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5.1 - La résistance civile
contre les dictatures
et “démocratures”
Portugal, Iran, Uruguay, Haïti,
Philippines, Corée du Sud, Ukraine, Tunisie
Étienne Godinot
28.02.2022
Série ‘Vers une politique de sécurité et de paix au XXIème siècle’
Sous-série 4 - ‘Préparer une défense civile non-violente’
Diaporama n° 5
La résistance civile non-armée
contre les dictatures et "démocratures"
Sommaire
5.1 - Portugal (Caetano, 1974)
- Iran (1979)
- Uruguay (1983-1984)
- Haïti (Duvalier,1985-1986)
- Philippines (Marcos, 1986)
- Corée du Sud (Chun Doo-hwan, 1987)
- Ukraine ("Révolution orange", 2004)
- Tunisie (Ben Ali, 2010-2011)
5.2 - Hong Kong (2013-2014; 2019)
- Algérie (2019-2020)
- Biélorussie (Loukachenko, 2020)
Voir aussi la résistance au coup d’État militaire en Birmanie
dans le diaporama « Résistance civile aux coups d’État »
Rappel : ce diaporama fait partie de la sous-série
3 - ‘Préparer une défense civile non-violente’
qui fait elle-même partie de la série ‘Vers une politique de
sécurité et de paix au XXIème siècle’ sur irnc.org
La résistance civile non-armée
contre les dictatures et "démocratures" *
Sources :
- Résistance civiles, les leçons de l’histoire, dossier Non-violence Actualité,
- revue Alternatives non-violentes (ANV), n° 119-120 , été-automne 2001,
- Les luttes non-violentes au XXème siècle, revue ANV, n° 121, 2001
- Jacques Sémelin, Face au totalitarisme, la résistance civile, éd. André Versaille,
2011,
- Internet Wikipedia,
- Presse (Le Monde, La Croix, Libération, etc.).
* Démocrature : L'oxymore démocrature est un un mot-valise composé de
démocratie et de dictature, destiné à exprimer une intention critique : telle
prétendue démocratie n'est en réalité pas une vraie démocratie. Il désigne un
système hybride tels que ceux de la Russie, du Vénézuela, de la Turquie ou de
l’Algérie, de nombreux pays d’Asie ou d’Afrique.
La démocrature mêle des éléments de démocratie, comme la tenue
d’élections (souvent faussées ou truquées) et d’autres éléments comme le
populisme, la diabolisation des opposants politiques, la modification de la
constitution par un chef d’État afin de pouvoir se représenter sans limites, etc.
1 - La "révolution des œillets" au Portugal
Avril 1974
La révolution des œillets (Revolução dos Cravos en
portugais) est le nom donné aux événements d'avril 1974.
Ils ont entraîné la chute de la dictature salazariste qui
dominait le Portugal depuis 1933.
Le premier ministre António de Oliveira Salazar, son
créateur, était mort en 1970. Il avait été remplacé à la tête
du régime par Marcelo Caetano, dont les tentatives de
réforme politique furent annihilées par l'inertie du régime et
surtout l'omnipotence de la police secrète et militaire, la
PIDE (Polícia Internacional e de Defesa do Estado).
Photos : - Antonio Salazar (1889-1970)
- Marcelo Caetano (1906-1980)
Les militaires s’opposent à la dictature
Dès 1972, le gouverneur et commandant des forces armées
en Guinée-Bissau, António de Spínola, tente de convaincre le
président du Conseil, Marcelo Caetano, de trouver une solution
politique à cette guerre qu'il considère comme perdue. Caetano
refuse : le régime préfère une défaite à une quelconque négociation
avec les rebelles indépendantistes (Guinée, Angola, Mozambique).
Le Movimento das Forcas Armadas (MFA, Mouvement des Forces
Armées), composé de militaires de gauche, propose un programme
à 3 volets :
1) démocratisation : conquête du pouvoir confié à une junte en vue
de la démocratisation du pays,
2) décolonisation : organisation par le gouvernement d’élections
libres et d’un référendum sur l’outre-mer sous la tutelle de l’armée ,
3) développement économique.
Photo : - Le général Antonio de Spinola
- La presse annonce le coup d’État du MFA
La population soutient les militaires
Le 25 avril 1974, le MFA s'empare des points stratégiques du
pays et renverse le régime dictatorial. Des milliers de Portugais
descendent dans la rue, se mêlant aux militaires insurgés.
L'un des points centraux de ce rassemblement est le marché
aux fleurs de Lisbonne, alors richement fourni en œillets, dont c'est la
saison. Plusieurs militaires insurgés mettent cette fleur dans le canon
de leur fusil, donnant ainsi un nom et un symbole à cette révolution.
Caetano remet le pouvoir au général Spinola.
Seule la police politique PIDE oppose une résistance armée,
qui occasionne la mort de 4 personnes, seules victimes de cette
révolution.
Des élections libres
Comme prévu, le pouvoir est aussitôt confié à une Junte de
Salut National (JSN), qui affirme que le pouvoir sera remis aux civils à
l'issue de la tenue d'élections libres.
Les prisonniers politiques sont libérés le 26 avril. Les dirigeants
des partis politiques en exil peuvent rentrer triomphalement au
Portugal : le socialiste Mário Soares et le communiste Alvaro Cunhal
deviennent ministres du gouvernement provisoire.
Le général Spínola, en 1975, échoue dans sa tentative de coup
d'État.
Cette "révolution des oeillets" s'inscrit dans le vaste mouvement
de démocratisation qui touchera ensuite l'Espagne, la Grèce,
l'Amérique Latine et enfin l'Europe de l'Est.
Photos : - Mario Soares, né en 1924, Premier Ministre en 1976, Président en 1986
- Alvaro Cunhal (1913-2005)
2 - Révolution en Iran (1979)
En 1953, et les services secrets anglais et la CIA états-unienne
renversent le gouvernement du Premier ministre iranien démocrate
Mohammad Mossadegh pour mettre un terme à sa politique nationaliste
et consolider le pouvoir du shah Mohammad Reza Pahlavi (photo). Le
shah maintient de bonnes relations avec les États-Unis, mais son gou-
vernement est critiqué pour sa corruption et les pratiques violentes de la
police politique, la SAVAK (logo ci-contre), ce qui provoque des protestations
en Iran et suscite une condamnation de la part de nombreux pays sur la
scène internationale.
Les intellectuels laïcs et libéraux, les mouvements populaires aux
idéaux tiers-mondistes et nationalistes ont une importance particulière au
sein de l'opposition. Par ailleurs, depuis la révolte du tabac en 1891, le
clergé acquiert progressivement une influence politique autant que
religieuse. Alors que cette opposition augmente, le shah réprime
fortement les dissidents.
L‘ayatollah Khomeiny (photo) est un des leaders de l'opposition
religieuse, qui proclame que le règne du shah est une tyrannie. Après
son arrestation, puis son exil en 1964, les émeutes menées par les
partisans du clergé augmentent. Le shah répond à ces émeutes par la
violence, arrêtant et tuant les manifestants.
Manifestations et répression en 1978
En octobre 1971 a lieu la célébration du 2500e anniversaire de la fondation
de l'empire perse, sur trois jours à Persépolis, avec plus de 600 invités étrangers
(image du haut). Les cérémonies sont grandioses. La polémique dans la presse sur le
coût des festivités contribue à ternir encore l'image du shah.
