Stratégie et philosophie
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Le fou-rire de Parménide
L’être est, le non-être
n’est pas. Donc l’être est
immuable car pour
c h a n g e r, i l d e v r a i t
devenir ce qu’il n’est
p a s , c ’ e s t - à - d i r e
participer du non-être.!
Parménide place la
question du changement
au cœur et à l’origine de
la philosophie.
Des choses derrière les choses
Il y a des choses derrières les
choses.!
!
Connaître suppose de prendre
de la distance par rapport au
monde sensible (cf. le mythe de
la caverne).!
!
Connaître suppose de prendre
de la distance vis-à-vis du
mystère, de l’incompréhensible,
des forces occultes, de la
vision animiste du monde.
L’idéalisme platonicien
« J’ai rencontré un cheval,
je n’ai pas rencontré l’Idée
du cheval. »!
Aristote
«  Concentrons-nous sur les
problèmes [abstraits] en astronomie
comme en géométrie, et négligeons
les corps célestes si nous voulons
vraiment pénétrer l’astronomie.  »
Platon
Le réalisme au XVIIe siècle
Blaise Pascal démontre
par l’expérience que la
nature n’a pas « horreur
du vide », que la montée
du mercure dans le tube
est due à la pression
atmosphérique.!
La nature est connue à
partir de l’expérience
(réalisme) plutôt qu’à
partir d’une idée a priori
(« horreur du vide »).
Karl Popper et le problème de la démarcation
Un savoir est scientifique s’il
produit des prédictions réfutables
c’est-à-dire des prédictions qui
peuvent être mises en échec par la
réalité.!
Il existe des prédictions réfutables
et des prédictions non-réfutables.!
La réfutabilité lie la théorie à
l’observation.!
La démarcation entre savoir
scientifique et savoir non-
scientifique est nette.!
Le savoir scientifique est d’une
nature différente des autres
savoirs.
Tous les cygnes ne sont pas blancs
N o s c e r t i t u d e s n e
peuvent porter que sur
le faux. Il est possible de
prouver que l’affirmation
«  tous les cygnes sont
blancs  » est fausse par
l’observation d’un cygne
n o i r , m a i s i l e s t
impossible de prouver
que cette affirmation est
vraie même si l’on
n ’ o b s e r v e q u e d e s
cygnes blancs.
Conjecture et réfutation
Le scientifique doit élaborer des
conjectures, des «  hypothèses
hardies ».!
Il doit tenter de réfuter ces
hypothèses par des expériences
car seule la réfutation peut
a p p o r t e r l a c e r t i t u d e . L a
connaissance scientifique se
définit donc comme un ensemble
de conjectures non réfutées.!
En plaçant la réfutation – le fait –
au cœur de la connaissance, Karl
Popper signe le retour du réalisme
contre l’idéalisme kantien.
«  L’entendement
ne puise pas ses
lois dans la nature,
mais tente – en y
réussissant dans
des proportions
variables – de lui
prescrire des lois
l i b r e m e n t
inventées par lui. »!
Karl Popper
Les failles de la réfutation
Tout fait est observé dans le
cadre d’une théorie.!
Constater un fait suppose
toujours de postuler l’exactitude
de certaines théories. Il n’y a pas
de fait en soi.!
Les théories impliquées dans
l’élaboration du fait ne sont pas
f o r c é m e n t e x p l i c i t e s e t
conscientes.!
On ne peut donc pas savoir quelle
théorie est réfutée par un fait.!
La réfutation ne peut donc pas
rétablir, même de façon négative,
l’objectivité de la connaissance.
Évolution et révolution
L’histoire des sciences fait
apparaître une alternance de
périodes d’évolution (science
normale) et de périodes de
r é v o l u t i o n ( s c i e n c e
révolutionnaire).!
!
L’existence de polémiques
scientifiques montre que les
faits ne permettent pas
toujours de trancher entre les
théories. La polémique réfute
la réfutation.
Évolution et révolution
Le développement normal
se fait dans un cadre
donné et plus ou moins
explicite.!
!
La science révolutionnaire
correspond à une remise
en question de ce cadre.!
!
Le développement de la
science fait interagir des
faits et des cadres de
pensée.
