(e)Réputations et identités numériques
Vers une nouvelle forme d’autorité ?
Camille Alloing – CEREGE – 2014
Problématiques de la recherche
Comment définir les sources faisant autorité sur
des thématiques ?
Comment identifier les informations évaluées
comme crédibles, expertes ou pertinentes par les
publics visés ?
Et ce pour favoriser une congruence
communicationnelle avec les publics, développer la
confiance dans les relations, la notoriété des
produits…
Le numérique questionne ces notions
Autorité informationnelle (Broudoux, 2007) : processus de légitimation de
l’in-formation dans « l’ordre imprimé »
Sur le web : « autoritativité » (Broudoux, 2003)
Quels processus de filtrage ? Quels gatekeepers (Cardon, 2010) ?
Le numérique questionne ces notions
Google, par exemple, fait glisser la notion d’autorité vers celle
de popularité (Le Deuff, 2006)
Ce qui est pertinent est ce qui est visible et accessible
La notoriété devient facteur de l’expertise (Alloing et Moinet)
Et quid de la confiance si celle-ci « n’est pas soluble dans les algorithmes » ?
(Serres, 2012)
La place de la réputation
• La réputation englobe ces différentes notions : notoriété, popularité,
autorité, expertise, confiance…
• Question : la réputation dans un environnement numérique est-elle un
facteur de la pertinence d’une source ou d’une information ?
• Voire un élément donnant du sens aux informations diffusées et à
l’agir des usagers des dispositifs sociotechniques ?
• Mais la réputation repose sur des définitions non-admises de tous
(Boistel, 2008) qu’il convient de clarifier
La réputation
En économie : besoin d’approbation et de coopération (Smith),
appui aux choix stratégiques (Weigelt et Camerer)
En sociologie : processus social (Lazarsfeld, Merton, Bourdieu),
indicateur de légitimité (Shapiro), et objectivation sociale du
talent (Becker)
En gestion : perception des actions d’une entité et résultante
de l’ensemble des images (Fombrun), réaction affective et
émotionnelle (Davies), ressource intangible (Dowling)
La réputation comme évaluation ?
En SIC : « La réputation est la valeur informationnelle de nos
actions, la trace de notre conduite que nous laissons
inévitablement dans les opinions des autres à chaque fois que
nous interagissons avec le monde social, et qui oriente leurs
actions vis-à-vis de nous » (Origgi, 2007)
Par définition : la réputation comme un calcul et un ensemble
d’opinions
La réputation comme une évaluation des opinions et par l’opinion : la
réputation comme méta-opinion
La réputation comme évaluation ?
Opinion = jugement d’évaluation avec régime de vérité qui lui
est propre (Quéré)
Toutes les opinions ne se valent pas (Bourdieu) : non pas « une
réputation » mais des réputations en fonction des groupes
construisant socialement la réputation
La réputation comme acte de communication soulève aussi la
question de l’intentionnalité : pourquoi évaluer ?
La réputation comme mécanisme d’évaluation et
d’agencement des opinions au sein d’un groupe
Et sur le web ? L’e-réputation par ses praticiens
Apparition de la notion « d’e-réputation » en France en 2006, puis
développement par les praticiens
Des définitions et approches essentiellement opératoires, focalisées sur les
outils, et mettant au centre la notion floue d’image
De nombreuses pratiques normées : surveillance systématique, analyse des
sentiments, nettoyage, référencement, opinions « neutres »…
Et sur le web ? L’e-réputation par ses praticiens
Un marché en plein essor… Voire une industrie : développement de process,
délocalisation, financiarisation (Pierre, 2011)
L’e-réputation comme notion écran ?