Jusqu'en 1978, l'opposition au shah vient principalement de la classe
moyenne urbaine, dont une partie plutôt laïque soutiendrait une monarchie
constitutionnelle. Ce sont les groupes islamiques qui réussissent les premiers à
rassembler de grandes masses contre le shah.
En janvier 1978, la presse officielle publie une rumeur destinée à faire du tort
à Khomeiny. Des étudiants et des meneurs religieux protestent contre ces
allégations dans la ville de Qom. La police se déploie dans les rues, dispersant les
manifestants et tuant plusieurs étudiants. Le 18 février, des groupes marchent
donc dans nombre de villes en honneur aux morts, et manifestent contre le régime
du shah. Les forces de l'ordre répriment violemment
la manifestation à Tabriz, et plus de 100 manifestants
sont tués. Le cycle de deuil et de célébrations se répète,
et à partir du 29 mars, de nouvelles protestations ont lieu
dans le pays.
8 septembre 1978 : le Vendredi noir
Les dommages dus aux manifestations, en plus de l'inflation très forte, frappent de
plein fouet l'économie iranienne. Le gouvernement impose en été 1978 des mesures
d'austérité qui provoquent l'annulation de nombreux projets publics et le gel des
salaires. Ces mesures aggravent le chômage et le ressentiment de la population. De
plus en plus, la classe ouvrière se joint aux étudiants et à la classe moyenne contre le
régime.
En septembre, la nation se déstabilise rapidement ; les manifestations massives
deviennent régulières. Le shah introduit la loi martiale, et interdit toute manifestation. Le
vendredi 8 septembre, une manifestation massive a lieu à Téhéran. Le shah accepte le
déploiement de l'armée en remplacement des forces de l'ordre dépourvues de gaz
lacrymogènes ou de lances à eau. Les militaires sont autorisés à utiliser la violence
(tanks, hélicoptères et fusils) pour maintenir l’ordre. Ce jour reste connu sous le nom de
‘Vendredi noir’.
Le ‘Vendredi noir’ contribue à réduire encore plus le soutien au
shah au sein de la population iranienne, ainsi que chez ses alliés à
l'étranger. Une grève générale déclenchée le 1er octobre à Téhéran
et dans 8 des principales villes de province paralyse l'économie, la
plupart des industries étant fermées et les pétroliers étant bloqués
dans le port d'Abadan.
D’immenses manifestations
Les protestations de 1978 atteignent leur paroxysme en décembre,
pendant le mois saint de Muharram. Des manifestants sont tués chaque jour, et
chaque jour les protestations prennent encore de l'ampleur.
Le 12 décembre, plus de 2 millions de personnes défilent dans les rues
de Téhéran pour protester contre la politique du shah. Des dissensions appa-
raissent au sein de l'armée, notamment de jeunes officiers qui répugnent à
ordonner de tirer sur la foule. Le shah, affaibli par la maladie et abandonné par
les grandes puissances étrangères, vit retranché dans le palais de Niavaran.
Face au chaos qui ne cesse de s'accroître et contre l'avis des officiers de la
Savak, le shah ordonne que l'armée cesse de tirer sur la foule.
Il joue alors sa dernière carte : la nomination de Chapour
Bakhtiar (photo du bas) au poste de Premier ministre.
Chapour Bakhtiar demande au shah de quitter l'Iran pour une
durée indéterminée, ordonne la dissolution de la SAVAK et la libération
des prisonniers politiques.
La fin de l’empire d’Iran
Le 1er février 1979, l’ayatollah arrive à Téhéran où des milliers de personnes
l’attendent. Il se rend ensuite au grand cimetière de Behesht-e Zahra où il fait un discours
livrant sa vision du futur de l’Iran.
Il nomme Mehdi Bazargan Premier ministre bien que Baktiar soit encore en
exercice. La peur du conflit armé entre les deux factions commence à poindre. Khomeiny
rejette les appels qui lui sont faits d'appeler au conflit armé et essaie plutôt de lier l'armée à
son mouvement.
Les tensions montent entre officiers partisans de la révolution islamique et ceux
partisans de Baktiar. Le soir du 11 février 1979, l‘ayatollah Khomeini arrive enfin au pouvoir
et Mehdi Bazargan est son Premier ministre. Cette date marque alors la fin de l'Empire
d'Iran, et la chute du gouvernement de Chapour Bakhtiar, contraint à la fuite. Au même
moment, les forces révolutionnaires s'emparent des télévisions et des radios.
Bien sûr, ce n’est pas une démocratie qui a succédé à la
dictature du shah, mais une autre dictature théocratique, celle
des ayatollahs.
Mais le but des manifestants non-violents iraniens n’était
pas d’établir une démocratie à l’occidentale, il était de renverser
le régime du shah.
3 - Uruguay (1983-1984)
• Juin 1973 : l’armée prend le pouvoir « pour lutter contre la
subversion ». Dictature pendant 10 ans.
7 000 prisonniers politiques pour 3 millions d’habitants. Les
Escadrons de la mort, groupes paramilitaires d’extrême droite,
pourchassent les opposants.
• Novembre 1980 : le régime militaire organise un référendum
pour pérenniser son pouvoir, mais ne prend pas la peine
d’organiser la fraude… : 87 % de Non
Photos : - Carte de l’Uruguay
- Hector Castagneto, étudiant en agronomie assassiné
le 17 août 1971 par les Escadrons de la mort. Son
cadavre a été jeté dans le Rio de la Plata
Une petite organisation non-violente
• Dès 1982, des milieux syndicaux, étudiants et religieux se
mobilisent autour du Servicio Paz y Justicia (SERPAJ),
organisation non-violente fondée à la fin des années 1960 pour
la défense des droits de l’homme en Amérique latine.
Le silence des partis traditionnels et de la hiérarchie de l’Église
confère au SERPAJ un rôle politique bien plus grand que son
importance numérique.
Le SERPAJ Uruguay est animé par le jésuite Luis Perez Aguirre.
Photos : - Adolfo Perez Esquivel (Argentin), fondateur du
SERPAJ, prix Nobel de la Paix 1980
- Luis Perez Aguirre
Un jeûne et une opération « ville morte »
• Juillet 1983 : le SERPAJ diffuse des témoignages de tortures et
de viols de personnes emprisonnées. Luis Perez Aguirre est
arrêté et interrogé pendant 17 h. Trois membres du SERPAJ
font un jeûne de 15 jours pour faire du 25 août une journée
nationale de réflexion sur les solutions démocratiques aux
problèmes du pays
• 25 août 1983 : Opération « ville morte » dans la capitale,
Montevideo. Lumières éteintes, concert de casseroles toute la
soirée.
Mise en place d’une coordination nationale des forces
démocratiques.
Le retour de la démocratie
• 30 août 1983 : le SERPAJ est interdit, ses biens confisqués.
• 27 novembre 1983 : L’Uruguay connaît la plus grande
manifestation de son histoire : 500 000 personnes, soit 1/6ème de la
population, malgré l’interdiction par le gouvernement
• 18 janvier 1984 : la grève générale est un succès
• 25 novembre 1984 : élections libres, 85 % de participation
• 1er mars 1985 : Gouvernement d’union nationale constitué par
Julio Sanguinetti. Les derniers prisonniers politiques sont libérés.
