N°131 – 1er trimestre 2011
                                                                                                                                                        Achevé de rédiger le 17 décembre 2010



                                       Un bon diagnostic vaut mieux qu'un mauvais remède

        Dans un environnement qui reste incertain, les investisseurs sont à la recherche d’éléments leur permettant
         d’anticiper la tendance des marchés. Les initiatives de politique économique sont de moins en moins à même de
         remplir ce rôle. Pendant la « grande modération » les règles de politique économique permettaient de prévoir la réaction des
         autorités dans telle ou telle situation. Dans la période actuelle de « nouvelle normalité », ces règles n’ont pas encore été
         finalisées et l’application de règles connues cède de plus en plus la place aux actions discrétionnaires comme modus
         operandi de l’action publique. Le plus souvent, sous la pression des évènements, les autorités sont obligées d’accroître les
         mesures de soutien. Cela a été le cas récemment pour les Banques centrales des deux côtés de l’Atlantique.
        Cette prééminence des actions discrétionnaires sur l’application de règles connues, parce qu’elle rend les anticipations
         moins stables, participe probablement d’une hausse de la volatilité sur les marchés. Nous n’échapperons probablement
         pas à ce nouvel environnement. Les marchés attendent cependant des gouvernements et des Banques centrales
         qu’elles proposent le diagnostic le plus exact possible de la situation. Il n’est pas certain que ce soit réellement le cas.
        Aux États-Unis, le débat s’éternise quant à la nature – structurelle ou cyclique – de la crise actuelle. La tentation est
         de penser que cette crise est cyclique, mais les références historiques suggèrent qu’elle est structurelle. Au final, les marchés
         pourraient être déçus, les mesures de relance pouvant être perçues de plus en plus comme une façon de gagner du temps
         plutôt que de susciter une croissance économique durable et proche du potentiel. Cela n’est probablement pas le meilleur
         moyen de réduire le degré de volatilité.
        Dans l’Union européenne, les autorités ont mis en place des mesures fortes pour protéger les États et les banques
         contre le risque de liquidité. Ces mesures, si elles sont nécessaires, ne sont pas suffisantes pour empêcher une
         éventuelle crise de solvabilité, en particulier pour les États. Les autorités ont réussi à gagner du temps, il faut l’utiliser à bon
         escient. Même en considérant que la consolidation budgétaire n’est ni l’ennemie de la croissance, ni une machine à perdre
         les élections, la zone euro a besoin d’une économie plus dynamique, en particulier à sa périphérie. Les marchés ne
         reprendront confiance que lorsque les institutions européennes auront pris des initiatives en ce sens.


                                                                                                         Sommaire

                                                                                                                Australie : robuste, avec l’aide de la Chine .........................................25
Stratégie macroéconomique : trop de problèmes locaux pour s’atteler                                             Nouvelle-Zélande : croissance en reconstruction ...............................25
aux problèmes mondiaux ..................................................................... 2                  Canada : c’est grave, docteur ? ..........................................................26
La Fed a ses raisons… que la BCE ignore ! ........................................ 6                            Marchés émergents : gains à court terme et problèmes à long terme ?
Taux d’intérêt : des taux de fin de crise, les taux euro ne peuvent                                             ............................................................................................................27
qu’augmenter........................................................................................ 7          Europe centrale : année de transition .................................................29
Taux de change : retour des déterminants traditionnels ...................... 9                                 Russie : retour de la croissance ..........................................................29
Énergie : resserrement des marchés pétroliers en fin d’année .......... 10                                      Afrique du Sud : décollage laborieux...................................................30
Métaux : achetez de l’aluminium ........................................................ 10                     Turquie : le pari risqué de la politique monétaire ................................30
États-Unis : rétablissement graduel grâce aux mesures de relance .. 11                                          Asie : la surperformance va-t-elle continuer ?.....................................31
Japon : un atterrissage en douceur, malgré l’absence de mesures de                                              Mexique : la bamba triste ....................................................................32
relance ................................................................................................ 15     Brésil : un ralentissement s’impose.....................................................32
UEM : avec des « si »… ..................................................................... 16                 MENA : une reprise à deux vitesses se met en place.........................33
France : tout vient à point à qui sait attendre ..................................... 18                        Taux d’intérêt au 16 décembre 2010...................................................34
Allemagne : force intérieure................................................................ 19                 Taux de change au 16 décembre 2010...............................................36
Italie : une croissance modérée, mais positive en vue ....................... 20                                Scénario économique du Groupe Crédit Agricole S.A. .......................37
Grèce : toujours plus .......................................................................... 21             Matières premières..............................................................................39
Espagne : face aux vents violents, le gouvernement tient la barre .... 22                                       Comptes publics..................................................................................40
Scandinavie : un îlot préservé ............................................................ 23
Royaume-Uni : années de sobriété .................................................... 24
Spécial


Stratégie macroéconomique : trop de problèmes locaux pour
s’atteler aux problèmes mondiaux
 Quatre principales préoccupations constituent la toile de fond de doutes existant sur le marché : L'acceptabilité du rythme
 actuel de croissance des États-Unis, les performances économiques divergentes en Europe, la capacité des pays
 émergents d’assurer le maintien des grands équilibres macro-économiques, la volonté de rééquilibrer la croissance
 mondiale. Il n'est pas sûr que les conditions soient réunies pour atteindre rapidement ces quatre objectifs à la fois.


                       La reprise mondiale se poursuit, mais les rythmes restent très différents entre les pays avancés et les
                       émergents. L’écart de croissance du PIB entre les deux régions est du simple au triple : de 2% à 6%. De ce
                       simple constat, quatre préoccupations, qui tissent la toile de fond des questionnements actuels du marché,
                       apparaissent :

                        Le caractère acceptable ou non du rythme de la croissance en cours aux États-Unis ;
                        La divergence entre les performances économiques en Europe ;
                        La capacité des pays émergents à concilier forte croissance, stabilité macroéconomique et accueil des
                         capitaux en provenance de l’ouest et en quête de rendements attrayants ;
                        La difficulté, a priori paradoxale dans un tel environnement, à rééquilibrer l’économie mondiale, avant
                         tout à réduire dans un même mouvement les déficits extérieurs ici et les excédents là-bas.

                       Commençons par les États-Unis où la perspective d’une croissance économique durablement autour de
                       2% l’an, pendant un certain temps, passe mal (le rythme de croissance devrait être au-dessus du potentiel
                       en 2011 et 2012, avec le risque d'une correction à la baisse juste après). Avant tout du fait de ce que cela
                       implique en termes, d’une part, d’insuffisance de rendement moyen du capital investi en actifs américains,
                       qu’il s’agisse de produits monétaires, d’obligations ou d’actions et, d’autre part, de maintien d’un taux de
                       chômage élevé durant trop longtemps. Il en résulte une tentation, très présente dans le débat d’idées
                       aujourd’hui, de considérer la faible croissance actuelle non pas comme un phénomène structurel,
                       en relation avec la nécessité de rééquilibrer et de consolider le bilan de beaucoup d’entre les agents
                       économiques (des ménages aux administrations publiques en passant par les institutions
                       financières), mais comme une faiblesse conjoncturelle, passagère par essence. Il suffirait alors aux
                       responsables de la politique économique d’être plus insistants en matière « d’amorçage de la pompe » à
                       relance économique pour que la croissance finisse par accélérer et se positionne de façon durable sur une
                       tendance socialement acceptable, sans doute d’au moins 3% l’an. Cette position appelle au moins trois
                       commentaires.

                       D’abord, il n’est sans doute pas possible de considérer que le diagnostic du « passage à vide »
                       conjoncturel est le mieux établi. Les États-Unis n’échappent simplement pas à la règle, logiquement
                       fondée et historiquement observée, d’une période de croissance lente, nécessaire au désendettement.
                       Peut-être doit-on admettre qu’elle est largement entamée pour ce qui est des ménages. Il n’en demeure
                       pas moins que le débat du niveau jusqu’auquel le taux d’épargne remontera (il est déjà passé de 2% à 6%)
                       n’est pas clos et qu’il y a au moins autant d’arguments en faveur d’une poursuite de la remontée que pour
                       sa stabilisation.

                       Dans tous les cas, le leverage des banques ne retrouvera pas les niveaux d’avant-crise et la remise en
                       ordre des comptes publics reste un effort à engager. Face à de tels vents contraires, les moteurs que sont
                       les exportations et l’investissement des entreprises, quelle que soit leur puissance, ne pourront pas assurer
                       durablement à l’économie américaine un rythme d’au moins 3% l’an. Ce qui ne veut pas dire qu’une
                       performance de cet ordre n’est pas ponctuellement réalisable. Les freins structurels pèsent sur la
                       croissance potentielle (celle observable sur moyenne période), mais n’empêchent pas les développements
                       cycliques de plus court terme (en relation par exemple avec les cycles des stocks ou de l’investissement)
                       de faire sentir leurs effets.
                                                          (*)
                           Croissance BRIC et G3                                    Le multiplicateur monétaire est-il cassé aux EU ?

       10%                                                                        250
                                                                                         B ase 1 en ao ût 2008
                                                                                                00
        8%                                                                        230

        6%                                                                        210
                                                                                  190
        4%
                                                                                  170
        2%
                                                                                  150
        0%
                                                                                  130
       -2%        * cro issance du P IB à P P A a/a                                10
                                                                                   1
       -4%                                                         P révisio ns    90
       -6%                                                                           Jan-08                Jan-09      Jan-10
             00         02         04         06         08        10       12                                      base mo nétaire
                         cro issance G3          cro issance B RIC                                                  o ffre de mo nnaie (M 2)
       So urce : B lo o mberg, Crédit A grico le CIB                              So urce : Crédit A grico le CIB   prêts et crédits bail




                                                    Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                            2
Spécial

                         Ainsi, une croissance potentielle de 2% (sans doute la référence à retenir pour les années futures) n’est
                         en rien un obstacle à des fluctuations conjoncturelles amenant la progression du PIB à environ 3,5% à un
                         certain moment.

                         Ensuite, la difficulté collective (du peuple et ses élites économiques aux responsables politiques dont
                         les policy makers) à admettre le nouveau régime de croissance peut engendre des erreurs de
                         politique économique, aux conséquences dommageables en termes de perspectives d’activité.
                         Insister de trop pour faire monter en régime une économie qui n’en est pas capable comporte un triple
                         risque. Premièrement et tant que la politique économique est considérée comme crédible, cela participe
                         de l’instabilité des anticipations. Les agents privés réajustent à la hausse leurs prévisions (qu’il s’agisse
                         d’activité, de résultats ou de rendements), avant de s’apercevoir que le « mieux » en termes de croissance
                         n’est pas durable. Deuxièmement, ce qui finit par être perçu comme un trop plein d’optimisme des
                         responsables de la politique économique dans leur capacité d’action nuit à l’efficacité de celle-ci. Le
                         pilotage des anticipations s’en trouve altéré et la confiance dans l’action publique, diminuée.
                         Troisièmement, le réglage des outils de la politique économique peut être poussé trop avant ; ce qui peut
                         être défavorable, ne serait-ce que parce que cela rend la « normalisation » d’autant plus délicate.
                         Jusqu’où la Réserve fédérale s’enfoncera-t-elle dans la terra incognita du Quantitative Easing, avant de se
                         rendre compte de la faiblesse de la réponse de l’économie américaine (en période post récession de bilan,
                         la préférence pour l’épargne et le désendettement rendent la politique monétaire moins opérante) ? Même
                         s’il existe encore des marges de manœuvre en termes d’initiative de relance budgétaire (mais
                         hypothéquée par le climat antagoniste régnant à Washington), la problématique suite à un activisme mené
                         trop loin serait de nature comparable.

                         Enfin, il faut s’interroger sur les initiatives à prendre afin de à la fois accepter ce nouveau régime de
                         croissance et de le faire évoluer vers quelque chose de plus optimal.

                         L’expérience de l’Europe à la fin des années 70 et durant la décennie suivante est sans doute à garder
                         à l’esprit. Confrontés à une croissance ralentie que le maintien du chômage et de l’inflation à un haut
                         niveau rendait permanente, les Européens ont recherché des solutions de nature structurelle aux
                         maux dont leurs économies souffraient. L’objectif de davantage d’unification européenne offrait un
                         champ large d’idées de réforme. Une plus grande stabilité monétaire et la création d’un marché unique ont
                         été les axes retenus. On peut évidemment discuter à n’en plus finir pour mesurer de façon précise l’apport
                         de ces réformes à la croissance européenne. Il a sans doute été essentiel, même si d’autres freins sont
                         apparus progressivement. Dans tous les cas, ouvrir des perspectives et y faire adhérer les acteurs de la
                         vie économique rend plus facilement acceptable hic et nunc un ralentissement un tant soit peu durable de
                         la croissance.

                         Il y a ici une leçon vraisemblablement utile aux États-Unis : prendre des initiatives ambitieuses et
                         préférer les politiques structurelles aux outils plus conjoncturels que sont les politiques
                         budgétaire et monétaire. Au passage, les thématiques retenues en Europe il y a une trentaine d’années
                         pourraient raisonner utilement aux oreilles des décideurs américains actuels : ne parle-t-on pas de
                         nécessaire réforme du système monétaire international et ne redoute-t-on pas avant tout la prise ici ou là
                         de mesures protectionnistes ?

                         Passons à l’Europe et à la montée des divergences de performances économiques entre les pays
                         de la zone euro. Il ne fait guère de doutes que celles-ci vont en augmentant, et ceci quel que soit
                         l’indicateur retenu : de la croissance au taux de chômage et de la balance des comptes courants à celle
                         des comptes publics. L’inflexion est notable par rapport à la situation ayant prévalu avant la crise. La
                         construction européenne était perçue (les faits confirmaient d’ailleurs la perception) comme une machine à
                         fabriquer de la convergence. Les marchés avaient « joué à fond » le processus, avec l’écrasement par
                         exemple des écarts de rendements entre les titres d’État à l’intérieur de la zone euro.

                                                        Flux de capitaux privés vers les émergents
  1200


  1000     M ds USD

                                autres flux privés
   800
                                prêts de banques co mmerciales

   600                          flux de pro tefeuille

                                IDF
   400
                                flux de capitaux privés vers les émergents (to tal)

   200


     0


  -200
           1995     1996      1997     1998      1999    2000     2001     2002       2003   2004   2005   2006   2007   2008   2009   2010   2011
  So urce : Crédit A grico le CIB



                                                     Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                                 3
Spécial

                         Un environnement économique international plutôt porteur, l’existence des fonds structurels,
                         l’intensification des échanges intra-européens, des contraintes imposées en matière de dérive des prix et
                         de niveaux, tant de taux longs que d’impasse des comptes publics et une politique monétaire commune
                         sont autant de raisons pour expliquer la convergence. De plus, bien entendu, le dynamisme du contexte
                         mondial a masqué les évolutions différentes en matière de compétitivité (prix et produit) et de modèle
                         économique décliné (qu’il s’agisse de spécialisation géographique des ventes, de spécialisation sectorielle
                         de l’offre ou des ressorts de la demande des ménages – le pouvoir d’achat ou le couple valorisation des
                         actifs/endettement –).

                         Dans tous les cas, ce n’est que cette réalité de la convergence qui permettait le respect (plus ou moins
                         bien au demeurant) de règles communes en termes de dérives de prix ou d’équilibre des comptes publics
                         et qui rendait possible une unicité de politique monétaire. La divergence (à partir de quel stade ? Il n’y a
                         pas de réponse définitive à la question, mais le fait de la poser fait hélas craindre que le processus est
                         suffisamment avancé pour être bien visible) remet en cause la capacité à suivre la règle commune et
                         rend difficile le pilotage de la politique monétaire (que veut dire la moyenne quand l’écart-type devient
                         important ?). Dans le « meilleur des mondes », l’effort de l’Union européenne et de ses pays-membres
                         devrait porter avant tout sur les initiatives permettant de recréer de la convergence. Bien sûr, gérer la crise
                         du souverain dans les pays périphériques et forcer les investisseurs à être à l’avenir moins angéliques
                         pour ce qui est de l’évolution économique et son implication sur la qualité des comptes publics de chacun
                         des pays de la zone sont une « ardente obligation ». Il n’empêche que recréer les conditions de la
                         convergence économique est une « absolue nécessité ». Sinon, il sera de plus en plus difficile de
                         gérer une zone euro dont la « boîte de vitesses » n’est pas équipée de marche arrière.

                         Produire à nouveau de la convergence veut dire deux choses : avoir un modèle (les références peuvent
                         être multiples) et baliser les cheminements qui pays par pays permettront de l’atteindre. En matière de
                         modèle, quelle que soit la nécessité de préserver les susceptibilités, la référence sera peu ou prou
                         l’Allemagne, qu’il s’agisse de modèle économique ou de gestion des comptes publics. Et l’Allemagne, forte
                         de ses succès, compte bien s’y employer. Mais personne ne doit ignorer que le « coût à l’entrée » pour
                         nombre de pays-membres est immense, qu’il s’agisse d’améliorer la compétitivité de l’économie (ce qui
                         passera au moins partiellement par des efforts de dévaluation interne, c'est-à-dire de baisse des coûts
                         salariaux unitaires) ou de réduire les déséquilibres des comptes publics. Il faut être lucide, même si on est
                         un adepte de l’existence d’un environnement d’équivalence ricardienne en Europe continentale (la
                         réduction des déficits publics participerait de davantage de confiance de la part des ménages et donc
                         d’une préférence plus affirmée pour la dépense au détriment de l’épargne), rien ne sera possible sur la
                         durée sans une attention portée à maintenir un certain rythme de croissance. Cela doit passer au
                         sein de l’Union par davantage de solidarité budgétaire (elle existe dorénavant, même si c’est d’une
                         façon conditionnelle, pour les périodes de crise ; il y aurait quelque logique à l’étendre aux périodes plus
                         normales, ne serait-ce que pour éviter les crises) et/ou par une volonté de gommer au moins en partie
                         les déséquilibres de position extérieure relative (les pays ayant un excédent extérieur à la fois vis-à-vis
                         de la zone euro et du reste du monde devraient faire des efforts de dynamisation de leur demande
                         intérieure).

                         Finissons plus rapidement par étudier les deux derniers points mis en avant dans notre introduction. Pour
                         ce qui est des pays émergents pris comme un tout, quel que soit le caractère tout à fait satisfaisant
                         des performances macroéconomiques enregistrées à l’heure actuelle, force est de reconnaître que
                         trouver le réglage optimal entre croissance forte et maintien des grands équilibres
                         macroéconomiques n’est pas facile. En matière de croissance deux constats apparaissent : la crise
                                                                                                                                1
                         freinera sans doute pour quelques années le rythme des importations dans les pays développés et le
                         passage de relais des exportations vers la demande intérieure comme principal moteur de la croissance
                         des pays émergents est un phénomène long et graduel. A ce double titre, la tentation de maintenir un
                         réglage accommodant de la politique économique est grande. Les taux d’intérêt réels resteraient trop
                         bas longtemps et les devises, toujours sous-évaluées par rapport au dollar. Cette combinaison mêlant bon
                         niveau de croissance et politique accommodante est favorable à des flux entrants de capitaux importants.
                         Au final, il faudra être attentif au risque d’inflation, tant du côté des biens et services, que de celui des
                         actifs.

                         La réforme du système monétaire international est une idée louable, tant de trop fortes fluctuations
                         sur le marché des changes et des mouvements de capitaux trop intempestifs sont autant de chocs
                         sur le déroulé du cycle économique mondial. En la matière, un triple but devrait être assigné : la
                         généralisation autant qu’il est objectivement possible de le faire du système des changes flottants, faire en
                         sorte que les mouvements de capitaux aient moins d’effets déstabilisants (ce qui veut assurément dire
                         réduire les phénomènes à la genèse de ces flux et donc s’atteler aux déséquilibres des balances de
                         paiement) et s’assurer que les Banques centrales gardent comme premier objectif de juguler le risque
                         inflationniste. Il est cependant peu probable que les choses se passent ainsi. Dans un environnement
                         mondial désinflationniste (faible croissance dans les pays avancés, haut niveau de concurrence dans
                         un monde toujours largement ouvert et surcapacités de production dans certains secteurs et dans certains
                         pays), la tentation d’affaiblir sa devise pour créer les conditions de davantage de croissance
                         restera présente dans nombre de pays. De même, pousser loin (trop loin ?) le réglage accommodant
                         des politiques monétaires ne sera pas perçu comme trop risqué, tant que les marchés ne s’inquiètent pas

1
    cf. FMI, Perspectives Economiques Mondiales, octobre 2010, Chapitre 4.

                                             Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                           4
Spécial

                         trop (on sait pourtant que leurs changements d’humeur peuvent venir sans crier gare). Enfin, le
                         rééquilibrage de la croissance mondiale prendra du temps et les investisseurs occidentaux resteront
                         attirés par les rendements offerts par les marchés émergents, tout en essayant de rester attentif à la
                         montée des risques, si tant est qu’ils apparaissent. La volatilité des flux de capitaux ne disparaitrait donc
                         pas.

                         Fort de ces analyses, à quoi l’investisseur doit-il être attentif :

                         A ce qu’aux États-Unis le principe de réalité fasse accepter une croissance économique plus faible que
                           les références historiques usuelles ; c’est au final moins dangereux que de se lancer dans une
                           succession de politiques de relance peu efficaces et dont la normalisation ne serait pas facile ; il ya des
                           opportunités pour l’investisseur dans un environnement de marché caractérisé par un taux long Trésor
                           Public autour de 4%, un PER du marché actions de 13 et une progression annuelle des earning per
                           share de 7% ;
                        A   ce qu’en Europe, un début d’intégration budgétaire ou au moins de coordination des politiques
                           macroéconomiques se mette en place ; il faut absolument vite enrayer le processus de divergence des
                           performances économiques ;
                         A ce que dans les pays émergents, le risque d’accélération de l’inflation reste faible.
                         Pour ce qui est de la réforme du système monétaire international, il paraît raisonnable   de ne rien
                           attendre. Si des initiatives arrivent à se concrétiser et qu’elles participent d’un rééquilibrage de
                           l’économie mondiale et de davantage de lisibilité, tant mieux !

Hervé GOULLETQUER
herve.goulletquer@ca-cib.com



                 Part mondiale libellée en dollars US                                     Zone Euro : dispersion du taux de chômage
                                        0   20   40   60   80   100            4,5                                                                    16
                               %
      transactio ns sur le marché des
                                                                               4,0                                                                    14
                  changes

            réserves internatio nales                                          3,5                                                                    12


                                                                               3,0                                                                    10
                   dépô ts bancaires

                                                                               2,5                                                                    8
                     prêts bancaires
                                                                               2,0                                                                    6
                 ventes de créances
                                                                               1,5                                                                    4
      part des EU dans la cro issance                                                99    00   01   02   03   04   05 06 07 08 09 1         0
                  mo ndiale                                                                                          écart type du taux de chô mage
      So urce : B lo o mberg, FM I                                             So urce : ISM , CA CIB
                                                                                                                     M in-M ax (éch. dr.)




                                                 Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                                           5
Politique monétaire


La Fed a ses raisons… que la BCE ignore !
  Chacune à leur manière, la Fed et la BCE soutiennent la croissance aux États-Unis et dans la zone euro. Les moyens
  diffèrent (Quantitative Easing pour l’une, Liquidity Easing pour l’autre) parce que les modèles économiques et les modes de
  pensée diffèrent. La Fed craint par dessus tout la déflation, la BCE beaucoup moins. La BCE craint l’inflation, réelle comme
  financière, la Fed la recherche. La Fed se fie au degré d’utilisation des ressources, la BCE aux agrégats monétaires. Mais
  derrière ces dogmes, il y a aussi et surtout du pragmatisme et des Banques centrales sur qui compter.


                           La Fed a ses raisons…
                           L’issue du FOMC des 2-3 novembre n’a pas surpris avec l’annonce officielle de la reprise du
                           quantitative easing (QE2) mettant ainsi un terme au suspense qui durait depuis l’été. Les raisons de
                           ce geste telles que formulées par la Fed tiennent à la non-satisfaction de ses deux objectifs que sont le
                           plein emploi et la stabilité des prix. De son point de vue, en prenant une assurance contre les risques
                           baissiers sur la croissance et l’inflation, la Fed ne risque pas grand chose à en faire trop, surtout
                           lorsque plane la menace déflationniste. Le résultat n’est certes pas garanti, mais la multiplicité des
                           canaux de transmission accroît les chances de succès : détente de l’ensemble des conditions
                           monétaires et financières, lutte contre l’aversion pour le risque et ancrage des anticipations d’inflation.
                           D’ailleurs, dans les faits, ce surcroît de stimulus a donné un coup de fouet à la confiance avec pour
                           résultat une remontée du taux sans risque qui flirte depuis avec les 3% (pour le dix ans américain). Cette
                           situation de prime abord paradoxale, puisque de nature à resserrer les conditions de crédit, ne l’est pas
                           tant. En ravivant l’appétit pour le risque, la Fed augmente certes la base sur laquelle se forment les taux
                           de marchés, mais réduit en contrepartie le surcroît de rémunération demandé par les investisseurs pour
                           détenir des actifs plus risqués et fait ainsi monter leur prix. La hausse du prix des actifs contribue à
                           soutenir la richesse patrimoniale, un des leviers pour stimuler la demande privée et partant l’emploi, ce qui
                           permet de s’assurer du bon enclenchement du cercle vertueux de la croissance auto-entretenue. Par
                           ailleurs, en soutenant les anticipations d’inflation, la Fed joue sur un autre levier : la baisse des taux réels,
                           (à tout le moins leur non-hausse), également de nature à soutenir la demande.

                          …que la BCE ignore
                           Le fait que la BCE ait de son côté déjà entamé sa stratégie de sortie (temporairement interrompue
                           pas le regain de tensions sur les souverains européens) témoigne d’une vraie ligne de fracture
                           entre ces deux Banques centrales. Les différences sont d’ordre conceptuel. Alors que pour la Fed, la
                           déflation reste le fléau à éviter à tout prix, à l’instar de la mécanique délétère observée du temps de la
                           grande dépression, la BCE voit la baisse du niveau général des prix comme un moyen douloureux, mais
                           néanmoins nécessaire, d’opérer une dévaluation interne dans des économies en manque de compétitivité.
                           Côté Fed, les effets de richesse sont recherchés pour eux-mêmes comme canal de transmission de la
                           politique monétaire, lorsque la valeur des actifs est une composante intrinsèque du comportement de
                           consommation des agents selon une logique de croissance patrimoniale. A l’inverse, la BCE voit la hausse
                           des prix d’actifs sur fond de stimulus monétaire comme une source potentielle d’instabilité, puisque toute
                           cette liquidité en se déversant dans la sphère financière risque de distordre l’allocation des ressources et
                           de gonfler artificiellement certains prix d’actifs. Enfin, la BCE se montre très réticente à opérer tout réglage
                           de sa politique sur la base de mesures fragiles comme l’« output gap » et, sensible à la formule de
                           Friedman selon laquelle l'inflation est partout et toujours un phénomène monétaire, elle continue
                           de prêter une attention particulière aux agrégats de crédit et de monnaie, ce qui ancre définitivement sa
                           stratégie dans le moyen terme. La Fed, elle, n’a de cesse de rappeler l’ampleur des ressources
                           inemployées et la nécessité de croître plus vite pour les résorber. Il est surtout question de cycle plutôt
                           que de tendance avec un réglage monétaire souple à court terme pour atteindre une cible de moyen
                           terme.
Hélène BAUDCHON                                                              Isabelle JOB
helene.baudchon@credit-agricole-sa.fr                                        isabelle.job@credit-agricole-sa.fr


                États-Unis : inflation inférieure à la cible                                             UEM : inflation proche de sa cible
       a/a, %                                                            a/a, %             a/a, %                                                               a/a, %
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                                                                prévisio ns 3
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                      inflatio n to tale       inflatio n so us-jacente
                                                       zo ne grisée : récessio n                       inflatio n to tale                   inflatio n so us-jacente
       So urce : B LS, Crédit A grico le S.A .                                              So urce : Euro stat, Crédit A grico le S.A .




                                                      Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                                                       6
Marchés


Taux d’intérêt : des taux de fin de crise, les taux euro ne peuvent
qu’augmenter
 Bien que les points morts d’inflation aient atteint des niveaux raisonnables, les taux réels [américains] sont restés à des
 niveaux de crise, inférieurs à leurs équivalents japonais ou allemands. Ils augmenteront nettement lorsque l’économie sera
 suffisamment forte pour supporter des hausses de taux directeurs. Bien que la croissance potentielle ait baissé, les taux
 réels subiront un choc à la hausse sous l’effet d’autres facteurs, tels que la volatilité et l’offre et la demande.


               Regard à long terme sur les taux américains
               Cette crise dure depuis si longtemps qu’on a oublié à quoi ressemblait un taux dix ans normal. Nous pensons
               cependant que nous y reviendrons sur notre horizon de prévision de deux ans, à condition que l’économie soit
               assez robuste pour supporter un début de remontée des taux directeurs américains au deuxième semestre 2012.
               Indépendamment du calendrier exact des actions de la Fed, avoir une idée de la situation à terme est important.
               Prenons l’exemple des TIPS (titres du Trésor américain indexé sur l’inflation). Les taux réels à dix ans sont
               actuellement autour de 0,75%. Il est traditionnellement admis que le taux des TIPS donne une idée de la
               croissance attendue sur la durée de vie du titre. Dès lors, le TIPS à dix ans ne suggère qu’un taux de croissance
               extrêmement faible.
               Quel serait le niveau raisonnable du taux réel ? Depuis l’année 2000, la moyenne du taux réel à dix ans a été de
               2,25%, tandis que la moyenne du taux de croissance a été de 1,9%. Le consensus est que la croissance
               américaine sera structurellement plus faible à l’avenir, il faut remonter à 2005 pour trouver un taux de croissance
               supérieur à 3%. La croissance potentielle américaine devrait être nettement inférieure à 3%, probablement entre
               2,0% et 2,5%.
               Si la croissance peut donner une première idée du niveau futur des taux réels, d’autres facteurs sont également à
               prendre en compte :

                   La demande : actuellement, la Fed achète assez massivement des emprunts du Trésor, mais elle cessera de
                    le faire avant de remonter ses taux.

                   L’offre : le déficit va rester élevé pendant de nombreuses années, de plus les marchés vivent dans la crainte
                    d’une revente par la Fed des titres inscrits à son bilan, ce qui représente des montants colossaux.

                   Volatilité de l’économie : l’époque de Greenspan correspond à celle de la « grande modération » : la
                    croissance et l’inflation étaient exceptionnellement stables, ce qui avait conduit à une forte baisse des primes
                    de risque. La situation a radicalement changé.

