1861), le journal l'Avenir, plaidant pour la liberté de
l'enseignement, la séparation de l'Église et de l'État et réclamant la liberté
de conscience, de presse, d’association et de religion. Le journal est
condamné par le pape Grégoire XVI en 1832 (encyclique Mirari vos).
En 1833, renonce à ses fonctions ecclésiastiques. En 1834, dans
Paroles d'un croyant, dénonce une papauté qui a "divorcé avec le Christ".
Condamné par l’encyclique Singulari nos. Dans Esquisse d'une philoso-
phie, développe sa conception d'un christianisme sans Église, capable de
regrouper les masses pour les conduire au progrès par la charité.
En 1848, élu député à l'Assemblée nationale. Meurt toujours brouillé
avec l’Église. Ses obsèques civiles sont suivies par une foule énorme où
dominent les petites gens. Selon ses volontés, enterré dans la fosse
commune du cimetière du Père-Lachaise.
* Ultramontanisme : défense de la souveraineté absolue du pape en matière religieuse,
mais en même temps libéralisme, aspirations démocratiques et catholicisme.
Arthur Schopenhauer
(1788-1860), philosophe allemand, marqué par le bouddhisme,
foncièrement pessimiste.
S’intéresse à l’intuition, à la volonté, à l’individuation, à la
compassion. Développe des réflexions partiellement en accord
profond avec la théorie de l'évolution, avant même que Darwin ne
publie ses travaux.
Appelle à la compassion devant l’universelle souffrance dont nous
sommes tous acteurs et/ou témoins. Affirme que les animaux
partagent la même essence que les humains, malgré leur manque de
faculté à raisonner.
Considère le végétarisme comme excessif, mais défend le respect
envers les animaux dans la morale et dénonce la vivisection.
« Éprouver de la compassion, c’est devenir un être moral.
Sympathiser avec la nature entière, c’est le véritable état du sage sur
cette Terre».
« Ce que raconte l’histoire n’est en fait que le long rêve, le songe
lourd et confus de l’humanité. »
Jeanne Jugan
(1792-1879) religieuse française. Fille d’un pêcheur qui disparaît en
mer, aide en pharmacie, servante, journalière.
Au début de l'hiver 1839, recueille une vieille femme aveugle et
infirme à qui elle donne son lit et s'installe elle-même au grenier. Dans les
années qui suivent, quelques jeunes femmes l'assistent dans sa nouvelle
tâche, les personnes recueillies étant de plus en plus nombreuses. Quête
pour avoir des fonds.
Fonde en mai 1842 à St Servan (Ille-et-Vilaine) la congrégation des
‘Servantes des Pauvres’ qui s’appelle ensuite ‘Petites Sœurs des Pauvres’.
Fonde de nouvelles maisons à la Piletière, à Rennes, et à Dinan. En 1852,
est écartée de toute responsabilité dans la congrégation par l'abbé Auguste
Le Pailleur (1812-1895) qui s’attribue la création de l’œuvre, est reléguée
au noviciat de Saint-Pern.
Aujourd’hui, 2 710 religieuses accueillent plus de 13 000 résidents
dans 200 maisons sur les 5 continents. La congrégation a une branche de
laïcs associés.
« Il faut toujours être de bonne humeur, nos vieillards n'aiment pas
les figures tristes ! »
Antonio Rosmini
(1797-1855), théologien et philosophe italien. Après des études
à Pavie et Padoue, ordonné prêtre en 1821. En 1828, fonde un nouvel
ordre religieux, ‘l'Institut de la Charité’ et en 1832 les ‘Sœurs de la
Providence’ (ordre des rosminiens). Auteur de 80 volumes.
Dans une Italie morcelée et sous domination autrichienne,
travaille à l'unité italienne, qu'il souhaite sous forme de confédération.
Opposé au catholicisme comme religion d’État. Défenseur
infatigable des libertés des citoyens et des corps intermédiaires contre
les abus d’un État tout-puissant, attentif aux souffrances des plus
défavorisés. Dans son livre Philosophie de la politique, fait part de son
admiration pour De la démocratie en Amérique, le chef-d’œuvre de son
contemporain Alexis de Tocqueville, le père du libéralisme.
Dans son ouvrage Les cinq blessures de la Sainte Église, met
le doigt sur 5 plaies de l’Église romaine : 1 - la division entre le clergé
et le peuple lors du culte public, 2 - le manque d’éducation du clergé,
3 - la désunion des évêques, 4 - la nomination des évêques abandon-
née au pouvoir séculier, 5 - le maintien du féodalisme, qui a fini par
supprimer la liberté de l’Église, d’où dérivent tous ses maux.
../..
Antonio Rosmini
Ce livre, et un autre, La costituzione secondo la giustizia
sociale suscitent une opposition, notamment de la part des jésuites ;
ils sont placés à l'Index en 1849. Fait acte de soumission à Rome et
se retire à Stresa, sur les bords du lac Majeur, sous la surveillance de
la police autrichienne. Y meurt 6 ans plus tard après avoir écrit son
œuvre la plus aboutie, Teosofia.
Avant sa mort, apprend que la censure pesant sur ses écrits
a été levée par la Congrégation de l'Index. 20 ans plus tard, le mot
utilisé par la Congrégation pour lever la censure (dimittantur) est sujet
à polémique. La controverse est tranchée en 1887 par le pape Léon
XIII qui condamne 40 thèses rosminiennes et interdit qu'on les
enseigne.
Béatifié par le pape Benoît XVI en novembre 2007.
« Adorer. Se taire. Se réjouir. »
(au moment de mourir, testament à son ami l'écrivain Alessandro Manzoni)
Christian Hermann Weisse
(1801-1866), bibliste, théologien protestant et philosophe allemand.
Diplômé de l'université de Leipzig, adhère à l'école hégélienne de
philosophie. Développe ensuite, avec Fichte un nouveau théisme
spéculatif, et s'oppose à l'idéalisme panthéiste de Hegel.
En 1835, le philologue prussien Karl Lachmann (1793-1851) avait
démontré que le plus ancien des évangiles était celui de Marc.
Les recherches de Weisse sur le problème synoptique du Nouveau
Testament l'amènent à formuler en 1838 une solution originale :
« l’hypothèse des deux sources ».
Selon cette hypothèse, l'évangile selon Marc fut écrit le premier
et constitue l'une des deux sources dont s'inspirent l'évangile selon
Matthieu et l'évangile selon Luc, l'autre source étant le document Q, (en
allemand, Quelle : source), une collection perdue de logia, les dits de
Jésus.
Provocatrice il y a un siècle, car teintée de scientisme, l’hypothèse des deux
sources est aujourd’hui acceptée par la quasi-totalité des spécialistes du Nouveau
Testament, et enseignée dans toutes les bonnes facultés de théologie, catholiques
ou protestantes. Mais seuls quelques téméraires, comme Pierre Nautin, ont
transgressé le tabou qui consiste à reconstituer la source Q, à rebours des siècles.
Victor Hugo
(1802-1885), écrivain, poète, romancier, dramaturge et prosateur
romantique français, dessinateur, intellectuel engagé.
Opposé à l’exploitation des plus faibles, à la colonisation et à
l’esclavage, à la peine de mort, précurseur des droits des femmes, de
l’école laïque et gratuite, du droit de vote universel, des États-Unis
d’Europe, du bien-être animal.
Croit en un Dieu souffrant et compatissant, force infinie créatrice de
l'univers, et à l'immortalité de l'âme.
En 1882, s’indigne contre les pogroms perpétrés contre les Juifs dans
la Russie tsariste :
« Ce qui se dresse en ce moment, ce n’est plus du crime, c’est de la
monstruosité. Un peuple devient monstre. (…) Le christianisme martyrise
le judaïsme; 30 villes (27 selon d’autres) sont en ce moment en proie au
pillage et à l’extermination. (…)
Les vieux siècles, l’un avec les Albigeois, l’autre avec l’Inquisition,
l’autre avec le Saint Office, l’autre avec la Saint Barthélémy, l’autre avec
les dragonnades, l’autre avec l’Autriche de Marie-Thérèse, se ruent sur le
dix-neuvième et tâchent de l’étouffer ».
Victor Hugo
« Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent. »
« Le prodige de ce grand départ céleste qu'on appelle la
mort, c'est que ceux qui partent ne s'éloignent point. (…) Ils sont
en haut et tout près. La beauté de la mort, c'est la présence.
Présence inexprimable des âmes aimées, souriant à nos yeux
en larmes. L'être pleuré est disparu, non parti. Nous n'aperce-
vons plus son doux visage ; nous nous sentons sous ses ailes.
Les morts sont les invisibles, mais ils ne sont pas les absents. »
« Tremble de tout abus de pouvoir sur la bête. »
« Mourir n'est pas finir, c'est le matin suprême. »
« La vie, le malheur, l'isolement, l'abandon, la pauvreté,
sont des champs de bataille qui ont leurs héros ; héros obscurs
plus grands parfois que les héros illustres. »
« La peine de mort est le signe spécial et éternel de la
barbarie. »
« N'imitez rien ni personne. Un lion qui copie un lion
devient un singe. (…) L'homme fort dit : « Je suis". Et il a raison.
Il est. L'homme médiocre dit également : "Je suis". Et lui aussi a
raison. Il suit. »
Victor Hugo
« L’existence terrestre n’est autre chose que la lente croissance de
l’être humain vers cet épanouissement de l’âme que nous appelons la
mort. (…) Ne nous reposons pas, travaillons, veillons sur nous et sur les
autres, dépensons-nous pour la probité, prodiguons-nous pour la justice,
ruinons-nous pour la vérité, sans compter ce que nous perdons, car ce que
nous perdons, nous le gagnons. Point de relâche. Faisons selon nos
forces, et au-delà de nos forces. (…) Aimer, c’est donner ; aimons. »
« Il n’y a que la nature. La nature existe seule et contient tout. Tout
Est. Il y a la partie de la nature que nous percevons, et il y a la partie de la
nature que nous ne percevons pas. (…) Toutes ces choses, spiritisme,
somnambulisme, catalepsie, biologie, convulsionnaires, médiums, seconde
vue, tables tournantes ou parlantes, invisibles frappeurs, enterrés de l’Inde,
mangeurs de feu, charmeurs de serpents, etc., si faciles à railler, veulent
être examinées au point de vue de la réalité. Il y a là peut-être une certaine
quantité de phénomène entrevu. Si vous abandonnez ces faits, prenez
garde, les charlatans s’y logeront, et les imbéciles aussi. Pas de milieu : la
science, ou l’ignorance. Si la science ne veut pas de ces faits, l’ignorance
les prendra. »
Victor Hugo
« Il y a souvent plus de choses naufragées au fond d'une âme
qu'au fond de la mer. »
« Mieux vaut une conscience tranquille qu'une destinée prospère.
J'aime mieux un bon sommeil qu'un bon lit. »
« Enfer chrétien, du feu. Enfer païen, du feu. Enfer mahométan, du
feu. Enfer hindou, des flammes. À en croire les religions, Dieu est né
rôtisseur. »
« Car le mal qui nous vient des vices qui sont nôtres
Est pire que le mal que nous font ceux des autres. »
« Je donne 50 000 francs aux pauvres. Je désire être porté au
cimetière dans leur corbillard. Je refuse l'oraison de toutes les
Églises; je demande une prière à toutes les âmes. Je crois
en Dieu ». (codicille à son testament, daté du 2 août 1883)
« Aimer, c’est agir ! » (son dernier mot écrit à la main
3 jours avant sa mort)
Ralph Waldo Emerson
(1803-1882), essayiste, philosophe et poète états-unien.
Pasteur unitarien, démissionne après un conflit avec les dirigeants de
l'Église. Fait un grand voyage en Europe en 1832-1833. En 1835,
achète une maison à Concord, devient ami de de Henry David
Thoreau. Inspirateur de l’indépendance états-unienne.
Chef de file du mouvement transcendantaliste* américain du
début du 19ème siècle. Beaucoup de ses intuitions lui viennent de son
étude des religions orientales, notamment l’hindouisme, le confucia-
nisme et le soufisme. Ses grandes idées sont l’utilisation de
l’expérience personnelle, l’idée de l’ "Âme supérieure" cosmique et la
doctrine de la compensation.
« C'est sur nos propres pieds que nous marcherons, c'est avec
nos propres mains que nous travaillerons, ce sont nos propres idées
que nous exprimerons… Une nation d'hommes existera pour la
première fois, parce que chacun se croit inspiré par l'âme divine, qui
inspire aussi tous les hommes ».
* Une des croyances fondamentales des transcendantalistes était la bonté inhérente
des humains et de la nature. Ils croyaient aussi que la société et ses institutions – particulière-
ment les institutions religieuses et les partis politiques - corrompaient la pureté de l'humain, et
qu'une véritable communauté ne pouvait être formée qu'à partir d'individus autonomes et
indépendants.
Allan Kardec
Hippolyte Léon Rivail (1804-1869) pédagogue français, disciple de J.
H. Pestalozzi* et fondateur de la philosophie spirite ou spiritisme.
S'intéresse aux nouvelles découvertes de son temps, telles que
l'hypnose, le magnétisme. Vers 1850, régisseur de spectacles d'illusion au
carré Marigny, sous la direction du physicien-prestidigitateur Henri Lacaze.
Administrateur du ‘théâtre des Funambules’, et du théâtre des ‘Délasse-
ments Comiques’. En pédagogue positiviste, est sollicité pour superviser
des séances de tables tournantes. On lui demande aussi de mettre de
l'ordre dans les communications reçues des esprits lors de séances. Ce
travail donnera naissance aux ouvrages Le Livre des Esprits (1857) et Le
Livre des médiums (1861). Prend son surnom d'Allan Kardec, nom qu'il
pense correspondre à celui qu'il portait lors d'une vie antérieure, alors qu'il
était druide.
« L'homme n'est pas seulement composé de matière, il y a en lui un
principe pensant relié au corps physique qu'il quitte, comme on quitte un
vêtement usagé, lorsque son incarnation présente est achevée. Une fois
désincarnés, les morts peuvent communiquer avec les vivants, soit directe-
ment, soit par l'intermédiaire de médiums de manière visible ou invisible. »
« Naître, mourir, renaître encore et progresser sans cesse, telle est la
Loi. »
* Les influences de Pestalozzi (1746- 1827) seront très fortes sur Léon Rivail, et certains
principes de la pédagogie se retrouveront dans la doctrine spirite : la fraternité universelle et
l'ouverture aux femmes.
Allan Kardec et les peintres du spiritisme
Certains êtres ont marqué leur époque, représenté un espoir et
une fascination qu’ils ont souvent emportés avec eux. Outre Allan
Kardec, citons
- Madge Gill (1882-1961, photo du haut), peintre anglaise quasi-
aveugle ultra-prolixe guidée par l’esprit de sa fille disparue. Se dit incitée
à créer des œuvres d’art par une force extraterrestre qu’elle appelle
Myrninerest, ce qui est supposé d’être dérivé de My inner Rest (‘mon
repos intérieur’). Travaille très rapidement, des nuits entières, à la
bougie, dans un état voisin de la transe. N’est pas intéressé à la
notoriété, la fabrication de ses œuvres d’art a un but thérapeutique.
- Les mineurs de fond Augustin Lesage (1876-1954) et Victor
Simon (1903-1976) et Fleury Joseph Crépin (1875-1948, photo du bas),
tour à tour plombier-zingueur, musicien et guérisseur-radies-thésiste
sont guidés par des voix qui leur demandent de peindre. Crépin en
1938, découvre le dessin automatique. Au milieu de l’année 1939,
déclare entendre des voix lui disant : « Quand tu auras peint 300
tableaux, ce jour-là la guerre finira... Après la guerre, tu feras 45
tableaux merveilleux et le monde sera pacifié. » Achève sa 300e toile le
7 mai 1945, la veille de la capitulation de l'Allemagne, et commence la
série des tableaux en 1947.
Caroline Malvesin
et Antoine Vermeil
C.M.(1806-1889), laïque protestante française. Rêve, vers ses
17 ans, de devenir "sœur de charité", bien qu'il n'existe à l'époque
aucun ordre religieux protestant en France. Marquée par le théolo-
gien protestant Adolphe Monod (1802-1856).
Avec le pasteur Antoine Vermeil (1799-1864, originaire de
Nîmes, études à Genève, pasteur à Hambourg, Bordeaux puis Paris),
fonde en 1841 la ‘Communauté des Diaconesses de Reuilly’, ordre
religieux protestant d’abord installé à Paris (rue de Trois Sabres, puis
rue de Reuilly), actuellement à Versailles. 40 autres communautés
sont réparties ailleurs, 20 en France et 20 dans le monde, notamment
au Cameroun.
La 7ème prieure de la communauté, sœur Myriam (1925-2010,
photo du bas) portée sur le travail biblique, l’accompagnement individuel
et le dialogue œcuménique, a rédigé en 1983 la règle de vie de la
communauté.
La ‘Fondation Diaconesses de Reuilly’ regroupe aussi des œuvres
sanitaires (gériatrie, soins palliatifs, etc.), médico-sociales (personnes âgées et
handicapées) et sociales (formation, précarité et insertion, accueil d’urgence).
Ses valeurs sont : « ouverture et hospitalité, parole et dignité, compétence et
bienveillance, respect et limites, innovation et institution ».
David Strauss
David Friedrich Strauss (1808-1874), historien et théologien protes-
tant allemand. Répétiteur de philosophie au séminaire protestant de
Tübingen de 1832 à 1835.
Son premier ouvrage, La Vie de Jésus (Das Leben Jesu, 1835)
scandalise son époque en montrant un Jésus historique et non divin et par
sa vision des évangiles comme récit inconscient des premières commu-
nautés chrétiennes. Pour lui l'idée fondamentale de la religion chrétienne
est l'incarnation divine, et les premiers évangiles n'ont pas été écrits dans
un but historique mais pour exprimer cette idée au moyen de mythes.
Rejetant tant l'explication surnaturelle des miracles, que les explications
des rationalistes, il en fait le résultat de l'usage par les premiers Chrétiens
des idées messianiques juives, pour exprimer la conviction que Jésus est
bien le messie. Ses positions sont critiquées, entre autres, par Bruno
Bauer (1809-1882) dans sa Kritik der evangelischen Geschichte der
Synoptiker (1841) et dans Philo, Strauss, Renan und das Urchristentum
(1874).
Son livre Der Christus des Glaubens und der Jesus der Geschichte
(Le Christ de la foi et le Jésus de l‘histoire, 1865) est une critique sévère
des conférences posthumes de Schleiermacher.
Charles Darwin
(1809-1882), naturaliste anglais, diplômé de l’université de
Cambridge. Parcourt le monde pendant 5 ans à bord du bateau HMS
Beagle de la Royal Navy, fait des observations géologiques, commence
des collections de spécimens d’animaux et de plantes.
Formule en 1859 l'hypothèse selon laquelle toutes les espèces
vivantes ont évolué au cours du temps à partir d'un seul ou quelques
ancêtres communs grâce au processus connu sous le nom de "sélection
naturelle". Ses travaux expliquent de façon logique et unifiée la diversité
de la vie et ont révolutionné la biologie.
Vivement critiqué par les Églises chrétiennes, car il remet en cause
le récit mythique de la création présenté par la Genèse, alors considéré
comme historique.
« Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes,
ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux au
changement. »
« Je ne vois aucune limite au nombre de changements, à la beauté et
à l'infinie complexité des adaptations des êtres vivants les uns avec les
autres, liés à leurs conditions de vie, conditions soumises sur la longue
durée au pouvoir de sélection de la nature. »
Ludwig Philippson
(1811-1889), rabbin allemand. Études de théologie, philosophie et
philologie à Halle puis à Berlin et un peu en France, rabbin à Magdebourg.
Son travail le plus significatif est la traduction et la publication en
1853 de la bible hébraïque (dite Bible de Philippson, image du bas), illustrée
par Gustave Doré. Cette traduction contextualise la tradition religieuse
juive au milieu des civilisations de l’Antiquité moyen-orientale et façonnera
les pratiques religieuses juives, en particulier en Allemagne, jusqu'au 20ème
siècle. Elle marquera profondément le jeune Sigmund Freud.
En 1837, fonde le journal Allgemeine Zeitung des Judentums, porte-
parole du judaïsme réformé allemand. Membre après1839 de la Gesell-
schaft der Freunde (‘Société des amis’, Quakers non-violents). En 1855,
fonde l’Institut zur Förderung der israelitischen Literatur, (‘Institut pour la
promotion de la littérature israélite’), qui en 18 ans publie environ 80
ouvrages en allemand, y compris des travaux de la science juive, la poésie
et l'histoire juive, comme 7 volumes de l'historien et théologien juif
prussien Heinrich Graetz (1817-1891) sur l’Histoire des Juifs. L'institut sera
interdit par le gouvernement de l'empire d'Autriche, et Philippson expulsé
du territoire de l'empire.
