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1. Aux origines de la presse en ligne                                             « Pour nous, le print ce nest pas du tou...
Le terme « presse écrite » ne sera pas utilisé puisque trop généraliste et englobant à la fois lapresse en ligne et la pre...
Une constatation que ne partage pas le journaliste et spécialiste Cédric Motte: « quand onregarde linformation publiée sur...
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manière de travailler. Linformation est désormais également déclinée en photo, vidéo et enson.« Ça change surtout la maniè...
Du côté de la production dinformation sur la Toile, les apparences sont trompeuses. Desétudes ont mis en lumière le fait q...
Pierre Haski qui est co-fondateur et directeur de publication à Rue89, ajoute dailleurs que ceque les journalistes déciden...
sémantique ou tagué ». A cela, Philippe Laloux, ajoute quil faut repenser les contenus et leurapparence par rapport aux no...
sa propre timeline, à son expérience en ligne qui sera absolument phénoménale dans sonchoix. » (HUFNAGEL, 2010)           ...
2. Un nouveau métier: le journaliste web              « Ça fait un an quon me demande ce que je fais de ma vie, jen peux p...
aujourdhui on arrive à une génération qui se lève avec les réseaux sociaux ». (DACCORD,2010)        2.2. Les journalistes ...
profondeur avec une audience plus diverse, attirer lattention sur le travail du journaliste etenfin, construire et exercer...
considérer que leur travail nest pas terminé lorsquils ont fini un article, considérer quelinvestigation, le travail denqu...
Si le débat initialement prévu entre les forçats et les négriers a finalement tourné à la tableronde, il a néanmoins permi...
regroupés au sein de DJIIN: l’association pour le développement du journalisme, del’information et de l’innovation numériq...
2.4. Nouvelles tâches, nouveaux métiers, nouveaux outils               2.4.1. Community-editor vs community-manager: de la...
deux un community manager. Ce sont quasiment les seuls jobs qui se créent». (BOUNOUA,2010)Pour Antoine Daccord, son job ne...
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3. Tous journalistes?                                                                 « Y a deux types de journalistes:   ...
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Cette tarification de contenu est une vieille idée mais pas seulement parce quelle fut dusagependant quatre siècles. Le Ti...
qui se sont exprimées sont une catégorie bien particulière puisquil y a nettement moins decommentateurs que de lecteurs.Ce...
Si le fait que certains médias sappuient sur les internautes pour leur amener des scoops etproduire une partie des contenu...
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personnes pour la faire émerger ». (MOTTE, 2010). Le réseau social est un média dediffusion dinformation dautant plus effi...
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Panorama de l'évolution de la presse à l'heure d'Internet: du fil info au pure-player en passant par les réseaux sociaux
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Panorama de l'évolution de la presse à l'heure d'Internet: du fil info au pure-play par Aurore Peignois de l'Institut des Hautes Etudes des Communications Sociales Haute Ecole Galilée

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Panorama de l'évolution de la presse à l'heure d'Internet: du fil info au pure-player en passant par les réseaux sociaux

  1. 1. Institut des Hautes Etudes des Communications Sociales Haute Ecole Galilée Panorama de lévolution de la presse à lheure dInternet:du fil info au pure-player en passant par les réseaux sociauxTravail présenté dans le cadre du mémoire de fin d’études pour l’obtention dutitre de Master en Communication appliquée, section Presse et InformationPar Aurore PeignoisMaster 2 – Presse et Informationaurore.peignois@gmail.comPromotrice : Régine Florent IHECS – Bruxelles – Juillet 2010 Avertissement au lecteur 1
  2. 2. On peut aisément dire que deux des principales caractéristiques de linformation en ligne sontla rapidité de diffusion de linformation et la rapidité avec laquelle ces informationspourrissent. Sil fallait faire un parallèle avec ce mémoire, je dirais quil est empreint de lamême problématique.A travers ces quelques pages, il sera donné une photographie non exhaustive du monde de lapresse en ligne. Et encore, une partie de la presse en ligne. Exclusivement celle qui depuisdeux à cinq ans présente un impact majeur dans le monde des médias, à la lueur de sapopularité ou de son originalité.Internet étant sans frontières, des références seront faites tant aux médias françaisquaméricains ou belges. Lobjectif est de donner un panorama des tendances fortesactuellement.Lors de la lecture de ce travail, une très grosse partie des informations quil contient aura déjàété vue et revue et sera potentiellement dépassée. De nouveaux enjeux, de nouveaux outils, denouvelles techniques et de nouvelles polémiques seront nés que ce soit en lespace de quinzejours, deux mois ou un an. Lobjectif est surtout dasseoir une partie des éléments quidétermineront les tournants majeurs de lévolution de la presse à lheure dInternet.Bien que ce mémoire soit rédigé sur un document papier, sa configuration sera égalementsemblable à un article web. Deux versions seront dailleurs disponibles, dune part, unetraditionnelle, dautre part, une version « hyperlinkée » permettant de suivre lorigine descitations ou des informations lorsque celles-ci sont hébergées sur un site internet.Les interviews réalisées pour ce mémoire seront disponibles dans leur intégralité sur un blog àladresse suivante: http://aurore.owni.frEnfin, ce travail est à considérer comme une matrice de laquelle de nombreuses discussionspeuvent naître. Certaines questions seront simplement effleurées quand dautres serontanalysées en profondeur, sans quil y ait de règle spécifique à cela. Lobjectif final de cetravail est surtout dêtre un instantané de la presse en ligne en ce début juillet 2010. 2
  3. 3. INTRODUCTIONDe tout temps, les supports médiatiques dinformations journalistiques ont subi de nombreusesmutations.Jai décidé de prendre lévolution du support et précisément linvention de limprimerie parGutenberg au XVe siècle, comme point de départ à la révolution des supports journalistiques.Celle-ci a connu plusieurs vagues majeures qui eurent un impact tant sur le développementque sur le traitement de linformation.A travers les siècles et précisément ces cent dernières années, nous avons connu, après lanaissance de la presse imprimée, larrivée de la radio puis celle de la télévision. Le siècledernier, nous avons également pu apprécier lémergence dInternet en tant que médiadinformations journalistiques.Lun à la suite de lautre, ces quatre médias ont connu deux changements. Dune part, uneévolution physique, technique et sémantique en plusieurs phases (dont nous retiendronsessentiellement et volontairement uniquement certaines parties), dautre part, une méfiancesans précédent du monde des médias, qui, à chaque arrivée dun nouveau modèle, craint devoir son confort révolu pour de bon. A limage de ces journalistes de la presse écrite quicroyaient voir venir la fin de leur existence lors de larrivée de la radio puis de la télévision,nous verrons que lémergence dInternet néchappe pas à la règle. Pourtant, lhistoire nousmontre que le développement des radios publiques puis privées, na pas compromis la surviedes modèles précédents. Larrivée de la radio de service public puis des radios libres devenuesprivées est dailleurs un autre exemple marquant. Tous ces médias sont toujours présentsactuellement, moins nombreux certes mais plus diversifiés. Cependant, faire un lien unique decause à effet entre la diminution de titres de presse ou de stations de radio et lémergence desnouveaux médias, est simplement inconcevable.Ces « nouveaux » médias ont clairement forcé les « traditionnels » à revoir leur offre et leurbusiness plan mais, on ne peut désormais plus dire que linformation sur Internet est la cause 3
  4. 4. majeure de la crise de la presse. La crise de la presse ne date pas de la création du web ou dela télévision.Cest ce qui explique en partie quInternet, comme quatrième média révolutionnaire connaîtencore en 2010, un rejet de la part de la profession dû à différentes craintes et ignorances.Croire que les journalistes auraient tiré les leçons du passé s’évitant cette méfiance lors del’arrivée de la presse sur Internet serait « naïf ». La majorité dentre eux tirent encore à bouletrouge sur cette forme de journalisme, laccablant de tous les maux.Pourtant, ce quon ne peut nier, cest quInternet apporte un énorme souffle de renouveau sur laprofession. Que ce soit en matière de supports, de formes de journalisme ou tout simplementde médias. Nous verrons que certains estiment même quInternet permet aux journalistes derenouer avec les origines de leur métier à savoir, linvestigation en profondeur, la vérificationdes sources tout en sintéressant enfin aux lecteurs. Internet un mal nécessaire mais salvateur?Il semblerait bien.A travers ce travail, le lecteur sera invité à découvrir les phases marquantes de lévolution delinformation, du journaliste et du journalisme à lheure dInternet. Les craintes que ce type dejournalisme fait naître auprès des acteurs directs et les conséquences qui y sont relatives. Ilsera également passé en revue, ce que « la Toile », à travers, entre autres, les réseaux sociaux,a apporté au métier et à linformation. On verra aussi les problèmes quelle pose et commentles médias tentent dy répondre. Jévoquerai également quelques nouveaux modèles etspécifiquement les « pure-players », ces médias sociaux récents, pour enfin conclure surlimportance des business modèles pour les médias et les perspectives davenir.Ce travail est donc surtout un instantané de ce qui sest fait et se fait, jusquà la mi 2010,puisquune des caractéristiques majeures de la presse en ligne est son éternel et infinimouvement.Cest en somme, un regard sur cette évolution que nous vivons au jour et le jour et dont nousnobservons que le commencement. 4