                   Risque de crédit : les emprunts du Trésor américain ne sont désormais plus des actifs sans risque. Des
                    évènements récents suggèrent qu’ils intègrent désormais une prime de risque – certes faible, mais positive
                    (cf. les 41 pdb du CDS à cinq ans sur les États-Unis).
               Au regard de l’ensemble de ces éléments, nous pensons que les taux réels seront nettement plus élevés
               qu’actuellement lorsque les marchés se stabiliseront à l’horizon d’un an environ.
               Nous pensons que le début du cycle de hausse des taux de la Fed amènera rapidement les taux réels 50 à
               75 pdb au-dessus de la croissance tendancielle, contre un écart historique de 25 pdb. La « grande modération »
               est terminée, la période qui s’ouvre sera marquée par davantage de volatilité, de risques de crédit et par une
               dynamique défavorable de l’offre et de la demande.




                États-Unis : Croissance et taux réels                                         Taux américain à dix ans
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                                                                            9
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     -4               Taux réels à 1 ans
                                    0                                       2
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                      Cro issance, % a/a
     -6                                                                     0
     janv-00           janv-03       janv-06     janv-09                   mars-90         mars-96          mars-02         mars-08
     So urce : B lo o mberg                                                So urces : B lo o mberg, Crédit A grico le CIB




                                               Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                        7
Marchés

                  L’autre composante des taux nominaux est le point mort d’inflation. Les points morts à dix ans sont actuellement
                  à 2,20% : cela peut paraître élevé alors que l’inflation sous-jacente est à 0,6%, mais cet écart s’explique par le fait
                  que l’assouplissement monétaire actuel est sans précédent.
                  Nous pensons que les points morts seront relativement inchangés, voire légèrement plus élevés que leurs
                  niveaux actuels, autour de 2,25%. Un niveau d’équilibre du taux réel à dix ans de 2,50% à 2,75% reflèterait une
                  croissance tendancielle relativement limitée, mais une prime de risque plus élevée. Au total, cela nous amène à
                  prévoir un taux dix ans de 4,75% fin 2012. Cela peut paraître élevé, mais fin 2012, les taux à dix ans seront le
                  reflet des anticipations pour la période 2013-2022.

                  En zone euro l’effet valeur refuge a été évincé
                  Alors que les craintes de nouvelle récession aux États-Unis (double-dip) ont contribué à la baisse des taux des
                  États du centre de la zone euro dans la seconde moitié de 2009 et au premier trimestre 2010, la principale
                  explication à la baisse des taux allemands depuis le mois d’avril a été l’aversion au risque liée à la crise
                  européenne. Cette dynamique est clairement illustrée par la correspondance entre les périodes de forte baisse
                  des taux allemands et les périodes de corrélation négative entre le Bund et le BTP (emprunts d’État italiens).
                  Cette dynamique a commencé à faiblir lorsque les autorités européennes sont intervenues de manière plus
                  importante, soit au travers de plans de soutien ou via les achats d’obligations de la BCE. Compte tenu du coût
                  potentiellement très élevé de la crise de la dette européenne, nous pensons que la BCE et, au final, la
                  Commission européenne auront tendance à vouloir soutenir tous les membres de la zone euro, empêchant ainsi
                  un retour de l’effet valeur refuge.

                  La croissance et l’inflation suggèrent de nouvelles hausses des taux de marché
                  À défaut d’acheter les obligations des pays du centre de la zone euro pour se protéger du risque, les marchés
                  prennent de plus en plus en considération la dimension macroéconomique « habituelle ». Les taux, même après
                  leur remontée récente, sont environ 50 pdb en dessous de ce qui semblerait normal compte tenu des niveaux
                  actuels de croissance et d’inflation : les obligations des pays du centre sont surévaluées et les taux Euribor sont
                  trop bas.
                  Cela n’aurait guère d’importance si l’on prévoyait un ralentissement économique. Cependant, plusieurs
                  indicateurs comme la composante « nouvelles commandes » et celle des « commandes en attente » de l’indice
                  PMI manufacturier de la zone euro, suggèrent une croissance solide en zone euro. Ceci a été confirmé ces
                  dernières semaines par la plupart des enquêtes et des chiffres d’activité. Dans un tel environnement, les taux
                  continueront à augmenter et, dans le courant de l’année prochaine, les marchés intégreront de plus en plus
                  nettement l’approche d’une hausse des taux de la BCE. À ce jour, nous pensons que la BCE procédera à sa
                  première hausse des taux au cours du premier trimestre 2012.

                  L’offre devrait être importante au premier trimestre
                  En 2011, nous attendons une offre globale de titres d’État inférieure à celle de 2010. Alors que les
                  remboursements augmenteront légèrement (de 513 à 556 Mds €), les besoins de financement du déficit devraient
                  diminuer de plus de 30%, conduisant à une baisse de l’offre brute comme de l’offre nette.
                  L’offre, cependant, n’est pas entièrement favorable pour le marché obligataire. L’offre brute de titres semi-publics
                  et bancaires devrait augmenter en raison des besoins de financement liés aux plans de sauvetage et de l’arrivée
                  à échéance d’une quantité importante de titres garantis par l’État.
                  En plus de cela, les principaux emprunteurs sont habituellement très actifs sur le marché au premier trimestre. Il
                  n’y a pas de raison de penser que cela sera différent en 2011. Historiquement, l’offre de titres n’a jamais eu
                  d’impact particulièrement visible sur les prix des obligations souveraines. Cependant, si les marchés continuent à
                  se détourner de l’obligataire américain et européen jusqu’en janvier, la forte montée de l’offre ne devrait pas
                  rester sans effet.


Luca JELLINEK                                                                  David KEEBLE
luca.jellinek@ca.cib.com                                                       david.keeble@ca-cib.com


   Zone euro : changement de taux et convergence - divergence                                      Taux euro croissance nominale
        1,0                                                             60            %
       0,8                                                              40            6
       0,6
                                                                        20
       0,4                                                                            4
       0,2                                                              0
       0,0                                                              -20           2
      -0,2                                                              -40
      -0,4                                                                            0
                                                                        -60
      -0,6
      -0,8                                                              -80
                                                                                     -2
       -1,0                                                             -100
         Sep-09     Dec-09       M ar-10   Jun-10    Sep-10    Dec-10                -4
                                      Changement s/ un mo is du taux des              Jan-99    Jan-01    Jan-03     Jan-05   Jan-07   Jan-09     Jan-11
                                      emprunts allemands à 5 ans (éch. dr.)
      So urces : B lo o mberg,                                                                    Taux 5 ans EUR          Cro issance no minale
                                      Co rrélatio n entre le taux à 1 ans
                                                                     0
      CA CIB                                                                         So urces : Euro stat, B lo o mberg
                                      allemand et le taux à 1 ans italien
                                                               0



                                                    Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                                        8
Marchés


Taux de change : retour des déterminants traditionnels
  Le dollar devrait légèrement reculer au premier trimestre 2011 et connaître une performance mitigée en 2011. Les devises
  des pays producteurs de matières premières, qui bénéficient de taux élevés, devraient afficher les meilleures performances
  de l’année, tandis que le yen et le franc suisse devraient retrouver leur statut de devise de financement. Une pression
  croissante devrait s’exercer sur l’euro au fil de l’année 2011.


                 La dynamique du marché des changes a été fluctuante au cours des derniers mois, l’attention des
                 marchés passant d’un thème ou d’un problème à un autre. En conséquence, aucun facteur n’a dominé le
                 marché des devises : l’aversion au risque et les taux d’intérêt ont tous deux joué un rôle, sans qu’aucun des
                 deux ne prenne l’ascendant. En effet, le fait que les deux devises qui se sont le plus appréciées en 2010
                 soient le dollar australien (qui bénéficie de taux élevés et s’apprécie habituellement en cas d’appétit pour le
                 risque) et le yen (dont les taux d’intérêt sont faibles et qui est considéré comme une valeur refuge) démontre
                 la forte dualité du marché des changes en 2010. Ceci a été particulièrement net pour le dollar américain.
                 Celui-ci a bien commencé l’année, dans un contexte d’inquiétudes grandissantes sur la situation budgétaire
                 de la zone euro, mais il a ensuite reculé pendant une grande partie du second semestre, sous l’influence du
                 programme d’assouplissement quantitatif de la Fed (QE2). Alors que le dollar semblait devoir finir l’année sur
                 une note négative, un regain d’inquiétude concernant la périphérie de la zone euro a conduit à une nouvelle
                 baisse de la monnaie unique.
                 Les perspectives pour 2011 ne sont pas plus claires, mais deux thèmes déjà présents en 2010 devraient
                 continuer à exercer une influence majeure sur les devises. Le thème qui retient le plus l’attention est la crise
                 affectant la dette des États périphériques de la zone euro. Il est clair que la mise en place de plans de soutien
                 importants pour la Grèce et l’Irlande n’a pas empêché une transmission de la crise à d’autres pays, ce qui
                 oblige les autorités à se démener pour éviter une généralisation de la crise. Nous pensions que de tels
                 problèmes ne referaient leur apparition qu’en 2011, permettant à l’euro de s’apprécier fin 2010, mais les
                 marchés ont été moins patients que nous ne l’avions anticipé. Tout n’est cependant pas perdu : la BCE
                 pourrait se lancer dans un programme plus ambitieux d’achat d’obligations et d’apport de liquidités,
                 ce qui permettrait aux marchés obligataires de la zone euro de se stabiliser et soutiendrait l’euro. Un
                 tel soutien pourrait n’être que temporaire, mais il offrirait au moins un répit à l’euro au premier trimestre 2011,
                 avant une nouvelle période de baisse liée à des taux de croissance faibles et divergents de nature à affaiblir
                 l’appétit pour la monnaie unique.
                 Le second thème qui devrait continuer à exercer une influence importante sur le marché des changes est
                 l’assouplissement quantitatif américain et/ou l’éventualité de programmes similaires dans d’autres pays. Bien
                 que le QE2 soit déjà largement pris en compte dans les cours actuels du dollar, la possibilité d’un QE3 n’a pas
                 encore été intégrée par les marchés. En effet, les données américaines récentes ont été assez
                 encourageantes, suggérant une réduction plutôt qu’une extension de l’assouplissement quantitatif.
                 Cependant, l’inflation sous-jacente américaine devrait rester faible et le taux de chômage dangereusement
                 élevé, ce qui suggère qu’un programme d’assouplissement quantitatif supplémentaire est tout à fait
                 possible. Dans tous les cas, le fait que la Fed achète environ 110 milliards de dollars d’emprunts du Trésor
                 par mois pourrait freiner le billet vert, compte tenu de la hausse de l’offre de dollar que cela engendrera dans
                 les mois à venir.
                 Les taux d’intérêt pourraient à nouveau jouer un rôle dans les prochains mois. Les devises des pays
                 producteurs de matières premières seront relativement insensibles à la faible croissance des pays du
                 G3 grâce à des taux relativement élevés et de bonnes perspectives de croissance (perspectives
                 soutenues par la Chine – directement au travers d’une augmentation du commerce et indirectement
                 au travers d’une hausse des prix des matières premières). Ces devises, de même que le dollar canadien,
                 bénéficieront également d’une diversification des placements des Banques centrales asiatiques, lesquelles
                 tendront à diminuer leurs investissements en dollar américain et en euro. Le recul des devises des pays
                 producteurs de matières premières au cours des dernières semaines offre une opportunité de mettre en place
                 des positions longues, dans l’optique d’une appréciation à moyen terme à des niveaux attractifs. À l’autre
                 extrémité du spectre, les devises traditionnelles de financement – en particulier le yen et le franc suisse –
                 devraient afficher les performances les plus faibles de notre grille de prévision. Elles retrouveront leur rôle
                 habituel, un moment tenu par le dollar. En effet, des taux d’intérêt relativement plus élevés devraient
                 permettre au dollar de ne plus jouer le rôle de devise de financement, même si la Fed maintient le taux des
                 Fed funds à un niveau bas pendant une période prolongée. De plus, dans le cas du Japon, la possibilité d’une
                 politique plus agressive de la part des autorités japonaise suggère un potentiel de baisse plus important pour
                 le yen. Au total, les déterminants habituels du marché des changes – tels que les taux d’intérêt – pourraient
                 retrouver de l’importance en 2011, mais à en juger par les évènements de l’année 2010, il convient de rester
                 très vigilant.

Mitul KOTECHA
mitul.kotecha@ca-cib.com




                                        Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                            9
Energie - Métaux


Énergie : resserrement des marchés pétroliers en fin d’année
  Nos nouvelles prévisions suggèrent que l’écart entre l’offre et la demande de pétrole sera plus faible que nous ne
  l’attendions précédemment, ce qui justifie la récente hausse des prix. La demande de pétrole, qui bénéficie d’un effet de
  base favorable et de la reprise économique soutenue hors OCDE, est très forte. Nous prévoyons désormais une baisse des
  stocks au second semestre 2010, ce qui conduira à une hausse des prix.


      Nous avons révisé en très forte hausse nos estimations de croissance de la demande pour l’année 2010, à
      2,5 millions de barils par jour (mb/j). Nous estimons que la demande mondiale de pétrole a progressé de plus de
      3 mb/j au troisième trimestre 2010, grâce à un effet de base (la demande avait été très faible en 2009) et à la reprise
      économique hors OCDE. La révision concerne à la fois la demande des pays de l’OCDE (qui devrait augmenter de
      0,6 mb/j) et la demande hors OCDE (qui devrait augmenter de 1,9 mb/j). Cette très forte croissance devrait ralentir vers
      1,5 mb/j en 2011. La Chine sera le principal contributeur à l’augmentation de la demande de pétrole en 2010 et 2011,
      avec une demande en hausse de 850 kb/j en 2010 et de 390 kb/j en 2011. Le plan de relance mis en place en Chine
      pour combattre la récession mondiale a provoqué une forte hausse de la demande de produits pétrochimiques. La
      demande chinoise de diesel a récemment bénéficié du soutien inattendu de mesures visant à réduire l’intensité
      énergétique qui devraient prendre fin d’ici quelques semaines.

      La révision récente de la demande devrait conduire à une baisse importante des stocks mondiaux au troisième
      trimestre 2010 (-1,5 mb/j) et au quatrième (-0,6 mb/j), ce qui explique l’augmentation récente des prix et justifie la
      révision de nos prévisions de prix pour le quatrième trimestre 2010 et le premier trimestre 2011. Les stocks
      devraient baisser de 0,6 mb/j en moyenne en 2010. En 2011, les stocks devraient être à peu près stables, en supposant
      que l’OPEP augmente sa production de brut de 0,7 mb/j, pour mettre fin à la baisse des stocks constatée en 2010. Nous
      pensons que l’OPEP continuera à favoriser l’intervalle de fluctuation de 70-80 USD le baril dans les mois à venir et
      commencera à augmenter sa production fin 2010. Sur la base de cette hypothèse, nous prévoyons que les prix du WTI
      reviendront dans l’intervalle de fluctuation de 70-80 USD le baril en 2011, après leur passage au-dessus de 80 USD le
      baril au quatrième trimestre 2010 et au premier trimestre 2011.

Christophe BARRET
christophe.barret@ca-cib.com




Métaux : achetez de l’aluminium
  Le cuivre est le métal préféré des marchés et tend à faire oublier l’aluminium. Ce dernier bénéficie pourtant d’une évolution
  très favorable de ses fondamentaux en termes d’offre et de demande, ainsi que d’un profil risque/rendement attractif qui
  suggère une poursuite de la hausse des prix en 2011. La recherche d’actifs physiques pour couvrir les risques souverains,
  d’inflation et de dépréciation des devises soutient l’ensemble des métaux.


      Les prix du cuivre ont atteint de nouveaux records historiques et font la une des journaux : dans une telle situation, on
      peut facilement oublier que le rapport risque/rendement de l’aluminium est de plus en plus attractif. La demande
      d’aluminium devrait progresser de plus de 20% en 2010, ce qui est un rebond marqué après la baisse de 8% de 2009 et
      constitue la plus forte progression depuis trente ans. Alors que depuis les années 70 les cours du cuivre se situent entre
      1,5 et 2 fois les cours de l’aluminium, le ratio est actuellement de 3,8. Les autres facteurs haussiers pour l’aluminium en
      2011 sont :

          Le prix avantageux de l’aluminium par rapport au cuivre devrait susciter des tentatives de substitution du cuivre
           par l’aluminium dans certains secteurs importants ;
          Le lancement de trackers sur l’aluminium pourrait permettre de résorber l’excédent d’offre ;
          Les stocks ont cessé d’augmenter et baissent régulièrement depuis leur point haut atteint mi-janvier 2010 ; par
           ailleurs au moins 70% des stocks du LME sont immobilisés par des opérations de financement et ne sont pas
           disponibles pour le marché ;
          Des fonderies à coût de revient élevé (en raison du prix élevé de l’énergie) pourraient être fermées en Europe
           et le gouvernement chinois impose des restrictions énergétiques qui pourraient entraîner une baisse de la
           production.

Robin BHAR
robin.bhar@ca-cib.com




                                        Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                        10
Amérique


États-Unis : rétablissement graduel grâce aux mesures de relance
 La reprise économique américaine déçoit par sa lenteur, mais un retour graduel à une croissance supérieure à son potentiel
 est attendu en 2011, grâce à des mesures opportunes de soutien budgétaire. Le taux de chômage (élevé) et l’inflation
 (basse) sont les deux variables clés à surveiller. Les autorités devraient maintenir les mesures de soutien à court terme, tout
 en traitant le problème des finances publiques – qui ne sont pas sur une trajectoire soutenable – dans les prochaines
 années.


           2011, année de transition
           L’économie américaine va connaître une évolution importante de ses moteurs de croissance. Le soutien apporté à
           l’activité par les dépenses publiques et la reconstitution des stocks en début de reprise devrait être remplacé par une
           reprise de la consommation et de l’investissement.
           Les conditions d’un redémarrage de la consommation sont à présent réunies. Les ménages sont néanmoins
           confrontés à un taux de chômage élevé et la baisse de leur recours au crédit souligne le besoin d’une
           croissance plus importante des revenus. Les ménages ont souffert pendant la récession : leur patrimoine s’est
           contracté de 17 000 milliards de dollars et le taux de chômage est resté élevé en permanence. Leur réaction a été
           de réduire leur consommation, d’augmenter leur épargne et de diminuer leur endettement. Les ménages sont ainsi
           parvenus à reconstituer un coussin d’épargne proche de 6% de leur revenu disponible et leur patrimoine s’apprécie
           à nouveau, tandis que le coût de la dette diminue en raison de la baisse des taux d’intérêt et du désendettement. De
           plus, l’adoption d’une réduction de 2 points des cotisations sociales et la prolongation de l’indemnisation du
           chômage jusque fin 2011 vont soutenir fortement leur revenu disponible et donc leurs dépenses. Ces mesures
           creuseront néanmoins le déficit fédéral d’environ 168 milliards de dollars l’année prochaine.
           L’emploi a commencé à s’améliorer, mais à un rythme inférieur à ce qui serait nécessaire pour faire baisser
           sensiblement le taux de chômage. 8,4 millions d’emplois salariés non agricoles ont été détruits sur la période
           2008-2009. En 2010, l’emploi salarié a progressé de 79k par mois en moyenne au premier trimestre, puis d’environ
           120k par mois aux deuxième et troisième trimestres. Le taux de chômage a cependant été assez stable, autour de
           9,7%. Nous pensons que l’explication principale de la situation de l’emploi est la faiblesse de la demande
           agrégée. Des facteurs structurels, tels que le manque de mobilité géographique, l’allongement de la durée
           d’indemnisation du chômage ou l’inadaptation des qualifications, ont pu provoquer une augmentation du taux de
           chômage naturel. Il peut, par exemple, être difficile pour un travailleur de déménager pour prendre un nouvel emploi
           s’il doit pour cela vendre un logement en réalisant une moins-value importante. Les qualifications des métiers de la
           construction ne correspondent pas nécessairement à celles recherchées dans les secteurs qui recrutent.
           L’allongement de la période d’indemnisation du chômage (jusqu’à 99 semaines dans certains États) peut inciter des
           chômeurs à reporter leur reprise d’activité, dans l’espoir de trouver une meilleure offre d’emploi. Cependant, au
           regard de la faiblesse généralisée de l’emploi (dans les différents secteurs d’activité et régions) et du bas niveau des
           taux de vacance en comparaison de leurs niveaux historiques, le principal facteur de la situation de l’emploi semble
           être l’insuffisance de la demande agrégée. Cela est confirmé par des témoignages d’entreprises, pour qui la
           faiblesse de la demande est la principale explication à leur réticence à embaucher. C’est un point important, car
           stimuler la demande agrégée ne servirait à rien si le chômage n’était lié qu’à des causes structurelles.

           Emplois demandés
           La récession a pris fin avec le retour de la croissance au troisième trimestre 2009 et les profits des entreprises ont
           été très soutenus : pour quelles raisons l’emploi n’est-il pas reparti ? Les entreprises ont adopté une politique
           d’embauche très prudente en raison des incertitudes sur la vigueur de la reprise et de la demande (risque de
           double-dip). De plus, les entreprises sont confrontées à d’importantes incertitudes concernant la fiscalité, le coût de
           la santé et la réglementation. Quant aux profits des entreprises, leur hausse s’explique davantage par une réduction
           des coûts, en particulier de la masse salariale, que par une augmentation de leur chiffre d’affaires. Dans les mois à
           venir, les incertitudes sur la poursuite de la croissance se réduisant et les évolutions réglementaires et fiscales se
           clarifiant, les entreprises seront plus à l’aise pour augmenter leurs effectifs et pour investir, bien qu’une partie de leur
           développement puisse se faire en dehors des États-Unis. La hausse concomitante de l’emploi et des revenus
           soutiendra les dépenses des ménages.

 États-Unis : amélioration de la situation financière des ménages                      États-Unis : réduction du service de la dette
      70 000                                                               14   14,0                                                           14,0
      60 000                                                               12   13,5                                                           13,5
      50 000                                                               10
                                                                                13,0                                                           13,0
      40 000                                                               8
                                                                                12,5                                                           12,5
      30 000                                                               6
                                                                                12,0                                                           12,0
      20 000                                                               4
      1 000
       0                                                                   2    1 ,5
                                                                                 1                                                             1 ,5
                                                                                                                                                1

           0                                                               0    1 ,0
                                                                                 1                                                             1 ,0
                                                                                                                                                1
               80   83   86   89   92    95   98    01      04   07   10        10,5                                                           10,5
                         Richesse nette des ménages (ncvs, M d$ )                      80   83   86   89   92   95   98   01   04   07    10
                        Taux d'épargne (cvs, %, éch. dr.)                               Service de la dette des ménages (cvs, % du revenu dispo .)
      So urce : B EA , FRB
                                                                                So urce : Réserve Fédérale




                                                   Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                                    11
Amérique

           L’investissement des entreprises en équipements et en logiciels a fortement rebondi après avoir baissé
           pendant la récession, période pendant laquelle l’investissement ne suffisait pas à couvrir l’amortissement du
           capital. Le coût du capital est bas pour les entreprises et les nouvelles commandes de biens d’équipement hors
           défense se poursuivent à un rythme soutenu, quoiqu’en baisse. Un ralentissement de l’investissement semble donc
           probable sur la période de prévision, mais une croissance à deux chiffres reste probable en 2011 et 2012.
           L’amortissement comptable de l’ensemble des dépenses d’investissement en 2011, puis de 50% en 2012 devrait
           stimuler l’investissement, tout en privant l’État fédéral d’environ 114 milliards de dollars de recettes – l’essentiel de
           cette somme étant cependant récupéré les années suivantes. Les entreprises qui ont accès au crédit et ont des
           profits importants devraient continuer de moderniser leur outil de production afin d’accroître leur efficacité et de
           rester compétitives. Les PME qui n’ont pas accès aux marchés de capitaux pourraient souffrir d’une certaine
           restriction du crédit par les banques régionales, généralement de taille modeste, dont la capacité à prêter est
           diminuée en raison de leur forte exposition à l’immobilier commercial. Ceci pourrait freiner l’investissement et les
           embauches des PME, qui représentent généralement près de la moitié des créations nettes d’emploi.
           Nous pensons qu’un renforcement de l’investissement des entreprises et des ménages reste d’actualité,
           différents obstacles suggèrent cependant que ce processus prendra du temps. Les embauches
           n’augmenteront que graduellement et le rétablissement des bilans prendra également du temps. D’autres facteurs
           pèseront sur le rythme de la reprise, notamment l’immobilier résidentiel. Plusieurs années peuvent être
           nécessaires pour surmonter l’impact économique d’une bulle immobilière. Le pic de la bulle immobilière
           américaine a été atteint fin 2005 et nous n’envisageons pas de reprise significative avant 2012, malgré l’amélioration
           des conditions d’accès à la propriété (taux hypothécaires très bas et baisse des prix). La résorption de l’offre
           excédentaire de logements est un processus long. L’offre est abondante, bien que la construction de logements
           neufs soit tombée bien en dessous des niveaux nécessaires au regard de la démographie. En plus de « l’offre
           officielle » de logements mis en vente sur le marché, il existe une importante « offre cachée » (logements en cours
           de saisie ou dont l’emprunteur est défaillant) qui se retrouvera un jour ou l’autre sur le marché. Ceci entretient une
           pression à la baisse sur les prix, qui affecte les dépenses des ménages au travers de la baisse de leur patrimoine
           (effet richesse négatif). De plus, près d’un quart des logements sur lesquels un emprunt est en cours valent moins
           que le montant restant dû à la banque. Les propriétaires concernés ne peuvent pas profiter du faible niveau des taux
           d’intérêt pour refinancer leur emprunt et dégager des fonds pour consommer.
           L’effet retardé des baisses passées du dollar devrait permettre au déficit commercial de se maintenir à son niveau
           actuel. Cependant, une hausse du dollar en 2011 limiterait la croissance des exportations, de même que le
           ralentissement attendu de la croissance des pays émergents.
           Pour résumer, le rythme plus élevé de créations d’emplois et de croissance du revenu soutiendra la confiance des
           entreprises et des ménages l’année prochaine. Par ailleurs, après une période prolongée de restrictions, la
           demande accumulée va finir par se manifester. Une réduction des obstacles à la reprise du marché immobilier et
           une amélioration des conditions de crédit contribueront également à la croissance, conduisant à une croissance
           supérieure au potentiel en 2011 et en 2012. Notre prévision de croissance pour 2012 est cependant plus prudente
           que celle du FOMC, qui attend un chiffre compris entre 3,6% et 4,5%.

           L’inflation est trop basse et le chômage trop élevé
           La décélération de l’inflation est nette. A 0,8% en glissement annuel, l’inflation sous-jacente est actuellement trop
           basse. Cela n’est pas très surprenant : la sous-utilisation des ressources conduit généralement à une baisse de
           l’inflation, qui se poursuit malgré la reprise, car la résorption de l’output gap prend du temps. Nous prévoyons une
           inflation sous-jacente légèrement supérieure à 1% en 2011, puis de 1,7% en 2012, en raison de la persistance de
           l’écart entre le taux de chômage et le taux de chômage naturel (unemployment gap), de l’évolution probable des prix
           à l’importation et de l’écart entre l’inflation constatée et les anticipations d’inflation à long terme.
           La Fed voudrait que l’inflation sous-jacente se situe entre 1,6% et 2,0%. Le FOMC n’est pas à l’aise avec le
           rythme actuel de l’inflation sous-jacente, car, primo, cela signifie que la Fed ne remplit pas son mandat et, secundo,
           le FOMC veut écarter tout risque de déflation, qui aggraverait les problèmes de service de la dette. Les autorités
           américaines veulent clairement éviter une expérience déflationniste, telle que celle du Japon. De plus, un taux
           d’inflation plus élevé (conforme au mandat de la Fed) abaisserait le niveau des taux d’intérêt réels, ce qui
           soutiendrait la croissance.

  États-Unis : reprise de l’emploi d’une lenteur décevante                                États-Unis : l’inflation est trop basse
    400                                                                  11    3,0%                                                                3,0%
    200                                                                  10
                                                                               2,5%                                                                2,5%
       0                                                                 9
   -200                                                                  8     2,0%                                                                2,0%
   -400                                                                  7
                                                                                1,5%                                                               1,5%
   -600                                                                  6
   -800                                                                  5      1,0%                                                               1,0%

   -1000                                                                 4
                                                                               0,5%                                                                0,5%
           06           07         08         09           1 0
                                                                                  Jan-00 Jan-02 Jan-04 Jan-06 Jan-08 Jan-1            0
                    Variatio n mensuelle emplo i privé (cvs, milliers)
                                                                                       prix à la co nso . so us-jacents (cvs, %, a/a)
                    Taux de chô mage (cvs, %, éch. dr.)
   So urce : B LS                                                                        déflateur implicite de la co nso . so us-jacent (cvs, %, a/a)
                                                                               So urce : B LS, B EA




                                                   Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                                        12
Amérique

        La Fed se concentre sur son mandat
        Les objectifs de la Fed – soutenir l’emploi en assurant la stabilité des prix – ne sont actuellement pas
        atteints. Comme mentionné ci-dessus, l’inflation est trop basse et le taux de chômage, à 9,8%, est bien au-dessus
        de ce que recherche la Fed. Cependant, les taux directeurs étant pratiquement à zéro, la Fed a tenté de stimuler
        l’activité économique en abaissant – ne serait-ce que légèrement – les taux d’intérêt à long terme et en suscitant des
        conditions favorables à la croissance sur les marchés financiers. Le programme d’achats d’obligations du Trésor de
        la Fed, pour un montant de 600 milliards de dollars, est l’outil non conventionnel mis en œuvre pour y parvenir.
        Le FOMC est conscient des risques de sa politique d’assouplissement quantitatif (QE pour Quantitative
        Easing). La Fed a évoqué les risques potentiels pour sa crédibilité anti-inflation et a développé des instruments qui
        pourront être mis en œuvre, afin de minimiser les problèmes qui pourraient se poser lors de l’arrêt du QE. Le FOMC
        est également conscient du fait que cette politique ne sera vraisemblablement pas aussi efficace que l’outil
        traditionnel de politique monétaire – la fixation du niveau des taux directeurs. Il sait que sa politique monétaire
        accommodante aura des répercussions à l’étranger, via une baisse du dollar et de possibles bulles spéculatives.
        Cependant, ces risques peuvent être traités en partie au moyen d’autres mesures et doivent être comparés au
        risque de stagnation de l’économie américaine ou mondiale. M. Bernanke a défendu l’idée selon laquelle les pays
        émergents dont la croissance était supérieure à celle des pays industrialisés devraient laisser leurs devises
        s’apprécier afin de réduire les déséquilibres mondiaux et les risques systémiques, qui pourraient conduire à une
        croissance plus faible pour tous.
        Les critiques récentes à l’égard de la politique de la Fed, tant internationales que domestiques, et l’amélioration des
        indicateurs économiques américains ont amené certains analystes à se demander si la Fed irait jusqu’au bout de
        son plan d’achat de 600 milliards ou si elle l’arrêterait plus tôt que prévu. La forte hausse des taux d’intérêt à long
        terme – qui s’est produite alors même que la Fed procédait à ses premiers achats au titre du QE2 – a conduit
        certaines personnes à penser que le plan ne fonctionnait pas. De fait, la divergence des points de vue au sein du
        FOMC quant à l’efficacité et aux risques du QE2 peut susciter le doute. Cependant, nous pensons que la plupart des
        membres du FOMC estiment que cette mesure est utile et que les conditions qui ont amené la Fed à poursuivre son
        QE (chômage élevé et inflation basse) ne s’amélioreront que lentement. Le FOMC prévoit un taux de chômage de
        9% à la fin de l’année prochaine, ce qui suggère que la Fed mènera le QE2 à son terme.
        Quand nous nous projetons au-delà de 2011, la croissance nous paraît suffisamment solide au second
        semestre 2012 pour que la Fed entame une normalisation de sa politique. Cette normalisation pourrait
        commencer par des hausses du taux des Fed funds et du taux payé sur les réserves excédentaires. Une hausse du
        taux des Fed funds par incréments de 25 pdb à partir de la fin du troisième trimestre 2012 amènerait celui-ci à 1%
        fin 2012. La Fed pourrait simultanément mettre en œuvre des mesures additionnelles, telles que des prises en
        pensions (reverse repos) et des dépôts à terme auprès de la Fed, afin d’atténuer l’impact potentiellement
        inflationniste de l’excès de réserves dans le système financier.

