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Trombinoscope « Chercheurs d’humanité »
Penseurs et acteurs
d’un changement sociétal
7 - de 1940 à 1949
É. G. 31.05.2021
John Lennon
(1940-1980), musicien, guitariste, auteur-compositeur, chanteur et
écrivain britannique. Cofondateur du groupe musical anglais The Beatles
(‘Les scarabées’), au succès planétaire depuis sa formation au début des
années 1960. Forme avec Paul McCartney (né en 1942) l'un des tandems
d'auteurs-compositeurs les plus influents et prolifiques de l'histoire du
rock, créant à plus de 200 chansons.
Avec son épouse Yoko Ono, Japonaise née en 1933, proteste
contre la guerre du Viêtnam, organise des Bed-in for Peace dans leur
chambre d'hôtel : en pyjama dans leur lit, ils reçoivent des journalistes.
Ceci vaut des ennuis réguliers avec le gouvernement des États-Unis, qui
tente de l'expulser. Sa chanson Give Peace a Chance est chantée par
500 000 personnes qui défilent en 1969 à Washington contre la guerre.
Soutient Michael X, activiste et révolutionnaire noir de Londres, se lie d'amitié
avec Jerry Rubin et Abbie Hoffman, fondateurs du Youth International Party,
mouvement de gauche anti-guerre et anti-raciste, écrit la chanson Angela pour
soutenir la campagne visant à faire libérer Angela Davis (née en 1944), activiste
proche des Black Panthers.
Assassiné en décembre 1980 à New-York par un fan déséquilibré.
Wangari Maathai
(1940-2011), biologiste kenyiane et professeur de médecine
vétérinaire, première femme africaine prix Nobel de la paix (2004).
Créé en 1977 le Green Belt Movement ("Mouvement Ceinture
verte") pour promouvoir le respect des droits de l’Homme, la bonne
gouvernance et la démocratie", à travers la protection de l’environnement.
Ce mouvement plant plus de 30 millions d’arbres en 16 ans pour
prévenir l’érosion des sols.
Défenseure des droits de femmes, mise sur les ethnies et sur les
anciens systèmes africains de gouvernement, les expériences de
développement participatif.
Prône l’utilisation de la non-violence dans les luttes écologiques.
« La paix, ce n’est pas seulement l’absence de guerre et de coups
de fusils. Il peut aussi y avoir des guerres silencieuses quand on élimine
des espèces vivantes de la planète, quand on empêche les gens de vivre
dignement. »
Bruno Barrillot
(1940-2017), ex-prêtre aumônier du MRJC, DEA de Sécurité et
défense.
Cofondateur en 1984 à Lyon du ‘Centre de recherche et de
documentation sur la paix et les conflits’ (CRDPC), devenu en 2008
l’’Observatoire des Armements’.
Délégué au suivi des conséquences des essais nucléaires
français auprès du gouvernement de Polynésie. Contribue à la mise en
place en 1991 du collectif ‘Stop essais !’
Démis par Gaston Flosse en juin 2013.
« Les problèmes de santé et environnementaux des populations
proches des anciens sites d’essais nucléaires sont loin d’être résolus par
les régimes de compensation en vigueur. C’est le cas aux îles Marshall,
après les essais nucléaires américains, c’est le cas entre les populations
aborigènes d’Australie et le gouvernement britannique. Sans parler du
silence qui entoure les victimes Ouigours des essais chinois, mais aussi
de la mauvaise tournure que prend le face à face franco-algérien pour
négocier des réparations dues aux essais français dans le Sahara. »
Alain Deloche
Alain Deloche de Noyelle, né en 1940, chirurgien français. Participe
à la naissance de la chirurgie cardiaque dans les années 1970 à l’hôpital
Broussais à Paris. Dirige le pôle cardiovasculaire de l’’Hôpital européen
Georges-Pompidou’.
Participe à l'aventure de ‘Médecins sans frontières’ et, lors de la
rupture au sein de cette organisation, à la création de ‘Médecins du
monde’ avec Bernard Kouchner.
En 1988, avec l'aide d'Éric Cheysson, crée ‘La Chaîne de l'espoir’.
À l’origine, cette association recrute en France des familles d'accueil
pouvant accueillir des enfants qui dans leur pays ne peuvent bénéficier
des interventions médicales nécessaires à leur état, mais il s'avère bientôt
plus utile d'installer des structures adéquates sur place et d'y former du
personnel médical : Ho Chi Minh Ville, Maputo, Phnom Penh, Kaboul,
Togo, Cambodge, Thaïlande, Congo Brazaville, etc. Elle intervient
aujourd’hui dans 30 pays, opère 5 000 enfants par an, 300 familles
d’accueil, 430 bénévoles médicaux, 4 hôpitaux construits, 11000 enfants
scolarisés.
Bernard Ginisty
Français né en 1940, de formation philosophique, dirige
pendant 13 ans le Fonds d’assurance formation ‘Promofaf’.
Directeur de ‘Témoignage Chrétien’, co-fondateur de
‘Démocratie et spiritualité’ et de l’’Association pour la taxation des
transactions financières et l’action citoyenne’ (ATTAC).
« La crise actuelle est un enseignement qui nous offre
l’opportunité de faire des choix. Plus que de nouvelles réponses,
c’est d’abord notre façon de questionner le monde qu’il convient
d’interroger. »
« La tâche qui nous attend aujourd'hui, c'est de former des
sujets capables d'inventer de nouvelles formes de médiation
sociale. »
« La fraternité, qui ne se décrète pas, trouve ses fondements
dans la dimension spirituelle de la personne. Elle reste le
fondement de la cité démocratique, sans laquelle liberté, justice et
égalité risquent de se dénaturer ».
Mahmoud Darwich
(1941-2008), poète palestinien. Originaire de Al-Birwah, village
rasé par l’armée israélienne et remplacé par un village israélien.
Profondément engagé dans la lutte de son peuple pour son
existence et son territoire, sa liberté et sa dignité.
Emprisonné plusieurs fois entre 1961 et 1970 pour ses activités
politiques, directeur de l'une des principales revues littéraires arabes,
Al-Karmel, membre du comité exécutif de l’’Organisation de Libération
de la Palestine’ (OLP), n’a pourtant jamais cessé d’espérer la paix.
« Sans doute avons-nous besoin aujourd’hui de la poésie, plus
que jamais. Afin de recouvrer notre sensibilité, la conscience de
notre humanité menacée.
Et de poursuivre l’un des plus beaux rêves de l’humanité, la liberté, la
prise du réel à bras le corps, l’ouverture au monde et la quête de
l’essence. »
« L’espoir est la maladie incurable des Palestiniens. »
Albina du Boisrouvray
Née en 1941, journaliste et productrice française. En janvier
1986, l'hélicoptère que pilotait son fils François-Xavier Bagnoud dans le
cadre du ‘Rallye Dakar’ s’écrase sur une dune. La mort de son fils la
contraint à réinventer sa vie. Vend son entreprise de production
cinématographique ainsi que les 3/4 de ses biens personnels et
s’engage à ‘Médecins du monde’ aux côtés de Bernard Kouchner avec
qui elle part en mission notamment au Liban.
En 1989, fonde l’’Association François-Xavier Bagnoud’, associa-
tion de solidarité internationale, aujourd'hui fondation nommée ‘FXB
International’, dont la mission est de combattre la pauvreté et le SIDA et
de soutenir les orphelins et les enfants vulnérables victimes de la
pandémie. En 29 ans, 30 villages FXB ont sorti plus de 100 000
personnes de l’extrême pauvreté. Les multiples programmes, étudiés et
copiés, ont impacté 8 millions de personnes dans 20 pays.
« L’idée d’utiliser ce qui aurait dû être l’héritage de François pour
poursuivre ses sauvetages – 300 dans sa courte vie – s’est alors
imposée. (…) J’ai continué d’une certaine manière à faire vivre mon fils,
à la faire cheminer avec moi. Et cela me donne une grande sérénité. »
Mireille Delmas-Marty
Née en 1941, juriste et universitaire française, membre de
l’’Institut de France’ et de l’’Académie des sciences morales et
politiques’, professeure à l’Université de Paris I puis au ‘Collège de
France’.
Depuis 2012, présidente de ‘Pharos, Observatoire du
pluralisme des cultures et des religions’.
« Il est possible d’humaniser la mondialisation autour de
trois objectifs : résister à la déshumanisation, responsabiliser ses
acteurs, anticiper sur les risques à venir. »
« La question du changement climatique est devenue le
symbole même de l'interdépendance planétaire, donc de la
dimension universelle de notre responsabilité. Elle constitue à ce
titre une occasion exceptionnelle de prendre conscience de notre
communauté de destin et de tester notre capacité à changer la
direction de la gouvernance mondiale avant qu'il ne soit trop tard ».
Jean-Pierre Dupuy
Né en 1941, ingénieur, épistémologue et philosophe français.
Polytechnicien et ingénieur des mines, professeur de français et
chercheur au ‘Centre d'Étude du Langage et de l'Information’ (C.S.L.I.)
de l'université Stanford, en Californie.
Une partie de son travail porte sur les nanotechnologies dont il
étudie les effets pervers. Le fil conducteur de sa pensée est la question
du sacré.
Propose un catastrophisme éclairé comme alternative au principe
de précaution. Distingue le "temps de l’histoire", auquel nous sommes
habitués, et le "temps du projet", qu'il propose comme paradigme pour
penser la catastrophe et agir face à elle.
Le "temps du projet" unit passé et futur : la catastrophe est déjà
présente aujourd’hui, ce qui peut nous faire agir pour que, paradoxale-
ent, elle ne se soit jamais produite.
../..
Jean-Pierre Dupuy
Pour lui, la trame avec laquelle il faut lire toute théorie
moderne de la justice est : rejet du sacrifice, rejet de l'envie.
« Au-delà de l’égoïsme, il y a non pas la charité chrétienne
ou l’empathie bouddhiste, mais le mal de l’amour-propre. (…)
Combien moins brutale serait la société si les hommes se laissaient
guider par leur intérêt "égoïste" !
L’intérêt (inter-esse : être entre), nous dit Hannah Arendt,
c’est comme la table entre les convives : elle les réunit d’autant
mieux qu’elle les maintient à distance les uns des autres.
L’amour ne peut jouer le rôle de cet entre-deux. Il abolit les
différences, et c’est ce qui, paradoxalement, le rapproche de la
haine. L’une et l’autre sont prêts au sacrifice de soi, même si c’est
pour des raisons opposées. »
Hayao Miyazaki
Né en 1941, dessinateur japonais, réalisateur et producteur de 11
films d'animation. Petite enfance marquée par un Japon dévasté par la
Seconde Guerre mondiale. Cofondateur du ‘Studio Ghibli’ avec Isao
Takahata.
Explore souvent les mêmes thèmes centraux, la relation de
l’humanité avec la nature, l’écologie et la technologie, ainsi que la
difficulté de rester pacifiste dans un monde en guerre. Les protagonistes
de ses films sont le plus souvent de jeunes filles ou femmes fortes et
indépendantes, et les « méchants » ont des qualités qui les rendent
moralement ambigus, comme les kamis de la religion shintoïste.
Très marqué par la bombe atomique : les armes dévastatrices
sont un thème très représenté aussi bien dans ses mangas, que dans
ses œuvres d’art ou ses films d’animation. Dans tous ses films de
Miyazaki, quel que soit le sujet, on trouve un endroit de paix éternelle loin
de la civilisation, calme, où seul le bruit du vent, des oiseaux et de l’eau
vient troubler le silence.
« Nous sommes arrivés à un moment de l’histoire où nous
devons d’urgence redéfinir le sens de la civilisation. »
Bob Dylan
Robert Allen Zimmerman, né en 1941, issu de grands-parents juifs
ayant fui les pogroms d’Europe de l’Est. Auteur-compositeur-interprète
états-unien, musicien, peintre, poète, une des figures majeures de la
musique populaire.
Certaines de ses chansons comme Blowin' in the wind et The
times they are a-changin' sont devenues des hymnes anti-guerre, en
particulier anti-guerre du Vietnam, et des mouvements civils et anti
ségrégationnistes de l'époque.
Adulé par le public folk et les milieux contestataires du début des
années 1960, refuse d’assumer ce rôle de musicien engagé, préférant
inciter ses admirateurs, comme il l’exprime dans certains de ses textes
(Don't follow leaders / Watch the parkin' meters), à penser par eux-
mêmes et à renoncer aux messies, de quelque bord qu’ils soient.
Prix Nobel de littérature 2016.
« Combien de fois doivent tonner les canons
avant d'être interdits pour toujours ?
La réponse, mon ami, est soufflée dans le vent »
Photo du bas : avec Joan Baez
Odile Scheid-Ritter
Née en 1941 dans le « camp de concentration à vocation régio-
nale » de la Morellerie à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire), destiné à
rassembler tous « individus sans domicile fixe, nomades et forains ayant
le type romani » : Manouches, Gitans, Roms, Sintés ou Yéniches,
français et étrangers.
Ces Tsiganes, par familles entières, viennent d’une multitude de petits
camps ouverts suite au décret-loi du 6 avril 1940 (qui interdit la circulation des
nomades sur le territoire français pendant toute la durée de la guerre car suspec-
tés d'être ou devenir des espions et dispose qu’ils doivent être rassemblés dans
des lieux déterminés sous surveillance de la police).
Ce camp, ex-poudrière puis Stalag, a fonctionné de nov. 1941 à janv. 1945
: 3 000 personnes passèrent par ce camp qui compta jusqu'à 1 096 internés en
août 1942. Des 31 camps gérés par les autorités françaises jusqu’en 1946, dans
lesquels furent internés entre 6 000 et 6 500 nomades, Montreuil-Bellay était le
plus grand.
Le 26 octobre 2016, le Président François Hollande, à Montreuil-
Bellay, déclare « La République reconnaît la souffrance des nomades
qui ont été internés et admet que sa responsabilité est grande dans ce
drame. »
Les termes Porajmos ( littéralement « dévorer »), Samudaripen, génocide
tsigane ou encore holocauste rom, désignent les persécutions envers les Roms
pendant la Seconde Guerre mondiale, en Allemagne nazie, dans les territoires
qu'elle occupait et chez ses alliés.
Raymond Depardon
Né en 1942, photographe, réalisateur, journaliste et scénariste
français. Fils de paysans, apprenti dans une boutique photo de
Villefranche-sur-Saône. Photographie une mission militaire française
dans le désert algérien. Crée l'agence photographique ‘Gamma’ en
1966, membre de ‘Magnum Photos’ depuis 1979.
À partir de 1969 (le plus souvent avec son épouse Claudine
Nougaret, née en 1958, ingénieure du son), tourne et produit des films
documentaires : hommage à Jan Palach, édition d’un journal, déroule-
ment d’une campagne électorale, instants d’audience au tribunal
correctionnel, scènes au commissariat de police, aux urgences
psychiatriques, enquête sur le monde paysan, portraits de
personnalités politiques, de chasseurs sahéliens, de maquisards en
Afghanistan, d’habitants de 15 villes et sous-préfectures françaises,
etc.
Saisit la vie de ses personnages dans toute leur vérité, laissant
la place aux silences et les temps morts où sourd l'émotion. Filme sans
démagogie ni angélisme, recueille les inquiétudes et les coups de
gueule, ne juge pas, ne dénonce rien ni personne, se garde du "vouloir-
dire", reste campé sur la position éthique, modeste, de celui qui
regarde et observe.
Alain Michel
Français né en 1942. Dirige pendant 15 années l’ONG humanitaire
‘ÉquiLibre’ qui agit dans 25 pays. Dénonce l’embargo meurtrier imposé
pendant 10 ans à l’Irak, qui n’a en rien nui au dictateur Sadam Hussein.
Crée en 2001 la Fondation suisse ‘Hommes de Parole’ : “Renouer
le dialogue entre les hommes. Agir sur les causes des conflits et des
principaux problèmes de notre temps en rapport avec l’avenir de la
planète et la paix dans le monde". La Fondation organise des rencontres
entre imams et rabbins à Bruxelles en 2005, à Séville en 2006, à Paris
en 2008.
Fonde et dirige l'association ‘Artisans de Paix’, installée entre 2010
et 2018 dans l'ancien monastère du Val de Consolation (Doubs).
« Rassembler autour des valeurs humaines n’est pas un voeu pieux,
mais au contraire le plus réalisable qui soit. Les hommes de foi peuvent
aider les négociateurs à formuler des traités de paix justes pour tous.»
Daniel Barenboïm
Né en 1942 à Buenos-Aires, issu de parents juifs d’origine russe
(leur nom est la forme yiddish de l'allemand Birnbaum : poirier).
Donne son premier concert en tant que pianiste à Buenos Aires
à l'âge de 7 ans. S’installe en Israël avec ses parents en 1952.
Pianiste et chef d’orchestre chef de l'Orchestre de Paris, de 1975 à
1989.
De nationalité argentine et israélienne, reçoit en 2002 la
nationalité espagnole, porteur d’un passeport palestinien.
Crée avec Edward Saïd une fondation pour la paix au Moyen-
Orient et un orchestre israélo-arabe, le West Eastern Divan Orchestra.
En 2007, est nommé ‘Messager de la paix des Nations Unies’.
« La relation entre la mort et la vie est la même que celle qui
existe entre le silence et la musique : le silence précède la musique et
lui succède ».
Philippe Kourilsky
Français né en 1942 de parents d’origine russe, directeur de
recherche en immunologie au CNRS, membre de l‘’Académie des
sciences’ et professeur au ‘Collège de France’.
Réfléchit sur le mode de pensée et la démarche qui pourraient
permettre, face aux enjeux planétaires, d’envisager une action
concertée et efficiente.
Propose un processus d'introspection rationnel qui pourrait être
étendu au niveau national et conduire à des prises de décision par
acquisition de consensus, base d'une "démocratie par discussion"
fondée sur l'équité.
« Il existe bel et bien une faille d’ordre moral dans l’idée de
liberté, parce que la liberté est trop souvent comprise comme un droit
sans qu’aucun devoir individuel ne lui soit associé. »
Pour que le libéralisme altruiste voie le jour, il y a donc des
conditions préalables comme celle de « de réexaminer le droit des
individus à disposer d’informations pertinentes, qualifiées et validées »
ou celle « d’améliorer l’organisation de la discussion démocratique.»
Michel Pinçon et
Monique Pinçon-Charlot
M. P., né en 1942, sociologue français, directeur de recherche au
CNRS rattaché à l‘’Institut de recherche sur les sociétés contemporaines’
(IRESCO).
L'essentiel de son œuvre, écrit en collaboration avec sa femme
Monique, née en 1946, est consacré à l'étude de la haute bourgeoisie et des
"élites" sociales.
« Du fait de la finitude de la planète et de la puissance de la mondia-
lisation ultralibérale, de la déshumanisation actuelle des individus, la crise
risque d’être d’une violence inédite, historiquement parlant. Nous ne sommes
pas dans une violence physique, barbare, mais dans un assujettissement
insidieux, quotidien, un évidement massif des esprits par la publicité, la
presse gratuite, les écouteurs vissés dans les oreilles…
Nous mettons en parallèle des marchés financiers complètement
dérégulés, des paradis fiscaux, des escroqueries comme l’entente des
grandes banques sur le taux du Libor avec le comportement d’individus dans
des positions de pouvoir qui transgressent toutes les règles sociale et
morales. »
Claire Héber-Suffrin
Née Rongier en 1942, responsable associative française. Animatrice
d’un mouvement d’éducation populaire pour les enfants entre ses 18 et 22
ans, institutrice pendant 15 ans puis "maître formateur" d’enseignants. À
partir de ses pratiques pédagogiques liées au mouvement Freinet, et d’un
club de prévention où son mari Marc Héber-Suffrin est éducateur bénévole,
initie le premier ‘Réseau d’échanges réciproques de connaissances’, de 1971
à 1976, à Orly.
Entre 1976 et 1983, études en Sciences de l’éducation, doctorat en
psychosociologie des groupes en éducation et formation. En 1979, à Evry
(Essonne), alors que Marc est adjoint aux affaires sociales, initie avec Louis
Launay, alors directeur de la Mission d'Education permanente de la Ville
Nouvelle d'Évry, le ‘Réseau de formation réciproque et de création collective’.
Contribue au développement de cette démarche, à la formation de ses
animateurs (animateurs et participants d’associations d’éducation populaire,
réseaux d’échanges réciproques de savoirs, enseignants, élus et travailleurs
sociaux) et à des recherches sur cette pratique.
En 1987, avec les 25 réseaux existants alors, créé le ‘Mouvement des
réseaux d'échanges réciproques de savoirs’ (MRERS). Auteure d'une
vingtaine d'ouvrages sur la pédagogie.
Jean-Thierry Verhelst
(1942-2013), juriste belge, spécialiste du droit coutumier africain
et consultant en relations interculturelles, prêtre orthodoxe.
Œuvre dans les trois continents du Sud, mais aussi en Europe et
aux États-Unis : enseigne (Ethiopie, Rwanda), travaille (Algérie) et
accomplit de nombreuses missions.
Fondateur et coordinateur du ‘Réseau Sud-Nord Cultures et
Développement’. Démontre que partout des communautés tentent de
sortir des impasses actuelles pour sauvegarder la planète et défendre
l’humain. Invite à prendre en compte les dimensions culturelles et
spirituelles du développement.
« La dignité, c’'est l'opposé du mépris et de la méfiance, deux
mots qui ont trop souvent accompagné la coopération au
développement, consciemment ou non. (…) Un constat s’impose : il faut
consommer autrement et produire autrement ce qui répond, non aux
intérêts d’une minorité de profiteurs insatiables, mais aux besoins
matériels et spirituels de l’ensemble de l’humanité. Le mode de
consommation à l’occidentale ne peut pas se répandre sur la planète
entière. »
Marc Luyckx Ghisi
Né en 1942, mathématicien, philosophe et théologien belge,
ex-membre de la ‘Cellule de prospective’ de la Commission
Européenne.
A vécu et enseigné en Italie, au Brésil, aux États-Unis, et à
Bruxelles.
Membre du Conseil international de direction de la cité
Auroville, près de Pondichéry.
« La rationalité moderne, l'approche patriarcale, et le
capitalisme industriel ne sont plus capables de formuler une réponse
satisfaisante ni au problème de notre survie collective. Les
changements en cours touchent aux aspects les plus profonds de
nos vies comme la relation homme-femme, le sacré, la vérité, le
statut de la raison et de la science, le temps, l'espace et le bonheur.
../..
Marc Luyckx Ghisi
« La croissance quantitative, c’est fini ! Nous entrons dans
une civilisation de la qualité. Chine, l’Inde, l’Afrique vont-elles faire
un saut pour éviter ou dépasser la phase industrielle ? Voilà le vrai
débat souterrain mondial. »
« Malgré toute leur bonne volonté, si les gens ne sont pas
prêts, les responsables politiques ne pourront rien mettre en place.
Ce serait comme un général sans troupes. Pour basculer vers un
autre paradigme, il faut atteindre une masse critique de convaincus.
À la société civile d’innover. Le politique est là pour faciliter,
soutenir, promouvoir. »
Michel Ocelot
Né en 1943, réalisateur français. Enfance à Conakry (Guinée,
« un pays où il y avait trop de religions pour qu’on y croie »),
adolescence à Angers, s'installe à Paris. Beaux-Arts de Rouen, ‘Arts-
décoratifs’ à Paris, puis California Institute of the Arts. Pendant un
temps, en bave, est chômeur de longue durée.
S'illustre dans le cinéma d'animation. La magnifique trilogie de
films d'animation Kirikou (1998-2012), adaptée d'un conte africain,
raconte les aventures d’un garçon minuscule mais à l'intelligence et à la
générosité hors du commun, dans sa lutte contre la sorcière Karaba, qui
tyrannise les habitants du village à l'aide de ses pouvoirs maléfiques et
d'une armée de fétiches. Kirikou redonne à Karaba la bonté en retirant
l’épine qui était piquée profondément dans le dos de la jeune sorcière :
c’est la souffrance qui rend méchant.