Photos : - Le livre de Luis Perez Aguirre Tout commence par un cri
- le Palacio legislativo à Montevideo
4 - Renversement de la dictature Duvalier
en Haïti (1986)
Le régime de Jean-Claude Duvalier, incompétent,
dictatorial, corrompu, et spoliateur, reposait sur la milice
paramilitaire des Tontons Macoutes.
Il s’effondre le 7 février 1986 suite à deux mois de
mobilisation de toute la population : communautés de base
religieuses, associations de paysans, comités de quartier,
comités de défense des droits humains, associations
patronales, syndicats, associations de jeunes, de femmes, etc.
Les actions ont été principalement non-violentes
(marches de protestation du 26 au 30 janvier), mais aussi
violentes (incendie du palais de justice de Gonaïves).
Photos : - Jean-Claude Duvalier
- Manifestation de fin janvier 1986 en Haïti
5 - Renversement de la dictature Marcos
aux Philippines (1986) *
Les 20 années du régime du président Ferdinand Marcos
ont été marquées par les atteintes aux libertés, l’exil ou
l’emprisonnement des personnalités de l’opposition, la
corruption, l’explosion des inégalités, la loi martiale en 1972.
La voie légale semblait bouchée à cause de la fraude
électorale, et parce que Marcos avait fait assassiner, à son
retour d’exil, le 21 août 1983, le seul opposant en mesure de lui
tenir tête, Ninoy Aquino.
Photos : - Ferdinand Marcos
- L’assassinat de Ninoy Aquino
* D’après l’article de Christian Mellon sur ce sujet, revue Alternatives non-violentes, Les
luttes non-violentes au XXè siècle, 2001
Un assassinat qui met en marche
une révolution non-violente
Cet assassinat sert de détonateur à l’opposition qui multiplie
grèves, manifestations, et mène une campagne de non-coopération
et de désobéissance civile.
Depuis des années, en effet, des groupes catholiques
préconisent l’action non-violente pour lutter contre la dictature,
notamment l’évêque Francisco Claver et le mouvement Akkapka
animé par Jose Blanco.
Photos : Francisco Claver sj
Logo du mouvement Akkapka
Formation à l’action non-violente
et à la démocratie
En 1984, les élections parlementaires
truquées permettent toutefois d’élire 56 députés
d’opposition et de constituer le NAMFREL
(National citizens’s Movement for free Election) qui
mobilise des centaines de milliers de volontaires
pour surveiller les urnes et vérifier les calculs.
Photo : Le logo du NAMFREL avec le proverbe
« Mieux vaut allumer une bougie que maudire
l’obscurité »
La fraude électorale déclenche
l’insurrection non-violente
Lors des élections du 7 février 1986, les 500 000
volontaires du NAMFREL enregistrent 52 % pour le parti
ONUDI de Cory Aquino, veuve de Ninoy Aquino, mais la
Commission électorale gouvernementale proclame l’élection
du parti de Marcos, le KBL.
Dans un pays où la population est à 85 % catholique, la
Conférence des évêques appelle au « combat non-violent
pour la justice ».
Les États-Unis, qui ont trop longtemps soutenu Marcos,
condamnent la fraude électorale.
Photo : Corazon Aquino, dite Cory
Le retournement des militaires démocrates
Le 22 février 1986, le ministre de la Défense, Ponce Enrile, et le Chef d’état-
major, le général Ramos, se rallient à Cory Aquino. Ils annoncent leur décision sur
Radio Veritas, la seule non contrôlée par Marcos, et se retranchent dans le ‘camp
Aguinaldo », une caserne au centre de Manille.
Dans la soirée, sur Radio Veritas, le cardinal Sin, archevêque de Manille,
invite les habitants à entourer le camp Aguinaldo pour empêcher les troupes
gouvernementales de l’attaquer.
Photos : - le ralliement de Enrile et Ramos à Cory Aquino
- Le cardinal Jaime Sin
Une barricade humaine
Le dimanche 23 février, une foule de en plus
nombreuse afflue sur l’Epifanio de los Santos Avenue
(EDSA) à Manille.
Au milieu de l’après-midi, 5 chars et 8 véhicules
blindés tentent de traverser la foule pour attaquer les
"rebelles".
Se forme alors une véritable barricade humaine qui
refuse de se disloquer devant les chars qui avancent.
Les gens cernent les véhicules, interpellent les soldats,
leur offrent des fleurs et des boissons.
Le retournement de l’armée
Le général Tadiar menace d’ouvrir le feu sur la foule
si elle ne se disperse pas. Personne ne bouge. Par deux
fois, il tente de faire avancer les chars. La barricade
humaine tient bon. Le général ordonne alors aux chars de
se retirer.
Au petit matin du lundi 24 février, nouvelle tentative
des militaires pour attaquer le camp des rebelles. Les
artilleurs refusent de tirer.
Sept hélicoptères qui ont reçu mission d’attaquer le
camps des rebelles s’y posent paisiblement, et leurs
équipages rejoignent le général Ramos.
Le soutien de la télévision et de la population
à la présidente légitime
Le lundi 24 février à 9 heures, alors que
Marcos s’entretient sur la chaîne officielle de la
télévision avec son nouveau Chef d’état-major,
l’émission s’interrompt : les responsables de la
télévision se sont ralliés à Cory Aquino.
L’après-midi, à l’appel de la Présidente
légitime, plus de 2 millions de personnes
descendent dans l’avenue EDSA.
Le soutien de la communauté internationale
à la présidente légitime
Le mardi 25 février, quand Marcos prête serment
comme président, aucun diplomate étranger n’est présent.
À la même heure, une autre chaîne de TV retransmet
la prestation de serment de Cory Aquino, qui nomme
immédiatement son gouvernement.
Dans la soirée, des hélicoptères américains viennent
chercher l’ex-président, sa famille et ses caisses d’or et de
bijoux pour les emmener à Hawaï.
Photos : - Cory Aquino acclamée par la population
- Ronald Reagan a laissé tomber son protégé Marcos
parce qu’il a constaté que ce dernier avait perdu tout
pouvoir réel sur la société philippine
6 - Le renversement de la dictature
en Corée du Sud (1987)
• Régimes dictatoriaux de Park Chung-hee (1972-1979), puis de Chun
Doo-hwan (1979-1987). Répression meurtrière des émeutes contre la
loi martiale à Gwangju le 18 mai 1980
• Pendant deux décennies, de nombreux militants de l’Église
oecuménique (National Concil of Churches of Korea - NCCK) et des
leaders bouddhistes sont influencés et formés par le mouvement
américain des droits civiques des années 1960, dirigé par Martin
Luther King.
Les militants des Églises constituent la plus grande fraction des
prisonniers politiques
Photo du haut : le général Chun Doo-hwan, auteur du coup
d’État militaire du 12 décembre 1979
La protestation en paroles et en action
• 1er mars 1976 : 12 dissidents éminents avec à leur tête le
cardinal de Séoul, Kim Su-hwan, et le secrétaire général du
NCCK, Dim Kwan-sok, proclament la Déclaration pour la
démocratie et le salut national, demandent l’abrogation du
décret répressif de 1975 et la libération des prisonniers
politiques
• 1987 : Une procession funéraire de masse à la mémoire
d’un étudiant torturé et assassiné par la police, serpente
sur 1 600 km entre Séoul et Kwangju.
