De la stratégie militaire à la
stratégie d’entreprise
Bruno Jarrosson
http://www.bruno-jarrosson.com/strategie-militaire-strategie-dentreprise/!
www.bruno-jarrosson.com
«  Comme la vue d’un
p o r t a i t s u g g è r e à
l’observateur l’impression
d’une destinée, ainsi la
carte de la France révèle
notre fortune. » !
!
«  Où qu’elle passe, la
f r o n t i è r e f r a n c o -
allemande est la lèvre
d’une blessure. D’où qu’il
souffle, le vent qui la
balaie est gonflé d’arrière-
pensées. »!
Charles de Gaulle, Vers
l’armée de métier
Sun Tsu
• «  Celui qui excelle à résoudre
les difficultés les résout avant
qu’elles ne surgissent. Celui qui
excelle à vaincre ses ennemis
triomphe avant que les menaces
de ceux-ci ne se concrétisent. »!
• « La meilleure stratégie est celle
qui permet d’atteindre ses
objectifs sans avoir à se
battre. »!
• « La règle, c'est que le Général
qui triomphe est celui qui est le
mieux informé. »!
• « Tout l'art de la guerre est basé
sur la duperie. »
Karl Von Clausewitz
• «  La guerre est la
p o u r s u i t e d e l a
politique par d’autres
moyens. »!
• «  Quand la supériorité
a b s o l u e n ' e s t p a s
possible, vous devez
r a s s e m b l e r v o s
ressources pour obtenir
la supériorité relative au
point décisif. »
Premier postulat : l’information
5 juin 1942 : l’aviation
américaine coule quatre
porte-avions japonais à
Midway.!
!
« Une armée sans agents
secrets est exactement
comme un homme sans
yeux ni oreilles. »!
Sun Tsu Amiral Chester Nimitz
Deuxième postulat : la liberté de
manœuvre
« Pressé fortement
sur ma droite, mon
c e n t r e c è d e ,
impossible de me
mouvoir, situation
e x c e l l e n t e ,
j’attaque. »
La liberté de manœuvre
« Le 17 juin à 9 heures du matin, je
m’envolai, avec le général Spears et
le lieutenant de Courcel sur l’avion
britannique qui m’avait transporté la
veille. Le départ eu lieu sans
romantisme et sans difficulté. »!
Mémoires de guerre, L’Appel
De Gaulle lance l’appel du 18 juin depuis Londres parce
qu’il est le seul membre du gouvernement français à
Londres ce jours-là. Et il est à Londres parce que, par-
dessus tout, il a voulu préserver sa liberté de manœuvre,
contrairement à Georges Mandel ou Édouard Daladier.
18 juin 1940
• P o u r q u o i d e
Gaulle était-il à
Londres le 18 juin
1940 ?
• Pourquoi Daladier
et Mandel n’y
étaient-ils pas
alors qu’ils étaient
o p p o s é s à
l’armistice ?
Troisième postulat : concentration des
efforts
« La meilleure stratégie est
toujours d'être très fort :
très fort en général, et très
fort au point décisif. »!
!
«  La concentration des
forces doit être considérée
comme la norme, et toute
division conçue comme
une exception qui a besoin
d ' ê t r e j u s t i f i é e .  »
Clausewitz Austerlitz : 2 décembre 1805
Transcription de ces principes
• Information : veille
concurrentielle. Est-ce
la clé de la stratégie ?!
• Liberté de manœuvre :
stratégie de haut de
bilan et focalisation du
bas de bilan.!
• Concentration des
e f f o r t s : e f f e t s
d’échelle (cf. BCG).
11
Les cinq stratégies gagnantes de la Seconde
Guerre mondiale
1. Stratégie indirecte : le débarquement en Afrique du Nord, 8
novembre 1942!
2. Stratégie réaliste (plutôt qu’idéaliste) : la victoire de
Stalingrad, 31 janvier 1943!
3. Stratégie de moindre attente : la percée des Ardennes, 10 mai
1940!
4. Stratégie de moindre résistance : le débarquement en
Normandie, 6 juin 1944!