Le film Azur et Asmare (2006), en images de synthèse, transmet
aux enfants un message de tolérance.
Le film Dilili à Paris (2018) dénonce le racisme colonialiste du
début du 20ème siècle, défend avec malice les opprimés et plaide pour
l’émancipation des femmes.
« Je n’aime pas les imbéciles et je n’aime pas les salauds. (…)
J’essaye simplement de faire du beau ! »
Richard Wilkinson et Kate Pickett
R.W., né en 1943, chercheur britannique dans le domaine
des inégalités sociales de santé et des déterminants sociaux de
la santé, ex-professeur d'épidémiologie sociale à l'Université de
Nottingham.
Avec Kate Pickett (née en 1965), montre que les sociétés
organisant une distribution plus équitable des revenus sont en
meilleure santé (moins de problèmes sociaux, de violence, de
toxicomanie, de maladie mentale, d’obésité, etc.).
Par ailleurs, au dessus d’un certain niveau de vie, enrichir
les populations n’augmente ni leur espérance de vie, ni leur
santé, ni leur bonheur.
« L’inégalité rend les relations sociales plus stressantes à
cause des différences de statut et de la compétition qu’elle
génère. Les classes pauvres vont alors dépenser beaucoup
d’énergie à maintenir des apparences sociales. C’est aussi une
manière de répondre à l’exclusion. »
Guy Jobert
Né en 1943, professeur honoraire à l’université de Genève et
professeur émérite en formation des adultes au ‘Conservatoire national
des arts et des métiers’ (CNAM).
Membre du ‘Centre de recherche sur le travail et le développe-
ment’ (CRTD) et directeur de la revue Éducation permanente. Étudie les
‟histoires de vie” avec Gaston Pineau.
Étudie dans les années 1990 la construction de soi grâce au travail,
notamment chez les agents de conduite des centrales nucléaires.
S’intéresse à l’écart entre le travail prescrit et le travail réel, aux
relations entre les savoirs et l’action, et à ‟l’offre de compétence à vivre”,
c’est-à-dire aux métiers dont les personnes sont porteuses et qu’il faut
prendre en compte pour réfléchir ensuite à l’organisation de l’échange.
« Avoir davantage d’autonomie, pouvoir mobiliser son intelligence
dans son travail, c’est rien de moins pour les hommes et les femmes que
de produire et de maintenir leur identité, leur équilibre psychologique à
travers leur action soumise au regard d’autrui.»
Uri Davis
Né en 1943 à Jérusalem de parents juifs, anglais du côté de
son père, tchécoslovaque de celui de sa mère. Universitaire
israélien, militant de la cause palestinienne.
Cofondateur du Movement Against Israeli Apartheid in
Palestine (MAIAP, Mouvement contre l'apartheid israélien en
Palestine), conférencier en Science de la paix à l'Université de
Bradford.
Épouse une militante palestinienne, se convertit à l’islam, élu
en août 2009 au conseil du Fatah. Partisan d'un État binational,
dans lequel tous les citoyens auraient des droits égaux.
« Le racisme est une forme populaire de xénophobie, et
Israël n'est pas à cet égard plus raciste que les États-Unis ou la
Grande-Bretagne… L'apartheid est une régulation par la loi des
différences raciales. Israël est simplement beaucoup plus astucieux
que l'Afrique du Sud : il n'y a pas de ces lois ridicules de
ségrégation. Tout est plus subtil…»
Dominique Lalanne
Né en 1943, physicien nucléaire, termine sa vie professionnelle
comme directeur de recherche en physique nucléaire au CNRS.
Retraité depuis 2008, président du collectif ‘Armes nucléaires Stop’
qui regroupe une vingtaine d'associations impliquées dans le
désarmement nucléaire.
Administrateur de l’association ‘Abolition des armes nucléaires -
Maison de Vigilance’ et membre du Bureau national du ‘Mouvement
de la paix’.
Assiste à l'ONU aux assemblées du Traité de non-prolifération et
travaille comme expert à l‘’Observatoire des armements’ de Lyon.
« L’arme nucléaire, c’est l’insécurité maximum. Il y a sur la
Terre 2 000 bombes en état d’alerte, qui représentent chacune en
moyenne 30 fois la bombe d’Hiroshima, c’est-à-dire un potentiel de
destruction de 600 000 fois Hiroshima. Il ne s’est rien passé depuis 50
ans en matière de désarmement nucléaire parce que la société civile
a démissionné face aux États. »
Robert Linhart
Né en 1944 de parents juifs polonais, sociologue et philosophe
français. Ancien élève de l‘’École normale supérieure’, docteur d'État
en sociologie, maître de conférences au département de philosophie
de l'Université de Paris VIII.
Ancien militant de ‘La Gauche prolétarienne’. En 1968, se fait
embaucher comme ouvrier spécialisé dans l'usine Citroën de la Porte
de Choisy. Dans son livre L’établi, fait une description impitoyable du
travail à la chaîne, de la ‟lobotomisation” des consciences, des dérives
racistes des ‟petits chefs”.
En 1981, dans son enquête Le sucre et la faim, décrit les
conditions de vie des travailleurs agricoles brésiliens dans les
plantations de canne à sucre où se recompose un mouvement social
réprimé par la dictature militaire.
« Quand j'avais compté mes 150 Deux Chevaux, et que, ma
journée d'homme-chaîne terminée, je rentrais m'affaler chez moi
comme une masse, je n'avais plus la force de penser à grand-chose,
mais au moins je donnais un contenu précis au concept de plus-
value. »
Tommie Smith, John Carlos,
et Peter Norman
Tommie Smith (né en 1944), athlète noir états-unien, remporte la
médaille d’or sur le 200 m lors des Jeux olympiques d'été de 1968 au
stade olympique universitaire de Mexico. Avec son compatriote noir John
Wesley Carlos (né en 1945), médaille de bronze, proteste sur le podium
du 200 m contre les discriminations dont sont victimes les Noirs aux
États-Unis levant un poing ganté de noir.
Sur le podium, en signe de soutien, Peter Norman (1942-2006),
athlète blanc australien, médaille d’argent, porte un badge de l’Olympic
Project for Human Rights (OPHR), dont John Carlos a participé à la
fondation.
Les trois athlètes sont hués par les spectateurs. L'événement est
considéré comme l'une des manifestations politiques les plus importan-
tes de l'histoire des Jeux olympiques modernes*.
Le 30 septembre 2016, plusieurs décennies après avoir été ignorés,
voire méprisés, Smith et Carlos sont reçus à la Maison Blanche par le
président Barak Obama.
* En 1936, Jesse Owens (1913-1980) n'a pas eu l'honneur d'un entretien
avec le président Franklin D. Roosevelt au retour des J.O. de Berlin, en dépit de
ses quatre titres olympiques décrochés sous les yeux du dictateur allemand Adolf
Hitler.
Nicolas Sersiron
Né en 1944. Études de droit et de sciences politiques,
agriculteur-éleveur de montagne pendant 10 ans. Dans les années
1990, s’investit dans l’association ‘Survie’ aux côtés de François-Xavier
Verschave (‘Françafrique’) puis crée ‘Échanges non marchands avec
Madagascar’ au début des années 2000.
Ex-président du ‘Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers
Monde’ (CADTM-France), association d’éducation populaire qui lutte
contre l’injustice globale en mettant en résonnance économie, politique,
droit, finances, écologie, agriculture et alimentation.
. Président de l’association ‘Échanges non marchands’.
« À l’abri des armées conquérantes, les premiers colons, maîtres
d’esclaves, et les négriers-armateurs ont mis sauvagement en
production les terres et les mines du Nouveau monde. Durant plusieurs
siècles, ils ont drainé toutes les richesses disponibles des Amériques
vers l’Europe. La fin de l’esclavage dans les colonies a eu lieu en 1850,
mais elle a été remplacée par la colonisation armée, dont le but était
toujours l’extraction des matières premières au profit des colonisateurs
sans payer ces ressources. ../..
Nicolas Sersiron
« Dans les années 1960, la Banque mondiale impose aux
pays nouvellement indépendants de rembourser les « dettes »
contractées par les colonisateurs, correspondant à des
infrastructures mises en place en grande partie ou essentiellement
pour les opérations d’extraction de matières premières ou de
denrées agricoles d’exportation.
En 1982 survient la crise de la dette des pays du Sud : le
taux des prêts est multiplié par trois et les États débiteurs tombent
en faillite. Le FMI intervient et propose des prêts encore plus
onéreux pour rembourser les prêts précédents. Il impose dans ces
pays une politique de "rigueur" pour qu’ils puissent rembourser
leurs dettes. La coupe dans les dépenses de santé et d’éducation
et la privatisation des services publics enfonce les pays dans la
misère.(…)
La solution la plus logique serait de faire des audits des
dettes publiques en Europe et dans le monde et d’annuler tout ou
partie des dettes illégitimes. »
Jean-Louis Sanchez
Né en 1944, politologue français, né de parents espagnols ayant
fui la dictature de Franco. Professeur à la faculté de droit de Limoges,
directeur de la solidarité au Conseil général de la Haute-Vienne, auteur
de nombreux ouvrages sur le développement économique et social, la
décentralisation et la crise.
Crée en 1990 l’’Observatoire national de l'action sociale décentra-
lisée’ (ODAS). Créé aussi le Journal des Acteurs Sociaux (JAS) et
l‘’Institut national du Développement social’ (INDS).
Engagé dans la défense du lien social et du vivre-ensemble,
lance en 1999, avec Jean-Paul Delevoye, Patrick Braouezec, l'Abbé
Pierre, un appel à la fraternité pour inviter à une mobilisation générale
contre l’effacement des repères et le délitement du lien social.
« Le 19ème siècle est souvent considéré comme le siècle des
libertés, le 20ème comme celui de l’égalité, le 21ème pourrait être le siècle
de la fraternité. Il nous faut construire des liens sociaux, des repères
communs, c’est la sauvegarde de notre avenir. »
Sollicité dans le cadre de l’aide aux migrants, le Conseil
Constitutionnel, en juillet 2018, consacre la fraternité comme principe
constitutionnel et censure partiellement le "délit de solidarité".
Mary Robinson
Née en 1944, avocate irlandaise et professeur de droit à
l’université Trinity College de Dublin.
Première femme président d'Irlande de 1990 à 1997. Se rend
en Somalie en 1992, dans les camps de réfugiés du Zaïre et de
Tanzanie après le génocide du Rwanda en 1994, au ‘Tribunal Pénal
International’ de la Haye en 1997.
Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme de
1997 à 2002. Se rend au Tibet en 1998. Ne brigue pas de second
mandat à ce poste, déclarant qu'elle pense pouvoir faire plus à
l'extérieur des "contraintes" de l'ONU.
Membre fondatrice du ‘Collegium international éthique, politique
et scientifique’.
Quand elle défend la légalisation de la contraception en 1970,
reçoit des lettres d’insultes et des préservatifs usagés. « Lorsqu’on a
des convictions, il faut être prêt à en payer le prix ».
Pierre Calame
Français né en 1944, ancien haut fonctionnaire de l'Équipement.
Ex-directeur général de la ‘Fondation Charles Léopold Mayer pour
le Progrès de l'Homme’ (FPH) de 1988 à 2009, en préside aujourd'hui le
Conseil de Fondation.
Auteur de plusieurs essais sur les alternatives du 21ème siècle et
sur rôle et sur la place de l'État dans la société contemporaine.
« Quatre mutations à conduire au 21ème siècle :
1- Instituer des communautés de destin, du local au mondial.
2 - Se mettre d'accord sur des valeurs communes, sur une éthique
planétaire.
3 - Entreprendre la révolution de la gouvernance, ensemble des
dispositifs qu'une société invente, au fil du temps, pour se gérer elle-
même.
4 - Inventer l'oeconomie (oïkos : la maison, nomos : la règle), les règles
que l'on se donne pour gérer de manière prudente et avisée les
ressources de la biosphère de façon à assurer au mieux le bien être de
tous ».
Coluche
Michel Colucci (1944-1986), humoriste et comédien français, fils
d’un immigré italien et d’une Française. Occupe des rôles de second
plan au cinéma, campe ensuite des personnages plus centraux, comme
dans L’aile ou la cuisse, puis tient le haut de l'affiche durant les années
1980, essentiellement dans des comédies. Revendiquant sa grossièreté
« sans vulgarité », donne un style nouveau et sarcastique par sa liberté
d'expression, au music-hall, en s’attaquant notamment aux tabous,
maux et travers de la société (publicité, racisme, sexisme, langue de
bois, etc.).
Se présente à l'élection présidentielle de 1981 puis se retire à la
suite de pressions et de menaces. Passe par la dépression, l'alcool et la
drogue. Participe en octobre 1984 avec Harlem Désir, à la création de
‘SOS Racisme’.
Devenu très populaire, fonde en sept. 1985 l'association ‘Les
Restos du cœur’, relais d'aide aux plus démunis, quelques mois avant
de mourir dans un accident de moto.
« La droite a gagné les élections. La gauche a gagné les élec-
tions. Quand est-ce que ce sera la France qui gagnera les élections ? »
Howard Zehr
Né en 1944, pasteur mennonite états-unien.
Initiateur du concept de justice restaurative dont l’objectif vise à
« réparer la victime, réinsérer l’infracteur et rétablir la paix sociale ».
Professeur dans ce domaine à l’Eastern Mennonite University
de Harrisonburg (Virginie).
« Il s’agit de créer une sorte d’alliance des souffrances, pour finir
par se reconnaître dans celle de l’autre. (…) Loin du manichéisme, on
fait appel à la complexité des choses. Les criminels ne sont pas
déculpabilisés, mais ils s’expriment, souvent mieux qu’ils n’avaient pu
le faire lors du procès. Les victimes comprennent qu’il est dans leur
intérêt que le crime ne se reproduise pas ».
Sabrina Belluci, directrice de l’Institut National d’Aide aux
Victimes et de médiation (INAVEM)
Marie-Annick Rétif
Née en 1944, auteure-compositeure-interprète française,
chante sous le pseudonyme de Mannick.
Son répertoire s'adresse aussi bien aux enfants qu'aux
adultes. Manie l'humour, la poésie, la révolte dans ses chansons
où la bonté tient une place primordiale.
« Je connais des bateaux qui reviennent d'amour
Quand ils ont navigué jusqu'à leur dernier jour,
Sans jamais replier leurs ailes de géants
Parce qu'ils ont le coeur à taille d'océan. »
« Toi que l'on a brisé sur un lit de tortures,
Toi dont le corps n'est plus qu'une immense blessure,
Je veux être ton cri, je veux être ta voix
Pour les gens qui, chez nous, ne s'en souviennent pas. »
Jean-Claude Guillebaud
Français né en 1944, études de droit et sciences politiques à
Bordeaux. Journaliste au quotidien Sud Ouest, puis au journal Le
Monde et au Nouvel Observateur, cofondateur de ‘Reporters sans
frontières’, directeur littéraire aux ‘éditions du Seuil’, philosophe et
écrivain.
Travaille sur les origines de la violence et les façons de l’éradiquer.
Identifie 5 mutations dans la société contemporaine : économique,
numérique, génétique, écologique et géopolitique.
Propose 6 principes simples pour refonder le monde :
- L’espérance plutôt que la dérision
- L’égalité contre la domination du plus fort
- La politique réhabilitée face aux "fatalités" du marché
- La raison critique et modeste face au scientisme aveugle
- la solidarité face à l’individualisme
- la justice substituée à la vengeance sacrificielle. ../..
Jean-Claude Guillebaud
« Il ne faut pas céder à la sinistrose, non pas parce que c’est mal,
mais parce que c’est bête. (…) C’est dans la société civile que s’invente
le monde de demain. »
« Ma génération affichait des posters de Che Guevara, les jeunes
d’aujourd’hui se réfèrent à Gandhi, Martin Luther King et Nelson
Mandela. Voilà un signe d’espérance. »
« Loin de toute mièvrerie, l’espérance est anthropologiquement
fondatrice. Elle porte en elle l’idée selon laquelle nous sommes co-
responsables du monde qui vient. À chacun, il incombe de refuser
d’abandonner ce monde aux méchants, comme dit le Livre des
Psaumes, et d’accomplir sa part pour conjurer la menace et faire
advenir la promesse. »
« L’humanisme consiste à s’ouvrir à l’autre sans se renier soi-
même ». ../..
Jean-Claude Guillebaud
Fils d’officier et ancien reporter de guerre, s’interroge sur la
violence, la scrute dans toutes les époques, invite à comprendre le
terrorisme à travers une interrogation plus large sur la guerre, en
appelle à l’entraide contre la loi du plus fort.
Marqué par 3 figures spirituelles : Bernard Hanrot, prêtre-ouvrier de
la ‘Mission de France’; Pierre Claverie, évêque d’Oran assassiné en
1996; Christian de Chergé, prieur de Tibhirine. Reprend les propos de
Maurice Bellet : « Il s’agit maintenant de rouvrir des chemins inédits dans
l’énorme mutation qui est en cours. »
« La proximité avec la nature est une providence toujours
renouvelée. La beauté est rare et précieuse. Il faut la chérir et s’en
émerveiller. (…) Pour nous convaincre de la fragilité de l'environnement,
il nous faut prendre conscience de la splendeur du vivant que, en prêtant
attention, nous pouvons observer dans toutes les petites choses de la
vie. »
« Face à ces torrents de violence, saurons-nous rester droits, sans
devenir nous-mêmes barbares ? Aurons-nous assez de cran et de calme
pour regarder en face les monstres qui nous habitent ? C’est en regar-
dant la guerre en face qu’on peut espérer l’empêcher.»
Ulrich Beck
(1944-2015), sociologue allemand. Études de sociologie à l'univer-
sité Louis-et-Maximilien de Munich, doctorant et enseignant-chercheur à
la London School of Economics, enseignant à la ‘Fondation Maison des
sciences de l'homme’ (FMSH) de Paris. Professeur de sociologie à
l'Université de Munich.
Dans La Société du risque (1986), constate un changement dans
la configuration de la société, en raison du développement industriel et
technologique, où la question centrale est désormais la répartition du
risque. S'interroge également sur une société à venir dans le cadre de la
mondialisation où la valeur de l'avenir pourrait être le cosmopolitisme.
Prenant l'exemple de l'industrie nucléaire et de la longévité des
déchets nucléaires, qui est selon lui mise en avant en raison du
changement climatique et de la hausse des prix du pétrole, critique « les
acteurs qui sont censés garantir la sécurité et la rationalité - l'État, la
science et l'industrie - » dans la mesure où « ils exhortent la population à
monter à bord d'un avion pour lequel aucune piste d'atterrissage n'a été
construite à ce jour ».
Préconise un État supranational, un Parlement mondial, une
Europe post-nationale. Le cosmopolitisme est pour lui une manière de
promouvoir une forme de mondialisation basée sur la reconnaissance et
la coexistence des différences.
Jean-René Bachelet
Né en 1944, militaire français. Enfant de troupe, Saint-Cyr, chasseur
alpin, commande le bataillon des Glières. Exerce le commandement du
secteur de Sarajevo dans le cadre de la FORPRONU en 1995, au paro-
xysme de la crise. Chef du ‘Commandement des Organismes de Forma-
tion de l’Armée de Terre’ (COFAT), il s’intéresse aux stratégies non-
violentes de défense et à l’intervention civile de paix. Général d’armée,
inspecteur général des armées.
De longue date, mène une réflexion de fond touchant aux fonda-
mentaux du métier militaire en termes d’éthique et de comportements :
L’exercice du métier des armes dans l’armée de terre. Fondements et
principes et Code du soldat. Président de l’’Association des Glières. Pour
la mémoire de la Résistance’.
« La permanence, en ce monde, de phénomènes de violence insupportables
nécessite l’entretien d’une capacité d’exercer la force pour y parer, c’est-à-dire de
contraindre, si nécessaire, par la destruction et la mort. L’extravagance de l’action
militaire, dans sa nature même, et l’engagement qu’elle réclame de la part de ceux
qui la conduisent, ne sauraient se concevoir sans une référence incarnée qui la
légitime et l’inspire. (…) Sa condition (du soldat) est une expression paroxysmique de
la complexité et du tragique de la condition humaine, à la mesure des situations elles-
mêmes paroxysmiques auxquelles il est exposé.»
« Le principe d’humanité repose sur l’universalité du genre humain et sur la
singularité de la personne humaine ».
Alain Caillé
Né en 1944, sociologue français. Docteur ès sciences écono-
miques et ès lettres. Professeur à l’université de Caen, puis de
Nanterre. Dans la suite de Marcel Mauss, développe "le paradigme
du don" sur lequel il espère faire reposer une science sociale
généraliste, philosophie morale et politique incluse. Dirige la Revue
du MAUSS (‘Mouvement anti-utilitariste en science sociale’) depuis sa
fondation.
En 2013, est à l’origine du Manifeste convivialiste, texte signé
par une soixantaine de personnalités du monde entier. Le convivialis-
me, dont le nom est inspiré des travaux d’Ivan Illich, est une philoso-
phie politique visant à regrouper les initiatives allant dans le sens
d’une alternative à l’organisation néo-libérale actuelle du monde en
explicitant leur dénominateur commun, à savoir la recherche d’un art
de vivre ensemble opposé à la démesure.
Le convivialisme est une "philosophie de l’art de vivre ensemble
en s’opposant sans se massacrer". Ses principes : "commune
humanité", "commune socialité", "légitime individuation", "opposition
créatrice","principe de commune naturalité", "maîtrise de l'hubris", i.e.
de la démesure.
François-Xavier Verschave
(1945-2005), penseur et militant politique français. Économiste de
formation, responsable du service économie-emploi à la mairie de Saint-
Fons (Rhône) de 1983 à 2005.
Passionné des relations franco-africaines, forge et décrit le
concept de "Françafrique", volet occulte de la politique de la France en
Afrique. Membre fondateur de l'association ‘Survie’.
Fournit également un important travail de recherche sur le
concept de "biens publics à l’échelle mondiale" et sur les théories
économiques de Fernand Braudel.
« En 1960, de Gaulle à accorde l'indépendance aux colonies
d'Afrique noire, mais charge son conseiller pour les affaires africaines,
Jacques Foccart, de maintenir la dépendance, par des moyens forcément
illégaux, occultes, inavouables. Il sélectionne des chefs d'État "amis de la
France", par la guerre (plus de 100 000 civils massacrés au Cameroun),
l'assassinat ou la fraude électorale. À ces gardiens de l'ordre néocolonial,
il propose un partage de la rente des matières premières et de l'aide au
développement. Les bases militaires, le franc CFA convertible en Suisse,
les services secrets et leurs faux nez (Elf et de multiples sociétés)
complètent le dispositif . »
Sanjit "Bunker" Roy
Né en 1945, militant social indien et éducateur gandhien.
Fonde en 1972 dans le village de Tilonia (Rajasthan) le Barefoot
College ("Université aux pieds nus") avec la conviction que les solutions
aux problèmes des pauvres en milieu rural se trouvent dans la commu-
nauté, dans leur patrimoine traditionnel et dans les nouvelles technologies
qui ont simplement besoin d’être adaptées à leur situation.
Depuis 1989 , le College forme des jeunes et des femmes illettrées
ou semi-illettrées des campagnes pour en faire des ingénieurs (eau,
énergie solaire) ou des formateurs (éducation, santé, alimentation,
artisanat). Des "grand-mères" de 63 pays ont propagé l’électrification
solaire dans 45 000 foyers.
Le College est « fondé par les pauvres et géré par les pauvres ».
Ses valeurs sont « l’honnêteté, l’intégrité, la compassion, les
compétences pratiques, la créativité et la capacité à travailler sans
discrimination ».
