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Trombinoscope historique de la non-violence
1-
Précurseurs de la non-violence
jusqu’à Gandhi
Étienne Godinot .03.10.2021
Trombinoscopes
Chercheurs d’humanité
Parmi les diaporamas en ligne sur ce site Internet figurent 7 familles
(et quelques sous-familles) de "trombinoscopes" ou galeries de portraits :
1 - Eco* - Penseurs et acteurs d’alternatives économiques
2 - Sté* - Penseurs et acteurs d’un changement sociétal (éducation, droits
humains, urbanisme, santé, politique, etc.)
3 - NV* - Penseurs et acteurs de la non-violence et de la
résolution non-violente des conflits
3 - Jus* - "Justes" ayant protégé des personnes persécutées
4 - Alter* - Penseurs et acteurs de l’écologie et de l’altercroissance
5 - Sci* - Chercheurs de connaissance, science et technique
6 - San* - Chercheurs de connaissance, science et pratique que dans
le domaine de la santé physique et psychique
7 - Sens* - Chercheurs de sens (art, religion, philosophie, spiritualité).
*Abréviation dans le répertoire alphabétique ../..
Trombinoscopes
Chercheurs d’humanité
Ce classement en 7 familles (et quelques sous-familles)
pour des raisons pratiques, bien sûr peu satisfaisant, est destiné
à montrer une évolution historique et à stimuler la réflexion.
Chacune des figures présentées pourrait figurer la plupart
du temps - et figure parfois - dans plusieurs familles à la fois.
Un répertoire alphabétique (fichiers A à D, E à L, M à R,
S à Z) permet de chercher chaque personne dans une des
familles, à partir de son nom et de son année de naissance.
Trombinoscopes
Chercheurs d’humanité
Cette suite de brefs portraits, présentés par ordre d’année de
naissance des personnes concernées, n’a pour but que d’ouvrir la
tête et toucher le cœur :
- montrer au lecteur des figures de femmes et d’hommes et une
évolution,
- lui donner envie de faire davantage de recherches sur les
personnages qui l’intéressent et peut-être de s’engager à leur suite.
La sélection des personnes retenues parmi une quantité considérable
de chercheurs, penseurs et acteurs
et le contenu de leur présentation (en caractères relativement gros,
et, dans la grande majorité des cas, sur l’espace d’une seule
diapositive)
ont été faits selon des critères qui présentent évidemment une
grande part de subjectivité.
Précisions de forme
concernant tous les diaporamas du site
Orthographe
J’ai pris le parti d’écrire selon le code suivant :
- un livre anglais, un temple indien, un texte hébreu, une fête juive, un rite
chrétien, un voile musulman, un poème soufi, un temple protestant, l’Afrique noire,
etc.
- les Anglais, les Indiens, les Hébreux, les Juifs, les Sadducéens, les Chrétiens,
les Musulmans, les Soufis, les Sunnites, les Protestants, les Intouchables, les
Francs-Maçons, les Blancs, les Noirs, les Girondins, les Résistants de la 2ème
Guerre Mondiale, etc., mais les croyants, les incroyants, les athées, les
agnostiques, les socialistes, les franquistes, les communistes, les nazis, etc.;
- un rabbin, un prêtre, un imam, un pasteur, le pape X, le cardinal Y, le
métropolite Z, un dominicain, un jésuite, un swami, un préfet, un juge, un général,
etc., sauf exceptions : les Grands Prêtres, le Grand Inquisiteur, etc.
- Louis XVIII, Jean XXIII, la VIème dynastie (pour respecter la tradition), mais le
18ème siècle (pour faciliter la lecture).
Noms d’organisations
Les noms d’organisations ou d’institutions sont écrits entre deux ‘…’ (par ex.
‘École Normale Supérieure’) afin de les distinguer plus facilement des noms
communs, notamment pour les lecteurs non français.
Précisions de forme
concernant tous les diaporamas du site
Droits d’auteur sur les images
Les images présentées dans les diaporamas m’ont été fournies par des
sources diverses. Ne pouvant pas m’assurer qu’elles ne sont pas soumises au
régime des droits d’auteur, je prie leurs ayants-droits éventuels de me préciser s’ils
souhaitent qu’elles soient retirées.
« » Citations
Les citations figurent en italique et avec des guillemets en bas de chaque
diapositive. Compte-tenu du peu de texte sur chaque personnage, il ne m’est pas
possible de donner les références des citations (titre du livre, éditeur, année, page,
ou article de journal)
L’objectif de ces 5 familles de diaporamas est de donner une information de base et
d’inciter le lecteur à faire des recherches complémentaires s’il est intéressé.
É. G.
Abraham
‟Père de multiples nations”, vers 1900 ans avant J.-C.
Personnage probablement plus symbolique qu’historique, patriarche
des Hébreux et père des trois religions monothéistes, judaïsme,
christianisme et islam. Ibrahim pour les Musulmans.
Chef d’une tribu de pasteurs semi-nomadiques, aurait vécu en
Haute Mésopotamie à Ur, puis à Harân. Non loin des sanctuaires
élevés en l’honneur des dieux de la fécondité, ces tribus et leurs
chefs ont peu à peu la certitude d’un Dieu unique. Certaines d’entre
elles acquièrent probablement peu à peu la conviction que Dieu ne
peut pas supporter et refuse les sacrifices humains.
Dans la tradition biblique, part au pays de Canaan, est invité
par un ange de Dieu à ne pas immoler son fils Isaac, et le remplace
sur l’autel par un bélier.
« Le messager du Seigneur l’appela alors de la part de Dieu :
« Abraham, Abraham ! (…) Ne touche pas à l’enfant, ne lui fais aucun
mal » Genèse, 22, 11
Images : - Ziggurat d’Ur en Chaldée (vallée du Tigre et de l’Euphrate, époque sumérienne)
- Tableau de Laurent La Hire, 1650. Abraham sacrifiant Isaac
Moïse
(- 1392 - 1272), Personnage biblique, premier prophète du judaïsme,
considéré comme légendaire ou symbolique par la grande majorité des
archéologues, philologues et autres scientifiques spécialistes de la Bible et
des lieux bibliques. Le récit de sa naissance ressemble de près à la légende
de la naissance de Sargon, roi légendaire, fondateur de l'Empire assyrien
Dans la tradition biblique, fils d’Amran et de Jocabed, conduit le peuple
d’Israël hors d’Égypte en ouvrant la mer Rouge. L’exode de 40 ans dans le
désert, dont on ne trouve aucune trace archéologique, est aujourd’hui
considéré par beaucoup comme une construction théologique ou un parcours
spirituel.*
Écrit « sous la dictée de Dieu » sur le mont Sinaï les dix paroles
(Décalogue) ou commandements, dont le 6ème, "Tu ne tueras pas".
La traduction d'André Chouraqui "Tu n'assassineras pas" donne une
autre interprétation de ce commandement, qui ne couvre pas l'homicide en
cas de guerre, de légitime défense, ou prononcé par un tribunal régulier
(peine de mort).
Photos : - Moïse recevant les tables de la loi, par Marc Chagall
- Les 10 commandements en hébreu sur un parchemin
Selon l'historien Nadav Naaman, ce récit de l'Exode et de la conquête de Canaan constitue
probablement une construction biblique littéraire et théologique qui évoque la perte du contrôle militaire
égyptien en Canaan vécue comme une libération, la mémoire culturelle juive transférant cette situation
par la mise en scène d'une sortie d'Égypte.
Zoroastre
ou Zarathoustra, penseur, sage et prophète, fondateur du
zoroastrisme, ayant existé, selon les études, entre le 15è et le 11è siècle,
ou entre le 7è et le 6 è siècle avant J.-C., au nord-est de l'Iran actuel.
Réforme le mazdéisme sur la base de trois principes, « les bonnes
pensées, les bonnes paroles et les bonnes actions », d’une démarche
éthique et d’une conscience claire en vue d’atteindre la plénitude
spirituelle.
Combat les sacrifices d’animaux, considère tous les hommes et toutes
les femmes sur un pied d’égalité, indépendamment de leurs croyances et
opinions, appartenance ethnique ou raciale. Non seulement ses idées ne
plaisent pas, mais surtout elles remettent en cause le pouvoir établi.
Pourchassé par le peuple, doit s'enfuir pour sauver sa vie.
« Le bonheur appartient à celui qui apporte le bonheur aux autres. »
Les zoroastriens ont été victimes de persécutions particulièrement par les
Musulmans. Ceux qui ont fui en Inde sont connus sous le nom de Parsi.
Photo du haut : le Farvahar symbolise le Fravashi, ange gardien d’un individu, l’univers sans fin
( le grand anneau central), la sagesse et l’amour (le petit anneau) se déplaçant vers l’avant pour
conduire l’homme au progrès, à la droiture, au bonheur
Le premier Isaïe
"Isaïe" est le nom de trois prophètes de l’histoire judéo-chrétienne dont
les textes ont été composés sur trois siècles entre 750 et 400 avant J.-C.
Le prophète est celui qui rappelle, à temps et à contre temps, les
exigences de la conscience.
« Nul ne brandira plus le glaive meurtrier et l’on n’apprendra plus la
guerre. Alors de leurs épées, ils forgeront des socs de charrue, et de leurs
javelots des serpes. »
« Le loup vivra avec l’agneau. Le tigre gîtera près du chevreau. Le
veau, le lionceau seront nourris ensemble, et un enfant les conduira. »
« Cet homme d’action est sans doute le premier homme que le rêve
d’une humanité entièrement pacifiée ait hanté, qui ait pensé à la défaite
de l’injustice, de la guerre (…) et qui ait annoncé une mutation cosmique.
Il a été choqué non seulement par la violence des hommes, mais par
celle qui règne dans la nature. Marx, Lénine et Mao ont-ils jamais eu
comme lui leur nuit troublée par la lutte des espèces dans la jungle ? Il est
en cela le premier, et peut-être le seul révolutionnaire de l’histoire. »
André Chouraqui (photo du bas)
Photo du haut : Le forgeron transformant l’épée en charrue. Statue offerte par l’URSS à l’ONU en
1959, installée devant le siège de l’ONU à New-York
Mahāvīra
(Le Grand Héros, - 599 - - 527), ascète jaïn, né dans le Bihar,
dernier des 24 Tirthankara (guides de la voie de la libération) jaïn.
La tradition jaïna indique que le premier des 24 "Tirthankara" est
Rsabha, considéré comme le précurseur de la civilisation humaine. Des preuves
historiques permettent d'affirmer l'existence du 23ème instructeur, Parsva (- 877 -
-777). De même, les historiens acceptent celle du 22ème , Nemi, que la tradition
considère comme cousin de Krishna.
À l'âge de 30 ans, devient un sadhana (ascète), abandonne
tout vêtement, jugeant que le détachement du monde exige la pratique
de la nudité (bodiya pratiquée par les Digambara et certains Sâdhus)
et se livre pendant 12 ans à la méditation.
L'emblème du jaïnisme est une main symbolisant le réconfort
moral et la compassion, dans laquelle est inscrit ahimsa c'est-à-dire
non-violence. La phrase en sanskrit sous la main signifie : " Toutes les
vies sont interdépendantes et donc se doivent un mutuel respect, une
mutuelle assistance".
../..
Mahāvīra
Les 4 principes du jaïnisme sont les suivants :
- L’identité de l’homme est à la fois matérielle et spirituelle,
- L'homme n'est pas parfait,
- L'homme est capable de vaincre sa nature matérielle,
- L'homme est seul responsable de son avenir.
Les 5 vœux principaux (mahavratas) sont exposés à travers
un dialogue entre Mahavira et l'un de ses disciples :
- Ne pas exercer de violence sur les êtres vivants,
- Ne pas faire de tort par la parole,
- Ne pas voler,
- Fidélité sexuelle (couples) ou chasteté (moines),
- Ne pas s'attacher aux biens matériels.
. Les 4 vertus du jaïnisme sont :
- le bienveillance pour tous les êtres vivants,
- la joie de voir des êtres plus avancés que soi sur la voie de la
libération,
- la compassion envers les personnes et créatures malheureuses,
- l’indifférence envers ceux qui se conduisent mal. ../..
Photos : - L’hôpital pour oiseaux à Delhi
. - Élevage industriel de poulets en France
Mahāvīra
Pour les occidentaux, jaïnisme et bouddhisme semblent très proches par la
réincarnation et le karma. Toutefois, au-delà des nombreuses différences, notam-
ment dans les détails de la vie religieuse, le jaïnisme ne vénère pas de Dieu et
considère que le monde existe depuis toujours, l'hindouisme considère que l'univers
a été crée et vénère les différentes formes d'un seul Dieu, créateur.
Le jaïnisme est la seule grande religion à avoir toujours prescrit le strict
végétarisme et la non-violence absolue envers tous les animaux. Outre les 5 vœux
du laïc, les vertus de base du jaïn s'incarnent dans l'abstention de consommer la
viande, le vin et le miel.
L’incitation jaïna à la non-violence attire l’attention sur
- les supports de la violence (action physique, parole, pensée),
- les processus engageant la violence (préparatifs, planification),
- les modalités de la violence (directe, incitation, approbation),
- la motivation de l’action violente (colère, avidité, manipulation).
