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La démocratie est-elle
le meilleur régime ?
`
Gabriel Gay-Para
Chasse-sur-Rhône, le 22 janvier 2020
Plan
Préambule : politique et philosophie
1. La démocratie et ses paradoxes
1) Le paradoxe de la valeur
2) Le paradoxe de l’origine
3) Le paradoxe des élections
2. La haine de la démocratie
1) Le cas de Platon
2) Épistocratie et démocratie : Jason Brennan
3. L’argument épistémique : un argument décisif en faveur de
la démocratie ?
1) L’origine de l’argument : Aristote
2) La réactualisation de l’argument aujourd’hui : Hélène
Landemore
Préambule : politique et philosophie
Emmanuel Macron et Paul Ricoeur en 2003
Leo Strauss
« La question principale de la
philosophie politique est la question
du meilleur régime. »
Leo Strauss, Qu’est-ce que la philosophie politique ?
[1959], trad. O. Sedeyn, PUF, 1992, p.38-39.
Calliclès et la critique de la philosophie
« La philosophie est une chose charmante, à condition
de s’y attacher modérément, quand on est jeune ; mais
si on passe plus de temps qu’il ne faut à philosopher,
c’est une ruine pour l’homme. Aussi doué qu’on soit, si
on continue à faire de la philosophie, alors qu’on en a
passé l’âge, on devient obligatoirement ignorant de
tout ce qu’on doit connaître pour être un homme de
bien, un homme bien vu. »
Platon, Gorgias, 484c-d (trad. M. Canto-Sperber,
Flammarion, « GF », p.214).
Emmanuel Macron : « Je n’aime pas le
mot de démocratie parce que ça donne
le sentiment que le peuple aurait le
pouvoir ».
http://www.legorafi.fr/2019/10/07/emmanuel
-macron-je-naime-pas-le-mot-de-democratie-
parce-que-ca-donne-le-sentiment-que-le-
peuple-aurait-le-pouvoir/
Violence Parole
«outil politique par
excellence »
(Vernant)
Domination
(relations verticales)
Liberté
(relations horizontales)
Inégalité
Égalité
sur le plan
juridique et
politique
Communauté archaïque
= pré-politique.
Communauté politique = la
cité (polis)
L’invention de la politique chez les Grecs
Hannah Arendt
« La liberté est la raison d’être de la
politique. »
H. Arendt, « Qu’est-ce que la liberté? » in La crise de la culture, Gallimard,
« Folio », 1972, p. 202.
« Être-libre et vivre-dans-une-polis étaient en
un certain sens une seule et même chose. »
« Au sens grec, le politique doit donc être
compris comme centré sur la liberté. »
H. Arendt, Qu’est-ce que la politique ?, Seuil, « Points », 1995, p.76-77.
Dewey (1)
« Le changement a jusqu’à présent principalement
affecté l’aspect le plus technique de la vie humaine.
(...) Désormais, c’est chaque jour que l’on accomplit des
miracles avec la vapeur, le charbon, l’électricité, l’air, le
corps humain. Mais peu de gens sont assez optimistes
pour déclarer que nous sommes parvenus au même
degré de maîtrise dès lors qu’il s’agit des forces qui
président au bien-être social et moral des hommes. »
John Dewey, Reconstruction en philosophie (1920),
Gallimard, « Folio », p. 181.
Dewey (2)
«[Le] progrès a entraîné de graves problèmes moraux.
Je pense par exemple à la dernière guerre, au problème
du capital et du travail, au rapport entre les classes
économiques (...) Ces considérations montrent à quel
point notre politique est sous-développée, combien
notre éducation est grossière et primitive, notre
éthique passive et amorphe. »
John Dewey, Reconstruction en philosophie (1920),
Gallimard, « Folio », p. 182.
Dewey (3)
« Chez les philosophes d’aujourd’hui, on ne croit pas
vraiment que la philosophie ait quelque chose de
pertinent à dire sur les problèmes contemporains : on
préfère s’intéresser à l’amélioration des techniques
philosophiques, à la critique des systèmes du passé. Ces
deux préoccupations peuvent se comprendre. Mais ce n’est
pas en privilégiant la forme au détriment du contenu
substantiel (...) que l’on travaillera à la reconstruction de la
philosophie »
John Dewey, Reconstruction en philosophie (1920),
Gallimard, « Folio », « Introduction de 1948 », p. 24.
Dewey (4)
« Éliminer ces problèmes traditionnels ne permettrait-il pas
à la philosophie de se consacrer à une tâche plus utile et
plus féconde ? Cela n’encouragerait-il pas la philosophie à
faire face aux grands maux et aux grandes difficultés de
nature sociale ou morale dont souffre l’humanité, de se
consacrer à l’élucidation des causes et de la nature exacte
de ces maux, et de travailler à l’élaboration d’un projet
clair d’amélioration des perspectives sociales ? »
John Dewey, Reconstruction en philosophie (1920),
Gallimard, « Folio », p.180.
Castoriadis
« La pertinence politique de la philosophie est
que la critique et l’élucidation philosophiques
permettent de détruire précisément les faux
présupposés philosophiques (ou théologiques)
qui ont si souvent servi à justifier les régimes
hétéronomes. »
La montée de l’insignifiance, Les carrefours du labyrinthe 4, Seuil,
« Points », 1996, p.99.
« La démocratie est-elle le meilleur régime ? » :
analyse de la question (1)
Deux difficultés :
1) La signification du mot « démocratie »
Wendy Brown : « La démocratie jouit aujourd’hui d’une
popularité sans précédent dans l’histoire, et pourtant
elle n’a jamais été plus vague conceptuellement et plus
substantiellement creuse. » (« Nous sommes tous
démocrates à présent » dans Démocratie, dans quel
état ? [ouvrage collectif], Paris, La Fabrique, 2009, p.41)
« La démocratie est-elle le meilleur régime ? » :
analyse de la question (2)
2) Le problème du classement
La question nous invite à classer les régimes politiques.
Or, pour tout classement, il faut un critère de
classement. Ici, quel critère choisir ? Le classement
dépendra, à l’évidence, du critère retenu.
Plusieurs critères sont possibles.
1) Le critère de l’efficacité dans la prise de décision.
2) Le critère de la légitimité ou de la justice de la
procédure utilisée.
3) Le critère de la qualité des décisions prises.
Pouvoir exercé par Un seul Quelques-uns La masse
Pour tous Royauté Aristocratie
Gouvernement
constitutionnel
(politeia)
Pour soi-même Tyrannie Oligarchie Démocratie
La classification des régimes
selon Aristote
1. La démocratie et ses paradoxes
M. L. Bosredon
L’urne et le fusil, avril 1848
(Bibliothèque Nationale de
France, Paris)
Abraham Lincoln
Démocratie : « le gouvernement du
peuple, par le peuple et pour le peuple »
(Discours de Gettysburg, 1863).
Constitution du 4 octobre 1958, article 2 : « La
devise de la République est “Liberté, Egalité et
Fraternité”. Son principe est : gouvernement du
peuple, par le peuple et pour le peuple ».
Bernard Manin (1)
« Les démocraties contemporaines sont issues d'une forme de
gouvernement que ses fondateurs opposaient à la démocratie.
