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Diaporamas ‘De l’offense à la réconciliation’
Série ‘Mémoire et reconnaissance de crimes du passé’
6-b - La mémoire des crimes
des pouvoirs communistes
En Europe de l’Est
Étienne Godinot 04.02.2024
La série de diaporamas
‘De l’offense à la réconciliation’
Sommaire : Rappel
Série 1 : Mémoire et reconnaissance de crimes du passé
1 - Introduction
2 - La mémoire de l’esclavage
3 - La mémoire du colonialisme
4 - La mémoire du génocide des Arméniens
5 - La mémoire de la Shoah
6- La mémoire des crimes des pouvoirs communistes
7 - La mémoire des crimes commis par les États-Unis
8 - La mémoire des crimes des Khmers rouges au Cambodge
9 - La mémoire du génocide du Rwanda
10 - La mémoire des crimes commis pendant les guerres en ex-Yougoslavie
11 - La mémoire de l’apartheid en Afrique du Sud
12 - La mémoire des guerres
13 - La mémoire des crimes commis par les institutions religieuses
Série 2 : Justice, pardon et réconciliation
1 - Justice, pardon et réconciliation : dissiper les malentendus
2 - Pardon et réconciliation entre personnes
3 - Pardon et réconciliation entre groupes humains
4 - La réconciliation franco-allemande
5-1 - L’Algérie et la France : de 1830 à 1962
5-2 - L’Algérie et la France : depuis 1962
6 - Le Japon et les traces de sa période impériale en Asie du Sud-Est
7 - La Chine. Une volonté de revanche ?
8 - Institutions en faveur de la justice et des droits humains.
9 - Relire et dépasser le passé pour inventer l’avenir
La mémoire des crimes
des pouvoirs communistes
Sommaire
Diaporama 6-a - En URSS (1917-1991)
Diaporama 6-b - En Europe de l’Est (1945-1991)
1 - Albanie
2 - Allemagne de l’Est
2 - Bulgarie
3 - Hongrie
4 - Pays baltes
5 - Pologne
6 - Roumanie
7 - Tchécoslovaquie
8 - Yougoslavie
Diaporama 6-c - En Chine (depuis 1949,)
- au Cambodge : voir le diaporama spécifique sur le
génocide commis par les Khmers rouges,
- en Corée du Nord (depuis 1953),
- à Cuba (depuis 1959).
6-b - La mémoire des crimes
des pouvoirs communistes
en Europe de l'Est
Sommaire
1 - Albanie
2 - Allemagne de l’Est
2 - Bulgarie
3 - Hongrie
4 - Pays baltes
5 - Pologne
6 - Roumanie
7 - Tchécoslovaquie
8 - Yougoslavie
La mémoire des crimes des communistes en Europe de l'Est
1 - Albanie
En 1939, l’Albanie est annexée par l’Italie de Mussolini. La résistance
albanaise de quelques groupes communistes s'organise autour du Parti
communiste d'Albanie à partir de 1941, sous la direction d'Enver Hoxha et en
liaison avec le mouvement communiste yougoslave de Tito.
Après sa libération en novembre 1944, le pays a un gouvernement
communiste, dont le principal dirigeant est Enver Hoxha, chef du gouverne-
ment et premier secrétaire du Parti communiste d'Albanie. Entre fin 1945 et
début 1946, Hoxha organise la purge des éléments modérés du parti et celle
de nombreux chrétiens comme Mgr Vinçens Prenushi et ses compagnons. La
république populaire d'Albanie est proclamée en janvier 1946.
Dans les années de l'immédiat après-guerre, le régime albanais est
parcouru de tensions : en 1946 et 1947, les partisans d'une ouverture à
l‘Ouest sont éliminés. Une lutte se développe également entre la tendance
d'Enver Hoxha et celle de Koçi Xoxe, proche du régime yougoslave et fort de
son rôle de chef de la police secrète.
Images :
- Henver Hoxha (1908-1985). Sa dictature est considérée comme l'une des plus répressives et des plus
sanglantes de l'histoire contemporaine de l'Europe
- Koçi Xoxe (1911-1949). Ministre de la Défense, instigateur de l'intégration de son pays dans la
confédération yougoslave voulue par Tito, dont il est ami. Écarté du pouvoir en mai 1949 puis exécuté le
11 juin suivant par un peloton d'exécution, à la suite d'un jugement secret orchestré par Enver Hoxha.
La dictature
Fin juin 1948 a lieu la rupture Tito-Staline : l'Albanie dénonce tous ses accords
économiques avec la Yougoslavie et conclut un traité économique avec l'URSS. En
novembre 1948, au congrès du parti, rebaptisé ‘Parti du travail d'Albanie’, Hoxha consolide
son pouvoir en prenant le poste nouvellement créé de Premier secrétaire.
Le gouvernement albanais est le seul d’Europe de l’Est à refuser la déstalinisation
en 1956, ce qui le conduit à rompre avec l'URSS et à rechercher l'alliance de la Chine.
Selon ‘l'Association albanaise des anciens prisonniers politiques’, 5.577 hommes et 450
femmes ont été exécutés par le régime. 34 000 personnes ont été détenues dans des
camps de travail ou des villages d’internement. Environ 100 000 Albanais ont été internés
dans des camps, forcés à travailler dans des mines, des champs, sur des chantiers de
construction et près de 14 000 exils ont eu lieu (bien que l’émigration soit interdite et les
frontières étroitement surveillées) pour une population d'après-guerre de 1 million
d'habitants (et de plus de 3 millions en 1991).
Images :
- Emblème de la Drejtoria e Sigurimit të Shtetit (‘Direction de la sûreté de l’État’), communément appelée Sigurimi,
service de renseignement et la police politique de la République populaire socialiste d'Albanie.
- Logotype du ‘Parti du travail d'Albanie’ (Partia e Punës e Shqipërisë, abrégé PPSh), d'abord nommé ‘Parti communiste
d'Albanie’
La Sigurimi
La Sigurimi, police politique du régime - dont la devise est « Pour le peuple avec le
peuple »… - constitue un réseau d'espionnage interne très efficace et redoutable. Elle a
compté jusqu’à 10 000 agents, et 20 % des Albanais ont collaboré avec elle.
170 cadres dirigeants du Parti sont liquidés et un Albanais sur trois a un jour ou
l'autre affaire à elle. Tout un pays mis en coupe réglée par un régime policier qui a institu-
tionnalisé la surveillance de sa population en distillant la peur de l’ennemi et en verrouillant
ses frontières.
Images :
- Le site de la Sigurimi à Linza, dans la montagne de Dajti, à la périphérie de Tirana. C'est là qu'auraient siégé le
ministère de l'Intérieur et la Sigurimi en cas de guerre.
- Archives de la Sigurimi.
En avril 2015, l'Assemblée albanaise a voté une loi visant à la création d'une haute autorité pour l'accès aux
informations de la Sigurimi. Cette structure publique a démarré ses travaux à l'automne 2017 en rassemblant les dossiers
éparpillés entre les ministères de la Défense, de l'Intérieur, de la Justice et la Sigurimi : 42 millions de pages sur
2,2 kilomètres de rayonnage. Elle offre la possibilité aux Albanais d'avoir accès à leur dossier établi par la police secrète.
Mais en deux ans, et malgré une tendance à la hausse, l'autorité n'a pas été assaillie par les demandes : seulement
1 000 requêtes individuelles - dont 137 émanant de chercheurs et de journalistes - ont été déposées. Seulement
200 000 pages sur 42 millions ont été numérisées. «Et une belle partie des dossiers ont été détruits entre 1989 et 1991.
Les cadres de la Sigurimi avaient anticipé la chute du régime» explique Altin Hoxha, ancien des services de renseigne-
ment et l'un des 5 membres de l'autorité indépendante.
" Continuer à se taire sur le passé, c’est continuer à obéir à la morale de la dictature, continuer à perdre ses
repères moraux ", dit le grand écrivain albanais Ismaïl Kadaré, le premier à demander son dossier.
Dictature et isolement
Les intellectuels sont réprimés. Une forte campagne antireligieuse
est lancée, Hoxha proclamant l'Albanie « premier État athée du monde ».
1820 lieux de culte catholiques, orthodoxes et musulmans sont détruits et
de nombreux religieux incarcérés ou exécutés.
L'Albanie est isolée du reste du monde. La France, l'Italie, l'Autri-
che et la Suisse sont les seuls pays occidentaux à entretenir des relations
diplomatiques avec l'Albanie pendant la période communiste*. Plusieurs
centaines de milliers de bunkers sont construits jusque dans les années
1980, censés protéger le pays d'invasions extérieures.
* De leur côté, le Royaume-Uni et les États-Unis tentent en 1949-1951, en
pleine guerre froide, de renverser le gouvernement communiste en infiltrant des
commandos composés de militants monarchistes albanais. Leur opération de
subversion, nommée Valuable Project, échoue du fait de l'allégeance de l'agent
double Kim Philby à l’URSS.
Images :
- Vincenz Prenushi (1885-1949), archevêque Durrës et primat d'Albanie, torturé, mort en
prison en 1949. 37 de ses compagnons sont tués entre 1945 et 1974.
- Ismaïl Kadaré (né en 1936), écrivain albanais naturalisé français. Il étudie les lettres à
Tirana et à Moscou. En 1960, la rupture avec l'Union soviétique l'oblige à revenir en Albanie où il
entame une carrière de journaliste. Après la parution du poème Les Pachas Rouges en 1975, est
interdit de publier des romans. Il doit se soumettre à une période de travail manuel, sorte de stage
de rééducation à la chinoise, au fin fond des campagnes. Il émigre en France en 1990.
- Bunkers albanais
La fin de la dictature
En 1978, la Chine, ayant renoncé à l'orthodoxie maoïste, se brouille
avec l'Albanie et lui retire son aide. Le régime d'Enver Hoxha se trouve
dépourvu d'alliance étrangère et adopte une politique d’autosuffisance
économique, se traduisant par un appauvrissement de sa population.
Enver Hoxha, septuagénaire, choisit Ramiz Alia pour lui succéder à
la tête du régime, au détriment du premier ministre Mehmet Shehu. Ce
dernier manifestant son opposition, il est éliminé du parti et meurt, officielle-
ment par suicide, en décembre 1981.
À partir de 1989, les régimes communistes européens tombent tous
les uns après les autres. L'Albanie est le dernier bastion communiste à
ignorer les réformes, mais le mécontentement s'accroît dans la population :
en décembre 1990, 5 000 Albanais fuient le pays. Ramiz Alia, conscient de
la nécessité d'un changement pacifique, autorise le multipartisme le 11
décembre. Le ‘Parti démocrate d'Albanie’ reporte les élections de mars
1991.
Images :
- Mehmet Shehu (1913-1981), Premier ministre de l'Albanie communiste de 1954 à 1981. Il est
retrouvé mort le 18 décembre 1981, vraisemblablement assassiné sur ordre d'Enver Hoxha avec
lequel il avait des désaccords politiques de plus en plus prononcés, en particulier sur l'isolationnisme
du régime. Sa mort est officiellement considérée comme un suicide. Accusé post mortem d'avoir été
« un agent des services secrets américains, soviétiques, yougoslaves, anglais et italiens », il est
enterré à la fosse commune.
- Renversement de la statue géante d’Henver Hoxha à Tirana le 20 février 1991
La mémoire du communisme
en Albanie
Depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement socialiste d’Edi Rama
en 2013, le pays ouvre les archives, les lieux emblématiques de "la
petite Corée du Nord" en l’Europe et débute un travail d’introspection de
ce douloureux passé, "même si cela présente un risque car beaucoup
de gens ont été mouillés par le système policier pendant des décen-
nies", note l'historien Pierre Cabanes. Cette époque est presque
absente de leurs manuels scolaires, elle est évoquée dans le cercle
familial de manière souvent trop partiale.
- Photo n° 1 - La ‘Pyramide de Tirana’, anciennement ‘Musée Enver Hoxha’, est le nom
donné à un bâtiment situé au centre de Tirana. Il a été inauguré sur 17 000 m2 en 1988, pendant
la dictature, pour abriter un musée à la mémoire du leader mort en 1985. Après la chute du
communisme, le bâtiment a cessé de faire office de musée. Sa démolition a été envisagée, mais
aucune décision n'a été prise et la pyramide a notamment abrité une discothèque.
- Photos 2 et 3 - La ‘Maison des feuilles’ (Shtëpia me gjethe, House of Leaves), nom
donné au musée de la police politique situé dans le bâtiment de la Direction de la sureté de
l’État, la Sigurimi. Le Conseil de l’Europe a décerné son ‘Prix du musée 2020’ à ce musée.
Les différentes salles d’exposition présentent du matériel d’écoutes téléphoniques, des appareils
photographiques, des micro miniatures. Dans ces murs ont eu lieu de nombreux interrogatoires
sous la torture et des exécutions de victimes sans aucun procès. Le musée est dédié "aux
victimes innocentes d'espionnage, de persécutions, d'arrestations, de condamnations et
d'exécutions par un régime qui ambitionnait d'instaurer un plein contrôle sur les corps et les
âmes" de ses citoyens, précise une plaque à l'entrée du musée.
Les lieux de mémoire
La nouvelle Albanie compte se défaire de sa mauvaise réputation de
pays de gangs et de mafia. Mue par le rêve de s’arrimer à l’Union europé-
enne, elle s’est lancée dans une vaste opération ‘mains propres’.
Le musée de l’histoire de Gjirokastër, ville natale d’Enver Hoxha, situé
dans la citadelle, comporte une section sur le communisme. Il est avant tout
destiné aux touristes, et rares sont les habitants qui y sont déjà allés ou
pensent s’y rendre un jour. Pour permettre de présenter une image plus
nuancée de l’Albanie, en expliquant les liens existants entre le passé et le
présent (entre communisme/démocratie, totalitarisme/corruption, isolation-
nisme/internationalisme), les professionnels locaux du patrimoine pensent
que la muséification doit se faire par la population, et non par le pouvoir
politique.
Photos : - La « caserne 303 » ou « camp de Spac » était l’un des pires lieux de détention et de travail
forcé de 1968 jusqu’à la chute de la dictature. À l’arrière-plan de la prison en partie en ruine, le
nouveau bâtiment gris construit par la compagnie turque Tete, qui exploite depuis début 2018 la mine
de cuivre dans laquelle les anciens prisonniers étaient condamnés au travail forcé.
- Le ‘Bunk Art 2’, musée souterrain, est installé dans l’ancien abri anti-aérien du ministère de
l’Intérieur construit entre 1981 et 1986. À travers deux grands couloirs desservant 19 salles, il
présente le détail des différentes techniques d’écoute, d’investigation, de répression et de torture
employées par la Sigurimi.
- Le ‘Bunk’Art 1’, est un ancien bunker transformé en musée sur le régime d’Enver Hoxha. On
s’enfonce profondément sous terre dans d’immenses galeries qui semblent interminables. Ici, des
cellules d’emprisonnement.
« Il n’y a pas eu de procès »
«Il n'y a pas eu d'épuration, pas de procès, les anciens leaders et grands respon-
sables sont morts, on apprend à vivre avec ce passé», constate avec fatalisme la
romancière Diana Çuli, ex-membre du Parti social-démocrate. En 1993, le nouveau
pouvoir a bien poursuivi Nexhmije Hoxha, la veuve de l'ex-dictateur. Mais c'est pour
détournement de fonds qu'elle a fini par écoper de 9 ans de prison. Elle n'en purgera que
5. «Le processus de transition est chaotique. Les gens se sont camouflés, ont caché leur
passé et ont d'autres urgences : travailler et manger», remarque Etleva Demollari,
historienne directrice du ‘Musée des Feuilles’.
La directrice de’ l'Institut pour la démocratie, les médias et la culture’ à Tirana,
Jonila Godole, a choisi de travailler avec la jeunesse en tentant de prendre ses distances
avec la propagande et les polémiques : «La mémoire est un problème et il est difficile de
rendre la justice. Hélas, je crois qu'il est trop tard pour changer l'état d'esprit des
anciennes générations, mais en travaillant avec les plus jeunes, on obtient des
résultats.» *
En juin 2014, le Conseil européen a officiellement accordé au pays le statut de
candidat à l’adhésion à l’UE.
* Cette diapo reprend l’article de Libération « En Albanie, la mémoire dans la douleur » d’Arnaud Vaulerin, (29
juillet 2019)
Photo : La mosaïque représentant « L’élan du peuple albanais vers son indépendance et son identité » raconte
l’histoire de la lutte des Albanais contre l’invasion et l’occupation au cours des siècles. Musée national historique,
Tirana.
Le retour du Kanun
Et, si la chute de l’État communiste a permis le multipartisme et
l’ouverture à l’extérieur, elle a aussi causé un vide institutionnel dont les
traces sont encore visibles : sans État stable ni système juridique
fiable, les Albanais se sont tournés vers le code coutumier de Lekë
Dugajini, le Kanun*, qui régit une grande partie de la vie sociale.
Transmis de génération en génération, ce code a toutefois été dévoyé
dans sa mise en œuvre depuis les années 1990, et les vendettas ont
causé la mort de dizaines de milliers de personnes depuis 1991.
Images :
- Kanun est le nom de codes de droit coutumier médiéval auxquels se réfèrent encore
certains clans des territoires d’Albanie du nord, du Kosovo, du Monténégro oriental et de la
Macédoine occidentale.
Il ne se réduit pas à la gjakmarrja, littéralement « reprise du sang », mais est un corpus de
règles en douze livres régissant tous les aspects de la vie quotidienne, de l’organisa-tion de
l’économie à l’hospitalité en passant par la famille, la place de l’homme et de la femme dans la
société, le mariage, la gestion des bien communs… et surtout l’honneur personnel, pierre
angulaire de ce système sophistiqué. Le Kanun est fondé sur quatre piliers : l'honneur,
l'hospitalité, la rectitude, la loyauté.
- Avril brisé, roman d’Ismaïl Kadaré sur le Kanun (1980)
La mémoire des crimes des communistes en Albanie
Livres
La mémoire des crimes des communistes en Albanie
Livres, documentaires et films
La mémoire des crimes des communistes en Europe de l'Est
2 - Allemagne de l’Est
En octobre 1949, les Soviétiques instituent la République démocra-
tique allemande (RDA) dont l’homme fort est Walter Ulbricht (1893-1973),
Secrétaire général du comité central du SED (Sozialistische Einheitspartei
Deutschlands)
Le contrôle du régime sur la population est exercé à partir de 1950
par la Stasi (Staatssicherheit, ‘Sécurité d’État’), qui surveille la vie des
habitants (7 millions de personnes fichées) et élimine les contestataires
repérés par son réseau d’agents (1600 personnes) et d’informateurs non
officiels (plus de 175 000).
Le 16 juin 1953, à la suite d’une augmentation de 10 % des quotas
de production des travailleurs construisant le boulevard Staline, les
émeutes de juin 1953 éclatent à Berlin-Est. Au cours de ces émeutes,
60 000 manifestants s'en prennent aux symboles du pouvoir. L'agitation
gagne le reste du pays dès le lendemain.
Walter Ulbricht fait appel aux troupes soviétiques qui rétablissent
l’ordre en provoquant la mort de 55 personnes et une vague d’arrestations
et de condamnations à la prison de plus de 10 000 personnes.
Le mur de Berlin
Entre 1949 et 1961, plus de 3 millions de personnes, en
particulier les travailleurs qualifiés, émigrent en Allemagne de
l'Ouest, attirés par la prospérité économique et par la démocratie.
La construction du mur de Berlin (ainsi que le renforcement des
contrôles sur le rideau de fer dans sa section interallemande) commence
dans la nuit du 12 au 13 août 1961 avec la pose de grillages et de barbelés
autour de Berlin-Ouest, dispositif progressivement remplacé par un de
béton.
L'objectif est d'empêcher l'émigration des citoyens est-allemands
vers l'Ouest via le secteur occidental de la ville.
Images :
- Les chars soviétique à Berlin en août 1953 pour mater la révolte populaire
- Parade à la gloire de Staline à Dresde en 1953
- Le mur de Berlin
La chute du mur de Berlin
À partir de 1985, Mikhaïl Gorbatchev met en place en URSS une
politique de glasnost (transparence) et de perestroïka (reconstruction),
destinée à résoudre les graves problèmes socio-économiques que
connaît l'ensemble du bloc de l'Est. Il indique en juillet que l'Union
soviétique n'interviendra pas pour réprimer les mouvements qui
agitent la RDA.