Le paradigme : Thomas Kuhn
L e c a d r e d e
développement – nommé
p a r a d i g m e – e s t
irréfutable.  Le paradigme
e s t i r r é f u t a b l e p a r
décision méthodologique.!
!
Le paradigme conditionne
la lecture des faits, ce qui
est scandaleux du point
de vue de l’objectivité. On
change des faits avec des
p a r a d i g m e s p a s d e s
paradigmes avec des faits.
«  À cinq ans, ma marraine me
rapporta un accordéon de Moscou.
P e n d a n t p l u s i e u r s j o u r s ,
j’empoisonnai l’existence de ma
famille par mes exercices musicaux.
Par bonheur, je m’en lassai
rapidement. Je m’armai de ciseaux,
m’isolai et découpai l’instrument en
morceaux pour en percer le secret.
Mais il n’y avait rien à trouver. Ma
mère ne me punit pas pour avoir
détérioré un objet de valeur. Elle se
contenta de me dire des paroles qui
se gravèrent pour toujours dans ma
mémoire  : c’est avant tout dans
notre propre tête que les secrets
doivent être cherchés. »!
Alexandre Zinoviev!
Le paradigme : Thomas Kuhn
La polémique scientifique ne
s ’ e x p l i q u e q u e p a r l a
c o n c u r r e n c e e n t r e
paradigmes. Elle n’est donc
pas résolue par les faits.!
La science normale est le
développement du paradigme.
Elle développe un mécanisme
de défense – l’hypothèse ad
hoc – et encourt un risque
d’épuisement.!
La science révolutionnaire
r e n v e r s e l e p a r a d i g m e
dominant, profitant de son
épuisement.
« Si la science évolue, ce n’est
pas parce que les scientifiques
changent d’avis, c’est parce
que les vieux scientifiques
meurent avant les jeunes
scientifiques. »!
Max Planck
Neandertal ou Cro-Magnon ?
Le moins adapté a survécu. Pourquoi ?
Homme de Neandertal Homo sapiens
Le malheur d’être intelligent
« On dit que l’homme
intelligent s’adapte à
son environnement
et que l’imbécile
cherche à adapter
son environnement à
lui. La conclusion
que l’on peut tirer de
cela est que tous les
p r o g r è s d e
l’humanité a été faits
par des imbéciles. »!
Gracchus Cassar!
 
Lequel choisiriez-vous
comme gendre ?
Le jeu et le joueur
!
Zidane n’a jamais été
sélectionné dans l’équipe
de France de rugby. !
!
Les facteurs-clés de
succès ne sont pas les
mêmes pour tous les
métiers.!
!
La stratégie bas de bilan
consiste à développer
d e s a t o u t s s u r l e s
facteurs-clés de succès.
Qu’est-ce que la stratégie ?
La stratégie est le point de rencontre entre
la pensée et le réel.!
La stratégie est donc l’inverse de l’idéologie.
La Renaissance
La façon de connaître
le monde passe à la
Renaissance par une
rupture dans la façon
dont les hommes
q u e s t i o n n e n t l a
nature.!
1. La quantification du
réel (Galilée).!
2.La normalisation du
temps (Newton).!
3.L a v o l o n t é d e
maîtrise (Descartes).
La quantification du réel
Le passage de la qualité à la
quantité se fait par la mesure.!
La mesure donne accès à
l’objectivité (elle ne dépend pas
de celui qui effectue la
mesure).!
Ce passage de la qualité à la
q u a n t i t é n ’ e s t p a s u n
appauvrissement mais un
enrichissement.!
Une fois que la nature est
mesurée, représentée par des
nombres, on peut raisonner à
son sujet en utilisant les
mathématiques.
«  La philosophie est
écrite dans cet immense
livre qui se tient toujours
devant nos yeux, je veux
dire l’Univers, mais on ne
peut le comprendre si
l ’ o n n e s ’ a p p l i q u e
d’abord à en comprendre
la langue et à connaître
les caractères avec
lesquels il est écrit. Il est
écrit dans la langue
mathématique […] »!
Galileo Galilei, L’Essayeur!
  
Géocentrisme ou héliocentrisme ?