L'usage nomme “démocraties représentatives” les régimes
démocratiques actuels. Cette expression, qui distingue la démocratie
représentative de la démocratie directe, fait apparaître l'une et l'autre
comme des formes de la démocratie. Toutefois, ce que l'on désigne
aujourd'hui sous le nom de démocratie représentative trouve ses
origines dans les institutions qui se sont progressivement établies et
imposées en Occident à la suite des trois révolutions modernes, les
révolutions anglaise, américaine et française. Or ces institutions n'ont
nullement été perçues, à leurs débuts, comme une variété de la
démocratie ou une forme du gouvernement par le peuple. » (p.11)
Bernard Manin (2)
« Madison ne considérait pas la représentation comme une
approximation du gouvernement par le peuple rendue techniquement
nécessaire par l'impossibilité matérielle de rassembler les citoyens
dans de grands États, il y voyait au contraire un système politique
substantiellement différent et supérieur. L'effet de la représentation,
notait-il, est “d'épurer et d'élargir l'esprit public en le faisant passer
par l'intermédiaire d'un corps choisi de citoyens dont la sagesse est le
mieux à même de discerner le véritable intérêt du pays et dont le
patriotisme et l'amour de la justice seront les moins susceptibles de
sacrifier cet intérêt à des considérations éphémères et partiales”.
“Dans un tel système, poursuivait-il, il peut fort bien se produire que la
volonté publique formulée par les représentants du peuple s'accorde
mieux avec le bien public que si elle était formulée par le peuple lui-
même, rassemblé à cet effet”. » (p.12-13)
Bernard Manin (3)
« Sieyès, de son côté, soulignait avec insistance la “différence énorme”
entre la démocratie où les citoyens font eux-mêmes la loi et le régime
représentatif dans lequel ils commettent l'exercice de leur pouvoir à
des représentants élus. Toutefois, la supériorité du régime
représentatif ne tenait pas tant, pour Sieyès, à ce qu'il produisait des
décisions moins partiales et passionnelles, mais à ce qu'il constituait la
forme de gouvernement la plus adéquate à la condition des « sociétés
commerçantes » modernes où les individus sont avant tout occupés à
produire et à distribuer des richesses. Dans de telles sociétés,
remarquait Sieyès, les citoyens n'ont plus le loisir nécessaire pour
s'occuper constamment des affaires publiques, ils doivent donc, par
l'élection, confier le gouvernement à des individus consacrant tout leur
temps à cette tâche. » (p.13)
Sièyes
« La France n’est point, ne peut pas être une
démocratie. (...) Le peuple, je le répète, dans un pays
qui n’est pas une démocratie (et la France ne saurait
l’être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par
ses représentants. »
Sièyes, Discours du 7 septembre 1789 « sur l’organisation du
pouvoir législatif et la sanction royale », cité par Francis Dupuis-
Déri, Démocratie. Histoire politique d’un mot, Montréal, Lux,
2013, p.141.
Dupuis-Déri
« Le renversement de sens a été effectué consciemment par
les élites aux États-Unis vers 1830 et en France en 1848,
parce que les références positives à la démocratie
permettaient d’accroître leur pouvoir de séduction en
période électorale. » (p.13)
« Il a suffi d’à peine deux ou trois générations pour que le
mot « démocratie » qui signifiait depuis deux mille ans le
gouvernement du peuple par le peuple, en vienne à
désigner un régime politique où une poignée de politiciens
élus prennent les décisions au nom du peuple. » (p.357)
Le Conseil des Cinq cents
(Boulè)
500 bouleutes préparent les
lois, conseillent l’assemblée.
L
L’Assemblée (Ecclésia)
6000 citoyens présents
votent les lois, votent la
guerre, l’ostracisme.
Le tribunal de
l’Héliée
600 héliastes rendent la
justice.
Les magistratures
700 magistrats, dont 600 tirés
au sort, font appliquer les lois.
Tirage
au sort Tirage au sort
Tirage au sort et
élection
La cité comporte entre 250 000 et 300 000 habitants, dont 30 000 seulement environ sont citoyens.
Les femmes, les enfants, les métèques, et les esclaves ne bénéficient pas du statut de citoyen.
Il y a une rotation des
postes. Le mandat des
magistrats tirés au sort ne
dure qu’un an.
On a recours à l’élection
seulement lorsque il faut des
compétences spéciales.
Chaque citoyen est familier
avec les affaires publiques,
et a une expérience de
l’exercice du pouvoir.
70% des citoyens de plus
de trente ans ont été
bouleutes une fois dans
leur vie.
Les élections comme procédure
aristocratique (1)
Aristote : « Il est considéré comme démocratique
que les magistratures soient attribués par le sort.»
(Les politiques, IV, 9, 1294b, trad.fr. P. Pellegrin, Paris,
Flammarion, « GF », 1993, p.307)
Montesquieu : « Le suffrage par le sort est dans la
nature de la démocratie ; le suffrage par choix est
de celle de l’aristocratie »
(De l’esprit des lois, éd. V. Goldschmidt, Paris, Flammarion,
« GF », 1979, tome 1, livre II, chapitre II, p.134).
Les élections comme procédure
aristocratique (2)
François Guizot (1787-1874) :
« Le but de l’élection est évidemment d’envoyer au
centre de l’État les hommes les plus capables et les
plus accrédités du pays ; c’est une manière de
découvrir et de constituer la véritable, la légitime
aristocratie, celle qu’acceptent librement les
peuples sur qui doit s’exercer le pouvoir. »
(« Élections » dans Discours académiques, Paris, Didier, 1864,
p.395)
Contre les élections ? (1)
Moses I. Finley :
« L’équation démocratie = régime comportant des
élections est si profondément enracinée dans notre
culture qu’il faut un effort délibéré pour s’en
débarrasser complètement quand on étudie la
politique antique. »
(L’invention de la politique (1983), trad.fr. J. Carlier, Paris,
Flammarion, « Champs », 1985, p.111).
Contre les élections ? (2)
David Van Reybrouck :
« (...) nous sommes tous devenus des
fondamentalistes des élections. Nous méprisons les
élus, mais nous vénérons les élections. Le
fondamentalisme électoral est la conviction
inébranlable qu’une démocratie ne peut se concevoir
sans élections, que les élections sont la condition
nécessaire, fondatrice pour parler d’une démocratie. »
(Contre les élections, Arles, Actes Sud, « Babel Essai », 2014,
p.52)
Le suffrage universel
comme antidote à la révolution ?
Gambetta, dans son discours du 9 octobre 1877
: « si le suffrage universel fonctionne dans la
plénitude de sa souveraineté, il n’y a plus de
révolution possible, parce qu’il n’y a plus de
révolution à tenter, plus de coup d’État à
redouter quand la France a parlé ».
Cité par Albert O. Hirschman, Bonheur privé,
action publique, Paris, Fayard, 1983 , p.195.
2. La haine de la démocratie
Frontispice du Léviathan de
Hobbes (1651)
Frontispice de la traduction de
Thucydide par Hobbes (1629)
Rancière
« La haine de la démocratie n’est certes pas une
nouveauté. Elle est aussi vieille que la démocratie
pour une simple raison : le mot lui-même est
l’expression d’une haine. Il a d’abord été une
insulte inventée, dans la Grèce antique, par ceux
qui voyaient la ruine de tout ordre légitime dans
l’innommable gouvernement de la multitude. »
Jacques Rancière, La haine de la démocratie, Paris,
La Fabrique, 2005, p.7.
Platon et les philosophes-rois
« À moins que, dis-je, les philosophes n’arrivent à
régner dans les cités, ou à moins que ceux qui à présent
sont appelés rois et dynastes ne philosophent de
manière authentique et suffisante et que viennent à
coïncider l’un avec l’autre pouvoir politique et
philosophie (...) il n’y aura pas, mon ami Glaucon, de
terme aux maux des cités ni, il me semble, à ceux du
genre humain. »
Platon, La République, V, 473d (trad. G. Leroux,
Flammarion, « GF », p.301).
