mission
interministérielle
pour la qualité
des constructions
publiques
Constructions
publiques
architecture et “HQE”
JACQUES CABANIEU
JEAN-MARIE GALIBOURG
DOMINIQUE GAUZIN MÜLLER
MISSION
INTERMINISTÉRIELLE
POUR LA QUALITÉ
DES CONSTRUCTIONS
PUBLIQUES
AVANT-GARDE/01 45 74 61 61
ISBN 2-11-094243-6
directeur de la publication
coordination et rédaction
iconographie
Arche Sud
92055 La Défense cedex
tél. 01 40 81 23 30
fax 01 40 81 23 78
www.archi.fr/MIQCP
avril 2003
conception et réalisation
Constructions
publiques
architecture et “HQE”
mission
interministérielle
pour la qualité
des constructions
publiques
Préface
Première partie
La philosophie
de la démarche
“HQE”
Le contexte historique
de la “HQE”
La “HQE”,
une démarche systémique
Les partenaires de la “HQE”
La “HQE”, une contribution
au développement durable
La “HQE”, une relecture
de la qualité architecturale
La maîtrise d’ouvrage publique
et la “HQE”
Le conseil à la maîtrise
d’ouvrage
Un dialogue avec
la maîtrise d’œuvre
Une approche économique
de la “HQE”
Deuxième partie
La mise en place
d’une opération
“HQE”
La programmation
Le choix de l’équipe
de maîtrise d’œuvre
La “HQE” et les éléments
de mission de maîtrise
d’œuvre
Troisième partie
Les 14 cibles
de la démarche
“HQE”
Éco-construction — cibles 1 à 3
Éco-gestion — cibles 4 à 7
Confort — cibles 8 à 11
Santé — cibles 12 à 14
Remerciements
Sommaire
SOMMAIRE 03
1 2 308— 38— 54—
62—
72—
78—
83—
04—
44—
48—
13—
16—
17—
20—
22—
26—
29—
31—
CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”04
En 1998, la MIQCP éditait, conjointement avec le Plan Urbanisme, Construction et
Architecture (PUCA) un premier guide intitulé “INTÉGRER LA QUALITÉ ENVIRONNEMEN-
TALE DANS LES CONSTRUCTIONS PUBLIQUES”.
Aujourd’hui, de nombreuses publications accompagnent la montée en puissance et le
développement de la démarche dite de “Haute Qualité Environnementale”.
Leur caractère de plus en plus technique est fort utile aux professionnels de la construc-
tion, mais il risque de décourager la maîtrise d’ouvrage publique ou de l’inciter à s’en
remettre à des “experts” chargés de “mettre tout çà en musique”.
Aussi, le présent ouvrage traitera en priorité de la “philosophie” avec laquelle une telle
démarche devrait être mise en œuvre dans le domaine des constructions publiques.
En s’adressant aux maîtres d’ouvrage publics, et à leur responsabilité “politique”, la MIQCP
propose de recadrer la démarche “HQE” au sein de pratiques de la commande qui ont
aujourd’hui fait leurs preuves.
Il faut rappeler que la “HQE” n’est pas une simple mode, mais qu'elle prend racine dans
Préface
le concept, plus vaste, de développement durable, et surtout, qu’elle s’insère dans une
démarche de projet, démarche progressive et itérative, prenant en compte l’ensemble des
valeurs devant être portées par l’architecture publique.
La MIQCP soutient l’esprit de cette démarche tel qu’il est actuellement défendu par l’as-
sociation “HQE” dont elle suit les travaux depuis l’origine.
Elle souhaite que cette préoccupation ne vienne pas compliquer encore plus le processus
de commande.
Elle voudrait que cette démarche “HQE” ne soit pas indépendante de celle, plus globale, de
la programmation, que la qualité environnementale soit partie intégrante du projet archi-
tectural, à la fois lieu de la synthèse et épreuve de vérité.
Cette publication ne contient ni recettes, ni documents types, encore moins de normes de
qualité.
C’est en revanche une invitation à la distance, à la réflexion sur tous les enjeux d’une
construction publique.
Son objectif est d’inciter les maîtres d’ouvrage à faire confiance aux équipes de program-
mation et de maîtrise d’œuvre qui devront allier de nouveaux savoirs et de nouvelles tech-
niques à leur éthique, à leur conviction et à leur engagement.
François KOSCIUSKO-MORIZET
Président de la MIQCP
Maire de Sèvres
Ingénieur Général des Ponts et Chaussées
PRÉFACE 05
La philosophie
de la démarche
“HQE”
Première partie
07
Si la démarche “HQE”
nécessite savoirs et techniques,
sa véritable efficacité
est soumise à conditions :
l’éthique environnementale
et l’engagement “politique”
de la Maîtrise d’ouvrage
publique.
La naissance du concept
de développement durable
Après la période de forte croissance qui a
suivi la deuxième guerre mondiale (en France,
“les 30 glorieuses”), la fin du XXe
siècle fut mar-
quée par des catastrophes environnementales
qui alertèrent l’opinion publique sur les nouveaux
risques planétaires, et contribuèrent à la nais-
sance d’une certaine conscience écologique et
humaniste :
s l’aggravation de l’effet de serre, issu du
réchauffement de la planète, et les perturba-
tions climatiques dues aux activités humaines.
s l’explosion démographique (6 milliards de
personnes en l’an 2000), qui entraîne l’épui-
sement des ressources naturelles et la concen-
tration des populations dans les aires urbaines
(80 % de la population d’Europe vit en ville).
s l’impact grave des pollutions sur la santé
humaine, comme l’ont montré en France le
plomb et l’amiante, ou encore la légionellose.
s l’écart de plus en plus important entre pays
riches au nord et pays pauvres au sud et
l’inégalité des chances.
Le contexte historique
de la “HQE”
s les catastrophes industrielles (Tchernobyl,
Bhopal, …).
C’est dans ce contexte qu’est apparu, pour la
première fois en 1972 lors de la conférence
de Stockholm sur l’environnement, le concept
de développement durable. Mais il lui aura
fallu 20 ans pour être réellement propulsé sur
le devant de la scène internationale, lors du
Sommet de la Terre de 1992, grâce à son texte
fondateur : la “déclaration de Rio” sur l’environ-
nement et le développement.
Lors de cette conférence, le plan d’actions pour
le XXIe
siècle, appelé “Agenda 21”, a été signé
par 179 états. Il a mis en avant de nouvelles
priorités : lutte contre la pauvreté, protection
des ressources naturelles, gestion des déchets
et des résidus toxiques, aménagement harmo-
nieux du territoire, changement de politique de
consommation. Dans un souci constant d’asso-
cier la population aux décisions locales, certaines
collectivités territoriales décidèrent, avec l’appui
de la Commission européenne, de signer lors
de la conférence d’Aalborg de 1994 une Charte
des villes européennes pour un développement
durable, traduite en “Agenda 21” locaux.
CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”08
La définition du
développement durable
Le développement durable est un “développe-
ment qui répond aux besoins du présent
sans compromettre la capacité des généra-
tions futures de répondre aux leurs” (rapport
Brundtland “Our common future”, rapport sur
l’environnement pour les Nations Unies, 1980).
Il se traduit concrètement sur le terrain par le
concept : “penser globalement, agir localement”.
Le développement durable conjugue simultané-
ment trois paramètres fondamentaux :
s l’équité sociale, avec une triple solidarité :
sur le long terme, en préservant les intérêts
des générations futures ; au présent, en pre-
nant des mesures concrètes contre la pauvreté
et en mobilisant les citoyens autour des projets
désirables et partagés ; dans l’espace, en
créant un contexte géopolitique d’entraide
entre le Nord et le Sud.
s la prudence environnementale qui donne la prio-
rité à une politique préventive plutôt que curative,
concernant les ressources naturelles et les
impacts sur la biodiversité et les écosystèmes.
s l’efficacité économique, prenant en compte
la globalisation des coûts et les interférences
avec les deux autres paramètres.
La mise en place du développement durable
passe par la “Gouvernance”, définie comme une
dynamique d’actions partagées et solidaires
des acteurs, issue d’un partenariat entre public,
privé et société civile. Elle est fondée sur l’éthique
de la responsabilité citoyenne et sur la pluralité
des points de vue.
Les engagements internationaux
et leurs répercussions nationales
Si le sommet de Rio, en 1992, a amorcé une
prise de conscience politique des risques réels
entraînés par le réchauffement de la planète, le
bouleversement des équilibres des écosystèmes,
les atteintes à la biodiversité et l’épuisement
des ressources naturelles, il aura fallu attendre
le sommet de Kyoto, en 1997, pour que des
mesures concrètes soient enfin décidées.
Toutefois, c’est à la conférence de Marrakech,
en 2001, que des engagements internationaux
furent pris et que la voie pour la ratification du
protocole de Kyoto s’ouvrit réellement.
Le protocole de Kyoto prévoit la réduction des
émissions de C02
dans l’atmosphère. L’objectif
est pour l’Europe une réduction de 8 % du niveau
d’émission de gaz à effet de serre, en 2010
par rapport à celui de 1990. Cet engagement
signifie pour la France une réduction de 16 mil-
lions de tonnes équivalent carbone, dont 17 %
dans le secteur du bâtiment.
Le développement durable est désormais un
véritable enjeu de société. Il nous oblige à
tourner la page de la période de la croissance
mono-orientée, marquée par l’esprit du “produire
plus”, pour ouvrir celle du “produire mieux”, et
de façon plus équitable.
La répercussion de tous ces engagements inter-
nationaux, en Europe et en France, est directe :
une série de lois et de réglementations impor-
tantes traduit le changement politique en matière
environnementale et marque, de manière pro-
fonde, la dernière décennie du XXe
siècle :
PREMIÈRE PARTIE PHILOSOPHIE DE LA DÉMARCHE “HQE” 09
Résidence avec le label Habitat passif
en Autriche
© Dominique Gauzin-Müller
La résidence Ölzbündt est un des premiers
immeubles d’habitat collectif répondant aux
exigences du label Habitat passif, soit une
consommation de chauffage inférieure à
15 kWh/m2
/an. L’application des principes
bioclimatiques a réduit sensiblement les
besoins en énergie : volume compact pour
limiter les déperditions ; socle massif pour
l’inertie ; balcons et coursives désolidarisés
de l’ossature principale pour supprimer les
ponts thermiques ; ouvertures judicieuse-
ment dimensionnées en fonction de l’orien-
tation. Pour atteindre la valeur exigée par
le label, ces mesures de bon sens ont été
complétées par une enveloppe optimisée
et des installations performantes : puits
canadien, pompes à chaleur, capteurs
solaires. L’isolation est renforcée sur toutes
les parois : murs (35 cm de laine minérale,
U = 0,11 W/m2
K), toiture (45 cm, U =
0,10 W/m2
K) et plancher bas du rez-de-
chaussée (22 cm, U = 0,12 W/m2
K). Les
menuiseries ont un triple vitrage isolant
avec des lames en gaz rare (U = 0,7W/m2
K).
Expérimentale par son concept énergétique,
cette opération de treize logements l’est
aussi par son système constructif à struc-
ture bois, basé sur une logique d’optimisa-
tion de la matière, de standardisation et de
préfabrication. Sa réalisation en 1997 dans
le Vorarlberg, creuset de l’innovation archi-
tecturale écologique, a représenté un pas
décisif vers un habitat industrialisé confor-
table et économe. Une collaboration efficace
entre architectes, ingénieurs et entreprises
a favorisé un juste équilibre entre pragma-
tisme bioclimatique et technologies de
pointe.
Maîtrise d’ouvrage :
Anton Kaufmann
Architecte :
Hermann Kaufmann,
Schwarzach, Autriche
Bureau d’études structure :
merz kaufmann partner,
Dornbirn, Autriche
Entreprise bois :
Kaufmann Holz AG, Reuthe,
Autriche
Réalisation : 1997
Surface :
940 m2
habitables
Coût de construction :
1,4 M€
“Les approches scandinaves et germaniques
sont basées sur la responsabilité individuelle
de chaque éco-citoyen, motivé par des incitations
fiscales et des réglementations ou des labels
performantiels.”
s loi sur les déchets de 1976,
s loi sur l’eau de janvier 1992,
s loi paysages de janvier 1992,
s loi contre le bruit de 1992, et introduction de
la NRA de 1994, effective au 1er
janvier 1996,
s loi relative au renforcement de la protection de l’en-
vironnement de février 1995, dite loi BARNIER,
s loi sur l’air de décembre 1996 et mise en place
des Plans de Déplacements Urbains (PDU),
s loi pour l’Aménagement et le Développement
Durable du Territoire (LOADDT) de juin 1999,
dite loi VOYNET,
s loi sur l’intercommunalité de juillet 1999, dite
loi CHEVENEMENT,
s plan national de lutte contre le changement
climatique de 2000,
s loi de la Solidarité et du Renouvellement Urbain,
de décembre 2000, dite loi SRU,
s Nouvelle Réglementation Thermique, dite RT
2000,
s loi sur la Démocratie de Proximité de février
2002,
La loi SRU introduit pour la première fois la notion
du développement durable dans les documents
d’urbanisme (SCOT, PLU et surtout PADD). L’article
L.121-1 du Code de l’urbanisme impose désor-
mais les trois principes du développement durable :
s l’équilibre entre le développement urbain, le
développement de l’espace rural, la préser-
vation des espaces et des paysages naturels
et des territoires affectés aux activités agri-
coles et forestières,
s la diversité des fonctions et la mixité sociale,
s le respect de l’environnement dans toutes ses
facettes (eau, air, sol et sous-sol, écosystèmes,
paysages naturels et urbains, prévention des
risques naturels et technologiques, pollutions
et nuisances…).
Un des objectifs du développement durable des
territoires interpelle directement le cadre de
vie bâti et plus précisément le secteur de la
construction.
Le secteur du bâtiment consomme à lui seul
50 % des ressources naturelles, 40 % de
l’énergie, 16 % de l’eau, et produit plus de
50 % des déchets. Les bâtiments résidentiels
et tertiaires génèrent, au niveau mondial, 25 %
des émissions de CO2
.
Si aucune mesure n’est prise aujourd’hui, la
dépendance énergétique européenne pourrait
atteindre 70 % en 2030 contre 50 % aujour-
d’hui. L’Union européenne s’est fixée pour objectif
de porter la part d’électricité “verte” à 22,1 %
de sa consommation en 2010 contre 13,9 %
en 1997. Dans ce cadre, la France se devrait
d’installer, d’ici 2010, environ 14 000 méga-
watts d’énergie éolienne.
Dans le même esprit, la Commission européenne
conclut que les scénarios d’économie énergé-
tique dans le domaine du bâtiment permettraient
de réaliser rapidement 22 % d’économies grâce
à une série de mesures concrètes.
Les différentes démarches
environnementales
en Europe et dans le monde.
Le cas de la France.
Depuis la conférence de Rio en 1992, la préoccu-
pation environnementale appliquée à l’urbanisme et
PREMIÈRE PARTIE PHILOSOPHIE DE LA DÉMARCHE “HQE” 11
à l’architecture a donné naissance à diverses
méthodes dans plusieurs pays européens.
L’approche scandinave est basée sur la mobilisation
et la responsabilité individuelle de chaque éco-
citoyen, motivées par des incitations fiscales et des
réglementations très précises. On trouve aussi :
la démarche hollandaise avec son propre système
de références, la grille DBCA, la méthode Breeam
en Angleterre, le concept suisse Minergie, le label
Habitat Passif en Allemagne ou encore la métho-
de internationale “Green Building Challenge”.
En France, la démarche environnementale a été
initiée par le programme Écologie et Habitat,
lancé par le Plan Construction et Architecture en
1992 et concrétisée à travers une première
série d’opérations expérimentales (REX), lancées
à partir de 1993.
Pour la première fois, les acteurs de la construc-
tion se mobilisaient autour de la question de la
qualité environnementale.
La qualité environnementale
“à la française”
L’Association “HQE” est née du programme
Écologie et Habitat initié par le Plan Construction
et Architecture. Elle s’est développée grâce aux
travaux de l’ATEQUE (Atelier d’Évaluation de la
Qualité Environnementale des bâtiments).
L’association, créée en 1996, est pionnière
dans ce domaine et regroupe aujourd’hui plus de
50 adhérents : institutions publiques et privées,
milieux associatifs, maîtres d’ouvrage, organisa-
tions professionnelles, industriels. Les ministères
sont étroitement associés à ses travaux.
Elle s’est fixé deux objectifs :
s proposer des méthodes visant à améliorer la
qualité environnementale des bâtiments neufs
et existants des secteurs résidentiels et ter-
tiaires et en particulier les constructions
publiques,
s assurer la promotion de la qualité environne-
mentale en s’appuyant sur une définition expli-
cite et sur un système de management.
Comme il sera développé plus loin, l’association
décline les objectifs d’amélioration de la qualité
environnementale des bâtiments en 14 cibles,
réparties en 4 thèmes majeurs : éco-construc-
tion, éco-gestion, confort et santé.
L’objectif premier de la démarche “HQE” n’est pas
la certification des bâtiments, mais la promotion
d’une démarche volontaire et partagée entre
les différents acteurs.
Cette démarche n’est à ce jour ni un label, ni
une norme, ni une réglementation. C’est une
approche multi-acteurs, évolutive, appliquée par
des maîtres d’ouvrage volontaires et visant
trois exigences complémentaires :
s la maîtrise des impacts d’un bâtiment sur son
environnement extérieur,
s la préservation des ressources naturelles,
s la création d’un environnement intérieur sain
et confortable pour les utilisateurs des bâti-
ments,
La première période de la “HQE” (1992-2000)
a été marquée par un esprit militant et notam-
ment par l’engagement de quelques maîtres
d’ouvrage qui ont favorisé la réalisation de bâti-
ments publics exemplaires.
CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”12
Depuis, l’utilité de la démarche “HQE” a été com-
prise à la fois par les maîtres d’ouvrage et par les
professionnels pour devenir un enjeu de plus en
plus recherché.
2002 a été l’année de l’accélération du mouve-
ment “HQE”.
2003 sera sans doute l’année de l’institutionna-
lisation…
C’est ainsi qu’en 2003, sera publié un décret
permettant d’étendre la durée d’exonération de
TFPB pour les logements sociaux pouvant faire
part d’un effort environnemental certifié (maté-
riaux renouvelables, performances énergétiques
et acoustiques, économies d’eau, nuisances et
déchets de chantier).
De son côté, l’association Qualitel aura proposé
une cotation des logements neufs.
Le CSTB (Centre Scientifique et Technique du
Bâtiment), enfin, étudie une certification des
bâtiments tertiaires.
Ainsi, principalement dans le domaine du loge-
ment, s’engage une normalisation, à certains
égards souhaitable, mais pouvant se révéler
l’instrument réducteur des concepts initiaux.
PREMIÈRE PARTIE PHILOSOPHIE DE LA DÉMARCHE “HQE” 13
L’association “HQE” a donné deux définitions de
la qualité environnementale des bâtiments : l’une
formelle, servant en quelque sorte de socle ;
l’autre exigentielle, tournée vers l’action.
Une définition formelle
“La qualité environnementale d’un bâtiment cor-
respond aux caractéristiques de celui-ci, de ses
équipements et du reste de la parcelle, qui lui
confèrent une aptitude à satisfaire les besoins
de maîtrise des impacts sur l’environnement
La “HQE”,
une démarche systémique
extérieur et la création d’un environnement
sain et confortable.”
Cette description s’inscrit dans une définition
“normative” de la qualité selon la norme
ISO NF EN 84.02 : “la qualité d’une entité cor-
respond à l’ensemble des caractéristiques de
cette entité qui lui confèrent l’aptitude à satisfaire
des besoins implicites et explicites.”
En ce qui concerne la qualité environnementale
d’un bâtiment :
s Les caractéristiques sont celles du bâtiment
(neuf ou réhabilité). Elles comprennent les équi-
pements et le traitement de la parcelle d’accueil.
s Les besoins correspondent à l’exigence de maî-
trise des impacts sur l’extérieur et la création
d’un environnement intérieur sain et confortable.
On verra plus loin les limites des définitions
normatives de la qualité dans le domaine de
l’architecture. Les vingt-cinq ans d’existence de
la MIQCP lui ont permis de mesurer les limites
très vite atteintes, voire les effets pervers des
approches normatives lorsqu’elles outrepas-
sent la généralité. Soyons conscients que la
qualité ne peut être spécifiée dans l’absolu.
Parmi bien d’autres, quelques questions :
s Toutes les aspirations humaines peuvent-elles
se traduire en termes de “besoins” à satisfaire ?
s La qualité d’usage, qui est la première qualité
que l’on doit exiger d’un bâtiment, se réduit-elle
au “confort” ?
s N’est-on pas en droit d’attendre que la lumière
pénétrant un bâtiment, au-delà de la satisfac-
tion des “besoins” d’éclairement, procure des
émotions ?…
Cette définition de la HQE devait néanmoins être
donnée, même si l’on peut débattre autour des
mots qu’elle utilise.
Une définition exigentielle
La définition exigentielle de la qualité environne-
mentale est le grand apport de l’association
“HQE”. Elle constitue une utile clarification et une
mise en ordre opérationnelle des exigences inti-
tulées “cibles”.
Les 14 cibles retenues sont classées selon
2 “domaines” et 4 “familles” :
Domaine I : maîtrise des impacts
sur l’environnement extérieur
Première famille : les cibles de l’éco-construction
Les cibles de cette famille correspondent à la
volonté de maîtriser les effets dus à l’existence
même du bâtiment, depuis sa programmation
jusqu’à la fin de sa vie.
1° — relation harmonieuse des bâtiments avec
leur environnement immédiat
2° — choix intégré des procédés et produits de
construction
3° — chantier à faibles nuisances
Deuxième famille : les cibles de l’éco-gestion
Les cibles de cette famille correspondent à la
volonté de maîtriser les effets dus à l’exploitation
du bâtiment.
4° — gestion de l’énergie
5° — gestion de l’eau
6° — gestion des déchets d’activités
7° — gestion de l’entretien et de la maintenance
Domaine II : création d’un environnement
intérieur satisfaisant
Troisième famille : les cibles du confort
8° — confort hygrothermique
9° — confort acoustique
10° — confort visuel
11° — confort olfactif
Quatrième famille : les cibles de santé
12° — conditions sanitaires des espaces
13° — qualité de l’air
14° — qualité de l’eau
CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”14
Images de synthèse
© Agence Tekhne
Images de synthèse
© Agence Tekhne
Le nouveau CAUE de la Drôme s’inscrit
dans un îlot du centre ancien de Valence
qui a fait l’objet d’une opération de cure-
tage. Les gabarits, R + 1 et R + 2, sont en
harmonie avec ceux des maisons environ-
nantes. La décomposition en deux corps de
bâtiments, orientés nord-sud et structurés
par un espace de distribution, a été imposée
par les impératifs fonctionnels et par la
priorité donnée à la ventilation et à l’éclai-
rage naturels. Ce fractionnement, qui facilite
l’insertion dans le tissu urbain, est renforcé
par le traitement des façades en briques
alvéolaires épaisses, recouvertes d’enduit.
L’expression architecturale contemporaine
tisse des “liens de politesse” avec l’archi-
tecture maçonnée caractéristique du centre
de Valence.
Ce bâtiment a été retenu dans le cadre de
l’appel à projets “Démarche HQE et bâti-
ments tertiaires”, lancé par l’Ademe et le
CSTB en 2002.
Maîtrise d’ouvrage :
CAUE de la Drôme
et SCI La Providence
Architectes :
Tekhne, Hélène Duhoo
et Christian Charignon, Lyon
Calendrier :
concours, 2002 ;
mise en service prévue, fin 2004
Surface :
450 m2
utiles
Coût prévisionnel des travaux :
450 000 € HT
“Les équipements publics,
et en particulier les Conseils
en architecture, urbanisme
et environnement, se doivent
de montrer l’exemple.”
CAUE de la Drôme
Les partenaires de la “HQE”
Avant de s’engager dans une démarche “HQE”,
les maîtres d’ouvrage publics peuvent recourir à
des partenaires institutionnels ou associatifs
locaux ou nationaux, afin d’obtenir des informa-
tions ou des conseils d’ordre général.
s Le Ministère de l’Équipement, du Logement
et des Transports par l’intermédiaire du Plan
Urbanisme, Construction et Architecture (PUCA).
Ce dernier a lancé, dès 1993, des appels à pro-
jets pour des réalisations expérimentales (REX-
“HQE”). Ces projets ont fait l’objet de nombreuses
études et rapports d’expériences. Une impor-
tante documentation thématique est disponible.
s Le Ministère de l’Écologie et du Dévelop-
pement Durable et son réseau de Directions
Régionales de l’Environnement (DIREN). Ce
ministère soutient en particulier une action de
“verdissement des administrations” qui touche
l’ensemble des collectivités publiques.
s Le Centre Scientifique et Technique du Bâti-
ment (CSTB) travaille plus particulièrement
sur les aspects techniques de la “HQE”, ainsi
que sur les méthodologies d’évaluation de cer-
taines cibles.
s L’Association “HQE” regroupe tous les acteurs
importants du monde de la construction et de
Les initiateurs de ces “cibles” insistent à juste
titre sur l’approche qui doit en être faite et qui
ne peut être que “systémique”. Chacune d’entre
elles ne peut être considérée isolément. Lorsqu’à
chaque étape de la programmation ou de l’élabo-
ration du projet, on “travaillera” un objectif parti-
culier, il sera donc nécessaire de considérer celui-
ci comme une partie intégrante d’un système.
Chaque décision est susceptible de modifier ce
système, voire de le déstabiliser ou d’entraîner
des contre-performances.
Il est également important de noter le caractère
non-homogène des cibles : certaines peuvent se
traduire en termes “économiques” (qualité éner-
gétique, économies de fonctionnement et d’ex-
ploitation) alors que d’autres demeurent pure-
ment qualitatives.
— Les cibles environnementales ne sont pas des
solutions qu’il suffirait de juxtaposer.
— Les arbitrages ne peuvent uniquement décou-
ler d’une analyse techniciste.
— Les réflexions thématiques doivent être inter-
actives.
— Enfin, on n’est pas obligé de couvrir toutes les
cibles.
Ces cibles, qui seront abordées en troisième par-
tie de l’ouvrage, ne sont pas prêtes à l’emploi.
CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”16
l’environnement : outre les ministères concer-
nés, différents collèges réunissent des maîtres
d’ouvrage publics, des réseaux associatifs et
des organisations professionnelles. L’Asso-
ciation “HQE” s’est donnée pour tâche d’élabo-
rer un langage commun et différents référen-
tiels en matière de qualité environnementale.
s L’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise
de l’Énergie (ADEME) a toujours été un parte-
naire actif du mouvement “HQE”, plus parti-
culièrement dans le champ des économies
d’énergie et de la mise en œuvre d’énergies
renouvelables. L’ADEME est représentée sur le
terrain par des délégations régionales qui peu-
vent soutenir certains projets des maîtres d’ou-
vrage publics (“Conseillers Environnement”,
actions en faveur des économies d’énergie,
recours à des énergies alternatives, …).
s Les Agences Régionales de L’Environnement
et des Nouvelles Énergies (ARENE ou ARE),
créées en 1992 sous l’égide des Conseils
Régionaux sont présentes dans la moitié des
régions françaises. Elles interviennent le plus
souvent dans les phases amont des projets :
études préalables, conseils, programmation, …
s Les Conseils d’Architecture, d’Urbanisme
et d’Environnement (CAUE) sont des associa-
tions de proximité soutenues par l’État et les
Conseils Généraux, à même de conseiller les
collectivités publiques et les particuliers.
s L’Institut des Conseillers Environnement
pour le Bâtiment (ICEB) est une association
regroupant des professionnels privés spéciali-
sés dans le champ environnemental.
Il faut également prendre en compte l’expérience
acquise par toutes les maîtrises d’ouvrage qui
se sont déjà lancées dans la démarche “HQE”, et
dont la pratique peut servir de point d’appui aux
nouveaux entrants.
Les organismes à même de conseiller ou de sou-
tenir des démarches “HQE” sont donc à l’heure
actuelle relativement nombreux. Les maîtres
d’ouvrage publics et leurs services, s’ils souhai-
tent acquérir une culture générale de la “HQE”
s’attacheront à diversifier leurs clés d’entrée.
PREMIÈRE PARTIE PHILOSOPHIE DE LA DÉMARCHE “HQE” 17
La “HQE”, une contribution
au développement durable
Certains reprochent à la démarche “HQE” fran-
çaise de ne pas balayer l’ensemble des champs
relevant du concept de développement durable.
Il s’agit en effet d’une approche originale visant
à apporter des réponses plus contextuelles que
conceptuelles aux problématiques environne-
mentales dans un domaine délimité : celui de la
construction.
Pont de Crest
Le pont de Crest, dans la Drôme, est le plus
long pont routier en bois de France. Il
franchit 92 m en permettant la circulation
à double sens des piétons et des véhicules
de moins de 3,5 tonnes. Ce pont non cou-
vert repose sur deux piles intermédiaires
en béton aux formes hydrodynamiques. De
chaque côté des piles, deux bras en béton
se tendent pour attraper les contrefiches
arborescentes qui soutiennent les quatre
poutres principales en lamellé-collé. Un
tablier de 20 cm d’épaisseur en multiplis
supporte l’étanchéité et le revêtement rou-
tier. De chaque côté, un trottoir, soutenu
par des consoles, apporte à la structure en
Maîtrise d’ouvrage :
Commune de Crest
Architectes :
Atelier de l’Entre,
Marie-Renée Desages,
Aline Duverger, Yves Perret,
Saint-Etienne
Bureaux d’études :
maîtrise d’œuvre générale,
Scetauroute, Lyon ;
structure bois, Arborescence,
Michael Flach, Peisey-Nancroix
Réalisation : 2002
Coût des travaux :
1 123 000 € HT,
soit 1 343 108 € TTC
“La démarche environnementale ne se limite pas
à une juxtaposition de réponses pertinentes
à des cibles analytiques ; elle concourt
à une synthèse englobant des préoccupations
sociales, écologiques et économiques.”
Photos
© Atelier de l’Entre
bois une protection constructive contre les
intempéries. La volonté de valoriser une
ressource régionale renouvelable et de limi-
ter les traitements chimiques a conduit à
l’emploi de douglas, trié pour supporter
des contraintes de 35 à 40 Megapascal.
Purgé d’aubier, le douglas est naturellement
durable pour les emplois en classe 3 des
risques biologiques. Un capotage en tôle
inoxydable abrite les consoles. Les garde-
corps et les caillebotis des trottoirs en
chêne, seules parties directement expo-
sées,ont été traités chimiquement (classe 4).
Comme sur les ponts traditionnels, ces
“pièces d’usure” pourront être facilement
remplacées en cas de besoin.
Cet ouvrage d’art respectueux de l’environ-
nement et porteur d’une forte identité régio-
nale a apporté à ses concepteurs : le prix
“Territoria”, le label “Merci la planète” et le
titre de “Chevalier de l’ordre du mérite
agricole”.
La volonté de réaliser une opération selon une
démarche “HQE” est l’occasion concrète, pour
l’ensemble des partenaires de l’acte de construi-
re, d’apporter une contribution au respect de
l’environnement et à la création de lieux de vie
satisfaisants, d’instituer une réflexion et un dia-
logue constructif à propos d’enjeux multiples.
Gilles OLIVE, un des initiateurs de la démarche
“HQE” rappelle que celle-ci doit ouvrir des pers-
pectives : “outre l’ardente obligation d’obtenir des
résultats, surfons sur la vague. Profitons-en pour
nous remettre en question, pour être intelligents,
trouver des attitudes plus éthiques…”.
La démarche “HQE” encourage l’évocation d’en-
jeux multiples dans un esprit auto-pédagogique,
enjeux qui concernent à la fois :
s le patrimoine universel : lutte contre les émis-
sions de gaz à effet de serre et le réchauffe-
ment de la planète, économie des ressources
naturelles, équilibres écologiques, réduction
des pollutions, respect du droit d’existence des
générations futures…
s la qualité de vie : confort des utilisateurs et
des usagers, santé des personnes, respect
des riverains, qualité des ambiances, …
s les territoires : dialogue avec le site, économie
d’espace, conséquences pour les territoires
d’accueil (accessibilité, déplacements, ser-
vices, réseaux, nuisances éventuelles…).
s le patrimoine immobilier : raisonnement en coût
global, pérennité du patrimoine, adaptabilité à
l’évolution des usages et des techniques, …
s le contexte économique et social : utilisation
de filières locales, choix éthiques, insertion et
participation citoyenne, …
Le souci de développement durable qui, peu à
peu, pénètre et obsède notre société est indisso-
ciable de notions telles que celles de l’héritage ou
de l’avenir.
La démarche “HQE” nous oblige à réfléchir aux
conséquences de nos actes pour les générations
futures. Quelles villes et quels bâtiments légue-
rons-nous à nos enfants ? Elle nous oblige à finan-
cer, concevoir et construire des ouvrages, répon-
dant certes à l’immédiateté, mais aussi intégrant
une durée de vie, un vieillissement, une démoli-
tion future et ses conséquences.
Les cibles “HQE” traitent, chacune à sa manière,
les différentes échelles d’espace qui condition-
nent l’établissement humain :
s échelle planétaire : réchauffement, écosys-
tèmes, qualité de l’air, ressources en eau,
s échelle régionale : ressources naturelles, pol-
lutions, risques, déchets,
s échelle locale : consommation et organisation
de l’espace, impacts sur le site, relation au quar-
tier, environnement intérieur des bâtiments…
La démarche “HQE”, tout en étant tournée vers
l’action, n’est ni une fin en soi, ni un style, enco-
re moins une mode.
Elle ne peut se limiter à un processus d’ingé-
nierie, à une affaire d’“experts” ou à une juxta-
position de réponses pertinentes à des cibles
analytiques. Elle doit concourir à une synthèse
englobant des préoccupations naturelles,
sociales et économiques.
L’approche s’effectue à partir de regards croisés
dans le temps : la relecture du passé et l’utili-
sation des moyens technologiques d’aujourd’hui
PREMIÈRE PARTIE PHILOSOPHIE DE LA DÉMARCHE “HQE” 19
pour préparer un avenir plus respectueux de
l’homme et de la nature.
Il faut en outre reconnaître que la démarche
“HQE” n’intègre pas certains aspects de la confé-
rence de Rio comme l’esprit de “gouvernance”,
préalable aux actions de développement durable.
Il est de la responsabilité de chaque maître d’ou-
vrage public de prolonger cet état d’esprit en
ouvrant leurs opérations à une plus large coopé-
ration.
Si la “HQE” invite à de nouveaux systèmes de
production, elle devrait aussi se révéler pro-
ductrice de société, c’est à dire contribuer à
l’évolution des états d’esprit, des relations, des
modes de vie et de gestion.
CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”20
La “HQE”, une relecture
de la qualité architecturale
L’approche qui a présidé à la mise au point des
cibles “HQE” est de type scientifique. Face aux
problématiques environnementales, c’est une
analyse rationnelle à laquelle répondront des
procédés et des techniques. On peut s’en féliciter,
car il faut agir vite et apporter des solutions
concrètes à la “crise de l’environnement”.
Si tout le monde s’accorde sur l’effort de clarifi-
cation que représente la définition des cibles, ces
dernières ne sont pas les éléments d’une “check
list” qu’il faudrait chacun optimiser. Les initiateurs
de la démarche “HQE” insistent, à cet effet, sur le
caractère systémique des cibles.
Encore faudrait-il que cette démarche systémique
ne soit pas limitée au seul registre de l’environ-
nement. Un bâtiment, si l’on n’y prend garde,
peut être “performant” du point de vue de la qua-
lité environnementale et tout à fait médiocre dans
une multitude d’autres registres. Et ce danger est
une préoccupation importante de la MIQCP.
La démarche “HQE” ne peut, en aucun cas,
s’instituer en discipline autonome.
Elles est plutôt une contribution à la recherche
de qualité globale des bâtiments intégrant l’abso-
lue nécessité de peser positivement sur notre
environnement. Les cibles “HQE” ne doivent pas
être vécues comme des contraintes supplé-
mentaires, mais comme des objectifs permet-
tant une relecture des paramètres de la qualité
architecturale, à la lumière des préoccupations
d’environnement.
Coupe
© Agence Perraudin
Photo
© Serge Demailly
La démarche environnementale exige
l’étude des particularités du site et de ses
caractéristiques climatiques. Composé de
bâtiments bas avec des murs en calcaire
et des voûtes blanches qui réfléchissent la
lumière, le Centre de formation des appren-
tis de Nîmes-Marguerittes est profon-
dément ancré dans la culture méditerra-
néenne. La succession de cours et de pas-
sages couverts est adaptée au climat du
sud-est de la France, dominé par le soleil et
le mistral. Les constructions ne dépassent
pas les arbres au milieu desquels elles s’in-
sèrent : les oliviers, présents sur la parcelle,
ont retrouvé leur place originelle. Matériau
à forte inertie, la pierre massive apporte aux
bâtiments un excellent confort thermique,
en été comme en hiver. Elle est exempte de
produits chimiques nocifs pour la santé et
nécessite peu d’énergie pour son extrac-
tion, sa mise en œuvre et son recyclage.Au-
delà de ces avantages techniques, la pierre
confère au Centre de formation une incon-
testable noblesse.
Maîtrise d’ouvrage :
Région Languedoc-Roussillon,
CCI de Nîmes, Bagnols, Uzès
Architectes :
Gilles Perraudin, Vauvert ;
Brion, Piro, Privat,
architectes associés
Réalisation : 1999
Surface : 4 600 m2
Montant de l’opération :
26 MF HT, soit 3,9 M€ HT
“La démarche environnementale n’est pas
une contrainte ajoutée à beaucoup d’autres,
mais une relecture des paramètres de la qualité
architecturale à la lumière de préoccupations
écologiques.”
Centre de formation des apprentis
de Nîmes-Marguerittes
“Un projet de construction est avant tout une
“pensée de l’espace”, “une pensée de l’homme
dans l’espace” mettant en œuvre des matériaux
dont il fait des logements, des bureaux, des édi-
fices publics. Il mobilise des hommes pour abriter
une activité humaine. Et lorsque ce projet modèle
avec art les espaces, les volumes, les propor-
tions, règle leurs relations, il prend une dimen-
sion culturelle transcendant la dimension fonc-
tionnelle. L’espace, les volumes, les matières, la
lumière sont les véritables matériaux de l’archi-
tecture. À partir d’un programme essentielle-
ment utilitaire, l’architecte produit une œuvre
culturelle, expression de la pensée.
Celle-ci, appliquée à l’espace, devient patrimoine
à travers le temps, témoin construit des civilisa-
tions humaines.” (*)
Les objectifs poursuivis, les contraintes inéluc-
tables, les savoirs nécessaires, sont de tous
ordres. L’architecture rassemble en effet de nom-
breuses valeurs dont elle réalise la synthèse :
s des valeurs culturelles,
s des valeurs sociales,
s des valeurs urbaines,
s des valeurs d’usage,
s des valeurs esthétiques,
s des performances techniques,
s des exigences économiques,
s le respect des règlements et des normes,
s … des valeurs environnementales.
Cette recherche de la qualité s’appuie sur cer-
taines exigences physiques et matérielles quan-
tifiables, mais aussi sur des facteurs immaté-
riels, expressions du projet politique et social, du
projet artistique. Il faut considérer les bâtiments
ou les aménagements publics comme résultant
d’un processus complexe et non comme des
objets finis, susceptibles d’être décrits et analy-
sés au moyen d’une grille théorique.
La qualité est plurielle, elle sera enrichie par la
démarche environnementale.
CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”22
(*)
“LA QUALITÉ
DES CONSTRUCTIONS
PUBLIQUES”
- MIQCP 1999 -
sur demande
La maîtrise d’ouvrage publique
et la “HQE”
Dans un ouvrage qui traite de la qualité
architecturale des constructions publiques, il
n’est sans doute pas inutile de revenir aux textes
fondateurs de la maîtrise d’ouvrage publique et
en particulier à l’article 2 de la loi du 12 juillet
1985 relative à la maîtrise d’ouvrage publique
et ses rapports avec la maîtrise d’œuvre privée
(loi “MOP”).
“Le maître de l’ouvrage est la personne morale…
pour laquelle l’ouvrage est construit. Respon-
sable principal de l’ouvrage, il remplit dans ce
Image de synthèse
© Agence Klein et Baumann
Coupe
© Agence Klein et Baumann
Le groupe scolaire de Thannenkirch tisse
des liens étroits entre architecture et végé-
tal et laisse le champ libre à de nouvelles
relations entre l’enfant et son environne-
ment. Lieu d’apprentissage des cycles de
la vie, il permet de profiter des plaisirs de la
nature et de rester en contact avec les
saisons. L’implantation tire parti de la topo-
graphie : les volumes techniques, adossés
au talus, protègent du vent et du froid les
classes ouvertes au sud-est vers la lumière,
le soleil et le paysage. La structure en bois
est posée sur un soubassement en pierres
qui relie les volumes des classes et les
ancre au sol. Un puits canadien, constitué
de tuyaux enterrés en grès vernissé, parti-
cipe à la régulation de la température et de
l’hygrométrie. Grâce au préchauffage natu-
rel de l’air neuf dans ce puits canadien et
aux importantes surfaces vitrées au sud, la
température moyenne dans les classes peut
atteindre, sans apport extérieur, 18°C pen-
dant 4 heures en janvier et 12 heures en
mars. En été, le feuillage des arbres, les
toitures débordantes, le voile de plantes
grimpantes disposé devant les vitrages et
des stores extérieurs à enroulement appor-
tent une ombre sur les vitrages pour éviter
les surchauffes. Grâce au rafraîchissement
par le puits canadien, la température de l’air
reste inférieure à 26°C, sans climatisation.
Les eaux pluviales, récupérées sur les toi-
tures végétalisées, sont filtrées dans trois
bassins plantés de joncs et de roseaux
situés dans la partie basse du terrain, près
du jardin d’initiation à la nature. Elus et
futurs usagers se sont déjà appropriés le
projet. Pour concrétiser les options propo-
sées par les architectes lors du concours,
sans dépasser l’enveloppe budgétaire, ils
ont proposé de participer à l’aménagement
des espaces verts, à la plantation des ver-
gers, à la création des étangs et à la
construction du four à pain. Quand l’impul-
sion est donnée, le développement durable
fédère enthousiasmes et compétences
autour d’un idéal commun.
Maîtrise d’ouvrage :
Commune de Thannenkirch
Architectes :
Klein & Baumann, Mulhouse
Calendrier :
concours, 2002 ;
mise en service, 2003
Surface : 700 m2
Coût global de l’opération :
770 000 € TTC
“Dans les équipements scolaires,
des choix architecturaux mettant en valeur
les mesures environnementales préparent
les réflexes écologiques des adultes de demain.”
Groupe scolaire et bibliothèque municipale HQE
à Thannenkirch
Maison du parc naturel régional Livradois-Forez
à Saint-Gervais sous Meymont
Photos
© Agence Bruhat Bouchaudy Dodel
Harmonieusement insérée dans un site sen-
sible, la Maison du parc est peu specta-
culaire, mais elle est représentative d’une
démarche HQE pragmatique, facilement
reproductible à faible coût: application des
principes bioclimatiques, valorisation de
matériaux régionaux et de main d’œuvre
locale, priorité aux produits sains, réduction
des nuisances de chantier. Le bâtiment crée
un socle au village de Saint-Gervais et à
son église classée. Ses toitures en terrasse
laissent une vue dégagée sur le bourg.
Divers espaces d’accueil et d’animation
pour le public, un centre de ressources,
des bureaux pour 40 personnes, des locaux
techniques et des garages sont répartis
dans plusieurs volumes, ajustés aux
courbes de niveaux afin de limiter les ter-
rassements et de réduire l’impact sur le
site. L’emploi de matériaux locaux respecte
l’unité du village, sans sacrifier au pastiche :
murs en pierres de récupération, bardage
en douglas régional. Le choix de matériaux
naturels participe au confort d’usage: terre
cuite, linoléum, menuiseries et parquet
en chêne. Les finitions sont saines : lasures
à base d’huile de colza et peintures à la
chaux. L’intégration de la salle polyvalente
existante dans le projet a diminué les inves-
tissements et les déchets de chantier. Les
surcoûts liés aux mesures environnemen-
tales ont été très faibles : le bon sens ne
coûte que de la matière grise !
Ce projet a été choisi par l’association HQE
et le CSTB pour représenter la France au
Green Building Challenge en septembre
2002 à Oslo. Il a été nominé au prix “AMO-
Architecture et lieux de travail” 2002.
Maîtrise d’ouvrage :
Parc naturel régional
Livradois-Forez
Architectes :
Bruhat, Bouchaudy, Dodel,
Chamalières et Vichy
Consultant énergie :
Gretco, Clermont-Ferrand
Consultant environnement :
Nicolas Molle, Etamine,
Vaulx-en-Velin
Réalisation : 2001
Surface :
1 950 m2
shon
Coût des travaux :
2,21 M€ TTC
“L’élargissement des missions de programmation
et de maîtrise d’œuvre implique une ouverture
vers de nouvelles manières de penser pouvant
remettre en cause des pratiques existantes.
Dans le cadre d’une démarche environnementale,
la programmation et la maîtrise d’œuvre devraient
bénéficier d’une plus value d’environ 15 %.”
rôle une fonction d’intérêt général dont il ne peut
se démettre…
… Le maître de l’ouvrage définit dans le pro-
gramme les objectifs de l’opération et les besoins
qu’elle doit satisfaire ainsi que les contraintes et
exigences de qualité sociale, urbanistique, archi-
tecturale, fonctionnelle, technique et économique,
d’insertion dans le paysage et de protection de
l’environnement, relatives à la réalisation et à
l’utilisation de l’ouvrage.”