        Le déficit budgétaire et le nouveau Congrès
        Les développements budgétaires joueront un rôle important pour le nouveau Congrès. Le plan de relance adopté en
        2009 (ARRA, American Recovery and Reinvestment Act) a soutenu la croissance en 2010. Son arrêt aurait pu
        pénaliser la croissance à hauteur de 0,5 point en 2011 et 2012. Cependant, il semble maintenant plus que probable
        que les baisses d’impôt adoptées sous l’administration Bush en 2001 et en 2003, qui devaient arriver à échéance fin
        2010, seront prolongées l’année prochaine pour toutes les catégories de revenus. Au total, la prolongation de
        l’indemnisation du chômage, la baisse des charges sociales et autres impôts (ou prolongation), les incitations
        fiscales à l’investissement ajoutées au maintien de l’abaissement du taux marginal d’imposition pourraient coûter
        environ 800 milliards de dollars sur deux ans, par rapport à un scénario à politique budgétaire inchangée.
        Cependant, la plupart des analystes ayant supposé que les baisses d’impôts seraient prolongées, l’évolution des
        prévisions de croissance reflètera principalement l’effet des autres mesures (baisse des charges sociales,
        prolongation de l’indemnisation du chômage et règles d’amortissement favorables à l’investissement).

  États-Unis : répartition des ménages en negative equity                 États-Unis : coût sur deux ans de l’accord budgétaire (Mds USD)
   negative equity = capital restant dû>valeur du lo gement
                                         5%
                                                          13%             Prolongation des baisses d’impôts de 2001 et 2003                286
                                                                          Indexation de l’AMT (Alternative Minimum Tax ) sur l’inflation   153
                                                                     1%
                                                                     1
                                                                          Allègement des droits de succession                              33
                                                                          Extension de l’indemnisation du chômage                          56
                                                                          Baisse des charges sociales                                      112
          71%                                                             Incitations fiscales à l’investissement                          114

      à la limite du negative equity (LTV 95-100%)                        Autres mesures fiscales                                          43
      en negative equity (LTV 100-125%)                                   Total                                                            797
      très sérieusement en negative equity (LTV 125%+)                    So urce : Jo int Co mmittee o n Taxatio n
      po sitive equity
                                                         So urce : FM I




                                               Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                                   13
Amérique

            Le nouveau Congrès cherchera à réduire les dépenses publiques dans les années à venir, notamment parce que les
            Républicains ne souhaitent pas relever les impôts pour augmenter les recettes publiques. Lors des élections de mi-
            mandat, les électeurs ont manifesté leur mécontentement envers Washington. Le Parti républicain a obtenu une
            large majorité à la Chambre des représentants grâce à une intense campagne – menée notamment par des
            sympathisants du Tea Party – contre le « big-government » (État fédéral interventionniste). Compte tenu des
            inquiétudes concernant les risques et l’efficacité de la politique monétaire actuelle, plusieurs membres de la Fed,
            dont M. Bernanke, seront sans aucun doute ravis de voir que les nouvelles mesures de relance à court terme
            décidées par Washington vont dans le même sens que les mesures d’assouplissement du FOMC. Cependant, dans
            les prochains mois, les décideurs en termes de politique budgétaire devront se garder de tout zèle excessif en
            termes de réduction du déficit, afin de ne pas saper la croissance en cours.
            Le nouveau Congrès surveillera de plus près la Fed, la Banque centrale étant perçue par certains des nouveaux
            parlementaires comme faisant partie intégrante du big government qu’ils n’apprécient pas. Les détracteurs de la Fed
            considèrent que la réponse agressive (tant sur le plan budgétaire que sur le plan monétaire) des autorités à la crise
            a été inutile et n’a servi qu’à sauver des grandes banques sans permettre de faire baisser le taux de chômage pour
            l’Américain moyen. La question « que se serait-il produit si les autorités n’avaient pas agi comme elles l’ont fait ? »
            est rarement posée. Les critiques récentes de certains dirigeants républicains envers le QE2 tiennent du calcul
            politique et visent à tirer parti de la vague anti-Washington, incarnée par les sympathisants du Tea Party. Nous ne
            pensons pas que les propositions visant à changer le mandat de la Fed aient beaucoup de soutien au Congrès, bien
            que certains membres de la Fed soient susceptibles de trouver l’idée séduisante. Nous pensons que la Fed
            parviendra à préserver son indépendance, en dépit des luttes politiques du moment.
            Les finances publiques ne sont pas sur une trajectoire soutenable. Le prochain Congrès devrait apporter les
            corrections nécessaires pour qu’elles le soient dans les prochaines années. De nombreuses propositions ont
            été faites sur la manière de réduire le déficit et la dette publics. La commission parlementaire bipartisane sur la
            réduction du déficit budgétaire mise en place par le président Obama, par exemple, propose de fortes baisses dans
            le budget de la défense, un plafonnement des dépenses discrétionnaires, un relèvement de l’âge de la retraite et
            une réduction de certains allégements fiscaux pour la classe moyenne, comme la déduction des intérêts des
            emprunts hypothécaires. Le plan vise à réduire le déficit à hauteur de 4 000 milliards de dollars en dix ans, ce qui
            ramènerait le déficit budgétaire à moins de 2,5% du PIB en 2015 et ferait baisser le ratio de dette à 60% du PIB en
            2023. Ce plan n’a pas reçu beaucoup de soutien à ce jour, mais il fournit une base permettant d’entamer des
            négociations.
            Cependant, de nouveaux parlementaires arrivent à Washington, décidés à en découdre avec le big government,
            avec l’administration en place et avec la routine politique. Est-ce que les représentants du Tea Party suivront les
            dirigeants du Parti républicain lorsqu’ils chercheront à négocier un compromis avec la majorité démocrate du
            Sénat ? Rejetteront-ils, au contraire, toute forme de compromis – ce qui amènerait à une paralysie politique, voire
            pire ? L’expérience du Congrès républicain de 1994 avec son « Contrat avec l’Amérique » suggère qu’une tactique
            de négociation consistant à bloquer le gouvernement est improbable. A l’époque, l’électorat avait attribué la
            responsabilité du problème au Congrès et non au président Clinton et la stratégie des Républicains s’était retournée
            contre eux. D’après les sondages, alors que de nombreux électeurs ont une bonne opinion du Tea Party, peu
            d’entre eux soutiennent les positions extrêmes de ses dirigeants.
            Le peuple américain et les marchés financiers ne toléreraient pas longtemps un Congrès inactif, étant donné la
            nécessité de trouver des solutions aux problèmes de long terme et à la situation économique actuelle. Le problème
            des dettes souveraines en Europe renforce l’idée que les gouvernements doivent agir aujourd’hui sur le front
            budgétaire s’ils veulent éviter que les marchés ne finissent par s’emparer du sujet. La commission budgétaire a
            intitulé sa proposition Le moment de vérité : nous espérons que les hommes politiques seront à la hauteur.

            Hélène BAUDCHON                                         Mike CAREY
            helene.baudchon@credit-agricole-sa.fr                   michael.carey@ca-cib.com


Etats-Unis (a)                   2010 2011     2012               2010                      2011                            2012
                                                        T1     T2    T3     T4     T1     T2       T3    T4       T1     T2     T3      T4
PIB                               2,8    3,0   3,5     3,7     1,7   2,5   3,0    3,1    3,3      3,4    3,2      3,2    4,1   4,0     3,9
Consommation privée               1,8    3,0    3,1     1,9    2,2   2,8    3,7    3,0    3,0     3,1    2,9      2,9    3,3   3,2     3,3
Investiss., équip. & logiciels   15,5   15,3   12,9    20,5   24,8 16,8     8,9   16,0   18,0 15,0 12,8 12,0 13,0 12,0                 9,8
Investissement résidentiel       -3,3   -0,5   13,5   -12,3   25,6 -27,5   -2,0    2,0   5,0      5,0    9,0     15,0 17,0 22,0 19,0
Variation des stocks (b)          1,4   -0,1    0,0    2,6     0,8   1,3   -1,3   -0,1   -0,2     0,0    0,1     -0,1    0,1   0,1     0,1
Exportations nettes (b)          -0,6   -0,4    0,0    -0,3   -3,5 -1,8     0,6   -0,1   -0,1    -0,1    0,0     -0,1    0,0   0,1     0,1
Taux d'épargne                    5,7    5,5    4,1     5,5    6,2   5,8    5,3    5,8    5,6      5,4   5,2      4,2    4,1   4,2     4,1
Taux de chômage                   9,7    9,3    8,4     9,7    9,7   9,6    9,7    9,6    9,4      9,2   9,1      8,8    8,6   8,3     8,0
Inflation (t/t, %)                1,6    1,4   1,6     1,5    -0,7 1,5     2,1    1,5    1,1      1,2    1,5      2,0    1,6   1,5     1,8
Balance courante (% PIB)         -3,7   -3,9   -3,9    -3,0   -3,4 -4,2    -4,0   -3,9   -3,7     -3,9 -4,0 -4,0 -4,0 -3,9             -3,8
(a) données annualisées                                                                      (b) contribution à la croissance du PIB (en %)




                                           Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                              14
Asie


Japon : un atterrissage en douceur, malgré l’absence de mesures de
relance
  Comme dans la plupart des grandes économies, la reprise économique japonaise a jusqu’à présent été soutenue en grande
  partie par des mesures de relance. La consommation et l’investissement devraient être les deux principales sources de
  croissance économique dans les prochaines années : le schéma de croissance devrait donc rester assez similaire à ce qu’il
  a été jusqu’à présent, mais l’économie continuera à croître de manière stable sans mesure de relance.

        Au troisième trimestre, la croissance a une nouvelle fois été supérieure à son niveau potentiel. Plusieurs facteurs ponctuels –
        parmi lesquels des achats d’automobiles par anticipation (avant l’expiration d’une prime à l’achat) et un été particulièrement
        chaud – ont soutenu la consommation privée. La disparition de ces facteurs temporaires devrait conduire, au moins
        temporairement, à une croissance réelle négative au quatrième trimestre (-0,2% t/t). La croissance pour l’année 2010 sera
        néanmoins de 3,6% – malgré notre prévision concernant le quatrième trimestre – bien au-dessus de la croissance
        potentielle et le Japon surperformera la plupart des grandes économies.
        Comme dans la plupart des grandes économies, la reprise économique japonaise a été jusqu’à présent soutenue en grande
        partie par des mesures de relance. Ces dernières ont engendré enclenché un cercle vertueux avec une consommation privée
        robuste qui a entraîné en retour une reprise de l’investissement. De plus, des scénarios similaires à l’étranger ont également
        soutenu les exportations japonaises, malgré le niveau défavorable du yen pendant cette période. Ainsi, la reprise économique
        actuelle s’explique en grande partie par la consommation privée, l’investissement et les exportations. La croissance
        économique devrait suivre un schéma assez similaire dans les trimestres à venir, mais la contribution de ces facteurs à la
        croissance tendra à diminuer ; d’où nos prévisions d’une croissance de 1,3% pour 2011 et de 1,7% pour 2012.
        Du côté de la consommation, bien que nous pensons que l’augmentation récente des salaires permettra une croissance stable
        de la consommation, la propension moyenne à consommer a été inhabituellement élevée dans la période récente et nous ne
        croyons pas que la forte croissance de la consommation observée jusqu’à présent soit pérenne. En effet, la consommation a
        été soutenue par une hausse de la part des revenus que les ménages y ont consacré ; une telle situation est amenée à se
        normaliser. Du côté de l’investissement, le faible coût de remplacement du stock de capital existant – lié à la faiblesse des
        taux – continuera de soutenir la demande. Mais les taux de croissance trimestrielle durant la reprise actuelle ont été beaucoup
        plus volatils que lors des reprises précédentes. La perspective d’une croissance irrégulière – les périodes de forte croissance
        étant potentiellement suivies de reculs d’une ampleur comparable – devrait inciter les entreprises à se montrer prudentes. Du
        côté des exportations, les effets des mesures de relance dans les grandes économies allant en se dissipant, la croissance des
        exportations devrait se stabiliser à un niveau « soutenable », la faiblesse des exportations vers l’UE et les États-Unis étant
        compensée par une demande plus robuste des pays émergents. Tous ces éléments nous amènent à penser que la
        contribution de ces facteurs – consommation privée, investissement et exportations – à la croissance sera moins
        élevée.
        Ceci dit, nous estimons que la croissance potentielle de l’économie japonaise est légèrement supérieure à 1% : même en
        l’absence de politique de relance, la croissance sera nettement supérieure à son potentiel dans les années à venir. Nos
        prévisions d’inflation en témoignent : le rétrécissement de l’output gap conduira à une stabilisation de l’inflation sous-
        jacente vers -0,4% en 2011, puis 0,0% en 2012.
        Sur le plan de la politique monétaire, l’inflation restera toujours sous les rythmes qui pourraient justifier une sortie de ce que la
        Banque du Japon (BoJ) appelle un « assouplissement monétaire complet », c'est-à-dire la combinaison d’une politique de
        taux zéro (ZIRP) et de la création d’un programme d’achat d’actifs (asset purchase fund). Quand la BoJ a adopté cette
        politique, son communiqué stipulait que celle-ci serait maintenue jusqu’à ce que l’inflation sous-jacente remonte vers 1%. Un
        tel rythme sera encore long à atteindre une fois que l’inflation sera redevenue positive. De plus, alors que la BoJ réfléchit à une
        stratégie de sortie, le gouvernement devrait exercer des pressions croissantes sur la Banque centrale, afin qu’elle prenne
        davantage de mesures de soutien. Nous continuons à penser que la BoJ prendra des mesures accommodantes
        supplémentaires dans le cadre du programme d’achat d’actifs récemment mis en œuvre. La BoJ pourrait aussi
        augmenter le degré de diversification des actifs en se tournant vers des actifs plus risqués, tels que des obligations
        d’entreprises et des actions, afin de mettre fin à la déflation des prix d’actifs.
Susumu KATO
susumu.kato@ca-cib.com

                Japon : croissance réelle du PIB                           Japon (a)                      2010    2011    2012               2011
   6    ( % a/a)                                                                                                                   T1     T2      T3      T4
   4                                                                       PIB                            3,6      1,3     1,7    0,2     0,4     0,6     0,7
   2                                                                       Consommation privée            2,5      1,0     1,2    -0,2    0,5     0,6     0,7
   0                                                                       Investissement                 2,0      3,3     2,7    -0,8    -0,9    0,7     0,6
  -2                                                                       Variation des stocks (b)       0,2      0,1     0,0    0,0     0,1     0,0     0,0
  -4                                                                       Exportations nettes (b)        2,2      0,4     0,6    -0,1    0,0     0,0     0,2
  -6                                                                       Production industrielle        16,0     4,9    -0,5    3,3     4,6     4,8     7,0
  -8                                                                       Taux de chômage                5,1      4,8     4,7    5,0     4,9     4,8     4,6
  -10                                                                      Inflation (Core CPI, a/a, %)   -1,1    -0,4     0,0    -0,7    -0,5    0,0     0,0
        T108     T3 08     T109      T3 09      T110     T3 10   T11 (p)
                                                                    1      Dette publique (% PIB)         197     206     210
  So urces : Cabinet Office, Crédit A grico le CIB                         (a) données annualisées               (b) contribution à la croissance du PIB (en %)




                                                       Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                                          15
Europe


UEM : avec des « si »…
 La crise des finances publiques en zone euro est entrée dans une nouvelle phase, plus profonde, depuis la mi-octobre,
 alors même que les fondamentaux économiques continuent de s’améliorer depuis l’été dans la majorité des pays, et pas
 seulement en Allemagne. Les perspectives de croissance restent favorables dans l’ensemble, mais la stabilité financière de
 la zone euro reste probablement suspendue à de nouvelles initiatives de politique économique en 2011.


                Tout le paradoxe actuel de la zone euro tient en une seule observation : les fondamentaux
                macroéconomiques, budgétaires et même bancaires s’améliorent pour près de 90% de la zone euro, mais les
                tensions financières n’ont jamais été aussi fortes, au point que les scénarios extrêmes d’une union fiscale
                émettant des obligations européennes, ou au contraire d’une restructuration « ordonnée » des dettes publiques,
                sont désormais considérés comme moins improbables par une part croissante des observateurs. Les voies de
                sortie de crise à moyen terme, elles, sont connues : elles passent par une réduction significative des déficits
                publics et de balances courantes, des réformes structurelles stimulant la compétitivité, ou encore une
                recapitalisation des banques fragilisées. A court terme, cependant, c’est la réponse de politique économique (ou
                de politique tout court) qui pourrait déterminer l’avenir de l’Union Economique et Monétaire (UEM).
                Si de nouvelles mesures crédibles sont annoncées par les gouvernements et les autorités monétaires de la zone
                euro pour limiter le risque de contagion, si les mécanismes permanents de résolution de crise deviennent plus
                transparents, et si le système bancaire est renforcé, les conditions seront réunies pour un apaisement
                graduel des tensions sur les marchés en 2011 et une poursuite de la reprise, d’autant que les conditions
                monétaires devraient rester largement accommodantes et l’euro devrait reprendre son mouvement de
                dépréciation en termes effectifs. Mais avec des « si », il faut reconnaître qu’on résout les crises plus facilement.
                Ce paradoxe entre fondamentaux économiques globalement rassurants et perception du marché n’est donc
                qu’apparent. Il reflète, en réalité, l’incapacité de la zone euro à gérer en son sein la perspective d’un défaut d’un
                de ses États-membres. Le principal défaut de conception de l’UEM tient justement à ce qu’une telle éventualité
                n’a pas été pensée par le traité de l’UE, ce qui explique toute l’ambiguïté de la clause dite de « no bail-out ».
                Depuis la crise grecque et la mise en place du plan européen de stabilité financière en mai 2010, cette clause a
                été remplacée par une solidarité financière de fait, assortie d’une conditionnalité stricte, mais la question plus
                générale du degré d’intégration fiscale entre États n’est pas tranchée.
                Les finances publiques des pays de la périphérie restent dans une situation critique, malgré les mesures
                d’austérité supplémentaires annoncées depuis le printemps et les initiatives prises par les gouvernements et la
                BCE pour stabiliser les conditions de refinancement. Notre analyse fondamentale des trajectoires des finances
                publiques suggère que tous les pays de la zone euro sont solvables dans notre scénario central, autrement dit
                qu’ils peuvent générer un excédant primaire suffisant pour stabiliser, puis faire baisser leur ratio de dette publique
                à moyen terme. En revanche, la sensibilité des résultats aux hypothèses de croissance et de taux est
                particulièrement élevée, si bien qu’un nouveau choc d’ordre macroéconomique ou financier, même de faible
                ampleur, remettrait en cause la solvabilité des pays les plus fragiles comme la Grèce et, dans une moindre
                mesure, le Portugal et l’Irlande. Compte tenu de ces risques, il est crucial que les gouvernements nationaux
                réussissent à convaincre rapidement les marchés de leur capacité à délivrer les efforts budgétaires programmés
                dans les années à venir. A l’exception du Portugal, dont le processus de consolidation a commencé en retard et
                est pénalisé par de faibles perspectives de croissance, les indicateurs budgétaires récents en provenance
                d’Espagne, mais aussi d’Irlande et de Grèce sont relativement encourageants.
                Au plan fondamental, non seulement la reprise s’est confirmée depuis l’été, mais elle semble désormais
                plus équilibrée dans ses composantes, tirée par la demande intérieure autant (voire plus) que par les
                exportations. Cette tendance devrait se poursuivre en 2011, malgré les nombreux vents contraires, au premier
                rang desquels l’accélération du processus de consolidation budgétaire. Les enquêtes de confiance toujours
                élevées et les profits des entreprises en forte hausse fin 2010 suggèrent notamment une accélération des
                dépenses d’investissement dans les trimestres à venir. Le marché du travail est en voie de stabilisation dans la
                majorité des pays, et son amélioration progressive attendue en 2011 devrait soutenir les revenus et les dépenses
                de consommation des ménages.

             UEM : réduction attendue des déficits publics                                    UEM : l'inflation proche de sa cible
      0,0                                                                       5         a/a,%                                                    1
                                                                                                                                                   0,9
      -2,0                                                                      4
                                                                                                                                                   0,8
                                                                                                                                                   0,7
      -4,0                                                                      3
                                                                                                                                                   0,6

      -6,0                                                                      2                                                                  0,5
                                                                                                                                                   0,4
                                                                                 1
      -8,0                                                                                                                                         0,3
                                                                                                                                                   0,2
                                                                                0
     -10,0                                                                                                                                         0,1
               % P IB                                 2010    2011   2012       -1                                                                 0
     -12,0
                                                                                     06       07      08      09        10     11      12
              A llemagne    France         Italie   Espagne    P o rtugal
                                                                                                   HICP        HICP ho rs énergie et alimentaire
     So urce : Euro stat, Crédit A grico le CIB
                                                                                So urce : Euro stat, Crédit A grico le CIB




                                                    Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                                      16
Europe

              Si les perspectives de croissance restent favorables à court terme, elles masquent toujours une forte
              hétérogénéité entre pays et des risques asymétriques. L’Allemagne, et dans une moindre mesure les pays
              d’Europe du nord, la France et l’Italie bénéficient d’une croissance globalement plus modérée, mais plus solide. A
              l’opposé, l’activité se stabilise tout juste en niveau en Espagne, au Portugal et en Irlande, avec un risque variable
              mais non nul de rechute ponctuelle en récession dans ces pays. La Grèce resterait en récession en 2011, même
              si nos prévisions tablent sur une contraction du PIB de moins en moins sévère et un retour à une croissance
              positive en 2012.
              D’une façon générale, le processus de désendettement se poursuit, mais à un rythme variable selon les
              pays, dans les secteurs de l’économie à l’origine des déséquilibres récents. Ainsi, le marché de l’immobilier se
              détériore moins rapidement, notamment en Irlande et en Espagne même si des baisses de prix plus modestes
              sont encore attendues en 2011. Les ménages espagnols et portugais continuent de reconstituer leur épargne à
              un rythme relativement soutenu, et les entreprises ont commencé à réduire leur stock de dette.
              L’inflation est un non-sujet à ce stade, et les tensions sur les prix restent largement contenues, mais là
              aussi les risques varient considérablement d’un pays à l’autre. L’inflation sous-jacente, en particulier, a
              amorcé une stabilisation pour l’ensemble de la zone euro, puis une légère remontée au-dessus de 1% a/a depuis
              l’été, mais ce mouvement est pour partie imputable aux hausses de taux de TVA en Espagne, au Portugal et en
              Grèce. Les salaires ne montrent pas de signes forts d’accélération en dehors de l’Allemagne. Enfin, les conditions
              d’octroi de crédit devraient être progressivement assouplies en 2011, mais la demande reste tout aussi
              hétérogène. En retour, les agrégats monétaires M3 nationaux progressent à des rythmes très variables.
              Confrontée à un regain de stress financier, la BCE a finalement décidé de décaler la normalisation de ses
              opérations de refinancement auprès des banques en étendant ses appels d’offres illimités jusqu’à la fin du
              premier trimestre 2011 au minimum, et pour des maturités allant jusqu’à trois mois. Elle démontre à nouveau
              toute sa flexibilité en termes de gestion de la liquidité, et sa stratégie peut rapidement être ajustée dans un sens
              ou dans l’autre : si les tensions persistent, certaines mesures peuvent être réintroduites facilement (y compris des
              appels d’offres à plus long terme) ; si le marché monétaire poursuit sa normalisation amorcée cet été, la BCE
              pourrait reprendre sa stratégie de sortie dès le mois d’avril 2011 (en allouant notamment des quantités limitées de
              liquidité à taux variables).
              A l’inverse, il paraît très peu probable que la BCE s’engage dans une forme d’assouplissement quantitatif
              pur en monétisant les déficits publics, ce que ses statuts lui interdisent formellement. En se tenant prête à
              augmenter ses rachats (stérilisés) de titres de dette sur le marché secondaire via son programme dédié, elle vise
              à stabiliser les conditions de liquidité, davantage qu’à faire baisser les taux d’intérêt à long terme. Enfin,
              l’incertitude sur les montants effectivement rachetés par la BCE fait peser une forme « d’ambiguïté constructive »,
              comme en mai 2010, dans l’espoir que les conditions de marché reviennent à la normale.
              Dans notre scénario central caractérisé par une baisse graduelle du risque souverain, une croissance plus
              équilibrée, une inflation fluctuant temporairement au-dessus de sa cible, et une accélération des agrégats
              monétaires et de crédit, il sera de plus en plus compliqué pour la BCE de maintenir un statu quo à 1% à partir de
              l’été 2011, quand les règles de politique monétaire devraient suggérer des taux d’intérêt supérieurs à 2%, compte
              tenu du poids de l’Allemagne. En pratique, cependant, un tel écart pourra être justifié par les fortes
              hétérogénéités nominales et réelles entre pays et les risques baissiers que les mesures d’austérité budgétaires
              font peser sur l’activité. Notre scénario central table toujours sur une première hausse de taux directeurs
              au T1 2012, avec le risque qu’un premier mouvement soit amorcé dès la fin 2011 si les conditions le
              permettent. Avec des « si », on remonterait les taux en zone euro…

Frederik DUCROZET
frederik.ducrozet@ca-cib.com


UEM                            2010 2011    2012             2010                       2011                            2012
                                                    T1     T2   T3     T4     T1      T2      T3     T4       T1     T2     T3     T4
PIB                             1,7   1,5    1,8    0,4   1,0   0,4   0,4     0,2     0,3     0,4    0,5      0,5    0,4   0,4     0,4
Consommation privée             0,8   1,1    1,3    0,3   0,2   0,3   0,3     0,2     0,3     0,3    0,4      0,4    0,3   0,3     0,3
Investissement                 -0,8   2,6    2,6   -0,2   1,7   0,0   0,9     0,5     0,5     0,6    0,7      0,7    0,6   0,6     0,6
Variation des stocks (a)       0,6    0,0    0,0    0,8   0,4   0,0   0,0     0,0     0,0     0,0    0,0      0,0    0,0   0,0     0,0
Exportations nettes (a)        -0,1   0,2    0,4   -0,6   0,1   0,1   0,0     0,1     0,0     0,1    0,1      0,1    0,1   0,1     0,1
Production industrielle         5,9   2,8    2,7    2,3   2,3 -1,0    1,5     1,0     0,6    -0,8    2,2      0,0    0,0   0,0     0,0
Taux de chômage                10,0   9,8    9,4    9,9   10,0 10,0   10,0    9,9     9,9     9,8    9,7      9,6    9,4   9,3     9,2
Inflation (a/a, %)              1,6   1,7    2,0    1,1   1,5   1,7   2,0     2,0     1,5     1,6    1,6      1,8    1,9   2,1     2,0
                                                                                         (a) contribution à la croissance du PIB (en %)




                                        Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                             17
Europe


France : tout vient à point à qui sait attendre
  La croissance française ne brille peut-être pas par son dynamisme, mais elle se consolide. Au troisième trimestre, l’activité a
  progressé de 0,4% t/t, portée par une demande domestique qui se renforce. Cette croissance plus autonome est mieux
  armée pour faire face aux épreuves qui l’attendent à moyen terme, assainissement budgétaire et freinage de l’économie
  mondiale obligent. Nous prévoyons une progression de l’activité de l’ordre de 1,5% en 2011, puis 1,8% en 2012.