La cité idéale selon Platon
Raison (nous)
Cœur
(thumos)
Désir
(epithumia)
Les trois classes de la cité Les trois parties de
l’âme
La critique de la démocratie
chez Platon (1)
« Dans une cité de ce genre, on ne se voit soumis à
aucune obligation de gouverner, même si on en possède
les capacités, pas plus que l’on n’est soumis au
gouvernement des autres si l’on n’y consent pas ».
(557e)
«[La démocratie] est apparemment une constitution
politique agréable, privée d’un réel gouvernement,
bariolée, et qui distribue une égalité bien particulière
tant aux égaux qu’à ceux qui sont inégaux. » (558c)
Platon, La République, VIII, (trad. G. Leroux, Flammarion,
« GF », p. 424- 425).
La critique de la démocratie
chez Platon (2)
« Vois, par exemple, quand le père prend l’habitude de se
comporter comme s’il était semblable à son enfant et se met
à craindre ses fils, et réciproquement quand le fils se fait
l’égal de son père et ne manifeste plus aucun respect ni
soumission à l’endroit des parents. Dans quel but ? Devenir
libre. Et pareillement pour le métèque qui se fait l’égal du
citoyen, et le citoyen l’égal du métèque, et de même pour
l’étranger (...) Dans ce régime, le maître craint ceux qui sont
placés sous sa gouverne et il est complaisant à leur endroit.
Les élèves, eux, ont peu de respect pour les maîtres, et pas
davantage pour leurs pédagogues. » (562e-563a, trad. p.432-
433)
Schumpeter (1)
« La démocratie, selon le point de vue adopté
par nous, ne signifie pas et ne peut pas signifier
que le peuple gouverne effectivement dans
aucun des sens évidents que prennent les
termes « peuple » et « gouverner ». Démocratie
signifie seulement que le peuple est à même
d’accepter ou d’écarter les hommes appelés à
le gouverner. »
Joseph Schumpeter, Capitalisme, socialisme et
démocratie (1942), Payot, 1990, p. 375.
Schumpeter (2)
« Les électeurs (...) doivent respecter la division
du travail entre eux-mêmes et les politiciens
qu’ils élisent. Ils ne doivent pas leur retirer trop
facilement leur confiance dans l’intervalle des
élections et ils doivent comprendre que, une
fois qu’ils ont élu un individu, l’action politique
devient son affaire et non pas la leur. »
Joseph Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie
(1942), Payot, 1990, p. 389.
Margaret Thatcher
Une perle antidémocratique :
« Vous avez eu le choix, c’est moi que
vous avez élue, donc maintenant je
gouverne et vous la fermez. »
« You had your chance, you elected me, now I
govern, and you shut up »
Cité par Adam Prezworski, À quoi bon voter ?, Genève,
éditions Markus Haller, 2019, p.98.
Schumpeter (3)
« Le citoyen typique, dès qu’il se mêle de politique,
régresse à un niveau inférieur de performance
mentale. (...) Il redevient un primitif. Sa pensée
devient associative et affective. (...)
Même s’il ne se trouvait pas de partis politiques pour
l’influencer, le citoyen typique tendrait, en matière
d’affaires publiques, à céder à des préjugés et
impulsions (...) irrationnels. »
Joseph Schumpeter, Capitalisme, socialisme et
démocratie (1942), Payot, 1990, p. 346.
« Democracy is nothing more
than a hammer. If we can
find a better hammer, we
should use it. (p.11)
Jason Brennan (1)
1) On se plaint de l’abstention et de l’apathie politique des
citoyens. En fait, c’est une bonne nouvelle : il faudrait que
les citoyens participent encore moins.
2) Le droit de vote ne devrait pas être accordé de manière
automatique, sans condition. Le droit de vote (comme le
permis de conduire, ou le permis de chasse) devrait n’être
accordé qu’aux citoyens un minimum compétents.
3) Le suffrage universel pose un problème moral. Celui qui
vote mal fait du mal non seulement à lui-même mais aussi
aux autres, en contribuant, par exemple, à l’élection d’un
mauvais dirigeant. Les citoyens compétents payent le prix
de l’ignorance et de la bêtise des autres. C’est injuste.
Jason Brennan (2)
4) La démocratie n’est pas en elle-même, et nécessairement,
un bon régime ou un régime juste. Jason Brennan défend
une position instrumentale (et non procédurale) : s’il y a de
meilleurs régimes que la démocratie, il faut les essayer. Ce
qui compte, avant tout, ce n’est pas la procédure utilisée,
mais les résultats.
5) Jason Brennan défend l’épistocratie : il faut donner le
pouvoir, non au peuple, mais à ceux qui sont un minimum
compétents politiquement. Il s’inscrit dans la continuité de
Platon. Il propose différentes formes d’épistocratie. Chacune
a ses avantages et ses inconvénients.
Jason Brennan (3)
Quelques exemples de mesures « épistocratiques »
• « Restricted suffrage » : retour à une sorte de suffrage censitaire ;
peut voter seulement celui qui a réussi, au préalable, un test.
• « Plural voting » : plus les individus sont diplômés, qualifiés, plus
leur voix compte.
• « Enfranchisement lottery : utilisation du tirage au sort pour
attribuer le droit de vote à certains qui suivront, ensuite, une
formation, pour pouvoir enfin délibérer et voter de manière
éclairée.
• « Epistocratic veto ». On pourrait conserver la démocratie actuelle
en l’état, mais lui ajouter un contre-pouvoir : une assemblée
composée de citoyens reconnus comme compétents, qui a un droit
de veto sur les décisions prises par les gouvernants élus.
Jason Brennan (4)
NB : La présupposition majeure de Jason Brennan, la proposition
sur laquelle repose toute son argumentation, et qui fait l’objet
du chapitre 2 du livre, c’est que les électeurs ordinaires sont
incompétents politiquement, sont soit ignorants, soit soumis à
des préjugés. Dans tous les cas, ils votent mal.
Selon lui, l’ignorance de l’électeur ordinaire est un fait établi
objectivement par les sciences politiques.
Brennan propose de distinguer trois types d’électeurs :
- Les « hobbits » ;
- Les « hooligans » ;
- Les « vulcans ».
Finley
« La "découverte" la mieux connue peut-être, et
certainement la plus célébrée, dans les recherches
modernes concernant l’opinion publique, c’est
l’indifférence et l’ignorance de la majorité des électeurs
dans les démocraties occidentales. »
Démocratie antique et démocratie moderne (1972), trad.fr. M.
Alexandre, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 2003, p.47.
Jason Brennan (5)
Les trois principes de l’épistocratie selon David Estlund
• Le principe de la vérité : il y a des vérités dans le domaine
politique.
• Le principe du savoir : seulement certaines personnes (les
experts) connaissent ces vérités ; la plupart des citoyens sont
ignorants, et sont incapables de distinguer ce qui est vrai et ce
qui est faux.
• Le principe autoritaire : au nom du bien commun, il faut que
l’élite experte gouverne ; son savoir justifie le pouvoir qu’elle
exerce sur les autres citoyens. Ces derniers, du fait de leur
ignorance, doivent se soumettre.
Jason Brennan (6)
Principe anti-autoritaire : « quand des citoyens
sont déraisonnables moralement, ignorants ou
incompétents politiquement, on est autorisé à
ne pas les laisser exercer un pouvoir politique
sur les autres. On est autorisé soit à leur
interdire d’exercer le pouvoir, soit à réduire le
pouvoir qu’ils ont, afin de protéger les gens
innocents de leur incompétence ».
Jason Brennan, op.cit., p.17, traduction personnelle.