Pourtant : nombreux débats publics, et objet de recherche (mais pas théorisé)
depuis les années 2000 par le prisme de la confiance et des
dispositifs(McDonald 2000 ; Dellarocas, 2000 ; Hogg, 2004 ; Hung, 2012)…
L’e-réputation comme objet informationnel et documentaire
L’e-réputation comme une information venant appuyer des choix (stratégiques
pour une organisation)
L’e-réputation comme objet informationnel et documentaire
L’e-réputation comme constituée de l’ensemble des indicateurs issus de la
commensuration d’interactions intentionnelles endogènes ou automatisées :
productions d’opinions, notations ou encore agir des publics.
Indicateurs venant former le « paysage réputationnel » de l’entité à laquelle
ils s’attachent
L’e-réputation comme objet informationnel et documentaire
Ces indicateurs participent à la
redocumentarisation de la présence
numérique d’une entité et à sa
contextualisation pour des publics
spécifiques
L’e-réputation donne du sens aux documents numériques traitant d’une entité,
et permet à cette entité une possible herméneutique des opinions produites à
son encontre
L’e-réputation comme objet informationnel et documentaire
L’e-réputation apparait comme un attribut identitaire servant de marqueur
prescriptif et favorisant la médiation
La place de l’identité numérique
• L’identité numérique est au centre de la notion de réputation
numérique
• Plusieurs approches possible de cette notion : expressiviste (Denouël),
Sémiotique (Georges), design de la visibilité (Cardon), documentaire
(Ertzscheid, Merzeau)
• Comme la réputation, non pas une mais des identités numériques
(Stenger et Coutant)
• Voire une présence numérique ?
• Ou même un territoire de « marque »
La place de l’identité numérique
L’e-réputation comme un attribut de la présence d’une entité… Mais aussi issue
de ces attributs (récursion)
Présence sous l’emprise des plates-formes… Et plates-formes s’appuyant sur
l’activité des usagers pour personnaliser/contextualiser les résultats qu’elles
proposent
Pour les usagers, ces indicateurs et attributs deviennent une « connait-sens » et
favorisent la validation, l’appropriation et le partage de connaissances
Vers une « autorité réputationnelle » ?
• L’autorité informationnelle n’intègre pas les activités produisant des
indicateurs réputationnels (méta-éditorialisation, hiérarchisation,
algorithmes, etc.)
• L’idée « d’autorité réputationnelle » englobe l’autorité informationnelle,
mais vise à articuler :
• La présence numérique d’une entité
• Les indicateurs et marqueurs de réputation qui lui sont attachés
• Les processus de prescription « ordinaires » de l’information numérique (filtres)
• Le prisme des publics : confiance, crédibilité, popularité, expertise voire
« influence »
• Si l’autorité informationnelle permet l’in-formation, « l’autorité
réputationnelle » vise quant à elle à « mettre en forme » les opinions
portant sur une entité ou un objet
• Intégration des aspects affectifs et de croyance propres à l’opinion
Application à l’infomédiation sociale
Comment collecter des informations et leur donner du sens en se défaisant de
l’emprise des systèmes de computation des plates-formes (approche
phénoménologique) ?
Identification, définition et intégration à un dispositif de veille d’agents-
facilitateurs
• Filtres de l’information pour la constitutions d’opinions et la production
d’indicateurs
• Captation d’informations jugées pertinentes par les publics
Conclusion : apports pour l’apprentissage
• Les étudiants développent de nouvelles aptitudes informationnelles :
navigation au sein du paysage réputationnel produit par les entreprises,
« confiance » dans les algorithmes, consommation de l’information par
prescription…
• Comment capter les informations qui tous les jours participent à leurs
représentations du monde social ?
• Proposition d’identification d’agents-facilitateurs pour permettre aux
enseignants une meilleure adéquation
• Comment favoriser leur utilisation des plates-formes numériques
universitaires pour l’acquisition de savoirs ?
• Réflexions sur la production de profils à « l’autorité réputationnelle »
pertinente
Merci de votre attention
alloingcamille@gmail.com - @caddereputation

(e)Réputations et identités numériques : vers une nouvelle forme d’autorité ?

