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made on a PC with LibreOffice
michel.puech@paris-sorbonne.fr
Une éthique technophile est-elle soutenable ?
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3
présentations
je suis un philosophe, je pose des questions
je parle à des ingénieurs, donc j'élabore des réponses
sur les questions, je privilégie qu'elles soient authentiques
elles se posent réellement, et il n'y a pas de "kit idéologique" avec des
réponses toutes prêtes
pas de "langue de bois"
sur les réponses, je privilégie qu'elles soient opérationnelles et
robustes
elles ne produisent pas seulement de la satisfaction intellectuelle mais des
changements dans le monde réel
4
pourquoi faut-il une philosophie et une éthique de la technologie ?
parce que la technosphère et l'infosphère sont un monde
radicalement nouveau
dans lequel nos repères culturels et surtout éthiques ne fonctionnent
pas bien
voler un pain / pirater un épisode de Game of Thrones
une disruption technologique (matérielle et immatérielle)
→ des disruptions sociales et sociétales
par ex. les menaces sur l'emploi à cause de la robotisation des
postes de travail
par ex. les moyens de surveillance avancée
→ des disruptions culturelles, éthiques :
des remises en question qui nous sont imposées
5
pourquoi faut-il une philosophie et une éthique de la technologie ?
il faut pouvoir justifier les choix, dans une démocratie
≠ les imposer, de manière autoritaire ou paternaliste
ex : les vaccins
→ accumuler du ressentiment contre les "élites", les "technocrates"
ex : l'industrie nucléaire
pouvoir effectuer ses propres choix
dans ses responsabilités professionnelles
ex : le Dieselgate
dans sa vie personnelle
citoyen-consommateur, citoyenneté numérique, etc.
6
pourquoi faut-il une philosophie et une éthique de la technologie ?
la technologie est
puissante 
ce qu'elle fait aujourd'hui, on ne pouvait même pas l'imaginer
IHDE Don, Technology and the lifeworld: from garden to earth, Indiana UP, 1990.
pervasive (se diffusant partout)
elle n'est pas un extraordinaire manié par les pouvoirs, elle est un
ordinaire manié par tous
PUECH Michel, The ethics of ordinary technology, Routledge, 2016.
opaque
elle fonctionne de plus en plus en "boîtes noires"
demander aux étudiants de philosophie pourquoi lorsqu'on appuie sur ce
bouton il y a de la lumière dans la pièce
se demander ce qui se passe quand on lance une requête sur Google
PASQUALE Frank, The black box society: the secret algorithms that control money
and information, Harvard UP, 2015.
7
pourquoi tant de technophobie dans les médias et dans les sciences humaines ?
technophobie : voir d'abord dans une nouvelle technologie son
potentiel de menace, risque, perte, domination, inégalités...
technophilie : voir d'abord dans une nouvelle technologie son
potentiel d'usage, service, gain, bien-être, facilitation...
pourquoi tant de technophobie chez ceux qui réfléchissent ?
à cause d'une confusion anthropologique de base : l'opposition entre
"humain" et "technique"
évidence contraire : l'humain est naturellement technicien, depuis le
néolithique (le feu, la parole, l'agriculture)
il existe des techniques déshumanisantes, mais LA technique en tant
que telle est LE principal facteur de l'humanisation
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pourquoi tant de technophobie dans les médias et dans les sciences humaines ?
autres facteurs d'explication
parce que les sciences humaines et sociales tournent encore
souvent avec "le logiciel des années 1970" 
"il y a un complot capitaliste et on ne peut rien faire tant qu'on reste dans
une économie de marché"
à cause de l'ambivalence du service et du contrôle
origine cybernétique des technologies contemporaines : le contrôle
diffusion et pervasivité des technologies numériques : le service
mais ambiguïté très fréquente, volontaire ou pas, entre les deux :
1) on nous propose comme un service ce qui est en réalité un contrôle
typique dans le S.I. de son lieu de travail...
2) nous voulons le service sans comprendre qu'il demande l'acceptation d'un
contrôle potentiel
"je veux que Google Maps puisse toujours me dire où je suis mais que... lui il ne le
sache pas"
possible via une blockchain ... ?
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que serait une éthique technophile ?
constructive 
ne pas laisser toute la place à la "critique sociale"
inventer des "humanités numériques" qui puissent même s'intégrer
aux "sciences de l'ingénieur"
pluraliste
intégrer les pensées non-nord-occidentales pour parvenir à des
systèmes de valeur adaptés au global
soutenable
dans tous les domaines et dans tous les sens du terme :
écologique, social, économique
recentrée sur la "construction de soi" et sur l'"ordinaire'"
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que serait une éthique technophile ?
gestion des disruptions sociales et éthiques ?