Sept ans avant la Conférence de Rio, la loi MOP
visait explicitement la protection de l’environne-
ment. De plus, les termes “intérêt général” et
“responsabilité” prennent aujourd’hui un relief
particulier, notamment par la valeur d’exempla-
rité des ouvrages publics qui portent une ambi-
tion environnementale.
Les maîtres d’ouvrage publics doivent être les
premiers à s’engager dans une voie chaque jour
plus incontournable : la définition d’un mode de
développement urbain satisfaisant pour les géné-
rations futures.
De nombreux bâtiments publics sont destinés
aux enfants : écoles, collèges, lycées, équipe-
ments sportifs, bibliothèques. Des choix architec-
turaux mettant en valeur les mesures environne-
mentales favorisent les réflexes écologiques des
adultes de demain et imposent en douceur un
changement des comportements : énergie solai-
re ou éolienne, gestion économe de l’eau, poli-
tique des déchets, … Cette pédagogie écologique
est appliquée avec succès depuis une dizaine
d’années dans plusieurs pays européens.
En retour, et de plus en plus de collectivités
l’ont compris, la démarche “HQE” apporte une
image très valorisante : un bâtiment “écologique”
témoigne du dynamisme de la maîtrise d’ouvrage
publique et de sa capacité à s’adapter aux trans-
formations de la société et à l’évolution des tech-
niques.
Construire des bâtiments “HQE” n’a cependant de
sens que si les utilisateurs sont informés de la
démarche, y adhèrent, y participent et la prolon-
gent au cours de la vie du bâtiment.
La démarche “HQE” ne doit pas être une accu-
mulation d’exigences normatives à remplir,
mais plutôt une dynamique d’actions à entre-
prendre, un processus évolutif auquel partici-
pent les partenaires de la construction avec les
futurs utilisateurs et les représentants des
usagers.
Il s’agit bien de penser et agir autrement, du glo-
bal vers le particulier, et de contribuer ainsi à
faire évoluer les pratiques, les modes d’appro-
priation vers une nouvelle responsabilité éthique
et citoyenne.
Si le maître d’ouvrage public est toujours une
personne morale, il doit toujours être représenté
par un responsable identifié qui agit en son nom :
le chef de projet. Dans les collectivités terri-
toriales, un élu assure le portage politique de
l’opération. C’est par son entremise particulière
et par son engagement que l’action de la collec-
tivité sera porteuse de qualité.
Ouvert à la culture urbaine et architecturale, ce
chef de projet devra acquérir aujourd’hui une
culture supplémentaire en matière d’environne-
ment appliqué à l’aménagement et à la cons-
truction. Dans les collectivités territoriales, la
démarche environnementale conduira le plus
souvent l’élu chef de projet et l’élu responsable
de l’environnement à se rapprocher.
PREMIÈRE PARTIE PHILOSOPHIE DE LA DÉMARCHE “HQE” 25
Ce sont ces investissements personnels, cette
responsabilité constante, cette disponibilité qui
influenceront un projet engageant la collectivité
et déterminant le cadre de vie des générations
futures bien au-delà du mandat électif.
Le chef de projet a la charge de l’organisation
générale de l’opération et de la mise en place de
tous les moyens humains, financiers et organisa-
tionnels nécessaires à la réussite. En pratique, il
devra désigner avec discernement la personne
ou la structure chargée de conduire le projet
dans ses dimensions technique, administrative
ou financière. S’il n’est pas fait appel aux services
internes de la collectivité, ce sera un conducteur
d’opération ou un mandataire au sens de la
loi MOP.
Le chef de projet est également responsable du
programme à travers lequel il fera passer le mes-
sage de son “projet politique”, les objectifs de la
collectivité et plus particulièrement le souci envi-
ronnemental de celle-ci.
CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”26
Le conseil à la maîtrise
d’ouvrage
La démarche “HQE” n’étant pas encore de pra-
tique courante, une certaine confusion règne
quant à l’intégration de celle-ci dans le processus
de commande des maîtres d’ouvrage. Les risques
d’une interprétation erronée des objectifs et des
moyens d’y parvenir sont réels. La tentation bien
compréhensible serait, pour le chef de projet, de
s’en remettre à des “spécialistes” qui pourraient
apporter des solutions “clefs en mains”.
La démarche “HQE” implique que tous les acteurs
se mobilisent, s’informent et se forment. C’est
notamment le cas des programmistes et des
maîtres d’œuvre qui apprennent à faire appel à des
savoirs ou des expertises très différentes : écolo-
gie, hydrologie, climatologie, énergie, thermique,
acoustique, santé, exploitation-maintenance, …
S’il ne peut exister de “spécialiste “HQE””, il se
révèle néanmoins un réel besoin de conseil
pour identifier les objectifs environnementaux,
pour hiérarchiser les priorités et pour formuler
les exigences et performances vers lesquelles
tendre.
Ce travail ne peut être mené indépendamment
de celui désormais classique de programma-
tion.
Le travail de programmation (*) exige de la
part des professionnels à la fois un savoir-faire
et une éthique. C’est avant tout un questionne-
ment de la maîtrise d’ouvrage, d’abord général
avant de devenir de plus en plus précis. Ce
questionnement est préalable à tout apport
(*)
“LA PROGRAMMATION
DES CONSTRUCTIONS
PUBLIQUES”
- MIQCP -
Éditions
du Moniteur 2001.
Vue extérieur
© Hervé Abbadie
Vue intérieure
© Hervé Abbadie
La démarche environnementale peut être
appliquée à tous les types de programme et
des architectes motivés, soutenus par leurs
maîtres d’ouvrage et par des partenaires
techniques et financiers, peuvent transfor-
mer une banale station service en œuvre
architecturale. L’aire de service de la Baie
de Somme, son belvédère et son éolienne
émergent doucement d’un paysage calme,
aux horizons dégagés. Le long bâtiment
s’insère dans un mail de quatre rangées de
frênes, plantés dans l’alignement des
poteaux en bois qui portent la couverture
débordante. Le magasin, les sanitaires et la
cuisine du self-service sont regroupés dans
trois volumes en béton. Des galets du
Hourdel, placés en fond de coffrage, appor-
tent aux murs un aspect rugueux, qui
contraste avec les surfaces lisses du pla-
fond en okoumé. La grande terrasse en ipé,
qui borde le canal,mène au belvédère bardé
de planches de mélèze. Le traitement des
eaux est un élément de l’aménagement
paysagé : filtrées dans des séparateurs
d’hydrocarbures, elles sont ensuite épurées
dans les canaux grâce à des plantes aqua-
tiques.
Économiste : Michel Ducroux
Paysagiste :
Pascale Hannetel, Paris
Entreprise générale :
Quille ; sous-traitant bois, Mathis.
Réalisation : 1998
Surface : 4 828 m2
shob
Coût de l’opération
(bâtiment et abords) :
19,7 MF HT, valeur 1997,
soit 3 M€ HT
Maîtrise d’ouvrage :
bâtiment, Conseil général
de la Somme ;
espaces extérieurs, SANEF
Architecte :
Bruno Mader, Paris
Bureaux d’études structures :
Sylva conseil, Clermont-Ferrand
Bureau d’études fluides :
Inex, Cegef
“La démarche environnementale
stimule la créativité et donne au projet
plus de force et d’efficacité.”
Aire de service dans la Baie de Somme
de solutions. Ceci est particulièrement vrai
pour la question environnementale.
En conséquence, et sous peine de s’exposer à
des pertes de cohérence importantes, la recom-
mandation forte de la MIQCP sera que le conseil
“HQE” soit porté par les partenaires classiques :
s de préférence, par l’équipe de programmation,
s à défaut, par le mandataire ou le conducteur
d’opération,
La MIQCP tient à rappeler ici l’intérêt majeur de
recourir à un programmiste professionnel, exté-
rieur à la collectivité, pour toute opération d’im-
portance, et d’exiger aujourd’hui de lui une com-
pétence supplémentaire dans le domaine de
l’environnement.
s Ainsi, la réflexion sur les objectifs “HQE” sera
intégrée dans la phase pré-opérationnelle et
ne sera pas dissociée de l’ensemble du travail
sur l’opportunité et la faisabilité.
s Ainsi, les préconisations et performances
attendues seront élaborées en même temps
que l’ensemble du programme dans une écri-
ture “concourante”.
À ces grands principes, s’ajoutent quelques
recommandations d’ordre général :
s La maîtrise d’ouvrage devra clairement définir
le rôle de chacun et son champ d’intervention,
afin d’éviter que certains acteurs s’immiscent
dans les attributions des autres : le triangle
maître d’ouvrage - maîtrise d’œuvre - entre-
prise n’est aucunement modifié par la
démarche “HQE”.
s Il ne suffit pas d’identifier les cibles pour quali-
fier une démarche environnementale : l’équipe
de programmation doit proposer à la maîtrise
d’ouvrage un système de management environ-
nemental (SME) qu’elle puisse s’approprier.
s Les technologies mises au service de la qualité
environnementale devront être en harmonie
avec les capacités de gestion et de mainte-
nance ultérieures, ainsi qu’avec la culture tech-
nique et l’engagement environnemental des
utilisateurs. Le vieil adage selon lequel “qui trop
embrasse, mal étreint” prend un relief parti-
culier dans le cadre d’une démarche “HQE”.
s L’élaboration d’un programme sans les utili-
sateurs et les représentants des usagers est
inconcevable. Leur participation est à plus
forte raison incontournable dans le cadre d’une
démarche “HQE” laquelle donne l’occasion
d’agir sur les comportements.
s La maîtrise d’ouvrage veillera à ce que le
programme soit clair et de niveau adapté à la
forme de consultation de maîtrise d’œuvre tout
en se méfiant d’éventuelles surenchères tech-
niques ou performantielles.
s La mission de programmiste, notamment dans
sa composante “HQE” ne s’arrêtera pas à
l’étape de désignation de la maîtrise d’œuvre.
Elle sera prolongée pendant les différentes
phases de l’opération. En outre, une évaluation
pourra lui être confiée à l’issue des travaux et
des premiers temps de l’exploitation.
s Il est également important de rappeler que
l’objectif d’un programme est non seulement
d’encadrer la créativité, mais aussi de la sus-
citer.
CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”28
PREMIÈRE PARTIE PHILOSOPHIE DE LA DÉMARCHE “HQE” 29
Il ne peut y avoir d’ouvrage de qualité si la maîtrise
d’ouvrage ne choisit pas avec soin son équipe de
maîtrise d’œuvre, et s’il elle n’établit avec celle-ci
une relation privilégiée en vue de la seconde
étape déterminante : le projet architectural.
Au cœur de la mission de maîtrise d’œuvre, le
projet architectural est le vrai lieu de la synthè-
se. Il transcrit dans l’espace tous les désirs, les
valeurs, les exigences et les contraintes qui
entourent l’acte de construire. Le maître d’ouvra-
ge et l’architecte, chef de file de l’équipe de maî-
trise d’œuvre, sont appelés à signer, et surtout,
à assumer une œuvre commune.
Engagé conjointement dans la recherche de la
qualité, un couple maître d’ouvrage-architecte,
sensibilisé à la démarche “HQE” appliquera spon-
tanément la logique qui conduit à une architec-
ture saine et confortable, plus humaine et plus
économe en énergie. Avec l’appui des techni-
ciens, des industriels et des entreprises, il parti-
cipera à la promotion de solutions innovantes,
efficaces en termes de coût global et présentant
un impact minimum sur l’environnement.
Dans tous les cas, la maîtrise d’ouvrage doit
garder en mémoire que la responsabilité finale
de la réalisation sera partagée conjointement
avec le maître d’œuvre. Il doit voir en lui, non
seulement un prestataire de service, mais sur-
tout un véritable partenaire avec lequel une rela-
tion de confiance et de respect mutuel sera pos-
sible.
Au cours des différentes phases de la mission de
maîtrise d’œuvre, un dialogue constant permettra
de vérifier les hypothèses et scénarios de départ,
d’examiner leurs conséquences et de proposer
d’éventuelles améliorations : l’art du projet, et
c’est le message de la loi MOP, est de permettre
l’évolution tout en conservant le cap général.
L’approche environnementale se situe à l’inté-
rieur de la démarche de projet. Elle l’alimente
de nouveaux thèmes qui stimulent la créativité
et lui donnent plus de force et d’efficacité.
Les questions environnementales s’insèrent et
se croisent à l’intérieur de l’ensemble des préoc-
cupations architecturales. Celles-ci infléchissent
ou influencent celles-là : il serait vain de penser
que la “performance environnementale” d’un
projet peut être isolée ou se résumer à une
suite d’“optimisations” d’experts, indépendante
de l’ensemble des paramètres qui font la quali-
té architecturale.
Les architectes, mandataires de l’équipe de maî-
trise d’œuvre, par leur nécessaire pratique de la
synthèse, sont en première ligne pour défendre
une vision globale de la qualité, intégrant une
ambition environnementale au service de l’ou-
vrage.
Un dialogue avec
la maîtrise d’œuvre
Jardin d’enfants écologique
à Pliezhausen, Allemagne
Vue intérieure
© Roland Halbe
Vue extérieur
© Roland Halbe
La conception de ce jardin d’enfants a été
dictée à la fois par les convictions écolo-
giques de la maîtrise d’ouvrage et des
architectes et par la nécessité de construire
vite et bon marché : le concours a été lancé
en octobre 1998 pour une mise en service
en septembre 1999. La logique de simplici-
té imposée par ces contraintes s’est révélée
bénéfique pour la création architecturale.
L’ossature en bois est basée sur une trame
de 1,25 m,qui correspond à la dimension de
fabrication du contreplaqué servant de
parement en mur et en plafond. La maîtrise
des coûts d’investissement a été facilitée
par cette réduction significative des chutes
et des déchets et par la répétitivité structu-
relle, qui a simplifié la préfabrication. Des
mesures en faveur des économies d’eau et
d’énergie garantissent de faibles coûts
d’exploitation : isolation renforcée des murs
et des toitures-terrasses végétalisées ; cap-
teurs solaires pour l’eau chaude sanitaire ;
cellules photovoltaïques produisant une
partie de l’électricité ; récupération des
eaux de pluie pour l’arrosage et les chasses
d’eau des toilettes.
Maîtrise d’ouvrage :
Ville de Pliezhausen
Architectes :
D’Inka + Scheible, Fellbach,
Allemagne
Bureau d’études :
H. Siewert
Réalisation : 1999
Surface :
593 m2
utiles
Coût des travaux :
970 000 € TTC
“La démarche environnementale
n’entraîne pas un surcoût, mais un transfert
des coûts différés (directs et indirects)
vers les coûts d’investissements initiaux.”
Cet élargissement de leur mission implique une
ouverture vers de nouvelles manières de penser
pouvant remettre en cause des pratiques exis-
tantes. Il exige qu’ils fassent appel sans réticence
aux savoirs techniques nécessaires, qu’ils met-
tent en œuvre une réflexion professionnelle sur
la pratique du projet environnemental ouvert à
l’innovation, à travers une nouvelle lecture de la
qualité d’usage, de la pérennité des ouvrages, de
l’image et de la singularité des objets architec-
turaux.
La démarche “HQE” est aussi l’occasion d’établir
de nouvelles solidarités. Les architectes organi-
seront des partenariats avec les ingénieurs et
techniciens, industriels et entreprises dans le
champ de leurs spécialités. L’objectif est le déve-
loppement de méthodes de travail plus collectives
dans le cadre des projets, la mise en commun
des compétences et l’instauration d’un dialogue
plus constructif au sein de la filière.
PREMIÈRE PARTIE PHILOSOPHIE DE LA DÉMARCHE “HQE” 31
Une approche économique
de la “HQE”
Le retour en force du concept
de coût global
L’approche en coût global d’un projet de bâtiment
consiste à prendre en compte, dès le début des
études (programmation, conception) outre le coût
d’investissement initial, les coûts différés de
toutes natures inhérents à la vie future du bâtiment.
On entend par coût initial la somme des coûts
d’approche (frais de recherche, frais de muta-
tion, frais d’études diverses, …) et des coûts de
réalisation (acquisition foncière, viabilité, coût
des travaux, frais financiers, …).
Dans le cadre de la maîtrise d’ouvrage publique,
l’ensemble des composantes du coût initial est
trop rarement évoqué au profit du coût des tra-
vaux, lequel n’en constitue qu’un élément partiel.
Lorsque tous les coûts initiaux ont été acquittés,
interviennent les coûts différés, à savoir :
s les coûts d’exploitation liés au fonctionnement
du bâtiment. Ils peuvent être techniques
(consommations d’énergie, consommation
d’eau, entretien courant, …) ou fonctionnels. Ils
dépendent alors de l’usage du bâtiment
(accueil, gardiennage, personnel fonctionnel,
consommables, …).
s les coûts de maintenance liés à la conser-
vation du bâtiment en état de fonctionnement.
Ils concernent la maintenance courante
(personnel technique, contrats d’entretien,
consommables, …) les grosses réparations
et le renouvellement d’équipements.
s pour être vraiment exhaustif, il serait néces-
saire de prendre en compte les coûts de
transformation d’usage, de mise aux normes,
de destruction en fin de vie et de remise en
état des sols.
L’approche en coût global, par la prise en compte
des coûts différés, ne constitue pas une nouveau-
té, mais elle ne s’est jamais réellement développée
en France dans la maîtrise d’ouvrage publique. Son
application s’est très vite heurtée au double obs-
tacle des plafonnements d’investissement (avec
des lignes budgétaires différentes de celles du
fonctionnement) et de la dichotomie “sociologique”
entre constructeurs et gestionnaires.
Le retour spectaculaire de la notion de coût
global doit être porté au crédit de la démarche
“HQE”, en particulier, et au concept de dévelop-
pement durable, en général. L’avenir de la planè-
te exige, par définition, la réalisation de bâtiments
économiques et respectueux de l’environnement,
adaptés aux besoins des utilisateurs et des usa-
gers pendant toute leur durée de vie ou, plus
exactement, pour une durée de vie donnée.
La démarche “HQE” devrait donc inciter beau-
coup de maîtres d’ouvrage à se pencher plus
avant sur les conditions économiques du fonc-
tionnement de leurs bâtiments, au-delà de leur
réception définitive.
Par ailleurs, à la fin des études, 70 % du coût
global sont pré-déterminés, alors que seulement
2 % des dépenses sont réellement engagées !
Ce rapport édifiant ne peut qu’inciter à un vrai
travail de programmation, élaboré en collabora-
tion avec les gestionnaires et les utilisateurs…
Pour être réellement efficace, l’approche en
coût global doit être introduite le plus en amont
possible, c’est-à-dire lors du pré-programme.
La mise en exergue
des coûts indirects
Une approche “HQE”, se traduit toujours par une
économie en matière de maintenance et d’exploi-
tation. En effet, cette démarche n’entraîne pas des
surcoûts (comme on l’entend trop souvent), mais
conduit à un transfert des coûts différés vers les
coûts d’investissements initiaux. Elle implique éga-
lement, dans une moindre mesure, un transfert
des coûts de construction, d’exploitation et de
maintenance vers les coûts d’étude. Lorsque la
démarche est correctement appliquée, on obtient,
immanquablement et sans trop d’efforts, une élé-
vation du niveau général de qualité et une renta-
bilité économique directe à moyen terme.
Jusqu’ici, seuls ont été évoqués les coûts directs,
c’est-à-dire les coûts de toutes natures directe-
ment à la charge de ceux qui investissent, gèrent
et utilisent le bâtiment.
Le véritable apport de la démarche “HQE” concer-
ne les coûts indirects, que l’on peut aujourd’hui
décrire, mais qu’il est encore difficile d’évaluer en
deçà de l’échelle macro-économique.
Les coûts indirects concernent l’impact des
bâtiments sur l’environnement au titre de la
construction, de l’exploitation, jusqu’au jour de la
destruction et de la remise en état des terrains.
Ils sont également liés au fonctionnement urbain
induit par l’ouvrage et ses utilisateurs, ainsi qu’au
confort et à la santé des occupants.
CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”32
Quelques exemples de coûts indirects “évités”
par une démarche “HQE”:
s réduction de la contribution au réchauffement
de la planète mesurée en “tonnes équivalent
carbone”,
s économies sur la consommation d’énergies
non renouvelables et de ressources naturelles,
s contribution à la limitation de la pollution de l’air,
de l’eau, du sol,
s infiltration in situ des eaux pluviales, afin de
réduire la charge des réseaux collectifs et
de lutter contre les inondations,
s réduction des dépenses de santé grâce à la
construction de bâtiments sains, réalisés avec des
matériaux ou des produits sans dangers sanitaires.
La prise en compte de tous ces coûts indirects
vient bouleverser l’économie classique de la
construction. Elle fait émerger un concept de
“coût global partagé” qui devrait être intégré au
coût global sur la durée de vie des bâtiments.
C’est très exactement ce qu’a recommandé, pour
la partie environnementale, la conférence des
Nations Unies à RIO. L’article 16 indique, en effet,
que les autorités nationales doivent s’efforcer de
promouvoir l’internalisation des coûts de protection
de l’environnement et l’utilisation d’instruments
économiques en vertu du principe selon lequel le
pollueur doit assurer le coût de la pollution…
Démarche “HQE” et rentabilité
Même lorsqu’ils sont convaincus du bien-fondé
de la démarche “HQE”, les maîtres d’ouvrage se
posent une question lancinante : “fort bien, mais
combien cela va t-il me coûter en plus ?”.
Il n’existe, bien sûr, pas de règle en la matière,
car un surcoût ne peut se définir que par rapport
à un niveau général de qualité, toutes exigences
confondues, environnementales ou autres. Pour
être réaliste, le surcoût devrait également être
calculé relativement à la durée de vie de l’ouvra-
ge, tenant compte du niveau de maintenance, de
l’évolution des charges d’exploitation (y compris
celle du coût de l’énergie) ainsi que des change-
ments successifs d’usage.
Bien sûr, chaque maître d’ouvrage spécialisé
peut disposer de ses propres ratios à propos
de bâtiments qu’il a l’habitude de construire : des
logements, des locaux d’enseignement tels que
collèges ou lycées…
Il faut également considérer que les facteurs qui
influencent les décisions ne sont pas tous homo-
gènes. S’il existe des cibles “économes” il existe éga-
lement des cibles “consuméristes” ou faisant appel
à la préférence. Aux critères mesurables (qualité
énergétique, résistance au temps, facilité d’en-
tretien, …) viennent alors s’ajouter des notions
d’engagement politique, d’acceptabilité, d’encoura-
gement à l’innovation, ou de recherche d’image, …
Chaque bâtiment public est un prototype.
En fait, on retrouve les ingrédients du jugement
architectural, dont on sait depuis toujours
qu’il ne peut se forger uniquement à parler de cri-
tères objectifs, qu’il ne peut naître que du débat.
Seule l’acquisition progressive de données de plus
en plus précises, malgré leur caractère hétéro-
gène, permettra peut-être à terme d’obtenir des
fourchettes de “coût global partagé” significatives.
Quelques expériences prouvent qu’un maître d’ou-
vrage peut être à la fois ambitieux sur les objec-
tifs généraux de la “qualité globale partagée” et
PREMIÈRE PARTIE PHILOSOPHIE DE LA DÉMARCHE “HQE” 33
Chaufferie au bois à Bière
(Suisse)
Sur la plaine de Champagne, au sud du
village de Bière, la nouvelle chaufferie
apparaît comme un “monolithe en bois”
posé dans les herbes. Située sur un pla-
teau, entre le lac et le jura, la chaufferie se
détache sur l’horizon. Les forêts avoisi-
nantes et au loin les alpes et le Mont-Blanc
soulignent cette situation dégagée. Le pro-
jet cherche à jouer avec ces éléments topo-
graphiques et tend par l’abstraction de sa
forme à participer à ce paysage naturel.
En contraste avec la technologie complexe
et performante que le bâtiment contient, le
volume (48 m de long, 15 m de large, 12 m
de haut) est conçu dans une expression
silencieuse et retenue, comme un simple
parallélépipède en bois soustrait à la pesan-
teur par son socle translucide. Le principe
constructif repose sur l’assemblage d’élé-
ments préfabriqués pour la structure, l’ha-
billage des façades ainsi que la couverture.
Sans manifester une démarche ouver-
tement écologique, les architectes ont
répondu à la fonction du bâtiment : – une
chaufferie à énergie renouvelable – en
démontrant le potentiel de l’exploitation
forestière pour sa construction.
Maîtrise d’ouvrage :
Offices des constructions
fédérales
Bureau d’étude Bois :
Charpente Concept
Architectes :
Pierre Bonnet et
Christian Bridel
Réalisation : 1997
“Les maîtres d’ouvrage devront de plus en plus envisager
de recourir aux énergies renouvelables liées aux ressources
locales. Il leur faudra alors établir une hiérarchie entre
critères environnementaux et critères économiques, aidés
en cela par un raisonnement basé “sur un coût global
partagé”.”
réaliste sur les moyens d’y parvenir et qu’il existe
des solutions simples, modérément coûteuses à
l’investissement, comme en gestion ultérieure.
Le calcul de valeurs relatives dans des domaines
homogènes peut être utilement effectué en vue
d’une comparaison entre différentes options.
Comme pour toute évaluation de scénarios à 10,
20, ou 30 ans, ces calculs comportent de larges
marges d’incertitudes.
L’exercice demeure très pertinent et il doit être
appliqué au poste énergie (chauffage, eau chau-
de sanitaire, éclairage, équipements électriques)
pour la part que celui-ci représente sur le coût
d’exploitation et pour la part des impacts sur
l’environnement.
Les consommations d’énergie des secteurs
résidentiel et tertiaire représentent 40 % des
consommations du pays. Sur la durée de vie
d’un bâtiment, l’énergie consommée produit 70
à 80 % des impacts environnementaux.
À cet égard, la démarche “HQE” contribuera à
améliorer la qualité énergétique des bâtiments
en privilégiant simultanément :
s une conception judicieuse de l’enveloppe,
s des technologies de construction adaptées et
économes,
s l’utilisation d’énergies renouvelables,
s des équipements performants,
s des modes de gestion efficaces.
À l’extrême, il est aujourd’hui possible de cons-
truire des bâtiments tertiaires qui n’ont besoin
d’énergie ni pour leur chauffage, ni pour leur cli-
matisation grâce à une conception optimisée de
l’enveloppe et de la ventilation, à une gestion fine
des apports internes. L’investissement initial est
largement couvert par l’économie due à la sup-
pression des équipements de chauffage et de cli-
matisation. La réalisation de tels bâtiments sup-
pose que le maître d’ouvrage accepte de disso-
cier le coût de la conception du coût des travaux
et demande à l’équipe de maîtrise d’œuvre l’en-
gagement indispensable à la conception d’un pro-
jet visant des objectifs aussi ambitieux. Ce n’est
qu’à ce prix que l’on pourra enfin modifier les habi-
tudes de conception pour viser un optimum en
coût global et non le minimum en coût d’investis-
sement, poste par poste, ce qui est trop souvent
la règle aujourd’hui.
Un tel exemple, dont les limites de reproductibilité
et de généralisation doivent toutefois être exami-
nées avec précaution, nous indique néanmoins
les directions à prendre.
Le coût de la démarche “HQE”
Les paragraphes précédents ont montré que la
démarche “HQE” n’entraînait pas un surcoût, mais
un transfert (coût global) ou une internalisation
des coûts (coût global partagé). Il est par contre
indéniable que les maîtres d’ouvrage auront à
réaliser un surcroît d’investissement initial, dont
la majeure partie sera rapidement récupérée. On
peut donc parler d’efficacité économique.
Quel est le surcroît d’investissement initial, en
particulier pour la détermination de la partie de
l’enveloppe financière consacrée aux travaux ?
Avant de répondre à cette question importante, il
est indispensable de rappeler que l’enveloppe
financière doit être correctement évaluée en
fonction du programme, ce qui aujourd’hui est
loin d’être la règle.
PREMIÈRE PARTIE PHILOSOPHIE DE LA DÉMARCHE “HQE” 35
En l’état actuel des connaissances, et au vu des
premières expériences réalisées, on peut avan-
cer qu’un “surinvestissement” de l’ordre de 5 à
10 % pour les travaux permettrait de réaliser
une avancée significative en matière de “coût
global partagé”. Mais il n’existe pas, bien sûr, de
généralisation possible.
Mais avant tout, l’effort doit porter sur les études.
On ne le dira jamais assez : les prestations intellec-
tuelles sont largement sous estimées en France.
Un engagement sincère des maîtres d’ouvrage
dans une démarche “HQE” exige de la part de
ses différents prestataires un volume d’études
accru ainsi qu’une grande disponibilité. Il implique
l’introduction de disciplines supplémentaires
tant pour l’élaboration du programme que pour la
conception du projet architectural, sa réalisation
et sa mise en service. Dans une période de
tâtonnement général, programmistes et maîtres
d’œuvre sont appelés à modifier leur approche
habituelle, à rechercher des solutions techniques
innovantes nécessitant formation profession-
nelle, documentation, et à recourir à des compé-
tences spécifiques qui viennent renchérir les prix
de revient. Ils auront également à faire face à une
augmentation des réunions de travail avec les
acteurs toujours plus nombreux du projet.
Dans le cadre d’une démarche “HQE”, on peut
estimer que la programmation et la maîtrise
d’œuvre devraient bénéficier d’une plus value
d’environ 15 à 20 %, modulable bien sûr selon
la taille et l’ambition du projet. Toutefois, ces surin-
vestissements matériels et intellectuels doivent
être rapportés à la durée de vie de l’ouvrage.
En prenant comme hypothèse un bâtiment ter-
tiaire dont le coût d’investissement initial repré-
sente 1, les coûts différés pour l’exploitation
et la maintenance pendant sa durée de vie repré-
sentent 5. La valeur économique de ce qu’il
abrite pendant cette même durée de vie (la fonc-
tion accueillie et notamment les charges de
personnel, qualité de vie, ambiance de travail,
confort et santé) représente 200.
Si l’on compare le surcroît d’investissement en
travaux de 5 % et ce chiffre de 200, le rapport
est de 1 à 4 000. Quant au rapport d’un surin-
vestissement de 20 % en études, ce rapport est
de 1 à 10 000. N’est ce pas une raison pour
mettre toutes les chances de son côté ?
Les surinvestissements initiaux de la démarche
“HQE” apportent d’autres avantages qui dépas-
sent le cadre de l’opération :
s fin de mauvaises pratiques et du non respect des
réglementations (par exemple en matière de ges-
tion de chantier, de déchets, ou d’exploitation),
s réduction du laisser-aller et des gaspillages,
s responsabilisation des acteurs à travers le
dialogue instauré à l’occasion d’une démarche
“HQE”, entre constructeurs et gestionnaires,
entre gestionnaires et utilisateurs, …
s contribution à l’émergence de marchés nouveaux
pour des matériaux et des équipements innovants
(panneaux photo-voltaïques, éoliennes, pompes à
chaleur, technologies d’exploitation, …),
s valeur d’exemple des constructions publiques,
supports pédagogiques facilitant la sensibilisa-
tion des citoyens à la cause environnementale.
CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”36
La mise en place
d’une opération
“HQE”
Deuxième partie
37
La “HQE” n’est en aucune
façon une discipline autonome.
Elle impreigne la démarche
plus générale de programmation
et prend place parmi les
nombreuses valeurs que doit
porter tout projet d’architecture
publique.
Un travail de fond
Les études de programmation (*) sont une phase
décisive pour la réussite. Leur objectif est d’aider
la maîtrise d’ouvrage à clarifier son “dessein”, à
définir ses objectifs, à préciser ses besoins,
afin de maîtriser la commande architecturale,
sa réalisation et sa gestion, ceci en réponse à
un besoin de service public.
La démarche de programmation est présente
tout au long du projet de construction, depuis les
premières idées émises au sein de la maîtrise
d’ouvrage jusqu’à la livraison. Elle vise essen-
tiellement l’anticipation des conditions de vie et
d’exploitation de la future réalisation, à travers la
prise en compte d’un maximum de paramètres
susceptibles de les influencer. Cette démarche est
globale et analytique. Il s’agit fondamentalement
d’un travail d’introspection, de questionnements,
menant à une définition progressive du program-
me qui servira à passer commande au concepteur.
Une participation accrue
Toute construction publique appelle l’intervention
et l’association de multiples partenaires.
La programmation
Les “principes de Rio” sur le développement
durable, et ceux qui ont été édictés par la confé-
rence des Nations Unies sur les établissements
humains “HABITAT 2”, devraient aujourd’hui
inspirer la maîtrise d’ouvrage publique et l’amener
à mettre en œuvre des relations nouvelles avec
les partenaires et les usagers.
On trouvera généralement autour du projet :
s des élus ou des hauts fonctionnaires, pour
lesquels le projet recèle des enjeux politiques
et des enjeux de société. C’est de ces derniers
que viennent les impulsions nécessaires, en
particulier celle de la démarche “HQE”.
s des administrés et des usagers du service
public, dont les attentes et les besoins sont
disparates.
s des riverains, pour qui la création ou la res-
tructuration d’un ouvrage crée des nuisances
et soulève des inquiétudes, des oppositions ou
des enthousiasmes.
s des membres du personnel qui exploitent, ou
vont exploiter, le service public, qui ont leur
propre conception de l’outil dont ils ont besoin.
Le projet soulève parmi eux des questions
sensibles concernant l’organisation de leurs
CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”38
(*)
“PROGRAMMATION
DES
CONSTRUCTIONS
PUBLIQUES” MIQCP
- Éditions
du Moniteur -
2001.
conditions de travail et parfois même la signi-
fication de l’institution à laquelle ils appartien-
nent. Comment ne pas renforcer leur expres-
sion dans un projet environnemental ?
s des cofinanceurs, des autorités de tutelle
animés d’intentions encore différentes.
À travers un projet de construction, qui peut
sembler au départ uniquement “technique”, s’ex-
priment des problématiques sociétales, urbaines
et humaines, qui ont une influence sur l’organi-
sation du service public et, de plus en plus, sur la
protection de l’environnement. Le travail program-
matique doit absolument approfondir ces enjeux.
Un travail en deux étapes
Depuis toujours, la MIQCP et les professionnels
de la programmation s’accordent sur une
démarche en deux étapes distinctes :
s des études pré-opérationnelles, axées sur la défi-
nition du projet de service public dans tous ses
aspects, dans son opportunité et sa faisabilité,
s des études opérationnelles, servant à définir
l’ensemble des éléments nécessaires aux
études de conception.
Les études pré-opérationnelles
Le processus pré-opérationnel ne peut être que
participatif et itératif. Il est constitué de quatre
séquences principales :
s analyser la demande, l’élucider, la renseigner,
envisager le champ prospectif des études à
entreprendre,
s mener l’ensemble des études nécessaires en
envisageant le projet sous tous les angles,
rechercher, anticiper, évaluer, comparer, …
s recadrer le projet à partir de ces informations,
clarifier les objectifs, faire les choix, vérifier la
faisabilité, …
s formuler le projet et le faire valider par la collec-
tivité, énoncer les objectifs (parmi lesquels celui
de la volonté de poursuivre un objectif environ-
nemental), les actes majeurs, les contraintes
générales, les attentes à respecter, etc.
Les résultats de cette phase sont résumés dans
un document appelé pré-programme. C’est au
cours de ces études pré-opérationnelles qu’inter-
vient le choix du site d’implantation.
Les questions touchant à l’adéquation entre le
site et le programme, aux fonctions urbaines, à
l’inscription du programme dans un projet urbain
durable, à la densité et à l’économie de l’espace
sont préalables à toute décision. Le choix du ter-
rain d’accueil est une décision très importante.
Un choix peu judicieux du point de vue de l’envi-
ronnement (utilisation d’opportunités foncières)
peut entraîner des solutions correctives coûteuses,
voire de véritables contreperformances.
À ce stade, l’introduction d’une démarche “HQE”
implique qu’au-delà des critères classiques (sur-
faces, situation urbaine, desserte, règles d’urba-
nisme, coût du foncier, …), on évaluera les incon-
vénients ou les atouts environnementaux du site
(pollution, nuisances, vues, orientations, consom-
mation d’espace, mode de déplacement, …).
Le pré-programme contiendra les données sui-
vantes :
s la genèse du projet et ses enjeux,
DEUXIÈME PARTIE LA MISE EN PLACE D’UNE OPÉRATION “HQE” 39
Institut médico-éducatif et maison d’accueil
spécialisée à Graye-sur-mer
Croquis
© Fabienne Bulle
Photo
© Fabienne Bulle
L’Institut médico-éducatif pour les enfants
et la Maison d’accueil spécialisée pour les
adultes sont deux institutions distinctes,
accueillant chacune trente handicapés dans
trois résidences. Composés sur le même
principe, de part et d’autre d’une cour com-
mune, les deux bâtiments sont accrochés à
une colline dominant l’Atlantique. Les
chambres s’ouvrent au sud-ouest ou au
nord-est sur des jardins intérieurs.Un muret
maçonné, surmonté de claustras en bois,
les protège des vents dominants et des
regards indiscrets, mais laisse passer le
soleil. Les séjours et salles à manger des
résidences sont orientés au sud-ouest et
prolongés par des terrasses. Les services
médicaux et le pôle des activités ludiques et
sensorielles sont tournés vers le paysage.
Ils sont desservis par des galeries vitrées
qui dégagent des transparences sur le châ-
teau de Vaux et l’océan. Les déplacements
dans ces coursives ensoleillées rythment
les journées des résidents. Ils créent un lien
physique avec le monde extérieur et susci-
tent rencontres et échanges.
Maîtrise d’ouvrage :
OPAC du Calvados
Architecte :
Fabienne Bulle, Montrouge
Bureau d’études et économiste :
SIBAT
Concours : 2001
Surface : 4 000 m2
Coût de construction :
30 MF TTC,
valeur 2001, soit 4,57 M€ TTC
“La maîtrise d’ouvrage doit avoir
le souci de ne pas figer trop tôt le projet
et de ménager la plus grande place
au dialogue avec les concepteurs.”
s l’opportunité du projet et ses objectifs,
s le concept programmatique,
s l’analyse du site et l’état des lieux en cas de
réhabilitation,
s l’option choisie parmi celles qui s’offrent au
décideur, et les raisons de ce choix,
s la faisabilité du projet,
s les exigences sociales et fonctionnelles (prin-
cipe de fonctionnement général de l’équipe-
ment, services offerts, volume des principales
entités fonctionnelles, …),
s les moyens nécessaires pour atteindre les
objectifs (enveloppe financière en investisse-
ment, budget d’exploitation-maintenance, mon-
tage juridique, embauche de personnels, …),
s le planning prévisionnel de l’opération, accom-
pagné d’un échéancier financier.
À ce stade, le pré-programme est un document
d’intention destiné à être clairement validé par
la maîtrise d’ouvrage et ses partenaires. Il consti-
tue un engagement. Il affirme en particulier la
volonté de mettre en œuvre une démarche envi-
ronnementale.
La maîtrise d’ouvrage sera très attentive à
l’intégration de l’effort environnemental dans
l’enveloppe d’investissement (voir chapitre “UNE
APPROCHE ÉCONOMIQUE DE LA “HQE””).
Les études opérationnelles
La programmation opérationnelle assure le lien
entre la maîtrise d’ouvrage et le projet archi-
tectural du concepteur au travers du document
programme.
La programmation opérationnelle est un proces-
sus dynamique comportant différentes étapes :
s Le maître d’ouvrage formalise un document
destiné à la consultation des maîtres d’œuvre,
dont le niveau dépend du mode de consultation
choisi.
s Le programme et la partie de l’enveloppe finan-
cière consacrée aux travaux nécessitent sou-
vent des précisions et des adaptations avant
de servir de base contractuelle au marché de
maîtrise d’œuvre.
s Au cours des études ultérieures de conception,
le dialogue entre maître d’ouvrage et maître
d’œuvre engendre des mises au point et de
nouvelles précisions du document qui, toute-
fois, devra prendre un caractère définitif avant
que ne commencent les études de projet,
bases habituelles de la consultation de l’entre-
preneur de travaux.
s La démarche de programmation devrait être
accompagnée d’un projet d’évaluation, notam-
ment environnementale, après mise en service
du bâtiment.
Le programme est certes appelé à devenir une
pièce contractuelle entre le maître d’ouvrage et le
maître d’œuvre, mais la MIQCP tient à réaffirmer
qu’il demeure amendable. C’est un document qui
permet de définir les grands principes du projet :
le “parti” architectural. Il est appelé à être pré-
cisé, voire adapté, au cours des études de maî-
trise d’œuvre lorsque l’intérêt du projet le justifie
(article 2 de la loi MOP).
En d’autres termes, le niveau de précision du pro-
gramme correspond à celui de la consultation de
maîtrise d’œuvre. Il doit demeurer celui de l’esquis-
DEUXIÈME PARTIE LA MISE EN PLACE D’UNE OPÉRATION “HQE” 41
se ou de “l’esquisse +” (*) et très exceptionnellement
celui de l’APS. En effet, la maîtrise d’ouvrage doit
avoir le souci de ne pas figer prématurément le pro-
jet, ainsi que celui de ménager la plus grande place
au dialogue de travail avec le concepteur.
Cette prise de position découle des observations
suivantes :
s une élévation du niveau des prestations de
concours entraînée par l’introduction de cri-
tères “HQE” trop précis, ce qui rend les consul-
tations inutilement onéreuses,
s une inflation de pièces écrites et de notes de
calcul, portant notamment sur la future exploi-
tation, dont la vérification demeure en grande
partie illusoire,
s des solutions techniques pré-établies et impo-
sées par certains maîtres d’ouvrage, qui ris-
quent de casser la dynamique du projet,
s des exigences ou demandes de performances
dont il n’est pas possible de vérifier la cohéren-
ce, que ce soit entre cibles “HQE” elles-mêmes,
ou entre cibles “HQE” et les données program-
matiques de “droit commun”.
C’est notamment pour ces dernières raisons que
la MIQCP conseille d’intégrer la première phase
de l’approche “HQE” à la démarche plus globale
de la programmation.
Le contenu du programme
L’objectif est la préparation d’un document
unique, simple, synthétique et cohérent qui per-
mettra aux concepteurs de travailler efficace-
ment. À chaque projet correspond un program-
me spécifique, même si pour certains grands
maîtres d’ouvrage, l’opération s’inscrit dans une
politique visant à privilégier certaines cibles :
énergie, gestion et maintenance économes, …
Le programme est un outil de communication
qui contient :
s en préambule, l’historique et les enjeux de
l’opération,
s la présentation de la maîtrise d’ouvrage, de son
projet et de ses objectifs,
s le concept de l’équipement,
s l’analyse du site,
s les attentes en terme d’image et d’insertion
urbaine,
s la description du service à rendre, la présen-
tation des utilisateurs, des usages, des activi-
tés et des pratiques,
s la définition des espaces nécessaires aux activi-
tés et l’articulation entre les différentes entités,
s les conditions de maintenance et de fonction-
nement,
s le phasage fonctionnel,
s la part de l’enveloppe financière prévisionnelle
affectée aux travaux,
s le planning prévisionnel.
La démarche “HQE” sera introduite :
s dans le préambule, à travers une affirmation
des préoccupations environnementales de la
maîtrise d’ouvrage et de ses motivations. On y
indiquera les cibles retenues et leur impor-
tance relative.
s dans la définition typologique des espaces et
de leur articulation (confort, éclairage, occulta-
tions, traitement des espaces extérieurs, …) et
dans la définition des lots à caractère tech-
CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”42
nique (caractéristiques environnementales
des matériaux, maîtrise des énergies, qualité
de l’air et renouvellement, qualité de l’eau, …).
Les mesures environnementales seront alors
définies de manière analytique, en termes
d’exigences ou de performances à atteindre.
Les préoccupations environnementales apparais-
sant dans chaque élément du programme, parmi
d’autres exigences, la rédaction est difficile. Le
risque est de diluer le caractère des mesures
“HQE” et de réduire leur impact par effet de
parcellisation.
Un mémo récapitulatif des cibles, à la fin du
programme, apporterait une aide précieuse.
Outre un balayage transversal, il devrait faire
ressortir la hiérarchie entre :
s les cibles qui revêtent une grande importance
pour le “parti” architectural,
s les cibles qui devront être approfondies pen-
dant les différentes phases d’études de maî-
trise d’œuvre.
Il est utile de joindre pour information un tableau
indiquant les performances, cette fois-ci pré-
cises, devant être atteintes en fin d’études
(Avant-Projet et Projet), afin que le concepteur
puisse évaluer et anticiper les solutions tech-
niques et les équipements s’y rapportant (per-
formances environnementales et ratios de per-
formances en exploitation-maintenance).
Au programme lui-même seront joints, outre
les annexes traditionnelles (plans, relevés, son-
dages, règles d’urbanisme, extraits d’études
antérieures, …), des documents relatifs à l’en-
vironnement du site (hydrologie, perméabilité,
pollution, données climatiques, présence de
micro-climat, …).
Que ce soit en vue d’une consultation avec ou
sans remise de prestations, le ton général du
programme soit être celui d’un questionnement,
laissant au concepteur le choix de la réponse,
sans exclusive des moyens employés pour y par-
venir.
Un bon programme est un programme resti-
tuant clairement les idées principales qui sous-
tendent le dessein. C’est une lettre de com-
mande qui permet de décrypter facilement le
projet politique et les grands enjeux afin de
stimuler la créativité et le professionnalisme de
l’équipe de maîtrise d’œuvre.
DEUXIÈME PARTIE LA MISE EN PLACE D’UNE OPÉRATION “HQE” 43
Le choix de l’équipe de maîtrise d’œuvre (ou du
projet dans le cas d’un concours) est, après l’éta-
blissement du programme, une étape décisive
pour la réussite de l’opération.
Les procédures de choix offertes aux maîtres
d’ouvrage publics pour la dévolution des marchés
de maîtrise d’œuvre sont encadrées par des
règles spécifiques du code des marchés publics.
Cet ouvrage ne peut revenir sur l’ensemble de la
méthodologie et le détail de la réglementation (*).