Entre septembre 1989 et mars 1990 ont lieu les « manifestations
du lundi » (Montagsdemonstrationen), particulièrement à Leipzig, au
cours desquelles les Allemands de l'Est réclament des réformes et
notamment la liberté de circulation vers l'Ouest.
Le pays connaît des tensions internes majeures et une
résistance non-violente qui culminent lors de la chute du mur de Berlin
le 9 novembre 1989.
Images :
- Manifestations du lundi en RDA
- Le 11 novembre 1989, le violoncelliste russe dissident Mstislav Rostropovitch célèbre à sa
manière la chute du mur de Berlin en improvisant un récital sur place.
La mémoire du communisme en RDA
La mémoire des crimes du stalinisme en RDA est assurée,
- par l’ouverture des archives de la Stasi depuis déc. 1991
- par des monuments, comme le Mémorial du mur de Berlin et le centre
de documentation, dans la Bernauer Straße, ou la chapelle de la
réconciliation,
- par des livres, par ex. Le Compteur de fauche, roman de Jean-Yves
Kerouredan,
- par des documentaires
- par des films, notamment Good bye, Lenin ! (2003) de Wolfgang
Becker, La vie des autres, (2006), film de Florian Henckel von
Donnersmarck et Le Vent de la liberté, (2018), film de Michael Bully
Herbig;
Images : - Les archives de la Stasi : 12 000 mètres linéaires de documents, 16 000 sacs de
documents déchirés
- Le Mémorial de la période communiste et du Mur de Berlin
- Affiche du film La Vie des autres
La mémoire des crimes des communistes en Europe de l'Est
3 - Bulgarie
En septembre 1944, le Front patriotique, alliance du mouvement
corporatiste Zveno, des sociaux-démocrates, de ‘l‘Union agrarienne’ et du
‘Parti communiste’, prend le pouvoir.
En juin 1947, Nikola Petkov, dirigeant de ‘l'Union agrarienne’, est
arrêté en pleine séance du parlement, sous l'accusation de tentative de
coup d'État et de menées terroristes. Il est condamné à mort et pendu le
23 septembre.
Les camps d’internement se développent, pour atteindre le nombre
de 45 (Béléné, Skravena, Bogdanovdol, Lovetch, etc.). La police secrète
du régime, le ‘Comité pour la Sécurité de l'État’ (Komitet za Daržavna
Sigurnost, КДС ou KDS), fait régner la terreur dans le pays. La Bulgarie
étant encore une nation essentiellement agricole, une politique de collec-
tivisation des terres est décidée ; le gouvernement impose en outre un
système d'achat obligatoire d'un quota de fournitures d'État, qui s'avère
ruineux pour une grande partie des paysans.
Images :
- Nikola Petkov (1893-1947), dirigeant de ‘l’Union agrarienne’, pendu par le régime communiste.
- Emblème du KDS, police secrète du régime, antenne du KGB.
Purges et dictature en Bulgarie
Les purges politiques touchent également la hiérarchie du Parti
communiste : Trajčo Kostov, ancien dirigeant du parti, est arrêté en juin
1949. Avec dix autres membres du parti, il est condamné pour menées
subversives et collusion avec le Royaume-Uni et le régime de Tito ; il est
pendu le 17 décembre, ses coaccusés sont condamnés à de lourdes
peines de prison.
En 1956, un décret-loi autorise la relégation et l'assignation à résidence de tous
les « citoyens douteux », arbitrairement désignés. La politique de collectivisation des
terres liquide en 1958 le reste des exploitations restées en dehors des fermes collec-
tives. En 1959, un plan quinquennal d'industrialisation, inspiré du ‘Grand bond en avant’
de la Chine maoïste, est un échec.
Images
- Trajčo Kostov, (1897-1949), ex-Secrétaire général du PC bulgare.
En prison, il est soumis à des séances de torture. Son procès suit de peu
celui de László Rajk en Hongrie, et précède celui de Rudolf Slánský en
Tchécoslovaquie. Le 17 décembre 1949, il est pendu dans la prison
centrale de Sofia.
- Le camp de détention et de travail forcé de Béléné, implanté dans la
partie ouest de l'Île de Béléné, ouvert de 1949 à 1962
Dictature et nationalisme en Bulgarie
Dans les années 1960-1970. Le pays subit tout comme l'URSS de
Brejnev une stagnation politique et économique. La répression
politique reste prégnante et se signale par des affaires retentissantes comme
l'assassinat du dissident Georgi Markov, dans l'affaire dite du « parapluie
bulgare ».
Afin de détourner le mécontentement populaire, le régime communiste
tente en 1984-1985 de jouer la carte du nationalisme en lançant une campa-
gne de « bulgarisation » des noms des citoyens musulmans bulgares, suivie
de nombreuses exactions comme la destruction de mosquées, l’interdiction
d’utiliser le turc en public, etc. Entre mai et août 1989, environ 315 000
Bulgares turcophones sont expulsés vers la Turquie, 400 000 en comptant
leur famille.
Le régime communiste bulgare s’effondre en 1990, après d'importantes
manifestations organisées en nov. 1989 pour protester contre la situation
écologique désastreuse du pays.
Images :
- Arrestations de suspects d’anticommunisme
- Todor Jivkov, pendant 35 ans principal dictateur de la Bulgarie communiste. Il tente même par deux
fois, en 1963 et 1973, de faire de son pays traditionnellement russophile une République de l'URSS…
Moscou refuse par peur de complications internationales.
- Georgi Markov (1928-1978), dissident assassiné à Londres par les services secrets bulgares avec
l’aide du KGB. Ils font pénétrer un poison, la ricine, dans le pied de la victime à l'aide d'un parapluie.
La mémoire de la dictature communiste en Bulgarie
Depuis 2011, la Bulgarie commémore tous les ans, le 1er février, le souvenir des
victimes du régime communiste.
En 2022, la commémoration prend une teinte particulière du fait de la présence,
discrète mais inédite, du président, Roumen Radev, soutenu par le Parti socialiste
bulgare (PSB), héritier direct du Parti communiste d’antan. La formation politique a été
accusée de ne jamais avoir effectué son examen de conscience sur la question de la
répression communiste et de n’avoir jamais présenté ses excuses aux victimes.
Images :
- Le ‘Musée d'art socialiste’ de Sofia couvre l'histoire de l'ère communiste en Bulgarie. Il a été ouvert en
septembre 2011 au milieu d'une controverse sur le nom, initialement proposé comme "Musée d'art totalitaire". Il
présente 77 sculptures monumentales, 60 peintures et 25 petites pièces d'arts plastiques.
La mémoire de la dictature communiste en Bulgarie
Construit entre 1974 et 1981, pendant la période communiste, à
1450 mètres d'altitude sur la chaîne des Balkans, l'édifice de Buzludzha
abrite des mosaïques en ruine. Cette enceinte circulaire en béton et acier,
œuvre de l’architecte Georgi Stoilov, côtoie deux piliers hauts de 70
mètres. À son faîte, l'étoile rouge en verre de rubis, aujourd'hui décrépie,
était jadis visible par temps clair jusqu'en Roumanie et en Grèce. Ce
monument géant du communisme est un casse-tête pour les autorités qui
ne savent qu’en faire : un musée du totalitarisme ? un restaurant pano-
ramique ?
Le livre Les Dévastés de Theodora Dimova montre comment la
dictature totalitaire qui s'installe à la tête de la Bulgarie traque toutes les
« têtes pensantes » opposées au régime : journalistes, écrivains, religieux,
hommes de science, entrepreneurs, etc. Trois femmes voient leurs époux
arrêtés, emprisonnés et torturés ; ils sont exécutés quelques mois plus
tard et jetés dans une fosse commune à Boliarovo.
La mémoire des crimes des communistes en Europe de l'Est
4 - Hongrie
En février 1946, le Royaume de Hongrie est aboli, laissant place à la
nouvelle république de Hongrie. Le maréchal soviétique Kliment Vorochilov
impose la présence des communistes au gouvernement : László Rajk
devient ministre de l’Intérieur et organise la police secrète Államvédelmi
Hatóság (AVH). Le gouvernement est contraint d'appliquer les politiques de
nationalisations préconisées par les communistes. Les mines et les indus-
tries lourdes sont nationalisées, suivies des banques, puis de toutes les
entreprises de plus de 100 salariés.
Mátyás Rákosi, secrétaire général du PC hongrois, adopte la "tacti-
que du salami", qui consiste à éliminer progressivement tous les adver-
saires politiques des communistes en suscitant scissions et fusions parmi
les partis adverses ou en évinçant les politiciens rivaux. Il opère des purges
parmi les opposants, réels ou supposés, les intellectuels et même certains
membres du Parti.
Images
- Matyas Rákosi (1892-1971), se voulant "le meilleur disciple de Staline", organise son propre
culte de la personnalité et établit l'un des régimes les plus répressifs du bloc communiste en Europe.
Il s'exile en Union soviétique lors de la révolution hongroise d'octobre 1956.
- L’emblème d’Államvédelmi Hatóság (AVH, ‘Autorité de protection de l'État’), police politique
Les procès et les purges
En 1949, László Rajk, ancien ministre, est arrêté, passe en procès,
"avoue" être un agent à la solde de Tito, est exécuté.
D'autres membres importants du Parti, comme János Kádár sont
également arrêtés par l'AVH.
En 6 ans, entre 1948 et 1953, près de 1 300 000 personnes compa-
raissent devant les tribunaux, 695 623 condamnations sont prononcées,
allant de l'amende à la peine capitale.
En tant que proche allié de Staline, Rákosi est fragilisé par la mort de
ce dernier : en juillet 1953, il doit céder la direction du gouvernement à Imre
Nagy. Ce dernier autorise la sortie de prisons d'opposants politiques, allège
le contrôle étatique sur les médias et envisage la tenue d'élections.
Images
- Laszlo Rajk (1909-1949). Après la guerre, il est ministre de l'intérieur et ministre des affaires
étrangères de Hongrie. Il est le principal accusé dans les procès d'épuration intentés à l'initiative de
Mátyás Rákosi au sein du ‘Parti des Travailleurs Hongrois’ selon le modèle de la terreur de Staline, et
exécuté pour des « crimes » inventés de toutes pièces. C’est le meilleur ami, Janos Kadar, compa-
gnon de Résistance, qui se rendra dans sa cellule pour lui extorquer des aveux. Le destin de Rajk
concentre tout le drame hongrois de l’après-guerre.
Sa réhabilitation et ses funérailles à l’automne 1956 seront le prélude de l’insurrection hongroise.
Son fils, Laszlo, présent à cette cérémonie, s’imposera comme l’un des chefs de file de l’opposition
démocratique.
- Imre Naji (1896-1958), chef du gouvernement de la République populaire de Hongrie, exécuté par
pendaison dans la prison de Budapest. Il reçoit des obsèques populaires et nationales en juin 1989, et
est officiellement réhabilité par le Parti un mois plus tard.
La répression soviétique en 1956
En octobre 1956, des protestations étudiantes sont organisées,
officiellement pour soutenir les ouvriers de Pologne en grève. Les
troupes soviétiques s’approchent de Budapest, mais une partie de
l'armée hongroise fraternise avec les insurgés.
Le 4 novembre, les chars de l'Armée rouge entrent dans Budapest
tandis que János Kádár fonde un contre-gouvernement fidèle à l'URSS.
L'insurrection est matée dans le sang, la répression fait environ
3 000 victimes. Il s'ensuit un exode de citoyens hongrois vers les pays
voisins.
Imre Nagy est arrêté et déporté ; il est exécuté deux ans plus tard.
- János Kádár (1912-1989), le principal dirigeant de la République populaire de Hongrie de 1956
à 1988. Il ne remet pas en cause la dictature du parti unique et le suivi de la politique étrangère
soviétique (il participe à l'occupation de la Tchécoslovaquie en 1968), mais libéralise le régime
dans la limite du régime socialiste : il atténue la répression anti-religieuse, diminue la censure et
tolère une dissidence politique.
La mémoire du communisme en Hongrie
Le Memento Park, ouvert à l'automne 1993 dans les environs de
Budapest, abrite 41 statues érigées à la gloire du communisme dans la
capitale hongroise ainsi qu'un centre éducatif sur la période communiste.
La ‘Maison de la Terreur’ est inaugurée en février 2002 au 60 avenue
Andràssy dans les anciens locaux des ‘Croix Fléchées’, le parti pronazi
hongrois qui prit le pouvoir en Hongrie en 1944, puis quartier général de
la police politique du Parti Communiste après 1945. L'objectif déclaré de
l'exposition est d'exposer la réalité de la terreur nazie puis communiste en
Hongrie.
- Image 1 : Les bottes de la statue de Staline abattue lors de l'insurrection de Budapest, en 1956,
conservées aujourd'hui à au Memento Park ou ‘Parc des statues’ (Szobor park) de Budapest. Ce
parc regroupe les statues érigées à la gloire du communisme dans la ville : il est considéré comme
un musée en plein air de l'art totalitaire, mais il attire aussi les nostalgiques du bloc de l'Est.
- Images 2 et 3 : La ‘Maison de la Terreur’ à Budapest. Le visiteur est invité à se déplacer dans 27
pièces différentes relatant l'histoire de l'oppression politique en Hongrie depuis l'occupation
allemande en mars 1944 à l'évacuation des dernières troupes soviétiques en juin 1991.
La ‘Maison de la Terreur’ trouve un équivalent à Prague dans le ‘’Musée du Communisme’, à
Varsovie dans le ‘Musée de l'Insurrection’, en Lettonie dans le ‘Musée des occupations’, dans le
‘Grütas Park’ en Lituanie ou dans le ‘Parc des monuments déchus’ de Moscou.
La mémoire des crimes des communistes en Europe de l'Est
5 - Pays baltes
L’occupation des pays baltes fait référence à l'invasion puis à l’occu
pation par l'Armée rouge des trois États baltes : l'Estonie, la Lettonie et
la Lituanie conformément au protocole secret du Pacte germano-
soviétique, le 14 juin 1940, suivie de leur incorporation forcée dans
l'URSS en tant que républiques constitutives : RSS d'Estonie, de RSS de Lettonie et RSS
de Lituanie.
Le 15 et 16 juin 1940, 500 000 soldats soviétiques franchissent la frontière estonienne
et lettone. Parallèlement, les Soviétiques soutiennent les communistes locaux afin de
monter des coups d'État contre les gouvernements estonien, letton et lituanien. Les petites
armées baltes, isolées car sans soutien occidental, sont désarmées par l'Armée rouge, à
l'exception d'un bataillon estonien qui lutte contre les Soviétiques et les milices communistes
le 21 juin. Après l'invasion, la construction de la ligne Molotov débute afin de protéger les
nouvelles frontières occidentales de l'URSS. Les administrations de l'État sont liquidées et
remplacées par des cadres soviétiques, opération dans laquelle 34 250 Lettons, 75 000
Lituaniens et près de 60 000 Estoniens sont déportés ou tués.
Images :
-Carte des modifications territoriales prévues et effectuées selon le pacte
Molotov-Ribbentrop du 23 août 1939
- Chars soviétiques dans le centre de Riga en 1940
Occupation et dictature soviétiques, puis hitlériennes, puis soviétiques
Des élections ont ensuite lieu avec des candidats prosoviétiques seuls autorisés à
se présenter pour de nombreux postes, avec pour conséquence des "assemblées
populaires" qui demandent immédiatement leur admission dans l'URSS, ce qui leur est
accordé.
Le 22 juin 1941, le Troisième Reich envahit l'URSS et occupe en quelques semai-
nes les territoires baltes. Les militaires allemands, d'abord bien accueillis, se comportent
rapidement comme une armée d'occupation impitoyable : réquisitions de logements dans
les villes, violences contre la population civile, déportation des Juifs et pillages.
En 1944, les territoires baltes sont reconquis lors des contre-offensives de l'Armée
rouge. Après 1944, les Soviétiques mettent en place un programme d'industrialisation
des RSS baltes et déportent systématiquement quiconque s'opposant à la collectivisation
des terres. Le nombre total de déportés pour la période 1944-1955 est estimé à plus de
un demi-million : 124 000 en Estonie, 136 000 en Lettonie et 245 000 en Lituanie.
Photos :
- Le dirigeant du Parti communiste de Lituanie, Antanas Sniečkus, lance les premières déportations massives de
Lituaniens en juin 1941
- Des collaborateurs lituaniens (avec des brassards blancs) arrêtant des Juifs en juillet 1941.
Les déportations de Baltes vers l’URSS
L’opération Priboï (en russe : opération « déferlante »), est
le nom de code de la déportation par les Soviétiques des
Estoniens, des Lituaniens et des Lettons, considérés
comme « ennemis du peuple » vers les régions inhospitalières de
l'URSS du 25 au 28 mars 1949. Planifiée par Staline, elle vise à
forcer la collectivisation des campagnes et éliminer le support de
base de l'insurrection des ‘Frères de la Forêt’ contre l'occupation
soviétique.
On estime que 90 000 civils ont été déportés. Leur destination
était la Sibérie, principalement les oblasts d’Irkoutsk (27 %), d’Omsk
(23 %) et de Tomsk (16 %).
Ces déportations ont été qualifiées « d'actes monstrueux » et
de « violations graves des principes léninistes de la politique natio-
nale de l'État soviétique » lors du rapport de Nikita Khrouchtchev en
1956 lors du 20ème Congrès du Parti communiste.
La Russie actuelle refuse cependant de reconnaître ces dépor-
tations comme crime.
Images
- Les ‘Frères de la forêt’, partisans estoniens, lettons et lituaniens qui organisèrent une
guérilla contre le pouvoir soviétique durant l'invasion et l'occupation soviétiques des trois
pays baltes, puis pendant et après la Seconde Guerre mondiale.
- Train de déportation
- Enfants dans les trains
- Femmes déportées en Sibérie
Pays baltes : déportations, arrestations, emprisonnements politiques
Période, évènement Estonie Lettonie Lituanie
Opération Priboï 1948-1949
1949 : 20 702
(3 000 morts en
trajet)
1949 : 42 231
(8 000 morts en
trajet)
1948 : 41 000
1949 : 32 735
Autres déportations entre 1945
et 1956
650 1 700 59 200
Arrestations et
emprisonnements politiques
30 000 (11 000
morts)
32 000 186 000
Partisans d'après-guerre tués
ou emprisonnés
8 468 (4 000 tués) 8 000 (3 000 tués) 21 500
La "révolution chantante"
et les chaînes humaines baltes de 1989 et 1990
Avec l'arrivée de Mikhaïl Gorbatchev (1985) au poste de
Premier secrétaire du PCUS, commencent la glasnost et la perestroïka.
Cette libéralisation entraîne une contestation de la domination sovié-
tique dans les Pays baltes et qui ont subi une politique agressive de
russification et de colonisation de peuplement, de la part du pouvoir
central.
Le 23 août 1989, dans la cadre de la "révolution chantante"
(1985-1991), près de deux millions d’Estoniens, de Lettons et de
Lituaniens se tenant par la main forment une chaîne humaine de
687 km de long, traversant les trois pays baltes (Vilnius, Riga, Tallinn)
pour exprimer leur condamnation du passé et leur espoir en l’avenir.
C’est leur manière de célébrer le 50e anniversaire du pacte
Molotov-Ribbentrop. Signé le 23 août 1939, 60 ans plus tôt, par les
ministres des Affaires étrangères de l’Union soviétique et de l’Allemagne
nazie, le protocole de cet accord secret définissait la répartition des
territoires situés entre les frontières de ces deux pays, dont la Pologne
et les trois États baltes.
Photos :
- La chaîne humaine balte le 23 août 1989
- La chaîne humaine à Šiauliai, Lituanie, le 12 janvier 1990.
Les chaînes humaines baltes ont été classées par l’Unesco en 2009 au « Registre Mémoire du
monde ».
La proclamation de l’indépendance
Au printemps 1990 (11 mars en Lituanie, 30 mars en Estonie, 4 mai en Lettonie),
l'indépendance des pays baltes est proclamée, la constitution soviétique est abolie par les
indépendantistes et remplacée par des constitutions spécifiques à chacun des États baltes.
Des barricades sont construites ainsi que des postes-frontières pour délimiter la
Russie et la Biélorussie des pays baltes.
Pour faire face à ces proclamations d'indépendance, les autorités soviétiques
choisissent en janvier 1991 de "restaurer l'ordre constitutionnel par la force".