5. Se donner des objectifs larges : la prise de Berlin, 30 avril 1945
14
Stratégie
indirecte
Réalisme vs
idéalisme
Moindre!
attente
Moindre!
résistance
Objectifs!
larges
Churchill Oui Oui Oui Oui Non
Hitler Oui Non Oui Oui Non
Roosevelt Non Oui Non Non Non
Staline Non Oui Non Non Oui
Cinq stratégies - quatre
stratèges
Une guerre réaliste
«  Aussi, le 23 octobre, déclarai-je à la radio  : "  Il est absolument
normal et absolument justifié que les Allemands soient tués par les
Français. Si les Allemands ne voulaient pas recevoir la mort de nos
mains, ils n’avaient qu’à rester chez eux… Mais il y a une tactique à
la guerre… Actuellement, la consigne que je donne pour le territoire
occupé, c’est de ne pas y tuer ouvertement d’Allemands. Cela, pour
une seule raison  : c’est qu’il est, en ce moment, trop facile à
l’ennemi de riposter par le massacre de nos combattants
momentanément désarmés. Au contraire, dès que nous serons en
mesure de passer à l’attaque, les ordres voulus seront donnés. " »!
Mémoires de guerre, L’Appel!
Aux différents moments de ses choix cruciaux, de Gaulle eut
toujours à cœur de privilégier le long terme sur le court terme,
l’intérêt général sur l’intérêt particulier, la stratégie sur le contrat.
16
Roosevelt et Alice au pays des merveilles

« À vrai dire, les intentions du Président me paraissaient du même ordre
que les rêves d’Alice au pays des merveilles. Roosevelt avait risqué déjà
en Afrique du Nord, dans des conditions beaucoup plus favorables à ses
desseins, une entreprise politique analogue à celle qu’il méditait pour la
France. Or, de cette tentative, il ne restait rien. Mon gouvernement exerçait
en Corse, en Algérie, au Maroc, en Tunisie, en Afrique noire, une autorité
sans entraves. […] Les Alliés ne rencontreraient en France d’autres
ministres et d’autres fonctionnaires que ceux que j’aurais instaurés. Ils
n’y trouveraient d’autres troupes françaises que celles dont j’étais le chef.
Sans aucune outrecuidance, je pouvais défier le général Eisenhower d’y
traiter valablement avec quelqu’un que je n’aurais pas désigné. »!
Mémoires de guerre, L’Unité
Dans cette affaire, de Gaulle fait preuve d’un discernement
exceptionnel. Le discernement en l’occurrence consiste à se
concentrer sur les sujets stratégiques et surtout à ne pas s’occuper
de faux sujets. Beaucoup d’autres à sa place auraient consacré
l’essentiel de leur énergie à essayer de faire changer d’avis les
Américains. Sans succès bien sûr. Faire cela, c’eût été s’affaiblir. Le
chef ne discute pas de sa légitimité sans la rendre douteuse.
Influence et réalisme
Idéologue
Lucide
Stratège
Irresponsable
Influent
Non influent
Irréaliste Réaliste
Roosevelt
Churchill
Hitler
Staline
Qu’est-ce que la stratégie ?
La stratégie est le point de rencontre entre
la pensée et le réel.!
La stratégie est donc l’inverse de l’idéologie.
Influence et
réalisme
!
• L’idéologie est l’inverse de la stratégie.!
• La stratégie se fonde sur la lucidité (perception
des enjeux du réel) et sur la responsabilité.!
• La vision n’est pas la source de la stratégie.
Intelligence et courage
Incompétent
Séducteur
Décideur
Bureaucrate
Courageux
Peu courageux
Peu intelligent Intelligent
Churchill
Staline
Hitler
Roosevelt
Voir loin
« Je crois que la Russie entrera dans la guerre avant
l’Amérique, mais qu’elles y entreront l’une et l’autre.
Avez-vous lu Mein Kampf ? Hitler pense à l’Ukraine. Il
ne résistera pas à l’envie de régler le sort de la
Russie, et ce sera le commencement de sa perte.
[…] Si Hitler avait dû venir à Londres, il y serait déjà.
Maintenant, la bataille d’Angleterre ne se livrera plus
que dans les airs, et j’espère que quelques aviateurs
français y prendront part. […] En somme, la guerre
est un problème terrible, mais résolu. Il reste à
ramener toute la France du bon côté. »!
Jean Lacouture, De Gaulle, 1. Le Rebelle, Seuil, 1984,
p. 392.