Photo du haut : le cardinal Kim Su Hwan
Manifestations pour la démocratie
• Des protestataires occupent la cathédrale Myeong Dong au
centre de Séoul. Le site sert de phare pour les protestations
massives de mai à juillet qui rassemblent plus de 100 000
personnes et font référence à la révolution People Power aux
Philippines.
• 29 juin 1987 : le général Roh Tae Woh, candidat du parti unique
en place, le Parti Justice Démocratique, aux élections
présidentielles, annonce l’élection du Président au suffrage
universel direct. Cette déclaration, qui va à l’encontre de la
décision antérieure du Président Chun Doo Hwan, stupéfie le
pays.
Photos : - La cathédrale Myeong Dong à Séoul
- le Général puis Président Roh Tae-wooh
L’avènement de la démocratie
Par cette annonce, une confrontation violente prête à éclater est
écartée de justesse. La nation s’engage sur son chemin vers la
démocratisation.
Roh Tae Woo est élu président le 16 décembre 1987 avec 39,5 % des
voix, à cause de la candidature de deux personnalités de l’opposition
démocratique, Kim Dae-Jung et Kim Young-sam
Kim Dae-jung, élu en 1997, sera le premier Président bénéficiant
d’une légitimité démocratique.
Photos : - Kim Dae-jung (1925-2009) , principale figure de l’opposition à la dictature
en Corée du Sud. Échappe en 1971 à une tentative d’assassinat déguisée en
accident de la circulation, et s’exile au Japon où il crée un Front démocratique
d’opposition. Enlevé en 1973 par la police politique, échappe de peu à la mort
par l’intervention de quelques fonctionnaires américains hostiles à la politique
du Président Nixon. Condamné à mort en 1980, sentence commuée en 20 ans
de prison sur intervention des USA., puis à l’exil.
Après son élection à la Présidence, est lauréat du prix Nobel de la Paix en 2000
pour sa politique de rapprochement avec la Corée du Nord.
- Drapeau de la Corée du Sud
7 – La "révolution orange"
en Ukraine (nov. 2004 - janv. 2005)
La révolution orange est le nom donné à une série de
manifestations politiques ayant eu lieu en Ukraine à la suite de
la proclamation le 21 novembre 2004 du résultat du deuxième
tour de l'élection présidentielle, que beaucoup d’Ukrainiens
perçoivent comme truqué par le gouvernement de Viktor
Ianoukovytch et par le puissant clan de Donetsk, dont
l'oligarque Rinat Akhmetov.
Les gouvernements occidentaux et l’OSCE, malgré la
ferme opposition russe de Vladimir Poutine, soutiennent qu'il y
a irrégularité des élections, tandis que Poutine et le président
biélorusse Loukachenko sont les seuls à reconnaître l'élection
de Ianoukovytch et à le féliciter, avant même qu'elle ne soit
proclamée par la commission électorale ukrainienne.
Photos : - Viktor Iouchtchenko, intoxiqué à la dioxine lors d’un dîner avec Gori
Tarochenkylo, chef des services secrets ukrainiens.
- Carte électorale de l’Ukraine : En orange, les circonscriptions favorables à Viktor
Iouchtchenko, partisan du rapprochement avec l’Europe. En bleu, celles favorables à
Viktor Ianoukovytch, proche de la Russie
La "révolution orange" en Ukraine
(nov. 2004 – janv. 2005)
Organisées par le candidat malheureux à la prési-
dence, Viktor Iouchtchenko et son alliée Ioulia Tymochen-
ko, les protestations prennent rapidement de l'ampleur. Le
23 novembre 2004, une manifestation pacifique
rassemblant environ un demi-million de défenseurs de
Iouchtchenko a eu lieu sur la place de l'Indépendance à
Kiev, devant le siège du parlement ukrainien, la Verkhovna
Rada. Les manifestants arborent des drapeaux de couleur
orange, symbole principal du mouvement.
Le résultat immédiat de la révolution orange est
l'annulation par la Cour suprême du scrutin et l'organisation
d'un nouveau vote le 26 décembre 2004 qui voit la victoire
de Viktor Iouchtchenko : il réunit 52 % des voix contre 44 %
pour son rival Viktor Ianoukovytch ;
Photos : Manifestation du 23 novembre 2004 à Kiev
8 - Le renversement de la dictature
en Tunisie (2010-2011)
L'explosion de colère survenue en Tunisie fin 2010 a pour cadre
le chômage et les profondes inégalités et disparités régionales de
développement. Le président Ben Ali et sa famille sont directement mis
en cause dans des affaires de corruption, de détournement ou de vol.
Le 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi, vendeur de fruits et
légumes ambulant, âgé de 26 ans, dont la marchandise avait été
confisquée par les autorités, s'asperge d'essence et s'immole par le feu
devant le siège du gouvernorat. Son geste est imité par deux autres
jeunes.
Des manifestations sont menées en protestation contre le
chômage qui touche une forte proportion de la jeunesse, plus
particulièrement les jeunes diplômés, la corruption, la censure et la
répression policière.
Photos : - Le président-dictateur Zine el-Abidine Ben Ali
- Timbre poste à la mémoire de Mohamed Bouazizi, vendeur ambulant
L’armée protège les manifestants
contre les policiers
Durant 4 semaines, des manifestations s'étendent à tout
le pays malgré la répression. Une grève générale est
déclenchée à Sfax le 12 janvier 2011 avec une manifestation
de 50 000 citoyens. Le lendemain, l’armée, déployée à Tunis,
refuse de suivre Ben Ali et protège les manifestants contre les
policiers.
Ben Ali fuit vers l'Arabie saoudite le 14 janvier 2011. Le
lendemain, le président du Parlement tunisien, Fouad
Mebazaa, est proclamé Président de la République tunisienne
par intérim par le Conseil constitutionnel.
Des bandes de fidèles du régime de Ben Ali, armés et
utilisant des 4x4, parcourent les rues de Tunis puis des autres
villes de Tunisie, afin de semer la terreur et le désordre. Les
Tunisiens s’organisent en comités de quartier pour se protéger.
Photos : Manifestations à Tunis le 14 janvier 2011
Les premières élections libres
Le 16 janvier 2011 en soirée, l'armée donne l'assaut au
palais présidentiel de Carthage qui abrite des membres de la
garde présidentielle restés fidèles à Ben Ali.
338 personnes ont été tuées et 2174 ont été blessées
durant la révolution.
Le 23 octobre 2011 a lieu le premier scrutin pluraliste et
transparent.
Une nouvelle constitution est adoptée en janvier 2014.
Elle pérennise une démocratie naissante, véritable exception
dans le monde arabe après le "printemps arabe".
Photos - Sit-in à la place de la Kasbah à Tunis, le 28 janvier 2011.
- L’assemblée nationale tunisienne
Une démocratie dans le monde arabe
Le préambule de la constitution affirme l'attachement du
peuple aux droits de l'homme et à son identité arabo-musulmane
caractérisée par « l’ouverture et la modération »
Il précise la nécessité de doter la Tunisie d'un État à
caractère civil fondé sur le droit, démocratique et participatif où la
souveraineté appartient au peuple et où le principe de la
séparation des pouvoirs est garanti.
La constitution tunisienne reconnaît la liberté de croyance
et de conscience. Elle est, dans le monde arabo-musulman, celle
qui offre le plus de garanties pour le droit des femmes.
