Armes nucléaires. — 06. Quelques personnalités qui ont remis ou remettent en cause la dissuasion nucléaire

I
Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des ConflitsInstitut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits
Série ‘Vers une politique de sécurité et de paix au XXIème siècle’
1 – Sous-série ‘Les armes nucléaires’
Diaporama n° 6
6 - Quelques personnalités
qui ont remis ou remettent en cause
la dissuasion nucléaire
ou se posent des questions à son sujet
Étienne Godinot - 30.07.2023
Abolir l’arme nucléaire : un ensemble de neuf diaporamas
1 - Les sept vices de la dissuasion nucléaire
2 - Pour un désarmement nucléaire de la France dans le cadre du TIAN
3 - Figures de la résistance à l’arme nucléaire - 1869-1925
4 - Figures de la résistance à l’arme nucléaire - de 1926 à 1945
5 - Figures de la résistance à l’arme nucléaire - depuis 1946
6 - Quelques personnalités qui ont remis ou remettent en cause la dissuasion
nucléaire ou se posent des questions à son sujet
7 - La position de l’Église catholique et des Églises chrétiennes sur l’arme nucléaire
8 - Les combats non-violents pour le désarmement nucléaire en France.
Rappel : ce diaporama fait partie de la sous-série
1 - ‘Abolir l’arme nucléaire’ qui fait elle-même partie
de la série ‘Vers une politique de sécurité et de
paix au XXIème siècle’ sur irnc.org
1961 : Dwight Eisenhower
(1890-1969), général, commandant en chef du Supreme Head-
quarters Allied Expeditionary Force (quartier général des forces alliées en
Europe nord-occidentale). Président des États-Unis (janvier 1953-janvier 1961).
Le plus célèbre des militaires et des hommes politiques à avoir
dénoncé le « complexe militaro-industriel », qu’il faudrait appeler plutôt
complexe militaro-scientifico-industriel.
Son discours télévisé de fin de mandat, prononcé le 17 janvier 1961,
reste connu sous le nom de Military-Industrial Complex Speech : « Dans les
conseils du gouvernement, nous devons prendre garde à l'acquisition d'une
influence illégitime, qu'elle soit recherchée ou non, par le complexe militaro-
industriel. Le risque d'un développement désastreux d'un pouvoir usurpé existe
et persistera. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison
mettre en danger nos libertés ou nos processus démocratiques.
Nous ne devrions rien prendre pour acquis. Seule une population
alerte et bien informée peut obliger à mettre en adéquation avec
nos méthodes et nos objectifs pacifiques, la sécurité et la liberté.»
Image du haut : Brouillon annoté du discours de fin de mandat du 17 janvier 1961
Image du bas : Eisenhower pendant son discours
1961 : John Fitzgerald Kennedy
(1917-1963), 35ème président des États-Unis. La crise des
missiles de Cuba (octobre 1962, dessin du bas), qui oppose les États-
Unis et l'Union soviétique au sujet des missiles nucléaires soviétiques
pointés sur le territoire des États-Unis depuis l'île de Cuba, mène les
deux blocs au bord de la guerre nucléaire.
Signe en octobre 1963 un traité d'interdiction partielle des essais
nucléaires dans l'atmosphère pour lutter contre la prolifération des
armements et contre les effets à long terme des retombées
radioactives. Assassiné en novembre 1963.
« Aujourd’hui, tout habitant de cette planète doit contempler
le jour où cette planète ne serait peut-être plus habitable. Tout
homme, toute femme et enfant vit sous l’épée nucléaire de
Damoclès, retenue par le fil le plus fin, pouvant être coupé à tout
moment par accident, par erreur de calcul ou par folie. Les armes de
guerre doivent être abolies avant qu’elles ne nous abolissent. » (1961)
1962 : Vassili Arkhipov
En décembre 1961, l’officier russe Vassili Arkhipov (1926-1998)
est affecté à la 69e brigade de la Flotte du Nord. En octobre 1962, dans
le cadre de l'opération Anadyr lors de la crise des missiles de Cuba, il
est envoyé avec son équipe à Cuba et sert à bord du sous-marin B-59,
équipé d'une ogive nucléaire (image du haut).
Peu avant le départ du B-59, Vassili Arkhipov avait demandé à
son supérieur, l'amiral Vladimir Fokhine, dans quel cas utiliser l'arme
nucléaire. La réponse n'avait pas été très claire, le sous-marin devant
utiliser son arme nucléaire en cas de dommages qui lui seraient portés
(trou dans la coque) ou sur ordre spécial de Moscou.
Le 27 octobre 1962, Valentin Savitsky, l’un des 3 commandants
du sous-marin, ordonne ses hommes de préparer le lancement de la
torpille nucléaire, mais il doit recevoir l’approbation des deux autres
commandants. Si Ivan Maslennikov donne rapidement son accord,
Vassili Arkhipov refuse catégoriquement, et évite très probablement une
guerre nucléaire.
Il faudra attendre 2002 pour cette affaire soit révélée par l’un
des officiers présents à bord.
1969 : Charles de Gaulle
(1890-1970), militaire, Résistant, homme d'État
et écrivain français. Président de la République de janvier 1959
à avril 1969.
Un des principaux promoteurs* de la dissuasion nucléaire
française, conçue comme moyen d’assurer la sécurité et d’affirmer la
grandeur de la France.
Affirme en 1963 qu’« un pays qui n’a pas la puissance
atomique est obligé de s’en remettre, pour sa sécurité et son
indépendance, à un autre qui l’a ! ». La conséquence logique de cette
affirmation est que les 193 pays de la planète devraient aujourd’hui
avoir chacun la bombe atomique pour ne pas dépendre d’un autre
pays … ../..
* C'est en fait le gouvernement de Pierre Mendès France qui s’est
prononcé en faveur du développement d'un programme nucléaire militaire
français après le rejet de la Communauté Européenne de Défense (CED) par
l'Assemblée nationale française le 30 août 1954.
Image du haut : Le 14 septembre 1966, le général de Gaulle, en tenue spéciale anti-
radiations, entouré d’Alain Peyrefitte, de Pierre Messmer et du général Pierre Billotte, assiste
depuis la passerelle du croiseur ‘De Grasse’ à l'explosion de la troisième bombe nucléaire
française dans le Pacifique.
Charles de Gaulle
Le général a été plus inspiré quand, en 1932, dans Le fil de
l’épée, il s’insurgeait contre le dogmatisme des états-majors : « Croire
que l’on est en possession d’un moyen d’éviter les périls et les
surprises des circonstances et de les dominer, c’est procurer à l’esprit
le repos auquel il tend sans cesse, l’illusion de pouvoir maîtriser le
mystère de l’inconnu ».
Ou quand, alors colonel, il a dénoncé en 1939 la fausse
sécurité de la ligne Maginot.
Et aussi quand il a déclaré « Un jour, la bombe partira sans
qu’on sache pourquoi ! » Cette phrase est citée par Jean Toulat dans
son livre La bombe ou la vie*. Jean Toulat (1915-1994), ancien
Résistant, prêtre et journaliste honnête, ne précise malheureusement
pas où et quand le général a prononcé cette phrase. Probablement
cela lui a-t-il été rapporté par un proche du général qu’il n’a pas pu
citer.
* Fayard, 1969, en 4ème de couverture et en p. X de l’introduction
1976 : Raymond Aron
(1905-1983), philosophe, sociologue, politologue, historien et
journaliste français, issu d’une famille juive. Résistant, rédacteur à la
revue Combat, puis au quotidien Le Figaro, et, durant ses dernières
années, à L'Express. Ses convictions libérales et atlantistes lui attirent de
nombreuses critiques, venant des partisans gauche comme de droite.
« Toutes les spéculations sur les armes nucléaires se donnent, par
hypothèse, le consentement à l’emploi des armes nucléaires contre les
populations civiles, voire en certaines circonstances, la résolution d’un tel
emploi, en lui-même monstrueux. La raison des stratèges nucléaires est,
par essence, immorale, puisqu’elle accepte ou décide conditionnellement
un acte pervers : l’extermination de millions d’êtres humains. Je reconnais
la force de cette objection; en une certaine mesure, je la tiens pour
irrécusable. (…)
La menace, même conditionnelle, de les employer n’en est pas
moins monstrueuse puisque la mise à exécution de la menace le serait. »
1969 : Donald Brennan
L’expression "destruction mutuelle assurée" (Mutual Assured
Destruction : MAD ) est forgée en 1969 par Donald Brennan, un stratège
travaillant à l'Hudson Institute fondé par Herman Kahn*, pour lequel
l'acronyme mad (en anglais, « fou ») résume l'absurdité de la stratégie
Assured Capability of Destruction proposée par le secrétaire étatsunien à
la Défense Robert MacNamara. Détenir des armes capables de détruire
les deux belligérants et la société toute entière est pour lui totalement
irrationnel et fou.
La destruction mutuelle assurée est une doctrine de stratégie
militaire et de politique de sécurité nationale qui postule qu'une utilisation
à grande échelle d' armes nucléaires par un attaquant sur un défenseur
doté d'armes nucléaires avec des capacités de seconde frappe
entraînerait l'anéantissement complet à la fois de l'attaquant et de
l’attaqué. Elle est basée sur la théorie de la dissuasion rationnelle, selon
laquelle la menace d'utiliser des armes puissantes contre l'ennemi
empêche l'utilisation par l'ennemi de ces mêmes armes. La stratégie est
une forme d'équilibre de Nash* dans laquelle, une fois armée, aucune des
parties n'a d'incitation à déclencher un conflit ou à désarmer.
* Herman Kahn ( 1922-1983), futurologue étatsunien, penseur de la géostratégie et
théoricien des systèmes
** John Forbes Nash (1928- 2015), mathématicien et économiste étatsunien, prix Nobel
d’économie en 1994. A travaillé notamment sur la théorie des jeux,
Années 1980 : Michael Carver
(1915-2001), officier britannique. Auteur de de livres sur l'histoire
militaire. Pendant la 2ème Guerre mondiale, combat contre les Italiens en
Égypte et en Tunisie. Chef d'état-major de la Défense entre 1973 et 1976.
Maréchal.
Dans les années 1980, critique vivement le programme britan-
nique de missiles Trident destiné à remplacer les missiles Polaris, esti-
mant que la capacité de frappe nucléaire étatsunienne étant suffisam-
ment puissante, il était inutile pour la Grande-Bretagne d'avoir un
programme indépendant.
« À quoi ça sert, bordel ? »
NB. Les anciens secrétaires à la Défense Des Browne (travailliste) et Michael
Portillo (conservateur) se sont prononcés contre Trident. Il en va de même pour les
experts militaires, de Hugh Beach à Patrick Cordingley, et pour Michael Howard,
ancien spécialiste de la défense nucléaire. Jeremy Corbin, député et chef de
l’opposition travailliste, a été un opposant farouche au programme Trident.
Margareth Thatcher, Premier ministre conservatrice, a été une ardente
promotrice du programme Trident. Lors d'une conversation avec Sir Rodric
Braithwaite pour savoir si elle aurait pu appuyer sur le bouton en cas d’échec de la
dissuasion, elle lui a répondu : "Je veux aussi des petits-enfants".
Septembre 1983 : Stanislav Petrov
Stanislav Ievgrafovitch Petrov (1939-2017), lieutenant-colonel de la
Voyska PVO, la force de défense anti-aérienne de l'Armée soviétique.
Officier de garde le 26 septembre 1983 au sein de la base Serpukhov-15,
centre de contrôle et de commandement, voit sur ses écrans de contrôle
radar cinq points représentant des missiles nucléaires intercontinentaux de
type Minuteman en provenance de la base états-unienne Malmström. Son
rôle est crucial dans la chaîne de commandement : c’est son information
qui va influer sur l’autorité finale, le premier Secrétaire du Parti communiste
Youri Andropov.