Le visionnaire discerne que l’avenir, même s’il n’est pas
connu, doit parler à nos décisions du présent ; il sait qu’à
tout moment le décideur rend des comptes à celui qu’il sera
et qu’il ne connaît pas encore.
Intelligence et
courage
• Les deux qualités clés du décideur sont le courage
(vertu stoïcienne) et l’intelligence stratégique.!
• Le courage sans intelligence fait plus de dégâts
que l’intelligence sans courage.!
• Les trois lignes de fuite du stratège sont :
l’incompétence, la séduction et la bureaucratie.
Un point commun : la décision
• La problématique de la
décision est commune
au chef militaire et au
d i r i g e a n t d ’ u n e
organisation.!
!
«  Pour prendre une
décision, il faut toujours
être un nombre impair et
jamais plus de deux. »!
Anatole France
La décision n’a pas d’inverse
Il est impossible de ne
pas décider. L’inverse
d’une décision est une
décision.!
!
N u l n ’ é c h a p p e à l a
décision.!
!
Avant que nous prenions
des décisions, c’est la
décision qui nous prend.
Dans votre dernier roman, il apparaît nettement que vous
êtes un inquiet et un angoissé. Expliquez-nous cela…
La décision est incertaine
L e s m é t h o d e s q u i
prétendent ramener la
décision à un calcul ne
font que masquer l’aspect
subjectif de la décision.!
La décision oblige à
comparer ce qui n’est pas
comparable.!
Les matrices de décision
sont construites avec des
coefficients qui font
intervenir la subjectivité.
La décision a un très fort enjeu
Il existe des décisions
meilleures que d’autres.!
Tout l’avenir dépend du
présent.!
Savoir «  bien  » décider
est une des choses les
plus importantes qui soit.!
La volonté est plus forte
q u e l a c h a n c e
(prééminence du locus
interne sur le locus
externe).
Les trois ingrédients de la décision
Solitude!
Incertitude!
Enjeu
!
Challenger!
28 janvier 1986
Les lignes de fuite du non décideur
1. Faire changer
d ’ é p a u l e a u
singe!
2. L’information
infinie !
3. Le gourou (qui
peut se gourer)!
4. Le découpage
de la décision
33
Kennedy et la Baie des Cochons
Après le désastre de la
Baie des cochons le 17
avril 1961, Kennedy a
réuni son équipe et lui a
dit :!
!
«  Cette opération a été
un désastre et vous me
l’avez tous conseillée.
J e s u i s d o n c
e n t i è r e m e n t
responsable, je n’avais
qu’à pas vous écouter. »
Cuba : 24 octobre 1962
«  Je n’accepte pas
que la seule option
s o i t l a g u e r r e
atomique. »!
John Kennedy
Première différence : destruction ou
production de valeur ?
• La stratégie militaire a pour
objectif la soumission de
l’ennemi par sa destruction
partielle : c’est un jeu à
somme négative.!
• La stratégie d’entreprise vise
à la conquête d’un client par
la création de valeur : c’est
un jeu à somme positive. On
ne vise pas la destruction du
concurrent.
Le doux commerce
« Le commerce guérit les
préjugés destructeurs ;
et c'est presque une
r è g l e g é n é r a l e q u e
partout où il y a des
mœurs douces, il y a du
commerce ; et partout où
il y a du commerce, il y a
des mœurs douces. »!
Montesquieu
Deuxième différence : la coopération
• L a s t r a t é g i e d a n s
l’univers économique
suppose de coopérer
e n t r o u v a n t l e s
convergences d’intérêts
et en minimisant les
divergences d’intérêts.!
• La stratégie militaire se
c o n s t r u i t s u r l a
divergence d’intérêts.
Le dilemme du prisonnier
A coopère A trahit
B coopère 3!
3
5!
0
B trahit 0!
5
1!
1
Première Guerre mondiale : vivre et laisser
vivre
La coopération est un investissement, elle
consiste à maximiser ses gains à long terme
en minimisant ses gains à court terme.!
La coopération, à long terme, est la position
qui maximise les gains (cf. dilemme du
prisonnier itératif).!
La coopération n’est pas fondée sur
l’altruisme mais sur l’égoïsme.!
Les groupes qui pratiquent la coopération
en tirent suffisamment d’avantages pour que
la coopération s’étende et devienne la règle
la plus générale des sociétés humaines.!
Les groupes qui pratiquent la coopération
sont vulnérables aux attaques violentes.