■
Photos - Moncef Marzouki, né en 1945, médecin, ex-président de la Ligue des Droits de
l’Homme tunisienne, emprisonné en 1994, assigné à résidence en 1998, président de la
République tunisienne, à titre provisoire, de décembre 2011 à décembre 2014.
- La constitution tunisienne

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Préparer la défense civile non-violente. — 05-1. La résistance civile contre les dictatures et les « démocratures » (1974-2010)

  • 1. 5.1 - La résistance civile contre les dictatures et “démocratures” Portugal, Iran, Uruguay, Haïti, Philippines, Corée du Sud, Ukraine, Tunisie Étienne Godinot 28.02.2022 Série ‘Vers une politique de sécurité et de paix au XXIème siècle’ Sous-série 4 - ‘Préparer une défense civile non-violente’ Diaporama n° 5
  • 2. La résistance civile non-armée contre les dictatures et "démocratures" Sommaire 5.1 - Portugal (Caetano, 1974) - Iran (1979) - Uruguay (1983-1984) - Haïti (Duvalier,1985-1986) - Philippines (Marcos, 1986) - Corée du Sud (Chun Doo-hwan, 1987) - Ukraine ("Révolution orange", 2004) - Tunisie (Ben Ali, 2010-2011) 5.2 - Hong Kong (2013-2014; 2019) - Algérie (2019-2020) - Biélorussie (Loukachenko, 2020) Voir aussi la résistance au coup d’État militaire en Birmanie dans le diaporama « Résistance civile aux coups d’État » Rappel : ce diaporama fait partie de la sous-série 3 - ‘Préparer une défense civile non-violente’ qui fait elle-même partie de la série ‘Vers une politique de sécurité et de paix au XXIème siècle’ sur irnc.org
  • 3. La résistance civile non-armée contre les dictatures et "démocratures" * Sources : - Résistance civiles, les leçons de l’histoire, dossier Non-violence Actualité, - revue Alternatives non-violentes (ANV), n° 119-120 , été-automne 2001, - Les luttes non-violentes au XXème siècle, revue ANV, n° 121, 2001 - Jacques Sémelin, Face au totalitarisme, la résistance civile, éd. André Versaille, 2011, - Internet Wikipedia, - Presse (Le Monde, La Croix, Libération, etc.). * Démocrature : L'oxymore démocrature est un un mot-valise composé de démocratie et de dictature, destiné à exprimer une intention critique : telle prétendue démocratie n'est en réalité pas une vraie démocratie. Il désigne un système hybride tels que ceux de la Russie, du Vénézuela, de la Turquie ou de l’Algérie, de nombreux pays d’Asie ou d’Afrique. La démocrature mêle des éléments de démocratie, comme la tenue d’élections (souvent faussées ou truquées) et d’autres éléments comme le populisme, la diabolisation des opposants politiques, la modification de la constitution par un chef d’État afin de pouvoir se représenter sans limites, etc.
  • 4. 1 - La "révolution des œillets" au Portugal Avril 1974 La révolution des œillets (Revolução dos Cravos en portugais) est le nom donné aux événements d'avril 1974. Ils ont entraîné la chute de la dictature salazariste qui dominait le Portugal depuis 1933. Le premier ministre António de Oliveira Salazar, son créateur, était mort en 1970. Il avait été remplacé à la tête du régime par Marcelo Caetano, dont les tentatives de réforme politique furent annihilées par l'inertie du régime et surtout l'omnipotence de la police secrète et militaire, la PIDE (Polícia Internacional e de Defesa do Estado). Photos : - Antonio Salazar (1889-1970) - Marcelo Caetano (1906-1980)
  • 5. Les militaires s’opposent à la dictature Dès 1972, le gouverneur et commandant des forces armées en Guinée-Bissau, António de Spínola, tente de convaincre le président du Conseil, Marcelo Caetano, de trouver une solution politique à cette guerre qu'il considère comme perdue. Caetano refuse : le régime préfère une défaite à une quelconque négociation avec les rebelles indépendantistes (Guinée, Angola, Mozambique). Le Movimento das Forcas Armadas (MFA, Mouvement des Forces Armées), composé de militaires de gauche, propose un programme à 3 volets : 1) démocratisation : conquête du pouvoir confié à une junte en vue de la démocratisation du pays, 2) décolonisation : organisation par le gouvernement d’élections libres et d’un référendum sur l’outre-mer sous la tutelle de l’armée , 3) développement économique. Photo : - Le général Antonio de Spinola - La presse annonce le coup d’État du MFA
  • 6. La population soutient les militaires Le 25 avril 1974, le MFA s'empare des points stratégiques du pays et renverse le régime dictatorial. Des milliers de Portugais descendent dans la rue, se mêlant aux militaires insurgés. L'un des points centraux de ce rassemblement est le marché aux fleurs de Lisbonne, alors richement fourni en œillets, dont c'est la saison. Plusieurs militaires insurgés mettent cette fleur dans le canon de leur fusil, donnant ainsi un nom et un symbole à cette révolution. Caetano remet le pouvoir au général Spinola. Seule la police politique PIDE oppose une résistance armée, qui occasionne la mort de 4 personnes, seules victimes de cette révolution.
  • 7. Des élections libres Comme prévu, le pouvoir est aussitôt confié à une Junte de Salut National (JSN), qui affirme que le pouvoir sera remis aux civils à l'issue de la tenue d'élections libres. Les prisonniers politiques sont libérés le 26 avril. Les dirigeants des partis politiques en exil peuvent rentrer triomphalement au Portugal : le socialiste Mário Soares et le communiste Alvaro Cunhal deviennent ministres du gouvernement provisoire. Le général Spínola, en 1975, échoue dans sa tentative de coup d'État. Cette "révolution des oeillets" s'inscrit dans le vaste mouvement de démocratisation qui touchera ensuite l'Espagne, la Grèce, l'Amérique Latine et enfin l'Europe de l'Est. Photos : - Mario Soares, né en 1924, Premier Ministre en 1976, Président en 1986 - Alvaro Cunhal (1913-2005)
  • 8. 2 - Révolution en Iran (1979) En 1953, et les services secrets anglais et la CIA états-unienne renversent le gouvernement du Premier ministre iranien démocrate Mohammad Mossadegh pour mettre un terme à sa politique nationaliste et consolider le pouvoir du shah Mohammad Reza Pahlavi (photo). Le shah maintient de bonnes relations avec les États-Unis, mais son gou- vernement est critiqué pour sa corruption et les pratiques violentes de la police politique, la SAVAK (logo ci-contre), ce qui provoque des protestations en Iran et suscite une condamnation de la part de nombreux pays sur la scène internationale. Les intellectuels laïcs et libéraux, les mouvements populaires aux idéaux tiers-mondistes et nationalistes ont une importance particulière au sein de l'opposition. Par ailleurs, depuis la révolte du tabac en 1891, le clergé acquiert progressivement une influence politique autant que religieuse. Alors que cette opposition augmente, le shah réprime fortement les dissidents. L‘ayatollah Khomeiny (photo) est un des leaders de l'opposition religieuse, qui proclame que le règne du shah est une tyrannie. Après son arrestation, puis son exil en 1964, les émeutes menées par les partisans du clergé augmentent. Le shah répond à ces émeutes par la violence, arrêtant et tuant les manifestants.