étude de cas : les pertes d'emploi dues à la robotisation
cas classique : le Guichet Automatique de Banque, ATM, distributeur de
billets
question : le travail de l'humain qui accomplissait cette tâche était-il un travail
réellement humain ?
en théorie mais surtout en pratique ?
réponse "non" – suggérée par le fait qu'il a pu être automatisé
une variante éthique des théorèmes de Church et de Turing ?
transposable au cas des caisses de supermarché en self-service avec
lecteurs de code barre
transposition au cas du robot effectuant la toilette intime des personnes
dépendantes
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que serait une éthique technophile ?
éventail de solutions
remettre en question les travaux effectués par des humains mais qui
ne sont pas "humains"
→ il est possible/légitime que des non-humains les accomplissent
question subsidiaire si vous êtes contre le robot de toilette intime des
personnes dépendantes : voulez-vous exercer ce métier ?
mettre en place des substitutions non-suppressives 
→ l'usager a le choix entre un interlocuteur humain et une interface
non-humaine (banque, supermarché, toilette intime)
inventer un fonctionnement économique dans lequel ces options sont
économiquement rentables globalement (= soutenables)
→ on utilise cette rentabilité pour des emplois humains non
substituables (santé, éducation, art, etc.)
et/ou pour créer un revenu universel inconditionnel
...
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pourquoi se recentrer sur la "construction de soi" et l'"ordinaire" ?
la construction de soi : ce que nous avons oublié dans notre
culture nord-occidentale
culture nord-occidentale qui repose sur le pouvoir et les techniques
de pouvoir
→ distinguer trois sortes de pouvoir :
1) le pouvoir sur les choses : la technologie
trouver une technologie pour résoudre le problème
2) le pouvoir sur les autres : la domination, la politique
trouver à qui se soumettre pour résoudre le problème
3) le pouvoir sur soi : l'éthique, la sagesse
agir soi-même sur soi-même pour traiter le problème
nous privilégions (1) et (2), nous négligeons (3)
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pourquoi se recentrer sur la "construction de soi" et l'"ordinaire" ?
l'importance éthique de l'ordinaire
dans l'humanisation et dans la vie réelle
travaux de psychologie/neurologie sur les apprentissages initiaux du
langage, des comportements relationnels, et des valeurs
par des micro-actions ordinaires
nous ne vivons pas dans la sphère des médias (et donc des
politiciens)
le vrai pouvoir est dans nos actions et non-actions quotidiennes
la carte de (non-)paiement a plus de pouvoir que le bulletin de vote
(…)
14
pourquoi se recentrer sur la "construction de soi" et l'"ordinaire" ?
solution sur service/contrôle :
exiger la transparence minimale (≠ opacité systématique) qui permet
de prendre conscience des termes de l'échange (trade off) :
quel service contre quel contrôle ? quel contrôle contre quel service ?
→ se réapproprier la décision 
par exemple "oui" à Google Maps et "non" à Facebook
le primat de l'usage
"empowerment" du "user-end" par rapport au "designer-end"...
la bascule entre une ancienne culture technologique, celle du
contrôle, et une nouvelle culture technologique, celle du service
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pourquoi se recentrer sur la "construction de soi" et l'"ordinaire" ?
mais il faut dans un premier temps disposer de la technologie et de
sa puissance (de contrôle), pour ensuite l'orienter vers le service
application à la pédagogie idéale dans une école d'ingénieurs :
1) faire des ingénieur-e-s 
2) les dés-ingénieuriser
+ une option qui devient de plus en plus importante : féminiser
car il y a un gradient de "genre" dans l'alternative service/contrôle
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bilan constructif et soutenable
des partis pris et convictions :
notre monde va mal et c'est en partie dû au fait que nous n'affrontons pas
les vraies questions de valeurs et de projets
nous en sommes distraits par des bulles médiatiques, politiciennes, publicitaires
nous avons les ressources humaines et intellectuelles pour le faire et une
technoéthique constructive est un projet qui répond à ce besoin
mais au niveau de la prise en charge de chaque individu par lui-même, pas au
niveau d'une idéologie salvatrice
l'innovation intellectuelle suggérée est le recentrage sur la construction
ordinaire de soi
dans la technosphère et dans l'infosphère
l'étape suivante (déjà accessible) est la constitution de collectifs
collaboratifs (non-institutionnels, post-politiques) 
elle commence tout de suite par la discussion avec vous de ces analyses et
hypothèses...