Malgré les informations en provenance d’un satellite de détection
de tir, estime qu’il s’agit d’une fausse alarme. Inconcevable pour lui que les
États-Uniens attaquent à cette date, et surtout avec un si petit nombre de
missiles. Son raisonnement est conforme à la réalité : le lancement de
missile imaginaire a été provoqué par le logiciel qui équipait les satellites
de détection. Celui-ci a interprété la réflexion des rayons du soleil sur des
nuages comme une source de chaleur émanant des moteurs de missiles…
. L’affaire est révélée en 1998. Distingué par l’Association of World
Citizens, lauréat du Dresden-Preis 2013, décerné annuellement aux
personnes qui ont réussi à prévenir un conflit militaire. Le 26 septembre
2013, l'Assemblée générale de l’ONU a proclamé le 26 septembre ‘Journée
internationale pour l'élimination totale des armes nucléaires’.
1984 : Jean Onimus
(1909-2007), agrégé et docteur es lettres, professeur à l’univer-
sité d’Aix-Marseille puis de Nice, conférencier de l’’Alliance Française’,
auteur de 38 ouvrages.
Spécialiste de Péguy, Camus, s’intéresse aux grands poètes du
20ème siècle. Auteur d'essais sur les questions du savoir et de
l'enseignement, de la religion, attentif aux mutations de la culture et de
la société. Enseigne dans des universités étrangères aux États-Unis,
en Nouvelle-Zélande, au Brésil et au Canada.
Dans son livre La poursuite de l’essentiel (1984), évoque « la
menace que fait peser sur le monde la "thanatocratie", c’est-à-dire les
autorités qui disposent de la Bombe. Le danger nucléaire impose une
prise de conscience. Si nous voulons survivre, il ne suffira pas de faire
des progrès techniques; ceux-ci seront équivalents chez tous les
protagonistes : l’impasse est évidente. Il faut un changement dans les
mentalités. Nous avons maintenant une telle puissance entre les mains
qu’en tuant notre adversaire, nous sommes sûrs, à notre tour, d’être
tués. Les meurtriers savent qu’ils se suicident. (…) Nous savons
maintenant qu’il dépend de nous de survivre ou de disparaître.
1985 : Ronald Reagan
Ronald Reagan (1911-2004), 40e président des États-Unis, en
fonction de janvier 1981 à janvier 1989, d’abord favorable à ‘l’Initiative
de Défense Stratégique’ (missiles anti-missiles), signera avec Mikhail
Gorbatchev en décembre 1987 le Traité de démantèlement des forces
nucléaires à portée intermédiaire
Il déclare en 1985 lors d’une interview au Time : « Vous appre-
nez que des missiles soviétiques ont été lancés, vous savez que,
désormais, plus rien ne peut les arrêter et qu’ils vont détruire une partie
de votre pays, beaucoup plus grande que ce que vous pouvez
imaginer. Et vous êtes assis là, sachant que tout ce que vous pouvez
faire est d’appuyer sur le bouton pour que des Soviétiques meurent
aussi, alors que nous serons déjà tous morts ».
Quelques années plus tard, dans ses Mémoires, il va encore
plus loin :« En tant que Commandant en chef des forces armées
américaines, vous n’avez que six minutes pour décider comment réagir
à un signal sur un écran radar et s’il faut ou non déclencher
l’apocalypse ! Qui pourrait faire preuve de raison dans un moment
pareil ? ».
1992 : Valéry Giscard d’Estaing
(1926-2020), homme d'État français. Président de la République de
mai 1974 à mai 1981, durant la guerre froide entre l’Occident et l’Union
Soviétique.
Au sujet d’un scénario d’invasion massive des forces soviétiques
en direction de l’Europe de l’Ouest, écrit en 1992 dans ses Mémoires* :
« (Et puis, concernant la destruction mutuelle assurée, quoi qu’il arrive -
et j’écris cela entre parenthèses pour souligner que cette décision a
toujours été enfouie au fond de moi), quoi qu’il arrive je ne prendrai jamais
l’initiative d’un geste qui conduirait à l’anéantissement de la France. Si sa
destruction était entamée par l’adversaire, je prendrais aussitôt la décision
nécessaire pour la venger. »
Commentaire de Jean-Marie Muller : « ll est toujours facile d’élaborer en chambre,
d’écrire ou de proclamer sur une estrade une rhétorique vantant les mérites de la
dissuasion nucléaire en assurant qu’elle est garante à la fois de la grandeur de la
France et de la sécurité des Français. Mais lorsque survient le moment du passage
à l’acte qui est l’épreuve de vérité de la dissuasion nucléaire, il apparaît clairement
que la rhétorique n’a aucune prise sur la réalité. La rationalité supposée de la
doctrine s’efface alors pour céder la place à l’irrationalité la plus totale. »
* V. Giscard d’Estaing, Le pouvoir et la vie - T2 L’affrontement, Poche, p. 1965
../..
Valéry Giscard d’Estaing
Plus de 30 ans après la fin de son mandat, il répond lors
d’une interview* : « Moi je savais que je n’appuierais sans doute
jamais sur le bouton nucléaire, pour une raison simple, qui a sa
valeur : c’était la fin de la France ! Si l’on utilisait, nous, notre
armement nucléaire, ce serait contre les Russes qui évidemment
riposteraient tout de suite, et la France serait détruite. »
Il est regrettable, commente l’association Initiatives pour le désarme-
ment nucléaire (IDN), que cette déclaration soit intervenue après la fin de son
mandat présidentiel, au cours duquel il a pourtant défendu la position
gaullienne traditionnelle. C’est ainsi qu’en mars 1979, il déclarait à la télévision
française : « Notre système nucléaire est un moyen qui a pour objet la sécurité
ultime de la France. Si la décision appropriée à la sécurité de la France
conduisait à appuyer sur le bouton de la force nucléaire, je le ferais. (…) »
Cette contradiction, poursuit IDN, met en lumière l’absurdité du maintien
d’un arsenal nucléaire en France, inutile, coûteux, et dangereux. Pour autant,
en quelques mots, le « président moderne » a permis de dissiper un doute
majeur : l’État français, quoiqu’il continue de faire la sourde oreille aux appels
au désarmement nucléaire, n’a jamais été dupe de ce coup de bluff bancal
appelé dissuasion.
* https://www.youtube.com/watch?v=n6OtgP3CrcY&feature=youtu.be
Décembre 1996 :
Déclaration de 61 généraux et amiraux
Le 5 décembre 1996, une déclaration est publiée par 61 généraux
et amiraux à la retraite issus de 17 pays (dont une majorité des Etats-
Unis et de Russie).
L’initiative est lancée par le général George Lee Butler (ancien
commandant en chef de l’US Strategic Air Command) et quelques
autres, dont deux anciens commandants en chef de l'OTAN (Supreme
Allied Commander), les généraux Andrew Goodpaster et John Galvin.
Elle conclut que l’élimination des armes nucléaires est rendue
nécessaire par les dangers de la prolifération, du terrorisme et de la
perspective d’une nouvelle course aux armements.
« Ces armes sont dangereuses, hors de prix, inefficaces sur le
plan militaire et indéfendables sur le plan moral », affirme G. Lee Butler.
Il a explique sa conversion par « l'effrayante série d'accidents et
d'incidents » dont il a été témoin en tant que responsable des forces
stratégiques, ainsi que par la folie des plans de guerre nucléaire
imaginés par les responsables du Pentagone qui ont, selon lui, « com-
plètement perdu le contact avec la réalité des armes nucléaires ».
Photos : George Lee Butler (né en 1939), John Galvin (1929-2015) et Andrew
Goodpaster (1915-2005)
1997 : Georges Le Guelte
Né en 1935, penseur français, docteur en droit international,
diplômé de l’’Institut d’études politiques’ de Paris. Directeur de
recherche à l’’Institut de recherches internationales et stratégiques’
(IRIS), ex-adjoint au directeur des relations internationales du
‘Commissariat à l’énergie atomique’, et secrétaire du Conseil des
gouverneurs de l’’Agence internationale de l’énergie atomique’ (AIEA).
Dans son Histoire de la menace nucléaire (1997), montre que la
fin de la "confrontation Est-Ouest" n'a pas donné lieu, ou très
brièvement, à une interruption des politiques d'armement et que la
course aux armements relève d'une alchimie humaine incertaine, où les
postulats politiques tiennent lieu d'analyse stratégique.
« Même si deux États sont décidés à faire de leur arsenal
nucléaire un outil de dissuasion et non une arme d’emploi, un conflit
nucléaire peut être déclenché par accident, par erreur ou à la suite
d’une méprise. »
1999 : Michel Tournier
(1924-2016) écrivain français. Philosophe de formation et
germaniste, traducteur, participe à des émissions culturelles à la radio
et à la télévision. Romancier, membre de l’’Académie Goncourt’.
Dans Célébrations (1999), médite au sujet de la notion
d’inversion maligne.
« Que Lucifer, le plus beau des anges, Porte Lumière par son
nom, soir devenu le prince des Ténèbres, voilà un foudroyant paradoxe
qui m’a marqué à tout jamais. (…)
« J’ai longtemps applaudi à la date de la fête de la Transfigura-
tion, ce 6 août qui est pour nous une époque solaire où le corps
dénudé retrouve l’innocence de la plage et du vent marin. Jusqu’au jour
où… le masque hideux de l’inversion maligne m’est apparu. Car le 6
août 1945, c’est le jour de la bombe atomique d’Hiroshima. Ce feu
tombant du ciel et déchiquetant les visage et les corps, cette lumière
semblable à celle de cent mille soleils détruisant tout sous son intensité
confèrent à chaque mot du récit de la Transfiguration une signification
d’une cruauté insupportable.
Il convient d’ajouter encore cette précision : la bombe atomique
fut lancée par un peuple chrétien sur un peuple qui ne l’était pas. »
Décembre 2000 : Pierre Lellouche
Né en 1951, avocat et homme politique français, député
UMP de Paris, ex-secrétaire d’État chargé des Affaires
européennes puis du Commerce extérieur.
Regrette que le « budget de la Défense soit en quelque
sorte examiné à huis clos » et mentionne sa crainte que cela
conduise « tout droit à un choix entre forces de dissuasion et
forces de projection, qui commencent à être réduites de façon
significative. (…)
La grande différence entre la situation de notre défense et
celle du Royaume-Uni tient au fait que le dispositif nucléaire
britannique est peu coûteux, ou en tout cas beaucoup moins que
le nôtre. L'Allemagne, elle, n'a pas de dispositif nucléaire du tout :
c'est donc paradoxalement l'armée allemande qui deviendra la
première armée d'Europe ! »
Janvier 2007 :
Nuclear Security Project
Le 4 janvier 2007 est publiée dans le Wall Street Journal une
tribune signée par quatre anciens hauts responsables états-
uniens de politique étrangère et de défense : Henry A. Kissinger et George
P. Shultz (tous deux ex-Secrétaires d’État aux Affaires étrangères) , William
J. Perry (ex- Secrétaire d’État à la Défense), et Sam Nunn (ex- Président
de la Commission des Forces armées au Sénat). Elle présente le Nuclear
Security Project ou NSP, Projet pour la sécurité nucléaire.
La tribune appelle à « infléchir la dépendance du monde vis-à-vis
des armes nucléaires, à empêcher leur prolifération dans des mains
potentiellement dangereuses et, finalement, à les éliminer comme source
de menace pour le monde ». Les quatre anciens responsables états-uniens
prônent notamment un fort soutien au Traité de non-prolifération nucléaire
(TNP), tout en formulant une liste de propositions concrètes.
La Nuclear Threat Initiative sert de coordinateur du NSP, en
coopération avec la Hoover Institution de l'Université de Stanford.
Des dirigeants du monde entier, y compris l'ancien secrétaire d'État
Colin Powell, le président Barack Obama et le Conseil de sécurité des
Nations Unies, approuveront la vision et les étapes définies par le projet de
sécurité nucléaire.
Janvier 2008 : Global zero
Global Zero est lancé à Paris en décembre 2008 par plus de 100 diri-
geants politiques, civiques et militaires, aujourd’hui plus de 300. Ils annoncent un
plan-cadre pour l'élimination des armes nucléaires, en commençant par des
réductions importantes des arsenaux américains et russes.