Les procédures
s Au-dessous du seuil à partir duquel le code des
marchés publics exige un formalisme, il peut
être néanmoins recommandé aux maîtres
d’ouvrage de publier un avis d’appel à la concur-
rence pouvant susciter des candidatures inté-
ressantes, ainsi que de rencontrer plusieurs
maîtres d’œuvre avant de choisir.
s Au-dessus des seuils fixés, l’avis d’appel à
la concurrence européenne, ainsi que le
concours pour les constructions neuves,
deviennent obligatoires. Pour la réhabilitation,
la MIQCP recommande le recours à la procé-
dure négociée spécifique. En effet l’article 35
le permet dès lors que le marché donne lieu
à la conception d’un projet architectural.
s Lorsqu’ils en ont la possibilité, les maîtres
d’ouvrage recoureront à une procédure négo-
ciée spécifique impliquant un avis d’appel à la
concurrence, un jury et l’obligation de négocier
avec au moins trois candidats.
La compétence “HQE”
En ce qui concerne la compétence “HQE”, l’archi-
tecte ou l’ingénieur, s’ils possèdent les connais-
sances et l’expérience nécessaires, peuvent
assurer eux-mêmes la démarche “HQE” de la maî-
trise d’œuvre.
Sinon, l’équipe pourra s’adjoindre une compé-
tence environnementale spécifique. Cette solu-
tion, sans doute provisoire, est souhaitée, tant
que l’approche “HQE” n’est pas banalisée. La pré-
sence identifiée de cette compétence permet en
effet à la maîtrise d’œuvre d’affirmer et de piloter
le volet “HQE” tout au long du processus de
conception et de réalisation de l’ouvrage.
Dans tous les cas, le principe est de laisser le
mandataire de l’équipe de maîtrise d’œuvre
s’organiser librement, en fonction d’affinités, de
méthodes et d’habitudes de travail et de lui per-
mettre de choisir le mode d’association entre
les différentes disciplines nécessaires.
CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”44
Le choix de l’équipe
de maîtrise d’œuvre
(*)
“ORGANISER UNE
CONSULTATION
DE MAÎTRISE
D’ŒUVRE”
MIQCP
- Éditions
du Moniteur -
2003.
Il n’existe pas à ce jour de profession “labellisée
HQE”, ni de qualifications en ce sens, par ailleurs
non souhaitables. La maîtrise d’ouvrage s’appuie-
ra donc sur les compétences mises en avant et
sur les références fournies en la matière lors des
candidatures, puis lors du dialogue institué par la
procédure négociée.
L’avis d’appel à la concurrence
et la “HQE”
De manière générale, l’avis d’appel à la concurren-
ce s’attachera à mentionner non pas les profes-
sions, mais les compétences souhaitables pour la
conception du projet et la direction des travaux.
En ce qui concerne spécifiquement la “HQE”,
outre l’affirmation par la maîtrise d’ouvrage de
sa démarche, en “préambule” ou “objet du mar-
ché”, l’avis d’appel à la concurrence stipulera :
“l’équipe justifiera de sa compétence en matiè-
re de démarche “HQE”” (conditions relatives au
marché).
Il reviendra aux équipes candidates de décrire
leurs références en ce domaine, de manifester
leur intérêt pour la démarche et montrer com-
ment ils l’ont intégrée dans leur façon de tra-
vailler.
Beaucoup d’opérations n’exigent pas la consti-
tution d’une équipe complète dès la candidature.
Dans ces cas, la maîtrise d’ouvrage annoncera
que l’architecte sélectionné proposera à son
agrément les collaborations nécessaires.
La négociation
Lors de la procédure négociée, les équipes pré-
sélectionnées, à partir du programme fourni,
auront à produire une offre en vue de la négocia-
tion. Il est rappelé que cette offre n’est pas seu-
lement une proposition d’honoraires, mais aussi
la présentation d’une méthode, des hommes et
des moyens mis à disposition pour mener l’opé-
ration à terme.
Dans le cas d’une démarche “HQE”, le maître
d’ouvrage pourra demander que les candidats joi-
gnent une note synthétique faisant part de la com-
préhension des objectifs “HQE”, de la démarche
personnelle envisagée et de la manière d’intégrer
la qualité environnementale dans la future mission,
sans préjuger de solutions architecturales.
Cette note sera une des entrées de la négocia-
tion. Au cours de ce dialogue, les équipes candi-
dates auront à convaincre et donner envie de leur
faire confiance.
Le concours
L’introduction d’une démarche “HQE” ne modifient
pas les pratiques actuelles du concours d’archi-
tecture et d’ingénierie.
Une prestation de niveau “esquisse +” (c’est-
à-dire intermédiaire entre l’Esquisse et l’APS)
est de nature à permettre le jugement de l’offre
environnementale et l’analyse de ses principales
dispositions.
Le concours sur Avant-Projet, en raison de son
degré d’avancement fige la conception trop tôt
et il est onéreux en organisation et indemnités.
DEUXIÈME PARTIE LA MISE EN PLACE D’UNE OPÉRATION “HQE” 45
Centre d’imagerie par résonance magnétique
à Saint-Priest-en-Jarez
Photos
© Dominique Gauzin-Müller
Le concours pour le Centre d’imagerie
magnétique de l’agglomération stéphanoise
a été lancé en mai 1997 ; le premier patient
a été examiné le 30 décembre de la même
année. Malgré ce planning très tendu et un
site ingrat, le parking de l’hôpital, cet équi-
pement médical privilégie la dimension
humaine et respecte l’environnement. Dès
les premières rencontres, la collaboration
entre la maîtrise d’ouvrage et les archi-
tectes, engagés depuis longtemps dans une
approche sociale et écologique de l’archi-
tecture, a été harmonieuse et efficace. Une
équipe d’entreprises locales a participé
avec enthousiasme au défi. L’IRMAS est
construit avec des troncs écorcés, des
poutres brochées et des planchers en
planches clouées. La structure est en dou-
glas de pays, matériau renouvelable néces-
sitant peu d’énergie pour sa transformation,
son transport et sa mise en œuvre.
Entreprises :
charpente, Les charpentiers
du Haut-Beaujolais, Belmont ;
menuiseries, Béal,
Saint-Priest-en-Jarez
Réalisation : 1997
Surface : 386 m2
shon
Coût global de l’opération :
3,08 MF HT, valeur 1997,
soit 470 000 €
(compris honoraires, bureau de
contrôle et dommage ouvrage)
Maîtrise d’ouvrage :
Imagerie par résonance magnétique
de l’agglomération stéphanoise
Architectes :
Atelier de l’Entre,
Marie-Renée Desages,
Aline Duverger, Yves Perret,
Saint-Etienne
Bureau d’études structures :
Jacques Anglade, Port-Vendres
“L’architecte ou l’ingénieur peuvent,
s’ils ont l’expérience adéquate, assurer
eux-mêmes la démarche environnementale
de la maîtrise d’œuvre.”
L’expérience montre que les Avant-Projets sont
généralement repris au lendemain de la signatu-
re du contrat de maîtrise d’œuvre.
Des pièces graphiques au 1/200e
sont suffi-
santes pour juger les grandes options environne-
mentales des concepteurs et le “parti HQE” :
s inscription dans le site (échelles, volumétries,
prise en compte des nuisances, …),
s qualité environnementale des bâtiments (maté-
riaux, orientations privilégiées, éclairages natu-
rels, ensoleillement, compacité, surfaces d’en-
veloppes, évolutivité, …),
s impact sur les parcelles riveraines (masques,
nuisances induites, desserte, …),
s qualité des espaces extérieurs (verdissement,
imperméabilisation, voiries et parkings, …).
Ces pièces graphiques seront accompagnées
d’un mémoire “HQE”. L’objectif de ce volet envi-
ronnement de la note de présentation du projet
est à la fois d’expliquer les grandes options, d’ar-
gumenter les choix, et de préciser certaines solu-
tions techniques. Ce volet décrit entre autres :
s les choix énergétiques, y compris pour l’énergie
“verte”,
s le choix environnemental des matériaux,
s les niveaux de confort envisagé et les moyens
prévus pour y parvenir,
s les solutions proposées pour garantir la santé
des usagers et la qualité de l’air et de l’eau.
Ce mémoire pourra comporter, à la demande du
maître d’ouvrage, un volet “exploitation-mainte-
nance” expliquant l’approche de l’équipe ainsi que
la justification des principaux choix architecturaux
au regard de cette préoccupation. L’objectif est
de permettre à la commission technique de
détecter les forces et les faiblesses du “parti”
architectural sous l’angle de l’exploitation-mainte-
nance, et de préparer les débats du jury.
Il s’agit bien d’examiner et d’évaluer l’incidence du
parti général d’ensemble, des principales disposi-
tions fonctionnelles, des grands choix techniques
qui sont proposés par les équipes concurrentes.
Il est donc inutile, voire néfaste, pour la clarté du
débat architectural à venir, d’imposer une suren-
chère de mémoires techniques (par exemple, des
notes de calcul concernant l’exploitation sur plu-
sieurs décennies…), dont la vérification demeure-
ra en grande partie illusoire.
La commission
technique et le jury
Après avoir mentionné dans le règlement de
consultation que la qualité environnementale est
un des critères de jugement, le maître d’ouvrage
devra composer une commission technique et un
jury aptes à en juger.
Ces instances devront pour cela se donner les
moyens de vérifier les options et les assertions
des équipes concurrentes.
Au sein de la commission technique, ce rôle sera
assuré par l’équipe de programmation. Cette
dernière pourra s’appuyer sur une grille d’éva-
luation simple.
Le jeu sera d’apprécier la réponse au programme
exigentiel, de mettre en évidence les problèmes
rencontrés, de détecter s’ils sont liés à la struc-
DEUXIÈME PARTIE LA MISE EN PLACE D’UNE OPÉRATION “HQE” 47
Les éléments de mission de maîtrise d’œuvre
sont décrits dans le décret n° 93-1268 du
29 novembre 1993, et l’arrêté y afférant, pris en
application de la loi MOP.
Ils sont avant tout définis en termes d’objectifs
et il faut conserver cet esprit dans la graduation
des exigences contractuelles concernant la
“HQE”, l’exploitation et la maintenance. Encore
une fois, la démarche de projet est un “affinage”
progressif de la définition des ouvrages et l’ap-
proche environnementale doit épouser la même
logique.
Le niveau de précision demandé à chaque phase
sera défini avec l’assistance du programmiste
“HQE” lors de la négociation du contrat. Il convient
de ne pas revenir sur l’élément Esquisse qui a déjà
été largement évoqué dans le chapitre “LE CHOIX
DE L’ÉQUIPE DE MAÎTRISE D’ŒUVRE”.
L’avant-projet sommaire
L’avant-projet sommaire (APS) permet de préci-
ser l’esquisse en intégrant les remarques de la
maîtrise d’ouvrage, et celles du jury de concours.
Cette phase fait apparaître les principes construc-
tifs et la définition des espaces, local par local.
Elle détermine les modes de fonctionnement de
l’ouvrage ainsi que le choix des matériaux et des
types d’installations techniques et cale les niveaux
de prestations offerts aux utilisateurs.
Au niveau de l’APS, on peut pleinement utiliser
des indicateurs simplifiés concernant, par exemple,
ture même du projet ou s’ils peuvent évoluer
favorablement lors des études d’avant-projets. Ce
qui implique que la commission technique, outre
les experts nécessaires, comporte une personne
possédant la culture du projet architectural.
En ce qui concerne le jury, la difficulté vient du
fait que son jugement met en jeu une complexité
de critères hétérogènes. Celui de la qualité envi-
ronnementale n’est pas nécessairement le plus
important (voir chapitre “LA “HQE”, UNE RELEC-
TURE DE LA QUALITÉ ARCHITECTURALE”).
Pour éviter que le critère “HQE” déstabilise le
débat, la maîtrise d’ouvrage doit veiller à un équi-
libre dans la composition du jury et respecter la
philosophie générale des concours d’architecture
et d’ingénierie.
La MIQCP propose qu’une personne qualifiée en
matière de qualité environnementale des bâti-
ments siège dans le jury au titre des “personnali-
tés dont la participation présente un intérêt par-
ticulier au regard de l’objet du concours”.
CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”48
La “HQE” et les éléments
de mission de maîtrise d’œuvre
le niveau de l’ensoleillement et de l’éclairage
naturel, les niveaux de déperdition, le confort
thermique aux différentes saisons, la qualité de
l’air ou le confort acoustique.
L’APS d’un projet “HQE” contiendra donc une note
spécifique, avec une explication des choix basée
sur des indicateurs spécialisés, des coefficients
ou des ratios. Une autre note justifiera le choix
des matériaux en fonction de leurs caractéris-
tiques environnementales.
Au-delà de l’estimation provisoire du coût prévi-
sionnel des travaux, ce sont les éléments de l’APS
qui permettront au maître d’ouvrage de com-
mencer une évaluation financière du projet
incluant investissement, exploitation et mainte-
nance, sous la forme d’un premier budget prévi-
sionnel. Ces études en coût global peuvent être
effectuées pour des ensembles cohérents met-
tant en compétition plusieurs hypothèses tech-
niques (choix énergétiques, systèmes de chauffa-
ge, ventilation, enveloppes des bâtiments, …).
Cette première évaluation en phase APS est une
étape charnière. Elle peut amener des ajuste-
ments importants du programme et de la partie
de l’enveloppe consacrée aux travaux. Décelées
seulement dans une phase ultérieure, ces modifi-
cations risquent de se révéler difficiles et oné-
reuses.
Il est par ailleurs judicieux que le Bureau de
Contrôle intervienne dès ce stade, car des solu-
tions environnementales satisfaisantes, mais non
traditionnelles, risquent plus tard d’être rejetées.
Il faut rappeler à cet endroit que l’article 26 du
décret “Missions” de la loi MOP prévoit la possi-
bilité, dès les avant-projets, de consulter des
entreprises ou des fournisseurs de produits
industriels pour un ou plusieurs lots de technicité
particulière. Cette disposition est particulière-
ment intéressante dans le cas d’une démarche
“HQE” qui vise des solutions hors “sentiers
battus”. En ce cas, il sera conclu avec l’équipe
de maîtrise d’œuvre, une “mission spécifique”,
pour un ou plusieurs lots, permettant d’analyser
les propositions des entreprises ou des indus-
triels, ainsi que de les intégrer dans le projet
architectural.
L’avant-projet définitif
Entre APS et APD, la principale différence réside
en ce que les options, après avoir été validées
par le maître d’ouvrage, vont être définitivement
figées. Les descriptions techniques, les indica-
teurs et les justifications seront plus détaillés,
constituant l’amorce de la rédaction du futur
CCTP. Ces descriptions techniques seront accom-
pagnées de notes de calcul concernant la ther-
mique (RT 2000, label HPE), la classe d’inertie, le
calcul du renouvellement d’air, les facteurs de
lumière de jour, les profils d’évolution des tempé-
ratures intérieures, l’isolation acoustique, les
ratios de consommation d’eau potable, …
Les consommations d’énergie (chauffage, eau
chaude sanitaire, éclairage, …), qui avaient été
sommairement évaluées, peuvent désormais
être établies avec plus de précisions, car l’enve-
loppe et les systèmes seront alors définis.
Les concepteurs, de même qu’ils établissent l’es-
timation définitive du coût prévisionnel en lots
séparés, auront défini précisément les éléments
permettant au maître d’ouvrage d’évaluer les
coûts différés (ratios de consommation, d’entre-
DEUXIÈME PARTIE LA MISE EN PLACE D’UNE OPÉRATION “HQE” 49
Centre de loisirs Rouget de Lisle
à Nanterre
Image de synthèse
© Philippe Madec
Coupe
© Philippe Madec
Le centre de loisirs Rouget-de-lisle est
implanté près des voies du RER A, entre une
Zac de petits collectifs, un tissu pavillonnai-
re ancien et des équipements scolaires. À la
recherche du confort spatial et du confort
d’usage, la maîtrise d’ouvrage et les
concepteurs ont ajouté le traitement spéci-
fique des 14 cibles HQE, afin d’offrir aux
enfants de Nanterre un “lieu de bien-être”.
Les espaces de vie et d’activité sont répar-
tis dans une série de pavillons, greffés sur
un axe est-ouest. Côté rue, le bâtiment se
présente par un front urbain avec des pare-
ments en terre cuite sur briques Monomur,
des châssis en bois et une couverture
débordante en cuivre, qui crée un appel au-
dessus de l’entrée. À l’extrémité sud de la
parcelle,un préau,entouré de murs sur trois
côtés,apporte une protection contre les nui-
sances sonores du RER. Alliant écologie et
pédagogie, la gestion de l’eau est matériali-
sée par la présence en toiture d’un “aque-
duc”. Deux canaux perpendiculaires
conduisent les eaux de pluie sous le préau,
où elles chutent le long d’une paroi avant de
disparaître dans une citerne. Après filtrage
et sédimentation naturelle, l’eau sert à l’ar-
rosage des espaces verts. Avec l’accord de
la DDASS, elle est également utilisée pour
les chasses d’eau des sanitaires, avec une
signalisation permettant de différencier
l’eau potable de l’eau non potable.
Maîtrise d’ouvrage :
Ville de Nanterre
Architectes :
Atelier d’architecture
Philippe Madec, Paris
AMO HQE :
Tribu, Paris
Bureau d’études :
Ingerop, Paris
Artiste-Paysagiste :
Christiane Chabot,
Paris et Montréal
Calendrier :
concours, 1999 ;
chantier 2001 à 2003
Surface :
1 550 m2
shon ; 2 830 m2
shob
Coût des travaux :
bâtiment, 3,35 M€ HT ;
équipement et mobilier,
130 000 € HT ;
paysage, 102 500 € HT
(valeur 2002)
“L’approche environnementale,
comme la démarche globale du projet,
s’appuie sur un affinage progressif
de la définition des ouvrages.”
tien, de renouvellement, …) donnant lieu à un
coût global actualisé, pour un horizon donné.
Le choix des matériaux et des techniques, notam-
ment à partir de leurs caractéristiques environ-
nementales vérifiées (pérennité, sécurité, avis
technique, ATEX, …), est en principe définiti-
vement arrêté.
Le projet et la préparation
du dossier de consultation
des entreprises
Pour la qualité environnementale, les phases de
projet et de préparation du dossier de consul-
tation des entreprises sont décisives, car la pro-
blématique environnementale va passer des
mains des concepteurs à celles des entreprises,
qui arrivent sur un terrain nouveau. Ces phases
exigent de la maîtrise d’œuvre une nouvelle
rédaction des pièces écrites, incitant à des
solutions techniques alternatives et imposant des
choix de matériels ou matériaux innovants, avec
des exigences particulières quant à la compo-
sition des matériaux, à leur fabrication et à leur
mise en œuvre. Ces nouvelles pièces introduisent
des notions nouvelles comme l’atteinte de per-
formances précises, ou la suppression de gas-
pillage.
Dans la rédaction des CCTP, s’ajoutent aux carac-
téristiques traditionnelles (technique, entretien,
durée de vie), des exigences supplémentaires
(émission de polluants, économie de ressources
et de fabrication, recyclage, …).
C’est à cette phase que pourront être élaborés,
par la maîtrise d’ouvrage, les documents de pla-
nification technique et budgétaires des travaux de
gros entretien et de renouvellement, et donc un
budget prévisionnel définitif d’exploitation et de
maintenance.
Le dossier de consultation des entreprises doit
définir de manière précise les pièces qui devront
être remises à l’issue des travaux. Celles-ci, plans
architecturaux et plans des installations, notes
techniques, documentation, consignes de main-
tenance, devront constituer un véritable Dossier
d’Exploitation et de Maintenance (DEM), indis-
pensable au futur gestionnaire. Les habituels
Dossiers des Ouvrages Exécutés (DOE) et Dossier
des Interventions Ultérieures sur Ouvrage (DIUO)
n’en seront qu’une partie.
Dans l’attente de solutions innovantes d’intéres-
sement des entreprises à l’exploitation-mainte-
nance, il peut être utile de prévoir, notamment
pour certains lots techniques, des options favori-
sant l’optimisation de l’exploitation-maintenance
sur un temps donné (au-delà de la période de
garantie). Enfin, un cadre de démarche “chantier
vert” va être proposé. Il se traduira par un proto-
cole de management de chantier prévoyant les
modalités d’implication des personnels, les moda-
lités d’information des riverains, celles concer-
nant la limitation des nuisances de chantier et la
collecte sélective des déchets.
En tout état de cause, la recherche de qualité
environnementale devrait imprégner le CCTP
afin d’expliquer aux entreprises les objectifs
poursuivis.
DEUXIÈME PARTIE LA MISE EN PLACE D’UNE OPÉRATION “HQE” 51
Les contrats de travaux,
le chantier et la réception
Les entreprises seront de plus en plus sensibi-
lisées aux préoccupations environnementales,
notamment celles qui concernent les chantiers,
mais il faut être conscient que leurs offres ne
peuvent reposer que sur une optimisation éco-
nomique des choix techniques répondant au
DCE, ce qui suppose une juste évaluation de
l’enveloppe financière consacrée aux travaux.
Les offres dépendent en outre de l’appréciation
du risque que prennent les entreprises vis-à-vis
d’une opération de qualité environnementale et
donc de l’effort de la maîtrise d’œuvre pour rédui-
re les incertitudes du CCTP.
Au cours de l’analyse des offres, la maîtrise d’ou-
vrage et la maîtrise d’œuvre auront eu soin d’éva-
luer certaines modifications proposées par les
entreprises en termes d’incidence sur les coûts
différés et sur la maintenabilité.
La mise au point du ou des marchés et plus tard,
les réunions de synthèse sur les plans d’exécution
permettent un dialogue direct entre maître d’ou-
vrage, maître d’œuvre et entreprises sur de pos-
sibles modifications de choix technologiques
(matériel, disponibilités, …).
Lors de la phase de préparation de chantier,
seront décidées les dispositions concernant l’ins-
tallation de celui-ci et son organisation dans l’in-
térêt de l’environnement et des riverains (charte
de “chantier vert”), les techniques de chantier, le
contrôle des matériaux ainsi que les systèmes de
collectes de déchets (y compris les procédures
de contrôle).
Enfin, à la livraison des ouvrages, outre les tradi-
tionnelles opérations de réception et leurs forma-
lités, il s’agira de passer le témoin aux gestion-
naires.
Certaines “conformités environnementales” peu-
vent être contrôlées dès réception, une fois les
locaux aménagés (prestations, niveaux d’éclairage,
mesures acoustiques, …) mais d’autres néces-
siteront plusieurs années de fonctionnement
(saisons de chauffe, confort d’été, consomma-
tions, dépenses d’entretien, mesures de nuisan-
ce, enquêtes de satisfaction, …) pouvant enrichir
une pratique à ce jour trop peu développée de
l’évaluation des bâtiments.
CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”52
Les 14 cibles
de la démarche
“HQE”
Troisième partie
53
Les 14 cibles “HQE” sont la
clarification et la mise en ordre
des objectifs environnementaux
d’une construction publique.
Mais l’approche qui doît
en être faite ne peut être que
systémique : cibles entre elles
tout d’abord, mais de plus,
cibles au regard de l’ensemble
des paramètres de la qualité
architecturale.
Éco-construction — cibles 1 à 3
Éco-gestion — cibles 4 à 7
Confort — cibles 8 à 11
Santé — cibles 12 à 14
CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”54
CIBLE 1
Relation harmonieuse des bâtiments avec leur environnement immédiat
Cette cible concerne l’utilisation des opportunités offertes par le voisinage et le site, la gestion des
avantages et désavantages de la parcelle, l’organisation de celle-ci pour créer un cadre de vie
agréable, et la réduction des risques de nuisances entre le bâtiment et son milieu.
L’environnement immédiat des bâtiments comprend :
s la parcelle sur laquelle ils vont être construits,
s le voisinage de cette parcelle,
s le site formant le cadre de ces bâtiments,
s la collectivité locale qui va les accueillir.
Cette cible comprend deux objectifs :
Le premier est l’intégration et l’utilisation des opportunités offertes par les caractéristiques de l’en-
vironnement immédiat ainsi que la gestion des atouts et inconvénients du terrain d’accueil. La
prise en compte de ces paramètres (orientation vis-à-vis de la course du soleil, vis-à-vis du vent,
relief, végétation existante, nature du sol, et du sous-sol, eaux superficielles, accessibilité et
moyens de transport disponibles, constructions résidentielles et environnantes, …) permet d’ac-
croître la qualité du bâtiment, ceci en termes de minimisation de ses impacts sur l’environnement
extérieur et de qualité de vie de ses futurs usagers.
Le deuxième objectif de cette cible est la réduction des risques de nuisances :
s du voisinage sur les bâtiments : masques proches et lointains, sources de nuisances proches
(bruit, odeurs, pollutions ambiantes),
s du bâtiment sur le voisinage : protection du cadre de vie des riverains (droit au soleil, au calme,
à la vue, à l’accessibilité, …) par exemple en réduisant les niveaux sonores dus à son fonctionnement.
Cible 1
Relation harmonieuse
des bâtiments avec leur
environnement immédiat
Cible 2
Choix intégré des procédés
et des produits de construction
Cible 3
Chantier à faibles nuisances
Éco-construction
Photo gauche
Centre d’entretien
autoroutier du Caylar
© P. Schwartz
Photo droite
Maison de pays
de l’Hérault
© P. Schwartz
Sur l’aire du Caylar, au bord de l’autoroute A
75, la Maison de pays de l’Hérault complète
le centre d’entretien, mis en service en
1995. Construits au pied du Causse du
Larzac, les bâtiments ont les tons ocres et
gris des amoncellements rocheux du “Roc-
Castel” qui les surplombent. Les volumes
sont compacts, les ouvertures rares. Les
murs épais, à forte inertie, répondent aux
grandes amplitudes thermiques du climat
local. Les façades en béton banché ont un
habillage en calcaire de Sauclières, extrait
d’une proche carrière. Les pierres sont
posées à joints secs, selon la technique tra-
ditionnelle. Un couronnement en clins de
red cedar dissimule les lanterneaux, qui
éclairent zénithalement le hall d’accueil et
les salles d’exposition, et les deux pompes à
chaleur air/air, qui chauffent et rafraîchis-
sent les locaux. Les toitures, visibles depuis
le “Roc-Castel”, ont été traitées avec autant
de soin que les façades : installations tech-
niques cachées et dalles dans les teintes
des pierres, posées sur plots au-dessus de
l’étanchéité. Deux galeries, couvertes de
lames ajourées en red cedar, enserrent le
bâtiment au nord et au sud et mènent au
restaurant et à la boutique de la station ser-
vice. Le sol des espaces extérieurs est cou-
vert de dalles en calcaire de Sauclières, de
béton balayé ou de concassé issu du site,
qui tient lieu de “paillage” à la végétation.
Les haies, parallèles aux coursives, sont
plantées de buis, de coronilles et de rosiers
sauvages.
Le centre autoroutier du Caylar a reçu le Prix
départemental du paysage en 1996 et le
ruban d’argent du Palmarès “Paysages rou-
tiers” en 1998.
Centre d’entretien autoroutier
Maîtrise d’ouvrage :
DDE de l’Hérault
Architectes :
atelier d’architecture
Emmanuel Nebout, Montpellier;
responsables du projet,
Emmanuel Nebout, Jérôme Fuzier,
Laurence Javal
Bureaux d’études :
structures, André Verdier,
Montpellier ;
fluides, Gestec, Montpellier
Économiste :
Jacques Rigal, Montpellier
Réalisation : 1995
Surface : 3 180 m2
shob
Coût de construction :
1 905 000 € TTC, valeur 1995
Maison de pays de l’Hérault
Maîtrise d’ouvrage :
Conseil général de l’Hérault
Architectes :
atelier d’architecture
Emmanuel Nebout, Montpellier ;
responsables du projet,
Emmanuel Nebout, Jérôme Fuzier,
Laurence Javal
Bureaux d’études :
structures, André Verdier,
Montpellier ;
fluides, Benoît Lorca, Montpellier
Économiste :
Jean Olives, Montpellier
Paysagiste :
Jean-Louis Knidel,
Valence (aire de service, APS)
Réalisation : 1998
Surface : 500 m2
shon
Coût de construction :
4,74 MF HT, soit 720 000 € HT,
valeur 1998 (bâtiment seul)
“Une relation harmonieuse des bâtiments
avec leur environnement suppose l’utilisation
des opportunités offertes par le site,
ainsi que la gestion des avantages
et des inconvénients du terrain d’accueil.”
Maison de pays de l’Hérault et centre d’entretien
autoroutier sur l’aire de service du Caylar
L’étude de tous ces aspects, dans une perspective de qualité environnementale devra, dans le
meilleur des cas, s’effectuer préalablement au choix du terrain d’assiette, à tout le moins se décli-
ner à travers un diagnostic approfondi des lieux d’accueil, un examen accru des forces et des fai-
blesses du site choisi, un travail sur l’impact du bâtiment projeté sur l’environnement physique et
humain et les mesures à prendre.
Leurs traductions dans le programme seront la justification des différents choix initiaux puis, dans
le projet, celle du parti général d’aménagement (plan masse, utilisation de la morphologie, orien-
tations, espaces extérieurs, …).
Un volet particulier sera consacré, très en amont, à la gestion des déplacements induits, pour ce
qu’ils pèsent en nuisances et pollutions, posée en termes de réduction des besoins, d’encourage-
ment à la mobilité “douce”, voire en termes de dissuasion.
Il s’agit bien de renouer avec des choix “conscients” : implanter des bâtiments dialoguant avec le
site et utilisant ses caractères physiques, composer avec les micro-climats, qu’ils soient naturels
ou urbains. L’orientation générale des bâtiments s’attachera à valoriser les apports solaires gra-
tuits, à faciliter un confort thermique satisfaisant en toutes saisons, à répandre l’éclairage naturel.
Le traitement des espaces verts pourra également jouer un rôle vis-à-vis de l’ensoleillement et du
confort hygrothermique (plantations d’essences à feuilles caduques pour protéger les façades
exposées et laisser passer les rayons du soleil tant recherchés en hiver). De même, le traitement
végétalisé des toitures pourra avoir des effets régulateurs tant sur le climat de la parcelle que sur
le confort thermique interne.
On s’attachera également à préserver la perméabilité des sols en travaillant sur l’emprise, en pri-
vilégiant le végétal, en étudiant la gestion des eaux de pluie et ainsi, limiter le recours à l’assai-
nissement communal.
Des investigations particulières seront menées quant aux risques de nuisances réciproques : au
delà de la classique prise en compte des nuisances existantes (au premier rang desquelles le bruit
ambiant), il sera nécessaire de s’interroger sur les nuisances de tous ordres que le bâtiment
risque de produire sur le cadre de vie des riverains.
Ce sera l’étude des conséquences sur l’ensoleillement et les vues de ces derniers, leur préserva-
tion des nuisances sonores générées par la vie du bâtiment (desserte, livraisons, …) ou l’émission
des polluants (chaufferie, cuisine, rejets divers, odeurs, …).
Il s’agit bien d’interroger plus finement les interactions entre le bâtiment et son site, tant d’un point
de vue morphologique que de celui du respect dû aux riverains, riverains avec lesquels des concer-
tations devraient être menées dès la phase de programmation.
CIBLE 2
Choix intégré des procédés et des produits de construction
Les nombreux éléments d’une construction peuvent avoir des impacts importants sur l’environ-
nement, sur le confort des utilisateurs, ainsi que sur leur santé. Par ailleurs, le choix de matériaux
de qualité et leur mise en œuvre sont des facteurs déterminants de la qualité architecturale avec
CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”56
des conséquences importantes sur le coût global de l’ouvrage.
Dans la démarche “HQE”, le choix des matériaux est fondé sur un ensemble de critères d’usage,
de critères techniques, économiques et esthétiques auxquels viennent se mêler les critères envi-
ronnementaux. Ces derniers concernent principalement l’économie des ressources naturelles et
la maîtrise des risques environnementaux et de santé, non seulement lors de la fabrication des
matériaux et des produits, mais lors de leur mise en œuvre, pendant la vie du bâtiment, ainsi que
lors de la démolition future.
Le raisonnement conduisant à ces choix s’effectuera à partir d’une notion de “cycle de vie”.
Choisir les procédés de fabrication et les matériaux respectueux de l’environnement, c’est :
s Économiser les ressources les plus rares : matières premières, énergie, eau. L’économie de
ces ressources est aussi liée aux possibles réutilisations, recyclages et valorisations en fin de
vie. La durée de vie des matériaux doit également être prise en compte.
s Évaluer les risques de pollution des sols, des eaux et de l’air pendant la fabrication, mais aussi ceux
induits par le transport et la mise en œuvre, pendant l’usage du bâtiment ainsi qu’en fin de vie.
s Prendre en compte la quantité d’énergie et d’eau nécessaire pour fabriquer, transporter, mettre
en œuvre, entretenir, recycler, voire détruire un matériau. Des consommations importantes d’éner-
gie participent à l’augmentation de l’effet de serre, et l’eau devient une ressource à préserver.
s Prendre en compte la facilité d’approvisionnement et de mise en œuvre selon la localisation de
l’opération, mais également les niveaux de qualification professionnelle de la main d’œuvre locale.
En matière de santé, les principaux risques proviennent d’émanations de produits toxiques exis-
tant lors de la construction, au début de l’utilisation ou apparaissant accidentellement.
Les engagements internationaux incitent à l’utilisation du bois dans le bâtiment. En France, la part
de son utilisation est proche de 10 % de celle de l’ensemble des matériaux de construction. Les
pouvoirs publics, avec la loi sur l’air, préconisent une augmentation de 25 % de cette part afin de
réduire les émissions de gaz à effet de serre d’environ 7 milliards de tonnes.
Cet effort permettra également de relancer des “filières bois” encore peu organisées en France.
Si l’utilisation du bois présente énormément d’avantages (faible énergie primaire, facilité de mise
en œuvre, confort thermique et hygrothermique, image architecturale renouvelée, …), les concep-
teurs doivent vérifier que les arbres sont issus de forêts gérées selon les principes du développe-
ment durable. Ils seront également attentifs à choisir les essences en fonction des classes de
risques biologiques, et donneront la préférence aux essences naturellement durables, afin de
réduire la quantité de bois traité.
Dans tous les cas, ils veilleront à une protection constructive des bois, en particulier à l’extérieur :
la conception et la mise en œuvre doivent absolument éviter les “pièges à eau”. Lorsqu’un traite-
ment sera indispensable, les concepteurs retiendront les produits les moins nocifs pour la santé
et l’environnement, par exemple des composés à base de bore.
L’approche environnementale ne se réduit cependant pas à l’emploi de matériaux renouvelés et de
produits ne présentant pas de danger pour la santé. La qualité de l’architecture “HQE” est plutôt
dans l’optimisation des qualités de chaque matériau et dans un pragmatisme réduisant au strict
nécessaire la quantité de matière mise en œuvre, selon une pertinence à la fois technique, éco-
nomique et environnementale.
TROISIÈME PARTIE LES 14 CIBLES DE LA DÉMARCHE “HQE” 57
Salle polyvalente à Empfingen,
Allemagne
La salle polyvalente d’Empfingen est repré-
sentative de l’image de transparence, de
modernité et de respect de l’environnement
recherchée par la Municipalité d’Empfingen.
Vestiaires, sanitaires et rangements sont
concentrés au nord dans une barre de deux
niveaux, encastrée dans la forte pente du
terrain. La grande salle s’ouvre généreuse-
ment au sud vers des prairies parsemées de
petits groupes d’arbres. La structure mixte
profite des qualités des différents maté-
riaux. Le béton, utilisé pour les planchers et
les murs enterrés, apporte son inertie ther-
mique. Les poutres principales en acier ont
une section très fine pour une portée impor-
tante. Le bois, mis en œuvre en aménage-
ment intérieur, en parquet et en plafond,
confère aux espaces leur ambiance chaleu-
reuse.
Maîtrise d’ouvrage :
Ville d’Empfingen
Architectes :
D’Inka + Scheible, Fellbach,
Allemagne
Réalisation : 2000
Surface :
2 618 m2
shon
Coût des travaux :
3,95 M€ TTC
“La démarche environnementale
valorise les avantages de chaque matériau
et optimise la quantité de matière
mise en œuvre, selon une pertinence à la fois
technique, économique et écologique.”
Photos
© Roland Halbe / Archipress
Les industriels sont incités à développer l’information sur les produits et les procédés de fabrication
ayant un impact sur l’environnement. Ce sont par exemple l’élaboration d’une fiche d’information
AFNOR XP P 01-010, la marque NF environnement, ou les avis techniques du CSTB prenant en
compte la qualité environnementale. En outre, des labels “écologiques” communautaires sont appe-
lés à se développer. Dans le même temps et dans un esprit de conquête des marchés, les indus-
triels mettent de plus en plus en avant les qualités environnementales supposées de leurs produits.
Au bout du compte, maîtres d’ouvrage et concepteurs ont affaire à des critères de natures diffé-
rentes, chacun d’entre eux pouvant être appliqué à des phases diverses du cycle de vie du bâtiment.
La pondération de ces critères et de ces phases n’est pas anodine : par exemple, une forte nui-
sance attachée à la fabrication d’un produit peut n’avoir qu’un poids insignifiant si on la pondère
par la place de ce produit dans la globalité du bâtiment.
Les informations fiables, rigoureuses, complètes et intéressant des cycles de vie sont en devenir.
Actuellement, elles maintiennent de larges zones d’incertitudes, limitent la rationalité des choix et
justifient des attitudes de précaution. En tous cas, elles impliquent un travail difficile et perspica-
ce de la part des prescripteurs.
Enfin, ce chapitre serait incomplet s’il n’était fait mention de l’importance à accorder à l’évolutivité,
à la flexibilité, voire à la “neutralité” des bâtiments, plus ou moins permises par les procédés de
construction. La rapidité d’évolution des usages, et donc de besoins en locaux, produira imman-
quablement de multiples transformations. Celles-ci seront plus ou moins faciles, environnementa-
lement coûteuses, selon les procédés et techniques initiaux.
CIBLE 3
Chantier à faibles nuisances
La vie d’un bâtiment, depuis la construction jusqu’à la démolition, est marquée par un grand
nombre de chantiers. Celui de sa construction est la première occasion concrète de mettre en
œuvre des principes environnementaux.
Un chantier à faibles nuisances (ou encore “chantier vert”) se doit de respecter des objectifs de limi-
tation des nuisances, de limitation des pollutions, de meilleure gestion des déchets. Les chantiers ont
connu une montée grandissante des préoccupations d’hygiène, de sécurité et de santé (coordination
SPS en amont et pendant le chantier). La démarche “HQE” se situe dans le prolongement de cette
évolution en introduisant le souci de limiter tous les impacts d’un chantier sur l’environnement.
En ce qui concerne la lutte contre les nuisances que subit le personnel, il s’agira :
s de limiter les bruits élevés et répétitifs des engins et matériels de chantier qui peuvent entraî-
ner des conséquences graves sur l’audition,
s de lutter contre l’émission de poussières et émanations dues à certains produits ou procédés
de mise œuvre qui peuvent se révéler nocives à plus ou moins long terme.
Ces risques et ces nuisances seront réduits par le choix des produits, le port de protections indi-
viduelles, ou par l’insonorisation des engins.
TROISIÈME PARTIE LES 14 CIBLES DE LA DÉMARCHE “HQE” 59
Restructuration et extension du groupe scolaire
Les arcades à Viroflay
Photos
© Olivier Wogensky
Cette opération très complexe combine la
restructuration fonctionnelle des écoles
maternelles et primaires existantes et la
création d’équipements intégrés, utilisables
par les associations et les habitants de
Viroflay : salle de sports, bibliothèque, salle
polyvalente et ateliers pour la musique, l’in-
formatique et l’audiovisuel. L’emprise des
constructions neuves a été réduite grâce à
l’exploitation de toutes les possibilités
offertes par le bâti existant : locaux semi-
enterrés, reprises en sous-œuvre, suréléva-
tion. Afin de conserver un maximum d’es-
paces extérieurs, les bâtiments neufs ont
été construits sur pilotis, en laissant des
perspectives sur la ville et des transpa-
rences sur le sentier piétonnier desservant
le groupe scolaire. La légèreté des nou-
veaux bâtiments facilite leur relation avec
les constructions en meulière, dont l’intégri-
té a été respectée. L’intervention en site
occupé, au cœur d’un îlot dense et difficile
d’accès, exigeait un phasage “en tiroir” et la
mise en place de mesures réduisant les nui-
sances pour les riverains. Une construction
“sèche”, combinant bois et métal, et la pré-
fabrication de nombreux composants en
atelier ont favorisé un chantier propre et
rapide.
Maîtrise d’ouvrage :
Commune de Viroflay
Architectes :
Véronique Leplat et
Francois R. Leclercq
Bureaux d’études :
structures, SESBAT ;
fluides, Dahler
Réalisation : 1999
Surfaces :
restructuration, 1 310 m2
;
extension, 1 190 m2
Coût des travaux :
12,69 MF HT, valeur 1997,
soit 1,93 M€ HT
“Un “chantier vert” minimise les nuisances
vis-à-vis des riverains, améliore les conditions
de travail des ouvriers, permet une meilleure
gestion des déchets et réduit la pollutions
de l’air, de l’eau et des sols.”
Cependant, les chantiers sont également sources de nuisance pour les riverains qui subissent le
bruit, les poussières, les boues, les gênes causées par les mouvements d’engins et les livraisons,
ainsi que la dégradation d’aspect du site.
Ces nuisances seront minimisées par les choix techniques (types de matériels, banches à clés, …)
et des principes d’organisation des tâches et des approvisionnements.
La lutte contre la pollution de l’air, de l’eau et des sols, consistera à réduire les substances reje-
tées, qu’elles soient de nature solide, liquide (boues, huiles de coffrage, laitances de béton, …) ou
gazeuse (poussières de ciment, solvants, peintures, …). Certaines substances liquides peuvent se
déverser sur les sols, polluant de cette manière les nappes phréatiques ou les réseaux collectifs.
Afin de limiter ces types de pollution, il sera nécessaire d’organiser des aires de collecte ou de
nettoyage, les eaux polluées devant, quant à elles, être stockées dans des bassins de décanta-
tion, avant d’être recyclées.
Un enjeu très important est la maîtrise des déchets de chantier dont on sait qu’ils représentent,
en tonnage annuel, l’équivalent des ordures ménagères nationales.
Cette maîtrise devrait idéalement commencer lors de la conception par le choix des systèmes et
procédés constructifs (choix de techniques élaborées, produits et matériaux réutilisables ou recy-
clables, calepinages, …).
Ultérieurement, une gestion spécifique des déchets de chantier sera indispensable, l’objectif étant
de limiter les déchets à la source, de les trier en vue de valorisation et de réduire leur volume lors
de la mise en décharge.
Sur ces trois aspects, la réflexion doit être engagée par les concepteurs lors du choix des tech-
niques, des matériaux et des produits (y compris leurs emballages et conditionnements), pour-
suivie avec les entreprises (motivation du personnel d’encadrement, sensibilisation des ouvriers)
lors de la phase de préparation de chantier.
Les “chantiers verts” ne sont plus à l’heure actuelle une nouveauté, mais leur mise en œuvre
demeure délicate et complexe. Le PUCA, après avoir initié et soutenu des chantiers expérimen-
taux, a publié une documentation spécifique sur ce sujet.
Il n’en reste pas moins qu’un important effort est à fournir, que celui-ci se situe dans le registre
de la pédagogie et de l’invitation aux changements de comportements, ou dans le registre contrac-
tuel (mission identifiée, suivie, et reconnue par l’ensemble des entreprises intervenantes dans un
partage des responsabilités).
Enfin, chaque chantier devrait faire l’objet d’une concertation préalable, sinon continue, avec les
riverains. L’information et l’explication sont de nature à désamorcer des situations potentiellement
conflictuelles.
TROISIÈME PARTIE LES 14 CIBLES DE LA DÉMARCHE “HQE” 61
CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”62
CIBLE 4
Gestion des énergies
L’économie d’énergie constitue depuis les années 70 une préoccupation fondamentale. Elle vise à
renforcer l’indépendance d’approvisionnement et à réduire “la facture énergétique”. Cet enjeu
s’inscrit dans une dimension environnementale planétaire : ne plus gaspiller les ressources clas-
siques, lesquelles ne sont pas inépuisables, et réduire les émissions de gaz à effet de serre. C’est
le sens de la conférence de Kyoto, tenue en 1977 et au cours de laquelle 38 pays industrialisés
se sont engagés à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 5,2 % en moyenne entre 2008
et 2012.
Réduction des besoins en énergie et optimisation des consommations
Depuis plus d’une vingtaine d’années, la préoccupation énergétique liée aux bâtiments se tradui-
sait par un objectif de réduction de consommation pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire.
Aujourd’hui, il convient d’aller plus loin grâce à :
s des choix architecturaux qui, par une conception bio-climatique très rigoureuse (implantation et
orientation, dimensions et emplacement des surfaces vitrées, volumétrie et profondeur des
locaux, composition des parois et des planchers, isolation et inertie, …) induiront une forte réduc-
tion de besoins,
s une extension de la préoccupation énergétique à d’autres usages : éclairage, climatisation, ven-
tilation, équipements informatiques ou ménagers (dans les bâtiments tertiaires, ces consom-
mations sont équivalentes à celles du chauffage et de la production d’eau chaude sanitaire),
s un choix des énergies et des systèmes, non seulement sur le critère de réduction de consom-
mation, mais selon une hiérarchie des impacts sur l’environnement des différentes sources (solai-
re actif ou passif, éolien, biomasse, géothermie, …).