Le dilemme du prisonnier
La coopération peut s’installer si les acteurs perçoivent le long
terme et ont des stratégies lisibles.!
Les acteurs coopératifs prennent en compte le long terme dans
un dilemme du prisonnier itératif.!
Ils ont en général une stratégie non agressive, non indulgente et
lisible.!
La stratégie donnant – donnant (coopérer le premier coup et
reproduire ensuite le coup précédent de l’adversaire) correspond
à ces critères, elle est considérée comme la meilleure.
Soumission ou autonomie ?
• L’organisation militaire
fonctionne selon l’ordre
h i é r a r c h i q u e o ù l a
question de la légitimité
du pouvoir n’est pas
posée.!
• L e s e n t r e p r i s e s s e
posent des questions de
performance, le pouvoir
est en quête de légitimité.
« Notre monde est devenu, pour le meilleur et
pour le pire, une société faite d’organisations.
N o u s s o m m e s n é s d a n s l e c a d r e
d’organisations et ce sont encore des
organisations qui ont veillé à notre éducation
de façon à ce que plus tard, nous puissions
travailler dans des organisations. Dans le
même temps les organisations ont pris en
charge nos besoins et nos loisirs. Elles nous
gouvernent et nous tourmentent (et par
moment les deux à la fois). Et, notre dernière
heure venue, ce sont encore des organisations
qui s’occuperont de nos funérailles. Et
pourtant, à l’exception d’un petit groupe de
chercheurs (auxquels on donne le nom de
«  théoriciens des organisations  ») qui les
étudient et de quelques rares managers, qui
sentent le besoin de saisir plus profondément
l’objet même de leur management, bien peu
comprennent réellement ces «  animaux
étranges  » de nature collective, qui exercent
une si grande influence sur nos vies de tous
les jours. » !
Henry Mintzberg  : Le Management, voyage au
cœur des organisations
Henri Mintzberg :
notre monde fait
d’organisations
Les organisations dysfonctionnent.!
Nous avons un réel besoin de mieux comprendre théoriquement
les organisations pour mieux les faire fonctionner.!
Il n’existe pas un « one best way » pour gérer les organisations.!
Notre rapport à l’organisation est ambigu, fait de plaisir et de
souffrance. Nous cherchons à gouverner les organisations et les
organisations cherchent à nous gouverner.!
L’organisation est un lieu de pouvoir conscient qui se substitue
au pouvoir traditionnel.!
Le pouvoir dans l’organisation va être en quête de légitimité.
L’essence de la stratégie
• R é c o n c i l i e r l a
pensée et l’action!
• R é c o n c i l i e r l e
présent et l’avenir!
!
«  Je ne crois aux
statistiques que
lorsque je les ai moi-
même falsifiées.  »
Winston Churchill

Réconcilier la pensée et l’action
La philosophie peut se
définir comme l’art de
penser sa vie et de
vivre sa pensée.!
La stratégie est un
effort de pensée pour
mettre de la pensée
dans l’action. Elle
apparaît donc comme
une branche de la
philosophie.
Réconcilier le présent et l’avenir
L’homme est le seul animal
à savoir qu’il va mourir.
D’où : la morale, la religion
et la stratégie.!
Les trois questions de Kant
(« Que puis-je connaître ? »,
«  Que dois-je faire ?  »,
«  Que m’est-il permis
d’espérer ? ») renvoient à la
réconciliation entre présent
et avenir.
Le non plan stratégique type
• Nous voulons être les
leaders de…!
• Nous voulons nous
différencier de nos
concurrents.!
• Nous voulons mettre le
client au centre de
l’entreprise.!
• Nous voulons être
t o u j o u r s p l u s
innovants.!
• Nous visons toujours
plus d’excellence.
La posture du stratège
• Modestie!
• Réalisme!
• Cohérence!
• Articulation de la
réflexion et de
l’action!
• Articulation de
l’intuition et de
l’analyse
Neandertal ou Cro-Magnon ?
Le moins adapté a survécu. Pourquoi ?
Homme de Neandertal Homme de Cro-Magnon
54
Le malheur d’être
intelligent
«  On dit que l’homme
intelligent s’adapte à
son environnement et
que l’imbécile cherche à
a d a p t e r s o n
environnement à lui. La
conclusion que l’on peut
tirer de cela est que tous
l e s p r o g r è s d e
l’humanité a été faits par
des imbéciles. »!