Patch Adams
Hunter "Patch" Adams, né en 1945, médecin états-unien,
clown professionnel, artiste et auteur. Harcelé à l’école car il est
différent des autres et s’oppose au racisme. Après une tentative de
suicide, décide d’être heureux et de répandre la joie autour de lui.
Fonde en 1971 le Gesundheit ! Institute*. Soigne par le rire,
qui fait circuler le sang, renforce le cœur et aide la corps à lutter
contre les maladies. Soigne plus de 15 000 personnes gratuitement
dans son institut, en particulier destiné aux malades dépourvus de
Sécurité sociale ou de mutuelle. Affirme que c'est par l'amour et la
compassion autant que par la médecine conventionnelle qu'il
convient d'apporter du soin aux personnes malades.
Propose à chacun de ses frères humains de faire l’imbécile en
public, de porter des vêtements rigolos, d’entre sympathique avec
tout le monde et de ramasser les détritus dans la rue.
En 2014, honoré du titre de "Grand Rectum" de l‘’Université
de foulosophie’, fondée par François Gourd.
« Chacun peut faire quelque chose de bien. Il s’agit juste d’en
prendre la décision, de se lancer et de travailler à promouvoir la paix,
la justice et le bien-être des gens sur la planète. »
* En allemand, Gesundheit signifie à la fois "santé" et "À vos souhaits !"
Luigi Ciotti
Né en 1945, prêtre catholique italien. Fonde en 1965 le
groupe ‘Abel’ qui assure la défense des marginaux tels que les
mineurs incarcérés, les drogués ou les prostitué-e-s. Ex-président
de la ‘Lila’, Ligue italienne pour la lutte contre le sida.
Après le meurtre d’un juge qui avait osé s’opposer à la mafia,
fonde l’association Libera qui regroupe des magistrats, policiers,
juristes et journalistes impliqués dans la lutte contre les mafiosi. Ce
réseau associatif réunit 1 500 associations et organismes d'éduca-
tion civique.
"Condamné à mort" par la mafia, ne sort jamais sans
escorte. Est parvenu à faire entrer dans la législation italienne la ‘Loi
sur les biens confisqués à la Mafia et leur utilisation sociale’, qui
permet par exemple de transformer le palace avec robinets en or
d'un "parrain" en caserne de carabiniers, ou une maison de passe
en centre social.
Son action est double : un lobbying pour pousser les
parlementaires à durcir la législation, et une aide aux familles des
victimes de la Mafia (3 500 morts en 20 ans).
Daniel Cohn-Bendit
Né en 1945, homme politique franco-allemand. Né de parents
allemands antinazis, apatride pendant 14 ans. Études supérieures à
Paris-Nanterre. Militant libertaire, un des leaders du mouvement de
mai 1968, expulsé en Allemagne.
Élu du parti Die Grünen à Francfort-sur-le-Main, député
européen des ‘Verts’ allemands, réélu sur une liste des ‘Verts’ français.
Tête de liste d‘’Europe Écologie Les Verts’ en Île-de-France lors des
élections européennes de 2009. Coprésident du groupe ‘Verts/ALE’ au
Parlement européen. Partisan d'une Europe fédérale, se définit
comme un "citoyen européen".
« Même si on nous promettait le paradis, nous le refuserions. Car
nous voulons le prendre. » (mai 1968)
« En somme, les bourdons sont un peu comme nos inactifs
(chômeurs, retraités, étudiants) : leur production matérielle est proche
de zéro, mais ils participent à la pollinisation, produisent du réseau, de
l'information, du lien social. »
« Le Roi-Soleil, c’est Macron ? Mais le Dictateur-Soleil, c’est
Mélenchon ! On arrête ! L’important, c’est l’Europe ! »
« Si la révolution écologique doit attendre le socialisme ou la
VIème République, on est dans la merde ! »
Guy Aurenche
Né en 1946, avocat français, militant des droits de l'homme et
de l’altermondialisme, président d’honneur de la ‘Fédération
internationale de l‘Action des chrétiens pour l'abolition de la torture’
(FIACAT).
Président du ‘Comité catholique contre la faim et pour le
développement’ (CCFD – Terre solidaire – 2009-2014), membre du
comité de parrainage de ‘Non-Violence XXI’.
« J’ai progressivement réalisé (…) que dans toutes situations,
même (surtout !) les plus violentes, l’option non-violente s’imposait.
Le respect de la dignité humaine, respect sur lequel repose toute la
dynamique des Droits de l’Homme, ne peut prospérer sans ce choix
clair en faveur de la non-violence active. C’est la seule réponse
efficace à la violence ».
Pierre-Jean Delahousse
Français né en 1946, ex-professeur de français. Vit longtemps à
l’étranger et rencontre beaucoup de personnes choquées par la
défiguration des entrées de villes par les panneaux publicitaires.
Crée à Grenoble en février 1992 ‘Paysages de France’,
association de protection de l'environnement créée en dont le but est de
lutter contre toute forme de pollution visuelle dans les paysages urbains
et non-urbains.
Forte de ses 2 000 adhérents, dont plus de 70 associations,
l’association fait des pétitions, manifestations, engage des actions
devant la justice pour obtenir le respect du Code de l'environnement
(dispositifs publicitaires en infraction, antennes de téléphonie mobile,
lignes électriques aériennes, éclairage des montagnes, décharges
sauvages, sentiers du littoral, équipement et aménagements non
respectueux des sites, etc.). A fait condamner l’État 58 fois par les
tribunaux administratifs.
« Qu'on m'avertisse quand M. Decaux mettra un panneau dans
son jardin ! »
Steven Spielberg
Né en 1946, réalisateur, scénariste et producteur de cinéma
états-unien issu d’une famille juive. Réalise quelques petits films
amateurs puis abandonne ses études pour tenter sa chance à
Hollywood. Assistant monteur, il apprend son métier sur le tas dans les
années 60 en réalisant des courts-métrages.
Après Duel (1971), Sugarland express (1974), et Les dents de
la mer (1975), enchaîne les succès internationaux : E.T., l'extra-terrestre
(1982), la série Indiana Jones (1981-2008), Jurassic Park (1993), Tintin
(2011, en 3D), Ready Player One (2018, science-fiction).
La liste de Schindler (1993) décrit comment l’industriel allemand,
Oskar Schindler réussit à sauver environ 1 200 Juifs promis à la mort
dans le camp de concentration de Płaszów. Amistad (1997) dénonce
l’esclavage. ll faut sauver le soldat Ryan (1998) montre les combats du
débarquement en Normandie. Cheval de guerre (2011) traite de la
Première Guerre mondiale, Lincoln (2012) de l'abolition de l'esclavage,
Le Pont des Espions (2015) de l'espionnage pendant la Guerre froide,
Pentagon Papers (2017) de l'implication politique et militaire des États-
Unis dans la guerre du Viêt-Nam.
« Je gagne ma vie en rêvant. »
Mike Davis
Né en 1946, écrivain, militant politique, théoricien de l’urbanisme,
géographe et historien états-unien. Ouvrier des abattoirs, conducteur de
camion, puis entreprend des études et s'intéresse au marxisme. Mène
des enquêtes sur le pouvoir et les classes sociales dans le sud de la
Californie. Professeur d'histoire à l'université de Californie à Irvine.
Dans Génocides tropicaux (2001), fait le lien entre l'économie
politique et le colonialisme au 19ème siècle et des phénomènes climatiques
d'échelle mondiale, en particulier le phénomène El Niño : en comparant
les épisodes El Niño à différentes époques et dans différents pays,
explore les conséquences du colonialisme et de l'introduction du
capitalisme, et leur lien avec la famine des populations locales : Inde,
Chine, Brésil, Éthiopie, Corée, Vietnam, Philippines, Nouvelle-Calédonie.
30 à 60 millions de personnes sont mortes. La "négligence active" des
administrations coloniales et leur foi aveugle dans les dogmes du libre-
échange ont une très lourde responsabilité dans ce bilan effroyable.
Dans Le pire des mondes possibles (2007), dénonce les politiques
urbaines et économiques souvent génératrices de fragmentation et de
ségrégation spatiale.
Shlomo Sand
Né en 1946 en Autriche de parents juifs. Passe ses deux premières
années de vie dans des camps de réfugiés juifs polonais, en Allemagne.
Grandit en Israël où ses parents ont émigré.
Pendant la Guerre des six Jours (1967) à laquelle il participe
comme soldat, est le témoin, à Jéricho, d’un acte de barbarie, commis par
son armée sur un vieillard arabe.
Milite dans l'extrême gauche israélienne favorable à deux
Républiques différentes (israélienne et palestinienne) dans la perspective
d'une confédération. Complète ses études universitaires à Paris.
Historien israélien spécialisé dans l'histoire contemporaine,
professeur à l’université de Tel Aviv. Défend l'idée que la construction
nationale israélienne s'est appuyée sur un récit fondateur mythique,
faisant des populations juives un peuple, uni par une même origine et
possédant une histoire nationale commune.
../..
Shlomo Sand
En réalité, explique-t-il, jusqu'à l'avènement du sionisme, ces
populations ne se définissaient qu'à travers leur appartenance
religieuse en commun et ne se percevaient pas comme un peuple.
Contrairement à l’idée reçue, la diaspora n’est pas née de l’expulsion
des Hébreux de Palestine, mais de conversions successives en
Afrique du Nord, en Europe du Sud et au Proche-Orient.
« Il existe un lien étroit entre l’identification des Juifs en tant
qu’ethnie ou peuple-race éternel et la politique d’Israël à l’égard de
ceux de ses citoyens considérés comme non-juifs, à l’égard
également des travailleurs immigrés venus de contrées lointaines, et
bien évidemment de ses voisins privés de droits et soumis à un
régime d’occupation depuis bientôt cinquante ans. »
Bruno Latour
Né en 1947, sociologue, anthropologue et philosophe des
sciences français. Agrégé de philosophie, enquête en Afrique sur la
décolonisation et la notion de race, recherche sur l'exégèse biblique
des textes portant sur la résurrection, sur la sociologie des primatolo-
gues, etc. Depuis 2006, professeur à l'Institut d'études politiques de
Paris. En 2007, directeur scientifique et directeur adjoint de Sciences
Po. Cocréateur du master SPEAP (‘Sciences-Po Programme
d'expérimentation en arts et politique’) qui réarticule les liens entre les
arts, les sciences et la politique.
Ses conceptions et celles de Philippe Descola sur les "non-
humains" (minéraux, végétaux, animaux, objets, statistiques, etc.)
l'amènent à élaborer un véritable programme d'écologie politique.
« Les zadistes ont fait une opération de grande importance en
philosophie politique, c’est de dire que les zones sont à défendre. Ils
ont parfaitement raison de dire que les questions politiques sont des
questions territoriales. Ces questions territoriales définissent des
intérêts et des mondes. Quels avions veut-on ? Quels batraciens veut-
on garder ? Quelle agriculture ? Quelles zones humides ? C’est cela
que j’appelle "cosmologie". »
Bruno Latour
« On ne comprend rien aux positions politiques depuis cinquante
ans, si l’on ne donne pas une place centrale à la question du climat et à
sa dénégation. Tout se passe en effet comme si une partie importante
des classes dirigeantes était arrivée à la conclusion qu’il n’y aurait plus
assez de place sur Terre pour elles et pour le reste de ses habitants.
C’est ce qui expliquerait l’explosion des inégalités, l’étendue des
dérégulations, la critique de la mondialisation, et, surtout, le désir
panique de revenir aux anciennes protections de l’État national. »
« Mais la question importante à se poser, c’est de se demander
où, nous, les autres, nous allons atterrir ? La description de ce lieu
d’atterrissage est le travail commun des scientifiques, des activistes,
des artistes, des politiques. Comment est-ce qu’on absorbe un monde
où il faudrait cinq Terres alors qu’il n’y en a qu’une ? Ces questions
deviennent communes. Et l’alliance à faire pour y répondre inclut aussi
bien des libéraux que des néolibéraux et que des populistes. »
« Ma démonstration est au contraire que Gaïa est un
personnage séculier et laïque par opposition à la notion de nature.
Cette version n’est justement pas providentielle. Alors que la nature,
les "lois de la nature" sont une figure providentielle. »
Voir aussi B.L. dans le trombinoscope des chercheurs de sens
Bernard Devert
Français né en 1947. Études de droit. Agent immobilier de 1973
à 1985, poursuit parallèlement des études de théologie et devient prêtre
pour le diocèse de Lyon.
Choisit de mettre ses compétences professionnelles au profit des
personnes mal logées, fonde en 1985 le mouvement ‘Habitat et
Humanisme’ afin de venir leur en aide.
Cette fédération reconnue d‘utilité publique (2300 bénévoles, 200
salariés, 25 000 personnes engagées dans le don et l'épargne solidaire,
plus de 12 000 familles logées depuis sa création) est aujourd’hui
composée de 50 associations dans 70 départements.
Fonde en 2003 le mouvement ‘Pierre Angulaire’, qui vient en
aide aux personnes âgées fragilisées ou dépendantes.
« La ville doit être traversée par la différence, et non se
développer à partir de strates monolithiques. Et là où le vivre ensemble
n’est pas perceptible, il y a injustice ; l’homogénéité de l’habitat concourt
à la rigidité assassine des sociétés occidentales.»
Coline Serreau
Française née en 1947, réalisatrice, scénariste, compositrice,
chef de chœur.
Ses films (Trois hommes et un couffin, La crise, La Belle Verte,
Romuald et Juliette, Chaos, St Jacques-La Mecque) font l’éloge de
l’amitié, de l’honnêteté, de la vérité, de la tendresse, du non-
conformisme. Dirige la ‘Chorale du Delta’.
Son long métrage Solutions locales pour un désordre global
(2010) montre qu’il existe partout des solutions.
Il fait entendre des réflexions de paysans, de philosophes et
d’économistes qui, après avoir expliqué pourquoi notre modèle de
société s’est embourbé dans la crise financière, économique et
politique, inventent et expérimentent des alternatives.
Émile Shoufani
Né en 1947, théologien et éducateur chrétien arabe, de nationalité
israélienne. Expulsé avec sa famille en 1948. Études de théologie en
France.
Prêtre et directeur du ‘Collège Saint Joseph’ à Nazareth. Pour
promouvoir la réconciliation et enseigner la Shoah, organise en 2003 le
premier voyage judéo-arabe à Auschwitz-Birkenau (500 personnes).
Archimandrite de l'Église grecque-catholique melkite de la Terre
Sainte.
« Cet acte de mémoire signifiera notre refus radical d’une telle
humanité, il témoignera de notre capacité à comprendre la blessure de
l’autre. (…) Ce détour par les abîmes les plus sombres de la mémoire de
l’humanité ne peut relativiser en aucune façon les souffrances d’autres
populations, en d’autres lieux et en d’autres temps. Il ne peut au contraire
que nous renvoyer chacun à nos responsabilités du présent, et à notre
vocation d’êtres humains en marche vers un Vivre ensemble ».
Érik Orsenna
Érik Arnoult, né en 1947, romancier français. Études de philosophie,
de sciences politiques et surtout d'économie. Chercheur et enseignant dans
le domaine de la finance internationale et de l'économie du développement.
Vice-président du conseil d’administration de la fondation FARM
(‘Fondation pour l'Agriculture et la Ruralité dans le Monde’). Membre
honoraire du ‘Conseil d’État’ et de l’’Académie Française’, navigateur,
amoureux de l’Afrique. Chargé d’un plan national pour les bibliothèques.
« J’ai rencontré des scientifiques, des paysans, des religieux, des
constructeurs de barrages, des physiciens alpinistes qui mesurent sur tous
les toits du monde la fonte des glaciers. J’ai passé du temps avec les
médecins de Calcutta qui luttent contre le choléra. (…)
Peu à peu, j’ai fait plus ample connaissance avec notre planète. J’ai vu
s’aggraver partout les inégalités, notamment climatiques. Mais j’ai vu aussi
la réussite du pragmatisme, de belles coopérations entre administrations et
entreprises privées. »
Nicole Notat
Née en 1947, responsable syndicale et associative française.
Institutrice pour enfants en difficulté, adhère à la ‘Confédération française
démocratique du travail’ (CFDT). Secrétaire du ‘Syndicat général de
l'Éducation nationale SGEN-CFDT’ pour la Meuse en 1970, puis membre
de l’UR-CFDT Lorraine. De 1992 à 2002, Secrétaire générale de la CFDT,
première femme à diriger une confédération syndicale. Comme son pré-
décesseur Jean Kaspar, engage la CFDT sur la voie d'un syndicalisme
partenaire comme en Allemagne.
En 2002, fonde Vigeo, société européenne d'évaluation des perfor-
mances sociales et environnementales des entreprises. Membre du
groupe de réflexion sur l'avenir de l'Europe établi par le Conseil européen
et présidé par Felipe González.
En mars 2018, remet avec le président de Michelin Jean-Domini-
que Senard le rapport Entreprise, objet d’intérêt collectif sur le rôle de
l’entreprise dans la société française, qui inspire la loi PACTE (‘Plan
d'action pour la croissance et la transformation des entreprises’) de 2019.
Nommée en mai 2020 par le gouvernement à la tête du ‘Ségur de
la santé’, qui doit proposer des solutions pour mettre fin à la paupérisation
des personnels soignants. Présidente de ‘Coup de Pouce’, association qui
agit pour la prévention de l’échec scolaire précoce.
Hans Widmer
Articule 5 niveaux d’organisation ou glomos (global
modules) : 1) le voisinage; 2) les quartiers ou petites
villes; 3) les grandes villes ou régions; 4) les territoires; 5)
la planète. La civilisation de l’usage des communs ne
commence pas forcément au niveau 1.
Met en garde contre les pièges dans la création
des glomos : identité culturelle, extrémismes écologiques,
propriété et spéculation foncière, peur du collectivisme. Il
s’agit avant tout d’une logistique écologique destinée à
réduire les distances parcourues au quotidien pour éviter
les gaspillages de toute sorte.
Né en 1947, philosophe et écrivain suisse-allemand connu
sous le pseudonyme P.M. Député au ‘Grand Conseil’ du canton de
Lucerne, puis élu au ‘Conseil national’. Cofondateur de la coopéra-
tive Kraftwerk -1 à Zürich. Père de l'utopie communautaire dans les
années 1980, auteur de l'essai écologiste et anticapitaliste Bolo'bolo.
Une communauté «bolo» compterait environ 500 personnes,
elle serait autosuffisante et s'approvisionnerait en nourriture dans
des fermes situées à l'extérieur des villes.
Rebiya Kadeer
Née en 1947 dans l'ethnie ouïghoure (10 millions de personnes
en majorité musulmanes et turcophones dans le Xinjiang, au nord-
ouest de la Chine). Ex-blanchisseuse, femme d’affaires, promue à
hautes responsabilités par le Parti communiste chinois.
En août 1999, condamnée à 8 ans de prison pour « divulgation
de secrets d’État » parce qu'elle a envoyé à son mari réfugié aux
Etats-Unis des coupures de presse faisant état des violations des
droits humains.
Exilée aux États-Unis depuis 2005. Depuis 2006, présidente du
Congrès mondial des Ouïghours.
« Les militaires chinois sont omniprésents, les contrôles et les
arrestations quotidiens. Il y aurait désormais environ 40 000
prisonniers politiques ouïghours en Chine, certains, y compris des
femmes, condamnés à mort. De nombreux Ouïghours ont également
disparu ».
Shirin Ebadi
Née en 1947, avocate iranienne, enseigne le droit à l'université de
Téhéran. Première femme en 1974 à devenir juge en Iran. Doit
abandonner son poste en 1979 à cause de la révolution iranienne lorsque
des religieux conservateurs prennent en main le pays et limitent le rôle des
femmes.
Devient avocate des dissidents et milite pour faire évoluer son pays,
notamment dans le domaine du droit des femmes. En 2000, est accusée
d'avoir distribué une cassette vidéo sur laquelle un extrémiste religieux
avoue que les dirigeants iraniens sont à l'origine des violences.
Prix Nobel de la paix en 2003. Porte-parole officieuse des femmes
iraniennes qui ont joué un rôle clé dans la campagne présidentielle du
réformateur Mohammad Khatami. Vit en exil à Londres depuis 2009.
« La Déclaration universelle des droits de l’homme ne se
fonde pas sur un principe judéo-chrétien mais sur la question de la
dignité universelle de l’homme. En cela, les Iraniens ont très
largement apporté leur pierre. N’est-ce pas Cyrus II le Grand, roi de
Perse, qui inscrivit pour la première fois dans l’histoire de l’humanité
la première charte des droits de l’homme sur un cylindre d’argile ? »
Saïd Sadi
Né en 1947, homme politique algérien. En 1966, en raison de sa
passion pour sa langue maternelle berbère, refuse d'arabiser une pièce de
théâtre : est renvoyé du lycée pendant trois jours. Médecin psychiatre de
formation.
Membre fondateur de la ‘Ligue algérienne pour la défense des droits
de l'homme’ en juin 1985, est arrêté en août et condamné à 3 ans de
prison, libéré en avril 1987 par grâce présidentielle. Membre de la section
algérienne d‘’Amnesty International’ et militant du ‘Mouvement culturel
berbère’.
Fondateur en 1989 et président du ‘Rassemblement pour la culture et
la démocratie’ (RCD), et député d'Alger. Son parti, qui se veut de centre
gauche et affiche un profil social-démocrate, a pour préoccupa-tions
essentielles la défense de la langue et de la culture berbères, la laïcité de
l'État et la lutte contre le courant islamiste. Lors des élections
présidentielles d’avril 1999, opte pour un "boycott actif" faute d'avoir
obtenu un « compromis historique entre l'ensemble des forces patriotiques,
démocratiques, républicaines pour opposer un seul candidat au courant
islamiste ».
« En Algérie, l’islamisme est arrivé au pouvoir par le biais des
militaires. C’est lors du coup de force perpétré au Caire en août 1957 par le
segment militariste du FLN qu’ont été réintroduits les référents islamistes
dans les textes de la révolution. »
Dany-Robert Dufour
Né en 1947, philosophe français. Professeur de philosophie de
l'éducation à l’université Paris-VIII, directeur de programme au ‘Collège
international de philosophie’, résident à l‘’Institut d'études avancées de
Nantes’. Enseigne au Brésil, en Colombie et au Mexique.
Dans Le Divin Marché, la révolution culturelle libérale, montre que,
bien loin d'être sortis de la religion, nous sommes tombés sous l'emprise
d'une nouvelle religion conquérante, le marché.
Dans La Cité perverse - libéralisme et pornographie, montre que
nous vivons dans un univers qui a fait de l'égoïsme, de l'intérêt personnel,
du self-love son principe premier.
Dans La situation désespérée du présent me remplit d’espoir
(2016), montre que le délire occidental, fondé sur un "vouloir avoir
toujours plus" (ce que les grecs nommaient pléonexie, l’avidité) ne pouvait
que susciter, par contrepoint, un désir de pureté et un nouveau délire
d’allure fondamentaliste, celui du jihadisme ou du théo-fascisme. Le délire
identitariste néo-fasciste (qui monte aujourd'hui en Europe) se voudrait
être le seul rempart possible contre les deux premiers.
Il faut songer à tout refonder à partir des principes de dignité et de
commune humanité, ce que font les convivialistes*.
* sur le convivialisme, voir la diapo Alain Caillé
Gérard de Puymège
Intéressé par l'histoire des passions politiques et des mentalités
nationales et nationalistes, a l'idée, pour sa thèse, de se lancer à la
recherche de Nicolas Chauvin, héroïque soldat des armées de la
Révolution et de l'Empire, revenu, couvert de blessures et de décora-
tions, vivre dans son Rochefort natal le reste de son âge.