  5. 5. PRE-REQUISWeb 2.0Lorsque lon parle dInternet en 2010, on évoque souvent le « web 2.0 ». Cette expression néeen 2004 de la bouche de Tim OReilly – le fondateur dune maison dédition spécialisée danslinformatique – revêt plusieurs définitions.Dune part, il sagit dinterfaces ayant la particularité dêtre claires et simples permettant ainsiaux internautes de saventurer sans trop de difficultés au cœur des rouages de la Toile.Dautre part, il sagit de la transformation idéologique quInternet a subie. Celle-ci a placé lesutilisateurs au centre du réseau. Ils sont désormais des acteurs de première ligne pouvantinfluencer et modifier le contenu quils peuvent également créer eux-mêmes. Tout ceci nétaitpas possible avec ce quon a appelé à posteriori, le « web 1.0 » ou web statique. Linternaute« lambda » est désormais un acteur majeur au sein du réseau. Il nest plus uniquement passif.Comme le signale également Jean-Pierre Govekar, consultant Internet, « ce web estnotamment caractérisé par lapparition de nouveaux services multi-supports (ordinateur, pda,téléphone) favorisant linteraction entre les internautes (blogs, wikis, réseaux sociaux,partage de photos et de vidéos, réactions) et les informations (rss [Really SimplySyndication, des agrégateurs de liens, ndlr.], journaux citoyens, tags) grâce aux technologiesAjax (un langage informatique permettant de changer du contenu dynamique sans rechargerla page), xml et surtout à une meilleure maîtrise des technologies de web dynamique ».(ZDNET, 18.10.2006)Réseaux sociauxA linstar du concept de réseau social en sociologie, « le terme fait référence à desapplications Internet dont la fonction principale, de manière très simplifiée, est de relier lesindividus entre eux ». (REGUER, COUTON-WYPOREK, LEGRIS-DESPORTES, 2009)Lémergence du premier réseau social remonte à 1997 aux Etats-Unis. Il sagit dewww.sixdegrees.com. Le site permettait aux utilisateurs de créer leur profil, lister leurs amiset de surfer à travers les listes personnelles de leurs connaissances. Si ces trois possibilités 5
  6. 6. existaient bien avant la création de Six Degrees, le réseau est le premier à combiner les troissur la même plate-forme.De 1997 à 2001, dautres réseaux sociaux voient le jour aux Etats-Unis: AsianAvenue,BlackPlanet et MiGente. Lobjectif est toujours de connecter ses amis.En 2001, le premier réseau social à vocation professionnelle voit le jour: Ryze.com. Il serasuivi dans la foulée par Linkedin, Tribe.net, et Friendster. (BOYD, ELLISON, 2007)En Europe, lémergence de réseaux sociaux se fait plus difficilement.A une exception: Netlog. Le réseau social né en Belgique en 2004 semble être une réellealternative à leuropéenne face à Facebook. (CAVAZZA, 2009)2004 est justement une année très prolifique en matière de création de réseaux sociaux. Cesten effet cette année-là que Facebook voit le jour. Créé par Mark Zuckerberg et destiné àlorigine à ses camarades de classe dHarvard, le réseau social compte aujourdhui plus de 400millions de membres à travers le monde, dont 3,5 millions en Belgique. (La Libre,12.06.2010)Enfin, un des derniers nés et des plus prometteurs, Twitter est arrivé en 2006. Sorti duncroquis de Jack Dorsey – un des pères fondateurs – le réseau vise à partager ses pensées etses activités via 140 caractères, soit la taille dun sms.Loiseau gazouilleur (le symbole de Twitter) a très vite rejoint le top 10 des réseaux sociauxles plus influents. (SOCIAL MEDIA WATCH, 21.07.2009)A lanalyse des informations de cette année 2010, on peut aisément dire que le réseau devientprogressivement une des sources majeures dinformation des journalistes présents sur la Toileen 2010, qui y sont dailleurs surreprésentés. (VOISIN, 2010)Parmi les exemples récents: les révoltes en Iran ou le tremblement de terre en Haïti.Pure-playerOn appelle « pure-player » une entreprise, un service et désormais par extension un médiaayant démarré et exerçant son activité uniquement sur Internet. Parmi les plus connus, on 6
  7. 7. retrouve Slate.fr, Rue89.fr ou Backchich.info en France, HuffingtonPost.com et Slate.com auxEtats-Unis et Apache.be en Belgique.Nouveaux médiasLe terme nouveaux médias est généralement employé pour définir les récents outils qui parlarrivée dInternet et du numérique redéfinissent laccès, la production et la diffusiondinformations en opérant également des changements sur lévolution du métier de journaliste.Ces outils ont pour vocation de connecter les personnes entre elles, puis de les connecter aveclinformation. Cela vise tant les réseaux sociaux que les pure-players, les sites Internet ou lessupports tels que les smartphones (HTC, Iphone, Blackberry...), les tablettes (Ipad) en passantpar les portes de frigo.Rich MediaLe « Rich Media » concerne linformation enrichie via différents médias tels que limage, leson, la vidéo, le texte, la visualisation de données ou linteractivité. Il concerne égalementlagencement et la répartition donnés par le journaliste, des informations qu’il mettra à ladisposition de l’internaute. Lintérêt du Rich Media concerne la subsidiarité: permettre àchaque média de sexprimer de la manière la plus profitable par rapport à ses caractéristiquespropres. « Le rich média permettrait ainsi de donner « à voir », « à comprendre » et « àentendre » plus facilement, mais aussi d’expliquer des phénomènes complexes ».(ROZIERES, 2010, 9) 7
  8. 8. 1. Aux origines de la presse en ligne « Pour nous, le print ce nest pas du tout une finalité. Un journaliste web aujourdhui va être plus content du nombre de re-tweet1 que de limpression papier. Cest aussi ce qui clashe avec lancienne génération ». Antoine Daccord, journaliste au Figaro.fr 1.1 Définition du concept « presse en ligne »On entendra par « presse en ligne » dans ce travail, linformation qui peut être consultée surune plate-forme Internet dun média reconnu comme tel par la Commission paritaire despublications et agences de presse (CPPAP) française2.En ce sens, l’éditeur de presse en ligne doit publier un contenu en ligne qui se devra dêtre« original, essentiellement écrit, édité à titre professionnel, composé d’informationsd’actualité, régulièrement renouvelé et daté, faisant l’objet d’un traitement journalistique, enmatière de recherche, de vérification et de mise en forme des informations, ne constituant niun outil de promotion ni l’accessoire d’une activité industrielle ou commerciale et, produitpar au moins un journaliste professionnel, s’il s’agit d’information politique et générale ».La mesure vise à la fois les sites Internet de la presse traditionnelle et les «pure-players». Enrevanche, les sites qui ne regrouperont que des dépêches, mais aussi les blogs et les sitesInternet personnels ne pourront pas prétendre au statut d’éditeur de presse en ligne.(Juriscom.net, 03.12.2009 et Pme.service-public.fr, 30.10.2009)Le terme « presse en ligne » trouve également son équivalence dans les termes suivants:« presse internet », « presse web », « presse 2.0 » que vous pourrez retrouver de nombreusesfois à travers ce travail.1 Un re-tweet est un (re)-partage dune information sur le réseau social Twitter, auquel la source est mentionnée et qui confère une certaine réputation à son auteur si celle-ci est fortement partagée.2 Une telle commission nexiste pas en Belgique. Cependant un projet de décret serait en préparation en Communauté Française, qui ne confirme pas linformation de linformation de lOffice Wallonie Bruxelles. 8
  9. 9. Le terme « presse écrite » ne sera pas utilisé puisque trop généraliste et englobant à la fois lapresse en ligne et la presse imprimée, ce qui pourrait donc porter à confusion. 1.2. Naissance de la presse en ligneDès le milieu des années 90, de nombreux sites web diffusent des dépêches dactualité. Ils nesont généralement pas reliés au monde du journalisme. Parmi ceux-ci, se trouvent AOL.com,France-Telecom.fr ou encore Yahoo.com.Un peu plus tard, la majorité des rédactions de quotidiens nationaux se dotent également dunsite Internet qui sera étroitement lié à lédition imprimée. Parmi ceux-ci, Dhnet.be en juin2000 ou Lalibre.be en janvier 2001. Cette arrivée sur la toile du groupe IPM (La Libre/LaDH) répondait surtout à un effet de mode, puisquà cette époque, Le Soir avait déjà lancé sonsite Internet. « On mettait en ligne principalement les articles du journal papier et très peu dedépêches. Contrairement à ce qui se passe aujourdhui, il y avait également très peudactualisation de linformation. Le lancement de ce site dinformation répondait surtout aufait quil fallait être sur le net, un point cest tout ». (DEPRE, 2010)Les années suivantes, des sites indépendants, des blogs et des pure-players émergent. AuxEtats-Unis, il sagit dHuffingtonPost.com, Slate.com ou Salon.com. En France, ce sontRue89.fr, Mediapart.org ou encore Bakchich.info. (DAGIRAL, PARASIE, 2010, p.15). EnBelgique, après une tentative avortée dun pendant .be de Rue89 orchestré par des anciensjournalistes du Soir, Apache.be est véritablement le seul pure-player belge, mais il nestdisponible quen néerlandais. 1.3. Caractéristiques et évolutions 1.3.1. Valeur de linformation vs. information de valeurLors dune étude menée en 2006, F. Rebillard a constaté que la publication dinformationsexclusives pour la presse en ligne est marginale par rapport à la reproduction dinformationsinitialement produites pour les médias traditionnels. (REBILLARD, 2006, 54) 9
  10. 10. Une constatation que ne partage pas le journaliste et spécialiste Cédric Motte: « quand onregarde linformation publiée sur les pure-players, cest clairement une information exclusiveet réservée à Internet ». (MOTTE, 2010)Au delà des pure-players en effet, peu de sites dits de médias traditionnels produisent descontenus exclusifs pour la « Toile », même si ces derniers mois, lheure est au changement.Au Figaro, des contenus approfondis sont offerts, mais aux abonnés uniquement. Cependant,le succès nest pas totalement au rendez-vous. Le quotidien régional Sudpresse sy metprogressivement lors dévènements particuliers tels que des festivals. A la Dernière Heure,depuis février 2010, des vidéos dédiées exclusivement au site sont réalisées par MathieuMilitis. Parmi les évènements couverts, le Tour de France. (DUMONT, 2010)Au Soir, linformation produite par la rédaction papier est disponible sur la Toile mais defaçon payante. Philippe Laloux, rédacteur en chef du Soir.be: « il n’y a aucune volonté dedonner le journal gratuitement. Ce qui fait vivre Le Soir, ce sont les 80.000 journaux venduschaque jour, pour un chiffre d’affaires de 50 millions d’euros par an. Le Soir papier estpayant, le site est gratuit. Il n’y a pas de stratégie à la Murdoch pour revenir au payant,comme cest le cas pour le New York Times, puisqu’on n’a jamais donné nos contenusgratuitement ». (LALOUX, 2010)Et la direction du journal de ne pas vouloir faire limpasse sur 50 millions deuros, là oùLesoir.be nen rapporte que 2.« Il faut considérer que tous les contenus sont payants. Il faut les valoriser et les présenter surune forme particulière. Pour l’Ipad, par exemple, il est hors de question de faire payer descontenus formatés 300€ comme pour l’abonnement papier, mais gratuitement ce ne serait paspossible car ce service a une vraie valeur, contrairement à l’information. Qui va payer pouracheter l’éditorial de Béatrice Delvaux ? Personne ! Par contre, payer quelques euros parmois pour accéder à des contenus exclusifs, plus de services, un chat et des informationstriées, archivées, hiérarchisées: oui. L’information n’a pas de valeur mais le service bien ».(LALOUX, 2010)Afin malgré tout de continuer à produire de linformation, mais surtout celle qui rapporte, LeSoir sest également lancé dans différentes stratégies économiques. Outre les produits vendusen partenariat avec le quotidien (DVD, recueils, encyclopédies...), le groupe Rossel vend 10
