Travail intellectuel,
traces et réflexivité
Séminaire préparatoire ENMI - 30 juin / 2 juillet 2014
La « vérité » du numérique. Recherche et enseignement
supérieur du point de vue des digital studies
Yannick Prié
LINA, Université de Nantes
Plan
1. Inclinaisons théoriques
2. Éléments de réflexion sur sciences et numérique
3. Quelques propositions sur enseignement /recherche
Plan
1. Inclinaisons théoriques
2. Éléments de réflexion sur sciences et numérique
3. Quelques propositions sur enseignement /recherche
Travail intellectuel
Tâches et objectifs
multiples, ouverture
Non finitude
Lien fort aux
inscriptions
Réflexivité
Penser le travail intellectuel comme
couplage homme / système
Dynamique, 

co-évolutif
Énaction

constructivisme
Étudier le couplage
activité / inscriptions numériques
observable 

hors machine
(vidéo, interviews)
observable 

en machine 

(traces numériques)
observables
identifiables
manipulables
Développement
• Stabilités et instabilités
• Échelles de temps
• micro : sens
• méso, macro : partage, 

normalisation
Trajectoires de couplage
activité / inscriptions numériques
Inscriptions signifiantes
Objets visés, saisis, créés, modifiés
• plus ou moins explicitement perçus en tant que tels
• plus ou moins partagés, inscrits dans des champs
de signification liés à des pratiques
• plus ou moins canoniques, inscrits dans les outils,
partagés entre concepteurs et utilisateurs
Instruments numériques
Médiateurs de la manipulation des objets
Artefact-outil + schèmes incorporés (Rabardel)
• artefact-outil = inscription numérique (application, sous-
partie d’application, ensemble d’applications, etc.)
Instrument
Objet
Instrument
Artefact
Schèmes
Structures informationnelles
Inscriptions-objet effectivement manipulées
• canoniques : définies par les outils canoniques
• non-canoniques : co-définies par les instruments qui
permettent de les manipuler
• e. g. sous-partie de formulaire, liste texte brut,
agenda+doodle
Dynamiques instrumentales
Co-développement du sujet et de
son espace informationnel
• objets canoniques et non-
canoniques
• instruments de manipulation
des objets : instrumentation /
instrumentalisation
Echelles temporelles variées
(micro, méso), partage
Dynamiques de réintégration 