Éco-gestion Cible 4
Gestion des énergies
Cible 5
Gestion de l’eau
Cible 6
Gestion des déchets d’activité
Cible 7
Gestion de l’entretien et
de la maintenance
Vue extérieur
© Philippe Ruault
Vue intérieure
© Philippe Ruault
Ce sobre équipement universitaire,
constructivement rigoureux et énergétique-
ment efficace, s’enrichit d’une surprise
poétique, inattendue au pied des Alpes :
deux serres plantées de bambous et de
bougainvillées. Le bâtiment d’enseigne-
ment est largement vitré pour profiter de la
lumière naturelle, des vues sur la montagne
et de l’énergie solaire passive. Ses installa-
tions simples font appel au bon sens des
utilisateurs. Les nombreux châssis coulis-
sants permettent une ventilation naturelle
des locaux, complétée par une ventilation
mécanique simple flux. Des stores à lames
d’aluminium, manoeuvrables par comman-
de électrique, sont disposés devant les
façades, en ménageant une lame d’air de
30 cm. Ils créent un tampon thermique pen-
dant les nuits d’hiver et évitent les sur-
chauffes en été.Sur les façades nord et sud,
des verrières végétalisées de 2 m de large
constituent une double peau. Leurs sys-
tèmes automatisés d’aération, d’arrosage
et de chauffage sont ceux des serres horti-
coles. Le chauffage est assuré par l’eau
chaude urbaine, produite dans une centrale
de traitement des déchets. Un ordinateur
central gère l’éclairage et le chauffage selon
les horaires de fonctionnement. Le bâtiment
a trouvé sa force et sa dimension esthétique
dans l’expression de la réalité fonctionnelle,
ce qui est essentiel, nécessaire et réaliste.
Bureau d’études :
Ingérop Sud-Ouest,
structure béton,
économiste de la construction ;
Ingérop Rhône-Alpes,
réseaux, électricité, chauffage
Réalisation :
1ère
tranche, 1995 ;
2ème
tranche, 2001
Surface : 5 062 m2
Coût des travaux :
3,08 M€ HT
Maîtrise d’ouvrage :
Université Pierre Mendès France
Architectes :
Anne Lacaton et
Jean-Philippe Vassal, Paris ;
avec Sylvain Menaud,
Emmanuelle Delage,
Mathieu Laporte et
Pierre Yves Portier
“Le confort d’usage
et les économies d’énergie
passent avant tout par
une conception bioclimatique.”
Université Arts et Sciences humaines
à Grenoble
La réduction des consommations de chauffage dépend de la qualité et des performances de l’ins-
tallation (adéquation des puissances installées, isolation des circuits de distribution, …) et du ren-
dement des générateurs, lesquels produisent plus ou moins de polluants selon leur conception.
L’action sur le renouvellement de l’air est indispensable : le réchauffement de l’air neuf est consom-
mateur d’énergie alors que le renouvellement est nécessaire à l’hygiène, au confort et à la péren-
nité des bâtiments. D’où la nécessité de trouver un compromis satisfaisant par le contrôle du renou-
vellement d’air (ventilation mécanique contrôlée hygroréglable, asservie au taux de CO2
, avec détec-
teur de présence, à double flux, avec récupérateur de chaleur). Il demeure néanmoins possible dans
certains cas d’utiliser des solutions naturelles par tirage mécanique d’une cheminée.
La climatisation, quant à elle, est devenue un standard, notamment pour le confort d’été, mais
elle a l’inconvénient d’induire de fortes consommations et d’utiliser des liquides pouvant être nocifs
pour l’environnement. Il est donc important de réduire les besoins en froid par la conception des
bâtiments (enveloppes, orientation des parois vitrées, protections solaires, …) ou par des sys-
tèmes de refroidissement (planchers, plafonds, …) permettant d’abaisser la température ambian-
te de quelques degrés par rapport à la température extérieure.
La préoccupation d’économie de chauffage peut inciter à la forte réduction des surfaces vitrées
au détriment de l’éclairage naturel, entraînant ainsi des consommations d’éclairage artificiel.
Aussi, maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre doivent trouver des compromis entre éclairage natu-
rel, confort au gré des saisons, choix et gestion des luminaires, sans perdre de vue la qualité
qu’apporte un éclairage naturel judicieusement dispensé.
Une gestion automatisée du bâtiment permet d’ajuster en permanence les besoins réels de cha-
leur, de froid, de lumière en fonction de la température et de la luminosité extérieure, ou en fonc-
tion de l’occupation des locaux. Cette gestion automatisée des consommations d’énergie peut se
faire de façon centralisée ou décentralisée avec la présence d’automates aux différents niveaux de
commande. Mais pour rester économe en énergie de façon durable, leur niveau de sophistication
demeurera en relation étroite avec la capacité de gestion et de maintenance des équipements.
Les énergies renouvelables locales
Afin de limiter l’impact d’un bâtiment sur l’environnement (effet de serre, couche d’ozone, pluies
acides, épuisement des énergies fossiles, …) maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre doivent envi-
sager de recourir à une ou plusieurs énergies renouvelables pour fournir électricité ou chaleur. Il
leur faudra alors établir une hiérarchie entre critères environnementaux et critères économiques,
aidés en cela par le raisonnement en coût global.
L’utilisation d’une énergie renouvelable dépend des ressources locales :
s énergie éolienne pour obtenir une force mécanique ou de l’électricité directe (stockée en batte-
ries ou injectée dans un réseau),
s énergie hydraulique pour obtenir, grâce à un moulin ou une turbine à eau, une force mécanique
ou de l’électricité directe (stockée en batteries ou injectée dans un réseau),
s énergie solaire thermique pour produire de l’eau chaude sanitaire et de l’eau de chauffage grâce
aux capteurs,
s énergie solaire photovoltaïque pour obtenir, grâce à ses cellules, de l’électricité directe (stockée
en batteries ou injectée dans un réseau),
CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”64
s biomasse pour obtenir de l’énergie, par combustion du bois, ou par fermentation de déchets
végétaux produisant du biogaz,
s géothermie pour récupérer la chaleur des nappes aquifères souterraines.
Le principal frein à l’utilisation d’énergies renouvelables est lié à un coût d’investissement initial plus
élevé. Engagement écologique et intérêt économique doivent alors se conjuguer dans un raison-
nement portant sur le temps de retour du surcroît d’investissement. Son calcul prend en compte :
s le différentiel entre le coût d’investissement de l’énergie renouvelable et l’énergie de référence,
s le différentiel entre les coûts annuels de production de ces dernières (y compris coûts d’exploi-
tation, maintenance et renouvellement).
Des aides publiques peuvent le cas échéant venir diminuer les temps de retour sur investissement.
L’ADEME est le lieu privilégié où les maîtres d’ouvrage et les professionnels trouveront documen-
tation, conseils, appuis financiers.
Mais la motivation demeure déterminante !…
CIBLE 5
Gestion de l’eau
L’augmentation croissante des besoins en eau, ainsi que l’imperméabilisation des sols diminuent
les disponibilités. Aujourd’hui, les collectivités ont pris conscience de la nécessité d’une gestion
plus réfléchie et respectueuse de la ressource, plus particulièrement celle de l’eau potable.
Par ailleurs, les diverses sources de pollution ont un impact important sur la qualité des eaux plu-
viales, des nappes phréatiques, des rivières et des lacs, ce qui nécessite des traitements spéci-
fiques contribuant à augmenter fortement les coûts d’assainissement et de distribution.
Une gestion efficace de l’eau se prévoit au moment de la programmation, mais surtout lors de la
conception d’un bâtiment. Elle s’appuie, à la fois, sur :
s l’économie d’eau potable,
s la récupération et la gestion des eaux de pluie,
s la maîtrise des eaux usées.
Économiser l’eau potable
La première étape d’une gestion efficace de l’eau potable est la réduction des fuites dues notam-
ment à la vétusté des installations publiques, mais aussi du mauvais entretien des réseaux et
points de distribution inhérents aux ouvrages.
Il est important, dès la conception, de penser au futur entretien et au contrôle du réseau, mais
également de sensibiliser les gestionnaires et les occupants à la nécessité d’entretenir les réseaux
intérieurs et les points de distribution. Pour atteindre cet objectif, des compteurs divisionnaires
ou individuels responsabilisent les occupants et permettent d’éviter des dérives.
TROISIÈME PARTIE LES 14 CIBLES DE LA DÉMARCHE “HQE” 65
Jardin public et parc de stationnement
Hector Malot à Paris 12ème
Photos
© Atelier Christo-Foroux
L’opération Hector Malot associe de maniè-
re originale la réalisation d’un parc de sta-
tionnement de 442 places à celle d’un jar-
din public suspendu. La terrasse supérieure
est une place pavée de briques, ponctuée
d’érables. En contrebas, des allées en pier-
re quadrillent un jardin des odeurs et un
rideau de bambous offre un refuge aux
oiseaux du quartier. Des pergolas couvertes
de glycines assurent la transition vers les
habitations. L’eau de pluie récupérée est
guidée dans des rigoles pour irriguer les
plantations. L’infiltration sur la parcelle sup-
prime les rejets dans le réseau communal.
Le développement de la végétation est favo-
risé par le microclimat chaud et humide
créé par l’évaporation de l’eau, qui coule
dans les rigoles, et l’air extrait du parc de
stationnement, qui chauffe indirectement la
dalle supportant la terre.
Maîtrise d’ouvrage :
jardin public, Mairie de Paris,
Services des parcs et jardins ;
parc de stationnement,
SEMAEST-SAEMES
Architectes-Urbanistes :
Atelier Christo-Foroux, Paris
Réalisation : 1996
Surface :
jardin public, 2 300 m2
;
parking, 11 000 m2
shob
Coût global de l’opération :
7,5 M€ HT
“Une gestion efficace de l’eau s’appuie
à la fois sur l’économie de l’eau potable,
la récupération de l’eau de pluie et la maîtrise
des eaux usées.”
De nombreux autres équipements économes en eau permettent, avec un apport financier modes-
te, une meilleure gestion et des économies de consommation.
Ces dispositifs sont de différents types :
s réducteurs de pression permettant de régulariser le débit et de limiter la pression au point de
distribution et ainsi éviter un vieillissement prématuré de certains composants,
s réducteurs de débit pour réduire les consommations,
s chasses d’eau équipées d’une commande sélective de 3 ou 6 litres,
s robinets mitigeurs pour fournir rapidement une eau à la température souhaitée,
s appareils ménagers à faible consommation d’eau.
Récupérer et gérer les eaux de pluie
Si la principale source d’économie consiste à réserver l’eau potable pour des usages pour lesquels
elle est indispensable comme boire, laver les aliments et la vaisselle, se laver, d’autres usages peu-
vent s’en passer. C’est le cas pour l’arrosage des espaces verts, les dispositifs de lutte contre l’in-
cendie, le lavage des véhicules et des locaux, l’alimentation des chasses d’eau, voire le lavage du
linge. Dans le second cas, il est possible de répondre aux besoins en eau par la récupération des
eaux pluviales.
La récupération des eaux de pluie consiste à collecter l’eau en toiture, au sol dans les espaces
extérieurs ou encore au niveau des stationnements et de la voirie, puis à la stocker dans une citer-
ne protégée de la lumière, de la chaleur et du gel, et enfin, après un traitement préalable, à ali-
menter le réseau pour des usages spécifiques. Certaines études montrent que selon la pluvio-
métrie, les caractéristiques du bâtiment ou la surface de captage, jusqu’à 45 % des besoins peu-
vent être couverts par l’eau de pluie. Dans le cas de la récupération au niveau du stationnement
et de la voirie, l’eau de pluie doit être traitée en passant dans un système de séparation des boues
et des hydrocarbures.
La réglementation française actuelle n’autorise pas les réseaux d’adduction d’eau non potable dans
les bâtiments. Pour chaque projet, il faut donc demander une autorisation aux services sanitaires.
Dans tous les cas, les réseaux d’eau potable et d’eau non potable doivent être séparés sans aucun
risque possible de confusion.
La récupération des eaux de pluie possède d’autres avantages : celui de limiter la pollution des
nappes phréatiques et des cours d’eau, mais également celui de limiter le rejet des eaux de ruis-
sellement de la parcelle dans le réseau urbain et ainsi éviter les risques d’inondation en cas de
fortes précipitations.
Il est donc recommandé de limiter les écoulements en aval :
s en réduisant l’imperméabilisation des sols (optimisation de l’emprise au sol du bâtiment, per-
méabilité des cheminements piétonniers),
s en augmentant la végétalisation (espaces verts, toitures),
s en concevant un stockage de rétention des eaux pluviales (stationnements, voiries).
Assainir les eaux usées
Les eaux usées, ou “eaux grises”, peuvent être domestiques, industrielles ou commerciales. Celles
TROISIÈME PARTIE LES 14 CIBLES DE LA DÉMARCHE “HQE” 67
qui ont une pollution spécifique ne peuvent être rejetées directement dans un réseau d’assainis-
sement collectif car elles doivent subir un prétraitement de manière à supprimer la pollution, ou
être évacuées dès l’origine par une collecte spécifique.
En l’absence de réseau collectif auquel se raccorder, il faut assurer un assainissement autonome
des eaux usées à pollution non spécifique afin de réduire la pollution du cycle naturel de l’eau, des
sols et des écosystèmes. L’assainissement autonome se fait traditionnellement par fosse septique
et épandage, filtre à sable ou tranchée filtrante.
Certaines techniques innovantes sont actuellement expérimentées et prouvent de plus en plus leur
pertinence : le lagunage (bassins en série), l’épuration par les plantes, …
CIBLE 6
Gestion des déchets d’activité
L’objectif en matière de déchets était, qu’à partir du 1er
juillet 2002, seuls les déchets ultimes pou-
vaient être mis en décharge. En tout état de cause, les déchets de chantier (construction et
déconstruction) ainsi que tous les déchets d’activités doivent être stockés en vue de leur évacua-
tion et de leur traitement (recyclage ou valorisation).
Le premier objectif est, bien sûr, de s’attacher à générer moins de déchets. À titre d’illustration
un poste de travail tertiaire génère annuellement de 4 à 500 kg de déchets composés essentiel-
lement de papiers et cartons.
Des locaux adaptés à la collecte sélective
Le travail de programmation est un moment privilégié pour que le maître d’ouvrage mène une
réflexion, avec les utilisateurs, sur la gestion des déchets : types d’activités accueillies par le bâti-
ment, types et volumes de déchets, scénarios d’occupation ou de fréquentation, organisation de
la collecte, prestation de service éventuelle, possibilités locales de traitement.
Le programme évoquera dans les grandes lignes le nombre, la capacité, l’emplacement et l’en-
tretien des locaux de stockage des déchets.
Dans le cas de plusieurs locaux de stockage intermédiaires, il faudra prévoir un cheminement des
déchets vers un local central afin de faciliter la collecte en un seul point.
Le concepteur favorisera de son côté, à travers le projet, toutes les dispositions physiques concer-
nant l’emplacement, le nombre et le dimensionnement, les nuisances, l’accessibilité, le nettoyage
de locaux de stockage facilitant la collecte sélective.
La valorisation des déchets
La mise en décharge des déchets a engendré de très nombreuses nuisances : pollution de l’air,
de l’eau, des sols. Aussi, depuis quelques années, la réduction et la valorisation sont les objectifs
d’une nouvelle stratégie dans la gestion des déchets.
Ces derniers peuvent être valorisés de plusieurs manières selon leur nature :
CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”68
s valorisation organique par compostage ou méthanisation pour les déchets verts, le compost
pouvant être utilisé comme engrais et le méthane comme énergie,
s valorisation de la matière pour les papiers, cartons, verres et métaux, recyclés dans le pro-
cessus de fabrication ou récupérés pour une réutilisation,
s valorisation énergétique pour l’ensemble des catégories de déchets, brûlés dans une usine d’in-
cinération où l’énergie sera récupérée.
Les déchets peuvent être classés en différentes catégories : les déchets ménagers, les déchets
industriels banals et les déchets industriels spéciaux (DIB et DIS).
La récupération des déchets industriels banals (papiers, cartons…) peut être effectuée par les
producteurs alors que la récupération des déchets industriels spéciaux (cartouches pour impri-
mantes ou photocopieurs, huiles de vidanges…), pouvant présenter un risque pour l’environne-
ment, doit être effectuée par des services spécialisés en vue d’un traitement approprié.
CIBLE 7
Gestion de l’entretien et de la maintenance
On pense souvent, à tort, que l’entretien d’un patrimoine (le terme “maintenance” étant quasi équi-
valent, mais ayant le mérite de bénéficier d’une définition normalisée) est une sorte de “mal néces-
saire”, une ligne de dépense dont le seul enjeu est la minimisation. Trop rarement, la maîtrise d’ou-
vrage publique française, et aussi les concepteurs, considèrent la maintenance et l’exploitation
comme des concepts stratégiques complémentaires et indissociables des objectifs initiaux.
Et pourtant… Le maître d’ouvrage gestionnaire a une durée de vie infiniment plus longue que celle
du maître d’ouvrage constructeur !
Dit autrement : il s’agit de mettre en balance investissement initial et coûts différés, ce qui a déjà
été abordé dans le chapitre “UNE APPROCHE ÉCONOMIQUE DE LA “HQE”.
Il est donc fondamental que le programme exprime non seulement la demande du maître d’ou-
vrage constructeur, porte-parole de la demande sociale, mais aussi exprime les aspirations du
futur gestionnaire. Ce travail, a priori programmatique, mais qui se prolongera et s’affirmera pen-
dant la conception prendra en compte :
s les contraintes liées à l’environnement naturel (climatique : humidité, ensoleillement, pluviomé-
trie, vent, gel, géotechnique, …) et ses conséquences sur le vieillissement,
s les contraintes liées au milieu urbain (accessibilité, sûreté, sécurité, abords, …) ou aux types
d’utilisation (publics, types d’activité, …),
s enfin, les moyens de maintenance envisageables, qu’ils soient internes (nombre et qualification
des personnels, matériels, …) ou externes (ressources proches, disponibilités, …).
Il s’agit avant tout d’un problème économique de préservation du patrimoine (mais également
d’image de la collectivité) qui ne devrait pas avoir besoin de la démarche “HQE” pour s’imposer.
D’autant qu’aujourd’hui ces domaines bénéficient de savoirs et de publications techniques spécia-
lisées.
TROISIÈME PARTIE LES 14 CIBLES DE LA DÉMARCHE “HQE” 69
Couverture des thermes gallo-romains
de Bliesbruck-Reinheim
Première construction du parc archéolo-
gique européen de Bliesbruck-Reinheim, ce
bâtiment est destiné à la mise en valeur des
ruines des thermes gallo-romains. Afin de
protéger les vestiges, circulations et élé-
ments muséographiques ont été suspendus
à des cintres, comme un décor de théâtre.
Les barres métalliques qui constituent ce
gril technique sont disposées entre des
fermes métalliques reposant sur des piliers
situés à l’extérieur du bâtiment. Les passe-
relles surplombant les ruines, à la hauteur
du plancher original, donnent au visiteur
une vision d’ensemble du fonctionnement
des thermes. Des cloisons en bois, accro-
chées aux cintres, concentrent l’attention
du public sur certains aspects et restituent
la volumétrie des pièces. Cet aménagement
modulable, autorise une transformation de
la mise en scène au cas où des découvertes
scientifiques contrediraient les hypothèses
aujourd’hui admises par les archéologues et
mettraient en cause la présentation actuel-
le.
Maîtrise d’ouvrage :
Département de la Moselle
Maîtrise d’œuvre :
Frédéric Jung et Gilbert Long
Réalisation : 1993
Surface :
1 800 m2
couverts
Coût des travaux :
12 MF HT, valeur 1992,
soit 1,83 M€ HT,
compris muséographie
“Les projets doivent posséder
une réserve de flexibilité, d’évolutivité,
voire de neutralité préservant l’avenir.”
Vue extérieur
© Hervé Abbadie
Vue intérieure
© Hervé Abbadie
Néanmoins l’approche environnementale contribuera à faire évoluer les mentalités.
En premier lieu, la prise en compte d’exigences d’entretien et de maintenance s’effectuera plus en
amont des réalisations.
Il s’agira de se pencher très tôt sur l’organisation de la maintenance indispensable au bon fonc-
tionnement du bâtiment sur les plans énergétiques, économiques, environnementaux et sur les
moyens qui seront à mettre en œuvre ultérieurement : nombre, formation, implication des per-
sonnes en interne au regard de la simplicité ou de la complexité des installations, appropriation
par celles-ci, élaboration des procédures, …).
Dans le cas d’une gestion externe : préparation à la négociation des contrats de service (contrats
d’entretien avec obligation de moyens, contrats d’exploitation avec objectifs de résultats). Par
ailleurs, à chaque étape du projet architectural, une attention sera spécialement portée aux faci-
lités d’entretien et de maintenance (accès aux locaux et équipements, choix de matériaux, maté-
riels nécessaires, facilitation du nettoyage, …).
En second lieu, on se préoccupera, dans le choix des processus, des matériaux et des équipe-
ments, à leur impact sur l’environnement et sur la santé des usagers et des utilisateurs (notam-
ment les agents d’entretien). Il s’agira de prêter attention, évaluer et choisir des procédés d’en-
tretien et de maintenance, des produits utilisés régulièrement, ainsi que tous les produits exigeant
un renouvellement périodique au cours de la vie du bâtiment (peintures, enduits, vernis, joints, …).
Ce chapitre ne peut être clos sans évoquer la notion de durabilité à partir du ou des cycles de vie
supposés des bâtiments publics, ceci du “berceau à la tombe”. L’évolution rapide des pratiques,
des modes de vie ou de travail, les progrès techniques, incitent à une plus grande flexibilité des
bâtiments et à l’évolutivité de leurs équipements. Ceci est particulièrement vrai pour les bureaux
sujets aux fluctuations d’effectifs ou pour les établissements scolaires en fonction des évolutions
pédagogiques.
Il n’est bien sûr pas de recettes, mais la question se doit d’être posée par la maîtrise d’ouvrage
au cas par cas : les programmes et les projets possèdent-ils une réserve de flexibilité, d’évoluti-
vité, voire de neutralité préservant l’avenir ?
TROISIÈME PARTIE LES 14 CIBLES DE LA DÉMARCHE “HQE” 71
CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”72
CIBLE 8
Confort hygrothermique
Le confort hygrothermique est la sensation d’une personne par rapport à la température et à
l’humidité ambiantes du local dans lequel elle se trouve.
Les conditions de confort hygrothermique dépendent principalement :
s de l’homogénéité des ambiances hygrothermiques (implantation et orientation des vitrages,
inertie et isolation thermique, sensations de confort en été, en hiver, en mi-saison, différence
de température de bas en haut du corps, courant d’air ou effets de paroi froide, …),
s du choix des équipements (systèmes de chauffage et de renouvellement d’air, et leur gestion).
L’homogénéité des ambiances
Par une réflexion architecturale élaborée (utilisation du climat, relation entre usage et orientation,
protections solaires, …) plutôt que par une surenchère technique, l’approche environnementale
donne la priorité à l’utilisation de systèmes passifs plutôt qu’à celle d’installations énergivores. La
démarche “HQE” cherche donc à optimiser les consommations et les économies d’énergie en
même temps qu’à apporter le “bien-être”.
Ainsi, on visera à bénéficier au mieux des apports solaires en hiver tout en les limitant en été par
l’étude bioclimatique de l’implantation et de l’orientation des surfaces vitrées. De même, l’isolation
de ces parois vitrées devra être renforcée grâce à l’emploi de vitrages peu émissifs, c’est-à-dire d’une
grande résistance thermique minimisant les déperditions de chaleur. On n’oubliera pas le confort
de mi-saison, ignoré des réglementations et trop souvent mal maîtrisé par les concepteurs.
L’inertie et l’isolation thermiques des bâtiments sont des critères majeurs du confort hygromé-
trique car ils favorisent à la fois le bien-être des personnes et les économies d’énergie grâce aux
Cible 8
Confort hygrothermique
Cible 9
Le confort acoustique
Cible 10
Confort visuel
Cible 11
Confort olfactif
Confort
matériaux qui emmagasinent et restituent petit à petit chaleur ou fraîcheur, permettant un
réchauffement ou un refroidissement progressif.
Toutefois il faut être conscient que la sensation de confort est liée aux individus et ne peut être
abordée que statistiquement… Le consensus viendra sans nul doute prolonger et faire vivre le
calcul.
Le choix des équipements
Pour satisfaire les exigences de confort thermique d’hiver, les systèmes de chauffage doivent être
choisis en fonction de l’usage et des caractéristiques des locaux : surface, volume, ambiance inté-
rieure, occupation, activité. On préférera, par exemple, un chauffage par rayonnement plutôt que
par convection, car la chaleur obtenue se diffuse de façon plus homogène. Ceci permet d’éviter
des écarts de température importants entre la tête et les pieds, ces écarts étant considérés
comme désagréables par les utilisateurs.
Le renouvellement de l’air joue un rôle très important dans le confort hygrométrique. En effet, il
est nécessaire de veiller à ce que l’humidité de l’air reste comprise entre 30 % et 70 % afin que
l’hygrométrie n’influe pas sur le confort ambiant.
On peut maintenir ce niveau hygrométrique grâce à :
s une ventilation hygroréglable asservie au taux d’humidité intérieure,
s une ventilation à double flux permettant le chauffage ou le rafraîchissement de l’air entrant, ainsi
que la récupération de la chaleur de l’air extrait.
Les bâtiments doivent être équipés de systèmes de gestion automatisée centralisée sans toute-
fois ôter aux usagers la possibilité d’ouvrir les fenêtres, de manœuvrer les protections solaires ou
encore de régler la température ambiante ou la vitesse de diffusion de l’air, car cette gestion indi-
vidualisée est également synonyme de qualité de vie.
CIBLE 9
Le confort acoustique
Le confort acoustique influence la qualité de vie au quotidien car les effets négatifs des nuisances
sonores sont source d’accroissement de la nervosité et de troubles du sommeil. Ils peuvent même
conduire à de graves problèmes de santé. Le confort acoustique exige donc la réduction, voire la
suppression des bruits gênants (bruits aériens, bruits d’impact, bruits d’équipements), mais éga-
lement la bonne compréhension des bruits agréables (conversation, musique, bruits naturels…).
Pour parvenir à un niveau de confort acoustique satisfaisant à l’intérieur d’un bâtiment, il convient
de prendre certaines précautions dès la programmation et la conception car les solutions cura-
tives sont beaucoup plus onéreuses :
s protéger le local des bruits extérieurs (transmissions aériennes, vibrations, …) après avoir fait
l’inventaire et qualifié les sources de nuisances,
s protéger le local des bruits internes au bâtiment (réverbérations, transmissions latérales, …).
TROISIÈME PARTIE LES 14 CIBLES DE LA DÉMARCHE “HQE” 73
On identifie trois types de nuisances sonores :
s les bruits aériens provenant tant de l’extérieur (voiries, lignes de transports en commun, pas-
sage d’avions…) que de l’intérieur (transmission directe ou réverbération de la parole…),
s les bruits d’impact issus de l’utilisation des espaces internes (bruits de pas, chute d’un objet au
sol, …),
s les bruits des équipements techniques (locaux techniques, ascenseurs, VMC, chaufferie…).
Dans le secteur du logement, la Nouvelle Réglementation Acoustique constitue un niveau de qua-
lité acceptable. Les ouvrages publics font l’objet de réglementations spécifiques. Mais un bâtiment
né d’une démarche “HQE” se doit d’aller au-delà par une recherche approfondie des ambiances
sonores (salles de classe, cantines, piscines, établissements hospitaliers, …).
La protection contre les bruits extérieurs
L’implantation et l’orientation d’un bâtiment sont les premières mesures de protection contre les
bruits extérieurs dont les sources ont été clairement identifiées. Dans le cas d’une opération
comptant plusieurs bâtiments, l’une des constructions peut servir d’écran acoustique aux autres.
Pour une opération d’un seul bâtiment, ou si la configuration précédente n’est pas possible, la
création d’écrans acoustiques naturels ou artificiels peut être envisagée. De plus, on pourra pra-
tiquer un zonage acoustique de l’espace intérieur en fonction de l’usage des locaux.
En complément de ces dispositions architecturales, le confort acoustique peut être assuré tech-
niquement par le renforcement des parois opaques et vitrées. L’isolation acoustique des parois
pleines consiste le plus souvent en un doublage intérieur grâce à des isolants non rigides (laines
minérales, PSE dB). Toutefois, dans la démarche ”HQE” on préférera des laines végétales (laine
de chanvre, de lin) ou animales (laine de mouton).
L’affaiblissement acoustique d’une fenêtre sera assuré par deux verres d’épaisseurs différentes et
par l’étanchéité à l’air des liaisons entre les parois et les menuiseries.
La protection contre les bruits internes
Les bruits peuvent se propager soit par voie aérienne (transmission directe, réverbération) soit
par voie solidienne (vibrations). Dans un bâtiment, le niveau de bruit engendré par les équipements
ne doit pas dépasser 35 dB(A) dans les pièces principales et 50 dB(A) dans les pièces dites de
service. Afin de lutter contre ces nuisances sonores, on devra choisir des équipements les moins
bruyants possible (ventilation silencieuse) ou bien trouver des solutions techniques limitant la pro-
pagation des sons et des vibrations (désolidarisation périphérique des parois, plots anti-vibratiles,
chapes flottantes).
La réverbération importante dans certains locaux pourra également nécessiter une correction
acoustique in situ.
Il faut enfin signaler la publication d’un cahier des charges élaboré par le Groupement de
l’Ingénierie Acoustique, proposant une approche de confort acoustique différente de l’approche
réglementaire et recherchant un niveau d’exigences s’intégrant tout à fait dans la démarche “HQE”
CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”74
CIBLE 10
Confort visuel
Peu souvent, le confort visuel est sérieusement pris en compte dans la conception des bâtiments
courants sinon par des exigences des niveaux d’éclairement (en lux) qui servent surtout à l’éclai-
ragiste pour le dimensionnement de son installation.
Les paramètres physiologiques du confort visuel concernent l’éclairement, l’éblouissement et les
contrastes, la perception des contours et des couleurs. Quant aux paramètres psychosociolo-
giques, ils dépendent de la quantité, de la distribution et de la qualité de la lumière reçue, ainsi
que des relations visuelles entretenues avec l’environnement extérieur.
La démarche “HQE” introduit deux nouveautés :
s la priorité accordée à l’éclairage naturel, celui-ci étant un facteur psychologique important et
mieux adapté aux besoins physiologiques de l’homme que l’éclairage artificiel,
s la prise en compte de diverses sources d’inconfort visuel (éblouissement, contrastes, couleurs).
Les apports en lumière naturelle
L’optimisation des apports de lumière naturelle, des ensoleillements et des vues sera donc étu-
diée avec une grande attention afin :
s d’assurer un éclairage d’ambiance suffisant sans éblouir,
s de profiter de l’ensoleillement hivernal et de son apport calorifique tout en maîtrisant les sur-
chauffes d’été,
s d’offrir des vues agréables sur l’extérieur.
Les apports d’éclairage naturel, par le dimensionnement des fenêtres, seront étudiés local par
local, en fonction de la destination, de l’orientation et de la profondeur des bâtiments. Les concep-
teurs auront à réaliser des arbitrages entre le désir de lumière naturelle, les couleurs recherchées
des parois, le coût des surfaces d’ouverture, les risques de déperditions et de surchauffes.
Il convient donc de demeurer raisonnable dans les niveaux d’exigence : une fois et demi des niveaux
habituels sur la zone nécessitant un éclairement important semble être un bon compromis.
En plus des jours principaux, il peut être intéressant de créer des seconds jours (impostes vitrées,
puits de lumière, patios, …) afin de mieux diffuser la lumière dans les locaux profonds. Concernant
les parties communes (halls, cages d’escalier, ascenseurs, …), les apports de lumière naturelle
doivent être recherchés car ils procurent un grand confort visuel aux utilisateurs tout en favori-
sant la sécurité ainsi que les économies d’énergie.
Dans tous les cas, les occupants des locaux doivent avoir la possibilité de moduler le niveau d’éclai-
rement habituel (par exemple par des stores).
Cependant, l’augmentation des apports en lumière naturelle peut rendre plus difficile la maîtrise
du confort d’été. Dans ce cas, des solutions de protection solaire par l’extérieur éviteront l’échauf-
fement excessif de la façade exposée tout en permettant le rayonnement solaire. Ces protections
solaires, en se méfiant des démonstrations de type “high-tech”, pourront être mobiles afin d’as-
surer une meilleure gestion de l’ensoleillement.
TROISIÈME PARTIE LES 14 CIBLES DE LA DÉMARCHE “HQE” 75
Parking de la tour des remparts à Heilbronn,
Allemagne
Photo vue d’avion
© Mahler Günster Fuchs
Photo vue d’extérieur
© Dietmat Strauss
Ce grand équipement urbain, implanté à
l’entrée nord de Heilbronn, apporte une
réponse à la fois économique et écologique
aux exigences fonctionnelles et techniques
d’un bâtiment utilitaire. Les 500 places de
stationnement sont réparties sur cinq
étages et un deck à ciel ouvert, encadrés
par les deux rampes d’accès. Dans une
vision lointaine, le bâtiment reproduit sur
140 m de long, 18 m de large et 15 m de
haut la massivité d’une forteresse. Pour le
piéton qui s’approche, les lames du barda-
ge à claire-voie introduisent une trame à
son échelle. Les vides ménagés entre les
chevrons de l’enveloppe permettent une
ventilation et un éclairage naturels. Outre
ses qualités esthétiques, cette solution
astucieuse offre aux usagers un confort
visuel et une sécurisation inhabituels dans
un parking et permet d’importantes écono-
mies de fonctionnement.
Maîtrise d’ouvrage :
Commune de Heilbronn.
Architectes :
Mahler Günster Fuchs,
Stuttgart, Allemagne
Bureau d’études structure :
Fischer und Friedrich,
Stuttgart
Réalisation : 1998
Surface :
13 500 m2
shon
Coût des travaux : 4 M€
“L’éclairage naturel
est un facteur psychologique
important.”
La qualité de l’éclairage artificiel
L’éclairement artificiel vient compenser le manque d’éclairement naturel ou remplacer ce dernier.
Il devrait posséder les mêmes qualités que l’éclairage naturel. Il devrait aussi éviter tout risque
d’éblouissement lié à une trop forte luminance ainsi que permettre la restitution des couleurs des
objets éclairés.
Les niveaux d’éclairement et d’autres spécifications sont issus des travaux de l’Association
Française de l’Éclairage auxquels les concepteurs se reportent légitimement. Niveaux d’éclaire-
ment, luminance et risques d’éblouissement, contrastes, rendu des couleurs, sont des sciences
et des techniques aujourd’hui très élaborées.
En même temps que ménager une sensation de confort, le but poursuivi devrait être également
de procurer le plaisir de l’oeil et l’émotion visuelle.
CIBLE 11
Confort olfactif
Le confort olfactif est ressenti au travers des odeurs par notre sensibilité à celles-ci.
Chacune des odeurs que perçoit un individu active la muqueuse, générant ainsi une image olfac-
tive transmise au cerveau et donnant lieu à une signification. Celle-ci résulte souvent d’une inter-
action complexe entre les paramètres physiques de l’environnement immédiat, mais également de
variables individuelles telles que les attentes ou les représentations sociales.
s la gêne olfactive est l’équivalent du bruit pour le son,
s le confort olfactif se traduit soit par l’absence d’odeurs, soit par la diffusion d’odeurs agréables.
Les gênes olfactives potentielles proviennent aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur des bâtiments.
Cette préoccupation est à ce jour rarement prise en compte dans les programmes et les projets.
s à l’extérieur : présence d’établissements polluants, proximité d’usines ou d’établissements agri-
coles, trafic automobile, …
s à l’intérieur : pathologie du bâti comme les moisissures, produits conservés (papiers, alimentaire,
déchets, …) bioeffluents, ou fumée de cigarettes, …
Le confort olfactif se résume donc en une recherche de la qualité de l’air ambiant par deux moyens :
s la limitation des polluants à la source,
s une ventilation appropriée des locaux.
Contre la pollution extérieure, s’il n’est pas possible de traiter l’émission à la source, on pourra
s’attacher à positionner judicieusement les entrées d’air (prise en compte des vents dominants).
Les systèmes de ventilation à double-flux offrent la possibilité de traiter l’air neuf en cas de besoin.
Ils nécessitent une réception minutieuse et un entretien attentif et régulier.
En interne, le problème sera traité par des réductions à la source, ainsi qu’une ventilation adaptée.
Cette cible concernant la réduction des mauvaises odeurs (mais peut-être également la diffusion
d’odeurs agréables ou d’utilisation de végétaux à l’intérieur ou à proximité immédiate du bâtiment comme
le jasmin ou la glycine, …) accompagne et se conjugue avec celle de la qualité sanitaire de l’air.
TROISIÈME PARTIE LES 14 CIBLES DE LA DÉMARCHE “HQE” 77
CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”78
CIBLE 12
Conditions sanitaires des espaces
La santé, rejoignant en cela les préoccupations des sociétés contemporaines (sang contaminé,
vache folle, amiante, …) a été mise au cœur de la démarche “HQE”.
Le champ avéré des connaissances, et donc des risques en la matière, est inégal. Il en est de
même pour la réglementation. Ceci tient au fait que les liens entre causes et effets ne peuvent
être certifiés qu’à la suite d’études épidémiologiques lourdes relatives à la fréquence des phéno-
mènes et leurs déterminants sur différents groupes humains.
La question des risques chimiques et biologiques induits par les bâtiments fait intervenir le degré
d’occurrence, l’acuité du risque (normalisé et classifié depuis le risque “nul” jusqu’à “certain”) et
son degré de gravité en matière d’effets sur la santé.
Ces risques sont de différentes natures : cancérigène, toxique, allergène, et peuvent être hiérar-
chisés :
s risques reconnus (monoxyde de carbone, amiante, plomb, radon, …),
s risques difficiles à cerner (micro-organismes, composés organiques volatiles, formaldéhydes, ...),
s risques présumés (ondes électromagnétiques, …).
Les risques concernant la santé des usagers peuvent être liés à la nature des matériaux utilisés
ou bien au dysfonctionnement des équipements, risques à prendre en compte sur l’ensemble du
cycle de vie du bâtiment.
En ce qui concerne les matériaux, les fibres occupent une place non négligeable dans les préoc-
cupations actuelles. Seule l’amiante a vu son caractère cancérigène reconnu et a fait l’objet d’une
interdiction. Dans l’“état de l’art”, la situation des autres matériaux fibreux, malgré des essais de
classification, est moins cernable. Les évaluations et les débats y afférant sont en cours.
Cible 12
Conditions sanitaires des espaces
Cible 13
Qualité sanitaire de l’air
Cible 14
Chantier à faibles nuisances
Santé
Des avancées rapides se produisent actuellement quant à l’emploi ou au non-emploi des matériaux
ou produits émettant des Composés Organiques Volatiles (COV) et du formaldéhyde. Ces COV pro-
viennent de différentes sources : contreplaqués, agglomérés, conservateurs de bois, colles urée-
formol, solvants de peinture, colles et vernis, revêtements de sols, …). Ces produits provoquent
des symptômes irritatifs, neuropsychologiques, voire cancérigènes. Mais si leurs émissions sont
élevées pendant la mise en œuvre, celles-ci ont tendance à diminuer fortement avec le temps.
Il faut être conscient que l’évaluation environnementale, parmi laquelle l’évaluation du risque santé,
est très complexe.
Dans le cadre d’une démarche globale, maîtres d’ouvrage et concepteurs auront à manier, mesu-
rer, pondérer un ensemble de critères plus ou moins inconciliables : énergie de production et
transport, mise en œuvre, renouvelabilité et recyclabilité, absence de risques sur la santé, …, ce
qui demeure une gageure, surtout dans le cadre de budgets serrés ou de disponibilités sur le mar-
ché local.
Aujourd’hui, dans l’attente d’une montée en puissance et de la normalisation de l’information envi-
ronnementale, les prescripteurs doivent souvent faire des choix pragmatiques et appliquer sans
excès quelques principes de précaution.
Mais, hors la question des matériaux et produits, maîtres d’ouvrage et concepteurs, par l’archi-
tecture et les équipements, veilleront à la création de lieux satisfaisant les conditions d’hygiène. Ils
prendront des dispositions facilitant le nettoyage et l’évacuation des déchets d’activité, dispositions
pouvant dans certains cas favoriser les soins de santé.
Enfin, une démarche “HQE” se doit d’être irréprochable en ce qui concerne la commodité des
locaux pour les personnes à mobilité réduite.
CIBLE 13
Qualité sanitaire de l’air
La qualité de l’air dans un bâtiment est une exigence primordiale pour la santé des utilisateurs et
des usagers. Si certains gaz sont naturellement présents dans l’air (oxygène, dioxyde de carbone,
ozone, azote, vapeur d’eau), d’autres polluants sont le résultat de l’activité humaine (gaz d’échap-
pement ou de combustion, particules en suspension). Si les premiers ne doivent pas dépasser cer-
taines concentrations, les seconds ne devraient pas être présents.
La qualité de l’air dépend donc de la maîtrise des sources de pollutions :
s par l’air extérieur,
s par les produits de construction (abordés précédemment),
s par les équipements des bâtiments,
s par les opérations de maintenance et d’entretien,
s par le radon ou des particules radioactives,
s par excès d’humidité.
Pour garantir une qualité de l’air satisfaisante, maîtres d’ouvrage, concepteurs et gestionnaires
TROISIÈME PARTIE LES 14 CIBLES DE LA DÉMARCHE “HQE” 79
doivent d’une part chercher à limiter les pollutions et d’autre part, veiller à assurer une bonne ven-
tilation des locaux.
Le renouvellement de l’air intérieur par apport d’air extérieur représente un risque de pollution non
négligeable dû aux concentrations parfois importantes de composés organiques, chlorés ou fluo-
rés, et de métaux lourds. Pour préserver les usagers de cette pollution, une VMC double flux peut
être installée afin de dépolluer l’air extérieur capté par filtration avant soufflage dans les locaux.
On procédera de même avec l’air intérieur vicié. On évitera de placer les prises d’air à côté d’équi-
pements comme les tours frigorifiques, les édicules de ventilation et de climatisation, afin de rédui-
re le risque de pollution de l’air extérieur par les rejets de ces appareils.
Les produits de construction peuvent également représenter une source de pollution non négli-
geable notamment à cause de certains composés organiques volatiles (COV) les constituant.
D’autres produits peuvent stocker d’autres types de pollution et les dégager par la suite. Il est donc
nécessaire d’en tenir compte lors du choix des matériaux.
Certains équipements comme les appareils de combustion, les conduits d’alimentation en com-
bustible, les alimentations en air et les conduits de fumées doivent posséder un système de sécu-
rité normalisé afin d’éviter les intoxications au monoxyde de carbone. D’autres équipements
comme les circuits de ventilation, de chauffage, de refroidissement ou de traitement d’air peuvent
abriter des micro-organismes allergènes ou plus dangereux pour la santé des usagers (légionelles,
virus).
Dans un cas comme dans l’autre, il est nécessaire de sensibiliser les gestionnaires à l’importan-
ce de l’entretien.
Cependant, les opérations de maintenance et d’entretien peuvent être la source de pollution par
l’emploi de produits présentant des risques pour la santé des personnels comme pour celle des
usagers. Les concepteurs doivent favoriser les solutions architecturales et techniques pour les-
quelles les finitions et les revêtements s’entretiennent aisément sans utilisation de produits dan-
gereux.
La question de la pollution par le radon, gaz radioactif émanant du sol, est une préoccupation rela-
tivement récente. Après vérification de la présence de radon sur le site d’une opération, maîtres
d’ouvrage et concepteurs doivent prendre des mesures de prévention (étanchéification des parois
en contact avec le sol, conduit d’extraction en attente de l’air du sol, du vide sanitaire ou de la
cave, recours à un système de ventilation par soufflage).
La pollution de l’air par excès d’humidité est également combattue par les exigences de confort
hygrothermique. En effet, la condensation sur les faces intérieures des parois entraîne, outre des
sensations désagréables, le développement de moisissures ainsi que la dégradation de l’envelop-
pe d’un bâtiment.
Pour maîtriser l’humidité de l’air et la condensation, on cherchera à supprimer les ponts ther-
miques et on mettra en place un système de ventilation munie d’un déshumidificateur.
La démarche “HQE” attache une grande importance à la qualité de l’air, en même temps qu’à la
maîtrise des consommations d’énergie. La ventilation des locaux dépend d’exigences contradic-
toires : pour obtenir une qualité de l’air satisfaisante, il est nécessaire que le débit volumique de
renouvellement d’air soit conséquent, alors qu’au regard des critères de maîtrise de l’énergie, il
faut que celui-ci soit faible afin de réduire les besoins de chauffage de l’air pulsé.
CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”80
Toutefois, la priorité sera accordée à la préservation de la santé des personnes.
On choisira donc un système de ventilation optimisée (Ventilation Mécanique Contrôlée simple ou
double flux, ventilation hygroréglable, ventilation asservie au taux de dioxyde de carbone ou à la
présence des personnes et à l’activité, éventuellement ventilation naturelle assistée).
Enfin, concevoir un système de ventilation optimisée est une chose, maintenir son efficacité dans
le temps en est une autre, d’où la nécessité de rendre pérennes les procédures de maintenance.
CIBLE 14
Qualité sanitaire de l’eau
Afin d’assurer une bonne qualité de l’eau potable, l’approche “HQE” peut s’appuyer sur un
ensemble de lois, dont la loi sur l’eau du 3 janvier 1992. Les normes européennes et françaises
sur la qualité de l’eau potable étant très strictes, il n’est pas nécessaire de prévoir un traitement
supplémentaire au niveau du bâtiment, sauf exception (présence de pesticides, de bactéries, ...).
La qualité de l’eau potable dépend de plusieurs facteurs :
s la qualité de l’eau délivrée par les distributeurs,
s la qualité des matériaux utilisés pour les canalisations,
s les conditions sanitaires d’entretien et de maintenance des réseaux.
Des négligences concernant ces différents points peuvent avoir des conséquences néfastes pour
la santé des personnes.