Isaac Newton!
1642 - 1727
Tycho Brahé!
1546 - 1601
Galileo Galilei
1564 - 1642
Johannes Kepler!
1571 - 1630
Nicolas Copernic!
1473 - 1543
«  Les grandes personnes
aiment les chiffres. Quand vous
leur parlez d’un nouvel ami,
elles ne vous questionnent
jamais sur l’essentiel. Elles ne
vous disent jamais : « Quel est
le son de sa voix  ? Quels sont
les jeux qu’il préfère  ? Est-ce
q u ’ i l c o l l e c t i o n n e l e s
papillons  ?  » Elles vous
demandent : « Quel âge a-t-il ?
Combien a-t-il de frères  ?
Combien pèse-t-il  ? Combien
gagne son père  ?  » Alors
seulement elles croient le
connaître. »!
Antoine de Saint-Exupéry, Le
Petit Prince
La normalisation du temps
Il existe un temps universel,
e x t é r i e u r a u x p h é n o m è n e s ,
identique partout et s’écoulant
uniformément.!
Le temps métaphysique est plus
r é e l q u e l e t e m p s
phénoménologique. On ne peut pas
se fier à la sensation du temps.!
Le temps est connu par la mesure.!
La mesure du temps (la montre)
sert à recaler le temps ressenti sur
le « vrai » temps, le temps mesuré.!
Le temps est un cadre dans lequel
s’inscrivent les phénomènes.
La volonté de maîtrise
La connaissance sert à mettre la
nature au service de l’homme.!
La connaissance permet de percer
en partie les ténèbres de l’avenir,
de rendre le monde moins
imprévisible.!
La réduction de l’imprévisible
débouche sur une possibilité
d’éclairer les décisions par la
connaissance.!
La connaissance permet de mettre
la nature au service de l’homme
de façon efficace.!
L’humanisme se définit comme
une volonté de donner plus de
valeur à l’homme qu’à la nature.!
 
Les trois questions de Kant
• Épistémologie :
Q u e p u i s - j e
connaître ?!
• M o r a l e : Q u e
dois-je faire ?!
• Métaphysique :
Q u e m ’ e s t - i l
p e r m i s
d’espérer ?
La modernité : Kant contre Platon
En séparant le bien et le
vrai, Kant s’oppose à la
tradition philosophique, à
Platon en particulier. Il
définit la modernité.!
La philosophie morale
devient une partie de la
philosophie indépendante
de la connaissance.!
«  Agis de telle sorte que la
maxime de ton action puisse
ê t r e é r i g é e e n l o i
universelle. »
Stratégie et utilitarisme
La modernité kantienne
permet de définir la
stratégie comme une
d i s c i p l i n e o ù
l’utilitariste rejoint la
philosophe : ça marche
ou ça ne marche pas.!
Ce regard sur le monde
est différent du regard
moral : c’est bien ou ce
n’est pas bien.
Les marchés sont persuadés que nous préparons un
plan social de 15000 personnes et nous ne pouvons
absolument pas nous permettre de les décevoir. Or nous
ne sommes que 14000 : il va donc falloir embaucher.
Le rôle de la
morale dans la
stratégie
L’épitaphe de Kant : « Le ciel étoilé au-dessus de moi
et la loi morale en moi. »!
La morale appartient aux individus, pas aux systèmes.
C’est une volonté qui surplombe la stratégie. Seule la
volonté de l’individu peut l’inciter à suivre la loi morale.!
« Je dois parce que je dois », dit Kant. La morale n’a
pas de source extérieure.
«  P o u r n o t r e
entreprise, cette
question soulève un
g r a v e p r o b l è m e
é t h i q u e e t u n
p r o b l è m e
é c o n o m i q u e . S i
personne n’y voit
d ’ i n c o n v é n i e n t ,
passons directement
a u p r o b l è m e
économique. »
Valeur ajoutée et valeur stratégique
La rémunération dans la chaîne de valeur
ajoutée n’est pas juste, elle dépend de la
détention d’une valeur stratégique
(théorie de la valeur d’échange). !
Les composantes du rapport de forces
dans la chaîne de valeur ajoutée :!
1. La concentration relative des
secteurs,!