Images :
- Manifestation pour l’indépendance en Estonie
- Citoyen lituanien non armé face à un char soviétique pendant les événements de janvier 1991
- Carte des Pays baltes
Le retour de la démocratie
Le 8 janvier, Vitautas Landsbergis, chef du gouvernement
démocrate indépendantiste de Lituanie, appelle à une levée en masse
de civils pour protéger la tour de transmission de télévision. L’attaque
des manifestants par les hélicoptères soviétiques est retransmise à la
télévision. 21 civils sont tués et 600 autres blessés, principalement lors
de l'assaut de la tour de Vilnius par les Soviétiques.
À la suite d'importantes manifestations non-violentes (rassemblant
jusqu'à 50 000 personnes dans la capitale lituanienne) et dans tout le
bloc de l'Est (notamment en Pologne et en Ukraine), les troupes
soviétiques, essentiellement constituées de soldats russes, se retirent le
25 janvier 1991.
Photos :
- Vitautas Landsbergis, chef du gouvernement démocrate indépendantiste de Lituanie
- Manifestation antisoviétique à Vilnius en janvier 1991
- La foule bloque les chars soviétiques à Vilnius en janvier 1991
La mémoire des occupations nazie et soviétique
dans les pays baltes
En février-mars 1991, des consultations officielles sont
organisées montrant la forte mobilisation des Baltes pour leur
indépendance : 90 % en Lituanie, 77 % en Estonie et 73 % en
Lettonie. L'échec du putsch soviétique d'août 1991 - où la ligne dure
des communistes ne parvient pas à prendre le pouvoir - permet aux
pays baltes de déclarer leur indépendance politique, que de nombreux
pays occidentaux s'empressent de reconnaître. Ayant perdu toute
marge de manœuvre, Moscou se voit obligé de suivre le mouvement
et reconnaît leur indépendance le 4 septembre 1991, trois mois avant
que ne disparaisse l'Union soviétique.
Les relations entre Russes et Baltes aujourd’hui attestent d’une
histoire violente et complexe, qui remonte bien avant la Seconde
Guerre mondiale. Néanmoins, les occupations successives du pays
par des puissances étrangères ont profondément construit l’identité
nationale de chacun des pays.
- Photos 1 et 2 : ‘Musée de l’occupation’ à Riga (Lettonie). Il retrace l'histoire de la
Lettonie de 1940 à 1990, les 50 ans d'occupation du pays, successivement par les sovié-
tiques, par les nazis, puis par l‘Armée rouge à nouveau. Il attire chaque année plus de
100.000 visiteurs du monde entier. Une partie du musée est consacrée aux émigrés lettons,
car plus de 200.000 Lettons ont fui leur pays en 1944 et 1945 et ont tenté de se construire une
nouvelle vie à l’étranger.
- Photos 3 et 4 : ‘Musée des occupations et de la liberté’ à Tallin (Estonie). Fondé en
1998, il retrace l’histoire des 3 occupations
La mémoire des occupations nazie et soviétique
dans les pays baltes
La Lettonie, par exemple, a été occupée par 7 armées durant
le 20è siècle. Le pays a été durement marqué par les répressions,
représailles, déportations et incorporations dans l’armée des
occupants, de gré ou de force. On estime que les nazis et les
soviétiques y ont fait au total 555 000 victimes, soit un tiers de la
population lettone.
-‘Musée des occupations et des combats de la liberté’ ou ‘Musée du KGB’ à Vilnius
(Lituanie), situé dans les anciens locaux du KGB
- Cellules d’incarcération dans les caves du ‘Musée du KGB’
- Monuments commémoratifs de la voie balte et des chaînes humaines baltes
- Timbre commémoratif des chaînes humaines baltes de 1989
- Mémorial dédié aux victimes de l'assaut de la tour de télévision de Vilnius en janvier 1991
- Pièce émise en 2014 pour les 25 ans de la Voie balte
Destruction ou mise au musée
des monuments soviétiques
Conséquence directe de l'invasion russe en Ukraine en
février 2022, les pays baltes et la Pologne ont décidé de faire table
rase de l'héritage soviétique et communiste. Ces pays, qui
faisaient partie de l'URSS, entendent prendre un peu plus leurs
distances avec la Russie, jugée héritière de l'Union soviétique, en
déboulonnant ou détruisant de nombreux monuments
emblématiques de la période soviético-communiste.
Ainsi, 24 statues ou mémoriaux ont déjà disparu de l'espace
public polonais depuis le mois de mars 2022, sur les 60 qui
existaient encore au début de l'année. L'Estonie a choisi de retirer
en 2022 les 400 monuments soviétiques encore présents sur son
territoire. La Lettonie a quant à elle établi une liste de 69 sites
glorifiant l'Armée rouge à démanteler. Enfin, en ce qui concerne la
Lituanie, tout a été retiré de l'espace public et placé dans les
musées, sauf les stèles portant le nom de soldats tués.
La mémoire des crimes des communistes en Europe de l'Est
6 - Pologne
La Pologne est envahie par les forces allemandes le 1er
septembre 1939, ce qui déclenche la Seconde Guerre mondiale.
Conformément aux accords secrets du Pacte germano-soviétique signé
le 23 août 1939, une semaine avant le début de l'invasion allemande,
l'URSS envahit à son tour la Pologne à partir du 17 septembre.
Des deux côtés, les nazis et le NKVD procèdent à l'éradication de
l'élite polonaise : côté Est, intellectuels, officiers, fonctionnaires, reli-
gieux, propriétaires terriens sont déportés en URSS, voire assassinés
comme à Katyń ; côté Ouest, les nazis entendent ouvertement transfor-
mer les Polonais, considérés comme des "sous-hommes", en un peuple
d'esclaves et plongent le pays dans une terreur meurtrière, responsable
de la disparition en six ans de près de 20 % de la population totale.
À partir de l'été 1941, date du déclenchement de l'invasion de
l'Union soviétique par l'Allemagne qui rompt avec son allié de 1939, la
Pologne devient aussi le terrain principal de la mise en œuvre du géno-
cide des Juifs d'Europe occupée par l'Allemagne nazie.
Images : - Le pacte Hitler-Staline (ou Ribbentrop-Molotov) du 23 août 1939
- Le partage de la Pologne par les deux dictatures
Les massacres des Polonais en 1940 : Katyn
Le massacre de Katyń est l'assassinat de masse, par la police politique
de l’Union soviétique (le NKVD), au printemps 1940 dans la forêt de
Katyń, de 4 404 Polonais, essentiellement des officiers d'active et de
réserve (dont des étudiants, des médecins, des ingénieurs, des
enseignants, etc.), et de divers autres membres des élites polonaises
considérées comme hostiles à l’idéologie communiste.
L'URSS nie sa responsabilité dans le massacre dès qu’il est révélé
par les militaires allemands en 1943 ainsi que durant toute la Guerre
froide, et en rend responsable l’Allemagne nazie
Toutefois, en 1990, l'URSS reconnaît que ce massacre avait bien
été ordonné par les responsables soviétiques.
Le 26 novembre 2010, la Douma russe reconnaît la responsabilité
directe de Staline en votant une résolution selon laquelle les documents
conservés dans les archives secrètes du Kremlin prouvent que Staline a
bien ordonné personnellement ce massacre.
Image du bas : Le document officiel de Lavrenti Beria, daté du 5 mars 1940, demandant à Staline
l'autorisation d'exécuter les officiers polonais.
Les massacres des Polonais en 1940
Les massacres décidés par Béria et Staline au cours du printemps 1940 concer-
nent environ 22 000 Polonais.
Si les exécutions sont perpétrées en au moins 6 lieux distincts, Katyń reste
emblématique en raison de sa médiatisation durant la Seconde Guerre mondiale. En
effet, le charnier de Katyn est découvert dès 1943, alors que ceux de Kharkov et Kalinine
sont exhumés dans les années 1990, après l'ouverture des archives soviétiques.
Images :
- Charnier de Katyn, tel que les Allemands le découvrent en 1940.
- Mémorial de Mednoë. Du 4 avril au 16 mai, les 6 287 prisonniers de guerre polonais détenus à Ostachkov sont tués à
Kalinine (aujourd'hui Tver) et les victimes enterrées dans le charnier soviétique de Mednoïe.
- Mémorial de Piatykhatky. Du 5 avril au 12 mai, les 3 896 prisonniers de guerre polonais de Starobilsk sont assas-
sinés dans les locaux du NKVD à Kharkov. Les corps seront retrouvés dans le charnier soviétique de Piatykhatky.
La dictature du parti unique
À la fin du second conflit mondial, la Pologne libérée tombe aux
mains de l‘Armée rouge : cette libération aux allures d'occupa-
tion est rythmée par l'arrestation des membres non communistes
de la résistance intérieure polonaise (Armia Krajowa, AK)
considérés par les Soviétiques comme des ennemis.
La Pologne devient une république dite "populaire", mais en fait une
dictature à parti unique, le ‘Parti Ouvrier Unifié Polonais’ (POUP, créé en
décembre 1948), et membre du Pacte de Varsovie. La propagande attribue la
moindre difficulté aux prétendus espions états-uniens. Torturés par les
services de sécurité (UB puis SB), les boucs émissaires doivent s'accuser
lors de procès publics.
La soviétisation ne se limite pas qu'aux institutions politiques, elle vise
aussi l'économie du pays. Les fermes d'État se généralisent. Mais les
méthodes violentes utilisées pour parvenir à cette collectivisation provoquent
des résistances : de nombreux réfractaires, menacés de mort, fuient le pays
ou entrent dans la clandestinité et donc la résistance.
Images :
- Wladyslaw Gomulka (1905-1982). Il dirige la République populaire de Pologne de 1956 à 1970, date à
laquelle il est forcé de démissionner après les émeutes de la Baltique de 1970. Il est alors remplacé par
Edward Gierek. Ici avec Leonid Brejnev (1906-1982), Secrétaire général du Parti communiste de l'Union
soviétique, et donc principal dirigeant de l'URSS de 1964 à 1982.
- Logo du ‘Parti ouvrier unifié polonais’ (Polska Zjednoczona Partia Robotnicza, PZPR), parti
communiste qui exerce le pouvoir de 1948 à 1989 sous le régime de la République populaire de
Pologne (Polska Rzeczpospolita Ludowa, PRL).
- Médaille du Służba Bezpieczeństwa (SB, ‘Service de sécurité’), appelé jusqu'en 1954 Urząd
Bezpieczeństwa (UB), service de renseignement et police secrète du régime communiste polonais
L’effritement du régime
En août 1968, l'armée polonaise est obligée de participer, avec 4
autres pays du bloc de l'Est, à l'occupation soviétique de la Tchécoslo-
vaquie.
À partir de 1967, la crise économique favorise l'ascension, au sein
du POUP, des éléments nationalistes et antisémites. Après la guerre des
Six Jours, et pour faire diversion des grèves ouvrières importantes contre la
hausse des prix alimentaires, le régime lance une campagne antisémite qui
provoque le départ de la majorité des derniers Juifs de Pologne.
En 1980 naît le syndicat indépendant Solidarność (‘Solidarité’), dirigé
par Lech Wałęsa, d'abord interdit, puis reconnu à contre-cœur par les
autorités. Celui-ci regroupe vite plusieurs millions d'ouvriers soutenus par
les intellectuels réformateurs. Le général Wojciech Jaruzelski déclare la loi
martiale dans le 13 décembre 1981 : la plupart des meneurs du syndicat
sont internés pendant plusieurs mois. La mort de Léonid Brejnev en
novembre 1982 à Moscou anticipe leur libération. Malgré l’instauration de
l’état de siège, le pouvoir communiste ne parvient pas à étouffer la fronde
syndicale et les revendications populaires, les grèves et les manifestations
ne faisant que s'amplifier d'année en année.
Images :
- Wojciech Jaruzelski (1923-2014), dernier dirigeant du régime communiste polonais.
- Logo du syndicat ‘Solidarité’
- Obsèques de Jerzy Popieluszko, assassiné en oct. 1984 par la SB, police politique du régime. Il
était prêtre aumônier de Solidarnosc et célébrait des "Messes pour la Patrie" dont les sermons
étaient diffusés sur Radio Free Europe. 500 000 personnes assistent à ses funérailles
La mémoire de la dictature communiste
en Pologne
Le 1er janvier 1990, la IIIe République est proclamée. Les élections
présidentielles au cours de cette même année sont largement remportées par
Lech Wałęsa. En 1993, les troupes russes quittent la Pologne.
Pour se donner les moyens de faire l’histoire de la période commu-
niste, la Pologne s’est donné un instrument spécifique en Europe de l’Est :
‘l’Institut de la mémoire nationale’ (Instytut Pamięci Narodowej - IPN), qui
mêle enquêtes judiciaires et recherche scientifique. Création politique, cet
institut est devenu incontournable dans le paysage universitaire et historio-
graphique polonais. Outre les archives de la sécurité d’État (1944-1990), il
conserve d’autres collections civiles ou militaires concernant les crimes nazis
et communistes commis à l’encontre de citoyens polonais.
Le principal objectif de l’IPN est d'enquêter sur les crimes nazis et
communistes, de conserver la documentation à leur sujet, de fournir cette
documentation au public, de poursuivre en justice ceux qui ont commis ces
crimes et d'éduquer le public à ce sujet. Le principal effort de l'Institut porte
sur les crimes commis par les autorités communistes de la Pologne avant
1989.
Images : Le siège et le logo de ‘l’Institut de la mémoire nationale’
Le devoir et le travail de mémoire
L'un des procès les plus connus intentés par l'IPN concerne le massacre
de Jedwabne en juillet 1941*.
Le pogrom de Jedwabne est le massacre de 800 à 900 habitants juifs de cette localité polonaise et
de ses environs en juillet 1941, au cours de la Seconde Guerre mondiale. Après avoir été longtemps
exclusivement attribué aux Einsatzgruppen (les escadrons de la mort du Troisième Reich), des
historiens mettent en avant la responsabilité de civils polonais, peut-être à l'instigation des troupes
allemandes.
Images
- Le crime et le silence, livre d’Anna Bikont sur le pogrom de Jedwabne
- Witold Pilecki (1901-1948), Descendant d'une famille aristocratique polonaise. Officier de
cavalerie, chef de la Résistance, se fait emprisonner volontairement et s’échappe d’Auschwitz pour
faire un rapport aux Alliés. En avril 1947, commence à recueillir des preuves sur les atrocités
commises par les Soviétiques en Pologne pendant l'occupation de 1939-1941. Arrêté par le pouvoir
communiste, condamné le 3 mars 1948 après un parodie de procès (« espionnage pour l’impéria-
lisme étranger », exécuté d’une balle dans la nuque comme « ennemi du peuple » à Varsovie le 25
mai 1948, après 12 mois d’emprisonnement et de torture.
- Des livres, des films, ‘l’Institut Pilecki’ honorent sa mémoire. La ‘Journée mondiale des héros de la
lutte contre le totalitarisme’ est fixée le 25 mai, date anniversaire de son exécution.
La mémoire des crimes des communistes en Pologne
Livres
La mémoire des crimes des communistes en Pologne
Documentaires et films
La mémoire des crimes des communistes en Europe de l'Est
7 - Roumanie
Le régime communiste de Roumanie est mis en place en mars 1945 ;
suite au coup d'État du Parti communiste roumain soutenu par l'Armée
rouge. La République est proclamée en décembre 1947 lors de l'abolition du
royaume de Roumanie et de l'abdication du roi Michel.
S'auto-désignant comme une "démocratie populaire", la Roumanie
demeure politiquement alignée sur l'URSS jusqu'en 1964, date à laquelle
elle prend une posture plus indépendante, tout en continuant de faire partie
du bloc de l'Est. Durant cette période, le pays connait un régime totalitaire
d'inspiration marxiste-léniniste :
- le Parti communiste roumain (PCR) est « parti unique et organe dirigeant
de l’État », interdisant de facto la constitution d’associations, syndicats ou
autres structures sociales indépendantes du pouvoir.
- privation des libertés individuelles par un outil policier très développé, sans
garde-fou judiciaire, police politique secrète infiltrant toute la société, la
Securitate : censure, écoute des conversations téléphoniques, ouverture du
courrier, ../..
Images : - Nicolae Ceaucescu (1918-1989), Secrétaire général du Parti communiste roumain (PCR),
président de la République socialiste de Roumanie. Il se décerne les titres de « Conducător », « génie
des Carpates » et « Danube de la pensée », et pratique le népotisme.
- Logo du PCR
- Écusson de la Securitate. Rapportés au nombre d'habitants, ses effectifs sont parmi les plus
importants de toutes les polices secrètes du bloc communiste, si l'on compte les informateurs civils.
Un régime de terreur
maillage territorial, institutionnel et professionnel systématique du pays
par un réseau d’informateurs permanents et payés ou bien occasion-
nels et menacés, arrestations arbitraires, tortures en cours d’interro-
gatoire, internement psychiatrique et déportation des citoyens arrêtés,
avec ou sans "jugement", dans les réseaux de camps de travaux forcés.
Jusqu’en 1964, la Securitate est aussi coutumière des exécutions extra-
judiciaires.
- stricte planification d’État, impliquant non seulement les orienta-tions
macro-économiques et le commerce international, mais aussi tous les
aspects de la production, de la distribution et de la consommation. La
population est confrontée à une pénurie permanente d’énergie, de
denrées, de produits finis et de services.
- violation du droit de propriété, nationalisation généralisée sans
compensation des moyens privés de production, confiscation des
propriétés des citoyens considérés comme « ennemis de l’ordre
socialiste » soit de par leur activité passée, soit du simple fait de
l’origine sociale de leurs ancêtres.
Photos : - Réseau de prisons et de camps en Roumanie et RSS moldave (1945-1989)
- Le ‘Palais du Peuple’ à Bucarest, siège actuel du Parlement : 270 x 240 m, surface au sol de
45 000 m2, 350 000 m2 habitables, 1100 pièces réparties sur 12 étages, 1 million de m3 de
marbre, 600 architectes, 20 000 ouvriers, 10 années et demie de travaux, l'expulsion et le
relogement de 40 000 personnes, etc.
Le bilan de 45 ans de régime communiste
Le régime s'effondre à la chute du bloc de l'Est. L'étincelle qui
allume la Roumanie est une manifestation de solidarité envers un
pasteur hongrois, le 17 décembre 1989 à Timisoara. Un coup d'État met un
terme à la dictature communiste et aux fonctions de Ceaucescu. Le dictateur
et son épouse sont exécutés au terme d’un simulacre de procès de 55
minutes, destiné probablement à sauver les anciens membres du Parti
Communiste : les époux Ceausescu savaient trop de choses et bien des
personnes très haut placées auraient pu être compromises en cas de procès
normal…
La ‘Commission historique d’investigation et d’analyse des crimes du
régime communiste’ mise en place en 2005, a rendu ses conclusions en 2007 :
elle impute au régime 2 215 000 victimes en 45 ans, soit environ 11 % de la
population,
- dont 975 000 victimes directes de la répression (exécutions, morts en
détention pour motifs politiques),
- les autres décès étant dus à la pénurie institutionnalisée, aux disettes
provoquées par les réquisitions, au manque d'énergie et donc de chauffage, au
manque de sécurité dans le travail, à l'emploi massif des prisonniers pour les
travaux dangereux et de grande envergure, au manque de soins aux plus
faibles dû à l'indigence des fournitures médicales et pharmaceutiques.
Images : - Un dossier de la Securitate
- La prison de Pitesti connue pour les expériences de lavage de cerveau et de rééducation par
la torture physique et psychologique pratiquées entre les années 1949 à 1954
La mémoire du communisme en Roumanie
Contrairement à ce qui s’est passé dans d’autres pays de l’Est,
seul un nombre très limité de soutiens, ou même de tortionnaires du
régime, a été poursuivi et encore moins condamné. Entre 1989 et
2017, seules trois procédures pour crimes contre l’humanité ont été
ouvertes, dont deux se sont soldées par des condamnations définitives
prononcées en 2016 et en 2017.
Comme des citoyens engagés et des universitaires, la réalisa-
trice Alina Cicani défend l’idée que la démocratie roumaine n’est pas
totalement achevée, car il n’y a pas eu de rupture claire après la chute
du dictateur.
Le ‘Mémorial des Victimes du Communisme et de la Résistance’
comprend le Musée Sighet situé dans la ville de Sighetu Marmației, et
le ‘Centre international d'études sur le communisme’, situé à Bucarest.
Un « Conseil national pour l'étude des archives de la Securitate »
est mis en place par le régime démocratique, où chaque citoyen peut
consulter son dossier sur demande écrite… si toutefois il a été
conservé (une partie des archives ayant opportunément brûlé en 1990).
Photos :
- Le « mur des 975 000 victimes arrêtées » du régime communiste en Roumanie, dans le
Mémorial de Sighet.