Rancière
« Et si l’on peut établir par comparaisons statistiques que
certaines formes de flexibilisation du droit du travail créent à
moyen terme plus d’emplois qu’elles n’en suppriment, il est plus
difficile de démontrer que la libre circulation des capitaux
exigeant une rentabilité toujours plus rapide soit la loi
providentielle conduisant l’humanité tout entière vers un avenir
meilleur. Il y faut une "foi" . L’ "ignorance" reprochée au peuple
est simplement son manque de foi. De fait, la foi historique a
changé de camp. Elle semble aujourd’hui l’apanage des
gouvernants et de leurs experts. »
Jacques Rancière, La haine de la démocratie, op.cit., p. 89
Dewey
« Tout gouvernement par les experts dans
lequel les masses n’ont pas la possibilité
d’informer les experts sur leurs besoins ne peut
être autre chose qu’une oligarchie administrée
en vue des intérêts de quelques-uns. (...)
Le monde a plus souffert des chefs et des
autorités que des masses. »
John Dewey, Le public et ses problèmes, op.cit., p.311.
3. L’argument épistémique : un argument
décisif en faveur de la démocratie ?
Sydney Lumet, Twelve Angry Men (1957)
Aristote (1)
«Qu’il faille que la masse soit souveraine plutôt que ceux
qui sont les meilleurs mais qui sont peu nombreux, cela
semblerait apporter une solution qui certes fait aussi
difficulté, mais comporte aussi sans doute du vrai. Car il est
possible que de nombreux individus, dont aucun n’est un
homme vertueux, quand ils s’assemblent soient meilleurs
que les gens dont il a été question, non pas
individuellement, mais collectivement, comme les repas
collectifs sont meilleurs que ceux qui sont organisés aux
frais d’une seule personne. »
Aristote, Les politiques, III, 11.
Aristote (2)
« Au sein d’un grand nombre, en effet, chacun possède
une part d’excellence et de prudence, et quand les gens
se sont mis ensemble de même que cela donne une
sorte d’homme unique aux multiples pieds, aux
multiples mains et avec beaucoup d’organes des sens,
de même en est-il aussi pour les qualités éthiques et
intellectuelles. C’est aussi pourquoi la multitude est
meilleur juge en ce qui concerne les arts et les
artistes : en effet, les uns jugent une partie, les autres
une autre, et tous jugent le tout. » (ibid.)
Aristote (3)
« En effet, quand ils sont tous réunis, ils possèdent
une juste perception des choses, et mélangés aux
meilleurs ils sont utiles aux cités, comme un aliment
impur mélangé à un aliment pur rend le tout plus
profitable qu’une trop petite quantité d’aliment pur. Par
contre, pris individuellement, chacun a un jugement
imparfait. » (ibid.)
Y a-t-il une « sagesse des foules » ?
Machiavel : « Quant à la prudence et à la stabilité, je dis qu’un
peuple est plus prudent, plus stable et plus avisé qu’un prince.
(…) Quant à juger les choses, il est très rare que le peuple, quand
il entend deux orateurs d’égale vertu qui prennent des voies
divergentes, n’embrasse pas l’opinion la meilleure. » (Discours
sur la première décade de Tite-Live, I, 58).
Spinoza : « Dans un régime démocratique, tout
particulièrement, les décisions absurdes ne sont pas fort à
redouter : il est presque impossible que la majorité des hommes,
au sein d’un groupe un considérable, se mettent d’accord sur
une absurdité. » (Traité théologico-politique, XVI).
Le théorème du jury de Condorcet (1)
« Si la probabilité de la voix de chaque votant est plus
grande que ½, c’est-à-dire s’il est plus probable qu’il
jugera conformément à la vérité, plus le nombre des
votants augmentera, plus la probabilité de la vérité de
la décision sera grande : la limite de cette probabilité
sera la certitude. »
Condorcet, Essai sur l’application de l’analyse à la probabilité des
décisions rendues à la pluralité des voix, 1785
(cité par Didier Mineur, Le pouvoir de la majorité, Paris,
Classiques Garnier, 2017, p.265)
Le théorème du jury de Condorcet (2)
Pi : probabilité qu’a un individu de trouver la bonne réponse.
Pm: probabilité qu’a la majorité de trouver la bonne réponse.
3 conditions à respecter :
1) Pi > 0,5 ;
2) Indépendance des électeurs ;
3) Vote sincère.
Supposons qu’ il y ait n électeurs :
si n tend vers l’infini, alors Pm tend vers 1.
Le miracle de l’agrégation
L’exemple classique : Francis Galton (1822-1911)
La diversité cognitive
« Lorsqu’il s’agit de faire des
prédictions (sur le poids d’un bœuf,
sur le meilleur candidat aux fonctions
présidentielles, etc.), la différence
cognitive entre les électeurs est tout
aussi importante que la compétence
individuelle. »
« Plus on agrège de jugements dans
le jugement collectif, plus on
introduit de diversité cognitive, de
corrélations négatives, et plus le
groupe est intelligent. »
Hélène Landemore, « La raison démocratique : Les mécanismes de l’intelligence
collective en politique », Raison Publique n°12, avril 2010, p.35-37.
« It is epistemically better to have a
larger group of average but
cognitively diverse people than a
smaller group of very smart people
but homogeneously thinking
individuals. »
Hélène Landemore, Democratic Reason, op.cit., p.90.
La délibération (1)
« La règle de la majorité en tant que telle est aussi absurde
que ses critiques l’accusent d’être. Mais elle n’est jamais
purement une règle de la majorité (...). Les moyens par
lesquels une majorité en arrive à être une majorité est le
point le plus important : des débats préalables, la
modification des points de vue pour satisfaire les opinions
des minorités, le fait que ces dernières sont relativement
satisfaites du fait même qu’elles ont disposé d’une chance
et qu’il est possible qu’elles forment une majorité la
prochaine fois. »
John Dewey, Le public et ses problèmes, op.cit., p.310.
La délibération (2)
Une critique possible de la délibération :
La loi de la polarisation de groupe (Cass
Sunstein)
Cf. Cass Sunstein, « Y a-t-il un risque à délibérer
?Comment les groupes se radicalisent » (2000) in C.
Girard, A. Le Goff, La démocratie délibérative,
anthologie de textes fondamentaux, Hermann, 2010.
Dewey (1)
« Les accusations dirigées contre l’intelligence des individus
portent en réalité contre un ordre social qui ne permet pas
à l’individu moyen d’avoir accès au riche gisement de
trésors de savoirs, d’idées et de desseins accumulés par
l’humanité. Le type d’organisation sociale qui permettrait
à l’être humain de prendre seulement part à l’intelligence
sociale potentiellement disponible n’existe pas à l’heure
actuelle. »
John Dewey, Liberalism and Social Action (1935), trad. fr. :
Après le libéralisme ? Ses impasses, son avenir, Climats,
2014, p.125-126.
Dewey (2)
« Derrière l’appropriation par le petit nombre des
ressources matérielles de la société, il y a l’appropriation
par les mêmes et à leur propre profit des ressources
culturelles et spirituelles qui sont, non pas le produit des
individus qui les ont accaparées, mais le fruit d’un travail de
coopération de l’humanité dans son ensemble. Il est vain
de parler de l’échec de la démocratie tant qu’on n’a pas
identifié la source de son échec et qu’on n’a pas pris les
mesures propres à faire éclore le type d’organisation
sociale qui favorisera une expansion socialisée de
l’intelligence. » (p.126)
Bibliographie (pour aller plus loin)
Jason Brennan, Against Democracy, Princeton, Princeton University Press,
2016.
Francis Dupuis-Déri, Démocratie. Histoire politique d’un mot, Montréal, Lux,
2013.
Charles Girard, Délibérer entre égaux. Enquête sur l’idéal démocratique, Paris,
Vrin, 2019.
Hélène Landemore, Democratic Reason. Politics, Collective Intelligence, and
the Rule of the Many, Princeton, Princeton University Press, 2013.