2. La détention d’actifs spécifiques
(brevets, savoir-faire rares, qualité
liée, etc.),!
3. La détention d’une marque,!
4. Le coût de transfert (vers un autre
client ou un autre fournisseur).
- Pour parler franchement : non, mes amis et moi ne
sommes pas intéressés par une solution négociée.
Humanisme et
maîtrise
L’humanisme défini au XVIIIe siècle se fonde
sur les idées suivantes :!
•L’absolutisme de la raison,!
•La volonté de maîtrise,!
•La transcendance de la valeur humaine par
rapport à la nature.
«  […] il est possible de parvenir à des
connaissances qui soient fort utiles à la vie, et
qu'au lieu de cette philosophie spéculative,
qu'on enseigne dans les écoles, on peut en
trouver une pratique, par laquelle connaissant
la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air,
des astres, des cieux et de tous les autres
c o r p s q u i n o u s e n v i r o n n e n t , a u s s i
distinctement que nous connaissons les
divers métiers de nos artisans, nous les
pourrions employer en même façon à tous les
usages auxquels ils sont propres et ainsi nous
rendre comme maîtres et possesseurs de la
nature. Ce qui n'est pas seulement à désirer
pour l'invention d'une infinité d'artifices, qui
feraient qu'on jouirait, sans aucune peine, des
fruits de la terre et de toutes les commodités
qui s'y trouvent, mais principalement aussi
pour la conservation de la santé, laquelle est
sans doute le premier bien et le fondement de
tous les autres biens de cette vie. »!
Descartes, Discours de la méthode
Le tremblement de terre de Lisbonne
Le 1er
novembre 1755, le tremblement de terre de Lisbonne
fait de 50 000 à 100 000 victimes.!
Pour les philosophes de l’époque, cet événement montre que
la nature est mauvaise et qu’il faut s’en extraire ou protéger.!
Aujourd’hui, face à un tel événement, nous pensons que
l’homme est coupable car imprudent.
Complexité et limites
La science du XXe siècle a
apporté la notion de limite
de la connaissance :!
•Théorie du chaos : un
monde déterministe et
imprévisible,!
•Relativité de la mesure du
temps,!
•Physique quantique et le
t r i p l e n o n : 1 ) n o n
déterminisme, 2) non
localité, 3) non identité.
La décision est incertaine
L e s m é t h o d e s q u i
prétendent ramener la
décision à un calcul ne
font que masquer l’aspect
subjectif de la décision.!
La décision oblige à
comparer ce qui n’est pas
comparable.!
Les matrices de décision
sont construites avec des
coefficients qui font
intervenir la subjectivité.
La théorie standard de la décision
Il existe une
m e i l l e u r e
d é c i s i o n e t
cette décision
est calculable à
p a r t i r d e s
m a t r i c e s d e
décision.!
 
Je serai bref.
Les postulats de la théorie standard
Ce qui va arriver dépend de la
décision prise.!
L’ensemble des données pertinentes
pour évaluer la situation peut être
complètement connu.!
Le critère d’optimisation des
conséquences de chaque choix peut
être défini selon une dimension
unique.!
Les scénarios d’avenir peuvent être
probabilisés.!
L a s u b j e c t i v i t é d u d é c i d e u r
n’intervient pas dans l’évaluation
c h i f f r é e d e s a v a n t a g e s e t
i n c o n v é n i e n t s d e s d i f f é r e n t s
scénarios.
- J’ai un problème, Daphné : trouvez immédiatement
une solution et apportez-la moi dans mon bureau.
Le paradoxe de la stratégie
Le paradoxe de la stratégie
selon Edward Luttwak : la
meilleure solution peut
être la plus mauvaise car
elle est attendue et suscite
la résistance, la moins
bonne solution peut être la
meilleure car elle n’est pas
attendue.!
La philosophie commence
avec le paradoxe : para
doxa, renversement de la
doctrine.
Réconcilier la pensée et l’action
La philosophie peut se
définir comme l’art de
penser sa vie et de
vivre sa pensée.!
La stratégie est un
effort de pensée pour
mettre de la pensée
dans l’action. Elle
apparaît donc comme
une branche de la
philosophie.