  11. 11. désormais des ... thés. Si à lorigine, une partie des rentrées financières de la presse écriteétaient les petites annonces, ils doivent désormais préserver leur santé financière en vivantavec leur temps, sans pour autant perdre leur objectif de vue: « apporter au lecteur, uneinformation et un service de qualité, quelque soit le support de lecture ». (LALOUX, 2010) 1.3.2. Linformation en perpétuel changementUne autre caractéristique de linformation en ligne est son caractère « mouvant ». Le supportpermet un nombre infini de mises à jour. En ce sens, il est également possible de corriger,améliorer et enrichir linformation publiée. Il est désormais courant de trouver un articleInternet dans lequel une partie des informations est « hyperlinkée » (des liens qui pointentvers dautres sites Internet à lintérieur même dun texte), à cela peuvent être ajoutés, unephoto, une vidéo, un chat (un « cover it live » généralement) et dans de plus rares cas, unagrégateur de tweets (messages Twitter de 140 caractères) sur le sujet.Ecrire un article pour la presse imprimée ou pour la presse Internet na pas les mêmescaractéristiques. Le média Internet étant voué spécifiquement à la rapidité. Les articles webauront tendance à être beaucoup plus courts et directs et veilleront à ce que toute linformationsoit donnée le plus vite possible au lecteur (tout doit généralement être dit dans le titre et lechapeau).Aujourdhui encore, lécriture dun article est également conditionnée par les moteurs derecherches. Il est recommandé dans les rédactions que les titres soient accrocheurs pour lelecteur mais surtout pour Google. Lenjeu est le référencement de larticle par le célèbremoteur de recherches afin dengranger un plus grand nombre de visites. La publicitérémunérant actuellement les médias sur Internet au nombre de clics ou de pages vues, il estdésormais indispensable dutiliser également des mots-clés dits bankables. Ces mots-clés, àforte tendance de clics, donc fortement rémunérateur pour Google et les journaux, sontrépertoriés, entre autres, par Google Insight (ou Google Tendances des recherches en français)(voir chapitre 2.4.3).Pour Mélissa Bounoua, journaliste et « community manager » chez 20minutes.fr, cetteévolution a changé le journalisme dans le sens où ce nest plus le même média, ni la même 11
  12. 12. manière de travailler. Linformation est désormais également déclinée en photo, vidéo et enson.« Ça change surtout la manière de traiter linfo puisque les gens veulent avoir les faits enpremier lieu. Ça a renforcé la séparation entre les faits et le breaking news ».(BOUNOUA,2010) Chez 20minutes.fr, les journalistes et community-manager ont dailleurs à peine « 3minutes » pour mettre linformation en ligne. (BOUNOUA, 2010)« Et parce quil y a ce flot dinformations en permanence, il y a aussi un retour en force delanalyse et du décryptage de linformation. On le voit avec toutes les créations de magazinesqui sont plus sur le fond et le grand reportage comme 21 ou le nouveau Usbek et Rica.Ce sont de très grands papiers où on prend le temps de refaire du vrai journalisme. Lesjournalistes font leurs recherches en profondeur à leur aise. Ils peuvent aller sur le terrain,alors que sur le web on ny va quasi jamais. Ça renforce vraiment la différence entre lebreaking news, qui va de plus en plus vite et lanalyse qui est de plus en plus longue »,explique Mélissa Bounoua. (BOUNOUA, 2010) 1.3.3. Analyse des changements de rapport à linformationSelon une étude de 2008 du Centre de Recherche Pew reprise par le Time, « il y a plusdAméricains qui consultent les infos en ligne gratuitement quil ny en a qui paient desjournaux ou des magazines ». (TIME, 22.03.2009, 22)Ces dernières années, le rapport à l’information a connu plusieurs évolutions. Pour êtreconcret, on peut dire quil a totalement changé. « Pendant des siècles, le journaliste donnaitde l’information de manière verticale, cest-à-dire en distribuant le savoir, le même contenu àdes gens, du haut d’un piédestal. Les gens lisaient ce qu’on leur donnait sans possibilité deretour », (LALOUX, 2010). « Avec le web, ce sont les internautes qui vont décider de ce quiest pour eux lactualité aujourdhui, et plus les journalistes ». (MOTTE, 2010) Et NicolasWillems, journaliste à la RTBF radio de constater que limplication des internautes dans leprocessus de création de linformation a totalement changé: « jai des internautes quimenvoient des mails pour me tuyauter sur un événement ou pour me dire que javais lairendormi ce matin. Cest tout nouveau, désormais linternaute joue clairement un rôle et lesjournalistes doivent en tenir compte ». (WILLEMS, 2010) 12
  13. 13. Du côté de la production dinformation sur la Toile, les apparences sont trompeuses. Desétudes ont mis en lumière le fait que la création de contenu est plutôt marginalisée etsexprime via la « loi des 1% »: « sur 100 personnes en ligne, 1 seule créera du contenuinédit, 10 interagiront avec ce contenu et lenrichiront (en commentant, améliorant,recommandant, votant...) et 89 personnes iront simplement le consulter ». (SLIDESHARE,2006,10) 1.3.4. Une hiérarchie à réinventerQuelle hiérarchie pour linformation sur Internet?Cette question, les journalistes de la presse en ligne se la posent tous les jours. Fluctuante, elleest souvent décidée par la ligne éditoriale du média, limportance supposée pour un faitdactualité en fonction du contexte actuel, de lintérêt supposé quaura linternaute ou enfin,simplement au « feeling ». Comme me lexpliquait Vincent Genot, lors dun stage au Vif.be,certaines informations sont volontairement mises en avant uniquement parce quelles serontdes pièges à clics via les moteurs de recherche. A titre dexemple, un article avec dans le titrele mot Facebook attirera de nombreux lecteurs. A la fois parce quil tient, certes, dunphénomène de mode, mais aussi parce que le moteur de recherche liera le réseau social àlédition Internet du journal pour peu que son nom soit défini également dans la recherche dece mot clé ou quil soit recherché via Google News (Google Actualité en français).Chez Rue89, lorganisation de la hiérarchie de linformation est loin de répondreprioritairement à la tyrannie des moteurs de recherche: « on essaie de trouver un équilibreentre 3 éléments. Le premier, notre sentiment sur lactualité du jour (certains évènements sontincontournables, on essaie dy apporter notre regard). Le deuxième, ce quon apportedoriginal en sujets: des angles, des papiers ou des scoops. Le troisième, ce que le participatifet les partenariats apportent en contenu pour notre site. Ces partenariats avec dautres sitesnous permettent de proposer des contenus originaux sur des domaines quon ne couvre pas ».(HASKI, 2010) 13
  14. 14. Pierre Haski qui est co-fondateur et directeur de publication à Rue89, ajoute dailleurs que ceque les journalistes décident le matin en réunion de rédaction est loin de correspondre auvisuel qua finalement le site en soirée.Johan Hufnagel, rédacteur en chef de Slate.fr, estime quil y a tout de même une hiérarchiedans linformation qui est tributaire du moment. « Lorsque deux événements majeurs arriventpresque simultanément, lequel va ou reste en une? » Cest ce genre de question qui a amenéléquipe du pure-player à innover sur le traitement en direct de linformation. « Il fallaittrouver comment ranimer et nourrir une information chaude du jour pour la tirer sur toute lajournée ». Pour parvenir à maintenir vivante cette actualité, les journalistes se sont mis àproposer de nouveaux contenus sur le sujet via des décryptages, des interviews ou dessélections de liens. Johan Hufnagel note une différence de processus sur Slate.fr, puisquilsagit dun site danalyses et par conséquence, il ny a pas vraiment de papiers chauds. « Cesont les meilleurs papiers que lon met en une. Ensuite la hiérarchie se fait dans la page enfonction de la maquette du site ». (HUFNAGEL, 2010)Mais Johan Hufnagel explique également que la hiérarchie existe de moins en moins puisqueles internautes arrivent bien souvent par les moteurs de recherche sur des articles bien précis:« désormais, cest également le comment et pourquoi je suis arrivé sur Slate qui fait lahiérarchie. Elle est en fonction de la recommandation par Facebook notamment, ou de larecherche via Google ». (HUFNAGEL, 2010)Une hiérarchie de linformation à géométrie variable semble être la réalité sur les sites Internetdactu. Ce média récent force la majorité des rédactions à avancer à tâtons et expérimenter denouvelles pratiques, l’œil vissé sur ce que fait le voisin, quil soit en France ou aux Etats-Unis. 1.3.5. De nouvelles formes de consommationLa consommation de linformation a également évolué depuis environ 5 ans. Aujourdhui, lesinternautes lisent ce qu’ils recherchent sur le support qui leur convient. Ce qui amène PhilippeLaloux à constater que l’information elle-même a changé: « les news qui sont centrées sur unsite portail, c’est fini. Désormais, l’information est sociale, partagée, fragmentée etsegmentée même dans sa construction narrative, on peut réellement parler du web 14
  15. 15. sémantique ou tagué ». A cela, Philippe Laloux, ajoute quil faut repenser les contenus et leurapparence par rapport aux nouveaux supports de lecture. « Exporter le pdf dun journal surliPhone ne sert à rien puisque ça rend les articles illisibles » (LALOUX, 2010). Un avispartagé par Pierre Haski, dont les citoyens de la Rue, ont réclamé une application iPhonepermettant de lire le site sans changement dorientation du contenu, une fois couché dans unlit.Selon Pierre Haski, il y a également un autre élément qui montre les nouvelles formes deconsommation de linformation. Il prend lorigine des visiteurs de Rue89 pour étayer sa thèse:« on a 3 sources de trafic majeures: la première, cest la recommandation, soit tous les liensentrant en provenance des emails, des blogs, de Facebook... Lensemble de ces liensproduisent 37% du trafic. La deuxième, ce sont les gens qui tapent directement Rue89 dansleur navigateur, et la troisième seulement cest Google, avec environ 20-25%. » (HASKI,2010)Pour le directeur de publication, cest intéressant puisque ça lui permet de comprendre lestendances et « dadapter » le modèle aux besoins des utilisateurs.Cette révolution de consommation, les médias ne lavaient pas vraiment imaginée. Larrivéedes smartphones et spécifiquement de liPhone a dailleurs engendré un énormebouleversement dans le monde de linformation. « Je pense quon est au début dune histoirequon maîtrise mal. Les changements dhabitudes de lecture sont impressionnants. Quandvous allez dans un métro aujourdhui, vous ne voyez plus personne avec un journal en main.Cest terrifiant! Il y a un autre rapport à lactualité, aux sources des médias. Le simple faitque les gens nont plus de rapport exclusif à un titre pose également des questions pour lepaiement. Personne ne paiera pour 10 sites. Demander de payer, cest demanderlexclusivité ». (HASKI, 2010)Si la plupart des journalistes entre trente et septante ans ont grandi avec des parents qui étaientfidèles à un seul titre, la génération de demain ne connaitra plus cela. Lexclusivité héritéedune habitude familiale disparaît avec la nouvelle génération de lecteurs.« Jai limpression que le lecteur de demain, le plus jeune des lecteurs daujourdhui, ne liraplus le papier, ou de manière exceptionnelle. Sur quoi lira-t-il Le Monde, Le Nouvel Obs? Surle web, sur lIpad, sur de la feuille électronique... En tout cas il y aura une relation au flux, à 15