  • 9. Manifestations et répression en 1978 En octobre 1971 a lieu la célébration du 2500e anniversaire de la fondation de l'empire perse, sur trois jours à Persépolis, avec plus de 600 invités étrangers (image du haut). Les cérémonies sont grandioses. La polémique dans la presse sur le coût des festivités contribue à ternir encore l'image du shah. Jusqu'en 1978, l'opposition au shah vient principalement de la classe moyenne urbaine, dont une partie plutôt laïque soutiendrait une monarchie constitutionnelle. Ce sont les groupes islamiques qui réussissent les premiers à rassembler de grandes masses contre le shah. En janvier 1978, la presse officielle publie une rumeur destinée à faire du tort à Khomeiny. Des étudiants et des meneurs religieux protestent contre ces allégations dans la ville de Qom. La police se déploie dans les rues, dispersant les manifestants et tuant plusieurs étudiants. Le 18 février, des groupes marchent donc dans nombre de villes en honneur aux morts, et manifestent contre le régime du shah. Les forces de l'ordre répriment violemment la manifestation à Tabriz, et plus de 100 manifestants sont tués. Le cycle de deuil et de célébrations se répète, et à partir du 29 mars, de nouvelles protestations ont lieu dans le pays.
  • 10. 8 septembre 1978 : le Vendredi noir Les dommages dus aux manifestations, en plus de l'inflation très forte, frappent de plein fouet l'économie iranienne. Le gouvernement impose en été 1978 des mesures d'austérité qui provoquent l'annulation de nombreux projets publics et le gel des salaires. Ces mesures aggravent le chômage et le ressentiment de la population. De plus en plus, la classe ouvrière se joint aux étudiants et à la classe moyenne contre le régime. En septembre, la nation se déstabilise rapidement ; les manifestations massives deviennent régulières. Le shah introduit la loi martiale, et interdit toute manifestation. Le vendredi 8 septembre, une manifestation massive a lieu à Téhéran. Le shah accepte le déploiement de l'armée en remplacement des forces de l'ordre dépourvues de gaz lacrymogènes ou de lances à eau. Les militaires sont autorisés à utiliser la violence (tanks, hélicoptères et fusils) pour maintenir l’ordre. Ce jour reste connu sous le nom de ‘Vendredi noir’. Le ‘Vendredi noir’ contribue à réduire encore plus le soutien au shah au sein de la population iranienne, ainsi que chez ses alliés à l'étranger. Une grève générale déclenchée le 1er octobre à Téhéran et dans 8 des principales villes de province paralyse l'économie, la plupart des industries étant fermées et les pétroliers étant bloqués dans le port d'Abadan.
  • 11. D’immenses manifestations Les protestations de 1978 atteignent leur paroxysme en décembre, pendant le mois saint de Muharram. Des manifestants sont tués chaque jour, et chaque jour les protestations prennent encore de l'ampleur. Le 12 décembre, plus de 2 millions de personnes défilent dans les rues de Téhéran pour protester contre la politique du shah. Des dissensions appa- raissent au sein de l'armée, notamment de jeunes officiers qui répugnent à ordonner de tirer sur la foule. Le shah, affaibli par la maladie et abandonné par les grandes puissances étrangères, vit retranché dans le palais de Niavaran. Face au chaos qui ne cesse de s'accroître et contre l'avis des officiers de la Savak, le shah ordonne que l'armée cesse de tirer sur la foule. Il joue alors sa dernière carte : la nomination de Chapour Bakhtiar (photo du bas) au poste de Premier ministre. Chapour Bakhtiar demande au shah de quitter l'Iran pour une durée indéterminée, ordonne la dissolution de la SAVAK et la libération des prisonniers politiques.
  • 12. La fin de l’empire d’Iran Le 1er février 1979, l’ayatollah arrive à Téhéran où des milliers de personnes l’attendent. Il se rend ensuite au grand cimetière de Behesht-e Zahra où il fait un discours livrant sa vision du futur de l’Iran. Il nomme Mehdi Bazargan Premier ministre bien que Baktiar soit encore en exercice. La peur du conflit armé entre les deux factions commence à poindre. Khomeiny rejette les appels qui lui sont faits d'appeler au conflit armé et essaie plutôt de lier l'armée à son mouvement. Les tensions montent entre officiers partisans de la révolution islamique et ceux partisans de Baktiar. Le soir du 11 février 1979, l‘ayatollah Khomeini arrive enfin au pouvoir et Mehdi Bazargan est son Premier ministre. Cette date marque alors la fin de l'Empire d'Iran, et la chute du gouvernement de Chapour Bakhtiar, contraint à la fuite. Au même moment, les forces révolutionnaires s'emparent des télévisions et des radios. Bien sûr, ce n’est pas une démocratie qui a succédé à la dictature du shah, mais une autre dictature théocratique, celle des ayatollahs. Mais le but des manifestants non-violents iraniens n’était pas d’établir une démocratie à l’occidentale, il était de renverser le régime du shah.
  • 13. 3 - Uruguay (1983-1984) • Juin 1973 : l’armée prend le pouvoir « pour lutter contre la subversion ». Dictature pendant 10 ans. 7 000 prisonniers politiques pour 3 millions d’habitants. Les Escadrons de la mort, groupes paramilitaires d’extrême droite, pourchassent les opposants. • Novembre 1980 : le régime militaire organise un référendum pour pérenniser son pouvoir, mais ne prend pas la peine d’organiser la fraude… : 87 % de Non Photos : - Carte de l’Uruguay - Hector Castagneto, étudiant en agronomie assassiné le 17 août 1971 par les Escadrons de la mort. Son cadavre a été jeté dans le Rio de la Plata
  • 14. Une petite organisation non-violente • Dès 1982, des milieux syndicaux, étudiants et religieux se mobilisent autour du Servicio Paz y Justicia (SERPAJ), organisation non-violente fondée à la fin des années 1960 pour la défense des droits de l’homme en Amérique latine. Le silence des partis traditionnels et de la hiérarchie de l’Église confère au SERPAJ un rôle politique bien plus grand que son importance numérique. Le SERPAJ Uruguay est animé par le jésuite Luis Perez Aguirre. Photos : - Adolfo Perez Esquivel (Argentin), fondateur du SERPAJ, prix Nobel de la Paix 1980 - Luis Perez Aguirre
  • 15. Un jeûne et une opération « ville morte » • Juillet 1983 : le SERPAJ diffuse des témoignages de tortures et de viols de personnes emprisonnées. Luis Perez Aguirre est arrêté et interrogé pendant 17 h. Trois membres du SERPAJ font un jeûne de 15 jours pour faire du 25 août une journée nationale de réflexion sur les solutions démocratiques aux problèmes du pays • 25 août 1983 : Opération « ville morte » dans la capitale, Montevideo. Lumières éteintes, concert de casseroles toute la soirée. Mise en place d’une coordination nationale des forces démocratiques.