Réconcilier le présent et l’avenir
L’homme est le seul animal
à savoir qu’il va mourir.
D’où : la morale, la religion
et la stratégie.!
Les trois questions de Kant
(« Que puis-je connaître ? »,
«  Que dois-je faire ?  »,
«  Que m’est-il permis
d’espérer ? ») renvoient à la
réconciliation entre présent
et avenir.

Strategie et-philosophie

  • 1.
  • 3.
    Le fou-rire deParménide L’être est, le non-être n’est pas. Donc l’être est immuable car pour c h a n g e r, i l d e v r a i t devenir ce qu’il n’est p a s , c ’ e s t - à - d i r e participer du non-être.! Parménide place la question du changement au cœur et à l’origine de la philosophie.
  • 4.
    Des choses derrièreles choses Il y a des choses derrières les choses.! ! Connaître suppose de prendre de la distance par rapport au monde sensible (cf. le mythe de la caverne).! ! Connaître suppose de prendre de la distance vis-à-vis du mystère, de l’incompréhensible, des forces occultes, de la vision animiste du monde.
  • 5.
    L’idéalisme platonicien « J’ai rencontréun cheval, je n’ai pas rencontré l’Idée du cheval. »! Aristote «  Concentrons-nous sur les problèmes [abstraits] en astronomie comme en géométrie, et négligeons les corps célestes si nous voulons vraiment pénétrer l’astronomie.  » Platon
  • 7.
    Le réalisme auXVIIe siècle Blaise Pascal démontre par l’expérience que la nature n’a pas « horreur du vide », que la montée du mercure dans le tube est due à la pression atmosphérique.! La nature est connue à partir de l’expérience (réalisme) plutôt qu’à partir d’une idée a priori (« horreur du vide »).
  • 8.
    Karl Popper etle problème de la démarcation Un savoir est scientifique s’il produit des prédictions réfutables c’est-à-dire des prédictions qui peuvent être mises en échec par la réalité.! Il existe des prédictions réfutables et des prédictions non-réfutables.! La réfutabilité lie la théorie à l’observation.! La démarcation entre savoir scientifique et savoir non- scientifique est nette.! Le savoir scientifique est d’une nature différente des autres savoirs.
  • 9.
    Tous les cygnesne sont pas blancs N o s c e r t i t u d e s n e peuvent porter que sur le faux. Il est possible de prouver que l’affirmation «  tous les cygnes sont blancs  » est fausse par l’observation d’un cygne n o i r , m a i s i l e s t impossible de prouver que cette affirmation est vraie même si l’on n ’ o b s e r v e q u e d e s cygnes blancs.
  • 10.
    Conjecture et réfutation Lescientifique doit élaborer des conjectures, des «  hypothèses hardies ».! Il doit tenter de réfuter ces hypothèses par des expériences car seule la réfutation peut a p p o r t e r l a c e r t i t u d e . L a connaissance scientifique se définit donc comme un ensemble de conjectures non réfutées.! En plaçant la réfutation – le fait – au cœur de la connaissance, Karl Popper signe le retour du réalisme contre l’idéalisme kantien.
  • 12.
    «  L’entendement ne puisepas ses lois dans la nature, mais tente – en y réussissant dans des proportions variables – de lui prescrire des lois l i b r e m e n t inventées par lui. »! Karl Popper
  • 13.
    Les failles dela réfutation Tout fait est observé dans le cadre d’une théorie.! Constater un fait suppose toujours de postuler l’exactitude de certaines théories. Il n’y a pas de fait en soi.! Les théories impliquées dans l’élaboration du fait ne sont pas f o r c é m e n t e x p l i c i t e s e t conscientes.! On ne peut donc pas savoir quelle théorie est réfutée par un fait.! La réfutation ne peut donc pas rétablir, même de façon négative, l’objectivité de la connaissance.
  • 14.
    Évolution et révolution L’histoiredes sciences fait apparaître une alternance de périodes d’évolution (science normale) et de périodes de r é v o l u t i o n ( s c i e n c e révolutionnaire).! ! L’existence de polémiques scientifiques montre que les faits ne permettent pas toujours de trancher entre les théories. La polémique réfute la réfutation.