Photos : - À la différence des végaliens, les végétariens mangent les produits issus des animaux (beurre, œufs,
fromage, miel, etc.) et s’en vêtissent (laine).
- Femmes jaïns portant un voile sur la bouche et sur le nez pour ne pas avaler de moustiques. Les Occidentaux,
s’étonnant de cette pratique, voire la décriant, oublient l’essentiel, à savoir les vœux et les vertus du jaïnisme
K’ong Fou Tseu
ou Kongfuzi, (nom latinisé en Confucius par les missionnaires du
16ème siècle). Philosophe chinois (- 552, - 479 avant J.-C.), contemporain
du Bouddha, de Nabuchodonosor et de Pythagore. Homme de grande
érudition et de caractère, profondément respectueux des idéaux de la
tradition. Fonctionnaire, maître d’école, gouverneur de la ville puis
intendant des travaux publics de la principauté de Zongdhu. Victime d'une
conspiration suscitée par ses résultats, exilé, erre pendant 14 ans, puis
rentre au pays natal.
Instaure une morale sociale axée sur la vertu d’humanité, l’équité et
le respect des rites cultuels. Attache une grande valeur au pouvoir de
l’exemple, soutient que les gouvernants doivent mener une vie
exemplaire. Veut appliquer la morale à la vie politique. Les 5 vertus
majeures sont pour lui : la courtoisie, la magnanimité, la bonne foi, la
diligence et la bonté.
Son enseignement a donné naissance au confucianisme, doctrine
politique et sociale érigée en religion d'État dès la dynastie Han et qui ne
fut officiellement bannie qu'au début du 20ème siècle.
« Entre les 4 mers, tous les hommes sont frères. »
«Le maître-mot de Confucius est “apprendre”.» Anne Cheng
siècle,
Lao Tseu
(« le vieux maître »), philosophe chinois (considéré par certains comme
une personnalité symbolique) contemporain de Confucius.
Sa doctrine, le taoïsme, est condensée dans un ouvrage de 5 000
caractères, le Livre de la Voie et de la Vertu ( ou Tao Te King). Il aurait
rédigé cette œuvre au cours d’un long voyage vers l’ouest , à dos de
buffle, qui marque le dernier épisode connu de sa vie.
« Je traite avec bonté ceux qui ont la bonté. Je traite avec bonté ceux
qui sont sans bonté. Et ainsi gagne la bonté »
Aphorisme du sage, Tao Té King, ch. 49
« La bonté en parole amène la confiance. La bonté en pensée amène
la profondeur. La bonté en donnant amène l'amour. »
Le Bouddha
Siddharta Gautama (566-486 avant J.-C.), dit le Bouddha
(« l’éveillé »), prince népalais issu de la tribu guerrière des Sakya. À l’âge
de 29 ans, s’enfuit de son palais pour se mettre en quête de la Vérité, qu’il
découvre après une vie errante et de dures ascèses.
L’existence est la souffrance, et la souffrance a son origine dans le
désir, qui ne peut jamais être comblé. La sagesse consiste donc à vaincre
le désir par la méditation, la compassion, la distance par rapport au
bonheur et aux malheurs, et à avoir conscience de l’impermanence.
“Ne blesse pas autrui de la manière qui te blesserait”
“N’ayez qu’une seule passion : celle du bien des autres (…).
Tous ceux qui sont malheureux le sont pour avoir cherché leur
propre bonheur. Tous ceux qui sont heureux le sont pour avoir cherché le
bonheur d’autrui”
Mo Tseu
ou Mozi, ou Möti, latinisé Micius (littéralement "maître Mo"), de
son vrai nom Mo Di, (v.- 479, v. - 392), philosophe chinois. Commence
par adhérer au confucianisme avant de s'en démarquer et de créer sa
propre école de pensée (moïsme) dont les thèses remettent en cause à
la fois des enseignements confucianiste et taoïste.
Voyant l'origine de la guerre et de tous les crimes dans l'hostilité
avec laquelle l'homme considère ceux de ses semblables qui lui sont
étrangers, prêche pour une vaste communauté humaine solidaire où
chacun traiterait autrui, si éloigné qu'il soit, en prochain, par la pratique
de l'amour universel. L’être humain doit convertir son intérêt individuel
en intérêt général, chacun trouvant son compte dans le bien commun.
« Voici certainement la maxime d’amour : ne pas faire aux
autres ce que l’on ne veut pas qu’ils vous fassent. »
« L’attaque des petits États par les grands, le pillage des faibles
par les forts, l’oppression de la minorité par la majorité, la tromperie du
simple par la ruse, le dédain du noble pour l’humble sont quelques unes
des calamités du monde. (…) À quelle loi du Ciel obéirons-nous ? À
celle d’aimer tous les hommes universellement. »
Zacharie
(vers - 520 - 480), prophète de la Bible, proclamant les exigences
de bonté, de justice et de vérité sous le règne de Darius 1er, roi de Perse,
mais les auteurs anonymes désignés sous le nom de Deutéro-Zacharie
écrivent (Za, 9 et suivants) au 4ème et au 3ème siècle avant J.-C.
« Réjouis-toi, crie de joie, Jérusalem ! Crie de joie ! Voici ton roi. Il
vient à toi, juste et victorieux, humble et monté sur un âne, un tout jeune
ânon. D’Israël, il fera disparaître les chars de guerre, et de Jérusalem,
les chevaux de combat. Il brisera l’arc des guerriers et annoncera la paix
aux nations. » (Za, 9, 9-10)
Jésus de Nazareth répond clairement à ce passage quand il entre
dans Jérusalem sur un ânon avant de chasser du Temple les vendeurs et
les animaux destinés au sacrifice et d’être condamné à mort. C’est un
symbole d’opposition à Pilate qui, au même moment, entre à Jérusalem
sur un cheval de guerre.
À l’époque de Zacharie et plus encore du temps de Jésus, le
cheval symbolise le pouvoir des puissants tandis que l’âne est l’animal
du pauvre et du pacifique. L’oracle de Zacharie décrit un dirigeant d’un
genre nouveau qui apporte à l’humanité l’exigence de non-violence et de
simplicité.
Socrate
(470-399 avant J.-C.), philosophe grec, un des premiers
penseurs de la philosophie morale et politique.
N’a laissé aucun écrit, mais sa pensée et réputation se sont
transmises par des témoignages indirects (Platon, Xénophon,
Aristophane et Aristote).
Citoyen exemplaire, s'oppose à la démagogie qui règne alors à
Athènes. Dans des discussions avec les habitants de la ville, répond à
des questions par des questions, pousse chacun, tel un accoucheur, à
dépasser le niveau des vérités de sens commun et à partir en quête de
la connaissance vraie.
Insoumis au tyran Citrias, refuse de fuir la ville à la suite de son
procès. Boit lui-même la ciguë qui le condamne.
« Il ne faut donc pas répondre à l’injustice ni faire du mal à aucun
homme, quoi qu’il nous ait fait »
« S’il me fallait absolument commettre l’injustice ou la subir, je
préférerais la subir plutôt que la commettre. »
Aristophane
(v. - 450, v. - 385), poète comique grec. Auteur d’au moins
44 pièces, dont beaucoup sont perdues. Critique par de grands éclats de
rire les politiciens démagogues et va-t-en-guerre, la pernicieuse manie
des procès, les maîtres d'incivisme et de décadence.
La hardiesse des poètes comiques, le retour au pouvoir du parti
aristocratique et les malheurs d'Athènes aboutissent à une loi qui interdit
formellement les attaques contre les personnes : c'est l'arrêt de mort de
la comédie ancienne. Tente des voies nouvelles, inaugure la satire des
mœurs. Attaché à la cause des petits propriétaires campagnards et des
paysans appauvris par la guerre, victimes des hommes d'affaires et des
intrigants de la ville, attaque le régime d’Athènes et les chefs de file de la
classe politique. Ses sympathies et ses détestations trouvent leur source
dans un profond besoin de fraternité.
« Disperse loin de notre ciel la guerre et ses rauques tumultes.
Mets un terme à ces soupçons alambiqués qui nous font jaser sur le
compte les uns des autres. De nous tous, nous les Grecs, refais une
pâte intimement liée par un ferment d'amour ; infuse en nos esprits, pour
en ôter le fiel, quatre grains d'indulgence. »
« Former un homme, ce n’est pas remplir un vase, c’est allumer
un feu ! »
Ashoka
(v. 304-232 avant J.-C.), troisième empereur de la dynastie
indienne des Maurya, parvenu au pouvoir en faisant assassiner ses
frères et 99 membres de sa famille. Devient maître d’un immense
empire.
Subit une profonde crise morale à cause des horreurs de la
guerre du Kalinga (- 261). Retourné par son neveu bouddhiste
Nigrodha, se convertit lors de son voyage à Bodhgaya, fait une
retraite d’un an dans un monastère.
Son comportement et sa politique s’inspirent ensuite par la
non-violence et la compassion : la guerre est abolie, les
fonctionnaires ont pour mission de garantir la justice et la tolérance
religieuse.
../..
Ashoka
Met un terme aux sacrifices d’animaux dans les rituels
brahmaniques.
Premier souverain au monde à faire de la non-violence un
principe d’organisation politique.
À sa mort, après 37 ans de règne, ses enfants se partagent
son empire et les règles habituelles de la vie sociale et politique
reprennent leurs droits…
«Aux fonctionnaires : gagnons donc l’affection des hommes.»
«Le roi ami des dieux au regard amical veut que toutes les
écoles de pensée et religions puissent résider partout.Car toutes
veulent la maîtrise des sens et la pureté de l’âme.»
«Le but suprême est de faire le bien du monde entier.»
Édits gravés sur rocher
Image : chapiteau aux lions surmontant les colonnes dressées dans l’empire, devenu
l’emblème de la République de l’Union Indienne
Jésus de Nazareth
Ieshoua (« le désétrangleur ») (- 6, + 35 environ), Palestinien de
religion juive. Dans sa fratrie, a au moins 4 frères et 2 sœurs. Fait
l’expérience d’une telle proximité et d’une telle confiance en Dieu qu’il
l’appelle Abba (Papa).
Prêche le souci des exclus et la bonté, la joie et l’espérance, la non-
violence et le pardon, la liberté et la responsabilité.
Demande de ne pas répondre au mal par le mal et d’aimer ses
ennemis.
Dans une sainte colère, s’insurge contre la religion sacrificielle en
chassant, avec les vendeurs du Temple de Jérusalem, les animaux
destinés au sacrifice.
Combat les préjugés, la peur, les superstitions religieuses,
l’hypocrisie, le dogmatisme et le ritualisme. En conflit permanent avec les
religieux, particulièrement les Sadducéens.
Photo : Le Christ de Georges Rouault, vitrail, Cleveland Museum ../..
Jésus de Nazareth
Condamné à mort par les Grands prêtres, supplicié et crucifié à leur
demande par l’occupant romain.
Mort non pour racheter le péché du monde, mais pour être fidèle aux
exigences intérieures qui l’animaient et pour dire la non-violence de Dieu.
Présent après sa mort dans le cœur de ses disciples, « a fait faire à
son espèce le plus grand pas vers le divin » (Ernest Renan)
« Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle amis. »
« Celui qui dit "J’aime Dieu" alors qu’il a de la haine pour son frère,
c’est un menteur ! »
« Le Shabbat est fait pour l’homme, et non l’homme pour le
Shabbat. »
« Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. »
« Rengaine ton épée, car quiconque prend l’épée périra par l’épée. »
« Le royaume des Cieux est au-dedans de vous. »
Tableau : Le retour de l’enfant prodigue, Rembrandt
Livre : Le royaume de Cieux est en vous, commentaire de Jésus par Léon Tolstoï
../..
Jésus de Nazareth
« En marche les humbles, en marche les humiliés, en marche les endeuillés,
en marche les affamés et les assoiffés de justice, en marche les cœurs purs, en
marche les faiseurs de paix, en marche les persécutés à cause de la justice. »
« Je ne suis pas venu apporter la paix (la tranquillité), mais le glaive (la
parole qui bouscule). »
« Si l’on te donne une gifle sur la joue droite, tends la joue gauche » *
« Femme, l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne** ni à Jésusalem
que vous adorerez le Père. (…) Voici l’heure, et c’est maintenant, où les véritables
adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. »
* c’est-à-dire : ne pas répondre par la violence, rompre l’escalade de la violence
** le Garizim, lieu saint des Samaritains, près de Naplouse. Actualisation : ni à Bénarès, ni à
Lhassa, ni à Jérusalem, ni à Rome, ni à La Mecque…
Tableu : Jésus et la femme adultère, Lucas Cranach l’Ancien
Nagarjuna
(entre 150 et 250 après J.-C.), moine, philosophe et écrivain
bouddhiste indien, originaire de la région correspondant à l'Andhra
Pradesh actuel.
Fait un apport essentiel à la logique, par l'usage systématique
du tétralemme*, sa réfutation de la logique indienne, et utilise trois
types de réfutation : l'impossibilité logique, l'impossibilité réelle, le
constat d'inexistence.
Sa doctrine mène à la responsabilité et à la compassion
universelles, au respect des êtres sensibles et de l’environnement.