Bernard Manin, Principes du gouvernement représentatif, Paris, Flammarion
« Champs », 1995.
Jacques Rancière, La haine de la démocratie, Paris, La Fabrique, 2005.
Yves Sintomer, Petite histoire de l’expérimentation démocratique. Tirage au
sort et politique d’Athènes à nos jours, Paris, La Découverte, 2011.

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La démocratie est-elle le meilleur régime ?

  • 1. La démocratie est-elle le meilleur régime ? ` Gabriel Gay-Para Chasse-sur-Rhône, le 22 janvier 2020
  • 2. Plan Préambule : politique et philosophie 1. La démocratie et ses paradoxes 1) Le paradoxe de la valeur 2) Le paradoxe de l’origine 3) Le paradoxe des élections 2. La haine de la démocratie 1) Le cas de Platon 2) Épistocratie et démocratie : Jason Brennan 3. L’argument épistémique : un argument décisif en faveur de la démocratie ? 1) L’origine de l’argument : Aristote 2) La réactualisation de l’argument aujourd’hui : Hélène Landemore
  • 3. Préambule : politique et philosophie Emmanuel Macron et Paul Ricoeur en 2003
  • 4. Leo Strauss « La question principale de la philosophie politique est la question du meilleur régime. » Leo Strauss, Qu’est-ce que la philosophie politique ? [1959], trad. O. Sedeyn, PUF, 1992, p.38-39.
  • 5. Calliclès et la critique de la philosophie « La philosophie est une chose charmante, à condition de s’y attacher modérément, quand on est jeune ; mais si on passe plus de temps qu’il ne faut à philosopher, c’est une ruine pour l’homme. Aussi doué qu’on soit, si on continue à faire de la philosophie, alors qu’on en a passé l’âge, on devient obligatoirement ignorant de tout ce qu’on doit connaître pour être un homme de bien, un homme bien vu. » Platon, Gorgias, 484c-d (trad. M. Canto-Sperber, Flammarion, « GF », p.214).
  • 6. Emmanuel Macron : « Je n’aime pas le mot de démocratie parce que ça donne le sentiment que le peuple aurait le pouvoir ». http://www.legorafi.fr/2019/10/07/emmanuel -macron-je-naime-pas-le-mot-de-democratie- parce-que-ca-donne-le-sentiment-que-le- peuple-aurait-le-pouvoir/
  • 7. Violence Parole «outil politique par excellence » (Vernant) Domination (relations verticales) Liberté (relations horizontales) Inégalité Égalité sur le plan juridique et politique Communauté archaïque = pré-politique. Communauté politique = la cité (polis) L’invention de la politique chez les Grecs
  • 8. Hannah Arendt « La liberté est la raison d’être de la politique. » H. Arendt, « Qu’est-ce que la liberté? » in La crise de la culture, Gallimard, « Folio », 1972, p. 202. « Être-libre et vivre-dans-une-polis étaient en un certain sens une seule et même chose. » « Au sens grec, le politique doit donc être compris comme centré sur la liberté. » H. Arendt, Qu’est-ce que la politique ?, Seuil, « Points », 1995, p.76-77.
  • 9. Dewey (1) « Le changement a jusqu’à présent principalement affecté l’aspect le plus technique de la vie humaine. (...) Désormais, c’est chaque jour que l’on accomplit des miracles avec la vapeur, le charbon, l’électricité, l’air, le corps humain. Mais peu de gens sont assez optimistes pour déclarer que nous sommes parvenus au même degré de maîtrise dès lors qu’il s’agit des forces qui président au bien-être social et moral des hommes. » John Dewey, Reconstruction en philosophie (1920), Gallimard, « Folio », p. 181.
  • 10. Dewey (2) «[Le] progrès a entraîné de graves problèmes moraux. Je pense par exemple à la dernière guerre, au problème du capital et du travail, au rapport entre les classes économiques (...) Ces considérations montrent à quel point notre politique est sous-développée, combien notre éducation est grossière et primitive, notre éthique passive et amorphe. » John Dewey, Reconstruction en philosophie (1920), Gallimard, « Folio », p. 182.
  • 11. Dewey (3) « Chez les philosophes d’aujourd’hui, on ne croit pas vraiment que la philosophie ait quelque chose de pertinent à dire sur les problèmes contemporains : on préfère s’intéresser à l’amélioration des techniques philosophiques, à la critique des systèmes du passé. Ces deux préoccupations peuvent se comprendre. Mais ce n’est pas en privilégiant la forme au détriment du contenu substantiel (...) que l’on travaillera à la reconstruction de la philosophie » John Dewey, Reconstruction en philosophie (1920), Gallimard, « Folio », « Introduction de 1948 », p. 24.
  • 12. Dewey (4) « Éliminer ces problèmes traditionnels ne permettrait-il pas à la philosophie de se consacrer à une tâche plus utile et plus féconde ? Cela n’encouragerait-il pas la philosophie à faire face aux grands maux et aux grandes difficultés de nature sociale ou morale dont souffre l’humanité, de se consacrer à l’élucidation des causes et de la nature exacte de ces maux, et de travailler à l’élaboration d’un projet clair d’amélioration des perspectives sociales ? » John Dewey, Reconstruction en philosophie (1920), Gallimard, « Folio », p.180.
  • 13. Castoriadis « La pertinence politique de la philosophie est que la critique et l’élucidation philosophiques permettent de détruire précisément les faux présupposés philosophiques (ou théologiques) qui ont si souvent servi à justifier les régimes hétéronomes. » La montée de l’insignifiance, Les carrefours du labyrinthe 4, Seuil, « Points », 1996, p.99.
  • 14. « La démocratie est-elle le meilleur régime ? » : analyse de la question (1) Deux difficultés : 1) La signification du mot « démocratie » Wendy Brown : « La démocratie jouit aujourd’hui d’une popularité sans précédent dans l’histoire, et pourtant elle n’a jamais été plus vague conceptuellement et plus substantiellement creuse. » (« Nous sommes tous démocrates à présent » dans Démocratie, dans quel état ? [ouvrage collectif], Paris, La Fabrique, 2009, p.41)
  • 15. « La démocratie est-elle le meilleur régime ? » : analyse de la question (2) 2) Le problème du classement La question nous invite à classer les régimes politiques. Or, pour tout classement, il faut un critère de classement. Ici, quel critère choisir ? Le classement dépendra, à l’évidence, du critère retenu. Plusieurs critères sont possibles. 1) Le critère de l’efficacité dans la prise de décision. 2) Le critère de la légitimité ou de la justice de la procédure utilisée. 3) Le critère de la qualité des décisions prises.
  • 16. Pouvoir exercé par Un seul Quelques-uns La masse Pour tous Royauté Aristocratie Gouvernement constitutionnel (politeia) Pour soi-même Tyrannie Oligarchie Démocratie La classification des régimes selon Aristote
  • 17. 1. La démocratie et ses paradoxes M. L. Bosredon L’urne et le fusil, avril 1848 (Bibliothèque Nationale de France, Paris)
  • 18. Abraham Lincoln Démocratie : « le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple » (Discours de Gettysburg, 1863). Constitution du 4 octobre 1958, article 2 : « La devise de la République est “Liberté, Egalité et Fraternité”. Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ».
  • 19.