Le récit, dépourvu de toute réalité historique, est issu d'une longue
tradition, celle du soldat-laboureur, venue de l'Antiquité (Cincinnatus) à
travers l'héritage rousseauiste. La légende s'est cristallisée sous la
Restauration et la monarchie de Juillet, sous la plume des chansonniers,
vaudevillistes et historiens. Le chauvinisme ressort périodiquement lors
de toutes les poussées du ruralisme national, de Bugeaud à Méline et à
Pétain.
Né en 1948, historien et politologue. Assistant de Denis de
Rougemont à ‘l'Institut universitaire d'études européennes’ de Genève.
Rédacteur en chef adjoint de la revue Cadmos publiée par le ‘Centre
européen de la culture’ à Genève. Coordonnateur du programme ‘La
navigation du savoir’ (programme Méditerranée de l'Unesco).
Coauteur d’une étude sur le fanatisme (1980). Montre, à travers
les méandres de l’histoire et de l’âme humaine, que la
question du fanatisme concerne chacun de nous,
fanatique potentiel.
Manfred Fischer
(1948-2013), pasteur protestant allemand. S’oppose à la
destruction complète du mur de Berlin* qui a coupé la ville en deux du 13
août 1961 au 9 novembre 1989. Pourtant le mur avait coupé aussi sa
paroisse en deux, et son église, située sur la BernauerStrasse s’était
même retrouvée emprisonnée dans le no-man’s land avant d’être détruite
en 1985.
Si son idée n’enthousiasme tout le monde, le pasteur réussit à
s’imposer et finit par ouvrir le plus important mémorial du mur à Berlin, qui
s’étend aujourd’hui sur 1,4 kilomètre le long de l’ancienne frontière.
À la place de l’église détruite, une chapelle de la Réconciliation
(Kapelle der Versöhnung, image du haut) est érigée et inaugurée le 9
novembre 2000, le 11ème anniversaire de la chute du mur. Des services à
la mémoire des victimes du mur y sont régulièrement organisés.
« Bien sûr qu’il fallait enlever le mur. Mais il était important qu’un
morceau reste debout, afin de faire un vrai travail de mémoire. La
confrontation avec le passé nazi nous a appris qu’on ne pouvait pas se
contenter de dire que tout est fini et de continuer comme avant. »
* dispositif militaire comportant deux murs de 3,6 mètres de haut, avec un
chemin de ronde, 302 miradors et dispositifs d'alarme, 14 000 gardes, 600 chiens et
des barbelés.
Pierre Rosanvallon
Né en 1948, historien français, auteur, professeur au Collège de
France, directeur d’études à l’EHESS. Membre de la CFDT, du PSU
puis du PS.
Fonde en 2002 un atelier intellectuel international, La République
des idées, pour "refonder une nouvelle critique sociale" détachée de
"l’archéo-radicalisme" ou de "l’idéologie radicale nostalgique".
Organise en 2009 le forum ‘Réinventer la démocratie’. Directeur
du site La vie des idées.
« Qu'est-ce qu'un pouvoir impartial ? (ne pas subir de pression, ne pas
avoir préjugé, être désintéressé, etc.) Quelle importance les hommes
ont-ils donné à cette qualité ? Quelles procédures et exigences ont-ils
instituées pour l’atteindre et la contrôler ? Quels liens avec les concepts
d'indépendance, de neutralité ? L'impartialité comme fragile vertu à
construire, présumée mais jamais acquise, virtuelle, provisoire, toujours
à prouver, toujours à mettre à l'épreuve. »
Pierre Rosanvallon
Dans son livre, L'âge de l'autogestion, défend un héritage
philosophique savant, venu à la fois de Marx et de Tocqueville, et
annonce une "réhabilitation du politique" par la voie de l'autogestion.
En 2014, plus de 4 ans avant la crise des "Gilets jaunes",
s’intéresse à l’impression d’abandon qui exaspère aujourd’hui de
nombreux Français : il se trouvent oubliés, incompris, pas écoutés. Le
pays, en un mot, ne se sent pas représenté. Le projet "Raconter la
vie", dont l’essai Le Parlement des Invisibles constitue le manifeste, a
l’ambition de contribuer à le sortir de cet état inquiétant, qui mine la
démocratie et décourage les individus.
Pour remédier à cette mal-représentation, veut former, par le biais
d’une collection de livres et d’un site internet participatif, l’équivalent
d’un Parlement des invisibles. Répond au besoin de voir les vies
ordinaires racontées, les voix de faible ampleur écoutées, la réalité
quotidienne prise en compte.
Patrick Viveret *
Né en 1948, philosophe français, docteur en science politique.
Chargé par Michel Rocard d'une mission sur l'évaluation des
politiques publiques en France.
Conseiller à la ‘Cour des Comptes’ à partir de 1990, rédacteur
en chef de la revue Transversales Science Culture (1992-1996).
Co-initiateur des rencontres internationales ‘Dialogues en
Humanité’ dont les premières se passent à Lyon.
« Nos sociétés sont dans entrées dans le mur, mais la crise de
civilisation que nous traversons peut constituer, si nous le voulons,
l’occasion d’un saut qualitatif de l’humanité en marche vers son
humanisation.
Au centre de nos problèmes se trouve la question de la qualité
d’humanité, la question éthique. »
* 7 diapositives sont consacrées à Patrick Viveret , car sa pensée rassemble beaucoup de sujets
abordés dans ces diaporamas.
Patrick Viveret
Démesure et mal-être
« Notre société articule
- la démesure : gratte-ciel, extraction en deux siècles des
ressources fossiles accumulées pendant des millions d’années,
écarts de revenus hallucinants, poids de la spéculation (97 %)
dans les échanges financiers, etc.
- et le mal de vivre (dépenses d’armements, de stupéfiants, de
publicité) : peur et domination, mal-être, manipulation,
maltraitance.
Nous faisons la guerre à la nature, à autrui, à soi-même, nous
sommes menacés par la barbarie intérieure. »
Patrick Viveret
Avoir ou être ?
« Les grandes difficultés auxquelles est confrontée
l’humanité ne se situent pas dans l’ordre de l’avoir, celui des
ressources physiques, monétaires, techniques, mais dans
l’ordre de l’être, de la façon de concevoir sa place dans
l’univers, de donner un sens à sa vie, de s’en sentir
responsable et de se montrer solidaire de la vie des autres.
Le désir humain est illimité. S’il est dans l’ordre de l’avoir,
il génère mimétisme, frustration, rivalités et guerres. S’il est
dans l’ordre de l’être, il peut être satisfait par l’échange, la
rencontre, la création, la culture, la quête spirituelle. »
Patrick Viveret
Savoir-être, savoir-vivre, savoir-mourir
« Les enjeux du savoir-être, du savoir-vivre et du savoir-mourir
ne sont pas seulement personnels, ils sont aussi collectifs et
politiques.
La croissance dans le domaine de l’être et non plus de l’avoir
est un enjeu structurel, une clé de la démocratie et même de
l’avenir de nos sociétés.
Au couple négatif démesure - mal de vivre, nous devons
substituer le couple positif simplicité et joie de vivre (ou sobriété
heureuse).
Opter pour la joie de vivre, décider d’être heureux, c’est aussi
un acte de résistance politique.»
Patrick Viveret
Sortir du mur
7 principes pour « sortir du mur » :
1 - retrouver le principe d’espérance et l’articuler au principe de
responsabilité ;
2 - articuler transformation personnelle et sociale, organiser un
vivre ensemble qui fasse sens et réponde au désir de chacun
de trouver sa place dans une histoire qui, elle aussi, ait du
sens ;
3 - placer la construction de la joie de vivre au cœur des projets
alternatifs
4 - changer notre rapport à l’avoir et au pouvoir, mais aussi à la
vie elle-même : retrouver l’art de vivre et savoir s’émerveiller ;
5 - promouvoir la « haute qualité démocratique », transformer
positivement les conflits, les construire et les gérer dans la
non-violence ;
6 - repérer les potentialités créatrices, mettre en réseau les
initiatives d’expérimentation sociale ;
7 - vivre réellement les valeurs qu’on affiche, en se souvenant du
sens fort du mot valeur : la force de la vie !
Patrick Viveret
La transformation sociétale
« Celles et ceux qui sont engagés dans la transformation de la
société ont besoin de REVe :
R comme Résistance créatrice,
E comme Expérimentation anticipatrice,
V comme Vision transformatrice,
avec, à la fin, un petit e comme évaluation, c’est-à-dire délibération sur ce
qui fait valeur. La valeur, terme qu’on retrouve dans “valeurs fondatrices”,
“valeureux”, est la force de vie. »
« Il faut des colibris qui font chacun leur part, nous dit Pierre Rabhi.
Pour pouvoir éteindre l’incendie de la forêt, il faut aussi une intelligence
collective des tous les colibris oeuvrant ensemble. Et cela avec joie et
plaisir : non au militantisme sacrificiel ! »
« La démocratie est l'art de transformer des ennemis en adversaires,
de construire une conflictualité non-violente. »
Jean Léonetti
Né en 1948, médecin cardiologue, homme politique français,
membre du ‘Parti radical valoisien’ et de l'UMP-LR.
Rapporteur au Parlement de la "loi relative aux droits des
malades et à la fin de vie" du 22 avril 2005.
Sans légaliser l’euthanasie, la loi indique que les traitements ne
doivent pas être poursuivis par une "obstination déraisonnable" et fait
obligation de dispenser des soins palliatifs.
Des traitements anti-douleur efficaces peuvent être administrés
en fin de vie, même s’il en résulte une mort plus rapide. Toute personne
en phase terminale peut décider de limiter ou d’arrêter les traitements.
Si le malade est inconscient, l’arrêt ou la limitation du traitement
ne peuvent être décidés que dans le cadre d’une procédure collégiale.
Il doit être tenu compte des directives anticipées formulées par le
malade (à condition qu’elles aient été formulées moins de 3 ans avant la
perte de conscience).
Hans Köchler
Né en 1948, Autrichien, professeur de philosophie à
l’Université d'Innsbrück.
Président de l'International Progress Organization, ONG dotée
du statut consultatif auprès de l' ONU.
Co-président de l‘’Académie internationale de philosophie’.
Ses recherches en philosophie politique et juridique et son
engagement avec l'ONU l’amènent à une critique fondamentale du
système international centré sur l'État et à des propositions concrètes
pour la démocratisation de l' ONU et d'un système viable de justice
pénale internationale.
En 1987, avec le prix Nobel Seán MacBride, rédige l’Appel
des juristes contre les armes nucléaires puis, grâce à un rapport
d’expertise, contribue à ce que la ‘Cour internationale de justice’
constate le caractère contraire au droit international du recours à
l’arme nucléaire.
Marianne Sébastien
Née en 1948, musicienne suisse, cantatrice, accoucheuse de la voix,
thérapeute par le chant, chef d’entreprise.
Études de musique au conservatoire de Lausanne et perfectionne-
ment à Milan, Paris, New-York, diplômée en sciences sociales et
pédagogiques.
Fonde en 1993 l’association humanitaire internationale ‘Voix Libres’,
qui offre des alternatives aux enfants de Bolivie travaillant dans les mines,
les campagnes, les tas d’ordures et les rues. 222 structures construites ou
rénovées, plusieurs centaines de milliers de bénéficiaires.
Axes d’action : démocratie participative, émancipation des femmes,
santé, recherche de l'autonomie alimentaire, agriculture biologique,
énergies renouvelables, microcrédit.
« Être libre, c’est avoir la possibilité de choisir, de se transformer,
d’être fier de soi et de dire non à la brutalité et à l’exploitation. C’est le
droit de quitter le statut d’esclave du travail pour développer ses talents. »
Thérèse Delpech
(1948-2012), philosophe et chercheuse en géostratégie. École
Normale Supérieure (1969), agrégée de philosophie, directrice des affaires
stratégiques au CEA, chercheuse associée au ‘Centre d'études et de
recherches internationales’ (CERI, FNSP) et membre du conseil de
l’International Institute for Strategic Studies (IISS). Soutient après 2003 une
politique de sanctions envers l’Iran pour éviter l’accession de ce pays à
l’arme nucléaire.
Pour elle qui a choisi la foi protestante, le combat sans relâche
contre la violence et la tyrannie est un impératif moral et l’ingérence
humanitaire une nécessité. Son livre L’ensauvagement (2005) présente une
vision prospective : terrorisme international, prolifération nucléaire, menace
chinoise. Sonne le tocsin à propos des dangers de la prolifération des
armes de destruction massive (Pakistan, Corée du Nord, Iran).
« La politique ne pourra pas être réhabilitée sans une réflexion
éthique. Sans elle, de surcroît, nous n’aurons ni la force de prévenir les
épreuves que le siècle nous prépare, ni surtout d’y faire face si par malheur
nous ne savons pas les éviter. »
Máxima Acuña Chaupe
Péruvienne née en 1948, symbole de l'opposition à une
mine d'or et de cuivre à ciel ouvert appelée Conga, d’une surface de
2000 hectares, comprenant quatre lacs de haute montagne.
Membre de l'Asociación de Mujeres en Defensa de la Vida
(Association des femmes pour la défense de la vie) et de l'Unión
Latinoamericana de Mujeres - ULAM (Union latino-américaine des
femmes). Vit sur ses terres à à Tragadero Grande depuis 24 ans.
En 2011, la compagnie minière Yanacocha essaye d'acheter
les terres, et, après que Maxima ait refusé de vendre, commence
une campagne d'intimidation et de violence : passages à tabac,
meurtre de leur chien, occupation de leurs terres, destruction de leur
maison, etc.
En février 2014, 18 agents de la División de Operaciones
Espaciales de la Policía Nacional del Perú (DINOES) entrent dans
sa propriété pour mettre fin à ses activités agricoles et expulser
toutes les personnes présentes.
Mohed Altrad
Mohamed Altrad, né en 1948 ou en 1951 en Syrie, homme d'affaires
milliardaire français. Sa mère, membre d'une tribu bédouine, aurait été
violée par le chef de tribu. Élevé par sa grand-mère dans la pauvreté et
destiné à être berger. Grâce à un cousin sédentarisé, se fixe à Raqqa, la
ville la plus proche, mais étant bédouin, n'a pas accès à l'école. Apprend à
lire seul en allant écouter l'instituteur, qui remarque ses dons et l'aide,
obtient son bac.
Boursier, venu avec 200 francs à Montpellier, étudie en France et obtient un
diplôme de l'université Montpellier-II et un doctorat en informatique à Paris-VIII.
Ingénieur chez ‘Alcatel’ puis ‘Thomson’, travaille ensuite pendant 4 ans pour l'Abu
Dhabi National Oil Company. De retour en France, fonde avec un associé une
entreprise informatique ‘France Informatique Électronique et Télématique’ (FIET) qu'ils
revendent en 1984 à ‘Matra’. Grâce à cette vente, rachète en 1985 avec son associé
anglais une PME en faillite spécialisée dans les échafaudages, la MEFRAN, située
dans l'Hérault.
Propriétaire et dirigeant du ‘groupe Altrad’ (échafaudages, construc-
tion et services à l’industrie, 42 000 salariés dans 50 pays) et du
‘Montpellier Hérault Rugby’(MHR). Auteur de romans et d'ouvrages de
management. Siège au Conseil municipal de Montpellier depuis juin 2020,
dans l'opposition.
« Je suis resté un enfant du désert qui a bravé de nombreuses
difficultés.»
Sari Nusseibeh
Né en 1949, Palestinien, docteur en philosophie à l’université de
Harvard. En 1987, rencontre Moshe Amirav, membre du ‘Likoud’, parti
de la droite israélienne.
Chef politique et militaire pendant la première Intifada, emprisonné
2 ans par Israël. Avec Peace News, condamne les envois de missiles
palestiniens Scud sur Tel Aviv. Représentant de l’OLP à Jérusalem en
2001.
En septembre 2001, appelle de ses vœux "la conclusion d’une
paix définitive entre les deux peuples" sur la base de la coexistence de
« deux États voisins, mais distincts".
En 2002, prend position contre la prise des armes lors de la 2ème
Intifada, condamne les attentats-suicides et se prononce pour un État
palestinien démilitarisé.
En 2010, opte pour un État binational, en en 2012 pour un
condominium, étape vers un État fédéral israélo-palestinien.
Zhu Xiao-Mei
Née en 1949 à Shanghai. Envoyée en camp de travail durant la
Révolution culturelle (organisée par Mao Zedong) pour avoir joué de la
musique occidentale et être issue d’un milieu bourgeois. Recopie de
tête le Clavecin bien tempéré de Jean-Sébastien Bach, travaille le
piano en cachette.
Quitte la Chine en 1979 pour les États-Unis, obtient les plus
hautes distinctions et donne de nombreux concerts.
S’installe en France en 1985. Professeure au ‘Conservatoire
national supérieur de musique et de danse’ de Paris.
« La musique, c’est essentiel, comme la nourriture ! Il arrivera
un temps où les gens seront fatigués de cette agitation et chercheront
autre chose. Contrairement à d’autres, je ne veux pas que les gens
sortent excités de mes concerts. Je veux qu’ils sortent émus,
silencieux, un peu comme après une méditation. »
Yitzhak Frankenthal
Né en I9??, Israélien, juif orthodoxe. En juillet 1994, son fils
Arik, 19 ans, jeune appelé dans l’armée israélienne, est capturé et tué
par le Hamas.
Homme d’affaires florissant, liquide sa société et utilise les fonds
pour créer en 1995 Parents Circle - Families Forum. Cette association
de parents endeuillés, palestiniens et israéliens, vouée à la réconci-
liation entre les deux peuples, regroupe aujourd’hui plus de 500
familles.
Crée ensuite l’Arik Institut for tolerance, reconciliation and peace
qui demande la fin de l’occupation militaire des territoires palestiniens
par Israël.
« Tant que nous ne verrons pas que l’occupation des terres
palestiniennes est une forme de terrorisme, nous ne comprendrons
pas les Palestiniens. Et si nous ne les comprenons pas, nous n’aurons
pas la paix avec eux, que le terrorisme et la guerre".
Alain Finkielkraut
Né en 1949 d’un père juif polonais rescapé d’Auschwitz. Écrivain,
philosophe et essayiste français, professeur de philosophie et d'histoire
des idées à l’’École polytechnique’. Marqué par H. Arendt, E. Lévinas, C.
Péguy, M. Kundera. Auteur de nombreux ouvrages sur la littérature,
l'amour, la modernité, la judaïté, le nationalisme, la colonisation.
Défend l'idée de transmission, d'héritage, de tradition, l'esprit des
humanités, la notion d'identité et la redécouverte du sens du tragique.
Affirme la nécessité, pour vivre en êtres humains, de s'ouvrir aux œuvres
de l'esprit, au premier rang desquelles les grandes œuvres de la
littérature.
« La culture, c'est la vie avec la pensée. Et on constate aujourd'hui
qu'il est courant de baptiser culturelles des activités où la pensée n'a
aucune part. »
Edwy Plénel dans son livre Pour les Musulmans lui reproche ses propos « Il y a un
problème de l’islam en France », semblables selon lui à ceux qui affirmaient avant
la 2ème guerre mondiale l’existence d’un « problème juif » en France
Thomas Sankara
(1949-1987), homme d'État tiers-mondiste burkinabè.
Capitaine, premier ministre de janvier à mai 1983, limogé et mis en
résidence surveillée, probablement sous la pression de la France.
Suite à un coup d’État, président du ‘Conseil National de la
Révolution’ (CNR), chef de l’État de la République de Haute-Volta
rebaptisée Burkina Faso (" Pays des hommes intègres") de 1983 à
1987. S'entoure de cadres compétents, défend la transformation de
l'administration, la redistribution des richesses, la libération de la
femme, la responsabilisation de la jeunesse, la décentralisation, la lutte
contre la corruption.
Sa politique, souvent autoritaire, vise à réduire la malnutrition,
la soif (construction massive de puits et retenues d'eau), la diffusion
des maladies (vaccinations) et l'analphabétisme. Prône la consomma-
tion de produits locaux. Pour contrer l'avancée du désert, lutte contre
les coupes de bois abusives, les feux de brousse et la divagation des
animaux. Rejette le fardeau de la dette qui pèse sur les pays en voie de
développement.
Assassiné lors d'un coup d'État qui amène au pouvoir Blaise
Compaoré et ramène le pays dans le giron de la "Françafrique". Icône
de cette "autre Afrique" libérée de l’emprise des grandes puissances.
Michel Warschawski
Né en 1949, journaliste, chroniqueur, conférencier et militant
franco-israélien. Cofondateur en 1984 et ex-président de l’association
Alternative Information Center (AIC) qui rassemble plusieurs
organisations de paix israéliennes et palestiniennes.
L’AIC a reçu en 2012 le ‘Prix des Droits de l’Homme de la
République Française’ décerné par la ‘Commission nationale consul-
tative des droits de l’homme’. Membre du comité de parrainage du
‘Tribunal Russell sur la Palestine’.
« C’est soit la discrimination ethnique pratiquée par des Juifs, soit
la démocratie. Ou bien les colonies, ou l’espérance pour deux peuples.
Ou bien l’illusion d’un rempart de barbelés, des barrages routiers et des
kamikazes, ou bien une frontière internationale consentie mutuellement,
et Jérusalem capitale commune de deux États. »
Axel Honneth
Né en 1949, philosophe et sociologue allemand. Depuis 2001,
directeur de l'Institut de recherche sociale à Frankfurt-am-Main, qui
héberge l‘’École de Francfort’.
Réfléchit à une société assurant à ses membres les conditions
d’une "vie bonne". Distingue la reconnaissance amoureuse (liens
affectifs), la reconnaissance juridique (droits et devoirs) et la
reconnaissance culturelle (estime sociale).
La révolte des jeunes peut être interprétée comme un refus de la
société du mépris et une lutte pour la reconnaissance sociale.
« Les conditions du respect et de l'estime de soi risquent d'être
considérablement meurtries, que ce soit à travers les tendances à la
marchandisation, à la destruction des relations privées ou à travers les
exigences de performance qui pèsent sur chacun. (…) Sans la
reconnaissance, l'individu ne peut se penser en sujet de sa propre vie. »
Philippe Aigrain
Français né en 1949, docteur en informatique, chercheur, ancien
chef du secteur technique du logiciel à la Commission européenne.
Cofondateur du collectif ‘La quadrature du net’, milite pour les
biens communs et contre les abus de la propriété intellectuelle.
« D’un côté, l’extension des domaines couverts par les brevets
(molécules pharmaceutiques, variétés végétales, séquences génétiques,
logiciels) restreint, pour le profit de quelques multinationales, l’accès à
des ressources essentielles telles que les médicaments, les semences et
l’information.
De l’autre côté, la production et le partage de l’information et des
créations sont plus libres qu’avant, et la multiplication des échanges
esquisse une société mondiale, diverse et solidaire. Les médias coopé-
ratifs, les logiciels libres, les publications scientifiques ouvertes et les
autres biens communs réinventent la démocratie. Comment l’information
peut-elle servir les biens publics sociaux de la santé, de l’éducation ou de
la solidarité au lieu de contribuer à les détruire ?»
Jean Hatzfeld
Né en 1949, journaliste et écrivain français. Issu d’une famille juive
recueillie en 1942 par la communauté protestante du Chambon-sur-
Lignon. Grand reporter et correspondant de guerre pour le quotidien
Libération.
Reporter au Rwanda à l'époque du génocide de 1994, saisi par
l'échec collectif des journalistes face à l'événement et leur incapacité à
affronter l'effacement des rescapés, suspend son activité dans sa
rédaction 4 années plus tard pour séjourner près des marais et travailler
avec des rescapés tutsis.
Poursuit son travail avec un groupe de Hutus ayant participé au
génocide sur les mêmes collines, et écrit 3 ouvrages sur le sujet.
S’interroge sur la banalisation du mal et l’absence de culpabilité
des génocidaires.