- Statues dans la cour de la prison de Sighet
La mémoire des crimes des communistes en Roumanie
Livres
La mémoire des crimes des communistes en Roumanie
Documentaires et films
La mémoire des crimes du pouvoir communiste en Europe de l'Est
8 - Tchécoslovaquie
Le ‘coup de Prague’ est le nom donné à la prise de contrôle de
la Tchécoslovaquie en février 1948 par le Parti communiste tchécoslova-
que, avec le soutien de l'Union soviétique, aboutissant au remplacement
de la Troisième République par un régime communiste.
Tous les rouages politiques sont entre les mains du Parti commu-
niste (PCT), à l'approbation duquel est subordonnée toute participation
à la vie politique. La constitution prévoit la nationalisation de toutes les
entreprises de plus de cinquante salariés. La collectivisation de l'agri-
culture dans des conditions répressives (persécution des koulaks)
entraîne un déclin de la production agricole. Près de 3.000 prêtres sont
emprisonnés. La police politique, StB, sert principalement de courroie
de transmission au KGB soviétique.
La répression des opposants au régime est marquée par l'arres-
tation, le procès et la pendaison de Milada Horáková.
Photos :
- Le coup de Prague ; défilé des milices populaires sur le pont Charles à Prague.
- Écusson de la ‘Sûreté de l'État’ (Státna bezpečnost), ou StB.
- Milada Horáková (1901-1950) juriste, ancienne députée à l'Assemblée nationale, accusée de
complot visant à renverser le régime communiste. Son procès est instrumentalisé et se conclut
par la condamnation à mort de la combattante pour le pluralisme politique, ainsi que celle de
trois autres co-accusés. En dépit d'une mobilisation internationale (Winston Churchill, Eleanor
Roosevelt), elle est pendue, avec ses trois co-condamnés, le 27 juin 1950.
Les ‘procès de Prague’
La rupture entre Tito et Staline se traduit par des purges au sein du
parti. Les procès de Prague organisés par Klement Gottwald en nov. 1952,
inspirés des purges staliniennes des années 1930 en URSS, éliminent des
cadres du PCT présentés comme des opposants au régime. L'origine juive
de 11 des 14 inculpés permet de trouver des boucs émissaires faciles à
dénoncer. 11 personnes sont condamnées à mort et pendues, dont le
Secrétaire général du PCT, Rudolf Slánský. 3 inculpés sont condamné à la
prison à vie, dont Artur London, vice-ministre des Affaires étrangères*.
Quelque 30 000 personnes sont poursuivies devant les tribunaux pour des
motifs politiques.
En 1963, le parti condamne officiellement le culte de la personnalité
stalinien, et éloigne ses dirigeants les plus conservateurs. Des prisonniers
politiques sont libérés. On révise certains procès des années précédentes :
Rudolf Slánský et Vladimír Clementis sont réhabilités. Les monuments à la
gloire de Staline disparaissent du pays
* qui écrira en 1968 le livre L’aveu, dont est tiré le film éponyme de Costa Gavras (1970)
Image : - Les procès de Prague
- Rudolf Slansky (1901-1952), Secrétaire général du Parti communiste tchécoslovaque et Vice-
premier ministre, exécuté à la suite des procès de Prague.
Le ‘Printemps de Prague’
et l’intervention soviétique
En janvier 1968, Novotný est destitué de son poste de premier
secrétaire du PCT et remplacé par Alexander Dubček qui proclame dès
avril son intention d'atteindre un « socialisme à visage humain ». En
mars, Ludvík Svoboda, ancien ministre de la Défense et l'un des
auteurs du Coup de Prague, devient président de la République. Le
même mois, la censure est abolie et la presse recouvre une liberté
qu'elle n'avait pas connue depuis 1945 : c’est le ‘printemps de Prague’.
Le 21août 1968, les troupes des pays du pacte de Varsovie
pénètrent en Tchécoslovaquie, mettant fin au mouvement réformateur
malgré une résistance non-violente étonnante et exemplaire d’une
semaine, brisée par la capitulation de Dubcek.
Photos : 1 - L’intervention soviétique en août 1968
2 et 3 - La résistance non-violente des Tchécoslovaques : voir le diaporama spécifique de
l’IRNC à ce sujet dans la série ‘Vers une défense civile non-violente’
4 - Alexander Dubcek (1921-1992), figure de proue du ‘Printemps de Prague’ en 1968. Après
son expulsion du Parti, il travaille vingt ans à l'Administration forestière de Slovaquie sous le
contrôle constant, agressif et avilissant de la police secrète, le STB. Après la ‘Révolution de
velours’, il occupe de 1989 à 1992 le poste de président du Parlement fédéral.
La Charte 77
L'équipe de Dubček reste encore au pouvoir quelques mois,
faisant passer une importante réforme. En octobre 1968, une loi
constitutionnelle fait de la Tchécoslovaquie une république fédérale : le
pays est divisé en deux États autonomes, la République socialiste
tchèque et la République socialiste slovaque*.
Dubček est ensuite évincé, et remplacé à la tête du PCT par le
conservateur Gustáv Husák.
En janvier 1977, 243 intellectuels publient la ‘Charte 77’, exigeant
le respect des droits de l’homme. Le dramaturge Václav Havel et le
philosophe Jan Patočka apparaissent comme les porte-paroles de la
contestation. Le régime demeure sourd à ce désir de réformes.
* La dissolution de la Tchécoslovaquie, la création de la République tchèque et de la
Slovaquie deviendront effectives le 1er janvier 1993. Cette séparation « à l'amiable », contrastant
avec la violence de la dissolution de la Yougoslavie et de la dislocation de l'URSS, a été appelée
« divorce de velours » par référence à la « révolution de velours » qui, fin 1989, avait mis fin par
la non-violence à la dictature communiste.
- Jan Patočka (1907-1977), philosophe, porte-parole de la ‘Charte 77’. Selon Jorge Semprún,
dans son ouvrage Le Mort qu'il faut, les autorités ont ordonné la fermeture des fleuristes de
Prague le jour de son enterrement, afin de limiter les hommages que pourrait lui rendre la
population.
- Václav Havel (1936- 2011), passe au total près de cinq ans en prison, entre 1977 et 1989,
avant d’être élu président de la République
La ‘révolution de velours’ et le retour de la démocratie
À partir de 1988, vingtième anniversaire du ‘Printemps de
Prague’, le pays connaît une importante effervescence politique. Les
pétitions réclamant la liberté politique et religieuse se multiplient.
En janvier 1989, le vingtième anniversaire de la mort de Jan
Palach entraîne d'importantes manifestations. Le 21 août 1989 est
commémorée l’invasion soviétique de 1968.
En novembre, l’opposition se regroupe au sein d’un ‘Forum
civique’; les syndicats se joignent au mouvement : c’est la ‘révolution
de velours’.
Le régime apparaît dépassé et, le 24 novembre, la direction du
PCT démissionne collectivement.
Fin décembre 1989, Alexander Dubček est élu à la tête du
parlement et Václav Havel élu président de la République.
- Jan Palach (1948-1969), étudiant en histoire, s’immole par le feu sur la place Venceslas à
Prague le 16 janvier 1969 pour protester contre l’abolition des libertés à peine acquise par le
‘Printemps de Prague’. Une manifestation funèbre réunit plusieurs dizaines de milliers de
participants à Prague, et d’autres cérémonies funèbres ont lieu ailleurs dans le pays. Jan Zajíc
et Evžen Plocek, deux autres jeunes Tchèques, suivent son exemple en février et en avril. Les
autorités communistes font disparaître une lettre posthume où Jan Palach dénonçait l’invasion
soviétique.
- Logo du ‘Forum civique’, Občanské Fórum, mouvement politique qui demande des élections
libres.
La mémoire du communisme
en Tchécoslovaquie
Entre les années 1948 et 1989, 241 prisonniers politiques ont
été exécutés. Plus de 8000 prisonniers sont morts dans des mines
d'uranium, des forges et des carrières. Près de 600 détenus n'ont pas
survécu aux interrogatoires. Environ 500 hommes ont été tués à la frontière.
Plus de 270 000 personnes ont été condamnées et emprisonnées. 70 000
personnes ont été envoyées dans des camps de travaux forcés, près de
60 000 hommes ont travaillé dans des PTP, camps militaires de travaux
forcés. Plus de 400 000 citoyens ont fui ou ont été chassés du pays.
L'ONG ‘L'homme en détresse’ a fait tout un travail de mémoire.
À l'aide de projections de films documentaires sur les crimes du communisme
suivies de débats avec d'anciens prisonniers politiques, victimes de procès
arbitraires et d'atrocités, le projet a permis aux jeunes prendre connaissance
des événements de l’histoire récente.
Les lieux où est entretenue la mémoire du communisme en Tchéquie
sont cartographiés et répertoriés.
Images : - Mémorial aux victimes du communisme de Petřín, à Prague, œuvre du sculpteur Olbram
Zoubek. Il s’agit d’un escalier qui va en rétrécissant et le long duquel descendent sept silhouettes en
bronze. La première, celle du bas, est entière, tandis que les autres disparaissent progressivement.
C’est ainsi que l’artiste a choisi de représenter les souffrances des prisonniers politiques détenus dans
les années 1950 par le régime communiste.
- Statue de Josef Faltus en hommage à Milada Horáková sur la place Pětikostelní à Prague
Des lieux de mémoire
Le Mémorial de Vitkov à Prague, construit entre 1929 et 1932 comme mémorial de
la 1ère Guerre mondiale, agrandi entre 1942 et 1949, transformé entre 1954 et 1962 en
mausolée à la gloire du dictateur Klement Gottwald, ré-ouvert en 2009 après 20 ans de
fermeture, accueille notamment une exposition permanente autour de l’histoire contem-
poraine de la Tchécoslovaquie et de la République Tchèque, ainsi que le ‘Laboratoire du
pouvoir’, consacré au totalitarisme et à la propagande communiste.
Images :
- Le Mémorial au sommet de la colline de Vitkov à Prague
- Klement Gottwald (1896-1953), premier président de la « République populaire tchécoslovaque, organisateur des
procès de Prague, ici aux côtés de Staline. La pression du pouvoir soviétique et la peur de Staline le conduisent à
devenir complètement dépendant à l'alcool en quelques années.
- Mémorial de Jan Palach, en haut de la place Venceslas à Prague.
- Statue en bronze en hommage à Jan Palach dans le jardin de Sciences Po à Dijon.
Des lieux de mémoire
Une gigantesque statue représentant Staline, mesurant 15,5
mètres de haut et 22 mètres de longueur, était perchée en haut de
la colline de Letná entre 1955 et son dynamitage en 1962.
Le ‘Musée du Communisme de Prague’ relate les années du
régime communiste de l’actuelle République tchèque, depuis
l’implantation du modèle politique en 1948, jusqu’à sa chute en
1989, avec la Révolution de Velours.
Tout au long des six sections (les origines, le rêve, la réalité,
le cauchemar, les personnages historiques et la Révolution de
Velours), on découvre tous les aspects du communisme à Prague,
en passant par la vie quotidienne, la censure et la propagande.
- Statue de Staline à Letna avant son dynamitage
- Anciens locaux du ‘Musée du communisme’ à Prague et affiche à son sujet dans la rue
- Nouveaux locaux du ‘Musée du communisme’
La mémoire des crimes des communistes en Tchécoslovaquie
Livres
La mémoire des crimes des communistes en Tchécoslovaquie
Documentaires et films
La mémoire des crimes des communistes en Europe de l'Est
2-9 - Yougoslavie
La ‘République fédérative socialiste de Yougoslavie’,
durant la période allant de 1945 à 1992, est dominée
par la ‘Ligue des communistes de Yougoslavie’ (Komunistička
partija Jugoslavije, SKJ) et, jusqu'à sa mort en 1980, par la personne du
maréchal Tito.
Tito crée en 1945 la police politique secrète, l'UDBA (Uprava Državne
Bezbednosti/ sigurnosti/ varnosti, Administration pour la Sécurité de l'État)
dont le rôle officiel est de traquer les collaborateurs des nazis. Les cinq
premières années d'existence de l'État communiste yougoslave voient se
développer la répression contre les opposants (Églises, mouvements
nationalistes, tant croates que serbes) et les confessions religieuses
(orthodoxes, catholiques, musulmans).
Images :
- Emblème de la ‘Ligue des communistes de Yougoslavie’ (Savez komunista Jugoslavije ou SKJ)
- Josip Broz (1892-1980), communément appelé Tito ou le maréchal Tito, né d’un père croate et d’une
mère slovène. Agent de Staline lors des purges de 1937. Durant la Seconde Guerre mondiale, il prend
la tête de la résistance communiste en Yougoslavie et parvint, au bout de quatre ans de conflit
sanglant, à triompher de l'ensemble de ses adversaires et à réunifier sous sa bannière la Yougoslavie
qui avait été démembrée à la suite de l'invasion de 1941. Chef du gouvernement, puis chef de l'État,
et enfin président à vie.
La répression dès 1945
Alojzije Stepinac, archevêque de Zagreb, est condamné aux
travaux forcés sur l'accusation, fortement contestée, de collaboration avec
les Oustachis*. L'Église catholique croate est largement accusée de
collaboration avec le régime de l'État indépendant de Croatie et des
centaines de prêtres sont exécutés en 1945. Le chef des Tchetniks*,
Draža Mihailović, fidèle au roi et ferme opposant des fascistes comme des
communistes, est condamné à mort et fusillé en juillet 1946.
* L’Allemagne nazie avait fourni un soutien 1) aux Oustachis croates, organisation terroriste
fondée en 1929, qui menaient une campagne de massacres contre les Serbes, les Juifs et les
Roms à l'intérieur de son territoire, 2) et aux Tchetniks serbes, qui menaient également leur propre
campagne de nettoyage ethnique et de génocide contre les Croates et les Bosniaques.
Images : - Représentation de l'UDBA (Uprava Državne Bezbednosti Sigurnosti (serbo-croate) ou
Varnosti (serbe), ‘Administration pour la Sécurité de l'État’, renommée par la suite ‘Service de
sécurité de l'État’ (Služba državne sigurnosti ou SDS). L'UDBA/SDS a pour fonction à l'intérieur de
la Yougoslavie de surveiller la population et les activités des opposants réels ou potentiels. Il agit en
outre à l'étranger, notamment à l'encontre des opposants exilés ou des dissidents. Divers assas-
sinats ou tentatives d'assassinats ont été commis par l'UDBA, notamment à l'encontre des collabo-
rateurs oustachis Ante Pavelić et Vjekoslav Luburić, de l'écrivain croate dissident Bruno Bušić et du
militant kosovar des droits de l'homme Enver Hadri.
- Procès de Draža Mihailović.
- Draža Mihailović (1893-1946), Résistant serbe chef des Tchetniks, condamné et exécuté en 1946,
réhabilité en mai 2015.
Le conflit Tito-Staline
L'industrie est nationalisée, de même que les propriétés agricoles
excédant 45 hectares. Un ambitieux programme d'industrialisation et de
modernisation est mené avec l'aide soviétique. Un programme massif de
construction de logements est progressivement mis en œuvre.
Dès la fin des années 1940, un conflit de pouvoir éclate entre Tito et
Staline. En 1948, Staline décide de se débarrasser de Tito : en juin, le
Kominform émet une condamnation du Parti communiste de Yougoslavie et
appelle « les forces saines du PCY à imposer une nouvelle ligne politique à la
direction ». Tito tient bon et, loin d'être renversé par les staliniens du parti
yougoslave, soumet ces derniers à des purges : les cadres communistes
"kominformiens"** ou dénoncés comme tels sont réprimés et, pour partie,
envoyés dans le camp de concentration de l'île de Goli Otok. Selon d'anciens
détenus, comme Dragoslav Mihailović, il y aurait eu jusqu'à 15 000 morts
dans les camps de concentration durant le conflit entre Tito et Staline.
** Le Kominform est l'organisation centralisée du mouvement communiste international dans la
période de 1947 à 1956.
Images : - Le camp de concentration de l'île de Goli Otok. au nord de l'Adriatique, en fonction de 1949 à
1988. Il y aurait eu entre 16 000 et 32 000 détenus à Goli Otok, dont entre 400 et 4 000 seraient morts.
Non-alignement et autogestion
Est mis en place autour de Tito un culte de la personnalité,
utilisant le prestige des années de résistance et de la victoire militaire
face aux occupants. Les rues, avenues, lieux publics et même localités
rebaptisés en son nom se multiplient.*
Le titisme anti-stalinien séduit alors des jeunes des pays
occidentaux, qui participent bénévolement aux brigades de travail en
Yougoslavie. Mais dans tous les pays du bloc de l'Est, la répression du
titisme, dénoncé comme une déviation nationaliste, est le prétexte à des
purges internes aux partis communistes. La Yougoslavie perd également
son allié albanais, Enver Hoxha préférant s'aligner sur l'URSS. Tito reçoit
une aide financière des États-Unis qui, pour la décennie 1950-60, s'élève à
2,4 milliards de dollars.
Tito lance en 1956 la première conférence des pays non-alignés ;
avec Nehru et Nasser, il fonde le Mouvement des non-alignés.
Sur le plan économique, la Yougoslavie met progressivement
en place, à partir de 1950, un système baptisé du nom d'autogestion,
s'opposant à l'étatisation soviétique.
Photos :
- Villes au nom de Tito : en 1945, Korenica est rebaptisée Titova Korenica ; en 1946,
Podgorica devient Titograd, Vélès Titov Veles, Užice prend le nom de Titovo Užice.
- Nasser, Tito et Nehru réunis sur l’île de Brioni en juillet 1956.
Nouvelles purges
Jusqu'aux années 1980, de nouvelles purges de cadres
communistes ont lieu, comme celle de Milovan Đilas, un temps consi-
déré comme le dauphin de Tito, destitué pour "tendances anarcho-
libérales", puis emprisonné pour son soutien à l'insurrection de
Budapest. Néanmoins, à compter des années 1950, le régime titiste
se fait moins répressif.
Après la mort de Tito en 1980, les relations entre les 6 Répu-
bliques de la RSFY se détériorent*.
Photos : Milovan Dilas (1911-1995). Résistant au nazisme, d'abord proche de Tito au
sein du régime yougoslave, il devient rapidement un des critiques les plus connus du système
communiste, tant au niveau national qu'international. Son livre La nouvelle classe dirigeante
analyse le système communiste, notamment en URSS et en Yougoslavie, comme le règne
d'une nouvelle classe, aux commandes d'un régime totalitaire basé sur l'arbitraire et la terreur.
Emprisonné de 1954 à 1956, de 1956 à 1961, puis à nouveau de 1962 à 1966. C'est seule-
ment en 1988 que ses ouvrages sont à nouveau autorisés à la publication en Yougoslavie.
* Voir le diaporama La mémoire des crimes des guerres dans l’ex-Yougolavie (1991-2001)
La mémoire du communisme en Yougoslavie
Lieux de mémoire
Beaucoup de bâtiments mémoriaux en Yougoslavie célèbrent Tito, mais à notre
connaissance aucun n’est consacré aux victimes de sa dictature. Spomenik est le terme
qui désigne les monuments érigés à la gloire des Résistants de la 2è Guerre mondiale et
de la révolution yougoslave durant l'ère titiste, sur l'ensemble de l'ex-territoire fédéral. On y
trouve cependant une concentration plus importante en Croatie, Bosnie et Serbie.
Images : - L’abri antiatomique de Konjic, ou « bunker de Tito », à 50 km de Sarajevo, aujourd’hui très visité, était destiné
à pouvoir accueillir l’ensemble de l’État-major de l’armée yougoslave, ainsi que 350 élus, dans le cas d’une éventuelle
attaque nucléaire. Cet ouvrage militaire représente un investissement d’environ quatre milliards et demi de dollars,
répartis sur vingt ans de construction
- Les cinq ailettes du spomenik de Podgaric (trois sur la partie gauche et deux sur la partie droite) symbolisent les cinq
nationalités constitutives de l'ex-Yougoslavie: slovène, croate, serbe, monténégrine et macédonienne. Plus tard, Tito fera
également reconnaitre les musulmans (principalement concentrés en Bosnie-Herzégovine) comme nationalité à part
entière de la Yougoslavie.
- Spomenic ‘Monument à la Révolution’ à Kozara (Bosnie-Herzégovine)
- Spomenic de Smenica sur la colline de Smetov (Bosnie-Herzégovine)
Tito, un personnage controversé
Une des places les plus centrales de Zagreb, la place du maréchal
Tito, a été débaptisée en septembre 2017 pour des raisons électorales.