Des lettres signées par plus de 90 membres de Global Zero sont remises
au président des États-Unis Barack Obama et au président de la Fédération de
Russie Dmitri Medvedev, les exhortant à s'engager pour l'élimination des armes
nucléaires. promeut un retrait progressif et une vérification pour la destruction de
tous les appareils détenus par les membres officiels et non officiels du club
nucléaire.
Les objectifs comprennent le lancement de négociations bilatérales entre
les États-Unis et la Russie pour des réductions à 1 000 ogives au total chacune
et des engagements des autres pays dotés d'armes nucléaires clés à participer à
des négociations multilatérales pour des réductions progressives des arsenaux
nucléaires. Global Zero s'efforce d'élargir le dialogue diplomatique avec les
gouvernements clés et de continuer à élaborer des propositions politiques sur les
questions critiques liées à l'élimination des armes nucléaires.
Photo du bas : Le président américain Barack Obama et son homologue russe Dmitri Medvedev,
à Prague en avril 2010, signent un nouveau traité de réduction de leurs arsenaux nucléaires. Ce "nouveau
Start" prend le relais du Strategic Arms Reduction Treaty (Start) de 1991.
2009 : Michel Rocard
(1930-2016), homme politique français. Premier ministre (1988-
1991), premier secrétaire du ‘Parti socialiste’ (1993-1994), député
européen puis sénateur.
Dans une tribune libre du quotidien Le Monde du 15.09.2009
intitulée : "Pour un désarmement nucléaire mondial, seule réponse à la
prolifération anarchique", Michel Rocard et Alain Juppé (photo du bas) disent
leur conviction que l'arme nucléaire a fait son temps et qu'il convient d'en
"réexaminer le rôle".
Le 19 juin 2012, sur BFM.TV, il déclare : « Tous les gouverne-
ments depuis toujours et surtout tous les partis politiques qui font
campagne disent toujours qu’il faut couper dans les dépenses publiques,
elles ne disent jamais dans lesquelles. Alors, je vais jouer les
provocateurs. Moi, j’ai une idée. On supprime la dissuasion nucléaire, 16
milliards d’euros par an* qui ne servent absolument à rien. »
* ce chiffre, en réalité, correspond au coût de la dissuasion sur cinq ans…
Le 26 juin, revenant sur sa « petite phrase », M. Rocard déclare sur France Inter : « J’ai fait là
une boutade. Le sujet est si lourd que, s’il faut le mettre en cause, il faudra le faire prudemment et
avec du temps pour discuter, du temps pour s’écouter avec des arguments sérieux et des
démonstrations. »
Michel Rocard et Georges Le Guelte
« La politique actuelle est celle d’un refus obstiné du désarmement
nucléaire, justifié par un discours faussement rassurant et qui fournit
des arguments à tous les proliférateurs. Elle donne l’impression que
son objectif essentiel est de conserver à n’importe quel prix un
moyen de destructions obsolète, inutile et dangereux, pour des
raisons n’ayant aucun rapport avec la sécurité du pays et de sa
population. »
Michel Rocard et Georges Le Guelte,
Le Monde, 4 mai 2010
Mai 2010 : Michel Dubost
Né en 1942, Français, fils d’un général d’artillerie, Sciences Po
Paris, évêque catholique du diocèse d'Évry Corbeil-Essonne (2000-
2017), membre du ‘Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux’,
directeur des ‘Œuvres Pontificales Missionnaires’ en France.
Auditeur de l’IHEDN, évêque aux Armées françaises d’août
1989 à avril 2000, ex-président de la commission Justice et Paix
France.
« Nous pouvons légitimement, aujourd’hui, nous interroger sur
la nécessité de posséder une arme atomique, car, à vue humaine, il
n’y a pas d’ennemi réel (de toute façon, on ne lutte pas contre le
terrorisme avec une bombe) ».
(10 mai 2010)
Octobre 2011 : Mikhaïl Gorbatchev
Né en 1931, l’homme d'État russe dirige l'URSS entre 1985 et
1991.
Résolument réformateur, il s'engage à l'extérieur vers la fin de la
guerre froide, et lance à l'intérieur la libéralisation économique,
culturelle et politique : glasnost (transparence) pour supprimer les
reliquats de stalinisme et perestroïka (restructuration) pour combattre
la stagnation économique.
En mai 1988, il retire les troupes soviétiques d'Afghanistan. Il se
montre hélas impuissant à maîtriser les évolutions qu'il a lui-même
enclenchées. Prix Nobel de la Paix en 1990. Sa démission marque le
point final de l'implosion de l'URSS, précédée de deux ans par l'effon-
drement des démocraties populaires en Europe de l'Est.
« Dans un monde caractérisé par de nouvelles menaces, les
armes nucléaires ne résolvent pas les réels problèmes de sécurité
auxquels l’époque nous confronte : en réalité, elles ne font que rendre
la situation de plus en plus dangereuse. »
(octobre 2011, 25ème anniversaire du sommet de Reykjavik)
Juin 2012 : Vincent Desportes
Né en 1953, Français, général de division de l’Armée de Terre,
commandant du ‘Centre de doctrine et d'emploi des forces’ (2005-2008),
directeur du ‘Collège interarmées de défense’ - CID (2008 -2010),
codirecteur de la collection Stratégies & doctrines, professeur associé à
l’Institut d’Études Politiques de Paris
« L’armement conventionnel est plus dissuasif face aux nouvelles
menaces. Il n’y a plus d’argent (…)
Si on ne touche pas à la dissuasion, il n’est pas possible de faire le
nouveau Livre Blanc. Il n’y a plus d’intérêt à garder une arme qui coûte
20 % du budget et n’a aucune chance de servir. » ../..
Le Monde, 23 juin 2012. Le général Desportes s’est rétracté 5 jours plus
tard (Le Monde du 28 juin 2012) dans un langage plus "militairement correct" :
« Je n’ai jamais émis une idée aussi radicale et demeure partisan de la
dissuasion française. J’estime en revanche qu’il est nécessaire de faire
évoluer notre dogme et conduire une réflexion de fond ».
Vincent Desportes
- Faut-il alors remettre en question la dissuasion nucléaire ?
- Du moins faut-il veiller à ce qu’elle ne devienne pas notre
nouvelle ligne Maginot. Cette arme de non-emploi n’est utile que si on
dispose d’une armée d’emploi, seule à même de prévenir son
contournement et de faire face aux multiples enjeux sécuritaires infra-
nucléaires. Or, le nucléaire, qui mobilise environ 20% du budget
d’investissement des armées, est une des premières victimes de
l’inflation technologique ; il pourrait rapidement atteindre 30% des
dépenses militaires compte tenu des renouvellements de programmes
prévus dans les dix ans à venir.
Il est temps de maîtriser une dérive perverse pour la défense
française et d’envisager enfin la défense de manière globale. En ce sens,
la sacralisation actuelle du nucléaire est une des plus graves menaces
sur la sécurité des Français.
(Interview site Internet Les Échos, 26.10.2015)
Octobre 2013 : Jean-Claude Thomann
Né en 1947, diplômé de l’école militaire de St Cyr. Opérations au
Tchad, Rwanda, Kurdistan, Cameroun, Sénégal, Bosnie-Herzégovine,
Kosovo. Commandement de la ‘Force d’Action Terrestre’, général de
corps d'armée (en retraite).
Fait circuler en octobre 2013 le Manifeste des Sentinelles de
l’agora pour la sauvegarde des armées, qui "regroupe de manière
informelle des officiers généraux et supérieurs des trois armées, de
sensibilités diverses, mais ayant de multiples expertises et membres de
nombreuses associations et institutions de Défense."
Ce Manifeste, qui préconise aussi "des citoyens en armes",
demande "un budget décent qui permette à nos soldats de disposer de
l’entraînement et des équipements nécessaires, et au politique de
s’engager sans le soutien déterminant des États-Unis, tout en évitant le
stupide tout ou rien nucléaire."
Décembre 2013 : Hervé Morin
Né en 1961, homme politique français. Député de l'Eure,
président du ‘Nouveau Centre’, ministre de la Défense des deux
premiers gouvernements François Fillon (2007-2010), Président du
Conseil régional de Normandie et Président des Régions de France.
Affirme la nécessité d’abandonner la seconde composante de
la dissuasion nucléaire française, les Forces aériennes stratégiques.
« Le nucléaire, c’est 20 à 25 % des crédits d’équipement des
armées (…) Que va-t-il rester pour les armées conventionnelles, dont
nous avons besoin tous les jours ? (…) . La deuxième question (…)
est celle de la nécessité de maintenir deux composantes pour assurer
notre sécurité et notre souveraineté. (…) Les Anglais se sentent-ils
tant en danger avec une seule composante ? (…) Dans quel schéma
de crise une seule composante ne suffirait-elle pas pour nous
protéger de toute agression contre nos intérêts vitaux ? François
Mitterrand (…) avait su supprimer la composante terrestre. »
../..
Hervé Morin
* « Se pose à mon sens sur le long terme, sans naïveté, la
question de l’abolition de l’arme nucléaire sur la planète. Je continue, je
le disais quand j’étais ministre, mais je le disais bien entendu en cercle
fermé (...)
Le discours international qui consiste à considérer que nous
sommes les seuls, en fonction d’une histoire révolue, à pouvoir se doter
de l’arme nucléaire et empêcher des puissances plus importantes, plus
influentes que la nôtre, de s’en doter est un discours qui ne tiendra pas,
je suis convaincu de cela, quel que soit le succès diplomatique sur
l’Iran. Et si on veut éviter un jour la nuit froide du nucléaire dans 20, 30
ou 50 ans, nous devons, nous Européens, ouvrir la question du
désarmement nucléaire total de la planète. (...)
Pour moi, si on veut éviter la prolifération, la question que nous
devons poser, dans le cadre d’une grande initiative diplomatique qui
pourrait être européenne, c’est celle-là. (…)
Qu’on ne nous dise pas que c’est un schéma impossible. Je
vous rappelle que nombre de pays ont fini par renoncer à l’arme
nucléaire dans l’histoire récente.
Hervé Morin
* (...) Donc je défends, pour ma part, l’idée qu’il serait un
beau message de paix, qui a d’ailleurs été emprunté par le
président Obama (...), et aussi, cela m’avait échappé, par d’anciens
Premiers ministres de la République française, Alain Juppé et
Michel Rocard. Il y a là un vrai message et une vraie question qui
mérite d’être posée, non pas sur le court terme, mais sur le moyen
terme, sans naïveté et en mettant Russes et Américains face à leur
responsabilité. »
* Lors du colloque "Quel avenir pour la dissuasion nucléaire française face
aux défis et aux changements géostratégiques d’aujourd’hui et de demain ?",
organisé par le Club "Participation et progrès", le 9 décembre 2013, à
l’Assemblée Nationale, à l’initiative de son président, Pierre Pascallon,
ancien député (RPR, Puy-de-Dôme, photo du bas), en collaboration avec les
revues "Défense Nationale" et "Défense et Sécurité Internationale".
Concluant la table ronde introduite par Hervé Morin, Michel
Rocard déclare sans ambages : « La dissuasion nucléaire est une
arme inutile et dangereuse ».
Mai 2019 : Renata Dwan
Née en 1969, Irlandaise, doctorat en relations internationales de
l’Université d’Oxford (Royaume-Uni). Directrice du programme sur les
conflits armés et la gestion des conflits du Stockholm International
Peace Research Institute – SIPRI (1999-2005). Pendant 12 ans,
assistante spéciale du Secrétaire général de l’ONU pour les opérations
de paix. Depuis janv. 2018 directrice de l'Institut des Nations Unies pour
la recherche sur le désarmement (UNIDIR).