Co-fondateur de la Hochschule für die Wissenschaft des
Judentums. (‘École supérieure de la science du judaïsme‘)
Frédéric Ozanam
(1813-1853), historien, journaliste et essayiste catholique
français. Études de droit et de lettres.
En avril 1933, fonde avec des amis étudiants un groupe voué
au service des pauvres, la ‘Conférence de la Charité’, qui devient la
‘Société de Saint-Vincent-de-Paul’. À l'origine des ‘Conférences de
carême’ de Notre-Dame de Paris. En 1841, professeur de littérature
étrangère à la Sorbonne.
Dès les années 1830, se situe dans le courant initié par Félicité
de Lamennais qui voit dans les principes révolutionnaires Liberté-
Égalité-Fraternité une traduction moderne du message évangélique,
contribue à la réconciliation de l’Église et de la République et à
l'émergence d'une conception française de la laïcité, respectueuse de
la liberté religieuse et de conscience. Participe à la fondation du
journal L'Ère nouvelle avec Lacordaire. Meurt d’une pleurésie à l’âge
de 40 ans.
« La question qui divise les hommes de nos jours, c’est de
savoir qui l’emportera de l’esprit d’égoïsme ou de l’esprit de sacrifice,
si la société ne sera qu’une grande exploitation au service des plus
forts ou une consécration de chacun au service de tous. »
Søren Kierkegaard
(1813-1855) écrivain, théologien protestant et philosophe danois.
Vie sinueuse et tourmentée. Son père fait peser sur lui l’emprise d’une
éducation religieuse austère et étouffante contre il se révoltera et s’indi-
gnera toute sa vie, en martelant sans cesse à quel point le christianisme
de son temps a oublié l’idée même de vie intérieure au profit du confor-
misme social. Marqué à vie par sa décision de rompre avec Régine
Olsen.
À 34 ans, défend sa vision d’un christianisme véritable contre
l’Église officielle danoise, luthérienne, et dénonce l'immoralité inhérente
d'un christianisme d'État.
Met en parallèle la foi et le doute, deux attitudes qui se répondent et
qui engagent profondément l'homme dans l'existence. Le doute met en
branle le repos que pourrait procurer la foi. La foi se caractérise par le
risque, le danger. La présence au monde est fondée sur la conscience
de soi et l'introspection. Il faut traverser le désespoir et l’assumer pour
donner à sa vie une profondeur et une épaisseur existentielle.
Distingue 3 stades, 3 grandes attitudes de l’homme face à sa
condition : 1) le stade esthétique, qui se réduit à l’immédiateté de
l’instant et des sens, 2) le stade éthique, celui de l’engagement et de
l’intériorité, 3) le stade religieux, ouverture à l’altérité radicale.
Søren Kierkegaard
« Dieu se rit de nos théories. »
« Exister, ce n’est pas simplement être là sans savoir pourquoi,
c’est aussi, et surtout, s’efforcer de se relier par l’esprit à ce qui
nous dépasse, l’infini et l’éternel.
« Oser devenir entièrement soi-même, un homme singulier,
cet homme singulier déterminé, seul en face de Dieu, seul dans
cet immense effort et dans cette immense responsabilité.»
« Une thèse - une seule. Ô Luther, tu avais 95 thèses : c'est
terrible ! Et pourtant, en un sens plus profond, plus il y a de thèses,
moins c'est terrible. Cette affaire est bien plus terrible : il n'y a
qu'une seule thèse ! Le christianisme du Nouveau Testament
n'existe absolument pas. »
« On ne peut comprendre la vie qu'en regardant en arrière ;
on ne peut la vivre qu'en regardant en avant. »
« Être un maître, ce n’est pas trancher par des affirmations,
c’est apprendre du disciple. Il ne devrait pas y avoir des maîtres à
penser, mais uniquement des serviteurs à penser. »
« Oser, c’est perdre pied momentanément. Ne pas oser, c’est
se perdre soi-même. »
Giovanni Bosco
Giovanni Melchior Bosco, ou Jean Bosco, ou Don Bosco (1815-
1888), prêtre catholique et éducateur italien. Issu d’une famille très
pauvre, fait ses études avec l'aide de bienfaiteurs et avec l'argent gagné
comme serveur dans un café ou palefrenier. Apprenti cordonnier,
forgeron, menuisier
Voue sa vie à l'éducation des jeunes enfants issus de milieux
défavorisés. Expulsé de bien des endroits avec ses jeunes, jugés
bruyants et dérangeants par les citoyens et la ville de Turin, avant de
s'établir définitivement dans le quartier de Valdocco. Aucun de ces
jeunes "voyous", qu’il dirige comme "infirmiers", ne meurt pendant
l'épidémie de choléra en 1854-1855.
Fonde en 1859 la ‘Société de Saint François de Sales’ (congré-
gation des salésiens) : cours du soir, foyer d'apprentis, école secondaire,
camps de vacances, cours professionnels. Souvent victime d’agressions
physiques, fait état dans ses Mémoires de l'apparition d'un énorme chien gris, ‘le
Grigio’, intervenant mystérieusement au bon moment, doux et patient avec les
enfants de son patronage, mais féroce envers les agresseurs.
Pédagogue, ferme avec les jeunes, bienveillant, faisant
confiance, attendant de chacun le meilleur : un des grands éducateurs et
pédagogues du 19ème siècle.
Bahā u’llāh
Mīrzā Ḥusayn Alī Nūrī, (1817-1892), surnommé Bahā u’llāh
("Splendeur de Dieu" en arabe, translittération baha'ie). Issu d’une
grande famille de l’aristocratie iranienne, a 14 enfants de ses 3
épouses. Se convertit au babisme (voir Bab) à l’âge de 28 ans.
Arrêté, connait en 1852 une expérience mystique dans son
cachot dans la prison du Síyáh-Chál à Téhéran. Quitte Téhéran pour
Bagdad, le Kurdistan, Constantinople, puis Andrinople.
Passe les 24 dernières années de sa vie, toujours prisonnier de
l’Empire ottoman, dans la ville de Saint Jean-d’Acre (Palestine) et
ses environs, sans jamais cesser d’exhorter les puissants de ce
monde à réconcilier leurs différends, à réduire leurs armements, et à
consacrer leurs énergies à instaurer la paix universelle. Plante sa
tente sur le Mont Carmel (Haïfa) en 1891.
Ses écrits représentent plus de 100 volumes.
../..
Photo du bas : prison de Baha u’llah à St Jean d’Acre
Bahā u’llāh
Selon lui, il existe un plan divin pour le développement de l’humanité,
révélé d’âges en âges au travers de "grands éducateurs" qui sont la
"manifestation de Dieu", tels que Krishna, Abraham, Moïse, Bouddha,
Zoroastre, Jésus, Muhammad, le Bāb, et lui-même, Bahā’u’lláh.
Proclame l’unification prochaine de l’humanité et l’émergence d’une
civilisation mondiale.
Explique que la religion est un remède prescrit par le "médecin divin"
pour soulager les maux de l’humanité et établir l’unité et la concorde parmi
les peuples de la Terre, mais que si elle devenait source de haine et de
conflits, le véritable acte religieux serait de s’en débarrasser !
Pour les bahá’ís, il en va de la "vérité" religieuse comme de la
connaissance scientifique : elle apparaît par étapes, et ce qui est considéré
comme certain à une époque peut être remis en cause à une autre par une
nouvelle découverte ou par une meilleure compréhension.
Photo du bas : symbole du bahaïsme. En 2011, cette religion dit avoir 7 millions de membres
appartenant à plus de 2 100 groupes ethniques, répartis dans plus de 189 pays.
Bab
Sayyid Alī Muhammad Šīrāzī (1819-1850), marchand de Shiraz
(Iran).
En 1844, déclare être une manifestation nouvelle de Dieu et le
mahdi attendu par les musulmans. Prend le titre de Bāb ("la porte"
en arabe), et fonde une nouvelle religion indépendante de l’islam
appelée babisme.
En pèlerinage à La Mecque, explique sa mission au chérif de la
ville sainte. Sous la pression du clergé islamique, est arrêté par le
gouverneur de Chiraz.
Transféré à la forteresse de Maku dans la province d'Azer-
baïdjan, y commence la rédaction du Bayan persan (en arabe,
"l’explication"), texte de 8000 vers en 9 parties.
Fusillé en 1850 à Tabriz.
Ses restes sont transférés de cache en cache jusqu'à leur
inhumation en mars 1909 dans un mausolée situé dans les jardins
bahá'is sur les pentes du Mont Carmel, à Haïfa (Palestine).
John Tyndall
(1820-1893), scientifique et alpiniste irlandais. Dessinateur,
ingénieur, puis professeur de mathématiques et d’arpentage. Doctorat
de physique et chimie à l’université de Marbourg (Allemagne) sous la
direction de Robert Bunsen (1811-1899). Conseiller scientifique de
Trinity House, puis du Board of Trade, succède à Michael Faraday
comme recteur de la Royal Institution.
Dans les années 1850, étudie le diamagnétisme, fait des découvertes dans
les domaines du rayonnement infrarouge et des propriétés physiques de l'air.
Trouve l’explication du fait que le ciel est bleu car les particules minuscules de l’air
diffusent la lumière du soleil. Le premier à le prouver que l’atmosphère de la Terre
a un effet de serre, à observer et à signaler le phénomène de thermophorèse
dans les aérosols. Trouve des spores bactériennes viables (endospores) dans des
bouillons soi-disant stérilisés à la chaleur. Invente un meilleur respirateur de
pompier, une cagoule filtrant la fumée et les gaz nocifs de l'air, développe une
meilleure corne de brume.
Consacre une grande partie de son temps à la diffusion de la
science auprès du grand public. Affirme qu'il ne faut pas laisser le
sentiment religieux « envahir la région de la connaissance sur laquelle il
ne détient aucun commandement » , mais aussi que « le vrai mystère
de l'univers demeure non résolu (... ) Abaissons la tête et reconnais-
sons notre ignorance, prêtre et philosophe, tous et chacun. »
George Williams
(1821-1905), philanthrope anglais. S'est décrit comme "un jeune
homme insouciant, irréfléchi, impie et grossier". Après un accident,
devient apprenti dans un magasin de drap. En 1837, passe de l'anglica-
nisme au congrégationnalisme, autre Église protestante.
Consterné par les terribles conditions qui règnent à Londres pour
les jeunes travailleurs, assemble des collègues pour créer un lieu qui
sorte les jeunes du "péché". Fonde en 1844 la Young Men’s Christian
Association (YMCA*), en France ‘Association chrétienne de jeunes gens’
(ACJG). L'année suivante, elle se répand hors de Londres, puis aux
États-Unis et au Canada. En 1855, elle se mondialise avec l'organisation
de la première conférence mondiale du YMCA.
En 1891, le basket-ball est inventé par James Naismith, ensei-
gnant canadien moniteur d'un camp YMCA. En 1895, le volley-ball est
inventé par un animateur YMCA états-unien, William G. Morgan.
YMCA est la plus ancienne et la plus importante association caritative de
jeunesse au monde. Son objectif est d'aider les jeunes à s'épanouir dans leurs
communautés. Elle regroupe plus de 15 000 associations locales de jeunes,
présentes dans 120 pays, représentant 65 millions de membres qui œuvrent dans
de nombreux domaines : insertion par l’emploi, formation, logement, santé, accueil
de réfugiés et demandeurs d’asile, etc.
La célèbre chanson disco du groupe Village People, YMCA, date de 1978.
* prononcer ‘Ouaï Em Tsi Ey’
Fiodor Dostoïevski
(1821-1881), romancier russe. Déporté 4 ans dans un bagne en
Sibérie à cause de ses liens avec les mouvements anti-tsaristes.
Ses romans sont parfois qualifiés de ‟métaphysiques”, tant la
question angoissée du libre arbitre et de l'existence de Dieu est au
cœur de sa réflexion : « Nous autres, ce sont les questions éternelles
qui nous passionnent. » « La beauté sauvera le monde. »
Un des premiers écrivains chrétiens à remettre en cause la
théologie de l’enfer dans Les frères Karamazov.
Dans ce roman, l'auteur imagine que Jésus est revenu sur terre,
à Séville au XVIème siècle, pour voir de plus près l’Inquisition
espagnole, si peu conforme à son enseignement.
Jésus, mêlé à la foule, est toutefois reconnu et immédiatement
emprisonné par le Grand Inquisiteur qui le condamne à mourir le
lendemain au bûcher.
../..
Fiodor Dostoïevski
Le soir avant son exécution, le Grand Inquisiteur visite Jésus dans sa
cellule et lui explique qu'il est devenu un gêneur :
« Il y a trois forces, les seules qui puissent subjuguer à jamais la
conscience de ces faibles révoltés, ce sont : le miracle, le mystère,
l'autorité ! Tu les as repoussées toutes trois *, donnant ainsi un exemple. »
(…) Tu désirais une foi qui fût libre et non point inspirée par le merveilleux.
ll te fallait un libre amour, et non les serviles transports d'un esclave terrifié.
(…) Leur liberté, ils l'ont humblement déposée à nos pieds !
(…) Nous avons corrigé ton œuvre en la fondant sur le miracle, le
mystère, l'autorité. Et les hommes se sont réjouis d'être de nouveau menés
comme un troupeau et délivrés de ce don funeste qui leur causait de tels
tourments. »
* Cf. Les tentations de Jésus au désert : 1) la tentation de changer les roches en pains
(le mystère). 2) la tentation de sauter dans le vide à partir du pinacle du Temple et de
voir sa chute amortie par des anges (le miracle). 3) la tentation de se proclamer « Roi
du monde » (l’autorité)
Gustave Flaubert
(1821-1880), écrivain français. Marque la littérature universelle par
la profondeur de ses analyses psychologiques, son souci de réalisme,
son regard lucide sur les comportements des individus et de la société, et
par la force de son style.
Son roman philosophique inachevé Bouvard et Pécuchet, publié
en 1881 à titre posthume, est une vaste raillerie sur la vanité de ses
contemporains. Deux hommes se rencontrent par hasard, découvrent
qu’ils exercent le même métier (copiste) et qu'ils ont les mêmes centres
d'intérêt. Un héritage opportun de Bouvard leur permet de changer de vie.
Ils reprennent une ferme et se lancent dans l'agriculture. Leur inaptitude
ne va engendrer que des désastres. Ils s'intéressent à la médecine, la
chimie, la géologie, la politique, la religion, l’éducation avec les mêmes
difficultés. Lassés par tant d'échecs, ils retournent à leur métier de
copiste. Le comique vient de la frénésie des deux compères à tout savoir,
tout expérimenter, et surtout de leur incapacité à comprendre.
« Tirons enfin la conclusion qui se dégage du livre : la société vit
d'erreurs et de préjugés, ne les lui enlevez pas, car ce que vous lui offrez
en échange ne saurait les remplacer. Ce qui fait sa force n'est pas vrai ;
et ce qui est vrai n'est pas utilisable pour elle. Les illusions, les habitudes,
les traditions sont nécessaires à l'existence de l'homme ; les déranger
c'est l'affaiblir », écrit le théologien protestant Auguste Sabatier (1839-
1901), vieil ami de Flaubert.
Charles Baudelaire
(1821-1867), poète français. Son dégoût du monde contemporain,
l’obsession de la vieillesse et de la mort le poussent à rechercher
l’évasion sous toutes ses formes. Découragé, miné par la maladie, en
proie aux difficultés matérielles, meurt à 46 ans après une année de
paralysie et d’aphasie.
Son recueil poétique Les fleurs du mal (1857), condamné par la
justice impériale, manifeste « cet immortel instinct du beau qui nous fait
considérer la terre et ses spectacles, comme un aperçu, comme une
correspondance du ciel ». Sa démarche, engagement mystique et esthé-
tique, est de retrouver dans la vie quotidienne les signes d’un monde
antérieur et idéal qui n’est pas soumis à la fatalité du péché et à la néces-
sité de la souffrance.
« Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
qui suivent, indolents compagnons de voyage,
le navire glissant sur les gouffres amers. (…)
Le poète est semblable au prince des nuées
qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
exilé sur le sol au milieu des huées,
ses ailes de géant l'empêchent de marcher. »
Mary Baker Eddy
(1821-1910), auteure, guérisseuse, professeure, conférencière états-
unienne. Guérie en 1866, en lisant la Bible, d’une blessure interne qui
risquait de lui être fatale. Fondatrice d’un “système métaphysique et
scientifique de guérison établi sur des lois divines universelles” qu’elle
appelle Christian Science (‘Science chrétienne’).
En 1875, publie Science et Santé, avec la Clef des Écritures,
l'ouvrage fondamental de ce mouvement.
En 1879, fonde à Boston The Church of Christ, Scientist . En 1898,
crée une société d'édition qui publie encore de nos jours plusieurs
magazines.
« La guérison physique par la Science Chrétienne résulte, aujourd'hui
comme au temps de Jésus, de l'opération du Principe divin, devant laquelle
le péché et la maladie perdent leur réalité dans la conscience humaine et
disparaissent aussi naturellement et aussi nécessairement que les
ténèbres font place à la lumière et le péché à la réforme. Aujourd'hui,
comme autrefois, ces œuvres puissantes ne sont pas surnaturelles, mais
suprêmement naturelles. »
Ernest Renan
(1823-1892), écrivain, philologue, philosophe et historien français.
Établit un rapport étroit entre les religions et leurs racines ethnico-
géographiques. Auteur de l’Histoire des origines du christianisme
(7 volumes de 1863 à 1881).
Le premier volume, Vie de Jésus connait un succès considérable.
Le pape Pie IX considère son auteur comme un « blasphémateur
européen ». Renan affirme que la biographie de Jésus doit être
comprise comme celle de n'importe quel autre homme, que la Bible
doit être soumise à un examen critique comme n'importe quel autre
document historique.
Il a un grand retentissement, déclenche des débats passionnés et
la colère de l'Église catholique, et coûte à l’auteur sa chaire au Collège
de France où, lors de sa leçon inaugurale d’hébreu en I862, il parle de
Jésus comme d’ « un homme incomparable ».
Membre de l’Académie française.
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Ernest Renan
Critique la religion comme système de pensée tout en affirmant
son importance comme facteur d'unification des sociétés humaines
ainsi que le danger de s'en détourner trop hâtivement.
« L’homme, dès qu’il se distingua de l’animal, fut religieux, c’est
à dire qu’il vit dans la nature quelque chose au delà de la réalité, et
pour lui-même quelque chose au delà de la mort.
« Jamais on n’a été moins prêtre que ne le fut Jésus, jamais plus
ennemi des formes qui étouffent la religion sous prétexte de la
protéger (…).
Une idée absolument neuve, l’idée d’un culte fondé sur la pureté
du cœur et sur la fraternité humaine, faisait par lui son entrée dans le
monde ».
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Ernest Renan
« Jésus a toujours été mon maître. »
« On chercherait vainement dans l’Évangile une pratique
religieuse recommandée par Jésus (…). Il violait ouvertement le
sabbat et ne répondait aux reproches qu’on lui faisait que par de
fines railleries. Sa doctrine était quelque chose de si peu dogmati-
que qu’il ne songea jamais à l’écrire ou à la faire écrire. On était son
disciple non pas en croyant ceci ou cela, mais en s’attachant à sa
personne et en l’aimant. »
« Que jamais Jésus n’ait songé à se faire passer pour une
incarnation de Dieu lui-même, c’est ce dont on ne saurait douter.
Une telle idée était profondément étrangère à l’esprit juif. Il n’y en a
nulle trace dans les Évangiles synoptiques ; on ne la trouve indiquée
que dans les parties du quatrième Évangile qui peuvent le moins
être acceptées comme la pensée de Jésus. »
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Ernest Renan
« Dieu s’était révélé avant Jésus, Dieu se révélera après lui.
Profondément inégales et d’autant plus divines qu’elles sont plus
grandes, plus spontanées, les manifestations du Dieu caché au fond de
la conscience humaine sont toutes du même ordre.
Jésus ne saurait donc appartenir uniquement à ceux qui se disent
ses disciples. Il est l’honneur commun de ce qui porte un cœur d’homme.
Sa gloire ne consiste pas à être relégué hors de l’histoire ; on lui rend un
culte plus vrai en montrant que l’histoire entière est incompréhensible
sans lui. »
« Malheur aussi à la raison le jour où elle étoufferait la religion ! (…)
Fausses quand elles essayent de prouver l’infini, de le déterminer, de
l’incarner, si j’ose le dire, les religions sont vraies quand elles l’affirment.