Une partie de la population de Zagreb s'est opposée à ce changement de
nom et plusieurs manifestations ont réuni des milliers de personnes sur la
place.
En revanche, le Monténégro a inauguré en décembre 2018 une
statue de Tito à Podgorica (Titograd jusqu’en 1992), se démarquant des
pays voisins qui retirent plaques et monuments à son nom depuis la chute
de l'État communiste.
Plusieurs milliers d'admirateurs de Tito ont célébré en mai 2022 le
130ème anniversaire de sa naissance dans le village de Kumrovec
(Croatie), qui abrite le musée Stalo Selo dans sa maison natale.
Images :
- Statue de Tito à Podgorica, capitale du Monténégro, anciennement Titograd.
- Statue de Tito à Kumrovec (Croatie)
La mémoire des crimes des communistes en Yougoslavie
Livres
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Mémoire et reconnaissance de crimes du passé. — 06b. La mémoire des crimes des pouvoirs communistes : Europe de l'Est

  • 1. Diaporamas ‘De l’offense à la réconciliation’ Série ‘Mémoire et reconnaissance de crimes du passé’ 6-b - La mémoire des crimes des pouvoirs communistes En Europe de l’Est Étienne Godinot 04.02.2024
  • 2. La série de diaporamas ‘De l’offense à la réconciliation’ Sommaire : Rappel Série 1 : Mémoire et reconnaissance de crimes du passé 1 - Introduction 2 - La mémoire de l’esclavage 3 - La mémoire du colonialisme 4 - La mémoire du génocide des Arméniens 5 - La mémoire de la Shoah 6- La mémoire des crimes des pouvoirs communistes 7 - La mémoire des crimes commis par les États-Unis 8 - La mémoire des crimes des Khmers rouges au Cambodge 9 - La mémoire du génocide du Rwanda 10 - La mémoire des crimes commis pendant les guerres en ex-Yougoslavie 11 - La mémoire de l’apartheid en Afrique du Sud 12 - La mémoire des guerres 13 - La mémoire des crimes commis par les institutions religieuses Série 2 : Justice, pardon et réconciliation 1 - Justice, pardon et réconciliation : dissiper les malentendus 2 - Pardon et réconciliation entre personnes 3 - Pardon et réconciliation entre groupes humains 4 - La réconciliation franco-allemande 5-1 - L’Algérie et la France : de 1830 à 1962 5-2 - L’Algérie et la France : depuis 1962 6 - Le Japon et les traces de sa période impériale en Asie du Sud-Est 7 - La Chine. Une volonté de revanche ? 8 - Institutions en faveur de la justice et des droits humains. 9 - Relire et dépasser le passé pour inventer l’avenir
  • 3. La mémoire des crimes des pouvoirs communistes Sommaire Diaporama 6-a - En URSS (1917-1991) Diaporama 6-b - En Europe de l’Est (1945-1991) 1 - Albanie 2 - Allemagne de l’Est 2 - Bulgarie 3 - Hongrie 4 - Pays baltes 5 - Pologne 6 - Roumanie 7 - Tchécoslovaquie 8 - Yougoslavie Diaporama 6-c - En Chine (depuis 1949,) - au Cambodge : voir le diaporama spécifique sur le génocide commis par les Khmers rouges, - en Corée du Nord (depuis 1953), - à Cuba (depuis 1959).
  • 4. 6-b - La mémoire des crimes des pouvoirs communistes en Europe de l'Est Sommaire 1 - Albanie 2 - Allemagne de l’Est 2 - Bulgarie 3 - Hongrie 4 - Pays baltes 5 - Pologne 6 - Roumanie 7 - Tchécoslovaquie 8 - Yougoslavie
  • 5. La mémoire des crimes des communistes en Europe de l'Est 1 - Albanie En 1939, l’Albanie est annexée par l’Italie de Mussolini. La résistance albanaise de quelques groupes communistes s'organise autour du Parti communiste d'Albanie à partir de 1941, sous la direction d'Enver Hoxha et en liaison avec le mouvement communiste yougoslave de Tito. Après sa libération en novembre 1944, le pays a un gouvernement communiste, dont le principal dirigeant est Enver Hoxha, chef du gouverne- ment et premier secrétaire du Parti communiste d'Albanie. Entre fin 1945 et début 1946, Hoxha organise la purge des éléments modérés du parti et celle de nombreux chrétiens comme Mgr Vinçens Prenushi et ses compagnons. La république populaire d'Albanie est proclamée en janvier 1946. Dans les années de l'immédiat après-guerre, le régime albanais est parcouru de tensions : en 1946 et 1947, les partisans d'une ouverture à l‘Ouest sont éliminés. Une lutte se développe également entre la tendance d'Enver Hoxha et celle de Koçi Xoxe, proche du régime yougoslave et fort de son rôle de chef de la police secrète. Images : - Henver Hoxha (1908-1985). Sa dictature est considérée comme l'une des plus répressives et des plus sanglantes de l'histoire contemporaine de l'Europe - Koçi Xoxe (1911-1949). Ministre de la Défense, instigateur de l'intégration de son pays dans la confédération yougoslave voulue par Tito, dont il est ami. Écarté du pouvoir en mai 1949 puis exécuté le 11 juin suivant par un peloton d'exécution, à la suite d'un jugement secret orchestré par Enver Hoxha.
  • 6. La dictature Fin juin 1948 a lieu la rupture Tito-Staline : l'Albanie dénonce tous ses accords économiques avec la Yougoslavie et conclut un traité économique avec l'URSS. En novembre 1948, au congrès du parti, rebaptisé ‘Parti du travail d'Albanie’, Hoxha consolide son pouvoir en prenant le poste nouvellement créé de Premier secrétaire. Le gouvernement albanais est le seul d’Europe de l’Est à refuser la déstalinisation en 1956, ce qui le conduit à rompre avec l'URSS et à rechercher l'alliance de la Chine. Selon ‘l'Association albanaise des anciens prisonniers politiques’, 5.577 hommes et 450 femmes ont été exécutés par le régime. 34 000 personnes ont été détenues dans des camps de travail ou des villages d’internement. Environ 100 000 Albanais ont été internés dans des camps, forcés à travailler dans des mines, des champs, sur des chantiers de construction et près de 14 000 exils ont eu lieu (bien que l’émigration soit interdite et les frontières étroitement surveillées) pour une population d'après-guerre de 1 million d'habitants (et de plus de 3 millions en 1991). Images : - Emblème de la Drejtoria e Sigurimit të Shtetit (‘Direction de la sûreté de l’État’), communément appelée Sigurimi, service de renseignement et la police politique de la République populaire socialiste d'Albanie. - Logotype du ‘Parti du travail d'Albanie’ (Partia e Punës e Shqipërisë, abrégé PPSh), d'abord nommé ‘Parti communiste d'Albanie’
  • 7. La Sigurimi La Sigurimi, police politique du régime - dont la devise est « Pour le peuple avec le peuple »… - constitue un réseau d'espionnage interne très efficace et redoutable. Elle a compté jusqu’à 10 000 agents, et 20 % des Albanais ont collaboré avec elle. 170 cadres dirigeants du Parti sont liquidés et un Albanais sur trois a un jour ou l'autre affaire à elle. Tout un pays mis en coupe réglée par un régime policier qui a institu- tionnalisé la surveillance de sa population en distillant la peur de l’ennemi et en verrouillant ses frontières. Images : - Le site de la Sigurimi à Linza, dans la montagne de Dajti, à la périphérie de Tirana. C'est là qu'auraient siégé le ministère de l'Intérieur et la Sigurimi en cas de guerre. - Archives de la Sigurimi. En avril 2015, l'Assemblée albanaise a voté une loi visant à la création d'une haute autorité pour l'accès aux informations de la Sigurimi. Cette structure publique a démarré ses travaux à l'automne 2017 en rassemblant les dossiers éparpillés entre les ministères de la Défense, de l'Intérieur, de la Justice et la Sigurimi : 42 millions de pages sur 2,2 kilomètres de rayonnage. Elle offre la possibilité aux Albanais d'avoir accès à leur dossier établi par la police secrète. Mais en deux ans, et malgré une tendance à la hausse, l'autorité n'a pas été assaillie par les demandes : seulement 1 000 requêtes individuelles - dont 137 émanant de chercheurs et de journalistes - ont été déposées. Seulement 200 000 pages sur 42 millions ont été numérisées. «Et une belle partie des dossiers ont été détruits entre 1989 et 1991. Les cadres de la Sigurimi avaient anticipé la chute du régime» explique Altin Hoxha, ancien des services de renseigne- ment et l'un des 5 membres de l'autorité indépendante. " Continuer à se taire sur le passé, c’est continuer à obéir à la morale de la dictature, continuer à perdre ses repères moraux ", dit le grand écrivain albanais Ismaïl Kadaré, le premier à demander son dossier.
  • 8. Dictature et isolement Les intellectuels sont réprimés. Une forte campagne antireligieuse est lancée, Hoxha proclamant l'Albanie « premier État athée du monde ». 1820 lieux de culte catholiques, orthodoxes et musulmans sont détruits et de nombreux religieux incarcérés ou exécutés. L'Albanie est isolée du reste du monde. La France, l'Italie, l'Autri- che et la Suisse sont les seuls pays occidentaux à entretenir des relations diplomatiques avec l'Albanie pendant la période communiste*. Plusieurs centaines de milliers de bunkers sont construits jusque dans les années 1980, censés protéger le pays d'invasions extérieures. * De leur côté, le Royaume-Uni et les États-Unis tentent en 1949-1951, en pleine guerre froide, de renverser le gouvernement communiste en infiltrant des commandos composés de militants monarchistes albanais. Leur opération de subversion, nommée Valuable Project, échoue du fait de l'allégeance de l'agent double Kim Philby à l’URSS. Images : - Vincenz Prenushi (1885-1949), archevêque Durrës et primat d'Albanie, torturé, mort en prison en 1949. 37 de ses compagnons sont tués entre 1945 et 1974. - Ismaïl Kadaré (né en 1936), écrivain albanais naturalisé français. Il étudie les lettres à Tirana et à Moscou. En 1960, la rupture avec l'Union soviétique l'oblige à revenir en Albanie où il entame une carrière de journaliste. Après la parution du poème Les Pachas Rouges en 1975, est interdit de publier des romans. Il doit se soumettre à une période de travail manuel, sorte de stage de rééducation à la chinoise, au fin fond des campagnes. Il émigre en France en 1990. - Bunkers albanais
  • 9. La fin de la dictature En 1978, la Chine, ayant renoncé à l'orthodoxie maoïste, se brouille avec l'Albanie et lui retire son aide. Le régime d'Enver Hoxha se trouve dépourvu d'alliance étrangère et adopte une politique d’autosuffisance économique, se traduisant par un appauvrissement de sa population. Enver Hoxha, septuagénaire, choisit Ramiz Alia pour lui succéder à la tête du régime, au détriment du premier ministre Mehmet Shehu. Ce dernier manifestant son opposition, il est éliminé du parti et meurt, officielle- ment par suicide, en décembre 1981. À partir de 1989, les régimes communistes européens tombent tous les uns après les autres. L'Albanie est le dernier bastion communiste à ignorer les réformes, mais le mécontentement s'accroît dans la population : en décembre 1990, 5 000 Albanais fuient le pays. Ramiz Alia, conscient de la nécessité d'un changement pacifique, autorise le multipartisme le 11 décembre. Le ‘Parti démocrate d'Albanie’ reporte les élections de mars 1991. Images : - Mehmet Shehu (1913-1981), Premier ministre de l'Albanie communiste de 1954 à 1981. Il est retrouvé mort le 18 décembre 1981, vraisemblablement assassiné sur ordre d'Enver Hoxha avec lequel il avait des désaccords politiques de plus en plus prononcés, en particulier sur l'isolationnisme du régime. Sa mort est officiellement considérée comme un suicide. Accusé post mortem d'avoir été « un agent des services secrets américains, soviétiques, yougoslaves, anglais et italiens », il est enterré à la fosse commune. - Renversement de la statue géante d’Henver Hoxha à Tirana le 20 février 1991
  • 10. La mémoire du communisme en Albanie Depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement socialiste d’Edi Rama en 2013, le pays ouvre les archives, les lieux emblématiques de "la petite Corée du Nord" en l’Europe et débute un travail d’introspection de ce douloureux passé, "même si cela présente un risque car beaucoup de gens ont été mouillés par le système policier pendant des décen- nies", note l'historien Pierre Cabanes. Cette époque est presque absente de leurs manuels scolaires, elle est évoquée dans le cercle familial de manière souvent trop partiale. - Photo n° 1 - La ‘Pyramide de Tirana’, anciennement ‘Musée Enver Hoxha’, est le nom donné à un bâtiment situé au centre de Tirana. Il a été inauguré sur 17 000 m2 en 1988, pendant la dictature, pour abriter un musée à la mémoire du leader mort en 1985. Après la chute du communisme, le bâtiment a cessé de faire office de musée. Sa démolition a été envisagée, mais aucune décision n'a été prise et la pyramide a notamment abrité une discothèque. - Photos 2 et 3 - La ‘Maison des feuilles’ (Shtëpia me gjethe, House of Leaves), nom donné au musée de la police politique situé dans le bâtiment de la Direction de la sureté de l’État, la Sigurimi. Le Conseil de l’Europe a décerné son ‘Prix du musée 2020’ à ce musée. Les différentes salles d’exposition présentent du matériel d’écoutes téléphoniques, des appareils photographiques, des micro miniatures. Dans ces murs ont eu lieu de nombreux interrogatoires sous la torture et des exécutions de victimes sans aucun procès. Le musée est dédié "aux victimes innocentes d'espionnage, de persécutions, d'arrestations, de condamnations et d'exécutions par un régime qui ambitionnait d'instaurer un plein contrôle sur les corps et les âmes" de ses citoyens, précise une plaque à l'entrée du musée.
  • 11. Les lieux de mémoire La nouvelle Albanie compte se défaire de sa mauvaise réputation de pays de gangs et de mafia. Mue par le rêve de s’arrimer à l’Union europé- enne, elle s’est lancée dans une vaste opération ‘mains propres’. Le musée de l’histoire de Gjirokastër, ville natale d’Enver Hoxha, situé dans la citadelle, comporte une section sur le communisme. Il est avant tout destiné aux touristes, et rares sont les habitants qui y sont déjà allés ou pensent s’y rendre un jour. Pour permettre de présenter une image plus nuancée de l’Albanie, en expliquant les liens existants entre le passé et le présent (entre communisme/démocratie, totalitarisme/corruption, isolation- nisme/internationalisme), les professionnels locaux du patrimoine pensent que la muséification doit se faire par la population, et non par le pouvoir politique. Photos : - La « caserne 303 » ou « camp de Spac » était l’un des pires lieux de détention et de travail forcé de 1968 jusqu’à la chute de la dictature. À l’arrière-plan de la prison en partie en ruine, le nouveau bâtiment gris construit par la compagnie turque Tete, qui exploite depuis début 2018 la mine de cuivre dans laquelle les anciens prisonniers étaient condamnés au travail forcé. - Le ‘Bunk Art 2’, musée souterrain, est installé dans l’ancien abri anti-aérien du ministère de l’Intérieur construit entre 1981 et 1986. À travers deux grands couloirs desservant 19 salles, il présente le détail des différentes techniques d’écoute, d’investigation, de répression et de torture employées par la Sigurimi. - Le ‘Bunk’Art 1’, est un ancien bunker transformé en musée sur le régime d’Enver Hoxha. On s’enfonce profondément sous terre dans d’immenses galeries qui semblent interminables. Ici, des cellules d’emprisonnement.
  • 12. « Il n’y a pas eu de procès » «Il n'y a pas eu d'épuration, pas de procès, les anciens leaders et grands respon- sables sont morts, on apprend à vivre avec ce passé», constate avec fatalisme la romancière Diana Çuli, ex-membre du Parti social-démocrate. En 1993, le nouveau pouvoir a bien poursuivi Nexhmije Hoxha, la veuve de l'ex-dictateur. Mais c'est pour détournement de fonds qu'elle a fini par écoper de 9 ans de prison. Elle n'en purgera que 5. «Le processus de transition est chaotique. Les gens se sont camouflés, ont caché leur passé et ont d'autres urgences : travailler et manger», remarque Etleva Demollari, historienne directrice du ‘Musée des Feuilles’. La directrice de’ l'Institut pour la démocratie, les médias et la culture’ à Tirana, Jonila Godole, a choisi de travailler avec la jeunesse en tentant de prendre ses distances avec la propagande et les polémiques : «La mémoire est un problème et il est difficile de rendre la justice. Hélas, je crois qu'il est trop tard pour changer l'état d'esprit des anciennes générations, mais en travaillant avec les plus jeunes, on obtient des résultats.» * En juin 2014, le Conseil européen a officiellement accordé au pays le statut de candidat à l’adhésion à l’UE. * Cette diapo reprend l’article de Libération « En Albanie, la mémoire dans la douleur » d’Arnaud Vaulerin, (29 juillet 2019) Photo : La mosaïque représentant « L’élan du peuple albanais vers son indépendance et son identité » raconte l’histoire de la lutte des Albanais contre l’invasion et l’occupation au cours des siècles. Musée national historique, Tirana.
  • 13. Le retour du Kanun Et, si la chute de l’État communiste a permis le multipartisme et l’ouverture à l’extérieur, elle a aussi causé un vide institutionnel dont les traces sont encore visibles : sans État stable ni système juridique fiable, les Albanais se sont tournés vers le code coutumier de Lekë Dugajini, le Kanun*, qui régit une grande partie de la vie sociale. Transmis de génération en génération, ce code a toutefois été dévoyé dans sa mise en œuvre depuis les années 1990, et les vendettas ont causé la mort de dizaines de milliers de personnes depuis 1991. Images : - Kanun est le nom de codes de droit coutumier médiéval auxquels se réfèrent encore certains clans des territoires d’Albanie du nord, du Kosovo, du Monténégro oriental et de la Macédoine occidentale. Il ne se réduit pas à la gjakmarrja, littéralement « reprise du sang », mais est un corpus de règles en douze livres régissant tous les aspects de la vie quotidienne, de l’organisa-tion de l’économie à l’hospitalité en passant par la famille, la place de l’homme et de la femme dans la société, le mariage, la gestion des bien communs… et surtout l’honneur personnel, pierre angulaire de ce système sophistiqué. Le Kanun est fondé sur quatre piliers : l'honneur, l'hospitalité, la rectitude, la loyauté. - Avril brisé, roman d’Ismaïl Kadaré sur le Kanun (1980)
  • 14. La mémoire des crimes des communistes en Albanie Livres
  • 15. La mémoire des crimes des communistes en Albanie Livres, documentaires et films
  • 16. La mémoire des crimes des communistes en Europe de l'Est 2 - Allemagne de l’Est En octobre 1949, les Soviétiques instituent la République démocra- tique allemande (RDA) dont l’homme fort est Walter Ulbricht (1893-1973), Secrétaire général du comité central du SED (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands) Le contrôle du régime sur la population est exercé à partir de 1950 par la Stasi (Staatssicherheit, ‘Sécurité d’État’), qui surveille la vie des habitants (7 millions de personnes fichées) et élimine les contestataires repérés par son réseau d’agents (1600 personnes) et d’informateurs non officiels (plus de 175 000). Le 16 juin 1953, à la suite d’une augmentation de 10 % des quotas de production des travailleurs construisant le boulevard Staline, les émeutes de juin 1953 éclatent à Berlin-Est. Au cours de ces émeutes, 60 000 manifestants s'en prennent aux symboles du pouvoir. L'agitation gagne le reste du pays dès le lendemain. Walter Ulbricht fait appel aux troupes soviétiques qui rétablissent l’ordre en provoquant la mort de 55 personnes et une vague d’arrestations et de condamnations à la prison de plus de 10 000 personnes.