Aussi, afin de préserver une qualité satisfaisante de l’eau, est-il nécessaire de lutter contre les pol-
lutions. Celles-ci peuvent être de plusieurs natures :
s pollution bactérienne (légionelles),
s pollution par le plomb,
s pollution par le tartre et la corrosion.
La préservation de la qualité de l’eau potable
Les réseaux de distribution d’eau chaude doivent être conçus de manière à éviter la stagnation
(canalisations trop longues, points bas, bras morts), la corrosion, les retours d’eau, la détériora-
tion physico-chimique et la prolifération bactériologique.
Pendant de nombreuses années, le plomb a été employé pour les canalisations de distribution
d’eau potable. Malléable et très résistant à la corrosion, il reste un matériau d’une grande toxicité
provoquant à long terme des effets avérés pour la santé des personnes. Aujourd’hui, les canali-
sations de distribution dans les constructions neuves sont en cuivre ou en acier galvanisé, les
canalisations en plomb dans l’existant étant de plus en plus remplacées.
Le calcaire constitue également une source de pollution de l’eau car sa forte concentration dans
les réseaux de distribution peut entraîner l’entartrage des canalisations et des équipements
(chauffe-eau, chaudières, pompes, machines à laver…). Un traitement de l’eau peut être envisa-
TROISIÈME PARTIE LES 14 CIBLES DE LA DÉMARCHE “HQE” 81
gé en veillant toutefois à ne pas trop adoucir l’eau car une eau trop “douce” peut se révéler plus
agressive pour les canalisations qu’une eau trop “dure”, c’est-à-dire trop calcaire.
Les réseaux d’eau non potable
La gestion de l’eau est un point important de la démarche “HQE”. Afin de ne pas gaspiller l’eau
potable pour des activités pour lesquelles elle n’est pas indispensable (arrosage des espaces
verts, nettoyage des véhicules, lutte contre l’incendie), il est possible de créer un réseau spéci-
fique de distribution. Cependant, en France, à l’inverse d’autres pays européens, le Conseil
Supérieur pour l’Hygiène Publique s’oppose à la présence simultanée dans un bâtiment des deux
réseaux de distribution d’eau potable et d’eau non potable. Dans le cas du recours à l’eau non
potable, il est obligatoire que le réseau spécifique soit aisément repérable, afin qu’on ne puisse
l’utiliser par mégarde pour la consommation humaine.
CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”82
Remerciements
Cet ouvrage reprend en partie des textes publiés par la MIQCP et le PUCA dans l’ouvrage
“Intégrer la qualité environnementale dans les constructions publiques” dont la rédaction
avait été confiée à Georges Wursteisen, architecte, Alain Bornarel et Pascale Maes
(TRIBU), Jean-Jacques Navarro, consultant.
Le travail préparatoire à cet ouvrage a été confié à Andréas Christo-Foroux, architecte.
La Mission a bénéficié des conseils éclairés de Gilles Olive (Association “HQE”), Dominique
Gauzin Müller, architecte, auteur de “l’Architecture écologique” (Éditions du Moniteur),
Philippe Madec, architecte, Hubert Penicaud, architecte, et Serge Sidoroff, ingénieur (ICEB).
Dominique Gauzin Müller a été chargée des illustrations et légendes.
Sont remerciées toutes les personnes qui ont exprimé leur avis sur les manuscrits :
Dominique Bidou, Président de l’Association “HQE” – Yves Dessuant, Président de l’Institut
de la Programmation en Architecture et en Aménagement – Philippe Druon, Directeur du
CAUE du Pas de Calais – François Guillot, Directeur Général des services techniques et
de l’aménagement de la Ville de Caen – Françoise-Hélène Jourda, architecte – Véronique
Lancelin, Présidente du Syndicat des Programmistes en Architecture et Aménagement –
Olivier Piron, Secrétaire Général du PUCA – Gérard Rigaudeau, Chef du service des
Constructions Publiques de la DDE des Hauts de Seine,
les architectes qui ont mis à disposition leurs projets aux fins d’illustrations,
ainsi que toute l’équipe de la MIQCP.
REMERCIEMENTS 83
MISSION INTERMINISTÉRIELLE POUR LA QUALITÉ DES CONSTRUCTIONS PUBLIQUES
Arche Sud — 92055 La Défense cedex — Téléphone 01 40 81 23 30 — Fax 01 40 81 23 78
www.archi.fr/MIQCP
Culture
Communication
Ministère

Livre construction public de HQE

  • 1.
    mission interministérielle pour la qualité desconstructions publiques Constructions publiques architecture et “HQE”
  • 2.
    JACQUES CABANIEU JEAN-MARIE GALIBOURG DOMINIQUEGAUZIN MÜLLER MISSION INTERMINISTÉRIELLE POUR LA QUALITÉ DES CONSTRUCTIONS PUBLIQUES AVANT-GARDE/01 45 74 61 61 ISBN 2-11-094243-6 directeur de la publication coordination et rédaction iconographie Arche Sud 92055 La Défense cedex tél. 01 40 81 23 30 fax 01 40 81 23 78 www.archi.fr/MIQCP avril 2003 conception et réalisation
  • 3.
  • 4.
  • 5.
    Préface Première partie La philosophie dela démarche “HQE” Le contexte historique de la “HQE” La “HQE”, une démarche systémique Les partenaires de la “HQE” La “HQE”, une contribution au développement durable La “HQE”, une relecture de la qualité architecturale La maîtrise d’ouvrage publique et la “HQE” Le conseil à la maîtrise d’ouvrage Un dialogue avec la maîtrise d’œuvre Une approche économique de la “HQE” Deuxième partie La mise en place d’une opération “HQE” La programmation Le choix de l’équipe de maîtrise d’œuvre La “HQE” et les éléments de mission de maîtrise d’œuvre Troisième partie Les 14 cibles de la démarche “HQE” Éco-construction — cibles 1 à 3 Éco-gestion — cibles 4 à 7 Confort — cibles 8 à 11 Santé — cibles 12 à 14 Remerciements Sommaire SOMMAIRE 03 1 2 308— 38— 54— 62— 72— 78— 83— 04— 44— 48— 13— 16— 17— 20— 22— 26— 29— 31—
  • 6.
    CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTUREET “HQE”04 En 1998, la MIQCP éditait, conjointement avec le Plan Urbanisme, Construction et Architecture (PUCA) un premier guide intitulé “INTÉGRER LA QUALITÉ ENVIRONNEMEN- TALE DANS LES CONSTRUCTIONS PUBLIQUES”. Aujourd’hui, de nombreuses publications accompagnent la montée en puissance et le développement de la démarche dite de “Haute Qualité Environnementale”. Leur caractère de plus en plus technique est fort utile aux professionnels de la construc- tion, mais il risque de décourager la maîtrise d’ouvrage publique ou de l’inciter à s’en remettre à des “experts” chargés de “mettre tout çà en musique”. Aussi, le présent ouvrage traitera en priorité de la “philosophie” avec laquelle une telle démarche devrait être mise en œuvre dans le domaine des constructions publiques. En s’adressant aux maîtres d’ouvrage publics, et à leur responsabilité “politique”, la MIQCP propose de recadrer la démarche “HQE” au sein de pratiques de la commande qui ont aujourd’hui fait leurs preuves. Il faut rappeler que la “HQE” n’est pas une simple mode, mais qu'elle prend racine dans Préface
  • 7.
    le concept, plusvaste, de développement durable, et surtout, qu’elle s’insère dans une démarche de projet, démarche progressive et itérative, prenant en compte l’ensemble des valeurs devant être portées par l’architecture publique. La MIQCP soutient l’esprit de cette démarche tel qu’il est actuellement défendu par l’as- sociation “HQE” dont elle suit les travaux depuis l’origine. Elle souhaite que cette préoccupation ne vienne pas compliquer encore plus le processus de commande. Elle voudrait que cette démarche “HQE” ne soit pas indépendante de celle, plus globale, de la programmation, que la qualité environnementale soit partie intégrante du projet archi- tectural, à la fois lieu de la synthèse et épreuve de vérité. Cette publication ne contient ni recettes, ni documents types, encore moins de normes de qualité. C’est en revanche une invitation à la distance, à la réflexion sur tous les enjeux d’une construction publique. Son objectif est d’inciter les maîtres d’ouvrage à faire confiance aux équipes de program- mation et de maîtrise d’œuvre qui devront allier de nouveaux savoirs et de nouvelles tech- niques à leur éthique, à leur conviction et à leur engagement. François KOSCIUSKO-MORIZET Président de la MIQCP Maire de Sèvres Ingénieur Général des Ponts et Chaussées PRÉFACE 05
  • 8.
    La philosophie de ladémarche “HQE” Première partie 07 Si la démarche “HQE” nécessite savoirs et techniques, sa véritable efficacité est soumise à conditions : l’éthique environnementale et l’engagement “politique” de la Maîtrise d’ouvrage publique.
  • 9.
    La naissance duconcept de développement durable Après la période de forte croissance qui a suivi la deuxième guerre mondiale (en France, “les 30 glorieuses”), la fin du XXe siècle fut mar- quée par des catastrophes environnementales qui alertèrent l’opinion publique sur les nouveaux risques planétaires, et contribuèrent à la nais- sance d’une certaine conscience écologique et humaniste : s l’aggravation de l’effet de serre, issu du réchauffement de la planète, et les perturba- tions climatiques dues aux activités humaines. s l’explosion démographique (6 milliards de personnes en l’an 2000), qui entraîne l’épui- sement des ressources naturelles et la concen- tration des populations dans les aires urbaines (80 % de la population d’Europe vit en ville). s l’impact grave des pollutions sur la santé humaine, comme l’ont montré en France le plomb et l’amiante, ou encore la légionellose. s l’écart de plus en plus important entre pays riches au nord et pays pauvres au sud et l’inégalité des chances. Le contexte historique de la “HQE” s les catastrophes industrielles (Tchernobyl, Bhopal, …). C’est dans ce contexte qu’est apparu, pour la première fois en 1972 lors de la conférence de Stockholm sur l’environnement, le concept de développement durable. Mais il lui aura fallu 20 ans pour être réellement propulsé sur le devant de la scène internationale, lors du Sommet de la Terre de 1992, grâce à son texte fondateur : la “déclaration de Rio” sur l’environ- nement et le développement. Lors de cette conférence, le plan d’actions pour le XXIe siècle, appelé “Agenda 21”, a été signé par 179 états. Il a mis en avant de nouvelles priorités : lutte contre la pauvreté, protection des ressources naturelles, gestion des déchets et des résidus toxiques, aménagement harmo- nieux du territoire, changement de politique de consommation. Dans un souci constant d’asso- cier la population aux décisions locales, certaines collectivités territoriales décidèrent, avec l’appui de la Commission européenne, de signer lors de la conférence d’Aalborg de 1994 une Charte des villes européennes pour un développement durable, traduite en “Agenda 21” locaux. CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”08
  • 10.
    La définition du développementdurable Le développement durable est un “développe- ment qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des généra- tions futures de répondre aux leurs” (rapport Brundtland “Our common future”, rapport sur l’environnement pour les Nations Unies, 1980). Il se traduit concrètement sur le terrain par le concept : “penser globalement, agir localement”. Le développement durable conjugue simultané- ment trois paramètres fondamentaux : s l’équité sociale, avec une triple solidarité : sur le long terme, en préservant les intérêts des générations futures ; au présent, en pre- nant des mesures concrètes contre la pauvreté et en mobilisant les citoyens autour des projets désirables et partagés ; dans l’espace, en créant un contexte géopolitique d’entraide entre le Nord et le Sud. s la prudence environnementale qui donne la prio- rité à une politique préventive plutôt que curative, concernant les ressources naturelles et les impacts sur la biodiversité et les écosystèmes. s l’efficacité économique, prenant en compte la globalisation des coûts et les interférences avec les deux autres paramètres. La mise en place du développement durable passe par la “Gouvernance”, définie comme une dynamique d’actions partagées et solidaires des acteurs, issue d’un partenariat entre public, privé et société civile. Elle est fondée sur l’éthique de la responsabilité citoyenne et sur la pluralité des points de vue. Les engagements internationaux et leurs répercussions nationales Si le sommet de Rio, en 1992, a amorcé une prise de conscience politique des risques réels entraînés par le réchauffement de la planète, le bouleversement des équilibres des écosystèmes, les atteintes à la biodiversité et l’épuisement des ressources naturelles, il aura fallu attendre le sommet de Kyoto, en 1997, pour que des mesures concrètes soient enfin décidées. Toutefois, c’est à la conférence de Marrakech, en 2001, que des engagements internationaux furent pris et que la voie pour la ratification du protocole de Kyoto s’ouvrit réellement. Le protocole de Kyoto prévoit la réduction des émissions de C02 dans l’atmosphère. L’objectif est pour l’Europe une réduction de 8 % du niveau d’émission de gaz à effet de serre, en 2010 par rapport à celui de 1990. Cet engagement signifie pour la France une réduction de 16 mil- lions de tonnes équivalent carbone, dont 17 % dans le secteur du bâtiment. Le développement durable est désormais un véritable enjeu de société. Il nous oblige à tourner la page de la période de la croissance mono-orientée, marquée par l’esprit du “produire plus”, pour ouvrir celle du “produire mieux”, et de façon plus équitable. La répercussion de tous ces engagements inter- nationaux, en Europe et en France, est directe : une série de lois et de réglementations impor- tantes traduit le changement politique en matière environnementale et marque, de manière pro- fonde, la dernière décennie du XXe siècle : PREMIÈRE PARTIE PHILOSOPHIE DE LA DÉMARCHE “HQE” 09
  • 11.
    Résidence avec lelabel Habitat passif en Autriche © Dominique Gauzin-Müller La résidence Ölzbündt est un des premiers immeubles d’habitat collectif répondant aux exigences du label Habitat passif, soit une consommation de chauffage inférieure à 15 kWh/m2 /an. L’application des principes bioclimatiques a réduit sensiblement les besoins en énergie : volume compact pour limiter les déperditions ; socle massif pour l’inertie ; balcons et coursives désolidarisés de l’ossature principale pour supprimer les ponts thermiques ; ouvertures judicieuse- ment dimensionnées en fonction de l’orien- tation. Pour atteindre la valeur exigée par le label, ces mesures de bon sens ont été complétées par une enveloppe optimisée et des installations performantes : puits canadien, pompes à chaleur, capteurs solaires. L’isolation est renforcée sur toutes les parois : murs (35 cm de laine minérale, U = 0,11 W/m2 K), toiture (45 cm, U = 0,10 W/m2 K) et plancher bas du rez-de- chaussée (22 cm, U = 0,12 W/m2 K). Les menuiseries ont un triple vitrage isolant avec des lames en gaz rare (U = 0,7W/m2 K). Expérimentale par son concept énergétique, cette opération de treize logements l’est aussi par son système constructif à struc- ture bois, basé sur une logique d’optimisa- tion de la matière, de standardisation et de préfabrication. Sa réalisation en 1997 dans le Vorarlberg, creuset de l’innovation archi- tecturale écologique, a représenté un pas décisif vers un habitat industrialisé confor- table et économe. Une collaboration efficace entre architectes, ingénieurs et entreprises a favorisé un juste équilibre entre pragma- tisme bioclimatique et technologies de pointe. Maîtrise d’ouvrage : Anton Kaufmann Architecte : Hermann Kaufmann, Schwarzach, Autriche Bureau d’études structure : merz kaufmann partner, Dornbirn, Autriche Entreprise bois : Kaufmann Holz AG, Reuthe, Autriche Réalisation : 1997 Surface : 940 m2 habitables Coût de construction : 1,4 M€ “Les approches scandinaves et germaniques sont basées sur la responsabilité individuelle de chaque éco-citoyen, motivé par des incitations fiscales et des réglementations ou des labels performantiels.”
  • 12.
    s loi surles déchets de 1976, s loi sur l’eau de janvier 1992, s loi paysages de janvier 1992, s loi contre le bruit de 1992, et introduction de la NRA de 1994, effective au 1er janvier 1996, s loi relative au renforcement de la protection de l’en- vironnement de février 1995, dite loi BARNIER, s loi sur l’air de décembre 1996 et mise en place des Plans de Déplacements Urbains (PDU), s loi pour l’Aménagement et le Développement Durable du Territoire (LOADDT) de juin 1999, dite loi VOYNET, s loi sur l’intercommunalité de juillet 1999, dite loi CHEVENEMENT, s plan national de lutte contre le changement climatique de 2000, s loi de la Solidarité et du Renouvellement Urbain, de décembre 2000, dite loi SRU, s Nouvelle Réglementation Thermique, dite RT 2000, s loi sur la Démocratie de Proximité de février 2002, La loi SRU introduit pour la première fois la notion du développement durable dans les documents d’urbanisme (SCOT, PLU et surtout PADD). L’article L.121-1 du Code de l’urbanisme impose désor- mais les trois principes du développement durable : s l’équilibre entre le développement urbain, le développement de l’espace rural, la préser- vation des espaces et des paysages naturels et des territoires affectés aux activités agri- coles et forestières, s la diversité des fonctions et la mixité sociale, s le respect de l’environnement dans toutes ses facettes (eau, air, sol et sous-sol, écosystèmes, paysages naturels et urbains, prévention des risques naturels et technologiques, pollutions et nuisances…). Un des objectifs du développement durable des territoires interpelle directement le cadre de vie bâti et plus précisément le secteur de la construction. Le secteur du bâtiment consomme à lui seul 50 % des ressources naturelles, 40 % de l’énergie, 16 % de l’eau, et produit plus de 50 % des déchets. Les bâtiments résidentiels et tertiaires génèrent, au niveau mondial, 25 % des émissions de CO2 . Si aucune mesure n’est prise aujourd’hui, la dépendance énergétique européenne pourrait atteindre 70 % en 2030 contre 50 % aujour- d’hui. L’Union européenne s’est fixée pour objectif de porter la part d’électricité “verte” à 22,1 % de sa consommation en 2010 contre 13,9 % en 1997. Dans ce cadre, la France se devrait d’installer, d’ici 2010, environ 14 000 méga- watts d’énergie éolienne. Dans le même esprit, la Commission européenne conclut que les scénarios d’économie énergé- tique dans le domaine du bâtiment permettraient de réaliser rapidement 22 % d’économies grâce à une série de mesures concrètes. Les différentes démarches environnementales en Europe et dans le monde. Le cas de la France. Depuis la conférence de Rio en 1992, la préoccu- pation environnementale appliquée à l’urbanisme et PREMIÈRE PARTIE PHILOSOPHIE DE LA DÉMARCHE “HQE” 11
  • 13.
    à l’architecture adonné naissance à diverses méthodes dans plusieurs pays européens. L’approche scandinave est basée sur la mobilisation et la responsabilité individuelle de chaque éco- citoyen, motivées par des incitations fiscales et des réglementations très précises. On trouve aussi : la démarche hollandaise avec son propre système de références, la grille DBCA, la méthode Breeam en Angleterre, le concept suisse Minergie, le label Habitat Passif en Allemagne ou encore la métho- de internationale “Green Building Challenge”. En France, la démarche environnementale a été initiée par le programme Écologie et Habitat, lancé par le Plan Construction et Architecture en 1992 et concrétisée à travers une première série d’opérations expérimentales (REX), lancées à partir de 1993. Pour la première fois, les acteurs de la construc- tion se mobilisaient autour de la question de la qualité environnementale. La qualité environnementale “à la française” L’Association “HQE” est née du programme Écologie et Habitat initié par le Plan Construction et Architecture. Elle s’est développée grâce aux travaux de l’ATEQUE (Atelier d’Évaluation de la Qualité Environnementale des bâtiments). L’association, créée en 1996, est pionnière dans ce domaine et regroupe aujourd’hui plus de 50 adhérents : institutions publiques et privées, milieux associatifs, maîtres d’ouvrage, organisa- tions professionnelles, industriels. Les ministères sont étroitement associés à ses travaux. Elle s’est fixé deux objectifs : s proposer des méthodes visant à améliorer la qualité environnementale des bâtiments neufs et existants des secteurs résidentiels et ter- tiaires et en particulier les constructions publiques, s assurer la promotion de la qualité environne- mentale en s’appuyant sur une définition expli- cite et sur un système de management. Comme il sera développé plus loin, l’association décline les objectifs d’amélioration de la qualité environnementale des bâtiments en 14 cibles, réparties en 4 thèmes majeurs : éco-construc- tion, éco-gestion, confort et santé. L’objectif premier de la démarche “HQE” n’est pas la certification des bâtiments, mais la promotion d’une démarche volontaire et partagée entre les différents acteurs. Cette démarche n’est à ce jour ni un label, ni une norme, ni une réglementation. C’est une approche multi-acteurs, évolutive, appliquée par des maîtres d’ouvrage volontaires et visant trois exigences complémentaires : s la maîtrise des impacts d’un bâtiment sur son environnement extérieur, s la préservation des ressources naturelles, s la création d’un environnement intérieur sain et confortable pour les utilisateurs des bâti- ments, La première période de la “HQE” (1992-2000) a été marquée par un esprit militant et notam- ment par l’engagement de quelques maîtres d’ouvrage qui ont favorisé la réalisation de bâti- ments publics exemplaires. CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”12
  • 14.
    Depuis, l’utilité dela démarche “HQE” a été com- prise à la fois par les maîtres d’ouvrage et par les professionnels pour devenir un enjeu de plus en plus recherché. 2002 a été l’année de l’accélération du mouve- ment “HQE”. 2003 sera sans doute l’année de l’institutionna- lisation… C’est ainsi qu’en 2003, sera publié un décret permettant d’étendre la durée d’exonération de TFPB pour les logements sociaux pouvant faire part d’un effort environnemental certifié (maté- riaux renouvelables, performances énergétiques et acoustiques, économies d’eau, nuisances et déchets de chantier). De son côté, l’association Qualitel aura proposé une cotation des logements neufs. Le CSTB (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment), enfin, étudie une certification des bâtiments tertiaires. Ainsi, principalement dans le domaine du loge- ment, s’engage une normalisation, à certains égards souhaitable, mais pouvant se révéler l’instrument réducteur des concepts initiaux. PREMIÈRE PARTIE PHILOSOPHIE DE LA DÉMARCHE “HQE” 13 L’association “HQE” a donné deux définitions de la qualité environnementale des bâtiments : l’une formelle, servant en quelque sorte de socle ; l’autre exigentielle, tournée vers l’action. Une définition formelle “La qualité environnementale d’un bâtiment cor- respond aux caractéristiques de celui-ci, de ses équipements et du reste de la parcelle, qui lui confèrent une aptitude à satisfaire les besoins de maîtrise des impacts sur l’environnement La “HQE”, une démarche systémique extérieur et la création d’un environnement sain et confortable.” Cette description s’inscrit dans une définition “normative” de la qualité selon la norme ISO NF EN 84.02 : “la qualité d’une entité cor- respond à l’ensemble des caractéristiques de cette entité qui lui confèrent l’aptitude à satisfaire des besoins implicites et explicites.” En ce qui concerne la qualité environnementale d’un bâtiment : s Les caractéristiques sont celles du bâtiment (neuf ou réhabilité). Elles comprennent les équi-
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    pements et letraitement de la parcelle d’accueil. s Les besoins correspondent à l’exigence de maî- trise des impacts sur l’extérieur et la création d’un environnement intérieur sain et confortable. On verra plus loin les limites des définitions normatives de la qualité dans le domaine de l’architecture. Les vingt-cinq ans d’existence de la MIQCP lui ont permis de mesurer les limites très vite atteintes, voire les effets pervers des approches normatives lorsqu’elles outrepas- sent la généralité. Soyons conscients que la qualité ne peut être spécifiée dans l’absolu. Parmi bien d’autres, quelques questions : s Toutes les aspirations humaines peuvent-elles se traduire en termes de “besoins” à satisfaire ? s La qualité d’usage, qui est la première qualité que l’on doit exiger d’un bâtiment, se réduit-elle au “confort” ? s N’est-on pas en droit d’attendre que la lumière pénétrant un bâtiment, au-delà de la satisfac- tion des “besoins” d’éclairement, procure des émotions ?… Cette définition de la HQE devait néanmoins être donnée, même si l’on peut débattre autour des mots qu’elle utilise. Une définition exigentielle La définition exigentielle de la qualité environne- mentale est le grand apport de l’association “HQE”. Elle constitue une utile clarification et une mise en ordre opérationnelle des exigences inti- tulées “cibles”. Les 14 cibles retenues sont classées selon 2 “domaines” et 4 “familles” : Domaine I : maîtrise des impacts sur l’environnement extérieur Première famille : les cibles de l’éco-construction Les cibles de cette famille correspondent à la volonté de maîtriser les effets dus à l’existence même du bâtiment, depuis sa programmation jusqu’à la fin de sa vie. 1° — relation harmonieuse des bâtiments avec leur environnement immédiat 2° — choix intégré des procédés et produits de construction 3° — chantier à faibles nuisances Deuxième famille : les cibles de l’éco-gestion Les cibles de cette famille correspondent à la volonté de maîtriser les effets dus à l’exploitation du bâtiment. 4° — gestion de l’énergie 5° — gestion de l’eau 6° — gestion des déchets d’activités 7° — gestion de l’entretien et de la maintenance Domaine II : création d’un environnement intérieur satisfaisant Troisième famille : les cibles du confort 8° — confort hygrothermique 9° — confort acoustique 10° — confort visuel 11° — confort olfactif Quatrième famille : les cibles de santé 12° — conditions sanitaires des espaces 13° — qualité de l’air 14° — qualité de l’eau CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”14
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    Images de synthèse ©Agence Tekhne Images de synthèse © Agence Tekhne Le nouveau CAUE de la Drôme s’inscrit dans un îlot du centre ancien de Valence qui a fait l’objet d’une opération de cure- tage. Les gabarits, R + 1 et R + 2, sont en harmonie avec ceux des maisons environ- nantes. La décomposition en deux corps de bâtiments, orientés nord-sud et structurés par un espace de distribution, a été imposée par les impératifs fonctionnels et par la priorité donnée à la ventilation et à l’éclai- rage naturels. Ce fractionnement, qui facilite l’insertion dans le tissu urbain, est renforcé par le traitement des façades en briques alvéolaires épaisses, recouvertes d’enduit. L’expression architecturale contemporaine tisse des “liens de politesse” avec l’archi- tecture maçonnée caractéristique du centre de Valence. Ce bâtiment a été retenu dans le cadre de l’appel à projets “Démarche HQE et bâti- ments tertiaires”, lancé par l’Ademe et le CSTB en 2002. Maîtrise d’ouvrage : CAUE de la Drôme et SCI La Providence Architectes : Tekhne, Hélène Duhoo et Christian Charignon, Lyon Calendrier : concours, 2002 ; mise en service prévue, fin 2004 Surface : 450 m2 utiles Coût prévisionnel des travaux : 450 000 € HT “Les équipements publics, et en particulier les Conseils en architecture, urbanisme et environnement, se doivent de montrer l’exemple.” CAUE de la Drôme
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    Les partenaires dela “HQE” Avant de s’engager dans une démarche “HQE”, les maîtres d’ouvrage publics peuvent recourir à des partenaires institutionnels ou associatifs locaux ou nationaux, afin d’obtenir des informa- tions ou des conseils d’ordre général. s Le Ministère de l’Équipement, du Logement et des Transports par l’intermédiaire du Plan Urbanisme, Construction et Architecture (PUCA). Ce dernier a lancé, dès 1993, des appels à pro- jets pour des réalisations expérimentales (REX- “HQE”). Ces projets ont fait l’objet de nombreuses études et rapports d’expériences. Une impor- tante documentation thématique est disponible. s Le Ministère de l’Écologie et du Dévelop- pement Durable et son réseau de Directions Régionales de l’Environnement (DIREN). Ce ministère soutient en particulier une action de “verdissement des administrations” qui touche l’ensemble des collectivités publiques. s Le Centre Scientifique et Technique du Bâti- ment (CSTB) travaille plus particulièrement sur les aspects techniques de la “HQE”, ainsi que sur les méthodologies d’évaluation de cer- taines cibles. s L’Association “HQE” regroupe tous les acteurs importants du monde de la construction et de Les initiateurs de ces “cibles” insistent à juste titre sur l’approche qui doit en être faite et qui ne peut être que “systémique”. Chacune d’entre elles ne peut être considérée isolément. Lorsqu’à chaque étape de la programmation ou de l’élabo- ration du projet, on “travaillera” un objectif parti- culier, il sera donc nécessaire de considérer celui- ci comme une partie intégrante d’un système. Chaque décision est susceptible de modifier ce système, voire de le déstabiliser ou d’entraîner des contre-performances. Il est également important de noter le caractère non-homogène des cibles : certaines peuvent se traduire en termes “économiques” (qualité éner- gétique, économies de fonctionnement et d’ex- ploitation) alors que d’autres demeurent pure- ment qualitatives. — Les cibles environnementales ne sont pas des solutions qu’il suffirait de juxtaposer. — Les arbitrages ne peuvent uniquement décou- ler d’une analyse techniciste. — Les réflexions thématiques doivent être inter- actives. — Enfin, on n’est pas obligé de couvrir toutes les cibles. Ces cibles, qui seront abordées en troisième par- tie de l’ouvrage, ne sont pas prêtes à l’emploi. CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”16
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    l’environnement : outreles ministères concer- nés, différents collèges réunissent des maîtres d’ouvrage publics, des réseaux associatifs et des organisations professionnelles. L’Asso- ciation “HQE” s’est donnée pour tâche d’élabo- rer un langage commun et différents référen- tiels en matière de qualité environnementale. s L’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME) a toujours été un parte- naire actif du mouvement “HQE”, plus parti- culièrement dans le champ des économies d’énergie et de la mise en œuvre d’énergies renouvelables. L’ADEME est représentée sur le terrain par des délégations régionales qui peu- vent soutenir certains projets des maîtres d’ou- vrage publics (“Conseillers Environnement”, actions en faveur des économies d’énergie, recours à des énergies alternatives, …). s Les Agences Régionales de L’Environnement et des Nouvelles Énergies (ARENE ou ARE), créées en 1992 sous l’égide des Conseils Régionaux sont présentes dans la moitié des régions françaises. Elles interviennent le plus souvent dans les phases amont des projets : études préalables, conseils, programmation, … s Les Conseils d’Architecture, d’Urbanisme et d’Environnement (CAUE) sont des associa- tions de proximité soutenues par l’État et les Conseils Généraux, à même de conseiller les collectivités publiques et les particuliers. s L’Institut des Conseillers Environnement pour le Bâtiment (ICEB) est une association regroupant des professionnels privés spéciali- sés dans le champ environnemental. Il faut également prendre en compte l’expérience acquise par toutes les maîtrises d’ouvrage qui se sont déjà lancées dans la démarche “HQE”, et dont la pratique peut servir de point d’appui aux nouveaux entrants. Les organismes à même de conseiller ou de sou- tenir des démarches “HQE” sont donc à l’heure actuelle relativement nombreux. Les maîtres d’ouvrage publics et leurs services, s’ils souhai- tent acquérir une culture générale de la “HQE” s’attacheront à diversifier leurs clés d’entrée. PREMIÈRE PARTIE PHILOSOPHIE DE LA DÉMARCHE “HQE” 17 La “HQE”, une contribution au développement durable Certains reprochent à la démarche “HQE” fran- çaise de ne pas balayer l’ensemble des champs relevant du concept de développement durable. Il s’agit en effet d’une approche originale visant à apporter des réponses plus contextuelles que conceptuelles aux problématiques environne- mentales dans un domaine délimité : celui de la construction.
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    Pont de Crest Lepont de Crest, dans la Drôme, est le plus long pont routier en bois de France. Il franchit 92 m en permettant la circulation à double sens des piétons et des véhicules de moins de 3,5 tonnes. Ce pont non cou- vert repose sur deux piles intermédiaires en béton aux formes hydrodynamiques. De chaque côté des piles, deux bras en béton se tendent pour attraper les contrefiches arborescentes qui soutiennent les quatre poutres principales en lamellé-collé. Un tablier de 20 cm d’épaisseur en multiplis supporte l’étanchéité et le revêtement rou- tier. De chaque côté, un trottoir, soutenu par des consoles, apporte à la structure en Maîtrise d’ouvrage : Commune de Crest Architectes : Atelier de l’Entre, Marie-Renée Desages, Aline Duverger, Yves Perret, Saint-Etienne Bureaux d’études : maîtrise d’œuvre générale, Scetauroute, Lyon ; structure bois, Arborescence, Michael Flach, Peisey-Nancroix Réalisation : 2002 Coût des travaux : 1 123 000 € HT, soit 1 343 108 € TTC “La démarche environnementale ne se limite pas à une juxtaposition de réponses pertinentes à des cibles analytiques ; elle concourt à une synthèse englobant des préoccupations sociales, écologiques et économiques.” Photos © Atelier de l’Entre bois une protection constructive contre les intempéries. La volonté de valoriser une ressource régionale renouvelable et de limi- ter les traitements chimiques a conduit à l’emploi de douglas, trié pour supporter des contraintes de 35 à 40 Megapascal. Purgé d’aubier, le douglas est naturellement durable pour les emplois en classe 3 des risques biologiques. Un capotage en tôle inoxydable abrite les consoles. Les garde- corps et les caillebotis des trottoirs en chêne, seules parties directement expo- sées,ont été traités chimiquement (classe 4). Comme sur les ponts traditionnels, ces “pièces d’usure” pourront être facilement remplacées en cas de besoin. Cet ouvrage d’art respectueux de l’environ- nement et porteur d’une forte identité régio- nale a apporté à ses concepteurs : le prix “Territoria”, le label “Merci la planète” et le titre de “Chevalier de l’ordre du mérite agricole”.
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    La volonté deréaliser une opération selon une démarche “HQE” est l’occasion concrète, pour l’ensemble des partenaires de l’acte de construi- re, d’apporter une contribution au respect de l’environnement et à la création de lieux de vie satisfaisants, d’instituer une réflexion et un dia- logue constructif à propos d’enjeux multiples. Gilles OLIVE, un des initiateurs de la démarche “HQE” rappelle que celle-ci doit ouvrir des pers- pectives : “outre l’ardente obligation d’obtenir des résultats, surfons sur la vague. Profitons-en pour nous remettre en question, pour être intelligents, trouver des attitudes plus éthiques…”. La démarche “HQE” encourage l’évocation d’en- jeux multiples dans un esprit auto-pédagogique, enjeux qui concernent à la fois : s le patrimoine universel : lutte contre les émis- sions de gaz à effet de serre et le réchauffe- ment de la planète, économie des ressources naturelles, équilibres écologiques, réduction des pollutions, respect du droit d’existence des générations futures… s la qualité de vie : confort des utilisateurs et des usagers, santé des personnes, respect des riverains, qualité des ambiances, … s les territoires : dialogue avec le site, économie d’espace, conséquences pour les territoires d’accueil (accessibilité, déplacements, ser- vices, réseaux, nuisances éventuelles…). s le patrimoine immobilier : raisonnement en coût global, pérennité du patrimoine, adaptabilité à l’évolution des usages et des techniques, … s le contexte économique et social : utilisation de filières locales, choix éthiques, insertion et participation citoyenne, … Le souci de développement durable qui, peu à peu, pénètre et obsède notre société est indisso- ciable de notions telles que celles de l’héritage ou de l’avenir. La démarche “HQE” nous oblige à réfléchir aux conséquences de nos actes pour les générations futures. Quelles villes et quels bâtiments légue- rons-nous à nos enfants ? Elle nous oblige à finan- cer, concevoir et construire des ouvrages, répon- dant certes à l’immédiateté, mais aussi intégrant une durée de vie, un vieillissement, une démoli- tion future et ses conséquences. Les cibles “HQE” traitent, chacune à sa manière, les différentes échelles d’espace qui condition- nent l’établissement humain : s échelle planétaire : réchauffement, écosys- tèmes, qualité de l’air, ressources en eau, s échelle régionale : ressources naturelles, pol- lutions, risques, déchets, s échelle locale : consommation et organisation de l’espace, impacts sur le site, relation au quar- tier, environnement intérieur des bâtiments… La démarche “HQE”, tout en étant tournée vers l’action, n’est ni une fin en soi, ni un style, enco- re moins une mode. Elle ne peut se limiter à un processus d’ingé- nierie, à une affaire d’“experts” ou à une juxta- position de réponses pertinentes à des cibles analytiques. Elle doit concourir à une synthèse englobant des préoccupations naturelles, sociales et économiques. L’approche s’effectue à partir de regards croisés dans le temps : la relecture du passé et l’utili- sation des moyens technologiques d’aujourd’hui PREMIÈRE PARTIE PHILOSOPHIE DE LA DÉMARCHE “HQE” 19
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    pour préparer unavenir plus respectueux de l’homme et de la nature. Il faut en outre reconnaître que la démarche “HQE” n’intègre pas certains aspects de la confé- rence de Rio comme l’esprit de “gouvernance”, préalable aux actions de développement durable. Il est de la responsabilité de chaque maître d’ou- vrage public de prolonger cet état d’esprit en ouvrant leurs opérations à une plus large coopé- ration. Si la “HQE” invite à de nouveaux systèmes de production, elle devrait aussi se révéler pro- ductrice de société, c’est à dire contribuer à l’évolution des états d’esprit, des relations, des modes de vie et de gestion. CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”20 La “HQE”, une relecture de la qualité architecturale L’approche qui a présidé à la mise au point des cibles “HQE” est de type scientifique. Face aux problématiques environnementales, c’est une analyse rationnelle à laquelle répondront des procédés et des techniques. On peut s’en féliciter, car il faut agir vite et apporter des solutions concrètes à la “crise de l’environnement”. Si tout le monde s’accorde sur l’effort de clarifi- cation que représente la définition des cibles, ces dernières ne sont pas les éléments d’une “check list” qu’il faudrait chacun optimiser. Les initiateurs de la démarche “HQE” insistent, à cet effet, sur le caractère systémique des cibles. Encore faudrait-il que cette démarche systémique ne soit pas limitée au seul registre de l’environ- nement. Un bâtiment, si l’on n’y prend garde, peut être “performant” du point de vue de la qua- lité environnementale et tout à fait médiocre dans une multitude d’autres registres. Et ce danger est une préoccupation importante de la MIQCP. La démarche “HQE” ne peut, en aucun cas, s’instituer en discipline autonome. Elles est plutôt une contribution à la recherche de qualité globale des bâtiments intégrant l’abso- lue nécessité de peser positivement sur notre environnement. Les cibles “HQE” ne doivent pas être vécues comme des contraintes supplé- mentaires, mais comme des objectifs permet- tant une relecture des paramètres de la qualité architecturale, à la lumière des préoccupations d’environnement.
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    Coupe © Agence Perraudin Photo ©Serge Demailly La démarche environnementale exige l’étude des particularités du site et de ses caractéristiques climatiques. Composé de bâtiments bas avec des murs en calcaire et des voûtes blanches qui réfléchissent la lumière, le Centre de formation des appren- tis de Nîmes-Marguerittes est profon- dément ancré dans la culture méditerra- néenne. La succession de cours et de pas- sages couverts est adaptée au climat du sud-est de la France, dominé par le soleil et le mistral. Les constructions ne dépassent pas les arbres au milieu desquels elles s’in- sèrent : les oliviers, présents sur la parcelle, ont retrouvé leur place originelle. Matériau à forte inertie, la pierre massive apporte aux bâtiments un excellent confort thermique, en été comme en hiver. Elle est exempte de produits chimiques nocifs pour la santé et nécessite peu d’énergie pour son extrac- tion, sa mise en œuvre et son recyclage.Au- delà de ces avantages techniques, la pierre confère au Centre de formation une incon- testable noblesse. Maîtrise d’ouvrage : Région Languedoc-Roussillon, CCI de Nîmes, Bagnols, Uzès Architectes : Gilles Perraudin, Vauvert ; Brion, Piro, Privat, architectes associés Réalisation : 1999 Surface : 4 600 m2 Montant de l’opération : 26 MF HT, soit 3,9 M€ HT “La démarche environnementale n’est pas une contrainte ajoutée à beaucoup d’autres, mais une relecture des paramètres de la qualité architecturale à la lumière de préoccupations écologiques.” Centre de formation des apprentis de Nîmes-Marguerittes
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    “Un projet deconstruction est avant tout une “pensée de l’espace”, “une pensée de l’homme dans l’espace” mettant en œuvre des matériaux dont il fait des logements, des bureaux, des édi- fices publics. Il mobilise des hommes pour abriter une activité humaine. Et lorsque ce projet modèle avec art les espaces, les volumes, les propor- tions, règle leurs relations, il prend une dimen- sion culturelle transcendant la dimension fonc- tionnelle. L’espace, les volumes, les matières, la lumière sont les véritables matériaux de l’archi- tecture. À partir d’un programme essentielle- ment utilitaire, l’architecte produit une œuvre culturelle, expression de la pensée. Celle-ci, appliquée à l’espace, devient patrimoine à travers le temps, témoin construit des civilisa- tions humaines.” (*) Les objectifs poursuivis, les contraintes inéluc- tables, les savoirs nécessaires, sont de tous ordres. L’architecture rassemble en effet de nom- breuses valeurs dont elle réalise la synthèse : s des valeurs culturelles, s des valeurs sociales, s des valeurs urbaines, s des valeurs d’usage, s des valeurs esthétiques, s des performances techniques, s des exigences économiques, s le respect des règlements et des normes, s … des valeurs environnementales. Cette recherche de la qualité s’appuie sur cer- taines exigences physiques et matérielles quan- tifiables, mais aussi sur des facteurs immaté- riels, expressions du projet politique et social, du projet artistique. Il faut considérer les bâtiments ou les aménagements publics comme résultant d’un processus complexe et non comme des objets finis, susceptibles d’être décrits et analy- sés au moyen d’une grille théorique. La qualité est plurielle, elle sera enrichie par la démarche environnementale. CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”22 (*) “LA QUALITÉ DES CONSTRUCTIONS PUBLIQUES” - MIQCP 1999 - sur demande La maîtrise d’ouvrage publique et la “HQE” Dans un ouvrage qui traite de la qualité architecturale des constructions publiques, il n’est sans doute pas inutile de revenir aux textes fondateurs de la maîtrise d’ouvrage publique et en particulier à l’article 2 de la loi du 12 juillet 1985 relative à la maîtrise d’ouvrage publique et ses rapports avec la maîtrise d’œuvre privée (loi “MOP”). “Le maître de l’ouvrage est la personne morale… pour laquelle l’ouvrage est construit. Respon- sable principal de l’ouvrage, il remplit dans ce
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    Image de synthèse ©Agence Klein et Baumann Coupe © Agence Klein et Baumann Le groupe scolaire de Thannenkirch tisse des liens étroits entre architecture et végé- tal et laisse le champ libre à de nouvelles relations entre l’enfant et son environne- ment. Lieu d’apprentissage des cycles de la vie, il permet de profiter des plaisirs de la nature et de rester en contact avec les saisons. L’implantation tire parti de la topo- graphie : les volumes techniques, adossés au talus, protègent du vent et du froid les classes ouvertes au sud-est vers la lumière, le soleil et le paysage. La structure en bois est posée sur un soubassement en pierres qui relie les volumes des classes et les ancre au sol. Un puits canadien, constitué de tuyaux enterrés en grès vernissé, parti- cipe à la régulation de la température et de l’hygrométrie. Grâce au préchauffage natu- rel de l’air neuf dans ce puits canadien et aux importantes surfaces vitrées au sud, la température moyenne dans les classes peut atteindre, sans apport extérieur, 18°C pen- dant 4 heures en janvier et 12 heures en mars. En été, le feuillage des arbres, les toitures débordantes, le voile de plantes grimpantes disposé devant les vitrages et des stores extérieurs à enroulement appor- tent une ombre sur les vitrages pour éviter les surchauffes. Grâce au rafraîchissement par le puits canadien, la température de l’air reste inférieure à 26°C, sans climatisation. Les eaux pluviales, récupérées sur les toi- tures végétalisées, sont filtrées dans trois bassins plantés de joncs et de roseaux situés dans la partie basse du terrain, près du jardin d’initiation à la nature. Elus et futurs usagers se sont déjà appropriés le projet. Pour concrétiser les options propo- sées par les architectes lors du concours, sans dépasser l’enveloppe budgétaire, ils ont proposé de participer à l’aménagement des espaces verts, à la plantation des ver- gers, à la création des étangs et à la construction du four à pain. Quand l’impul- sion est donnée, le développement durable fédère enthousiasmes et compétences autour d’un idéal commun. Maîtrise d’ouvrage : Commune de Thannenkirch Architectes : Klein & Baumann, Mulhouse Calendrier : concours, 2002 ; mise en service, 2003 Surface : 700 m2 Coût global de l’opération : 770 000 € TTC “Dans les équipements scolaires, des choix architecturaux mettant en valeur les mesures environnementales préparent les réflexes écologiques des adultes de demain.” Groupe scolaire et bibliothèque municipale HQE à Thannenkirch
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    Maison du parcnaturel régional Livradois-Forez à Saint-Gervais sous Meymont Photos © Agence Bruhat Bouchaudy Dodel Harmonieusement insérée dans un site sen- sible, la Maison du parc est peu specta- culaire, mais elle est représentative d’une démarche HQE pragmatique, facilement reproductible à faible coût: application des principes bioclimatiques, valorisation de matériaux régionaux et de main d’œuvre locale, priorité aux produits sains, réduction des nuisances de chantier. Le bâtiment crée un socle au village de Saint-Gervais et à son église classée. Ses toitures en terrasse laissent une vue dégagée sur le bourg. Divers espaces d’accueil et d’animation pour le public, un centre de ressources, des bureaux pour 40 personnes, des locaux techniques et des garages sont répartis dans plusieurs volumes, ajustés aux courbes de niveaux afin de limiter les ter- rassements et de réduire l’impact sur le site. L’emploi de matériaux locaux respecte l’unité du village, sans sacrifier au pastiche : murs en pierres de récupération, bardage en douglas régional. Le choix de matériaux naturels participe au confort d’usage: terre cuite, linoléum, menuiseries et parquet en chêne. Les finitions sont saines : lasures à base d’huile de colza et peintures à la chaux. L’intégration de la salle polyvalente existante dans le projet a diminué les inves- tissements et les déchets de chantier. Les surcoûts liés aux mesures environnemen- tales ont été très faibles : le bon sens ne coûte que de la matière grise ! Ce projet a été choisi par l’association HQE et le CSTB pour représenter la France au Green Building Challenge en septembre 2002 à Oslo. Il a été nominé au prix “AMO- Architecture et lieux de travail” 2002. Maîtrise d’ouvrage : Parc naturel régional Livradois-Forez Architectes : Bruhat, Bouchaudy, Dodel, Chamalières et Vichy Consultant énergie : Gretco, Clermont-Ferrand Consultant environnement : Nicolas Molle, Etamine, Vaulx-en-Velin Réalisation : 2001 Surface : 1 950 m2 shon Coût des travaux : 2,21 M€ TTC “L’élargissement des missions de programmation et de maîtrise d’œuvre implique une ouverture vers de nouvelles manières de penser pouvant remettre en cause des pratiques existantes. Dans le cadre d’une démarche environnementale, la programmation et la maîtrise d’œuvre devraient bénéficier d’une plus value d’environ 15 %.”