Les plus graves erreurs qu’elles mêlent à cette affirmation ne sont
rien comparées au prix de la vérité qu’elles proclament. Le dernier des
simples, pourvu qu’il pratique le culte du cœur, est plus éclairé sur la
réalité des choses que le matérialiste qui croit tout expliquer par le
hasard et le fini. »
Henri Planchat
(1823-1871), prêtre catholique français. À peine diplômé me
avocat, entre au séminaire d'Issy-les-Moulineaux.
Devient le premier prêtre de la ‘Congrégation des Religieux de Saint
Vincent de Paul’ fondée en 1945 par Jean-Léon Le Prévost (1803-1874).
Pendant plus de 20 ans, se consacre à la lutte pour la justice sociale au
côté des ouvriers - notamment italiens - et de leur famille, dans les quar-
tiers populaires de Grenelle puis de Charonne. Touche le cœur de géné-
reux bienfaiteurs, aménage de nouveaux locaux rue des Bois : salles de
jeux, gymnase, ateliers pour la formation des apprentis, grande chapelle
pour l'action pastorale.
Lorsque la guerre de 1870 éclate, s’associe au mouvement patrio-
tique et charitable en faveur des soldats et blessés évacués dans la
capitale, établit une infirmerie dans ses locaux.
Les troupes versaillaises commandées par Adolphe Thiers entrent
dans Paris le 21 mai 1971 : environ 20 000 morts dont 1 500 fusillés,
40 000 prisonniers. En réponse, des prisonniers et civils sympathisants ou
supposés sympathisants des Versaillais sont massacrés par les fédérés.
Fusillé le 26 mai 1871 au cours du massacre de la rue Haxo à la fin
de la ‘Semaine sanglante’ de la Commune de Paris, avec 9 autres ecclé-
siastiques et une quarantaine de civils.
Antoine Chevrier
(1826-1879), prêtre français nommé en 1850 vicaire du quartier
de la Guillotière à Lyon, au milieu des ouvriers les plus pauvres.
Dénonce les conditions inhumaines et dégradantes, dans les
ateliers et les fabriques, du travail des enfants dont on fait « des
machines à travail pour enrichir leurs maîtres ». Loue puis rachète
en 1860 une ancienne salle de bal mal famée, le Prado. Aménage
la salle de bal en chapelle, prend en charge des jeunes adolescents
des deux sexes errants et abandonnés.
En 1861, obtient l’autorisation d’ouvrir une école libre pour les
enfants pauvres et en difficultés. Le Prado connaît un développement
pédagogique très important sous la houlette d’Alfred Ancel, Supérieur du
Prado, évêque auxiliaire de Lyon.
Aujourd'hui, ‘l'Association des Prêtres du Prado’ est présente
dans une cinquantaine de pays. La ‘Fondation du Prado’
poursuit son action auprès des enfants, des adolescents, des
jeunes adultes et des adultes les plus fragilisés avec une
vision humaniste laïque.
Photo : la salle de bal du Prado en 1860
Youssef Makhlouf
ou Père Charbel, (1828-1898), prêtre et moine-ermite libanais.
Prononce ses vœux religieux au sein de l'Ordre libanais maronite sous
le nom de Charbel, l'un des premiers martyrs de l'Église d'Antioche. Vit
dans la prière et la réclusion volontaire pendant 16 ans. En 1875,
aspirant à une vie érémitique toujours plus intense, rejoint le petit
ermitage isolé des Saints-Pierre-et-Paul, y mène une existence austère
et silencieuse, centrée sur la célébration eucharistique, la prière devant
le Saint Sacrement, le culte marial et le travail manuel.
Quelques mois après sa mort une vive lumière est vue entourant
sa tombe. En avril 1952, lors de la 3ème exhumation, son corps est
intact et souple, sans la moindre décomposition, et continue de trans-
pirer.
Canonisé en 1977 par le pape Paul VI, qui honore « dans un
monde largement fasciné par la richesse et le confort, la valeur
primordiale de la pauvreté, la pénitence, et l'ascétisme, pour libérer
l'âme dans sa montée à Dieu ».
Officiellement saint patron du Liban. Depuis sa mort, auteur de
milliers de miracles, dont le tombeau n'a jamais cessé d'attirer des
pèlerins toujours plus nombreux, croyants de toutes religions et
cultures.
Léon Tolstoï
Lev Nikolaïevitch Tolstoï (1829-1910), écrivain et comte
russe, auteur de romans (Guerre et paix, Anna Karénine, etc.),
pièces de théâtre, nouvelles, journaux représentant 90 volumes.
En 1969, confronté à la perspective de sa mort, découvre la
foi en Dieu, mais rompt peu à peu avec l’Église orthodoxe à qui il
reproche son dogmatisme et sa fermeture, mais surtout de trahir le
message évangélique de non-violence.
Contestant la divinité de Jésus, il en est excommunié en 1901.
S’insurge contre la guerre russo-japonaise et contre la peine
de mort, appelle au refus de l’impôt et du service militaire.
../..
Léon Tolstoï
Milite pour l’émancipation des serfs, fonde une école où sont
enseignées des méthodes de résolution non-violente des conflits,
organise des actions de solidarité, défend les droits humains.
Peu avant sa mort, entretient une correspondance avec Gandhi et
soutient le jeune avocat indien dans sa lutte pour les minorités d’Afrique
du Sud.
« L’amour – c’est-à-dire l’aspiration à l’harmonie des âmes
humaines et l’action qui résulte de cette aspiration – l’amour est la loi
supérieure, unique de la vie humaine. (…)
Cette loi fut proclamée par tous les sages de l’univers, aussi bien
par ceux de l’Inde et de la Chine que par ceux d’Europe, Grecs et
Romains. Et je pense qu’elle a été très clairement exprimée par le Christ
lorsqu’il dit qu’elle seule "contient toute la loi et les prophètes". (…)
Les fils du monde chrétien ont accepté cette loi tout en se
permettant la violence. »
3ème et dernière lettre de Tolstoï à Gandhi le 7 septembre 1910
William Booth
(1829-1912), prédicateur méthodiste britannique. De famille
pauvre, est au travail dès l’âge de 13 ans. Se rattache à l’’Église
méthodiste’ à l’âge de 15 ans. En 1865, lance une première action
contre l'injustice sociale à travers un mouvement qu'il nomme East
London Christian Mission (‘Mission chrétienne de l'Est londonien’),
avec les mots d’ordre « Soup, soap, salvation » (Soupe, savon,
salut).
Fonde en 1878 la Salvation Army (‘Armée du Salut’) et en
devient son premier général. Le mouvement chrétien avec une
structure quasi-militaire (hiérarchie, discipline, uniforme, règlements,
drapeau), s’attaque notamment à l’alcoolisme, à l’exclusion des
femmes, des émigrants, des prisonniers, des sans-abri.
‘L’Armée du Salut’ est aujourd’hui active dans 120 pays.
« Tant que des femmes pleureront, je me battrai. Tant que des
enfants auront faim et soif, je me battrai. Tant qu'il y aura un
alcoolique, je me battrai. Tant qu'il y aura dans la rue une fille qui se
vend, je me battrai. Tant qu'il y aura des hommes en prison, et qui
n'en sortent que pour y retourner, je me battrai. Tant qu'il y aura des
victimes d'attentats aveugles, je me battrai. »
Helena Blavatsky
Helena Petrovna von Hahn, ou Helena Blavatsky ou Madame
Blavatsky ou HPB (1831-1891), née en Ukraine. Membre fondateur d'un
courant ésotérique auquel elle donne le nom de théosophie (en grec :
theos, divin et sophia, sagesse), concept antique selon lequel toutes les
religions et philosophies possèdent un aspect d'une vérité plus universelle.
Dès 1848, va rencontrer des sorciers, rebouteux, chamans de
Mongolie et d'Inde, lamas du Caucase et du Tibet, yogis d'Inde et de
Ceylan, spirites russes et égyptiens, médiums et sages qui l'influencent
profondément. Fait ensuite une 2ème série de voyages (1865-1873) :
Balkans, Grèce, l'Égypte, Syrie, Italie, Serbie.
Fonde en 1875 à New York la Theosophical Society (Société
théosophique), dont les buts sont : 1) Former un noyau de la fraternité
universelle de l‘humanité, sans distinction de race, credo, sexe, caste ou
couleur ; 2) Encourager l'étude comparée des religions, des philosophies
et des sciences ; 3) Étudier les lois inexpliquées de la nature et les
pouvoirs latents dans l‘homme.
../..
Helena Blavatsky
Fait une 3ème série de voyages (1879-1885) : Inde et Ceylan,
puis une 4ème et dernière série de voyages (1885-1887) en Europe :
Italie, Suisse, Allemagne, Belgique, et se fixe à Londres en 1887. En
1890, reçoit la visite de Gandhi.
Son livre La doctrine secrète, synthèse de la science, de la
religion et de la philosophie (1888) affirme réconcilier l'ancienne
sagesse orientale et la science moderne, au travers de l'étude d'un
ouvrage supposé tibétain et ésotérique*, le Livre de Dzyan. Elle affirme
que son contenu lui a été révélé par les Mahâtmas, ou "Maîtres de
sagesse" qui auraient compilé la connaissance de l'histoire spirituelle
de l'humanité,
René Guénon, un des opposants les plus virulents du théoso-
phisme, ainsi qu'il appelait la théosophie moderne pour la distinguer de
l'homonyme de l'antiquité, la considère comme « une erreur des plus
dangereuses pour la mentalité contemporaine ».
L'ésotérisme (du grec ancien esôteros, "intérieur") est l'ensemble des enseignements
secrets réservés à des initiés.
L’occultisme (du latin occultus, "caché, secret" ) désigne l'ensemble des arts et sciences
occultes (alchimie, astrologie, magie, divination, médecine occulte) touchant aux secrets de la
nature, à ce qui est non visible.
Râmakrishna
Gadâdhar Chattopâdhyâya (1836-1886), mystique hindouiste
bengali.
Dévot de Kâlî, en qui il voit la mère de l’univers, et enseignant de
l'Advaïta védanta, professe que "toutes les religions recherchent le
même but" et plaçe la spiritualité au-dessus de tout ritualisme.
Initié à l’islam par Govinda Roy (1841-1912), Hindou pratiquant le
soufisme, ayant eu une vision de Jésus, s’intéresse à toutes les grandes
traditions et a déclare avoir atteint l'Absolu à travers chacune d'entre
elles.
Pour lui, toutes les voies mènent à la même Réalité, une et
indicible.
« Tous les chemins mènent à Dieu, mais les chemins ne sont pas
Dieu. »
« Ce n’est pas avant cinq siècles au moins que le monde sera
prêt à recevoir un autre Râmakrishna Paramahamsa. Il faut nous hâter
de transformer en expérience la masse de pensées qu’il nous a léguées
et de convertir en réalisation l’énergie spirituelle qu’il a lancée. »
Aurobindo
Keshab Chandra Sen
(1838-1884), intellectuel, réformateur religieux et social bengalais. Fonde
en 1857 la Goodwill Fraternity, une société religieuse maçonnique et
unitarienne pour les étudiants. Rencontre le philosophe et savant bengali
Debendranath Tagore (1817-1905) : fasciné par le védantisme monothéiste
de celui-ci, rejoint le Brahma Samaj en 1857. Combat pour l’abandon de
coutumes et pratiques hindoues telles que le système des castes, l'intou-
chabilité, le mariage des enfants*, la polygamie, pour l’éducation et la
promotion des femmes. Prêche "l’universalisme" dans son nouveau temple
construit en 1869 (photo du bas) en mélangeant les caractéristiques
architecturales du temple hindou, de la mosquée musulmane et de l'église
chrétienne. Après son retour d'Angleterre en nov. 1870, fonde l'Indian
Reform Association dont l’activité comporte 5 volets: la charité, la
tempérance, l'amélioration des conditions matérielles et sociales des
femmes, l'éducation de masse par la langue maternelle, des matériels de
lecture bon marché. Fonde l’ashram Bharat en 1878 pour favoriser la vie
communautaire à la recherche de la religion universelle.
Fonde en 1880 une nouvelle religion "universelle", Naba Bidhan
(Church of the New Dispensation) pour combiner le "panthéisme" et le
"mysticisme" de l'Asie avec "le positivisme et la science" de l'Europe.
* mais il marie en 1878 sa fille de 14 ans, Suniti Devi, au Maharaja de Cooch Behar, ce qui le
discrédite auprès de ses disciples qui l’abandonnent
Jamāl Al-Dīn Al Afghani
(1838-1897), intellectuel musulman, se prétendant afghan, mais né
en Iran. Chiite dans un premier temps, fait ses études dans les villes
saintes chiites de Najaf et Karbala (Irak actuel), puis en Inde et à
Constantinople.
Au service de l'émir Dost Mohammad Khan en Afghanistan entre
1865 et 1869. Présent en Égypte de 1871 à 1879 (y fonde une loge
maçonnique qui sera associée au ‘Grand Orient de France’, en est
expulsé pour raison politique), puis en Inde.
S’installe à Paris en 1883, y fonde une revue al-‘Urwa al-wuthqa,
ou ‘Le lien indissoluble’, côté visible d’une société secrète qui utilise la
culture traditionnelle et les motivations religieuses des musulmans pour
les amener à résister sur tous les plans (politique, économique, culturel)
à la domination occidentale. Œuvre pour l’unité des Musulmans et la
réforme de l’islam.
Rencontre Renan qui, très impressionné, voit en lui une sorte de
nouvel Averroès. Répond à Ernest Renan, très critique sur l’islam, que
le Coran lui-même engage constamment le croyant à comprendre le
monde et à réfléchir et que c’est l'islam qui a permis la naissance de
l'esprit philosophique chez les Arabes.
Jamāl Al-Dīn Al Afghani
En 1891 et 1892, en Iran, est un des promoteurs du boycottage
populaire de la régie des tabacs, dont le Shāh a accordé la conces-
sion à un Anglais.
En 1892, accepte l’invitation à Istambul par le sultan Abd al-
Hamīd II (1842-1918, photo du haut), espérant servir les plans
panislamistes du sultan, mais, en réalité, passe ses dernières années
dans une captivité dorée.
Probablement l'instigateur de l'assassinat du Shāh d’Iran
Nāṣir al-Dīn (1831-1896, photo du bas). Meurt du cancer ou, selon
certains, empoisonné.
Affirme que les sociétés musulmanes ne pourront s’approprier
les sciences modernes qu’à la condition de l’acquisition d’un système
de moralité sociale solide. Appelle à une réforme profonde de la
religion elle-même, unique condition à un progrès des sociétés. Un
des principaux penseurs du panislamisme, réformateur qui s'efforce
de concilier les principes coraniques avec le monde moderne.
« S'il est vrai que la religion musulmane soit un obstacle au
développement des sciences, peut-on affirmer que cet obstacle ne
disparaîtra pas un jour ? »
Shirdi Sai Baba
(1838-1918), guru (maître spirituel) indien, fakir et yogi. Orphelin de
parents brahmanes, recueilli par des musulmans soufis, marqué par Kabîr
(1440-1518). Enseigne à Shirdi (Maharasthra). Son titre de Sai Baba révèle
le métissage culturel qu'il incarne : Sai ("saint"), terme d'origine persane
attribué à des ascètes musulmans, et Baba ("papa" en hindi). Un des saints
les plus populaires en Inde au 20ème siècle, aussi bien pour les Musulmans,
les Hindous, que pour les Zoroastriens.
Vêtu de la tenue traditionnelle des soufis, pratique des exercices
religieux spécifiquement hindous (yoga), s'installe sous un arbre, puis dans
une petite mosquée pour y vivre toute sa vie, recevant des dons qu'il
redonne aux pauvres. S’oppose à toutes formes d'orthodoxies ou de
persécutions religieuses, mais respecte toute pratique religieuse : aucun
dogme n‘est supérieur à la foi.
Il existe de nombreux récits de miracles opérés grâce à ses siddhis
(pouvoirs surnaturels), tels des guérisons, bilocation, lévitation, clairvo-
yance.
« Tous les dieux sont Un. Il n'y a pas de différences entre un hindou
et un musulman. Une mosquée et un temple sont identiques. »
William Stainton Moses
(1839-1892), ecclésiastique et spiritualiste anglais. Études à l'Exeter
College, Oxford. Prêtre anglican de 1863 à 1870, dans le courant High
Church, puis membre de la ‘Société Théosophique’ après 1876 , proche
d’Hélène Blavatsky et du colonel Henry Steel Olcott (1832-1907).
Lors d'une "séance" en avril 1872, reçoit des informations probantes
d'un ami décédé, une expérience qui le convertit au spiritisme. Se rend
rapidement compte de ses propres capacités médiumniques* et s'engage
dans le spiritualisme**. Pratique l’écriture automatique, mais il peut
susciter des coups, de la lumière, des parfums, de la musique venant de
l’au-delà. Peut faire apparaître des objets, matérialiser des mains
d'esprits et faire de la lévitation (d'objets et de lui-même). Affirme
communiquer avec des prophètes de la Bible (Malachie), des hommes
célèbres, avec son maître Samuel Wilberforce (1805-1873, évêque de
Winchester, hostile aux théories de Darwin). Ses critiques évoquent la
possibilité d'une sorte d'hypnose collective d'un public favorable
Publie les résultats de ses expériences de médium dans Spirit
Teachings et Spirit Identity qui sont considérés comme la Bible du
spiritualisme britannique. Rédacteur en chef de la revue spiritualiste Light.
* Un médium est une personne sensible à des influences ou à des phénomènes non
perceptibles par les cinq sens.
Damien de Veuster
Jozef de Veuster (1840-1889), ou Père Damien, missionnaire
catholique belge flamand, membre de la ‘congrégation des Sacrés-
Cœurs de Jésus et de Marie’ (dits ‘Picpus’). Études à Paris et à
Louvain, ordonné prêtre à Honolulu.
Missionnaire dans le Pacifique, spécialement auprès des 800
lépreux relégués par les gouvernements locaux sur l'île de Molokai à
Hawaï. Construit une communauté avec une église, des chemins, un
hôpital, une école, un orphelinat, organise la vie sociale, éducative et
religieuse de ses lépreux. S'identifie à eux, écrivant dans ses lettres
« Nous autres lépreux ».
Contracte lui-même la lèpre en 1884. Cette maladie étant
souvent associée à la syphilis à l'époque, est soupçonné à tort
d'avoir eu des relations sexuelles. Plus que la lèpre, souffre des
soupçons et incompréhensions de ses supérieurs.
Continue cependant ses activités pastorales jusqu’à sa mort,
notamment le développement des deux villages sous sa responsa-
bilité, Kalawao et Kalaupapa : canalisations d'eau, agrandissement
de l'hôpital, route entre les deux villages, reconstruction de l'église.
William James
(1842-1910), psychologue et philosophe états-unien. Études de
psychologie à Berlin. En 1882, devient membre de la ‘Société théosophi-
que’.
Son "pragmatisme philosophique" est "une méthode pour réaliser
le plus important, à savoir trouver une voie de croire, de penser et d'être
qui rendra la vie plus en plus riche de sens, qui fera que la vie vaudra
aussi pleinement que possible la peine d'être vécue." La notion de
"pluralisme" indique l'existence de plusieurs façons de voir les choses
liées aux fins diverses que poursuivent les êtres humains. Son "empirisme
radical" fait l'hypothèse que le pluralisme constitue l'état permanent du
monde. Traite de la rareté des actes libres.
Pour lui, les croyances ont un effet d'entraînement. Ce qui l’inté-
resse dans la religion, ce n'est donc pas la doctrine en elle-même, mais
ses conséquences pratiques chez les fidèles.
Sa théorie de l'histoire n'est pas celle des lois éternelles de la
nature mais celle qui est faite par les hommes, notamment par les grands
hommes. De même, ce qui est important dans la liberté, c'est la possibilité
de faire du nouveau, du non-nécessaire. Dans sa conception, l'homme
coopère avec Dieu pour créer un monde en évolution permanente.
Suggère même que Dieu peut tirer sa force et son énergie de notre
collaboration.
Eudoxe Irénée Mignot
(1842-1918), évêque français. Vicaire, prêtre, professeur de
séminaire, aumônier, vicaire général. Évêque de Fréjus en 1890, puis
archevêque d'Albi en 1900.
Initié à l'exégèse critique grâce aux professeurs Arthur Le Hir
(1811-1868, maître d’Ernest Renan) et John-Baptist Hogan (1829-1901).