  • 17. Le mur de Berlin Entre 1949 et 1961, plus de 3 millions de personnes, en particulier les travailleurs qualifiés, émigrent en Allemagne de l'Ouest, attirés par la prospérité économique et par la démocratie. La construction du mur de Berlin (ainsi que le renforcement des contrôles sur le rideau de fer dans sa section interallemande) commence dans la nuit du 12 au 13 août 1961 avec la pose de grillages et de barbelés autour de Berlin-Ouest, dispositif progressivement remplacé par un de béton. L'objectif est d'empêcher l'émigration des citoyens est-allemands vers l'Ouest via le secteur occidental de la ville. Images : - Les chars soviétique à Berlin en août 1953 pour mater la révolte populaire - Parade à la gloire de Staline à Dresde en 1953 - Le mur de Berlin
  • 18. La chute du mur de Berlin À partir de 1985, Mikhaïl Gorbatchev met en place en URSS une politique de glasnost (transparence) et de perestroïka (reconstruction), destinée à résoudre les graves problèmes socio-économiques que connaît l'ensemble du bloc de l'Est. Il indique en juillet que l'Union soviétique n'interviendra pas pour réprimer les mouvements qui agitent la RDA. Entre septembre 1989 et mars 1990 ont lieu les « manifestations du lundi » (Montagsdemonstrationen), particulièrement à Leipzig, au cours desquelles les Allemands de l'Est réclament des réformes et notamment la liberté de circulation vers l'Ouest. Le pays connaît des tensions internes majeures et une résistance non-violente qui culminent lors de la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989. Images : - Manifestations du lundi en RDA - Le 11 novembre 1989, le violoncelliste russe dissident Mstislav Rostropovitch célèbre à sa manière la chute du mur de Berlin en improvisant un récital sur place.
  • 19. La mémoire du communisme en RDA La mémoire des crimes du stalinisme en RDA est assurée, - par l’ouverture des archives de la Stasi depuis déc. 1991 - par des monuments, comme le Mémorial du mur de Berlin et le centre de documentation, dans la Bernauer Straße, ou la chapelle de la réconciliation, - par des livres, par ex. Le Compteur de fauche, roman de Jean-Yves Kerouredan, - par des documentaires - par des films, notamment Good bye, Lenin ! (2003) de Wolfgang Becker, La vie des autres, (2006), film de Florian Henckel von Donnersmarck et Le Vent de la liberté, (2018), film de Michael Bully Herbig; Images : - Les archives de la Stasi : 12 000 mètres linéaires de documents, 16 000 sacs de documents déchirés - Le Mémorial de la période communiste et du Mur de Berlin - Affiche du film La Vie des autres
  • 20. La mémoire des crimes des communistes en Europe de l'Est 3 - Bulgarie En septembre 1944, le Front patriotique, alliance du mouvement corporatiste Zveno, des sociaux-démocrates, de ‘l‘Union agrarienne’ et du ‘Parti communiste’, prend le pouvoir. En juin 1947, Nikola Petkov, dirigeant de ‘l'Union agrarienne’, est arrêté en pleine séance du parlement, sous l'accusation de tentative de coup d'État et de menées terroristes. Il est condamné à mort et pendu le 23 septembre. Les camps d’internement se développent, pour atteindre le nombre de 45 (Béléné, Skravena, Bogdanovdol, Lovetch, etc.). La police secrète du régime, le ‘Comité pour la Sécurité de l'État’ (Komitet za Daržavna Sigurnost, КДС ou KDS), fait régner la terreur dans le pays. La Bulgarie étant encore une nation essentiellement agricole, une politique de collec- tivisation des terres est décidée ; le gouvernement impose en outre un système d'achat obligatoire d'un quota de fournitures d'État, qui s'avère ruineux pour une grande partie des paysans. Images : - Nikola Petkov (1893-1947), dirigeant de ‘l’Union agrarienne’, pendu par le régime communiste. - Emblème du KDS, police secrète du régime, antenne du KGB.
  • 21. Purges et dictature en Bulgarie Les purges politiques touchent également la hiérarchie du Parti communiste : Trajčo Kostov, ancien dirigeant du parti, est arrêté en juin 1949. Avec dix autres membres du parti, il est condamné pour menées subversives et collusion avec le Royaume-Uni et le régime de Tito ; il est pendu le 17 décembre, ses coaccusés sont condamnés à de lourdes peines de prison. En 1956, un décret-loi autorise la relégation et l'assignation à résidence de tous les « citoyens douteux », arbitrairement désignés. La politique de collectivisation des terres liquide en 1958 le reste des exploitations restées en dehors des fermes collec- tives. En 1959, un plan quinquennal d'industrialisation, inspiré du ‘Grand bond en avant’ de la Chine maoïste, est un échec. Images - Trajčo Kostov, (1897-1949), ex-Secrétaire général du PC bulgare. En prison, il est soumis à des séances de torture. Son procès suit de peu celui de László Rajk en Hongrie, et précède celui de Rudolf Slánský en Tchécoslovaquie. Le 17 décembre 1949, il est pendu dans la prison centrale de Sofia. - Le camp de détention et de travail forcé de Béléné, implanté dans la partie ouest de l'Île de Béléné, ouvert de 1949 à 1962
  • 22. Dictature et nationalisme en Bulgarie Dans les années 1960-1970. Le pays subit tout comme l'URSS de Brejnev une stagnation politique et économique. La répression politique reste prégnante et se signale par des affaires retentissantes comme l'assassinat du dissident Georgi Markov, dans l'affaire dite du « parapluie bulgare ». Afin de détourner le mécontentement populaire, le régime communiste tente en 1984-1985 de jouer la carte du nationalisme en lançant une campa- gne de « bulgarisation » des noms des citoyens musulmans bulgares, suivie de nombreuses exactions comme la destruction de mosquées, l’interdiction d’utiliser le turc en public, etc. Entre mai et août 1989, environ 315 000 Bulgares turcophones sont expulsés vers la Turquie, 400 000 en comptant leur famille. Le régime communiste bulgare s’effondre en 1990, après d'importantes manifestations organisées en nov. 1989 pour protester contre la situation écologique désastreuse du pays. Images : - Arrestations de suspects d’anticommunisme - Todor Jivkov, pendant 35 ans principal dictateur de la Bulgarie communiste. Il tente même par deux fois, en 1963 et 1973, de faire de son pays traditionnellement russophile une République de l'URSS… Moscou refuse par peur de complications internationales. - Georgi Markov (1928-1978), dissident assassiné à Londres par les services secrets bulgares avec l’aide du KGB. Ils font pénétrer un poison, la ricine, dans le pied de la victime à l'aide d'un parapluie.
  • 23. La mémoire de la dictature communiste en Bulgarie Depuis 2011, la Bulgarie commémore tous les ans, le 1er février, le souvenir des victimes du régime communiste. En 2022, la commémoration prend une teinte particulière du fait de la présence, discrète mais inédite, du président, Roumen Radev, soutenu par le Parti socialiste bulgare (PSB), héritier direct du Parti communiste d’antan. La formation politique a été accusée de ne jamais avoir effectué son examen de conscience sur la question de la répression communiste et de n’avoir jamais présenté ses excuses aux victimes. Images : - Le ‘Musée d'art socialiste’ de Sofia couvre l'histoire de l'ère communiste en Bulgarie. Il a été ouvert en septembre 2011 au milieu d'une controverse sur le nom, initialement proposé comme "Musée d'art totalitaire". Il présente 77 sculptures monumentales, 60 peintures et 25 petites pièces d'arts plastiques.
  • 24. La mémoire de la dictature communiste en Bulgarie Construit entre 1974 et 1981, pendant la période communiste, à 1450 mètres d'altitude sur la chaîne des Balkans, l'édifice de Buzludzha abrite des mosaïques en ruine. Cette enceinte circulaire en béton et acier, œuvre de l’architecte Georgi Stoilov, côtoie deux piliers hauts de 70 mètres. À son faîte, l'étoile rouge en verre de rubis, aujourd'hui décrépie, était jadis visible par temps clair jusqu'en Roumanie et en Grèce. Ce monument géant du communisme est un casse-tête pour les autorités qui ne savent qu’en faire : un musée du totalitarisme ? un restaurant pano- ramique ? Le livre Les Dévastés de Theodora Dimova montre comment la dictature totalitaire qui s'installe à la tête de la Bulgarie traque toutes les « têtes pensantes » opposées au régime : journalistes, écrivains, religieux, hommes de science, entrepreneurs, etc. Trois femmes voient leurs époux arrêtés, emprisonnés et torturés ; ils sont exécutés quelques mois plus tard et jetés dans une fosse commune à Boliarovo.
  • 25. La mémoire des crimes des communistes en Europe de l'Est 4 - Hongrie En février 1946, le Royaume de Hongrie est aboli, laissant place à la nouvelle république de Hongrie. Le maréchal soviétique Kliment Vorochilov impose la présence des communistes au gouvernement : László Rajk devient ministre de l’Intérieur et organise la police secrète Államvédelmi Hatóság (AVH). Le gouvernement est contraint d'appliquer les politiques de nationalisations préconisées par les communistes. Les mines et les indus- tries lourdes sont nationalisées, suivies des banques, puis de toutes les entreprises de plus de 100 salariés. Mátyás Rákosi, secrétaire général du PC hongrois, adopte la "tacti- que du salami", qui consiste à éliminer progressivement tous les adver- saires politiques des communistes en suscitant scissions et fusions parmi les partis adverses ou en évinçant les politiciens rivaux. Il opère des purges parmi les opposants, réels ou supposés, les intellectuels et même certains membres du Parti. Images - Matyas Rákosi (1892-1971), se voulant "le meilleur disciple de Staline", organise son propre culte de la personnalité et établit l'un des régimes les plus répressifs du bloc communiste en Europe. Il s'exile en Union soviétique lors de la révolution hongroise d'octobre 1956. - L’emblème d’Államvédelmi Hatóság (AVH, ‘Autorité de protection de l'État’), police politique
  • 26. Les procès et les purges En 1949, László Rajk, ancien ministre, est arrêté, passe en procès, "avoue" être un agent à la solde de Tito, est exécuté. D'autres membres importants du Parti, comme János Kádár sont également arrêtés par l'AVH. En 6 ans, entre 1948 et 1953, près de 1 300 000 personnes compa- raissent devant les tribunaux, 695 623 condamnations sont prononcées, allant de l'amende à la peine capitale. En tant que proche allié de Staline, Rákosi est fragilisé par la mort de ce dernier : en juillet 1953, il doit céder la direction du gouvernement à Imre Nagy. Ce dernier autorise la sortie de prisons d'opposants politiques, allège le contrôle étatique sur les médias et envisage la tenue d'élections. Images - Laszlo Rajk (1909-1949). Après la guerre, il est ministre de l'intérieur et ministre des affaires étrangères de Hongrie. Il est le principal accusé dans les procès d'épuration intentés à l'initiative de Mátyás Rákosi au sein du ‘Parti des Travailleurs Hongrois’ selon le modèle de la terreur de Staline, et exécuté pour des « crimes » inventés de toutes pièces. C’est le meilleur ami, Janos Kadar, compa- gnon de Résistance, qui se rendra dans sa cellule pour lui extorquer des aveux. Le destin de Rajk concentre tout le drame hongrois de l’après-guerre. Sa réhabilitation et ses funérailles à l’automne 1956 seront le prélude de l’insurrection hongroise. Son fils, Laszlo, présent à cette cérémonie, s’imposera comme l’un des chefs de file de l’opposition démocratique. - Imre Naji (1896-1958), chef du gouvernement de la République populaire de Hongrie, exécuté par pendaison dans la prison de Budapest. Il reçoit des obsèques populaires et nationales en juin 1989, et est officiellement réhabilité par le Parti un mois plus tard.
  • 27. La répression soviétique en 1956 En octobre 1956, des protestations étudiantes sont organisées, officiellement pour soutenir les ouvriers de Pologne en grève. Les troupes soviétiques s’approchent de Budapest, mais une partie de l'armée hongroise fraternise avec les insurgés. Le 4 novembre, les chars de l'Armée rouge entrent dans Budapest tandis que János Kádár fonde un contre-gouvernement fidèle à l'URSS. L'insurrection est matée dans le sang, la répression fait environ 3 000 victimes. Il s'ensuit un exode de citoyens hongrois vers les pays voisins. Imre Nagy est arrêté et déporté ; il est exécuté deux ans plus tard. - János Kádár (1912-1989), le principal dirigeant de la République populaire de Hongrie de 1956 à 1988. Il ne remet pas en cause la dictature du parti unique et le suivi de la politique étrangère soviétique (il participe à l'occupation de la Tchécoslovaquie en 1968), mais libéralise le régime dans la limite du régime socialiste : il atténue la répression anti-religieuse, diminue la censure et tolère une dissidence politique.
  • 28. La mémoire du communisme en Hongrie Le Memento Park, ouvert à l'automne 1993 dans les environs de Budapest, abrite 41 statues érigées à la gloire du communisme dans la capitale hongroise ainsi qu'un centre éducatif sur la période communiste. La ‘Maison de la Terreur’ est inaugurée en février 2002 au 60 avenue Andràssy dans les anciens locaux des ‘Croix Fléchées’, le parti pronazi hongrois qui prit le pouvoir en Hongrie en 1944, puis quartier général de la police politique du Parti Communiste après 1945. L'objectif déclaré de l'exposition est d'exposer la réalité de la terreur nazie puis communiste en Hongrie. - Image 1 : Les bottes de la statue de Staline abattue lors de l'insurrection de Budapest, en 1956, conservées aujourd'hui à au Memento Park ou ‘Parc des statues’ (Szobor park) de Budapest. Ce parc regroupe les statues érigées à la gloire du communisme dans la ville : il est considéré comme un musée en plein air de l'art totalitaire, mais il attire aussi les nostalgiques du bloc de l'Est. - Images 2 et 3 : La ‘Maison de la Terreur’ à Budapest. Le visiteur est invité à se déplacer dans 27 pièces différentes relatant l'histoire de l'oppression politique en Hongrie depuis l'occupation allemande en mars 1944 à l'évacuation des dernières troupes soviétiques en juin 1991. La ‘Maison de la Terreur’ trouve un équivalent à Prague dans le ‘’Musée du Communisme’, à Varsovie dans le ‘Musée de l'Insurrection’, en Lettonie dans le ‘Musée des occupations’, dans le ‘Grütas Park’ en Lituanie ou dans le ‘Parc des monuments déchus’ de Moscou.
  • 29. La mémoire des crimes des communistes en Europe de l'Est 5 - Pays baltes L’occupation des pays baltes fait référence à l'invasion puis à l’occu pation par l'Armée rouge des trois États baltes : l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie conformément au protocole secret du Pacte germano- soviétique, le 14 juin 1940, suivie de leur incorporation forcée dans l'URSS en tant que républiques constitutives : RSS d'Estonie, de RSS de Lettonie et RSS de Lituanie. Le 15 et 16 juin 1940, 500 000 soldats soviétiques franchissent la frontière estonienne et lettone. Parallèlement, les Soviétiques soutiennent les communistes locaux afin de monter des coups d'État contre les gouvernements estonien, letton et lituanien. Les petites armées baltes, isolées car sans soutien occidental, sont désarmées par l'Armée rouge, à l'exception d'un bataillon estonien qui lutte contre les Soviétiques et les milices communistes le 21 juin. Après l'invasion, la construction de la ligne Molotov débute afin de protéger les nouvelles frontières occidentales de l'URSS. Les administrations de l'État sont liquidées et remplacées par des cadres soviétiques, opération dans laquelle 34 250 Lettons, 75 000 Lituaniens et près de 60 000 Estoniens sont déportés ou tués. Images : -Carte des modifications territoriales prévues et effectuées selon le pacte Molotov-Ribbentrop du 23 août 1939 - Chars soviétiques dans le centre de Riga en 1940
  • 30. Occupation et dictature soviétiques, puis hitlériennes, puis soviétiques Des élections ont ensuite lieu avec des candidats prosoviétiques seuls autorisés à se présenter pour de nombreux postes, avec pour conséquence des "assemblées populaires" qui demandent immédiatement leur admission dans l'URSS, ce qui leur est accordé. Le 22 juin 1941, le Troisième Reich envahit l'URSS et occupe en quelques semai- nes les territoires baltes. Les militaires allemands, d'abord bien accueillis, se comportent rapidement comme une armée d'occupation impitoyable : réquisitions de logements dans les villes, violences contre la population civile, déportation des Juifs et pillages. En 1944, les territoires baltes sont reconquis lors des contre-offensives de l'Armée rouge. Après 1944, les Soviétiques mettent en place un programme d'industrialisation des RSS baltes et déportent systématiquement quiconque s'opposant à la collectivisation des terres. Le nombre total de déportés pour la période 1944-1955 est estimé à plus de un demi-million : 124 000 en Estonie, 136 000 en Lettonie et 245 000 en Lituanie. Photos : - Le dirigeant du Parti communiste de Lituanie, Antanas Sniečkus, lance les premières déportations massives de Lituaniens en juin 1941 - Des collaborateurs lituaniens (avec des brassards blancs) arrêtant des Juifs en juillet 1941.
  • 31. Les déportations de Baltes vers l’URSS L’opération Priboï (en russe : opération « déferlante »), est le nom de code de la déportation par les Soviétiques des Estoniens, des Lituaniens et des Lettons, considérés comme « ennemis du peuple » vers les régions inhospitalières de l'URSS du 25 au 28 mars 1949. Planifiée par Staline, elle vise à forcer la collectivisation des campagnes et éliminer le support de base de l'insurrection des ‘Frères de la Forêt’ contre l'occupation soviétique. On estime que 90 000 civils ont été déportés. Leur destination était la Sibérie, principalement les oblasts d’Irkoutsk (27 %), d’Omsk (23 %) et de Tomsk (16 %). Ces déportations ont été qualifiées « d'actes monstrueux » et de « violations graves des principes léninistes de la politique natio- nale de l'État soviétique » lors du rapport de Nikita Khrouchtchev en 1956 lors du 20ème Congrès du Parti communiste. La Russie actuelle refuse cependant de reconnaître ces dépor- tations comme crime. Images - Les ‘Frères de la forêt’, partisans estoniens, lettons et lituaniens qui organisèrent une guérilla contre le pouvoir soviétique durant l'invasion et l'occupation soviétiques des trois pays baltes, puis pendant et après la Seconde Guerre mondiale. - Train de déportation - Enfants dans les trains - Femmes déportées en Sibérie
  • 32. Pays baltes : déportations, arrestations, emprisonnements politiques Période, évènement Estonie Lettonie Lituanie Opération Priboï 1948-1949 1949 : 20 702 (3 000 morts en trajet) 1949 : 42 231 (8 000 morts en trajet) 1948 : 41 000 1949 : 32 735 Autres déportations entre 1945 et 1956 650 1 700 59 200 Arrestations et emprisonnements politiques 30 000 (11 000 morts) 32 000 186 000 Partisans d'après-guerre tués ou emprisonnés 8 468 (4 000 tués) 8 000 (3 000 tués) 21 500
  • 33. La "révolution chantante" et les chaînes humaines baltes de 1989 et 1990 Avec l'arrivée de Mikhaïl Gorbatchev (1985) au poste de Premier secrétaire du PCUS, commencent la glasnost et la perestroïka. Cette libéralisation entraîne une contestation de la domination sovié- tique dans les Pays baltes et qui ont subi une politique agressive de russification et de colonisation de peuplement, de la part du pouvoir central. Le 23 août 1989, dans la cadre de la "révolution chantante" (1985-1991), près de deux millions d’Estoniens, de Lettons et de Lituaniens se tenant par la main forment une chaîne humaine de 687 km de long, traversant les trois pays baltes (Vilnius, Riga, Tallinn) pour exprimer leur condamnation du passé et leur espoir en l’avenir. C’est leur manière de célébrer le 50e anniversaire du pacte Molotov-Ribbentrop. Signé le 23 août 1939, 60 ans plus tôt, par les ministres des Affaires étrangères de l’Union soviétique et de l’Allemagne nazie, le protocole de cet accord secret définissait la répartition des territoires situés entre les frontières de ces deux pays, dont la Pologne et les trois États baltes. Photos : - La chaîne humaine balte le 23 août 1989 - La chaîne humaine à Šiauliai, Lituanie, le 12 janvier 1990. Les chaînes humaines baltes ont été classées par l’Unesco en 2009 au « Registre Mémoire du monde ».