  • 20. Bernard Manin (1) « Les démocraties contemporaines sont issues d'une forme de gouvernement que ses fondateurs opposaient à la démocratie. L'usage nomme “démocraties représentatives” les régimes démocratiques actuels. Cette expression, qui distingue la démocratie représentative de la démocratie directe, fait apparaître l'une et l'autre comme des formes de la démocratie. Toutefois, ce que l'on désigne aujourd'hui sous le nom de démocratie représentative trouve ses origines dans les institutions qui se sont progressivement établies et imposées en Occident à la suite des trois révolutions modernes, les révolutions anglaise, américaine et française. Or ces institutions n'ont nullement été perçues, à leurs débuts, comme une variété de la démocratie ou une forme du gouvernement par le peuple. » (p.11)
  • 21. Bernard Manin (2) « Madison ne considérait pas la représentation comme une approximation du gouvernement par le peuple rendue techniquement nécessaire par l'impossibilité matérielle de rassembler les citoyens dans de grands États, il y voyait au contraire un système politique substantiellement différent et supérieur. L'effet de la représentation, notait-il, est “d'épurer et d'élargir l'esprit public en le faisant passer par l'intermédiaire d'un corps choisi de citoyens dont la sagesse est le mieux à même de discerner le véritable intérêt du pays et dont le patriotisme et l'amour de la justice seront les moins susceptibles de sacrifier cet intérêt à des considérations éphémères et partiales”. “Dans un tel système, poursuivait-il, il peut fort bien se produire que la volonté publique formulée par les représentants du peuple s'accorde mieux avec le bien public que si elle était formulée par le peuple lui- même, rassemblé à cet effet”. » (p.12-13)
  • 22. Bernard Manin (3) « Sieyès, de son côté, soulignait avec insistance la “différence énorme” entre la démocratie où les citoyens font eux-mêmes la loi et le régime représentatif dans lequel ils commettent l'exercice de leur pouvoir à des représentants élus. Toutefois, la supériorité du régime représentatif ne tenait pas tant, pour Sieyès, à ce qu'il produisait des décisions moins partiales et passionnelles, mais à ce qu'il constituait la forme de gouvernement la plus adéquate à la condition des « sociétés commerçantes » modernes où les individus sont avant tout occupés à produire et à distribuer des richesses. Dans de telles sociétés, remarquait Sieyès, les citoyens n'ont plus le loisir nécessaire pour s'occuper constamment des affaires publiques, ils doivent donc, par l'élection, confier le gouvernement à des individus consacrant tout leur temps à cette tâche. » (p.13)
  • 23. Sièyes « La France n’est point, ne peut pas être une démocratie. (...) Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie (et la France ne saurait l’être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants. » Sièyes, Discours du 7 septembre 1789 « sur l’organisation du pouvoir législatif et la sanction royale », cité par Francis Dupuis- Déri, Démocratie. Histoire politique d’un mot, Montréal, Lux, 2013, p.141.
  • 24.
  • 25. Dupuis-Déri « Le renversement de sens a été effectué consciemment par les élites aux États-Unis vers 1830 et en France en 1848, parce que les références positives à la démocratie permettaient d’accroître leur pouvoir de séduction en période électorale. » (p.13) « Il a suffi d’à peine deux ou trois générations pour que le mot « démocratie » qui signifiait depuis deux mille ans le gouvernement du peuple par le peuple, en vienne à désigner un régime politique où une poignée de politiciens élus prennent les décisions au nom du peuple. » (p.357)
  • 26.
  • 27. Le Conseil des Cinq cents (Boulè) 500 bouleutes préparent les lois, conseillent l’assemblée. L L’Assemblée (Ecclésia) 6000 citoyens présents votent les lois, votent la guerre, l’ostracisme. Le tribunal de l’Héliée 600 héliastes rendent la justice. Les magistratures 700 magistrats, dont 600 tirés au sort, font appliquer les lois. Tirage au sort Tirage au sort Tirage au sort et élection La cité comporte entre 250 000 et 300 000 habitants, dont 30 000 seulement environ sont citoyens. Les femmes, les enfants, les métèques, et les esclaves ne bénéficient pas du statut de citoyen. Il y a une rotation des postes. Le mandat des magistrats tirés au sort ne dure qu’un an. On a recours à l’élection seulement lorsque il faut des compétences spéciales. Chaque citoyen est familier avec les affaires publiques, et a une expérience de l’exercice du pouvoir. 70% des citoyens de plus de trente ans ont été bouleutes une fois dans leur vie.
  • 28. Les élections comme procédure aristocratique (1) Aristote : « Il est considéré comme démocratique que les magistratures soient attribués par le sort.» (Les politiques, IV, 9, 1294b, trad.fr. P. Pellegrin, Paris, Flammarion, « GF », 1993, p.307) Montesquieu : « Le suffrage par le sort est dans la nature de la démocratie ; le suffrage par choix est de celle de l’aristocratie » (De l’esprit des lois, éd. V. Goldschmidt, Paris, Flammarion, « GF », 1979, tome 1, livre II, chapitre II, p.134).
  • 29. Les élections comme procédure aristocratique (2) François Guizot (1787-1874) : « Le but de l’élection est évidemment d’envoyer au centre de l’État les hommes les plus capables et les plus accrédités du pays ; c’est une manière de découvrir et de constituer la véritable, la légitime aristocratie, celle qu’acceptent librement les peuples sur qui doit s’exercer le pouvoir. » (« Élections » dans Discours académiques, Paris, Didier, 1864, p.395)
  • 30. Contre les élections ? (1) Moses I. Finley : « L’équation démocratie = régime comportant des élections est si profondément enracinée dans notre culture qu’il faut un effort délibéré pour s’en débarrasser complètement quand on étudie la politique antique. » (L’invention de la politique (1983), trad.fr. J. Carlier, Paris, Flammarion, « Champs », 1985, p.111).
  • 31. Contre les élections ? (2) David Van Reybrouck : « (...) nous sommes tous devenus des fondamentalistes des élections. Nous méprisons les élus, mais nous vénérons les élections. Le fondamentalisme électoral est la conviction inébranlable qu’une démocratie ne peut se concevoir sans élections, que les élections sont la condition nécessaire, fondatrice pour parler d’une démocratie. » (Contre les élections, Arles, Actes Sud, « Babel Essai », 2014, p.52)
  • 32.
  • 33.
  • 34. Le suffrage universel comme antidote à la révolution ? Gambetta, dans son discours du 9 octobre 1877 : « si le suffrage universel fonctionne dans la plénitude de sa souveraineté, il n’y a plus de révolution possible, parce qu’il n’y a plus de révolution à tenter, plus de coup d’État à redouter quand la France a parlé ». Cité par Albert O. Hirschman, Bonheur privé, action publique, Paris, Fayard, 1983 , p.195.
  • 35.
  • 36. 2. La haine de la démocratie Frontispice du Léviathan de Hobbes (1651) Frontispice de la traduction de Thucydide par Hobbes (1629)
  • 37. Rancière « La haine de la démocratie n’est certes pas une nouveauté. Elle est aussi vieille que la démocratie pour une simple raison : le mot lui-même est l’expression d’une haine. Il a d’abord été une insulte inventée, dans la Grèce antique, par ceux qui voyaient la ruine de tout ordre légitime dans l’innommable gouvernement de la multitude. » Jacques Rancière, La haine de la démocratie, Paris, La Fabrique, 2005, p.7.
  • 38. Platon et les philosophes-rois « À moins que, dis-je, les philosophes n’arrivent à régner dans les cités, ou à moins que ceux qui à présent sont appelés rois et dynastes ne philosophent de manière authentique et suffisante et que viennent à coïncider l’un avec l’autre pouvoir politique et philosophie (...) il n’y aura pas, mon ami Glaucon, de terme aux maux des cités ni, il me semble, à ceux du genre humain. » Platon, La République, V, 473d (trad. G. Leroux, Flammarion, « GF », p.301).