du sens en acte
Penser l’évolution des espaces informationnels à des
échelles variées
• lecture et écriture, adaptation de système,
fabrication d’instruments d’intelligibilité, évolution
de système (ré-ingénierie), normalisation…
Soutien à la réintégration
• outils plastiques, outils paramétrables,
technologies réflexives, logs, etc.
Plan
1. Inclinaisons théoriques
2. Éléments de réflexion sur sciences et numérique
3. Quelques propositions sur enseignement /recherche
Concepts et inscriptions
Les concepts scientifiques ont des inscriptions support
• textes, diagrammes, tableaux, figures, etc.
• le concept existe en acte du fait de la lecture de ses
inscriptions support
Une inscription supportant un concept est liée à d’autres
inscriptions supportant d’autres concepts, mobilisées ou
mobilisables dans un raisonnement ou un calcul
• arrimage plus ou moins rigide des concepts entre eux
Arrimages
Activité scientifique
Travail intellectuel consistant notamment à partager
et à négocier les inscriptions de la science
• forme, manière de les écrire, de les lire, de les
lier entre elles, de les catégoriser, critères de
solidité des arrimages, etc.
• en fonction des besoins : expérimentations,
démonstrations, publications, etc.
Le numérique comme technicisation et
facilitation des processus de liaison
entre inscriptions
Construction explicite des liaisons et donc des arrimages
• hypertexte, accès instantané, données ouvertes
Découverte de liaisons et d’arrimages potentiels
• recherche d’information, apprentissage, fouille, découverte
Formalisation opérationnelle des liaisons en vue des arrimages
• automatisation des processus de lecture, de calcul, de
transformation, simulation
« Concept numérisé »
Objet du scientifique, de la discipline, dont on peut étudier
• la matérialisation en inscriptions plus ou moins liées
formellement
• le ou les instruments qui en permettent l’appréhension
• la diffusion entre individus et collectif, la circulation au sein
des groupes, la négociation
• l’évolution : apparition, stabilisation, intégration, disparition
• …
Matérialisations des
concepts sur écrans
Surface d’appréhension des
inscriptions numériques
• texte, figures, tableaux,
graphes, etc.
Remarque : décalage
• inscriptions-données
• inscriptions-représentations
Concepts au-delà de l’ici et
maintenant écranique
Interaction
• comme dépassement de la surface : exploration,
construction, modification
Incorporation
• schèmes et non-immédiateté de l’appréhension
Les concepts numérisés sont appréhendés et construits
dans des pratiques instrumentées de manipulation :
instruments numériques
Tracer les pratiques
scientifiques
Observer les concepts numérisés et les instruments
numériques associés
• niveau individuel micro / méso
• niveau collectif micro / méso / macro
pour
• faire de l’épistémologie ou de l’anthropologie de
laboratoire « numériques » (DH)
• construire des technologies réflexives à destination des
chercheurs
Traces pour une
épistémologie numérique
Mettre en évidence les pratiques numériques, les mutations
induites par le numérique
• liens savoirs / inscriptions
• processus de construction des savoirs, de certification
• notamment automatisation
• processus de diffusion
Construire la ou les epistémè associées
Traces pour les technologies
réflexives des scientifiques
La trace de ses pratiques comme objet réflexif pour
prendre conscience
• de sa manière de produire de la science par les
inscriptions
• des processus et de leur degré d’automatisation
• pouvoir valider ou ré-interroger les traitements
automatiques, la délégation de traitement
Traces pour les technologies
réflexives des scientifiques (2)
La trace comme élément de médiation permettant le
partage de ses pratiques
• pairs : science ouverte
• public : médiation scientifique
Questions d’éditorialisation
Projet Episteme 

(astrophysique, histoire)
Plan
1. Inclinaisons théoriques
2. Éléments de réflexion sur sciences et numérique
3. Quelques propositions sur enseignement /recherche
Recherche
Favoriser la réflexivité sur les pratiques de travail intellectuel
instrumenté
• scientific digital literacy
• fournir des technologies réflexives
Étudier les pratiques numériques de la science comme
travail intellectuel
• objets et instruments numériques mobilisés
• différences entre disciplines
Liens recherche / monde
Recherche <—> enseignement (en et hors université)
• communautés de pairs étendues + recrutement

vs compréhension + appui sur la recherche
Recherche <—> public
• communautés de pairs étendues vs compréhension
Les inscriptions ouvertes permettent la liaison
• open access, open educational ressources, open
science, etc.
Ingénierie (sociale) de la
science ?
« L’oeil de Dieu » (Pentland) appliqué au pratiques
scientifiques"
• voir la science en train de se faire à partir de ses traces"
• qui ?"
• intervenir"
• à quel niveau ? comment ?"
• gérer la mise en abîme
Conclusion
La science comme travail intellectuel et lecture / écriture : les
inscriptions numériques portent les concepts scientifiques, tandis
que les manipulations numériques portent les concepts en acte
Les traces numériques peuvent contribuer à décrire une
Epistémè numérique (en construction), mais aussi à fournir des
technologies réflexives aux chercheurs
Ces traces offrent des points de liaison supplémentaires au sein
du monde scientifique et avec les différentes couches de la
société
L’ouverture permet de les transformer en point d’accroche et de
poursuivre une mutation dans un sens potentiellement bénéfique
Mutation numérique de
l’informatique ?
Science en tant que travail intellectuel : mutation des
pratiques comme tout le monde
Accompagnement des mutations dans les sciences:
adaptation des concepts, émergence de sous-
disciplines (e.g. bio-informatique)
Y-a-t’il des choses qui changent ?
• Plus de réflexivité que les autres ?
• Big data sur le big data ?
Merci de votre attention