Gracchus Cassar
Lequel choisiriez-vous pour
gendre ?

Strategie militaire

  • 1.
    De la stratégiemilitaire à la stratégie d’entreprise Bruno Jarrosson http://www.bruno-jarrosson.com/strategie-militaire-strategie-dentreprise/! www.bruno-jarrosson.com
  • 2.
    «  Comme lavue d’un p o r t a i t s u g g è r e à l’observateur l’impression d’une destinée, ainsi la carte de la France révèle notre fortune. » ! ! «  Où qu’elle passe, la f r o n t i è r e f r a n c o - allemande est la lèvre d’une blessure. D’où qu’il souffle, le vent qui la balaie est gonflé d’arrière- pensées. »! Charles de Gaulle, Vers l’armée de métier
  • 3.
    Sun Tsu • « Celui qui excelle à résoudre les difficultés les résout avant qu’elles ne surgissent. Celui qui excelle à vaincre ses ennemis triomphe avant que les menaces de ceux-ci ne se concrétisent. »! • « La meilleure stratégie est celle qui permet d’atteindre ses objectifs sans avoir à se battre. »! • « La règle, c'est que le Général qui triomphe est celui qui est le mieux informé. »! • « Tout l'art de la guerre est basé sur la duperie. »
  • 4.
    Karl Von Clausewitz •«  La guerre est la p o u r s u i t e d e l a politique par d’autres moyens. »! • «  Quand la supériorité a b s o l u e n ' e s t p a s possible, vous devez r a s s e m b l e r v o s ressources pour obtenir la supériorité relative au point décisif. »
  • 5.
    Premier postulat :l’information 5 juin 1942 : l’aviation américaine coule quatre porte-avions japonais à Midway.! ! « Une armée sans agents secrets est exactement comme un homme sans yeux ni oreilles. »! Sun Tsu Amiral Chester Nimitz
  • 6.
    Deuxième postulat :la liberté de manœuvre « Pressé fortement sur ma droite, mon c e n t r e c è d e , impossible de me mouvoir, situation e x c e l l e n t e , j’attaque. »
  • 7.
    La liberté demanœuvre « Le 17 juin à 9 heures du matin, je m’envolai, avec le général Spears et le lieutenant de Courcel sur l’avion britannique qui m’avait transporté la veille. Le départ eu lieu sans romantisme et sans difficulté. »! Mémoires de guerre, L’Appel De Gaulle lance l’appel du 18 juin depuis Londres parce qu’il est le seul membre du gouvernement français à Londres ce jours-là. Et il est à Londres parce que, par- dessus tout, il a voulu préserver sa liberté de manœuvre, contrairement à Georges Mandel ou Édouard Daladier.
  • 8.
    18 juin 1940 •P o u r q u o i d e Gaulle était-il à Londres le 18 juin 1940 ? • Pourquoi Daladier et Mandel n’y étaient-ils pas alors qu’ils étaient o p p o s é s à l’armistice ?
  • 9.
    Troisième postulat :concentration des efforts « La meilleure stratégie est toujours d'être très fort : très fort en général, et très fort au point décisif. »! ! «  La concentration des forces doit être considérée comme la norme, et toute division conçue comme une exception qui a besoin d ' ê t r e j u s t i f i é e .  » Clausewitz Austerlitz : 2 décembre 1805
  • 10.
    Transcription de cesprincipes • Information : veille concurrentielle. Est-ce la clé de la stratégie ?! • Liberté de manœuvre : stratégie de haut de bilan et focalisation du bas de bilan.! • Concentration des e f f o r t s : e f f e t s d’échelle (cf. BCG).
  • 11.
  • 13.
    Les cinq stratégiesgagnantes de la Seconde Guerre mondiale 1. Stratégie indirecte : le débarquement en Afrique du Nord, 8 novembre 1942! 2. Stratégie réaliste (plutôt qu’idéaliste) : la victoire de Stalingrad, 31 janvier 1943! 3. Stratégie de moindre attente : la percée des Ardennes, 10 mai 1940! 4. Stratégie de moindre résistance : le débarquement en Normandie, 6 juin 1944! 5. Se donner des objectifs larges : la prise de Berlin, 30 avril 1945
  • 14.