Condamne la torture, refuse la peine de mort et préconise un
traitement des prisonniers pour les réhabiliter.
Prône une égalité statutaire et une solidarité sociale qui
permettant que chacun évolue individuellement et se différencie
comme il le souhaite. Préconise l’association libre de personnes qui
se soutiennent pour se libérer de la souffrance.
* Le tétralemme (du grec tetra, "quatre" et lēmma, "proposition") étend la notion du dilemme à
un choix entre quatre issues.
Patanjali
(entre 300 et 500 après J.-C. ? *), fondateur indien de la
philosophie du yoga). Son enseignement est contenu dans les Yoga
Sutras, un court texte composé de 195 aphorismes.
La non-violence (ahimsa), respect en pensée, en parole et en
action de la vie de tout être vivant, est la première exigence éthique
de l’homme.
« La non-violence, la vérité, le désintéressement, la modération,
le refus des possessions inutiles » (…) « ne dépendant ni du mode
d’existence, ni du lieu, ni de l’époque, ni des circonstances ».
Ce qui perturbe l’existence de l’homme, ce sont ses pensées.
« Ces pensées, comme la violence, qu’on la vive, la provoque ou
l’approuve, sont causées par l’impatience, la colère et l’erreur ».
« Si quelqu’un est installé dans la non-violence, autour de lui
l’hostilité disparaît. »
* L’anonymat est une des caractéristiques des grands sages de l’Inde
ancienne. Ils estimaient que leur enseignement était le résultat d’un effort
collectif sur plusieurs générations et refusaient de s’en attribuer tout le mérite.
François d’Assise
Giovanni di Pietro Bernardone (1182-1226), citoyen d’Ombrie,
mène jusqu’en 1206 une vie de plaisirs.
Un retournement lui fait adopter ensuite une existence de
pauvreté, de prière et de charité dans le respect de la Création.
Selon les récits hagiographiques de St Bonaventure, rétablit en
1217 la paix dans la ville d’Arezzo menacée par la guerre civile.
En septembre 1219, pendant la 5ème croisade et le siège de
Damiette, traverse les lignes ennemies avec un frère pour rencontrer
le sultan Al Khâmil et dialoguer avec lui.
En 1223, presse les habitants de Pérouse de renoncer aux
armes.
La prière pour la paix ("Seigneur, faites de moi un instrument de votre paix"),
devenue en un demi-siècle une des prières les plus célèbres au monde, est
apparue, anonyme, en 1912 et a lui a été attribuée par erreur vers 1925.
Moheïddine Ibn ’Arabî
(1165 en Espagne -1240 en Syrie), théologien, juriste, poète,
métaphysicien et maître spirituel de l’Andalousie arabe.
Voyage et fait des rencontres à partir de 1196 : Fès, La Mecque,
Mossoul, Le Caire, Qonya, Arménie, Bagdad, Alep, meurt à Damas.
Considéré par Henry Corbin comme "un des plus grands
théosophes visionnaires de tous les temps".
Contrairement à la scission dessinée par Averroès (ou Ibn Rosd,
1126-1198) entre foi et raison, la profondeur d'Ibn ’Arabî se situe dans la
rencontre entre l'intelligence, l'amour et la connaissance.
Se situe intellectuellement dans la lignée de Mansur Al-Hallaj
(857- 922) qu'il cite à de nombreuses reprises.
Le premier, dans le monde musulman, à condamner la peine de
mort.
Djalal ud-Din Rumi
(1207-1273), spirituel et mystique musulman soufi, fondateur de
la confrérie des derviches tourneurs.
Développe dans son monastère à Konya un style de vie
communautaire, pauvre, non-violent, joyeux et laborieux.
Scandalise les intégristes en accueillant les femmes dans les
concerts sacrés, ou en se faisant l’ami des juifs et des chrétiens pour
rechercher avec eux le chemin de Dieu.
Manifeste une tendre compassion non seulement pour les
enfants, les ivrognes et les prostituées, mais aussi pour les animaux
et les plantes.
Veut transformer le petit jihad du Coran (guerre sainte contre
les infidèles) en grand jihad (combat spirituel pour l’élévation de soi.
Nicolas de Flüe
Niklaus von der Flüe (1417-1487), paysan, soldat puis officier,
conseiller municipal puis juge suisse. En 1467, père de 10 enfants, quitte
sa famille avec le consentement de sa femme, et s'installe comme ermite.
En dépit de son analphabétisme et de son peu d'expérience du
monde, son art de la médiation et son sincère amour de la paix font de lui
un conciliateur entre cantons ruraux et citadins.
Au cours de la diète de Stans (1481) qui résulte des guerres de
Bourgogne, intervient dans le conflit concernant l'admission de Fribourg et
de Soleure dans la Confédération, entrées redoutées par les cantons
ruraux.
Son message, dont le contenu exact demeure inconnu, établit les
bases d'un compromis juridique qui règle la situation.
Un des principaux unificateurs de son pays. Canonisé en 1947 et
déclaré saint patron de la Suisse.
« La différence entre le génie et la bêtise, c’est que le génie a ses
limites »
Érasme
Desiderius Erasmus Roterodamus (1469-1536), théologien et
humaniste néerlandais. Prêtre, docteur en théologie. Écrits en pédagogie,
philologie, politique, théologie. Parcourt l’Europe.
Étudie les sources grecques et hébraïques afin de restituer le
message chrétien débarrassé de la glose scolastique. Dans l’Éloge de la
folie, sous le masque du bouffon, prononce un réquisitoire contre les abus
de toute sorte et les déviations de l'Église. Affirme sa liberté de pensée par
rapport aux autorités ecclésiastiques.
Au nom de l’Évangile, dénonce le comportement du clergé et des
papes, mais se brouille avec l’impétueux Luther et n’encourage pas la
réforme protestante. Engagé pour la paix en Europe, dénonce les
penchants hégémoniques et belliqueux des souverains. Refuse la pourpre
de cardinal.
« Le monde entier est notre patrie à tous. »
« Ce que j’enseigne, c’est qu’il ne faut jamais entreprendre de
guerre, à moins que l’échec de toutes les autres tentatives l’ait rendue
inévitable. La raison est que la guerre est une chose si pernicieuse dans sa
nature même que, même sois la conduite du plus juste des princes et avec
les motifs les plus justes, elle engendre généralement plus de maux que de
bienfaits. »
Thomas More
(1478-1535), juriste, historien, philosophe, humaniste,
théologien et homme politique anglais.
Dans son livre Utopia, prône la tolérance et la discipline au
service de la liberté. Membre du Parlement à partir de 1504, s'élève
contre les taxes demandées par le roi Henri VII pour la guerre
d'Écosse.
Chancelier du Royaume, par amitié avec Catherine d’Aragon,
première femme du roi Henri VIII, n’assiste pas au couronnement
d’Anne Boylen, la seconde femme du roi, qui prend cela pour une
insulte. Refuse de cautionner l'autorité que le roi s'était arrogée en
matière religieuse. Condamné pour haute trahison, décapité le 6 juillet
1535.
Modèle de l’homme et du dirigeant politique qui, par amour de la
vérité, préfère mourir que renier ses convictions.
« La principale cause de la misère publique, c'est le nombre
excessif de nobles, frelons oisifs qui se nourrissent de la sueur et du
travail d'autrui, et qui font cultiver leurs terres, en rasant leurs fermiers
jusqu'au vif, pour augmenter leurs revenus. »
Bartolomé de Las Casas
(1484-1566), dominicain espagnol, colon pendant 10 ans dans le
Nouveau Monde. Après un massacre d’Amérindiens par les Espagnols à
Cuba en 1514, combat pour la défense des indigènes par des
publications, interventions, et remontrances. S’engage dans une lutte de
50 ans durant laquelle il fera plus de 14 voyages entre les deux
continents,
Procurador de los Indios en 1516, évêque du Chiapas et membre du
Conseil des Indes auprès de Charles Quint.
Lors de la controverse de Valladolid en 1547, s’oppose à Juan
Ginés de Sepulveda, chanoine de Cordoue qui affirme que les Indiens
n’ont pas d’âme et peuvent être asservis.
Affirme au contraire qu’il n’est jamais permis d’asservir personne,
que les Indiens ont des droits naturels, que les seules armes du
Chrétien sont la douceur et la persuasion.
Dans son plan de réformes « Mémoire des quatorze remèdes », il préconise de prendre
des Noirs comme esclaves pour compenser la mortalité des indigènes. Il mesurera son
erreur lorsqu'il connaîtra les conditions de la guerre menée en Afrique, prendra alors la
défense des Noirs aussi bien que des Indios et se repentira jusqu'à la fin de ses jours
de cette erreur.
Menno Simons
(1496-1561), prêtre hollandais originaire de Frise. Scandalisé
qu’un tailleur converti au protestantisme, Sicke Freerks, soit
condamné à mort par la cour de Frise et décapité en 1531 pour
avoir été rebaptisé en tant qu'adulte.
Se convertit en 1536 à l’anabaptisme, qui affirme l’impossibilité
absolue pour un chrétien de faire la guerre, l’interdiction de prêter
serment, la réservation du baptême aux adultes, la non-intervention
de l’État dans les débats théologiques. Se marie après avoir quitté
l'Église romaine et a 3 enfants.
Presque toutes les branches de l’anabaptisme non-violent se
retrouvent sous le nom de menonnites. Une forte émigration
mennonite s’est produite au 19ème siècle en direction des États-Unis
(amish, houttériens).
Environ 1 300 000 mennonites vivent dans un monde un peu à
part, souvent engagés dans lels mouvements non-violents et auprès
des populations frappées par la guerre.
Étienne de la Boétie
(1530-1563), juriste et écrivain français.
Ébauche dès 1548 le Discours de la servitude volontaire, qu’il
rédige probablement pendant sa licence de droit civil à Orléans en 1552-
53.
Conseiller au Parlement de Bordeaux, se lie d’amitié avec
Montaigne.
Traduit et édite les philosophes grecs. Meurt de la peste.
Le Discours, assimilé aux pamphlets anti-monarchiques, est
solennellement brûlé par arrêt du Parlement de Bordeaux. Il est réédité
par Lammenais en 1835.
« Soyez donc résolus à ne le plus servir (le tyran) et vous serez libre.
Je ne veux pas que vous le heurtiez ni que vous l’ébranliez, mais
seulement ne le soutenez plus et vous le verrez, comme un grand
colosse dont on dérobe la base, tomber de son propre poids et se
briser.»
Michel de Montaigne
(1533-1592), écrivain, philosophe et moraliste français. Magistrat,
conseiller au Parlement de Bordeaux pendant 13 ans, chargé de
missions politiques, puis diplomate, puis maire de Bordeaux.
Ses Essais, tolérés par les autorités, sont mis à l'Index par le
Saint Office en 1676.
Admet la guerre défensive. Un des très rares, au 16ème siècle, à
dénoncer les guerres de conquête et les atrocités des conquistadors
chrétiens, les guerres de Religion, la torture et la chasse aux sorcières.
« Il faut étendre la joie, mais retrancher autant qu’on peut la
tristesse. »
« Je ne partage point cette erreur commune de juger d’un autre
d’après ce que je suis. (…) Je conçois et crois bonnes mille manières de
vivre opposées. »
« Il y a un certain respect qui nous attache, et un général devoir
d’humanité, non aux bêtes seulement, qui ont vie et sentiment, mais aux
arbres-mêmes et aux plantes. Nous devons la justice aux hommes, et la
grâce et la bénignité aux autres créatures qui en peuvent être
capables ».
Blaise Pascal
(1623-1662), mathématicien (démontre à 12 ans la 32ème proposition
d’Euclide, cycloïde), physicien (pression atmosphérique, vide), inventeur
(machine à calculer, brouette, presse hydraulique, système de transports en
commun urbains), philosophe, moraliste et théologien français.
Bien avant Gandhi, a l’intuition que la vérité et la justice sont impuis-
santes dans les rapports sociaux si elles ne sont pas appuyées par la force,
c’est-à-dire par la contrainte. D’autres penseurs après lui préciseront que la
contrainte (qui oblige l’autre à céder) n’est pas nécessairement la violence
(qui le détruit ou le meurtrit).
« La justice sans la force est impuissante. La force sans la justice est
tyrannique. La justice sans force est contredite parce qu’il y a toujours des
méchants. La force sans la justice est accusée.
Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela faire que
ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort soit juste.
La justice est sujette à dispute. La force est très reconnaissable et sans
dispute. Ainsi on n’a pu donner la force à la justice, parce que la force a
contredit la justice, et a dit qu’elle était injuste, et a dit que c’était elle qui était
juste. Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui
est fort fût juste. »
George Fox
(1624-1691), artisan et prédicateur anglais, dissident de l’Église
anglicane, non conformiste au sein de son courant puritain.
Fonde en 1647 la Société des Amis, plus connue sous le nom
de Quakers ("trembleurs" qui frémissent au nom de Dieu), voyage
pour la développer en Grande Bretagne, en Europe et en Amérique
du Nord.
Rejette le recours aux armes pour quelque cause que ce soit,
la vanité, le gaspillage, critique les dogmes et concepts théologiques,
la discrimination des femmes, la hiérarchie religieuse, l’abus des
rites.