Travail intellectuel, traces et réflexivité

  • 1.
    Travail intellectuel, traces etréflexivité Séminaire préparatoire ENMI - 30 juin / 2 juillet 2014 La « vérité » du numérique. Recherche et enseignement supérieur du point de vue des digital studies Yannick Prié LINA, Université de Nantes
  • 2.
    Plan 1. Inclinaisons théoriques 2.Éléments de réflexion sur sciences et numérique 3. Quelques propositions sur enseignement /recherche
  • 3.
    Plan 1. Inclinaisons théoriques 2.Éléments de réflexion sur sciences et numérique 3. Quelques propositions sur enseignement /recherche
  • 4.
    Travail intellectuel Tâches etobjectifs multiples, ouverture Non finitude Lien fort aux inscriptions Réflexivité
  • 5.
    Penser le travailintellectuel comme couplage homme / système Dynamique, 
 co-évolutif Énaction
 constructivisme
  • 6.
    Étudier le couplage activité/ inscriptions numériques observable 
 hors machine (vidéo, interviews) observable 
 en machine 
 (traces numériques) observables identifiables manipulables
  • 7.
    Développement • Stabilités etinstabilités • Échelles de temps • micro : sens • méso, macro : partage, 
 normalisation Trajectoires de couplage activité / inscriptions numériques
  • 8.
    Inscriptions signifiantes Objets visés,saisis, créés, modifiés • plus ou moins explicitement perçus en tant que tels • plus ou moins partagés, inscrits dans des champs de signification liés à des pratiques • plus ou moins canoniques, inscrits dans les outils, partagés entre concepteurs et utilisateurs
  • 9.
    Instruments numériques Médiateurs dela manipulation des objets Artefact-outil + schèmes incorporés (Rabardel) • artefact-outil = inscription numérique (application, sous- partie d’application, ensemble d’applications, etc.) Instrument Objet Instrument Artefact Schèmes
  • 10.
    Structures informationnelles Inscriptions-objet effectivementmanipulées • canoniques : définies par les outils canoniques • non-canoniques : co-définies par les instruments qui permettent de les manipuler • e. g. sous-partie de formulaire, liste texte brut, agenda+doodle
  • 11.
    Dynamiques instrumentales Co-développement dusujet et de son espace informationnel • objets canoniques et non- canoniques • instruments de manipulation des objets : instrumentation / instrumentalisation Echelles temporelles variées (micro, méso), partage
  • 12.
    Dynamiques de réintégration
 du sens en acte Penser l’évolution des espaces informationnels à des échelles variées • lecture et écriture, adaptation de système, fabrication d’instruments d’intelligibilité, évolution de système (ré-ingénierie), normalisation… Soutien à la réintégration • outils plastiques, outils paramétrables, technologies réflexives, logs, etc.
  • 13.
    Plan 1. Inclinaisons théoriques 2.Éléments de réflexion sur sciences et numérique 3. Quelques propositions sur enseignement /recherche
  • 14.
    Concepts et inscriptions Lesconcepts scientifiques ont des inscriptions support • textes, diagrammes, tableaux, figures, etc. • le concept existe en acte du fait de la lecture de ses inscriptions support Une inscription supportant un concept est liée à d’autres inscriptions supportant d’autres concepts, mobilisées ou mobilisables dans un raisonnement ou un calcul • arrimage plus ou moins rigide des concepts entre eux
  • 15.
  • 16.
    Activité scientifique Travail intellectuelconsistant notamment à partager et à négocier les inscriptions de la science • forme, manière de les écrire, de les lire, de les lier entre elles, de les catégoriser, critères de solidité des arrimages, etc. • en fonction des besoins : expérimentations, démonstrations, publications, etc.
  • 17.
    Le numérique commetechnicisation et facilitation des processus de liaison entre inscriptions Construction explicite des liaisons et donc des arrimages • hypertexte, accès instantané, données ouvertes Découverte de liaisons et d’arrimages potentiels • recherche d’information, apprentissage, fouille, découverte Formalisation opérationnelle des liaisons en vue des arrimages • automatisation des processus de lecture, de calcul, de transformation, simulation
  • 18.