Proche de Friedrich von Hügel (1852-1925) et de George Tyrrell (1861-
1909), prend la défense d’Alfred Loisy (1857-1940), sympathise avec
Prosper Alfaric (1876-1955, ex-prêtre, historien du christianisme, excom-
munié en 1933)
Poursuit sans succès ses requêtes auprès du Vatican pour obtenir
le pluralisme théologique. Atteint par l'encyclique Pascendi, une condam-
nation qu'il décrit comme « une grosse épreuve pour les âmes intelligentes
et sincères ». Selon lui, les thèses de la critique solidement argumentées
s'imposeront progressivement sans mettre la foi en péril, et les savants
catholiques doivent continuer de travailler sans céder à la peur des
publications vaticanes, avec patience et prudence.
Regrette la condamnation du capitaine Alfred Dreyfus et défend ‘Le
Sillon’ de Marc Sangnier.
Un des précurseurs du rapprochement entre l'Église catholique et
la société moderne.
Louis Duchesne
(1843-1922), prêtre, philologue et historien français. Docteur ès
lettres, professeur à ‘l’École Pratique des Hautes Études’, Directeur de
‘l’École française de Rome’, directeur de ‘l’Institut français d'archéolo-
gie orientale’ au Caire, membre de ‘l’Académie française’.
Part des textes dont il fait une étude critique, puis les confronte
avec l’apport des fouilles archéologiques. Affirme que l’Église n’a rien
à gagner à entretenir de pieuses légendes. Démontre entre autres que
le corps de l’apôtre St Jacques ne peut pas reposer dans le tombeau
de Compostelle.
Son travail d'historien des premiers siècles du christianisme est
critiqué par le pape Pie XI dans son encyclique Lux Veritatis (1931).
Son œuvre historique trace une voie et fixe une méthode pour
l’étude impartiale des origines chrétiennes.
Lorsque parait l'encyclique de Pie X Gravissimo officii munere, à la suite
de la séparation de l'Église et de l'État, il déclare malicieusement :« Avez-vous lu
la dernière encyclique du Saint-Père, Digitus in oculo (le doigt dans l’œil) ?»
Toujours à propos de Pie X, qui avait été patriarche de Venise avant de
devenir pape : « C'est un gondolier vénitien dans la barque de saint Pierre : il est
naturel qu'il la conduise à la gaffe… »
Jenkin Lloyd Jones
(1843-1918), pasteur unitarien états-unien, éducateur, journaliste.
Né en Angleterre. Soldat pendant la guerre de Sécession, blessé, en garde
un engagement pacifiste. Secrétaire missionnaire de la Western Unitarian
Conference et rédacteur en chef de l'hebdomadaire religieux libéral Unity.
En 1884, démissionne de son poste de secrétaire de la Western Unitarian
Conference pour servir comme ministre chez All Souls Church. En 1886, fondat
fonde la Chicago Peace Society.
En 1889, soutient le centre social communautaire de Hull House,
créé par Jane Addams et Ellen Starr dans un quartier pauvre de Chicago.
Opposé au travail des enfants, partisan du premier mouvement syndical,
donne des conférences aux immigrants arrivant d'Europe.
Avec Vivekananda (1863-1902), organise le ‘Parlement des religions du monde’
en septembre 1893 à Chicago où, pour la première fois, se rassemblent des représen-
tants de religions orientales, asiatiques et occidentales (image du haut). S’oppose à la guerre
hispano-américaine de 1898 à Cuba et aux Philippines, et à la participation des États-
Unis à la 1ère Guerre Mondiale.
« Jésus n'a pas écrit de Credo, n'a nommé aucun évêque, n'a organisé aucune
Église et n'a enseigné aucune Trinité. »
« La fidélité ne réside pas dans l'acceptation du dogme qui vous a été légué,
mais dans l'esprit réceptif, l'attitude de recherche de la vérité. »
Bernadette Soubirous
(1844-1879), née d’une famille très pauvre. Témoigne de 18
apparitions mariales à la grotte sale et obscure de Massabielle, près de
Lourdes, entre le février et juillet 1858. Ce message peut se résumer
ainsi : Dieu est Amour et Il nous aime tels que nous sommes.
Le préfet de Tarbes, suivant les consignes du ministère des Cultes,
maintient une interdiction d'accès à la grotte jusqu'en octobre 1858. Une
commission d’enquête, mise en place par l'évêque de Tarbes en juillet
1858, se prononce en faveur de ces apparitions en 1862.
Entre à 22 ans au couvent Saint-Gildard, à Nevers, y mène 13
années d'une vie de religieuse ordinaire, et y meurt à l’âge de 35 ans.
Lors de l’exhumation son corps pour l’instruction de la cause de
béatification, il est découvert intact. Proclamée bienheureuse en 1925 et
sainte en 1933 par l’Église catholique.
De 1858 à aujourd'hui, 69 guérisons miraculeuses ont été
proclamées par des évêques.
Friedrich Nietzsche
(1844-1900), philologue, philosophe et poète allemand. Fils d’un
pasteur protestant, forge sa pensée en réaction aux milieux ecclésias-
tiques marqués par une morale religieuse étouffante.
Ses affirmations brutales, puissantes, dérangeantes, ne sont pas
toujours argumentées et sont parfois contradictoires. À partir de 1889,
sombre progressivement dans la démence. Après sa mort, l'interprétation
de son œuvre est défigurée par l'image de la folie, par sa sœur Elisabeth,
antisémite, et par la propagande nazie.
Critique la démocratie, Rousseau, l'héritage chrétien et l'éducation
moderne, mais souhaiterait voir la politique, l'État et toute autorité
subordonnés à une éducation élitiste tournée vers l'art et la pensée.
La “volonté vers la puissance” (Der Wille zur Macht), qui est d’abord
résistance à l’adversité, désigne pour lui un impératif interne de dépas-
sement de soi exprimé par l'expression “devenir plus ou dépérir”.
../..
Friedrich Nietzsche
Considère la “violence de forts” comme un chemin de l'élévation
humaine, sans lequel l'homme se renie et se mutile, mais affirme que la
spiritualisation des instincts les plus agressifs est la forme la plus haute de la
culture. Courtois, sensible et doux, ami des Juifs, est opposé au pangerma-
nisme et au militarisme.
Critique les religions (notamment le christianisme et le bouddhisme) et
les “théologies de la tristesse”, considère la joie comme le critère éthique
fondamental qui valide l’action humaine.
Le “sur-homme” (Űbermensch) est selon lui l’être humain qui est
devenu qui il est et qui a accompli toutes ses potentialités. Considère Jésus
de Nazareth comme le prototype même du sage et de l’homme accompli.
En proclamant “la mort de Dieu”, souhaite voir mourir le Dieu dont on
craint les châtiments ou à qui l’on demande des récompenses ou des faveurs
(et qui suscite, à juste titre, l’athéisme).
Appelle au consentement total à la vie comme elle est, avec ses
souffrances (amor fati : amour du destin) et à faire de sa vie une œuvre d’art,
à travers un processus permanent d’autocréation. ../..
Friedrich Nietzsche
« Ce n’est pas le doute qui rend fou, c’est la certitude. »
« L’homme est un animal capable de promesse (…) » et de
« répondre de lui-même comme avenir. »
« Si la Bonne Nouvelle de l’Évangile était inscrite sur votre
visage, vous n’auriez pas besoin d’exiger aussi obstinément la foi en
l’autorité de ce livre : vos œuvres, vos actions devraient sans cesse
rendre la Bible superflue, une Bible nouvelle devrait sans cesse par
vous surgir ! » F. Nietzsche
« En déclarant que Dieu est mort, Nietzsche avait dit non pas
que la question de Dieu ne se posait pas, mais qu’elle se posait ailleurs
et autrement que dans le coffre-fort où les religions avaient enfermé leur
idole. » Bernard Feillet
Léon Bloy
(1846-1917), romancier et journaliste français. Commis de bureau
chez un architecte, fréquente les milieux du socialisme révolutionnaire et
de l'anticléricalisme. En 1868, fait la connaissance de Jules Barbey
d'Aurevilly (1808-1889) : profonde conversion intellectuelle, qui le
ramène à la religion catholique, et le rapproche des courants traditio-
nalistes. Fustige le conservatisme du Vatican. Participe à la guerre de
1970-71.
Sa vie est marquée par des tentatives de vie monastique, la
pauvreté et la misère, les déménagements, l’instabilité professionnelle, la
maladie de ses deux épouses successives, le décès de ses deux fils.
Œuvre puissante et exaltée, inspiration avant tout religieuse,
marquée par la recherche d'un absolu caché au-delà des apparences
historiques. Polémiste et pamphlétaire, combat l'antisémitisme, dénonce
la règne de l'argent et de la bourgeoisie. Parfois contemplatif, mêle à
l’invective l’effusion mystique. Patriote, est opposé à la colonisation.
Profondément marqué par le déclenchement de la Première Guerre
mondiale.
« On n'entre pas au paradis demain, ni dans dix ans, on y entre
aujourd'hui, quand on est pauvre et crucifié. »
Henry Scott Holland
(1847-1918), théologien et écrivain britannique, Regius Professor
of Divinity à l'Université d'Oxford, chanoine de Christ Church à Oxford,
préoccupé par la justice sociale.
En mai 1910, alors qu'il est chanoine à la cathédrale Saint-Paul
de Londres, prononce un sermon, peu après la mort du roi Édouard VII,
décédé le 6 mai, intitulé Death the King of Terror (‘Mort, souverain des
terreurs’). Le passage débute par “Death is nothing at all”
« La mort n'est rien. Elle ne compte pas. Je suis simplement passé
dans la pièce à côté [...]. Je suis moi, vous êtes vous [...]. Ce que nous
étions les uns pour les autres, nous le sommes toujours. Donnez-moi le
même nom que d'habitude. Parlez de moi comme vous l'avez toujours
fait. Ne changez pas de ton, ne prenez pas un air solennel ou triste; .
Continuez à rire de ce qui nous faisait rire ensemble [...]. Que mon nom
soit prononcé à la maison comme il l'a toujours été, sans contrainte, sans
trace d'ombre. La vie signifie ce qu'elle a toujours signifié. Elle est ce
qu'elle a toujours été. Le fil n'est pas rompu [...]. Pourquoi serais-je hors
de vos pensées simplement parce que je suis hors de votre vue ? Je
vous attends, je ne suis pas loin [...]. Tout est bien. »
Ce texte est couramment attribué, à tort, à Charles Péguy.
William Ernest Henley
(1849-1903) poète, critique littéraire et éditeur britannique.
Éducation non religieuse à la Crypt School. Atteint d'une tuberculose
osseuse à l'âge de 12 ans, doit subir une amputation de son pied gauche à
mi-jambe* à l'âge de 25 ans. En 1875, il écrit de son lit d'hôpital le fameux
poème Invictus (en latin, "Invaincu"). Homme rayonnant et jovial d’une très
grande vitalité.
Dit lui-même qu'il a écrit ce poème comme une démonstration de
sa résistance à la douleur qui suivit son amputation. A été très critiqué par
l'Église pour ce poème, notamment pour les deux derniers vers, les plus
fréquemment cités : « I am the master of my fate / I am the captain of my
soul. (Je suis le maître de mon destin / Le capitaine de mon âme.) »
Comme le célèbre poème If de Rudyard Kipling (traduit par André Maurois
sous le titre Tu seras un homme, mon fils (qui est la traduction de la phrase finale de la
poésie), Invictus est souvent cité en exemple pour illustrer le stoïcisme victorien.
Caractérisé par le devoir de retenue des émotions (stiff upper lip) et mis en exergue
par le système éducatif des Public school, ce stoïcisme s’est répandu dans les
couches élevées de la société britannique.
Le poème a soutenu et inspiré Nelson Mandela pendant 27 années de
captivité sur l’île de Robben Island.
* L'écrivain Robert Louis Stevenson, dont il était l'ami, s'inspirera de son handicap pour
décrire le personnage de Long John Silver, le fameux pirate de son roman d'aventures L'Île au trésor.
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Chercheurs de sens. — 07. De 1750 à 1849

  • 1. Trombinoscope "Chercheurs d’humanité" Chercheurs de sens (art, religion, philosophie, spiritualité) 7 - de 1750 à 1849 É. G. 09.09.2021
  • 2. Henri Grégoire ou Abbé Grégoire (1750-1831), prêtre catholique, évêque rallié à la constitution démocratique et homme politique français. Opposé à la persécution des Juifs, député du clergé aux États généraux de 1789. Réclame l'abolition totale des privilèges (droit d’ainesse, etc.), propose que la déclaration des droits de l’homme soit assortie de celle de leurs devoirs. Demande l’abolition de la traite des Noirs et de l'esclavage, prône le suffrage universel. Réprouve la peine de mort, ne participe pas au vote sur l’exécution de Louis XVI bien qu’il semble y avoir été favorable. Membre actif du Comité de l’instruction publique, contribue à la création du Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM), du Bureau des Longitudes et de l’Institut de France. Dénonce la vandalisme et le pillage des bâtiments religieux. Malgré la Terreur, ne cesse jamais de siéger à la Convention en tenue épiscopale, condamne la déchristianisation des années 1793 et 1794. Vote contre l’établissement du pouvoir impérial et les restauration des titres nobiliaires. ../..
  • 3. Henri Grégoire En décembre 1794, devant la Convention, prononce sous les huées son Discours sur la liberté des cultes où il demande la liberté pour les cultes et la réouverture des églises. À la fin de sa vie, demande les sacrements chrétiens. L'archevêque de Paris, le légitimiste Monseigneur Hyacinthe-Louis de Quélen, y met pour condition que Grégoire renonce au serment qu’il avait prêté à la Constitution civile du clergé. L'ex- évêque, fidèle à ses convictions, refuse tout net. L'archevêque lui refuse donc l’assistance d’un prêtre et toute messe funéraire. Cependant, malgré les ordres de la hiérarchie, Grégoire reçoit les derniers sacrements, dont l'extrême-onction par l'abbé Marie-Nicolas-Sylvestre Guillon. À l’initiative du marquis de La Fayette, son corps est accompagné par la population parisienne au cimetière du Montparnasse. « Pendant de longues années, je fus calomnié pour avoir défendu les Mulâtres et les Nègres, pour avoir réclamé la tolérance en faveur des Juifs, des Protestants, des Anabaptistes. J’ai décidé de poursuivre tous les oppresseurs, tous les intolérants ; or je ne connais pas d’êtres plus intolérants que ceux qui, après avoir applaudi aux déclarations d’athéisme faites à la tribune de la Convention nationale, ne pardonnent pas à un homme d’avoir les mêmes principes religieux que Pascal et Fénelon.»
  • 4. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), musicien né en Autriche (principauté du St Empire romain germanique), compositeur. Virtuose précoce, première tournée en Europe à 6 ans. Pratique violon, clavecin, orgue et pianoforte. Musicien à la cour de Salzbourg, puis de Vienne. Si Antonio Salieri (1750-1825) en est probablement un peu jaloux, il le soutient et contribue à faire connaître sa musique. 10 années de voyages, séjours à Londres et Paris, en Italie, à Munich, Prague, Dresde, Leipzig, Potsdam. Adhère en 1784 à la franc-maçonnerie dans laquelle il trouve un idéal philosophique. Compose avant de mourir La flûte enchantée et le Requiem. Meurt pauvre à Vienne à 35 ans. Obsèques dignes à la cathédrale St Étienne. Son corps est conduit dans la fosse commune, selon la règle impériale d’hygiène publique. Auteur de 626 œuvres répertoriées dans le catalogue de Ludwig von Köchel (1800-1877) : concertos, sérénades, divertissements, messes, symphonies, sonates, opéras, etc. « Amour, amour, amour ! Voilà l’âme du génie. » W.A. Mozart « Le silence qui suit Mozart, c’est encore du Mozart. » Sacha Guitry
  • 5. François-Antoine de Boissy d'Anglas (1756-1826), homme de lettres et homme politique français. Fils d'un médecin protestant de l'Ardèche, étudie le droit et s'installe à Paris comme avocat au Parlement. Élu député du Tiers-état aux États généraux de 1789, se montre partisan des principales réformes en faveur des libertés dont la liberté de culte pour les Protestants, et la défense des hommes libres de couleur. Député à la Convention, vote contre la mort de Louis XVI et reste toujours le même modéré. Critique la politique religieuse de la Constituante : « Elle ordonna pour la religion un établissement pompeux et dispendieux, presque aussi vaste que celui qu'elle avait détruit ». Promoteur du décret du 3 ventôse an III (21 février 1795) qui rétablit la liberté des cultes et institue la séparation des Églises et de l'État, 110 ans avant la loi sur la laïcité de 1905… A un rôle pacificateur lors de la ‘Terreur blanche’ de 1815 et défend la liberté des huguenots vis-à-vis des manifestations catho- liques. Sa carrière politique se poursuit avec honneur, toujours au centre droit ou gauche, sans péril. Vice-président de la ‘Société bibli- que’ et membre de 1803 à 1826 du consistoire de l'Église réformée de Paris.
  • 6. William Blake (1757-1827), éditeur autodidacte, graveur, peintre, visionnaire et poète préromantique britannique. Membre de la Royal Society. Auteur d'une œuvre poétique inspirée de visions bibliques à caractère prophétique. Dénonce toutes les formes de résignation et de soumission, ces « fers forgés par nos esprits. » Dans Le Mariage du Ciel et de l’Enfer, proclame l’unité humaine, attaque la prudence et le calcul au nom de l’épanouissement de l’être réconciliant désir, sagesse et raison. « Voir un univers dans un grain de sable, Et un paradis dans une fleur sauvage, Tenir l’infini dans la paume de la main, Et l’éternité dans une heure. » « J’ai cherché mon âme et je ne l’ai pas trouvée. J’ai cherché Dieu et je ne l’ai pas trouvé. J’ai cherché mon frère et je les ai trouvés tous les trois. » « Le plus timide bourgeon est la preuve qu'il n'y a pas de mort réelle. » Sur son lit de mort : « Enfin, je vais savoir ! »
  • 7. Thomas Taylor (1758-1835), traducteur, penseur et écrivain anglais. Maître d'école puis commis dans banque, s'adonne aux lettres et à la philosophie. Son but est la traduction de tous les écrits non traduits des philosophes grecs antiques. Traduit en anglais Platon, Aristote, Plotin, Proclus, Porphyre, Apuleius, Ocellus Lucanus, Iamblicus, etc. N’échange avec son épouse qu’en grec classique… Écrit sur la philosophie et la mythologie des Grecs, sur la démons- tration platonicienne de l'immortalité de l'âme, sur les mystères et oracles égyptiens, chaldéens et assyriens, éleusiniens et bachiques, etc. S’insurge contre la corruption et superficialité dans le christianisme de son temps. Auteur des Éléments de la véritable arithmétique des infinis (1809) et d’une Arithmétique théorique (1816), en 3 livres, contenant la substance de tout ce qui a été écrit à ce sujet par Théon de Smyrne, Nicomachus, Iamblicus et Boetius. À leur suite, déplore que les mathéma- tiques aient été dépossédées de toute une partie de leur finalité, et que l’étude philosophique du nombre ait été négligée du fait de la prédomi- nance de l’arithmétique pratique et utilitaire. Écrit en 1823 Les éléments d'une nouvelle notation arithmétique et d'une nouvelle arithmétique des infinis.
  • 8. Friedrich von Schiller Johann Chistoph Friedrich vin Schiller (1759-1805), poète, historien et écrivain allemand. Études de droit et de médecine, médecin militaire, bibliothécaire, professeur d’histoire et philosophie, directeur de théâtre. Révolté contre tout ordre despotique, trouve dans Leibniz et Kant l’idée d’une harmonie universelle, à la fois rationnelle et idéale. Voit dans les artistes les agents de l’ennoblissement de l’individu et du progrès de l’humanité. « Il faut qu’une noble ardeur s’allume en nous à la vue de ce riche héritage de vérité, de moralité, de liberté, que nous avons reçu de nos ancêtres et qu’à notre tour nous devons transmettre, richement augmenté, à nos descendants, y ajoutant chacun notre part. » Ode à la joie : « Freude, schöner Götterfunken, Tochter aus Elysium (…) Tes charmes assemblent ce que, sévèrement, les coutumes divisent. Tous les humains deviennent frères, lorsque se déploie ton aile douce. »
  • 9. Hélène de Montgeroult (1764-1836), pianiste, compositrice et pédagogue française. Professeure de piano au Conservatoire en 1795. Fréquente les partisans de l'instauration d'une monarchie constitutionnelle. Femme libre, adopte des valeurs d’une réelle modernité, refusant de se réfugier dans le statut de victime malgré des aventures malheureu- ses, comme son arrestation par les Autrichiens et le décès de son mari lors d’une mission diplomatique. Aurait sauvé sa tête de la guillotine en improvisant au piano-forte sur le thème de La Marseillaise devant le Tribunal révolutionnaire. La meilleure pianistes et improvisatrice de son temps. Auteure d’œuvres pour piano et de 9 sonates, et d’un Cours complet pour l'enseignement du pianoforte, méthode progressive de 711 pages, 972 exercices, 114 études. Compose une musique d’intériorité, refusant "le commerce de la virtuosité" alors en pleine expansion. Prône, 40 ans avant Frédéric Chopin, de faire du chant le modèle du jeu pianistique. Considérée souvent comme un pont entre classicisme et romantisme, s'impose comme le chaînon manquant entre Mozart et Chopin.