En mai 2019, alerte les États membres de l’ONU sur le risque
exceptionnellement élevé d’une guerre nucléaire, affirme que le risque
d’utilisation de l’arme nucléaire est à son maximum depuis la fin de la
Seconde Guerre mondiale. Les puissances nucléaires qui font le choix
de moderniser leurs arsenaux, dit-elle, sont en porte-à-faux avec les
122 États ayant signé le TIAN en 2017, et qui plus est avec les 23
l’ayant déjà ratifié. La finalisation récente du nouveau missile nucléaire
russe Satan-2 démontre l’inconséquence des puissances nucléaires et
de leur course aux armements qui pourrait mener à un conflit nucléaire
à différents points de tension autour du globe (États baltes, Corée du
Nord, Iran, Taïwan)
Photos du haut : missile nucléaire russe Satan 2, réponse au programme états-unien
Prompt Global Strike (frappe planétaire rapide), peut contenir 12 têtes nucléaires, « pourrait
raser le Texas ou la France en quelques secondes » selon les informations de la TV russe…
Octobre 2020 : Mark Milley
Mark Alexander Milley, général états-unien, est chef d'État-Major des
armées des États-Unis depuis sept. 2019.
Le plus haut gradé du Pentagone s'inquiète tellement de l'état
mental du président Donald Trump dans les derniers jours de son mandat
qu'il prend secrètement des mesures pour éviter une guerre avec la Chine.
Le livre Peril, de Bob Woodward et Robert Costa, journalistes du Washing-
ton Post, qui rapporte ces faits, est basé sur les témoignages anonymes
de 200 responsables états-uniens.
Les services de renseignement américains ayant conclu que la
Chine considérait une attaque américaine comme imminente, le chef
d'état-major appelle son homologue chinois, le général Li Zuocheng, à
deux reprises : le 30 octobre 2020, un peu avant le scrutin présidentiel
états-unien, et le 8 janvier 2021, deux jours après l'assaut des partisans
de Donald Trump contre le Capitole*.
« Général Li, je veux vous assurer que l’État américain est stable et
que tout va bien se passer. Nous n’allons pas vous attaquer ni mener
d’opérations militaires contre vous.»
Il fait aussi promettre à ses adjoints de ne pas obéir immédiatement
à un éventuel ordre extrême de Donald Trump.
* Ce deuxième appel intervient au lendemain d’une conversation téléphonique avec la
présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, qui voulait s’assurer que Donald Trump
ne puisse pas utiliser les codes nucléaires.
Mai 2021 : Jean-Louis Bourlanges
Né en 1946, homme politique français. Ancien membre de la
‘Cour des comptes’ et député européen de 1989 à 2007.
Député MODEM des Hauts-de-Seine depuis 2017, président de
la Commission des Affaires étrangères à l’Assemblée Nationale.
Invité à l’émission ‘Questions politiques’ sur France Inter avec Le
Monde le 16 mai 2021, il déclare :
« Regardez la prolifération nucléaire (…). Ce qui est absolument
fascinant et terriblement inquiétant, c’est qu’on observe à nouveau un
développement des armes nucléaires, mais - grande différence avec ce
qui se passait avant - les dirigeants n’ont pas de doctrine.
Avant, ils disaient : "On a l’arme nucléaire, on s’en servira dans
tel cas" : tout le monde savait ce qu’ils feraient ou ne feraient pas et on
pouvait construire une politique de paix.
Maintenant ils disent : "On a l’arme nucléaire, et puis on verra
bien !". Quand tout le monde a une arme nucléaire et dit « On verra
bien !" , on risque de voir des choses assez abominables. »
2021 : Jean-Marc Le Page
Né en 1971, enseignant français. Professeur agrégé et docteur en
histoire, diplômé de l’IEP de Paris, professeur au lycée de Kerraoul à
Paimpol, chercheur associé à l’unité de recherche ‘Tempora’ de l’univer-
sité Rennes 2. Spécialiste de la guerre d’Indochine, d’histoire du rensei-
gnement et de la guerre froide en Asie, essaye de faire le point sur les
crises iraniennes et nord-coréennes.
Son livre La Bombe atomique. De Hiroshima à Trump (2021),
recense l'ensemble des crises qui, depuis 1945 ont pu réellement laisser
craindre que la planète renoue avec les effets dévastateurs des champi-
gnons atomiques. Il évoque notamment la guerre de Corée (1950-1953),
la crise de Suez entre les USA et l’URSS (nov. 1956), celle du détroit de
Formose entre Taïwan et la Chine populaire (1954-1958), celles des
missiles de Cuba (1962), la guerre sino-soviétique (1969), la guerre du
Kippour (1973), la crise russo-américaine (Able Archer 1983) ; la montée
de la tension entre le Pakistan et l'Inde autour du Cachemire entre 1983
et 1999, qui a sans doute été celle qui a conduit le monde au plus près de
l'apocalypse.
L'auteur en fin d'ouvrage dresse une liste des accidents : avions à
l'entraînement ou en alerte stratégique tombant avec leurs bombes, sous-
marins lance-engins mal conçus s'enfonçant dans les abysses.
« Il s'en est fallu de peu que le monde sombre dans l'apocalypse. Un
risque qui n'est toujours pas écarté. »
2022 : Léonidas Kalogeropoulos
Léonidas Kalogeropoulos est président de Médiation & Arguments’,
fondateur des ‘Entrepreneurs pour la République’ et vice-président de
l’association ‘Ethic - Entreprises de Taille Humaine Indépendantes et de
Croissance’. Le 22 mars 2022, presque un mois après l’agression de V.
Poutine en Ukraine, il écrit dans le quotidien économique La Tribune :
« Ce devait être la riposte du faible au fort. La dissuasion nucléaire
devait rendre les agressions impossibles parce que la menace nucléaire se
devait de rendre le coût du recours aux armes trop élevé. Le risque d'un
cataclysme dévastateur devait impliquer pour tout agresseur potentiel que la
raison l'emporterait sur toute visée belliqueuse ; l'attaquant potentiel se
sachant menacé d'une déflagration sur son propre territoire, aucun apprenti
va-t-en-guerre ne s'aventurerait à tirer le premier.
Le retour à la réalité se fait violemment sous nos yeux. Le bouclier
nucléaire ne protège qu'un seul protagoniste : l'agresseur ! Loin
d'empêcher l'attaque du faible par le fort, l'arme nucléaire ne dissuade que
d'une chose : elle prohibe toute intervention de forces alliées pour venir en
aide à la victime, dont nous sommes condamnés à assister impuissants à
l'écrasement par les armes, sous peine de transformer une guerre
territoriale en guerre mondiale.
2022 : Léonidas Kalogeropoulos
« L'agresseur du Kremlin avait déjà testé le prototype de sa méthode en Syrie, puis
en Crimée. Les condamnations étant restées symboliques ou à tout le moins indolores, il
est sous nos yeux en train d'industrialiser une méthode désormais bien rodée, livrant une
leçon de conquête militaire à tous ceux qui sur la planète sont encore tentés de s'appuyer
sur la force militaire pour étendre les limites de leur Empire.
Dans ce nouveau contexte, la riposte économique mise en place depuis trois
semaines se doit elle aussi de s'intensifier et de s'industrialiser à grande vitesse, pour
s'ériger en nouvelle arme de dissuasion apte à faire reculer des puissances tentées
d'agresser leur voisin pour les soumettre par les armes. (…)
Pour que cette nouvelle riposte prenne la dimension d'une arme de dissuasion
massive, elle doit être consacrée dès à présent dans toute sa radicalité, ce qui suppose un
embargo immédiat et absolu sur le gaz russe, quel qu'en soit les conséquences pour nous,
qui seront toujours plus faibles que celles qui s'abattent quotidiennement sur la population
civile ukrainienne. »
Photos : La ville ukrainienne de Marioupol bombardée
Logo et installations industrielles de l’entreprise russe Gazprom
2023 : le film "Oppenheimer" de Christopher Nolan
Christopher Nolan, né 1970, est un réalisateur, scénariste, monteur
et producteur de cinéma britannico-étatsunien. Son film Oppenheimer,
sorti en juillet 2023, relate le projet Manhattan des États-Unis sous la
direction du physicien nucléaire pendant la 2ème Guerre mondiale. Le film
d’une durée de 3 heures, doté d'un budget de 100 millions de dollars,
avec Cillian Murphy dans le rôle principal, se situe entre thriller et
réflexion morale.
Nolan commente que l’histoire "n’apporte pas des réponses faciles à
ces questions", mais permet selon lui de montrer "où se situent certaines
de ces responsabilités". Il évoque même la possibilité "terrifiante" que les
systèmes d‘intelligence artificielle soient utilisés dans des infrastructures
défensives, y compris en tant que responsables des armes nucléaires...
Kai Bird, coauteur avec Martin J. Sherwin du livre American
Prometheus : The Triumph and Tragedy of J. Robert Oppenheimer, dont
s'inspire le film, ne tarit pas d'éloges sur le film : « Pour le moment, je suis
encore sous le choc et je me remets petit à petit de ma séance. (…)
J'espère que ce film permettra de relancer un débat national, voire
mondial, sur les dangers contre lesquels Oppenheimer a voulu désespé-
rément nous mettre en garde. »
1 sur 38

Recommandé

Armes nucléaires. — 04. Date et figures de la résistance à l’arme nucléaire ... par
Armes nucléaires. — 04. Date et figures de la résistance  à l’arme nucléaire ...Armes nucléaires. — 04. Date et figures de la résistance  à l’arme nucléaire ...
Armes nucléaires. — 04. Date et figures de la résistance à l’arme nucléaire ...Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits
28 vues79 diapositives
Armes nucléaires. — 08. Les combats non-violents pour le désarmement nucléair... par
Armes nucléaires. — 08. Les combats non-violents pour le désarmement nucléair...Armes nucléaires. — 08. Les combats non-violents pour le désarmement nucléair...
Armes nucléaires. — 08. Les combats non-violents pour le désarmement nucléair...Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits
297 vues54 diapositives
Préparer la défense civile non-violente. — 08. Définition et schéma d’une déf... par
Préparer la défense civile non-violente. — 08. Définition et schéma d’une déf...Préparer la défense civile non-violente. — 08. Définition et schéma d’une déf...
Préparer la défense civile non-violente. — 08. Définition et schéma d’une déf...Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits
47 vues54 diapositives
Armes nucléaires. — 03. Figures de la résistance à l’arme nucléaire. De 1869 ... par
Armes nucléaires. — 03. Figures de la résistance à l’arme nucléaire. De 1869 ...Armes nucléaires. — 03. Figures de la résistance à l’arme nucléaire. De 1869 ...
Armes nucléaires. — 03. Figures de la résistance à l’arme nucléaire. De 1869 ...Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits
657 vues62 diapositives
Armes nucléaires. — 01. Les sept vices de la dissuasion nucléaire par
Armes nucléaires. — 01. Les sept vices de la dissuasion nucléaireArmes nucléaires. — 01. Les sept vices de la dissuasion nucléaire
Armes nucléaires. — 01. Les sept vices de la dissuasion nucléaireInstitut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits
113 vues69 diapositives
Armes nucléaires. — 03. Dates et figures de la résistance à l’arme nucléaire ... par
Armes nucléaires. — 03. Dates et figures de la résistance à l’arme nucléaire ...Armes nucléaires. — 03. Dates et figures de la résistance à l’arme nucléaire ...
Armes nucléaires. — 03. Dates et figures de la résistance à l’arme nucléaire ...Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits
43 vues74 diapositives

Contenu connexe

Similaire à Armes nucléaires. — 06. Quelques personnalités qui ont remis ou remettent en cause la dissuasion nucléaire

plan détaillé seconde guerre mondiale par
plan détaillé seconde guerre mondialeplan détaillé seconde guerre mondiale
plan détaillé seconde guerre mondialeThomas Galoisy
21.6K vues7 diapositives
Correction ds par
Correction dsCorrection ds
Correction dsferrierregis
4.3K vues17 diapositives
2 ts usa depuis 1918 par
2 ts usa depuis 19182 ts usa depuis 1918
2 ts usa depuis 1918Compagnonjbd
2.5K vues229 diapositives
Diaporama puissance usa 1945 à nos jours par
Diaporama puissance usa 1945 à nos joursDiaporama puissance usa 1945 à nos jours
Diaporama puissance usa 1945 à nos jourspilou06
15.5K vues81 diapositives
Préparer la défense civile non-violente. — 01. Une alternative à la défense a... par
Préparer la défense civile non-violente. — 01. Une alternative à la défense a...Préparer la défense civile non-violente. — 01. Une alternative à la défense a...