  • 1.
    (e)Réputations et identitésnumériques Vers une nouvelle forme d’autorité ? Camille Alloing – CEREGE – 2014
  • 2.
    Problématiques de larecherche Comment définir les sources faisant autorité sur des thématiques ? Comment identifier les informations évaluées comme crédibles, expertes ou pertinentes par les publics visés ? Et ce pour favoriser une congruence communicationnelle avec les publics, développer la confiance dans les relations, la notoriété des produits…
  • 3.
    Le numérique questionneces notions Autorité informationnelle (Broudoux, 2007) : processus de légitimation de l’in-formation dans « l’ordre imprimé » Sur le web : « autoritativité » (Broudoux, 2003) Quels processus de filtrage ? Quels gatekeepers (Cardon, 2010) ?
  • 4.
    Le numérique questionneces notions Google, par exemple, fait glisser la notion d’autorité vers celle de popularité (Le Deuff, 2006) Ce qui est pertinent est ce qui est visible et accessible La notoriété devient facteur de l’expertise (Alloing et Moinet) Et quid de la confiance si celle-ci « n’est pas soluble dans les algorithmes » ? (Serres, 2012)
  • 5.
    La place dela réputation • La réputation englobe ces différentes notions : notoriété, popularité, autorité, expertise, confiance… • Question : la réputation dans un environnement numérique est-elle un facteur de la pertinence d’une source ou d’une information ? • Voire un élément donnant du sens aux informations diffusées et à l’agir des usagers des dispositifs sociotechniques ? • Mais la réputation repose sur des définitions non-admises de tous (Boistel, 2008) qu’il convient de clarifier
  • 6.
    La réputation En économie: besoin d’approbation et de coopération (Smith), appui aux choix stratégiques (Weigelt et Camerer) En sociologie : processus social (Lazarsfeld, Merton, Bourdieu), indicateur de légitimité (Shapiro), et objectivation sociale du talent (Becker) En gestion : perception des actions d’une entité et résultante de l’ensemble des images (Fombrun), réaction affective et émotionnelle (Davies), ressource intangible (Dowling)
  • 7.
    La réputation commeévaluation ? En SIC : « La réputation est la valeur informationnelle de nos actions, la trace de notre conduite que nous laissons inévitablement dans les opinions des autres à chaque fois que nous interagissons avec le monde social, et qui oriente leurs actions vis-à-vis de nous » (Origgi, 2007) Par définition : la réputation comme un calcul et un ensemble d’opinions La réputation comme une évaluation des opinions et par l’opinion : la réputation comme méta-opinion
  • 8.
    La réputation commeévaluation ? Opinion = jugement d’évaluation avec régime de vérité qui lui est propre (Quéré) Toutes les opinions ne se valent pas (Bourdieu) : non pas « une réputation » mais des réputations en fonction des groupes construisant socialement la réputation La réputation comme acte de communication soulève aussi la question de l’intentionnalité : pourquoi évaluer ? La réputation comme mécanisme d’évaluation et d’agencement des opinions au sein d’un groupe
  • 9.
    Et sur leweb ? L’e-réputation par ses praticiens Apparition de la notion « d’e-réputation » en France en 2006, puis développement par les praticiens Des définitions et approches essentiellement opératoires, focalisées sur les outils, et mettant au centre la notion floue d’image De nombreuses pratiques normées : surveillance systématique, analyse des sentiments, nettoyage, référencement, opinions « neutres »…
  • 10.
    Et sur leweb ? L’e-réputation par ses praticiens Un marché en plein essor… Voire une industrie : développement de process, délocalisation, financiarisation (Pierre, 2011) L’e-réputation comme notion écran ? Pourtant : nombreux débats publics, et objet de recherche (mais pas théorisé) depuis les années 2000 par le prisme de la confiance et des dispositifs(McDonald 2000 ; Dellarocas, 2000 ; Hogg, 2004 ; Hung, 2012)…
  • 11.