  • 10. Pierre Maine de Biran Marie François Pierre Gontier de Biran (1766-1824), philosophe, homme politique et chercheur français. Études de droit, grand voyageur, sous-préfet de Bergerac. Précurseur de la psychologie, étudie l’habitude, la volonté, le sommeil et les songes, les Rapports du physique et du moral de l’homme. C'est pour lui autour de l'effort et de sa répétition que se construisent la pensée et la personnalité humaines. Le bonheur pour lui suppose l'unité dans les goûts, les moeurs, les affections, dans la forme et le but de la vie humaine. Parti d'un agnosticisme discrètement teinté de religiosité sous l'influence de Rousseau, aboutit à une métaphysique fondée sur l'expérience religieuse, selon une acception moderne, et sur la foi chrétienne. Se tourne vers Dieu pendant les Cent-Jours, quand il a perdu sa situation politique, qu'il craint pour lui-même et pour son fils, quand ses facultés physiques et intellectuelles ont subi déjà un affaiblissement notable. La droiture de sa conscience et les longues douleurs nées des luttes de sa vie morale suscitent la sympathie de tous ceux qui, comme lui, sont doublement froissés par les déceptions de la vie et par la triste expérience de leur propre faiblesse.
  • 11. Friedrich Schleiermacher (1768-1834), théologien protestant, philosophe et philologue allemand. Études de théologie et d’exégèse. Précepteur puis chapelain de l‘’Hôpital de la Charité’ de Berlin. Pasteur à Halle puis à Berlin. Membre de l‘’Académie royale des sciences et des lettres’ de Berlin, mène de front activité d'enseignement et de pastorale. Selon ses Discours, la doctrine n'est pas une vérité révélée par Dieu, mais la formulation faite par des hommes de la conscience qu'ils ont de Dieu. Pour lui, le sentiment religieux n'est ni savoir ni morale, mais la conscience intuitive et immédiate de l'infini vis-à-vis de laquelle l'homme a une dépendance absolue ("mystique supranaturaliste"). Fondateur de l'herméneutique* moderne : art général de l'interprétation permettant de donner aux difficultés rencontrées par la traduction langagière, la critique littéraire, et l’exégèse biblique un lieu commun de compréhension et de sens. La compréhension est une tâche infinie. Par principe, tout texte peut être compris, mais toute compré- hension ne peut être que partielle : absence de l'auteur, éloignement du texte par les interprétations déjà données, par la considération de ce que le texte a de singulier. * Herméneutique : théorie de la lecture, de l'explication et de l'interprétation des textes.
  • 12. Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831), philosophe allemand. Études à Stuttgart, Tübingen, professeur à Francfort et Iéna, directeur du Gymnasium de Nuremberg, professeur d’université à Heidelberg puis Berlin. Réfléchit à partir des idées des ‘Lumières’ et de la Révolution française, élabore sa pensée à partir de l’étude de l’histoire religieuse et spirituelle des peuples. Bâtit un système complet, totalisant l’ensem- ble du savoir de son époque : La pensée se constitue dans et par le langage, le discours. La dialectique est la marche de la pensée procédant par dépassements successifs des contradictions. La connaissance de soi requiert la reconnaissance de soi par l'autre. Le droit prépare à la morale. La morale se réalise dans la famille, dans la société civile, et dans l’État, sphère où se règlent les conflits. L'histoire va vers un développement de la rationalité, de la morale et de la liberté. L'art manifeste l’Absolu sous sa forme sensible. Il est la façon privilégiée par laquelle l'esprit prend conscience de lui-même et se montre en spectacle. ../..
  • 13. Georg Wilhelm Friedrich Hegel La Raison, principe divin immanent au monde, gouverne les choses et, pour mener à bonne fin ses desseins, utilise les volontés ou passions des individus. C'est dans la religion et dans la philosophie que l'Esprit se libère du sensible et atteint l'absolu. Le projet essentiel de la philosophie est celui de l’homme total, de sa liberté réelle et de son bonheur. « L’homme n’est rien d’autre que la série de ses actes. » « Rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans passion. » « L’art, la religion et la philosophie ne diffèrent que par la forme; leur objet est le même. » « L’histoire universelle est le progrès dans la conscience de la liberté. » « Écouter la forêt qui pousse plutôt que l'arbre qui tombe. » Et aussi, parce que tout le monde peut dire des conneries, « La guerre préserve la santé morale des peuples. » …
  • 14. Ludwig van Beethoven* (1770-1827), pianiste, organiste et compositeur allemand. Kapell- meister du prince-électeur de Cologne avant de s’installer à Vienne. Dès 1796, ressent les premiers symptômes de la surdité, envisage le suicide, rédige en oct. 1802 son "testament d’Heiligenstadt", se renferme sur lui-même et après 1819 ne communique plus que par cahiers. Convictions démocratiques et révolutionnaires peu appréciées du prince von Metternich et de la police. Admire Georg Friedrich Haendel (1685-1759), transcrit au piano les symphonies de Franz Listz (1911- 1886). À la fin de la 9ème symphonie en mai 1824, 5 rappels du public. Consacre l’art musical comme action d’un homme libre et non plus comme distraction. Ce qui frappe chez lui, tant dans sa personnalité que dans son œuvre, c’est le sentiment d’une prodigieuse énergie : « Je veux saisir le destin à la gorge ! » (1801). « Nous, êtres limités à l’esprit infini, sommes uniquement nés pour la joie et pour la souffrance. Et l’on pourrait presque dire que les plus éminents s’emparent de la joie par la souffrance. » « La musique est une révélation plus haute que toute sagesse et toute philosophie. (…) Apporter de la musique aux hommes est la seule chose qui donne un sens à ma vie. » * Étymologie : beeth-hoven = champ de bettes ou de betteraves
  • 15. Rabbi Nahman de Bratslav Nahman Ben Simha, (1772-1810), rabbin juif et théologien ukrainien, arrière petit-fils du Baal Chem Tov (1698-1760), père du hassidisme de Bratslav (ou Breslau, ou Breslev, ou Breslov). En 1798-99, se rend en terre d'Israël. Après avoir passé 2 ans à Zlatopol, s'installe à Bratslav, (Ukraine) en 1802. À la suite de l'incendie de sa maison, s'installe à Ouman, lieu sacré*. Y décède à 38 ans, emporté par la tuberculose. Son plus fidèle élève, rabbi Nathan, compilera ses enseignements dans le Likouté Moharan. Donne un nouveau souffle au hassidisme en combinant les ensei- gnements ésotériques du judaïsme avec une étude approfondie de la Torah. Maniant à la fois le secret et la simplicité, la prière et la danse, la polémique et les contes philosophiques, proclamant qu'"il est interdit d'être triste" mais souvent saisi de terribles crises d'angoisse, ce sage est trop "fou" pour entrer dans un cadre. « La véritable joie est atteinte en ne regardant que ce qu’il y a de bon en nous-mêmes, chez autrui et dans toutes les situations. » « Le monde entier est un pont très étroit, l’essentiel est de ne pas avoir peur du tout ! » * À Ouman, des milliers de Juifs et Polonais (2 000 à 20 000 selon les historiens, 33 000 selon la "Hassidout Breslov") sont massacrés par les cosaques lors d'un pogrom en 1768.
  • 16. Râm Mohan Roy (1772-1833), réformateur hindouiste bengalais. Greffier pour l’East India Company. Grand érudit des langues sanscrite, persane et anglaise, connaît également l'arabe, le latin et le grec, étudie le Coran, les Védas et les Upanishads. Ses croyances sont une combinaison d'éléments de l'hindouisme, de l'islam, du déisme du 18ème siècle, de l'unitarisme et des idées des francs-maçons. Écrit en 1804 Tuhfat-ul- Muwahhidin ("Un cadeau pour les monothéistes"). Fondateur du Brahmo Samaj, un des premiers mouvements de réforme de l'hindouisme dont l'influence sera forte dans les domaines de la politique, de l'administration publique et de l'éducation. Promeut un hindouisme rationnel, éthique, non autoritaire. Condamne la satî, (sacrifice des veuves qui meurent brûlées vives sur le bûcher créma- toire de leur époux, image du haut), le mariage des enfants, la dot, met en évidence que la polygamie, bien que très répandue à son époque, est en fait contraire au droit hindou. Affirme que, selon les écritures hindouistes, le meilleur moyen d'atteindre la félicité est la contemplation spirituelle et le culte de l'Être Suprême, les rites sacrificiels restant réservés aux dévots de moindre évolution spirituelle. En 1831, se rend au Royaume-Uni comme ambassadeur de l'empereur moghol Muhammad Akbar Shâh. Meurt de méningite près de Bristol.
  • 17. Anna-Katharina Emmerick (1774-1824), religieuse catholique et mystique allemande. Fille de modestes paysans, entre en 1802 et de son propre vœu dans le cloître des augustines de Dülmen. Quand le cloître est sécularisé en décem- bre 1811, devient gouvernante de l'abbé Lambert, un prêtre qui a fui la France. Bientôt si malade qu'elle ne peut plus sortir de chez elle. Au cours des 12 années qui suivent, endure chaque vendredi la passion de Jésus, reçoit les stigmates (sur le front, à la poitrine, aux pieds et aux mains), ne mange plus, reconnait les objets et personnes consacrés (hiérognosie), prend sur elle les souffrances d’autrui. Ne laisse que 3 lettres dont l’authenticité soit sûre. Entre 1816 et 1824, le poète Clemens Brentano (1778-1842) prend note de ses visions. Ses retranscriptions remplissent 40 cahiers in-folio. Il est difficile de faire la part de ce qui a été effectivement dit par la mystique et de ce qui constitue une réélaboration du poète romantique (auteur en 1801 de la ballade de la Lorelei) qui a procédé à des amplifications et manipulations. C. Brentano a avoué l'influence des écrits du francis- cain-capucin Martin de Cochem (1634-1712) dans La douloureuse Passion. « J'ai toujours considéré le service au prochain comme la plus haute vertu. » Photo : La vierge extatique Anna Katharine Emmerick par Gabriel von Max (1885).
  • 18. Félicité de Lamennais (1782-1854), professeur de mathématiques puis prêtre français, écrivain, philosophe et homme politique. Ultramontain* à ses débuts, connaît une évolution qui fait de lui un précurseur du catholicisme libéral et social, ainsi que de la démocratie chrétienne. En 1830, fonde, avec Charles de Montalembert (1810-1870) et Henri Lacordaire (1802-1861), le journal l'Avenir, plaidant pour la liberté de l'enseignement, la séparation de l'Église et de l'État et réclamant la liberté de conscience, de presse, d’association et de religion. Le journal est condamné par le pape Grégoire XVI en 1832 (encyclique Mirari vos). En 1833, renonce à ses fonctions ecclésiastiques. En 1834, dans Paroles d'un croyant, dénonce une papauté qui a "divorcé avec le Christ". Condamné par l’encyclique Singulari nos. Dans Esquisse d'une philoso- phie, développe sa conception d'un christianisme sans Église, capable de regrouper les masses pour les conduire au progrès par la charité. En 1848, élu député à l'Assemblée nationale. Meurt toujours brouillé avec l’Église. Ses obsèques civiles sont suivies par une foule énorme où dominent les petites gens. Selon ses volontés, enterré dans la fosse commune du cimetière du Père-Lachaise. * Ultramontanisme : défense de la souveraineté absolue du pape en matière religieuse, mais en même temps libéralisme, aspirations démocratiques et catholicisme.
  • 19. Arthur Schopenhauer (1788-1860), philosophe allemand, marqué par le bouddhisme, foncièrement pessimiste. S’intéresse à l’intuition, à la volonté, à l’individuation, à la compassion. Développe des réflexions partiellement en accord profond avec la théorie de l'évolution, avant même que Darwin ne publie ses travaux. Appelle à la compassion devant l’universelle souffrance dont nous sommes tous acteurs et/ou témoins. Affirme que les animaux partagent la même essence que les humains, malgré leur manque de faculté à raisonner. Considère le végétarisme comme excessif, mais défend le respect envers les animaux dans la morale et dénonce la vivisection. « Éprouver de la compassion, c’est devenir un être moral. Sympathiser avec la nature entière, c’est le véritable état du sage sur cette Terre». « Ce que raconte l’histoire n’est en fait que le long rêve, le songe lourd et confus de l’humanité. »
  • 20. Jeanne Jugan (1792-1879) religieuse française. Fille d’un pêcheur qui disparaît en mer, aide en pharmacie, servante, journalière. Au début de l'hiver 1839, recueille une vieille femme aveugle et infirme à qui elle donne son lit et s'installe elle-même au grenier. Dans les années qui suivent, quelques jeunes femmes l'assistent dans sa nouvelle tâche, les personnes recueillies étant de plus en plus nombreuses. Quête pour avoir des fonds. Fonde en mai 1842 à St Servan (Ille-et-Vilaine) la congrégation des ‘Servantes des Pauvres’ qui s’appelle ensuite ‘Petites Sœurs des Pauvres’. Fonde de nouvelles maisons à la Piletière, à Rennes, et à Dinan. En 1852, est écartée de toute responsabilité dans la congrégation par l'abbé Auguste Le Pailleur (1812-1895) qui s’attribue la création de l’œuvre, est reléguée au noviciat de Saint-Pern. Aujourd’hui, 2 710 religieuses accueillent plus de 13 000 résidents dans 200 maisons sur les 5 continents. La congrégation a une branche de laïcs associés. « Il faut toujours être de bonne humeur, nos vieillards n'aiment pas les figures tristes ! »
  • 21. Antonio Rosmini (1797-1855), théologien et philosophe italien. Après des études à Pavie et Padoue, ordonné prêtre en 1821. En 1828, fonde un nouvel ordre religieux, ‘l'Institut de la Charité’ et en 1832 les ‘Sœurs de la Providence’ (ordre des rosminiens). Auteur de 80 volumes. Dans une Italie morcelée et sous domination autrichienne, travaille à l'unité italienne, qu'il souhaite sous forme de confédération. Opposé au catholicisme comme religion d’État. Défenseur infatigable des libertés des citoyens et des corps intermédiaires contre les abus d’un État tout-puissant, attentif aux souffrances des plus défavorisés. Dans son livre Philosophie de la politique, fait part de son admiration pour De la démocratie en Amérique, le chef-d’œuvre de son contemporain Alexis de Tocqueville, le père du libéralisme. Dans son ouvrage Les cinq blessures de la Sainte Église, met le doigt sur 5 plaies de l’Église romaine : 1 - la division entre le clergé et le peuple lors du culte public, 2 - le manque d’éducation du clergé, 3 - la désunion des évêques, 4 - la nomination des évêques abandon- née au pouvoir séculier, 5 - le maintien du féodalisme, qui a fini par supprimer la liberté de l’Église, d’où dérivent tous ses maux. ../..
  • 22. Antonio Rosmini Ce livre, et un autre, La costituzione secondo la giustizia sociale suscitent une opposition, notamment de la part des jésuites ; ils sont placés à l'Index en 1849. Fait acte de soumission à Rome et se retire à Stresa, sur les bords du lac Majeur, sous la surveillance de la police autrichienne. Y meurt 6 ans plus tard après avoir écrit son œuvre la plus aboutie, Teosofia. Avant sa mort, apprend que la censure pesant sur ses écrits a été levée par la Congrégation de l'Index. 20 ans plus tard, le mot utilisé par la Congrégation pour lever la censure (dimittantur) est sujet à polémique. La controverse est tranchée en 1887 par le pape Léon XIII qui condamne 40 thèses rosminiennes et interdit qu'on les enseigne. Béatifié par le pape Benoît XVI en novembre 2007. « Adorer. Se taire. Se réjouir. » (au moment de mourir, testament à son ami l'écrivain Alessandro Manzoni)
  • 23. Christian Hermann Weisse (1801-1866), bibliste, théologien protestant et philosophe allemand. Diplômé de l'université de Leipzig, adhère à l'école hégélienne de philosophie. Développe ensuite, avec Fichte un nouveau théisme spéculatif, et s'oppose à l'idéalisme panthéiste de Hegel. En 1835, le philologue prussien Karl Lachmann (1793-1851) avait démontré que le plus ancien des évangiles était celui de Marc. Les recherches de Weisse sur le problème synoptique du Nouveau Testament l'amènent à formuler en 1838 une solution originale : « l’hypothèse des deux sources ». Selon cette hypothèse, l'évangile selon Marc fut écrit le premier et constitue l'une des deux sources dont s'inspirent l'évangile selon Matthieu et l'évangile selon Luc, l'autre source étant le document Q, (en allemand, Quelle : source), une collection perdue de logia, les dits de Jésus. Provocatrice il y a un siècle, car teintée de scientisme, l’hypothèse des deux sources est aujourd’hui acceptée par la quasi-totalité des spécialistes du Nouveau Testament, et enseignée dans toutes les bonnes facultés de théologie, catholiques ou protestantes. Mais seuls quelques téméraires, comme Pierre Nautin, ont transgressé le tabou qui consiste à reconstituer la source Q, à rebours des siècles.
  • 24. Victor Hugo (1802-1885), écrivain, poète, romancier, dramaturge et prosateur romantique français, dessinateur, intellectuel engagé. Opposé à l’exploitation des plus faibles, à la colonisation et à l’esclavage, à la peine de mort, précurseur des droits des femmes, de l’école laïque et gratuite, du droit de vote universel, des États-Unis d’Europe, du bien-être animal. Croit en un Dieu souffrant et compatissant, force infinie créatrice de l'univers, et à l'immortalité de l'âme. En 1882, s’indigne contre les pogroms perpétrés contre les Juifs dans la Russie tsariste : « Ce qui se dresse en ce moment, ce n’est plus du crime, c’est de la monstruosité. Un peuple devient monstre. (…) Le christianisme martyrise le judaïsme; 30 villes (27 selon d’autres) sont en ce moment en proie au pillage et à l’extermination. (…) Les vieux siècles, l’un avec les Albigeois, l’autre avec l’Inquisition, l’autre avec le Saint Office, l’autre avec la Saint Barthélémy, l’autre avec les dragonnades, l’autre avec l’Autriche de Marie-Thérèse, se ruent sur le dix-neuvième et tâchent de l’étouffer ».