Préparer la défense civile non-violente. — 01. Une alternative à la défense a...Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits
125 vues30 diapositives
Intervention civile de paix. — 01. L’ICP : définition, principes, modalités, ... par
Intervention civile de paix. — 01. L’ICP : définition, principes, modalités, ...Intervention civile de paix. — 01. L’ICP : définition, principes, modalités, ...
Intervention civile de paix. — 01. L’ICP : définition, principes, modalités, ...Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits
13 vues30 diapositives

Similaire à Armes nucléaires. — 06. Quelques personnalités qui ont remis ou remettent en cause la dissuasion nucléaire(20)

plan détaillé seconde guerre mondiale par Thomas Galoisy
plan détaillé seconde guerre mondialeplan détaillé seconde guerre mondiale
plan détaillé seconde guerre mondiale
Thomas Galoisy21.6K vues
Diaporama puissance usa 1945 à nos jours par pilou06
Diaporama puissance usa 1945 à nos joursDiaporama puissance usa 1945 à nos jours
Diaporama puissance usa 1945 à nos jours
pilou0615.5K vues
La Sgm par origene
La SgmLa Sgm
La Sgm
origene596 vues
Ba par M.C.D
BaBa
Ba
M.C.D240 vues
Fiche 909 par origene
Fiche 909Fiche 909
Fiche 909
origene589 vues
ladeuximeguerremondiale-110401222543-phpapp02.pptx par darouich1
ladeuximeguerremondiale-110401222543-phpapp02.pptxladeuximeguerremondiale-110401222543-phpapp02.pptx
ladeuximeguerremondiale-110401222543-phpapp02.pptx
darouich17 vues
Projet Manhattan par arayzal
Projet Manhattan Projet Manhattan
Projet Manhattan
arayzal2.7K vues
La Guerre froide (1945 - 1991) par mlaugel
La Guerre froide (1945 - 1991)La Guerre froide (1945 - 1991)
La Guerre froide (1945 - 1991)
mlaugel3.9K vues

Plus de Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits

Justice, pardon et réconciliation. — 08. Institutions en faveur de la justice... par
Justice, pardon et réconciliation. — 08. Institutions en faveur de la justice...Justice, pardon et réconciliation. — 08. Institutions en faveur de la justice...
Justice, pardon et réconciliation. — 08. Institutions en faveur de la justice...Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits
2 vues42 diapositives
Mémoire et reconnaissance de crimes du passé. — 12e. Mémoire des guerres : le... par
Mémoire et reconnaissance de crimes du passé. — 12e. Mémoire des guerres : le...Mémoire et reconnaissance de crimes du passé. — 12e. Mémoire des guerres : le...
Mémoire et reconnaissance de crimes du passé. — 12e. Mémoire des guerres : le...Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits
5 vues18 diapositives
Mémoire et reconnaissance de crimes du passé. — 12d. Mémoire des guerres : le... par
Mémoire et reconnaissance de crimes du passé. — 12d. Mémoire des guerres : le...Mémoire et reconnaissance de crimes du passé. — 12d. Mémoire des guerres : le...
Mémoire et reconnaissance de crimes du passé. — 12d. Mémoire des guerres : le...Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits
5 vues23 diapositives
Mémoire et reconnaissance de crimes du passé. — 12c. Mémoire des guerres : la... par
Mémoire et reconnaissance de crimes du passé. — 12c. Mémoire des guerres : la...Mémoire et reconnaissance de crimes du passé. — 12c. Mémoire des guerres : la...
Mémoire et reconnaissance de crimes du passé. — 12c. Mémoire des guerres : la...Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits
6 vues19 diapositives
Mémoire et reconnaissance de crimes du passé. — 12b. Mémoire des guerres : la... par
Mémoire et reconnaissance de crimes du passé. — 12b. Mémoire des guerres : la...Mémoire et reconnaissance de crimes du passé. — 12b. Mémoire des guerres : la...
Mémoire et reconnaissance de crimes du passé. — 12b. Mémoire des guerres : la...Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits
6 vues16 diapositives

Plus de Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits(20)

Armes nucléaires. — 06. Quelques personnalités qui ont remis ou remettent en cause la dissuasion nucléaire

  • 1. Série ‘Vers une politique de sécurité et de paix au XXIème siècle’ 1 – Sous-série ‘Les armes nucléaires’ Diaporama n° 6 6 - Quelques personnalités qui ont remis ou remettent en cause la dissuasion nucléaire ou se posent des questions à son sujet Étienne Godinot - 30.07.2023
  • 2. Abolir l’arme nucléaire : un ensemble de neuf diaporamas 1 - Les sept vices de la dissuasion nucléaire 2 - Pour un désarmement nucléaire de la France dans le cadre du TIAN 3 - Figures de la résistance à l’arme nucléaire - 1869-1925 4 - Figures de la résistance à l’arme nucléaire - de 1926 à 1945 5 - Figures de la résistance à l’arme nucléaire - depuis 1946 6 - Quelques personnalités qui ont remis ou remettent en cause la dissuasion nucléaire ou se posent des questions à son sujet 7 - La position de l’Église catholique et des Églises chrétiennes sur l’arme nucléaire 8 - Les combats non-violents pour le désarmement nucléaire en France. Rappel : ce diaporama fait partie de la sous-série 1 - ‘Abolir l’arme nucléaire’ qui fait elle-même partie de la série ‘Vers une politique de sécurité et de paix au XXIème siècle’ sur irnc.org
  • 3. 1961 : Dwight Eisenhower (1890-1969), général, commandant en chef du Supreme Head- quarters Allied Expeditionary Force (quartier général des forces alliées en Europe nord-occidentale). Président des États-Unis (janvier 1953-janvier 1961). Le plus célèbre des militaires et des hommes politiques à avoir dénoncé le « complexe militaro-industriel », qu’il faudrait appeler plutôt complexe militaro-scientifico-industriel. Son discours télévisé de fin de mandat, prononcé le 17 janvier 1961, reste connu sous le nom de Military-Industrial Complex Speech : « Dans les conseils du gouvernement, nous devons prendre garde à l'acquisition d'une influence illégitime, qu'elle soit recherchée ou non, par le complexe militaro- industriel. Le risque d'un développement désastreux d'un pouvoir usurpé existe et persistera. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos libertés ou nos processus démocratiques. Nous ne devrions rien prendre pour acquis. Seule une population alerte et bien informée peut obliger à mettre en adéquation avec nos méthodes et nos objectifs pacifiques, la sécurité et la liberté.» Image du haut : Brouillon annoté du discours de fin de mandat du 17 janvier 1961 Image du bas : Eisenhower pendant son discours
  • 4. 1961 : John Fitzgerald Kennedy (1917-1963), 35ème président des États-Unis. La crise des missiles de Cuba (octobre 1962, dessin du bas), qui oppose les États- Unis et l'Union soviétique au sujet des missiles nucléaires soviétiques pointés sur le territoire des États-Unis depuis l'île de Cuba, mène les deux blocs au bord de la guerre nucléaire. Signe en octobre 1963 un traité d'interdiction partielle des essais nucléaires dans l'atmosphère pour lutter contre la prolifération des armements et contre les effets à long terme des retombées radioactives. Assassiné en novembre 1963. « Aujourd’hui, tout habitant de cette planète doit contempler le jour où cette planète ne serait peut-être plus habitable. Tout homme, toute femme et enfant vit sous l’épée nucléaire de Damoclès, retenue par le fil le plus fin, pouvant être coupé à tout moment par accident, par erreur de calcul ou par folie. Les armes de guerre doivent être abolies avant qu’elles ne nous abolissent. » (1961)
  • 5. 1962 : Vassili Arkhipov En décembre 1961, l’officier russe Vassili Arkhipov (1926-1998) est affecté à la 69e brigade de la Flotte du Nord. En octobre 1962, dans le cadre de l'opération Anadyr lors de la crise des missiles de Cuba, il est envoyé avec son équipe à Cuba et sert à bord du sous-marin B-59, équipé d'une ogive nucléaire (image du haut). Peu avant le départ du B-59, Vassili Arkhipov avait demandé à son supérieur, l'amiral Vladimir Fokhine, dans quel cas utiliser l'arme nucléaire. La réponse n'avait pas été très claire, le sous-marin devant utiliser son arme nucléaire en cas de dommages qui lui seraient portés (trou dans la coque) ou sur ordre spécial de Moscou. Le 27 octobre 1962, Valentin Savitsky, l’un des 3 commandants du sous-marin, ordonne ses hommes de préparer le lancement de la torpille nucléaire, mais il doit recevoir l’approbation des deux autres commandants. Si Ivan Maslennikov donne rapidement son accord, Vassili Arkhipov refuse catégoriquement, et évite très probablement une guerre nucléaire. Il faudra attendre 2002 pour cette affaire soit révélée par l’un des officiers présents à bord.
  • 6. 1969 : Charles de Gaulle (1890-1970), militaire, Résistant, homme d'État et écrivain français. Président de la République de janvier 1959 à avril 1969. Un des principaux promoteurs* de la dissuasion nucléaire française, conçue comme moyen d’assurer la sécurité et d’affirmer la grandeur de la France. Affirme en 1963 qu’« un pays qui n’a pas la puissance atomique est obligé de s’en remettre, pour sa sécurité et son indépendance, à un autre qui l’a ! ». La conséquence logique de cette affirmation est que les 193 pays de la planète devraient aujourd’hui avoir chacun la bombe atomique pour ne pas dépendre d’un autre pays … ../.. * C'est en fait le gouvernement de Pierre Mendès France qui s’est prononcé en faveur du développement d'un programme nucléaire militaire français après le rejet de la Communauté Européenne de Défense (CED) par l'Assemblée nationale française le 30 août 1954. Image du haut : Le 14 septembre 1966, le général de Gaulle, en tenue spéciale anti- radiations, entouré d’Alain Peyrefitte, de Pierre Messmer et du général Pierre Billotte, assiste depuis la passerelle du croiseur ‘De Grasse’ à l'explosion de la troisième bombe nucléaire française dans le Pacifique.