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    rôle une fonctiond’intérêt général dont il ne peut se démettre… … Le maître de l’ouvrage définit dans le pro- gramme les objectifs de l’opération et les besoins qu’elle doit satisfaire ainsi que les contraintes et exigences de qualité sociale, urbanistique, archi- tecturale, fonctionnelle, technique et économique, d’insertion dans le paysage et de protection de l’environnement, relatives à la réalisation et à l’utilisation de l’ouvrage.” Sept ans avant la Conférence de Rio, la loi MOP visait explicitement la protection de l’environne- ment. De plus, les termes “intérêt général” et “responsabilité” prennent aujourd’hui un relief particulier, notamment par la valeur d’exempla- rité des ouvrages publics qui portent une ambi- tion environnementale. Les maîtres d’ouvrage publics doivent être les premiers à s’engager dans une voie chaque jour plus incontournable : la définition d’un mode de développement urbain satisfaisant pour les géné- rations futures. De nombreux bâtiments publics sont destinés aux enfants : écoles, collèges, lycées, équipe- ments sportifs, bibliothèques. Des choix architec- turaux mettant en valeur les mesures environne- mentales favorisent les réflexes écologiques des adultes de demain et imposent en douceur un changement des comportements : énergie solai- re ou éolienne, gestion économe de l’eau, poli- tique des déchets, … Cette pédagogie écologique est appliquée avec succès depuis une dizaine d’années dans plusieurs pays européens. En retour, et de plus en plus de collectivités l’ont compris, la démarche “HQE” apporte une image très valorisante : un bâtiment “écologique” témoigne du dynamisme de la maîtrise d’ouvrage publique et de sa capacité à s’adapter aux trans- formations de la société et à l’évolution des tech- niques. Construire des bâtiments “HQE” n’a cependant de sens que si les utilisateurs sont informés de la démarche, y adhèrent, y participent et la prolon- gent au cours de la vie du bâtiment. La démarche “HQE” ne doit pas être une accu- mulation d’exigences normatives à remplir, mais plutôt une dynamique d’actions à entre- prendre, un processus évolutif auquel partici- pent les partenaires de la construction avec les futurs utilisateurs et les représentants des usagers. Il s’agit bien de penser et agir autrement, du glo- bal vers le particulier, et de contribuer ainsi à faire évoluer les pratiques, les modes d’appro- priation vers une nouvelle responsabilité éthique et citoyenne. Si le maître d’ouvrage public est toujours une personne morale, il doit toujours être représenté par un responsable identifié qui agit en son nom : le chef de projet. Dans les collectivités terri- toriales, un élu assure le portage politique de l’opération. C’est par son entremise particulière et par son engagement que l’action de la collec- tivité sera porteuse de qualité. Ouvert à la culture urbaine et architecturale, ce chef de projet devra acquérir aujourd’hui une culture supplémentaire en matière d’environne- ment appliqué à l’aménagement et à la cons- truction. Dans les collectivités territoriales, la démarche environnementale conduira le plus souvent l’élu chef de projet et l’élu responsable de l’environnement à se rapprocher. PREMIÈRE PARTIE PHILOSOPHIE DE LA DÉMARCHE “HQE” 25
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    Ce sont cesinvestissements personnels, cette responsabilité constante, cette disponibilité qui influenceront un projet engageant la collectivité et déterminant le cadre de vie des générations futures bien au-delà du mandat électif. Le chef de projet a la charge de l’organisation générale de l’opération et de la mise en place de tous les moyens humains, financiers et organisa- tionnels nécessaires à la réussite. En pratique, il devra désigner avec discernement la personne ou la structure chargée de conduire le projet dans ses dimensions technique, administrative ou financière. S’il n’est pas fait appel aux services internes de la collectivité, ce sera un conducteur d’opération ou un mandataire au sens de la loi MOP. Le chef de projet est également responsable du programme à travers lequel il fera passer le mes- sage de son “projet politique”, les objectifs de la collectivité et plus particulièrement le souci envi- ronnemental de celle-ci. CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”26 Le conseil à la maîtrise d’ouvrage La démarche “HQE” n’étant pas encore de pra- tique courante, une certaine confusion règne quant à l’intégration de celle-ci dans le processus de commande des maîtres d’ouvrage. Les risques d’une interprétation erronée des objectifs et des moyens d’y parvenir sont réels. La tentation bien compréhensible serait, pour le chef de projet, de s’en remettre à des “spécialistes” qui pourraient apporter des solutions “clefs en mains”. La démarche “HQE” implique que tous les acteurs se mobilisent, s’informent et se forment. C’est notamment le cas des programmistes et des maîtres d’œuvre qui apprennent à faire appel à des savoirs ou des expertises très différentes : écolo- gie, hydrologie, climatologie, énergie, thermique, acoustique, santé, exploitation-maintenance, … S’il ne peut exister de “spécialiste “HQE””, il se révèle néanmoins un réel besoin de conseil pour identifier les objectifs environnementaux, pour hiérarchiser les priorités et pour formuler les exigences et performances vers lesquelles tendre. Ce travail ne peut être mené indépendamment de celui désormais classique de programma- tion. Le travail de programmation (*) exige de la part des professionnels à la fois un savoir-faire et une éthique. C’est avant tout un questionne- ment de la maîtrise d’ouvrage, d’abord général avant de devenir de plus en plus précis. Ce questionnement est préalable à tout apport (*) “LA PROGRAMMATION DES CONSTRUCTIONS PUBLIQUES” - MIQCP - Éditions du Moniteur 2001.
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    Vue extérieur © HervéAbbadie Vue intérieure © Hervé Abbadie La démarche environnementale peut être appliquée à tous les types de programme et des architectes motivés, soutenus par leurs maîtres d’ouvrage et par des partenaires techniques et financiers, peuvent transfor- mer une banale station service en œuvre architecturale. L’aire de service de la Baie de Somme, son belvédère et son éolienne émergent doucement d’un paysage calme, aux horizons dégagés. Le long bâtiment s’insère dans un mail de quatre rangées de frênes, plantés dans l’alignement des poteaux en bois qui portent la couverture débordante. Le magasin, les sanitaires et la cuisine du self-service sont regroupés dans trois volumes en béton. Des galets du Hourdel, placés en fond de coffrage, appor- tent aux murs un aspect rugueux, qui contraste avec les surfaces lisses du pla- fond en okoumé. La grande terrasse en ipé, qui borde le canal,mène au belvédère bardé de planches de mélèze. Le traitement des eaux est un élément de l’aménagement paysagé : filtrées dans des séparateurs d’hydrocarbures, elles sont ensuite épurées dans les canaux grâce à des plantes aqua- tiques. Économiste : Michel Ducroux Paysagiste : Pascale Hannetel, Paris Entreprise générale : Quille ; sous-traitant bois, Mathis. Réalisation : 1998 Surface : 4 828 m2 shob Coût de l’opération (bâtiment et abords) : 19,7 MF HT, valeur 1997, soit 3 M€ HT Maîtrise d’ouvrage : bâtiment, Conseil général de la Somme ; espaces extérieurs, SANEF Architecte : Bruno Mader, Paris Bureaux d’études structures : Sylva conseil, Clermont-Ferrand Bureau d’études fluides : Inex, Cegef “La démarche environnementale stimule la créativité et donne au projet plus de force et d’efficacité.” Aire de service dans la Baie de Somme
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    de solutions. Ceciest particulièrement vrai pour la question environnementale. En conséquence, et sous peine de s’exposer à des pertes de cohérence importantes, la recom- mandation forte de la MIQCP sera que le conseil “HQE” soit porté par les partenaires classiques : s de préférence, par l’équipe de programmation, s à défaut, par le mandataire ou le conducteur d’opération, La MIQCP tient à rappeler ici l’intérêt majeur de recourir à un programmiste professionnel, exté- rieur à la collectivité, pour toute opération d’im- portance, et d’exiger aujourd’hui de lui une com- pétence supplémentaire dans le domaine de l’environnement. s Ainsi, la réflexion sur les objectifs “HQE” sera intégrée dans la phase pré-opérationnelle et ne sera pas dissociée de l’ensemble du travail sur l’opportunité et la faisabilité. s Ainsi, les préconisations et performances attendues seront élaborées en même temps que l’ensemble du programme dans une écri- ture “concourante”. À ces grands principes, s’ajoutent quelques recommandations d’ordre général : s La maîtrise d’ouvrage devra clairement définir le rôle de chacun et son champ d’intervention, afin d’éviter que certains acteurs s’immiscent dans les attributions des autres : le triangle maître d’ouvrage - maîtrise d’œuvre - entre- prise n’est aucunement modifié par la démarche “HQE”. s Il ne suffit pas d’identifier les cibles pour quali- fier une démarche environnementale : l’équipe de programmation doit proposer à la maîtrise d’ouvrage un système de management environ- nemental (SME) qu’elle puisse s’approprier. s Les technologies mises au service de la qualité environnementale devront être en harmonie avec les capacités de gestion et de mainte- nance ultérieures, ainsi qu’avec la culture tech- nique et l’engagement environnemental des utilisateurs. Le vieil adage selon lequel “qui trop embrasse, mal étreint” prend un relief parti- culier dans le cadre d’une démarche “HQE”. s L’élaboration d’un programme sans les utili- sateurs et les représentants des usagers est inconcevable. Leur participation est à plus forte raison incontournable dans le cadre d’une démarche “HQE” laquelle donne l’occasion d’agir sur les comportements. s La maîtrise d’ouvrage veillera à ce que le programme soit clair et de niveau adapté à la forme de consultation de maîtrise d’œuvre tout en se méfiant d’éventuelles surenchères tech- niques ou performantielles. s La mission de programmiste, notamment dans sa composante “HQE” ne s’arrêtera pas à l’étape de désignation de la maîtrise d’œuvre. Elle sera prolongée pendant les différentes phases de l’opération. En outre, une évaluation pourra lui être confiée à l’issue des travaux et des premiers temps de l’exploitation. s Il est également important de rappeler que l’objectif d’un programme est non seulement d’encadrer la créativité, mais aussi de la sus- citer. CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”28
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    PREMIÈRE PARTIE PHILOSOPHIEDE LA DÉMARCHE “HQE” 29 Il ne peut y avoir d’ouvrage de qualité si la maîtrise d’ouvrage ne choisit pas avec soin son équipe de maîtrise d’œuvre, et s’il elle n’établit avec celle-ci une relation privilégiée en vue de la seconde étape déterminante : le projet architectural. Au cœur de la mission de maîtrise d’œuvre, le projet architectural est le vrai lieu de la synthè- se. Il transcrit dans l’espace tous les désirs, les valeurs, les exigences et les contraintes qui entourent l’acte de construire. Le maître d’ouvra- ge et l’architecte, chef de file de l’équipe de maî- trise d’œuvre, sont appelés à signer, et surtout, à assumer une œuvre commune. Engagé conjointement dans la recherche de la qualité, un couple maître d’ouvrage-architecte, sensibilisé à la démarche “HQE” appliquera spon- tanément la logique qui conduit à une architec- ture saine et confortable, plus humaine et plus économe en énergie. Avec l’appui des techni- ciens, des industriels et des entreprises, il parti- cipera à la promotion de solutions innovantes, efficaces en termes de coût global et présentant un impact minimum sur l’environnement. Dans tous les cas, la maîtrise d’ouvrage doit garder en mémoire que la responsabilité finale de la réalisation sera partagée conjointement avec le maître d’œuvre. Il doit voir en lui, non seulement un prestataire de service, mais sur- tout un véritable partenaire avec lequel une rela- tion de confiance et de respect mutuel sera pos- sible. Au cours des différentes phases de la mission de maîtrise d’œuvre, un dialogue constant permettra de vérifier les hypothèses et scénarios de départ, d’examiner leurs conséquences et de proposer d’éventuelles améliorations : l’art du projet, et c’est le message de la loi MOP, est de permettre l’évolution tout en conservant le cap général. L’approche environnementale se situe à l’inté- rieur de la démarche de projet. Elle l’alimente de nouveaux thèmes qui stimulent la créativité et lui donnent plus de force et d’efficacité. Les questions environnementales s’insèrent et se croisent à l’intérieur de l’ensemble des préoc- cupations architecturales. Celles-ci infléchissent ou influencent celles-là : il serait vain de penser que la “performance environnementale” d’un projet peut être isolée ou se résumer à une suite d’“optimisations” d’experts, indépendante de l’ensemble des paramètres qui font la quali- té architecturale. Les architectes, mandataires de l’équipe de maî- trise d’œuvre, par leur nécessaire pratique de la synthèse, sont en première ligne pour défendre une vision globale de la qualité, intégrant une ambition environnementale au service de l’ou- vrage. Un dialogue avec la maîtrise d’œuvre
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    Jardin d’enfants écologique àPliezhausen, Allemagne Vue intérieure © Roland Halbe Vue extérieur © Roland Halbe La conception de ce jardin d’enfants a été dictée à la fois par les convictions écolo- giques de la maîtrise d’ouvrage et des architectes et par la nécessité de construire vite et bon marché : le concours a été lancé en octobre 1998 pour une mise en service en septembre 1999. La logique de simplici- té imposée par ces contraintes s’est révélée bénéfique pour la création architecturale. L’ossature en bois est basée sur une trame de 1,25 m,qui correspond à la dimension de fabrication du contreplaqué servant de parement en mur et en plafond. La maîtrise des coûts d’investissement a été facilitée par cette réduction significative des chutes et des déchets et par la répétitivité structu- relle, qui a simplifié la préfabrication. Des mesures en faveur des économies d’eau et d’énergie garantissent de faibles coûts d’exploitation : isolation renforcée des murs et des toitures-terrasses végétalisées ; cap- teurs solaires pour l’eau chaude sanitaire ; cellules photovoltaïques produisant une partie de l’électricité ; récupération des eaux de pluie pour l’arrosage et les chasses d’eau des toilettes. Maîtrise d’ouvrage : Ville de Pliezhausen Architectes : D’Inka + Scheible, Fellbach, Allemagne Bureau d’études : H. Siewert Réalisation : 1999 Surface : 593 m2 utiles Coût des travaux : 970 000 € TTC “La démarche environnementale n’entraîne pas un surcoût, mais un transfert des coûts différés (directs et indirects) vers les coûts d’investissements initiaux.”
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    Cet élargissement deleur mission implique une ouverture vers de nouvelles manières de penser pouvant remettre en cause des pratiques exis- tantes. Il exige qu’ils fassent appel sans réticence aux savoirs techniques nécessaires, qu’ils met- tent en œuvre une réflexion professionnelle sur la pratique du projet environnemental ouvert à l’innovation, à travers une nouvelle lecture de la qualité d’usage, de la pérennité des ouvrages, de l’image et de la singularité des objets architec- turaux. La démarche “HQE” est aussi l’occasion d’établir de nouvelles solidarités. Les architectes organi- seront des partenariats avec les ingénieurs et techniciens, industriels et entreprises dans le champ de leurs spécialités. L’objectif est le déve- loppement de méthodes de travail plus collectives dans le cadre des projets, la mise en commun des compétences et l’instauration d’un dialogue plus constructif au sein de la filière. PREMIÈRE PARTIE PHILOSOPHIE DE LA DÉMARCHE “HQE” 31 Une approche économique de la “HQE” Le retour en force du concept de coût global L’approche en coût global d’un projet de bâtiment consiste à prendre en compte, dès le début des études (programmation, conception) outre le coût d’investissement initial, les coûts différés de toutes natures inhérents à la vie future du bâtiment. On entend par coût initial la somme des coûts d’approche (frais de recherche, frais de muta- tion, frais d’études diverses, …) et des coûts de réalisation (acquisition foncière, viabilité, coût des travaux, frais financiers, …). Dans le cadre de la maîtrise d’ouvrage publique, l’ensemble des composantes du coût initial est trop rarement évoqué au profit du coût des tra- vaux, lequel n’en constitue qu’un élément partiel. Lorsque tous les coûts initiaux ont été acquittés, interviennent les coûts différés, à savoir : s les coûts d’exploitation liés au fonctionnement du bâtiment. Ils peuvent être techniques (consommations d’énergie, consommation d’eau, entretien courant, …) ou fonctionnels. Ils dépendent alors de l’usage du bâtiment (accueil, gardiennage, personnel fonctionnel, consommables, …). s les coûts de maintenance liés à la conser- vation du bâtiment en état de fonctionnement. Ils concernent la maintenance courante (personnel technique, contrats d’entretien,
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    consommables, …) lesgrosses réparations et le renouvellement d’équipements. s pour être vraiment exhaustif, il serait néces- saire de prendre en compte les coûts de transformation d’usage, de mise aux normes, de destruction en fin de vie et de remise en état des sols. L’approche en coût global, par la prise en compte des coûts différés, ne constitue pas une nouveau- té, mais elle ne s’est jamais réellement développée en France dans la maîtrise d’ouvrage publique. Son application s’est très vite heurtée au double obs- tacle des plafonnements d’investissement (avec des lignes budgétaires différentes de celles du fonctionnement) et de la dichotomie “sociologique” entre constructeurs et gestionnaires. Le retour spectaculaire de la notion de coût global doit être porté au crédit de la démarche “HQE”, en particulier, et au concept de dévelop- pement durable, en général. L’avenir de la planè- te exige, par définition, la réalisation de bâtiments économiques et respectueux de l’environnement, adaptés aux besoins des utilisateurs et des usa- gers pendant toute leur durée de vie ou, plus exactement, pour une durée de vie donnée. La démarche “HQE” devrait donc inciter beau- coup de maîtres d’ouvrage à se pencher plus avant sur les conditions économiques du fonc- tionnement de leurs bâtiments, au-delà de leur réception définitive. Par ailleurs, à la fin des études, 70 % du coût global sont pré-déterminés, alors que seulement 2 % des dépenses sont réellement engagées ! Ce rapport édifiant ne peut qu’inciter à un vrai travail de programmation, élaboré en collabora- tion avec les gestionnaires et les utilisateurs… Pour être réellement efficace, l’approche en coût global doit être introduite le plus en amont possible, c’est-à-dire lors du pré-programme. La mise en exergue des coûts indirects Une approche “HQE”, se traduit toujours par une économie en matière de maintenance et d’exploi- tation. En effet, cette démarche n’entraîne pas des surcoûts (comme on l’entend trop souvent), mais conduit à un transfert des coûts différés vers les coûts d’investissements initiaux. Elle implique éga- lement, dans une moindre mesure, un transfert des coûts de construction, d’exploitation et de maintenance vers les coûts d’étude. Lorsque la démarche est correctement appliquée, on obtient, immanquablement et sans trop d’efforts, une élé- vation du niveau général de qualité et une renta- bilité économique directe à moyen terme. Jusqu’ici, seuls ont été évoqués les coûts directs, c’est-à-dire les coûts de toutes natures directe- ment à la charge de ceux qui investissent, gèrent et utilisent le bâtiment. Le véritable apport de la démarche “HQE” concer- ne les coûts indirects, que l’on peut aujourd’hui décrire, mais qu’il est encore difficile d’évaluer en deçà de l’échelle macro-économique. Les coûts indirects concernent l’impact des bâtiments sur l’environnement au titre de la construction, de l’exploitation, jusqu’au jour de la destruction et de la remise en état des terrains. Ils sont également liés au fonctionnement urbain induit par l’ouvrage et ses utilisateurs, ainsi qu’au confort et à la santé des occupants. CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”32
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    Quelques exemples decoûts indirects “évités” par une démarche “HQE”: s réduction de la contribution au réchauffement de la planète mesurée en “tonnes équivalent carbone”, s économies sur la consommation d’énergies non renouvelables et de ressources naturelles, s contribution à la limitation de la pollution de l’air, de l’eau, du sol, s infiltration in situ des eaux pluviales, afin de réduire la charge des réseaux collectifs et de lutter contre les inondations, s réduction des dépenses de santé grâce à la construction de bâtiments sains, réalisés avec des matériaux ou des produits sans dangers sanitaires. La prise en compte de tous ces coûts indirects vient bouleverser l’économie classique de la construction. Elle fait émerger un concept de “coût global partagé” qui devrait être intégré au coût global sur la durée de vie des bâtiments. C’est très exactement ce qu’a recommandé, pour la partie environnementale, la conférence des Nations Unies à RIO. L’article 16 indique, en effet, que les autorités nationales doivent s’efforcer de promouvoir l’internalisation des coûts de protection de l’environnement et l’utilisation d’instruments économiques en vertu du principe selon lequel le pollueur doit assurer le coût de la pollution… Démarche “HQE” et rentabilité Même lorsqu’ils sont convaincus du bien-fondé de la démarche “HQE”, les maîtres d’ouvrage se posent une question lancinante : “fort bien, mais combien cela va t-il me coûter en plus ?”. Il n’existe, bien sûr, pas de règle en la matière, car un surcoût ne peut se définir que par rapport à un niveau général de qualité, toutes exigences confondues, environnementales ou autres. Pour être réaliste, le surcoût devrait également être calculé relativement à la durée de vie de l’ouvra- ge, tenant compte du niveau de maintenance, de l’évolution des charges d’exploitation (y compris celle du coût de l’énergie) ainsi que des change- ments successifs d’usage. Bien sûr, chaque maître d’ouvrage spécialisé peut disposer de ses propres ratios à propos de bâtiments qu’il a l’habitude de construire : des logements, des locaux d’enseignement tels que collèges ou lycées… Il faut également considérer que les facteurs qui influencent les décisions ne sont pas tous homo- gènes. S’il existe des cibles “économes” il existe éga- lement des cibles “consuméristes” ou faisant appel à la préférence. Aux critères mesurables (qualité énergétique, résistance au temps, facilité d’en- tretien, …) viennent alors s’ajouter des notions d’engagement politique, d’acceptabilité, d’encoura- gement à l’innovation, ou de recherche d’image, … Chaque bâtiment public est un prototype. En fait, on retrouve les ingrédients du jugement architectural, dont on sait depuis toujours qu’il ne peut se forger uniquement à parler de cri- tères objectifs, qu’il ne peut naître que du débat. Seule l’acquisition progressive de données de plus en plus précises, malgré leur caractère hétéro- gène, permettra peut-être à terme d’obtenir des fourchettes de “coût global partagé” significatives. Quelques expériences prouvent qu’un maître d’ou- vrage peut être à la fois ambitieux sur les objec- tifs généraux de la “qualité globale partagée” et PREMIÈRE PARTIE PHILOSOPHIE DE LA DÉMARCHE “HQE” 33
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    Chaufferie au boisà Bière (Suisse) Sur la plaine de Champagne, au sud du village de Bière, la nouvelle chaufferie apparaît comme un “monolithe en bois” posé dans les herbes. Située sur un pla- teau, entre le lac et le jura, la chaufferie se détache sur l’horizon. Les forêts avoisi- nantes et au loin les alpes et le Mont-Blanc soulignent cette situation dégagée. Le pro- jet cherche à jouer avec ces éléments topo- graphiques et tend par l’abstraction de sa forme à participer à ce paysage naturel. En contraste avec la technologie complexe et performante que le bâtiment contient, le volume (48 m de long, 15 m de large, 12 m de haut) est conçu dans une expression silencieuse et retenue, comme un simple parallélépipède en bois soustrait à la pesan- teur par son socle translucide. Le principe constructif repose sur l’assemblage d’élé- ments préfabriqués pour la structure, l’ha- billage des façades ainsi que la couverture. Sans manifester une démarche ouver- tement écologique, les architectes ont répondu à la fonction du bâtiment : – une chaufferie à énergie renouvelable – en démontrant le potentiel de l’exploitation forestière pour sa construction. Maîtrise d’ouvrage : Offices des constructions fédérales Bureau d’étude Bois : Charpente Concept Architectes : Pierre Bonnet et Christian Bridel Réalisation : 1997 “Les maîtres d’ouvrage devront de plus en plus envisager de recourir aux énergies renouvelables liées aux ressources locales. Il leur faudra alors établir une hiérarchie entre critères environnementaux et critères économiques, aidés en cela par un raisonnement basé “sur un coût global partagé”.”
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    réaliste sur lesmoyens d’y parvenir et qu’il existe des solutions simples, modérément coûteuses à l’investissement, comme en gestion ultérieure. Le calcul de valeurs relatives dans des domaines homogènes peut être utilement effectué en vue d’une comparaison entre différentes options. Comme pour toute évaluation de scénarios à 10, 20, ou 30 ans, ces calculs comportent de larges marges d’incertitudes. L’exercice demeure très pertinent et il doit être appliqué au poste énergie (chauffage, eau chau- de sanitaire, éclairage, équipements électriques) pour la part que celui-ci représente sur le coût d’exploitation et pour la part des impacts sur l’environnement. Les consommations d’énergie des secteurs résidentiel et tertiaire représentent 40 % des consommations du pays. Sur la durée de vie d’un bâtiment, l’énergie consommée produit 70 à 80 % des impacts environnementaux. À cet égard, la démarche “HQE” contribuera à améliorer la qualité énergétique des bâtiments en privilégiant simultanément : s une conception judicieuse de l’enveloppe, s des technologies de construction adaptées et économes, s l’utilisation d’énergies renouvelables, s des équipements performants, s des modes de gestion efficaces. À l’extrême, il est aujourd’hui possible de cons- truire des bâtiments tertiaires qui n’ont besoin d’énergie ni pour leur chauffage, ni pour leur cli- matisation grâce à une conception optimisée de l’enveloppe et de la ventilation, à une gestion fine des apports internes. L’investissement initial est largement couvert par l’économie due à la sup- pression des équipements de chauffage et de cli- matisation. La réalisation de tels bâtiments sup- pose que le maître d’ouvrage accepte de disso- cier le coût de la conception du coût des travaux et demande à l’équipe de maîtrise d’œuvre l’en- gagement indispensable à la conception d’un pro- jet visant des objectifs aussi ambitieux. Ce n’est qu’à ce prix que l’on pourra enfin modifier les habi- tudes de conception pour viser un optimum en coût global et non le minimum en coût d’investis- sement, poste par poste, ce qui est trop souvent la règle aujourd’hui. Un tel exemple, dont les limites de reproductibilité et de généralisation doivent toutefois être exami- nées avec précaution, nous indique néanmoins les directions à prendre. Le coût de la démarche “HQE” Les paragraphes précédents ont montré que la démarche “HQE” n’entraînait pas un surcoût, mais un transfert (coût global) ou une internalisation des coûts (coût global partagé). Il est par contre indéniable que les maîtres d’ouvrage auront à réaliser un surcroît d’investissement initial, dont la majeure partie sera rapidement récupérée. On peut donc parler d’efficacité économique. Quel est le surcroît d’investissement initial, en particulier pour la détermination de la partie de l’enveloppe financière consacrée aux travaux ? Avant de répondre à cette question importante, il est indispensable de rappeler que l’enveloppe financière doit être correctement évaluée en fonction du programme, ce qui aujourd’hui est loin d’être la règle. PREMIÈRE PARTIE PHILOSOPHIE DE LA DÉMARCHE “HQE” 35
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    En l’état actueldes connaissances, et au vu des premières expériences réalisées, on peut avan- cer qu’un “surinvestissement” de l’ordre de 5 à 10 % pour les travaux permettrait de réaliser une avancée significative en matière de “coût global partagé”. Mais il n’existe pas, bien sûr, de généralisation possible. Mais avant tout, l’effort doit porter sur les études. On ne le dira jamais assez : les prestations intellec- tuelles sont largement sous estimées en France. Un engagement sincère des maîtres d’ouvrage dans une démarche “HQE” exige de la part de ses différents prestataires un volume d’études accru ainsi qu’une grande disponibilité. Il implique l’introduction de disciplines supplémentaires tant pour l’élaboration du programme que pour la conception du projet architectural, sa réalisation et sa mise en service. Dans une période de tâtonnement général, programmistes et maîtres d’œuvre sont appelés à modifier leur approche habituelle, à rechercher des solutions techniques innovantes nécessitant formation profession- nelle, documentation, et à recourir à des compé- tences spécifiques qui viennent renchérir les prix de revient. Ils auront également à faire face à une augmentation des réunions de travail avec les acteurs toujours plus nombreux du projet. Dans le cadre d’une démarche “HQE”, on peut estimer que la programmation et la maîtrise d’œuvre devraient bénéficier d’une plus value d’environ 15 à 20 %, modulable bien sûr selon la taille et l’ambition du projet. Toutefois, ces surin- vestissements matériels et intellectuels doivent être rapportés à la durée de vie de l’ouvrage. En prenant comme hypothèse un bâtiment ter- tiaire dont le coût d’investissement initial repré- sente 1, les coûts différés pour l’exploitation et la maintenance pendant sa durée de vie repré- sentent 5. La valeur économique de ce qu’il abrite pendant cette même durée de vie (la fonc- tion accueillie et notamment les charges de personnel, qualité de vie, ambiance de travail, confort et santé) représente 200. Si l’on compare le surcroît d’investissement en travaux de 5 % et ce chiffre de 200, le rapport est de 1 à 4 000. Quant au rapport d’un surin- vestissement de 20 % en études, ce rapport est de 1 à 10 000. N’est ce pas une raison pour mettre toutes les chances de son côté ? Les surinvestissements initiaux de la démarche “HQE” apportent d’autres avantages qui dépas- sent le cadre de l’opération : s fin de mauvaises pratiques et du non respect des réglementations (par exemple en matière de ges- tion de chantier, de déchets, ou d’exploitation), s réduction du laisser-aller et des gaspillages, s responsabilisation des acteurs à travers le dialogue instauré à l’occasion d’une démarche “HQE”, entre constructeurs et gestionnaires, entre gestionnaires et utilisateurs, … s contribution à l’émergence de marchés nouveaux pour des matériaux et des équipements innovants (panneaux photo-voltaïques, éoliennes, pompes à chaleur, technologies d’exploitation, …), s valeur d’exemple des constructions publiques, supports pédagogiques facilitant la sensibilisa- tion des citoyens à la cause environnementale. CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”36
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    La mise enplace d’une opération “HQE” Deuxième partie 37 La “HQE” n’est en aucune façon une discipline autonome. Elle impreigne la démarche plus générale de programmation et prend place parmi les nombreuses valeurs que doit porter tout projet d’architecture publique.
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    Un travail defond Les études de programmation (*) sont une phase décisive pour la réussite. Leur objectif est d’aider la maîtrise d’ouvrage à clarifier son “dessein”, à définir ses objectifs, à préciser ses besoins, afin de maîtriser la commande architecturale, sa réalisation et sa gestion, ceci en réponse à un besoin de service public. La démarche de programmation est présente tout au long du projet de construction, depuis les premières idées émises au sein de la maîtrise d’ouvrage jusqu’à la livraison. Elle vise essen- tiellement l’anticipation des conditions de vie et d’exploitation de la future réalisation, à travers la prise en compte d’un maximum de paramètres susceptibles de les influencer. Cette démarche est globale et analytique. Il s’agit fondamentalement d’un travail d’introspection, de questionnements, menant à une définition progressive du program- me qui servira à passer commande au concepteur. Une participation accrue Toute construction publique appelle l’intervention et l’association de multiples partenaires. La programmation Les “principes de Rio” sur le développement durable, et ceux qui ont été édictés par la confé- rence des Nations Unies sur les établissements humains “HABITAT 2”, devraient aujourd’hui inspirer la maîtrise d’ouvrage publique et l’amener à mettre en œuvre des relations nouvelles avec les partenaires et les usagers. On trouvera généralement autour du projet : s des élus ou des hauts fonctionnaires, pour lesquels le projet recèle des enjeux politiques et des enjeux de société. C’est de ces derniers que viennent les impulsions nécessaires, en particulier celle de la démarche “HQE”. s des administrés et des usagers du service public, dont les attentes et les besoins sont disparates. s des riverains, pour qui la création ou la res- tructuration d’un ouvrage crée des nuisances et soulève des inquiétudes, des oppositions ou des enthousiasmes. s des membres du personnel qui exploitent, ou vont exploiter, le service public, qui ont leur propre conception de l’outil dont ils ont besoin. Le projet soulève parmi eux des questions sensibles concernant l’organisation de leurs CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”38 (*) “PROGRAMMATION DES CONSTRUCTIONS PUBLIQUES” MIQCP - Éditions du Moniteur - 2001.
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    conditions de travailet parfois même la signi- fication de l’institution à laquelle ils appartien- nent. Comment ne pas renforcer leur expres- sion dans un projet environnemental ? s des cofinanceurs, des autorités de tutelle animés d’intentions encore différentes. À travers un projet de construction, qui peut sembler au départ uniquement “technique”, s’ex- priment des problématiques sociétales, urbaines et humaines, qui ont une influence sur l’organi- sation du service public et, de plus en plus, sur la protection de l’environnement. Le travail program- matique doit absolument approfondir ces enjeux. Un travail en deux étapes Depuis toujours, la MIQCP et les professionnels de la programmation s’accordent sur une démarche en deux étapes distinctes : s des études pré-opérationnelles, axées sur la défi- nition du projet de service public dans tous ses aspects, dans son opportunité et sa faisabilité, s des études opérationnelles, servant à définir l’ensemble des éléments nécessaires aux études de conception. Les études pré-opérationnelles Le processus pré-opérationnel ne peut être que participatif et itératif. Il est constitué de quatre séquences principales : s analyser la demande, l’élucider, la renseigner, envisager le champ prospectif des études à entreprendre, s mener l’ensemble des études nécessaires en envisageant le projet sous tous les angles, rechercher, anticiper, évaluer, comparer, … s recadrer le projet à partir de ces informations, clarifier les objectifs, faire les choix, vérifier la faisabilité, … s formuler le projet et le faire valider par la collec- tivité, énoncer les objectifs (parmi lesquels celui de la volonté de poursuivre un objectif environ- nemental), les actes majeurs, les contraintes générales, les attentes à respecter, etc. Les résultats de cette phase sont résumés dans un document appelé pré-programme. C’est au cours de ces études pré-opérationnelles qu’inter- vient le choix du site d’implantation. Les questions touchant à l’adéquation entre le site et le programme, aux fonctions urbaines, à l’inscription du programme dans un projet urbain durable, à la densité et à l’économie de l’espace sont préalables à toute décision. Le choix du ter- rain d’accueil est une décision très importante. Un choix peu judicieux du point de vue de l’envi- ronnement (utilisation d’opportunités foncières) peut entraîner des solutions correctives coûteuses, voire de véritables contreperformances. À ce stade, l’introduction d’une démarche “HQE” implique qu’au-delà des critères classiques (sur- faces, situation urbaine, desserte, règles d’urba- nisme, coût du foncier, …), on évaluera les incon- vénients ou les atouts environnementaux du site (pollution, nuisances, vues, orientations, consom- mation d’espace, mode de déplacement, …). Le pré-programme contiendra les données sui- vantes : s la genèse du projet et ses enjeux, DEUXIÈME PARTIE LA MISE EN PLACE D’UNE OPÉRATION “HQE” 39
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    Institut médico-éducatif etmaison d’accueil spécialisée à Graye-sur-mer Croquis © Fabienne Bulle Photo © Fabienne Bulle L’Institut médico-éducatif pour les enfants et la Maison d’accueil spécialisée pour les adultes sont deux institutions distinctes, accueillant chacune trente handicapés dans trois résidences. Composés sur le même principe, de part et d’autre d’une cour com- mune, les deux bâtiments sont accrochés à une colline dominant l’Atlantique. Les chambres s’ouvrent au sud-ouest ou au nord-est sur des jardins intérieurs.Un muret maçonné, surmonté de claustras en bois, les protège des vents dominants et des regards indiscrets, mais laisse passer le soleil. Les séjours et salles à manger des résidences sont orientés au sud-ouest et prolongés par des terrasses. Les services médicaux et le pôle des activités ludiques et sensorielles sont tournés vers le paysage. Ils sont desservis par des galeries vitrées qui dégagent des transparences sur le châ- teau de Vaux et l’océan. Les déplacements dans ces coursives ensoleillées rythment les journées des résidents. Ils créent un lien physique avec le monde extérieur et susci- tent rencontres et échanges. Maîtrise d’ouvrage : OPAC du Calvados Architecte : Fabienne Bulle, Montrouge Bureau d’études et économiste : SIBAT Concours : 2001 Surface : 4 000 m2 Coût de construction : 30 MF TTC, valeur 2001, soit 4,57 M€ TTC “La maîtrise d’ouvrage doit avoir le souci de ne pas figer trop tôt le projet et de ménager la plus grande place au dialogue avec les concepteurs.”
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    s l’opportunité duprojet et ses objectifs, s le concept programmatique, s l’analyse du site et l’état des lieux en cas de réhabilitation, s l’option choisie parmi celles qui s’offrent au décideur, et les raisons de ce choix, s la faisabilité du projet, s les exigences sociales et fonctionnelles (prin- cipe de fonctionnement général de l’équipe- ment, services offerts, volume des principales entités fonctionnelles, …), s les moyens nécessaires pour atteindre les objectifs (enveloppe financière en investisse- ment, budget d’exploitation-maintenance, mon- tage juridique, embauche de personnels, …), s le planning prévisionnel de l’opération, accom- pagné d’un échéancier financier. À ce stade, le pré-programme est un document d’intention destiné à être clairement validé par la maîtrise d’ouvrage et ses partenaires. Il consti- tue un engagement. Il affirme en particulier la volonté de mettre en œuvre une démarche envi- ronnementale. La maîtrise d’ouvrage sera très attentive à l’intégration de l’effort environnemental dans l’enveloppe d’investissement (voir chapitre “UNE APPROCHE ÉCONOMIQUE DE LA “HQE””). Les études opérationnelles La programmation opérationnelle assure le lien entre la maîtrise d’ouvrage et le projet archi- tectural du concepteur au travers du document programme. La programmation opérationnelle est un proces- sus dynamique comportant différentes étapes : s Le maître d’ouvrage formalise un document destiné à la consultation des maîtres d’œuvre, dont le niveau dépend du mode de consultation choisi. s Le programme et la partie de l’enveloppe finan- cière consacrée aux travaux nécessitent sou- vent des précisions et des adaptations avant de servir de base contractuelle au marché de maîtrise d’œuvre. s Au cours des études ultérieures de conception, le dialogue entre maître d’ouvrage et maître d’œuvre engendre des mises au point et de nouvelles précisions du document qui, toute- fois, devra prendre un caractère définitif avant que ne commencent les études de projet, bases habituelles de la consultation de l’entre- preneur de travaux. s La démarche de programmation devrait être accompagnée d’un projet d’évaluation, notam- ment environnementale, après mise en service du bâtiment. Le programme est certes appelé à devenir une pièce contractuelle entre le maître d’ouvrage et le maître d’œuvre, mais la MIQCP tient à réaffirmer qu’il demeure amendable. C’est un document qui permet de définir les grands principes du projet : le “parti” architectural. Il est appelé à être pré- cisé, voire adapté, au cours des études de maî- trise d’œuvre lorsque l’intérêt du projet le justifie (article 2 de la loi MOP). En d’autres termes, le niveau de précision du pro- gramme correspond à celui de la consultation de maîtrise d’œuvre. Il doit demeurer celui de l’esquis- DEUXIÈME PARTIE LA MISE EN PLACE D’UNE OPÉRATION “HQE” 41
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    se ou de“l’esquisse +” (*) et très exceptionnellement celui de l’APS. En effet, la maîtrise d’ouvrage doit avoir le souci de ne pas figer prématurément le pro- jet, ainsi que celui de ménager la plus grande place au dialogue de travail avec le concepteur. Cette prise de position découle des observations suivantes : s une élévation du niveau des prestations de concours entraînée par l’introduction de cri- tères “HQE” trop précis, ce qui rend les consul- tations inutilement onéreuses, s une inflation de pièces écrites et de notes de calcul, portant notamment sur la future exploi- tation, dont la vérification demeure en grande partie illusoire, s des solutions techniques pré-établies et impo- sées par certains maîtres d’ouvrage, qui ris- quent de casser la dynamique du projet, s des exigences ou demandes de performances dont il n’est pas possible de vérifier la cohéren- ce, que ce soit entre cibles “HQE” elles-mêmes, ou entre cibles “HQE” et les données program- matiques de “droit commun”. C’est notamment pour ces dernières raisons que la MIQCP conseille d’intégrer la première phase de l’approche “HQE” à la démarche plus globale de la programmation. Le contenu du programme L’objectif est la préparation d’un document unique, simple, synthétique et cohérent qui per- mettra aux concepteurs de travailler efficace- ment. À chaque projet correspond un program- me spécifique, même si pour certains grands maîtres d’ouvrage, l’opération s’inscrit dans une politique visant à privilégier certaines cibles : énergie, gestion et maintenance économes, … Le programme est un outil de communication qui contient : s en préambule, l’historique et les enjeux de l’opération, s la présentation de la maîtrise d’ouvrage, de son projet et de ses objectifs, s le concept de l’équipement, s l’analyse du site, s les attentes en terme d’image et d’insertion urbaine, s la description du service à rendre, la présen- tation des utilisateurs, des usages, des activi- tés et des pratiques, s la définition des espaces nécessaires aux activi- tés et l’articulation entre les différentes entités, s les conditions de maintenance et de fonction- nement, s le phasage fonctionnel, s la part de l’enveloppe financière prévisionnelle affectée aux travaux, s le planning prévisionnel. La démarche “HQE” sera introduite : s dans le préambule, à travers une affirmation des préoccupations environnementales de la maîtrise d’ouvrage et de ses motivations. On y indiquera les cibles retenues et leur impor- tance relative. s dans la définition typologique des espaces et de leur articulation (confort, éclairage, occulta- tions, traitement des espaces extérieurs, …) et dans la définition des lots à caractère tech- CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”42
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    nique (caractéristiques environnementales desmatériaux, maîtrise des énergies, qualité de l’air et renouvellement, qualité de l’eau, …). Les mesures environnementales seront alors définies de manière analytique, en termes d’exigences ou de performances à atteindre. Les préoccupations environnementales apparais- sant dans chaque élément du programme, parmi d’autres exigences, la rédaction est difficile. Le risque est de diluer le caractère des mesures “HQE” et de réduire leur impact par effet de parcellisation. Un mémo récapitulatif des cibles, à la fin du programme, apporterait une aide précieuse. Outre un balayage transversal, il devrait faire ressortir la hiérarchie entre : s les cibles qui revêtent une grande importance pour le “parti” architectural, s les cibles qui devront être approfondies pen- dant les différentes phases d’études de maî- trise d’œuvre. Il est utile de joindre pour information un tableau indiquant les performances, cette fois-ci pré- cises, devant être atteintes en fin d’études (Avant-Projet et Projet), afin que le concepteur puisse évaluer et anticiper les solutions tech- niques et les équipements s’y rapportant (per- formances environnementales et ratios de per- formances en exploitation-maintenance). Au programme lui-même seront joints, outre les annexes traditionnelles (plans, relevés, son- dages, règles d’urbanisme, extraits d’études antérieures, …), des documents relatifs à l’en- vironnement du site (hydrologie, perméabilité, pollution, données climatiques, présence de micro-climat, …). Que ce soit en vue d’une consultation avec ou sans remise de prestations, le ton général du programme soit être celui d’un questionnement, laissant au concepteur le choix de la réponse, sans exclusive des moyens employés pour y par- venir. Un bon programme est un programme resti- tuant clairement les idées principales qui sous- tendent le dessein. C’est une lettre de com- mande qui permet de décrypter facilement le projet politique et les grands enjeux afin de stimuler la créativité et le professionnalisme de l’équipe de maîtrise d’œuvre. DEUXIÈME PARTIE LA MISE EN PLACE D’UNE OPÉRATION “HQE” 43
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    Le choix del’équipe de maîtrise d’œuvre (ou du projet dans le cas d’un concours) est, après l’éta- blissement du programme, une étape décisive pour la réussite de l’opération. Les procédures de choix offertes aux maîtres d’ouvrage publics pour la dévolution des marchés de maîtrise d’œuvre sont encadrées par des règles spécifiques du code des marchés publics. Cet ouvrage ne peut revenir sur l’ensemble de la méthodologie et le détail de la réglementation (*). Les procédures s Au-dessous du seuil à partir duquel le code des marchés publics exige un formalisme, il peut être néanmoins recommandé aux maîtres d’ouvrage de publier un avis d’appel à la concur- rence pouvant susciter des candidatures inté- ressantes, ainsi que de rencontrer plusieurs maîtres d’œuvre avant de choisir. s Au-dessus des seuils fixés, l’avis d’appel à la concurrence européenne, ainsi que le concours pour les constructions neuves, deviennent obligatoires. Pour la réhabilitation, la MIQCP recommande le recours à la procé- dure négociée spécifique. En effet l’article 35 le permet dès lors que le marché donne lieu à la conception d’un projet architectural. s Lorsqu’ils en ont la possibilité, les maîtres d’ouvrage recoureront à une procédure négo- ciée spécifique impliquant un avis d’appel à la concurrence, un jury et l’obligation de négocier avec au moins trois candidats. La compétence “HQE” En ce qui concerne la compétence “HQE”, l’archi- tecte ou l’ingénieur, s’ils possèdent les connais- sances et l’expérience nécessaires, peuvent assurer eux-mêmes la démarche “HQE” de la maî- trise d’œuvre. Sinon, l’équipe pourra s’adjoindre une compé- tence environnementale spécifique. Cette solu- tion, sans doute provisoire, est souhaitée, tant que l’approche “HQE” n’est pas banalisée. La pré- sence identifiée de cette compétence permet en effet à la maîtrise d’œuvre d’affirmer et de piloter le volet “HQE” tout au long du processus de conception et de réalisation de l’ouvrage. Dans tous les cas, le principe est de laisser le mandataire de l’équipe de maîtrise d’œuvre s’organiser librement, en fonction d’affinités, de méthodes et d’habitudes de travail et de lui per- mettre de choisir le mode d’association entre les différentes disciplines nécessaires. CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”44 Le choix de l’équipe de maîtrise d’œuvre (*) “ORGANISER UNE CONSULTATION DE MAÎTRISE D’ŒUVRE” MIQCP - Éditions du Moniteur - 2003.