    14 Stratégie indirecte Réalisme vs idéalisme Moindre! attente Moindre! résistance Objectifs! larges Churchill OuiOui Oui Oui Non Hitler Oui Non Oui Oui Non Roosevelt Non Oui Non Non Non Staline Non Oui Non Non Oui Cinq stratégies - quatre stratèges
  • 15.
    Une guerre réaliste « Aussi, le 23 octobre, déclarai-je à la radio  : "  Il est absolument normal et absolument justifié que les Allemands soient tués par les Français. Si les Allemands ne voulaient pas recevoir la mort de nos mains, ils n’avaient qu’à rester chez eux… Mais il y a une tactique à la guerre… Actuellement, la consigne que je donne pour le territoire occupé, c’est de ne pas y tuer ouvertement d’Allemands. Cela, pour une seule raison  : c’est qu’il est, en ce moment, trop facile à l’ennemi de riposter par le massacre de nos combattants momentanément désarmés. Au contraire, dès que nous serons en mesure de passer à l’attaque, les ordres voulus seront donnés. " »! Mémoires de guerre, L’Appel! Aux différents moments de ses choix cruciaux, de Gaulle eut toujours à cœur de privilégier le long terme sur le court terme, l’intérêt général sur l’intérêt particulier, la stratégie sur le contrat.
  • 16.
  • 17.
    Roosevelt et Aliceau pays des merveilles
 « À vrai dire, les intentions du Président me paraissaient du même ordre que les rêves d’Alice au pays des merveilles. Roosevelt avait risqué déjà en Afrique du Nord, dans des conditions beaucoup plus favorables à ses desseins, une entreprise politique analogue à celle qu’il méditait pour la France. Or, de cette tentative, il ne restait rien. Mon gouvernement exerçait en Corse, en Algérie, au Maroc, en Tunisie, en Afrique noire, une autorité sans entraves. […] Les Alliés ne rencontreraient en France d’autres ministres et d’autres fonctionnaires que ceux que j’aurais instaurés. Ils n’y trouveraient d’autres troupes françaises que celles dont j’étais le chef. Sans aucune outrecuidance, je pouvais défier le général Eisenhower d’y traiter valablement avec quelqu’un que je n’aurais pas désigné. »! Mémoires de guerre, L’Unité Dans cette affaire, de Gaulle fait preuve d’un discernement exceptionnel. Le discernement en l’occurrence consiste à se concentrer sur les sujets stratégiques et surtout à ne pas s’occuper de faux sujets. Beaucoup d’autres à sa place auraient consacré l’essentiel de leur énergie à essayer de faire changer d’avis les Américains. Sans succès bien sûr. Faire cela, c’eût été s’affaiblir. Le chef ne discute pas de sa légitimité sans la rendre douteuse.
  • 18.
    Influence et réalisme Idéologue Lucide Stratège Irresponsable Influent Noninfluent Irréaliste Réaliste Roosevelt Churchill Hitler Staline
  • 19.
    Qu’est-ce que lastratégie ? La stratégie est le point de rencontre entre la pensée et le réel.! La stratégie est donc l’inverse de l’idéologie.
  • 20.
    Influence et réalisme ! • L’idéologieest l’inverse de la stratégie.! • La stratégie se fonde sur la lucidité (perception des enjeux du réel) et sur la responsabilité.! • La vision n’est pas la source de la stratégie.
  • 21.
    Intelligence et courage Incompétent Séducteur Décideur Bureaucrate Courageux Peucourageux Peu intelligent Intelligent Churchill Staline Hitler Roosevelt
  • 22.
    Voir loin « Je croisque la Russie entrera dans la guerre avant l’Amérique, mais qu’elles y entreront l’une et l’autre. Avez-vous lu Mein Kampf ? Hitler pense à l’Ukraine. Il ne résistera pas à l’envie de régler le sort de la Russie, et ce sera le commencement de sa perte. […] Si Hitler avait dû venir à Londres, il y serait déjà. Maintenant, la bataille d’Angleterre ne se livrera plus que dans les airs, et j’espère que quelques aviateurs français y prendront part. […] En somme, la guerre est un problème terrible, mais résolu. Il reste à ramener toute la France du bon côté. »! Jean Lacouture, De Gaulle, 1. Le Rebelle, Seuil, 1984, p. 392. Le visionnaire discerne que l’avenir, même s’il n’est pas connu, doit parler à nos décisions du présent ; il sait qu’à tout moment le décideur rend des comptes à celui qu’il sera et qu’il ne connaît pas encore.