  • 7. Charles de Gaulle Le général a été plus inspiré quand, en 1932, dans Le fil de l’épée, il s’insurgeait contre le dogmatisme des états-majors : « Croire que l’on est en possession d’un moyen d’éviter les périls et les surprises des circonstances et de les dominer, c’est procurer à l’esprit le repos auquel il tend sans cesse, l’illusion de pouvoir maîtriser le mystère de l’inconnu ». Ou quand, alors colonel, il a dénoncé en 1939 la fausse sécurité de la ligne Maginot. Et aussi quand il a déclaré « Un jour, la bombe partira sans qu’on sache pourquoi ! » Cette phrase est citée par Jean Toulat dans son livre La bombe ou la vie*. Jean Toulat (1915-1994), ancien Résistant, prêtre et journaliste honnête, ne précise malheureusement pas où et quand le général a prononcé cette phrase. Probablement cela lui a-t-il été rapporté par un proche du général qu’il n’a pas pu citer. * Fayard, 1969, en 4ème de couverture et en p. X de l’introduction
  • 8. 1976 : Raymond Aron (1905-1983), philosophe, sociologue, politologue, historien et journaliste français, issu d’une famille juive. Résistant, rédacteur à la revue Combat, puis au quotidien Le Figaro, et, durant ses dernières années, à L'Express. Ses convictions libérales et atlantistes lui attirent de nombreuses critiques, venant des partisans gauche comme de droite. « Toutes les spéculations sur les armes nucléaires se donnent, par hypothèse, le consentement à l’emploi des armes nucléaires contre les populations civiles, voire en certaines circonstances, la résolution d’un tel emploi, en lui-même monstrueux. La raison des stratèges nucléaires est, par essence, immorale, puisqu’elle accepte ou décide conditionnellement un acte pervers : l’extermination de millions d’êtres humains. Je reconnais la force de cette objection; en une certaine mesure, je la tiens pour irrécusable. (…) La menace, même conditionnelle, de les employer n’en est pas moins monstrueuse puisque la mise à exécution de la menace le serait. »
  • 9. 1969 : Donald Brennan L’expression "destruction mutuelle assurée" (Mutual Assured Destruction : MAD ) est forgée en 1969 par Donald Brennan, un stratège travaillant à l'Hudson Institute fondé par Herman Kahn*, pour lequel l'acronyme mad (en anglais, « fou ») résume l'absurdité de la stratégie Assured Capability of Destruction proposée par le secrétaire étatsunien à la Défense Robert MacNamara. Détenir des armes capables de détruire les deux belligérants et la société toute entière est pour lui totalement irrationnel et fou. La destruction mutuelle assurée est une doctrine de stratégie militaire et de politique de sécurité nationale qui postule qu'une utilisation à grande échelle d' armes nucléaires par un attaquant sur un défenseur doté d'armes nucléaires avec des capacités de seconde frappe entraînerait l'anéantissement complet à la fois de l'attaquant et de l’attaqué. Elle est basée sur la théorie de la dissuasion rationnelle, selon laquelle la menace d'utiliser des armes puissantes contre l'ennemi empêche l'utilisation par l'ennemi de ces mêmes armes. La stratégie est une forme d'équilibre de Nash* dans laquelle, une fois armée, aucune des parties n'a d'incitation à déclencher un conflit ou à désarmer. * Herman Kahn ( 1922-1983), futurologue étatsunien, penseur de la géostratégie et théoricien des systèmes ** John Forbes Nash (1928- 2015), mathématicien et économiste étatsunien, prix Nobel d’économie en 1994. A travaillé notamment sur la théorie des jeux,
  • 10. Années 1980 : Michael Carver (1915-2001), officier britannique. Auteur de de livres sur l'histoire militaire. Pendant la 2ème Guerre mondiale, combat contre les Italiens en Égypte et en Tunisie. Chef d'état-major de la Défense entre 1973 et 1976. Maréchal. Dans les années 1980, critique vivement le programme britan- nique de missiles Trident destiné à remplacer les missiles Polaris, esti- mant que la capacité de frappe nucléaire étatsunienne étant suffisam- ment puissante, il était inutile pour la Grande-Bretagne d'avoir un programme indépendant. « À quoi ça sert, bordel ? » NB. Les anciens secrétaires à la Défense Des Browne (travailliste) et Michael Portillo (conservateur) se sont prononcés contre Trident. Il en va de même pour les experts militaires, de Hugh Beach à Patrick Cordingley, et pour Michael Howard, ancien spécialiste de la défense nucléaire. Jeremy Corbin, député et chef de l’opposition travailliste, a été un opposant farouche au programme Trident. Margareth Thatcher, Premier ministre conservatrice, a été une ardente promotrice du programme Trident. Lors d'une conversation avec Sir Rodric Braithwaite pour savoir si elle aurait pu appuyer sur le bouton en cas d’échec de la dissuasion, elle lui a répondu : "Je veux aussi des petits-enfants".
  • 11. Septembre 1983 : Stanislav Petrov Stanislav Ievgrafovitch Petrov (1939-2017), lieutenant-colonel de la Voyska PVO, la force de défense anti-aérienne de l'Armée soviétique. Officier de garde le 26 septembre 1983 au sein de la base Serpukhov-15, centre de contrôle et de commandement, voit sur ses écrans de contrôle radar cinq points représentant des missiles nucléaires intercontinentaux de type Minuteman en provenance de la base états-unienne Malmström. Son rôle est crucial dans la chaîne de commandement : c’est son information qui va influer sur l’autorité finale, le premier Secrétaire du Parti communiste Youri Andropov. Malgré les informations en provenance d’un satellite de détection de tir, estime qu’il s’agit d’une fausse alarme. Inconcevable pour lui que les États-Uniens attaquent à cette date, et surtout avec un si petit nombre de missiles. Son raisonnement est conforme à la réalité : le lancement de missile imaginaire a été provoqué par le logiciel qui équipait les satellites de détection. Celui-ci a interprété la réflexion des rayons du soleil sur des nuages comme une source de chaleur émanant des moteurs de missiles… . L’affaire est révélée en 1998. Distingué par l’Association of World Citizens, lauréat du Dresden-Preis 2013, décerné annuellement aux personnes qui ont réussi à prévenir un conflit militaire. Le 26 septembre 2013, l'Assemblée générale de l’ONU a proclamé le 26 septembre ‘Journée internationale pour l'élimination totale des armes nucléaires’.
  • 12. 1984 : Jean Onimus (1909-2007), agrégé et docteur es lettres, professeur à l’univer- sité d’Aix-Marseille puis de Nice, conférencier de l’’Alliance Française’, auteur de 38 ouvrages. Spécialiste de Péguy, Camus, s’intéresse aux grands poètes du 20ème siècle. Auteur d'essais sur les questions du savoir et de l'enseignement, de la religion, attentif aux mutations de la culture et de la société. Enseigne dans des universités étrangères aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande, au Brésil et au Canada. Dans son livre La poursuite de l’essentiel (1984), évoque « la menace que fait peser sur le monde la "thanatocratie", c’est-à-dire les autorités qui disposent de la Bombe. Le danger nucléaire impose une prise de conscience. Si nous voulons survivre, il ne suffira pas de faire des progrès techniques; ceux-ci seront équivalents chez tous les protagonistes : l’impasse est évidente. Il faut un changement dans les mentalités. Nous avons maintenant une telle puissance entre les mains qu’en tuant notre adversaire, nous sommes sûrs, à notre tour, d’être tués. Les meurtriers savent qu’ils se suicident. (…) Nous savons maintenant qu’il dépend de nous de survivre ou de disparaître.
  • 13. 1985 : Ronald Reagan Ronald Reagan (1911-2004), 40e président des États-Unis, en fonction de janvier 1981 à janvier 1989, d’abord favorable à ‘l’Initiative de Défense Stratégique’ (missiles anti-missiles), signera avec Mikhail Gorbatchev en décembre 1987 le Traité de démantèlement des forces nucléaires à portée intermédiaire Il déclare en 1985 lors d’une interview au Time : « Vous appre- nez que des missiles soviétiques ont été lancés, vous savez que, désormais, plus rien ne peut les arrêter et qu’ils vont détruire une partie de votre pays, beaucoup plus grande que ce que vous pouvez imaginer. Et vous êtes assis là, sachant que tout ce que vous pouvez faire est d’appuyer sur le bouton pour que des Soviétiques meurent aussi, alors que nous serons déjà tous morts ». Quelques années plus tard, dans ses Mémoires, il va encore plus loin :« En tant que Commandant en chef des forces armées américaines, vous n’avez que six minutes pour décider comment réagir à un signal sur un écran radar et s’il faut ou non déclencher l’apocalypse ! Qui pourrait faire preuve de raison dans un moment pareil ? ».
  • 14. 1992 : Valéry Giscard d’Estaing (1926-2020), homme d'État français. Président de la République de mai 1974 à mai 1981, durant la guerre froide entre l’Occident et l’Union Soviétique. Au sujet d’un scénario d’invasion massive des forces soviétiques en direction de l’Europe de l’Ouest, écrit en 1992 dans ses Mémoires* : « (Et puis, concernant la destruction mutuelle assurée, quoi qu’il arrive - et j’écris cela entre parenthèses pour souligner que cette décision a toujours été enfouie au fond de moi), quoi qu’il arrive je ne prendrai jamais l’initiative d’un geste qui conduirait à l’anéantissement de la France. Si sa destruction était entamée par l’adversaire, je prendrais aussitôt la décision nécessaire pour la venger. » Commentaire de Jean-Marie Muller : « ll est toujours facile d’élaborer en chambre, d’écrire ou de proclamer sur une estrade une rhétorique vantant les mérites de la dissuasion nucléaire en assurant qu’elle est garante à la fois de la grandeur de la France et de la sécurité des Français. Mais lorsque survient le moment du passage à l’acte qui est l’épreuve de vérité de la dissuasion nucléaire, il apparaît clairement que la rhétorique n’a aucune prise sur la réalité. La rationalité supposée de la doctrine s’efface alors pour céder la place à l’irrationalité la plus totale. » * V. Giscard d’Estaing, Le pouvoir et la vie - T2 L’affrontement, Poche, p. 1965 ../..
  • 15. Valéry Giscard d’Estaing Plus de 30 ans après la fin de son mandat, il répond lors d’une interview* : « Moi je savais que je n’appuierais sans doute jamais sur le bouton nucléaire, pour une raison simple, qui a sa valeur : c’était la fin de la France ! Si l’on utilisait, nous, notre armement nucléaire, ce serait contre les Russes qui évidemment riposteraient tout de suite, et la France serait détruite. » Il est regrettable, commente l’association Initiatives pour le désarme- ment nucléaire (IDN), que cette déclaration soit intervenue après la fin de son mandat présidentiel, au cours duquel il a pourtant défendu la position gaullienne traditionnelle. C’est ainsi qu’en mars 1979, il déclarait à la télévision française : « Notre système nucléaire est un moyen qui a pour objet la sécurité ultime de la France. Si la décision appropriée à la sécurité de la France conduisait à appuyer sur le bouton de la force nucléaire, je le ferais. (…) » Cette contradiction, poursuit IDN, met en lumière l’absurdité du maintien d’un arsenal nucléaire en France, inutile, coûteux, et dangereux. Pour autant, en quelques mots, le « président moderne » a permis de dissiper un doute majeur : l’État français, quoiqu’il continue de faire la sourde oreille aux appels au désarmement nucléaire, n’a jamais été dupe de ce coup de bluff bancal appelé dissuasion. * https://www.youtube.com/watch?v=n6OtgP3CrcY&feature=youtu.be
  • 16. Décembre 1996 : Déclaration de 61 généraux et amiraux Le 5 décembre 1996, une déclaration est publiée par 61 généraux et amiraux à la retraite issus de 17 pays (dont une majorité des Etats- Unis et de Russie). L’initiative est lancée par le général George Lee Butler (ancien commandant en chef de l’US Strategic Air Command) et quelques autres, dont deux anciens commandants en chef de l'OTAN (Supreme Allied Commander), les généraux Andrew Goodpaster et John Galvin. Elle conclut que l’élimination des armes nucléaires est rendue nécessaire par les dangers de la prolifération, du terrorisme et de la perspective d’une nouvelle course aux armements. « Ces armes sont dangereuses, hors de prix, inefficaces sur le plan militaire et indéfendables sur le plan moral », affirme G. Lee Butler. Il a explique sa conversion par « l'effrayante série d'accidents et d'incidents » dont il a été témoin en tant que responsable des forces stratégiques, ainsi que par la folie des plans de guerre nucléaire imaginés par les responsables du Pentagone qui ont, selon lui, « com- plètement perdu le contact avec la réalité des armes nucléaires ». Photos : George Lee Butler (né en 1939), John Galvin (1929-2015) et Andrew Goodpaster (1915-2005)
  • 17. 1997 : Georges Le Guelte Né en 1935, penseur français, docteur en droit international, diplômé de l’’Institut d’études politiques’ de Paris. Directeur de recherche à l’’Institut de recherches internationales et stratégiques’ (IRIS), ex-adjoint au directeur des relations internationales du ‘Commissariat à l’énergie atomique’, et secrétaire du Conseil des gouverneurs de l’’Agence internationale de l’énergie atomique’ (AIEA). Dans son Histoire de la menace nucléaire (1997), montre que la fin de la "confrontation Est-Ouest" n'a pas donné lieu, ou très brièvement, à une interruption des politiques d'armement et que la course aux armements relève d'une alchimie humaine incertaine, où les postulats politiques tiennent lieu d'analyse stratégique. « Même si deux États sont décidés à faire de leur arsenal nucléaire un outil de dissuasion et non une arme d’emploi, un conflit nucléaire peut être déclenché par accident, par erreur ou à la suite d’une méprise. »
  • 18. 1999 : Michel Tournier (1924-2016) écrivain français. Philosophe de formation et germaniste, traducteur, participe à des émissions culturelles à la radio et à la télévision. Romancier, membre de l’’Académie Goncourt’. Dans Célébrations (1999), médite au sujet de la notion d’inversion maligne. « Que Lucifer, le plus beau des anges, Porte Lumière par son nom, soir devenu le prince des Ténèbres, voilà un foudroyant paradoxe qui m’a marqué à tout jamais. (…) « J’ai longtemps applaudi à la date de la fête de la Transfigura- tion, ce 6 août qui est pour nous une époque solaire où le corps dénudé retrouve l’innocence de la plage et du vent marin. Jusqu’au jour où… le masque hideux de l’inversion maligne m’est apparu. Car le 6 août 1945, c’est le jour de la bombe atomique d’Hiroshima. Ce feu tombant du ciel et déchiquetant les visage et les corps, cette lumière semblable à celle de cent mille soleils détruisant tout sous son intensité confèrent à chaque mot du récit de la Transfiguration une signification d’une cruauté insupportable. Il convient d’ajouter encore cette précision : la bombe atomique fut lancée par un peuple chrétien sur un peuple qui ne l’était pas. »
  • 19. Décembre 2000 : Pierre Lellouche Né en 1951, avocat et homme politique français, député UMP de Paris, ex-secrétaire d’État chargé des Affaires européennes puis du Commerce extérieur. Regrette que le « budget de la Défense soit en quelque sorte examiné à huis clos » et mentionne sa crainte que cela conduise « tout droit à un choix entre forces de dissuasion et forces de projection, qui commencent à être réduites de façon significative. (…) La grande différence entre la situation de notre défense et celle du Royaume-Uni tient au fait que le dispositif nucléaire britannique est peu coûteux, ou en tout cas beaucoup moins que le nôtre. L'Allemagne, elle, n'a pas de dispositif nucléaire du tout : c'est donc paradoxalement l'armée allemande qui deviendra la première armée d'Europe ! »
  • 20. Janvier 2007 : Nuclear Security Project Le 4 janvier 2007 est publiée dans le Wall Street Journal une tribune signée par quatre anciens hauts responsables états- uniens de politique étrangère et de défense : Henry A. Kissinger et George P. Shultz (tous deux ex-Secrétaires d’État aux Affaires étrangères) , William J. Perry (ex- Secrétaire d’État à la Défense), et Sam Nunn (ex- Président de la Commission des Forces armées au Sénat). Elle présente le Nuclear Security Project ou NSP, Projet pour la sécurité nucléaire. La tribune appelle à « infléchir la dépendance du monde vis-à-vis des armes nucléaires, à empêcher leur prolifération dans des mains potentiellement dangereuses et, finalement, à les éliminer comme source de menace pour le monde ». Les quatre anciens responsables états-uniens prônent notamment un fort soutien au Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), tout en formulant une liste de propositions concrètes. La Nuclear Threat Initiative sert de coordinateur du NSP, en coopération avec la Hoover Institution de l'Université de Stanford. Des dirigeants du monde entier, y compris l'ancien secrétaire d'État Colin Powell, le président Barack Obama et le Conseil de sécurité des Nations Unies, approuveront la vision et les étapes définies par le projet de sécurité nucléaire.