« Contrairement au génocide juif, qu’on peut qualifier d’industriel,
on a là affaire à un génocide de proximité : on s’en prend à ses
connaissances, à ses voisins, à ses collègues. (…) On les obligeait à
tuer devant les autres, parfois même en place publique, afin de les
"aguerrir". On exigeait des hommes mariés à une Hutue qu’ils montrent
d’autant plus de zèle à tuer s’ils voulaient sauver leur épouse.
../..
Jean Hatzfeld
«Il était sans doute très risqué de s’élever contre les
exactions. Un tortionnaire m’a dit un jour : « On était moins gênés de
manier la machette que d’affronter les gronderies des autres ».
« Je m’attendais à ce qu’ils soient bouleversés par ce qu’ils
avaient fait, un peu à l’instar de certains vétérans du Vietnam
devenus alcooliques ou profondément dépressifs après la guerre.
Mais il n’en est rien. Les Hutus ne montrent aucun de ces stigmates.
Si certains d’entre eux ne s’expliquent pas leur passage à l’acte, la
majorité semble n’éprouver aucun remords. Ils ont des regrets, celui
d’avoir perdu leur poste ou d’avoir fait de la prison, mais pas de
remords. On attend d’eux une parole empathique vis-à-vis des
victimes, mais elle ne vient pas.»
Dans Là où tout se tait, part à la recherche des très
rares Hutus qui ont résisté à la folie génocidaire au
péril de leur vie. Au Rwanda, on les appelle abarinzi
w’igihango, les ‘gardiens du pacte de sang’, ou
parfois les ‘Justes’.
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  • 1. Trombinoscope « Chercheurs d’humanité » Penseurs et acteurs d’un changement sociétal 7 - de 1940 à 1949 É. G. 31.05.2021
  • 2. John Lennon (1940-1980), musicien, guitariste, auteur-compositeur, chanteur et écrivain britannique. Cofondateur du groupe musical anglais The Beatles (‘Les scarabées’), au succès planétaire depuis sa formation au début des années 1960. Forme avec Paul McCartney (né en 1942) l'un des tandems d'auteurs-compositeurs les plus influents et prolifiques de l'histoire du rock, créant à plus de 200 chansons. Avec son épouse Yoko Ono, Japonaise née en 1933, proteste contre la guerre du Viêtnam, organise des Bed-in for Peace dans leur chambre d'hôtel : en pyjama dans leur lit, ils reçoivent des journalistes. Ceci vaut des ennuis réguliers avec le gouvernement des États-Unis, qui tente de l'expulser. Sa chanson Give Peace a Chance est chantée par 500 000 personnes qui défilent en 1969 à Washington contre la guerre. Soutient Michael X, activiste et révolutionnaire noir de Londres, se lie d'amitié avec Jerry Rubin et Abbie Hoffman, fondateurs du Youth International Party, mouvement de gauche anti-guerre et anti-raciste, écrit la chanson Angela pour soutenir la campagne visant à faire libérer Angela Davis (née en 1944), activiste proche des Black Panthers. Assassiné en décembre 1980 à New-York par un fan déséquilibré.
  • 3. Wangari Maathai (1940-2011), biologiste kenyiane et professeur de médecine vétérinaire, première femme africaine prix Nobel de la paix (2004). Créé en 1977 le Green Belt Movement ("Mouvement Ceinture verte") pour promouvoir le respect des droits de l’Homme, la bonne gouvernance et la démocratie", à travers la protection de l’environnement. Ce mouvement plant plus de 30 millions d’arbres en 16 ans pour prévenir l’érosion des sols. Défenseure des droits de femmes, mise sur les ethnies et sur les anciens systèmes africains de gouvernement, les expériences de développement participatif. Prône l’utilisation de la non-violence dans les luttes écologiques. « La paix, ce n’est pas seulement l’absence de guerre et de coups de fusils. Il peut aussi y avoir des guerres silencieuses quand on élimine des espèces vivantes de la planète, quand on empêche les gens de vivre dignement. »
  • 4. Bruno Barrillot (1940-2017), ex-prêtre aumônier du MRJC, DEA de Sécurité et défense. Cofondateur en 1984 à Lyon du ‘Centre de recherche et de documentation sur la paix et les conflits’ (CRDPC), devenu en 2008 l’’Observatoire des Armements’. Délégué au suivi des conséquences des essais nucléaires français auprès du gouvernement de Polynésie. Contribue à la mise en place en 1991 du collectif ‘Stop essais !’ Démis par Gaston Flosse en juin 2013. « Les problèmes de santé et environnementaux des populations proches des anciens sites d’essais nucléaires sont loin d’être résolus par les régimes de compensation en vigueur. C’est le cas aux îles Marshall, après les essais nucléaires américains, c’est le cas entre les populations aborigènes d’Australie et le gouvernement britannique. Sans parler du silence qui entoure les victimes Ouigours des essais chinois, mais aussi de la mauvaise tournure que prend le face à face franco-algérien pour négocier des réparations dues aux essais français dans le Sahara. »
  • 5. Alain Deloche Alain Deloche de Noyelle, né en 1940, chirurgien français. Participe à la naissance de la chirurgie cardiaque dans les années 1970 à l’hôpital Broussais à Paris. Dirige le pôle cardiovasculaire de l’’Hôpital européen Georges-Pompidou’. Participe à l'aventure de ‘Médecins sans frontières’ et, lors de la rupture au sein de cette organisation, à la création de ‘Médecins du monde’ avec Bernard Kouchner. En 1988, avec l'aide d'Éric Cheysson, crée ‘La Chaîne de l'espoir’. À l’origine, cette association recrute en France des familles d'accueil pouvant accueillir des enfants qui dans leur pays ne peuvent bénéficier des interventions médicales nécessaires à leur état, mais il s'avère bientôt plus utile d'installer des structures adéquates sur place et d'y former du personnel médical : Ho Chi Minh Ville, Maputo, Phnom Penh, Kaboul, Togo, Cambodge, Thaïlande, Congo Brazaville, etc. Elle intervient aujourd’hui dans 30 pays, opère 5 000 enfants par an, 300 familles d’accueil, 430 bénévoles médicaux, 4 hôpitaux construits, 11000 enfants scolarisés.
  • 6. Bernard Ginisty Français né en 1940, de formation philosophique, dirige pendant 13 ans le Fonds d’assurance formation ‘Promofaf’. Directeur de ‘Témoignage Chrétien’, co-fondateur de ‘Démocratie et spiritualité’ et de l’’Association pour la taxation des transactions financières et l’action citoyenne’ (ATTAC). « La crise actuelle est un enseignement qui nous offre l’opportunité de faire des choix. Plus que de nouvelles réponses, c’est d’abord notre façon de questionner le monde qu’il convient d’interroger. » « La tâche qui nous attend aujourd'hui, c'est de former des sujets capables d'inventer de nouvelles formes de médiation sociale. » « La fraternité, qui ne se décrète pas, trouve ses fondements dans la dimension spirituelle de la personne. Elle reste le fondement de la cité démocratique, sans laquelle liberté, justice et égalité risquent de se dénaturer ».
  • 7. Mahmoud Darwich (1941-2008), poète palestinien. Originaire de Al-Birwah, village rasé par l’armée israélienne et remplacé par un village israélien. Profondément engagé dans la lutte de son peuple pour son existence et son territoire, sa liberté et sa dignité. Emprisonné plusieurs fois entre 1961 et 1970 pour ses activités politiques, directeur de l'une des principales revues littéraires arabes, Al-Karmel, membre du comité exécutif de l’’Organisation de Libération de la Palestine’ (OLP), n’a pourtant jamais cessé d’espérer la paix. « Sans doute avons-nous besoin aujourd’hui de la poésie, plus que jamais. Afin de recouvrer notre sensibilité, la conscience de notre humanité menacée. Et de poursuivre l’un des plus beaux rêves de l’humanité, la liberté, la prise du réel à bras le corps, l’ouverture au monde et la quête de l’essence. » « L’espoir est la maladie incurable des Palestiniens. »
  • 8. Albina du Boisrouvray Née en 1941, journaliste et productrice française. En janvier 1986, l'hélicoptère que pilotait son fils François-Xavier Bagnoud dans le cadre du ‘Rallye Dakar’ s’écrase sur une dune. La mort de son fils la contraint à réinventer sa vie. Vend son entreprise de production cinématographique ainsi que les 3/4 de ses biens personnels et s’engage à ‘Médecins du monde’ aux côtés de Bernard Kouchner avec qui elle part en mission notamment au Liban. En 1989, fonde l’’Association François-Xavier Bagnoud’, associa- tion de solidarité internationale, aujourd'hui fondation nommée ‘FXB International’, dont la mission est de combattre la pauvreté et le SIDA et de soutenir les orphelins et les enfants vulnérables victimes de la pandémie. En 29 ans, 30 villages FXB ont sorti plus de 100 000 personnes de l’extrême pauvreté. Les multiples programmes, étudiés et copiés, ont impacté 8 millions de personnes dans 20 pays. « L’idée d’utiliser ce qui aurait dû être l’héritage de François pour poursuivre ses sauvetages – 300 dans sa courte vie – s’est alors imposée. (…) J’ai continué d’une certaine manière à faire vivre mon fils, à la faire cheminer avec moi. Et cela me donne une grande sérénité. »
  • 9. Mireille Delmas-Marty Née en 1941, juriste et universitaire française, membre de l’’Institut de France’ et de l’’Académie des sciences morales et politiques’, professeure à l’Université de Paris I puis au ‘Collège de France’. Depuis 2012, présidente de ‘Pharos, Observatoire du pluralisme des cultures et des religions’. « Il est possible d’humaniser la mondialisation autour de trois objectifs : résister à la déshumanisation, responsabiliser ses acteurs, anticiper sur les risques à venir. » « La question du changement climatique est devenue le symbole même de l'interdépendance planétaire, donc de la dimension universelle de notre responsabilité. Elle constitue à ce titre une occasion exceptionnelle de prendre conscience de notre communauté de destin et de tester notre capacité à changer la direction de la gouvernance mondiale avant qu'il ne soit trop tard ».
  • 10. Jean-Pierre Dupuy Né en 1941, ingénieur, épistémologue et philosophe français. Polytechnicien et ingénieur des mines, professeur de français et chercheur au ‘Centre d'Étude du Langage et de l'Information’ (C.S.L.I.) de l'université Stanford, en Californie. Une partie de son travail porte sur les nanotechnologies dont il étudie les effets pervers. Le fil conducteur de sa pensée est la question du sacré. Propose un catastrophisme éclairé comme alternative au principe de précaution. Distingue le "temps de l’histoire", auquel nous sommes habitués, et le "temps du projet", qu'il propose comme paradigme pour penser la catastrophe et agir face à elle. Le "temps du projet" unit passé et futur : la catastrophe est déjà présente aujourd’hui, ce qui peut nous faire agir pour que, paradoxale- ent, elle ne se soit jamais produite. ../..
  • 11. Jean-Pierre Dupuy Pour lui, la trame avec laquelle il faut lire toute théorie moderne de la justice est : rejet du sacrifice, rejet de l'envie. « Au-delà de l’égoïsme, il y a non pas la charité chrétienne ou l’empathie bouddhiste, mais le mal de l’amour-propre. (…) Combien moins brutale serait la société si les hommes se laissaient guider par leur intérêt "égoïste" ! L’intérêt (inter-esse : être entre), nous dit Hannah Arendt, c’est comme la table entre les convives : elle les réunit d’autant mieux qu’elle les maintient à distance les uns des autres. L’amour ne peut jouer le rôle de cet entre-deux. Il abolit les différences, et c’est ce qui, paradoxalement, le rapproche de la haine. L’une et l’autre sont prêts au sacrifice de soi, même si c’est pour des raisons opposées. »
  • 12. Hayao Miyazaki Né en 1941, dessinateur japonais, réalisateur et producteur de 11 films d'animation. Petite enfance marquée par un Japon dévasté par la Seconde Guerre mondiale. Cofondateur du ‘Studio Ghibli’ avec Isao Takahata. Explore souvent les mêmes thèmes centraux, la relation de l’humanité avec la nature, l’écologie et la technologie, ainsi que la difficulté de rester pacifiste dans un monde en guerre. Les protagonistes de ses films sont le plus souvent de jeunes filles ou femmes fortes et indépendantes, et les « méchants » ont des qualités qui les rendent moralement ambigus, comme les kamis de la religion shintoïste. Très marqué par la bombe atomique : les armes dévastatrices sont un thème très représenté aussi bien dans ses mangas, que dans ses œuvres d’art ou ses films d’animation. Dans tous ses films de Miyazaki, quel que soit le sujet, on trouve un endroit de paix éternelle loin de la civilisation, calme, où seul le bruit du vent, des oiseaux et de l’eau vient troubler le silence. « Nous sommes arrivés à un moment de l’histoire où nous devons d’urgence redéfinir le sens de la civilisation. »
  • 13. Bob Dylan Robert Allen Zimmerman, né en 1941, issu de grands-parents juifs ayant fui les pogroms d’Europe de l’Est. Auteur-compositeur-interprète états-unien, musicien, peintre, poète, une des figures majeures de la musique populaire. Certaines de ses chansons comme Blowin' in the wind et The times they are a-changin' sont devenues des hymnes anti-guerre, en particulier anti-guerre du Vietnam, et des mouvements civils et anti ségrégationnistes de l'époque. Adulé par le public folk et les milieux contestataires du début des années 1960, refuse d’assumer ce rôle de musicien engagé, préférant inciter ses admirateurs, comme il l’exprime dans certains de ses textes (Don't follow leaders / Watch the parkin' meters), à penser par eux- mêmes et à renoncer aux messies, de quelque bord qu’ils soient. Prix Nobel de littérature 2016. « Combien de fois doivent tonner les canons avant d'être interdits pour toujours ? La réponse, mon ami, est soufflée dans le vent » Photo du bas : avec Joan Baez
  • 14. Odile Scheid-Ritter Née en 1941 dans le « camp de concentration à vocation régio- nale » de la Morellerie à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire), destiné à rassembler tous « individus sans domicile fixe, nomades et forains ayant le type romani » : Manouches, Gitans, Roms, Sintés ou Yéniches, français et étrangers. Ces Tsiganes, par familles entières, viennent d’une multitude de petits camps ouverts suite au décret-loi du 6 avril 1940 (qui interdit la circulation des nomades sur le territoire français pendant toute la durée de la guerre car suspec- tés d'être ou devenir des espions et dispose qu’ils doivent être rassemblés dans des lieux déterminés sous surveillance de la police). Ce camp, ex-poudrière puis Stalag, a fonctionné de nov. 1941 à janv. 1945 : 3 000 personnes passèrent par ce camp qui compta jusqu'à 1 096 internés en août 1942. Des 31 camps gérés par les autorités françaises jusqu’en 1946, dans lesquels furent internés entre 6 000 et 6 500 nomades, Montreuil-Bellay était le plus grand. Le 26 octobre 2016, le Président François Hollande, à Montreuil- Bellay, déclare « La République reconnaît la souffrance des nomades qui ont été internés et admet que sa responsabilité est grande dans ce drame. » Les termes Porajmos ( littéralement « dévorer »), Samudaripen, génocide tsigane ou encore holocauste rom, désignent les persécutions envers les Roms pendant la Seconde Guerre mondiale, en Allemagne nazie, dans les territoires qu'elle occupait et chez ses alliés.
  • 15. Raymond Depardon Né en 1942, photographe, réalisateur, journaliste et scénariste français. Fils de paysans, apprenti dans une boutique photo de Villefranche-sur-Saône. Photographie une mission militaire française dans le désert algérien. Crée l'agence photographique ‘Gamma’ en 1966, membre de ‘Magnum Photos’ depuis 1979. À partir de 1969 (le plus souvent avec son épouse Claudine Nougaret, née en 1958, ingénieure du son), tourne et produit des films documentaires : hommage à Jan Palach, édition d’un journal, déroule- ment d’une campagne électorale, instants d’audience au tribunal correctionnel, scènes au commissariat de police, aux urgences psychiatriques, enquête sur le monde paysan, portraits de personnalités politiques, de chasseurs sahéliens, de maquisards en Afghanistan, d’habitants de 15 villes et sous-préfectures françaises, etc. Saisit la vie de ses personnages dans toute leur vérité, laissant la place aux silences et les temps morts où sourd l'émotion. Filme sans démagogie ni angélisme, recueille les inquiétudes et les coups de gueule, ne juge pas, ne dénonce rien ni personne, se garde du "vouloir- dire", reste campé sur la position éthique, modeste, de celui qui regarde et observe.
  • 16. Alain Michel Français né en 1942. Dirige pendant 15 années l’ONG humanitaire ‘ÉquiLibre’ qui agit dans 25 pays. Dénonce l’embargo meurtrier imposé pendant 10 ans à l’Irak, qui n’a en rien nui au dictateur Sadam Hussein. Crée en 2001 la Fondation suisse ‘Hommes de Parole’ : “Renouer le dialogue entre les hommes. Agir sur les causes des conflits et des principaux problèmes de notre temps en rapport avec l’avenir de la planète et la paix dans le monde". La Fondation organise des rencontres entre imams et rabbins à Bruxelles en 2005, à Séville en 2006, à Paris en 2008. Fonde et dirige l'association ‘Artisans de Paix’, installée entre 2010 et 2018 dans l'ancien monastère du Val de Consolation (Doubs). « Rassembler autour des valeurs humaines n’est pas un voeu pieux, mais au contraire le plus réalisable qui soit. Les hommes de foi peuvent aider les négociateurs à formuler des traités de paix justes pour tous.»
  • 17. Daniel Barenboïm Né en 1942 à Buenos-Aires, issu de parents juifs d’origine russe (leur nom est la forme yiddish de l'allemand Birnbaum : poirier). Donne son premier concert en tant que pianiste à Buenos Aires à l'âge de 7 ans. S’installe en Israël avec ses parents en 1952. Pianiste et chef d’orchestre chef de l'Orchestre de Paris, de 1975 à 1989. De nationalité argentine et israélienne, reçoit en 2002 la nationalité espagnole, porteur d’un passeport palestinien. Crée avec Edward Saïd une fondation pour la paix au Moyen- Orient et un orchestre israélo-arabe, le West Eastern Divan Orchestra. En 2007, est nommé ‘Messager de la paix des Nations Unies’. « La relation entre la mort et la vie est la même que celle qui existe entre le silence et la musique : le silence précède la musique et lui succède ».
  • 18. Philippe Kourilsky Français né en 1942 de parents d’origine russe, directeur de recherche en immunologie au CNRS, membre de l‘’Académie des sciences’ et professeur au ‘Collège de France’. Réfléchit sur le mode de pensée et la démarche qui pourraient permettre, face aux enjeux planétaires, d’envisager une action concertée et efficiente. Propose un processus d'introspection rationnel qui pourrait être étendu au niveau national et conduire à des prises de décision par acquisition de consensus, base d'une "démocratie par discussion" fondée sur l'équité. « Il existe bel et bien une faille d’ordre moral dans l’idée de liberté, parce que la liberté est trop souvent comprise comme un droit sans qu’aucun devoir individuel ne lui soit associé. » Pour que le libéralisme altruiste voie le jour, il y a donc des conditions préalables comme celle de « de réexaminer le droit des individus à disposer d’informations pertinentes, qualifiées et validées » ou celle « d’améliorer l’organisation de la discussion démocratique.»
  • 19. Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot M. P., né en 1942, sociologue français, directeur de recherche au CNRS rattaché à l‘’Institut de recherche sur les sociétés contemporaines’ (IRESCO). L'essentiel de son œuvre, écrit en collaboration avec sa femme Monique, née en 1946, est consacré à l'étude de la haute bourgeoisie et des "élites" sociales. « Du fait de la finitude de la planète et de la puissance de la mondia- lisation ultralibérale, de la déshumanisation actuelle des individus, la crise risque d’être d’une violence inédite, historiquement parlant. Nous ne sommes pas dans une violence physique, barbare, mais dans un assujettissement insidieux, quotidien, un évidement massif des esprits par la publicité, la presse gratuite, les écouteurs vissés dans les oreilles… Nous mettons en parallèle des marchés financiers complètement dérégulés, des paradis fiscaux, des escroqueries comme l’entente des grandes banques sur le taux du Libor avec le comportement d’individus dans des positions de pouvoir qui transgressent toutes les règles sociale et morales. »
  • 20. Claire Héber-Suffrin Née Rongier en 1942, responsable associative française. Animatrice d’un mouvement d’éducation populaire pour les enfants entre ses 18 et 22 ans, institutrice pendant 15 ans puis "maître formateur" d’enseignants. À partir de ses pratiques pédagogiques liées au mouvement Freinet, et d’un club de prévention où son mari Marc Héber-Suffrin est éducateur bénévole, initie le premier ‘Réseau d’échanges réciproques de connaissances’, de 1971 à 1976, à Orly. Entre 1976 et 1983, études en Sciences de l’éducation, doctorat en psychosociologie des groupes en éducation et formation. En 1979, à Evry (Essonne), alors que Marc est adjoint aux affaires sociales, initie avec Louis Launay, alors directeur de la Mission d'Education permanente de la Ville Nouvelle d'Évry, le ‘Réseau de formation réciproque et de création collective’. Contribue au développement de cette démarche, à la formation de ses animateurs (animateurs et participants d’associations d’éducation populaire, réseaux d’échanges réciproques de savoirs, enseignants, élus et travailleurs sociaux) et à des recherches sur cette pratique. En 1987, avec les 25 réseaux existants alors, créé le ‘Mouvement des réseaux d'échanges réciproques de savoirs’ (MRERS). Auteure d'une vingtaine d'ouvrages sur la pédagogie.
  • 21. Jean-Thierry Verhelst (1942-2013), juriste belge, spécialiste du droit coutumier africain et consultant en relations interculturelles, prêtre orthodoxe. Œuvre dans les trois continents du Sud, mais aussi en Europe et aux États-Unis : enseigne (Ethiopie, Rwanda), travaille (Algérie) et accomplit de nombreuses missions. Fondateur et coordinateur du ‘Réseau Sud-Nord Cultures et Développement’. Démontre que partout des communautés tentent de sortir des impasses actuelles pour sauvegarder la planète et défendre l’humain. Invite à prendre en compte les dimensions culturelles et spirituelles du développement. « La dignité, c’'est l'opposé du mépris et de la méfiance, deux mots qui ont trop souvent accompagné la coopération au développement, consciemment ou non. (…) Un constat s’impose : il faut consommer autrement et produire autrement ce qui répond, non aux intérêts d’une minorité de profiteurs insatiables, mais aux besoins matériels et spirituels de l’ensemble de l’humanité. Le mode de consommation à l’occidentale ne peut pas se répandre sur la planète entière. »
  • 22. Marc Luyckx Ghisi Né en 1942, mathématicien, philosophe et théologien belge, ex-membre de la ‘Cellule de prospective’ de la Commission Européenne. A vécu et enseigné en Italie, au Brésil, aux États-Unis, et à Bruxelles. Membre du Conseil international de direction de la cité Auroville, près de Pondichéry. « La rationalité moderne, l'approche patriarcale, et le capitalisme industriel ne sont plus capables de formuler une réponse satisfaisante ni au problème de notre survie collective. Les changements en cours touchent aux aspects les plus profonds de nos vies comme la relation homme-femme, le sacré, la vérité, le statut de la raison et de la science, le temps, l'espace et le bonheur. ../..