  16. 16. sa propre timeline, à son expérience en ligne qui sera absolument phénoménale dans sonchoix. » (HUFNAGEL, 2010) 1.3.6. Peut-on réellement parler de révolution?« Pour moi cest une révolution à la hauteur de ce qua été linvention de limprimerie ».(RAPHAEL, 2010). Ces mots sont ceux de Benoît Raphaël, ex-rédacteur en chef du Post. Sila phrase est choc, cest peut-être parce que les évolutions le sont également. Une position quene partage pas tout à fait Nicolas Voisin, qui estime que lon se situe plus dans une mue delinformation, à limage de larrivée de la radio ou de la télévision. « Internet bouscule lepaysage médiatique, mais est-ce quon parle de révolution? A quel niveau est vraiment cetterévolution. Je trouve que les termes sont très abusifs. La diffusion de la culture, linformation,ce que jappelle la médiation culturelle est un paysage qui sest toujours transformé, qui atoujours été animé par plein dacteurs différents: des acteurs institutionnels, des acteursassociatifs, des acteurs de type médias traditionnels, des acteurs dits dinnovation. Tous cesdifférents maillons font un paysage et un écosystème cohérent. Cest une table de mixage et onest en train de jouer avec les curseurs. Le papier naura sans doute plus le même usagedemain, mais il ne disparaîtra pas pour autant». (VOISIN, 2010)En attendant, ce semblant de révolution fait peur. Selon Antoine Daccord, le dénigrement dumétier de journaliste web serait sûrement dû à de la jalousie et de la crainte. A limage delémergence des radios libres. « Le journaliste a eu pendant longtemps une possession et unemaîtrise de linfo. Aujourdhui, cest complètement fini avec Internet. En France vous avez30.000 journalistes, 70 millions dhabitants, cest normal que linfo première soit vue parquelquun dautre que le journaliste. La différence est quavant, les gens ne pouvaient pascommuniquer plus rapidement que par le journaliste. Aujourdhui, on tweete, onfacebooke et linformation est publiée ». (DACCORD, 2010)Si le fait que linfo puisse provenir dailleurs tétanise les journalistes, il leur permet de releverun défi encore plus intéressant quavant: « maintenant le métier de journaliste va être derattraper linfo au vol, de la vérifier, de la calibrer, de la hiérarchiser et de lacontextualiser ». (DACCORD, 2010) 16
  17. 17. 2. Un nouveau métier: le journaliste web « Ça fait un an quon me demande ce que je fais de ma vie, jen peux plus quoi! » Mélissa Bounoua, community-manager et journaliste chez 20minutes.fr 2.1. Définition et attributs« Journaliste web », « journaliste Internet », « journaliste 2.0 », sont trois des nombreuxtermes qui souvent, définissent le métier de journaliste sur la Toile. Parmi les particularités decette profession, on notera le manque de définition et de considération puisquil sagit dun toutnouveau métier, qui même sil a vu le jour fin des années 90, est toujours considéré commeune nouvelle profession. En ce sens, le statut social, les barèmes salariaux et les attributsspécifiques nont pas encore été donnés.Dans les rédactions aujourdhui, il est souvent demandé aux journalistes postulant dêtrecapables de manier différents outils: que ce soit une caméra vidéo, un banc de montage, unlogiciel de retouche ou un éditeur de sites Internet. Pour autant, peut-on parler de journalistescouteau suisse en tant que spécificité liée à Internet? « Je pense que ce nest quunetransposition de ce qui se passait pour le print. Vous aviez déjà des soutiens de rédactionqui savaient, entre autres, régler la colorimétrie dans une impression ou rogner une image...Aujourdhui, cest adapté à Internet. Ce sont des nouvelles tâches, mais ce nest quunetransposition de ce qui se passait déjà sur le print ». (DACCORD, 2010)Il ny aurait finalement pas de changements majeurs dans la définition du journaliste. Seulscertains réglages de précision seraient nécessaires et relatifs à lévolution des supports surlesquels désormais les informations sont publiées.« Ce qui va changer vraiment cest le fait dêtre hyperconnecté et de suivre tout ce qui se ditsur soi. Ça demande une nouvelle façon dêtre et de travailler et cest quelque chose qui vaêtre assez inné dans les générations qui arrivent. Si avant on se levait avec la radio, 17
  18. 18. aujourdhui on arrive à une génération qui se lève avec les réseaux sociaux ». (DACCORD,2010) 2.2. Les journalistes à lheure des réseaux sociauxPour Sree Sreenivasan, professeur de journalisme à lUniversité de Columbia à New York,« les réseaux sociaux sont le plus grand impact que le monde des médias ait connu depuislémergence de lInternet dit populaire entre 1995 et 1997. Les réseaux sociaux ce nest plusdes conversations dans une seule direction, mais bien dans deux, dix ou mille directions. Leurpouvoir est de connecter les gens et les rendre de plus en plus impliqués que ce soit enécrivant, en parlant, en travaillant, en partageant ou étant engagé dune manière jamais vueauparavant ». (SREENIVASAN, 2010)Pour Philippe Laloux, il sagit surtout daccéder à de nouvelles sources dinformationpermettant, par la suite, dalimenter ces réseaux avec des nouvelles fraîches: « on sait que surInternet, plus de 90% des informations sont des informations recyclées. Or l’objectif premierpour un journaliste, est de ramener de l’information qui n’a pas encore été traitée. Il pourradonc alimenter son enquête en sappuyant sur la communauté grâce à ces nouveaux outils. Cen’est pas totalement une source d’information, c’est plutôt une source de sources ».(LALOUX, 2010). Un constat que partagent tous les journalistes interviewés pour cemémoire.« Ce qui est intéressant en tant que journalistes, cest dutiliser ces réseaux là non pas pour lecontenu qui est offert (Twitter: une info, Flickr: une photo, Youtube: une vidéo), mais pour lapossible mise en relation avec des gens qui sont témoins de lévènement ». (MOTTE, 2010)« Vous avez des réseaux comme Viadeo ou Linkedin qui sont de formidables outils pourcontacter des gens dans des entreprises, par exemple, à des postes auxquels on navait pasaccès avant en tant que journaliste, parce quon était directement dévié vers lacommunication ». (MOTTE, 2010)Selon Sree Sreenivasan, il y a quatre choses que les réseaux sociaux permettent: « trouver desnouvelles histoires, trouver de nouvelles sources ou de nouvelles idées; être connecté plus en 18
  19. 19. profondeur avec une audience plus diverse, attirer lattention sur le travail du journaliste etenfin, construire et exercer son cerveau en ligne ». (SREENIVASAN, 2010)Pour le professeur de Columbia, les journalistes travaillent désormais main dans la main avecleur public au lieu duniquement leur dire ce quil se passe. « Aujourdhui, tout le monde est unpartageur dinformation. La différence pour le journaliste cest quil a la formation et lebackground pour produire une information plus poussée, plus consistante et plus précise. Lemixte des deux est cependant bon et important ». (SREENIVASAN, 2010)Parmi les nouveaux rôles quendossent également les internautes, il y a celui de fact-checker. Le terme vérificateur de faits désigne les internautes et les médias dinformationqui recoupent tant linformation publiée par les journaux que les déclarations des grands de cemonde, en les croisant avec des documents audio, vidéo, écrits... publiés par le passé. Cettetyrannie de la cohérence (ou fact-checking) a valu, entre autres, à Nicolas Sarkozy quelquespolémiques. Une des dernières en date concerne la présence du Président français à Berlin lorsde la chute du mur. Celui-ci affirmait avoir participé au soulèvement et à la démolition du murle 9 novembre au matin, or des journalistes et des historiens ont croisé leurs informations pouraffirmer que cétait impossible. (SLATE, 10.11.2009)Au blogueur Loïc Lemeur, le journaliste américain Jeff Jarvis expliquait quil aimait lidéedêtre surveillé par ses lecteurs qui le corrigeaient sil se trompait. Pour lui cétait lejournalisme de demain. (MARTIN, 2010, 26). Ce que certains journalistes apprécientégalement, cest la possibilité davoir un feedback immédiat sur les articles. Ce compte rendudes lecteurs permet au journaliste de découvrir le niveau de pertinence de son information, deses sources et ce que cela déclenche chez les lecteurs. Cest lopportunité également decorriger, le cas échéant. « Je pense surtout que ça a remis les pieds sur terre aux journalistes.Ce feedback immédiat permet de voir pour qui et pourquoi on écrit. On arrête dimagineravoir le savoir unique tout seul dans son coin, en se disant que parce quil y a 200.000journaux imprimés on a été lu 200.000 fois ». (DACCORD, 2010)De son côté, Nicolas Voisin estime que « les réseaux sociaux ont amené aux journalistes uneraison de plus de remettre en cause leurs certitudes ». Expliquant que le journalisme est unedes professions qui a le plus de mal à intégrer de nouveaux usages, il estime que Twitter arevivifié la manière dont les journalistes travaillent. « Ça impose aux journalistes de 19
  20. 20. considérer que leur travail nest pas terminé lorsquils ont fini un article, considérer quelinvestigation, le travail denquête, le recoupement de linfo, ça peut se faire derrière unécran, et que ce nest pas forcément uniquement derrière un téléphone. Ça multiplie aussi lessources ou le croisement des sources dinformation ». (VOISIN, 2010)Un autre avantage pour les journalistes et leur rédaction à être sur les réseaux sociaux,sexprime en termes de visibilité générée par la viralité3 du réseau. Linformation est partagéeet vue à linfini par les utilisateurs de ces plateformes, quils y trouvent un intérêt ou pas.Au Soir.be où l’année passée, larrivée des internautes depuis Facebook connaissait unecroissance de 250%, Philippe Laloux ressent parfaitement lintérêt des réseaux sociaux. « Onest à deux doigts d’avoir la majeure partie des internautes qui viennent par Facebook, qui estdéjà au dessus de Google.be. Twitter est encore très épidermique. Aujourdhui, toute ladifficulté est de faire comprendre à un journaliste que faire du web, ce n’est pas travaillerdeux fois, mais travailler autrement ». (LALOUX, 2010) 2.3. Les forçats de linfoEn mai 2009, un article de Xavier Ternisien du Monde.fr crée la polémique en France. Lesforçats de linfo dresse un portrait assassin et peu reluisant de ces nouveaux journalistes: lesjournalistes web, souvent définis comme « journalistes low-cost » ou « Pakistanais du web »,en référence à leurs conditions de travail. Une situation qui est vraisemblablement en train dechanger.A la suite de cette polémique, Mélissa Bounoua, journaliste-animatrice de communauté chezArte.tv à lépoque, organise à Paris, une rencontre entre rédacteurs en chef de médiasimprimés et en ligne. Autour de la table se retrouvent, entre autres, Benoît Raphaël(LePost.fr), Pierre Haski (Rue89), Christophe Gueugnau (LeNouvelObs.com), Joël Ronez(Arte.tv), Alexis Delcambre (LeMonde.fr), Johan Hufnagel (Slate.fr), Eric Mettout(L’Express.fr) et Philippe Mathon (LePoint.fr).3 On parle de viralité en matière de réseaux sociaux pour définir la capacité quils offrent aux informations de se répandre facilement et rapidement à travers les différents individus qui y sont présents. 20