  • 34. La proclamation de l’indépendance Au printemps 1990 (11 mars en Lituanie, 30 mars en Estonie, 4 mai en Lettonie), l'indépendance des pays baltes est proclamée, la constitution soviétique est abolie par les indépendantistes et remplacée par des constitutions spécifiques à chacun des États baltes. Des barricades sont construites ainsi que des postes-frontières pour délimiter la Russie et la Biélorussie des pays baltes. Pour faire face à ces proclamations d'indépendance, les autorités soviétiques choisissent en janvier 1991 de "restaurer l'ordre constitutionnel par la force". Images : - Manifestation pour l’indépendance en Estonie - Citoyen lituanien non armé face à un char soviétique pendant les événements de janvier 1991 - Carte des Pays baltes
  • 35. Le retour de la démocratie Le 8 janvier, Vitautas Landsbergis, chef du gouvernement démocrate indépendantiste de Lituanie, appelle à une levée en masse de civils pour protéger la tour de transmission de télévision. L’attaque des manifestants par les hélicoptères soviétiques est retransmise à la télévision. 21 civils sont tués et 600 autres blessés, principalement lors de l'assaut de la tour de Vilnius par les Soviétiques. À la suite d'importantes manifestations non-violentes (rassemblant jusqu'à 50 000 personnes dans la capitale lituanienne) et dans tout le bloc de l'Est (notamment en Pologne et en Ukraine), les troupes soviétiques, essentiellement constituées de soldats russes, se retirent le 25 janvier 1991. Photos : - Vitautas Landsbergis, chef du gouvernement démocrate indépendantiste de Lituanie - Manifestation antisoviétique à Vilnius en janvier 1991 - La foule bloque les chars soviétiques à Vilnius en janvier 1991
  • 36. La mémoire des occupations nazie et soviétique dans les pays baltes En février-mars 1991, des consultations officielles sont organisées montrant la forte mobilisation des Baltes pour leur indépendance : 90 % en Lituanie, 77 % en Estonie et 73 % en Lettonie. L'échec du putsch soviétique d'août 1991 - où la ligne dure des communistes ne parvient pas à prendre le pouvoir - permet aux pays baltes de déclarer leur indépendance politique, que de nombreux pays occidentaux s'empressent de reconnaître. Ayant perdu toute marge de manœuvre, Moscou se voit obligé de suivre le mouvement et reconnaît leur indépendance le 4 septembre 1991, trois mois avant que ne disparaisse l'Union soviétique. Les relations entre Russes et Baltes aujourd’hui attestent d’une histoire violente et complexe, qui remonte bien avant la Seconde Guerre mondiale. Néanmoins, les occupations successives du pays par des puissances étrangères ont profondément construit l’identité nationale de chacun des pays. - Photos 1 et 2 : ‘Musée de l’occupation’ à Riga (Lettonie). Il retrace l'histoire de la Lettonie de 1940 à 1990, les 50 ans d'occupation du pays, successivement par les sovié- tiques, par les nazis, puis par l‘Armée rouge à nouveau. Il attire chaque année plus de 100.000 visiteurs du monde entier. Une partie du musée est consacrée aux émigrés lettons, car plus de 200.000 Lettons ont fui leur pays en 1944 et 1945 et ont tenté de se construire une nouvelle vie à l’étranger. - Photos 3 et 4 : ‘Musée des occupations et de la liberté’ à Tallin (Estonie). Fondé en 1998, il retrace l’histoire des 3 occupations
  • 37. La mémoire des occupations nazie et soviétique dans les pays baltes La Lettonie, par exemple, a été occupée par 7 armées durant le 20è siècle. Le pays a été durement marqué par les répressions, représailles, déportations et incorporations dans l’armée des occupants, de gré ou de force. On estime que les nazis et les soviétiques y ont fait au total 555 000 victimes, soit un tiers de la population lettone. -‘Musée des occupations et des combats de la liberté’ ou ‘Musée du KGB’ à Vilnius (Lituanie), situé dans les anciens locaux du KGB - Cellules d’incarcération dans les caves du ‘Musée du KGB’ - Monuments commémoratifs de la voie balte et des chaînes humaines baltes - Timbre commémoratif des chaînes humaines baltes de 1989 - Mémorial dédié aux victimes de l'assaut de la tour de télévision de Vilnius en janvier 1991 - Pièce émise en 2014 pour les 25 ans de la Voie balte
  • 38. Destruction ou mise au musée des monuments soviétiques Conséquence directe de l'invasion russe en Ukraine en février 2022, les pays baltes et la Pologne ont décidé de faire table rase de l'héritage soviétique et communiste. Ces pays, qui faisaient partie de l'URSS, entendent prendre un peu plus leurs distances avec la Russie, jugée héritière de l'Union soviétique, en déboulonnant ou détruisant de nombreux monuments emblématiques de la période soviético-communiste. Ainsi, 24 statues ou mémoriaux ont déjà disparu de l'espace public polonais depuis le mois de mars 2022, sur les 60 qui existaient encore au début de l'année. L'Estonie a choisi de retirer en 2022 les 400 monuments soviétiques encore présents sur son territoire. La Lettonie a quant à elle établi une liste de 69 sites glorifiant l'Armée rouge à démanteler. Enfin, en ce qui concerne la Lituanie, tout a été retiré de l'espace public et placé dans les musées, sauf les stèles portant le nom de soldats tués.
  • 39. La mémoire des crimes des communistes en Europe de l'Est 6 - Pologne La Pologne est envahie par les forces allemandes le 1er septembre 1939, ce qui déclenche la Seconde Guerre mondiale. Conformément aux accords secrets du Pacte germano-soviétique signé le 23 août 1939, une semaine avant le début de l'invasion allemande, l'URSS envahit à son tour la Pologne à partir du 17 septembre. Des deux côtés, les nazis et le NKVD procèdent à l'éradication de l'élite polonaise : côté Est, intellectuels, officiers, fonctionnaires, reli- gieux, propriétaires terriens sont déportés en URSS, voire assassinés comme à Katyń ; côté Ouest, les nazis entendent ouvertement transfor- mer les Polonais, considérés comme des "sous-hommes", en un peuple d'esclaves et plongent le pays dans une terreur meurtrière, responsable de la disparition en six ans de près de 20 % de la population totale. À partir de l'été 1941, date du déclenchement de l'invasion de l'Union soviétique par l'Allemagne qui rompt avec son allié de 1939, la Pologne devient aussi le terrain principal de la mise en œuvre du géno- cide des Juifs d'Europe occupée par l'Allemagne nazie. Images : - Le pacte Hitler-Staline (ou Ribbentrop-Molotov) du 23 août 1939 - Le partage de la Pologne par les deux dictatures
  • 40. Les massacres des Polonais en 1940 : Katyn Le massacre de Katyń est l'assassinat de masse, par la police politique de l’Union soviétique (le NKVD), au printemps 1940 dans la forêt de Katyń, de 4 404 Polonais, essentiellement des officiers d'active et de réserve (dont des étudiants, des médecins, des ingénieurs, des enseignants, etc.), et de divers autres membres des élites polonaises considérées comme hostiles à l’idéologie communiste. L'URSS nie sa responsabilité dans le massacre dès qu’il est révélé par les militaires allemands en 1943 ainsi que durant toute la Guerre froide, et en rend responsable l’Allemagne nazie Toutefois, en 1990, l'URSS reconnaît que ce massacre avait bien été ordonné par les responsables soviétiques. Le 26 novembre 2010, la Douma russe reconnaît la responsabilité directe de Staline en votant une résolution selon laquelle les documents conservés dans les archives secrètes du Kremlin prouvent que Staline a bien ordonné personnellement ce massacre. Image du bas : Le document officiel de Lavrenti Beria, daté du 5 mars 1940, demandant à Staline l'autorisation d'exécuter les officiers polonais.
  • 41. Les massacres des Polonais en 1940 Les massacres décidés par Béria et Staline au cours du printemps 1940 concer- nent environ 22 000 Polonais. Si les exécutions sont perpétrées en au moins 6 lieux distincts, Katyń reste emblématique en raison de sa médiatisation durant la Seconde Guerre mondiale. En effet, le charnier de Katyn est découvert dès 1943, alors que ceux de Kharkov et Kalinine sont exhumés dans les années 1990, après l'ouverture des archives soviétiques. Images : - Charnier de Katyn, tel que les Allemands le découvrent en 1940. - Mémorial de Mednoë. Du 4 avril au 16 mai, les 6 287 prisonniers de guerre polonais détenus à Ostachkov sont tués à Kalinine (aujourd'hui Tver) et les victimes enterrées dans le charnier soviétique de Mednoïe. - Mémorial de Piatykhatky. Du 5 avril au 12 mai, les 3 896 prisonniers de guerre polonais de Starobilsk sont assas- sinés dans les locaux du NKVD à Kharkov. Les corps seront retrouvés dans le charnier soviétique de Piatykhatky.
  • 42. La dictature du parti unique À la fin du second conflit mondial, la Pologne libérée tombe aux mains de l‘Armée rouge : cette libération aux allures d'occupa- tion est rythmée par l'arrestation des membres non communistes de la résistance intérieure polonaise (Armia Krajowa, AK) considérés par les Soviétiques comme des ennemis. La Pologne devient une république dite "populaire", mais en fait une dictature à parti unique, le ‘Parti Ouvrier Unifié Polonais’ (POUP, créé en décembre 1948), et membre du Pacte de Varsovie. La propagande attribue la moindre difficulté aux prétendus espions états-uniens. Torturés par les services de sécurité (UB puis SB), les boucs émissaires doivent s'accuser lors de procès publics. La soviétisation ne se limite pas qu'aux institutions politiques, elle vise aussi l'économie du pays. Les fermes d'État se généralisent. Mais les méthodes violentes utilisées pour parvenir à cette collectivisation provoquent des résistances : de nombreux réfractaires, menacés de mort, fuient le pays ou entrent dans la clandestinité et donc la résistance. Images : - Wladyslaw Gomulka (1905-1982). Il dirige la République populaire de Pologne de 1956 à 1970, date à laquelle il est forcé de démissionner après les émeutes de la Baltique de 1970. Il est alors remplacé par Edward Gierek. Ici avec Leonid Brejnev (1906-1982), Secrétaire général du Parti communiste de l'Union soviétique, et donc principal dirigeant de l'URSS de 1964 à 1982. - Logo du ‘Parti ouvrier unifié polonais’ (Polska Zjednoczona Partia Robotnicza, PZPR), parti communiste qui exerce le pouvoir de 1948 à 1989 sous le régime de la République populaire de Pologne (Polska Rzeczpospolita Ludowa, PRL). - Médaille du Służba Bezpieczeństwa (SB, ‘Service de sécurité’), appelé jusqu'en 1954 Urząd Bezpieczeństwa (UB), service de renseignement et police secrète du régime communiste polonais
  • 43. L’effritement du régime En août 1968, l'armée polonaise est obligée de participer, avec 4 autres pays du bloc de l'Est, à l'occupation soviétique de la Tchécoslo- vaquie. À partir de 1967, la crise économique favorise l'ascension, au sein du POUP, des éléments nationalistes et antisémites. Après la guerre des Six Jours, et pour faire diversion des grèves ouvrières importantes contre la hausse des prix alimentaires, le régime lance une campagne antisémite qui provoque le départ de la majorité des derniers Juifs de Pologne. En 1980 naît le syndicat indépendant Solidarność (‘Solidarité’), dirigé par Lech Wałęsa, d'abord interdit, puis reconnu à contre-cœur par les autorités. Celui-ci regroupe vite plusieurs millions d'ouvriers soutenus par les intellectuels réformateurs. Le général Wojciech Jaruzelski déclare la loi martiale dans le 13 décembre 1981 : la plupart des meneurs du syndicat sont internés pendant plusieurs mois. La mort de Léonid Brejnev en novembre 1982 à Moscou anticipe leur libération. Malgré l’instauration de l’état de siège, le pouvoir communiste ne parvient pas à étouffer la fronde syndicale et les revendications populaires, les grèves et les manifestations ne faisant que s'amplifier d'année en année. Images : - Wojciech Jaruzelski (1923-2014), dernier dirigeant du régime communiste polonais. - Logo du syndicat ‘Solidarité’ - Obsèques de Jerzy Popieluszko, assassiné en oct. 1984 par la SB, police politique du régime. Il était prêtre aumônier de Solidarnosc et célébrait des "Messes pour la Patrie" dont les sermons étaient diffusés sur Radio Free Europe. 500 000 personnes assistent à ses funérailles
  • 44. La mémoire de la dictature communiste en Pologne Le 1er janvier 1990, la IIIe République est proclamée. Les élections présidentielles au cours de cette même année sont largement remportées par Lech Wałęsa. En 1993, les troupes russes quittent la Pologne. Pour se donner les moyens de faire l’histoire de la période commu- niste, la Pologne s’est donné un instrument spécifique en Europe de l’Est : ‘l’Institut de la mémoire nationale’ (Instytut Pamięci Narodowej - IPN), qui mêle enquêtes judiciaires et recherche scientifique. Création politique, cet institut est devenu incontournable dans le paysage universitaire et historio- graphique polonais. Outre les archives de la sécurité d’État (1944-1990), il conserve d’autres collections civiles ou militaires concernant les crimes nazis et communistes commis à l’encontre de citoyens polonais. Le principal objectif de l’IPN est d'enquêter sur les crimes nazis et communistes, de conserver la documentation à leur sujet, de fournir cette documentation au public, de poursuivre en justice ceux qui ont commis ces crimes et d'éduquer le public à ce sujet. Le principal effort de l'Institut porte sur les crimes commis par les autorités communistes de la Pologne avant 1989. Images : Le siège et le logo de ‘l’Institut de la mémoire nationale’
  • 45. Le devoir et le travail de mémoire L'un des procès les plus connus intentés par l'IPN concerne le massacre de Jedwabne en juillet 1941*. Le pogrom de Jedwabne est le massacre de 800 à 900 habitants juifs de cette localité polonaise et de ses environs en juillet 1941, au cours de la Seconde Guerre mondiale. Après avoir été longtemps exclusivement attribué aux Einsatzgruppen (les escadrons de la mort du Troisième Reich), des historiens mettent en avant la responsabilité de civils polonais, peut-être à l'instigation des troupes allemandes. Images - Le crime et le silence, livre d’Anna Bikont sur le pogrom de Jedwabne - Witold Pilecki (1901-1948), Descendant d'une famille aristocratique polonaise. Officier de cavalerie, chef de la Résistance, se fait emprisonner volontairement et s’échappe d’Auschwitz pour faire un rapport aux Alliés. En avril 1947, commence à recueillir des preuves sur les atrocités commises par les Soviétiques en Pologne pendant l'occupation de 1939-1941. Arrêté par le pouvoir communiste, condamné le 3 mars 1948 après un parodie de procès (« espionnage pour l’impéria- lisme étranger », exécuté d’une balle dans la nuque comme « ennemi du peuple » à Varsovie le 25 mai 1948, après 12 mois d’emprisonnement et de torture. - Des livres, des films, ‘l’Institut Pilecki’ honorent sa mémoire. La ‘Journée mondiale des héros de la lutte contre le totalitarisme’ est fixée le 25 mai, date anniversaire de son exécution.
  • 46. La mémoire des crimes des communistes en Pologne Livres
  • 47. La mémoire des crimes des communistes en Pologne Documentaires et films
  • 48. La mémoire des crimes des communistes en Europe de l'Est 7 - Roumanie Le régime communiste de Roumanie est mis en place en mars 1945 ; suite au coup d'État du Parti communiste roumain soutenu par l'Armée rouge. La République est proclamée en décembre 1947 lors de l'abolition du royaume de Roumanie et de l'abdication du roi Michel. S'auto-désignant comme une "démocratie populaire", la Roumanie demeure politiquement alignée sur l'URSS jusqu'en 1964, date à laquelle elle prend une posture plus indépendante, tout en continuant de faire partie du bloc de l'Est. Durant cette période, le pays connait un régime totalitaire d'inspiration marxiste-léniniste : - le Parti communiste roumain (PCR) est « parti unique et organe dirigeant de l’État », interdisant de facto la constitution d’associations, syndicats ou autres structures sociales indépendantes du pouvoir. - privation des libertés individuelles par un outil policier très développé, sans garde-fou judiciaire, police politique secrète infiltrant toute la société, la Securitate : censure, écoute des conversations téléphoniques, ouverture du courrier, ../.. Images : - Nicolae Ceaucescu (1918-1989), Secrétaire général du Parti communiste roumain (PCR), président de la République socialiste de Roumanie. Il se décerne les titres de « Conducător », « génie des Carpates » et « Danube de la pensée », et pratique le népotisme. - Logo du PCR - Écusson de la Securitate. Rapportés au nombre d'habitants, ses effectifs sont parmi les plus importants de toutes les polices secrètes du bloc communiste, si l'on compte les informateurs civils.
  • 49. Un régime de terreur maillage territorial, institutionnel et professionnel systématique du pays par un réseau d’informateurs permanents et payés ou bien occasion- nels et menacés, arrestations arbitraires, tortures en cours d’interro- gatoire, internement psychiatrique et déportation des citoyens arrêtés, avec ou sans "jugement", dans les réseaux de camps de travaux forcés. Jusqu’en 1964, la Securitate est aussi coutumière des exécutions extra- judiciaires. - stricte planification d’État, impliquant non seulement les orienta-tions macro-économiques et le commerce international, mais aussi tous les aspects de la production, de la distribution et de la consommation. La population est confrontée à une pénurie permanente d’énergie, de denrées, de produits finis et de services. - violation du droit de propriété, nationalisation généralisée sans compensation des moyens privés de production, confiscation des propriétés des citoyens considérés comme « ennemis de l’ordre socialiste » soit de par leur activité passée, soit du simple fait de l’origine sociale de leurs ancêtres. Photos : - Réseau de prisons et de camps en Roumanie et RSS moldave (1945-1989) - Le ‘Palais du Peuple’ à Bucarest, siège actuel du Parlement : 270 x 240 m, surface au sol de 45 000 m2, 350 000 m2 habitables, 1100 pièces réparties sur 12 étages, 1 million de m3 de marbre, 600 architectes, 20 000 ouvriers, 10 années et demie de travaux, l'expulsion et le relogement de 40 000 personnes, etc.
  • 50. Le bilan de 45 ans de régime communiste Le régime s'effondre à la chute du bloc de l'Est. L'étincelle qui allume la Roumanie est une manifestation de solidarité envers un pasteur hongrois, le 17 décembre 1989 à Timisoara. Un coup d'État met un terme à la dictature communiste et aux fonctions de Ceaucescu. Le dictateur et son épouse sont exécutés au terme d’un simulacre de procès de 55 minutes, destiné probablement à sauver les anciens membres du Parti Communiste : les époux Ceausescu savaient trop de choses et bien des personnes très haut placées auraient pu être compromises en cas de procès normal… La ‘Commission historique d’investigation et d’analyse des crimes du régime communiste’ mise en place en 2005, a rendu ses conclusions en 2007 : elle impute au régime 2 215 000 victimes en 45 ans, soit environ 11 % de la population, - dont 975 000 victimes directes de la répression (exécutions, morts en détention pour motifs politiques), - les autres décès étant dus à la pénurie institutionnalisée, aux disettes provoquées par les réquisitions, au manque d'énergie et donc de chauffage, au manque de sécurité dans le travail, à l'emploi massif des prisonniers pour les travaux dangereux et de grande envergure, au manque de soins aux plus faibles dû à l'indigence des fournitures médicales et pharmaceutiques. Images : - Un dossier de la Securitate - La prison de Pitesti connue pour les expériences de lavage de cerveau et de rééducation par la torture physique et psychologique pratiquées entre les années 1949 à 1954
  • 51. La mémoire du communisme en Roumanie Contrairement à ce qui s’est passé dans d’autres pays de l’Est, seul un nombre très limité de soutiens, ou même de tortionnaires du régime, a été poursuivi et encore moins condamné. Entre 1989 et 2017, seules trois procédures pour crimes contre l’humanité ont été ouvertes, dont deux se sont soldées par des condamnations définitives prononcées en 2016 et en 2017. Comme des citoyens engagés et des universitaires, la réalisa- trice Alina Cicani défend l’idée que la démocratie roumaine n’est pas totalement achevée, car il n’y a pas eu de rupture claire après la chute du dictateur. Le ‘Mémorial des Victimes du Communisme et de la Résistance’ comprend le Musée Sighet situé dans la ville de Sighetu Marmației, et le ‘Centre international d'études sur le communisme’, situé à Bucarest. Un « Conseil national pour l'étude des archives de la Securitate » est mis en place par le régime démocratique, où chaque citoyen peut consulter son dossier sur demande écrite… si toutefois il a été conservé (une partie des archives ayant opportunément brûlé en 1990). Photos : - Le « mur des 975 000 victimes arrêtées » du régime communiste en Roumanie, dans le Mémorial de Sighet. - Statues dans la cour de la prison de Sighet
  • 52. La mémoire des crimes des communistes en Roumanie Livres
  • 53. La mémoire des crimes des communistes en Roumanie Documentaires et films
  • 54. La mémoire des crimes du pouvoir communiste en Europe de l'Est 8 - Tchécoslovaquie Le ‘coup de Prague’ est le nom donné à la prise de contrôle de la Tchécoslovaquie en février 1948 par le Parti communiste tchécoslova- que, avec le soutien de l'Union soviétique, aboutissant au remplacement de la Troisième République par un régime communiste. Tous les rouages politiques sont entre les mains du Parti commu- niste (PCT), à l'approbation duquel est subordonnée toute participation à la vie politique. La constitution prévoit la nationalisation de toutes les entreprises de plus de cinquante salariés. La collectivisation de l'agri- culture dans des conditions répressives (persécution des koulaks) entraîne un déclin de la production agricole. Près de 3.000 prêtres sont emprisonnés. La police politique, StB, sert principalement de courroie de transmission au KGB soviétique. La répression des opposants au régime est marquée par l'arres- tation, le procès et la pendaison de Milada Horáková. Photos : - Le coup de Prague ; défilé des milices populaires sur le pont Charles à Prague. - Écusson de la ‘Sûreté de l'État’ (Státna bezpečnost), ou StB. - Milada Horáková (1901-1950) juriste, ancienne députée à l'Assemblée nationale, accusée de complot visant à renverser le régime communiste. Son procès est instrumentalisé et se conclut par la condamnation à mort de la combattante pour le pluralisme politique, ainsi que celle de trois autres co-accusés. En dépit d'une mobilisation internationale (Winston Churchill, Eleanor Roosevelt), elle est pendue, avec ses trois co-condamnés, le 27 juin 1950.