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aller plus loin
michel.puech@paris-sorbonne.fr
http://michel.puech.free.fr

Une éthique technophile est-elle soutenable ?

  • 1.
    1 made on aPC with LibreOffice michel.puech@paris-sorbonne.fr Une éthique technophile est-elle soutenable ?
  • 2.
  • 3.
    3 présentations je suis unphilosophe, je pose des questions je parle à des ingénieurs, donc j'élabore des réponses sur les questions, je privilégie qu'elles soient authentiques elles se posent réellement, et il n'y a pas de "kit idéologique" avec des réponses toutes prêtes pas de "langue de bois" sur les réponses, je privilégie qu'elles soient opérationnelles et robustes elles ne produisent pas seulement de la satisfaction intellectuelle mais des changements dans le monde réel
  • 4.
    4 pourquoi faut-il unephilosophie et une éthique de la technologie ? parce que la technosphère et l'infosphère sont un monde radicalement nouveau dans lequel nos repères culturels et surtout éthiques ne fonctionnent pas bien voler un pain / pirater un épisode de Game of Thrones une disruption technologique (matérielle et immatérielle) → des disruptions sociales et sociétales par ex. les menaces sur l'emploi à cause de la robotisation des postes de travail par ex. les moyens de surveillance avancée → des disruptions culturelles, éthiques : des remises en question qui nous sont imposées
  • 5.
    5 pourquoi faut-il unephilosophie et une éthique de la technologie ? il faut pouvoir justifier les choix, dans une démocratie ≠ les imposer, de manière autoritaire ou paternaliste ex : les vaccins → accumuler du ressentiment contre les "élites", les "technocrates" ex : l'industrie nucléaire pouvoir effectuer ses propres choix dans ses responsabilités professionnelles ex : le Dieselgate dans sa vie personnelle citoyen-consommateur, citoyenneté numérique, etc.
  • 6.
    6 pourquoi faut-il unephilosophie et une éthique de la technologie ? la technologie est puissante  ce qu'elle fait aujourd'hui, on ne pouvait même pas l'imaginer IHDE Don, Technology and the lifeworld: from garden to earth, Indiana UP, 1990. pervasive (se diffusant partout) elle n'est pas un extraordinaire manié par les pouvoirs, elle est un ordinaire manié par tous PUECH Michel, The ethics of ordinary technology, Routledge, 2016. opaque elle fonctionne de plus en plus en "boîtes noires" demander aux étudiants de philosophie pourquoi lorsqu'on appuie sur ce bouton il y a de la lumière dans la pièce se demander ce qui se passe quand on lance une requête sur Google PASQUALE Frank, The black box society: the secret algorithms that control money and information, Harvard UP, 2015.
  • 7.
    7 pourquoi tant detechnophobie dans les médias et dans les sciences humaines ? technophobie : voir d'abord dans une nouvelle technologie son potentiel de menace, risque, perte, domination, inégalités... technophilie : voir d'abord dans une nouvelle technologie son potentiel d'usage, service, gain, bien-être, facilitation... pourquoi tant de technophobie chez ceux qui réfléchissent ? à cause d'une confusion anthropologique de base : l'opposition entre "humain" et "technique" évidence contraire : l'humain est naturellement technicien, depuis le néolithique (le feu, la parole, l'agriculture) il existe des techniques déshumanisantes, mais LA technique en tant que telle est LE principal facteur de l'humanisation
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    8 pourquoi tant detechnophobie dans les médias et dans les sciences humaines ? autres facteurs d'explication parce que les sciences humaines et sociales tournent encore souvent avec "le logiciel des années 1970"  "il y a un complot capitaliste et on ne peut rien faire tant qu'on reste dans une économie de marché" à cause de l'ambivalence du service et du contrôle origine cybernétique des technologies contemporaines : le contrôle diffusion et pervasivité des technologies numériques : le service mais ambiguïté très fréquente, volontaire ou pas, entre les deux : 1) on nous propose comme un service ce qui est en réalité un contrôle typique dans le S.I. de son lieu de travail... 2) nous voulons le service sans comprendre qu'il demande l'acceptation d'un contrôle potentiel "je veux que Google Maps puisse toujours me dire où je suis mais que... lui il ne le sache pas" possible via une blockchain ... ?
  • 9.
    9 que serait uneéthique technophile ? constructive  ne pas laisser toute la place à la "critique sociale" inventer des "humanités numériques" qui puissent même s'intégrer aux "sciences de l'ingénieur" pluraliste intégrer les pensées non-nord-occidentales pour parvenir à des systèmes de valeur adaptés au global soutenable dans tous les domaines et dans tous les sens du terme : écologique, social, économique recentrée sur la "construction de soi" et sur l'"ordinaire'"
  • 10.