  • 15.
    Évolution et révolution Ledéveloppement normal se fait dans un cadre donné et plus ou moins explicite.! ! La science révolutionnaire correspond à une remise en question de ce cadre.! ! Le développement de la science fait interagir des faits et des cadres de pensée.
  • 16.
    Le paradigme :Thomas Kuhn L e c a d r e d e développement – nommé p a r a d i g m e – e s t irréfutable.  Le paradigme e s t i r r é f u t a b l e p a r décision méthodologique.! ! Le paradigme conditionne la lecture des faits, ce qui est scandaleux du point de vue de l’objectivité. On change des faits avec des p a r a d i g m e s p a s d e s paradigmes avec des faits.
  • 17.
    «  À cinqans, ma marraine me rapporta un accordéon de Moscou. P e n d a n t p l u s i e u r s j o u r s , j’empoisonnai l’existence de ma famille par mes exercices musicaux. Par bonheur, je m’en lassai rapidement. Je m’armai de ciseaux, m’isolai et découpai l’instrument en morceaux pour en percer le secret. Mais il n’y avait rien à trouver. Ma mère ne me punit pas pour avoir détérioré un objet de valeur. Elle se contenta de me dire des paroles qui se gravèrent pour toujours dans ma mémoire  : c’est avant tout dans notre propre tête que les secrets doivent être cherchés. »! Alexandre Zinoviev!
  • 18.
    Le paradigme :Thomas Kuhn La polémique scientifique ne s ’ e x p l i q u e q u e p a r l a c o n c u r r e n c e e n t r e paradigmes. Elle n’est donc pas résolue par les faits.! La science normale est le développement du paradigme. Elle développe un mécanisme de défense – l’hypothèse ad hoc – et encourt un risque d’épuisement.! La science révolutionnaire r e n v e r s e l e p a r a d i g m e dominant, profitant de son épuisement.
  • 19.
    « Si la scienceévolue, ce n’est pas parce que les scientifiques changent d’avis, c’est parce que les vieux scientifiques meurent avant les jeunes scientifiques. »! Max Planck
  • 20.
    Neandertal ou Cro-Magnon? Le moins adapté a survécu. Pourquoi ? Homme de Neandertal Homo sapiens
  • 21.
    Le malheur d’êtreintelligent « On dit que l’homme intelligent s’adapte à son environnement et que l’imbécile cherche à adapter son environnement à lui. La conclusion que l’on peut tirer de cela est que tous les p r o g r è s d e l’humanité a été faits par des imbéciles. »! Gracchus Cassar!   Lequel choisiriez-vous comme gendre ?
  • 23.
    Le jeu etle joueur ! Zidane n’a jamais été sélectionné dans l’équipe de France de rugby. ! ! Les facteurs-clés de succès ne sont pas les mêmes pour tous les métiers.! ! La stratégie bas de bilan consiste à développer d e s a t o u t s s u r l e s facteurs-clés de succès.
  • 24.
    Qu’est-ce que lastratégie ? La stratégie est le point de rencontre entre la pensée et le réel.! La stratégie est donc l’inverse de l’idéologie.
  • 26.
    La Renaissance La façonde connaître le monde passe à la Renaissance par une rupture dans la façon dont les hommes q u e s t i o n n e n t l a nature.! 1. La quantification du réel (Galilée).! 2.La normalisation du temps (Newton).! 3.L a v o l o n t é d e maîtrise (Descartes).
  • 27.
    La quantification duréel Le passage de la qualité à la quantité se fait par la mesure.! La mesure donne accès à l’objectivité (elle ne dépend pas de celui qui effectue la mesure).! Ce passage de la qualité à la q u a n t i t é n ’ e s t p a s u n appauvrissement mais un enrichissement.! Une fois que la nature est mesurée, représentée par des nombres, on peut raisonner à son sujet en utilisant les mathématiques.
  • 28.
    «  La philosophieest écrite dans cet immense livre qui se tient toujours devant nos yeux, je veux dire l’Univers, mais on ne peut le comprendre si l ’ o n n e s ’ a p p l i q u e d’abord à en comprendre la langue et à connaître les caractères avec lesquels il est écrit. Il est écrit dans la langue mathématique […] »! Galileo Galilei, L’Essayeur!   