  • 39. La cité idéale selon Platon Raison (nous) Cœur (thumos) Désir (epithumia) Les trois classes de la cité Les trois parties de l’âme
  • 40. La critique de la démocratie chez Platon (1) « Dans une cité de ce genre, on ne se voit soumis à aucune obligation de gouverner, même si on en possède les capacités, pas plus que l’on n’est soumis au gouvernement des autres si l’on n’y consent pas ». (557e) «[La démocratie] est apparemment une constitution politique agréable, privée d’un réel gouvernement, bariolée, et qui distribue une égalité bien particulière tant aux égaux qu’à ceux qui sont inégaux. » (558c) Platon, La République, VIII, (trad. G. Leroux, Flammarion, « GF », p. 424- 425).
  • 41. La critique de la démocratie chez Platon (2) « Vois, par exemple, quand le père prend l’habitude de se comporter comme s’il était semblable à son enfant et se met à craindre ses fils, et réciproquement quand le fils se fait l’égal de son père et ne manifeste plus aucun respect ni soumission à l’endroit des parents. Dans quel but ? Devenir libre. Et pareillement pour le métèque qui se fait l’égal du citoyen, et le citoyen l’égal du métèque, et de même pour l’étranger (...) Dans ce régime, le maître craint ceux qui sont placés sous sa gouverne et il est complaisant à leur endroit. Les élèves, eux, ont peu de respect pour les maîtres, et pas davantage pour leurs pédagogues. » (562e-563a, trad. p.432- 433)
  • 42. Schumpeter (1) « La démocratie, selon le point de vue adopté par nous, ne signifie pas et ne peut pas signifier que le peuple gouverne effectivement dans aucun des sens évidents que prennent les termes « peuple » et « gouverner ». Démocratie signifie seulement que le peuple est à même d’accepter ou d’écarter les hommes appelés à le gouverner. » Joseph Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie (1942), Payot, 1990, p. 375.
  • 43. Schumpeter (2) « Les électeurs (...) doivent respecter la division du travail entre eux-mêmes et les politiciens qu’ils élisent. Ils ne doivent pas leur retirer trop facilement leur confiance dans l’intervalle des élections et ils doivent comprendre que, une fois qu’ils ont élu un individu, l’action politique devient son affaire et non pas la leur. » Joseph Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie (1942), Payot, 1990, p. 389.
  • 44. Margaret Thatcher Une perle antidémocratique : « Vous avez eu le choix, c’est moi que vous avez élue, donc maintenant je gouverne et vous la fermez. » « You had your chance, you elected me, now I govern, and you shut up » Cité par Adam Prezworski, À quoi bon voter ?, Genève, éditions Markus Haller, 2019, p.98.
  • 45. Schumpeter (3) « Le citoyen typique, dès qu’il se mêle de politique, régresse à un niveau inférieur de performance mentale. (...) Il redevient un primitif. Sa pensée devient associative et affective. (...) Même s’il ne se trouvait pas de partis politiques pour l’influencer, le citoyen typique tendrait, en matière d’affaires publiques, à céder à des préjugés et impulsions (...) irrationnels. » Joseph Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie (1942), Payot, 1990, p. 346.
  • 46.
  • 47. « Democracy is nothing more than a hammer. If we can find a better hammer, we should use it. (p.11)
  • 48. Jason Brennan (1) 1) On se plaint de l’abstention et de l’apathie politique des citoyens. En fait, c’est une bonne nouvelle : il faudrait que les citoyens participent encore moins. 2) Le droit de vote ne devrait pas être accordé de manière automatique, sans condition. Le droit de vote (comme le permis de conduire, ou le permis de chasse) devrait n’être accordé qu’aux citoyens un minimum compétents. 3) Le suffrage universel pose un problème moral. Celui qui vote mal fait du mal non seulement à lui-même mais aussi aux autres, en contribuant, par exemple, à l’élection d’un mauvais dirigeant. Les citoyens compétents payent le prix de l’ignorance et de la bêtise des autres. C’est injuste.
  • 49. Jason Brennan (2) 4) La démocratie n’est pas en elle-même, et nécessairement, un bon régime ou un régime juste. Jason Brennan défend une position instrumentale (et non procédurale) : s’il y a de meilleurs régimes que la démocratie, il faut les essayer. Ce qui compte, avant tout, ce n’est pas la procédure utilisée, mais les résultats. 5) Jason Brennan défend l’épistocratie : il faut donner le pouvoir, non au peuple, mais à ceux qui sont un minimum compétents politiquement. Il s’inscrit dans la continuité de Platon. Il propose différentes formes d’épistocratie. Chacune a ses avantages et ses inconvénients.
  • 50. Jason Brennan (3) Quelques exemples de mesures « épistocratiques » • « Restricted suffrage » : retour à une sorte de suffrage censitaire ; peut voter seulement celui qui a réussi, au préalable, un test. • « Plural voting » : plus les individus sont diplômés, qualifiés, plus leur voix compte. • « Enfranchisement lottery : utilisation du tirage au sort pour attribuer le droit de vote à certains qui suivront, ensuite, une formation, pour pouvoir enfin délibérer et voter de manière éclairée. • « Epistocratic veto ». On pourrait conserver la démocratie actuelle en l’état, mais lui ajouter un contre-pouvoir : une assemblée composée de citoyens reconnus comme compétents, qui a un droit de veto sur les décisions prises par les gouvernants élus.
  • 51. Jason Brennan (4) NB : La présupposition majeure de Jason Brennan, la proposition sur laquelle repose toute son argumentation, et qui fait l’objet du chapitre 2 du livre, c’est que les électeurs ordinaires sont incompétents politiquement, sont soit ignorants, soit soumis à des préjugés. Dans tous les cas, ils votent mal. Selon lui, l’ignorance de l’électeur ordinaire est un fait établi objectivement par les sciences politiques. Brennan propose de distinguer trois types d’électeurs : - Les « hobbits » ; - Les « hooligans » ; - Les « vulcans ».
  • 52. Finley « La "découverte" la mieux connue peut-être, et certainement la plus célébrée, dans les recherches modernes concernant l’opinion publique, c’est l’indifférence et l’ignorance de la majorité des électeurs dans les démocraties occidentales. » Démocratie antique et démocratie moderne (1972), trad.fr. M. Alexandre, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 2003, p.47.
  • 53. Jason Brennan (5) Les trois principes de l’épistocratie selon David Estlund • Le principe de la vérité : il y a des vérités dans le domaine politique. • Le principe du savoir : seulement certaines personnes (les experts) connaissent ces vérités ; la plupart des citoyens sont ignorants, et sont incapables de distinguer ce qui est vrai et ce qui est faux. • Le principe autoritaire : au nom du bien commun, il faut que l’élite experte gouverne ; son savoir justifie le pouvoir qu’elle exerce sur les autres citoyens. Ces derniers, du fait de leur ignorance, doivent se soumettre.
  • 54. Jason Brennan (6) Principe anti-autoritaire : « quand des citoyens sont déraisonnables moralement, ignorants ou incompétents politiquement, on est autorisé à ne pas les laisser exercer un pouvoir politique sur les autres. On est autorisé soit à leur interdire d’exercer le pouvoir, soit à réduire le pouvoir qu’ils ont, afin de protéger les gens innocents de leur incompétence ». Jason Brennan, op.cit., p.17, traduction personnelle.
  • 55. Rancière « Et si l’on peut établir par comparaisons statistiques que certaines formes de flexibilisation du droit du travail créent à moyen terme plus d’emplois qu’elles n’en suppriment, il est plus difficile de démontrer que la libre circulation des capitaux exigeant une rentabilité toujours plus rapide soit la loi providentielle conduisant l’humanité tout entière vers un avenir meilleur. Il y faut une "foi" . L’ "ignorance" reprochée au peuple est simplement son manque de foi. De fait, la foi historique a changé de camp. Elle semble aujourd’hui l’apanage des gouvernants et de leurs experts. » Jacques Rancière, La haine de la démocratie, op.cit., p. 89
  • 56. Dewey « Tout gouvernement par les experts dans lequel les masses n’ont pas la possibilité d’informer les experts sur leurs besoins ne peut être autre chose qu’une oligarchie administrée en vue des intérêts de quelques-uns. (...) Le monde a plus souffert des chefs et des autorités que des masses. » John Dewey, Le public et ses problèmes, op.cit., p.311.