  21. 21. Si le débat initialement prévu entre les forçats et les négriers a finalement tourné à la tableronde, il a néanmoins permis de faire avancer les mentalités en ouvrant le dialogue sur lesconditions de travail des journalistes en général.Les semaines qui ont suivi ont permis à tous les participants et leurs médias affiliés de prendredu recul par rapport à la situation. Un recul empreint dhistoire qua également pris AntoineDaccord, ex journaliste régional et actuel community-manager pour le Figaro.fr. « Lespremières rédactions Internet en 2002-2003 chez Libé comptaient une quinzaine dejournalistes web. Linformation sur Internet a périclité et ces personnes-là ont été renvoyéesdans les rédactions papier. Tous ces médias nallaient pas en 2007, recréer des rédactionscomposées de 40 journalistes avec des salaires énormes. Ils ont donc attendu de voircomment cela allait reprendre. Pareil pour les journalistes qui, aujourdhui gagnent plus de8000€, ça nest pas arrivé le jour où Gutenberg a sorti limprimerie. Ça a pris du temps etcest le même recul quil faut avoir sur les forçats: ça va se tasser. Il ne faut pas oublier quonest sur un nouveau média et un nouveau métier». (DACCORD, 2010)Pour Mélissa Bounoua qui travaille dans la presse en ligne depuis plus dun an, les raisons decette déconsidération et de ces salaires bas sont nombreuses. Il y a, selon elle, le fait que lesjournalistes web aiment profondément ce quils font et que les rédacteurs en chef en profitentpour justifier ces différences de traitements. « Je travaille de 8h-8h30 à 19h sans réelle pausedéjeuner. Mais jadore ça. Même sils nous disent quon est tous une grande famille et quil nya pas de différences, on travaille quand même beaucoup plus que la génération davant alorsquon est considéré comme des moins que rien en étant également moins payé queux ».(BOUNOUA, 2010)Une différence et une déconsidération qui sexpriment aussi dans les fiches salariales:Dernièrement, lorsque la grille des salaires papier a été publiée par le principal syndicatdes journalistes, jai remarqué quun stagiaire gagne la première année 1750 euros brut, cequi est en gros le salaire net dun journaliste web débutant chez 20minutes.fr. Concrètement,pour la SNJ, le salaire dun stagiaire est le salaire dun journaliste web ». (BOUNOUA,2010)Pour sensibiliser les journalistes web à leurs conditions de travail et tenter de faire bouger leschoses auprès des rédactions, Mélissa Bounoua ainsi que dautres journalistes web se sont 21
  22. 22. regroupés au sein de DJIIN: l’association pour le développement du journalisme, del’information et de l’innovation numérique. Lobjectif: sensibiliser, informer, débattre au sujetde ce nouveau journalisme.Pour expliquer des salaires aussi bas, plusieurs raisons sont avancées . Dune part, cest unnouveau métier et les grilles salariales nont pas encore été mises en place. Dautre part, lesrédacteurs estiment que le « web ça ne rapporte pas beaucoup, même si leurs journalistestravaillent 50h par semaine, ils ne peuvent donc pas être autant payés quau papier ».(BOUNOUA, 2010).« Aujourdhui, à titre dexemple, un journaliste ancien du Monde ou Libé a 14 semaines decongés payés, 16 mois de salaire et touche plus de 4.000€ net. Parmi ceux-là, certains neproduisent quun article par semaine. Cest un écosystème issu dune histoire, qui aénormément de contraintes – centralisation des imprimeries, impressions, etc... On ne peutpas le dénoncer en jetant tout aux orties car ces médias sont absolument essentiels dans notreenvironnement. Mais leur économie nest pas la même que celle dun média qui se lancera surune page blanche aujourdhui ». (VOISIN, 2010)Une économie qui déteindrait donc sur les conditions de ces journalistes 2.0.Le bilan que Mélissa Bounoua fait de cette réunion est finalement plutôt positif. Elle estimequelle a permis à tous les jeunes journalistes, tant web que stagiaires de se connaître.Lancienne génération aura ainsi pu prendre conscience des conditions difficiles vécues parces novices qui se retrouvent sur le web parce quils sont frais.De cette réunion est née une vraie reconnaissance. « Les rédactions web commencent à êtreintégrées et pensées comme de vraies rédactions et plus des gens bizarres regroupés dans uncoin. Ça a permis à une génération et à un média, certes à léchelle de Paris, de se demandersil ne faudrait pas revaloriser ce métier. » (BOUNOUA, 2010) 22
  23. 23. 2.4. Nouvelles tâches, nouveaux métiers, nouveaux outils 2.4.1. Community-editor vs community-manager: de la communication au service après-vente« Ce nest pas le métier de journaliste qui change. Cest lactivité de conception, délaborationde distribution de linformation qui nécessite un nouveau médiateur: le community-editor ».(VOISIN, 2010)Distinct du community-manager dont la tâche consiste à fédérer une communauté autour dunsite internet ou un média et à communiquer à son sujet sur des plateformes extérieures tellesque les réseaux sociaux, le community-editor est surtout chargé de produire du contenu. « Cenest pas simplement être journaliste puisque cette personne est amenée à éditer uneproduction qui nest pas toujours la sienne. Cest une activité clé dans une rédaction ».(VOISIN, 2010)Au delà de la rédaction darticles, les community-editors sont aussi amenés à dénicher dansleurs réseaux les personnes les plus à même de sexprimer et décrire sur certains sujetsparticuliers. Journalistes, blogueurs ou simples internautes, cest la qualité et la fiabilité quicomptent.« Ce boulot est étrange quand on a été formé à écrire des papiers. Jai fini par mavouer quecétait tout de même à la limite du journalisme et du marketing. Cest de léditorial mais lidéequand on tembauche est « daller chercher les gens ailleurs pour les ramener vers20Minutes.fr ». Tu passes tes journées à faire de la veille, chercher des blogueurs, les mettreen avant... Ce nest pas ce à quoi tu tattends en sortant décole de journalisme, et forcément,faut sadapter ». (BOUNOUA, 2010)A lheure où les médias nengagent plus le moindre journaliste traditionnel, louverture depostes pour des journalistes-community-manager fleurit auprès de tous les organes depresse: « la semaine où je suis arrivée chez 20minutes (mai 2009, ndlr.), il y a eu deux offresdemploi dans des rédactions: cétait à lAFP et chez Libération. Alors que ces deux médiassont au plus mal, et nembauchent plus personne, comme par hasard, ils engageaient tous les 23
  24. 24. deux un community manager. Ce sont quasiment les seuls jobs qui se créent». (BOUNOUA,2010)Pour Antoine Daccord, son job ne sinscrit que dans un flux de changements.« On ma nommé community-manager il y a 16 mois, je pense que dici 6 mois ça ne voudraplus rien dire. Les réseaux sociaux pareils. Cest juste le web qui est en train dévoluer. Cesont de nouvelles choses qui sont là, mais cest presque déjà du passé ». (DACCORD, 2010). 2.4.2. Multitâche, la caractéristique indispensable?Journaliste, animateur de communauté, communicateur et chargé du service après vente, lejournaliste en 2010 est définitivement multitâches. Est-ce pour autant profitable au média et àlinformation?Une étude menée à luniversité de psychologie de Stanford par le professeur Clifford Nas adémontré que les personnes utilisant plusieurs nouveaux médias en même temps sontsusceptibles dune part, de développer des problèmes cognitifs mais surtout, dautre part dêtremoins productifs. « Les multitâches deviennent des champions de la non pertinence et tout lesdistrait », affirme ce coauteur de l’étude parue en août 2009 dans la 24e édition desProceedings of the National Academy of Sciences. (Théorie des tendances, 28.01.2010).Chez Owni.fr, les journalistes sont amenés, au delà de leur travail décriture, à identifier desauteurs et à éditer des articles dont ils ne sont pas auteurs. Ils doivent également réaliser untravail dédition et de sublimation de contenus en faisant un travail sur limage, le titre, la miseen forme, et sur la distribution de cette information. Il leur est également demandé de partagerces articles sur les réseaux sociaux.« Cest une pratique intéressante, mais chacun a ses spécialités. Dire dune personne quelle aun physique de radio et une voix de presse écrite est peut-être horrible, mais cest parfoisjustifié. Maintenant, ce qui me fait un peu peur, cest largument économique quil y aderrière, dautant quon restreint les effectifs actuellement dans les médias. Cest surtout unemanière de faire travailler plus les gens et de restreindre lemploi, parfois au détriment dune 24
  25. 25. qualité de contenu », explique Nicolas Willems, journaliste radio à la RTBF. (WILLEMS,2010)Si en France, on reconnaît que cette panoplie de savoir-faire était à lorigine des métiersextrêmement séparés (HUFNAGEL, 2010), il est clair quaux Etats-Unis, ce genre de pratiqueest plutôt mal accueilli. « Lidée dun journaliste ici à CBS qui irait tourner sans caméramanet monterait lui même ses reportages est juste inimaginable. Vous auriez les syndicats sur ledos! » (TEWA, 2010)Maintenant, selon Nicolas Willems, il est également possible de trouver un bon côté auxmultitâches pour peu quil concerne lenrichissement de linformation et quil ne soit pasdissocié du côté cross-média ou trans-média de linformation: « il sagit de décliner un mêmesujet sur plusieurs médias en tenant compte des forces et des faiblesses de chacun. Dans lecas de la BBC, ce sont plusieurs journalistes spécialisés dans chaque média qui sy collent.Mais avant de commencer à travailler, les angles en fonction de chaque média sont définis.Linverse de ce qui se passe en Belgique où tout le monde veut faire tout et où cest parfoistrès malheureux ce quon obtient ». (WILLEMS, 2010) 2.4.3. Google Insight, sniffeur de tendancesDans certaines rédactions, les journalistes sappuient sur des outils de recherche tels queGoogle Insight afin danalyser les résultats des recherches faites par les internautes. Lobjectifest de faire le plus possible coïncider la présentation de lactualité avec lintérêt des internauteset donc des potentiels lecteurs. « Cet outil montre à quel point sur certains sujets, la façonquont les médias classiques de les traiter, ne correspond pas forcément à lattente quen ontles internautes et donc les potentiels lecteurs, auditeurs ou spectateurs. A titre dexemple, lorsdu grand débat sur les retraites en France, il y a eu un pic de recherches sur le mot« retraite » mais les mots associés recherchés ne correspondaient pas directement à lalégislation qui sy rapportait. Il sagissait plutôt dune recherche axée sur les maisons deretraite ou préparer sa retraite. Utiliser ce genre doutils peut donner des anglessupplémentaires à lactualité quotidienne et coller plus avec les questions et les intérêts desgens ». (MOTTE, 2010) 25
  26. 26. Limpact de lutilisation de Google Insight peut également être économique. Consultantindépendant, Cédric Motte explique avec un exemple concret limpact de loutil de statistiquessur un numéro spécial. « Un supplément sur Twilight a été produit dans le courant du mois demars par lExpress. Ce ne fut pas un réel succès, mais lorsquon a consulté Insight, lesrecherches sur le sujet à ce moment là étaient très faibles, contrairement aux mois de janvieret février. On ne peut pas évidemment assurer à 100% quil y aurait eu plus de ventes sil étaitsorti plus tôt, mais cest tout de même intéressant dy réfléchir pour une prochaine fois ».(MOTTE, 2010) 26