    L’e-réputation comme objetinformationnel et documentaire L’e-réputation comme une information venant appuyer des choix (stratégiques pour une organisation)
  • 12.
    L’e-réputation comme objetinformationnel et documentaire L’e-réputation comme constituée de l’ensemble des indicateurs issus de la commensuration d’interactions intentionnelles endogènes ou automatisées : productions d’opinions, notations ou encore agir des publics. Indicateurs venant former le « paysage réputationnel » de l’entité à laquelle ils s’attachent
  • 13.
    L’e-réputation comme objetinformationnel et documentaire Ces indicateurs participent à la redocumentarisation de la présence numérique d’une entité et à sa contextualisation pour des publics spécifiques L’e-réputation donne du sens aux documents numériques traitant d’une entité, et permet à cette entité une possible herméneutique des opinions produites à son encontre
  • 14.
    L’e-réputation comme objetinformationnel et documentaire L’e-réputation apparait comme un attribut identitaire servant de marqueur prescriptif et favorisant la médiation
  • 15.
    La place del’identité numérique • L’identité numérique est au centre de la notion de réputation numérique • Plusieurs approches possible de cette notion : expressiviste (Denouël), Sémiotique (Georges), design de la visibilité (Cardon), documentaire (Ertzscheid, Merzeau) • Comme la réputation, non pas une mais des identités numériques (Stenger et Coutant) • Voire une présence numérique ? • Ou même un territoire de « marque »
  • 16.
    La place del’identité numérique L’e-réputation comme un attribut de la présence d’une entité… Mais aussi issue de ces attributs (récursion) Présence sous l’emprise des plates-formes… Et plates-formes s’appuyant sur l’activité des usagers pour personnaliser/contextualiser les résultats qu’elles proposent Pour les usagers, ces indicateurs et attributs deviennent une « connait-sens » et favorisent la validation, l’appropriation et le partage de connaissances
  • 17.
    Vers une «autorité réputationnelle » ? • L’autorité informationnelle n’intègre pas les activités produisant des indicateurs réputationnels (méta-éditorialisation, hiérarchisation, algorithmes, etc.) • L’idée « d’autorité réputationnelle » englobe l’autorité informationnelle, mais vise à articuler : • La présence numérique d’une entité • Les indicateurs et marqueurs de réputation qui lui sont attachés • Les processus de prescription « ordinaires » de l’information numérique (filtres) • Le prisme des publics : confiance, crédibilité, popularité, expertise voire « influence » • Si l’autorité informationnelle permet l’in-formation, « l’autorité réputationnelle » vise quant à elle à « mettre en forme » les opinions portant sur une entité ou un objet • Intégration des aspects affectifs et de croyance propres à l’opinion
  • 18.
    Application à l’infomédiationsociale Comment collecter des informations et leur donner du sens en se défaisant de l’emprise des systèmes de computation des plates-formes (approche phénoménologique) ? Identification, définition et intégration à un dispositif de veille d’agents- facilitateurs • Filtres de l’information pour la constitutions d’opinions et la production d’indicateurs • Captation d’informations jugées pertinentes par les publics
  • 19.
    Conclusion : apportspour l’apprentissage • Les étudiants développent de nouvelles aptitudes informationnelles : navigation au sein du paysage réputationnel produit par les entreprises, « confiance » dans les algorithmes, consommation de l’information par prescription… • Comment capter les informations qui tous les jours participent à leurs représentations du monde social ? • Proposition d’identification d’agents-facilitateurs pour permettre aux enseignants une meilleure adéquation • Comment favoriser leur utilisation des plates-formes numériques universitaires pour l’acquisition de savoirs ? • Réflexions sur la production de profils à « l’autorité réputationnelle » pertinente
  • 20.
    Merci de votreattention alloingcamille@gmail.com - @caddereputation