Evolution et histoire du concept de communication
Communiquer !
Voilà le terme fourre-tout qui a envahi notre monde depuis...
La communication n’est plus "d’être en relation, partager avec l’autre", mais de "faire
partage d’une nouvelle".
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En 1948, Robert Wiener publie "Cybernetics". Il introduit la science
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 la source d’information (une voix au téléphone) produit un message.
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Ils vont donner une nouvelle vision de la communication, ensemble, même si ces chercheurs
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De ces deux grands fondements (représentative et expressive), la notion de communication,
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Apocalyptiques et intégrés.
Devant l’omniprésence du média dans nos échanges de communication, l’objet technique
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Evolution et histoire du concept de communication

  1. 1. Evolution et histoire du concept de communication Communiquer ! Voilà le terme fourre-tout qui a envahi notre monde depuis le XXème siècle. Rien ne doit se faire, sans user de la communication. Notre monde industriel est devenu un monde de l’information et de la communication. Comment s’est dessinée notre vision moderne de la communication , et quels impacts aujourd’hui dans notre monde de technologie ? Nous aborderons ici l’évolution du concept de la communication :  Définition originelle : communiquer comme communier.  la fracture du terme : vers la communication comme transmission.  l’arrivée de la notion de communication dans la science.  le concept de communication expressive, en rupture avec la science.  le concept de communication aujourd’hui. Communiquer comme communier. Le terme de communication est large. Diderot, en 1753 écrivait déjà dans l’Encyclopédie au mot Communication : "Communication : ce terme a un grand nombre d’acceptions". Au sens originel, le terme communication signifie "participer à", et se rapproche du latin "communicare" : mettre en commun, être en relation. La notion de "communion" est celle qu’on retrouve dans la langue française, au XIVeme siècle. On le voit, dans la communication avec les autres, ce rapport de la relation est essentiel : on est ensemble, et souvent, peu importe ce qu’on dit, ce qu’on communique : c’est avant tout d’être ensemble. La fracture : la communication comme transmission. La notion de communication a lentement dérivé vers une autre notion, c’elle de transmettre une information. Nous allons le voir, cela déterminera pendant des décennies les recherches, nos perceptions vis à vis de la communication, des médias. Cette vision de la communication aura une incidence décisive sur la technique, et les dernières grandes avancées de notre monde : l’arrivée de la machine, de l’ordinateur, et aujourd’hui de l’internet.
  2. 2. La communication n’est plus "d’être en relation, partager avec l’autre", mais de "faire partage d’une nouvelle". Ce changement apparaît dès le XVIIème siècle, dans le dictionnaire de Furetière, en 1690 ( cité par Yves Winkin, dans "Une nouvelle communication" ) : "l’aimant communique sa vertu au fer". La notion de transmission apparaît. Les réseaux de communication, au XVIIIème siècle. La modernisation du monde a prolongé cette notion de communication : Avec l’arrivée du réseau terrestre des routes, du train, des canaux, on parle bien alors de réseau de communication. La modernisation des structures de communication, initiée au XVIIème siècle a réuni les citoyens français au sein d’un même espace géographique, et des idées. Les réseaux des voies navigables, terrestres et ferroviaires ont accéléré le partage des idées, de même principes. C’est la formule d’Armand Mattelart, dans l’invention de la communication : la communication structurée par ses avancées techniques. Ces nouveaux réseaux permettent donc de transmettre, de véhiculer d’un point à un autre. On constate qu’on ne voit plus dans ces réseaux de communication une "communion", mais au contraire, de transmettre quelque chose d’un endroit à l’autre. C’est une des visions modernes de la communication qui restera un modèle aujourd’hui largement accepté. La communication, dans le vocabulaire scientifique. Suprématie du modèle de Shannon. Au XXème siècle, la notion de communication apparaît dans le domaine de la science. Non pas dans les sciences dites "molles" comme les sciences humaines ou sociales. Mais bien dans la science formelle, et dure. Dans le Grand Robert de 1970, aux définitions usuelles de la communication ( action de communiquer quelque chose à quelqu’un, la chose que l’on communique ), est ajouté : "Science. Toute relation dynamique qui intervient dans un fonctionnement. Théorie des communications et de la régulation. Voir Cybernétique. Information et communication." La cybernétique, de Wiener.