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    Il n’existe pasà ce jour de profession “labellisée HQE”, ni de qualifications en ce sens, par ailleurs non souhaitables. La maîtrise d’ouvrage s’appuie- ra donc sur les compétences mises en avant et sur les références fournies en la matière lors des candidatures, puis lors du dialogue institué par la procédure négociée. L’avis d’appel à la concurrence et la “HQE” De manière générale, l’avis d’appel à la concurren- ce s’attachera à mentionner non pas les profes- sions, mais les compétences souhaitables pour la conception du projet et la direction des travaux. En ce qui concerne spécifiquement la “HQE”, outre l’affirmation par la maîtrise d’ouvrage de sa démarche, en “préambule” ou “objet du mar- ché”, l’avis d’appel à la concurrence stipulera : “l’équipe justifiera de sa compétence en matiè- re de démarche “HQE”” (conditions relatives au marché). Il reviendra aux équipes candidates de décrire leurs références en ce domaine, de manifester leur intérêt pour la démarche et montrer com- ment ils l’ont intégrée dans leur façon de tra- vailler. Beaucoup d’opérations n’exigent pas la consti- tution d’une équipe complète dès la candidature. Dans ces cas, la maîtrise d’ouvrage annoncera que l’architecte sélectionné proposera à son agrément les collaborations nécessaires. La négociation Lors de la procédure négociée, les équipes pré- sélectionnées, à partir du programme fourni, auront à produire une offre en vue de la négocia- tion. Il est rappelé que cette offre n’est pas seu- lement une proposition d’honoraires, mais aussi la présentation d’une méthode, des hommes et des moyens mis à disposition pour mener l’opé- ration à terme. Dans le cas d’une démarche “HQE”, le maître d’ouvrage pourra demander que les candidats joi- gnent une note synthétique faisant part de la com- préhension des objectifs “HQE”, de la démarche personnelle envisagée et de la manière d’intégrer la qualité environnementale dans la future mission, sans préjuger de solutions architecturales. Cette note sera une des entrées de la négocia- tion. Au cours de ce dialogue, les équipes candi- dates auront à convaincre et donner envie de leur faire confiance. Le concours L’introduction d’une démarche “HQE” ne modifient pas les pratiques actuelles du concours d’archi- tecture et d’ingénierie. Une prestation de niveau “esquisse +” (c’est- à-dire intermédiaire entre l’Esquisse et l’APS) est de nature à permettre le jugement de l’offre environnementale et l’analyse de ses principales dispositions. Le concours sur Avant-Projet, en raison de son degré d’avancement fige la conception trop tôt et il est onéreux en organisation et indemnités. DEUXIÈME PARTIE LA MISE EN PLACE D’UNE OPÉRATION “HQE” 45
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    Centre d’imagerie parrésonance magnétique à Saint-Priest-en-Jarez Photos © Dominique Gauzin-Müller Le concours pour le Centre d’imagerie magnétique de l’agglomération stéphanoise a été lancé en mai 1997 ; le premier patient a été examiné le 30 décembre de la même année. Malgré ce planning très tendu et un site ingrat, le parking de l’hôpital, cet équi- pement médical privilégie la dimension humaine et respecte l’environnement. Dès les premières rencontres, la collaboration entre la maîtrise d’ouvrage et les archi- tectes, engagés depuis longtemps dans une approche sociale et écologique de l’archi- tecture, a été harmonieuse et efficace. Une équipe d’entreprises locales a participé avec enthousiasme au défi. L’IRMAS est construit avec des troncs écorcés, des poutres brochées et des planchers en planches clouées. La structure est en dou- glas de pays, matériau renouvelable néces- sitant peu d’énergie pour sa transformation, son transport et sa mise en œuvre. Entreprises : charpente, Les charpentiers du Haut-Beaujolais, Belmont ; menuiseries, Béal, Saint-Priest-en-Jarez Réalisation : 1997 Surface : 386 m2 shon Coût global de l’opération : 3,08 MF HT, valeur 1997, soit 470 000 € (compris honoraires, bureau de contrôle et dommage ouvrage) Maîtrise d’ouvrage : Imagerie par résonance magnétique de l’agglomération stéphanoise Architectes : Atelier de l’Entre, Marie-Renée Desages, Aline Duverger, Yves Perret, Saint-Etienne Bureau d’études structures : Jacques Anglade, Port-Vendres “L’architecte ou l’ingénieur peuvent, s’ils ont l’expérience adéquate, assurer eux-mêmes la démarche environnementale de la maîtrise d’œuvre.”
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    L’expérience montre queles Avant-Projets sont généralement repris au lendemain de la signatu- re du contrat de maîtrise d’œuvre. Des pièces graphiques au 1/200e sont suffi- santes pour juger les grandes options environne- mentales des concepteurs et le “parti HQE” : s inscription dans le site (échelles, volumétries, prise en compte des nuisances, …), s qualité environnementale des bâtiments (maté- riaux, orientations privilégiées, éclairages natu- rels, ensoleillement, compacité, surfaces d’en- veloppes, évolutivité, …), s impact sur les parcelles riveraines (masques, nuisances induites, desserte, …), s qualité des espaces extérieurs (verdissement, imperméabilisation, voiries et parkings, …). Ces pièces graphiques seront accompagnées d’un mémoire “HQE”. L’objectif de ce volet envi- ronnement de la note de présentation du projet est à la fois d’expliquer les grandes options, d’ar- gumenter les choix, et de préciser certaines solu- tions techniques. Ce volet décrit entre autres : s les choix énergétiques, y compris pour l’énergie “verte”, s le choix environnemental des matériaux, s les niveaux de confort envisagé et les moyens prévus pour y parvenir, s les solutions proposées pour garantir la santé des usagers et la qualité de l’air et de l’eau. Ce mémoire pourra comporter, à la demande du maître d’ouvrage, un volet “exploitation-mainte- nance” expliquant l’approche de l’équipe ainsi que la justification des principaux choix architecturaux au regard de cette préoccupation. L’objectif est de permettre à la commission technique de détecter les forces et les faiblesses du “parti” architectural sous l’angle de l’exploitation-mainte- nance, et de préparer les débats du jury. Il s’agit bien d’examiner et d’évaluer l’incidence du parti général d’ensemble, des principales disposi- tions fonctionnelles, des grands choix techniques qui sont proposés par les équipes concurrentes. Il est donc inutile, voire néfaste, pour la clarté du débat architectural à venir, d’imposer une suren- chère de mémoires techniques (par exemple, des notes de calcul concernant l’exploitation sur plu- sieurs décennies…), dont la vérification demeure- ra en grande partie illusoire. La commission technique et le jury Après avoir mentionné dans le règlement de consultation que la qualité environnementale est un des critères de jugement, le maître d’ouvrage devra composer une commission technique et un jury aptes à en juger. Ces instances devront pour cela se donner les moyens de vérifier les options et les assertions des équipes concurrentes. Au sein de la commission technique, ce rôle sera assuré par l’équipe de programmation. Cette dernière pourra s’appuyer sur une grille d’éva- luation simple. Le jeu sera d’apprécier la réponse au programme exigentiel, de mettre en évidence les problèmes rencontrés, de détecter s’ils sont liés à la struc- DEUXIÈME PARTIE LA MISE EN PLACE D’UNE OPÉRATION “HQE” 47
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    Les éléments demission de maîtrise d’œuvre sont décrits dans le décret n° 93-1268 du 29 novembre 1993, et l’arrêté y afférant, pris en application de la loi MOP. Ils sont avant tout définis en termes d’objectifs et il faut conserver cet esprit dans la graduation des exigences contractuelles concernant la “HQE”, l’exploitation et la maintenance. Encore une fois, la démarche de projet est un “affinage” progressif de la définition des ouvrages et l’ap- proche environnementale doit épouser la même logique. Le niveau de précision demandé à chaque phase sera défini avec l’assistance du programmiste “HQE” lors de la négociation du contrat. Il convient de ne pas revenir sur l’élément Esquisse qui a déjà été largement évoqué dans le chapitre “LE CHOIX DE L’ÉQUIPE DE MAÎTRISE D’ŒUVRE”. L’avant-projet sommaire L’avant-projet sommaire (APS) permet de préci- ser l’esquisse en intégrant les remarques de la maîtrise d’ouvrage, et celles du jury de concours. Cette phase fait apparaître les principes construc- tifs et la définition des espaces, local par local. Elle détermine les modes de fonctionnement de l’ouvrage ainsi que le choix des matériaux et des types d’installations techniques et cale les niveaux de prestations offerts aux utilisateurs. Au niveau de l’APS, on peut pleinement utiliser des indicateurs simplifiés concernant, par exemple, ture même du projet ou s’ils peuvent évoluer favorablement lors des études d’avant-projets. Ce qui implique que la commission technique, outre les experts nécessaires, comporte une personne possédant la culture du projet architectural. En ce qui concerne le jury, la difficulté vient du fait que son jugement met en jeu une complexité de critères hétérogènes. Celui de la qualité envi- ronnementale n’est pas nécessairement le plus important (voir chapitre “LA “HQE”, UNE RELEC- TURE DE LA QUALITÉ ARCHITECTURALE”). Pour éviter que le critère “HQE” déstabilise le débat, la maîtrise d’ouvrage doit veiller à un équi- libre dans la composition du jury et respecter la philosophie générale des concours d’architecture et d’ingénierie. La MIQCP propose qu’une personne qualifiée en matière de qualité environnementale des bâti- ments siège dans le jury au titre des “personnali- tés dont la participation présente un intérêt par- ticulier au regard de l’objet du concours”. CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”48 La “HQE” et les éléments de mission de maîtrise d’œuvre
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    le niveau del’ensoleillement et de l’éclairage naturel, les niveaux de déperdition, le confort thermique aux différentes saisons, la qualité de l’air ou le confort acoustique. L’APS d’un projet “HQE” contiendra donc une note spécifique, avec une explication des choix basée sur des indicateurs spécialisés, des coefficients ou des ratios. Une autre note justifiera le choix des matériaux en fonction de leurs caractéris- tiques environnementales. Au-delà de l’estimation provisoire du coût prévi- sionnel des travaux, ce sont les éléments de l’APS qui permettront au maître d’ouvrage de com- mencer une évaluation financière du projet incluant investissement, exploitation et mainte- nance, sous la forme d’un premier budget prévi- sionnel. Ces études en coût global peuvent être effectuées pour des ensembles cohérents met- tant en compétition plusieurs hypothèses tech- niques (choix énergétiques, systèmes de chauffa- ge, ventilation, enveloppes des bâtiments, …). Cette première évaluation en phase APS est une étape charnière. Elle peut amener des ajuste- ments importants du programme et de la partie de l’enveloppe consacrée aux travaux. Décelées seulement dans une phase ultérieure, ces modifi- cations risquent de se révéler difficiles et oné- reuses. Il est par ailleurs judicieux que le Bureau de Contrôle intervienne dès ce stade, car des solu- tions environnementales satisfaisantes, mais non traditionnelles, risquent plus tard d’être rejetées. Il faut rappeler à cet endroit que l’article 26 du décret “Missions” de la loi MOP prévoit la possi- bilité, dès les avant-projets, de consulter des entreprises ou des fournisseurs de produits industriels pour un ou plusieurs lots de technicité particulière. Cette disposition est particulière- ment intéressante dans le cas d’une démarche “HQE” qui vise des solutions hors “sentiers battus”. En ce cas, il sera conclu avec l’équipe de maîtrise d’œuvre, une “mission spécifique”, pour un ou plusieurs lots, permettant d’analyser les propositions des entreprises ou des indus- triels, ainsi que de les intégrer dans le projet architectural. L’avant-projet définitif Entre APS et APD, la principale différence réside en ce que les options, après avoir été validées par le maître d’ouvrage, vont être définitivement figées. Les descriptions techniques, les indica- teurs et les justifications seront plus détaillés, constituant l’amorce de la rédaction du futur CCTP. Ces descriptions techniques seront accom- pagnées de notes de calcul concernant la ther- mique (RT 2000, label HPE), la classe d’inertie, le calcul du renouvellement d’air, les facteurs de lumière de jour, les profils d’évolution des tempé- ratures intérieures, l’isolation acoustique, les ratios de consommation d’eau potable, … Les consommations d’énergie (chauffage, eau chaude sanitaire, éclairage, …), qui avaient été sommairement évaluées, peuvent désormais être établies avec plus de précisions, car l’enve- loppe et les systèmes seront alors définis. Les concepteurs, de même qu’ils établissent l’es- timation définitive du coût prévisionnel en lots séparés, auront défini précisément les éléments permettant au maître d’ouvrage d’évaluer les coûts différés (ratios de consommation, d’entre- DEUXIÈME PARTIE LA MISE EN PLACE D’UNE OPÉRATION “HQE” 49
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    Centre de loisirsRouget de Lisle à Nanterre Image de synthèse © Philippe Madec Coupe © Philippe Madec Le centre de loisirs Rouget-de-lisle est implanté près des voies du RER A, entre une Zac de petits collectifs, un tissu pavillonnai- re ancien et des équipements scolaires. À la recherche du confort spatial et du confort d’usage, la maîtrise d’ouvrage et les concepteurs ont ajouté le traitement spéci- fique des 14 cibles HQE, afin d’offrir aux enfants de Nanterre un “lieu de bien-être”. Les espaces de vie et d’activité sont répar- tis dans une série de pavillons, greffés sur un axe est-ouest. Côté rue, le bâtiment se présente par un front urbain avec des pare- ments en terre cuite sur briques Monomur, des châssis en bois et une couverture débordante en cuivre, qui crée un appel au- dessus de l’entrée. À l’extrémité sud de la parcelle,un préau,entouré de murs sur trois côtés,apporte une protection contre les nui- sances sonores du RER. Alliant écologie et pédagogie, la gestion de l’eau est matériali- sée par la présence en toiture d’un “aque- duc”. Deux canaux perpendiculaires conduisent les eaux de pluie sous le préau, où elles chutent le long d’une paroi avant de disparaître dans une citerne. Après filtrage et sédimentation naturelle, l’eau sert à l’ar- rosage des espaces verts. Avec l’accord de la DDASS, elle est également utilisée pour les chasses d’eau des sanitaires, avec une signalisation permettant de différencier l’eau potable de l’eau non potable. Maîtrise d’ouvrage : Ville de Nanterre Architectes : Atelier d’architecture Philippe Madec, Paris AMO HQE : Tribu, Paris Bureau d’études : Ingerop, Paris Artiste-Paysagiste : Christiane Chabot, Paris et Montréal Calendrier : concours, 1999 ; chantier 2001 à 2003 Surface : 1 550 m2 shon ; 2 830 m2 shob Coût des travaux : bâtiment, 3,35 M€ HT ; équipement et mobilier, 130 000 € HT ; paysage, 102 500 € HT (valeur 2002) “L’approche environnementale, comme la démarche globale du projet, s’appuie sur un affinage progressif de la définition des ouvrages.”
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    tien, de renouvellement,…) donnant lieu à un coût global actualisé, pour un horizon donné. Le choix des matériaux et des techniques, notam- ment à partir de leurs caractéristiques environ- nementales vérifiées (pérennité, sécurité, avis technique, ATEX, …), est en principe définiti- vement arrêté. Le projet et la préparation du dossier de consultation des entreprises Pour la qualité environnementale, les phases de projet et de préparation du dossier de consul- tation des entreprises sont décisives, car la pro- blématique environnementale va passer des mains des concepteurs à celles des entreprises, qui arrivent sur un terrain nouveau. Ces phases exigent de la maîtrise d’œuvre une nouvelle rédaction des pièces écrites, incitant à des solutions techniques alternatives et imposant des choix de matériels ou matériaux innovants, avec des exigences particulières quant à la compo- sition des matériaux, à leur fabrication et à leur mise en œuvre. Ces nouvelles pièces introduisent des notions nouvelles comme l’atteinte de per- formances précises, ou la suppression de gas- pillage. Dans la rédaction des CCTP, s’ajoutent aux carac- téristiques traditionnelles (technique, entretien, durée de vie), des exigences supplémentaires (émission de polluants, économie de ressources et de fabrication, recyclage, …). C’est à cette phase que pourront être élaborés, par la maîtrise d’ouvrage, les documents de pla- nification technique et budgétaires des travaux de gros entretien et de renouvellement, et donc un budget prévisionnel définitif d’exploitation et de maintenance. Le dossier de consultation des entreprises doit définir de manière précise les pièces qui devront être remises à l’issue des travaux. Celles-ci, plans architecturaux et plans des installations, notes techniques, documentation, consignes de main- tenance, devront constituer un véritable Dossier d’Exploitation et de Maintenance (DEM), indis- pensable au futur gestionnaire. Les habituels Dossiers des Ouvrages Exécutés (DOE) et Dossier des Interventions Ultérieures sur Ouvrage (DIUO) n’en seront qu’une partie. Dans l’attente de solutions innovantes d’intéres- sement des entreprises à l’exploitation-mainte- nance, il peut être utile de prévoir, notamment pour certains lots techniques, des options favori- sant l’optimisation de l’exploitation-maintenance sur un temps donné (au-delà de la période de garantie). Enfin, un cadre de démarche “chantier vert” va être proposé. Il se traduira par un proto- cole de management de chantier prévoyant les modalités d’implication des personnels, les moda- lités d’information des riverains, celles concer- nant la limitation des nuisances de chantier et la collecte sélective des déchets. En tout état de cause, la recherche de qualité environnementale devrait imprégner le CCTP afin d’expliquer aux entreprises les objectifs poursuivis. DEUXIÈME PARTIE LA MISE EN PLACE D’UNE OPÉRATION “HQE” 51
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    Les contrats detravaux, le chantier et la réception Les entreprises seront de plus en plus sensibi- lisées aux préoccupations environnementales, notamment celles qui concernent les chantiers, mais il faut être conscient que leurs offres ne peuvent reposer que sur une optimisation éco- nomique des choix techniques répondant au DCE, ce qui suppose une juste évaluation de l’enveloppe financière consacrée aux travaux. Les offres dépendent en outre de l’appréciation du risque que prennent les entreprises vis-à-vis d’une opération de qualité environnementale et donc de l’effort de la maîtrise d’œuvre pour rédui- re les incertitudes du CCTP. Au cours de l’analyse des offres, la maîtrise d’ou- vrage et la maîtrise d’œuvre auront eu soin d’éva- luer certaines modifications proposées par les entreprises en termes d’incidence sur les coûts différés et sur la maintenabilité. La mise au point du ou des marchés et plus tard, les réunions de synthèse sur les plans d’exécution permettent un dialogue direct entre maître d’ou- vrage, maître d’œuvre et entreprises sur de pos- sibles modifications de choix technologiques (matériel, disponibilités, …). Lors de la phase de préparation de chantier, seront décidées les dispositions concernant l’ins- tallation de celui-ci et son organisation dans l’in- térêt de l’environnement et des riverains (charte de “chantier vert”), les techniques de chantier, le contrôle des matériaux ainsi que les systèmes de collectes de déchets (y compris les procédures de contrôle). Enfin, à la livraison des ouvrages, outre les tradi- tionnelles opérations de réception et leurs forma- lités, il s’agira de passer le témoin aux gestion- naires. Certaines “conformités environnementales” peu- vent être contrôlées dès réception, une fois les locaux aménagés (prestations, niveaux d’éclairage, mesures acoustiques, …) mais d’autres néces- siteront plusieurs années de fonctionnement (saisons de chauffe, confort d’été, consomma- tions, dépenses d’entretien, mesures de nuisan- ce, enquêtes de satisfaction, …) pouvant enrichir une pratique à ce jour trop peu développée de l’évaluation des bâtiments. CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”52
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    Les 14 cibles dela démarche “HQE” Troisième partie 53 Les 14 cibles “HQE” sont la clarification et la mise en ordre des objectifs environnementaux d’une construction publique. Mais l’approche qui doît en être faite ne peut être que systémique : cibles entre elles tout d’abord, mais de plus, cibles au regard de l’ensemble des paramètres de la qualité architecturale. Éco-construction — cibles 1 à 3 Éco-gestion — cibles 4 à 7 Confort — cibles 8 à 11 Santé — cibles 12 à 14
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    CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTUREET “HQE”54 CIBLE 1 Relation harmonieuse des bâtiments avec leur environnement immédiat Cette cible concerne l’utilisation des opportunités offertes par le voisinage et le site, la gestion des avantages et désavantages de la parcelle, l’organisation de celle-ci pour créer un cadre de vie agréable, et la réduction des risques de nuisances entre le bâtiment et son milieu. L’environnement immédiat des bâtiments comprend : s la parcelle sur laquelle ils vont être construits, s le voisinage de cette parcelle, s le site formant le cadre de ces bâtiments, s la collectivité locale qui va les accueillir. Cette cible comprend deux objectifs : Le premier est l’intégration et l’utilisation des opportunités offertes par les caractéristiques de l’en- vironnement immédiat ainsi que la gestion des atouts et inconvénients du terrain d’accueil. La prise en compte de ces paramètres (orientation vis-à-vis de la course du soleil, vis-à-vis du vent, relief, végétation existante, nature du sol, et du sous-sol, eaux superficielles, accessibilité et moyens de transport disponibles, constructions résidentielles et environnantes, …) permet d’ac- croître la qualité du bâtiment, ceci en termes de minimisation de ses impacts sur l’environnement extérieur et de qualité de vie de ses futurs usagers. Le deuxième objectif de cette cible est la réduction des risques de nuisances : s du voisinage sur les bâtiments : masques proches et lointains, sources de nuisances proches (bruit, odeurs, pollutions ambiantes), s du bâtiment sur le voisinage : protection du cadre de vie des riverains (droit au soleil, au calme, à la vue, à l’accessibilité, …) par exemple en réduisant les niveaux sonores dus à son fonctionnement. Cible 1 Relation harmonieuse des bâtiments avec leur environnement immédiat Cible 2 Choix intégré des procédés et des produits de construction Cible 3 Chantier à faibles nuisances Éco-construction
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    Photo gauche Centre d’entretien autoroutierdu Caylar © P. Schwartz Photo droite Maison de pays de l’Hérault © P. Schwartz Sur l’aire du Caylar, au bord de l’autoroute A 75, la Maison de pays de l’Hérault complète le centre d’entretien, mis en service en 1995. Construits au pied du Causse du Larzac, les bâtiments ont les tons ocres et gris des amoncellements rocheux du “Roc- Castel” qui les surplombent. Les volumes sont compacts, les ouvertures rares. Les murs épais, à forte inertie, répondent aux grandes amplitudes thermiques du climat local. Les façades en béton banché ont un habillage en calcaire de Sauclières, extrait d’une proche carrière. Les pierres sont posées à joints secs, selon la technique tra- ditionnelle. Un couronnement en clins de red cedar dissimule les lanterneaux, qui éclairent zénithalement le hall d’accueil et les salles d’exposition, et les deux pompes à chaleur air/air, qui chauffent et rafraîchis- sent les locaux. Les toitures, visibles depuis le “Roc-Castel”, ont été traitées avec autant de soin que les façades : installations tech- niques cachées et dalles dans les teintes des pierres, posées sur plots au-dessus de l’étanchéité. Deux galeries, couvertes de lames ajourées en red cedar, enserrent le bâtiment au nord et au sud et mènent au restaurant et à la boutique de la station ser- vice. Le sol des espaces extérieurs est cou- vert de dalles en calcaire de Sauclières, de béton balayé ou de concassé issu du site, qui tient lieu de “paillage” à la végétation. Les haies, parallèles aux coursives, sont plantées de buis, de coronilles et de rosiers sauvages. Le centre autoroutier du Caylar a reçu le Prix départemental du paysage en 1996 et le ruban d’argent du Palmarès “Paysages rou- tiers” en 1998. Centre d’entretien autoroutier Maîtrise d’ouvrage : DDE de l’Hérault Architectes : atelier d’architecture Emmanuel Nebout, Montpellier; responsables du projet, Emmanuel Nebout, Jérôme Fuzier, Laurence Javal Bureaux d’études : structures, André Verdier, Montpellier ; fluides, Gestec, Montpellier Économiste : Jacques Rigal, Montpellier Réalisation : 1995 Surface : 3 180 m2 shob Coût de construction : 1 905 000 € TTC, valeur 1995 Maison de pays de l’Hérault Maîtrise d’ouvrage : Conseil général de l’Hérault Architectes : atelier d’architecture Emmanuel Nebout, Montpellier ; responsables du projet, Emmanuel Nebout, Jérôme Fuzier, Laurence Javal Bureaux d’études : structures, André Verdier, Montpellier ; fluides, Benoît Lorca, Montpellier Économiste : Jean Olives, Montpellier Paysagiste : Jean-Louis Knidel, Valence (aire de service, APS) Réalisation : 1998 Surface : 500 m2 shon Coût de construction : 4,74 MF HT, soit 720 000 € HT, valeur 1998 (bâtiment seul) “Une relation harmonieuse des bâtiments avec leur environnement suppose l’utilisation des opportunités offertes par le site, ainsi que la gestion des avantages et des inconvénients du terrain d’accueil.” Maison de pays de l’Hérault et centre d’entretien autoroutier sur l’aire de service du Caylar
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    L’étude de tousces aspects, dans une perspective de qualité environnementale devra, dans le meilleur des cas, s’effectuer préalablement au choix du terrain d’assiette, à tout le moins se décli- ner à travers un diagnostic approfondi des lieux d’accueil, un examen accru des forces et des fai- blesses du site choisi, un travail sur l’impact du bâtiment projeté sur l’environnement physique et humain et les mesures à prendre. Leurs traductions dans le programme seront la justification des différents choix initiaux puis, dans le projet, celle du parti général d’aménagement (plan masse, utilisation de la morphologie, orien- tations, espaces extérieurs, …). Un volet particulier sera consacré, très en amont, à la gestion des déplacements induits, pour ce qu’ils pèsent en nuisances et pollutions, posée en termes de réduction des besoins, d’encourage- ment à la mobilité “douce”, voire en termes de dissuasion. Il s’agit bien de renouer avec des choix “conscients” : implanter des bâtiments dialoguant avec le site et utilisant ses caractères physiques, composer avec les micro-climats, qu’ils soient naturels ou urbains. L’orientation générale des bâtiments s’attachera à valoriser les apports solaires gra- tuits, à faciliter un confort thermique satisfaisant en toutes saisons, à répandre l’éclairage naturel. Le traitement des espaces verts pourra également jouer un rôle vis-à-vis de l’ensoleillement et du confort hygrothermique (plantations d’essences à feuilles caduques pour protéger les façades exposées et laisser passer les rayons du soleil tant recherchés en hiver). De même, le traitement végétalisé des toitures pourra avoir des effets régulateurs tant sur le climat de la parcelle que sur le confort thermique interne. On s’attachera également à préserver la perméabilité des sols en travaillant sur l’emprise, en pri- vilégiant le végétal, en étudiant la gestion des eaux de pluie et ainsi, limiter le recours à l’assai- nissement communal. Des investigations particulières seront menées quant aux risques de nuisances réciproques : au delà de la classique prise en compte des nuisances existantes (au premier rang desquelles le bruit ambiant), il sera nécessaire de s’interroger sur les nuisances de tous ordres que le bâtiment risque de produire sur le cadre de vie des riverains. Ce sera l’étude des conséquences sur l’ensoleillement et les vues de ces derniers, leur préserva- tion des nuisances sonores générées par la vie du bâtiment (desserte, livraisons, …) ou l’émission des polluants (chaufferie, cuisine, rejets divers, odeurs, …). Il s’agit bien d’interroger plus finement les interactions entre le bâtiment et son site, tant d’un point de vue morphologique que de celui du respect dû aux riverains, riverains avec lesquels des concer- tations devraient être menées dès la phase de programmation. CIBLE 2 Choix intégré des procédés et des produits de construction Les nombreux éléments d’une construction peuvent avoir des impacts importants sur l’environ- nement, sur le confort des utilisateurs, ainsi que sur leur santé. Par ailleurs, le choix de matériaux de qualité et leur mise en œuvre sont des facteurs déterminants de la qualité architecturale avec CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”56
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    des conséquences importantessur le coût global de l’ouvrage. Dans la démarche “HQE”, le choix des matériaux est fondé sur un ensemble de critères d’usage, de critères techniques, économiques et esthétiques auxquels viennent se mêler les critères envi- ronnementaux. Ces derniers concernent principalement l’économie des ressources naturelles et la maîtrise des risques environnementaux et de santé, non seulement lors de la fabrication des matériaux et des produits, mais lors de leur mise en œuvre, pendant la vie du bâtiment, ainsi que lors de la démolition future. Le raisonnement conduisant à ces choix s’effectuera à partir d’une notion de “cycle de vie”. Choisir les procédés de fabrication et les matériaux respectueux de l’environnement, c’est : s Économiser les ressources les plus rares : matières premières, énergie, eau. L’économie de ces ressources est aussi liée aux possibles réutilisations, recyclages et valorisations en fin de vie. La durée de vie des matériaux doit également être prise en compte. s Évaluer les risques de pollution des sols, des eaux et de l’air pendant la fabrication, mais aussi ceux induits par le transport et la mise en œuvre, pendant l’usage du bâtiment ainsi qu’en fin de vie. s Prendre en compte la quantité d’énergie et d’eau nécessaire pour fabriquer, transporter, mettre en œuvre, entretenir, recycler, voire détruire un matériau. Des consommations importantes d’éner- gie participent à l’augmentation de l’effet de serre, et l’eau devient une ressource à préserver. s Prendre en compte la facilité d’approvisionnement et de mise en œuvre selon la localisation de l’opération, mais également les niveaux de qualification professionnelle de la main d’œuvre locale. En matière de santé, les principaux risques proviennent d’émanations de produits toxiques exis- tant lors de la construction, au début de l’utilisation ou apparaissant accidentellement. Les engagements internationaux incitent à l’utilisation du bois dans le bâtiment. En France, la part de son utilisation est proche de 10 % de celle de l’ensemble des matériaux de construction. Les pouvoirs publics, avec la loi sur l’air, préconisent une augmentation de 25 % de cette part afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre d’environ 7 milliards de tonnes. Cet effort permettra également de relancer des “filières bois” encore peu organisées en France. Si l’utilisation du bois présente énormément d’avantages (faible énergie primaire, facilité de mise en œuvre, confort thermique et hygrothermique, image architecturale renouvelée, …), les concep- teurs doivent vérifier que les arbres sont issus de forêts gérées selon les principes du développe- ment durable. Ils seront également attentifs à choisir les essences en fonction des classes de risques biologiques, et donneront la préférence aux essences naturellement durables, afin de réduire la quantité de bois traité. Dans tous les cas, ils veilleront à une protection constructive des bois, en particulier à l’extérieur : la conception et la mise en œuvre doivent absolument éviter les “pièges à eau”. Lorsqu’un traite- ment sera indispensable, les concepteurs retiendront les produits les moins nocifs pour la santé et l’environnement, par exemple des composés à base de bore. L’approche environnementale ne se réduit cependant pas à l’emploi de matériaux renouvelés et de produits ne présentant pas de danger pour la santé. La qualité de l’architecture “HQE” est plutôt dans l’optimisation des qualités de chaque matériau et dans un pragmatisme réduisant au strict nécessaire la quantité de matière mise en œuvre, selon une pertinence à la fois technique, éco- nomique et environnementale. TROISIÈME PARTIE LES 14 CIBLES DE LA DÉMARCHE “HQE” 57
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    Salle polyvalente àEmpfingen, Allemagne La salle polyvalente d’Empfingen est repré- sentative de l’image de transparence, de modernité et de respect de l’environnement recherchée par la Municipalité d’Empfingen. Vestiaires, sanitaires et rangements sont concentrés au nord dans une barre de deux niveaux, encastrée dans la forte pente du terrain. La grande salle s’ouvre généreuse- ment au sud vers des prairies parsemées de petits groupes d’arbres. La structure mixte profite des qualités des différents maté- riaux. Le béton, utilisé pour les planchers et les murs enterrés, apporte son inertie ther- mique. Les poutres principales en acier ont une section très fine pour une portée impor- tante. Le bois, mis en œuvre en aménage- ment intérieur, en parquet et en plafond, confère aux espaces leur ambiance chaleu- reuse. Maîtrise d’ouvrage : Ville d’Empfingen Architectes : D’Inka + Scheible, Fellbach, Allemagne Réalisation : 2000 Surface : 2 618 m2 shon Coût des travaux : 3,95 M€ TTC “La démarche environnementale valorise les avantages de chaque matériau et optimise la quantité de matière mise en œuvre, selon une pertinence à la fois technique, économique et écologique.” Photos © Roland Halbe / Archipress
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    Les industriels sontincités à développer l’information sur les produits et les procédés de fabrication ayant un impact sur l’environnement. Ce sont par exemple l’élaboration d’une fiche d’information AFNOR XP P 01-010, la marque NF environnement, ou les avis techniques du CSTB prenant en compte la qualité environnementale. En outre, des labels “écologiques” communautaires sont appe- lés à se développer. Dans le même temps et dans un esprit de conquête des marchés, les indus- triels mettent de plus en plus en avant les qualités environnementales supposées de leurs produits. Au bout du compte, maîtres d’ouvrage et concepteurs ont affaire à des critères de natures diffé- rentes, chacun d’entre eux pouvant être appliqué à des phases diverses du cycle de vie du bâtiment. La pondération de ces critères et de ces phases n’est pas anodine : par exemple, une forte nui- sance attachée à la fabrication d’un produit peut n’avoir qu’un poids insignifiant si on la pondère par la place de ce produit dans la globalité du bâtiment. Les informations fiables, rigoureuses, complètes et intéressant des cycles de vie sont en devenir. Actuellement, elles maintiennent de larges zones d’incertitudes, limitent la rationalité des choix et justifient des attitudes de précaution. En tous cas, elles impliquent un travail difficile et perspica- ce de la part des prescripteurs. Enfin, ce chapitre serait incomplet s’il n’était fait mention de l’importance à accorder à l’évolutivité, à la flexibilité, voire à la “neutralité” des bâtiments, plus ou moins permises par les procédés de construction. La rapidité d’évolution des usages, et donc de besoins en locaux, produira imman- quablement de multiples transformations. Celles-ci seront plus ou moins faciles, environnementa- lement coûteuses, selon les procédés et techniques initiaux. CIBLE 3 Chantier à faibles nuisances La vie d’un bâtiment, depuis la construction jusqu’à la démolition, est marquée par un grand nombre de chantiers. Celui de sa construction est la première occasion concrète de mettre en œuvre des principes environnementaux. Un chantier à faibles nuisances (ou encore “chantier vert”) se doit de respecter des objectifs de limi- tation des nuisances, de limitation des pollutions, de meilleure gestion des déchets. Les chantiers ont connu une montée grandissante des préoccupations d’hygiène, de sécurité et de santé (coordination SPS en amont et pendant le chantier). La démarche “HQE” se situe dans le prolongement de cette évolution en introduisant le souci de limiter tous les impacts d’un chantier sur l’environnement. En ce qui concerne la lutte contre les nuisances que subit le personnel, il s’agira : s de limiter les bruits élevés et répétitifs des engins et matériels de chantier qui peuvent entraî- ner des conséquences graves sur l’audition, s de lutter contre l’émission de poussières et émanations dues à certains produits ou procédés de mise œuvre qui peuvent se révéler nocives à plus ou moins long terme. Ces risques et ces nuisances seront réduits par le choix des produits, le port de protections indi- viduelles, ou par l’insonorisation des engins. TROISIÈME PARTIE LES 14 CIBLES DE LA DÉMARCHE “HQE” 59
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    Restructuration et extensiondu groupe scolaire Les arcades à Viroflay Photos © Olivier Wogensky Cette opération très complexe combine la restructuration fonctionnelle des écoles maternelles et primaires existantes et la création d’équipements intégrés, utilisables par les associations et les habitants de Viroflay : salle de sports, bibliothèque, salle polyvalente et ateliers pour la musique, l’in- formatique et l’audiovisuel. L’emprise des constructions neuves a été réduite grâce à l’exploitation de toutes les possibilités offertes par le bâti existant : locaux semi- enterrés, reprises en sous-œuvre, suréléva- tion. Afin de conserver un maximum d’es- paces extérieurs, les bâtiments neufs ont été construits sur pilotis, en laissant des perspectives sur la ville et des transpa- rences sur le sentier piétonnier desservant le groupe scolaire. La légèreté des nou- veaux bâtiments facilite leur relation avec les constructions en meulière, dont l’intégri- té a été respectée. L’intervention en site occupé, au cœur d’un îlot dense et difficile d’accès, exigeait un phasage “en tiroir” et la mise en place de mesures réduisant les nui- sances pour les riverains. Une construction “sèche”, combinant bois et métal, et la pré- fabrication de nombreux composants en atelier ont favorisé un chantier propre et rapide. Maîtrise d’ouvrage : Commune de Viroflay Architectes : Véronique Leplat et Francois R. Leclercq Bureaux d’études : structures, SESBAT ; fluides, Dahler Réalisation : 1999 Surfaces : restructuration, 1 310 m2 ; extension, 1 190 m2 Coût des travaux : 12,69 MF HT, valeur 1997, soit 1,93 M€ HT “Un “chantier vert” minimise les nuisances vis-à-vis des riverains, améliore les conditions de travail des ouvriers, permet une meilleure gestion des déchets et réduit la pollutions de l’air, de l’eau et des sols.”
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    Cependant, les chantierssont également sources de nuisance pour les riverains qui subissent le bruit, les poussières, les boues, les gênes causées par les mouvements d’engins et les livraisons, ainsi que la dégradation d’aspect du site. Ces nuisances seront minimisées par les choix techniques (types de matériels, banches à clés, …) et des principes d’organisation des tâches et des approvisionnements. La lutte contre la pollution de l’air, de l’eau et des sols, consistera à réduire les substances reje- tées, qu’elles soient de nature solide, liquide (boues, huiles de coffrage, laitances de béton, …) ou gazeuse (poussières de ciment, solvants, peintures, …). Certaines substances liquides peuvent se déverser sur les sols, polluant de cette manière les nappes phréatiques ou les réseaux collectifs. Afin de limiter ces types de pollution, il sera nécessaire d’organiser des aires de collecte ou de nettoyage, les eaux polluées devant, quant à elles, être stockées dans des bassins de décanta- tion, avant d’être recyclées. Un enjeu très important est la maîtrise des déchets de chantier dont on sait qu’ils représentent, en tonnage annuel, l’équivalent des ordures ménagères nationales. Cette maîtrise devrait idéalement commencer lors de la conception par le choix des systèmes et procédés constructifs (choix de techniques élaborées, produits et matériaux réutilisables ou recy- clables, calepinages, …). Ultérieurement, une gestion spécifique des déchets de chantier sera indispensable, l’objectif étant de limiter les déchets à la source, de les trier en vue de valorisation et de réduire leur volume lors de la mise en décharge. Sur ces trois aspects, la réflexion doit être engagée par les concepteurs lors du choix des tech- niques, des matériaux et des produits (y compris leurs emballages et conditionnements), pour- suivie avec les entreprises (motivation du personnel d’encadrement, sensibilisation des ouvriers) lors de la phase de préparation de chantier. Les “chantiers verts” ne sont plus à l’heure actuelle une nouveauté, mais leur mise en œuvre demeure délicate et complexe. Le PUCA, après avoir initié et soutenu des chantiers expérimen- taux, a publié une documentation spécifique sur ce sujet. Il n’en reste pas moins qu’un important effort est à fournir, que celui-ci se situe dans le registre de la pédagogie et de l’invitation aux changements de comportements, ou dans le registre contrac- tuel (mission identifiée, suivie, et reconnue par l’ensemble des entreprises intervenantes dans un partage des responsabilités). Enfin, chaque chantier devrait faire l’objet d’une concertation préalable, sinon continue, avec les riverains. L’information et l’explication sont de nature à désamorcer des situations potentiellement conflictuelles. TROISIÈME PARTIE LES 14 CIBLES DE LA DÉMARCHE “HQE” 61
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    CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTUREET “HQE”62 CIBLE 4 Gestion des énergies L’économie d’énergie constitue depuis les années 70 une préoccupation fondamentale. Elle vise à renforcer l’indépendance d’approvisionnement et à réduire “la facture énergétique”. Cet enjeu s’inscrit dans une dimension environnementale planétaire : ne plus gaspiller les ressources clas- siques, lesquelles ne sont pas inépuisables, et réduire les émissions de gaz à effet de serre. C’est le sens de la conférence de Kyoto, tenue en 1977 et au cours de laquelle 38 pays industrialisés se sont engagés à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 5,2 % en moyenne entre 2008 et 2012. Réduction des besoins en énergie et optimisation des consommations Depuis plus d’une vingtaine d’années, la préoccupation énergétique liée aux bâtiments se tradui- sait par un objectif de réduction de consommation pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire. Aujourd’hui, il convient d’aller plus loin grâce à : s des choix architecturaux qui, par une conception bio-climatique très rigoureuse (implantation et orientation, dimensions et emplacement des surfaces vitrées, volumétrie et profondeur des locaux, composition des parois et des planchers, isolation et inertie, …) induiront une forte réduc- tion de besoins, s une extension de la préoccupation énergétique à d’autres usages : éclairage, climatisation, ven- tilation, équipements informatiques ou ménagers (dans les bâtiments tertiaires, ces consom- mations sont équivalentes à celles du chauffage et de la production d’eau chaude sanitaire), s un choix des énergies et des systèmes, non seulement sur le critère de réduction de consom- mation, mais selon une hiérarchie des impacts sur l’environnement des différentes sources (solai- re actif ou passif, éolien, biomasse, géothermie, …). Éco-gestion Cible 4 Gestion des énergies Cible 5 Gestion de l’eau Cible 6 Gestion des déchets d’activité Cible 7 Gestion de l’entretien et de la maintenance
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    Vue extérieur © PhilippeRuault Vue intérieure © Philippe Ruault Ce sobre équipement universitaire, constructivement rigoureux et énergétique- ment efficace, s’enrichit d’une surprise poétique, inattendue au pied des Alpes : deux serres plantées de bambous et de bougainvillées. Le bâtiment d’enseigne- ment est largement vitré pour profiter de la lumière naturelle, des vues sur la montagne et de l’énergie solaire passive. Ses installa- tions simples font appel au bon sens des utilisateurs. Les nombreux châssis coulis- sants permettent une ventilation naturelle des locaux, complétée par une ventilation mécanique simple flux. Des stores à lames d’aluminium, manoeuvrables par comman- de électrique, sont disposés devant les façades, en ménageant une lame d’air de 30 cm. Ils créent un tampon thermique pen- dant les nuits d’hiver et évitent les sur- chauffes en été.Sur les façades nord et sud, des verrières végétalisées de 2 m de large constituent une double peau. Leurs sys- tèmes automatisés d’aération, d’arrosage et de chauffage sont ceux des serres horti- coles. Le chauffage est assuré par l’eau chaude urbaine, produite dans une centrale de traitement des déchets. Un ordinateur central gère l’éclairage et le chauffage selon les horaires de fonctionnement. Le bâtiment a trouvé sa force et sa dimension esthétique dans l’expression de la réalité fonctionnelle, ce qui est essentiel, nécessaire et réaliste. Bureau d’études : Ingérop Sud-Ouest, structure béton, économiste de la construction ; Ingérop Rhône-Alpes, réseaux, électricité, chauffage Réalisation : 1ère tranche, 1995 ; 2ème tranche, 2001 Surface : 5 062 m2 Coût des travaux : 3,08 M€ HT Maîtrise d’ouvrage : Université Pierre Mendès France Architectes : Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, Paris ; avec Sylvain Menaud, Emmanuelle Delage, Mathieu Laporte et Pierre Yves Portier “Le confort d’usage et les économies d’énergie passent avant tout par une conception bioclimatique.” Université Arts et Sciences humaines à Grenoble
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    La réduction desconsommations de chauffage dépend de la qualité et des performances de l’ins- tallation (adéquation des puissances installées, isolation des circuits de distribution, …) et du ren- dement des générateurs, lesquels produisent plus ou moins de polluants selon leur conception. L’action sur le renouvellement de l’air est indispensable : le réchauffement de l’air neuf est consom- mateur d’énergie alors que le renouvellement est nécessaire à l’hygiène, au confort et à la péren- nité des bâtiments. D’où la nécessité de trouver un compromis satisfaisant par le contrôle du renou- vellement d’air (ventilation mécanique contrôlée hygroréglable, asservie au taux de CO2 , avec détec- teur de présence, à double flux, avec récupérateur de chaleur). Il demeure néanmoins possible dans certains cas d’utiliser des solutions naturelles par tirage mécanique d’une cheminée. La climatisation, quant à elle, est devenue un standard, notamment pour le confort d’été, mais elle a l’inconvénient d’induire de fortes consommations et d’utiliser des liquides pouvant être nocifs pour l’environnement. Il est donc important de réduire les besoins en froid par la conception des bâtiments (enveloppes, orientation des parois vitrées, protections solaires, …) ou par des sys- tèmes de refroidissement (planchers, plafonds, …) permettant d’abaisser la température ambian- te de quelques degrés par rapport à la température extérieure. La préoccupation d’économie de chauffage peut inciter à la forte réduction des surfaces vitrées au détriment de l’éclairage naturel, entraînant ainsi des consommations d’éclairage artificiel. Aussi, maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre doivent trouver des compromis entre éclairage natu- rel, confort au gré des saisons, choix et gestion des luminaires, sans perdre de vue la qualité qu’apporte un éclairage naturel judicieusement dispensé. Une gestion automatisée du bâtiment permet d’ajuster en permanence les besoins réels de cha- leur, de froid, de lumière en fonction de la température et de la luminosité extérieure, ou en fonc- tion de l’occupation des locaux. Cette gestion automatisée des consommations d’énergie peut se faire de façon centralisée ou décentralisée avec la présence d’automates aux différents niveaux de commande. Mais pour rester économe en énergie de façon durable, leur niveau de sophistication demeurera en relation étroite avec la capacité de gestion et de maintenance des équipements. Les énergies renouvelables locales Afin de limiter l’impact d’un bâtiment sur l’environnement (effet de serre, couche d’ozone, pluies acides, épuisement des énergies fossiles, …) maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre doivent envi- sager de recourir à une ou plusieurs énergies renouvelables pour fournir électricité ou chaleur. Il leur faudra alors établir une hiérarchie entre critères environnementaux et critères économiques, aidés en cela par le raisonnement en coût global. L’utilisation d’une énergie renouvelable dépend des ressources locales : s énergie éolienne pour obtenir une force mécanique ou de l’électricité directe (stockée en batte- ries ou injectée dans un réseau), s énergie hydraulique pour obtenir, grâce à un moulin ou une turbine à eau, une force mécanique ou de l’électricité directe (stockée en batteries ou injectée dans un réseau), s énergie solaire thermique pour produire de l’eau chaude sanitaire et de l’eau de chauffage grâce aux capteurs, s énergie solaire photovoltaïque pour obtenir, grâce à ses cellules, de l’électricité directe (stockée en batteries ou injectée dans un réseau), CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”64
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    s biomasse pourobtenir de l’énergie, par combustion du bois, ou par fermentation de déchets végétaux produisant du biogaz, s géothermie pour récupérer la chaleur des nappes aquifères souterraines. Le principal frein à l’utilisation d’énergies renouvelables est lié à un coût d’investissement initial plus élevé. Engagement écologique et intérêt économique doivent alors se conjuguer dans un raison- nement portant sur le temps de retour du surcroît d’investissement. Son calcul prend en compte : s le différentiel entre le coût d’investissement de l’énergie renouvelable et l’énergie de référence, s le différentiel entre les coûts annuels de production de ces dernières (y compris coûts d’exploi- tation, maintenance et renouvellement). Des aides publiques peuvent le cas échéant venir diminuer les temps de retour sur investissement. L’ADEME est le lieu privilégié où les maîtres d’ouvrage et les professionnels trouveront documen- tation, conseils, appuis financiers. Mais la motivation demeure déterminante !… CIBLE 5 Gestion de l’eau L’augmentation croissante des besoins en eau, ainsi que l’imperméabilisation des sols diminuent les disponibilités. Aujourd’hui, les collectivités ont pris conscience de la nécessité d’une gestion plus réfléchie et respectueuse de la ressource, plus particulièrement celle de l’eau potable. Par ailleurs, les diverses sources de pollution ont un impact important sur la qualité des eaux plu- viales, des nappes phréatiques, des rivières et des lacs, ce qui nécessite des traitements spéci- fiques contribuant à augmenter fortement les coûts d’assainissement et de distribution. Une gestion efficace de l’eau se prévoit au moment de la programmation, mais surtout lors de la conception d’un bâtiment. Elle s’appuie, à la fois, sur : s l’économie d’eau potable, s la récupération et la gestion des eaux de pluie, s la maîtrise des eaux usées. Économiser l’eau potable La première étape d’une gestion efficace de l’eau potable est la réduction des fuites dues notam- ment à la vétusté des installations publiques, mais aussi du mauvais entretien des réseaux et points de distribution inhérents aux ouvrages. Il est important, dès la conception, de penser au futur entretien et au contrôle du réseau, mais également de sensibiliser les gestionnaires et les occupants à la nécessité d’entretenir les réseaux intérieurs et les points de distribution. Pour atteindre cet objectif, des compteurs divisionnaires ou individuels responsabilisent les occupants et permettent d’éviter des dérives. TROISIÈME PARTIE LES 14 CIBLES DE LA DÉMARCHE “HQE” 65
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    Jardin public etparc de stationnement Hector Malot à Paris 12ème Photos © Atelier Christo-Foroux L’opération Hector Malot associe de maniè- re originale la réalisation d’un parc de sta- tionnement de 442 places à celle d’un jar- din public suspendu. La terrasse supérieure est une place pavée de briques, ponctuée d’érables. En contrebas, des allées en pier- re quadrillent un jardin des odeurs et un rideau de bambous offre un refuge aux oiseaux du quartier. Des pergolas couvertes de glycines assurent la transition vers les habitations. L’eau de pluie récupérée est guidée dans des rigoles pour irriguer les plantations. L’infiltration sur la parcelle sup- prime les rejets dans le réseau communal. Le développement de la végétation est favo- risé par le microclimat chaud et humide créé par l’évaporation de l’eau, qui coule dans les rigoles, et l’air extrait du parc de stationnement, qui chauffe indirectement la dalle supportant la terre. Maîtrise d’ouvrage : jardin public, Mairie de Paris, Services des parcs et jardins ; parc de stationnement, SEMAEST-SAEMES Architectes-Urbanistes : Atelier Christo-Foroux, Paris Réalisation : 1996 Surface : jardin public, 2 300 m2 ; parking, 11 000 m2 shob Coût global de l’opération : 7,5 M€ HT “Une gestion efficace de l’eau s’appuie à la fois sur l’économie de l’eau potable, la récupération de l’eau de pluie et la maîtrise des eaux usées.”