Emprisonné plusieurs fois pour trouble à l’ordre public (culte
non autorisé, irrévérence envers les autorités, refus de prêter
serment, etc.).
Baruch Spinoza
(1632-1677), philosophe néerlandais, issu d’une famille juive
portugaise ayant fui les persécutions de l’Église catholique.
Excommunié de la Synagogue car il affirme que la plupart des
grands récits bibliques (Déluge, division de la Mer rouge, etc.) sont des
mythes et non des vérités historiques : perd ses amis, sa famille, échappe
à une tentative d’assassinat.
Gagne sa vie en polissant des lentilles optiques pour lunettes et
microscopes.
Affirme que la plus grande servitude est celle envers nos propres
passions : l’être humain ne naît pas libre, mais le devient au terme d’un
effort rationnel de connaissance de ses émotions et de ses idées, de
réorientation de ses désirs.
La loi universelle de la vie est l’effort (conatus), générateur d’une joie
profonde, pour se perfectionner, persévérer dans son être et accroître sa
puissance vitale (potentia).
Pour lui, un État viable serait une République laïque où existerait
une totale liberté de conscience et d’expression pour tous les citoyens unis
dans un contrat social.
William Penn
(1644-1718), Anglais, adhère aux idées de George Fox.
Incarcéré pour cette raison à la Tour de Londres de décembre
1668 à juillet 1669.
Fuit les persécutions contre les Quakers et, grâce à la fortune
héritée de son père, obtient en 1681 du roi Charles II un territoire
anglais en Amérique du Nord, la province de Pennsylvanie.
Les Quakers fondent en 1682 la capitale Philadelphie ("amour
fraternel"), créent une société sans peine de mort et sans armée
permanente, fondée sur la tolérance et la liberté de conscience.
Signe en 1701 à Shackamaxon un traité d’amitié et de coopération
avec Tamanend, le chef de la tribu amérindienne Delaware.
Un siècle plus tard, les Blancs massacrent les Peaux Rouges lors
de la conquête du Far West…
Charles-Irénée Castel de Saint-Pierre
(1658-1743), écrivain, diplomate et académicien français,
précurseur de la philosophie des Lumières.
Négociateur d’un des traités d’Utrecht (France -GB en 1712) qui
met fin à la guerre de Succession d'Espagne.
S’inspire de ses négociations difficiles pour écrire en 1713 un
Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe, traité de science
politique en 3 volumes. Propose aux États de renoncer à la violence, de
régler leurs différends de manière pacifique dans des assemblées qui
regroupent des représentants de tous les pays.
Cet ouvrage, qui influencera Jean-Jacques Rousseau et qui
constitue la première vision d’une unification européenne, semble même
avoir inspiré les créateurs de la Société des Nations.
En 1718, durant la Régence, publie La Polysynodie ou la pluralité des conseils,
ouvrage dans lequel il exalte la manière de gouverner du Régent et critique
ouvertement la politique du défunt Louis XIV, qu’il juge despotique. Exclu pour
cette raison de l’Académie française.
Emmanuel Kant
(1724-1804), philosophe allemand, né d’un père d’origine
écossaise.
Professeur de mathématiques, physique, morale, théologie,
anthropologie. Membre de l'Académie royale des sciences et des lettres
de Berlin.
Toute sa vie, empreinte d'austérité et d'une extrême régularité, est
tournée vers la méditation, l'étude et l'enseignement.
Les trois grandes branches de sa pensée sont la philosophie
théorique (« Que puis-je savoir ? »), la philosophie pratique (« Que dois-
je faire ? Que puis-je espérer ? ») et l’esthétique.
Auteur d’un essai philosophique Vers la paix perpétuelle (1795) où il
affirme notamment que les armées permanentes doivent être
supprimées avec le temps.
« Agis de telle sorte que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta
personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps
comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. »
« Agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse être érigée
en loi morale universelle. »
Après René Descartes qui comparait les animaux à des machines, les assimile à
des pommes de terre…
Henry-David Thoreau
(1817-1862), écrivain états-unien d’ascendance française et
écossaise, naturaliste amateur, disciple et ami de Ralph Waldo
Emerson, influencé par des mystiques hindous et des idéalistes
allemands.
Démissionne de son poste d’instituteur car il refuse les
châtiments corporels, et ouvre une école privée. Sera ensuite
producteur de crayons et d’encre, puis géomètre.
Refuse de payer une partie de ses impôts pour protester
contre la politique esclavagiste et contre la guerre du Mexique
menées par son gouvernement.
Après son emprisonnement pendant une nuit, écrit en 1849
son Essai sur le devoir de désobéissance civile.
Critique l’économie et la société industrielles.
../..
Henry-David Thoreau
« Ce n’est pas à des ennemis lointains que je cherche querelle,
mais à ceux qui, tout proches, coopèrent avec eux, exécutent leurs
ordres, et sans qui ces ennemis seraient inoffensifs. (…) Il y a des
milliers de gens qui, par principe, sont opposés à la guerre et à
l’esclavage, mais qui en fait ne font rien pour y mettre un terme. (…)
Si la machine du gouvernement est de telle nature qu’elle vous
requiert pour être l’instrument de l’injustice envers votre prochain, alors,
je vous le dis, violez la loi. Que votre vie soit un contre-frottement pour
bloquer la machine. (…)
Sous un gouvernement qui emprisonne quiconque injustement, la
véritable place de l’homme juste est en prison (…) La seule place que le
Massachusetts ait prévue pour ses esprits les plus libres et les moins
abattus, c’est la prison d’État.» ../..
Photos : - Gandhi en prison a lu Thoreau.
- José Bové devant la cabane reconstituée de Thoreau à Walden Pond
Henry-David Thoreau
« Je crois que nous devrions être hommes d’abord, et sujets
ensuite. Il n’est pas souhaitable de cultiver le même respect pour la loi et
pour le bien. La seule obligation que je dois assumer est de faire à tout
moment ce que j’estime juste. »
« Même voter pour ce qui est juste, ce n’est encore rien faire pour
la justice. Ce n’est qu’exprimer faiblement son désir de la voir
triompher ».
« Tout homme qui a raison contre ses voisins constitue déjà une
majorité d’une voix. »
« Le sort du pays ne dépend pas de la manière dont vous votez
aux élections - le pire des hommes est aussi fort que le meilleur à ce jeu-
là -, il ne dépend pas du bulletin que vous déposez dans l’urne, mais de
l’homme que vous êtes dès l’instant où vous sortez de chez vous le
matin. »
Susan B. Anthony
et Elizabeth Cady Stanton
Susan Brownell Anthony, (1820-1906), enseignante et militante
états-unienne des droits civiques. Fille d’un père quaker militant pour
l’abolition de l’esclavage. Milite contre l’esclavage et l’alcoolisme.
Cofondatrice en 1869, avec Elizabeth Cady Stanton (1815-1902,
photo du bas), de la National Woman Suffrage Association. Lors de l'élection
présidentielle de 1872, qui voit la réélection du président Grant pour un
second mandat, est arrêtée à Rochester et condamnée, pour avoir tenté
de voter, à une amende de 100 dollars qu’elle refuse de payer.
Sillonne les États-Unis et l'Europe pendant plus de 45 ans, en
donnant de 75 à 100 conférences par an pour les droits des femmes.
Co-écrit de 1884 à 1887 The History of Woman Suffrage, en 4
volumes.
Avec Lucrecia Mott, Elizabeth Cady Stanton, Josephine Brawley
Hughes, Matilda Joslyn Gage, Ida Husted Harper, Carrie Chapman Catt,
joue un rôle central dans la lutte pour le suffrage des femmes aux États-
Unis qui aboutira en 1920 à l'adoption du 19ème amendement de la
Constitution américaine, donnant le droit de vote aux femmes.
Léon Tolstoï
Lev Nikolaïevitch Tolstoï (1829-1910), écrivain et comte
russe, auteur de romans (Guerre et paix, Anna Karénine, etc.),
pièces de théâtre, nouvelles, journaux représentant 90 volumes.
En 1969, confronté à la perspective de sa mort, découvre la
foi en Dieu, mais rompt peu à peu avec l’Église orthodoxe à qui
il reproche son dogmatisme et sa fermeture, mais surtout de
trahir le message évangélique de non-violence.
Contestant la divinité de Jésus, il en est excommunié en
1901.
S’insurge contre la guerre russo-japonaise et contre la
peine de mort, appelle au refus de l’impôt et du service militaire.
../..
Léon Tolstoï
Milite pour l’émancipation des serfs, fonde une école où sont
enseignées des méthodes de résolution non-violente des conflits,
organise des actions de solidarité, défend les droits humains.
Peu avant sa mort, entretient une correspondance avec Gandhi et
soutient le jeune avocat indien dans sa lutte pour les minorités d’Afrique
du Sud.
« L’amour – c’est-à-dire l’aspiration à l’harmonie des âmes humaines
et l’action qui résulte de cette aspiration – l’amour est la loi supérieure,
unique de la vie humaine. (…)
Cette loi fut proclamée par tous les sages de l’univers, aussi bien par
ceux de l’Inde et de la Chine que par ceux d’Europe, Grecs et Romains.
Et je pense qu’elle a été très clairement exprimée par le Christ lorsqu’il
dit qu’elle seule "contient toute la loi et les prophètes". (…)
Les fils du monde chrétien ont accepté cette loi tout en se
permettant la violence. »
3ème et dernière lettre de Tolstoï à Gandhi le 7 septembre 1910
Hubertine Auclert
(1848-1914), militante féministe française. Jugée trop indépen-
dante par les religieuses, est écartée à deux reprises de la vie monacale.
Choisit l’engagement républicain et la conquête de la liberté pour les
femmes par la révision des lois du code Napoléon.
À Paris, rejoint l‘’Association pour le droit des femmes’, dissoute en
1877 et reconstituée sous le nom de ‘Ligue française pour le droit des
femmes’. En 1876, fonde la société ‘Le droit des femmes’ qui soutient le
droit de vote pour les femmes et qui devient en 1883 la société ‘Le
suffrage des femmes’.
Entame, à partir de 1880, une grève de l'impôt en défendant l’idée
que, faute de représentation légale, les femmes ne devraient pas être
imposables. En 1881, lance La Citoyenne, journal qui plaide avec force
pour la libération féminine. En 1888, s’établit pour 4 ans avec son mari en
Algérie et elle y fait une enquête de terrain sur les femmes de ce pays.
En avril 1910, de concert avec Marguerite Durand, se présente
comme candidate aux élections législatives, imitée par deux autres
femmes, Renée Mortier et Gabrielle Chapuis. Leur candidature n'est pas
retenue.
« La femme doit participer à la vie publique, coopérer à la
transformation de la société, afin de s’assurer de n’être point sacrifiée
dans l’organisation sociale future. »
Jane Addams
(1860-1935), réformatrice sociale états-unienne, sociologue,
philosophe et écrivain.
Créatrice en 1998 d’une maison pour les pauvres à Chicago,
puis de l’Aide sociale publique.
S’implique dans le mouvement qui réclame le droit de vote pour
les femmes.
Prix Nobel de la Paix en 1931 avec Nicholas Butler pour ses
actions dans le domaine de l’éducation et de la santé.
Présidente de la ‘Ligue Internationale des Femmes pour la Paix
et la Liberté’ (WILPF) de 1915 à 1935, membre de la branche
américaine du ‘Mouvement International de la Réconciliation’
(International Fellowship of Reconciliation - IFOR).
Romain Rolland
(1866-1944), Français, professeur d’histoire de l’art, agrégé d’histoire,
écrivain.
Recherche la paix "au-dessus de la mêlée" pendant et après la
Première Guerre mondiale. Prix Nobel de littérature en 1915. Fondateur de
la revue Europe en 1923.
Tenaillé par son idéal humaniste et sa quête d’un monde non-violent,
admire Léon Tolstoï. Pendant 30 ans, cultive une relation privilégiée avec
l’Inde.
En 1924, son livre sur Gandhi contribue beaucoup à faire connaître le
Mahatama, qui qualifie R. Rolland en 1928 "d’homme le plus sage de
l’Europe" et le rencontre en 1931 dans sa maison au bord du lac Léman
(photo du haut).
« Un héros, c’est celui qui fait ce qu’il peut. Les autres ne le font pas. » R.R.
« Vous pouvez être fier de posséder cette "grande âme".
L’Europe n’en a aucune qui l’approche, de bien loin ! » M. K. Gandhi
Emily Greene Balch
(1867-1961), États-unienne, professeur d’économie et de
sociologie, syndicaliste. Quaker dès l’âge de 34 ans.
Mène campagne contre l’entrée des États-Unis dans la première
Guerre Mondiale, est exclue pour cette raison de son poste de
professeure à l’université de Wellesley.
Devient éditrice de The Nation, journal libéral.
Membre de la Wooman International League for Peace and
Freedom (WILPF) et de l’International Followship of Reconciliation
(IFOR-MIR).
Participe à la fondation de la ‘Société des Nations’ (SDN), fonde
des écoles internationales d’été. Lors de la 2ème guerre mondiale,
s’implique dans l’accueil des réfugiés et notamment des Juifs.