                   La croissance française a progressé de 0,4% t/t au troisième trimestre, après 0,7% t/t au deuxième
                   trimestre. L’activité a donc freiné, mais ses composantes témoignent qu’une consolidation de la croissance
                   est à l’œuvre. La demande domestique a ainsi largement soutenu l’activité au troisième trimestre, alors que le
                   commerce extérieur a continué de peser sur la croissance, en lien avec des importations très vigoureuses.
                   Peu à peu, les facteurs qui ont permis à l’économie française de sortir de récession faiblissent et
                   laissent place à une croissance certes plus faible, mais également plus solide. Notre scénario table sur
                   une poursuite, en 2011 et dans une moindre mesure en 2012, de cette phase de consolidation.
                   Les variations de stocks devraient continuer à soutenir la croissance, mais seulement à court terme.
                   Les chefs d’entreprise font preuve de prudence : ils ont continué à déstocker au troisième trimestre. Dans un
                   contexte qui reste incertain, le mouvement de reconstitution des stocks à venir resterait modeste et
                   temporaire.
                   Le commerce extérieur, qui a également contribué au rebond de l’économie française au sortir de la
                   récession, devrait peser sur l’activité ces prochains trimestres. Les entreprises françaises souffrent de
                   problèmes structurels quant à leur positionnement à l’international (problème de taille critique, marges à
                   l’exportation serrées). Elles en subiront d’autant plus le freinage annoncé de l’économie mondiale.
                   Tant que le modèle économique français n’aura pas évolué pour se tourner davantage vers l’extérieur,
                   il appartiendra à la demande domestique de tracter l’activité.
                   Si la consommation privée a soutenu la croissance française pendant la crise, les différentes mesures
                   publiques de soutien au pouvoir d’achat n’y sont pas étrangères. Alors dans le contexte actuel
                   d’assainissement nécessaire des finances publiques, les ménages français vont-ils continuer à consommer ?
                   En théorie, oui. En sortie de crise, l’activité redémarre, puis l’emploi se redresse et les revenus s’accroissent.
                   Cependant, dans le cas présent, l’emploi pourrait tarder à s’améliorer et la hausse des revenus rester limitée. En
                   effet, les entreprises ont perdu en productivité pendant la récession et le rebond actuel, obtenu par le
                   décalage entre la reprise de l’activité et celle de l’emploi, n’a pas permis de combler le retard accumulé. Les
                   entreprises, pour restaurer cette productivité, pourraient retarder leurs décisions d’embauches. C’est d’ailleurs
                   ce que suggère la stabilité du taux de chômage au troisième trimestre, à 9,3% de la population active (France
                   métropolitaine). Les ménages ne s’y trompent pas : leur moral reste très dégradé (l’indice Insee est à -32 en
                   novembre). Au total, la consommation privée devrait croître à un rythme modéré, de l’ordre de 1,8% en
                   2011, puis se renforcer, à 2,1% en 2012.
                   L’investissement des entreprises devrait progressivement se redresser. Depuis le deuxième trimestre
                   2010, les entreprises réinvestissent. Elles profitent de conditions de financement très avantageuses pour
                   remplacer et moderniser le capital devenu obsolète pendant la récession et profitent de conditions de
                   financement très avantageuses. Toutefois, ce mouvement devrait manquer d’allant. D’une part, les
                   anticipations de demande restent extrêmement volatiles en cette sortie de récession. D’autre part, un partage
                   de la valeur ajoutée plus favorable aux salaires pourrait ternir les perspectives de profits. Nous tablons sur
                   une progression de 2,7% en 2011 et 3,8% en 2012 de l’investissement des entreprises.
                   Au regard de l’ensemble de ces éléments, la phase de tassement de la croissance devrait se poursuivre
                   encore quelques trimestres. Ensuite seulement viendra le temps de l’après-crise. Dans ce contexte, la
                   croissance française devrait atteindre 1,5% en moyenne en 2011 et 1,8% en 2012.
Axelle LACAN
axelle.lacan@credit-agricole-sa.fr


France                           2010 2011        2012              2010                      2011                         2012
                                                          T1     T2    T3     T4     T1     T2     T3     T4     T1     T2     T3    T4
PIB                                 1,6    1,5     1,8    0,2    0,7   0,4    0,4    0,3   0,3     0,5   0,5     0,5    0,5   0,5    0,5
Consommation privée                 1,6    1,8     2,1    0,0    0,3   0,6    0,5    0,3   0,4     0,5    0,5    0,5    0,5   0,5    0,6
Investissement                     -1,7   1,9     2,7    -0,9   0,9    0,5   0,4     0,4   0,4     0,6   0,6     0,7    0,7   0,8    0,8
Variation des stocks (a)           0,6    0,6     0,2    -0,2   0,6    0,3    0,2    0,1   0,0     0,0   0,0     0,1    0,1   0,0    0,0
Exportations nettes (a)            0,0    -0,7    -0,2    0,6   -0,5 -0,6    -0,2   -0,1   0,0     0,0   0,0    -0,1   -0,1   0,0   -0,1
Production industrielle             5,5    1,0     1,4    2,0    1,3   1,0   -0,8    0,2   0,3     0,4    0,5    0,4    0,2   0,2    0,3
Taux d'épargne                    16,0 15,8       15,6   15,8   16,1 16,2    16,1   16,1   15,8 15,8     15,6   15,4   15,4 15,4    15,3
Taux de chômage                     9,4    9,2     8,9    9,5    9,3   9,3    9,4    9,3   9,2     9,2    9,1    9,1    9,0   8,9    8,8
Inflation (a/a, %)                  1,5    1,6     1,7    1,3    1,6   1,5    1,6    1,6   1,4     1,6   1,6     1,5    1,6   1,7    1,9
 (a) contribution à la croissance du PIB (en %)




                                            Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                            18
Europe


Allemagne : force intérieure
  Les bonnes surprises sur l’activité et son caractère auto-entretenu continuent d’affluer, au moment où les relais de
  croissance externes montrent des premiers signes d’essoufflement. Si ce nouveau « miracle » allemand profite a priori à
  l’ensemble de la zone euro, il accentue dans le même temps les divergences entre pays.

                            L’économie allemande continue de se rééquilibrer à la faveur de relais de croissance internes.
                            Comme lors du cycle précédent, le rebond rapide des exportations a soutenu les profits des entreprises
                            (excédent brut d’exploitation en hausse de 4,6% t/t au troisième trimestre), tout en générant de nouvelles
                            perspectives pour les dépenses d’investissement des entreprises. Ces dernières ont continué de
                            progresser au rythme élevé de 1,3% t/t au T3, malgré une correction dans le secteur de la construction.
                            De nombreux facteurs de soutien restent en place pour 2011, à commencer par le niveau élevé des
                            carnets de commandes, la remontée du taux d’utilisation des capacités de production à sa moyenne
                            historique, et la forte croissance des pays émergents considérés comme des partenaires commerciaux
                            stratégiques, notamment en Asie.
                            Contrairement aux cycles précédents, en revanche, le marché du travail est resté particulièrement résilient
                            depuis le début de la récession, avec l’aide initiale des subventions publiques au travail à temps partiel
                            relayées dès 2009 par de véritables créations d’emploi. L’emploi total, justement, a atteint aujourd’hui
                            son plus haut niveau depuis la réunification (40,5 millions). Si l’industrie reste le principal secteur
                            créateur d’emplois, les enquêtes de confiance et autres indicateurs conjoncturels disponibles suggèrent
                            une prise de relais par le secteur des services. En retour, le moral des ménages a rebondi en novembre à
                            son plus haut niveau depuis la fin des années 1970 (enquête Commission européenne), leurs dépenses
                            de consommation progressent en tendance depuis plus d’un an, et les perspectives à court terme restent
                            largement favorables. Les salaires sont clairement orientés à la hausse et l’inflation reste contenue,
                            suggérant une probable accélération des revenus en termes réels.
                            Par ailleurs, les coupes budgétaires programmées dans les deux années à venir devraient avoir un
                            impact moins sévère sur la consommation privée que dans la majorité des pays de la zone euro, malgré
                            l’arrivée à échéance en 2010 et 2011 de nombreux avantages fiscaux. Non seulement l’effort cumulé de
                            consolidation budgétaire à fournir est moins important que la moyenne, mais les mesures ciblées sur les
                            baisses de dépenses publiques ont traditionnellement un impact limité en Allemagne, en lien notamment
                            avec des taux d’épargne plus élevés, à 17,2% selon la mesure harmonisée d’Eurostat au T2 2010, contre
                            14,7% pour la moyenne zone euro.
                            La demande domestique reste ainsi le principal facteur de soutien à l’activité pour le troisième trimestre
                            consécutif, contribuant à l’intégralité des 0,7 point de croissance du PIB au T3, alors que le solde
                            commercial (+0,3 point) et les stocks (-0,3 point) se neutralisaient. Si ce mouvement se poursuit,
                            l’assouplissement graduel des conditions d’octroi de crédit suggéré par la dernière mouture de l’enquête
                            de la Bundesbank auprès des établissements de crédit pourrait même jouer un effet accélérateur. Les
                            conditions monétaires et financières restent, par ailleurs, très accommodantes au regard des
                            fondamentaux allemands ; elles devraient le rester en 2011. Cette autonomisation de la croissance
                            arrive à un moment opportun puisque plusieurs relais de croissance vont disparaître
                            progressivement.
                            Le cycle industriel n’est certes pas achevé, mais il montre des signes d’essoufflement. Si la plupart
                            des enquêtes de confiance n’ont pas beaucoup baissé depuis la fin du troisième trimestre (voire ont de
                            nouveau augmenté pour l’IFO), les données d’activité (production industrielle, nouvelles commandes,
                            exportations), ont montré les premiers signes avant-coureurs d’une modération attendue après les taux de
                            croissance records observés jusqu’à l’été. Bien que partiellement compensé par le redressement de la
                            demande domestique, le tassement attendu de la demande externe devrait freiner le rythme de
                            progression du PIB allemand en 2011, même si de nouvelles phases d’accélération restent possibles.

Frederik DUCROZET
frederik.ducrozet@ca-cib.com

                Allemagne : regain de consommation
            indice,                                        mn, taux              Allem agne                         2010 2011     2012                 2011
   103                                                                     4,5
           vo lume                                          annuel                                                                           T1     T2     T3    T4
   102                                                                           PIB                                3,5     2,6    2,4      0,4    0,5    0,5    0,6
                                                                           4,0
    101                                                                          Consommation privée                0,4     1,4    1,9      0,3    0,3    0,4    0,4
   100                                                                           Investissement                     6,1     5,7    2,1      1,0    0,8    0,8    0,8
                                                                           3,5
                                                                                 FBCF équipement                    9,0     8,0    2,7      1,5    1,0    1,0    1,0
    99
                                                                           3,0   FBCF construction                  4,1     3,6    0,0      0,5    0,6    0,6    0,6
    98
                                                                                 Variation des stocks (a)           0,9     0,0    0,0      0,0    0,0    0,0    0,0
    97                                                                           Exportations nettes (a)            0,9     0,7    0,9      0,1    0,2    0,2    0,2
                                                                           2,5
    96                                                                           Production industrielle (a/a, %)   9,6     5,4    5,0      4,3    4,3    4,8    0,0
    95                                                                     2,0   Taux de chômage                    7,7     7,2    6,8      7,3    7,2    7,1    7,0
     janv.-07         janv.-08     janv.-09        janv.-10                      Inflation (a/a, %)                 1,1     1,5    2,3      1,5    1,3    1,5    1,7
              Ventes de détail           Nvelles immatriculatio ns (dr.)                                               (a) contribution à la croissance du PIB (en %)
   So urce : Euro stat, Crédit A grico le S.A .




                                                      Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                                                   19
Europe


Italie : une croissance modérée, mais positive en vue
  L’instabilité politique et la crise européenne ont récemment accrû la perception du risque concernant l’Italie, mais les
  fondamentaux économiques restent stables et les chiffres budgétaires mensuels sont conformes aux attentes. En dépit du
  ralentissement de la croissance au troisième trimestre, l’économie italienne devrait progresser de 1% en 2010 et en 2011,
  les exportations restant le principal moteur de croissance.

                        Après une croissance honorable au premier et au deuxième trimestre 2010 (respectivement +0,4% t/t et
                        +0,5%), l’économie italienne a ralenti au troisième trimestre, en ne progressant que de 0,3% t/t. Les
                        exportations sont restées relativement vigoureuses (+2,7%), mais la hausse importante des importations
                        (+4,7%) a entrainé une contribution négative des exportations nettes à la croissance (-0,5 point au T3, après
                        +0,6 point au T2). Cette augmentation des importations s’explique surtout par un mouvement de restockage.
                        Les stocks ont contribué 0,5 point à la croissance au T3. La demande domestique hors stocks a diminué (de
                        0,5% t/t au T2 à 0,3% en T3). Le ralentissement des dépenses d’investissement était attendu, en raison de
                        l’expiration de certaines incitations fiscales. La progression des dépenses d’équipement est passée de 4,8%
                        t/t au deuxième trimestre à 2,2% au troisième trimestre, tandis que l’investissement dans la construction
                        commence à se stabiliser. Du côté des ménages, la consommation a augmenté par rapport au T2, mais reste
                        toujours faible – conséquence de l’état toujours fragile du marché du travail (+0,3% au T3, après 0,0% au T2).
                        L’activité devrait rester modeste en Italie jusqu’à la fin de l’année, sur fond de demande faible et d’incertitude
                        croissante autour des perspectives de croissance en Europe. En particulier, la reprise du secteur
                        industriel – tirée par les exportations – tend à s’essouffler. Si l’on prend en compte la baisse de 2,1%
                        m/m en septembre, la production industrielle a progressé de 1,3% t/t au troisième trimestre (contre une
                        hausse de 2,0% au deuxième trimestre). Les enquêtes récentes, notamment l’indice PMI, suggèrent une
                        poursuite de la croissance de l’activité manufacturière au quatrième trimestre, mais à un rythme ralenti. De
                        plus, les indicateurs de confiance comme celui de l’ISAE dans le secteur manufacturier restent en deçà de
                        leur moyenne de long terme.
                        Dans ce contexte et malgré des conditions d’emprunt favorables, l’investissement ne devrait repartir
                        que timidement. Le taux d’utilisation des capacités de production a augmenté dans l’industrie
                        manufacturière, mais il reste nettement inférieur à sa moyenne de long terme (70,9%, contre 75,7%). Un
                        ajustement drastique sur le marché du travail a pu être évité pendant la crise grâce au dispositif
                        gouvernemental de soutien à l’emploi. Récemment la composante « emploi » de l’indice PMI est passée sous
                        la barre des 50 points en novembre, ce qui suggère que le niveau actuel d’activité en Italie est insuffisant pour
                        créer de nouveaux emplois. Le taux de chômage est reparti à la hausse en novembre (à 8,6%, contre une
                        moyenne de 8,3% depuis le début de l’année), et devrait rester au-dessus de 8% sur l’horizon de prévision.
                        Le nombre d’heures travaillées a été la variable d’ajustement privilégiée pendant la crise, et ce, afin de
                        maintenir le niveau de l’emploi stable. A l’inverse, en ce début de reprise, les heures travaillées sont amenées
                        à se redresser en premier pour retrouver leur niveau d’avant crise, avant de constater une réelle amélioration
                        côté emploi. Le redressement lent du marché du travail sera un frein à la reprise de la consommation privée.
                        Cependant, les mesures d’austérité budgétaire – qui ne sont pas aussi drastiques en Italie que dans les
                        autres pays européens, en raison d’un meilleur contrôle du déficit budgétaire en temps de crise – ne devraient
                        avoir qu’un impact limité sur la demande domestique. Le plan budgétaire actuel prévoit de réduire le déficit de
                        5,3% du PIB à 2,7% du PIB en 2012, les chiffres budgétaires mensuels suggèrent que cet objectif sera
                        respecté.
                        Au total, l’économie italienne fait preuve de résilience, avec une croissance certes modérée, mais au
                        moins positive. L’activité devrait progresser de 1,0% en 2010 et 2011. Les risques autour de ce scénario
                        central restent équilibrés avec de possibles bonnes surprises sur le front des exportations si la croissance
                        mondiale s’avère meilleure qu’attendu ou de possibles déconvenues sur le front des souverains européens
                        qui renchériraient le coût de la dette et pourraient altérer la confiance en zone euro.

Bénédicte KUKLA
benedicte.kukla@credit-agricole-sa.fr


          Italie : réduction du déficit public en cours
   % du P IB                                                                   Italie                     2010   2011    2012               2011
                                                                Cible 201 :
                                                                         0
   6                                                            5% du P IB                                                         T1    T2    T3      T4
                                                                               PIB                         1,0    1,0     1,4     0,2    0,3   0,3     0,4
   5                                                                           Consommation privée         0,7    0,5     0,8     0,1    0,2   0,2     0,2
                                                                               Investissement              3,1    3,1     2,5     0,4    0,7   0,7     0,8
   4
                                                                               FBCF équipement            10,6 5,1        2,7     0,6    1,0   1,1     1,2
   3                                                                           FBCF construction          -2,3    1,6     2,8     0,4    0,6   0,6     0,7
                                                       5,3
           4,4                                                  janv,à sept,   Variation des stocks (a)    0,4    0,1    -0,1     0,0    0,1 -0,1 -0,1
   2
                          3,3                                      201 0       Exportations nettes (a)    -0,2    0,1     0,2     0,0    0,0   0,1     0,2
                                        2,7
   1                                                                           Taux de chômage             8,4    8,2     7,9     8,3    8,2   8,2     8,2
                                                                               Inflation (a/a, %)          1,7    1,8     1,9     2,4    1,6   1,9     1,4
   0                                                                           Déficit public (% PIB)     -4,8 -4,0      -3,1       -     -     -       -
          2006           2007          2008           2009          2010                                     (a) contribution à la croissance du PIB (en %)
   So urce : Euro stat, B anque d'Italie, Crédit A grico le S.A .



                                                         Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                                  20
Europe


Grèce : toujours plus
  L’économie est entrée en profonde récession (-4,5% a/a au troisième trimestre 2010). La demande domestique ne devrait
  pas redémarrer avant fin 2011. Des mesures supplémentaires sont nécessaires pour ramener le déficit public à 7,4% du PIB
  en 2011.


                 Jusqu’à présent, la consolidation budgétaire grecque a progressé comme prévu. Des revenus fiscaux inférieurs
                 aux prévisions et, dans une moindre mesure, l’intégration des entreprises publiques dans les données nationales,
                 ainsi qu’un ajustement des comptes de la sécurité sociale ont conduit à un déficit public plus élevé qu’attendu.
                 Cependant, le déficit a fortement diminué en pourcentage du PIB (-15,4% en 2009 et -9,4% en 2010). Le ratio de
                 dette a été revu à la hausse, à 126,8% pour 2009 et 142,5% pour 2010.

                 Le budget 2011 est indéniablement tendu avec l’instauration de nouvelles mesures pour ramener le
                 déficit à 7,4% du PIB, conformément à l’accord avec le FMI, l’UE et la BCE. Étant donné qu’il n’est guère
                 possible de créer de nouveaux impôts, l’accent a été mis sur des changements plus structurels. Des réformes
                 importantes sont prévues, parmi lesquelles la rationalisation de la collecte des impôts, la lutte contre l’évasion
                 fiscale pour pérenniser les revenus fiscaux et de fortes baisses des dépenses dans le secteur de la santé, pour
                 les collectivités locales et pour les entreprises publiques en déficit.

                 Les efforts continuent sur fond de récession. Le PIB s’est contracté de 4,5% au troisième trimestre 2010
                 et devrait reculer de 4,1% au total sur l’année 2010. La récession devrait être moins marquée en 2011, les
                 mesures mises en œuvre produisant progressivement leur effet. Cependant, les mesures d’austérité
                 supplémentaires conduiront probablement à un recul de 3,0% du PIB en 2011, plus marqué que ce que nous
                 avions précédemment anticipé. La faiblesse de la demande domestique va constituer un frein à la croissance en
                 début d’année avant de se redresser progressivement d’ici fin 2011, grâce au retour de la confiance lié aux
                 progrès de la consolidation budgétaire.

                 La récession a fortement pénalisé l’emploi : le taux de chômage, qui a atteint 12,2% au mois d’août, devrait
                 continuer à augmenter.

                 L’inflation devrait diminuer en 2011, sous l’effet de la baisse du taux d’utilisation des capacités productives et de
                 la dégradation de l’emploi. Les non-applications des hausses d’impôt ne se répèteront pas en 2011. Les mesures
                 prévues en 2011, telles que l’application d’un taux de TVA plus élevé sur un certain nombre de biens et de
                 services et la hausse de la taxe sur le fuel domestique, ne devraient pas entraîner de hausse majeure des prix.
                 Le résultat des négociations collectives dans le secteur privé, lesquelles prévoient une progression des salaires
                 alignée sur l’inflation de la zone euro, devrait être atténué par des accords passés au sein de chaque entreprise.
                 En conséquence, la progression des salaires ne devrait pas affecter les prix outre mesure. Au total, après une
                 inflation de 4,6% en 2010, nous prévoyons un taux moyen d’inflation légèrement supérieur à 2,0% en 2011.

                 Les mois à venir s’annoncent décisifs. Le pays doit mettre rapidement en œuvre des réformes qui ont été
                 différées depuis des décennies, afin de recevoir la quatrième tranche du plan d’aide. Au-delà de cette
                 échéance, des réformes sont indispensables au redressement de l’économie, au renforcement de la productivité
                 et à l’amélioration de la compétitivité. Elles devraient permettre à la Grèce de réduire son déficit public et de
                 dégager des excédents primaires, afin d’alléger le poids considérable de sa dette.

                 Des facteurs de risque pourraient compliquer la tâche. Alors que le processus d’ajustement de l’économie repose
                 sur l’hypothèse d’un environnement extérieur favorable, celui-ci reste empreint de fortes incertitudes. De plus,
                 une possible intensification des tensions sociales retarderait l’indispensable mise en œuvre des réformes et de la
                 consolidation budgétaire.

Katerina ANAGNOSTOPOULOU
anagnostopoulou.k@emporiki.gr

               Grèce : croissance et taux de chômage
                                                                          Grèce                      2010    2011   2012              2011
    6                                                                13
                                                                                                                            T1     T2     T3     T4
    4                                                                12   PIB                         -4,1   -2,9    0,4   -0,1   -0,4   -0,2   -0,2
                                                                     11   Consommation privée         -4,1   -4,0    0,1   -0,3   -0,7   -0,3   0,2
    2
                                                                          Consommation publique       -9,0   -8,2   -5,0   -5,4   -3,6   -2,2    0,5
                                                                     10
    0                                                                     Investissement             -18,0   -9,7   -2,3   -0,1    0,2    0,6    2,9
                                                                     9    Exportations                -2,1    4,2    6,3   2,9     1,1    0,6    0,3
   -2                                                                     Importations               -11,8   -7,3   -0,7    0,5   -0,5   -0,5    0,2
                                                                     8
   -4
                                                                          Variation des stocks (a)     0,9    0,2   -0,1   0,6    0,3     0,0   -0,9
                                                                     7
                                                                          Exportations nettes (a)      3,1    2,9    1,5    0,5    0,4    0,2    0,0
   -6                                                                6    Taux de chômage             12,2   14,4   15,2   13,4   14,0 14,7     15,3
        2006       2007        2008         2009          2010            Inflation-HCPI (a/a, %)     4,6    2,2    1,0    3,8    2,0     1,5    1,7
                    P IB a/a         Taux de Chô mage % (éch. dr.)        Excédent public (% PIB)     -9,4   -7,4   -6,5     -      -      -      -
   So urce : A uto rité Statistique Hellénique




                                                    Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                                    21
Europe


Espagne : face aux vents violents, le gouvernement tient la barre
    La croissance s’est stabilisée au troisième trimestre 2010. La correction du marché immobilier continuera de peser sur
    l’économie espagnole. Le commerce extérieur permettra de soutenir la croissance en 2011. Les finances publiques sont en
    voie de consolidation.

                   Au troisième trimestre 2010, la croissance du PIB a été stable après une hausse de 0,3% t/t au deuxième
                   trimestre. En glissement annuel, l’économie espagnole a enregistré une croissance positive (+0,2%) pour
                   la première fois depuis le troisième trimestre 2008. Ce résultat provient de la forte contribution positive du
                   commerce extérieur (+1,8 pp, après -0,8 pp au deuxième trimestre). Mais ce chiffre, à première vue, favorable
                   résulte de la chute des importations (-5% t/t, après 3,6% au deuxième trimestre), et non pas du dynamisme de la
                   demande étrangère. Les exportations ont été quasiment stables ce trimestre-ci (0,1%, après 1,4%). Ce recul des
                   importations n’est donc que le reflet de la faiblesse de la demande intérieure espagnole qui s’est infléchie au
                   troisième trimestre (-1,3% t/t hors stocks, après 0,9%). En effet, les ménages qui avaient fait des achats anticipés
                   avant la hausse de deux points de la TVA (à 18%) au 1er juillet ont nettement réduit la voilure (consommation en
                   baisse de -1,1% t/t). L’investissement immobilier a poursuivi son ajustement (-3,2% t/t, après -2,2% au deuxième
                   trimestre). Quant aux entreprises, elles ont fortement freiné leurs dépenses (-5,2% t/t, après 4,2%) face à la
                   morosité de la demande intérieure et aux turbulences sur les marchés de capitaux européens. L’inflation globale
                   s’est établie à 2,3% en octobre, reflétant les hausses antérieures du prix du pétrole et le relèvement des taux de
                   TVA. L’inflation sous-jacente est montée à 1,1%.
                   Les premières données sur le quatrième trimestre 2010 (PMI, enquête de la Commission européenne, enquête
                   auprès des ménages, ventes au détail) suggèrent que la croissance espagnole restera faible en cette fin d’année
                   (0,2% t/t). La correction du marché immobilier devrait se prolonger en 2011. En effet, les prix immobiliers en
                   Espagne n’ont reculé que de 12% en cumulé depuis le début 2008, ce qui est peu. En Irlande, les prix
                   immobiliers ont enregistré un recul de 36%. En dépit d’un arrêt brutal des mises en chantier, l’absorption du stock
                   de logements invendus pourrait prendre encore plusieurs années, d’autant qu’au-delà des chantiers terminés, de
                   nombreux programmes sont en cours ou arrêtés en l’état. De plus, la situation du marché du travail reste, très
                   dégradée. Au troisième trimestre 2010, le taux de chômage à 20,5% de la population active est le plus élevé de la
                                                                            1
                   zone euro. Néanmoins, la réforme du marché du travail qui introduit une plus grande flexibilité, devrait conduire
                   à un repli du chômage, au plus tôt, au cours du second semestre 2011. Après l’éclatement de la bulle
                   immobilière, l’Espagne se tourne aussi davantage vers l’extérieur. Même si elle fait face à un manque
                   structurel de compétitivité, le commerce extérieur devrait néanmoins lui permettre d’enregistrer une croissance du
                   PIB de 0,4% en 2011 (après -0,2% en 2010) et de 1% en 2012.
                   Par ailleurs, la pression des marchés financiers et le risque de dérive des finances publiques ont conduit le
                   gouvernement de J.L. Zapatero à poursuivre ses efforts d’assainissement budgétaire. Sur les dix premiers mois
                   de cette année, les mesures d’austérité ont permis de réduire le déficit de l’État de plus de 40%, lequel approche
                   les 3% du PIB (contre 5,6% en 2009). En ajoutant les déficits des autres administrations, en particulier les
                   régions, le déficit serait proche des 9% du PIB en 2010, après 11,1% en 2009. L’Espagne est en passe de tenir
                   ses engagements en termes de réduction budgétaire cette année, l’objectif du gouvernement étant de
                   9,4% du PIB. Le ratio dette/PIB atteindra 63% en fin d’année (après 53,2% en 2009), soit bien inférieur à la
                   moyenne de la zone euro. Le budget 2011 est dans la même vaine avec une diminution de 7,9% des dépenses
                   de l’État
                   Au total, même si l’Espagne est actuellement dans le collimateur des marchés, avec une hausse du spread de
                   taux, la situation semble bien tenue par un gouvernement actif (nouvelles privatisations de deux aéroports et de
                   la loterie nationale proposées le 1er décembre), qui communique régulièrement sur l’état des finances publiques
                   et la santé des banques espagnoles.

Sandrine BOYADJIAN
sandrine.boyadjian @credit-agricole-sa.fr

      Espagne : PIB et contribution de ses composantes
     pp                                                            %     Espagne                    2010    2011   2012                2011
     2,0                                                          2,0                                                         T1    T2    T3      T4
      1,5                                                         1,5    PIB                         -0,2    0,4     1,0      0,0   0,1   0,2     0,3
      1,0                                                         1,0    Consommation privée          1,2    0,2     1,0     -0,2 0,3     0,2     0,3
     0,5                                                          0,5    Investissement              -7,5 -2,5       0,9     -0,4 -0,2 0,0        0,2
     0,0                                                          0,0    FBCF équipement              1,6    -0,4    2,5      0,4   0,3   0,6     0,6
     -0,5                                                         -0,5   FBCF construction          -11,1 -5,6      -0,4 -1,2 -0,7 -0,5 -0,2
     -1,0                                                         -1,0   Variation des stocks (a)    -0,2 -0,1       0,0      0,0   0,0   0,0     0,0
                                                                         Exportations nettes (a)      1,0    1,1     0,1      0,3   0,0   0,1     0,1
     -1,5                                                         -1,5
                                                                         Taux de chômage             20,1 20,1 18,8 20,3 20,1 20,0 20,0
     -2,0                                                         -2,0
                                                                         Inflation (a/a, %)           1,7    1,8     1,9      2,3   1,9   1,6     1,5
     -2,5                                                         -2,5
                                                                         Solde public (% PIB)        -9,3 -6,2      -4,7       -     -     -       -
            08T1    08T3        09T1     09T3      10T1      10T3
            demande int. ho rs sto cks      co m. ext.                                                  (a) contribution à la croissance du PIB (en %)
                                                            So urce :
            sto cks                         P IB (éch. dr.) INE, CA SA


1
  Réforme approuvée en septembre 2010 qui vise en particulier à faire baisser les coûts de licenciement excessifs et à ajuster le mécanisme de
fixation des salaires pour mieux tenir compte de la situation propre à chaque entreprise.

                                                    Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                                      22
Europe


Scandinavie : un îlot préservé
  La croissance suédoise et la croissance norvégienne continentale ont à nouveau accéléré au troisième trimestre 2010. Des
  plans de rigueur drastiques ne sont pas nécessaires et les dépenses des ménages restent soutenues. Des craintes de
  ralentissement du commerce mondial ont cependant déclenché un regain de prudence de la part de la Norges Bank et de la
  Riksbank, qui ont toutes deux abaissé la trajectoire estimée de leurs taux directeurs.

                La croissance remarquable de l’économie suédoise au T3 2010 – 2,1% t/t ou 8,7% annualisé, la plus élevée
                depuis 1993 – a dépassé nos prévisions, celles de la Riksbank et du consensus. La principale surprise a été
                l’accélération de la reconstitution des stocks qui a contribué pour 0,6% à la croissance. Mais la demande
                domestique hors stocks s’est également renforcée, en ligne avec nos attentes. La combinaison de taux d’intérêt
                relativement bas, de l’appréciation des actifs et de l’amélioration des conditions sur le marché du travail a
                contribué à l’augmentation des dépenses des ménages (1,4% t/t au T3). Les perspectives de consommation
                restent positives à court terme. Des réformes fiscales favorables et une baisse des coûts unitaires du travail
                (liée à la progression limitée des salaires) devraient continuer à soutenir l’emploi. Malgré une récente baisse, la
                confiance des consommateurs est à un niveau historiquement élevé. L’accélération de l’investissement (3,2% t/t
                au T3, après 2,2% t/t au T2) crée les conditions d’une croissance soutenue à l’avenir. Le taux d’utilisation des
                capacités de production et la productivité ont continué à augmenter, ce qui est de bon augure pour
                l’investissement, même si le possible ralentissement de échanges commerciaux pourrait conduire à une plus
                grande prudence dans le secteur privé et d’un soutien moindre de la part des exportations. Nos prévisions
                tablent sur une croissance supérieure à sa moyenne de long terme dans les trimestres à venir.
                La prochaine hausse du taux repo est attendue en février 2011. Au-delà, la faiblesse des pressions
                inflationnistes sous-jacentes (en raison de faibles coûts unitaires de travail et l’appréciation de la couronne
                suédoise) suggèrent une progression moins rapide du repo. Nous anticipons une hausse de 0,25% du repo par
                trimestre en moyenne, avec comme cible 2,25% fin 2011 et 3,25% fin 2012.
                La croissance norvégienne continentale a fortement accéléré au T3 2010 (0,9% t/t après 0,5% t/t au T2). La
                croissance du PIB réel s’est toutefois contractée de 1,6% t/t, en raison d’une forte chute de l’activité pétrolière
                (-10,2% t/t). Comme attendu, le principal moteur de la croissance a été la consommation des ménages, en
                hausse de 1,3% t/t au T3. La combinaison de taux d’intérêt peu élevés, d’un chômage relativement bas, d’un taux
                d’épargne important et d’indices de confiance bien orientés suggèrent que les dépenses des ménages resteront
                soutenues. Nous prévoyons néanmoins un certain ralentissement de la consommation à moyen terme, en
                raison d’un probable resserrement des conditions de crédit.
                Contrairement à la consommation, la formation brute de capital fixe a été un frein important à la croissance, en
                particulier dans le secteur pétrolier où l’investissement s’est fortement contracté (-13% au T3), mais aussi dans le
                reste de l’économie (-2,1% t/t). Cependant, les enquêtes de la Norges Bank auprès des entreprises continuent
                d’indiquer que l’investissement pétrolier augmentera fortement à partir de 2011, avec une progression estimée à
                7% en 2011 puis à 4-5% en 2012 et en 2013, grâce à la hausse attendue des prix du gaz naturel et du pétrole.
                Nous continuons donc à tabler sur une contribution positive de l’investissement à la croissance en 2011
                et 2012.
                L’output gap négatif et l’appréciation de la couronne norvégienne en 2009 et début 2010 ont contribué à la baisse
                de l’inflation sous-jacente, de 2,3% en début d’année à 1,0%, un niveau inférieur aux prévisions de la Norges
                Bank. La révision à la baisse des prévisions de taux à l’étranger a augmenté le risque d’une appréciation
                supplémentaire de la couronne norvégienne et celui d’une baisse supplémentaire du prix des biens importés. La
                Norges Bank a reporté ses futures hausses de taux à l’été 2011. En conséquence, nous prévoyons
                désormais que le prochain relèvement aura lieu au T3 2011, suivi par un relèvement progressif du taux
                directeur vers 4% fin 2013.