  • 25. Victor Hugo « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent. » « Le prodige de ce grand départ céleste qu'on appelle la mort, c'est que ceux qui partent ne s'éloignent point. (…) Ils sont en haut et tout près. La beauté de la mort, c'est la présence. Présence inexprimable des âmes aimées, souriant à nos yeux en larmes. L'être pleuré est disparu, non parti. Nous n'aperce- vons plus son doux visage ; nous nous sentons sous ses ailes. Les morts sont les invisibles, mais ils ne sont pas les absents. » « Tremble de tout abus de pouvoir sur la bête. » « Mourir n'est pas finir, c'est le matin suprême. » « La vie, le malheur, l'isolement, l'abandon, la pauvreté, sont des champs de bataille qui ont leurs héros ; héros obscurs plus grands parfois que les héros illustres. » « La peine de mort est le signe spécial et éternel de la barbarie. » « N'imitez rien ni personne. Un lion qui copie un lion devient un singe. (…) L'homme fort dit : « Je suis". Et il a raison. Il est. L'homme médiocre dit également : "Je suis". Et lui aussi a raison. Il suit. »
  • 26. Victor Hugo « L’existence terrestre n’est autre chose que la lente croissance de l’être humain vers cet épanouissement de l’âme que nous appelons la mort. (…) Ne nous reposons pas, travaillons, veillons sur nous et sur les autres, dépensons-nous pour la probité, prodiguons-nous pour la justice, ruinons-nous pour la vérité, sans compter ce que nous perdons, car ce que nous perdons, nous le gagnons. Point de relâche. Faisons selon nos forces, et au-delà de nos forces. (…) Aimer, c’est donner ; aimons. » « Il n’y a que la nature. La nature existe seule et contient tout. Tout Est. Il y a la partie de la nature que nous percevons, et il y a la partie de la nature que nous ne percevons pas. (…) Toutes ces choses, spiritisme, somnambulisme, catalepsie, biologie, convulsionnaires, médiums, seconde vue, tables tournantes ou parlantes, invisibles frappeurs, enterrés de l’Inde, mangeurs de feu, charmeurs de serpents, etc., si faciles à railler, veulent être examinées au point de vue de la réalité. Il y a là peut-être une certaine quantité de phénomène entrevu. Si vous abandonnez ces faits, prenez garde, les charlatans s’y logeront, et les imbéciles aussi. Pas de milieu : la science, ou l’ignorance. Si la science ne veut pas de ces faits, l’ignorance les prendra. »
  • 27. Victor Hugo « Il y a souvent plus de choses naufragées au fond d'une âme qu'au fond de la mer. » « Mieux vaut une conscience tranquille qu'une destinée prospère. J'aime mieux un bon sommeil qu'un bon lit. » « Enfer chrétien, du feu. Enfer païen, du feu. Enfer mahométan, du feu. Enfer hindou, des flammes. À en croire les religions, Dieu est né rôtisseur. » « Car le mal qui nous vient des vices qui sont nôtres Est pire que le mal que nous font ceux des autres. » « Je donne 50 000 francs aux pauvres. Je désire être porté au cimetière dans leur corbillard. Je refuse l'oraison de toutes les Églises; je demande une prière à toutes les âmes. Je crois en Dieu ». (codicille à son testament, daté du 2 août 1883) « Aimer, c’est agir ! » (son dernier mot écrit à la main 3 jours avant sa mort)
  • 28. Ralph Waldo Emerson (1803-1882), essayiste, philosophe et poète états-unien. Pasteur unitarien, démissionne après un conflit avec les dirigeants de l'Église. Fait un grand voyage en Europe en 1832-1833. En 1835, achète une maison à Concord, devient ami de de Henry David Thoreau. Inspirateur de l’indépendance états-unienne. Chef de file du mouvement transcendantaliste* américain du début du 19ème siècle. Beaucoup de ses intuitions lui viennent de son étude des religions orientales, notamment l’hindouisme, le confucia- nisme et le soufisme. Ses grandes idées sont l’utilisation de l’expérience personnelle, l’idée de l’ "Âme supérieure" cosmique et la doctrine de la compensation. « C'est sur nos propres pieds que nous marcherons, c'est avec nos propres mains que nous travaillerons, ce sont nos propres idées que nous exprimerons… Une nation d'hommes existera pour la première fois, parce que chacun se croit inspiré par l'âme divine, qui inspire aussi tous les hommes ». * Une des croyances fondamentales des transcendantalistes était la bonté inhérente des humains et de la nature. Ils croyaient aussi que la société et ses institutions – particulière- ment les institutions religieuses et les partis politiques - corrompaient la pureté de l'humain, et qu'une véritable communauté ne pouvait être formée qu'à partir d'individus autonomes et indépendants.
  • 29. Allan Kardec Hippolyte Léon Rivail (1804-1869) pédagogue français, disciple de J. H. Pestalozzi* et fondateur de la philosophie spirite ou spiritisme. S'intéresse aux nouvelles découvertes de son temps, telles que l'hypnose, le magnétisme. Vers 1850, régisseur de spectacles d'illusion au carré Marigny, sous la direction du physicien-prestidigitateur Henri Lacaze. Administrateur du ‘théâtre des Funambules’, et du théâtre des ‘Délasse- ments Comiques’. En pédagogue positiviste, est sollicité pour superviser des séances de tables tournantes. On lui demande aussi de mettre de l'ordre dans les communications reçues des esprits lors de séances. Ce travail donnera naissance aux ouvrages Le Livre des Esprits (1857) et Le Livre des médiums (1861). Prend son surnom d'Allan Kardec, nom qu'il pense correspondre à celui qu'il portait lors d'une vie antérieure, alors qu'il était druide. « L'homme n'est pas seulement composé de matière, il y a en lui un principe pensant relié au corps physique qu'il quitte, comme on quitte un vêtement usagé, lorsque son incarnation présente est achevée. Une fois désincarnés, les morts peuvent communiquer avec les vivants, soit directe- ment, soit par l'intermédiaire de médiums de manière visible ou invisible. » « Naître, mourir, renaître encore et progresser sans cesse, telle est la Loi. » * Les influences de Pestalozzi (1746- 1827) seront très fortes sur Léon Rivail, et certains principes de la pédagogie se retrouveront dans la doctrine spirite : la fraternité universelle et l'ouverture aux femmes.
  • 30. Allan Kardec et les peintres du spiritisme Certains êtres ont marqué leur époque, représenté un espoir et une fascination qu’ils ont souvent emportés avec eux. Outre Allan Kardec, citons - Madge Gill (1882-1961, photo du haut), peintre anglaise quasi- aveugle ultra-prolixe guidée par l’esprit de sa fille disparue. Se dit incitée à créer des œuvres d’art par une force extraterrestre qu’elle appelle Myrninerest, ce qui est supposé d’être dérivé de My inner Rest (‘mon repos intérieur’). Travaille très rapidement, des nuits entières, à la bougie, dans un état voisin de la transe. N’est pas intéressé à la notoriété, la fabrication de ses œuvres d’art a un but thérapeutique. - Les mineurs de fond Augustin Lesage (1876-1954) et Victor Simon (1903-1976) et Fleury Joseph Crépin (1875-1948, photo du bas), tour à tour plombier-zingueur, musicien et guérisseur-radies-thésiste sont guidés par des voix qui leur demandent de peindre. Crépin en 1938, découvre le dessin automatique. Au milieu de l’année 1939, déclare entendre des voix lui disant : « Quand tu auras peint 300 tableaux, ce jour-là la guerre finira... Après la guerre, tu feras 45 tableaux merveilleux et le monde sera pacifié. » Achève sa 300e toile le 7 mai 1945, la veille de la capitulation de l'Allemagne, et commence la série des tableaux en 1947.
  • 31. Caroline Malvesin et Antoine Vermeil C.M.(1806-1889), laïque protestante française. Rêve, vers ses 17 ans, de devenir "sœur de charité", bien qu'il n'existe à l'époque aucun ordre religieux protestant en France. Marquée par le théolo- gien protestant Adolphe Monod (1802-1856). Avec le pasteur Antoine Vermeil (1799-1864, originaire de Nîmes, études à Genève, pasteur à Hambourg, Bordeaux puis Paris), fonde en 1841 la ‘Communauté des Diaconesses de Reuilly’, ordre religieux protestant d’abord installé à Paris (rue de Trois Sabres, puis rue de Reuilly), actuellement à Versailles. 40 autres communautés sont réparties ailleurs, 20 en France et 20 dans le monde, notamment au Cameroun. La 7ème prieure de la communauté, sœur Myriam (1925-2010, photo du bas) portée sur le travail biblique, l’accompagnement individuel et le dialogue œcuménique, a rédigé en 1983 la règle de vie de la communauté. La ‘Fondation Diaconesses de Reuilly’ regroupe aussi des œuvres sanitaires (gériatrie, soins palliatifs, etc.), médico-sociales (personnes âgées et handicapées) et sociales (formation, précarité et insertion, accueil d’urgence). Ses valeurs sont : « ouverture et hospitalité, parole et dignité, compétence et bienveillance, respect et limites, innovation et institution ».
  • 32. David Strauss David Friedrich Strauss (1808-1874), historien et théologien protes- tant allemand. Répétiteur de philosophie au séminaire protestant de Tübingen de 1832 à 1835. Son premier ouvrage, La Vie de Jésus (Das Leben Jesu, 1835) scandalise son époque en montrant un Jésus historique et non divin et par sa vision des évangiles comme récit inconscient des premières commu- nautés chrétiennes. Pour lui l'idée fondamentale de la religion chrétienne est l'incarnation divine, et les premiers évangiles n'ont pas été écrits dans un but historique mais pour exprimer cette idée au moyen de mythes. Rejetant tant l'explication surnaturelle des miracles, que les explications des rationalistes, il en fait le résultat de l'usage par les premiers Chrétiens des idées messianiques juives, pour exprimer la conviction que Jésus est bien le messie. Ses positions sont critiquées, entre autres, par Bruno Bauer (1809-1882) dans sa Kritik der evangelischen Geschichte der Synoptiker (1841) et dans Philo, Strauss, Renan und das Urchristentum (1874). Son livre Der Christus des Glaubens und der Jesus der Geschichte (Le Christ de la foi et le Jésus de l‘histoire, 1865) est une critique sévère des conférences posthumes de Schleiermacher.
  • 33. Charles Darwin (1809-1882), naturaliste anglais, diplômé de l’université de Cambridge. Parcourt le monde pendant 5 ans à bord du bateau HMS Beagle de la Royal Navy, fait des observations géologiques, commence des collections de spécimens d’animaux et de plantes. Formule en 1859 l'hypothèse selon laquelle toutes les espèces vivantes ont évolué au cours du temps à partir d'un seul ou quelques ancêtres communs grâce au processus connu sous le nom de "sélection naturelle". Ses travaux expliquent de façon logique et unifiée la diversité de la vie et ont révolutionné la biologie. Vivement critiqué par les Églises chrétiennes, car il remet en cause le récit mythique de la création présenté par la Genèse, alors considéré comme historique. « Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux au changement. » « Je ne vois aucune limite au nombre de changements, à la beauté et à l'infinie complexité des adaptations des êtres vivants les uns avec les autres, liés à leurs conditions de vie, conditions soumises sur la longue durée au pouvoir de sélection de la nature. »
  • 34. Ludwig Philippson (1811-1889), rabbin allemand. Études de théologie, philosophie et philologie à Halle puis à Berlin et un peu en France, rabbin à Magdebourg. Son travail le plus significatif est la traduction et la publication en 1853 de la bible hébraïque (dite Bible de Philippson, image du bas), illustrée par Gustave Doré. Cette traduction contextualise la tradition religieuse juive au milieu des civilisations de l’Antiquité moyen-orientale et façonnera les pratiques religieuses juives, en particulier en Allemagne, jusqu'au 20ème siècle. Elle marquera profondément le jeune Sigmund Freud. En 1837, fonde le journal Allgemeine Zeitung des Judentums, porte- parole du judaïsme réformé allemand. Membre après1839 de la Gesell- schaft der Freunde (‘Société des amis’, Quakers non-violents). En 1855, fonde l’Institut zur Förderung der israelitischen Literatur, (‘Institut pour la promotion de la littérature israélite’), qui en 18 ans publie environ 80 ouvrages en allemand, y compris des travaux de la science juive, la poésie et l'histoire juive, comme 7 volumes de l'historien et théologien juif prussien Heinrich Graetz (1817-1891) sur l’Histoire des Juifs. L'institut sera interdit par le gouvernement de l'empire d'Autriche, et Philippson expulsé du territoire de l'empire. Co-fondateur de la Hochschule für die Wissenschaft des Judentums. (‘École supérieure de la science du judaïsme‘)
  • 35. Frédéric Ozanam (1813-1853), historien, journaliste et essayiste catholique français. Études de droit et de lettres. En avril 1933, fonde avec des amis étudiants un groupe voué au service des pauvres, la ‘Conférence de la Charité’, qui devient la ‘Société de Saint-Vincent-de-Paul’. À l'origine des ‘Conférences de carême’ de Notre-Dame de Paris. En 1841, professeur de littérature étrangère à la Sorbonne. Dès les années 1830, se situe dans le courant initié par Félicité de Lamennais qui voit dans les principes révolutionnaires Liberté- Égalité-Fraternité une traduction moderne du message évangélique, contribue à la réconciliation de l’Église et de la République et à l'émergence d'une conception française de la laïcité, respectueuse de la liberté religieuse et de conscience. Participe à la fondation du journal L'Ère nouvelle avec Lacordaire. Meurt d’une pleurésie à l’âge de 40 ans. « La question qui divise les hommes de nos jours, c’est de savoir qui l’emportera de l’esprit d’égoïsme ou de l’esprit de sacrifice, si la société ne sera qu’une grande exploitation au service des plus forts ou une consécration de chacun au service de tous. »
  • 36. Søren Kierkegaard (1813-1855) écrivain, théologien protestant et philosophe danois. Vie sinueuse et tourmentée. Son père fait peser sur lui l’emprise d’une éducation religieuse austère et étouffante contre il se révoltera et s’indi- gnera toute sa vie, en martelant sans cesse à quel point le christianisme de son temps a oublié l’idée même de vie intérieure au profit du confor- misme social. Marqué à vie par sa décision de rompre avec Régine Olsen. À 34 ans, défend sa vision d’un christianisme véritable contre l’Église officielle danoise, luthérienne, et dénonce l'immoralité inhérente d'un christianisme d'État. Met en parallèle la foi et le doute, deux attitudes qui se répondent et qui engagent profondément l'homme dans l'existence. Le doute met en branle le repos que pourrait procurer la foi. La foi se caractérise par le risque, le danger. La présence au monde est fondée sur la conscience de soi et l'introspection. Il faut traverser le désespoir et l’assumer pour donner à sa vie une profondeur et une épaisseur existentielle. Distingue 3 stades, 3 grandes attitudes de l’homme face à sa condition : 1) le stade esthétique, qui se réduit à l’immédiateté de l’instant et des sens, 2) le stade éthique, celui de l’engagement et de l’intériorité, 3) le stade religieux, ouverture à l’altérité radicale.
  • 37. Søren Kierkegaard « Dieu se rit de nos théories. » « Exister, ce n’est pas simplement être là sans savoir pourquoi, c’est aussi, et surtout, s’efforcer de se relier par l’esprit à ce qui nous dépasse, l’infini et l’éternel. « Oser devenir entièrement soi-même, un homme singulier, cet homme singulier déterminé, seul en face de Dieu, seul dans cet immense effort et dans cette immense responsabilité.» « Une thèse - une seule. Ô Luther, tu avais 95 thèses : c'est terrible ! Et pourtant, en un sens plus profond, plus il y a de thèses, moins c'est terrible. Cette affaire est bien plus terrible : il n'y a qu'une seule thèse ! Le christianisme du Nouveau Testament n'existe absolument pas. » « On ne peut comprendre la vie qu'en regardant en arrière ; on ne peut la vivre qu'en regardant en avant. » « Être un maître, ce n’est pas trancher par des affirmations, c’est apprendre du disciple. Il ne devrait pas y avoir des maîtres à penser, mais uniquement des serviteurs à penser. » « Oser, c’est perdre pied momentanément. Ne pas oser, c’est se perdre soi-même. »
  • 38. Giovanni Bosco Giovanni Melchior Bosco, ou Jean Bosco, ou Don Bosco (1815- 1888), prêtre catholique et éducateur italien. Issu d’une famille très pauvre, fait ses études avec l'aide de bienfaiteurs et avec l'argent gagné comme serveur dans un café ou palefrenier. Apprenti cordonnier, forgeron, menuisier Voue sa vie à l'éducation des jeunes enfants issus de milieux défavorisés. Expulsé de bien des endroits avec ses jeunes, jugés bruyants et dérangeants par les citoyens et la ville de Turin, avant de s'établir définitivement dans le quartier de Valdocco. Aucun de ces jeunes "voyous", qu’il dirige comme "infirmiers", ne meurt pendant l'épidémie de choléra en 1854-1855. Fonde en 1859 la ‘Société de Saint François de Sales’ (congré- gation des salésiens) : cours du soir, foyer d'apprentis, école secondaire, camps de vacances, cours professionnels. Souvent victime d’agressions physiques, fait état dans ses Mémoires de l'apparition d'un énorme chien gris, ‘le Grigio’, intervenant mystérieusement au bon moment, doux et patient avec les enfants de son patronage, mais féroce envers les agresseurs. Pédagogue, ferme avec les jeunes, bienveillant, faisant confiance, attendant de chacun le meilleur : un des grands éducateurs et pédagogues du 19ème siècle.
  • 39. Bahā u’llāh Mīrzā Ḥusayn Alī Nūrī, (1817-1892), surnommé Bahā u’llāh ("Splendeur de Dieu" en arabe, translittération baha'ie). Issu d’une grande famille de l’aristocratie iranienne, a 14 enfants de ses 3 épouses. Se convertit au babisme (voir Bab) à l’âge de 28 ans. Arrêté, connait en 1852 une expérience mystique dans son cachot dans la prison du Síyáh-Chál à Téhéran. Quitte Téhéran pour Bagdad, le Kurdistan, Constantinople, puis Andrinople. Passe les 24 dernières années de sa vie, toujours prisonnier de l’Empire ottoman, dans la ville de Saint Jean-d’Acre (Palestine) et ses environs, sans jamais cesser d’exhorter les puissants de ce monde à réconcilier leurs différends, à réduire leurs armements, et à consacrer leurs énergies à instaurer la paix universelle. Plante sa tente sur le Mont Carmel (Haïfa) en 1891. Ses écrits représentent plus de 100 volumes. ../.. Photo du bas : prison de Baha u’llah à St Jean d’Acre
  • 40. Bahā u’llāh Selon lui, il existe un plan divin pour le développement de l’humanité, révélé d’âges en âges au travers de "grands éducateurs" qui sont la "manifestation de Dieu", tels que Krishna, Abraham, Moïse, Bouddha, Zoroastre, Jésus, Muhammad, le Bāb, et lui-même, Bahā’u’lláh. Proclame l’unification prochaine de l’humanité et l’émergence d’une civilisation mondiale. Explique que la religion est un remède prescrit par le "médecin divin" pour soulager les maux de l’humanité et établir l’unité et la concorde parmi les peuples de la Terre, mais que si elle devenait source de haine et de conflits, le véritable acte religieux serait de s’en débarrasser ! Pour les bahá’ís, il en va de la "vérité" religieuse comme de la connaissance scientifique : elle apparaît par étapes, et ce qui est considéré comme certain à une époque peut être remis en cause à une autre par une nouvelle découverte ou par une meilleure compréhension. Photo du bas : symbole du bahaïsme. En 2011, cette religion dit avoir 7 millions de membres appartenant à plus de 2 100 groupes ethniques, répartis dans plus de 189 pays.
  • 41. Bab Sayyid Alī Muhammad Šīrāzī (1819-1850), marchand de Shiraz (Iran). En 1844, déclare être une manifestation nouvelle de Dieu et le mahdi attendu par les musulmans. Prend le titre de Bāb ("la porte" en arabe), et fonde une nouvelle religion indépendante de l’islam appelée babisme. En pèlerinage à La Mecque, explique sa mission au chérif de la ville sainte. Sous la pression du clergé islamique, est arrêté par le gouverneur de Chiraz. Transféré à la forteresse de Maku dans la province d'Azer- baïdjan, y commence la rédaction du Bayan persan (en arabe, "l’explication"), texte de 8000 vers en 9 parties. Fusillé en 1850 à Tabriz. Ses restes sont transférés de cache en cache jusqu'à leur inhumation en mars 1909 dans un mausolée situé dans les jardins bahá'is sur les pentes du Mont Carmel, à Haïfa (Palestine).
  • 42. John Tyndall (1820-1893), scientifique et alpiniste irlandais. Dessinateur, ingénieur, puis professeur de mathématiques et d’arpentage. Doctorat de physique et chimie à l’université de Marbourg (Allemagne) sous la direction de Robert Bunsen (1811-1899). Conseiller scientifique de Trinity House, puis du Board of Trade, succède à Michael Faraday comme recteur de la Royal Institution. Dans les années 1850, étudie le diamagnétisme, fait des découvertes dans les domaines du rayonnement infrarouge et des propriétés physiques de l'air. Trouve l’explication du fait que le ciel est bleu car les particules minuscules de l’air diffusent la lumière du soleil. Le premier à le prouver que l’atmosphère de la Terre a un effet de serre, à observer et à signaler le phénomène de thermophorèse dans les aérosols. Trouve des spores bactériennes viables (endospores) dans des bouillons soi-disant stérilisés à la chaleur. Invente un meilleur respirateur de pompier, une cagoule filtrant la fumée et les gaz nocifs de l'air, développe une meilleure corne de brume. Consacre une grande partie de son temps à la diffusion de la science auprès du grand public. Affirme qu'il ne faut pas laisser le sentiment religieux « envahir la région de la connaissance sur laquelle il ne détient aucun commandement » , mais aussi que « le vrai mystère de l'univers demeure non résolu (... ) Abaissons la tête et reconnais- sons notre ignorance, prêtre et philosophe, tous et chacun. »
  • 43. George Williams (1821-1905), philanthrope anglais. S'est décrit comme "un jeune homme insouciant, irréfléchi, impie et grossier". Après un accident, devient apprenti dans un magasin de drap. En 1837, passe de l'anglica- nisme au congrégationnalisme, autre Église protestante. Consterné par les terribles conditions qui règnent à Londres pour les jeunes travailleurs, assemble des collègues pour créer un lieu qui sorte les jeunes du "péché". Fonde en 1844 la Young Men’s Christian Association (YMCA*), en France ‘Association chrétienne de jeunes gens’ (ACJG). L'année suivante, elle se répand hors de Londres, puis aux États-Unis et au Canada. En 1855, elle se mondialise avec l'organisation de la première conférence mondiale du YMCA. En 1891, le basket-ball est inventé par James Naismith, ensei- gnant canadien moniteur d'un camp YMCA. En 1895, le volley-ball est inventé par un animateur YMCA états-unien, William G. Morgan. YMCA est la plus ancienne et la plus importante association caritative de jeunesse au monde. Son objectif est d'aider les jeunes à s'épanouir dans leurs communautés. Elle regroupe plus de 15 000 associations locales de jeunes, présentes dans 120 pays, représentant 65 millions de membres qui œuvrent dans de nombreux domaines : insertion par l’emploi, formation, logement, santé, accueil de réfugiés et demandeurs d’asile, etc. La célèbre chanson disco du groupe Village People, YMCA, date de 1978. * prononcer ‘Ouaï Em Tsi Ey’
  • 44. Fiodor Dostoïevski (1821-1881), romancier russe. Déporté 4 ans dans un bagne en Sibérie à cause de ses liens avec les mouvements anti-tsaristes. Ses romans sont parfois qualifiés de ‟métaphysiques”, tant la question angoissée du libre arbitre et de l'existence de Dieu est au cœur de sa réflexion : « Nous autres, ce sont les questions éternelles qui nous passionnent. » « La beauté sauvera le monde. » Un des premiers écrivains chrétiens à remettre en cause la théologie de l’enfer dans Les frères Karamazov. Dans ce roman, l'auteur imagine que Jésus est revenu sur terre, à Séville au XVIème siècle, pour voir de plus près l’Inquisition espagnole, si peu conforme à son enseignement. Jésus, mêlé à la foule, est toutefois reconnu et immédiatement emprisonné par le Grand Inquisiteur qui le condamne à mourir le lendemain au bûcher. ../..