Prix Nobel de la Paix en 1946.
Carl von Ossietzky
(1889-1938), journaliste allemand.
Fondateur de la Ligue des droits de l’homme dans son pays.
Militant de paix anti-nazi, publie en 1929 un article sur les
centres d’essais clandestins de l’aviation militaire allemande.
Condamné en 1931 pour haute trahison à 18 mois de prison.
Prix Nobel de la Paix en 1935. Mort des suites de sa détention.
Le 11 juillet 1991, la Cour d’appel de Berlin refuse la révision du
procès demandée par sa famille.
L’arrêt est signé du juge Egbert Weiss, le même qui, en 1968,
avait acquitté un membre du « tribunal populaire" nazi responsable en
1944 de 231 condamnations à mort…
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Histoire et figures de la non-violence. — 01. Précurseurs de la non-violence jusqu’à Gandhi

  • 1. Trombinoscope historique de la non-violence 1- Précurseurs de la non-violence jusqu’à Gandhi Étienne Godinot .03.10.2021
  • 2. Trombinoscopes Chercheurs d’humanité Parmi les diaporamas en ligne sur ce site Internet figurent 7 familles (et quelques sous-familles) de "trombinoscopes" ou galeries de portraits : 1 - Eco* - Penseurs et acteurs d’alternatives économiques 2 - Sté* - Penseurs et acteurs d’un changement sociétal (éducation, droits humains, urbanisme, santé, politique, etc.) 3 - NV* - Penseurs et acteurs de la non-violence et de la résolution non-violente des conflits 3 - Jus* - "Justes" ayant protégé des personnes persécutées 4 - Alter* - Penseurs et acteurs de l’écologie et de l’altercroissance 5 - Sci* - Chercheurs de connaissance, science et technique 6 - San* - Chercheurs de connaissance, science et pratique que dans le domaine de la santé physique et psychique 7 - Sens* - Chercheurs de sens (art, religion, philosophie, spiritualité). *Abréviation dans le répertoire alphabétique ../..
  • 3. Trombinoscopes Chercheurs d’humanité Ce classement en 7 familles (et quelques sous-familles) pour des raisons pratiques, bien sûr peu satisfaisant, est destiné à montrer une évolution historique et à stimuler la réflexion. Chacune des figures présentées pourrait figurer la plupart du temps - et figure parfois - dans plusieurs familles à la fois. Un répertoire alphabétique (fichiers A à D, E à L, M à R, S à Z) permet de chercher chaque personne dans une des familles, à partir de son nom et de son année de naissance.
  • 4. Trombinoscopes Chercheurs d’humanité Cette suite de brefs portraits, présentés par ordre d’année de naissance des personnes concernées, n’a pour but que d’ouvrir la tête et toucher le cœur : - montrer au lecteur des figures de femmes et d’hommes et une évolution, - lui donner envie de faire davantage de recherches sur les personnages qui l’intéressent et peut-être de s’engager à leur suite. La sélection des personnes retenues parmi une quantité considérable de chercheurs, penseurs et acteurs et le contenu de leur présentation (en caractères relativement gros, et, dans la grande majorité des cas, sur l’espace d’une seule diapositive) ont été faits selon des critères qui présentent évidemment une grande part de subjectivité.
  • 5. Précisions de forme concernant tous les diaporamas du site Orthographe J’ai pris le parti d’écrire selon le code suivant : - un livre anglais, un temple indien, un texte hébreu, une fête juive, un rite chrétien, un voile musulman, un poème soufi, un temple protestant, l’Afrique noire, etc. - les Anglais, les Indiens, les Hébreux, les Juifs, les Sadducéens, les Chrétiens, les Musulmans, les Soufis, les Sunnites, les Protestants, les Intouchables, les Francs-Maçons, les Blancs, les Noirs, les Girondins, les Résistants de la 2ème Guerre Mondiale, etc., mais les croyants, les incroyants, les athées, les agnostiques, les socialistes, les franquistes, les communistes, les nazis, etc.; - un rabbin, un prêtre, un imam, un pasteur, le pape X, le cardinal Y, le métropolite Z, un dominicain, un jésuite, un swami, un préfet, un juge, un général, etc., sauf exceptions : les Grands Prêtres, le Grand Inquisiteur, etc. - Louis XVIII, Jean XXIII, la VIème dynastie (pour respecter la tradition), mais le 18ème siècle (pour faciliter la lecture). Noms d’organisations Les noms d’organisations ou d’institutions sont écrits entre deux ‘…’ (par ex. ‘École Normale Supérieure’) afin de les distinguer plus facilement des noms communs, notamment pour les lecteurs non français.
  • 6. Précisions de forme concernant tous les diaporamas du site Droits d’auteur sur les images Les images présentées dans les diaporamas m’ont été fournies par des sources diverses. Ne pouvant pas m’assurer qu’elles ne sont pas soumises au régime des droits d’auteur, je prie leurs ayants-droits éventuels de me préciser s’ils souhaitent qu’elles soient retirées. « » Citations Les citations figurent en italique et avec des guillemets en bas de chaque diapositive. Compte-tenu du peu de texte sur chaque personnage, il ne m’est pas possible de donner les références des citations (titre du livre, éditeur, année, page, ou article de journal) L’objectif de ces 5 familles de diaporamas est de donner une information de base et d’inciter le lecteur à faire des recherches complémentaires s’il est intéressé. É. G.
  • 7. Abraham ‟Père de multiples nations”, vers 1900 ans avant J.-C. Personnage probablement plus symbolique qu’historique, patriarche des Hébreux et père des trois religions monothéistes, judaïsme, christianisme et islam. Ibrahim pour les Musulmans. Chef d’une tribu de pasteurs semi-nomadiques, aurait vécu en Haute Mésopotamie à Ur, puis à Harân. Non loin des sanctuaires élevés en l’honneur des dieux de la fécondité, ces tribus et leurs chefs ont peu à peu la certitude d’un Dieu unique. Certaines d’entre elles acquièrent probablement peu à peu la conviction que Dieu ne peut pas supporter et refuse les sacrifices humains. Dans la tradition biblique, part au pays de Canaan, est invité par un ange de Dieu à ne pas immoler son fils Isaac, et le remplace sur l’autel par un bélier. « Le messager du Seigneur l’appela alors de la part de Dieu : « Abraham, Abraham ! (…) Ne touche pas à l’enfant, ne lui fais aucun mal » Genèse, 22, 11 Images : - Ziggurat d’Ur en Chaldée (vallée du Tigre et de l’Euphrate, époque sumérienne) - Tableau de Laurent La Hire, 1650. Abraham sacrifiant Isaac
  • 8. Moïse (- 1392 - 1272), Personnage biblique, premier prophète du judaïsme, considéré comme légendaire ou symbolique par la grande majorité des archéologues, philologues et autres scientifiques spécialistes de la Bible et des lieux bibliques. Le récit de sa naissance ressemble de près à la légende de la naissance de Sargon, roi légendaire, fondateur de l'Empire assyrien Dans la tradition biblique, fils d’Amran et de Jocabed, conduit le peuple d’Israël hors d’Égypte en ouvrant la mer Rouge. L’exode de 40 ans dans le désert, dont on ne trouve aucune trace archéologique, est aujourd’hui considéré par beaucoup comme une construction théologique ou un parcours spirituel.* Écrit « sous la dictée de Dieu » sur le mont Sinaï les dix paroles (Décalogue) ou commandements, dont le 6ème, "Tu ne tueras pas". La traduction d'André Chouraqui "Tu n'assassineras pas" donne une autre interprétation de ce commandement, qui ne couvre pas l'homicide en cas de guerre, de légitime défense, ou prononcé par un tribunal régulier (peine de mort). Photos : - Moïse recevant les tables de la loi, par Marc Chagall - Les 10 commandements en hébreu sur un parchemin Selon l'historien Nadav Naaman, ce récit de l'Exode et de la conquête de Canaan constitue probablement une construction biblique littéraire et théologique qui évoque la perte du contrôle militaire égyptien en Canaan vécue comme une libération, la mémoire culturelle juive transférant cette situation par la mise en scène d'une sortie d'Égypte.
  • 9. Zoroastre ou Zarathoustra, penseur, sage et prophète, fondateur du zoroastrisme, ayant existé, selon les études, entre le 15è et le 11è siècle, ou entre le 7è et le 6 è siècle avant J.-C., au nord-est de l'Iran actuel. Réforme le mazdéisme sur la base de trois principes, « les bonnes pensées, les bonnes paroles et les bonnes actions », d’une démarche éthique et d’une conscience claire en vue d’atteindre la plénitude spirituelle. Combat les sacrifices d’animaux, considère tous les hommes et toutes les femmes sur un pied d’égalité, indépendamment de leurs croyances et opinions, appartenance ethnique ou raciale. Non seulement ses idées ne plaisent pas, mais surtout elles remettent en cause le pouvoir établi. Pourchassé par le peuple, doit s'enfuir pour sauver sa vie. « Le bonheur appartient à celui qui apporte le bonheur aux autres. » Les zoroastriens ont été victimes de persécutions particulièrement par les Musulmans. Ceux qui ont fui en Inde sont connus sous le nom de Parsi. Photo du haut : le Farvahar symbolise le Fravashi, ange gardien d’un individu, l’univers sans fin ( le grand anneau central), la sagesse et l’amour (le petit anneau) se déplaçant vers l’avant pour conduire l’homme au progrès, à la droiture, au bonheur
  • 10. Le premier Isaïe "Isaïe" est le nom de trois prophètes de l’histoire judéo-chrétienne dont les textes ont été composés sur trois siècles entre 750 et 400 avant J.-C. Le prophète est celui qui rappelle, à temps et à contre temps, les exigences de la conscience. « Nul ne brandira plus le glaive meurtrier et l’on n’apprendra plus la guerre. Alors de leurs épées, ils forgeront des socs de charrue, et de leurs javelots des serpes. » « Le loup vivra avec l’agneau. Le tigre gîtera près du chevreau. Le veau, le lionceau seront nourris ensemble, et un enfant les conduira. » « Cet homme d’action est sans doute le premier homme que le rêve d’une humanité entièrement pacifiée ait hanté, qui ait pensé à la défaite de l’injustice, de la guerre (…) et qui ait annoncé une mutation cosmique. Il a été choqué non seulement par la violence des hommes, mais par celle qui règne dans la nature. Marx, Lénine et Mao ont-ils jamais eu comme lui leur nuit troublée par la lutte des espèces dans la jungle ? Il est en cela le premier, et peut-être le seul révolutionnaire de l’histoire. » André Chouraqui (photo du bas) Photo du haut : Le forgeron transformant l’épée en charrue. Statue offerte par l’URSS à l’ONU en 1959, installée devant le siège de l’ONU à New-York
  • 11. Mahāvīra (Le Grand Héros, - 599 - - 527), ascète jaïn, né dans le Bihar, dernier des 24 Tirthankara (guides de la voie de la libération) jaïn. La tradition jaïna indique que le premier des 24 "Tirthankara" est Rsabha, considéré comme le précurseur de la civilisation humaine. Des preuves historiques permettent d'affirmer l'existence du 23ème instructeur, Parsva (- 877 - -777). De même, les historiens acceptent celle du 22ème , Nemi, que la tradition considère comme cousin de Krishna. À l'âge de 30 ans, devient un sadhana (ascète), abandonne tout vêtement, jugeant que le détachement du monde exige la pratique de la nudité (bodiya pratiquée par les Digambara et certains Sâdhus) et se livre pendant 12 ans à la méditation. L'emblème du jaïnisme est une main symbolisant le réconfort moral et la compassion, dans laquelle est inscrit ahimsa c'est-à-dire non-violence. La phrase en sanskrit sous la main signifie : " Toutes les vies sont interdépendantes et donc se doivent un mutuel respect, une mutuelle assistance". ../..