  • 23. Marc Luyckx Ghisi « La croissance quantitative, c’est fini ! Nous entrons dans une civilisation de la qualité. Chine, l’Inde, l’Afrique vont-elles faire un saut pour éviter ou dépasser la phase industrielle ? Voilà le vrai débat souterrain mondial. » « Malgré toute leur bonne volonté, si les gens ne sont pas prêts, les responsables politiques ne pourront rien mettre en place. Ce serait comme un général sans troupes. Pour basculer vers un autre paradigme, il faut atteindre une masse critique de convaincus. À la société civile d’innover. Le politique est là pour faciliter, soutenir, promouvoir. »
  • 24. Michel Ocelot Né en 1943, réalisateur français. Enfance à Conakry (Guinée, « un pays où il y avait trop de religions pour qu’on y croie »), adolescence à Angers, s'installe à Paris. Beaux-Arts de Rouen, ‘Arts- décoratifs’ à Paris, puis California Institute of the Arts. Pendant un temps, en bave, est chômeur de longue durée. S'illustre dans le cinéma d'animation. La magnifique trilogie de films d'animation Kirikou (1998-2012), adaptée d'un conte africain, raconte les aventures d’un garçon minuscule mais à l'intelligence et à la générosité hors du commun, dans sa lutte contre la sorcière Karaba, qui tyrannise les habitants du village à l'aide de ses pouvoirs maléfiques et d'une armée de fétiches. Kirikou redonne à Karaba la bonté en retirant l’épine qui était piquée profondément dans le dos de la jeune sorcière : c’est la souffrance qui rend méchant. Le film Azur et Asmare (2006), en images de synthèse, transmet aux enfants un message de tolérance. Le film Dilili à Paris (2018) dénonce le racisme colonialiste du début du 20ème siècle, défend avec malice les opprimés et plaide pour l’émancipation des femmes. « Je n’aime pas les imbéciles et je n’aime pas les salauds. (…) J’essaye simplement de faire du beau ! »
  • 25. Richard Wilkinson et Kate Pickett R.W., né en 1943, chercheur britannique dans le domaine des inégalités sociales de santé et des déterminants sociaux de la santé, ex-professeur d'épidémiologie sociale à l'Université de Nottingham. Avec Kate Pickett (née en 1965), montre que les sociétés organisant une distribution plus équitable des revenus sont en meilleure santé (moins de problèmes sociaux, de violence, de toxicomanie, de maladie mentale, d’obésité, etc.). Par ailleurs, au dessus d’un certain niveau de vie, enrichir les populations n’augmente ni leur espérance de vie, ni leur santé, ni leur bonheur. « L’inégalité rend les relations sociales plus stressantes à cause des différences de statut et de la compétition qu’elle génère. Les classes pauvres vont alors dépenser beaucoup d’énergie à maintenir des apparences sociales. C’est aussi une manière de répondre à l’exclusion. »
  • 26. Guy Jobert Né en 1943, professeur honoraire à l’université de Genève et professeur émérite en formation des adultes au ‘Conservatoire national des arts et des métiers’ (CNAM). Membre du ‘Centre de recherche sur le travail et le développe- ment’ (CRTD) et directeur de la revue Éducation permanente. Étudie les ‟histoires de vie” avec Gaston Pineau. Étudie dans les années 1990 la construction de soi grâce au travail, notamment chez les agents de conduite des centrales nucléaires. S’intéresse à l’écart entre le travail prescrit et le travail réel, aux relations entre les savoirs et l’action, et à ‟l’offre de compétence à vivre”, c’est-à-dire aux métiers dont les personnes sont porteuses et qu’il faut prendre en compte pour réfléchir ensuite à l’organisation de l’échange. « Avoir davantage d’autonomie, pouvoir mobiliser son intelligence dans son travail, c’est rien de moins pour les hommes et les femmes que de produire et de maintenir leur identité, leur équilibre psychologique à travers leur action soumise au regard d’autrui.»
  • 27. Uri Davis Né en 1943 à Jérusalem de parents juifs, anglais du côté de son père, tchécoslovaque de celui de sa mère. Universitaire israélien, militant de la cause palestinienne. Cofondateur du Movement Against Israeli Apartheid in Palestine (MAIAP, Mouvement contre l'apartheid israélien en Palestine), conférencier en Science de la paix à l'Université de Bradford. Épouse une militante palestinienne, se convertit à l’islam, élu en août 2009 au conseil du Fatah. Partisan d'un État binational, dans lequel tous les citoyens auraient des droits égaux. « Le racisme est une forme populaire de xénophobie, et Israël n'est pas à cet égard plus raciste que les États-Unis ou la Grande-Bretagne… L'apartheid est une régulation par la loi des différences raciales. Israël est simplement beaucoup plus astucieux que l'Afrique du Sud : il n'y a pas de ces lois ridicules de ségrégation. Tout est plus subtil…»
  • 28. Dominique Lalanne Né en 1943, physicien nucléaire, termine sa vie professionnelle comme directeur de recherche en physique nucléaire au CNRS. Retraité depuis 2008, président du collectif ‘Armes nucléaires Stop’ qui regroupe une vingtaine d'associations impliquées dans le désarmement nucléaire. Administrateur de l’association ‘Abolition des armes nucléaires - Maison de Vigilance’ et membre du Bureau national du ‘Mouvement de la paix’. Assiste à l'ONU aux assemblées du Traité de non-prolifération et travaille comme expert à l‘’Observatoire des armements’ de Lyon. « L’arme nucléaire, c’est l’insécurité maximum. Il y a sur la Terre 2 000 bombes en état d’alerte, qui représentent chacune en moyenne 30 fois la bombe d’Hiroshima, c’est-à-dire un potentiel de destruction de 600 000 fois Hiroshima. Il ne s’est rien passé depuis 50 ans en matière de désarmement nucléaire parce que la société civile a démissionné face aux États. »
  • 29. Robert Linhart Né en 1944 de parents juifs polonais, sociologue et philosophe français. Ancien élève de l‘’École normale supérieure’, docteur d'État en sociologie, maître de conférences au département de philosophie de l'Université de Paris VIII. Ancien militant de ‘La Gauche prolétarienne’. En 1968, se fait embaucher comme ouvrier spécialisé dans l'usine Citroën de la Porte de Choisy. Dans son livre L’établi, fait une description impitoyable du travail à la chaîne, de la ‟lobotomisation” des consciences, des dérives racistes des ‟petits chefs”. En 1981, dans son enquête Le sucre et la faim, décrit les conditions de vie des travailleurs agricoles brésiliens dans les plantations de canne à sucre où se recompose un mouvement social réprimé par la dictature militaire. « Quand j'avais compté mes 150 Deux Chevaux, et que, ma journée d'homme-chaîne terminée, je rentrais m'affaler chez moi comme une masse, je n'avais plus la force de penser à grand-chose, mais au moins je donnais un contenu précis au concept de plus- value. »
  • 30. Tommie Smith, John Carlos, et Peter Norman Tommie Smith (né en 1944), athlète noir états-unien, remporte la médaille d’or sur le 200 m lors des Jeux olympiques d'été de 1968 au stade olympique universitaire de Mexico. Avec son compatriote noir John Wesley Carlos (né en 1945), médaille de bronze, proteste sur le podium du 200 m contre les discriminations dont sont victimes les Noirs aux États-Unis levant un poing ganté de noir. Sur le podium, en signe de soutien, Peter Norman (1942-2006), athlète blanc australien, médaille d’argent, porte un badge de l’Olympic Project for Human Rights (OPHR), dont John Carlos a participé à la fondation. Les trois athlètes sont hués par les spectateurs. L'événement est considéré comme l'une des manifestations politiques les plus importan- tes de l'histoire des Jeux olympiques modernes*. Le 30 septembre 2016, plusieurs décennies après avoir été ignorés, voire méprisés, Smith et Carlos sont reçus à la Maison Blanche par le président Barak Obama. * En 1936, Jesse Owens (1913-1980) n'a pas eu l'honneur d'un entretien avec le président Franklin D. Roosevelt au retour des J.O. de Berlin, en dépit de ses quatre titres olympiques décrochés sous les yeux du dictateur allemand Adolf Hitler.
  • 31. Nicolas Sersiron Né en 1944. Études de droit et de sciences politiques, agriculteur-éleveur de montagne pendant 10 ans. Dans les années 1990, s’investit dans l’association ‘Survie’ aux côtés de François-Xavier Verschave (‘Françafrique’) puis crée ‘Échanges non marchands avec Madagascar’ au début des années 2000. Ex-président du ‘Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde’ (CADTM-France), association d’éducation populaire qui lutte contre l’injustice globale en mettant en résonnance économie, politique, droit, finances, écologie, agriculture et alimentation. . Président de l’association ‘Échanges non marchands’. « À l’abri des armées conquérantes, les premiers colons, maîtres d’esclaves, et les négriers-armateurs ont mis sauvagement en production les terres et les mines du Nouveau monde. Durant plusieurs siècles, ils ont drainé toutes les richesses disponibles des Amériques vers l’Europe. La fin de l’esclavage dans les colonies a eu lieu en 1850, mais elle a été remplacée par la colonisation armée, dont le but était toujours l’extraction des matières premières au profit des colonisateurs sans payer ces ressources. ../..
  • 32. Nicolas Sersiron « Dans les années 1960, la Banque mondiale impose aux pays nouvellement indépendants de rembourser les « dettes » contractées par les colonisateurs, correspondant à des infrastructures mises en place en grande partie ou essentiellement pour les opérations d’extraction de matières premières ou de denrées agricoles d’exportation. En 1982 survient la crise de la dette des pays du Sud : le taux des prêts est multiplié par trois et les États débiteurs tombent en faillite. Le FMI intervient et propose des prêts encore plus onéreux pour rembourser les prêts précédents. Il impose dans ces pays une politique de "rigueur" pour qu’ils puissent rembourser leurs dettes. La coupe dans les dépenses de santé et d’éducation et la privatisation des services publics enfonce les pays dans la misère.(…) La solution la plus logique serait de faire des audits des dettes publiques en Europe et dans le monde et d’annuler tout ou partie des dettes illégitimes. »
  • 33. Jean-Louis Sanchez Né en 1944, politologue français, né de parents espagnols ayant fui la dictature de Franco. Professeur à la faculté de droit de Limoges, directeur de la solidarité au Conseil général de la Haute-Vienne, auteur de nombreux ouvrages sur le développement économique et social, la décentralisation et la crise. Crée en 1990 l’’Observatoire national de l'action sociale décentra- lisée’ (ODAS). Créé aussi le Journal des Acteurs Sociaux (JAS) et l‘’Institut national du Développement social’ (INDS). Engagé dans la défense du lien social et du vivre-ensemble, lance en 1999, avec Jean-Paul Delevoye, Patrick Braouezec, l'Abbé Pierre, un appel à la fraternité pour inviter à une mobilisation générale contre l’effacement des repères et le délitement du lien social. « Le 19ème siècle est souvent considéré comme le siècle des libertés, le 20ème comme celui de l’égalité, le 21ème pourrait être le siècle de la fraternité. Il nous faut construire des liens sociaux, des repères communs, c’est la sauvegarde de notre avenir. » Sollicité dans le cadre de l’aide aux migrants, le Conseil Constitutionnel, en juillet 2018, consacre la fraternité comme principe constitutionnel et censure partiellement le "délit de solidarité".
  • 34. Mary Robinson Née en 1944, avocate irlandaise et professeur de droit à l’université Trinity College de Dublin. Première femme président d'Irlande de 1990 à 1997. Se rend en Somalie en 1992, dans les camps de réfugiés du Zaïre et de Tanzanie après le génocide du Rwanda en 1994, au ‘Tribunal Pénal International’ de la Haye en 1997. Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme de 1997 à 2002. Se rend au Tibet en 1998. Ne brigue pas de second mandat à ce poste, déclarant qu'elle pense pouvoir faire plus à l'extérieur des "contraintes" de l'ONU. Membre fondatrice du ‘Collegium international éthique, politique et scientifique’. Quand elle défend la légalisation de la contraception en 1970, reçoit des lettres d’insultes et des préservatifs usagés. « Lorsqu’on a des convictions, il faut être prêt à en payer le prix ».
  • 35. Pierre Calame Français né en 1944, ancien haut fonctionnaire de l'Équipement. Ex-directeur général de la ‘Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l'Homme’ (FPH) de 1988 à 2009, en préside aujourd'hui le Conseil de Fondation. Auteur de plusieurs essais sur les alternatives du 21ème siècle et sur rôle et sur la place de l'État dans la société contemporaine. « Quatre mutations à conduire au 21ème siècle : 1- Instituer des communautés de destin, du local au mondial. 2 - Se mettre d'accord sur des valeurs communes, sur une éthique planétaire. 3 - Entreprendre la révolution de la gouvernance, ensemble des dispositifs qu'une société invente, au fil du temps, pour se gérer elle- même. 4 - Inventer l'oeconomie (oïkos : la maison, nomos : la règle), les règles que l'on se donne pour gérer de manière prudente et avisée les ressources de la biosphère de façon à assurer au mieux le bien être de tous ».
  • 36. Coluche Michel Colucci (1944-1986), humoriste et comédien français, fils d’un immigré italien et d’une Française. Occupe des rôles de second plan au cinéma, campe ensuite des personnages plus centraux, comme dans L’aile ou la cuisse, puis tient le haut de l'affiche durant les années 1980, essentiellement dans des comédies. Revendiquant sa grossièreté « sans vulgarité », donne un style nouveau et sarcastique par sa liberté d'expression, au music-hall, en s’attaquant notamment aux tabous, maux et travers de la société (publicité, racisme, sexisme, langue de bois, etc.). Se présente à l'élection présidentielle de 1981 puis se retire à la suite de pressions et de menaces. Passe par la dépression, l'alcool et la drogue. Participe en octobre 1984 avec Harlem Désir, à la création de ‘SOS Racisme’. Devenu très populaire, fonde en sept. 1985 l'association ‘Les Restos du cœur’, relais d'aide aux plus démunis, quelques mois avant de mourir dans un accident de moto. « La droite a gagné les élections. La gauche a gagné les élec- tions. Quand est-ce que ce sera la France qui gagnera les élections ? »
  • 37. Howard Zehr Né en 1944, pasteur mennonite états-unien. Initiateur du concept de justice restaurative dont l’objectif vise à « réparer la victime, réinsérer l’infracteur et rétablir la paix sociale ». Professeur dans ce domaine à l’Eastern Mennonite University de Harrisonburg (Virginie). « Il s’agit de créer une sorte d’alliance des souffrances, pour finir par se reconnaître dans celle de l’autre. (…) Loin du manichéisme, on fait appel à la complexité des choses. Les criminels ne sont pas déculpabilisés, mais ils s’expriment, souvent mieux qu’ils n’avaient pu le faire lors du procès. Les victimes comprennent qu’il est dans leur intérêt que le crime ne se reproduise pas ». Sabrina Belluci, directrice de l’Institut National d’Aide aux Victimes et de médiation (INAVEM)
  • 38. Marie-Annick Rétif Née en 1944, auteure-compositeure-interprète française, chante sous le pseudonyme de Mannick. Son répertoire s'adresse aussi bien aux enfants qu'aux adultes. Manie l'humour, la poésie, la révolte dans ses chansons où la bonté tient une place primordiale. « Je connais des bateaux qui reviennent d'amour Quand ils ont navigué jusqu'à leur dernier jour, Sans jamais replier leurs ailes de géants Parce qu'ils ont le coeur à taille d'océan. » « Toi que l'on a brisé sur un lit de tortures, Toi dont le corps n'est plus qu'une immense blessure, Je veux être ton cri, je veux être ta voix Pour les gens qui, chez nous, ne s'en souviennent pas. »
  • 39. Jean-Claude Guillebaud Français né en 1944, études de droit et sciences politiques à Bordeaux. Journaliste au quotidien Sud Ouest, puis au journal Le Monde et au Nouvel Observateur, cofondateur de ‘Reporters sans frontières’, directeur littéraire aux ‘éditions du Seuil’, philosophe et écrivain. Travaille sur les origines de la violence et les façons de l’éradiquer. Identifie 5 mutations dans la société contemporaine : économique, numérique, génétique, écologique et géopolitique. Propose 6 principes simples pour refonder le monde : - L’espérance plutôt que la dérision - L’égalité contre la domination du plus fort - La politique réhabilitée face aux "fatalités" du marché - La raison critique et modeste face au scientisme aveugle - la solidarité face à l’individualisme - la justice substituée à la vengeance sacrificielle. ../..
  • 40. Jean-Claude Guillebaud « Il ne faut pas céder à la sinistrose, non pas parce que c’est mal, mais parce que c’est bête. (…) C’est dans la société civile que s’invente le monde de demain. » « Ma génération affichait des posters de Che Guevara, les jeunes d’aujourd’hui se réfèrent à Gandhi, Martin Luther King et Nelson Mandela. Voilà un signe d’espérance. » « Loin de toute mièvrerie, l’espérance est anthropologiquement fondatrice. Elle porte en elle l’idée selon laquelle nous sommes co- responsables du monde qui vient. À chacun, il incombe de refuser d’abandonner ce monde aux méchants, comme dit le Livre des Psaumes, et d’accomplir sa part pour conjurer la menace et faire advenir la promesse. » « L’humanisme consiste à s’ouvrir à l’autre sans se renier soi- même ». ../..
  • 41. Jean-Claude Guillebaud Fils d’officier et ancien reporter de guerre, s’interroge sur la violence, la scrute dans toutes les époques, invite à comprendre le terrorisme à travers une interrogation plus large sur la guerre, en appelle à l’entraide contre la loi du plus fort. Marqué par 3 figures spirituelles : Bernard Hanrot, prêtre-ouvrier de la ‘Mission de France’; Pierre Claverie, évêque d’Oran assassiné en 1996; Christian de Chergé, prieur de Tibhirine. Reprend les propos de Maurice Bellet : « Il s’agit maintenant de rouvrir des chemins inédits dans l’énorme mutation qui est en cours. » « La proximité avec la nature est une providence toujours renouvelée. La beauté est rare et précieuse. Il faut la chérir et s’en émerveiller. (…) Pour nous convaincre de la fragilité de l'environnement, il nous faut prendre conscience de la splendeur du vivant que, en prêtant attention, nous pouvons observer dans toutes les petites choses de la vie. » « Face à ces torrents de violence, saurons-nous rester droits, sans devenir nous-mêmes barbares ? Aurons-nous assez de cran et de calme pour regarder en face les monstres qui nous habitent ? C’est en regar- dant la guerre en face qu’on peut espérer l’empêcher.»
  • 42. Ulrich Beck (1944-2015), sociologue allemand. Études de sociologie à l'univer- sité Louis-et-Maximilien de Munich, doctorant et enseignant-chercheur à la London School of Economics, enseignant à la ‘Fondation Maison des sciences de l'homme’ (FMSH) de Paris. Professeur de sociologie à l'Université de Munich. Dans La Société du risque (1986), constate un changement dans la configuration de la société, en raison du développement industriel et technologique, où la question centrale est désormais la répartition du risque. S'interroge également sur une société à venir dans le cadre de la mondialisation où la valeur de l'avenir pourrait être le cosmopolitisme. Prenant l'exemple de l'industrie nucléaire et de la longévité des déchets nucléaires, qui est selon lui mise en avant en raison du changement climatique et de la hausse des prix du pétrole, critique « les acteurs qui sont censés garantir la sécurité et la rationalité - l'État, la science et l'industrie - » dans la mesure où « ils exhortent la population à monter à bord d'un avion pour lequel aucune piste d'atterrissage n'a été construite à ce jour ». Préconise un État supranational, un Parlement mondial, une Europe post-nationale. Le cosmopolitisme est pour lui une manière de promouvoir une forme de mondialisation basée sur la reconnaissance et la coexistence des différences.
  • 43. Jean-René Bachelet Né en 1944, militaire français. Enfant de troupe, Saint-Cyr, chasseur alpin, commande le bataillon des Glières. Exerce le commandement du secteur de Sarajevo dans le cadre de la FORPRONU en 1995, au paro- xysme de la crise. Chef du ‘Commandement des Organismes de Forma- tion de l’Armée de Terre’ (COFAT), il s’intéresse aux stratégies non- violentes de défense et à l’intervention civile de paix. Général d’armée, inspecteur général des armées. De longue date, mène une réflexion de fond touchant aux fonda- mentaux du métier militaire en termes d’éthique et de comportements : L’exercice du métier des armes dans l’armée de terre. Fondements et principes et Code du soldat. Président de l’’Association des Glières. Pour la mémoire de la Résistance’. « La permanence, en ce monde, de phénomènes de violence insupportables nécessite l’entretien d’une capacité d’exercer la force pour y parer, c’est-à-dire de contraindre, si nécessaire, par la destruction et la mort. L’extravagance de l’action militaire, dans sa nature même, et l’engagement qu’elle réclame de la part de ceux qui la conduisent, ne sauraient se concevoir sans une référence incarnée qui la légitime et l’inspire. (…) Sa condition (du soldat) est une expression paroxysmique de la complexité et du tragique de la condition humaine, à la mesure des situations elles- mêmes paroxysmiques auxquelles il est exposé.» « Le principe d’humanité repose sur l’universalité du genre humain et sur la singularité de la personne humaine ».
  • 44. Alain Caillé Né en 1944, sociologue français. Docteur ès sciences écono- miques et ès lettres. Professeur à l’université de Caen, puis de Nanterre. Dans la suite de Marcel Mauss, développe "le paradigme du don" sur lequel il espère faire reposer une science sociale généraliste, philosophie morale et politique incluse. Dirige la Revue du MAUSS (‘Mouvement anti-utilitariste en science sociale’) depuis sa fondation. En 2013, est à l’origine du Manifeste convivialiste, texte signé par une soixantaine de personnalités du monde entier. Le convivialis- me, dont le nom est inspiré des travaux d’Ivan Illich, est une philoso- phie politique visant à regrouper les initiatives allant dans le sens d’une alternative à l’organisation néo-libérale actuelle du monde en explicitant leur dénominateur commun, à savoir la recherche d’un art de vivre ensemble opposé à la démesure. Le convivialisme est une "philosophie de l’art de vivre ensemble en s’opposant sans se massacrer". Ses principes : "commune humanité", "commune socialité", "légitime individuation", "opposition créatrice","principe de commune naturalité", "maîtrise de l'hubris", i.e. de la démesure.
  • 45. François-Xavier Verschave (1945-2005), penseur et militant politique français. Économiste de formation, responsable du service économie-emploi à la mairie de Saint- Fons (Rhône) de 1983 à 2005. Passionné des relations franco-africaines, forge et décrit le concept de "Françafrique", volet occulte de la politique de la France en Afrique. Membre fondateur de l'association ‘Survie’. Fournit également un important travail de recherche sur le concept de "biens publics à l’échelle mondiale" et sur les théories économiques de Fernand Braudel. « En 1960, de Gaulle à accorde l'indépendance aux colonies d'Afrique noire, mais charge son conseiller pour les affaires africaines, Jacques Foccart, de maintenir la dépendance, par des moyens forcément illégaux, occultes, inavouables. Il sélectionne des chefs d'État "amis de la France", par la guerre (plus de 100 000 civils massacrés au Cameroun), l'assassinat ou la fraude électorale. À ces gardiens de l'ordre néocolonial, il propose un partage de la rente des matières premières et de l'aide au développement. Les bases militaires, le franc CFA convertible en Suisse, les services secrets et leurs faux nez (Elf et de multiples sociétés) complètent le dispositif . »
  • 46. Sanjit "Bunker" Roy Né en 1945, militant social indien et éducateur gandhien. Fonde en 1972 dans le village de Tilonia (Rajasthan) le Barefoot College ("Université aux pieds nus") avec la conviction que les solutions aux problèmes des pauvres en milieu rural se trouvent dans la commu- nauté, dans leur patrimoine traditionnel et dans les nouvelles technologies qui ont simplement besoin d’être adaptées à leur situation. Depuis 1989 , le College forme des jeunes et des femmes illettrées ou semi-illettrées des campagnes pour en faire des ingénieurs (eau, énergie solaire) ou des formateurs (éducation, santé, alimentation, artisanat). Des "grand-mères" de 63 pays ont propagé l’électrification solaire dans 45 000 foyers. Le College est « fondé par les pauvres et géré par les pauvres ». Ses valeurs sont « l’honnêteté, l’intégrité, la compassion, les compétences pratiques, la créativité et la capacité à travailler sans discrimination ».