  • 45. Fiodor Dostoïevski Le soir avant son exécution, le Grand Inquisiteur visite Jésus dans sa cellule et lui explique qu'il est devenu un gêneur : « Il y a trois forces, les seules qui puissent subjuguer à jamais la conscience de ces faibles révoltés, ce sont : le miracle, le mystère, l'autorité ! Tu les as repoussées toutes trois *, donnant ainsi un exemple. » (…) Tu désirais une foi qui fût libre et non point inspirée par le merveilleux. ll te fallait un libre amour, et non les serviles transports d'un esclave terrifié. (…) Leur liberté, ils l'ont humblement déposée à nos pieds ! (…) Nous avons corrigé ton œuvre en la fondant sur le miracle, le mystère, l'autorité. Et les hommes se sont réjouis d'être de nouveau menés comme un troupeau et délivrés de ce don funeste qui leur causait de tels tourments. » * Cf. Les tentations de Jésus au désert : 1) la tentation de changer les roches en pains (le mystère). 2) la tentation de sauter dans le vide à partir du pinacle du Temple et de voir sa chute amortie par des anges (le miracle). 3) la tentation de se proclamer « Roi du monde » (l’autorité)
  • 46. Gustave Flaubert (1821-1880), écrivain français. Marque la littérature universelle par la profondeur de ses analyses psychologiques, son souci de réalisme, son regard lucide sur les comportements des individus et de la société, et par la force de son style. Son roman philosophique inachevé Bouvard et Pécuchet, publié en 1881 à titre posthume, est une vaste raillerie sur la vanité de ses contemporains. Deux hommes se rencontrent par hasard, découvrent qu’ils exercent le même métier (copiste) et qu'ils ont les mêmes centres d'intérêt. Un héritage opportun de Bouvard leur permet de changer de vie. Ils reprennent une ferme et se lancent dans l'agriculture. Leur inaptitude ne va engendrer que des désastres. Ils s'intéressent à la médecine, la chimie, la géologie, la politique, la religion, l’éducation avec les mêmes difficultés. Lassés par tant d'échecs, ils retournent à leur métier de copiste. Le comique vient de la frénésie des deux compères à tout savoir, tout expérimenter, et surtout de leur incapacité à comprendre. « Tirons enfin la conclusion qui se dégage du livre : la société vit d'erreurs et de préjugés, ne les lui enlevez pas, car ce que vous lui offrez en échange ne saurait les remplacer. Ce qui fait sa force n'est pas vrai ; et ce qui est vrai n'est pas utilisable pour elle. Les illusions, les habitudes, les traditions sont nécessaires à l'existence de l'homme ; les déranger c'est l'affaiblir », écrit le théologien protestant Auguste Sabatier (1839- 1901), vieil ami de Flaubert.
  • 47. Charles Baudelaire (1821-1867), poète français. Son dégoût du monde contemporain, l’obsession de la vieillesse et de la mort le poussent à rechercher l’évasion sous toutes ses formes. Découragé, miné par la maladie, en proie aux difficultés matérielles, meurt à 46 ans après une année de paralysie et d’aphasie. Son recueil poétique Les fleurs du mal (1857), condamné par la justice impériale, manifeste « cet immortel instinct du beau qui nous fait considérer la terre et ses spectacles, comme un aperçu, comme une correspondance du ciel ». Sa démarche, engagement mystique et esthé- tique, est de retrouver dans la vie quotidienne les signes d’un monde antérieur et idéal qui n’est pas soumis à la fatalité du péché et à la néces- sité de la souffrance. « Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage prennent des albatros, vastes oiseaux des mers, qui suivent, indolents compagnons de voyage, le navire glissant sur les gouffres amers. (…) Le poète est semblable au prince des nuées qui hante la tempête et se rit de l'archer ; exilé sur le sol au milieu des huées, ses ailes de géant l'empêchent de marcher. »
  • 48. Mary Baker Eddy (1821-1910), auteure, guérisseuse, professeure, conférencière états- unienne. Guérie en 1866, en lisant la Bible, d’une blessure interne qui risquait de lui être fatale. Fondatrice d’un “système métaphysique et scientifique de guérison établi sur des lois divines universelles” qu’elle appelle Christian Science (‘Science chrétienne’). En 1875, publie Science et Santé, avec la Clef des Écritures, l'ouvrage fondamental de ce mouvement. En 1879, fonde à Boston The Church of Christ, Scientist . En 1898, crée une société d'édition qui publie encore de nos jours plusieurs magazines. « La guérison physique par la Science Chrétienne résulte, aujourd'hui comme au temps de Jésus, de l'opération du Principe divin, devant laquelle le péché et la maladie perdent leur réalité dans la conscience humaine et disparaissent aussi naturellement et aussi nécessairement que les ténèbres font place à la lumière et le péché à la réforme. Aujourd'hui, comme autrefois, ces œuvres puissantes ne sont pas surnaturelles, mais suprêmement naturelles. »
  • 49. Ernest Renan (1823-1892), écrivain, philologue, philosophe et historien français. Établit un rapport étroit entre les religions et leurs racines ethnico- géographiques. Auteur de l’Histoire des origines du christianisme (7 volumes de 1863 à 1881). Le premier volume, Vie de Jésus connait un succès considérable. Le pape Pie IX considère son auteur comme un « blasphémateur européen ». Renan affirme que la biographie de Jésus doit être comprise comme celle de n'importe quel autre homme, que la Bible doit être soumise à un examen critique comme n'importe quel autre document historique. Il a un grand retentissement, déclenche des débats passionnés et la colère de l'Église catholique, et coûte à l’auteur sa chaire au Collège de France où, lors de sa leçon inaugurale d’hébreu en I862, il parle de Jésus comme d’ « un homme incomparable ». Membre de l’Académie française. ../..
  • 50. Ernest Renan Critique la religion comme système de pensée tout en affirmant son importance comme facteur d'unification des sociétés humaines ainsi que le danger de s'en détourner trop hâtivement. « L’homme, dès qu’il se distingua de l’animal, fut religieux, c’est à dire qu’il vit dans la nature quelque chose au delà de la réalité, et pour lui-même quelque chose au delà de la mort. « Jamais on n’a été moins prêtre que ne le fut Jésus, jamais plus ennemi des formes qui étouffent la religion sous prétexte de la protéger (…). Une idée absolument neuve, l’idée d’un culte fondé sur la pureté du cœur et sur la fraternité humaine, faisait par lui son entrée dans le monde ». ../..
  • 51. Ernest Renan « Jésus a toujours été mon maître. » « On chercherait vainement dans l’Évangile une pratique religieuse recommandée par Jésus (…). Il violait ouvertement le sabbat et ne répondait aux reproches qu’on lui faisait que par de fines railleries. Sa doctrine était quelque chose de si peu dogmati- que qu’il ne songea jamais à l’écrire ou à la faire écrire. On était son disciple non pas en croyant ceci ou cela, mais en s’attachant à sa personne et en l’aimant. » « Que jamais Jésus n’ait songé à se faire passer pour une incarnation de Dieu lui-même, c’est ce dont on ne saurait douter. Une telle idée était profondément étrangère à l’esprit juif. Il n’y en a nulle trace dans les Évangiles synoptiques ; on ne la trouve indiquée que dans les parties du quatrième Évangile qui peuvent le moins être acceptées comme la pensée de Jésus. » ../..
  • 52. Ernest Renan « Dieu s’était révélé avant Jésus, Dieu se révélera après lui. Profondément inégales et d’autant plus divines qu’elles sont plus grandes, plus spontanées, les manifestations du Dieu caché au fond de la conscience humaine sont toutes du même ordre. Jésus ne saurait donc appartenir uniquement à ceux qui se disent ses disciples. Il est l’honneur commun de ce qui porte un cœur d’homme. Sa gloire ne consiste pas à être relégué hors de l’histoire ; on lui rend un culte plus vrai en montrant que l’histoire entière est incompréhensible sans lui. » « Malheur aussi à la raison le jour où elle étoufferait la religion ! (…) Fausses quand elles essayent de prouver l’infini, de le déterminer, de l’incarner, si j’ose le dire, les religions sont vraies quand elles l’affirment. Les plus graves erreurs qu’elles mêlent à cette affirmation ne sont rien comparées au prix de la vérité qu’elles proclament. Le dernier des simples, pourvu qu’il pratique le culte du cœur, est plus éclairé sur la réalité des choses que le matérialiste qui croit tout expliquer par le hasard et le fini. »
  • 53. Henri Planchat (1823-1871), prêtre catholique français. À peine diplômé me avocat, entre au séminaire d'Issy-les-Moulineaux. Devient le premier prêtre de la ‘Congrégation des Religieux de Saint Vincent de Paul’ fondée en 1945 par Jean-Léon Le Prévost (1803-1874). Pendant plus de 20 ans, se consacre à la lutte pour la justice sociale au côté des ouvriers - notamment italiens - et de leur famille, dans les quar- tiers populaires de Grenelle puis de Charonne. Touche le cœur de géné- reux bienfaiteurs, aménage de nouveaux locaux rue des Bois : salles de jeux, gymnase, ateliers pour la formation des apprentis, grande chapelle pour l'action pastorale. Lorsque la guerre de 1870 éclate, s’associe au mouvement patrio- tique et charitable en faveur des soldats et blessés évacués dans la capitale, établit une infirmerie dans ses locaux. Les troupes versaillaises commandées par Adolphe Thiers entrent dans Paris le 21 mai 1971 : environ 20 000 morts dont 1 500 fusillés, 40 000 prisonniers. En réponse, des prisonniers et civils sympathisants ou supposés sympathisants des Versaillais sont massacrés par les fédérés. Fusillé le 26 mai 1871 au cours du massacre de la rue Haxo à la fin de la ‘Semaine sanglante’ de la Commune de Paris, avec 9 autres ecclé- siastiques et une quarantaine de civils.
  • 54. Antoine Chevrier (1826-1879), prêtre français nommé en 1850 vicaire du quartier de la Guillotière à Lyon, au milieu des ouvriers les plus pauvres. Dénonce les conditions inhumaines et dégradantes, dans les ateliers et les fabriques, du travail des enfants dont on fait « des machines à travail pour enrichir leurs maîtres ». Loue puis rachète en 1860 une ancienne salle de bal mal famée, le Prado. Aménage la salle de bal en chapelle, prend en charge des jeunes adolescents des deux sexes errants et abandonnés. En 1861, obtient l’autorisation d’ouvrir une école libre pour les enfants pauvres et en difficultés. Le Prado connaît un développement pédagogique très important sous la houlette d’Alfred Ancel, Supérieur du Prado, évêque auxiliaire de Lyon. Aujourd'hui, ‘l'Association des Prêtres du Prado’ est présente dans une cinquantaine de pays. La ‘Fondation du Prado’ poursuit son action auprès des enfants, des adolescents, des jeunes adultes et des adultes les plus fragilisés avec une vision humaniste laïque. Photo : la salle de bal du Prado en 1860
  • 55. Youssef Makhlouf ou Père Charbel, (1828-1898), prêtre et moine-ermite libanais. Prononce ses vœux religieux au sein de l'Ordre libanais maronite sous le nom de Charbel, l'un des premiers martyrs de l'Église d'Antioche. Vit dans la prière et la réclusion volontaire pendant 16 ans. En 1875, aspirant à une vie érémitique toujours plus intense, rejoint le petit ermitage isolé des Saints-Pierre-et-Paul, y mène une existence austère et silencieuse, centrée sur la célébration eucharistique, la prière devant le Saint Sacrement, le culte marial et le travail manuel. Quelques mois après sa mort une vive lumière est vue entourant sa tombe. En avril 1952, lors de la 3ème exhumation, son corps est intact et souple, sans la moindre décomposition, et continue de trans- pirer. Canonisé en 1977 par le pape Paul VI, qui honore « dans un monde largement fasciné par la richesse et le confort, la valeur primordiale de la pauvreté, la pénitence, et l'ascétisme, pour libérer l'âme dans sa montée à Dieu ». Officiellement saint patron du Liban. Depuis sa mort, auteur de milliers de miracles, dont le tombeau n'a jamais cessé d'attirer des pèlerins toujours plus nombreux, croyants de toutes religions et cultures.
  • 56. Léon Tolstoï Lev Nikolaïevitch Tolstoï (1829-1910), écrivain et comte russe, auteur de romans (Guerre et paix, Anna Karénine, etc.), pièces de théâtre, nouvelles, journaux représentant 90 volumes. En 1969, confronté à la perspective de sa mort, découvre la foi en Dieu, mais rompt peu à peu avec l’Église orthodoxe à qui il reproche son dogmatisme et sa fermeture, mais surtout de trahir le message évangélique de non-violence. Contestant la divinité de Jésus, il en est excommunié en 1901. S’insurge contre la guerre russo-japonaise et contre la peine de mort, appelle au refus de l’impôt et du service militaire. ../..
  • 57. Léon Tolstoï Milite pour l’émancipation des serfs, fonde une école où sont enseignées des méthodes de résolution non-violente des conflits, organise des actions de solidarité, défend les droits humains. Peu avant sa mort, entretient une correspondance avec Gandhi et soutient le jeune avocat indien dans sa lutte pour les minorités d’Afrique du Sud. « L’amour – c’est-à-dire l’aspiration à l’harmonie des âmes humaines et l’action qui résulte de cette aspiration – l’amour est la loi supérieure, unique de la vie humaine. (…) Cette loi fut proclamée par tous les sages de l’univers, aussi bien par ceux de l’Inde et de la Chine que par ceux d’Europe, Grecs et Romains. Et je pense qu’elle a été très clairement exprimée par le Christ lorsqu’il dit qu’elle seule "contient toute la loi et les prophètes". (…) Les fils du monde chrétien ont accepté cette loi tout en se permettant la violence. » 3ème et dernière lettre de Tolstoï à Gandhi le 7 septembre 1910
  • 58. William Booth (1829-1912), prédicateur méthodiste britannique. De famille pauvre, est au travail dès l’âge de 13 ans. Se rattache à l’’Église méthodiste’ à l’âge de 15 ans. En 1865, lance une première action contre l'injustice sociale à travers un mouvement qu'il nomme East London Christian Mission (‘Mission chrétienne de l'Est londonien’), avec les mots d’ordre « Soup, soap, salvation » (Soupe, savon, salut). Fonde en 1878 la Salvation Army (‘Armée du Salut’) et en devient son premier général. Le mouvement chrétien avec une structure quasi-militaire (hiérarchie, discipline, uniforme, règlements, drapeau), s’attaque notamment à l’alcoolisme, à l’exclusion des femmes, des émigrants, des prisonniers, des sans-abri. ‘L’Armée du Salut’ est aujourd’hui active dans 120 pays. « Tant que des femmes pleureront, je me battrai. Tant que des enfants auront faim et soif, je me battrai. Tant qu'il y aura un alcoolique, je me battrai. Tant qu'il y aura dans la rue une fille qui se vend, je me battrai. Tant qu'il y aura des hommes en prison, et qui n'en sortent que pour y retourner, je me battrai. Tant qu'il y aura des victimes d'attentats aveugles, je me battrai. »
  • 59. Helena Blavatsky Helena Petrovna von Hahn, ou Helena Blavatsky ou Madame Blavatsky ou HPB (1831-1891), née en Ukraine. Membre fondateur d'un courant ésotérique auquel elle donne le nom de théosophie (en grec : theos, divin et sophia, sagesse), concept antique selon lequel toutes les religions et philosophies possèdent un aspect d'une vérité plus universelle. Dès 1848, va rencontrer des sorciers, rebouteux, chamans de Mongolie et d'Inde, lamas du Caucase et du Tibet, yogis d'Inde et de Ceylan, spirites russes et égyptiens, médiums et sages qui l'influencent profondément. Fait ensuite une 2ème série de voyages (1865-1873) : Balkans, Grèce, l'Égypte, Syrie, Italie, Serbie. Fonde en 1875 à New York la Theosophical Society (Société théosophique), dont les buts sont : 1) Former un noyau de la fraternité universelle de l‘humanité, sans distinction de race, credo, sexe, caste ou couleur ; 2) Encourager l'étude comparée des religions, des philosophies et des sciences ; 3) Étudier les lois inexpliquées de la nature et les pouvoirs latents dans l‘homme. ../..
  • 60. Helena Blavatsky Fait une 3ème série de voyages (1879-1885) : Inde et Ceylan, puis une 4ème et dernière série de voyages (1885-1887) en Europe : Italie, Suisse, Allemagne, Belgique, et se fixe à Londres en 1887. En 1890, reçoit la visite de Gandhi. Son livre La doctrine secrète, synthèse de la science, de la religion et de la philosophie (1888) affirme réconcilier l'ancienne sagesse orientale et la science moderne, au travers de l'étude d'un ouvrage supposé tibétain et ésotérique*, le Livre de Dzyan. Elle affirme que son contenu lui a été révélé par les Mahâtmas, ou "Maîtres de sagesse" qui auraient compilé la connaissance de l'histoire spirituelle de l'humanité, René Guénon, un des opposants les plus virulents du théoso- phisme, ainsi qu'il appelait la théosophie moderne pour la distinguer de l'homonyme de l'antiquité, la considère comme « une erreur des plus dangereuses pour la mentalité contemporaine ». L'ésotérisme (du grec ancien esôteros, "intérieur") est l'ensemble des enseignements secrets réservés à des initiés. L’occultisme (du latin occultus, "caché, secret" ) désigne l'ensemble des arts et sciences occultes (alchimie, astrologie, magie, divination, médecine occulte) touchant aux secrets de la nature, à ce qui est non visible.