  • 12. Mahāvīra Les 4 principes du jaïnisme sont les suivants : - L’identité de l’homme est à la fois matérielle et spirituelle, - L'homme n'est pas parfait, - L'homme est capable de vaincre sa nature matérielle, - L'homme est seul responsable de son avenir. Les 5 vœux principaux (mahavratas) sont exposés à travers un dialogue entre Mahavira et l'un de ses disciples : - Ne pas exercer de violence sur les êtres vivants, - Ne pas faire de tort par la parole, - Ne pas voler, - Fidélité sexuelle (couples) ou chasteté (moines), - Ne pas s'attacher aux biens matériels. . Les 4 vertus du jaïnisme sont : - le bienveillance pour tous les êtres vivants, - la joie de voir des êtres plus avancés que soi sur la voie de la libération, - la compassion envers les personnes et créatures malheureuses, - l’indifférence envers ceux qui se conduisent mal. ../.. Photos : - L’hôpital pour oiseaux à Delhi . - Élevage industriel de poulets en France
  • 13. Mahāvīra Pour les occidentaux, jaïnisme et bouddhisme semblent très proches par la réincarnation et le karma. Toutefois, au-delà des nombreuses différences, notam- ment dans les détails de la vie religieuse, le jaïnisme ne vénère pas de Dieu et considère que le monde existe depuis toujours, l'hindouisme considère que l'univers a été crée et vénère les différentes formes d'un seul Dieu, créateur. Le jaïnisme est la seule grande religion à avoir toujours prescrit le strict végétarisme et la non-violence absolue envers tous les animaux. Outre les 5 vœux du laïc, les vertus de base du jaïn s'incarnent dans l'abstention de consommer la viande, le vin et le miel. L’incitation jaïna à la non-violence attire l’attention sur - les supports de la violence (action physique, parole, pensée), - les processus engageant la violence (préparatifs, planification), - les modalités de la violence (directe, incitation, approbation), - la motivation de l’action violente (colère, avidité, manipulation). Photos : - À la différence des végaliens, les végétariens mangent les produits issus des animaux (beurre, œufs, fromage, miel, etc.) et s’en vêtissent (laine). - Femmes jaïns portant un voile sur la bouche et sur le nez pour ne pas avaler de moustiques. Les Occidentaux, s’étonnant de cette pratique, voire la décriant, oublient l’essentiel, à savoir les vœux et les vertus du jaïnisme
  • 14. K’ong Fou Tseu ou Kongfuzi, (nom latinisé en Confucius par les missionnaires du 16ème siècle). Philosophe chinois (- 552, - 479 avant J.-C.), contemporain du Bouddha, de Nabuchodonosor et de Pythagore. Homme de grande érudition et de caractère, profondément respectueux des idéaux de la tradition. Fonctionnaire, maître d’école, gouverneur de la ville puis intendant des travaux publics de la principauté de Zongdhu. Victime d'une conspiration suscitée par ses résultats, exilé, erre pendant 14 ans, puis rentre au pays natal. Instaure une morale sociale axée sur la vertu d’humanité, l’équité et le respect des rites cultuels. Attache une grande valeur au pouvoir de l’exemple, soutient que les gouvernants doivent mener une vie exemplaire. Veut appliquer la morale à la vie politique. Les 5 vertus majeures sont pour lui : la courtoisie, la magnanimité, la bonne foi, la diligence et la bonté. Son enseignement a donné naissance au confucianisme, doctrine politique et sociale érigée en religion d'État dès la dynastie Han et qui ne fut officiellement bannie qu'au début du 20ème siècle. « Entre les 4 mers, tous les hommes sont frères. » «Le maître-mot de Confucius est “apprendre”.» Anne Cheng siècle,
  • 15. Lao Tseu (« le vieux maître »), philosophe chinois (considéré par certains comme une personnalité symbolique) contemporain de Confucius. Sa doctrine, le taoïsme, est condensée dans un ouvrage de 5 000 caractères, le Livre de la Voie et de la Vertu ( ou Tao Te King). Il aurait rédigé cette œuvre au cours d’un long voyage vers l’ouest , à dos de buffle, qui marque le dernier épisode connu de sa vie. « Je traite avec bonté ceux qui ont la bonté. Je traite avec bonté ceux qui sont sans bonté. Et ainsi gagne la bonté » Aphorisme du sage, Tao Té King, ch. 49 « La bonté en parole amène la confiance. La bonté en pensée amène la profondeur. La bonté en donnant amène l'amour. »
  • 16. Le Bouddha Siddharta Gautama (566-486 avant J.-C.), dit le Bouddha (« l’éveillé »), prince népalais issu de la tribu guerrière des Sakya. À l’âge de 29 ans, s’enfuit de son palais pour se mettre en quête de la Vérité, qu’il découvre après une vie errante et de dures ascèses. L’existence est la souffrance, et la souffrance a son origine dans le désir, qui ne peut jamais être comblé. La sagesse consiste donc à vaincre le désir par la méditation, la compassion, la distance par rapport au bonheur et aux malheurs, et à avoir conscience de l’impermanence. “Ne blesse pas autrui de la manière qui te blesserait” “N’ayez qu’une seule passion : celle du bien des autres (…). Tous ceux qui sont malheureux le sont pour avoir cherché leur propre bonheur. Tous ceux qui sont heureux le sont pour avoir cherché le bonheur d’autrui”
  • 17. Mo Tseu ou Mozi, ou Möti, latinisé Micius (littéralement "maître Mo"), de son vrai nom Mo Di, (v.- 479, v. - 392), philosophe chinois. Commence par adhérer au confucianisme avant de s'en démarquer et de créer sa propre école de pensée (moïsme) dont les thèses remettent en cause à la fois des enseignements confucianiste et taoïste. Voyant l'origine de la guerre et de tous les crimes dans l'hostilité avec laquelle l'homme considère ceux de ses semblables qui lui sont étrangers, prêche pour une vaste communauté humaine solidaire où chacun traiterait autrui, si éloigné qu'il soit, en prochain, par la pratique de l'amour universel. L’être humain doit convertir son intérêt individuel en intérêt général, chacun trouvant son compte dans le bien commun. « Voici certainement la maxime d’amour : ne pas faire aux autres ce que l’on ne veut pas qu’ils vous fassent. » « L’attaque des petits États par les grands, le pillage des faibles par les forts, l’oppression de la minorité par la majorité, la tromperie du simple par la ruse, le dédain du noble pour l’humble sont quelques unes des calamités du monde. (…) À quelle loi du Ciel obéirons-nous ? À celle d’aimer tous les hommes universellement. »
  • 18. Zacharie (vers - 520 - 480), prophète de la Bible, proclamant les exigences de bonté, de justice et de vérité sous le règne de Darius 1er, roi de Perse, mais les auteurs anonymes désignés sous le nom de Deutéro-Zacharie écrivent (Za, 9 et suivants) au 4ème et au 3ème siècle avant J.-C. « Réjouis-toi, crie de joie, Jérusalem ! Crie de joie ! Voici ton roi. Il vient à toi, juste et victorieux, humble et monté sur un âne, un tout jeune ânon. D’Israël, il fera disparaître les chars de guerre, et de Jérusalem, les chevaux de combat. Il brisera l’arc des guerriers et annoncera la paix aux nations. » (Za, 9, 9-10) Jésus de Nazareth répond clairement à ce passage quand il entre dans Jérusalem sur un ânon avant de chasser du Temple les vendeurs et les animaux destinés au sacrifice et d’être condamné à mort. C’est un symbole d’opposition à Pilate qui, au même moment, entre à Jérusalem sur un cheval de guerre. À l’époque de Zacharie et plus encore du temps de Jésus, le cheval symbolise le pouvoir des puissants tandis que l’âne est l’animal du pauvre et du pacifique. L’oracle de Zacharie décrit un dirigeant d’un genre nouveau qui apporte à l’humanité l’exigence de non-violence et de simplicité.
  • 19. Socrate (470-399 avant J.-C.), philosophe grec, un des premiers penseurs de la philosophie morale et politique. N’a laissé aucun écrit, mais sa pensée et réputation se sont transmises par des témoignages indirects (Platon, Xénophon, Aristophane et Aristote). Citoyen exemplaire, s'oppose à la démagogie qui règne alors à Athènes. Dans des discussions avec les habitants de la ville, répond à des questions par des questions, pousse chacun, tel un accoucheur, à dépasser le niveau des vérités de sens commun et à partir en quête de la connaissance vraie. Insoumis au tyran Citrias, refuse de fuir la ville à la suite de son procès. Boit lui-même la ciguë qui le condamne. « Il ne faut donc pas répondre à l’injustice ni faire du mal à aucun homme, quoi qu’il nous ait fait » « S’il me fallait absolument commettre l’injustice ou la subir, je préférerais la subir plutôt que la commettre. »
  • 20. Aristophane (v. - 450, v. - 385), poète comique grec. Auteur d’au moins 44 pièces, dont beaucoup sont perdues. Critique par de grands éclats de rire les politiciens démagogues et va-t-en-guerre, la pernicieuse manie des procès, les maîtres d'incivisme et de décadence. La hardiesse des poètes comiques, le retour au pouvoir du parti aristocratique et les malheurs d'Athènes aboutissent à une loi qui interdit formellement les attaques contre les personnes : c'est l'arrêt de mort de la comédie ancienne. Tente des voies nouvelles, inaugure la satire des mœurs. Attaché à la cause des petits propriétaires campagnards et des paysans appauvris par la guerre, victimes des hommes d'affaires et des intrigants de la ville, attaque le régime d’Athènes et les chefs de file de la classe politique. Ses sympathies et ses détestations trouvent leur source dans un profond besoin de fraternité. « Disperse loin de notre ciel la guerre et ses rauques tumultes. Mets un terme à ces soupçons alambiqués qui nous font jaser sur le compte les uns des autres. De nous tous, nous les Grecs, refais une pâte intimement liée par un ferment d'amour ; infuse en nos esprits, pour en ôter le fiel, quatre grains d'indulgence. » « Former un homme, ce n’est pas remplir un vase, c’est allumer un feu ! »
  • 21. Ashoka (v. 304-232 avant J.-C.), troisième empereur de la dynastie indienne des Maurya, parvenu au pouvoir en faisant assassiner ses frères et 99 membres de sa famille. Devient maître d’un immense empire. Subit une profonde crise morale à cause des horreurs de la guerre du Kalinga (- 261). Retourné par son neveu bouddhiste Nigrodha, se convertit lors de son voyage à Bodhgaya, fait une retraite d’un an dans un monastère. Son comportement et sa politique s’inspirent ensuite par la non-violence et la compassion : la guerre est abolie, les fonctionnaires ont pour mission de garantir la justice et la tolérance religieuse. ../..
  • 22. Ashoka Met un terme aux sacrifices d’animaux dans les rituels brahmaniques. Premier souverain au monde à faire de la non-violence un principe d’organisation politique. À sa mort, après 37 ans de règne, ses enfants se partagent son empire et les règles habituelles de la vie sociale et politique reprennent leurs droits… «Aux fonctionnaires : gagnons donc l’affection des hommes.» «Le roi ami des dieux au regard amical veut que toutes les écoles de pensée et religions puissent résider partout.Car toutes veulent la maîtrise des sens et la pureté de l’âme.» «Le but suprême est de faire le bien du monde entier.» Édits gravés sur rocher Image : chapiteau aux lions surmontant les colonnes dressées dans l’empire, devenu l’emblème de la République de l’Union Indienne
  • 23. Jésus de Nazareth Ieshoua (« le désétrangleur ») (- 6, + 35 environ), Palestinien de religion juive. Dans sa fratrie, a au moins 4 frères et 2 sœurs. Fait l’expérience d’une telle proximité et d’une telle confiance en Dieu qu’il l’appelle Abba (Papa). Prêche le souci des exclus et la bonté, la joie et l’espérance, la non- violence et le pardon, la liberté et la responsabilité. Demande de ne pas répondre au mal par le mal et d’aimer ses ennemis. Dans une sainte colère, s’insurge contre la religion sacrificielle en chassant, avec les vendeurs du Temple de Jérusalem, les animaux destinés au sacrifice. Combat les préjugés, la peur, les superstitions religieuses, l’hypocrisie, le dogmatisme et le ritualisme. En conflit permanent avec les religieux, particulièrement les Sadducéens. Photo : Le Christ de Georges Rouault, vitrail, Cleveland Museum ../..
  • 24. Jésus de Nazareth Condamné à mort par les Grands prêtres, supplicié et crucifié à leur demande par l’occupant romain. Mort non pour racheter le péché du monde, mais pour être fidèle aux exigences intérieures qui l’animaient et pour dire la non-violence de Dieu. Présent après sa mort dans le cœur de ses disciples, « a fait faire à son espèce le plus grand pas vers le divin » (Ernest Renan) « Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle amis. » « Celui qui dit "J’aime Dieu" alors qu’il a de la haine pour son frère, c’est un menteur ! » « Le Shabbat est fait pour l’homme, et non l’homme pour le Shabbat. » « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. » « Rengaine ton épée, car quiconque prend l’épée périra par l’épée. » « Le royaume des Cieux est au-dedans de vous. » Tableau : Le retour de l’enfant prodigue, Rembrandt Livre : Le royaume de Cieux est en vous, commentaire de Jésus par Léon Tolstoï ../..
  • 25. Jésus de Nazareth « En marche les humbles, en marche les humiliés, en marche les endeuillés, en marche les affamés et les assoiffés de justice, en marche les cœurs purs, en marche les faiseurs de paix, en marche les persécutés à cause de la justice. » « Je ne suis pas venu apporter la paix (la tranquillité), mais le glaive (la parole qui bouscule). » « Si l’on te donne une gifle sur la joue droite, tends la joue gauche » * « Femme, l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne** ni à Jésusalem que vous adorerez le Père. (…) Voici l’heure, et c’est maintenant, où les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. » * c’est-à-dire : ne pas répondre par la violence, rompre l’escalade de la violence ** le Garizim, lieu saint des Samaritains, près de Naplouse. Actualisation : ni à Bénarès, ni à Lhassa, ni à Jérusalem, ni à Rome, ni à La Mecque… Tableu : Jésus et la femme adultère, Lucas Cranach l’Ancien
  • 26. Nagarjuna (entre 150 et 250 après J.-C.), moine, philosophe et écrivain bouddhiste indien, originaire de la région correspondant à l'Andhra Pradesh actuel. Fait un apport essentiel à la logique, par l'usage systématique du tétralemme*, sa réfutation de la logique indienne, et utilise trois types de réfutation : l'impossibilité logique, l'impossibilité réelle, le constat d'inexistence. Sa doctrine mène à la responsabilité et à la compassion universelles, au respect des êtres sensibles et de l’environnement. Condamne la torture, refuse la peine de mort et préconise un traitement des prisonniers pour les réhabiliter. Prône une égalité statutaire et une solidarité sociale qui permettant que chacun évolue individuellement et se différencie comme il le souhaite. Préconise l’association libre de personnes qui se soutiennent pour se libérer de la souffrance. * Le tétralemme (du grec tetra, "quatre" et lēmma, "proposition") étend la notion du dilemme à un choix entre quatre issues.