  3. 3. En 1948, Robert Wiener publie "Cybernetics". Il introduit la science des systèmes autorégulés, ou l’art du pilotage : Un canon anti-aérien, pour atteindre une cible, peut suivre à chaque instant la nouvelle position d’un avion. Les informations de la position de l’avion fournissent au canon les éléments pour réguler, modifier la trajectoire du canon. Par effet de rétroaction, de "feedback", l’avion communique au canon . L’homme a besoin d’information pour s’adapter aux situations. La communication est alors vue comme un système d’échanges, circulaires, permettant par rétroaction de "s’adapter aux contingences du milieu ambiant et vivre efficacement dans son milieu". ( Wiener, 1948 ) La notion de communication devient ici scientifique. L’objet de la communication est le vœu d’un monde meilleur où chacun se comprendrait ( nous sommes à l’époque de la fin de l’après guerre qui l’a marqué ), via le contrôle de l’information, véhiculée au mieux. Le modèle de communication, de Shannon. Elève de Wiener, Claude Shannon écrit le texte fondamental qui subsistera encore aujourd’hui dans notre conception de la communication. Claude Shannon travaille aux laboratoires Bell, et s’intéresse à l’efficacité des messages véhiculés par les télégraphes. C’est de ses recherches qu’il formalise le modèle de communication, dit de Shannon , et élabore la "théorie mathématique de la communication". ( qu’on pourra lire ici ) Ce modèle, système général de la communication, représenté ci dessous est simple :
  4. 4.  la source d’information (une voix au téléphone) produit un message.  l’émetteur encode le message (oscillations électriques du téléphone).  le canal, au milieu, transmet le message ( câble téléphonique ). Du bruit (grésillement de la ligne) peut distordre le code transmis.  le récepteur reconstruit le message  le destinataire reçoit le message. Claude Shannon introduit également la définition de l’information, comme la mesure de l’incertitude d’un message. ( plus une information est improbable, ou incertaine ( "le président de la République est mort") plus elle est grande. A contrario, plus une information est probable ("Paris est la capitale de la France"), moins elle est grande). Claude Shannon utilise cette notion d’information dans le besoin concret de véhiculer de l’information, en économisant les codes, sur le télégraphe. Lorsque le télégraphe transmet le début d’un mot, l’incertitude est totale ; mais ensuite, les dernières lettres sont certaines. Et donc inutiles. M, E, R, C. Doit suivre le I (pour signifier "merci" ). Il est alors possible de factoriser l’information. De cette théorie mathématique de la communication, beaucoup ne retiendront que le schéma général et simplifié de la communication. La partie scientifique est occultée. Les sociologues, psychologues, linguistes s’approprieront ce modèle, pour expliquer. Jakobson, linguiste, par exemple, fait une analogie époustouflante entre le modèle de Shannon, et les fonctions du langage. Les fonctions phatique, connotative, se plient à ce modèle. Les fonctions du langage de Jakobson deviennent alors le point de repère pour les professeurs, chercheurs autour du domaine du langage. On lira l’article sur les fonctions de Jakobson ici. C’est l’aspect dépouillé et accessible du schéma qui lui vaut le succès. On parle alors de communication représentative ou télégraphique. La communication expressive. Dans les années 1950, alors que le modèle de Shannon fait figure de position dominante dans la théorie de la communication, des chercheurs américains tentent de reprendre du départ le concept de communication. Ces chercheurs sont psychiatres, anthropologues.
  5. 5. Ils vont donner une nouvelle vision de la communication, ensemble, même si ces chercheurs ne sont pas attachés physiquement à une université. Ils sont regroupés dans ce que Yves Winkin appelle "le collège invisible". Celui-ci est constitué de Bateson, Watzlawick, Hall, Goffman, Birdwhistell, Jackson, Sigman… Ces chercheurs remettent en cause le principe de la communication "télégraphique" de Shannon, qui doit être réservé aux scientifiques et ingénieurs. L’homme n’est pas conçu comme un esprit qui communiquerait des mots, transmis et décodés par celui qui les reçoit. La mécanique humaine est plus complexe. N’importe quel observateur entrevoit que les échanges entre être humains ne portent pas que sur le langage, mais sur des milliers de comportements, qui ont valeur de message : les mouvements corporels, l’intonation de la voix, la distance qui nous sépare ( proxémie ). Le silence, parfois, en dit long, dans un rapport de communication. Tous ces éléments naturels sont des codes, de notre culture, que chacun a apprivoisé. Communiquer, c’est intégrer ces codes, et les décliner au mieux, pour échanger avec l’autre. Nous sommes dans un "orchestre", où chacun doit apprendre une partition ( faite de signes, de codes ). Il n’y a pas de chef d’orchestre. Le message transmis comme un signal télégraphique d’un point A à B est plus subtil : le message que je donne, est reçu, interprété, et je reçois un "retour", qui fait nuancer mon propos. La notion de communication se réfère plus ici à un système global, de rétroaction ; circulaire et non linéaire. Paul Watzlawick définira ainsi une nouvelle théorie, basée sur les 5 axiomes de la communication. D’une notion de communication comme transmission pure de message, la communication expressive est plus globale. Autant la communication télégraphique est une communication AVEC ( avec la technique, avec l’autre ). Autant la communication expressive est une communication DANS ( dans la société, la culture ). Le concept de communication, aujourd’hui.