  27. 27. 3. Tous journalistes? « Y a deux types de journalistes: ceux qui comprennent les réseaux sociaux et qui savent comment ça marche et ceux qui sont en dehors du coup ». Johan Hufnagel, rédacteur en chef de Slate.frPour Nicolas Voisin, il ny a pas de « tous journalistes » mais bien des « tous médias ». « Sijournaliste est un métier qui est très mal défini, cest en tout cas une activité dont on peut aumoins admettre quelle se rattache à des textes référant ses exigences de pratique quotidiennequon acquiert au fil du temps. Ce nest pas la même chose quêtre média. On est média entant quindividu lorsquon partage un lien sur Facebook, quand on diffuse de linformation.Tout comme le fait une institution à travers une plateforme dexpression. Le fait sur le webque tout le monde soit à la fois lecteur mais aussi auteur potentiel est une rupture culturellemajeure ». (VOISIN, 2010)Le temps serait-il sombre pour la caste des journalistes? Sils ne sont pas encore en voie dedisparition, les journalistes serrent les rangs et se protègent comme ils peuvent de cetteinvasion citoyenne. Parmi les tactiques de défense, le repli sur soi, lauto-conviction et unecampagne de dénigrement envers « lennemi ». Certains résistent, dautres font avec en seprotégeant malgré tout et les derniers y voient une mine dor.En attendant, un vent de changement souffle sur la profession.« La différence par rapport à avant, c’est qu’il faut être bon et plus vite. Un bon journaliste,c’est quelqu’un qui recoupe son information plus vite, mais il ne faut pas être pris en excès devitesse. Si c’est le cas, il faut le corriger très vite aussi, revenir en arrière, et assumer. »(LALOUX, 2010) 27
  28. 28. 3.1. Le journalisme citoyen date dhierLe débat sur le journalisme citoyen est né il y a plusieurs dizaines dannées, du moins dansnos contrées. Il a cependant pris un tournant redoutable avec lémergence des blogs, lorsque lapratique sest répandue dans le grand public.Auparavant réservé au journalisme de proximité et spécifiquement aux journaux locaux, lejournalisme dit citoyen sest épanoui grâce au développement et à lexpansion de lablogosphère. Tout un chacun a désormais, à portée de main, les outils nécessaires et souventgratuits pour mettre en place sa propre plate-forme dinformation, sans que celle-ci ne soitobligatoirement reliée à un média dinformation.Si le support médiatique sur lequel le journaliste citoyen sexprime a considérablement changéau cours de ces dix dernières années, il semble abusé de dire que cette forme de journalismeait vu le jour sur une page blanche.« On fait du journalisme amateur ou citoyen, soit semi-professionnel, depuis 40 à 50 ans.Quatre-vingts pour cent des contenus des journaux locaux en France sont écrits par desamateurs. Le journalisme citoyen existe depuis longtemps sauf que ces amateurs-là sontpayés ». (RAPHAEL, 2010)Ce point est soulevé par Benoît Raphaël, ex-journaliste au Dauphiné Libéré et ex-rédacteur enchef du Post, aujourdhui reconverti dans la consultance. En Belgique, les journaux locaux desgroupes Sudpresse et Vers lAvenir sappuient également sur le travail de correspondantslocaux non journalistes pour fournir en contenu leurs éditions. Cependant, leur proportion estbien inférieure à 80%.Comme lexplique Benoît Raphaël, en France leur fonctionnement est assez simple:« un chef dagence ou un adjoint pilote une vingtaine de correspondants locaux amateurspayés au point. Un papier vaut 5 à 30 points, une photo 10 points et un point vaut un euro.Cette personne anime les correspondants en leur proposant des sujets et des angles,réceptionne les papiers... Une fois le travail effectué, les correspondants mettent directementleur contenu dans une base de données partagée avec la rédaction. Cest ensuite revu, édité,corrigé et mis en scène par le journaliste. Cette collaboration entre amateur et professionnelnest donc pas nouvelle ». (RAPHAEL, 2010) 28
  29. 29. Fort de son expérience régionale, Benoît Raphaël a mis en place ces principes lorsquil a crééLe Post. (voir chapitre 4.3.1.) 3.2. Concurrence citoyenne et collaborationsAu delà de la concurrence citoyenne, Mélissa Bounoua pointe également Internet commedérégulateur de léconomie du journalisme: « On est désormais dans lidée quon ne paie pasles journalistes car cest un plaisir de faire un article. Cette idée et les blogueurs ont un peufaussé le fait que le journaliste a tout de même une compétence et quil doit être payé pour cequil fait. On remarque également cela avec Internet qui a brouillé les pistes en rendantpossible la publication du contenu dun jeune journaliste gratuitement ». Pour la journalistede 20minutes.fr, le meilleur exemple est « Rue89 ». « La rédaction a très bien compris quunjeune journaliste est prêt à tout pour être publié et même à travailler pour rien ».(BOUNOUA, 2010)Si le journaliste citoyen a linformation et le matériel, « lanalyse nappartient quauxjournalistes. Celui qui a linfo de lavion dans lHudson, oui il a la photo, mais pas le recul nilanalyse. Cétait la même chose avec la situation en Iran lannée dernière ». (BOUNOUA,2010)Au Figaro.fr, la rédaction laisse de plus en plus aux internautes la possibilité de publier leurscontenus et leurs idées dans différents formats. Les abonnés du quotidien ont même le droit deposter des articles qui peuvent par la suite être sélectionnés et mis en avant par la rédaction.« Il ny a pas de rémunération car le but nest pas que lon se paie des « alerteurs dinfo », onest quand même Le Figaro donc les informations nous les avons. Mais ce quon ne va pasforcément avoir, cest le témoignage, lexpérience ou lexpertise qui peut venir avec linfo. Cesont des choses qui émergent très rapidement grâce à Internet et qui enrichissent lactualité».(DACCORD, 2010)Un positionnement idéologique différent du Post ou de Rue89, par exemple, qui nayant plusde fil de dépêches attendent de leurs internautes quils donnent lalerte à propos de certainsfaits dactualité. 29
  30. 30. Du côté de Rue89, on tempère lanalyse : « On ne croit pas au journalisme citoyen parcequon pense que ça reste un métier. Et que dans ce quon propose, il y a un rôle central pourle journaliste. On est plus dans la coproduction dinformation aujourdhui, que dans linfo à 3voix comme nous le voulions au début. Tout le monde ne se réveille pas le matin en disant jevais être journaliste. Dautant quil y a des servitudes comme recouper linformation, passer3h au téléphone pour avoir un chiffre ou les deux parties dans un conflit. Ce nest pas ce quetout le monde fera naturellement ». (HASKI, 2010)Le journalisme citoyen ne serait donc pas un danger pour la presse. Le fossé entre lopinion àce sujet des médias traditionnels et celle des pure-players se creuse néanmoins toujours en2010. 3.2.1. Participations croisées: Lexemple dinformation financée par les lecteurs: Spot.usEn novembre 2009, le New York Times publie un article plutôt étrange. Sil se présentecomme un article des plus conventionnels, la mention qui accompagnait la signature estparticulière: « cet article a été financé par les lecteurs de Spot.us ». (New York Times, 2009, 9novembre)La journaliste indépendante qui se cache derrière cet article na pas été payée par le New YorkTimes mais par des centaines dinternautes du site collaboratif américain Spot.us, qui lui ontenvoyé les ressources financières nécessaires. Spot.Us déclare vouloir permettre au public« de lancer des enquêtes avec des donations déductibles fiscalement, sur des sujets importantset peut-être négligés (sous-entendu par les rédactions classiques) ». Le reportage de LindseyHoshaw sur les raisons dun amas de déchets flottant dans locéan pacifique a dailleurs récoltéplus de 6.000 dollars de dons.Spot.us fonctionne un peu sur le modèle des sites musicaux où les internautes peuventplébisciter et financer en ligne leurs artistes favoris, tels Akamusic ou MyMajorCompany. 30
  31. 31. Comme lexplique la journaliste et « community manager » française, Capucine Cousin, « lesite propose aux internautes de choisir le sujet darticle qui les intéresse le plus, parmi lespitchs (les propositions de sujets, ndlr.) présentés sur le site et postés par des journalistesfreelance. Il y a plusieurs tarifs selon le type de reportage prévu (investigation, reportage surune entreprise...). Linternaute qui finance un reportage peut en connaître la progression viale blog du journaliste. Cest donc une sorte de place du marché où linternaute peut choisir definancer des sujets de reportages qui lintéressent ou qui lui semblent peu traités par lesmédias » (COUSIN, 2009)Selon Nicolas Voisin, ce type de projet peut être « une solution sur de très grands territoiresde langues, tels que langlais ou le chinois, mais pas dans lenfermement linguistique etterritorial quest la francophonie ». (VOISIN, 2010)Si léventualité dun public cible trop peu important est aux yeux de Nicolas Voisin, une raisonpour ne pas exporter ce modèle dans nos contrées, Glifpix compte faire le pari inverse dès lafin de lannée. Le projet qui est toujours en développement espère financer des enquêtesjournalistiques de longue haleine via des micro-dons. Les productions, libres de droits,seraient alors diffusées sur Glifpix, mais pourraient être utilisées par dautres médias par lasuite, en suivant le principe des licences Creative Commons. (ROZIERES, 2010, 38)A travers ces nouvelles formes de soutien financier dans une perspective néanmoins dejournalisme indépendant, cest la crise de la presse que lon découvre en toile de fond. Pour lacombattre, les idées et les initiatives se multiplient. Pour autant, la formule miracle na pasencore été trouvée.Au Detroit Free Press, on tente actuellement déliminer, ou en tout cas de réduiredrastiquement, les éditions imprimées afin de se concentrer essentiellement sur des sitesInternet gratuits. Si la démarche est linverse du courant de pensée actuel mené par Murdochqui souhaite rendre payant tous les contenus de ses journaux, lautonomie de la ligne éditorialene serait pas pour autant mieux sauvegardée, puisque ces approches rendent toujours lejournal redevable à ses annonceurs. (Time, 22.03.2009, 22)Peut-on dès lors espérer quun modèle où les rédactions sont payées par les utilisateurs pourles services et le journalisme quelles fournissent, puisse fonctionner? Rien nest certain. 31