  • 55. Les ‘procès de Prague’ La rupture entre Tito et Staline se traduit par des purges au sein du parti. Les procès de Prague organisés par Klement Gottwald en nov. 1952, inspirés des purges staliniennes des années 1930 en URSS, éliminent des cadres du PCT présentés comme des opposants au régime. L'origine juive de 11 des 14 inculpés permet de trouver des boucs émissaires faciles à dénoncer. 11 personnes sont condamnées à mort et pendues, dont le Secrétaire général du PCT, Rudolf Slánský. 3 inculpés sont condamné à la prison à vie, dont Artur London, vice-ministre des Affaires étrangères*. Quelque 30 000 personnes sont poursuivies devant les tribunaux pour des motifs politiques. En 1963, le parti condamne officiellement le culte de la personnalité stalinien, et éloigne ses dirigeants les plus conservateurs. Des prisonniers politiques sont libérés. On révise certains procès des années précédentes : Rudolf Slánský et Vladimír Clementis sont réhabilités. Les monuments à la gloire de Staline disparaissent du pays * qui écrira en 1968 le livre L’aveu, dont est tiré le film éponyme de Costa Gavras (1970) Image : - Les procès de Prague - Rudolf Slansky (1901-1952), Secrétaire général du Parti communiste tchécoslovaque et Vice- premier ministre, exécuté à la suite des procès de Prague.
  • 56. Le ‘Printemps de Prague’ et l’intervention soviétique En janvier 1968, Novotný est destitué de son poste de premier secrétaire du PCT et remplacé par Alexander Dubček qui proclame dès avril son intention d'atteindre un « socialisme à visage humain ». En mars, Ludvík Svoboda, ancien ministre de la Défense et l'un des auteurs du Coup de Prague, devient président de la République. Le même mois, la censure est abolie et la presse recouvre une liberté qu'elle n'avait pas connue depuis 1945 : c’est le ‘printemps de Prague’. Le 21août 1968, les troupes des pays du pacte de Varsovie pénètrent en Tchécoslovaquie, mettant fin au mouvement réformateur malgré une résistance non-violente étonnante et exemplaire d’une semaine, brisée par la capitulation de Dubcek. Photos : 1 - L’intervention soviétique en août 1968 2 et 3 - La résistance non-violente des Tchécoslovaques : voir le diaporama spécifique de l’IRNC à ce sujet dans la série ‘Vers une défense civile non-violente’ 4 - Alexander Dubcek (1921-1992), figure de proue du ‘Printemps de Prague’ en 1968. Après son expulsion du Parti, il travaille vingt ans à l'Administration forestière de Slovaquie sous le contrôle constant, agressif et avilissant de la police secrète, le STB. Après la ‘Révolution de velours’, il occupe de 1989 à 1992 le poste de président du Parlement fédéral.
  • 57. La Charte 77 L'équipe de Dubček reste encore au pouvoir quelques mois, faisant passer une importante réforme. En octobre 1968, une loi constitutionnelle fait de la Tchécoslovaquie une république fédérale : le pays est divisé en deux États autonomes, la République socialiste tchèque et la République socialiste slovaque*. Dubček est ensuite évincé, et remplacé à la tête du PCT par le conservateur Gustáv Husák. En janvier 1977, 243 intellectuels publient la ‘Charte 77’, exigeant le respect des droits de l’homme. Le dramaturge Václav Havel et le philosophe Jan Patočka apparaissent comme les porte-paroles de la contestation. Le régime demeure sourd à ce désir de réformes. * La dissolution de la Tchécoslovaquie, la création de la République tchèque et de la Slovaquie deviendront effectives le 1er janvier 1993. Cette séparation « à l'amiable », contrastant avec la violence de la dissolution de la Yougoslavie et de la dislocation de l'URSS, a été appelée « divorce de velours » par référence à la « révolution de velours » qui, fin 1989, avait mis fin par la non-violence à la dictature communiste. - Jan Patočka (1907-1977), philosophe, porte-parole de la ‘Charte 77’. Selon Jorge Semprún, dans son ouvrage Le Mort qu'il faut, les autorités ont ordonné la fermeture des fleuristes de Prague le jour de son enterrement, afin de limiter les hommages que pourrait lui rendre la population. - Václav Havel (1936- 2011), passe au total près de cinq ans en prison, entre 1977 et 1989, avant d’être élu président de la République
  • 58. La ‘révolution de velours’ et le retour de la démocratie À partir de 1988, vingtième anniversaire du ‘Printemps de Prague’, le pays connaît une importante effervescence politique. Les pétitions réclamant la liberté politique et religieuse se multiplient. En janvier 1989, le vingtième anniversaire de la mort de Jan Palach entraîne d'importantes manifestations. Le 21 août 1989 est commémorée l’invasion soviétique de 1968. En novembre, l’opposition se regroupe au sein d’un ‘Forum civique’; les syndicats se joignent au mouvement : c’est la ‘révolution de velours’. Le régime apparaît dépassé et, le 24 novembre, la direction du PCT démissionne collectivement. Fin décembre 1989, Alexander Dubček est élu à la tête du parlement et Václav Havel élu président de la République. - Jan Palach (1948-1969), étudiant en histoire, s’immole par le feu sur la place Venceslas à Prague le 16 janvier 1969 pour protester contre l’abolition des libertés à peine acquise par le ‘Printemps de Prague’. Une manifestation funèbre réunit plusieurs dizaines de milliers de participants à Prague, et d’autres cérémonies funèbres ont lieu ailleurs dans le pays. Jan Zajíc et Evžen Plocek, deux autres jeunes Tchèques, suivent son exemple en février et en avril. Les autorités communistes font disparaître une lettre posthume où Jan Palach dénonçait l’invasion soviétique. - Logo du ‘Forum civique’, Občanské Fórum, mouvement politique qui demande des élections libres.
  • 59. La mémoire du communisme en Tchécoslovaquie Entre les années 1948 et 1989, 241 prisonniers politiques ont été exécutés. Plus de 8000 prisonniers sont morts dans des mines d'uranium, des forges et des carrières. Près de 600 détenus n'ont pas survécu aux interrogatoires. Environ 500 hommes ont été tués à la frontière. Plus de 270 000 personnes ont été condamnées et emprisonnées. 70 000 personnes ont été envoyées dans des camps de travaux forcés, près de 60 000 hommes ont travaillé dans des PTP, camps militaires de travaux forcés. Plus de 400 000 citoyens ont fui ou ont été chassés du pays. L'ONG ‘L'homme en détresse’ a fait tout un travail de mémoire. À l'aide de projections de films documentaires sur les crimes du communisme suivies de débats avec d'anciens prisonniers politiques, victimes de procès arbitraires et d'atrocités, le projet a permis aux jeunes prendre connaissance des événements de l’histoire récente. Les lieux où est entretenue la mémoire du communisme en Tchéquie sont cartographiés et répertoriés. Images : - Mémorial aux victimes du communisme de Petřín, à Prague, œuvre du sculpteur Olbram Zoubek. Il s’agit d’un escalier qui va en rétrécissant et le long duquel descendent sept silhouettes en bronze. La première, celle du bas, est entière, tandis que les autres disparaissent progressivement. C’est ainsi que l’artiste a choisi de représenter les souffrances des prisonniers politiques détenus dans les années 1950 par le régime communiste. - Statue de Josef Faltus en hommage à Milada Horáková sur la place Pětikostelní à Prague
  • 60. Des lieux de mémoire Le Mémorial de Vitkov à Prague, construit entre 1929 et 1932 comme mémorial de la 1ère Guerre mondiale, agrandi entre 1942 et 1949, transformé entre 1954 et 1962 en mausolée à la gloire du dictateur Klement Gottwald, ré-ouvert en 2009 après 20 ans de fermeture, accueille notamment une exposition permanente autour de l’histoire contem- poraine de la Tchécoslovaquie et de la République Tchèque, ainsi que le ‘Laboratoire du pouvoir’, consacré au totalitarisme et à la propagande communiste. Images : - Le Mémorial au sommet de la colline de Vitkov à Prague - Klement Gottwald (1896-1953), premier président de la « République populaire tchécoslovaque, organisateur des procès de Prague, ici aux côtés de Staline. La pression du pouvoir soviétique et la peur de Staline le conduisent à devenir complètement dépendant à l'alcool en quelques années. - Mémorial de Jan Palach, en haut de la place Venceslas à Prague. - Statue en bronze en hommage à Jan Palach dans le jardin de Sciences Po à Dijon.
  • 61. Des lieux de mémoire Une gigantesque statue représentant Staline, mesurant 15,5 mètres de haut et 22 mètres de longueur, était perchée en haut de la colline de Letná entre 1955 et son dynamitage en 1962. Le ‘Musée du Communisme de Prague’ relate les années du régime communiste de l’actuelle République tchèque, depuis l’implantation du modèle politique en 1948, jusqu’à sa chute en 1989, avec la Révolution de Velours. Tout au long des six sections (les origines, le rêve, la réalité, le cauchemar, les personnages historiques et la Révolution de Velours), on découvre tous les aspects du communisme à Prague, en passant par la vie quotidienne, la censure et la propagande. - Statue de Staline à Letna avant son dynamitage - Anciens locaux du ‘Musée du communisme’ à Prague et affiche à son sujet dans la rue - Nouveaux locaux du ‘Musée du communisme’
  • 62. La mémoire des crimes des communistes en Tchécoslovaquie Livres
  • 63. La mémoire des crimes des communistes en Tchécoslovaquie Documentaires et films
  • 64. La mémoire des crimes des communistes en Europe de l'Est 2-9 - Yougoslavie La ‘République fédérative socialiste de Yougoslavie’, durant la période allant de 1945 à 1992, est dominée par la ‘Ligue des communistes de Yougoslavie’ (Komunistička partija Jugoslavije, SKJ) et, jusqu'à sa mort en 1980, par la personne du maréchal Tito. Tito crée en 1945 la police politique secrète, l'UDBA (Uprava Državne Bezbednosti/ sigurnosti/ varnosti, Administration pour la Sécurité de l'État) dont le rôle officiel est de traquer les collaborateurs des nazis. Les cinq premières années d'existence de l'État communiste yougoslave voient se développer la répression contre les opposants (Églises, mouvements nationalistes, tant croates que serbes) et les confessions religieuses (orthodoxes, catholiques, musulmans). Images : - Emblème de la ‘Ligue des communistes de Yougoslavie’ (Savez komunista Jugoslavije ou SKJ) - Josip Broz (1892-1980), communément appelé Tito ou le maréchal Tito, né d’un père croate et d’une mère slovène. Agent de Staline lors des purges de 1937. Durant la Seconde Guerre mondiale, il prend la tête de la résistance communiste en Yougoslavie et parvint, au bout de quatre ans de conflit sanglant, à triompher de l'ensemble de ses adversaires et à réunifier sous sa bannière la Yougoslavie qui avait été démembrée à la suite de l'invasion de 1941. Chef du gouvernement, puis chef de l'État, et enfin président à vie.
  • 65. La répression dès 1945 Alojzije Stepinac, archevêque de Zagreb, est condamné aux travaux forcés sur l'accusation, fortement contestée, de collaboration avec les Oustachis*. L'Église catholique croate est largement accusée de collaboration avec le régime de l'État indépendant de Croatie et des centaines de prêtres sont exécutés en 1945. Le chef des Tchetniks*, Draža Mihailović, fidèle au roi et ferme opposant des fascistes comme des communistes, est condamné à mort et fusillé en juillet 1946. * L’Allemagne nazie avait fourni un soutien 1) aux Oustachis croates, organisation terroriste fondée en 1929, qui menaient une campagne de massacres contre les Serbes, les Juifs et les Roms à l'intérieur de son territoire, 2) et aux Tchetniks serbes, qui menaient également leur propre campagne de nettoyage ethnique et de génocide contre les Croates et les Bosniaques. Images : - Représentation de l'UDBA (Uprava Državne Bezbednosti Sigurnosti (serbo-croate) ou Varnosti (serbe), ‘Administration pour la Sécurité de l'État’, renommée par la suite ‘Service de sécurité de l'État’ (Služba državne sigurnosti ou SDS). L'UDBA/SDS a pour fonction à l'intérieur de la Yougoslavie de surveiller la population et les activités des opposants réels ou potentiels. Il agit en outre à l'étranger, notamment à l'encontre des opposants exilés ou des dissidents. Divers assas- sinats ou tentatives d'assassinats ont été commis par l'UDBA, notamment à l'encontre des collabo- rateurs oustachis Ante Pavelić et Vjekoslav Luburić, de l'écrivain croate dissident Bruno Bušić et du militant kosovar des droits de l'homme Enver Hadri. - Procès de Draža Mihailović. - Draža Mihailović (1893-1946), Résistant serbe chef des Tchetniks, condamné et exécuté en 1946, réhabilité en mai 2015.
  • 66. Le conflit Tito-Staline L'industrie est nationalisée, de même que les propriétés agricoles excédant 45 hectares. Un ambitieux programme d'industrialisation et de modernisation est mené avec l'aide soviétique. Un programme massif de construction de logements est progressivement mis en œuvre. Dès la fin des années 1940, un conflit de pouvoir éclate entre Tito et Staline. En 1948, Staline décide de se débarrasser de Tito : en juin, le Kominform émet une condamnation du Parti communiste de Yougoslavie et appelle « les forces saines du PCY à imposer une nouvelle ligne politique à la direction ». Tito tient bon et, loin d'être renversé par les staliniens du parti yougoslave, soumet ces derniers à des purges : les cadres communistes "kominformiens"** ou dénoncés comme tels sont réprimés et, pour partie, envoyés dans le camp de concentration de l'île de Goli Otok. Selon d'anciens détenus, comme Dragoslav Mihailović, il y aurait eu jusqu'à 15 000 morts dans les camps de concentration durant le conflit entre Tito et Staline. ** Le Kominform est l'organisation centralisée du mouvement communiste international dans la période de 1947 à 1956. Images : - Le camp de concentration de l'île de Goli Otok. au nord de l'Adriatique, en fonction de 1949 à 1988. Il y aurait eu entre 16 000 et 32 000 détenus à Goli Otok, dont entre 400 et 4 000 seraient morts.
  • 67. Non-alignement et autogestion Est mis en place autour de Tito un culte de la personnalité, utilisant le prestige des années de résistance et de la victoire militaire face aux occupants. Les rues, avenues, lieux publics et même localités rebaptisés en son nom se multiplient.* Le titisme anti-stalinien séduit alors des jeunes des pays occidentaux, qui participent bénévolement aux brigades de travail en Yougoslavie. Mais dans tous les pays du bloc de l'Est, la répression du titisme, dénoncé comme une déviation nationaliste, est le prétexte à des purges internes aux partis communistes. La Yougoslavie perd également son allié albanais, Enver Hoxha préférant s'aligner sur l'URSS. Tito reçoit une aide financière des États-Unis qui, pour la décennie 1950-60, s'élève à 2,4 milliards de dollars. Tito lance en 1956 la première conférence des pays non-alignés ; avec Nehru et Nasser, il fonde le Mouvement des non-alignés. Sur le plan économique, la Yougoslavie met progressivement en place, à partir de 1950, un système baptisé du nom d'autogestion, s'opposant à l'étatisation soviétique. Photos : - Villes au nom de Tito : en 1945, Korenica est rebaptisée Titova Korenica ; en 1946, Podgorica devient Titograd, Vélès Titov Veles, Užice prend le nom de Titovo Užice. - Nasser, Tito et Nehru réunis sur l’île de Brioni en juillet 1956.
  • 68. Nouvelles purges Jusqu'aux années 1980, de nouvelles purges de cadres communistes ont lieu, comme celle de Milovan Đilas, un temps consi- déré comme le dauphin de Tito, destitué pour "tendances anarcho- libérales", puis emprisonné pour son soutien à l'insurrection de Budapest. Néanmoins, à compter des années 1950, le régime titiste se fait moins répressif. Après la mort de Tito en 1980, les relations entre les 6 Répu- bliques de la RSFY se détériorent*. Photos : Milovan Dilas (1911-1995). Résistant au nazisme, d'abord proche de Tito au sein du régime yougoslave, il devient rapidement un des critiques les plus connus du système communiste, tant au niveau national qu'international. Son livre La nouvelle classe dirigeante analyse le système communiste, notamment en URSS et en Yougoslavie, comme le règne d'une nouvelle classe, aux commandes d'un régime totalitaire basé sur l'arbitraire et la terreur. Emprisonné de 1954 à 1956, de 1956 à 1961, puis à nouveau de 1962 à 1966. C'est seule- ment en 1988 que ses ouvrages sont à nouveau autorisés à la publication en Yougoslavie. * Voir le diaporama La mémoire des crimes des guerres dans l’ex-Yougolavie (1991-2001)
  • 69. La mémoire du communisme en Yougoslavie Lieux de mémoire Beaucoup de bâtiments mémoriaux en Yougoslavie célèbrent Tito, mais à notre connaissance aucun n’est consacré aux victimes de sa dictature. Spomenik est le terme qui désigne les monuments érigés à la gloire des Résistants de la 2è Guerre mondiale et de la révolution yougoslave durant l'ère titiste, sur l'ensemble de l'ex-territoire fédéral. On y trouve cependant une concentration plus importante en Croatie, Bosnie et Serbie. Images : - L’abri antiatomique de Konjic, ou « bunker de Tito », à 50 km de Sarajevo, aujourd’hui très visité, était destiné à pouvoir accueillir l’ensemble de l’État-major de l’armée yougoslave, ainsi que 350 élus, dans le cas d’une éventuelle attaque nucléaire. Cet ouvrage militaire représente un investissement d’environ quatre milliards et demi de dollars, répartis sur vingt ans de construction - Les cinq ailettes du spomenik de Podgaric (trois sur la partie gauche et deux sur la partie droite) symbolisent les cinq nationalités constitutives de l'ex-Yougoslavie: slovène, croate, serbe, monténégrine et macédonienne. Plus tard, Tito fera également reconnaitre les musulmans (principalement concentrés en Bosnie-Herzégovine) comme nationalité à part entière de la Yougoslavie. - Spomenic ‘Monument à la Révolution’ à Kozara (Bosnie-Herzégovine) - Spomenic de Smenica sur la colline de Smetov (Bosnie-Herzégovine)
  • 70. Tito, un personnage controversé Une des places les plus centrales de Zagreb, la place du maréchal Tito, a été débaptisée en septembre 2017 pour des raisons électorales. Une partie de la population de Zagreb s'est opposée à ce changement de nom et plusieurs manifestations ont réuni des milliers de personnes sur la place. En revanche, le Monténégro a inauguré en décembre 2018 une statue de Tito à Podgorica (Titograd jusqu’en 1992), se démarquant des pays voisins qui retirent plaques et monuments à son nom depuis la chute de l'État communiste. Plusieurs milliers d'admirateurs de Tito ont célébré en mai 2022 le 130ème anniversaire de sa naissance dans le village de Kumrovec (Croatie), qui abrite le musée Stalo Selo dans sa maison natale. Images : - Statue de Tito à Podgorica, capitale du Monténégro, anciennement Titograd. - Statue de Tito à Kumrovec (Croatie)
  • 71. La mémoire des crimes des communistes en Yougoslavie Livres ■