Slavena NAZAROVA
slavena.nazarova@ca-cib.com

      Norvège-Suède : enquêtes PMI secteur manufacturier                                         Norvège-Suède : productivité
      70    indice                                                 70
                                                                                6        % a/a
      65                                                           65

      60                                                           60           4

      55                                                           55           2
      50                                                           50
                                                                                0
      45                                                           45
                                                                               -2
      40                                                           40
      35                                                           35          -4

      30                                                           30          -6
           02   03    04       05     06      07    08   09   10                    02      03    04     05    06   07      08       09    10
                               Suède            No rvège                                                No rvège      Suède
      So urce : B lo o mberg, Crédit A grico le CIB                            So urce : Statistics No rway, OCDE, Crédit A grico le CIB




                                                   Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                              23
Europe


Royaume-Uni : années de sobriété
  La croissance a excédé les attentes sur les douze derniers mois, permettant de repousser la perspective d’un élargissement
  de l’assouplissement quantitatif de la part de la BoE. Néanmoins la consolidation budgétaire s’intensifiant en 2011-2012,
  des défis ambitieux restent à surmonter alors même que la consommation est toujours fragile.

                    La croissance britannique a continué de surprendre à la hausse au troisième trimestre 2010 (0,8% t/t, ou
                    3,1% en rythme annualisé). Le PIB a ainsi crû de 2,8% sur les douze derniers mois et a déjà récupéré 40% de
                    la chute subie pendant la crise. Les enquêtes récentes suggèrent que l’expansion de l’activité se poursuit au
                    quatrième trimestre. Les exportations (en hausse de 2,2% t/t au T3 2010) profitent du rebond du commerce
                    extérieur et d’une demande solide en provenance des marchés émergents. Les exportations de services
                    financiers, en particulier, ont augmenté pour la première fois depuis le début de la crise. Autant de signaux
                    optimistes pour la croissance à court terme. Mais elle n’est cependant pas exempte de faiblesses. Le secteur de
                    la construction en particulier, en hausse de 4,0% t/t, après 9,5% t/t au trimestre précédent, explique une grande
                    partie de la surprise récente. En outre, les perspectives d’évolution des exportations sont incertaines en raison
                    des mesures d’austérité en zone euro, qui représente près de 45% des exportations britanniques. Toutefois, la
                    dépréciation passée de la livre devrait soutenir les exportations et nous continuons de tabler sur une contribution
                    légèrement positive du solde commercial à la croissance, lors des deux prochaines années.
                    Une modération de la croissance est attendue tout au long de l’année 2011, suivie par une accélération
                    des rythmes de croissance à partir de la deuxième moitié de 2012. Le plan de réduction du déficit budgétaire
                    aura un impact négatif important sur la croissance sachant que la majeure partie des coupes budgétaires aura
                    lieu en 2011-2012. La consommation restera vraisemblablement faible par comparaison au rythme de longue
                    période, les mesures d’austérité affectant la confiance du consommateur. Mais elle va avant tout dépendre de
                    l’évolution de l’emploi et de la croissance des salaires nominaux. L’emploi a augmenté de 0,6%t/t au T3 2010 et
                    de 1% depuis le début de l’année. Cependant, l’amélioration de l’emploi est fragile car essentiellement imputable
                    aux emplois à temps partiel seuls (en hausse de 4,2% depuis le début de l’année). Les emplois à temps plein ont
                    en réalité reculé de 0,2%. Le gouvernement envisage de réduire de 330 000 les postes dans le secteur public au
                    cours des cinq prochaines années. Même si la productivité a rebondi depuis le creux de la crise, celle-ci demeure
                    largement inférieure à sa tendance de pré-crise. L’emploi ne devrait donc progresser que graduellement dans les
                    trimestres à venir. La croissance des salaires nominaux devrait également rester timide, les entreprises devant
                    privilégier la réduction des coûts unitaires de production, après une période où les emplois ont été préservés au
                    détriment de la productivité.
                    L’investissement a progressé pour le troisième trimestre consécutif (0,6% t/t) et les enquêtes de la BoE
                    auprès du secteur privé suggèrent une augmentation des dépenses d’investissement dans les mois à
                    venir. La profitabilité des entreprises s’est améliorée grâce au rebond de la demande et les liquidités accumulées
                    sont surtout utilisées à des fins de remboursement de la dette. Tandis que l’incertitude sur la demande est de
                    moins en mois perçue comme un facteur limitant l’investissement des entreprises (enquête CBI), le processus de
                    désendettement en cours et les conditions d’accès au crédit toujours restreintes (particulièrement pour les petites
                    et moyennes entreprises) continuent d’être le frein majeur à la croissance de l’investissement.
                    L’inflation devrait rester supérieure à la cible de la BoE tout au long de 2011, tirée à la hausse par des
                    facteurs temporaires tels que le relèvement de la TVA à 20% en janvier, la dépréciation passée de la livre (23%
                    depuis mi-2007 en termes effectifs), la hausse des prix des matières premières et celle des prix domestiques du
                    gaz et de l’électricité. A moyen terme, l’inflation devrait reculer vers la cible (début 2012 d’après nos prévisions)
                    mais la possibilité d’un dérapage des anticipations d’inflation et des revendications salariales pose un risque
                    haussier. Dans ce contexte, la BoE va, d’après nous, éviter une extension de son programme de rachats de titres
                    et en même temps maintenir son taux directeur au niveau exceptionnellement bas de 0,5% le plus longtemps
                    possible, afin de soutenir la demande intérieure. Nous avons repoussé au T4 2011 la première hausse de taux.

Slavena NAZAROVA
slavena.nazarova@ca-cib.com


              Royaume-Uni : inflation totale et importée
                                                                              Royaum e-Uni                  2010 2011     2012                  2011
    a/a, %                                                           a/a, %
    6                                                                    20                                                           T1    T2      T3    T4
                                                                              PIB                            1,8     1,9     2,1     0,2    0,4    0,5    0,5
    5                                                                   15
                                                                              Consommation privée           1,1      1,2     1,7     0,1    0,3    0,4    0,4
    4                                                                   10    Consommation publique         1,9     -0,3    -1,2 -0,3 -0,3 -0,3          -0,3
    3                                                                   5     Investissement                 2,1     3,2     4,3     0,7    0,8    1,0    1,0
                                                                              Variation des stocks (a)       1,2     0,2     0,1     0,0    0,0    0,0    0,0
    2                                                                   0
                                                                              Exportations nettes (a)       -0,8     0,5     0,5     0,1    0,1    0,1    0,1
     1                                                                  -5    Balance publique (% du PIB)   -8,6 -7,8       -5,6       -     -       -     -
    0                                                                   -10   Taux de chômage (ONS)         7,8      7,7     7,3     7,7    7,7    7,7    7,6
         02    03  04     05      06       07   08    09      10              Inflation (HICP, a/a, %)       3,3     3,0     1,9     3,3    3,0    3,1    2,6
                 CP I         Indice des prix impo rtés (éch. dr.)                                              (a) contribution à la croissance du PIB (en %)
    So urce : ONS, Crédit A grico le S.A .




                                                     Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                                        24
Océanie


Australie : robuste, avec l’aide de la Chine
  La croissance devrait accélérer – vers 3,2% – en 2011, la baisse des dépenses publiques étant compensée par
  l’augmentation des dépenses privées. La Banque centrale (RBA) maintiendra un rythme graduel de remontée des taux
  directeurs : la hausse devrait être de 50 pdb en 2011. Le dollar australien devrait continuer à s’apprécier, vers une cible de
  1,06 contre le dollar américain d’ici fin 2011.

           La croissance australienne devrait être de 2,8% en 2010, un niveau proche de la croissance potentielle. La croissance a
           été tirée par les dépenses publiques, bien que leur impact ait diminué à l’approche de la fin de l’année. La
           consommation privée devrait prendre le relais, en grande partie grâce au renforcement des termes de l’échange pour
           l’Australie. Le marché du travail a été particulièrement dynamique, ce qui devrait également soutenir les dépenses de
           consommation en 2011. Nous prévoyons une croissance de 3,2% en 2011, puis de 3,4% – un chiffre légèrement
           meilleur – en 2012. La force de la demande chinoise continuera d’apporter un soutien important à l’économie
           australienne, malgré la modération de cette première, attendue en 2011. La forte demande en provenance d’Asie
           compensera probablement le ralentissement de la demande des pays développés.
           L’appréciation du dollar australien, qui devrait se poursuivre en 2011, va constituer un frein à la croissance.
           L’appréciation du dollar australien a déjà un impact important sur l’industrie touristique et sur le secteur manufacturier.
           Sur un plan plus positif, la force de la devise contribuera à limiter les pressions inflationnistes. Cependant, la progression
           des salaires devrait se poursuivre, ce qui devrait provoquer une hausse de l’inflation au cours des prochains mois.
           L’inflation sous-jacente devrait atteindre la borne supérieure de l’objectif de la Banque centrale, vers 3%, ce qui
           devrait conduire à de nouvelles hausses des taux. La RBA devrait poursuivre sa politique de resserrement monétaire
           graduel, avec de nouvelles hausses de taux totalisant 50 pdb en 2011, après un resserrement de 175 pdb depuis
           octobre 2009.


Nouvelle-Zélande : croissance en reconstruction
  L’économie, aidée par les travaux de reconstruction consécutifs au tremblement de terre de Canterbury, va prendre de la
  vitesse, à 3,3% environ en 2011. Malgré une inflation élevée à court terme, les pressions inflationnistes à moyen terme
  resteront contenues, ce qui suggère que la Banque centrale (RBNZ) relèvera ses taux de manière graduelle : nous
  attendons un resserrement de 100 pdb. Le dollar néo-zélandais continuera de s’apprécier contre le dollar américain pendant
  une grande partie de l’année prochaine et devrait atteindre environ 0,81 contre le dollar américain fin 2011.

           Le tremblement de terre de Canterbury, en septembre 2010, a infligé un choc à l’économie néo-zélandaise et a retardé
           la reprise. Cependant, les travaux de reconstruction consécutifs au tremblement de terre devraient contribuer à
           un renforcement de la croissance en 2011. Après une croissance de 2,9% en 2010, nous attendons environ 3,3% en
           2011, puis 3,5% en 2012. La reprise a toutefois été lente et il existe des risques baissiers sur nos prévisions. Les
           dépenses des ménages, en particulier, sont peu dynamiques et ne semblent pas devoir s’améliorer, compte tenu de la
           faiblesse du marché immobilier et de la faible demande de crédit.
           À court terme, les pressions inflationnistes devraient rester élevées, avec une inflation supérieure à la cible de la Banque
           centrale (1-3%). L’inflation sera impactée par la prolongation du dispositif gouvernemental sur les droits d’émission de
           gaz à effet de serre, la hausse de la TVA, l’impact du tremblement de terre et la hausse des taxes sur le tabac, autant de
           facteurs qui entretiendront un niveau élevé d’inflation en 2011. Les anticipations d’inflation à moyen terme devraient
           toutefois rester contenues, ce qui suggère que la Banque centrale n’augmentera ses taux que graduellement au
           cours des mois à venir. Nous attendons des hausses totalisant 100 pdb d’ici fin 2011, soit un taux directeur à 4%, ce
           qui constituera son point haut.
           Le dollar néo-zélandais, comme son équivalent australien, sera l’une des devises les plus performantes l’année
           prochaine, grâce à des taux plus élevés, à de meilleures perspectives de croissance et à une amélioration de son profil
           de risque. Le recul du dollar néo-zélandais au cours des dernières semaines fournira aux investisseurs de meilleurs
           niveaux d’entrée.
Mitul KOTECHA
mitul.kotecha@ca-cib.com

                           Australie : croissance                                                        Nouvelle-Zélande : croissance
     %                                                                         %    %                                                                            %
                                                                                   2,0                                                                            8
      2                                                                        6
    1,5                                                                             1,5                                                                           6
                                                                               5
                                                                                    1,0
       1                                                                                                                                                          4
                                                                               4
    0,5                                                                            0,5
                                                                               3                                                                                  2
                                                                                   0,0
      0
                                                                               2                                                                                  0
   -0,5                                                                            -0,5
                                                                               1   -1,0                                                                           -2
      -1
    -1,5                                                                       0   -1,5                                                                           -4

           00   01   02  03 04 05 06 07 08              09    10     11   12              00   01   02    03     04   05   06    07   08    09   10   11    12
                          t/t         t/t (p)     a/a        a/a (p)                                       t/t         t/t (p)        a/a         a/a (p)
    So urce : B lo o mberg, Crédit A grico le CIB                                  So urces : B lo o mberg, Crédit A grico le CIB




                                                   Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                                                     25
Amérique


Canada : c’est grave, docteur ?
  L’incertitude, les signes de ralentissement économique et l’appréciation du CAD/USD auront fini par l’emporter et
  interrompre la normalisation de la politique monétaire de la BoC. A l’issue de ses deux dernières réunions (19 octobre et
  7 décembre), elle a laissé inchangé son taux directeur à 1%. Des perspectives de croissance bonnes mais revues en baisse
  pour 2011 devraient l’inciter à temporiser jusqu’au troisième trimestre 2011 avant de reprendre ses hausses de taux.


                   Au troisième trimestre 2010, la croissance a ralenti à 1% en rythme trimestriel annualisé (après +2,3% au
                   deuxième trimestre et +5,6% au premier). En glissement annuel, elle reste stable (+3,4%), ce qui relativise
                   l’inflexion trimestrielle. La composition de cette croissance permet également de ne pas s’inquiéter outre-
                   mesure du chiffre global. En effet, le commerce extérieur a amputé la croissance de quatre bons points, du fait
                   d’une baisse des exportations alors que les importations n’ont fait que ralentir. Les dépenses publiques ont aussi
                   contribué moins positivement. En revanche, la consommation a progressé de 3,5% (en accélération par rapport
                   au deuxième trimestre) et l’investissement de 9,4% (à peine moins qu’au trimestre précédent). A la fin du
                   troisième trimestre, la perte de momentum de la croissance est néanmoins évidente dans divers indicateurs
                   mensuels d’activité : le chiffre encourageant des ventes de détail (+0,6% sur le mois de septembre) est
                   contrebalancé par la baisse de 0,2% du PIB mensuel et de 1,2% de la production industrielle. La variation sur un
                   an de ces indicateurs reste néanmoins confortablement positive (respectivement 3,3%, 3,5% et 6,8%). L’évolution
                   de l’emploi est aussi en demi-teinte. Les créations d’emplois restent modestes et volatiles (moyenne mensuelle
                   d’à peine 30 000 depuis le creux de l’emploi en juillet 2009), mais le taux de chômage est clairement sur une
                   pente descendante (7,6% en novembre 2010, contre un pic à 8,7% en août 2009). La BoC n’a toujours pas de
                   souci à se faire côté inflation. En octobre, elle n’était que de 1,8% en glissement annuel, selon sa mesure
                   de référence, soit toujours dans la fourchette basse de sa cible. La BoC anticipe désormais un retour à la
                   cible de 2% d’ici la fin 2012, date à laquelle elle s’attend également à ce que l’écart de production se soit refermé.
                   La dégradation des comptes extérieurs est le phénomène marquant de ces derniers mois. Plusieurs
                   raisons à cela. D’abord les États-Unis n’importent plus autant du Canada qu’auparavant. Sans surprise, les
                   secteurs de l’automobile et du bâtiment sont plus particulièrement touchés. L’appréciation du CAD/USD a aussi
                   sa part de responsabilité (+25% depuis mars 2009, ce qui correspond également à l’ordre de grandeur de sa
                   « sur-évaluation » par rapport à sa valeur moyenne de long terme de 0,78). De plus, derrière cette appréciation, il
                   faut voir en partie les effets des hausses de taux de la BoC, ainsi qu’un effet valeur refuge (le Canada n’a pas les
                   problèmes budgétaires, bancaires, d’immobilier, d’endettement des États-Unis) combiné au fait que le CAD est
                   une devise « matières premières ». Lorsque les prix de ces dernières augmentent, c’est a priori bon pour la
                   croissance canadienne (le pays étant exportateur de ces produits) et donc pour le CAD, dont l’appréciation en
                   retour pèse néanmoins sur la croissance et le solde extérieur. Ce cercle vicieux s’apparente à un cas de
                   « maladie hollandaise », à ceci près que l’appréciation du loonie n’est pas uniquement due à l’effet
                   exportation de matières premières.
                   Les mêmes causes produisant, en général, les mêmes effets, l’incertitude, la mollesse de la reprise et
                   l’appréciation du CAD/USD devraient conduire la BoC à patienter jusqu’au troisième trimestre 2011 avant
                   de reprendre ses hausses de taux. Les préoccupations de la BoC quant à la vigueur de la reprise mondiale,
                   américaine et canadienne sont manifestes dans son communiqué du 19 octobre ainsi que dans la révision en
                   baisse de ses prévisions de croissance entre juillet et octobre (3% en 2010, 2,3% en 2011 et 2,6% en 2012).
                   Dans la mesure où nos propres prévisions de croissance sont très proches pour 2010 et 2011, mais un peu plus
                   optimistes pour 2012 (compte tenu de ce que nous anticipons pour les États-Unis et de ce que la croissance des
                   deux pays n’est jamais très éloignée, cf. tableau Scénario économique), sa conclusion selon laquelle « toute
                   nouvelle réduction du degré de détente monétaire devra être évaluée avec soin » milite selon nous pour une
                   pause prolongée, avant une reprise graduelle des hausses de taux (+25 pdb par trimestre, ce qui ramènerait à
                   2,50% son taux directeur fin 2012).

Hélène BAUDCHON
helene.baudchon@credit-agricole-sa.fr

                 Canada : croissance au diapason américain                                            Canada : cher loonie
       a/a, %                                                        a/a, %     1,05
       6                                                                   6
                                                                                1,00
       4                                                                   4
                                                                                0,95
       2                                                                   2
                                                                                0,90
       0                                                                   0
                                                                                0,85

       -2                                                                  -2   0,80

       -4                                                                  -4   0,75
                                                                                   janv.-   avr.-   juil.-   o ct.-   janv.- avr.-    juil.-10   o ct.-
       -6                                                                  -6        09      09      09       09        10    10                   10
            00     01   02   03 04 05 06 07 08 09 1                  0
                                                                                                        CA D/USD                mo yenne de LT
                              Canada          Etats-Unis
       So urce : Statistics Canada, B EA , IHS Glo bal Insight, CA S.A .        So urce : Réserve fédérale, Crédit A grico le S.A .




                                                    Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                                       26
Pays émergents


Marchés émergents : gains à court terme et problèmes à long
terme ?
 Les pays émergents sont confrontés à de nouveaux défis extérieurs, notamment la crise européenne et le resserrement de
 la politique monétaire chinoise. Nous pensons qu’ils sauront y faire face. Cependant, deux difficultés spécifiques aux
 marchés émergents apparaitront en 2011 : la détérioration des soldes courants devrait limiter l’appréciation des devises et le
 retour de l’inflation devrait entraîner des hausses de taux, avec le risque que certaines Banques centrales prennent du
 retard.


             Les difficultés auxquelles les marchés émergents sont confrontés ont pris de l’ampleur au cours des dernières
             semaines. La crise souveraine européenne, les craintes concernant l’impact du resserrement monétaire en Chine
             – mais aussi les tensions géopolitiques dans la péninsule coréenne – ont provoqué des corrections sur
             l’ensemble des devises émergentes et des spreads de CDS souverains. Les taux en devise locale ont fortement
             augmenté, comme leurs homologues en dollar et en euro. La persistance de l’incertitude en Europe suggère que
             les tensions pourraient durer. Nous pensons cependant que l’optimisme généralisé entourant les pays émergents
             devrait se poursuivre, au moins jusqu’au premier semestre 2011 : à court terme, la plupart des pays émergents
             échapperont à la crise.
             Les fondamentaux des pays émergents soutiennent la comparaison avec ceux des pays développés. Cela
             s’applique aux perspectives de croissance économique : nous attendons une croissance de 6,5% pour les
             pays émergents en 2011, contre 2,2% dans les pays développés. Cela concerne également les taux d’intérêt
             (plus élevés), la flexibilité budgétaire (généralement plus importante) et la liquidité extérieure (qui s’améliore :
             dans de nombreux pays, le montant important des réserves permettrait d’absorber d’éventuelles pressions
             financières).
             Cela sera-t-il suffisant ? Après tout, de bons fondamentaux n’ont pas empêché les prix des actifs des pays
             émergents de subir des corrections très importantes fin 2008, lorsque la crise des pays développés s’est
             propagée au reste du monde. Cela pourrait-t-il se reproduire avec le retour de la crise en Europe ? Nous pensons
             que cela ne se produirait que si, au-delà des tensions financières, on assistait à un effondrement de
             l’économie réelle dans les marchés développés – situation qui entraînerait une forte contraction des
             exportations des pays émergents. Cependant, notre scénario de base n’envisage pas de situation récessive en
             2011, que ce soit aux États-Unis ou en Europe. De ce point de vue, la situation actuelle diffère de celle de 2008.
             De plus, bien que nous nous attendions à une poursuite du resserrement monétaire en Chine, nous ne
             considérons pas ce dernier comme une menace pour la croissance. La progression des salaires devrait
             continuer à soutenir la consommation en 2011. Par ailleurs, la supervision du crédit devrait permettre une
             progression des prêts légèrement supérieure à la croissance du PIB pendant les douze prochains mois : cela
             peut difficilement être considéré comme un resserrement brutal de la politique monétaire. Nous tablons sur une
             croissance chinoise de 9,0% en 2011, un chiffre qui reste élevé.
             Pourtant, même si la croissance des pays émergents devrait se maintenir, deux problèmes devraient
             progressivement prendre de l’ampleur en 2011. Le premier d’entre eux concerne les balances courantes, qui
             devraient continuer à se dégrader sous l’effet de la forte demande domestique et de la croissance mitigée du G3.
             De plus, la hausse des prix des matières premières pèsera sur les pays importateurs comme l’Inde, l’Égypte ou la
             Turquie. Sur une base agrégée, nous prévoyons une baisse de l’excédent courant des marchés émergents
             de 3,0% du PIB en 2009 et 2,3% en 2010 et à 1,6% en 2011. Certains pays émergents importants comme le
             Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud et la Turquie afficheront probablement des déficits importants.
             Le fait que certains pays émergents affichent des déficits courants n’est pas un problème en soi, tant qu’ils
             restent limités. De tels déficits vont en effet de pair avec le rééquilibrage de l’économie mondiale et avec le
             besoin de ces pays d’importer des biens d’équipement qui contribuent à moderniser leur économie.

                                                 Les devises émergentes contre le dollar et l’euro

            140     No tre indice des devises émergentes co ntre…

            130                                                                                                            prévisio ns


            120

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                                    panier do llar/euro /yen/£                         USD                    EUR
            70
             janv.-03   janv.-04     janv.-05     janv.-06       janv.-07   janv.-08    janv.-09   janv.-10   janv.-11   janv.-12




                                                Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                          27
Pays émergents

                Mais une telle tendance pourrait ne pas rester sans effet sur les taux de change. Il est vrai qu’à court terme, cet
                effet pourrait être limité. Avec le QE2, le financement des déficits courants ne devrait, en effet, pas poser de
                problème. Cependant, les flux de capitaux vers les marchés émergents pourraient diminuer si la liquidité
                mondiale se contractait. Une telle situation pourrait provoquer une baisse des devises des pays affichant
                un déficit courant. Dans notre scénario de base, cela pourrait survenir de façon graduelle. Cependant, l’afflux de
                capitaux spéculatifs vers les pays émergents se poursuivant, le risque d’une correction abrupte augmentera au
                cours des prochains mois : plus les flux sont importants, plus la correction est importante lorsque ces flux
                s’inversent. À l’aide d’un échantillon de quatre pays pour lesquels nous disposons de données assez complètes
                sur les flux de capitaux, nous avons observé que le montant des capitaux étrangers investis dans les marchés
                actions des pays émergents avait dépassé son niveau d’avant crise dès le mois de septembre, qu’il avait été
                multiplié par dix en dix ans et qu’il était légèrement plus élevé que les réserves de change de ces pays. Les flux
                continuant à se diriger vers les pays émergents, les prix des actifs et les devises seraient d’autant plus
                vulnérables à d’éventuelles montées de l’aversion au risque : ceci est clairement un risque pour l’année 2011. Ce
                risque pourrait se matérialiser, au moins en partie, si les marchés considéraient qu’une hausse des taux se profile
                aux États-Unis ou en Europe.
                Dans un tel contexte, les risques d’intervention et les risques réglementaires resteront importants dans les
                trimestres à venir. Nous pensons que ce sera particulièrement le cas pour les pays dont le déficit courant se
                creuse et dont les devises se sont fortement appréciées en termes effectifs. Parmi les principaux marchés
                émergents importants, le Brésil, l’Afrique du Sud, mais également la Turquie sont particulièrement concernés.
                La détérioration des comptes courants, combinée aux interventions sur le marché des changes et aux risques
                réglementaires, devrait limiter l’appréciation des devises émergentes. Compte tenu d’une appréciation limitée
                contre le dollar, il serait probablement intéressant de tabler sur une hausse des devises émergentes en
                2011, non pas contre le seul dollar, mais contre un panier de devises majeures, voire contre l’euro.
                Compte tenu de notre scénario baissier sur l’EUR/USD pour la majeure partie de l’année 2011, nous pensons
                que les devises émergentes s’apprécieront davantage contre l’euro que contre le dollar.
                En plus des problèmes de balance des paiements, l’inflation pourrait également être une difficulté pour
                certains pays émergents. Il est vrai que dans notre scénario de quasi-stabilité des prix du pétrole à 75-
                80 dollars le baril en 2011, les prix du pétrole ne devraient pas déclencher de poussée inflationniste comparable à
                celle que les marchés émergents ont connue en 2007-2008. Compte tenu de la corrélation entre les prix du
                pétrole et l’inflation des pays émergents, une hausse régulière vers 130 ou 140 dollars le baril serait nécessaire
                pour déclencher une forte accélération de l’inflation. Ceci n’est pas envisagé dans notre scénario de base, mais
                serait possible dans un scénario alternatif dans lequel la croissance mondiale surprendrait à la hausse. De plus,
                les prix alimentaires pourraient également susciter des pressions inflationnistes. Cependant, même dans notre
                scénario de base, la plupart des Banques centrales des pays émergents devront continuer à augmenter
                les taux en 2011 (c’est le cas de la Chine, du Brésil et de l’Inde par exemple) ou entamer un cycle de
                hausse pour celles qui ont laissé leurs taux inchangés jusqu’alors (Indonésie, Pologne, Russie et
                Turquie, notamment). En effet, la hausse du taux directeur moyen dans les pays émergents a été limitée jusqu’à
                présent. Avec le retour de l’inflation à ses niveaux habituels, les taux réels sont particulièrement faibles. Le « taux
                directeur réel » des pays émergents (moyenne pondérée par les PIB des « taux directeurs réels » de vingt-et-un
                grands pays émergents) était de l’ordre de 0,6% en novembre (contre 3,0% environ avant la crise) : ce niveau est
                trop bas pour la période de reprise actuelle.
                Ceci dit, les Banques centrales ne durciront leurs politiques monétaires qu’avec prudence, compte tenu
                de l’incertitude persistante concernant le rythme de la demande mondiale. Elles éviteront également
                d’améliorer trop rapidement l’attractivité de leurs devises en termes de portage. Nous nous attendons donc
                à ce qu’elles utilisent d’autres instruments, lorsqu’elles le peuvent – comme le ratio des réserves obligatoires ou
                des mesures réglementaires. Nous attendons une hausse du taux directeur moyen de seulement 62 pdb en
                2011. La Russie devrait procéder au resserrement le plus marqué (200 pdb), tandis que le Mexique pourrait être
                l’exception à la règle et ne pas relever ses taux en 2011. Le risque serait que cette réticence à relever les taux
                n’amène certaines Banques centrales à prendre du retard en 2011.
Sébastien BARBE
sebastien.barbe@ca-cib.com

       Inflation dans les pays émergents et prix du pétrole                        Inflation et taux directeurs dans les pays émergents
      10%                                                                   2,0    10%
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                                                                                   6%
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                                                                                   -2%
         2003           2005           2007         2009         2011                 2004       2005       2006     2007      2008    2009    2010
                      Inflatio n a/a (23 pays émergents)                                           Taux directeur ‘ réel’ (mo y. pays émergents)
                      Var. prix du pétro le a/a (éch. dr.)                                         Inflatio n a/a (mo y. pays émergents)
                      Var. prix du pétro le a/a, prév. CA -CIB (éch. dr.)                          Taux directeur no minal (mo y. pays émergents)
                      Scénario baril à 1 $ fin 201 (éch. dr.)
                                          35         1                             So urces : B lo o mberg, Crédit A grico le CIB
      So urces : B lo o mberg, Crédit A grico le CIB




                                                      Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                                 28
Pays émergents


Europe centrale : année de transition
  Les nouvelles tensions sur les dettes de la zone euro entretiennent la nervosité en Europe centrale. L’année 2011 sera une
  année de transition qui verra le démarrage d’un cycle de hausse des taux, mais pendant laquelle la consolidation budgétaire
  sera l’une des principales préoccupations, en particulier pour la Hongrie et la Pologne. La croissance reste, par ailleurs, à
  confirmer dans certains pays, en particulier en Roumanie.