  • 16. Le retour de la démocratie • 30 août 1983 : le SERPAJ est interdit, ses biens confisqués. • 27 novembre 1983 : L’Uruguay connaît la plus grande manifestation de son histoire : 500 000 personnes, soit 1/6ème de la population, malgré l’interdiction par le gouvernement • 18 janvier 1984 : la grève générale est un succès • 25 novembre 1984 : élections libres, 85 % de participation • 1er mars 1985 : Gouvernement d’union nationale constitué par Julio Sanguinetti. Les derniers prisonniers politiques sont libérés. Photos : - Le livre de Luis Perez Aguirre Tout commence par un cri - le Palacio legislativo à Montevideo
  • 17. 4 - Renversement de la dictature Duvalier en Haïti (1986) Le régime de Jean-Claude Duvalier, incompétent, dictatorial, corrompu, et spoliateur, reposait sur la milice paramilitaire des Tontons Macoutes. Il s’effondre le 7 février 1986 suite à deux mois de mobilisation de toute la population : communautés de base religieuses, associations de paysans, comités de quartier, comités de défense des droits humains, associations patronales, syndicats, associations de jeunes, de femmes, etc. Les actions ont été principalement non-violentes (marches de protestation du 26 au 30 janvier), mais aussi violentes (incendie du palais de justice de Gonaïves). Photos : - Jean-Claude Duvalier - Manifestation de fin janvier 1986 en Haïti
  • 18. 5 - Renversement de la dictature Marcos aux Philippines (1986) * Les 20 années du régime du président Ferdinand Marcos ont été marquées par les atteintes aux libertés, l’exil ou l’emprisonnement des personnalités de l’opposition, la corruption, l’explosion des inégalités, la loi martiale en 1972. La voie légale semblait bouchée à cause de la fraude électorale, et parce que Marcos avait fait assassiner, à son retour d’exil, le 21 août 1983, le seul opposant en mesure de lui tenir tête, Ninoy Aquino. Photos : - Ferdinand Marcos - L’assassinat de Ninoy Aquino * D’après l’article de Christian Mellon sur ce sujet, revue Alternatives non-violentes, Les luttes non-violentes au XXè siècle, 2001
  • 19. Un assassinat qui met en marche une révolution non-violente Cet assassinat sert de détonateur à l’opposition qui multiplie grèves, manifestations, et mène une campagne de non-coopération et de désobéissance civile. Depuis des années, en effet, des groupes catholiques préconisent l’action non-violente pour lutter contre la dictature, notamment l’évêque Francisco Claver et le mouvement Akkapka animé par Jose Blanco. Photos : Francisco Claver sj Logo du mouvement Akkapka
  • 20. Formation à l’action non-violente et à la démocratie En 1984, les élections parlementaires truquées permettent toutefois d’élire 56 députés d’opposition et de constituer le NAMFREL (National citizens’s Movement for free Election) qui mobilise des centaines de milliers de volontaires pour surveiller les urnes et vérifier les calculs. Photo : Le logo du NAMFREL avec le proverbe « Mieux vaut allumer une bougie que maudire l’obscurité »
  • 21. La fraude électorale déclenche l’insurrection non-violente Lors des élections du 7 février 1986, les 500 000 volontaires du NAMFREL enregistrent 52 % pour le parti ONUDI de Cory Aquino, veuve de Ninoy Aquino, mais la Commission électorale gouvernementale proclame l’élection du parti de Marcos, le KBL. Dans un pays où la population est à 85 % catholique, la Conférence des évêques appelle au « combat non-violent pour la justice ». Les États-Unis, qui ont trop longtemps soutenu Marcos, condamnent la fraude électorale. Photo : Corazon Aquino, dite Cory
  • 22. Le retournement des militaires démocrates Le 22 février 1986, le ministre de la Défense, Ponce Enrile, et le Chef d’état- major, le général Ramos, se rallient à Cory Aquino. Ils annoncent leur décision sur Radio Veritas, la seule non contrôlée par Marcos, et se retranchent dans le ‘camp Aguinaldo », une caserne au centre de Manille. Dans la soirée, sur Radio Veritas, le cardinal Sin, archevêque de Manille, invite les habitants à entourer le camp Aguinaldo pour empêcher les troupes gouvernementales de l’attaquer. Photos : - le ralliement de Enrile et Ramos à Cory Aquino - Le cardinal Jaime Sin
  • 23. Une barricade humaine Le dimanche 23 février, une foule de en plus nombreuse afflue sur l’Epifanio de los Santos Avenue (EDSA) à Manille. Au milieu de l’après-midi, 5 chars et 8 véhicules blindés tentent de traverser la foule pour attaquer les "rebelles". Se forme alors une véritable barricade humaine qui refuse de se disloquer devant les chars qui avancent. Les gens cernent les véhicules, interpellent les soldats, leur offrent des fleurs et des boissons.
  • 24. Le retournement de l’armée Le général Tadiar menace d’ouvrir le feu sur la foule si elle ne se disperse pas. Personne ne bouge. Par deux fois, il tente de faire avancer les chars. La barricade humaine tient bon. Le général ordonne alors aux chars de se retirer. Au petit matin du lundi 24 février, nouvelle tentative des militaires pour attaquer le camp des rebelles. Les artilleurs refusent de tirer. Sept hélicoptères qui ont reçu mission d’attaquer le camps des rebelles s’y posent paisiblement, et leurs équipages rejoignent le général Ramos.
  • 25. Le soutien de la télévision et de la population à la présidente légitime Le lundi 24 février à 9 heures, alors que Marcos s’entretient sur la chaîne officielle de la télévision avec son nouveau Chef d’état-major, l’émission s’interrompt : les responsables de la télévision se sont ralliés à Cory Aquino. L’après-midi, à l’appel de la Présidente légitime, plus de 2 millions de personnes descendent dans l’avenue EDSA.