  • 29.
    Géocentrisme ou héliocentrisme? Isaac Newton! 1642 - 1727 Tycho Brahé! 1546 - 1601 Galileo Galilei 1564 - 1642 Johannes Kepler! 1571 - 1630 Nicolas Copernic! 1473 - 1543
  • 30.
    «  Les grandespersonnes aiment les chiffres. Quand vous leur parlez d’un nouvel ami, elles ne vous questionnent jamais sur l’essentiel. Elles ne vous disent jamais : « Quel est le son de sa voix  ? Quels sont les jeux qu’il préfère  ? Est-ce q u ’ i l c o l l e c t i o n n e l e s papillons  ?  » Elles vous demandent : « Quel âge a-t-il ? Combien a-t-il de frères  ? Combien pèse-t-il  ? Combien gagne son père  ?  » Alors seulement elles croient le connaître. »! Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince
  • 31.
    La normalisation dutemps Il existe un temps universel, e x t é r i e u r a u x p h é n o m è n e s , identique partout et s’écoulant uniformément.! Le temps métaphysique est plus r é e l q u e l e t e m p s phénoménologique. On ne peut pas se fier à la sensation du temps.! Le temps est connu par la mesure.! La mesure du temps (la montre) sert à recaler le temps ressenti sur le « vrai » temps, le temps mesuré.! Le temps est un cadre dans lequel s’inscrivent les phénomènes.
  • 32.
    La volonté demaîtrise La connaissance sert à mettre la nature au service de l’homme.! La connaissance permet de percer en partie les ténèbres de l’avenir, de rendre le monde moins imprévisible.! La réduction de l’imprévisible débouche sur une possibilité d’éclairer les décisions par la connaissance.! La connaissance permet de mettre la nature au service de l’homme de façon efficace.! L’humanisme se définit comme une volonté de donner plus de valeur à l’homme qu’à la nature.!  
  • 34.
    Les trois questionsde Kant • Épistémologie : Q u e p u i s - j e connaître ?! • M o r a l e : Q u e dois-je faire ?! • Métaphysique : Q u e m ’ e s t - i l p e r m i s d’espérer ?
  • 35.
    La modernité :Kant contre Platon En séparant le bien et le vrai, Kant s’oppose à la tradition philosophique, à Platon en particulier. Il définit la modernité.! La philosophie morale devient une partie de la philosophie indépendante de la connaissance.! «  Agis de telle sorte que la maxime de ton action puisse ê t r e é r i g é e e n l o i universelle. »
  • 36.
    Stratégie et utilitarisme Lamodernité kantienne permet de définir la stratégie comme une d i s c i p l i n e o ù l’utilitariste rejoint la philosophe : ça marche ou ça ne marche pas.! Ce regard sur le monde est différent du regard moral : c’est bien ou ce n’est pas bien.
  • 37.
    Les marchés sontpersuadés que nous préparons un plan social de 15000 personnes et nous ne pouvons absolument pas nous permettre de les décevoir. Or nous ne sommes que 14000 : il va donc falloir embaucher.
  • 38.
    Le rôle dela morale dans la stratégie L’épitaphe de Kant : « Le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi. »! La morale appartient aux individus, pas aux systèmes. C’est une volonté qui surplombe la stratégie. Seule la volonté de l’individu peut l’inciter à suivre la loi morale.! « Je dois parce que je dois », dit Kant. La morale n’a pas de source extérieure.
  • 39.
    «  P ou r n o t r e entreprise, cette question soulève un g r a v e p r o b l è m e é t h i q u e e t u n p r o b l è m e é c o n o m i q u e . S i personne n’y voit d ’ i n c o n v é n i e n t , passons directement a u p r o b l è m e économique. »
  • 40.
    Valeur ajoutée etvaleur stratégique La rémunération dans la chaîne de valeur ajoutée n’est pas juste, elle dépend de la détention d’une valeur stratégique (théorie de la valeur d’échange). ! Les composantes du rapport de forces dans la chaîne de valeur ajoutée :! 1. La concentration relative des secteurs,! 2. La détention d’actifs spécifiques (brevets, savoir-faire rares, qualité liée, etc.),! 3. La détention d’une marque,! 4. Le coût de transfert (vers un autre client ou un autre fournisseur).