      L’Europe centrale devra confirmer que la reprise est solide. Les chiffres de croissance ont été décevants au troisième
      trimestre et ont montré que le rebond de la demande domestique n’était pas encore suffisant pour compenser le
      ralentissement des exportations. Les chiffres de croissance seront probablement plus faibles en 2011, en raison
      d’effets de base négatifs, ainsi que d’une demande intérieure toujours modérée et d’une moindre contribution des
      exportations.
      Dans un contexte de croissance plus faible, la consolidation budgétaire restera un des principaux sujets de
      préoccupation des marchés. Toute déception à ce sujet entraînerait de fortes tensions sur les marchés financiers,
      limiterait la confiance des investisseurs et pénaliserait la reprise. Le risque est d’autant plus élevé que les pays du CE4
      ont un programme d’émissions obligataires chargé. Ce facteur pourrait retarder le cycle de hausse des taux qui devrait
      reprendre prochainement.
      La réduction du déficit budgétaire ne sera pas une tâche facile, même pour la Pologne dont le déficit budgétaire est
      élevé, malgré la croissance positive observée depuis deux ans. La Hongrie, bien qu’elle affiche un déficit plus faible,
      sera la principale source d’inquiétudes dans la région. Les décisions surprenantes et déstabilisantes du
      gouvernement ont perturbé les marchés et soulevé des questions quant à la capacité et à la volonté du gouvernement à
      réduire le déficit. De plus, le niveau de transparence est faible et le programme d’émission hongrois ne sera pas facile à
      mettre en œuvre au regard des conditions actuelles. Toute surprise pourrait compromettre le refinancement de la dette
      extérieure, qui est colossale.
      La Roumanie, de son côté, peine à s’extraire de la récession. Alors que d’autres pays peuvent espérer une évolution
      assez favorable, les déficits jumeaux de la Roumanie se creusent, en particulier le déficit courant et il y a peu de raisons
      d’attendre une appréciation du leu roumain dans l’année qui vient.

Guillaume TRESCA
guillaume.tresca@ca-cib.com



Russie : retour de la croissance
  L’économie se ressaisit après le passage à vide de l’été 2010, provoqué par la sécheresse et la baisse des exportations de
  gaz naturel. Les ventes de détail ont ralenti en septembre/octobre, tandis que la croissance de l’investissement augmentait,
  à 10,7% a/a. Nous pensons que les perspectives de croissance de la demande intérieure sont très positives pour l’année
  prochaine. L’inflation et la croissance des importations présentent toutefois des risques pour la croissance.

      L’économie a commencé à se redresser pendant l’automne, après le passage à vide de l’été 2010 provoqué par la
      sécheresse (qui a été catastrophique pour l’agriculture) et la baisse du volume des exportations de gaz naturel vers
      l’Europe (provoquée par un écart entre le prix du gaz au comptant et les prix du gaz dans les contrats à long terme). Ces
      deux facteurs se sont avérés temporaires : l’agriculture (qui représente 4% du PIB russe) finira de se redresser l’année
      prochaine, tandis que le volume des exportations de gaz naturel a augmenté régulièrement à partir de septembre
      (en données corrigées des variations saisonnières).
      Les ventes de détail ont ralenti en septembre/octobre en raison de la forte hausse des prix alimentaires, mais la forte
      croissance de l’investissement (10,7% a/a en octobre) a permis à la demande intérieure de continuer à progresser. La
      politique monétaire accommodante, l’amélioration du marché du travail, la baisse du taux d’épargne des ménages et
      l’augmentation des dépenses publiques sont autant de facteurs qui susciteront une forte croissance de la demande
      intérieure l’année prochaine.
      La croissance des importations reste un des freins principaux à la croissance économique en Russie. Alors que les
      prix du pétrole étaient stables (ils n’ont pour ainsi dire jamais dépassé 80 dollars le baril entre mai et octobre), la forte
      croissance des importations a provoqué une baisse de l’excédent courant. Ceci, combiné à d’importantes sorties de
      capitaux, a conduit à une baisse du rouble au cours des derniers mois.
      Le plus grand risque pour l’économie dans les années à venir est la tendance haussière de l’inflation – celle-ci
      dépasse déjà l’objectif de l’année prochaine et continue à augmenter. Nous prévoyons que la Banque centrale (CBR)
      commencera à resserrer sa politique monétaire d’ici quelques mois, avec une augmentation du taux des réserves
      obligatoires et nous attendons une première hausse des taux fin février 2011.

Maxim ORESHKIN
maxim.oreshkin@ca-cib.com




                                        Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                          29
Pays émergents


Afrique du Sud : décollage laborieux
  La reprise reste faible et tardive comparée à celle de la plupart des autres pays émergents, mais la croissance devrait
  progressivement accélérer. Les taux d’intérêt ne devraient pas baisser davantage : le mouvement de désinflation touche à
  sa fin et le potentiel d’appréciation du rand semble désormais limité.

      La reprise est restée faible au cours des derniers mois. Du côté de la demande, le pouvoir d’achat des ménages a profité
      de la faible inflation et de taux d’intérêt relativement bas. Cependant, la situation de l’emploi reste un problème majeur :
      le taux de chômage a atteint 25,3% en septembre.
      La forte appréciation du rand a pesé sur le secteur exportateur, mais la hausse de l’indice PMI à 52,9 en novembre
      suggère que l’économie s’extrait progressivement du « blues post-Coupe du monde ». Les ventes de détail
      devraient continuer à se redresser graduellement. Au total, nous prévoyons une légère accélération de la croissance, à
      3,5% en 2011 après 2,5% en 2010.
      Heureusement, le gouvernement dispose d’une marge de manœuvre budgétaire qui lui permet de poursuivre des
      dépenses d’infrastructure. Celles-ci ont l’avantage non seulement de soutenir la croissance, mais aussi de renforcer la
      compétitivité de l’économie.
      Après la baisse de 50 pdb du mois dernier, nous prévoyons que la Banque centrale (SARB) laissera ses taux
      inchangés au cours des prochains trimestres. L’inflation a légèrement augmenté ces derniers temps et ce
      mouvement pourrait se poursuivre au cours des deux ou trois prochains mois. Par ailleurs, le crédit au secteur privé
      semble redémarrer progressivement et la croissance des salaires devrait inciter la Banque centrale à rester vigilante. La
      récente dépréciation du rand pourrait être une raison de plus pour ne pas baisser davantage les taux directeurs.


Turquie : le pari risqué de la politique monétaire
  L’économie a fortement rebondi en 2010 et le ralentissement sera limité en 2011. En conservant un biais baissier sur les
  taux, la Banque centrale conduit un pari risqué : elle tente de décourager les flux de capitaux spéculatifs… au risque de
  perdre le contrôle des anticipations d’inflation.

      La reprise a surpris par sa vigueur en 2010. Nous prévoyons une accélération de la croissance à 7,5% en 2010,
      après -4,7% en 2009, une des ré-accélérations les plus marquées parmi les pays émergents. La consommation
      privée, puis l’investissement ont été nettement plus soutenus que prévu. Il est vrai que cette performance résulte en
      partie d’un effet de base… et que la croissance ralentira probablement en 2011. Cependant, une croissance relativement
      forte du crédit et une amélioration du marché de l’emploi devraient continuer à soutenir la demande domestique ; des
      taux d’intérêt réels négatifs devraient par ailleurs limiter le ralentissement de l’investissement. Nous pensons que la
      croissance pourrait atteindre 5,0% en 2011.
      Après avoir baissé son taux directeur de plus de 1 000 pdb pendant la crise financière, la TCMB continue d’afficher un
      biais baissier sur les taux, cela afin de décourager les flux de capitaux volatils. Afficher un tel biais malgré la forte reprise
      de la demande interne s’apparente, à notre avis, à un pari risqué, tant l’inflation, encore faible aujourd’hui, pourrait
      devenir un défi conséquent en 2011. En effet, le taux d’utilisation des capacités de production est en hausse et pourrait
      retrouver ses niveaux d’avant crise au premier semestre 2011. La forte demande des consommateurs pourrait être un
      facteur d’inflation. Dans un tel contexte, la possible hausse mondiale des prix alimentaires pourrait poser problème. En
      maintenant ses taux bas pendant trop longtemps, la Banque centrale courrait le risque de perdre le contrôle des
      anticipations d’inflation.
      La lire turque pourrait ne plus s’apprécier aussi facilement à l’avenir. Le déficit courant s’est creusé et une part de plus
      en plus importante de son financement est assurée par des capitaux spéculatifs, ce qui fragilise la balance des
      paiements. À court terme, les liquidités liées au QE2 pourraient continuer à soutenir la lire turque. Mais le cours
      de la lire pourrait baisser d’ici fin 2011, lorsque le marché commencera à intégrer la normalisation des politiques
      monétaires en Europe et aux États-Unis.
Sébastien BARBE
sebastien.barbe@ca-cib.com

                  Afrique du Sud : une reprise lente                                  Turquie : taux d’utilisation et taux directeurs
      65                                                               0,20     85%                                                          20%

      60                                                                        80%                                                          18%
                                                                       0,15
                                                                                                                                             16%
      55                                                                        75%
                                                                       0,10                                                                  14%
      50                                                                        70%                                                          12%
                                                                       0,05
                                                                                65%                                                          10%
      45
                                                                                                                                             8%
                                                                       0,00     60%
      40                                                                                                                                     6%
                                                                       -0,05    55%                                                          4%
      35
                                                                                50%                                                          2%
      30                                                               -0,10
                                                                                      07            08      09            10
           03   04      05     06     07      08     09     10
                                                                                                             Tx capacité utilisatio n (éch. dr.)
               Indice P M I         Ventes de détail a/a (prix co nstants)                                   CB RT Repo rate
      So urces : B lo o mberg, Crédit A grico le CIB                             So urce : CA CIB            CB RT o /n rate


                                                    Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                                30
Pays émergents


Asie : la surperformance va-t-elle continuer ?
  L’année 2010 a été spectaculaire pour l’Asie émergente. Une telle performance peut-elle continuer, en dépit du
  ralentissement du G3, de la force des devises et du resserrement monétaire ? Nous pensons que la réponse est positive,
  grâce à la forte demande domestique en Chine et en Inde. La région continuera d’attirer des capitaux étrangers, ce qui
  conduira à une appréciation des devises et à une hausse des rendements obligataires.


             L’année 2010 a été très positive pour l’Asie émergente, avec une très forte croissance et des pressions
             inflationnistes largement sous contrôle. L’inflation moyenne (inférieure à 3,5% a/a) a été relativement modérée au
             regard de la croissance du PIB (près de 9% a/a, la troisième plus forte de cette fin de décennie). La croissance
             chinoise a accéléré, vers 10% a/a, sur fond de hausse des investissements. L’Inde a continué à rattraper son rival
             chinois, avec une croissance de près de 9% a/a, stimulée par la hausse de l’investissement et de la
             consommation. De telles performances ont conduit à une montée des pressions inflationnistes, d’abord en Inde,
             puis ailleurs vers la fin de l’année.

             La question que se posent les investisseurs est de savoir si la surperformance asiatique peut continuer en 2011,
             malgré une croissance plus faible dans le monde développé, une appréciation marquée des devises régionales et
             une probable poursuite d’un resserrement monétaire souvent tardif. La réponse est positive, grâce à la force de la
             demande domestique dans les plus grandes économies de la région. L’investissement reste soutenu en Inde et
             en Chine malgré un certain ralentissement dans l’empire du Milieu, les autorités cherchant à limiter les excès
             dans le secteur de l’immobilier et à réduire la distribution de crédit. Les deux pays devraient également bénéficier
             d’une consommation privée soutenue, après des années de croissance à deux chiffres des salaires. En Chine,
             par exemple, le salaire nominal a augmenté de 18% par an en moyenne sur la période 2005-2009, alors que
             dans la plupart des provinces le salaire minimal a été gonflé de 24% au cours des trois premiers trimestres de
             2010.

             Bien sûr, une grande partie de la région devrait connaître un certain ralentissement, la croissance globale devant
             baisser vers 8% a/a environ. Les effets de base vont devenir de moins en moins favorables, la reconstitution des
             stocks est en grande partie terminée et les hausses des taux devraient se poursuivre, une inflation d’environ
             4,5% étant attendue. L’Inde et la Chine, en particulier, devraient toutes deux relever leurs taux de 75 pdb,
             l’augmentation du pouvoir d’achat des consommateurs et l’insuffisance de l’offre de biens alimentaires et
             immobiliers ayant créé des déséquilibres entre l’offre et la demande qui nécessitent une hausse des taux d’intérêt
             réels.

             De plus, l’appréciation des devises, assez marquée contre le dollar et encore plus contre l’euro, pourrait peser à
             la marge sur la croissance des exportations. Plusieurs économies de la région ont déjà vu leur balance
             commerciale se détériorer, notamment la Malaisie et la Thaïlande, dont les monnaies se sont appréciées
             rapidement. Cependant, la hausse de l’indice PMI chinois augure bien du commerce international pour
             l’ensemble de la région et la croissance des exportations – après un ralentissement lié à des effets de base début
             2011 – devrait se redresser plus tard dans l’année.

             Avec de telles performances, l’Asie émergente devrait continuer d’attirer des investissements directs et financiers,
             d’autant plus que les investisseurs manquent d’alternatives convaincantes dans les pays développés où la
             croissance est décevante. Les flux de capitaux vers la région devraient donc se poursuivre, encouragés par
             l’assouplissement quantitatif aux États-Unis. Alors que plusieurs pays tentent de mettre en place des mesures de
             contrôle afin de limiter l’entrée de ces capitaux, nous pensons que dans l’ensemble les investisseurs devraient
             continuer à être attirés par l’Asie émergente.

             En conséquence, la plupart des devises régionales devraient s’apprécier. Nous tablons sur de bonnes
             performances du won coréen et du peso philippin. Les deux devises semblent n’être pas encore revenues à leur
             niveau d’avant crise, et ces pays présentent des opportunités d’investissement très attractives basées sur des
             fondamentaux solides. Les autorités chinoises – qui se préoccupent de plus en plus de l’inflation et un peu moins
             de la croissance – devraient laisser le yuan s’apprécier plus rapidement : le taux du USD/CNY devrait terminer
             l’année 2011 à 6,30, historiquement les périodes de montée des tensions inflationnistes coïncidant avec une
             accélération de l’appréciation du yuan. En revanche, compte tenu des importants déficits courant et commercial
             de l’Inde, la roupie indienne pourrait être vulnérable à un éventuel ralentissement des flux de capitaux après la fin
             du QE2.

Frances CHEUNG                                                 Dariusz KOWALCZYK
frances.cheung @ca-cib.com                                     dariusz.kowalczyk@ca-cib.com




                                       Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                          31
Pays émergents


Mexique : la bamba triste
  Malgré une certaine amélioration, la reprise mexicaine est en retard sur celle de l’Amérique latine. La demande domestique
  est faible et ne devrait guère soutenir la croissance en 2011, le Mexique sera donc dépendant de ses exportations vers les
  États-Unis. Un ralentissement étant probable aux États-Unis, la Banque centrale (Banxico) devrait rester prudente.

          Le Mexique est finalement sorti de récession en 2010, avec une croissance qui devrait être de 5,3%, en partie grâce au rebond
          américain. Le Mexique est néanmoins en retard au sein de l’Amérique latine et sa demande domestique ne devrait pas être
          suffisamment dynamique pour soutenir la croissance de manière significative en 2011. En conséquence, la croissance
          ralentira probablement vers 3,5% en 2011.
          De fait, la demande interne a à peine rebondi et les conditions difficiles du marché de l’emploi continueront à freiner la
          demande. De plus, la croissance du crédit – en particulier du crédit à la consommation – reste faible en partie en raison d’une
          réorganisation du secteur bancaire, ce qui bridera la reprise de la demande. Heureusement le secteur exportateur, tourné à
          80% vers les États-Unis, continue à soutenir l’activité. Les premiers signes d’amélioration dans le secteur automobile américain
          (GM et Ford ont affiché des bénéfices) sont de bon augure pour le secteur exportateur mexicain.
          Compte tenu de cet environnement mitigé, la Banxico est restée prudente en 2010 et devrait le rester en 2011.
          L’appréciation graduelle du peso mexicain tout au long de l’année – qui s’explique par le rebond des entrées de capitaux – a
          contribué à contenir l’inflation et a donc limité la nécessité de relever les taux. Compte tenu du statu quo probable de la Fed, la
          Banxico n’aura que peu d’intérêt à entamer un cycle de hausse en 2011. Cette inaction pourrait conduire à une inflation
          légèrement supérieure à la borne haute de sa cible. Toutefois, l’appréciation du peso et la faiblesse de la demande domestique
          devraient dissuader la Banque centrale de relever ses taux trop rapidement. Le Mexique restera inévitablement sensible à
          l’évolution de l’économie américaine : un éventuel double-dip ou une prolongation du programme d’assouplissement quantitatif
          américain pourraient inciter la Banque centrale à abaisser ses taux.
Guillaume TRESCA
guillaume.tresca@ca-cib.com


Brésil : un ralentissement s’impose
  Après la forte croissance de l’année 2010, les pressions inflationnistes augmentent et il est clair que la croissance de la
  demande n’est pas soutenable. Une part de l’ajustement nécessaire sera d’ordre budgétaire mais, même dans ce cas, la
  politique monétaire devra être resserrée afin de maintenir les anticipations d’inflation sous contrôle.

          Nous pensons que la croissance sera de 7,5% en 2010. Ce très fort rebond post-crise a provoqué une forte baisse des
          ressources inemployées, ce qui fait augmenter l’inflation et les anticipations d’inflation au cours des derniers mois. Le
          ralentissement de la croissance au second semestre 2010 n’a clairement pas été suffisant pour maintenir l’inflation sur une
          trajectoire conforme à l’objectif : un policy mix plus strict sera donc rapidement nécessaire.
          Une part de l’ajustement pourrait être d’ordre budgétaire. Des contraintes politiques et institutionnelles limitent cependant la
          capacité du gouvernement à durcir fortement la politique budgétaire. Par conséquent, la politique monétaire sera une fois de
          plus le principal outil mis en œuvre pour contrôler la croissance de la demande agrégée. De plus, alors que des doutes planent
          quant à l’indépendance de la Banque centrale (BCB), nous pensons qu’elle agira sans tarder, afin de rétablir sa crédibilité.
          Nous attendons trois hausses consécutives de 50 pdb à partir de janvier 2011. Ces hausses porteraient le Selic à 12,25%,
          niveau auquel il serait ensuite maintenu jusqu’à la fin de l’année.
          La combinaison d’une politique monétaire et d’une politique budgétaire plus strictes provoquera un ralentissement de la
          croissance vers 4,2% en 2011, un niveau inférieur à la croissance potentielle. Ceci provoquera une baisse de l’inflation et
          pourrait créer les conditions d’un assouplissement en 2012.
          Le real brésilien devrait s’apprécier au premier semestre 2011, continuant à bénéficier de taux d’intérêt locaux relativement
          hauts et de politiques monétaires accommodantes dans les pays développés. Cette tendance finira par s’inverser avec
          l’augmentation du déficit courant du Brésil et l’anticipation par le marché d’une normalisation monétaire dans les pays
          développés.
Vladimir VALE
vladimir.vale@ca-cib.com

                Mexique : une demande domestique faible                                             Brésil : anticipations d’inflation
     %                                                                          %     5,6
    20                                                                          60
                                                                                      5,4
                                                                                40    5,2
    10                                                                                 5
                                                                                20
                                                                                      4,8
                                                                                0
     0                                                                                4,6
                                                                                -20   4,4            Objectif
    -10                                                                         -40   4,2            Indice étendu prix à la co nso . anticipatio n à un an
      no v-04                no v-06                no v-08                no v-10     4
                  Ventes de détail (a/a %)           Crédits co nso . (a/a %)
                                                                                      04/01/201 0         19/04/2010          30/07/2010             1 1
                                                                                                                                                      2/1 /2010
    So urce : B anxico , INEGI, Crédit A grico le CIB
                                                                                      So urce : B CB (Fo cus Repo rt)



                                                       Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                                            32
Pays émergents


MENA : une reprise à deux vitesses se met en place
  En 2011, la région MENA devrait connaître une croissance solide, mais caractérisée par des différences de niveau d’un
  pays à l’autre. La plupart des pays exportateurs de pétrole de la région verront leur croissance augmenter, tandis que la
  plupart des pays importateurs de pétrole verront la leur diminuer. L’inflation restera limitée. L’amélioration de la perception
  des risques devrait inciter les émetteurs à profiter de conditions de marché favorables pour refinancer les dettes arrivant à
  maturité et lever des fonds.


                 La plupart des pays exportateurs de pétrole de la région MENA verront leur croissance augmenter en 2011.
                 Le secteur pétrolier du Golfe devrait connaître une croissance positive en 2011, mais ce sont les secteurs
                 non-pétroliers, privés et publics, qui seront les principaux moteurs de la croissance. En Arabie
                 saoudite, la plus grande économie de la région MENA, le secteur privé devrait croître de 4,6% en 2011 et le
                 PIB de 4,2%. Les Émirats Arabes Unis (EAU) profiteront de la croissance du secteur manufacturier non
                 pétrolier et des infrastructures non pétrolières d’Abu Dhabi, ainsi que de la reprise des activités liées au
                 commerce international, du tourisme et du commerce de détail à Dubaï. Nous prévoyons une croissance de
                 3,4% aux EAU en 2011, après la croissance de 2,5% en 2010. Le Koweït devrait également afficher une
                 croissance en hausse grâce au déploiement de son plan d’investissement de 104 milliards d’euros : elle
                 devrait atteindre à 3,5% en 2011, contre 3,2% en 2010. Il est possible que ce plan fragilise le consensus
                 politique. Au Qatar – exportateur de gaz naturel – la croissance pourrait tomber de 16,1% en 2010 à 12,4%
                 en 2011, mais elle restera la plus élevée de la région. Pour les pays producteurs de pétrole, les risques
                 baissiers sont liés aux prix du pétrole, à la faiblesse de la reprise du secteur privé (désendettement)
                 qui pourrait impacter les bilans des banques, aux investissements limités dans les secteurs non pétroliers et à
                 la baisse des prix des actifs.
                 Les rendements obligataires des entreprises et des États de la région MENA ont baissé pendant l’année 2010
                 grâce à l’amélioration des conditions de marché et à la conclusion d’un accord entre Dubaï World et ses
                 créanciers sur la restructuration de 25 milliards de dollars de dette. Des dizaines de milliards de dollars de
                 dette devant être refinancés en 2011 dans le Golfe, la forte activité du marché obligataire au quatrième
                 trimestre devrait se poursuivre l’an prochain. La baisse des spreads de CDS sur les États de la région
                 soutient le marché obligataire. Cependant, tout faux pas de Dubaï dans la gestion de sa dette, dont le
                 montant dépasse 100 milliards de dollars, pourrait peser sur l’appétit pour le risque dans la région. Les
                 marchés actions du Golfe ont affiché des performances inférieures à celle de l’Égypte, en raison d’un
                 niveau de confiance qui reste faible.
                 La croissance des pays importateurs de pétrole de la région MENA, dont le Liban, la Tunisie et le
                 Maroc, devrait diminuer en 2011, en raison du léger ralentissement des secteurs non agricoles. L’Égypte,
                 en revanche, devrait voir sa croissance progresser légèrement, de 5,2% en 2010 à 5,3% en 2011. Les
                 transferts envoyés par les travailleurs expatriés ont augmenté régulièrement et les investissements directs
                 étrangers, en baisse en 2010, devraient reprendre en 2011 avec la reprise économique mondiale. La
                 réduction du déficit budgétaire de l’Égypte (8,1% du PIB actuellement) sera difficile sans réduction des
                 subventions. Une telle réduction est improbable à court terme, car l’inflation restera proche de 10% en 2011.
                 La croissance de la région MENA est trop faible pour générer suffisamment d’emploi, ce qui souligne le
                 besoin d’un engagement plus fort du secteur privé.
                 Les devises de la Tunisie et du Maroc, la structure de leur commerce extérieur et les transferts en provenance
                 de l’étranger mettent en évidence la forte dépendance de ces deux pays à l’égard de la zone euro, qui les
                 rend vulnérables à la reprise atone de cette région. Bien que vulnérable, la livre égyptienne serait
                 défendue par la Banque centrale vers 5,78, en cas de besoin. Un autre risque potentiel pour la livre, les
                 spreads de CDS et les actions égyptiennes est la question de la succession du président égyptien – qui a
                 quatre-vingt-deux ans – à l’occasion des élections présidentielles de 2011.
                 L’appréciation du dollar en 2011 devrait limiter l’inflation importée et réduire la spéculation à propos d’une
                 réforme des ancrages (pegs) entre les monnaies du Golfe et le dollar, comme en témoigne la modération
                 des forwards du rial d’Arabie saoudite depuis le mois d’octobre. L’inflation devrait diminuer en
                 Afrique du Nord, en Égypte, en Arabie saoudite et au Liban en 2011, mais elle devrait augmenter dans
                 cinq pays du Golfe en raison d’une hausse de la demande agrégée et d’effets de base. Le Qatar, sortant
                 de deux années de déflation, pourrait afficher une inflation de 2,7% en 2011 – la plus faible du Golfe.
                 Au Liban, enfin, le secteur de la construction, les transferts en provenance de l’étranger et le tourisme ont
                 soutenu l’économie, bien que la dette publique (qui représente 148% du PIB), les déficits budgétaires élevés,
                 le caractère spéculatif de certains prix immobiliers et les incertitudes politiques masquent la fermeté des
                 fondamentaux. Les questions concernant la succession du président égyptien et de possibles tensions
                 géopolitiques au Liban, en Irak et en Iran pourraient également entraîner une baisse de l’appétit pour le
                 risque dans la région en 2011.

John SFAKIANAKIS
johns@alfransi.com.sa




                                        Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                         33
Prévisions


Taux d’intérêt au 17 décembre 2010

                       17-déc.   m ars-11    juin-11   sept-11     déc-11    m ars-12     juin-12   sept-12   déc-12
Etats-Unis
  Fed funds               0,25    0-0.25     0-0.25     0-0.25      0-0.25     0-0.25     0-0.25      0,50      1,00
  3 m ois                 0,30      0,40       0,40       0,40       0,40          0,45     0,50      1,00      1,40
  Taux 2 ans              0,63      0,75       0,95       1,45       1,70          1,80     2,00      3,00      3,50
  Taux 10 ans             3,40      3,30       3,50       3,80       4,00          4,20     4,35      4,50      4,75
Japon
  Call                    0,08    0-0.10     0-0.10     0-0.10      0-0.10     0-0.10     0-0.10     0-0.10     0,25
  3 m ois                 0,18      0,34       0,34       0,34       0,35          0,35     0,35      0,37      0,40
  Taux 2 ans              0,21      0,20       0,20       0,20       0,22          0,23     0,25      0,25      0,30
  Taux 10 ans             1,21      1,10       1,10       1,15       1,20          1,25     1,30      1,50      1,60
Zone euro
  Repo                    1,00      1,00       1,00       1,00       1,00          1,25     1,50      1,75      2,25
  3 m ois                 0,95      1,20       1,30       1,40       1,50          1,75     2,00      2,25      2,75
  Taux 2 ans              1,06      1,25       1,40       1,75       2,00          2,25     2,50      3,00      3,50
  Taux 10 ans (All.)      3,03      3,10       3,30       3,55       3,75          3,85     4,00      4,15      4,25
Royaum e-Uni
 Taux de base             0,50      0,50       0,50       0,50       1,00          1,50     2,00      2,50      3,00
  3 m ois                 0,75      0,85       0,85       1,00       1,50          2,00     2,40      2,80      3,30
  Taux 2 ans              1,19      1,00       1,20       1,75       2,50          2,80     3,10      3,40      3,60
  Taux 10 ans             3,57      3,70       3,90       4,10       4,25          4,25     4,40      4,55      4,65
Suède
  Repo                    1,25      1,50       1,75       2,00       2,25          2,50     2,75      3,00      3,25
  3 m ois                 1,88      2,10       2,35       2,60       2,85          3,10     3,35      3,60      3,85
  Taux 10 ans             3,26      3,70       3,90       4,15       4,35          4,45     4,60      4,75      4,85
Norvège
  Deposit                 2,00      2,00       2,00       2,25       2,50          2,75     3,00      3,25      3,50
Suisse
  3 m ois                 0,17      0,25       0,25       0,50       0,50          0,75     1,00      1,00      1,25
  Taux 10 ans             1,90      2,75       3,25       3,40       3,50          3,67     3,74      3,89      3,99
Canada
  Overnight Target        1,00      1,00       1,00       1,25       1,50          1,75     2,00      2,25      2,50
Australie
  Cash Target             4,75      5,00       5,25       5,25       5,25          5,25     5,25      5,25      5,25
Nouvelle-Zélande
  Official Cash Rate      3,00      3,50       3,75       4,00       4,00          4,00     4,00      4,00      4,00




                                 Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                       34
Prévisions



                                        17-déc   m ars-11   juin-11   sept-11   déc-11   m ars-12   juin-12   sept-12   déc-12
 Asie
   Chine           1Y lending rate       5,56       6,06     6,56      6,56     6,56      6,81      6,81       7,06     7,06
   Hong Kong       Taux de base          0,50       0,50     0,50      0,50      0,50      0,50      0,50       0,75     1,25
   Inde            Taux Repo             6,25       6,50     6,50      6,75     7,00      7,00      7,25       7,25     7,50
   Indonésie       BI rate               6,50       6,50     6,50      6,75     7,00      7,00      7,25        7,25     7,25
   Corée           Call rate             2,50       2,75     3,00      3,25     3,25      3,25      3,25       3,50     3,75
   Malaisie        OPR                   2,75       2,75     2,75      2,75     3,00       3,00      3,25       3,25     3,50
   Philippines     Taux Repo             4,00       4,00     4,25      4,50     4,50      4,75      4,75       5,00     5,00
   Singapour       6M SOR                0,48       0,61     0,67      0,67      0,70      0,71      0,76       1,10     1,34
   Taiw an         Redisc                1,50       1,75     2,00      2,00     2,00      2,00      2,00       2,25     2,50
   Thaïlande       Repo                  2,00       2,25     2,50      2,75     2,75      2,75      2,75       3,00     3,25
   Vietnam         Prime rate            9,00      10,00    10,00      11,00    11,00     11,00     12,00      12,00    12,00
 Am érique latine
   Argentine       Deposit 3 mois        10,30     10,00    10,50      11,00    11,00     11,00     11,25      11,50    11,50
   Brésil          Overnight/Selic       10,75     11,75    12,25      12,25    12,25     11,75     11,25      10,75    10,50
   Mexique         Taux Overnight        4,50       4,50     4,50      4,50     4,50      5,25      5,50       5,75     6,00
 Europe ém ergente
   Rép. Tchèque    Repo 14 j.            0,75      0,75      1,00      1,25      1,50      1,75      1,75      2,00      2,00
   Hongrie         Repo 2 sem.           5,50      6,00      6,00      6,00      6,00      6,00      6,00      6,00      6,00
   Pologne         Repo 7 j.             3,50      4,00      4,25      4,25      4,50      4,75      4,75      4,75      4,75
   Roum anie       Repo 2 sem.           6,25      6,25      6,50      6,75      6,75      7,00      7,00      7,00      7,00
   Russie          Refinancing rate      2,50      3,00      3,50      4,00      4,50      5,25      6,00      7,50      9,00
   Turquie         Overnight             6,50      7,00      7,50      8,00      8,00      8,00      8,00      8,50      9,00
 Afrique & Moyen Orient
   Afrique du Sud Repo                   5,50      5,50      5,50      5,50      5,75      6,50      7,00      7,50      8,00
   EAU             Repo                  1,00      1,00      1,00      1,00      1,00      1,00      1,00      1,25      1,75
   Arabie saoudite Repo                  2,00      2,00      2,00      2,00      2,00      2,00      2,00      2,25      2,75