  • 26. Le soutien de la communauté internationale à la présidente légitime Le mardi 25 février, quand Marcos prête serment comme président, aucun diplomate étranger n’est présent. À la même heure, une autre chaîne de TV retransmet la prestation de serment de Cory Aquino, qui nomme immédiatement son gouvernement. Dans la soirée, des hélicoptères américains viennent chercher l’ex-président, sa famille et ses caisses d’or et de bijoux pour les emmener à Hawaï. Photos : - Cory Aquino acclamée par la population - Ronald Reagan a laissé tomber son protégé Marcos parce qu’il a constaté que ce dernier avait perdu tout pouvoir réel sur la société philippine
  • 27. 6 - Le renversement de la dictature en Corée du Sud (1987) • Régimes dictatoriaux de Park Chung-hee (1972-1979), puis de Chun Doo-hwan (1979-1987). Répression meurtrière des émeutes contre la loi martiale à Gwangju le 18 mai 1980 • Pendant deux décennies, de nombreux militants de l’Église oecuménique (National Concil of Churches of Korea - NCCK) et des leaders bouddhistes sont influencés et formés par le mouvement américain des droits civiques des années 1960, dirigé par Martin Luther King. Les militants des Églises constituent la plus grande fraction des prisonniers politiques Photo du haut : le général Chun Doo-hwan, auteur du coup d’État militaire du 12 décembre 1979
  • 28. La protestation en paroles et en action • 1er mars 1976 : 12 dissidents éminents avec à leur tête le cardinal de Séoul, Kim Su-hwan, et le secrétaire général du NCCK, Dim Kwan-sok, proclament la Déclaration pour la démocratie et le salut national, demandent l’abrogation du décret répressif de 1975 et la libération des prisonniers politiques • 1987 : Une procession funéraire de masse à la mémoire d’un étudiant torturé et assassiné par la police, serpente sur 1 600 km entre Séoul et Kwangju. Photo du haut : le cardinal Kim Su Hwan
  • 29. Manifestations pour la démocratie • Des protestataires occupent la cathédrale Myeong Dong au centre de Séoul. Le site sert de phare pour les protestations massives de mai à juillet qui rassemblent plus de 100 000 personnes et font référence à la révolution People Power aux Philippines. • 29 juin 1987 : le général Roh Tae Woh, candidat du parti unique en place, le Parti Justice Démocratique, aux élections présidentielles, annonce l’élection du Président au suffrage universel direct. Cette déclaration, qui va à l’encontre de la décision antérieure du Président Chun Doo Hwan, stupéfie le pays. Photos : - La cathédrale Myeong Dong à Séoul - le Général puis Président Roh Tae-wooh
  • 30. L’avènement de la démocratie Par cette annonce, une confrontation violente prête à éclater est écartée de justesse. La nation s’engage sur son chemin vers la démocratisation. Roh Tae Woo est élu président le 16 décembre 1987 avec 39,5 % des voix, à cause de la candidature de deux personnalités de l’opposition démocratique, Kim Dae-Jung et Kim Young-sam Kim Dae-jung, élu en 1997, sera le premier Président bénéficiant d’une légitimité démocratique. Photos : - Kim Dae-jung (1925-2009) , principale figure de l’opposition à la dictature en Corée du Sud. Échappe en 1971 à une tentative d’assassinat déguisée en accident de la circulation, et s’exile au Japon où il crée un Front démocratique d’opposition. Enlevé en 1973 par la police politique, échappe de peu à la mort par l’intervention de quelques fonctionnaires américains hostiles à la politique du Président Nixon. Condamné à mort en 1980, sentence commuée en 20 ans de prison sur intervention des USA., puis à l’exil. Après son élection à la Présidence, est lauréat du prix Nobel de la Paix en 2000 pour sa politique de rapprochement avec la Corée du Nord. - Drapeau de la Corée du Sud
  • 31. 7 – La "révolution orange" en Ukraine (nov. 2004 - janv. 2005) La révolution orange est le nom donné à une série de manifestations politiques ayant eu lieu en Ukraine à la suite de la proclamation le 21 novembre 2004 du résultat du deuxième tour de l'élection présidentielle, que beaucoup d’Ukrainiens perçoivent comme truqué par le gouvernement de Viktor Ianoukovytch et par le puissant clan de Donetsk, dont l'oligarque Rinat Akhmetov. Les gouvernements occidentaux et l’OSCE, malgré la ferme opposition russe de Vladimir Poutine, soutiennent qu'il y a irrégularité des élections, tandis que Poutine et le président biélorusse Loukachenko sont les seuls à reconnaître l'élection de Ianoukovytch et à le féliciter, avant même qu'elle ne soit proclamée par la commission électorale ukrainienne. Photos : - Viktor Iouchtchenko, intoxiqué à la dioxine lors d’un dîner avec Gori Tarochenkylo, chef des services secrets ukrainiens. - Carte électorale de l’Ukraine : En orange, les circonscriptions favorables à Viktor Iouchtchenko, partisan du rapprochement avec l’Europe. En bleu, celles favorables à Viktor Ianoukovytch, proche de la Russie
  • 32. La "révolution orange" en Ukraine (nov. 2004 – janv. 2005) Organisées par le candidat malheureux à la prési- dence, Viktor Iouchtchenko et son alliée Ioulia Tymochen- ko, les protestations prennent rapidement de l'ampleur. Le 23 novembre 2004, une manifestation pacifique rassemblant environ un demi-million de défenseurs de Iouchtchenko a eu lieu sur la place de l'Indépendance à Kiev, devant le siège du parlement ukrainien, la Verkhovna Rada. Les manifestants arborent des drapeaux de couleur orange, symbole principal du mouvement. Le résultat immédiat de la révolution orange est l'annulation par la Cour suprême du scrutin et l'organisation d'un nouveau vote le 26 décembre 2004 qui voit la victoire de Viktor Iouchtchenko : il réunit 52 % des voix contre 44 % pour son rival Viktor Ianoukovytch ; Photos : Manifestation du 23 novembre 2004 à Kiev
  • 33. 8 - Le renversement de la dictature en Tunisie (2010-2011) L'explosion de colère survenue en Tunisie fin 2010 a pour cadre le chômage et les profondes inégalités et disparités régionales de développement. Le président Ben Ali et sa famille sont directement mis en cause dans des affaires de corruption, de détournement ou de vol. Le 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi, vendeur de fruits et légumes ambulant, âgé de 26 ans, dont la marchandise avait été confisquée par les autorités, s'asperge d'essence et s'immole par le feu devant le siège du gouvernorat. Son geste est imité par deux autres jeunes. Des manifestations sont menées en protestation contre le chômage qui touche une forte proportion de la jeunesse, plus particulièrement les jeunes diplômés, la corruption, la censure et la répression policière. Photos : - Le président-dictateur Zine el-Abidine Ben Ali - Timbre poste à la mémoire de Mohamed Bouazizi, vendeur ambulant
  • 34. L’armée protège les manifestants contre les policiers Durant 4 semaines, des manifestations s'étendent à tout le pays malgré la répression. Une grève générale est déclenchée à Sfax le 12 janvier 2011 avec une manifestation de 50 000 citoyens. Le lendemain, l’armée, déployée à Tunis, refuse de suivre Ben Ali et protège les manifestants contre les policiers. Ben Ali fuit vers l'Arabie saoudite le 14 janvier 2011. Le lendemain, le président du Parlement tunisien, Fouad Mebazaa, est proclamé Président de la République tunisienne par intérim par le Conseil constitutionnel. Des bandes de fidèles du régime de Ben Ali, armés et utilisant des 4x4, parcourent les rues de Tunis puis des autres villes de Tunisie, afin de semer la terreur et le désordre. Les Tunisiens s’organisent en comités de quartier pour se protéger. Photos : Manifestations à Tunis le 14 janvier 2011
  • 35. Les premières élections libres Le 16 janvier 2011 en soirée, l'armée donne l'assaut au palais présidentiel de Carthage qui abrite des membres de la garde présidentielle restés fidèles à Ben Ali. 338 personnes ont été tuées et 2174 ont été blessées durant la révolution. Le 23 octobre 2011 a lieu le premier scrutin pluraliste et transparent. Une nouvelle constitution est adoptée en janvier 2014. Elle pérennise une démocratie naissante, véritable exception dans le monde arabe après le "printemps arabe". Photos - Sit-in à la place de la Kasbah à Tunis, le 28 janvier 2011. - L’assemblée nationale tunisienne
  • 36. Une démocratie dans le monde arabe Le préambule de la constitution affirme l'attachement du peuple aux droits de l'homme et à son identité arabo-musulmane caractérisée par « l’ouverture et la modération » Il précise la nécessité de doter la Tunisie d'un État à caractère civil fondé sur le droit, démocratique et participatif où la souveraineté appartient au peuple et où le principe de la séparation des pouvoirs est garanti. La constitution tunisienne reconnaît la liberté de croyance et de conscience. Elle est, dans le monde arabo-musulman, celle qui offre le plus de garanties pour le droit des femmes. ■ Photos - Moncef Marzouki, né en 1945, médecin, ex-président de la Ligue des Droits de l’Homme tunisienne, emprisonné en 1994, assigné à résidence en 1998, président de la République tunisienne, à titre provisoire, de décembre 2011 à décembre 2014. - La constitution tunisienne