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    De nombreux autreséquipements économes en eau permettent, avec un apport financier modes- te, une meilleure gestion et des économies de consommation. Ces dispositifs sont de différents types : s réducteurs de pression permettant de régulariser le débit et de limiter la pression au point de distribution et ainsi éviter un vieillissement prématuré de certains composants, s réducteurs de débit pour réduire les consommations, s chasses d’eau équipées d’une commande sélective de 3 ou 6 litres, s robinets mitigeurs pour fournir rapidement une eau à la température souhaitée, s appareils ménagers à faible consommation d’eau. Récupérer et gérer les eaux de pluie Si la principale source d’économie consiste à réserver l’eau potable pour des usages pour lesquels elle est indispensable comme boire, laver les aliments et la vaisselle, se laver, d’autres usages peu- vent s’en passer. C’est le cas pour l’arrosage des espaces verts, les dispositifs de lutte contre l’in- cendie, le lavage des véhicules et des locaux, l’alimentation des chasses d’eau, voire le lavage du linge. Dans le second cas, il est possible de répondre aux besoins en eau par la récupération des eaux pluviales. La récupération des eaux de pluie consiste à collecter l’eau en toiture, au sol dans les espaces extérieurs ou encore au niveau des stationnements et de la voirie, puis à la stocker dans une citer- ne protégée de la lumière, de la chaleur et du gel, et enfin, après un traitement préalable, à ali- menter le réseau pour des usages spécifiques. Certaines études montrent que selon la pluvio- métrie, les caractéristiques du bâtiment ou la surface de captage, jusqu’à 45 % des besoins peu- vent être couverts par l’eau de pluie. Dans le cas de la récupération au niveau du stationnement et de la voirie, l’eau de pluie doit être traitée en passant dans un système de séparation des boues et des hydrocarbures. La réglementation française actuelle n’autorise pas les réseaux d’adduction d’eau non potable dans les bâtiments. Pour chaque projet, il faut donc demander une autorisation aux services sanitaires. Dans tous les cas, les réseaux d’eau potable et d’eau non potable doivent être séparés sans aucun risque possible de confusion. La récupération des eaux de pluie possède d’autres avantages : celui de limiter la pollution des nappes phréatiques et des cours d’eau, mais également celui de limiter le rejet des eaux de ruis- sellement de la parcelle dans le réseau urbain et ainsi éviter les risques d’inondation en cas de fortes précipitations. Il est donc recommandé de limiter les écoulements en aval : s en réduisant l’imperméabilisation des sols (optimisation de l’emprise au sol du bâtiment, per- méabilité des cheminements piétonniers), s en augmentant la végétalisation (espaces verts, toitures), s en concevant un stockage de rétention des eaux pluviales (stationnements, voiries). Assainir les eaux usées Les eaux usées, ou “eaux grises”, peuvent être domestiques, industrielles ou commerciales. Celles TROISIÈME PARTIE LES 14 CIBLES DE LA DÉMARCHE “HQE” 67
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    qui ont unepollution spécifique ne peuvent être rejetées directement dans un réseau d’assainis- sement collectif car elles doivent subir un prétraitement de manière à supprimer la pollution, ou être évacuées dès l’origine par une collecte spécifique. En l’absence de réseau collectif auquel se raccorder, il faut assurer un assainissement autonome des eaux usées à pollution non spécifique afin de réduire la pollution du cycle naturel de l’eau, des sols et des écosystèmes. L’assainissement autonome se fait traditionnellement par fosse septique et épandage, filtre à sable ou tranchée filtrante. Certaines techniques innovantes sont actuellement expérimentées et prouvent de plus en plus leur pertinence : le lagunage (bassins en série), l’épuration par les plantes, … CIBLE 6 Gestion des déchets d’activité L’objectif en matière de déchets était, qu’à partir du 1er juillet 2002, seuls les déchets ultimes pou- vaient être mis en décharge. En tout état de cause, les déchets de chantier (construction et déconstruction) ainsi que tous les déchets d’activités doivent être stockés en vue de leur évacua- tion et de leur traitement (recyclage ou valorisation). Le premier objectif est, bien sûr, de s’attacher à générer moins de déchets. À titre d’illustration un poste de travail tertiaire génère annuellement de 4 à 500 kg de déchets composés essentiel- lement de papiers et cartons. Des locaux adaptés à la collecte sélective Le travail de programmation est un moment privilégié pour que le maître d’ouvrage mène une réflexion, avec les utilisateurs, sur la gestion des déchets : types d’activités accueillies par le bâti- ment, types et volumes de déchets, scénarios d’occupation ou de fréquentation, organisation de la collecte, prestation de service éventuelle, possibilités locales de traitement. Le programme évoquera dans les grandes lignes le nombre, la capacité, l’emplacement et l’en- tretien des locaux de stockage des déchets. Dans le cas de plusieurs locaux de stockage intermédiaires, il faudra prévoir un cheminement des déchets vers un local central afin de faciliter la collecte en un seul point. Le concepteur favorisera de son côté, à travers le projet, toutes les dispositions physiques concer- nant l’emplacement, le nombre et le dimensionnement, les nuisances, l’accessibilité, le nettoyage de locaux de stockage facilitant la collecte sélective. La valorisation des déchets La mise en décharge des déchets a engendré de très nombreuses nuisances : pollution de l’air, de l’eau, des sols. Aussi, depuis quelques années, la réduction et la valorisation sont les objectifs d’une nouvelle stratégie dans la gestion des déchets. Ces derniers peuvent être valorisés de plusieurs manières selon leur nature : CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”68
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    s valorisation organiquepar compostage ou méthanisation pour les déchets verts, le compost pouvant être utilisé comme engrais et le méthane comme énergie, s valorisation de la matière pour les papiers, cartons, verres et métaux, recyclés dans le pro- cessus de fabrication ou récupérés pour une réutilisation, s valorisation énergétique pour l’ensemble des catégories de déchets, brûlés dans une usine d’in- cinération où l’énergie sera récupérée. Les déchets peuvent être classés en différentes catégories : les déchets ménagers, les déchets industriels banals et les déchets industriels spéciaux (DIB et DIS). La récupération des déchets industriels banals (papiers, cartons…) peut être effectuée par les producteurs alors que la récupération des déchets industriels spéciaux (cartouches pour impri- mantes ou photocopieurs, huiles de vidanges…), pouvant présenter un risque pour l’environne- ment, doit être effectuée par des services spécialisés en vue d’un traitement approprié. CIBLE 7 Gestion de l’entretien et de la maintenance On pense souvent, à tort, que l’entretien d’un patrimoine (le terme “maintenance” étant quasi équi- valent, mais ayant le mérite de bénéficier d’une définition normalisée) est une sorte de “mal néces- saire”, une ligne de dépense dont le seul enjeu est la minimisation. Trop rarement, la maîtrise d’ou- vrage publique française, et aussi les concepteurs, considèrent la maintenance et l’exploitation comme des concepts stratégiques complémentaires et indissociables des objectifs initiaux. Et pourtant… Le maître d’ouvrage gestionnaire a une durée de vie infiniment plus longue que celle du maître d’ouvrage constructeur ! Dit autrement : il s’agit de mettre en balance investissement initial et coûts différés, ce qui a déjà été abordé dans le chapitre “UNE APPROCHE ÉCONOMIQUE DE LA “HQE”. Il est donc fondamental que le programme exprime non seulement la demande du maître d’ou- vrage constructeur, porte-parole de la demande sociale, mais aussi exprime les aspirations du futur gestionnaire. Ce travail, a priori programmatique, mais qui se prolongera et s’affirmera pen- dant la conception prendra en compte : s les contraintes liées à l’environnement naturel (climatique : humidité, ensoleillement, pluviomé- trie, vent, gel, géotechnique, …) et ses conséquences sur le vieillissement, s les contraintes liées au milieu urbain (accessibilité, sûreté, sécurité, abords, …) ou aux types d’utilisation (publics, types d’activité, …), s enfin, les moyens de maintenance envisageables, qu’ils soient internes (nombre et qualification des personnels, matériels, …) ou externes (ressources proches, disponibilités, …). Il s’agit avant tout d’un problème économique de préservation du patrimoine (mais également d’image de la collectivité) qui ne devrait pas avoir besoin de la démarche “HQE” pour s’imposer. D’autant qu’aujourd’hui ces domaines bénéficient de savoirs et de publications techniques spécia- lisées. TROISIÈME PARTIE LES 14 CIBLES DE LA DÉMARCHE “HQE” 69
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    Couverture des thermesgallo-romains de Bliesbruck-Reinheim Première construction du parc archéolo- gique européen de Bliesbruck-Reinheim, ce bâtiment est destiné à la mise en valeur des ruines des thermes gallo-romains. Afin de protéger les vestiges, circulations et élé- ments muséographiques ont été suspendus à des cintres, comme un décor de théâtre. Les barres métalliques qui constituent ce gril technique sont disposées entre des fermes métalliques reposant sur des piliers situés à l’extérieur du bâtiment. Les passe- relles surplombant les ruines, à la hauteur du plancher original, donnent au visiteur une vision d’ensemble du fonctionnement des thermes. Des cloisons en bois, accro- chées aux cintres, concentrent l’attention du public sur certains aspects et restituent la volumétrie des pièces. Cet aménagement modulable, autorise une transformation de la mise en scène au cas où des découvertes scientifiques contrediraient les hypothèses aujourd’hui admises par les archéologues et mettraient en cause la présentation actuel- le. Maîtrise d’ouvrage : Département de la Moselle Maîtrise d’œuvre : Frédéric Jung et Gilbert Long Réalisation : 1993 Surface : 1 800 m2 couverts Coût des travaux : 12 MF HT, valeur 1992, soit 1,83 M€ HT, compris muséographie “Les projets doivent posséder une réserve de flexibilité, d’évolutivité, voire de neutralité préservant l’avenir.” Vue extérieur © Hervé Abbadie Vue intérieure © Hervé Abbadie
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    Néanmoins l’approche environnementalecontribuera à faire évoluer les mentalités. En premier lieu, la prise en compte d’exigences d’entretien et de maintenance s’effectuera plus en amont des réalisations. Il s’agira de se pencher très tôt sur l’organisation de la maintenance indispensable au bon fonc- tionnement du bâtiment sur les plans énergétiques, économiques, environnementaux et sur les moyens qui seront à mettre en œuvre ultérieurement : nombre, formation, implication des per- sonnes en interne au regard de la simplicité ou de la complexité des installations, appropriation par celles-ci, élaboration des procédures, …). Dans le cas d’une gestion externe : préparation à la négociation des contrats de service (contrats d’entretien avec obligation de moyens, contrats d’exploitation avec objectifs de résultats). Par ailleurs, à chaque étape du projet architectural, une attention sera spécialement portée aux faci- lités d’entretien et de maintenance (accès aux locaux et équipements, choix de matériaux, maté- riels nécessaires, facilitation du nettoyage, …). En second lieu, on se préoccupera, dans le choix des processus, des matériaux et des équipe- ments, à leur impact sur l’environnement et sur la santé des usagers et des utilisateurs (notam- ment les agents d’entretien). Il s’agira de prêter attention, évaluer et choisir des procédés d’en- tretien et de maintenance, des produits utilisés régulièrement, ainsi que tous les produits exigeant un renouvellement périodique au cours de la vie du bâtiment (peintures, enduits, vernis, joints, …). Ce chapitre ne peut être clos sans évoquer la notion de durabilité à partir du ou des cycles de vie supposés des bâtiments publics, ceci du “berceau à la tombe”. L’évolution rapide des pratiques, des modes de vie ou de travail, les progrès techniques, incitent à une plus grande flexibilité des bâtiments et à l’évolutivité de leurs équipements. Ceci est particulièrement vrai pour les bureaux sujets aux fluctuations d’effectifs ou pour les établissements scolaires en fonction des évolutions pédagogiques. Il n’est bien sûr pas de recettes, mais la question se doit d’être posée par la maîtrise d’ouvrage au cas par cas : les programmes et les projets possèdent-ils une réserve de flexibilité, d’évoluti- vité, voire de neutralité préservant l’avenir ? TROISIÈME PARTIE LES 14 CIBLES DE LA DÉMARCHE “HQE” 71
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    CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTUREET “HQE”72 CIBLE 8 Confort hygrothermique Le confort hygrothermique est la sensation d’une personne par rapport à la température et à l’humidité ambiantes du local dans lequel elle se trouve. Les conditions de confort hygrothermique dépendent principalement : s de l’homogénéité des ambiances hygrothermiques (implantation et orientation des vitrages, inertie et isolation thermique, sensations de confort en été, en hiver, en mi-saison, différence de température de bas en haut du corps, courant d’air ou effets de paroi froide, …), s du choix des équipements (systèmes de chauffage et de renouvellement d’air, et leur gestion). L’homogénéité des ambiances Par une réflexion architecturale élaborée (utilisation du climat, relation entre usage et orientation, protections solaires, …) plutôt que par une surenchère technique, l’approche environnementale donne la priorité à l’utilisation de systèmes passifs plutôt qu’à celle d’installations énergivores. La démarche “HQE” cherche donc à optimiser les consommations et les économies d’énergie en même temps qu’à apporter le “bien-être”. Ainsi, on visera à bénéficier au mieux des apports solaires en hiver tout en les limitant en été par l’étude bioclimatique de l’implantation et de l’orientation des surfaces vitrées. De même, l’isolation de ces parois vitrées devra être renforcée grâce à l’emploi de vitrages peu émissifs, c’est-à-dire d’une grande résistance thermique minimisant les déperditions de chaleur. On n’oubliera pas le confort de mi-saison, ignoré des réglementations et trop souvent mal maîtrisé par les concepteurs. L’inertie et l’isolation thermiques des bâtiments sont des critères majeurs du confort hygromé- trique car ils favorisent à la fois le bien-être des personnes et les économies d’énergie grâce aux Cible 8 Confort hygrothermique Cible 9 Le confort acoustique Cible 10 Confort visuel Cible 11 Confort olfactif Confort
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    matériaux qui emmagasinentet restituent petit à petit chaleur ou fraîcheur, permettant un réchauffement ou un refroidissement progressif. Toutefois il faut être conscient que la sensation de confort est liée aux individus et ne peut être abordée que statistiquement… Le consensus viendra sans nul doute prolonger et faire vivre le calcul. Le choix des équipements Pour satisfaire les exigences de confort thermique d’hiver, les systèmes de chauffage doivent être choisis en fonction de l’usage et des caractéristiques des locaux : surface, volume, ambiance inté- rieure, occupation, activité. On préférera, par exemple, un chauffage par rayonnement plutôt que par convection, car la chaleur obtenue se diffuse de façon plus homogène. Ceci permet d’éviter des écarts de température importants entre la tête et les pieds, ces écarts étant considérés comme désagréables par les utilisateurs. Le renouvellement de l’air joue un rôle très important dans le confort hygrométrique. En effet, il est nécessaire de veiller à ce que l’humidité de l’air reste comprise entre 30 % et 70 % afin que l’hygrométrie n’influe pas sur le confort ambiant. On peut maintenir ce niveau hygrométrique grâce à : s une ventilation hygroréglable asservie au taux d’humidité intérieure, s une ventilation à double flux permettant le chauffage ou le rafraîchissement de l’air entrant, ainsi que la récupération de la chaleur de l’air extrait. Les bâtiments doivent être équipés de systèmes de gestion automatisée centralisée sans toute- fois ôter aux usagers la possibilité d’ouvrir les fenêtres, de manœuvrer les protections solaires ou encore de régler la température ambiante ou la vitesse de diffusion de l’air, car cette gestion indi- vidualisée est également synonyme de qualité de vie. CIBLE 9 Le confort acoustique Le confort acoustique influence la qualité de vie au quotidien car les effets négatifs des nuisances sonores sont source d’accroissement de la nervosité et de troubles du sommeil. Ils peuvent même conduire à de graves problèmes de santé. Le confort acoustique exige donc la réduction, voire la suppression des bruits gênants (bruits aériens, bruits d’impact, bruits d’équipements), mais éga- lement la bonne compréhension des bruits agréables (conversation, musique, bruits naturels…). Pour parvenir à un niveau de confort acoustique satisfaisant à l’intérieur d’un bâtiment, il convient de prendre certaines précautions dès la programmation et la conception car les solutions cura- tives sont beaucoup plus onéreuses : s protéger le local des bruits extérieurs (transmissions aériennes, vibrations, …) après avoir fait l’inventaire et qualifié les sources de nuisances, s protéger le local des bruits internes au bâtiment (réverbérations, transmissions latérales, …). TROISIÈME PARTIE LES 14 CIBLES DE LA DÉMARCHE “HQE” 73
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    On identifie troistypes de nuisances sonores : s les bruits aériens provenant tant de l’extérieur (voiries, lignes de transports en commun, pas- sage d’avions…) que de l’intérieur (transmission directe ou réverbération de la parole…), s les bruits d’impact issus de l’utilisation des espaces internes (bruits de pas, chute d’un objet au sol, …), s les bruits des équipements techniques (locaux techniques, ascenseurs, VMC, chaufferie…). Dans le secteur du logement, la Nouvelle Réglementation Acoustique constitue un niveau de qua- lité acceptable. Les ouvrages publics font l’objet de réglementations spécifiques. Mais un bâtiment né d’une démarche “HQE” se doit d’aller au-delà par une recherche approfondie des ambiances sonores (salles de classe, cantines, piscines, établissements hospitaliers, …). La protection contre les bruits extérieurs L’implantation et l’orientation d’un bâtiment sont les premières mesures de protection contre les bruits extérieurs dont les sources ont été clairement identifiées. Dans le cas d’une opération comptant plusieurs bâtiments, l’une des constructions peut servir d’écran acoustique aux autres. Pour une opération d’un seul bâtiment, ou si la configuration précédente n’est pas possible, la création d’écrans acoustiques naturels ou artificiels peut être envisagée. De plus, on pourra pra- tiquer un zonage acoustique de l’espace intérieur en fonction de l’usage des locaux. En complément de ces dispositions architecturales, le confort acoustique peut être assuré tech- niquement par le renforcement des parois opaques et vitrées. L’isolation acoustique des parois pleines consiste le plus souvent en un doublage intérieur grâce à des isolants non rigides (laines minérales, PSE dB). Toutefois, dans la démarche ”HQE” on préférera des laines végétales (laine de chanvre, de lin) ou animales (laine de mouton). L’affaiblissement acoustique d’une fenêtre sera assuré par deux verres d’épaisseurs différentes et par l’étanchéité à l’air des liaisons entre les parois et les menuiseries. La protection contre les bruits internes Les bruits peuvent se propager soit par voie aérienne (transmission directe, réverbération) soit par voie solidienne (vibrations). Dans un bâtiment, le niveau de bruit engendré par les équipements ne doit pas dépasser 35 dB(A) dans les pièces principales et 50 dB(A) dans les pièces dites de service. Afin de lutter contre ces nuisances sonores, on devra choisir des équipements les moins bruyants possible (ventilation silencieuse) ou bien trouver des solutions techniques limitant la pro- pagation des sons et des vibrations (désolidarisation périphérique des parois, plots anti-vibratiles, chapes flottantes). La réverbération importante dans certains locaux pourra également nécessiter une correction acoustique in situ. Il faut enfin signaler la publication d’un cahier des charges élaboré par le Groupement de l’Ingénierie Acoustique, proposant une approche de confort acoustique différente de l’approche réglementaire et recherchant un niveau d’exigences s’intégrant tout à fait dans la démarche “HQE” CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”74
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    CIBLE 10 Confort visuel Peusouvent, le confort visuel est sérieusement pris en compte dans la conception des bâtiments courants sinon par des exigences des niveaux d’éclairement (en lux) qui servent surtout à l’éclai- ragiste pour le dimensionnement de son installation. Les paramètres physiologiques du confort visuel concernent l’éclairement, l’éblouissement et les contrastes, la perception des contours et des couleurs. Quant aux paramètres psychosociolo- giques, ils dépendent de la quantité, de la distribution et de la qualité de la lumière reçue, ainsi que des relations visuelles entretenues avec l’environnement extérieur. La démarche “HQE” introduit deux nouveautés : s la priorité accordée à l’éclairage naturel, celui-ci étant un facteur psychologique important et mieux adapté aux besoins physiologiques de l’homme que l’éclairage artificiel, s la prise en compte de diverses sources d’inconfort visuel (éblouissement, contrastes, couleurs). Les apports en lumière naturelle L’optimisation des apports de lumière naturelle, des ensoleillements et des vues sera donc étu- diée avec une grande attention afin : s d’assurer un éclairage d’ambiance suffisant sans éblouir, s de profiter de l’ensoleillement hivernal et de son apport calorifique tout en maîtrisant les sur- chauffes d’été, s d’offrir des vues agréables sur l’extérieur. Les apports d’éclairage naturel, par le dimensionnement des fenêtres, seront étudiés local par local, en fonction de la destination, de l’orientation et de la profondeur des bâtiments. Les concep- teurs auront à réaliser des arbitrages entre le désir de lumière naturelle, les couleurs recherchées des parois, le coût des surfaces d’ouverture, les risques de déperditions et de surchauffes. Il convient donc de demeurer raisonnable dans les niveaux d’exigence : une fois et demi des niveaux habituels sur la zone nécessitant un éclairement important semble être un bon compromis. En plus des jours principaux, il peut être intéressant de créer des seconds jours (impostes vitrées, puits de lumière, patios, …) afin de mieux diffuser la lumière dans les locaux profonds. Concernant les parties communes (halls, cages d’escalier, ascenseurs, …), les apports de lumière naturelle doivent être recherchés car ils procurent un grand confort visuel aux utilisateurs tout en favori- sant la sécurité ainsi que les économies d’énergie. Dans tous les cas, les occupants des locaux doivent avoir la possibilité de moduler le niveau d’éclai- rement habituel (par exemple par des stores). Cependant, l’augmentation des apports en lumière naturelle peut rendre plus difficile la maîtrise du confort d’été. Dans ce cas, des solutions de protection solaire par l’extérieur éviteront l’échauf- fement excessif de la façade exposée tout en permettant le rayonnement solaire. Ces protections solaires, en se méfiant des démonstrations de type “high-tech”, pourront être mobiles afin d’as- surer une meilleure gestion de l’ensoleillement. TROISIÈME PARTIE LES 14 CIBLES DE LA DÉMARCHE “HQE” 75
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    Parking de latour des remparts à Heilbronn, Allemagne Photo vue d’avion © Mahler Günster Fuchs Photo vue d’extérieur © Dietmat Strauss Ce grand équipement urbain, implanté à l’entrée nord de Heilbronn, apporte une réponse à la fois économique et écologique aux exigences fonctionnelles et techniques d’un bâtiment utilitaire. Les 500 places de stationnement sont réparties sur cinq étages et un deck à ciel ouvert, encadrés par les deux rampes d’accès. Dans une vision lointaine, le bâtiment reproduit sur 140 m de long, 18 m de large et 15 m de haut la massivité d’une forteresse. Pour le piéton qui s’approche, les lames du barda- ge à claire-voie introduisent une trame à son échelle. Les vides ménagés entre les chevrons de l’enveloppe permettent une ventilation et un éclairage naturels. Outre ses qualités esthétiques, cette solution astucieuse offre aux usagers un confort visuel et une sécurisation inhabituels dans un parking et permet d’importantes écono- mies de fonctionnement. Maîtrise d’ouvrage : Commune de Heilbronn. Architectes : Mahler Günster Fuchs, Stuttgart, Allemagne Bureau d’études structure : Fischer und Friedrich, Stuttgart Réalisation : 1998 Surface : 13 500 m2 shon Coût des travaux : 4 M€ “L’éclairage naturel est un facteur psychologique important.”
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    La qualité del’éclairage artificiel L’éclairement artificiel vient compenser le manque d’éclairement naturel ou remplacer ce dernier. Il devrait posséder les mêmes qualités que l’éclairage naturel. Il devrait aussi éviter tout risque d’éblouissement lié à une trop forte luminance ainsi que permettre la restitution des couleurs des objets éclairés. Les niveaux d’éclairement et d’autres spécifications sont issus des travaux de l’Association Française de l’Éclairage auxquels les concepteurs se reportent légitimement. Niveaux d’éclaire- ment, luminance et risques d’éblouissement, contrastes, rendu des couleurs, sont des sciences et des techniques aujourd’hui très élaborées. En même temps que ménager une sensation de confort, le but poursuivi devrait être également de procurer le plaisir de l’oeil et l’émotion visuelle. CIBLE 11 Confort olfactif Le confort olfactif est ressenti au travers des odeurs par notre sensibilité à celles-ci. Chacune des odeurs que perçoit un individu active la muqueuse, générant ainsi une image olfac- tive transmise au cerveau et donnant lieu à une signification. Celle-ci résulte souvent d’une inter- action complexe entre les paramètres physiques de l’environnement immédiat, mais également de variables individuelles telles que les attentes ou les représentations sociales. s la gêne olfactive est l’équivalent du bruit pour le son, s le confort olfactif se traduit soit par l’absence d’odeurs, soit par la diffusion d’odeurs agréables. Les gênes olfactives potentielles proviennent aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur des bâtiments. Cette préoccupation est à ce jour rarement prise en compte dans les programmes et les projets. s à l’extérieur : présence d’établissements polluants, proximité d’usines ou d’établissements agri- coles, trafic automobile, … s à l’intérieur : pathologie du bâti comme les moisissures, produits conservés (papiers, alimentaire, déchets, …) bioeffluents, ou fumée de cigarettes, … Le confort olfactif se résume donc en une recherche de la qualité de l’air ambiant par deux moyens : s la limitation des polluants à la source, s une ventilation appropriée des locaux. Contre la pollution extérieure, s’il n’est pas possible de traiter l’émission à la source, on pourra s’attacher à positionner judicieusement les entrées d’air (prise en compte des vents dominants). Les systèmes de ventilation à double-flux offrent la possibilité de traiter l’air neuf en cas de besoin. Ils nécessitent une réception minutieuse et un entretien attentif et régulier. En interne, le problème sera traité par des réductions à la source, ainsi qu’une ventilation adaptée. Cette cible concernant la réduction des mauvaises odeurs (mais peut-être également la diffusion d’odeurs agréables ou d’utilisation de végétaux à l’intérieur ou à proximité immédiate du bâtiment comme le jasmin ou la glycine, …) accompagne et se conjugue avec celle de la qualité sanitaire de l’air. TROISIÈME PARTIE LES 14 CIBLES DE LA DÉMARCHE “HQE” 77
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    CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTUREET “HQE”78 CIBLE 12 Conditions sanitaires des espaces La santé, rejoignant en cela les préoccupations des sociétés contemporaines (sang contaminé, vache folle, amiante, …) a été mise au cœur de la démarche “HQE”. Le champ avéré des connaissances, et donc des risques en la matière, est inégal. Il en est de même pour la réglementation. Ceci tient au fait que les liens entre causes et effets ne peuvent être certifiés qu’à la suite d’études épidémiologiques lourdes relatives à la fréquence des phéno- mènes et leurs déterminants sur différents groupes humains. La question des risques chimiques et biologiques induits par les bâtiments fait intervenir le degré d’occurrence, l’acuité du risque (normalisé et classifié depuis le risque “nul” jusqu’à “certain”) et son degré de gravité en matière d’effets sur la santé. Ces risques sont de différentes natures : cancérigène, toxique, allergène, et peuvent être hiérar- chisés : s risques reconnus (monoxyde de carbone, amiante, plomb, radon, …), s risques difficiles à cerner (micro-organismes, composés organiques volatiles, formaldéhydes, ...), s risques présumés (ondes électromagnétiques, …). Les risques concernant la santé des usagers peuvent être liés à la nature des matériaux utilisés ou bien au dysfonctionnement des équipements, risques à prendre en compte sur l’ensemble du cycle de vie du bâtiment. En ce qui concerne les matériaux, les fibres occupent une place non négligeable dans les préoc- cupations actuelles. Seule l’amiante a vu son caractère cancérigène reconnu et a fait l’objet d’une interdiction. Dans l’“état de l’art”, la situation des autres matériaux fibreux, malgré des essais de classification, est moins cernable. Les évaluations et les débats y afférant sont en cours. Cible 12 Conditions sanitaires des espaces Cible 13 Qualité sanitaire de l’air Cible 14 Chantier à faibles nuisances Santé
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    Des avancées rapidesse produisent actuellement quant à l’emploi ou au non-emploi des matériaux ou produits émettant des Composés Organiques Volatiles (COV) et du formaldéhyde. Ces COV pro- viennent de différentes sources : contreplaqués, agglomérés, conservateurs de bois, colles urée- formol, solvants de peinture, colles et vernis, revêtements de sols, …). Ces produits provoquent des symptômes irritatifs, neuropsychologiques, voire cancérigènes. Mais si leurs émissions sont élevées pendant la mise en œuvre, celles-ci ont tendance à diminuer fortement avec le temps. Il faut être conscient que l’évaluation environnementale, parmi laquelle l’évaluation du risque santé, est très complexe. Dans le cadre d’une démarche globale, maîtres d’ouvrage et concepteurs auront à manier, mesu- rer, pondérer un ensemble de critères plus ou moins inconciliables : énergie de production et transport, mise en œuvre, renouvelabilité et recyclabilité, absence de risques sur la santé, …, ce qui demeure une gageure, surtout dans le cadre de budgets serrés ou de disponibilités sur le mar- ché local. Aujourd’hui, dans l’attente d’une montée en puissance et de la normalisation de l’information envi- ronnementale, les prescripteurs doivent souvent faire des choix pragmatiques et appliquer sans excès quelques principes de précaution. Mais, hors la question des matériaux et produits, maîtres d’ouvrage et concepteurs, par l’archi- tecture et les équipements, veilleront à la création de lieux satisfaisant les conditions d’hygiène. Ils prendront des dispositions facilitant le nettoyage et l’évacuation des déchets d’activité, dispositions pouvant dans certains cas favoriser les soins de santé. Enfin, une démarche “HQE” se doit d’être irréprochable en ce qui concerne la commodité des locaux pour les personnes à mobilité réduite. CIBLE 13 Qualité sanitaire de l’air La qualité de l’air dans un bâtiment est une exigence primordiale pour la santé des utilisateurs et des usagers. Si certains gaz sont naturellement présents dans l’air (oxygène, dioxyde de carbone, ozone, azote, vapeur d’eau), d’autres polluants sont le résultat de l’activité humaine (gaz d’échap- pement ou de combustion, particules en suspension). Si les premiers ne doivent pas dépasser cer- taines concentrations, les seconds ne devraient pas être présents. La qualité de l’air dépend donc de la maîtrise des sources de pollutions : s par l’air extérieur, s par les produits de construction (abordés précédemment), s par les équipements des bâtiments, s par les opérations de maintenance et d’entretien, s par le radon ou des particules radioactives, s par excès d’humidité. Pour garantir une qualité de l’air satisfaisante, maîtres d’ouvrage, concepteurs et gestionnaires TROISIÈME PARTIE LES 14 CIBLES DE LA DÉMARCHE “HQE” 79
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    doivent d’une partchercher à limiter les pollutions et d’autre part, veiller à assurer une bonne ven- tilation des locaux. Le renouvellement de l’air intérieur par apport d’air extérieur représente un risque de pollution non négligeable dû aux concentrations parfois importantes de composés organiques, chlorés ou fluo- rés, et de métaux lourds. Pour préserver les usagers de cette pollution, une VMC double flux peut être installée afin de dépolluer l’air extérieur capté par filtration avant soufflage dans les locaux. On procédera de même avec l’air intérieur vicié. On évitera de placer les prises d’air à côté d’équi- pements comme les tours frigorifiques, les édicules de ventilation et de climatisation, afin de rédui- re le risque de pollution de l’air extérieur par les rejets de ces appareils. Les produits de construction peuvent également représenter une source de pollution non négli- geable notamment à cause de certains composés organiques volatiles (COV) les constituant. D’autres produits peuvent stocker d’autres types de pollution et les dégager par la suite. Il est donc nécessaire d’en tenir compte lors du choix des matériaux. Certains équipements comme les appareils de combustion, les conduits d’alimentation en com- bustible, les alimentations en air et les conduits de fumées doivent posséder un système de sécu- rité normalisé afin d’éviter les intoxications au monoxyde de carbone. D’autres équipements comme les circuits de ventilation, de chauffage, de refroidissement ou de traitement d’air peuvent abriter des micro-organismes allergènes ou plus dangereux pour la santé des usagers (légionelles, virus). Dans un cas comme dans l’autre, il est nécessaire de sensibiliser les gestionnaires à l’importan- ce de l’entretien. Cependant, les opérations de maintenance et d’entretien peuvent être la source de pollution par l’emploi de produits présentant des risques pour la santé des personnels comme pour celle des usagers. Les concepteurs doivent favoriser les solutions architecturales et techniques pour les- quelles les finitions et les revêtements s’entretiennent aisément sans utilisation de produits dan- gereux. La question de la pollution par le radon, gaz radioactif émanant du sol, est une préoccupation rela- tivement récente. Après vérification de la présence de radon sur le site d’une opération, maîtres d’ouvrage et concepteurs doivent prendre des mesures de prévention (étanchéification des parois en contact avec le sol, conduit d’extraction en attente de l’air du sol, du vide sanitaire ou de la cave, recours à un système de ventilation par soufflage). La pollution de l’air par excès d’humidité est également combattue par les exigences de confort hygrothermique. En effet, la condensation sur les faces intérieures des parois entraîne, outre des sensations désagréables, le développement de moisissures ainsi que la dégradation de l’envelop- pe d’un bâtiment. Pour maîtriser l’humidité de l’air et la condensation, on cherchera à supprimer les ponts ther- miques et on mettra en place un système de ventilation munie d’un déshumidificateur. La démarche “HQE” attache une grande importance à la qualité de l’air, en même temps qu’à la maîtrise des consommations d’énergie. La ventilation des locaux dépend d’exigences contradic- toires : pour obtenir une qualité de l’air satisfaisante, il est nécessaire que le débit volumique de renouvellement d’air soit conséquent, alors qu’au regard des critères de maîtrise de l’énergie, il faut que celui-ci soit faible afin de réduire les besoins de chauffage de l’air pulsé. CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”80
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    Toutefois, la prioritésera accordée à la préservation de la santé des personnes. On choisira donc un système de ventilation optimisée (Ventilation Mécanique Contrôlée simple ou double flux, ventilation hygroréglable, ventilation asservie au taux de dioxyde de carbone ou à la présence des personnes et à l’activité, éventuellement ventilation naturelle assistée). Enfin, concevoir un système de ventilation optimisée est une chose, maintenir son efficacité dans le temps en est une autre, d’où la nécessité de rendre pérennes les procédures de maintenance. CIBLE 14 Qualité sanitaire de l’eau Afin d’assurer une bonne qualité de l’eau potable, l’approche “HQE” peut s’appuyer sur un ensemble de lois, dont la loi sur l’eau du 3 janvier 1992. Les normes européennes et françaises sur la qualité de l’eau potable étant très strictes, il n’est pas nécessaire de prévoir un traitement supplémentaire au niveau du bâtiment, sauf exception (présence de pesticides, de bactéries, ...). La qualité de l’eau potable dépend de plusieurs facteurs : s la qualité de l’eau délivrée par les distributeurs, s la qualité des matériaux utilisés pour les canalisations, s les conditions sanitaires d’entretien et de maintenance des réseaux. Des négligences concernant ces différents points peuvent avoir des conséquences néfastes pour la santé des personnes. Aussi, afin de préserver une qualité satisfaisante de l’eau, est-il nécessaire de lutter contre les pol- lutions. Celles-ci peuvent être de plusieurs natures : s pollution bactérienne (légionelles), s pollution par le plomb, s pollution par le tartre et la corrosion. La préservation de la qualité de l’eau potable Les réseaux de distribution d’eau chaude doivent être conçus de manière à éviter la stagnation (canalisations trop longues, points bas, bras morts), la corrosion, les retours d’eau, la détériora- tion physico-chimique et la prolifération bactériologique. Pendant de nombreuses années, le plomb a été employé pour les canalisations de distribution d’eau potable. Malléable et très résistant à la corrosion, il reste un matériau d’une grande toxicité provoquant à long terme des effets avérés pour la santé des personnes. Aujourd’hui, les canali- sations de distribution dans les constructions neuves sont en cuivre ou en acier galvanisé, les canalisations en plomb dans l’existant étant de plus en plus remplacées. Le calcaire constitue également une source de pollution de l’eau car sa forte concentration dans les réseaux de distribution peut entraîner l’entartrage des canalisations et des équipements (chauffe-eau, chaudières, pompes, machines à laver…). Un traitement de l’eau peut être envisa- TROISIÈME PARTIE LES 14 CIBLES DE LA DÉMARCHE “HQE” 81
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    gé en veillanttoutefois à ne pas trop adoucir l’eau car une eau trop “douce” peut se révéler plus agressive pour les canalisations qu’une eau trop “dure”, c’est-à-dire trop calcaire. Les réseaux d’eau non potable La gestion de l’eau est un point important de la démarche “HQE”. Afin de ne pas gaspiller l’eau potable pour des activités pour lesquelles elle n’est pas indispensable (arrosage des espaces verts, nettoyage des véhicules, lutte contre l’incendie), il est possible de créer un réseau spéci- fique de distribution. Cependant, en France, à l’inverse d’autres pays européens, le Conseil Supérieur pour l’Hygiène Publique s’oppose à la présence simultanée dans un bâtiment des deux réseaux de distribution d’eau potable et d’eau non potable. Dans le cas du recours à l’eau non potable, il est obligatoire que le réseau spécifique soit aisément repérable, afin qu’on ne puisse l’utiliser par mégarde pour la consommation humaine. CONSTRUCTIONS PUBLIQUES ARCHITECTURE ET “HQE”82
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    Remerciements Cet ouvrage reprenden partie des textes publiés par la MIQCP et le PUCA dans l’ouvrage “Intégrer la qualité environnementale dans les constructions publiques” dont la rédaction avait été confiée à Georges Wursteisen, architecte, Alain Bornarel et Pascale Maes (TRIBU), Jean-Jacques Navarro, consultant. Le travail préparatoire à cet ouvrage a été confié à Andréas Christo-Foroux, architecte. La Mission a bénéficié des conseils éclairés de Gilles Olive (Association “HQE”), Dominique Gauzin Müller, architecte, auteur de “l’Architecture écologique” (Éditions du Moniteur), Philippe Madec, architecte, Hubert Penicaud, architecte, et Serge Sidoroff, ingénieur (ICEB). Dominique Gauzin Müller a été chargée des illustrations et légendes. Sont remerciées toutes les personnes qui ont exprimé leur avis sur les manuscrits : Dominique Bidou, Président de l’Association “HQE” – Yves Dessuant, Président de l’Institut de la Programmation en Architecture et en Aménagement – Philippe Druon, Directeur du CAUE du Pas de Calais – François Guillot, Directeur Général des services techniques et de l’aménagement de la Ville de Caen – Françoise-Hélène Jourda, architecte – Véronique Lancelin, Présidente du Syndicat des Programmistes en Architecture et Aménagement – Olivier Piron, Secrétaire Général du PUCA – Gérard Rigaudeau, Chef du service des Constructions Publiques de la DDE des Hauts de Seine, les architectes qui ont mis à disposition leurs projets aux fins d’illustrations, ainsi que toute l’équipe de la MIQCP. REMERCIEMENTS 83
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    MISSION INTERMINISTÉRIELLE POURLA QUALITÉ DES CONSTRUCTIONS PUBLIQUES Arche Sud — 92055 La Défense cedex — Téléphone 01 40 81 23 30 — Fax 01 40 81 23 78 www.archi.fr/MIQCP Culture Communication Ministère