    « Concept numérisé » Objet duscientifique, de la discipline, dont on peut étudier • la matérialisation en inscriptions plus ou moins liées formellement • le ou les instruments qui en permettent l’appréhension • la diffusion entre individus et collectif, la circulation au sein des groupes, la négociation • l’évolution : apparition, stabilisation, intégration, disparition • …
  • 19.
    Matérialisations des concepts surécrans Surface d’appréhension des inscriptions numériques • texte, figures, tableaux, graphes, etc. Remarque : décalage • inscriptions-données • inscriptions-représentations
  • 20.
    Concepts au-delà del’ici et maintenant écranique Interaction • comme dépassement de la surface : exploration, construction, modification Incorporation • schèmes et non-immédiateté de l’appréhension Les concepts numérisés sont appréhendés et construits dans des pratiques instrumentées de manipulation : instruments numériques
  • 21.
    Tracer les pratiques scientifiques Observerles concepts numérisés et les instruments numériques associés • niveau individuel micro / méso • niveau collectif micro / méso / macro pour • faire de l’épistémologie ou de l’anthropologie de laboratoire « numériques » (DH) • construire des technologies réflexives à destination des chercheurs
  • 22.
    Traces pour une épistémologienumérique Mettre en évidence les pratiques numériques, les mutations induites par le numérique • liens savoirs / inscriptions • processus de construction des savoirs, de certification • notamment automatisation • processus de diffusion Construire la ou les epistémè associées
  • 23.
    Traces pour lestechnologies réflexives des scientifiques La trace de ses pratiques comme objet réflexif pour prendre conscience • de sa manière de produire de la science par les inscriptions • des processus et de leur degré d’automatisation • pouvoir valider ou ré-interroger les traitements automatiques, la délégation de traitement
  • 24.
    Traces pour lestechnologies réflexives des scientifiques (2) La trace comme élément de médiation permettant le partage de ses pratiques • pairs : science ouverte • public : médiation scientifique Questions d’éditorialisation Projet Episteme 
 (astrophysique, histoire)
  • 25.
    Plan 1. Inclinaisons théoriques 2.Éléments de réflexion sur sciences et numérique 3. Quelques propositions sur enseignement /recherche
  • 26.
    Recherche Favoriser la réflexivitésur les pratiques de travail intellectuel instrumenté • scientific digital literacy • fournir des technologies réflexives Étudier les pratiques numériques de la science comme travail intellectuel • objets et instruments numériques mobilisés • différences entre disciplines
  • 27.
    Liens recherche /monde Recherche <—> enseignement (en et hors université) • communautés de pairs étendues + recrutement
 vs compréhension + appui sur la recherche Recherche <—> public • communautés de pairs étendues vs compréhension Les inscriptions ouvertes permettent la liaison • open access, open educational ressources, open science, etc.
  • 28.
    Ingénierie (sociale) dela science ? « L’oeil de Dieu » (Pentland) appliqué au pratiques scientifiques" • voir la science en train de se faire à partir de ses traces" • qui ?" • intervenir" • à quel niveau ? comment ?" • gérer la mise en abîme
  • 29.
    Conclusion La science commetravail intellectuel et lecture / écriture : les inscriptions numériques portent les concepts scientifiques, tandis que les manipulations numériques portent les concepts en acte Les traces numériques peuvent contribuer à décrire une Epistémè numérique (en construction), mais aussi à fournir des technologies réflexives aux chercheurs Ces traces offrent des points de liaison supplémentaires au sein du monde scientifique et avec les différentes couches de la société L’ouverture permet de les transformer en point d’accroche et de poursuivre une mutation dans un sens potentiellement bénéfique
  • 30.
    Mutation numérique de l’informatique? Science en tant que travail intellectuel : mutation des pratiques comme tout le monde Accompagnement des mutations dans les sciences: adaptation des concepts, émergence de sous- disciplines (e.g. bio-informatique) Y-a-t’il des choses qui changent ? • Plus de réflexivité que les autres ? • Big data sur le big data ?
  • 31.
    Merci de votreattention