  • 27. Patanjali (entre 300 et 500 après J.-C. ? *), fondateur indien de la philosophie du yoga). Son enseignement est contenu dans les Yoga Sutras, un court texte composé de 195 aphorismes. La non-violence (ahimsa), respect en pensée, en parole et en action de la vie de tout être vivant, est la première exigence éthique de l’homme. « La non-violence, la vérité, le désintéressement, la modération, le refus des possessions inutiles » (…) « ne dépendant ni du mode d’existence, ni du lieu, ni de l’époque, ni des circonstances ». Ce qui perturbe l’existence de l’homme, ce sont ses pensées. « Ces pensées, comme la violence, qu’on la vive, la provoque ou l’approuve, sont causées par l’impatience, la colère et l’erreur ». « Si quelqu’un est installé dans la non-violence, autour de lui l’hostilité disparaît. » * L’anonymat est une des caractéristiques des grands sages de l’Inde ancienne. Ils estimaient que leur enseignement était le résultat d’un effort collectif sur plusieurs générations et refusaient de s’en attribuer tout le mérite.
  • 28. François d’Assise Giovanni di Pietro Bernardone (1182-1226), citoyen d’Ombrie, mène jusqu’en 1206 une vie de plaisirs. Un retournement lui fait adopter ensuite une existence de pauvreté, de prière et de charité dans le respect de la Création. Selon les récits hagiographiques de St Bonaventure, rétablit en 1217 la paix dans la ville d’Arezzo menacée par la guerre civile. En septembre 1219, pendant la 5ème croisade et le siège de Damiette, traverse les lignes ennemies avec un frère pour rencontrer le sultan Al Khâmil et dialoguer avec lui. En 1223, presse les habitants de Pérouse de renoncer aux armes. La prière pour la paix ("Seigneur, faites de moi un instrument de votre paix"), devenue en un demi-siècle une des prières les plus célèbres au monde, est apparue, anonyme, en 1912 et a lui a été attribuée par erreur vers 1925.
  • 29. Moheïddine Ibn ’Arabî (1165 en Espagne -1240 en Syrie), théologien, juriste, poète, métaphysicien et maître spirituel de l’Andalousie arabe. Voyage et fait des rencontres à partir de 1196 : Fès, La Mecque, Mossoul, Le Caire, Qonya, Arménie, Bagdad, Alep, meurt à Damas. Considéré par Henry Corbin comme "un des plus grands théosophes visionnaires de tous les temps". Contrairement à la scission dessinée par Averroès (ou Ibn Rosd, 1126-1198) entre foi et raison, la profondeur d'Ibn ’Arabî se situe dans la rencontre entre l'intelligence, l'amour et la connaissance. Se situe intellectuellement dans la lignée de Mansur Al-Hallaj (857- 922) qu'il cite à de nombreuses reprises. Le premier, dans le monde musulman, à condamner la peine de mort.
  • 30. Djalal ud-Din Rumi (1207-1273), spirituel et mystique musulman soufi, fondateur de la confrérie des derviches tourneurs. Développe dans son monastère à Konya un style de vie communautaire, pauvre, non-violent, joyeux et laborieux. Scandalise les intégristes en accueillant les femmes dans les concerts sacrés, ou en se faisant l’ami des juifs et des chrétiens pour rechercher avec eux le chemin de Dieu. Manifeste une tendre compassion non seulement pour les enfants, les ivrognes et les prostituées, mais aussi pour les animaux et les plantes. Veut transformer le petit jihad du Coran (guerre sainte contre les infidèles) en grand jihad (combat spirituel pour l’élévation de soi.
  • 31. Nicolas de Flüe Niklaus von der Flüe (1417-1487), paysan, soldat puis officier, conseiller municipal puis juge suisse. En 1467, père de 10 enfants, quitte sa famille avec le consentement de sa femme, et s'installe comme ermite. En dépit de son analphabétisme et de son peu d'expérience du monde, son art de la médiation et son sincère amour de la paix font de lui un conciliateur entre cantons ruraux et citadins. Au cours de la diète de Stans (1481) qui résulte des guerres de Bourgogne, intervient dans le conflit concernant l'admission de Fribourg et de Soleure dans la Confédération, entrées redoutées par les cantons ruraux. Son message, dont le contenu exact demeure inconnu, établit les bases d'un compromis juridique qui règle la situation. Un des principaux unificateurs de son pays. Canonisé en 1947 et déclaré saint patron de la Suisse. « La différence entre le génie et la bêtise, c’est que le génie a ses limites »
  • 32. Érasme Desiderius Erasmus Roterodamus (1469-1536), théologien et humaniste néerlandais. Prêtre, docteur en théologie. Écrits en pédagogie, philologie, politique, théologie. Parcourt l’Europe. Étudie les sources grecques et hébraïques afin de restituer le message chrétien débarrassé de la glose scolastique. Dans l’Éloge de la folie, sous le masque du bouffon, prononce un réquisitoire contre les abus de toute sorte et les déviations de l'Église. Affirme sa liberté de pensée par rapport aux autorités ecclésiastiques. Au nom de l’Évangile, dénonce le comportement du clergé et des papes, mais se brouille avec l’impétueux Luther et n’encourage pas la réforme protestante. Engagé pour la paix en Europe, dénonce les penchants hégémoniques et belliqueux des souverains. Refuse la pourpre de cardinal. « Le monde entier est notre patrie à tous. » « Ce que j’enseigne, c’est qu’il ne faut jamais entreprendre de guerre, à moins que l’échec de toutes les autres tentatives l’ait rendue inévitable. La raison est que la guerre est une chose si pernicieuse dans sa nature même que, même sois la conduite du plus juste des princes et avec les motifs les plus justes, elle engendre généralement plus de maux que de bienfaits. »
  • 33. Thomas More (1478-1535), juriste, historien, philosophe, humaniste, théologien et homme politique anglais. Dans son livre Utopia, prône la tolérance et la discipline au service de la liberté. Membre du Parlement à partir de 1504, s'élève contre les taxes demandées par le roi Henri VII pour la guerre d'Écosse. Chancelier du Royaume, par amitié avec Catherine d’Aragon, première femme du roi Henri VIII, n’assiste pas au couronnement d’Anne Boylen, la seconde femme du roi, qui prend cela pour une insulte. Refuse de cautionner l'autorité que le roi s'était arrogée en matière religieuse. Condamné pour haute trahison, décapité le 6 juillet 1535. Modèle de l’homme et du dirigeant politique qui, par amour de la vérité, préfère mourir que renier ses convictions. « La principale cause de la misère publique, c'est le nombre excessif de nobles, frelons oisifs qui se nourrissent de la sueur et du travail d'autrui, et qui font cultiver leurs terres, en rasant leurs fermiers jusqu'au vif, pour augmenter leurs revenus. »
  • 34. Bartolomé de Las Casas (1484-1566), dominicain espagnol, colon pendant 10 ans dans le Nouveau Monde. Après un massacre d’Amérindiens par les Espagnols à Cuba en 1514, combat pour la défense des indigènes par des publications, interventions, et remontrances. S’engage dans une lutte de 50 ans durant laquelle il fera plus de 14 voyages entre les deux continents, Procurador de los Indios en 1516, évêque du Chiapas et membre du Conseil des Indes auprès de Charles Quint. Lors de la controverse de Valladolid en 1547, s’oppose à Juan Ginés de Sepulveda, chanoine de Cordoue qui affirme que les Indiens n’ont pas d’âme et peuvent être asservis. Affirme au contraire qu’il n’est jamais permis d’asservir personne, que les Indiens ont des droits naturels, que les seules armes du Chrétien sont la douceur et la persuasion. Dans son plan de réformes « Mémoire des quatorze remèdes », il préconise de prendre des Noirs comme esclaves pour compenser la mortalité des indigènes. Il mesurera son erreur lorsqu'il connaîtra les conditions de la guerre menée en Afrique, prendra alors la défense des Noirs aussi bien que des Indios et se repentira jusqu'à la fin de ses jours de cette erreur.
  • 35. Menno Simons (1496-1561), prêtre hollandais originaire de Frise. Scandalisé qu’un tailleur converti au protestantisme, Sicke Freerks, soit condamné à mort par la cour de Frise et décapité en 1531 pour avoir été rebaptisé en tant qu'adulte. Se convertit en 1536 à l’anabaptisme, qui affirme l’impossibilité absolue pour un chrétien de faire la guerre, l’interdiction de prêter serment, la réservation du baptême aux adultes, la non-intervention de l’État dans les débats théologiques. Se marie après avoir quitté l'Église romaine et a 3 enfants. Presque toutes les branches de l’anabaptisme non-violent se retrouvent sous le nom de menonnites. Une forte émigration mennonite s’est produite au 19ème siècle en direction des États-Unis (amish, houttériens). Environ 1 300 000 mennonites vivent dans un monde un peu à part, souvent engagés dans lels mouvements non-violents et auprès des populations frappées par la guerre.
  • 36. Étienne de la Boétie (1530-1563), juriste et écrivain français. Ébauche dès 1548 le Discours de la servitude volontaire, qu’il rédige probablement pendant sa licence de droit civil à Orléans en 1552- 53. Conseiller au Parlement de Bordeaux, se lie d’amitié avec Montaigne. Traduit et édite les philosophes grecs. Meurt de la peste. Le Discours, assimilé aux pamphlets anti-monarchiques, est solennellement brûlé par arrêt du Parlement de Bordeaux. Il est réédité par Lammenais en 1835. « Soyez donc résolus à ne le plus servir (le tyran) et vous serez libre. Je ne veux pas que vous le heurtiez ni que vous l’ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus et vous le verrez, comme un grand colosse dont on dérobe la base, tomber de son propre poids et se briser.»
  • 37. Michel de Montaigne (1533-1592), écrivain, philosophe et moraliste français. Magistrat, conseiller au Parlement de Bordeaux pendant 13 ans, chargé de missions politiques, puis diplomate, puis maire de Bordeaux. Ses Essais, tolérés par les autorités, sont mis à l'Index par le Saint Office en 1676. Admet la guerre défensive. Un des très rares, au 16ème siècle, à dénoncer les guerres de conquête et les atrocités des conquistadors chrétiens, les guerres de Religion, la torture et la chasse aux sorcières. « Il faut étendre la joie, mais retrancher autant qu’on peut la tristesse. » « Je ne partage point cette erreur commune de juger d’un autre d’après ce que je suis. (…) Je conçois et crois bonnes mille manières de vivre opposées. » « Il y a un certain respect qui nous attache, et un général devoir d’humanité, non aux bêtes seulement, qui ont vie et sentiment, mais aux arbres-mêmes et aux plantes. Nous devons la justice aux hommes, et la grâce et la bénignité aux autres créatures qui en peuvent être capables ».
  • 38. Blaise Pascal (1623-1662), mathématicien (démontre à 12 ans la 32ème proposition d’Euclide, cycloïde), physicien (pression atmosphérique, vide), inventeur (machine à calculer, brouette, presse hydraulique, système de transports en commun urbains), philosophe, moraliste et théologien français. Bien avant Gandhi, a l’intuition que la vérité et la justice sont impuis- santes dans les rapports sociaux si elles ne sont pas appuyées par la force, c’est-à-dire par la contrainte. D’autres penseurs après lui préciseront que la contrainte (qui oblige l’autre à céder) n’est pas nécessairement la violence (qui le détruit ou le meurtrit). « La justice sans la force est impuissante. La force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite parce qu’il y a toujours des méchants. La force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela faire que ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort soit juste. La justice est sujette à dispute. La force est très reconnaissable et sans dispute. Ainsi on n’a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice, et a dit qu’elle était injuste, et a dit que c’était elle qui était juste. Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste. »
  • 39. George Fox (1624-1691), artisan et prédicateur anglais, dissident de l’Église anglicane, non conformiste au sein de son courant puritain. Fonde en 1647 la Société des Amis, plus connue sous le nom de Quakers ("trembleurs" qui frémissent au nom de Dieu), voyage pour la développer en Grande Bretagne, en Europe et en Amérique du Nord. Rejette le recours aux armes pour quelque cause que ce soit, la vanité, le gaspillage, critique les dogmes et concepts théologiques, la discrimination des femmes, la hiérarchie religieuse, l’abus des rites. Emprisonné plusieurs fois pour trouble à l’ordre public (culte non autorisé, irrévérence envers les autorités, refus de prêter serment, etc.).