  • 21. Janvier 2008 : Global zero Global Zero est lancé à Paris en décembre 2008 par plus de 100 diri- geants politiques, civiques et militaires, aujourd’hui plus de 300. Ils annoncent un plan-cadre pour l'élimination des armes nucléaires, en commençant par des réductions importantes des arsenaux américains et russes. Des lettres signées par plus de 90 membres de Global Zero sont remises au président des États-Unis Barack Obama et au président de la Fédération de Russie Dmitri Medvedev, les exhortant à s'engager pour l'élimination des armes nucléaires. promeut un retrait progressif et une vérification pour la destruction de tous les appareils détenus par les membres officiels et non officiels du club nucléaire. Les objectifs comprennent le lancement de négociations bilatérales entre les États-Unis et la Russie pour des réductions à 1 000 ogives au total chacune et des engagements des autres pays dotés d'armes nucléaires clés à participer à des négociations multilatérales pour des réductions progressives des arsenaux nucléaires. Global Zero s'efforce d'élargir le dialogue diplomatique avec les gouvernements clés et de continuer à élaborer des propositions politiques sur les questions critiques liées à l'élimination des armes nucléaires. Photo du bas : Le président américain Barack Obama et son homologue russe Dmitri Medvedev, à Prague en avril 2010, signent un nouveau traité de réduction de leurs arsenaux nucléaires. Ce "nouveau Start" prend le relais du Strategic Arms Reduction Treaty (Start) de 1991.
  • 22. 2009 : Michel Rocard (1930-2016), homme politique français. Premier ministre (1988- 1991), premier secrétaire du ‘Parti socialiste’ (1993-1994), député européen puis sénateur. Dans une tribune libre du quotidien Le Monde du 15.09.2009 intitulée : "Pour un désarmement nucléaire mondial, seule réponse à la prolifération anarchique", Michel Rocard et Alain Juppé (photo du bas) disent leur conviction que l'arme nucléaire a fait son temps et qu'il convient d'en "réexaminer le rôle". Le 19 juin 2012, sur BFM.TV, il déclare : « Tous les gouverne- ments depuis toujours et surtout tous les partis politiques qui font campagne disent toujours qu’il faut couper dans les dépenses publiques, elles ne disent jamais dans lesquelles. Alors, je vais jouer les provocateurs. Moi, j’ai une idée. On supprime la dissuasion nucléaire, 16 milliards d’euros par an* qui ne servent absolument à rien. » * ce chiffre, en réalité, correspond au coût de la dissuasion sur cinq ans… Le 26 juin, revenant sur sa « petite phrase », M. Rocard déclare sur France Inter : « J’ai fait là une boutade. Le sujet est si lourd que, s’il faut le mettre en cause, il faudra le faire prudemment et avec du temps pour discuter, du temps pour s’écouter avec des arguments sérieux et des démonstrations. »
  • 23. Michel Rocard et Georges Le Guelte « La politique actuelle est celle d’un refus obstiné du désarmement nucléaire, justifié par un discours faussement rassurant et qui fournit des arguments à tous les proliférateurs. Elle donne l’impression que son objectif essentiel est de conserver à n’importe quel prix un moyen de destructions obsolète, inutile et dangereux, pour des raisons n’ayant aucun rapport avec la sécurité du pays et de sa population. » Michel Rocard et Georges Le Guelte, Le Monde, 4 mai 2010
  • 24. Mai 2010 : Michel Dubost Né en 1942, Français, fils d’un général d’artillerie, Sciences Po Paris, évêque catholique du diocèse d'Évry Corbeil-Essonne (2000- 2017), membre du ‘Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux’, directeur des ‘Œuvres Pontificales Missionnaires’ en France. Auditeur de l’IHEDN, évêque aux Armées françaises d’août 1989 à avril 2000, ex-président de la commission Justice et Paix France. « Nous pouvons légitimement, aujourd’hui, nous interroger sur la nécessité de posséder une arme atomique, car, à vue humaine, il n’y a pas d’ennemi réel (de toute façon, on ne lutte pas contre le terrorisme avec une bombe) ». (10 mai 2010)
  • 25. Octobre 2011 : Mikhaïl Gorbatchev Né en 1931, l’homme d'État russe dirige l'URSS entre 1985 et 1991. Résolument réformateur, il s'engage à l'extérieur vers la fin de la guerre froide, et lance à l'intérieur la libéralisation économique, culturelle et politique : glasnost (transparence) pour supprimer les reliquats de stalinisme et perestroïka (restructuration) pour combattre la stagnation économique. En mai 1988, il retire les troupes soviétiques d'Afghanistan. Il se montre hélas impuissant à maîtriser les évolutions qu'il a lui-même enclenchées. Prix Nobel de la Paix en 1990. Sa démission marque le point final de l'implosion de l'URSS, précédée de deux ans par l'effon- drement des démocraties populaires en Europe de l'Est. « Dans un monde caractérisé par de nouvelles menaces, les armes nucléaires ne résolvent pas les réels problèmes de sécurité auxquels l’époque nous confronte : en réalité, elles ne font que rendre la situation de plus en plus dangereuse. » (octobre 2011, 25ème anniversaire du sommet de Reykjavik)
  • 26. Juin 2012 : Vincent Desportes Né en 1953, Français, général de division de l’Armée de Terre, commandant du ‘Centre de doctrine et d'emploi des forces’ (2005-2008), directeur du ‘Collège interarmées de défense’ - CID (2008 -2010), codirecteur de la collection Stratégies & doctrines, professeur associé à l’Institut d’Études Politiques de Paris « L’armement conventionnel est plus dissuasif face aux nouvelles menaces. Il n’y a plus d’argent (…) Si on ne touche pas à la dissuasion, il n’est pas possible de faire le nouveau Livre Blanc. Il n’y a plus d’intérêt à garder une arme qui coûte 20 % du budget et n’a aucune chance de servir. » ../.. Le Monde, 23 juin 2012. Le général Desportes s’est rétracté 5 jours plus tard (Le Monde du 28 juin 2012) dans un langage plus "militairement correct" : « Je n’ai jamais émis une idée aussi radicale et demeure partisan de la dissuasion française. J’estime en revanche qu’il est nécessaire de faire évoluer notre dogme et conduire une réflexion de fond ».
  • 27. Vincent Desportes - Faut-il alors remettre en question la dissuasion nucléaire ? - Du moins faut-il veiller à ce qu’elle ne devienne pas notre nouvelle ligne Maginot. Cette arme de non-emploi n’est utile que si on dispose d’une armée d’emploi, seule à même de prévenir son contournement et de faire face aux multiples enjeux sécuritaires infra- nucléaires. Or, le nucléaire, qui mobilise environ 20% du budget d’investissement des armées, est une des premières victimes de l’inflation technologique ; il pourrait rapidement atteindre 30% des dépenses militaires compte tenu des renouvellements de programmes prévus dans les dix ans à venir. Il est temps de maîtriser une dérive perverse pour la défense française et d’envisager enfin la défense de manière globale. En ce sens, la sacralisation actuelle du nucléaire est une des plus graves menaces sur la sécurité des Français. (Interview site Internet Les Échos, 26.10.2015)
  • 28. Octobre 2013 : Jean-Claude Thomann Né en 1947, diplômé de l’école militaire de St Cyr. Opérations au Tchad, Rwanda, Kurdistan, Cameroun, Sénégal, Bosnie-Herzégovine, Kosovo. Commandement de la ‘Force d’Action Terrestre’, général de corps d'armée (en retraite). Fait circuler en octobre 2013 le Manifeste des Sentinelles de l’agora pour la sauvegarde des armées, qui "regroupe de manière informelle des officiers généraux et supérieurs des trois armées, de sensibilités diverses, mais ayant de multiples expertises et membres de nombreuses associations et institutions de Défense." Ce Manifeste, qui préconise aussi "des citoyens en armes", demande "un budget décent qui permette à nos soldats de disposer de l’entraînement et des équipements nécessaires, et au politique de s’engager sans le soutien déterminant des États-Unis, tout en évitant le stupide tout ou rien nucléaire."
  • 29. Décembre 2013 : Hervé Morin Né en 1961, homme politique français. Député de l'Eure, président du ‘Nouveau Centre’, ministre de la Défense des deux premiers gouvernements François Fillon (2007-2010), Président du Conseil régional de Normandie et Président des Régions de France. Affirme la nécessité d’abandonner la seconde composante de la dissuasion nucléaire française, les Forces aériennes stratégiques. « Le nucléaire, c’est 20 à 25 % des crédits d’équipement des armées (…) Que va-t-il rester pour les armées conventionnelles, dont nous avons besoin tous les jours ? (…) . La deuxième question (…) est celle de la nécessité de maintenir deux composantes pour assurer notre sécurité et notre souveraineté. (…) Les Anglais se sentent-ils tant en danger avec une seule composante ? (…) Dans quel schéma de crise une seule composante ne suffirait-elle pas pour nous protéger de toute agression contre nos intérêts vitaux ? François Mitterrand (…) avait su supprimer la composante terrestre. » ../..