  • 61. Râmakrishna Gadâdhar Chattopâdhyâya (1836-1886), mystique hindouiste bengali. Dévot de Kâlî, en qui il voit la mère de l’univers, et enseignant de l'Advaïta védanta, professe que "toutes les religions recherchent le même but" et plaçe la spiritualité au-dessus de tout ritualisme. Initié à l’islam par Govinda Roy (1841-1912), Hindou pratiquant le soufisme, ayant eu une vision de Jésus, s’intéresse à toutes les grandes traditions et a déclare avoir atteint l'Absolu à travers chacune d'entre elles. Pour lui, toutes les voies mènent à la même Réalité, une et indicible. « Tous les chemins mènent à Dieu, mais les chemins ne sont pas Dieu. » « Ce n’est pas avant cinq siècles au moins que le monde sera prêt à recevoir un autre Râmakrishna Paramahamsa. Il faut nous hâter de transformer en expérience la masse de pensées qu’il nous a léguées et de convertir en réalisation l’énergie spirituelle qu’il a lancée. » Aurobindo
  • 62. Keshab Chandra Sen (1838-1884), intellectuel, réformateur religieux et social bengalais. Fonde en 1857 la Goodwill Fraternity, une société religieuse maçonnique et unitarienne pour les étudiants. Rencontre le philosophe et savant bengali Debendranath Tagore (1817-1905) : fasciné par le védantisme monothéiste de celui-ci, rejoint le Brahma Samaj en 1857. Combat pour l’abandon de coutumes et pratiques hindoues telles que le système des castes, l'intou- chabilité, le mariage des enfants*, la polygamie, pour l’éducation et la promotion des femmes. Prêche "l’universalisme" dans son nouveau temple construit en 1869 (photo du bas) en mélangeant les caractéristiques architecturales du temple hindou, de la mosquée musulmane et de l'église chrétienne. Après son retour d'Angleterre en nov. 1870, fonde l'Indian Reform Association dont l’activité comporte 5 volets: la charité, la tempérance, l'amélioration des conditions matérielles et sociales des femmes, l'éducation de masse par la langue maternelle, des matériels de lecture bon marché. Fonde l’ashram Bharat en 1878 pour favoriser la vie communautaire à la recherche de la religion universelle. Fonde en 1880 une nouvelle religion "universelle", Naba Bidhan (Church of the New Dispensation) pour combiner le "panthéisme" et le "mysticisme" de l'Asie avec "le positivisme et la science" de l'Europe. * mais il marie en 1878 sa fille de 14 ans, Suniti Devi, au Maharaja de Cooch Behar, ce qui le discrédite auprès de ses disciples qui l’abandonnent
  • 63. Jamāl Al-Dīn Al Afghani (1838-1897), intellectuel musulman, se prétendant afghan, mais né en Iran. Chiite dans un premier temps, fait ses études dans les villes saintes chiites de Najaf et Karbala (Irak actuel), puis en Inde et à Constantinople. Au service de l'émir Dost Mohammad Khan en Afghanistan entre 1865 et 1869. Présent en Égypte de 1871 à 1879 (y fonde une loge maçonnique qui sera associée au ‘Grand Orient de France’, en est expulsé pour raison politique), puis en Inde. S’installe à Paris en 1883, y fonde une revue al-‘Urwa al-wuthqa, ou ‘Le lien indissoluble’, côté visible d’une société secrète qui utilise la culture traditionnelle et les motivations religieuses des musulmans pour les amener à résister sur tous les plans (politique, économique, culturel) à la domination occidentale. Œuvre pour l’unité des Musulmans et la réforme de l’islam. Rencontre Renan qui, très impressionné, voit en lui une sorte de nouvel Averroès. Répond à Ernest Renan, très critique sur l’islam, que le Coran lui-même engage constamment le croyant à comprendre le monde et à réfléchir et que c’est l'islam qui a permis la naissance de l'esprit philosophique chez les Arabes.
  • 64. Jamāl Al-Dīn Al Afghani En 1891 et 1892, en Iran, est un des promoteurs du boycottage populaire de la régie des tabacs, dont le Shāh a accordé la conces- sion à un Anglais. En 1892, accepte l’invitation à Istambul par le sultan Abd al- Hamīd II (1842-1918, photo du haut), espérant servir les plans panislamistes du sultan, mais, en réalité, passe ses dernières années dans une captivité dorée. Probablement l'instigateur de l'assassinat du Shāh d’Iran Nāṣir al-Dīn (1831-1896, photo du bas). Meurt du cancer ou, selon certains, empoisonné. Affirme que les sociétés musulmanes ne pourront s’approprier les sciences modernes qu’à la condition de l’acquisition d’un système de moralité sociale solide. Appelle à une réforme profonde de la religion elle-même, unique condition à un progrès des sociétés. Un des principaux penseurs du panislamisme, réformateur qui s'efforce de concilier les principes coraniques avec le monde moderne. « S'il est vrai que la religion musulmane soit un obstacle au développement des sciences, peut-on affirmer que cet obstacle ne disparaîtra pas un jour ? »
  • 65. Shirdi Sai Baba (1838-1918), guru (maître spirituel) indien, fakir et yogi. Orphelin de parents brahmanes, recueilli par des musulmans soufis, marqué par Kabîr (1440-1518). Enseigne à Shirdi (Maharasthra). Son titre de Sai Baba révèle le métissage culturel qu'il incarne : Sai ("saint"), terme d'origine persane attribué à des ascètes musulmans, et Baba ("papa" en hindi). Un des saints les plus populaires en Inde au 20ème siècle, aussi bien pour les Musulmans, les Hindous, que pour les Zoroastriens. Vêtu de la tenue traditionnelle des soufis, pratique des exercices religieux spécifiquement hindous (yoga), s'installe sous un arbre, puis dans une petite mosquée pour y vivre toute sa vie, recevant des dons qu'il redonne aux pauvres. S’oppose à toutes formes d'orthodoxies ou de persécutions religieuses, mais respecte toute pratique religieuse : aucun dogme n‘est supérieur à la foi. Il existe de nombreux récits de miracles opérés grâce à ses siddhis (pouvoirs surnaturels), tels des guérisons, bilocation, lévitation, clairvo- yance. « Tous les dieux sont Un. Il n'y a pas de différences entre un hindou et un musulman. Une mosquée et un temple sont identiques. »
  • 66. William Stainton Moses (1839-1892), ecclésiastique et spiritualiste anglais. Études à l'Exeter College, Oxford. Prêtre anglican de 1863 à 1870, dans le courant High Church, puis membre de la ‘Société Théosophique’ après 1876 , proche d’Hélène Blavatsky et du colonel Henry Steel Olcott (1832-1907). Lors d'une "séance" en avril 1872, reçoit des informations probantes d'un ami décédé, une expérience qui le convertit au spiritisme. Se rend rapidement compte de ses propres capacités médiumniques* et s'engage dans le spiritualisme**. Pratique l’écriture automatique, mais il peut susciter des coups, de la lumière, des parfums, de la musique venant de l’au-delà. Peut faire apparaître des objets, matérialiser des mains d'esprits et faire de la lévitation (d'objets et de lui-même). Affirme communiquer avec des prophètes de la Bible (Malachie), des hommes célèbres, avec son maître Samuel Wilberforce (1805-1873, évêque de Winchester, hostile aux théories de Darwin). Ses critiques évoquent la possibilité d'une sorte d'hypnose collective d'un public favorable Publie les résultats de ses expériences de médium dans Spirit Teachings et Spirit Identity qui sont considérés comme la Bible du spiritualisme britannique. Rédacteur en chef de la revue spiritualiste Light. * Un médium est une personne sensible à des influences ou à des phénomènes non perceptibles par les cinq sens.
  • 67. Damien de Veuster Jozef de Veuster (1840-1889), ou Père Damien, missionnaire catholique belge flamand, membre de la ‘congrégation des Sacrés- Cœurs de Jésus et de Marie’ (dits ‘Picpus’). Études à Paris et à Louvain, ordonné prêtre à Honolulu. Missionnaire dans le Pacifique, spécialement auprès des 800 lépreux relégués par les gouvernements locaux sur l'île de Molokai à Hawaï. Construit une communauté avec une église, des chemins, un hôpital, une école, un orphelinat, organise la vie sociale, éducative et religieuse de ses lépreux. S'identifie à eux, écrivant dans ses lettres « Nous autres lépreux ». Contracte lui-même la lèpre en 1884. Cette maladie étant souvent associée à la syphilis à l'époque, est soupçonné à tort d'avoir eu des relations sexuelles. Plus que la lèpre, souffre des soupçons et incompréhensions de ses supérieurs. Continue cependant ses activités pastorales jusqu’à sa mort, notamment le développement des deux villages sous sa responsa- bilité, Kalawao et Kalaupapa : canalisations d'eau, agrandissement de l'hôpital, route entre les deux villages, reconstruction de l'église.
  • 68. William James (1842-1910), psychologue et philosophe états-unien. Études de psychologie à Berlin. En 1882, devient membre de la ‘Société théosophi- que’. Son "pragmatisme philosophique" est "une méthode pour réaliser le plus important, à savoir trouver une voie de croire, de penser et d'être qui rendra la vie plus en plus riche de sens, qui fera que la vie vaudra aussi pleinement que possible la peine d'être vécue." La notion de "pluralisme" indique l'existence de plusieurs façons de voir les choses liées aux fins diverses que poursuivent les êtres humains. Son "empirisme radical" fait l'hypothèse que le pluralisme constitue l'état permanent du monde. Traite de la rareté des actes libres. Pour lui, les croyances ont un effet d'entraînement. Ce qui l’inté- resse dans la religion, ce n'est donc pas la doctrine en elle-même, mais ses conséquences pratiques chez les fidèles. Sa théorie de l'histoire n'est pas celle des lois éternelles de la nature mais celle qui est faite par les hommes, notamment par les grands hommes. De même, ce qui est important dans la liberté, c'est la possibilité de faire du nouveau, du non-nécessaire. Dans sa conception, l'homme coopère avec Dieu pour créer un monde en évolution permanente. Suggère même que Dieu peut tirer sa force et son énergie de notre collaboration.
  • 69. Eudoxe Irénée Mignot (1842-1918), évêque français. Vicaire, prêtre, professeur de séminaire, aumônier, vicaire général. Évêque de Fréjus en 1890, puis archevêque d'Albi en 1900. Initié à l'exégèse critique grâce aux professeurs Arthur Le Hir (1811-1868, maître d’Ernest Renan) et John-Baptist Hogan (1829-1901). Proche de Friedrich von Hügel (1852-1925) et de George Tyrrell (1861- 1909), prend la défense d’Alfred Loisy (1857-1940), sympathise avec Prosper Alfaric (1876-1955, ex-prêtre, historien du christianisme, excom- munié en 1933) Poursuit sans succès ses requêtes auprès du Vatican pour obtenir le pluralisme théologique. Atteint par l'encyclique Pascendi, une condam- nation qu'il décrit comme « une grosse épreuve pour les âmes intelligentes et sincères ». Selon lui, les thèses de la critique solidement argumentées s'imposeront progressivement sans mettre la foi en péril, et les savants catholiques doivent continuer de travailler sans céder à la peur des publications vaticanes, avec patience et prudence. Regrette la condamnation du capitaine Alfred Dreyfus et défend ‘Le Sillon’ de Marc Sangnier. Un des précurseurs du rapprochement entre l'Église catholique et la société moderne.
  • 70. Louis Duchesne (1843-1922), prêtre, philologue et historien français. Docteur ès lettres, professeur à ‘l’École Pratique des Hautes Études’, Directeur de ‘l’École française de Rome’, directeur de ‘l’Institut français d'archéolo- gie orientale’ au Caire, membre de ‘l’Académie française’. Part des textes dont il fait une étude critique, puis les confronte avec l’apport des fouilles archéologiques. Affirme que l’Église n’a rien à gagner à entretenir de pieuses légendes. Démontre entre autres que le corps de l’apôtre St Jacques ne peut pas reposer dans le tombeau de Compostelle. Son travail d'historien des premiers siècles du christianisme est critiqué par le pape Pie XI dans son encyclique Lux Veritatis (1931). Son œuvre historique trace une voie et fixe une méthode pour l’étude impartiale des origines chrétiennes. Lorsque parait l'encyclique de Pie X Gravissimo officii munere, à la suite de la séparation de l'Église et de l'État, il déclare malicieusement :« Avez-vous lu la dernière encyclique du Saint-Père, Digitus in oculo (le doigt dans l’œil) ?» Toujours à propos de Pie X, qui avait été patriarche de Venise avant de devenir pape : « C'est un gondolier vénitien dans la barque de saint Pierre : il est naturel qu'il la conduise à la gaffe… »
  • 71. Jenkin Lloyd Jones (1843-1918), pasteur unitarien états-unien, éducateur, journaliste. Né en Angleterre. Soldat pendant la guerre de Sécession, blessé, en garde un engagement pacifiste. Secrétaire missionnaire de la Western Unitarian Conference et rédacteur en chef de l'hebdomadaire religieux libéral Unity. En 1884, démissionne de son poste de secrétaire de la Western Unitarian Conference pour servir comme ministre chez All Souls Church. En 1886, fondat fonde la Chicago Peace Society. En 1889, soutient le centre social communautaire de Hull House, créé par Jane Addams et Ellen Starr dans un quartier pauvre de Chicago. Opposé au travail des enfants, partisan du premier mouvement syndical, donne des conférences aux immigrants arrivant d'Europe. Avec Vivekananda (1863-1902), organise le ‘Parlement des religions du monde’ en septembre 1893 à Chicago où, pour la première fois, se rassemblent des représen- tants de religions orientales, asiatiques et occidentales (image du haut). S’oppose à la guerre hispano-américaine de 1898 à Cuba et aux Philippines, et à la participation des États- Unis à la 1ère Guerre Mondiale. « Jésus n'a pas écrit de Credo, n'a nommé aucun évêque, n'a organisé aucune Église et n'a enseigné aucune Trinité. » « La fidélité ne réside pas dans l'acceptation du dogme qui vous a été légué, mais dans l'esprit réceptif, l'attitude de recherche de la vérité. »
  • 72. Bernadette Soubirous (1844-1879), née d’une famille très pauvre. Témoigne de 18 apparitions mariales à la grotte sale et obscure de Massabielle, près de Lourdes, entre le février et juillet 1858. Ce message peut se résumer ainsi : Dieu est Amour et Il nous aime tels que nous sommes. Le préfet de Tarbes, suivant les consignes du ministère des Cultes, maintient une interdiction d'accès à la grotte jusqu'en octobre 1858. Une commission d’enquête, mise en place par l'évêque de Tarbes en juillet 1858, se prononce en faveur de ces apparitions en 1862. Entre à 22 ans au couvent Saint-Gildard, à Nevers, y mène 13 années d'une vie de religieuse ordinaire, et y meurt à l’âge de 35 ans. Lors de l’exhumation son corps pour l’instruction de la cause de béatification, il est découvert intact. Proclamée bienheureuse en 1925 et sainte en 1933 par l’Église catholique. De 1858 à aujourd'hui, 69 guérisons miraculeuses ont été proclamées par des évêques.
  • 73. Friedrich Nietzsche (1844-1900), philologue, philosophe et poète allemand. Fils d’un pasteur protestant, forge sa pensée en réaction aux milieux ecclésias- tiques marqués par une morale religieuse étouffante. Ses affirmations brutales, puissantes, dérangeantes, ne sont pas toujours argumentées et sont parfois contradictoires. À partir de 1889, sombre progressivement dans la démence. Après sa mort, l'interprétation de son œuvre est défigurée par l'image de la folie, par sa sœur Elisabeth, antisémite, et par la propagande nazie. Critique la démocratie, Rousseau, l'héritage chrétien et l'éducation moderne, mais souhaiterait voir la politique, l'État et toute autorité subordonnés à une éducation élitiste tournée vers l'art et la pensée. La “volonté vers la puissance” (Der Wille zur Macht), qui est d’abord résistance à l’adversité, désigne pour lui un impératif interne de dépas- sement de soi exprimé par l'expression “devenir plus ou dépérir”. ../..
  • 74. Friedrich Nietzsche Considère la “violence de forts” comme un chemin de l'élévation humaine, sans lequel l'homme se renie et se mutile, mais affirme que la spiritualisation des instincts les plus agressifs est la forme la plus haute de la culture. Courtois, sensible et doux, ami des Juifs, est opposé au pangerma- nisme et au militarisme. Critique les religions (notamment le christianisme et le bouddhisme) et les “théologies de la tristesse”, considère la joie comme le critère éthique fondamental qui valide l’action humaine. Le “sur-homme” (Űbermensch) est selon lui l’être humain qui est devenu qui il est et qui a accompli toutes ses potentialités. Considère Jésus de Nazareth comme le prototype même du sage et de l’homme accompli. En proclamant “la mort de Dieu”, souhaite voir mourir le Dieu dont on craint les châtiments ou à qui l’on demande des récompenses ou des faveurs (et qui suscite, à juste titre, l’athéisme). Appelle au consentement total à la vie comme elle est, avec ses souffrances (amor fati : amour du destin) et à faire de sa vie une œuvre d’art, à travers un processus permanent d’autocréation. ../..
  • 75. Friedrich Nietzsche « Ce n’est pas le doute qui rend fou, c’est la certitude. » « L’homme est un animal capable de promesse (…) » et de « répondre de lui-même comme avenir. » « Si la Bonne Nouvelle de l’Évangile était inscrite sur votre visage, vous n’auriez pas besoin d’exiger aussi obstinément la foi en l’autorité de ce livre : vos œuvres, vos actions devraient sans cesse rendre la Bible superflue, une Bible nouvelle devrait sans cesse par vous surgir ! » F. Nietzsche « En déclarant que Dieu est mort, Nietzsche avait dit non pas que la question de Dieu ne se posait pas, mais qu’elle se posait ailleurs et autrement que dans le coffre-fort où les religions avaient enfermé leur idole. » Bernard Feillet
  • 76. Léon Bloy (1846-1917), romancier et journaliste français. Commis de bureau chez un architecte, fréquente les milieux du socialisme révolutionnaire et de l'anticléricalisme. En 1868, fait la connaissance de Jules Barbey d'Aurevilly (1808-1889) : profonde conversion intellectuelle, qui le ramène à la religion catholique, et le rapproche des courants traditio- nalistes. Fustige le conservatisme du Vatican. Participe à la guerre de 1970-71. Sa vie est marquée par des tentatives de vie monastique, la pauvreté et la misère, les déménagements, l’instabilité professionnelle, la maladie de ses deux épouses successives, le décès de ses deux fils. Œuvre puissante et exaltée, inspiration avant tout religieuse, marquée par la recherche d'un absolu caché au-delà des apparences historiques. Polémiste et pamphlétaire, combat l'antisémitisme, dénonce la règne de l'argent et de la bourgeoisie. Parfois contemplatif, mêle à l’invective l’effusion mystique. Patriote, est opposé à la colonisation. Profondément marqué par le déclenchement de la Première Guerre mondiale. « On n'entre pas au paradis demain, ni dans dix ans, on y entre aujourd'hui, quand on est pauvre et crucifié. »
  • 77. Henry Scott Holland (1847-1918), théologien et écrivain britannique, Regius Professor of Divinity à l'Université d'Oxford, chanoine de Christ Church à Oxford, préoccupé par la justice sociale. En mai 1910, alors qu'il est chanoine à la cathédrale Saint-Paul de Londres, prononce un sermon, peu après la mort du roi Édouard VII, décédé le 6 mai, intitulé Death the King of Terror (‘Mort, souverain des terreurs’). Le passage débute par “Death is nothing at all” « La mort n'est rien. Elle ne compte pas. Je suis simplement passé dans la pièce à côté [...]. Je suis moi, vous êtes vous [...]. Ce que nous étions les uns pour les autres, nous le sommes toujours. Donnez-moi le même nom que d'habitude. Parlez de moi comme vous l'avez toujours fait. Ne changez pas de ton, ne prenez pas un air solennel ou triste; . Continuez à rire de ce qui nous faisait rire ensemble [...]. Que mon nom soit prononcé à la maison comme il l'a toujours été, sans contrainte, sans trace d'ombre. La vie signifie ce qu'elle a toujours signifié. Elle est ce qu'elle a toujours été. Le fil n'est pas rompu [...]. Pourquoi serais-je hors de vos pensées simplement parce que je suis hors de votre vue ? Je vous attends, je ne suis pas loin [...]. Tout est bien. » Ce texte est couramment attribué, à tort, à Charles Péguy.
  • 78. William Ernest Henley (1849-1903) poète, critique littéraire et éditeur britannique. Éducation non religieuse à la Crypt School. Atteint d'une tuberculose osseuse à l'âge de 12 ans, doit subir une amputation de son pied gauche à mi-jambe* à l'âge de 25 ans. En 1875, il écrit de son lit d'hôpital le fameux poème Invictus (en latin, "Invaincu"). Homme rayonnant et jovial d’une très grande vitalité. Dit lui-même qu'il a écrit ce poème comme une démonstration de sa résistance à la douleur qui suivit son amputation. A été très critiqué par l'Église pour ce poème, notamment pour les deux derniers vers, les plus fréquemment cités : « I am the master of my fate / I am the captain of my soul. (Je suis le maître de mon destin / Le capitaine de mon âme.) » Comme le célèbre poème If de Rudyard Kipling (traduit par André Maurois sous le titre Tu seras un homme, mon fils (qui est la traduction de la phrase finale de la poésie), Invictus est souvent cité en exemple pour illustrer le stoïcisme victorien. Caractérisé par le devoir de retenue des émotions (stiff upper lip) et mis en exergue par le système éducatif des Public school, ce stoïcisme s’est répandu dans les couches élevées de la société britannique. Le poème a soutenu et inspiré Nelson Mandela pendant 27 années de captivité sur l’île de Robben Island. * L'écrivain Robert Louis Stevenson, dont il était l'ami, s'inspirera de son handicap pour décrire le personnage de Long John Silver, le fameux pirate de son roman d'aventures L'Île au trésor. ■