                                      Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                            35
Prévisions


Taux de change au 17 décembre 2010

 Taux de change USD                       17-déc. m ars-11    juin-11    sept-11   déc-11    m ars-12   juin-12    sept-12   déc-12
 Pays industrialisés
   Euro                         EUR/USD       1,33     1,37       1,32      1,28      1,25       1,23       1,21      1,20      1,18
   Japon                        USD/JPY        84       82         85         90       94          96        98        100      102
   Royaum e-Uni                 GBP/USD       1,56     1,63       1,61      1,60      1,60       1,60       1,59      1,60      1,59
   Suisse                       USD/CHF       0,96     0,98       1,02      1,06      1,12       1,15       1,17      1,19      1,22
   Canada                       USD/CAD       1,01     0,98       0,97      0,96      0,95       0,94       0,93      0,92      0,90
   Australie                    AUD/USD       0,99     1,02       1,05      1,05      1,06       1,07       1,09      1,11      1,12
   Nouvelle-Zélande             NZD/USD       0,74     0,78       0,80      0,80      0,81       0,82       0,83      0,84      0,84
 Asie
   Chine                        USD/CNY       6,66     6,51       6,43      6,36      6,30       6,24       6,18      6,11      6,05
   Hong Kong                    USD/HKD       7,78     7,76       7,77      7,77      7,77       7,77       7,77      7,77      7,77
   Inde                         USD/INR      45,36    44,79     45,10      45,33     45,50      45,12     44,74      44,36     43,98
   Indonésie                    USD/IDR      9 035    8 870     8 860      8 850     8 850      8 750     8 700      8 650     8 650
   Malaisie                     USD/MYR       3,14     3,12       3,11      3,10      3,09       3,07       3,05      3,03      3,01
   Philippines                  USD/PHP      44,23    43,26     42,65      42,05     41,50      41,24     40,99      40,73     40,48
   Singapour                    USD/SGD       1,31     1,27       1,27      1,26      1,26       1,25       1,24      1,22      1,21
   Corée du Sud                 USD/KRW      1 153    1 110     1 095      1 075     1 050      1 035     1 020      1 005      990
   Taiw an                      USD/TWD      29,85    29,93     29,78      29,63     29,50      29,32     29,15      28,97     28,79
   Thaïlande                    USD/THB      30,13    29,75     29,57      29,39     29,20      29,00     28,80      28,60     28,40
   Vietnam                      USD/VND     19 495   20 100    20 100     20 500    20 500     21 100    21 100     21 500    21 500
 Am érique latine
   Argentine                    USD/ARS       3,97     4,05       4,10      4,15      4,20       4,25       4,30      4,35      4,40
   Brésil                       USD/BRL       1,70     1,67       1,65      1,65      1,70       1,70       1,70      1,75      1,80
   Mexique                      USD/MXN      12,39    12,00     12,00      11,90     11,90      11,85     11,80      11,75     11,70
 Afrique & Moyen-Orient
   Afrique du Sud               USD/ZAR       6,81     6,95       6,70      6,70      6,90       7,00       7,10      7,20      7,30
 Europe - ém ergents
   Pologne                      USD/PLN       2,98     2,92       2,95      3,01      3,00       3,04       3,07      3,08      3,14
   Russie                       USD/RUB      30,67    28,89     30,59      31,71     32,45      31,22     32,69      33,48     34,14
   Turquie                      USD/TRY       1,52     1,46       1,44      1,44      1,46       1,47       1,48      1,49      1,50
 Parités croisées contre euro
 Pays industrialisés
   Japon                        EUR/JPY       112      112        112        115      118        118        119        120      120
   Royaum e-Uni                 EUR/GBP       0,85     0,84       0,82      0,80      0,78       0,77       0,76      0,75      0,74
   Suisse                       EUR/CHF       1,28     1,34       1,35      1,36      1,40       1,41       1,42      1,43      1,44
   Suède                        EUR/SEK       9,02     9,38       9,32      9,32      9,30       9,20       9,15      9,10      9,00
   Norvège                      EUR/NOK       7,90     8,30       8,10      8,10      8,00       7,80       7,70      7,60      7,40
 Europe centrale
   République tchèque           EUR/CZK      25,15    24,60     24,30      24,20     24,00      23,80     23,60      23,60     23,60
   Hongrie                      EUR/HUF       273      285        280        280      280        280        280        280      280
   Pologne                      EUR/PLN       3,98     4,00       3,90      3,85      3,75       3,74       3,72      3,70      3,70
   Roum anie                    EUR/RON       4,29     4,30       4,30      4,30      4,30       4,30       4,30      4,30      4,30




                                      Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                                  36
Prévisions


             Scénario économique du Groupe Crédit Agricole S.A.

                                                                                                               Balance courante
                                                PIB (a/a, %)                  Inflation (a/a, %)
                                                                                                                 (en % du PIB)
                                        2010       2011        2012       2010       2011       2012        2010       2011     2012
        Etats-Unis                        2,8        3,0        3,5         1,6        1,4       1,6         -3,7       -3,9     -3,9
        Japon                             3,6        1,3        1,7        -1,1       -0,4       0,0          3,5        3,9      3,8
        Zone euro                         1,7        1,5        1,8         1,6        1,7       2,0         -0,3        0,3      0,5
          Allem agne                      3,5        2,6        2,4         1,1        1,5       2,3          4,5        5,5      5,5
          France                          1,6        1,5        1,8         1,5        1,6       1,7         -2,3       -2,3     -2,5
          Italie                          1,0        1,0        1,4         1,7        1,8       1,9         -3,2       -2,9     -2,5
          Espagne                        -0,2        0,4        1,0         1,7        1,8       1,9         -4,8       -3,8     -3,6
          Grèce                          -4,1       -2,9        0,4         4,6        2,2       1,0       -10,0        -9,0     -6,0
          Norvège                        -0,4        1,5        2,8         2,3        1,6       2,3        14,0       15,0     13,1
          Suède                           5,3        4,6        3,1         1,2        1,9       2,0          7,0        7,0      7,3
          Suisse                          1,6        1,9        2,2         0,7        1,0       1,2          9,5        8,0      9,0
          Canada                          2,9        2,3        3,2         1,8        1,9       1,9         -2,7       -2,8     -2,1
          Australie                       2,8        3,2        3,4         3,2        3,3       3,3         -4,0       -4,3     -4,2
          Nouvelle-Zélande                2,3        3,2        3,5         2,3        3,7       3,3         -4,8       -5,8     -6,2
        Royaum e-Uni                      1,8        1,9        2,1         3,3        3,0       1,9         -2,2       -1,6     -1,2
        Asie                              9,1        8,0        8,0         4,4        4,9       4,4          3,2        2,7      2,3
          Chine                         10,0         9,0        8,6         3,4        5,0       3,8          5,2        4,0      2,9
          Hong Kong                       6,8        6,3        6,8         2,5        3,0       3,8          8,7      10,5     11,2
          Inde                            8,9        8,4        8,3         8,3        6,3       6,0         -4,3       -3,8     -4,2
          Indonésie                       6,3        5,8        5,8         4,9        5,0       6,2          0,9        0,5     -0,1
          Corée                           6,1        6,1        6,5         3,1        3,5       3,7          3,3        3,5      4,4
          Malaisie                        7,3        4,1        6,8         1,6        1,9       2,3        10,1         6,9      8,9
          Philippines                     7,5        5,0        6,6         3,8        4,0       4,8          9,6        8,9      8,1
          Singapour                     13,6         8,8        9,5         2,5        3,0       3,5        19,4       24,7     27,6
          Taiw an                       10,0         5,8        6,3         0,9        2,3       3,1          9,3        9,0      9,4
          Thaïlande                       8,0        5,3        6,0         3,3        3,6       4,3          3,7        3,9      4,4
          Vietnam                         6,6        6,5        7,4         9,0        9,1       9,4         -7,8       -8,6     -7,9
        Am érique latine                  6,6        3,9        4,5         6,6        6,3       6,1         -1,4       -1,8     -1,9
          Argentine                       7,0        4,0        4,0       17,0       17,0       17,0          1,5        1,5      1,1
          Brésil                          7,5        4,2        4,5         5,5        5,0       4,5         -2,7       -3,3     -3,0
          Mexique                         5,3        3,5        4,8         4,2        4,0       4,0         -0,6       -1,0     -1,5
        Europe - ém ergents               4,1        3,8        3,4         6,6        7,0       7,6          0,6       -1,7     -2,0
          République tchèque              2,0        2,5        2,3         1,5        2,2       2,0         -2,5       -2,8     -3,0
          Hongrie                         1,0        2,3        2,0         4,9        3,4       2,5          0,0       -1,6     -1,8
          Pologne                         3,3        3,5        3,0         2,8        2,8       2,6         -2,5       -3,0     -2,8
          Russie                          4,2        3,7        3,3         8,0        9,5      11,0          5,6        1,0      0,0
          Roum anie                      -1,9        1,7        3,0         6,2        5,2       4,0         -5,8       -6,9     -6,4
          Turquie                         7,5        5,5        4,5         8,3        7,0       7,0         -6,0       -5,5     -4,5
        Afrique & Moyen-Orient            4,4        4,5        4,7         5,2        5,2       5,2          4,2        4,3      4,9
          Algérie                         4,0        3,5        4,4         5,0        4,3       4,8          2,0        1,2      2,5
          Egypte                          5,2        5,3        5,5       11,1       10,0        9,3          0,3        0,4      1,8
          Kow eït                         3,2        3,5        4,4         4,0        4,2       4,3        32,1       29,1     28,3
          Liban                           7,5        5,5        4,0         4,6        3,8       3,5       -10,0      -10,7    -10,3
          Maroc                           4,2        3,8        4,9         2,5        2,6       2,9         -8,4       -6,9     -5,9
          Qatar                         16,1       12,4        10,2        -2,2        2,7       3,9        21,8       26,5     27,6
          Arabie saoudite                 3,8        4,2        4,4         5,3        4,7       4,1          9,5        9,7      9,9
          Afrique du Sud                  2,5        3,5        4,0         4,3        4,7       5,0         -3,5       -4,0     -4,0
          Em irats arabes unis            2,0        3,4        3,8         1,0        3,1       3,9          5,5        6,1      7,2
          Tunisie                         3,4        3,0        3,3         4,5        3,3       3,3         -4,0       -2,5     -2,3
        Total                             4,8        4,2        4,4         3,1        3,3       3,3          0,4        0,1      0,0
        Pays industrialisés               2,5        2,3        2,7         1,3        1,4       1,6         -1,2       -1,1     -1,0
        Pays ém ergents                   7,6        6,5        6,5         5,1        5,5       5,2          2,3        1,6      1,3
        Notes:
        (1) Royaume-Uni : HICP ; Inde : prix de gros ; Chine, index prix de détail ; Brésil : IPCA, Afrique du Sud : CPI-X
        (2) Inde : fin de l'année fiscale en mars.




                                       Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                                  37
Prévisions


                                                  2010                        2011                        2012
      Croissance PIB, %                 T1     T2     T3     T4     T1     T2     T3     T4     T1     T2     T3     T4
      Etats-Unis (annuel)               3,7    1,7    2,5    3,0    3,1    3,3    3,4    3,2    3,2    4,1    4,0    3,9
      Japon                             1,6    0,4    0,9    -0,2   0,3    0,5    0,3    0,5    0,4    0,4    0,5    0,3
      Eurozone                          0,4    1,0    0,4    0,4    0,2    0,3    0,4    0,5    0,5    0,4    0,4    0,4
        Allem agne                      0,6    2,3    0,7    0,6    0,4    0,5    0,5    0,6    0,6    0,5    0,5    0,5
        France                          0,2    0,7    0,4    0,4    0,3    0,3    0,5    0,5    0,5    0,5    0,5    0,5
        Italie                          0,4    0,5    0,2    0,2    0,2    0,3    0,3    0,4    0,4    0,4    0,4    0,4
        Espagne                         0,1    0,3    0,0    0,2    0,0    0,1    0,2    0,3    0,3    0,3    0,2    0,2
      Royaum e-Uni                      0,4    1,2    0,8    0,5    0,2    0,4    0,5    0,5    0,6    0,6    0,6    0,6




                                                  2010                        2011                        2012
      Prix à la consom m ation, a/a %   T1     T2     T3     T4     T1     T2     T3     T4     T1     T2     T3     T4
      Etats-Unis                        2,4    1,8    1,2    1,1    1,2    1,6    1,6    1,4    1,4    1,6    1,6    1,7
      Japon                             -1,2   -1,1   -0,7   -0,7   -0,5   0,0    -0,3   -0,3   -0,1   0,1    0,1    0,4
      Eurozone                          1,1    1,5    1,7    2,0    2,0    1,5    1,6    1,6    1,8    1,9    2,1    2,0
        Allem agne                      0,8    1,0    1,2    1,5    1,5    1,3    1,5    1,7    2,1    2,3    2,4    2,3
        France                          1,3    1,6    1,5    1,6    1,6    1,4    1,6    1,6    1,5    1,6    1,7    1,9
        Italie                          1,3    1,6    1,7    2,1    2,4    1,6    1,9    1,4    1,7    1,9    2,1    2,0
        Espagne                         1,2    1,6    1,9    2,1    2,3    1,9    1,6    1,5    1,9    2,0    1,9    1,9
      Royaum e-Uni                      3,3    3,4    3,1    3,3    3,3    3,0    3,1    2,6    1,9    1,8    1,9    1,9




                                                  2010                        2011                        2012
      Taux de chôm age, %               T1     T2     T3     T4     T1     T2     T3     T4     T1     T2     T3     T4
      Etats-Unis                        9,7    9,7    9,6    9,7    9,6    9,4    9,2    9,1    8,8    8,6    8,3    8,0
      Japon                             4,9    5,2    5,2    5,0    5,0    4,9    4,8    4,6    4,5    4,5    4,3    4,3
      Eurozone                          9,9    10,0   10,0   10,0   9,9    9,9    9,8    9,7    9,6    9,4    9,3    9,2
        Allem agne                      8,1    7,7    7,6    7,4    7,3    7,2    7,1    7,0    7,0    6,9    6,7    6,7
        France                          9,5    9,3    9,3    9,4    9,3    9,2    9,2    9,1    9,1    9,0    8,9    8,8
        Italie                          8,4    8,5    8,3    8,3    8,3    8,2    8,2    8,2    8,1    8,0    7,8    7,6
        Espagne                         19,3   20,0   20,6   20,6   20,3   20,1   20,0   20,0   19,5   19,0   18,5   18,0
      Royaum e-Uni                      7,9    7,8    7,7    7,7    7,7    7,7    7,7    7,6    7,5    7,3    7,2    7,0




                                   Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                          38
Prévisions



Matières premières
                                                           2010                                                 2011                                                      2012
                      17-déc                                                                                                                                                                                   Prix à long term e
                                    T1           T2         T3        T4         Année         T1         T2           T3       T4      Année             T1         T2          T3        T4         Année
Métaux
 Aluminium   USD/t       2 303      2 350        2 500      2 400     2 550       2 450        2 400      2 500        2 650    2 750    2 575            2 800      3 000       2 900     2 900       2 900       2,650 (120c/lb)
 Cuivre      USD/t       9 031      8 500        8 800      8 600     9 000       8 725        9 000      9 500      10 000    10 500    9 750        10 750        11 000     10 500      9 750      10 500       4,960 (225c/lb)
 Nickel      USD/t      24 645     23 500    24 500        24 000    26 000      24 500    23 500        24 500      24 000    26 000   24 500        25 000        26 000     26 000     27 000      26 000      15,432 (700c/lb)
 Zinc        USD/t       2 210      2 300        2 400      2 500     2 700       2 475        2 300      2 400        2 500    2 700    2 475            2 700      2 800       2 600     2 700       2 700        1,764 (80c/lb)
 Plomb       USD/t       2 367      2 375        2 500      2 600     2 700       2 544        2 500      2 400        2 500    2 700    2 525            2 800      2 900       2 700     3 000       2 850        1,323 (60c/lb)
 Etain       USD/t      26 190     24 500    25 500        25 000    25 000      25 000    26 000        28 000      27 000    29 000   27 500        30 000        32 000     31 000     33 000      31 500      15,000 (680c/lb)


Métaux précieux
 Or          USD/oz      1 377      1 350        1 350      1 340     1 260       1 325        1 425      1 500        1 475    1 400    1 450            1 375      1 350       1 325     1 250       1 275                  700
 Argent      USD/oz         29,1     27,0         29,0       28,0         26,0     27,5         29,0       31,0         29,0     27,0     29,0             27,0       26,0        25,0         24,0     25,5                   7,0
 Platine     USD/oz      1 705      1 740        1 760      1 750     1 810       1 765        1 725      1 765        1 750    1 820    1 765            1 850      1 875       1 925     1 950       1 900                1 200
 Palladium   USD/oz         745      700          750        800          850      775          700         750         800      850      775              875        925         950      1 050        950                   300




                                                                   2009                                  2010                                 2011                                      2012
                            Prix m oyen               T1     T2           T3      T4      T1        T2          T3      T4      T1       T2          T3        T4         T1      T2           T3      T4
                      WTI                $/BBL        43      60          68      76      79        78          76      81      80       76          80        79         80       73          77      80
                      Brent              $/BBL        44      59          68      75      76        78          77      82      81       75          79        80         81       72          76      81


                                                                   2009                                  2010                                 2011                                      2012
                      Prix fin de trim estre          T1     T2           T3      T4      T1        T2          T3      T4      T1       T2          T3        T4         T1      T2           T3      T4
                      WTI                $/BBL        50      70          71      79      84        76          82      81      78       78          80        80         77       75          79      80
                      Brent              $/BBL        47      68          67      78      80        75          83      81      78       77          79        80         76       74          78      81




                                            Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                                                                                                                   39
Prévisions


Comptes publics
                                                            Solde budgétaire                     Dette publique
                                                         2010     2011     2012             2010      2011      2012
                           Etats-Unis                    -8,9     -8,8     -7,4             61,6      66,5      66,0
                           Japon                         -10,3      -10,0       -9,7        197,0      206,0       210,0
                           Zone euro                      -6,3       -4,8       -3,7         83,6       86,4        87,8
                             Allemagne                    -3,8       -2,4       -1,5         75,0       75,1        75,1
                             France                       -7,7       -6,2       -5,2         82,8       86,7        89,2
                             Italie                       -4,8       -4,1       -3,1        117,8      120,0       121,8
                             Espagne                      -9,9       -7,8       -5,4         63,0       69,1        72,8
                             Pays-Bas                     -5,8       -3,9       -2,9         64,7       66,4        67,7
                             Belgique                     -4,7       -4,5       -4,6         98,9      101,1       102,4
                             Grèce                        -9,4       -7,4       -6,5        141,4      153,9       162,0
                             Irlande                     -32,6      -10,0       -7,8         98,4      103,6       106,4
                             Portugal                     -7,3       -5,0       -4,0         82,4       87,1        88,3
                           Royaum e-Uni                  -8,6        -7,8       -5,6         75,6       80,6       82,7




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                                           Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011                                                               40