  6. 6. De ces deux grands fondements (représentative et expressive), la notion de communication, aujourd’hui, porte ces stigmates : Le pouvoir des mass médias, au milieu du XXème siècle. Devant l’absolu d’un émetteur omniscient, qui produit un message vers son destinataire, les recherches en communication au XXème siècle se sont longtemps concentrées sur les nouveaux médias de l’époque : la radio, la télévision. Nombreux se sont intéressés sur le contrôle des médias, sur ses effets sur les masses. N’oublions pas que l’arrivée de ces médias coïncide avec les guerres mondiales du XXème siècle, puis la guerre froide. S’intéresser à la communication de masse, c’est aussi étudier la propagande, l’effet des politiques. Et penser que le média irradie la planète entière, sans s’interroger sur l’intelligence du récepteur. Ce rôle des médias tout puissant n’a pu être contrecarré par les études sur la perception de chacun de l’information, qui peut être reçue mais ironisée (comme l’ont fait les Russes devant la propagande d’Etat). La société de communication numérique. Ou la transmission aveugle. La théorie mathématique de la communication et de l’information a révélé que l’information n’était qu’une mesure statistique de l’incertitude d’un message. Il ne s’intéresse pas au contenu du message lui même, mais à son encodage, sa régularité. Peu importe le sens du message. L’important est de véhiculer au mieux ce message. L’encodage du message ne se soucie pas du contenu. Voilà pourquoi la théorie de Shannon a permis la plus grande révolution d’aujourd’hui, celle de l’ère du numérique. Les ordinateurs et réseaux informatiques véhiculent sous un code simple ( binaire : 0 et 1 ) une multitude d’information : que cela soit de la musique, du texte, de la vidéo, ces données transitent sur tous les supports. ( télévision, téléphone, ordinateur ..). L’ordinateur n’analyse pas ce qu’il encode. D’ailleurs ces messages, quelle que soit dans la langue, peuvent transiter dans le monde entier. L’information est aveugle. Le contenu n’importe pas; c’est le canal qui prime ( le réseau ). La manipulation aisée de l’information, de la "data" a permis de nous faire entrer dans cette société de communication actuelle. Avec ses 5 piliers fondamentaux : l’abondance d’information et de communication ; la transparence de l’information ; l’autonomie de chacun ; la démocratisation ; la mondialisation.
  7. 7. La primauté du canal de communication, l’outil médiologique. La définition de la communication apparue au XVIIème siècle prend tout son sens : il s’agit de transmettre. De la lumière, de la musique, de l’électricité. Et les grandes révolutions de nos siècles , par les réseaux de communication multiples, se sont faites, sans s’intéresser au contenu. C’est le canal, la transmission en elle-même qui est le déclencheur. MacLuhan prend ainsi l’exemple de l’électricité. L’électricité ne dit rien, mais c’est sa diffusion sur le réseau de poteaux électrique qui a permis l’explosion de nouvelles façons de vivre, de communiquer ( la radio, la télévision ). De même, l’imprimerie de Gutenberg permet la diffusion du savoir. Et peu importe le savoir lui même (l’évangile, les écrits révolutionnaires, ..). La formule à retenir de MacLuhan est "The medium is the message". La technique qui nous permet de communiquer a un effet sur notre façon de communiquer. C’est là le sens du cette communication "télégraphique", tourné autour du média. Régis Debray invente ainsi la science de la médiologie, (média et pensée ) ou l’étude de la transmission de la pensée. Via nos usages techniques. L’usage de la technique, et la technique fait partie de notre corps. Comme le souligne Michel Serres, en parlant de "poucette», les nouvelles générations utilisent le mobile, l’ordinateur comme une extension de soi, de son pouce. La communication confondante. La communication aujourd’hui tend à se confondre : on mélange la communication représentative (l’image, la télévision) et la communication expressive (nous vivons dans un monde de signes, en communion). Lucien Sfez voit une identification de ces 2 concepts de communication. Le voyage du pape Jean Paul II en Pologne par exemple, mondio-diffusé est un exemple : A la télévision, les millions de téléspectateurs ont l’impression de communier ensemble, devant les paroles du Pape ; alors que cette communion est purement construite par le média, par la représentation. « Le pire est arrivé, l’inouï, l’inconcevable. Loin de se compenser l’un et l’autre, le représentatif et l’expressif tendent à s’identifier l’un à l’autre ». (Sfez, Que Sais-je ? La communication) Le sujet n’existe que par l’objet technique qui lui assigne ses limites, et détermine ses qualités.
  8. 8. Apocalyptiques et intégrés. Devant l’omniprésence du média dans nos échanges de communication, l’objet technique devient une menace pour certains. Menace millénaire, puisque le média a toujours été vu comme un "intermédiaire" qui dénature la pensée de l’homme, lui est volée. Inversement, le tout-technologique comme vecteur de progrès dans nos échanges d’information est un écueil à éviter dans les réflexions autour de la communication. Umberto Eco parle d’"apocalyptiques et d’intégrés" de ce monde de communication. Devant un monde infobèse, saturé d’informations, et hyper-communiquant, le sujet central est bien soi-même. Et conjuguer ces formes variées : la communication comme partage de sens, et surtout de mieux vivre ensemble.

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