    10 que serait uneéthique technophile ? gestion des disruptions sociales et éthiques ? étude de cas : les pertes d'emploi dues à la robotisation cas classique : le Guichet Automatique de Banque, ATM, distributeur de billets question : le travail de l'humain qui accomplissait cette tâche était-il un travail réellement humain ? en théorie mais surtout en pratique ? réponse "non" – suggérée par le fait qu'il a pu être automatisé une variante éthique des théorèmes de Church et de Turing ? transposable au cas des caisses de supermarché en self-service avec lecteurs de code barre transposition au cas du robot effectuant la toilette intime des personnes dépendantes
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    11 que serait uneéthique technophile ? éventail de solutions remettre en question les travaux effectués par des humains mais qui ne sont pas "humains" → il est possible/légitime que des non-humains les accomplissent question subsidiaire si vous êtes contre le robot de toilette intime des personnes dépendantes : voulez-vous exercer ce métier ? mettre en place des substitutions non-suppressives  → l'usager a le choix entre un interlocuteur humain et une interface non-humaine (banque, supermarché, toilette intime) inventer un fonctionnement économique dans lequel ces options sont économiquement rentables globalement (= soutenables) → on utilise cette rentabilité pour des emplois humains non substituables (santé, éducation, art, etc.) et/ou pour créer un revenu universel inconditionnel ...
  • 12.
    12 pourquoi se recentrersur la "construction de soi" et l'"ordinaire" ? la construction de soi : ce que nous avons oublié dans notre culture nord-occidentale culture nord-occidentale qui repose sur le pouvoir et les techniques de pouvoir → distinguer trois sortes de pouvoir : 1) le pouvoir sur les choses : la technologie trouver une technologie pour résoudre le problème 2) le pouvoir sur les autres : la domination, la politique trouver à qui se soumettre pour résoudre le problème 3) le pouvoir sur soi : l'éthique, la sagesse agir soi-même sur soi-même pour traiter le problème nous privilégions (1) et (2), nous négligeons (3)
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    13 pourquoi se recentrersur la "construction de soi" et l'"ordinaire" ? l'importance éthique de l'ordinaire dans l'humanisation et dans la vie réelle travaux de psychologie/neurologie sur les apprentissages initiaux du langage, des comportements relationnels, et des valeurs par des micro-actions ordinaires nous ne vivons pas dans la sphère des médias (et donc des politiciens) le vrai pouvoir est dans nos actions et non-actions quotidiennes la carte de (non-)paiement a plus de pouvoir que le bulletin de vote (…)
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    14 pourquoi se recentrersur la "construction de soi" et l'"ordinaire" ? solution sur service/contrôle : exiger la transparence minimale (≠ opacité systématique) qui permet de prendre conscience des termes de l'échange (trade off) : quel service contre quel contrôle ? quel contrôle contre quel service ? → se réapproprier la décision  par exemple "oui" à Google Maps et "non" à Facebook le primat de l'usage "empowerment" du "user-end" par rapport au "designer-end"... la bascule entre une ancienne culture technologique, celle du contrôle, et une nouvelle culture technologique, celle du service
  • 15.
    15 pourquoi se recentrersur la "construction de soi" et l'"ordinaire" ? mais il faut dans un premier temps disposer de la technologie et de sa puissance (de contrôle), pour ensuite l'orienter vers le service application à la pédagogie idéale dans une école d'ingénieurs : 1) faire des ingénieur-e-s  2) les dés-ingénieuriser + une option qui devient de plus en plus importante : féminiser car il y a un gradient de "genre" dans l'alternative service/contrôle
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    16 bilan constructif etsoutenable des partis pris et convictions : notre monde va mal et c'est en partie dû au fait que nous n'affrontons pas les vraies questions de valeurs et de projets nous en sommes distraits par des bulles médiatiques, politiciennes, publicitaires nous avons les ressources humaines et intellectuelles pour le faire et une technoéthique constructive est un projet qui répond à ce besoin mais au niveau de la prise en charge de chaque individu par lui-même, pas au niveau d'une idéologie salvatrice l'innovation intellectuelle suggérée est le recentrage sur la construction ordinaire de soi dans la technosphère et dans l'infosphère l'étape suivante (déjà accessible) est la constitution de collectifs collaboratifs (non-institutionnels, post-politiques)  elle commence tout de suite par la discussion avec vous de ces analyses et hypothèses...
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