  • 47. Patch Adams Hunter "Patch" Adams, né en 1945, médecin états-unien, clown professionnel, artiste et auteur. Harcelé à l’école car il est différent des autres et s’oppose au racisme. Après une tentative de suicide, décide d’être heureux et de répandre la joie autour de lui. Fonde en 1971 le Gesundheit ! Institute*. Soigne par le rire, qui fait circuler le sang, renforce le cœur et aide la corps à lutter contre les maladies. Soigne plus de 15 000 personnes gratuitement dans son institut, en particulier destiné aux malades dépourvus de Sécurité sociale ou de mutuelle. Affirme que c'est par l'amour et la compassion autant que par la médecine conventionnelle qu'il convient d'apporter du soin aux personnes malades. Propose à chacun de ses frères humains de faire l’imbécile en public, de porter des vêtements rigolos, d’entre sympathique avec tout le monde et de ramasser les détritus dans la rue. En 2014, honoré du titre de "Grand Rectum" de l‘’Université de foulosophie’, fondée par François Gourd. « Chacun peut faire quelque chose de bien. Il s’agit juste d’en prendre la décision, de se lancer et de travailler à promouvoir la paix, la justice et le bien-être des gens sur la planète. » * En allemand, Gesundheit signifie à la fois "santé" et "À vos souhaits !"
  • 48. Luigi Ciotti Né en 1945, prêtre catholique italien. Fonde en 1965 le groupe ‘Abel’ qui assure la défense des marginaux tels que les mineurs incarcérés, les drogués ou les prostitué-e-s. Ex-président de la ‘Lila’, Ligue italienne pour la lutte contre le sida. Après le meurtre d’un juge qui avait osé s’opposer à la mafia, fonde l’association Libera qui regroupe des magistrats, policiers, juristes et journalistes impliqués dans la lutte contre les mafiosi. Ce réseau associatif réunit 1 500 associations et organismes d'éduca- tion civique. "Condamné à mort" par la mafia, ne sort jamais sans escorte. Est parvenu à faire entrer dans la législation italienne la ‘Loi sur les biens confisqués à la Mafia et leur utilisation sociale’, qui permet par exemple de transformer le palace avec robinets en or d'un "parrain" en caserne de carabiniers, ou une maison de passe en centre social. Son action est double : un lobbying pour pousser les parlementaires à durcir la législation, et une aide aux familles des victimes de la Mafia (3 500 morts en 20 ans).
  • 49. Daniel Cohn-Bendit Né en 1945, homme politique franco-allemand. Né de parents allemands antinazis, apatride pendant 14 ans. Études supérieures à Paris-Nanterre. Militant libertaire, un des leaders du mouvement de mai 1968, expulsé en Allemagne. Élu du parti Die Grünen à Francfort-sur-le-Main, député européen des ‘Verts’ allemands, réélu sur une liste des ‘Verts’ français. Tête de liste d‘’Europe Écologie Les Verts’ en Île-de-France lors des élections européennes de 2009. Coprésident du groupe ‘Verts/ALE’ au Parlement européen. Partisan d'une Europe fédérale, se définit comme un "citoyen européen". « Même si on nous promettait le paradis, nous le refuserions. Car nous voulons le prendre. » (mai 1968) « En somme, les bourdons sont un peu comme nos inactifs (chômeurs, retraités, étudiants) : leur production matérielle est proche de zéro, mais ils participent à la pollinisation, produisent du réseau, de l'information, du lien social. » « Le Roi-Soleil, c’est Macron ? Mais le Dictateur-Soleil, c’est Mélenchon ! On arrête ! L’important, c’est l’Europe ! » « Si la révolution écologique doit attendre le socialisme ou la VIème République, on est dans la merde ! »
  • 50. Guy Aurenche Né en 1946, avocat français, militant des droits de l'homme et de l’altermondialisme, président d’honneur de la ‘Fédération internationale de l‘Action des chrétiens pour l'abolition de la torture’ (FIACAT). Président du ‘Comité catholique contre la faim et pour le développement’ (CCFD – Terre solidaire – 2009-2014), membre du comité de parrainage de ‘Non-Violence XXI’. « J’ai progressivement réalisé (…) que dans toutes situations, même (surtout !) les plus violentes, l’option non-violente s’imposait. Le respect de la dignité humaine, respect sur lequel repose toute la dynamique des Droits de l’Homme, ne peut prospérer sans ce choix clair en faveur de la non-violence active. C’est la seule réponse efficace à la violence ».
  • 51. Pierre-Jean Delahousse Français né en 1946, ex-professeur de français. Vit longtemps à l’étranger et rencontre beaucoup de personnes choquées par la défiguration des entrées de villes par les panneaux publicitaires. Crée à Grenoble en février 1992 ‘Paysages de France’, association de protection de l'environnement créée en dont le but est de lutter contre toute forme de pollution visuelle dans les paysages urbains et non-urbains. Forte de ses 2 000 adhérents, dont plus de 70 associations, l’association fait des pétitions, manifestations, engage des actions devant la justice pour obtenir le respect du Code de l'environnement (dispositifs publicitaires en infraction, antennes de téléphonie mobile, lignes électriques aériennes, éclairage des montagnes, décharges sauvages, sentiers du littoral, équipement et aménagements non respectueux des sites, etc.). A fait condamner l’État 58 fois par les tribunaux administratifs. « Qu'on m'avertisse quand M. Decaux mettra un panneau dans son jardin ! »
  • 52. Steven Spielberg Né en 1946, réalisateur, scénariste et producteur de cinéma états-unien issu d’une famille juive. Réalise quelques petits films amateurs puis abandonne ses études pour tenter sa chance à Hollywood. Assistant monteur, il apprend son métier sur le tas dans les années 60 en réalisant des courts-métrages. Après Duel (1971), Sugarland express (1974), et Les dents de la mer (1975), enchaîne les succès internationaux : E.T., l'extra-terrestre (1982), la série Indiana Jones (1981-2008), Jurassic Park (1993), Tintin (2011, en 3D), Ready Player One (2018, science-fiction). La liste de Schindler (1993) décrit comment l’industriel allemand, Oskar Schindler réussit à sauver environ 1 200 Juifs promis à la mort dans le camp de concentration de Płaszów. Amistad (1997) dénonce l’esclavage. ll faut sauver le soldat Ryan (1998) montre les combats du débarquement en Normandie. Cheval de guerre (2011) traite de la Première Guerre mondiale, Lincoln (2012) de l'abolition de l'esclavage, Le Pont des Espions (2015) de l'espionnage pendant la Guerre froide, Pentagon Papers (2017) de l'implication politique et militaire des États- Unis dans la guerre du Viêt-Nam. « Je gagne ma vie en rêvant. »
  • 53. Mike Davis Né en 1946, écrivain, militant politique, théoricien de l’urbanisme, géographe et historien états-unien. Ouvrier des abattoirs, conducteur de camion, puis entreprend des études et s'intéresse au marxisme. Mène des enquêtes sur le pouvoir et les classes sociales dans le sud de la Californie. Professeur d'histoire à l'université de Californie à Irvine. Dans Génocides tropicaux (2001), fait le lien entre l'économie politique et le colonialisme au 19ème siècle et des phénomènes climatiques d'échelle mondiale, en particulier le phénomène El Niño : en comparant les épisodes El Niño à différentes époques et dans différents pays, explore les conséquences du colonialisme et de l'introduction du capitalisme, et leur lien avec la famine des populations locales : Inde, Chine, Brésil, Éthiopie, Corée, Vietnam, Philippines, Nouvelle-Calédonie. 30 à 60 millions de personnes sont mortes. La "négligence active" des administrations coloniales et leur foi aveugle dans les dogmes du libre- échange ont une très lourde responsabilité dans ce bilan effroyable. Dans Le pire des mondes possibles (2007), dénonce les politiques urbaines et économiques souvent génératrices de fragmentation et de ségrégation spatiale.
  • 54. Shlomo Sand Né en 1946 en Autriche de parents juifs. Passe ses deux premières années de vie dans des camps de réfugiés juifs polonais, en Allemagne. Grandit en Israël où ses parents ont émigré. Pendant la Guerre des six Jours (1967) à laquelle il participe comme soldat, est le témoin, à Jéricho, d’un acte de barbarie, commis par son armée sur un vieillard arabe. Milite dans l'extrême gauche israélienne favorable à deux Républiques différentes (israélienne et palestinienne) dans la perspective d'une confédération. Complète ses études universitaires à Paris. Historien israélien spécialisé dans l'histoire contemporaine, professeur à l’université de Tel Aviv. Défend l'idée que la construction nationale israélienne s'est appuyée sur un récit fondateur mythique, faisant des populations juives un peuple, uni par une même origine et possédant une histoire nationale commune. ../..
  • 55. Shlomo Sand En réalité, explique-t-il, jusqu'à l'avènement du sionisme, ces populations ne se définissaient qu'à travers leur appartenance religieuse en commun et ne se percevaient pas comme un peuple. Contrairement à l’idée reçue, la diaspora n’est pas née de l’expulsion des Hébreux de Palestine, mais de conversions successives en Afrique du Nord, en Europe du Sud et au Proche-Orient. « Il existe un lien étroit entre l’identification des Juifs en tant qu’ethnie ou peuple-race éternel et la politique d’Israël à l’égard de ceux de ses citoyens considérés comme non-juifs, à l’égard également des travailleurs immigrés venus de contrées lointaines, et bien évidemment de ses voisins privés de droits et soumis à un régime d’occupation depuis bientôt cinquante ans. »
  • 56. Bruno Latour Né en 1947, sociologue, anthropologue et philosophe des sciences français. Agrégé de philosophie, enquête en Afrique sur la décolonisation et la notion de race, recherche sur l'exégèse biblique des textes portant sur la résurrection, sur la sociologie des primatolo- gues, etc. Depuis 2006, professeur à l'Institut d'études politiques de Paris. En 2007, directeur scientifique et directeur adjoint de Sciences Po. Cocréateur du master SPEAP (‘Sciences-Po Programme d'expérimentation en arts et politique’) qui réarticule les liens entre les arts, les sciences et la politique. Ses conceptions et celles de Philippe Descola sur les "non- humains" (minéraux, végétaux, animaux, objets, statistiques, etc.) l'amènent à élaborer un véritable programme d'écologie politique. « Les zadistes ont fait une opération de grande importance en philosophie politique, c’est de dire que les zones sont à défendre. Ils ont parfaitement raison de dire que les questions politiques sont des questions territoriales. Ces questions territoriales définissent des intérêts et des mondes. Quels avions veut-on ? Quels batraciens veut- on garder ? Quelle agriculture ? Quelles zones humides ? C’est cela que j’appelle "cosmologie". »
  • 57. Bruno Latour « On ne comprend rien aux positions politiques depuis cinquante ans, si l’on ne donne pas une place centrale à la question du climat et à sa dénégation. Tout se passe en effet comme si une partie importante des classes dirigeantes était arrivée à la conclusion qu’il n’y aurait plus assez de place sur Terre pour elles et pour le reste de ses habitants. C’est ce qui expliquerait l’explosion des inégalités, l’étendue des dérégulations, la critique de la mondialisation, et, surtout, le désir panique de revenir aux anciennes protections de l’État national. » « Mais la question importante à se poser, c’est de se demander où, nous, les autres, nous allons atterrir ? La description de ce lieu d’atterrissage est le travail commun des scientifiques, des activistes, des artistes, des politiques. Comment est-ce qu’on absorbe un monde où il faudrait cinq Terres alors qu’il n’y en a qu’une ? Ces questions deviennent communes. Et l’alliance à faire pour y répondre inclut aussi bien des libéraux que des néolibéraux et que des populistes. » « Ma démonstration est au contraire que Gaïa est un personnage séculier et laïque par opposition à la notion de nature. Cette version n’est justement pas providentielle. Alors que la nature, les "lois de la nature" sont une figure providentielle. » Voir aussi B.L. dans le trombinoscope des chercheurs de sens
  • 58. Bernard Devert Français né en 1947. Études de droit. Agent immobilier de 1973 à 1985, poursuit parallèlement des études de théologie et devient prêtre pour le diocèse de Lyon. Choisit de mettre ses compétences professionnelles au profit des personnes mal logées, fonde en 1985 le mouvement ‘Habitat et Humanisme’ afin de venir leur en aide. Cette fédération reconnue d‘utilité publique (2300 bénévoles, 200 salariés, 25 000 personnes engagées dans le don et l'épargne solidaire, plus de 12 000 familles logées depuis sa création) est aujourd’hui composée de 50 associations dans 70 départements. Fonde en 2003 le mouvement ‘Pierre Angulaire’, qui vient en aide aux personnes âgées fragilisées ou dépendantes. « La ville doit être traversée par la différence, et non se développer à partir de strates monolithiques. Et là où le vivre ensemble n’est pas perceptible, il y a injustice ; l’homogénéité de l’habitat concourt à la rigidité assassine des sociétés occidentales.»
  • 59. Coline Serreau Française née en 1947, réalisatrice, scénariste, compositrice, chef de chœur. Ses films (Trois hommes et un couffin, La crise, La Belle Verte, Romuald et Juliette, Chaos, St Jacques-La Mecque) font l’éloge de l’amitié, de l’honnêteté, de la vérité, de la tendresse, du non- conformisme. Dirige la ‘Chorale du Delta’. Son long métrage Solutions locales pour un désordre global (2010) montre qu’il existe partout des solutions. Il fait entendre des réflexions de paysans, de philosophes et d’économistes qui, après avoir expliqué pourquoi notre modèle de société s’est embourbé dans la crise financière, économique et politique, inventent et expérimentent des alternatives.
  • 60. Émile Shoufani Né en 1947, théologien et éducateur chrétien arabe, de nationalité israélienne. Expulsé avec sa famille en 1948. Études de théologie en France. Prêtre et directeur du ‘Collège Saint Joseph’ à Nazareth. Pour promouvoir la réconciliation et enseigner la Shoah, organise en 2003 le premier voyage judéo-arabe à Auschwitz-Birkenau (500 personnes). Archimandrite de l'Église grecque-catholique melkite de la Terre Sainte. « Cet acte de mémoire signifiera notre refus radical d’une telle humanité, il témoignera de notre capacité à comprendre la blessure de l’autre. (…) Ce détour par les abîmes les plus sombres de la mémoire de l’humanité ne peut relativiser en aucune façon les souffrances d’autres populations, en d’autres lieux et en d’autres temps. Il ne peut au contraire que nous renvoyer chacun à nos responsabilités du présent, et à notre vocation d’êtres humains en marche vers un Vivre ensemble ».
  • 61. Érik Orsenna Érik Arnoult, né en 1947, romancier français. Études de philosophie, de sciences politiques et surtout d'économie. Chercheur et enseignant dans le domaine de la finance internationale et de l'économie du développement. Vice-président du conseil d’administration de la fondation FARM (‘Fondation pour l'Agriculture et la Ruralité dans le Monde’). Membre honoraire du ‘Conseil d’État’ et de l’’Académie Française’, navigateur, amoureux de l’Afrique. Chargé d’un plan national pour les bibliothèques. « J’ai rencontré des scientifiques, des paysans, des religieux, des constructeurs de barrages, des physiciens alpinistes qui mesurent sur tous les toits du monde la fonte des glaciers. J’ai passé du temps avec les médecins de Calcutta qui luttent contre le choléra. (…) Peu à peu, j’ai fait plus ample connaissance avec notre planète. J’ai vu s’aggraver partout les inégalités, notamment climatiques. Mais j’ai vu aussi la réussite du pragmatisme, de belles coopérations entre administrations et entreprises privées. »
  • 62. Nicole Notat Née en 1947, responsable syndicale et associative française. Institutrice pour enfants en difficulté, adhère à la ‘Confédération française démocratique du travail’ (CFDT). Secrétaire du ‘Syndicat général de l'Éducation nationale SGEN-CFDT’ pour la Meuse en 1970, puis membre de l’UR-CFDT Lorraine. De 1992 à 2002, Secrétaire générale de la CFDT, première femme à diriger une confédération syndicale. Comme son pré- décesseur Jean Kaspar, engage la CFDT sur la voie d'un syndicalisme partenaire comme en Allemagne. En 2002, fonde Vigeo, société européenne d'évaluation des perfor- mances sociales et environnementales des entreprises. Membre du groupe de réflexion sur l'avenir de l'Europe établi par le Conseil européen et présidé par Felipe González. En mars 2018, remet avec le président de Michelin Jean-Domini- que Senard le rapport Entreprise, objet d’intérêt collectif sur le rôle de l’entreprise dans la société française, qui inspire la loi PACTE (‘Plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises’) de 2019. Nommée en mai 2020 par le gouvernement à la tête du ‘Ségur de la santé’, qui doit proposer des solutions pour mettre fin à la paupérisation des personnels soignants. Présidente de ‘Coup de Pouce’, association qui agit pour la prévention de l’échec scolaire précoce.
  • 63. Hans Widmer Articule 5 niveaux d’organisation ou glomos (global modules) : 1) le voisinage; 2) les quartiers ou petites villes; 3) les grandes villes ou régions; 4) les territoires; 5) la planète. La civilisation de l’usage des communs ne commence pas forcément au niveau 1. Met en garde contre les pièges dans la création des glomos : identité culturelle, extrémismes écologiques, propriété et spéculation foncière, peur du collectivisme. Il s’agit avant tout d’une logistique écologique destinée à réduire les distances parcourues au quotidien pour éviter les gaspillages de toute sorte. Né en 1947, philosophe et écrivain suisse-allemand connu sous le pseudonyme P.M. Député au ‘Grand Conseil’ du canton de Lucerne, puis élu au ‘Conseil national’. Cofondateur de la coopéra- tive Kraftwerk -1 à Zürich. Père de l'utopie communautaire dans les années 1980, auteur de l'essai écologiste et anticapitaliste Bolo'bolo. Une communauté «bolo» compterait environ 500 personnes, elle serait autosuffisante et s'approvisionnerait en nourriture dans des fermes situées à l'extérieur des villes.
  • 64. Rebiya Kadeer Née en 1947 dans l'ethnie ouïghoure (10 millions de personnes en majorité musulmanes et turcophones dans le Xinjiang, au nord- ouest de la Chine). Ex-blanchisseuse, femme d’affaires, promue à hautes responsabilités par le Parti communiste chinois. En août 1999, condamnée à 8 ans de prison pour « divulgation de secrets d’État » parce qu'elle a envoyé à son mari réfugié aux Etats-Unis des coupures de presse faisant état des violations des droits humains. Exilée aux États-Unis depuis 2005. Depuis 2006, présidente du Congrès mondial des Ouïghours. « Les militaires chinois sont omniprésents, les contrôles et les arrestations quotidiens. Il y aurait désormais environ 40 000 prisonniers politiques ouïghours en Chine, certains, y compris des femmes, condamnés à mort. De nombreux Ouïghours ont également disparu ».
  • 65. Shirin Ebadi Née en 1947, avocate iranienne, enseigne le droit à l'université de Téhéran. Première femme en 1974 à devenir juge en Iran. Doit abandonner son poste en 1979 à cause de la révolution iranienne lorsque des religieux conservateurs prennent en main le pays et limitent le rôle des femmes. Devient avocate des dissidents et milite pour faire évoluer son pays, notamment dans le domaine du droit des femmes. En 2000, est accusée d'avoir distribué une cassette vidéo sur laquelle un extrémiste religieux avoue que les dirigeants iraniens sont à l'origine des violences. Prix Nobel de la paix en 2003. Porte-parole officieuse des femmes iraniennes qui ont joué un rôle clé dans la campagne présidentielle du réformateur Mohammad Khatami. Vit en exil à Londres depuis 2009. « La Déclaration universelle des droits de l’homme ne se fonde pas sur un principe judéo-chrétien mais sur la question de la dignité universelle de l’homme. En cela, les Iraniens ont très largement apporté leur pierre. N’est-ce pas Cyrus II le Grand, roi de Perse, qui inscrivit pour la première fois dans l’histoire de l’humanité la première charte des droits de l’homme sur un cylindre d’argile ? »
  • 66. Saïd Sadi Né en 1947, homme politique algérien. En 1966, en raison de sa passion pour sa langue maternelle berbère, refuse d'arabiser une pièce de théâtre : est renvoyé du lycée pendant trois jours. Médecin psychiatre de formation. Membre fondateur de la ‘Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme’ en juin 1985, est arrêté en août et condamné à 3 ans de prison, libéré en avril 1987 par grâce présidentielle. Membre de la section algérienne d‘’Amnesty International’ et militant du ‘Mouvement culturel berbère’. Fondateur en 1989 et président du ‘Rassemblement pour la culture et la démocratie’ (RCD), et député d'Alger. Son parti, qui se veut de centre gauche et affiche un profil social-démocrate, a pour préoccupa-tions essentielles la défense de la langue et de la culture berbères, la laïcité de l'État et la lutte contre le courant islamiste. Lors des élections présidentielles d’avril 1999, opte pour un "boycott actif" faute d'avoir obtenu un « compromis historique entre l'ensemble des forces patriotiques, démocratiques, républicaines pour opposer un seul candidat au courant islamiste ». « En Algérie, l’islamisme est arrivé au pouvoir par le biais des militaires. C’est lors du coup de force perpétré au Caire en août 1957 par le segment militariste du FLN qu’ont été réintroduits les référents islamistes dans les textes de la révolution. »
  • 67. Dany-Robert Dufour Né en 1947, philosophe français. Professeur de philosophie de l'éducation à l’université Paris-VIII, directeur de programme au ‘Collège international de philosophie’, résident à l‘’Institut d'études avancées de Nantes’. Enseigne au Brésil, en Colombie et au Mexique. Dans Le Divin Marché, la révolution culturelle libérale, montre que, bien loin d'être sortis de la religion, nous sommes tombés sous l'emprise d'une nouvelle religion conquérante, le marché. Dans La Cité perverse - libéralisme et pornographie, montre que nous vivons dans un univers qui a fait de l'égoïsme, de l'intérêt personnel, du self-love son principe premier. Dans La situation désespérée du présent me remplit d’espoir (2016), montre que le délire occidental, fondé sur un "vouloir avoir toujours plus" (ce que les grecs nommaient pléonexie, l’avidité) ne pouvait que susciter, par contrepoint, un désir de pureté et un nouveau délire d’allure fondamentaliste, celui du jihadisme ou du théo-fascisme. Le délire identitariste néo-fasciste (qui monte aujourd'hui en Europe) se voudrait être le seul rempart possible contre les deux premiers. Il faut songer à tout refonder à partir des principes de dignité et de commune humanité, ce que font les convivialistes*. * sur le convivialisme, voir la diapo Alain Caillé
  • 68. Gérard de Puymège Intéressé par l'histoire des passions politiques et des mentalités nationales et nationalistes, a l'idée, pour sa thèse, de se lancer à la recherche de Nicolas Chauvin, héroïque soldat des armées de la Révolution et de l'Empire, revenu, couvert de blessures et de décora- tions, vivre dans son Rochefort natal le reste de son âge. Le récit, dépourvu de toute réalité historique, est issu d'une longue tradition, celle du soldat-laboureur, venue de l'Antiquité (Cincinnatus) à travers l'héritage rousseauiste. La légende s'est cristallisée sous la Restauration et la monarchie de Juillet, sous la plume des chansonniers, vaudevillistes et historiens. Le chauvinisme ressort périodiquement lors de toutes les poussées du ruralisme national, de Bugeaud à Méline et à Pétain. Né en 1948, historien et politologue. Assistant de Denis de Rougemont à ‘l'Institut universitaire d'études européennes’ de Genève. Rédacteur en chef adjoint de la revue Cadmos publiée par le ‘Centre européen de la culture’ à Genève. Coordonnateur du programme ‘La navigation du savoir’ (programme Méditerranée de l'Unesco). Coauteur d’une étude sur le fanatisme (1980). Montre, à travers les méandres de l’histoire et de l’âme humaine, que la question du fanatisme concerne chacun de nous, fanatique potentiel.