  32. 32. Cette tarification de contenu est une vieille idée mais pas seulement parce quelle fut dusagependant quatre siècles. Le Time rappelle dailleurs que cest aussi quelque chose que lonfaisait déjà à laube de lère « en ligne ».A titre dexemple, lorsque les magazines Wired et Time décident en 1994 de placer leursmagazines sur la Toile, ils développent en même temps divers outils, tels que des banners,afin damener des revenus. Cest à cet instant que Louis Rossetto, rédacteur de Wired, constatequun changement majeur est en cours: lidée dêtre payé pour le contenu disparaîtprogressivement. (Time, 22.03.2009, 22) 3.2.2. A lécoute des utilisateursPour Antoine Daccord, il est profitable et intéressant pour les médias de désormais prêter uneoreille attentive à ce que les internautes disent sur lactualité. Lorsquen 2007, Le Figaro fut undes premiers médias français à ouvrir les commentaires à tous ses articles, les critiques furentsévères mais le succès au rendez-vous.« Dans la presse, on a longtemps ignoré que les gens voulaient savoir ce que dautrespensaient pour se forger une opinion. Cest pourtant le même fonctionnement lorsque vouschoisissez un film au cinéma et que vous demandez lavis de votre entourage.Le premier réflexe dans les commentaires cest de penser quil ny a que des choses horribles.Ici, on laisse les internautes dire ce quils veulent tant quils respectent la loi française.Dès lors, notre travail de journaliste web animateur de communauté va être de faire ressortirce quil y a de plus intéressant par rapport à notre actualité. Un de nos journalistes peutrédiger un article à partir des commentaires, tel un micro trottoir où il fera ressortir lesgrandes tendances: Au Figaro, vous avez été nombreux à réagir, voilà ce que vouspensez ». (DACCORD, 2010)Antoine Daccord constate dailleurs que ce format fonctionne plutôt bien et est apprécié desinternautes qui ne souhaitent pas spécialement lire 500 commentaires. Du côté de la rédaction,cest une opportunité de recoller lactualité dans la réalité sans perdre de vue que les personnes 32
  33. 33. qui se sont exprimées sont une catégorie bien particulière puisquil y a nettement moins decommentateurs que de lecteurs.Cependant, lirruption du lecteur dans le travail des journalistes crée un inconfort au sein de laprofession. « Cest très perturbant, mais ça peut devenir une force. Une bonne partie de ladéfiance des journalistes aujourdhui est due à leurs erreurs ces 20 dernières années maisaussi à une série de fantasmes comme quoi ils seraient à la solde de leurs actionnaires, depressions occultes, de lobbies... ça existe mais dans 90% des cas, les journalistes fonthonnêtement leur travail. Le fait de démythifier ou démystifier une partie de ces fantasmes etdengager ce dialogue avec les internautes contribue à baisser ce niveau de défiance ».(HASKI, 2010)Pierre Haski citant Patrick Eveno, historien des médias, estime également « quau final,lindépendance dun titre nest pas décrétée ni par ses actionnaires, ni par ses journalistes,elle est décrétée et légitimée par ses lecteurs ». (HASKI, 2010) 3.3. Blogueurs et simples citoyens au service de linfoSi la participation sur le web concerne toujours une minorité dinternautes (voir Loi des 1%,chapitre 1.3.3.), cest également le cas pour la presse en ligne. Analysant le profil descontributeurs, le chercheur Olivier Trédan déclare que la majorité des contributeursdAgoraVox.fr, pour lexemple, sappuient sur une légitimité tirée de leur activitéprofessionnelle ou universitaire et parce quils possèdent également un capital culturel assezélevé. (TREDAN, 2007, 116)Le public cible du Post.fr était totalement lopposé de ce tableau. Benoit Raphael, ex-rédacteuren chef du pure-player, explique quil a justement voulu simplifier son site dinformation pourpermettre à tout un chacun de sexprimer sans subir un éventuel poids social lié à une classeou à des connaissances en marge de certains. « Nous avons volontairement dégradé une partiede linformation, pour que les gens se rendent compte que tout le monde peut y avoir accès etêtre producteur dinfo sans avoir pour autant fait des très hautes études. A titre dexemple, onécrivait sur les photos. » (RAPHAEL, 2010) 33
  34. 34. Si le fait que certains médias sappuient sur les internautes pour leur amener des scoops etproduire une partie des contenus a déjà créé des tensions, les journalistes issus de médiastraditionnels sinquiètent beaucoup plus des contenus gratuits ou payants fournis par lesblogueurs. « Les journalistes les voient comme des concurrents, mais dans létat desprit desblogueurs, lidée ce nest dabsolument pas de faire du journalisme. Ce sont juste des gens quisont passionnés par un sujet et qui se disent quils ont des choses à raconter dessus. Le faitdêtre journaliste ou pas, ils nen ont rien à faire ». (MOTTE, 2010)Johan Hufnagel est plutôt davis que les journalistes ont beaucoup appris de leur rencontreavec les blogueurs: « ils nous ont beaucoup poussés sur la manière décrire. Ce sont des gensqui ont compris limportance du lien, de la relation unique quil y a entre un lecteur et lapersonne qui écrit ». (HUFNAGEL, 2010)Pour Éric Scherer, directeur de la stratégie à lAFP et blogueur, le professionnel ne sera jamaisremplacé parce quil joue un rôle important dans lémergence de linformation: « le journalisteest un guide, il aide à trouver le signal dans le bruit ». (RSLN, 29.06.2010)Philippe Laloux rappelle néanmoins quil y aura toujours une différence capitale entreblogueurs et journalistes: « Il y a des gens qui croient à la vérité, des gens qui ne serontjamais contents du résultat et qui se diront que ce n’est pas la vérité. Ils iront plus loin. Leblogueur ne se lève pas dans cet état desprit ». (LALOUX, 2010) 34
  35. 35. 4. Nouveaux outils: voyage au pays des réseaux sociaux « Lorsque lavion est dans lHudson, il est trop tard pour apprendre à utiliser Twitter » Sree Sreenivasan, professeur des nouveaux médias à lUniversité de Columbia, New York 4.1. Linformation à lheure de Facebook et TwitterPour Nicolas Voisin, le changement est majeur. Mais ce nest pas pour autant une révolution.« Les réseaux sociaux ont amené à linformation, la plus grosse mue quon ait connu cesdernières années qui consiste à passer de léconomie de la rareté – qui était linformationdans les journaux – à une économie de labondance quasi non organisée à ce qui estmaintenant lère de la recommandation, ce que jappelle lère du passe à ton voisin ».(VOISIN, 2010)Linformation qui marche en général sur les réseaux sociaux et spécifiquement sur Facebook,cest linsolite. Mélissa Bounoua la découvert à lusage. « Sur Twitter, ce sont plutôt des newshigh-tech qui fonctionnent. Quant aux articles au sujet de Twitter postés sur Twitter, cest lecarton plein ». Mais parmi les news qui cartonnent réellement, on retrouve les nécrologies:« Les morts ça marche super bien! Ça tourne énormément parce quil y a une sorte démotion.Quand Filip Nikolic des 2be3 est mort, ce fut une des meilleurs statistiques de lannée. Sur lesite 20minutes.fr, plus dun million de pages on été vues sur la journée, alors que cest plutôt4 millions de pages par mois, en général ». (BOUNOUA, 2010)Pour Cédric Motte, le problème nest pas de sinformer sur ces réseaux-là, mais bien davoirles bons amis qui relaieront les bonnes informations. « Il faut bien voir que Twitter etFacebook ne sont que des lieux de relais. La lecture de linformation se fait sur le site desmédias, sur des blogs ou autre. Elle ne se fait pas au sein de ces réseaux, mais il faut des 35
  36. 36. personnes pour la faire émerger ». (MOTTE, 2010). Le réseau social est un média dediffusion dinformation dautant plus efficace quil y a de participants.Pourtant les mentalités changent. Létude "Digital Journalism Study" réalisée par le Oriella PRNetwork auprès de 770 journalistes de 15 pays révèle que pour la première fois, lesjournalistes ont cessé de voir le numérique comme un frein mais lenvisagent beaucoup pluscomme un atout. On apprend également que 35% des publications auditionnées ont déjàproposé des fils info issus de Twitter dans leurs offres en ligne. (Oriella PR Network, 2010) 4.1.1. Facebook: « go where the people are »Formule propulsée par léquipe de campagne de Barack Obama lors de lélection de novembre2008, « go where the people are » est tout aussi valable pour les journalistes qui recherchentde nouvelles sources dinformation.Pour Nicolas Willems, la théorie a déjà été confirmée par la pratique. « Je pense que pour larecherche de contacts, Facebook est très utile. La viralité du réseau permet à linformation dese répercuter auprès dénormément de personnes ». (WILLEMS, 2010)Sur le réseau social qui affiche plus de 400 millions de membres à travers le monde, ce sontplus de 1,5 million de contenus ou déléments de contenu (liens Internet, titres, billets,morceaux darticles, photos ou encore vidéos) qui sont partagés chaque jour entre lesmembres. (MARTIN, 2010, p. 11). De quoi voir le réseau comme une véritable plaquetournante de linformation. Mélissa Bounoua explique que la convivialité de ce média socialfavorise le fait que les gens sinforment à partir des réseaux sociaux: « Ce sont des endroitspersonnalisés où les gens discutent. Ils sont dans un espace sympa doù ils ne bougeront paspuisquils peuvent également y recevoir linfo ». (BOUNOUA, 2010) 4.1.2. Twitter: lagence de presse nouveau genreLe site gazouilleur, qui permet de poster des messages de 140 caractères maximum, a plusvite séduit – en termes professionnels – les journalistes que ne lavait fait Facebookauparavant. Plusieurs raisons à cela: dune part les évènements marquants tels que lesexplosions à Mumbai ou le tremblement de terre en Haïti, dautre part la ressemblance forte 36
  37. 37. avec un fil de dépêches des agences de presse. Pour autant, peut-on réellement parler duneagence de presse?La réponse est complexe. Premièrement, Twitter ne se définit pas ainsi. Son objectif nest pasde prendre le pas sur les agences de presse mais bien de permettre à ses utilisateurs departager leurs sentiments ou ce quils sont en train de faire à un moment précis.Deuxièmement, linformation sur Twitter nest absolument pas vérifiée ni hiérarchisée. Elleest tributaire de chaque utilisateur qui y inscrit ce quil souhaite, peu importe quil sagisse dunfait ou dune rumeur. Troisièmement, le réseau étant utilisé par nimporte qui, il est très faciledy trouver nimporte quoi et lutilisateur se retrouve très rapidement noyé sous un fluxininterrompu de nouvelles en tout genre.Un constat qui laisserait croire quil est préférable de fuir le réseau social plutôt que de syinscrire. Mais la preuve du contraire est apportée par les journalistes eux-mêmes. Du moins,ceux qui ont accepté de franchir le pas et qui depuis lutilise abondamment. Lorsquon lemaîtrise bien, on peut même y découvrir des scoops. Si ces derniers sont plutôt en rapportavec les nouvelles technologies, le réseau permet également à tout journaliste de trouver denouvelles sources dinformation et de nouveaux contacts. « Cependant, Twitter nestabsolument pas une agence de presse pour linternaute moyen. Cest juste un lieu déchanges.Twitter ne devient une agence de presse quà partir du moment où il y a du « breaking news ».(MOTTE, 2010)Et du côté des agences de presse, on rit jaune. Plusieurs réactions sont données: à titredexemple, lagence de presse belge Belga déserte totalement le site de micro-blogging maisa lancé de son côté son propre réseau social de récupération dinformation: Ihavenews. ChezAP, par contre, on publie du contenu sur Twitter.A ce sujet, Cédric Motte estime que « Twitter est un potentiel danger pour les agences depresse, plus que pour les journaux. Il influence clairement la chronologie et ça devientproblématique pour les agences de presse. Si les journaux et les journalistes se mettent surTwitter, ils vont avoir un outil qui leur permet potentiellement davoir du breaking news etlaccès à des témoins dévènement, là où avant cétait lAFP qui soccupait de tout ».(MOTTE, 2010). Une réalité dont les rédactions sont tout à fait conscientes autant que leuréchec avoué sur la bataille du « live », puisquelles ne font pas jeu égal avec la foule des 37