  • 23.
    Intelligence et courage • Lesdeux qualités clés du décideur sont le courage (vertu stoïcienne) et l’intelligence stratégique.! • Le courage sans intelligence fait plus de dégâts que l’intelligence sans courage.! • Les trois lignes de fuite du stratège sont : l’incompétence, la séduction et la bureaucratie.
  • 24.
    Un point commun: la décision • La problématique de la décision est commune au chef militaire et au d i r i g e a n t d ’ u n e organisation.! ! «  Pour prendre une décision, il faut toujours être un nombre impair et jamais plus de deux. »! Anatole France
  • 25.
    La décision n’apas d’inverse Il est impossible de ne pas décider. L’inverse d’une décision est une décision.! ! N u l n ’ é c h a p p e à l a décision.! ! Avant que nous prenions des décisions, c’est la décision qui nous prend.
  • 26.
    Dans votre dernierroman, il apparaît nettement que vous êtes un inquiet et un angoissé. Expliquez-nous cela…
  • 27.
    La décision estincertaine L e s m é t h o d e s q u i prétendent ramener la décision à un calcul ne font que masquer l’aspect subjectif de la décision.! La décision oblige à comparer ce qui n’est pas comparable.! Les matrices de décision sont construites avec des coefficients qui font intervenir la subjectivité.
  • 29.
    La décision aun très fort enjeu Il existe des décisions meilleures que d’autres.! Tout l’avenir dépend du présent.! Savoir «  bien  » décider est une des choses les plus importantes qui soit.! La volonté est plus forte q u e l a c h a n c e (prééminence du locus interne sur le locus externe).
  • 30.
    Les trois ingrédientsde la décision Solitude! Incertitude! Enjeu ! Challenger! 28 janvier 1986
  • 32.
    Les lignes defuite du non décideur 1. Faire changer d ’ é p a u l e a u singe! 2. L’information infinie ! 3. Le gourou (qui peut se gourer)! 4. Le découpage de la décision
  • 33.
  • 34.
    Kennedy et laBaie des Cochons Après le désastre de la Baie des cochons le 17 avril 1961, Kennedy a réuni son équipe et lui a dit :! ! «  Cette opération a été un désastre et vous me l’avez tous conseillée. J e s u i s d o n c e n t i è r e m e n t responsable, je n’avais qu’à pas vous écouter. »
  • 35.
    Cuba : 24octobre 1962 «  Je n’accepte pas que la seule option s o i t l a g u e r r e atomique. »! John Kennedy
  • 36.
    Première différence :destruction ou production de valeur ? • La stratégie militaire a pour objectif la soumission de l’ennemi par sa destruction partielle : c’est un jeu à somme négative.! • La stratégie d’entreprise vise à la conquête d’un client par la création de valeur : c’est un jeu à somme positive. On ne vise pas la destruction du concurrent.
  • 37.
    Le doux commerce « Lecommerce guérit les préjugés destructeurs ; et c'est presque une r è g l e g é n é r a l e q u e partout où il y a des mœurs douces, il y a du commerce ; et partout où il y a du commerce, il y a des mœurs douces. »! Montesquieu
  • 39.
    Deuxième différence :la coopération • L a s t r a t é g i e d a n s l’univers économique suppose de coopérer e n t r o u v a n t l e s convergences d’intérêts et en minimisant les divergences d’intérêts.! • La stratégie militaire se c o n s t r u i t s u r l a divergence d’intérêts.
  • 40.
    Le dilemme duprisonnier A coopère A trahit B coopère 3! 3 5! 0 B trahit 0! 5 1! 1
  • 41.
    Première Guerre mondiale: vivre et laisser vivre La coopération est un investissement, elle consiste à maximiser ses gains à long terme en minimisant ses gains à court terme.! La coopération, à long terme, est la position qui maximise les gains (cf. dilemme du prisonnier itératif).! La coopération n’est pas fondée sur l’altruisme mais sur l’égoïsme.! Les groupes qui pratiquent la coopération en tirent suffisamment d’avantages pour que la coopération s’étende et devienne la règle la plus générale des sociétés humaines.! Les groupes qui pratiquent la coopération sont vulnérables aux attaques violentes.