  • 57. 3. L’argument épistémique : un argument décisif en faveur de la démocratie ? Sydney Lumet, Twelve Angry Men (1957)
  • 58. Aristote (1) «Qu’il faille que la masse soit souveraine plutôt que ceux qui sont les meilleurs mais qui sont peu nombreux, cela semblerait apporter une solution qui certes fait aussi difficulté, mais comporte aussi sans doute du vrai. Car il est possible que de nombreux individus, dont aucun n’est un homme vertueux, quand ils s’assemblent soient meilleurs que les gens dont il a été question, non pas individuellement, mais collectivement, comme les repas collectifs sont meilleurs que ceux qui sont organisés aux frais d’une seule personne. » Aristote, Les politiques, III, 11.
  • 59. Aristote (2) « Au sein d’un grand nombre, en effet, chacun possède une part d’excellence et de prudence, et quand les gens se sont mis ensemble de même que cela donne une sorte d’homme unique aux multiples pieds, aux multiples mains et avec beaucoup d’organes des sens, de même en est-il aussi pour les qualités éthiques et intellectuelles. C’est aussi pourquoi la multitude est meilleur juge en ce qui concerne les arts et les artistes : en effet, les uns jugent une partie, les autres une autre, et tous jugent le tout. » (ibid.)
  • 60. Aristote (3) « En effet, quand ils sont tous réunis, ils possèdent une juste perception des choses, et mélangés aux meilleurs ils sont utiles aux cités, comme un aliment impur mélangé à un aliment pur rend le tout plus profitable qu’une trop petite quantité d’aliment pur. Par contre, pris individuellement, chacun a un jugement imparfait. » (ibid.)
  • 61. Y a-t-il une « sagesse des foules » ? Machiavel : « Quant à la prudence et à la stabilité, je dis qu’un peuple est plus prudent, plus stable et plus avisé qu’un prince. (…) Quant à juger les choses, il est très rare que le peuple, quand il entend deux orateurs d’égale vertu qui prennent des voies divergentes, n’embrasse pas l’opinion la meilleure. » (Discours sur la première décade de Tite-Live, I, 58). Spinoza : « Dans un régime démocratique, tout particulièrement, les décisions absurdes ne sont pas fort à redouter : il est presque impossible que la majorité des hommes, au sein d’un groupe un considérable, se mettent d’accord sur une absurdité. » (Traité théologico-politique, XVI).
  • 62.
  • 63. Le théorème du jury de Condorcet (1) « Si la probabilité de la voix de chaque votant est plus grande que ½, c’est-à-dire s’il est plus probable qu’il jugera conformément à la vérité, plus le nombre des votants augmentera, plus la probabilité de la vérité de la décision sera grande : la limite de cette probabilité sera la certitude. » Condorcet, Essai sur l’application de l’analyse à la probabilité des décisions rendues à la pluralité des voix, 1785 (cité par Didier Mineur, Le pouvoir de la majorité, Paris, Classiques Garnier, 2017, p.265)
  • 64. Le théorème du jury de Condorcet (2) Pi : probabilité qu’a un individu de trouver la bonne réponse. Pm: probabilité qu’a la majorité de trouver la bonne réponse. 3 conditions à respecter : 1) Pi > 0,5 ; 2) Indépendance des électeurs ; 3) Vote sincère. Supposons qu’ il y ait n électeurs : si n tend vers l’infini, alors Pm tend vers 1.
  • 65.
  • 66.
  • 67. Le miracle de l’agrégation L’exemple classique : Francis Galton (1822-1911)
  • 68. La diversité cognitive « Lorsqu’il s’agit de faire des prédictions (sur le poids d’un bœuf, sur le meilleur candidat aux fonctions présidentielles, etc.), la différence cognitive entre les électeurs est tout aussi importante que la compétence individuelle. » « Plus on agrège de jugements dans le jugement collectif, plus on introduit de diversité cognitive, de corrélations négatives, et plus le groupe est intelligent. » Hélène Landemore, « La raison démocratique : Les mécanismes de l’intelligence collective en politique », Raison Publique n°12, avril 2010, p.35-37.
  • 69. « It is epistemically better to have a larger group of average but cognitively diverse people than a smaller group of very smart people but homogeneously thinking individuals. » Hélène Landemore, Democratic Reason, op.cit., p.90.
  • 70. La délibération (1) « La règle de la majorité en tant que telle est aussi absurde que ses critiques l’accusent d’être. Mais elle n’est jamais purement une règle de la majorité (...). Les moyens par lesquels une majorité en arrive à être une majorité est le point le plus important : des débats préalables, la modification des points de vue pour satisfaire les opinions des minorités, le fait que ces dernières sont relativement satisfaites du fait même qu’elles ont disposé d’une chance et qu’il est possible qu’elles forment une majorité la prochaine fois. » John Dewey, Le public et ses problèmes, op.cit., p.310.
  • 71. La délibération (2) Une critique possible de la délibération : La loi de la polarisation de groupe (Cass Sunstein) Cf. Cass Sunstein, « Y a-t-il un risque à délibérer ?Comment les groupes se radicalisent » (2000) in C. Girard, A. Le Goff, La démocratie délibérative, anthologie de textes fondamentaux, Hermann, 2010.
  • 72. Dewey (1) « Les accusations dirigées contre l’intelligence des individus portent en réalité contre un ordre social qui ne permet pas à l’individu moyen d’avoir accès au riche gisement de trésors de savoirs, d’idées et de desseins accumulés par l’humanité. Le type d’organisation sociale qui permettrait à l’être humain de prendre seulement part à l’intelligence sociale potentiellement disponible n’existe pas à l’heure actuelle. » John Dewey, Liberalism and Social Action (1935), trad. fr. : Après le libéralisme ? Ses impasses, son avenir, Climats, 2014, p.125-126.
  • 73. Dewey (2) « Derrière l’appropriation par le petit nombre des ressources matérielles de la société, il y a l’appropriation par les mêmes et à leur propre profit des ressources culturelles et spirituelles qui sont, non pas le produit des individus qui les ont accaparées, mais le fruit d’un travail de coopération de l’humanité dans son ensemble. Il est vain de parler de l’échec de la démocratie tant qu’on n’a pas identifié la source de son échec et qu’on n’a pas pris les mesures propres à faire éclore le type d’organisation sociale qui favorisera une expansion socialisée de l’intelligence. » (p.126)
  • 74. Bibliographie (pour aller plus loin) Jason Brennan, Against Democracy, Princeton, Princeton University Press, 2016. Francis Dupuis-Déri, Démocratie. Histoire politique d’un mot, Montréal, Lux, 2013. Charles Girard, Délibérer entre égaux. Enquête sur l’idéal démocratique, Paris, Vrin, 2019. Hélène Landemore, Democratic Reason. Politics, Collective Intelligence, and the Rule of the Many, Princeton, Princeton University Press, 2013. Bernard Manin, Principes du gouvernement représentatif, Paris, Flammarion « Champs », 1995. Jacques Rancière, La haine de la démocratie, Paris, La Fabrique, 2005. Yves Sintomer, Petite histoire de l’expérimentation démocratique. Tirage au sort et politique d’Athènes à nos jours, Paris, La Découverte, 2011.