  • 69. Manfred Fischer (1948-2013), pasteur protestant allemand. S’oppose à la destruction complète du mur de Berlin* qui a coupé la ville en deux du 13 août 1961 au 9 novembre 1989. Pourtant le mur avait coupé aussi sa paroisse en deux, et son église, située sur la BernauerStrasse s’était même retrouvée emprisonnée dans le no-man’s land avant d’être détruite en 1985. Si son idée n’enthousiasme tout le monde, le pasteur réussit à s’imposer et finit par ouvrir le plus important mémorial du mur à Berlin, qui s’étend aujourd’hui sur 1,4 kilomètre le long de l’ancienne frontière. À la place de l’église détruite, une chapelle de la Réconciliation (Kapelle der Versöhnung, image du haut) est érigée et inaugurée le 9 novembre 2000, le 11ème anniversaire de la chute du mur. Des services à la mémoire des victimes du mur y sont régulièrement organisés. « Bien sûr qu’il fallait enlever le mur. Mais il était important qu’un morceau reste debout, afin de faire un vrai travail de mémoire. La confrontation avec le passé nazi nous a appris qu’on ne pouvait pas se contenter de dire que tout est fini et de continuer comme avant. » * dispositif militaire comportant deux murs de 3,6 mètres de haut, avec un chemin de ronde, 302 miradors et dispositifs d'alarme, 14 000 gardes, 600 chiens et des barbelés.
  • 70. Pierre Rosanvallon Né en 1948, historien français, auteur, professeur au Collège de France, directeur d’études à l’EHESS. Membre de la CFDT, du PSU puis du PS. Fonde en 2002 un atelier intellectuel international, La République des idées, pour "refonder une nouvelle critique sociale" détachée de "l’archéo-radicalisme" ou de "l’idéologie radicale nostalgique". Organise en 2009 le forum ‘Réinventer la démocratie’. Directeur du site La vie des idées. « Qu'est-ce qu'un pouvoir impartial ? (ne pas subir de pression, ne pas avoir préjugé, être désintéressé, etc.) Quelle importance les hommes ont-ils donné à cette qualité ? Quelles procédures et exigences ont-ils instituées pour l’atteindre et la contrôler ? Quels liens avec les concepts d'indépendance, de neutralité ? L'impartialité comme fragile vertu à construire, présumée mais jamais acquise, virtuelle, provisoire, toujours à prouver, toujours à mettre à l'épreuve. »
  • 71. Pierre Rosanvallon Dans son livre, L'âge de l'autogestion, défend un héritage philosophique savant, venu à la fois de Marx et de Tocqueville, et annonce une "réhabilitation du politique" par la voie de l'autogestion. En 2014, plus de 4 ans avant la crise des "Gilets jaunes", s’intéresse à l’impression d’abandon qui exaspère aujourd’hui de nombreux Français : il se trouvent oubliés, incompris, pas écoutés. Le pays, en un mot, ne se sent pas représenté. Le projet "Raconter la vie", dont l’essai Le Parlement des Invisibles constitue le manifeste, a l’ambition de contribuer à le sortir de cet état inquiétant, qui mine la démocratie et décourage les individus. Pour remédier à cette mal-représentation, veut former, par le biais d’une collection de livres et d’un site internet participatif, l’équivalent d’un Parlement des invisibles. Répond au besoin de voir les vies ordinaires racontées, les voix de faible ampleur écoutées, la réalité quotidienne prise en compte.
  • 72. Patrick Viveret * Né en 1948, philosophe français, docteur en science politique. Chargé par Michel Rocard d'une mission sur l'évaluation des politiques publiques en France. Conseiller à la ‘Cour des Comptes’ à partir de 1990, rédacteur en chef de la revue Transversales Science Culture (1992-1996). Co-initiateur des rencontres internationales ‘Dialogues en Humanité’ dont les premières se passent à Lyon. « Nos sociétés sont dans entrées dans le mur, mais la crise de civilisation que nous traversons peut constituer, si nous le voulons, l’occasion d’un saut qualitatif de l’humanité en marche vers son humanisation. Au centre de nos problèmes se trouve la question de la qualité d’humanité, la question éthique. » * 7 diapositives sont consacrées à Patrick Viveret , car sa pensée rassemble beaucoup de sujets abordés dans ces diaporamas.
  • 73. Patrick Viveret Démesure et mal-être « Notre société articule - la démesure : gratte-ciel, extraction en deux siècles des ressources fossiles accumulées pendant des millions d’années, écarts de revenus hallucinants, poids de la spéculation (97 %) dans les échanges financiers, etc. - et le mal de vivre (dépenses d’armements, de stupéfiants, de publicité) : peur et domination, mal-être, manipulation, maltraitance. Nous faisons la guerre à la nature, à autrui, à soi-même, nous sommes menacés par la barbarie intérieure. »
  • 74. Patrick Viveret Avoir ou être ? « Les grandes difficultés auxquelles est confrontée l’humanité ne se situent pas dans l’ordre de l’avoir, celui des ressources physiques, monétaires, techniques, mais dans l’ordre de l’être, de la façon de concevoir sa place dans l’univers, de donner un sens à sa vie, de s’en sentir responsable et de se montrer solidaire de la vie des autres. Le désir humain est illimité. S’il est dans l’ordre de l’avoir, il génère mimétisme, frustration, rivalités et guerres. S’il est dans l’ordre de l’être, il peut être satisfait par l’échange, la rencontre, la création, la culture, la quête spirituelle. »
  • 75. Patrick Viveret Savoir-être, savoir-vivre, savoir-mourir « Les enjeux du savoir-être, du savoir-vivre et du savoir-mourir ne sont pas seulement personnels, ils sont aussi collectifs et politiques. La croissance dans le domaine de l’être et non plus de l’avoir est un enjeu structurel, une clé de la démocratie et même de l’avenir de nos sociétés. Au couple négatif démesure - mal de vivre, nous devons substituer le couple positif simplicité et joie de vivre (ou sobriété heureuse). Opter pour la joie de vivre, décider d’être heureux, c’est aussi un acte de résistance politique.»
  • 76. Patrick Viveret Sortir du mur 7 principes pour « sortir du mur » : 1 - retrouver le principe d’espérance et l’articuler au principe de responsabilité ; 2 - articuler transformation personnelle et sociale, organiser un vivre ensemble qui fasse sens et réponde au désir de chacun de trouver sa place dans une histoire qui, elle aussi, ait du sens ; 3 - placer la construction de la joie de vivre au cœur des projets alternatifs 4 - changer notre rapport à l’avoir et au pouvoir, mais aussi à la vie elle-même : retrouver l’art de vivre et savoir s’émerveiller ; 5 - promouvoir la « haute qualité démocratique », transformer positivement les conflits, les construire et les gérer dans la non-violence ; 6 - repérer les potentialités créatrices, mettre en réseau les initiatives d’expérimentation sociale ; 7 - vivre réellement les valeurs qu’on affiche, en se souvenant du sens fort du mot valeur : la force de la vie !
  • 77. Patrick Viveret La transformation sociétale « Celles et ceux qui sont engagés dans la transformation de la société ont besoin de REVe : R comme Résistance créatrice, E comme Expérimentation anticipatrice, V comme Vision transformatrice, avec, à la fin, un petit e comme évaluation, c’est-à-dire délibération sur ce qui fait valeur. La valeur, terme qu’on retrouve dans “valeurs fondatrices”, “valeureux”, est la force de vie. » « Il faut des colibris qui font chacun leur part, nous dit Pierre Rabhi. Pour pouvoir éteindre l’incendie de la forêt, il faut aussi une intelligence collective des tous les colibris oeuvrant ensemble. Et cela avec joie et plaisir : non au militantisme sacrificiel ! » « La démocratie est l'art de transformer des ennemis en adversaires, de construire une conflictualité non-violente. »
  • 78. Jean Léonetti Né en 1948, médecin cardiologue, homme politique français, membre du ‘Parti radical valoisien’ et de l'UMP-LR. Rapporteur au Parlement de la "loi relative aux droits des malades et à la fin de vie" du 22 avril 2005. Sans légaliser l’euthanasie, la loi indique que les traitements ne doivent pas être poursuivis par une "obstination déraisonnable" et fait obligation de dispenser des soins palliatifs. Des traitements anti-douleur efficaces peuvent être administrés en fin de vie, même s’il en résulte une mort plus rapide. Toute personne en phase terminale peut décider de limiter ou d’arrêter les traitements. Si le malade est inconscient, l’arrêt ou la limitation du traitement ne peuvent être décidés que dans le cadre d’une procédure collégiale. Il doit être tenu compte des directives anticipées formulées par le malade (à condition qu’elles aient été formulées moins de 3 ans avant la perte de conscience).
  • 79. Hans Köchler Né en 1948, Autrichien, professeur de philosophie à l’Université d'Innsbrück. Président de l'International Progress Organization, ONG dotée du statut consultatif auprès de l' ONU. Co-président de l‘’Académie internationale de philosophie’. Ses recherches en philosophie politique et juridique et son engagement avec l'ONU l’amènent à une critique fondamentale du système international centré sur l'État et à des propositions concrètes pour la démocratisation de l' ONU et d'un système viable de justice pénale internationale. En 1987, avec le prix Nobel Seán MacBride, rédige l’Appel des juristes contre les armes nucléaires puis, grâce à un rapport d’expertise, contribue à ce que la ‘Cour internationale de justice’ constate le caractère contraire au droit international du recours à l’arme nucléaire.
  • 80. Marianne Sébastien Née en 1948, musicienne suisse, cantatrice, accoucheuse de la voix, thérapeute par le chant, chef d’entreprise. Études de musique au conservatoire de Lausanne et perfectionne- ment à Milan, Paris, New-York, diplômée en sciences sociales et pédagogiques. Fonde en 1993 l’association humanitaire internationale ‘Voix Libres’, qui offre des alternatives aux enfants de Bolivie travaillant dans les mines, les campagnes, les tas d’ordures et les rues. 222 structures construites ou rénovées, plusieurs centaines de milliers de bénéficiaires. Axes d’action : démocratie participative, émancipation des femmes, santé, recherche de l'autonomie alimentaire, agriculture biologique, énergies renouvelables, microcrédit. « Être libre, c’est avoir la possibilité de choisir, de se transformer, d’être fier de soi et de dire non à la brutalité et à l’exploitation. C’est le droit de quitter le statut d’esclave du travail pour développer ses talents. »
  • 81. Thérèse Delpech (1948-2012), philosophe et chercheuse en géostratégie. École Normale Supérieure (1969), agrégée de philosophie, directrice des affaires stratégiques au CEA, chercheuse associée au ‘Centre d'études et de recherches internationales’ (CERI, FNSP) et membre du conseil de l’International Institute for Strategic Studies (IISS). Soutient après 2003 une politique de sanctions envers l’Iran pour éviter l’accession de ce pays à l’arme nucléaire. Pour elle qui a choisi la foi protestante, le combat sans relâche contre la violence et la tyrannie est un impératif moral et l’ingérence humanitaire une nécessité. Son livre L’ensauvagement (2005) présente une vision prospective : terrorisme international, prolifération nucléaire, menace chinoise. Sonne le tocsin à propos des dangers de la prolifération des armes de destruction massive (Pakistan, Corée du Nord, Iran). « La politique ne pourra pas être réhabilitée sans une réflexion éthique. Sans elle, de surcroît, nous n’aurons ni la force de prévenir les épreuves que le siècle nous prépare, ni surtout d’y faire face si par malheur nous ne savons pas les éviter. »
  • 82. Máxima Acuña Chaupe Péruvienne née en 1948, symbole de l'opposition à une mine d'or et de cuivre à ciel ouvert appelée Conga, d’une surface de 2000 hectares, comprenant quatre lacs de haute montagne. Membre de l'Asociación de Mujeres en Defensa de la Vida (Association des femmes pour la défense de la vie) et de l'Unión Latinoamericana de Mujeres - ULAM (Union latino-américaine des femmes). Vit sur ses terres à à Tragadero Grande depuis 24 ans. En 2011, la compagnie minière Yanacocha essaye d'acheter les terres, et, après que Maxima ait refusé de vendre, commence une campagne d'intimidation et de violence : passages à tabac, meurtre de leur chien, occupation de leurs terres, destruction de leur maison, etc. En février 2014, 18 agents de la División de Operaciones Espaciales de la Policía Nacional del Perú (DINOES) entrent dans sa propriété pour mettre fin à ses activités agricoles et expulser toutes les personnes présentes.
  • 83. Mohed Altrad Mohamed Altrad, né en 1948 ou en 1951 en Syrie, homme d'affaires milliardaire français. Sa mère, membre d'une tribu bédouine, aurait été violée par le chef de tribu. Élevé par sa grand-mère dans la pauvreté et destiné à être berger. Grâce à un cousin sédentarisé, se fixe à Raqqa, la ville la plus proche, mais étant bédouin, n'a pas accès à l'école. Apprend à lire seul en allant écouter l'instituteur, qui remarque ses dons et l'aide, obtient son bac. Boursier, venu avec 200 francs à Montpellier, étudie en France et obtient un diplôme de l'université Montpellier-II et un doctorat en informatique à Paris-VIII. Ingénieur chez ‘Alcatel’ puis ‘Thomson’, travaille ensuite pendant 4 ans pour l'Abu Dhabi National Oil Company. De retour en France, fonde avec un associé une entreprise informatique ‘France Informatique Électronique et Télématique’ (FIET) qu'ils revendent en 1984 à ‘Matra’. Grâce à cette vente, rachète en 1985 avec son associé anglais une PME en faillite spécialisée dans les échafaudages, la MEFRAN, située dans l'Hérault. Propriétaire et dirigeant du ‘groupe Altrad’ (échafaudages, construc- tion et services à l’industrie, 42 000 salariés dans 50 pays) et du ‘Montpellier Hérault Rugby’(MHR). Auteur de romans et d'ouvrages de management. Siège au Conseil municipal de Montpellier depuis juin 2020, dans l'opposition. « Je suis resté un enfant du désert qui a bravé de nombreuses difficultés.»
  • 84. Sari Nusseibeh Né en 1949, Palestinien, docteur en philosophie à l’université de Harvard. En 1987, rencontre Moshe Amirav, membre du ‘Likoud’, parti de la droite israélienne. Chef politique et militaire pendant la première Intifada, emprisonné 2 ans par Israël. Avec Peace News, condamne les envois de missiles palestiniens Scud sur Tel Aviv. Représentant de l’OLP à Jérusalem en 2001. En septembre 2001, appelle de ses vœux "la conclusion d’une paix définitive entre les deux peuples" sur la base de la coexistence de « deux États voisins, mais distincts". En 2002, prend position contre la prise des armes lors de la 2ème Intifada, condamne les attentats-suicides et se prononce pour un État palestinien démilitarisé. En 2010, opte pour un État binational, en en 2012 pour un condominium, étape vers un État fédéral israélo-palestinien.
  • 85. Zhu Xiao-Mei Née en 1949 à Shanghai. Envoyée en camp de travail durant la Révolution culturelle (organisée par Mao Zedong) pour avoir joué de la musique occidentale et être issue d’un milieu bourgeois. Recopie de tête le Clavecin bien tempéré de Jean-Sébastien Bach, travaille le piano en cachette. Quitte la Chine en 1979 pour les États-Unis, obtient les plus hautes distinctions et donne de nombreux concerts. S’installe en France en 1985. Professeure au ‘Conservatoire national supérieur de musique et de danse’ de Paris. « La musique, c’est essentiel, comme la nourriture ! Il arrivera un temps où les gens seront fatigués de cette agitation et chercheront autre chose. Contrairement à d’autres, je ne veux pas que les gens sortent excités de mes concerts. Je veux qu’ils sortent émus, silencieux, un peu comme après une méditation. »
  • 86. Yitzhak Frankenthal Né en I9??, Israélien, juif orthodoxe. En juillet 1994, son fils Arik, 19 ans, jeune appelé dans l’armée israélienne, est capturé et tué par le Hamas. Homme d’affaires florissant, liquide sa société et utilise les fonds pour créer en 1995 Parents Circle - Families Forum. Cette association de parents endeuillés, palestiniens et israéliens, vouée à la réconci- liation entre les deux peuples, regroupe aujourd’hui plus de 500 familles. Crée ensuite l’Arik Institut for tolerance, reconciliation and peace qui demande la fin de l’occupation militaire des territoires palestiniens par Israël. « Tant que nous ne verrons pas que l’occupation des terres palestiniennes est une forme de terrorisme, nous ne comprendrons pas les Palestiniens. Et si nous ne les comprenons pas, nous n’aurons pas la paix avec eux, que le terrorisme et la guerre".
  • 87. Alain Finkielkraut Né en 1949 d’un père juif polonais rescapé d’Auschwitz. Écrivain, philosophe et essayiste français, professeur de philosophie et d'histoire des idées à l’’École polytechnique’. Marqué par H. Arendt, E. Lévinas, C. Péguy, M. Kundera. Auteur de nombreux ouvrages sur la littérature, l'amour, la modernité, la judaïté, le nationalisme, la colonisation. Défend l'idée de transmission, d'héritage, de tradition, l'esprit des humanités, la notion d'identité et la redécouverte du sens du tragique. Affirme la nécessité, pour vivre en êtres humains, de s'ouvrir aux œuvres de l'esprit, au premier rang desquelles les grandes œuvres de la littérature. « La culture, c'est la vie avec la pensée. Et on constate aujourd'hui qu'il est courant de baptiser culturelles des activités où la pensée n'a aucune part. » Edwy Plénel dans son livre Pour les Musulmans lui reproche ses propos « Il y a un problème de l’islam en France », semblables selon lui à ceux qui affirmaient avant la 2ème guerre mondiale l’existence d’un « problème juif » en France
  • 88. Thomas Sankara (1949-1987), homme d'État tiers-mondiste burkinabè. Capitaine, premier ministre de janvier à mai 1983, limogé et mis en résidence surveillée, probablement sous la pression de la France. Suite à un coup d’État, président du ‘Conseil National de la Révolution’ (CNR), chef de l’État de la République de Haute-Volta rebaptisée Burkina Faso (" Pays des hommes intègres") de 1983 à 1987. S'entoure de cadres compétents, défend la transformation de l'administration, la redistribution des richesses, la libération de la femme, la responsabilisation de la jeunesse, la décentralisation, la lutte contre la corruption. Sa politique, souvent autoritaire, vise à réduire la malnutrition, la soif (construction massive de puits et retenues d'eau), la diffusion des maladies (vaccinations) et l'analphabétisme. Prône la consomma- tion de produits locaux. Pour contrer l'avancée du désert, lutte contre les coupes de bois abusives, les feux de brousse et la divagation des animaux. Rejette le fardeau de la dette qui pèse sur les pays en voie de développement. Assassiné lors d'un coup d'État qui amène au pouvoir Blaise Compaoré et ramène le pays dans le giron de la "Françafrique". Icône de cette "autre Afrique" libérée de l’emprise des grandes puissances.
  • 89. Michel Warschawski Né en 1949, journaliste, chroniqueur, conférencier et militant franco-israélien. Cofondateur en 1984 et ex-président de l’association Alternative Information Center (AIC) qui rassemble plusieurs organisations de paix israéliennes et palestiniennes. L’AIC a reçu en 2012 le ‘Prix des Droits de l’Homme de la République Française’ décerné par la ‘Commission nationale consul- tative des droits de l’homme’. Membre du comité de parrainage du ‘Tribunal Russell sur la Palestine’. « C’est soit la discrimination ethnique pratiquée par des Juifs, soit la démocratie. Ou bien les colonies, ou l’espérance pour deux peuples. Ou bien l’illusion d’un rempart de barbelés, des barrages routiers et des kamikazes, ou bien une frontière internationale consentie mutuellement, et Jérusalem capitale commune de deux États. »
  • 90. Axel Honneth Né en 1949, philosophe et sociologue allemand. Depuis 2001, directeur de l'Institut de recherche sociale à Frankfurt-am-Main, qui héberge l‘’École de Francfort’. Réfléchit à une société assurant à ses membres les conditions d’une "vie bonne". Distingue la reconnaissance amoureuse (liens affectifs), la reconnaissance juridique (droits et devoirs) et la reconnaissance culturelle (estime sociale). La révolte des jeunes peut être interprétée comme un refus de la société du mépris et une lutte pour la reconnaissance sociale. « Les conditions du respect et de l'estime de soi risquent d'être considérablement meurtries, que ce soit à travers les tendances à la marchandisation, à la destruction des relations privées ou à travers les exigences de performance qui pèsent sur chacun. (…) Sans la reconnaissance, l'individu ne peut se penser en sujet de sa propre vie. »
  • 91. Philippe Aigrain Français né en 1949, docteur en informatique, chercheur, ancien chef du secteur technique du logiciel à la Commission européenne. Cofondateur du collectif ‘La quadrature du net’, milite pour les biens communs et contre les abus de la propriété intellectuelle. « D’un côté, l’extension des domaines couverts par les brevets (molécules pharmaceutiques, variétés végétales, séquences génétiques, logiciels) restreint, pour le profit de quelques multinationales, l’accès à des ressources essentielles telles que les médicaments, les semences et l’information. De l’autre côté, la production et le partage de l’information et des créations sont plus libres qu’avant, et la multiplication des échanges esquisse une société mondiale, diverse et solidaire. Les médias coopé- ratifs, les logiciels libres, les publications scientifiques ouvertes et les autres biens communs réinventent la démocratie. Comment l’information peut-elle servir les biens publics sociaux de la santé, de l’éducation ou de la solidarité au lieu de contribuer à les détruire ?»
  • 92. Jean Hatzfeld Né en 1949, journaliste et écrivain français. Issu d’une famille juive recueillie en 1942 par la communauté protestante du Chambon-sur- Lignon. Grand reporter et correspondant de guerre pour le quotidien Libération. Reporter au Rwanda à l'époque du génocide de 1994, saisi par l'échec collectif des journalistes face à l'événement et leur incapacité à affronter l'effacement des rescapés, suspend son activité dans sa rédaction 4 années plus tard pour séjourner près des marais et travailler avec des rescapés tutsis. Poursuit son travail avec un groupe de Hutus ayant participé au génocide sur les mêmes collines, et écrit 3 ouvrages sur le sujet. S’interroge sur la banalisation du mal et l’absence de culpabilité des génocidaires. « Contrairement au génocide juif, qu’on peut qualifier d’industriel, on a là affaire à un génocide de proximité : on s’en prend à ses connaissances, à ses voisins, à ses collègues. (…) On les obligeait à tuer devant les autres, parfois même en place publique, afin de les "aguerrir". On exigeait des hommes mariés à une Hutue qu’ils montrent d’autant plus de zèle à tuer s’ils voulaient sauver leur épouse. ../..
  • 93. Jean Hatzfeld «Il était sans doute très risqué de s’élever contre les exactions. Un tortionnaire m’a dit un jour : « On était moins gênés de manier la machette que d’affronter les gronderies des autres ». « Je m’attendais à ce qu’ils soient bouleversés par ce qu’ils avaient fait, un peu à l’instar de certains vétérans du Vietnam devenus alcooliques ou profondément dépressifs après la guerre. Mais il n’en est rien. Les Hutus ne montrent aucun de ces stigmates. Si certains d’entre eux ne s’expliquent pas leur passage à l’acte, la majorité semble n’éprouver aucun remords. Ils ont des regrets, celui d’avoir perdu leur poste ou d’avoir fait de la prison, mais pas de remords. On attend d’eux une parole empathique vis-à-vis des victimes, mais elle ne vient pas.» Dans Là où tout se tait, part à la recherche des très rares Hutus qui ont résisté à la folie génocidaire au péril de leur vie. Au Rwanda, on les appelle abarinzi w’igihango, les ‘gardiens du pacte de sang’, ou parfois les ‘Justes’.