  • 42.
    Le dilemme duprisonnier La coopération peut s’installer si les acteurs perçoivent le long terme et ont des stratégies lisibles.! Les acteurs coopératifs prennent en compte le long terme dans un dilemme du prisonnier itératif.! Ils ont en général une stratégie non agressive, non indulgente et lisible.! La stratégie donnant – donnant (coopérer le premier coup et reproduire ensuite le coup précédent de l’adversaire) correspond à ces critères, elle est considérée comme la meilleure.
  • 43.
    Soumission ou autonomie? • L’organisation militaire fonctionne selon l’ordre h i é r a r c h i q u e o ù l a question de la légitimité du pouvoir n’est pas posée.! • L e s e n t r e p r i s e s s e posent des questions de performance, le pouvoir est en quête de légitimité.
  • 44.
    « Notre monde estdevenu, pour le meilleur et pour le pire, une société faite d’organisations. N o u s s o m m e s n é s d a n s l e c a d r e d’organisations et ce sont encore des organisations qui ont veillé à notre éducation de façon à ce que plus tard, nous puissions travailler dans des organisations. Dans le même temps les organisations ont pris en charge nos besoins et nos loisirs. Elles nous gouvernent et nous tourmentent (et par moment les deux à la fois). Et, notre dernière heure venue, ce sont encore des organisations qui s’occuperont de nos funérailles. Et pourtant, à l’exception d’un petit groupe de chercheurs (auxquels on donne le nom de «  théoriciens des organisations  ») qui les étudient et de quelques rares managers, qui sentent le besoin de saisir plus profondément l’objet même de leur management, bien peu comprennent réellement ces «  animaux étranges  » de nature collective, qui exercent une si grande influence sur nos vies de tous les jours. » ! Henry Mintzberg  : Le Management, voyage au cœur des organisations
  • 45.
    Henri Mintzberg : notremonde fait d’organisations Les organisations dysfonctionnent.! Nous avons un réel besoin de mieux comprendre théoriquement les organisations pour mieux les faire fonctionner.! Il n’existe pas un « one best way » pour gérer les organisations.! Notre rapport à l’organisation est ambigu, fait de plaisir et de souffrance. Nous cherchons à gouverner les organisations et les organisations cherchent à nous gouverner.! L’organisation est un lieu de pouvoir conscient qui se substitue au pouvoir traditionnel.! Le pouvoir dans l’organisation va être en quête de légitimité.
  • 47.
    L’essence de lastratégie • R é c o n c i l i e r l a pensée et l’action! • R é c o n c i l i e r l e présent et l’avenir! ! «  Je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai moi- même falsifiées.  » Winston Churchill

  • 48.
    Réconcilier la penséeet l’action La philosophie peut se définir comme l’art de penser sa vie et de vivre sa pensée.! La stratégie est un effort de pensée pour mettre de la pensée dans l’action. Elle apparaît donc comme une branche de la philosophie.
  • 49.
    Réconcilier le présentet l’avenir L’homme est le seul animal à savoir qu’il va mourir. D’où : la morale, la religion et la stratégie.! Les trois questions de Kant (« Que puis-je connaître ? », «  Que dois-je faire ?  », «  Que m’est-il permis d’espérer ? ») renvoient à la réconciliation entre présent et avenir.
  • 50.
    Le non planstratégique type • Nous voulons être les leaders de…! • Nous voulons nous différencier de nos concurrents.! • Nous voulons mettre le client au centre de l’entreprise.! • Nous voulons être t o u j o u r s p l u s innovants.! • Nous visons toujours plus d’excellence.
  • 52.
    La posture dustratège • Modestie! • Réalisme! • Cohérence! • Articulation de la réflexion et de l’action! • Articulation de l’intuition et de l’analyse
  • 53.
    Neandertal ou Cro-Magnon? Le moins adapté a survécu. Pourquoi ? Homme de Neandertal Homme de Cro-Magnon
  • 54.
  • 55.
    Le malheur d’être intelligent « On dit que l’homme intelligent s’adapte à son environnement et que l’imbécile cherche à a d a p t e r s o n environnement à lui. La conclusion que l’on peut tirer de cela est que tous l e s p r o g r è s d e l’humanité a été faits par des imbéciles. »! Gracchus Cassar Lequel choisiriez-vous pour gendre ?