  38. 38. anonymes. « Aucune rédaction ne peut rivaliser avec les millions d’appareils photonumériques dans la nature, qui sont autant de témoins possibles d’un événement »diagnostique Éric Scherer. (RSLN, 29.06.2010)Nicolas Willems est plus pragmatique à ce sujet: « Twitter est vraiment là où les autres outilsnont pas accès soit pour des raisons politiques comme cétait le cas en Iran, soit pour desraisons techniques comme cétait le cas en Haïti ». (WILLEMS, 2010)Enfin, à travers létude Digital Journalism Survey, on apprend que Twitter est devenu uncanal "attractif" pour diffuser ses informations : 41% des rédacteurs interrogés disposent duncompte, contre 35% en 2009. Les pays les plus "twittophiles" sont le Royaume-Uni, les Etats-Unis et le Brésil. 4.1.2.1. Un réseau centré sur lui-même à la hiérarchie particulièreUne autre particularité du réseau concerne lagenda particulier de linformation: « quand jeregarde un journal et quand je regarde ce quil y a sur Twitter, je nai absolument pas lamême information ». (MOTTE, 2010). « Linformation qui fait la une sur Twitter nest pasforcément celle qui fait la une dans les journaux. De même, il y a plus de soft news que dehard news ». (WILLEMS, 2010)Pendant sept mois, le Pew Research Centers Project for Excellence in Journalism a recenséles informations qui étaient les plus discutées sur Twitter, pour en dégager les grandestendances et évaluer les différences avec les médias dits traditionnels. Parmi les conclusionsde lenquête, il ressort que les informations mises en avant dans les médias sociaux diffèrentconsidérablement de celles quon retrouve dans la presse grand public. (Journalism.org,23.05.10)Sur Twitter, la technologie constitue un axe majeur puisque près dun sujet sur deux (43%)parmi les plus partagés, concerne ce secteur. Une prédominance lourde des sujets sur Twitterlui-même est dailleurs soulignée dautant que la politique joue un rôle beaucoup plus faible.Les breaking news qui ont éclipsé tout le reste de linformation sur le réseau en 2009, ont 38
  39. 39. majoritairement porté sur les manifestations qui ont suivi lélection iranienne. (Journalism.org,23.05.10)Il est également apparu que les principaux sujets discutés sur ce réseau social étaienttotalement différents des sujets mis en avant dans la presse traditionnelle. Lannée de cetteétude, le seul fait dactualité qui ait dabord créé la polémique sur Twitter avant de devenir unvrai sujet dans la presse traditionnelle fut laffaire du Climate-gate. Pour le reste, lesinformations discutées sont avant tout produites par des médias professionnels.(Journalism.org, 23.05.10) 4.1.2.2. Les faits marquants en BelgiqueBuizingenLe 15 février 2010, deux trains de passagers entrent en collision à Buizingen, en périphériebruxelloise. Le bilan est de 18 morts. Cédric Meldt, simple navetteur, envoie les premièresphotos de laccident via Twitter. Elles ont été reprises par tous les médias du monde.« Cette personne a été journaliste malgré elle puisque sa seule motivation était d’envoyer unephoto pour rassurer sa famille. Il n’était pas du tout dans une démarche journalistique. Lesmédias ont bien réagi ce qui prouve, contrairement à ce que l’on dit, qu’ils se servent desréseaux sociaux ».(LALOUX, 2010)La candidature de Jean-Claude Defossé chez EcoloLe 16 février 2009, le journaliste Charles Bricman annonce sur Twitter et sur son blog que lejournaliste de la RTBF, Jean-Claude Defossé, se présentera aux prochaines élections pour lecompte dEcolo. Lannonce officielle est prévue pour le 31 mars. Les principaux médiasmettront plusieurs jours avant doser publier linformation, bien que le journaliste soit connu etreconnu. Mais le fait davoir découvert le scoop via Twitter, rend les médias traditionnelsréticents.Accident de personne à la gare de DinantEtant informée dans les minutes qui ont suivi laccident qui sest produit en gare de Dinant (unaccompagnateur de train est tombé sur les voies. Il a eu les jambes sectionnées), jai postélinformation sur Twitter. Recontactée par Etorre Rizza, journaliste au Soir, le site Internet du 39
  40. 40. quotidien fut le premier à publier linformation moins de 15 minutes après mon tweet, suivit 9minutes plus tard par la RTBF, 11 par RTL et 25 par Belga. (PEIGNOIS, RIZZA,23.05.2009)Aujourdhui, par la présence en nombre de journalistes sur Twitter et la connaissance etreconnaissance du réseau, une information peut être vérifiée et reprise par des journalistes enmoins de dix minutes. 4.1.2.3. Les limitesLes limites ou dangers relatifs à lutilisation du réseau social sont nombreux. Mais il seraitexagéré de dire quil sagit uniquement des caractéristiques propres au service.Parmi celles-ci, Philippe Laloux remarque quil est particulièrement difficile de définirlimportance de certaines informations mises en ligne. « On ne discerne pas l’info qui a dupoids de celle qui n’en a pas. Tout a le même poids sur Twitter: Britney Spears autantqu’Yves Leterme. Finalement, ce n’est que la caisse de résonance (la réaction du réseau àcette information, ndlr.) qui donne une importance à linformation. Cest un indice mais cen’est certainement pas un critère ». (LALOUX, 2010)Nicolas Voisin estime quant à lui que la limite principale serait de « croire que lutilisation deces réseaux est une fin en soit ». Quil sagirait de la réponse au problème qui se posait, entermes de monétarisation des médias. « Ce nest pas en les investissant pleinement quon vadépasser ce qui a été problématique jusque-là. Léconomie de linformation est pluscompliquée que simplement être capable damasser des gens sur des autoroutes commeFacebook et Twitter et pas simplement sur des petites routes que sont les sites web ».(VOISIN, 2010) 4.1.3.4. Une expérience pour tenter de comprendre: Huit-Clos du Net« Comment être informé et informer à son tour, lorsquon est coupé des sourcestraditionnelles dinformation ? », cest la question à laquelle les Radios FrancophonesPubliques ont voulu que cinq journalistes répondent via lexpérience « Huis clos sur le Net ». 40
  41. 41. Isolés dans un gîte rural au cœur du Périgord et coupés de tous médias traditionnels, BenjaminMuller (France Info), Nour-Eddine Zidane (France Inter), Janic Tremblay (Première Chaînede Radio-Canada), Anne-Paule Martin (RSR - La 1ère) et Nicolas Willems (La Première-RTBF) navaient quun seul accès à linformation, les réseaux sociaux que sont Twitter etFacebook.Nayant pas lautorisation de visiter les sites traditionnels, de consulter la télévision, la radio,la presse écrite, ni les dépêches dagence, ces cinq journalistes partageaient ensuite leurssentiments sur les caractéristiques de linformation issue des réseaux sociaux.Parmi les champs de recherches, lexpérience journalistique devait répondre à plusieursinterrogations: « la lecture du monde, dans ces conditions, est-elle pertinente ? Est-on informéde la même manière qu’avec les médias classiques ? Comment se construit alors linformation? ». (Les Radios Francophones Publiques, 2010)Au fur et à mesure du déroulement de lexpérience entre le 1er et le 5 février 2010, les cinqjournalistes francophones faisaient part de leurs découvertes et sentiments sur un blogcommun: http://huisclossurlenet.radiofrance.fr/ et auprès de leurs médias respectifs.Parmi les règles à respecter, ces « prisonniers du Périgord » ne pouvaient consulter un site ques’il s’agissait de suivre un lien proposé sur Twitter ou Facebook et si celui-ci n’était pas unsite/vidéo/blog dinformation dun média traditionnel.Si cette expérience a passionné tant les journalistes « traditionnels » que ceux des nouveauxmédias, elle a surtout soulevé un nombre infini de critiques.Parmi ces protestations, le fait que les journalistes envoyés dans le Périgord ne pouvaientconsulter aucun lien partagé par la communauté. Les observateurs ont estimé que le réseauavait été amputé dune part de sa réalité. Pour le journaliste québécois Rémy Charest,« lexercice risquait den montrer plus sur les journalistes présents que sur les réseaux eux-mêmes, puisque la qualité de linformation recueillie est fonction de la qualité des contacts ».(Technaute, 06.02.2010) 41
  42. 42. « Est-ce pour autant différent de la réalité? », cest la question que pose Nicolas Willems.« Un journaliste quelque soit le type de média pour lequel il travaille sappuie toujours surson réseau de contacts. Tu rencontres des gens, tu prends des témoignages et cest en lescroisant que tu commences à voir la valeur de tes émetteurs dinformation ». (WILLEMS,2010)Parmi les remarques des internautes, le fait dutiliser exclusivement ces deux réseaux a faitdébat. Du côté de Nicolas Willems, les raisons étaient claires: « on savait quil sagissait deconditions exceptionnelles puisque personne ne se contente de travailler uniquement avecTwitter ou Facebook, mais le but était disoler pour mieux comprendre, dautant quilsagissait dune expérience journalistique et non sociologique. Le fait davoir isolé a restreintle champ mais nous a apporté lavantage de comprendre beaucoup plus vite lefonctionnement de ces deux réseaux sociaux ». (WILLEMS, 2010)Durant la semaine de lexpérience, un simple fait dactualité sest transformé en formidableenseignement pour le monde du journalisme. « Un gros boom entendu à Lille », cest un destweets qui a semé la confusion tant au sein du réseau social que dans les esprits des 5participants. Mardi 2 février en soirée, une déflagration est entendue à plusieurs endroits de larégion lilloise. Sur Twitter et Facebook, les internautes sinterrogent et émettent les plus follesexplications: larmée belge envahit la France, une centrale nucléaire a explosé, une fuite degaz a détruit un bâtiment... Il faut dire que le contexte catastrophique ambiant se prête bien àla situation: quelques jours plus tôt, un immeuble explosait à Liège tuant plusieurs de sesoccupants. Dans le Périgord, cest la confusion: « il y a eu plusieurs étapes: la première étaitle constat: il y a eu une explosion à Lille. La deuxième, cétaient des suppositions: quest-cequi sest passé? La troisième étape ce fut lorsque des journalistes étudiants de lESJ (lEcoleSupérieure de Journalisme) sont sortis de chez eux avec leurs téléphones 3G, ont pris desphotos et des informations de la région et les ont ensuite envoyées sur le réseau en disantquils ne voyaient rien. En deux-trois heures, des dizaines de milliers de messages ont étéenvoyés à ce sujet sur les réseaux et cest là quon a commencé à se poser des questions.Finalement vers 1h du matin, un journaliste de la Voix du Nord a découvert quil sagissaitdun avion qui avait franchi le mur du son ». (WILLEMS, 2010)Cette histoire est un cas décole pour Nicolas Willems: « la leçon a été que, malgré tout, cestgrâce au travail de journalistes sur le terrain quon a connu la raison de lincident. Cest la 42

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