  • 30. Hervé Morin * « Se pose à mon sens sur le long terme, sans naïveté, la question de l’abolition de l’arme nucléaire sur la planète. Je continue, je le disais quand j’étais ministre, mais je le disais bien entendu en cercle fermé (...) Le discours international qui consiste à considérer que nous sommes les seuls, en fonction d’une histoire révolue, à pouvoir se doter de l’arme nucléaire et empêcher des puissances plus importantes, plus influentes que la nôtre, de s’en doter est un discours qui ne tiendra pas, je suis convaincu de cela, quel que soit le succès diplomatique sur l’Iran. Et si on veut éviter un jour la nuit froide du nucléaire dans 20, 30 ou 50 ans, nous devons, nous Européens, ouvrir la question du désarmement nucléaire total de la planète. (...) Pour moi, si on veut éviter la prolifération, la question que nous devons poser, dans le cadre d’une grande initiative diplomatique qui pourrait être européenne, c’est celle-là. (…) Qu’on ne nous dise pas que c’est un schéma impossible. Je vous rappelle que nombre de pays ont fini par renoncer à l’arme nucléaire dans l’histoire récente.
  • 31. Hervé Morin * (...) Donc je défends, pour ma part, l’idée qu’il serait un beau message de paix, qui a d’ailleurs été emprunté par le président Obama (...), et aussi, cela m’avait échappé, par d’anciens Premiers ministres de la République française, Alain Juppé et Michel Rocard. Il y a là un vrai message et une vraie question qui mérite d’être posée, non pas sur le court terme, mais sur le moyen terme, sans naïveté et en mettant Russes et Américains face à leur responsabilité. » * Lors du colloque "Quel avenir pour la dissuasion nucléaire française face aux défis et aux changements géostratégiques d’aujourd’hui et de demain ?", organisé par le Club "Participation et progrès", le 9 décembre 2013, à l’Assemblée Nationale, à l’initiative de son président, Pierre Pascallon, ancien député (RPR, Puy-de-Dôme, photo du bas), en collaboration avec les revues "Défense Nationale" et "Défense et Sécurité Internationale". Concluant la table ronde introduite par Hervé Morin, Michel Rocard déclare sans ambages : « La dissuasion nucléaire est une arme inutile et dangereuse ».
  • 32. Mai 2019 : Renata Dwan Née en 1969, Irlandaise, doctorat en relations internationales de l’Université d’Oxford (Royaume-Uni). Directrice du programme sur les conflits armés et la gestion des conflits du Stockholm International Peace Research Institute – SIPRI (1999-2005). Pendant 12 ans, assistante spéciale du Secrétaire général de l’ONU pour les opérations de paix. Depuis janv. 2018 directrice de l'Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement (UNIDIR). En mai 2019, alerte les États membres de l’ONU sur le risque exceptionnellement élevé d’une guerre nucléaire, affirme que le risque d’utilisation de l’arme nucléaire est à son maximum depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les puissances nucléaires qui font le choix de moderniser leurs arsenaux, dit-elle, sont en porte-à-faux avec les 122 États ayant signé le TIAN en 2017, et qui plus est avec les 23 l’ayant déjà ratifié. La finalisation récente du nouveau missile nucléaire russe Satan-2 démontre l’inconséquence des puissances nucléaires et de leur course aux armements qui pourrait mener à un conflit nucléaire à différents points de tension autour du globe (États baltes, Corée du Nord, Iran, Taïwan) Photos du haut : missile nucléaire russe Satan 2, réponse au programme états-unien Prompt Global Strike (frappe planétaire rapide), peut contenir 12 têtes nucléaires, « pourrait raser le Texas ou la France en quelques secondes » selon les informations de la TV russe…
  • 33. Octobre 2020 : Mark Milley Mark Alexander Milley, général états-unien, est chef d'État-Major des armées des États-Unis depuis sept. 2019. Le plus haut gradé du Pentagone s'inquiète tellement de l'état mental du président Donald Trump dans les derniers jours de son mandat qu'il prend secrètement des mesures pour éviter une guerre avec la Chine. Le livre Peril, de Bob Woodward et Robert Costa, journalistes du Washing- ton Post, qui rapporte ces faits, est basé sur les témoignages anonymes de 200 responsables états-uniens. Les services de renseignement américains ayant conclu que la Chine considérait une attaque américaine comme imminente, le chef d'état-major appelle son homologue chinois, le général Li Zuocheng, à deux reprises : le 30 octobre 2020, un peu avant le scrutin présidentiel états-unien, et le 8 janvier 2021, deux jours après l'assaut des partisans de Donald Trump contre le Capitole*. « Général Li, je veux vous assurer que l’État américain est stable et que tout va bien se passer. Nous n’allons pas vous attaquer ni mener d’opérations militaires contre vous.» Il fait aussi promettre à ses adjoints de ne pas obéir immédiatement à un éventuel ordre extrême de Donald Trump. * Ce deuxième appel intervient au lendemain d’une conversation téléphonique avec la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, qui voulait s’assurer que Donald Trump ne puisse pas utiliser les codes nucléaires.
  • 34. Mai 2021 : Jean-Louis Bourlanges Né en 1946, homme politique français. Ancien membre de la ‘Cour des comptes’ et député européen de 1989 à 2007. Député MODEM des Hauts-de-Seine depuis 2017, président de la Commission des Affaires étrangères à l’Assemblée Nationale. Invité à l’émission ‘Questions politiques’ sur France Inter avec Le Monde le 16 mai 2021, il déclare : « Regardez la prolifération nucléaire (…). Ce qui est absolument fascinant et terriblement inquiétant, c’est qu’on observe à nouveau un développement des armes nucléaires, mais - grande différence avec ce qui se passait avant - les dirigeants n’ont pas de doctrine. Avant, ils disaient : "On a l’arme nucléaire, on s’en servira dans tel cas" : tout le monde savait ce qu’ils feraient ou ne feraient pas et on pouvait construire une politique de paix. Maintenant ils disent : "On a l’arme nucléaire, et puis on verra bien !". Quand tout le monde a une arme nucléaire et dit « On verra bien !" , on risque de voir des choses assez abominables. »
  • 35. 2021 : Jean-Marc Le Page Né en 1971, enseignant français. Professeur agrégé et docteur en histoire, diplômé de l’IEP de Paris, professeur au lycée de Kerraoul à Paimpol, chercheur associé à l’unité de recherche ‘Tempora’ de l’univer- sité Rennes 2. Spécialiste de la guerre d’Indochine, d’histoire du rensei- gnement et de la guerre froide en Asie, essaye de faire le point sur les crises iraniennes et nord-coréennes. Son livre La Bombe atomique. De Hiroshima à Trump (2021), recense l'ensemble des crises qui, depuis 1945 ont pu réellement laisser craindre que la planète renoue avec les effets dévastateurs des champi- gnons atomiques. Il évoque notamment la guerre de Corée (1950-1953), la crise de Suez entre les USA et l’URSS (nov. 1956), celle du détroit de Formose entre Taïwan et la Chine populaire (1954-1958), celles des missiles de Cuba (1962), la guerre sino-soviétique (1969), la guerre du Kippour (1973), la crise russo-américaine (Able Archer 1983) ; la montée de la tension entre le Pakistan et l'Inde autour du Cachemire entre 1983 et 1999, qui a sans doute été celle qui a conduit le monde au plus près de l'apocalypse. L'auteur en fin d'ouvrage dresse une liste des accidents : avions à l'entraînement ou en alerte stratégique tombant avec leurs bombes, sous- marins lance-engins mal conçus s'enfonçant dans les abysses. « Il s'en est fallu de peu que le monde sombre dans l'apocalypse. Un risque qui n'est toujours pas écarté. »
  • 36. 2022 : Léonidas Kalogeropoulos Léonidas Kalogeropoulos est président de Médiation & Arguments’, fondateur des ‘Entrepreneurs pour la République’ et vice-président de l’association ‘Ethic - Entreprises de Taille Humaine Indépendantes et de Croissance’. Le 22 mars 2022, presque un mois après l’agression de V. Poutine en Ukraine, il écrit dans le quotidien économique La Tribune : « Ce devait être la riposte du faible au fort. La dissuasion nucléaire devait rendre les agressions impossibles parce que la menace nucléaire se devait de rendre le coût du recours aux armes trop élevé. Le risque d'un cataclysme dévastateur devait impliquer pour tout agresseur potentiel que la raison l'emporterait sur toute visée belliqueuse ; l'attaquant potentiel se sachant menacé d'une déflagration sur son propre territoire, aucun apprenti va-t-en-guerre ne s'aventurerait à tirer le premier. Le retour à la réalité se fait violemment sous nos yeux. Le bouclier nucléaire ne protège qu'un seul protagoniste : l'agresseur ! Loin d'empêcher l'attaque du faible par le fort, l'arme nucléaire ne dissuade que d'une chose : elle prohibe toute intervention de forces alliées pour venir en aide à la victime, dont nous sommes condamnés à assister impuissants à l'écrasement par les armes, sous peine de transformer une guerre territoriale en guerre mondiale.
  • 37. 2022 : Léonidas Kalogeropoulos « L'agresseur du Kremlin avait déjà testé le prototype de sa méthode en Syrie, puis en Crimée. Les condamnations étant restées symboliques ou à tout le moins indolores, il est sous nos yeux en train d'industrialiser une méthode désormais bien rodée, livrant une leçon de conquête militaire à tous ceux qui sur la planète sont encore tentés de s'appuyer sur la force militaire pour étendre les limites de leur Empire. Dans ce nouveau contexte, la riposte économique mise en place depuis trois semaines se doit elle aussi de s'intensifier et de s'industrialiser à grande vitesse, pour s'ériger en nouvelle arme de dissuasion apte à faire reculer des puissances tentées d'agresser leur voisin pour les soumettre par les armes. (…) Pour que cette nouvelle riposte prenne la dimension d'une arme de dissuasion massive, elle doit être consacrée dès à présent dans toute sa radicalité, ce qui suppose un embargo immédiat et absolu sur le gaz russe, quel qu'en soit les conséquences pour nous, qui seront toujours plus faibles que celles qui s'abattent quotidiennement sur la population civile ukrainienne. » Photos : La ville ukrainienne de Marioupol bombardée Logo et installations industrielles de l’entreprise russe Gazprom
  • 38. 2023 : le film "Oppenheimer" de Christopher Nolan Christopher Nolan, né 1970, est un réalisateur, scénariste, monteur et producteur de cinéma britannico-étatsunien. Son film Oppenheimer, sorti en juillet 2023, relate le projet Manhattan des États-Unis sous la direction du physicien nucléaire pendant la 2ème Guerre mondiale. Le film d’une durée de 3 heures, doté d'un budget de 100 millions de dollars, avec Cillian Murphy dans le rôle principal, se situe entre thriller et réflexion morale. Nolan commente que l’histoire "n’apporte pas des réponses faciles à ces questions", mais permet selon lui de montrer "où se situent certaines de ces responsabilités". Il évoque même la possibilité "terrifiante" que les systèmes d‘intelligence artificielle soient utilisés dans des infrastructures défensives, y compris en tant que responsables des armes nucléaires... Kai Bird, coauteur avec Martin J. Sherwin du livre American Prometheus : The Triumph and Tragedy of J. Robert Oppenheimer, dont s'inspire le film, ne tarit pas d'éloges sur le film : « Pour le moment, je suis encore sous le choc et je me remets petit à petit de ma séance. (…) J'espère que ce film permettra de relancer un débat national, voire mondial, sur les dangers contre lesquels Oppenheimer a voulu désespé- rément nous mettre en garde. »