  • 40. Baruch Spinoza (1632-1677), philosophe néerlandais, issu d’une famille juive portugaise ayant fui les persécutions de l’Église catholique. Excommunié de la Synagogue car il affirme que la plupart des grands récits bibliques (Déluge, division de la Mer rouge, etc.) sont des mythes et non des vérités historiques : perd ses amis, sa famille, échappe à une tentative d’assassinat. Gagne sa vie en polissant des lentilles optiques pour lunettes et microscopes. Affirme que la plus grande servitude est celle envers nos propres passions : l’être humain ne naît pas libre, mais le devient au terme d’un effort rationnel de connaissance de ses émotions et de ses idées, de réorientation de ses désirs. La loi universelle de la vie est l’effort (conatus), générateur d’une joie profonde, pour se perfectionner, persévérer dans son être et accroître sa puissance vitale (potentia). Pour lui, un État viable serait une République laïque où existerait une totale liberté de conscience et d’expression pour tous les citoyens unis dans un contrat social.
  • 41. William Penn (1644-1718), Anglais, adhère aux idées de George Fox. Incarcéré pour cette raison à la Tour de Londres de décembre 1668 à juillet 1669. Fuit les persécutions contre les Quakers et, grâce à la fortune héritée de son père, obtient en 1681 du roi Charles II un territoire anglais en Amérique du Nord, la province de Pennsylvanie. Les Quakers fondent en 1682 la capitale Philadelphie ("amour fraternel"), créent une société sans peine de mort et sans armée permanente, fondée sur la tolérance et la liberté de conscience. Signe en 1701 à Shackamaxon un traité d’amitié et de coopération avec Tamanend, le chef de la tribu amérindienne Delaware. Un siècle plus tard, les Blancs massacrent les Peaux Rouges lors de la conquête du Far West…
  • 42. Charles-Irénée Castel de Saint-Pierre (1658-1743), écrivain, diplomate et académicien français, précurseur de la philosophie des Lumières. Négociateur d’un des traités d’Utrecht (France -GB en 1712) qui met fin à la guerre de Succession d'Espagne. S’inspire de ses négociations difficiles pour écrire en 1713 un Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe, traité de science politique en 3 volumes. Propose aux États de renoncer à la violence, de régler leurs différends de manière pacifique dans des assemblées qui regroupent des représentants de tous les pays. Cet ouvrage, qui influencera Jean-Jacques Rousseau et qui constitue la première vision d’une unification européenne, semble même avoir inspiré les créateurs de la Société des Nations. En 1718, durant la Régence, publie La Polysynodie ou la pluralité des conseils, ouvrage dans lequel il exalte la manière de gouverner du Régent et critique ouvertement la politique du défunt Louis XIV, qu’il juge despotique. Exclu pour cette raison de l’Académie française.
  • 43. Emmanuel Kant (1724-1804), philosophe allemand, né d’un père d’origine écossaise. Professeur de mathématiques, physique, morale, théologie, anthropologie. Membre de l'Académie royale des sciences et des lettres de Berlin. Toute sa vie, empreinte d'austérité et d'une extrême régularité, est tournée vers la méditation, l'étude et l'enseignement. Les trois grandes branches de sa pensée sont la philosophie théorique (« Que puis-je savoir ? »), la philosophie pratique (« Que dois- je faire ? Que puis-je espérer ? ») et l’esthétique. Auteur d’un essai philosophique Vers la paix perpétuelle (1795) où il affirme notamment que les armées permanentes doivent être supprimées avec le temps. « Agis de telle sorte que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. » « Agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse être érigée en loi morale universelle. » Après René Descartes qui comparait les animaux à des machines, les assimile à des pommes de terre…
  • 44. Henry-David Thoreau (1817-1862), écrivain états-unien d’ascendance française et écossaise, naturaliste amateur, disciple et ami de Ralph Waldo Emerson, influencé par des mystiques hindous et des idéalistes allemands. Démissionne de son poste d’instituteur car il refuse les châtiments corporels, et ouvre une école privée. Sera ensuite producteur de crayons et d’encre, puis géomètre. Refuse de payer une partie de ses impôts pour protester contre la politique esclavagiste et contre la guerre du Mexique menées par son gouvernement. Après son emprisonnement pendant une nuit, écrit en 1849 son Essai sur le devoir de désobéissance civile. Critique l’économie et la société industrielles. ../..
  • 45. Henry-David Thoreau « Ce n’est pas à des ennemis lointains que je cherche querelle, mais à ceux qui, tout proches, coopèrent avec eux, exécutent leurs ordres, et sans qui ces ennemis seraient inoffensifs. (…) Il y a des milliers de gens qui, par principe, sont opposés à la guerre et à l’esclavage, mais qui en fait ne font rien pour y mettre un terme. (…) Si la machine du gouvernement est de telle nature qu’elle vous requiert pour être l’instrument de l’injustice envers votre prochain, alors, je vous le dis, violez la loi. Que votre vie soit un contre-frottement pour bloquer la machine. (…) Sous un gouvernement qui emprisonne quiconque injustement, la véritable place de l’homme juste est en prison (…) La seule place que le Massachusetts ait prévue pour ses esprits les plus libres et les moins abattus, c’est la prison d’État.» ../.. Photos : - Gandhi en prison a lu Thoreau. - José Bové devant la cabane reconstituée de Thoreau à Walden Pond
  • 46. Henry-David Thoreau « Je crois que nous devrions être hommes d’abord, et sujets ensuite. Il n’est pas souhaitable de cultiver le même respect pour la loi et pour le bien. La seule obligation que je dois assumer est de faire à tout moment ce que j’estime juste. » « Même voter pour ce qui est juste, ce n’est encore rien faire pour la justice. Ce n’est qu’exprimer faiblement son désir de la voir triompher ». « Tout homme qui a raison contre ses voisins constitue déjà une majorité d’une voix. » « Le sort du pays ne dépend pas de la manière dont vous votez aux élections - le pire des hommes est aussi fort que le meilleur à ce jeu- là -, il ne dépend pas du bulletin que vous déposez dans l’urne, mais de l’homme que vous êtes dès l’instant où vous sortez de chez vous le matin. »
  • 47. Susan B. Anthony et Elizabeth Cady Stanton Susan Brownell Anthony, (1820-1906), enseignante et militante états-unienne des droits civiques. Fille d’un père quaker militant pour l’abolition de l’esclavage. Milite contre l’esclavage et l’alcoolisme. Cofondatrice en 1869, avec Elizabeth Cady Stanton (1815-1902, photo du bas), de la National Woman Suffrage Association. Lors de l'élection présidentielle de 1872, qui voit la réélection du président Grant pour un second mandat, est arrêtée à Rochester et condamnée, pour avoir tenté de voter, à une amende de 100 dollars qu’elle refuse de payer. Sillonne les États-Unis et l'Europe pendant plus de 45 ans, en donnant de 75 à 100 conférences par an pour les droits des femmes. Co-écrit de 1884 à 1887 The History of Woman Suffrage, en 4 volumes. Avec Lucrecia Mott, Elizabeth Cady Stanton, Josephine Brawley Hughes, Matilda Joslyn Gage, Ida Husted Harper, Carrie Chapman Catt, joue un rôle central dans la lutte pour le suffrage des femmes aux États- Unis qui aboutira en 1920 à l'adoption du 19ème amendement de la Constitution américaine, donnant le droit de vote aux femmes.
  • 48. Léon Tolstoï Lev Nikolaïevitch Tolstoï (1829-1910), écrivain et comte russe, auteur de romans (Guerre et paix, Anna Karénine, etc.), pièces de théâtre, nouvelles, journaux représentant 90 volumes. En 1969, confronté à la perspective de sa mort, découvre la foi en Dieu, mais rompt peu à peu avec l’Église orthodoxe à qui il reproche son dogmatisme et sa fermeture, mais surtout de trahir le message évangélique de non-violence. Contestant la divinité de Jésus, il en est excommunié en 1901. S’insurge contre la guerre russo-japonaise et contre la peine de mort, appelle au refus de l’impôt et du service militaire. ../..
  • 49. Léon Tolstoï Milite pour l’émancipation des serfs, fonde une école où sont enseignées des méthodes de résolution non-violente des conflits, organise des actions de solidarité, défend les droits humains. Peu avant sa mort, entretient une correspondance avec Gandhi et soutient le jeune avocat indien dans sa lutte pour les minorités d’Afrique du Sud. « L’amour – c’est-à-dire l’aspiration à l’harmonie des âmes humaines et l’action qui résulte de cette aspiration – l’amour est la loi supérieure, unique de la vie humaine. (…) Cette loi fut proclamée par tous les sages de l’univers, aussi bien par ceux de l’Inde et de la Chine que par ceux d’Europe, Grecs et Romains. Et je pense qu’elle a été très clairement exprimée par le Christ lorsqu’il dit qu’elle seule "contient toute la loi et les prophètes". (…) Les fils du monde chrétien ont accepté cette loi tout en se permettant la violence. » 3ème et dernière lettre de Tolstoï à Gandhi le 7 septembre 1910
  • 50. Hubertine Auclert (1848-1914), militante féministe française. Jugée trop indépen- dante par les religieuses, est écartée à deux reprises de la vie monacale. Choisit l’engagement républicain et la conquête de la liberté pour les femmes par la révision des lois du code Napoléon. À Paris, rejoint l‘’Association pour le droit des femmes’, dissoute en 1877 et reconstituée sous le nom de ‘Ligue française pour le droit des femmes’. En 1876, fonde la société ‘Le droit des femmes’ qui soutient le droit de vote pour les femmes et qui devient en 1883 la société ‘Le suffrage des femmes’. Entame, à partir de 1880, une grève de l'impôt en défendant l’idée que, faute de représentation légale, les femmes ne devraient pas être imposables. En 1881, lance La Citoyenne, journal qui plaide avec force pour la libération féminine. En 1888, s’établit pour 4 ans avec son mari en Algérie et elle y fait une enquête de terrain sur les femmes de ce pays. En avril 1910, de concert avec Marguerite Durand, se présente comme candidate aux élections législatives, imitée par deux autres femmes, Renée Mortier et Gabrielle Chapuis. Leur candidature n'est pas retenue. « La femme doit participer à la vie publique, coopérer à la transformation de la société, afin de s’assurer de n’être point sacrifiée dans l’organisation sociale future. »
  • 51. Jane Addams (1860-1935), réformatrice sociale états-unienne, sociologue, philosophe et écrivain. Créatrice en 1998 d’une maison pour les pauvres à Chicago, puis de l’Aide sociale publique. S’implique dans le mouvement qui réclame le droit de vote pour les femmes. Prix Nobel de la Paix en 1931 avec Nicholas Butler pour ses actions dans le domaine de l’éducation et de la santé. Présidente de la ‘Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté’ (WILPF) de 1915 à 1935, membre de la branche américaine du ‘Mouvement International de la Réconciliation’ (International Fellowship of Reconciliation - IFOR).
  • 52. Romain Rolland (1866-1944), Français, professeur d’histoire de l’art, agrégé d’histoire, écrivain. Recherche la paix "au-dessus de la mêlée" pendant et après la Première Guerre mondiale. Prix Nobel de littérature en 1915. Fondateur de la revue Europe en 1923. Tenaillé par son idéal humaniste et sa quête d’un monde non-violent, admire Léon Tolstoï. Pendant 30 ans, cultive une relation privilégiée avec l’Inde. En 1924, son livre sur Gandhi contribue beaucoup à faire connaître le Mahatama, qui qualifie R. Rolland en 1928 "d’homme le plus sage de l’Europe" et le rencontre en 1931 dans sa maison au bord du lac Léman (photo du haut). « Un héros, c’est celui qui fait ce qu’il peut. Les autres ne le font pas. » R.R. « Vous pouvez être fier de posséder cette "grande âme". L’Europe n’en a aucune qui l’approche, de bien loin ! » M. K. Gandhi
  • 53. Emily Greene Balch (1867-1961), États-unienne, professeur d’économie et de sociologie, syndicaliste. Quaker dès l’âge de 34 ans. Mène campagne contre l’entrée des États-Unis dans la première Guerre Mondiale, est exclue pour cette raison de son poste de professeure à l’université de Wellesley. Devient éditrice de The Nation, journal libéral. Membre de la Wooman International League for Peace and Freedom (WILPF) et de l’International Followship of Reconciliation (IFOR-MIR). Participe à la fondation de la ‘Société des Nations’ (SDN), fonde des écoles internationales d’été. Lors de la 2ème guerre mondiale, s’implique dans l’accueil des réfugiés et notamment des Juifs. Prix Nobel de la Paix en 1946.
  • 54. Carl von Ossietzky (1889-1938), journaliste allemand. Fondateur de la Ligue des droits de l’homme dans son pays. Militant de paix anti-nazi, publie en 1929 un article sur les centres d’essais clandestins de l’aviation militaire allemande. Condamné en 1931 pour haute trahison à 18 mois de prison. Prix Nobel de la Paix en 1935. Mort des suites de sa détention. Le 11 juillet 1991, la Cour d’appel de Berlin refuse la révision du procès demandée par sa famille. L’arrêt est signé du juge Egbert Weiss, le même qui, en 1968, avait acquitté un membre du « tribunal populaire" nazi responsable en 1944 de 231 condamnations à mort… ■