  • 41.
    - Pour parlerfranchement : non, mes amis et moi ne sommes pas intéressés par une solution négociée.
  • 42.
    Humanisme et maîtrise L’humanisme définiau XVIIIe siècle se fonde sur les idées suivantes :! •L’absolutisme de la raison,! •La volonté de maîtrise,! •La transcendance de la valeur humaine par rapport à la nature.
  • 43.
    «  […] ilest possible de parvenir à des connaissances qui soient fort utiles à la vie, et qu'au lieu de cette philosophie spéculative, qu'on enseigne dans les écoles, on peut en trouver une pratique, par laquelle connaissant la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des cieux et de tous les autres c o r p s q u i n o u s e n v i r o n n e n t , a u s s i distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. Ce qui n'est pas seulement à désirer pour l'invention d'une infinité d'artifices, qui feraient qu'on jouirait, sans aucune peine, des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s'y trouvent, mais principalement aussi pour la conservation de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fondement de tous les autres biens de cette vie. »! Descartes, Discours de la méthode
  • 44.
    Le tremblement deterre de Lisbonne Le 1er novembre 1755, le tremblement de terre de Lisbonne fait de 50 000 à 100 000 victimes.! Pour les philosophes de l’époque, cet événement montre que la nature est mauvaise et qu’il faut s’en extraire ou protéger.! Aujourd’hui, face à un tel événement, nous pensons que l’homme est coupable car imprudent.
  • 45.
    Complexité et limites Lascience du XXe siècle a apporté la notion de limite de la connaissance :! •Théorie du chaos : un monde déterministe et imprévisible,! •Relativité de la mesure du temps,! •Physique quantique et le t r i p l e n o n : 1 ) n o n déterminisme, 2) non localité, 3) non identité.
  • 46.
    La décision estincertaine L e s m é t h o d e s q u i prétendent ramener la décision à un calcul ne font que masquer l’aspect subjectif de la décision.! La décision oblige à comparer ce qui n’est pas comparable.! Les matrices de décision sont construites avec des coefficients qui font intervenir la subjectivité.
  • 48.
    La théorie standardde la décision Il existe une m e i l l e u r e d é c i s i o n e t cette décision est calculable à p a r t i r d e s m a t r i c e s d e décision.!  
  • 49.
  • 50.
    Les postulats dela théorie standard Ce qui va arriver dépend de la décision prise.! L’ensemble des données pertinentes pour évaluer la situation peut être complètement connu.! Le critère d’optimisation des conséquences de chaque choix peut être défini selon une dimension unique.! Les scénarios d’avenir peuvent être probabilisés.! L a s u b j e c t i v i t é d u d é c i d e u r n’intervient pas dans l’évaluation c h i f f r é e d e s a v a n t a g e s e t i n c o n v é n i e n t s d e s d i f f é r e n t s scénarios.
  • 51.
    - J’ai unproblème, Daphné : trouvez immédiatement une solution et apportez-la moi dans mon bureau.
  • 52.
    Le paradoxe dela stratégie Le paradoxe de la stratégie selon Edward Luttwak : la meilleure solution peut être la plus mauvaise car elle est attendue et suscite la résistance, la moins bonne solution peut être la meilleure car elle n’est pas attendue.! La philosophie commence avec le paradoxe : para doxa, renversement de la doctrine.
  • 53.
    Réconcilier la penséeet l’action La philosophie peut se définir comme l’art de penser sa vie et de vivre sa pensée.! La stratégie est un effort de pensée pour mettre de la pensée dans l’action. Elle apparaît donc comme une branche de la philosophie.
  • 54.
    Réconcilier le présentet l’avenir L’homme est le seul animal à savoir qu’il va mourir. D’où : la morale, la religion et la stratégie.! Les trois questions de Kant (« Que puis-je connaître ? », «  Que dois-je faire ?  », «  Que m’est-il permis d’espérer ? ») renvoient à la réconciliation entre présent et avenir.