Perspectives macro 131_fr

  • 1.
    N°131 – 1ertrimestre 2011 Achevé de rédiger le 17 décembre 2010 Un bon diagnostic vaut mieux qu'un mauvais remède  Dans un environnement qui reste incertain, les investisseurs sont à la recherche d’éléments leur permettant d’anticiper la tendance des marchés. Les initiatives de politique économique sont de moins en moins à même de remplir ce rôle. Pendant la « grande modération » les règles de politique économique permettaient de prévoir la réaction des autorités dans telle ou telle situation. Dans la période actuelle de « nouvelle normalité », ces règles n’ont pas encore été finalisées et l’application de règles connues cède de plus en plus la place aux actions discrétionnaires comme modus operandi de l’action publique. Le plus souvent, sous la pression des évènements, les autorités sont obligées d’accroître les mesures de soutien. Cela a été le cas récemment pour les Banques centrales des deux côtés de l’Atlantique.  Cette prééminence des actions discrétionnaires sur l’application de règles connues, parce qu’elle rend les anticipations moins stables, participe probablement d’une hausse de la volatilité sur les marchés. Nous n’échapperons probablement pas à ce nouvel environnement. Les marchés attendent cependant des gouvernements et des Banques centrales qu’elles proposent le diagnostic le plus exact possible de la situation. Il n’est pas certain que ce soit réellement le cas.  Aux États-Unis, le débat s’éternise quant à la nature – structurelle ou cyclique – de la crise actuelle. La tentation est de penser que cette crise est cyclique, mais les références historiques suggèrent qu’elle est structurelle. Au final, les marchés pourraient être déçus, les mesures de relance pouvant être perçues de plus en plus comme une façon de gagner du temps plutôt que de susciter une croissance économique durable et proche du potentiel. Cela n’est probablement pas le meilleur moyen de réduire le degré de volatilité.  Dans l’Union européenne, les autorités ont mis en place des mesures fortes pour protéger les États et les banques contre le risque de liquidité. Ces mesures, si elles sont nécessaires, ne sont pas suffisantes pour empêcher une éventuelle crise de solvabilité, en particulier pour les États. Les autorités ont réussi à gagner du temps, il faut l’utiliser à bon escient. Même en considérant que la consolidation budgétaire n’est ni l’ennemie de la croissance, ni une machine à perdre les élections, la zone euro a besoin d’une économie plus dynamique, en particulier à sa périphérie. Les marchés ne reprendront confiance que lorsque les institutions européennes auront pris des initiatives en ce sens. Sommaire Australie : robuste, avec l’aide de la Chine .........................................25 Stratégie macroéconomique : trop de problèmes locaux pour s’atteler Nouvelle-Zélande : croissance en reconstruction ...............................25 aux problèmes mondiaux ..................................................................... 2 Canada : c’est grave, docteur ? ..........................................................26 La Fed a ses raisons… que la BCE ignore ! ........................................ 6 Marchés émergents : gains à court terme et problèmes à long terme ? Taux d’intérêt : des taux de fin de crise, les taux euro ne peuvent ............................................................................................................27 qu’augmenter........................................................................................ 7 Europe centrale : année de transition .................................................29 Taux de change : retour des déterminants traditionnels ...................... 9 Russie : retour de la croissance ..........................................................29 Énergie : resserrement des marchés pétroliers en fin d’année .......... 10 Afrique du Sud : décollage laborieux...................................................30 Métaux : achetez de l’aluminium ........................................................ 10 Turquie : le pari risqué de la politique monétaire ................................30 États-Unis : rétablissement graduel grâce aux mesures de relance .. 11 Asie : la surperformance va-t-elle continuer ?.....................................31 Japon : un atterrissage en douceur, malgré l’absence de mesures de Mexique : la bamba triste ....................................................................32 relance ................................................................................................ 15 Brésil : un ralentissement s’impose.....................................................32 UEM : avec des « si »… ..................................................................... 16 MENA : une reprise à deux vitesses se met en place.........................33 France : tout vient à point à qui sait attendre ..................................... 18 Taux d’intérêt au 16 décembre 2010...................................................34 Allemagne : force intérieure................................................................ 19 Taux de change au 16 décembre 2010...............................................36 Italie : une croissance modérée, mais positive en vue ....................... 20 Scénario économique du Groupe Crédit Agricole S.A. .......................37 Grèce : toujours plus .......................................................................... 21 Matières premières..............................................................................39 Espagne : face aux vents violents, le gouvernement tient la barre .... 22 Comptes publics..................................................................................40 Scandinavie : un îlot préservé ............................................................ 23 Royaume-Uni : années de sobriété .................................................... 24
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    Spécial Stratégie macroéconomique :trop de problèmes locaux pour s’atteler aux problèmes mondiaux Quatre principales préoccupations constituent la toile de fond de doutes existant sur le marché : L'acceptabilité du rythme actuel de croissance des États-Unis, les performances économiques divergentes en Europe, la capacité des pays émergents d’assurer le maintien des grands équilibres macro-économiques, la volonté de rééquilibrer la croissance mondiale. Il n'est pas sûr que les conditions soient réunies pour atteindre rapidement ces quatre objectifs à la fois. La reprise mondiale se poursuit, mais les rythmes restent très différents entre les pays avancés et les émergents. L’écart de croissance du PIB entre les deux régions est du simple au triple : de 2% à 6%. De ce simple constat, quatre préoccupations, qui tissent la toile de fond des questionnements actuels du marché, apparaissent :  Le caractère acceptable ou non du rythme de la croissance en cours aux États-Unis ;  La divergence entre les performances économiques en Europe ;  La capacité des pays émergents à concilier forte croissance, stabilité macroéconomique et accueil des capitaux en provenance de l’ouest et en quête de rendements attrayants ;  La difficulté, a priori paradoxale dans un tel environnement, à rééquilibrer l’économie mondiale, avant tout à réduire dans un même mouvement les déficits extérieurs ici et les excédents là-bas. Commençons par les États-Unis où la perspective d’une croissance économique durablement autour de 2% l’an, pendant un certain temps, passe mal (le rythme de croissance devrait être au-dessus du potentiel en 2011 et 2012, avec le risque d'une correction à la baisse juste après). Avant tout du fait de ce que cela implique en termes, d’une part, d’insuffisance de rendement moyen du capital investi en actifs américains, qu’il s’agisse de produits monétaires, d’obligations ou d’actions et, d’autre part, de maintien d’un taux de chômage élevé durant trop longtemps. Il en résulte une tentation, très présente dans le débat d’idées aujourd’hui, de considérer la faible croissance actuelle non pas comme un phénomène structurel, en relation avec la nécessité de rééquilibrer et de consolider le bilan de beaucoup d’entre les agents économiques (des ménages aux administrations publiques en passant par les institutions financières), mais comme une faiblesse conjoncturelle, passagère par essence. Il suffirait alors aux responsables de la politique économique d’être plus insistants en matière « d’amorçage de la pompe » à relance économique pour que la croissance finisse par accélérer et se positionne de façon durable sur une tendance socialement acceptable, sans doute d’au moins 3% l’an. Cette position appelle au moins trois commentaires. D’abord, il n’est sans doute pas possible de considérer que le diagnostic du « passage à vide » conjoncturel est le mieux établi. Les États-Unis n’échappent simplement pas à la règle, logiquement fondée et historiquement observée, d’une période de croissance lente, nécessaire au désendettement. Peut-être doit-on admettre qu’elle est largement entamée pour ce qui est des ménages. Il n’en demeure pas moins que le débat du niveau jusqu’auquel le taux d’épargne remontera (il est déjà passé de 2% à 6%) n’est pas clos et qu’il y a au moins autant d’arguments en faveur d’une poursuite de la remontée que pour sa stabilisation. Dans tous les cas, le leverage des banques ne retrouvera pas les niveaux d’avant-crise et la remise en ordre des comptes publics reste un effort à engager. Face à de tels vents contraires, les moteurs que sont les exportations et l’investissement des entreprises, quelle que soit leur puissance, ne pourront pas assurer durablement à l’économie américaine un rythme d’au moins 3% l’an. Ce qui ne veut pas dire qu’une performance de cet ordre n’est pas ponctuellement réalisable. Les freins structurels pèsent sur la croissance potentielle (celle observable sur moyenne période), mais n’empêchent pas les développements cycliques de plus court terme (en relation par exemple avec les cycles des stocks ou de l’investissement) de faire sentir leurs effets. (*) Croissance BRIC et G3 Le multiplicateur monétaire est-il cassé aux EU ? 10% 250 B ase 1 en ao ût 2008 00 8% 230 6% 210 190 4% 170 2% 150 0% 130 -2% * cro issance du P IB à P P A a/a 10 1 -4% P révisio ns 90 -6% Jan-08 Jan-09 Jan-10 00 02 04 06 08 10 12 base mo nétaire cro issance G3 cro issance B RIC o ffre de mo nnaie (M 2) So urce : B lo o mberg, Crédit A grico le CIB So urce : Crédit A grico le CIB prêts et crédits bail Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 2
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    Spécial Ainsi, une croissance potentielle de 2% (sans doute la référence à retenir pour les années futures) n’est en rien un obstacle à des fluctuations conjoncturelles amenant la progression du PIB à environ 3,5% à un certain moment. Ensuite, la difficulté collective (du peuple et ses élites économiques aux responsables politiques dont les policy makers) à admettre le nouveau régime de croissance peut engendre des erreurs de politique économique, aux conséquences dommageables en termes de perspectives d’activité. Insister de trop pour faire monter en régime une économie qui n’en est pas capable comporte un triple risque. Premièrement et tant que la politique économique est considérée comme crédible, cela participe de l’instabilité des anticipations. Les agents privés réajustent à la hausse leurs prévisions (qu’il s’agisse d’activité, de résultats ou de rendements), avant de s’apercevoir que le « mieux » en termes de croissance n’est pas durable. Deuxièmement, ce qui finit par être perçu comme un trop plein d’optimisme des responsables de la politique économique dans leur capacité d’action nuit à l’efficacité de celle-ci. Le pilotage des anticipations s’en trouve altéré et la confiance dans l’action publique, diminuée. Troisièmement, le réglage des outils de la politique économique peut être poussé trop avant ; ce qui peut être défavorable, ne serait-ce que parce que cela rend la « normalisation » d’autant plus délicate. Jusqu’où la Réserve fédérale s’enfoncera-t-elle dans la terra incognita du Quantitative Easing, avant de se rendre compte de la faiblesse de la réponse de l’économie américaine (en période post récession de bilan, la préférence pour l’épargne et le désendettement rendent la politique monétaire moins opérante) ? Même s’il existe encore des marges de manœuvre en termes d’initiative de relance budgétaire (mais hypothéquée par le climat antagoniste régnant à Washington), la problématique suite à un activisme mené trop loin serait de nature comparable. Enfin, il faut s’interroger sur les initiatives à prendre afin de à la fois accepter ce nouveau régime de croissance et de le faire évoluer vers quelque chose de plus optimal. L’expérience de l’Europe à la fin des années 70 et durant la décennie suivante est sans doute à garder à l’esprit. Confrontés à une croissance ralentie que le maintien du chômage et de l’inflation à un haut niveau rendait permanente, les Européens ont recherché des solutions de nature structurelle aux maux dont leurs économies souffraient. L’objectif de davantage d’unification européenne offrait un champ large d’idées de réforme. Une plus grande stabilité monétaire et la création d’un marché unique ont été les axes retenus. On peut évidemment discuter à n’en plus finir pour mesurer de façon précise l’apport de ces réformes à la croissance européenne. Il a sans doute été essentiel, même si d’autres freins sont apparus progressivement. Dans tous les cas, ouvrir des perspectives et y faire adhérer les acteurs de la vie économique rend plus facilement acceptable hic et nunc un ralentissement un tant soit peu durable de la croissance. Il y a ici une leçon vraisemblablement utile aux États-Unis : prendre des initiatives ambitieuses et préférer les politiques structurelles aux outils plus conjoncturels que sont les politiques budgétaire et monétaire. Au passage, les thématiques retenues en Europe il y a une trentaine d’années pourraient raisonner utilement aux oreilles des décideurs américains actuels : ne parle-t-on pas de nécessaire réforme du système monétaire international et ne redoute-t-on pas avant tout la prise ici ou là de mesures protectionnistes ? Passons à l’Europe et à la montée des divergences de performances économiques entre les pays de la zone euro. Il ne fait guère de doutes que celles-ci vont en augmentant, et ceci quel que soit l’indicateur retenu : de la croissance au taux de chômage et de la balance des comptes courants à celle des comptes publics. L’inflexion est notable par rapport à la situation ayant prévalu avant la crise. La construction européenne était perçue (les faits confirmaient d’ailleurs la perception) comme une machine à fabriquer de la convergence. Les marchés avaient « joué à fond » le processus, avec l’écrasement par exemple des écarts de rendements entre les titres d’État à l’intérieur de la zone euro. Flux de capitaux privés vers les émergents 1200 1000 M ds USD autres flux privés 800 prêts de banques co mmerciales 600 flux de pro tefeuille IDF 400 flux de capitaux privés vers les émergents (to tal) 200 0 -200 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 So urce : Crédit A grico le CIB Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 3
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    Spécial Un environnement économique international plutôt porteur, l’existence des fonds structurels, l’intensification des échanges intra-européens, des contraintes imposées en matière de dérive des prix et de niveaux, tant de taux longs que d’impasse des comptes publics et une politique monétaire commune sont autant de raisons pour expliquer la convergence. De plus, bien entendu, le dynamisme du contexte mondial a masqué les évolutions différentes en matière de compétitivité (prix et produit) et de modèle économique décliné (qu’il s’agisse de spécialisation géographique des ventes, de spécialisation sectorielle de l’offre ou des ressorts de la demande des ménages – le pouvoir d’achat ou le couple valorisation des actifs/endettement –). Dans tous les cas, ce n’est que cette réalité de la convergence qui permettait le respect (plus ou moins bien au demeurant) de règles communes en termes de dérives de prix ou d’équilibre des comptes publics et qui rendait possible une unicité de politique monétaire. La divergence (à partir de quel stade ? Il n’y a pas de réponse définitive à la question, mais le fait de la poser fait hélas craindre que le processus est suffisamment avancé pour être bien visible) remet en cause la capacité à suivre la règle commune et rend difficile le pilotage de la politique monétaire (que veut dire la moyenne quand l’écart-type devient important ?). Dans le « meilleur des mondes », l’effort de l’Union européenne et de ses pays-membres devrait porter avant tout sur les initiatives permettant de recréer de la convergence. Bien sûr, gérer la crise du souverain dans les pays périphériques et forcer les investisseurs à être à l’avenir moins angéliques pour ce qui est de l’évolution économique et son implication sur la qualité des comptes publics de chacun des pays de la zone sont une « ardente obligation ». Il n’empêche que recréer les conditions de la convergence économique est une « absolue nécessité ». Sinon, il sera de plus en plus difficile de gérer une zone euro dont la « boîte de vitesses » n’est pas équipée de marche arrière. Produire à nouveau de la convergence veut dire deux choses : avoir un modèle (les références peuvent être multiples) et baliser les cheminements qui pays par pays permettront de l’atteindre. En matière de modèle, quelle que soit la nécessité de préserver les susceptibilités, la référence sera peu ou prou l’Allemagne, qu’il s’agisse de modèle économique ou de gestion des comptes publics. Et l’Allemagne, forte de ses succès, compte bien s’y employer. Mais personne ne doit ignorer que le « coût à l’entrée » pour nombre de pays-membres est immense, qu’il s’agisse d’améliorer la compétitivité de l’économie (ce qui passera au moins partiellement par des efforts de dévaluation interne, c'est-à-dire de baisse des coûts salariaux unitaires) ou de réduire les déséquilibres des comptes publics. Il faut être lucide, même si on est un adepte de l’existence d’un environnement d’équivalence ricardienne en Europe continentale (la réduction des déficits publics participerait de davantage de confiance de la part des ménages et donc d’une préférence plus affirmée pour la dépense au détriment de l’épargne), rien ne sera possible sur la durée sans une attention portée à maintenir un certain rythme de croissance. Cela doit passer au sein de l’Union par davantage de solidarité budgétaire (elle existe dorénavant, même si c’est d’une façon conditionnelle, pour les périodes de crise ; il y aurait quelque logique à l’étendre aux périodes plus normales, ne serait-ce que pour éviter les crises) et/ou par une volonté de gommer au moins en partie les déséquilibres de position extérieure relative (les pays ayant un excédent extérieur à la fois vis-à-vis de la zone euro et du reste du monde devraient faire des efforts de dynamisation de leur demande intérieure). Finissons plus rapidement par étudier les deux derniers points mis en avant dans notre introduction. Pour ce qui est des pays émergents pris comme un tout, quel que soit le caractère tout à fait satisfaisant des performances macroéconomiques enregistrées à l’heure actuelle, force est de reconnaître que trouver le réglage optimal entre croissance forte et maintien des grands équilibres macroéconomiques n’est pas facile. En matière de croissance deux constats apparaissent : la crise 1 freinera sans doute pour quelques années le rythme des importations dans les pays développés et le passage de relais des exportations vers la demande intérieure comme principal moteur de la croissance des pays émergents est un phénomène long et graduel. A ce double titre, la tentation de maintenir un réglage accommodant de la politique économique est grande. Les taux d’intérêt réels resteraient trop bas longtemps et les devises, toujours sous-évaluées par rapport au dollar. Cette combinaison mêlant bon niveau de croissance et politique accommodante est favorable à des flux entrants de capitaux importants. Au final, il faudra être attentif au risque d’inflation, tant du côté des biens et services, que de celui des actifs. La réforme du système monétaire international est une idée louable, tant de trop fortes fluctuations sur le marché des changes et des mouvements de capitaux trop intempestifs sont autant de chocs sur le déroulé du cycle économique mondial. En la matière, un triple but devrait être assigné : la généralisation autant qu’il est objectivement possible de le faire du système des changes flottants, faire en sorte que les mouvements de capitaux aient moins d’effets déstabilisants (ce qui veut assurément dire réduire les phénomènes à la genèse de ces flux et donc s’atteler aux déséquilibres des balances de paiement) et s’assurer que les Banques centrales gardent comme premier objectif de juguler le risque inflationniste. Il est cependant peu probable que les choses se passent ainsi. Dans un environnement mondial désinflationniste (faible croissance dans les pays avancés, haut niveau de concurrence dans un monde toujours largement ouvert et surcapacités de production dans certains secteurs et dans certains pays), la tentation d’affaiblir sa devise pour créer les conditions de davantage de croissance restera présente dans nombre de pays. De même, pousser loin (trop loin ?) le réglage accommodant des politiques monétaires ne sera pas perçu comme trop risqué, tant que les marchés ne s’inquiètent pas 1 cf. FMI, Perspectives Economiques Mondiales, octobre 2010, Chapitre 4. Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 4
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    Spécial trop (on sait pourtant que leurs changements d’humeur peuvent venir sans crier gare). Enfin, le rééquilibrage de la croissance mondiale prendra du temps et les investisseurs occidentaux resteront attirés par les rendements offerts par les marchés émergents, tout en essayant de rester attentif à la montée des risques, si tant est qu’ils apparaissent. La volatilité des flux de capitaux ne disparaitrait donc pas. Fort de ces analyses, à quoi l’investisseur doit-il être attentif :  A ce qu’aux États-Unis le principe de réalité fasse accepter une croissance économique plus faible que les références historiques usuelles ; c’est au final moins dangereux que de se lancer dans une succession de politiques de relance peu efficaces et dont la normalisation ne serait pas facile ; il ya des opportunités pour l’investisseur dans un environnement de marché caractérisé par un taux long Trésor Public autour de 4%, un PER du marché actions de 13 et une progression annuelle des earning per share de 7% ; A ce qu’en Europe, un début d’intégration budgétaire ou au moins de coordination des politiques macroéconomiques se mette en place ; il faut absolument vite enrayer le processus de divergence des performances économiques ;  A ce que dans les pays émergents, le risque d’accélération de l’inflation reste faible.  Pour ce qui est de la réforme du système monétaire international, il paraît raisonnable de ne rien attendre. Si des initiatives arrivent à se concrétiser et qu’elles participent d’un rééquilibrage de l’économie mondiale et de davantage de lisibilité, tant mieux ! Hervé GOULLETQUER herve.goulletquer@ca-cib.com Part mondiale libellée en dollars US Zone Euro : dispersion du taux de chômage 0 20 40 60 80 100 4,5 16 % transactio ns sur le marché des 4,0 14 changes réserves internatio nales 3,5 12 3,0 10 dépô ts bancaires 2,5 8 prêts bancaires 2,0 6 ventes de créances 1,5 4 part des EU dans la cro issance 99 00 01 02 03 04 05 06 07 08 09 1 0 mo ndiale écart type du taux de chô mage So urce : B lo o mberg, FM I So urce : ISM , CA CIB M in-M ax (éch. dr.) Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 5
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    Politique monétaire La Feda ses raisons… que la BCE ignore ! Chacune à leur manière, la Fed et la BCE soutiennent la croissance aux États-Unis et dans la zone euro. Les moyens diffèrent (Quantitative Easing pour l’une, Liquidity Easing pour l’autre) parce que les modèles économiques et les modes de pensée diffèrent. La Fed craint par dessus tout la déflation, la BCE beaucoup moins. La BCE craint l’inflation, réelle comme financière, la Fed la recherche. La Fed se fie au degré d’utilisation des ressources, la BCE aux agrégats monétaires. Mais derrière ces dogmes, il y a aussi et surtout du pragmatisme et des Banques centrales sur qui compter. La Fed a ses raisons… L’issue du FOMC des 2-3 novembre n’a pas surpris avec l’annonce officielle de la reprise du quantitative easing (QE2) mettant ainsi un terme au suspense qui durait depuis l’été. Les raisons de ce geste telles que formulées par la Fed tiennent à la non-satisfaction de ses deux objectifs que sont le plein emploi et la stabilité des prix. De son point de vue, en prenant une assurance contre les risques baissiers sur la croissance et l’inflation, la Fed ne risque pas grand chose à en faire trop, surtout lorsque plane la menace déflationniste. Le résultat n’est certes pas garanti, mais la multiplicité des canaux de transmission accroît les chances de succès : détente de l’ensemble des conditions monétaires et financières, lutte contre l’aversion pour le risque et ancrage des anticipations d’inflation. D’ailleurs, dans les faits, ce surcroît de stimulus a donné un coup de fouet à la confiance avec pour résultat une remontée du taux sans risque qui flirte depuis avec les 3% (pour le dix ans américain). Cette situation de prime abord paradoxale, puisque de nature à resserrer les conditions de crédit, ne l’est pas tant. En ravivant l’appétit pour le risque, la Fed augmente certes la base sur laquelle se forment les taux de marchés, mais réduit en contrepartie le surcroît de rémunération demandé par les investisseurs pour détenir des actifs plus risqués et fait ainsi monter leur prix. La hausse du prix des actifs contribue à soutenir la richesse patrimoniale, un des leviers pour stimuler la demande privée et partant l’emploi, ce qui permet de s’assurer du bon enclenchement du cercle vertueux de la croissance auto-entretenue. Par ailleurs, en soutenant les anticipations d’inflation, la Fed joue sur un autre levier : la baisse des taux réels, (à tout le moins leur non-hausse), également de nature à soutenir la demande. …que la BCE ignore Le fait que la BCE ait de son côté déjà entamé sa stratégie de sortie (temporairement interrompue pas le regain de tensions sur les souverains européens) témoigne d’une vraie ligne de fracture entre ces deux Banques centrales. Les différences sont d’ordre conceptuel. Alors que pour la Fed, la déflation reste le fléau à éviter à tout prix, à l’instar de la mécanique délétère observée du temps de la grande dépression, la BCE voit la baisse du niveau général des prix comme un moyen douloureux, mais néanmoins nécessaire, d’opérer une dévaluation interne dans des économies en manque de compétitivité. Côté Fed, les effets de richesse sont recherchés pour eux-mêmes comme canal de transmission de la politique monétaire, lorsque la valeur des actifs est une composante intrinsèque du comportement de consommation des agents selon une logique de croissance patrimoniale. A l’inverse, la BCE voit la hausse des prix d’actifs sur fond de stimulus monétaire comme une source potentielle d’instabilité, puisque toute cette liquidité en se déversant dans la sphère financière risque de distordre l’allocation des ressources et de gonfler artificiellement certains prix d’actifs. Enfin, la BCE se montre très réticente à opérer tout réglage de sa politique sur la base de mesures fragiles comme l’« output gap » et, sensible à la formule de Friedman selon laquelle l'inflation est partout et toujours un phénomène monétaire, elle continue de prêter une attention particulière aux agrégats de crédit et de monnaie, ce qui ancre définitivement sa stratégie dans le moyen terme. La Fed, elle, n’a de cesse de rappeler l’ampleur des ressources inemployées et la nécessité de croître plus vite pour les résorber. Il est surtout question de cycle plutôt que de tendance avec un réglage monétaire souple à court terme pour atteindre une cible de moyen terme. Hélène BAUDCHON Isabelle JOB helene.baudchon@credit-agricole-sa.fr isabelle.job@credit-agricole-sa.fr États-Unis : inflation inférieure à la cible UEM : inflation proche de sa cible a/a, % a/a, % a/a, % a/a, % 6 6 5 5 5 5 4 4 4 4 3 3 prévisio ns 3 prévisio ns 3 2 2 2 2 1 1 1 1 0 0 -1 -1 0 0 -2 -2 -1 -1 00 01 02 03 04 05 06 07 08 09 1 0 1 11 2 05 06 07 08 09 10 11 12 inflatio n to tale inflatio n so us-jacente zo ne grisée : récessio n inflatio n to tale inflatio n so us-jacente So urce : B LS, Crédit A grico le S.A . So urce : Euro stat, Crédit A grico le S.A . Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 6
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    Marchés Taux d’intérêt :des taux de fin de crise, les taux euro ne peuvent qu’augmenter Bien que les points morts d’inflation aient atteint des niveaux raisonnables, les taux réels [américains] sont restés à des niveaux de crise, inférieurs à leurs équivalents japonais ou allemands. Ils augmenteront nettement lorsque l’économie sera suffisamment forte pour supporter des hausses de taux directeurs. Bien que la croissance potentielle ait baissé, les taux réels subiront un choc à la hausse sous l’effet d’autres facteurs, tels que la volatilité et l’offre et la demande. Regard à long terme sur les taux américains Cette crise dure depuis si longtemps qu’on a oublié à quoi ressemblait un taux dix ans normal. Nous pensons cependant que nous y reviendrons sur notre horizon de prévision de deux ans, à condition que l’économie soit assez robuste pour supporter un début de remontée des taux directeurs américains au deuxième semestre 2012. Indépendamment du calendrier exact des actions de la Fed, avoir une idée de la situation à terme est important. Prenons l’exemple des TIPS (titres du Trésor américain indexé sur l’inflation). Les taux réels à dix ans sont actuellement autour de 0,75%. Il est traditionnellement admis que le taux des TIPS donne une idée de la croissance attendue sur la durée de vie du titre. Dès lors, le TIPS à dix ans ne suggère qu’un taux de croissance extrêmement faible. Quel serait le niveau raisonnable du taux réel ? Depuis l’année 2000, la moyenne du taux réel à dix ans a été de 2,25%, tandis que la moyenne du taux de croissance a été de 1,9%. Le consensus est que la croissance américaine sera structurellement plus faible à l’avenir, il faut remonter à 2005 pour trouver un taux de croissance supérieur à 3%. La croissance potentielle américaine devrait être nettement inférieure à 3%, probablement entre 2,0% et 2,5%. Si la croissance peut donner une première idée du niveau futur des taux réels, d’autres facteurs sont également à prendre en compte :  La demande : actuellement, la Fed achète assez massivement des emprunts du Trésor, mais elle cessera de le faire avant de remonter ses taux.  L’offre : le déficit va rester élevé pendant de nombreuses années, de plus les marchés vivent dans la crainte d’une revente par la Fed des titres inscrits à son bilan, ce qui représente des montants colossaux.  Volatilité de l’économie : l’époque de Greenspan correspond à celle de la « grande modération » : la croissance et l’inflation étaient exceptionnellement stables, ce qui avait conduit à une forte baisse des primes de risque. La situation a radicalement changé.  Risque de crédit : les emprunts du Trésor américain ne sont désormais plus des actifs sans risque. Des évènements récents suggèrent qu’ils intègrent désormais une prime de risque – certes faible, mais positive (cf. les 41 pdb du CDS à cinq ans sur les États-Unis). Au regard de l’ensemble de ces éléments, nous pensons que les taux réels seront nettement plus élevés qu’actuellement lorsque les marchés se stabiliseront à l’horizon d’un an environ. Nous pensons que le début du cycle de hausse des taux de la Fed amènera rapidement les taux réels 50 à 75 pdb au-dessus de la croissance tendancielle, contre un écart historique de 25 pdb. La « grande modération » est terminée, la période qui s’ouvre sera marquée par davantage de volatilité, de risques de crédit et par une dynamique défavorable de l’offre et de la demande. États-Unis : Croissance et taux réels Taux américain à dix ans % % 6 10 9 4 8 7 2 6 0 5 4 -2 3 -4 Taux réels à 1 ans 0 2 1 Histo rique P révisio n Cro issance, % a/a -6 0 janv-00 janv-03 janv-06 janv-09 mars-90 mars-96 mars-02 mars-08 So urce : B lo o mberg So urces : B lo o mberg, Crédit A grico le CIB Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 7
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    Marchés L’autre composante des taux nominaux est le point mort d’inflation. Les points morts à dix ans sont actuellement à 2,20% : cela peut paraître élevé alors que l’inflation sous-jacente est à 0,6%, mais cet écart s’explique par le fait que l’assouplissement monétaire actuel est sans précédent. Nous pensons que les points morts seront relativement inchangés, voire légèrement plus élevés que leurs niveaux actuels, autour de 2,25%. Un niveau d’équilibre du taux réel à dix ans de 2,50% à 2,75% reflèterait une croissance tendancielle relativement limitée, mais une prime de risque plus élevée. Au total, cela nous amène à prévoir un taux dix ans de 4,75% fin 2012. Cela peut paraître élevé, mais fin 2012, les taux à dix ans seront le reflet des anticipations pour la période 2013-2022. En zone euro l’effet valeur refuge a été évincé Alors que les craintes de nouvelle récession aux États-Unis (double-dip) ont contribué à la baisse des taux des États du centre de la zone euro dans la seconde moitié de 2009 et au premier trimestre 2010, la principale explication à la baisse des taux allemands depuis le mois d’avril a été l’aversion au risque liée à la crise européenne. Cette dynamique est clairement illustrée par la correspondance entre les périodes de forte baisse des taux allemands et les périodes de corrélation négative entre le Bund et le BTP (emprunts d’État italiens). Cette dynamique a commencé à faiblir lorsque les autorités européennes sont intervenues de manière plus importante, soit au travers de plans de soutien ou via les achats d’obligations de la BCE. Compte tenu du coût potentiellement très élevé de la crise de la dette européenne, nous pensons que la BCE et, au final, la Commission européenne auront tendance à vouloir soutenir tous les membres de la zone euro, empêchant ainsi un retour de l’effet valeur refuge. La croissance et l’inflation suggèrent de nouvelles hausses des taux de marché À défaut d’acheter les obligations des pays du centre de la zone euro pour se protéger du risque, les marchés prennent de plus en plus en considération la dimension macroéconomique « habituelle ». Les taux, même après leur remontée récente, sont environ 50 pdb en dessous de ce qui semblerait normal compte tenu des niveaux actuels de croissance et d’inflation : les obligations des pays du centre sont surévaluées et les taux Euribor sont trop bas. Cela n’aurait guère d’importance si l’on prévoyait un ralentissement économique. Cependant, plusieurs indicateurs comme la composante « nouvelles commandes » et celle des « commandes en attente » de l’indice PMI manufacturier de la zone euro, suggèrent une croissance solide en zone euro. Ceci a été confirmé ces dernières semaines par la plupart des enquêtes et des chiffres d’activité. Dans un tel environnement, les taux continueront à augmenter et, dans le courant de l’année prochaine, les marchés intégreront de plus en plus nettement l’approche d’une hausse des taux de la BCE. À ce jour, nous pensons que la BCE procédera à sa première hausse des taux au cours du premier trimestre 2012. L’offre devrait être importante au premier trimestre En 2011, nous attendons une offre globale de titres d’État inférieure à celle de 2010. Alors que les remboursements augmenteront légèrement (de 513 à 556 Mds €), les besoins de financement du déficit devraient diminuer de plus de 30%, conduisant à une baisse de l’offre brute comme de l’offre nette. L’offre, cependant, n’est pas entièrement favorable pour le marché obligataire. L’offre brute de titres semi-publics et bancaires devrait augmenter en raison des besoins de financement liés aux plans de sauvetage et de l’arrivée à échéance d’une quantité importante de titres garantis par l’État. En plus de cela, les principaux emprunteurs sont habituellement très actifs sur le marché au premier trimestre. Il n’y a pas de raison de penser que cela sera différent en 2011. Historiquement, l’offre de titres n’a jamais eu d’impact particulièrement visible sur les prix des obligations souveraines. Cependant, si les marchés continuent à se détourner de l’obligataire américain et européen jusqu’en janvier, la forte montée de l’offre ne devrait pas rester sans effet. Luca JELLINEK David KEEBLE luca.jellinek@ca.cib.com david.keeble@ca-cib.com Zone euro : changement de taux et convergence - divergence Taux euro croissance nominale 1,0 60 % 0,8 40 6 0,6 20 0,4 4 0,2 0 0,0 -20 2 -0,2 -40 -0,4 0 -60 -0,6 -0,8 -80 -2 -1,0 -100 Sep-09 Dec-09 M ar-10 Jun-10 Sep-10 Dec-10 -4 Changement s/ un mo is du taux des Jan-99 Jan-01 Jan-03 Jan-05 Jan-07 Jan-09 Jan-11 emprunts allemands à 5 ans (éch. dr.) So urces : B lo o mberg, Taux 5 ans EUR Cro issance no minale Co rrélatio n entre le taux à 1 ans 0 CA CIB So urces : Euro stat, B lo o mberg allemand et le taux à 1 ans italien 0 Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 8
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    Marchés Taux de change: retour des déterminants traditionnels Le dollar devrait légèrement reculer au premier trimestre 2011 et connaître une performance mitigée en 2011. Les devises des pays producteurs de matières premières, qui bénéficient de taux élevés, devraient afficher les meilleures performances de l’année, tandis que le yen et le franc suisse devraient retrouver leur statut de devise de financement. Une pression croissante devrait s’exercer sur l’euro au fil de l’année 2011. La dynamique du marché des changes a été fluctuante au cours des derniers mois, l’attention des marchés passant d’un thème ou d’un problème à un autre. En conséquence, aucun facteur n’a dominé le marché des devises : l’aversion au risque et les taux d’intérêt ont tous deux joué un rôle, sans qu’aucun des deux ne prenne l’ascendant. En effet, le fait que les deux devises qui se sont le plus appréciées en 2010 soient le dollar australien (qui bénéficie de taux élevés et s’apprécie habituellement en cas d’appétit pour le risque) et le yen (dont les taux d’intérêt sont faibles et qui est considéré comme une valeur refuge) démontre la forte dualité du marché des changes en 2010. Ceci a été particulièrement net pour le dollar américain. Celui-ci a bien commencé l’année, dans un contexte d’inquiétudes grandissantes sur la situation budgétaire de la zone euro, mais il a ensuite reculé pendant une grande partie du second semestre, sous l’influence du programme d’assouplissement quantitatif de la Fed (QE2). Alors que le dollar semblait devoir finir l’année sur une note négative, un regain d’inquiétude concernant la périphérie de la zone euro a conduit à une nouvelle baisse de la monnaie unique. Les perspectives pour 2011 ne sont pas plus claires, mais deux thèmes déjà présents en 2010 devraient continuer à exercer une influence majeure sur les devises. Le thème qui retient le plus l’attention est la crise affectant la dette des États périphériques de la zone euro. Il est clair que la mise en place de plans de soutien importants pour la Grèce et l’Irlande n’a pas empêché une transmission de la crise à d’autres pays, ce qui oblige les autorités à se démener pour éviter une généralisation de la crise. Nous pensions que de tels problèmes ne referaient leur apparition qu’en 2011, permettant à l’euro de s’apprécier fin 2010, mais les marchés ont été moins patients que nous ne l’avions anticipé. Tout n’est cependant pas perdu : la BCE pourrait se lancer dans un programme plus ambitieux d’achat d’obligations et d’apport de liquidités, ce qui permettrait aux marchés obligataires de la zone euro de se stabiliser et soutiendrait l’euro. Un tel soutien pourrait n’être que temporaire, mais il offrirait au moins un répit à l’euro au premier trimestre 2011, avant une nouvelle période de baisse liée à des taux de croissance faibles et divergents de nature à affaiblir l’appétit pour la monnaie unique. Le second thème qui devrait continuer à exercer une influence importante sur le marché des changes est l’assouplissement quantitatif américain et/ou l’éventualité de programmes similaires dans d’autres pays. Bien que le QE2 soit déjà largement pris en compte dans les cours actuels du dollar, la possibilité d’un QE3 n’a pas encore été intégrée par les marchés. En effet, les données américaines récentes ont été assez encourageantes, suggérant une réduction plutôt qu’une extension de l’assouplissement quantitatif. Cependant, l’inflation sous-jacente américaine devrait rester faible et le taux de chômage dangereusement élevé, ce qui suggère qu’un programme d’assouplissement quantitatif supplémentaire est tout à fait possible. Dans tous les cas, le fait que la Fed achète environ 110 milliards de dollars d’emprunts du Trésor par mois pourrait freiner le billet vert, compte tenu de la hausse de l’offre de dollar que cela engendrera dans les mois à venir. Les taux d’intérêt pourraient à nouveau jouer un rôle dans les prochains mois. Les devises des pays producteurs de matières premières seront relativement insensibles à la faible croissance des pays du G3 grâce à des taux relativement élevés et de bonnes perspectives de croissance (perspectives soutenues par la Chine – directement au travers d’une augmentation du commerce et indirectement au travers d’une hausse des prix des matières premières). Ces devises, de même que le dollar canadien, bénéficieront également d’une diversification des placements des Banques centrales asiatiques, lesquelles tendront à diminuer leurs investissements en dollar américain et en euro. Le recul des devises des pays producteurs de matières premières au cours des dernières semaines offre une opportunité de mettre en place des positions longues, dans l’optique d’une appréciation à moyen terme à des niveaux attractifs. À l’autre extrémité du spectre, les devises traditionnelles de financement – en particulier le yen et le franc suisse – devraient afficher les performances les plus faibles de notre grille de prévision. Elles retrouveront leur rôle habituel, un moment tenu par le dollar. En effet, des taux d’intérêt relativement plus élevés devraient permettre au dollar de ne plus jouer le rôle de devise de financement, même si la Fed maintient le taux des Fed funds à un niveau bas pendant une période prolongée. De plus, dans le cas du Japon, la possibilité d’une politique plus agressive de la part des autorités japonaise suggère un potentiel de baisse plus important pour le yen. Au total, les déterminants habituels du marché des changes – tels que les taux d’intérêt – pourraient retrouver de l’importance en 2011, mais à en juger par les évènements de l’année 2010, il convient de rester très vigilant. Mitul KOTECHA mitul.kotecha@ca-cib.com Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 9
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    Energie - Métaux Énergie: resserrement des marchés pétroliers en fin d’année Nos nouvelles prévisions suggèrent que l’écart entre l’offre et la demande de pétrole sera plus faible que nous ne l’attendions précédemment, ce qui justifie la récente hausse des prix. La demande de pétrole, qui bénéficie d’un effet de base favorable et de la reprise économique soutenue hors OCDE, est très forte. Nous prévoyons désormais une baisse des stocks au second semestre 2010, ce qui conduira à une hausse des prix. Nous avons révisé en très forte hausse nos estimations de croissance de la demande pour l’année 2010, à 2,5 millions de barils par jour (mb/j). Nous estimons que la demande mondiale de pétrole a progressé de plus de 3 mb/j au troisième trimestre 2010, grâce à un effet de base (la demande avait été très faible en 2009) et à la reprise économique hors OCDE. La révision concerne à la fois la demande des pays de l’OCDE (qui devrait augmenter de 0,6 mb/j) et la demande hors OCDE (qui devrait augmenter de 1,9 mb/j). Cette très forte croissance devrait ralentir vers 1,5 mb/j en 2011. La Chine sera le principal contributeur à l’augmentation de la demande de pétrole en 2010 et 2011, avec une demande en hausse de 850 kb/j en 2010 et de 390 kb/j en 2011. Le plan de relance mis en place en Chine pour combattre la récession mondiale a provoqué une forte hausse de la demande de produits pétrochimiques. La demande chinoise de diesel a récemment bénéficié du soutien inattendu de mesures visant à réduire l’intensité énergétique qui devraient prendre fin d’ici quelques semaines. La révision récente de la demande devrait conduire à une baisse importante des stocks mondiaux au troisième trimestre 2010 (-1,5 mb/j) et au quatrième (-0,6 mb/j), ce qui explique l’augmentation récente des prix et justifie la révision de nos prévisions de prix pour le quatrième trimestre 2010 et le premier trimestre 2011. Les stocks devraient baisser de 0,6 mb/j en moyenne en 2010. En 2011, les stocks devraient être à peu près stables, en supposant que l’OPEP augmente sa production de brut de 0,7 mb/j, pour mettre fin à la baisse des stocks constatée en 2010. Nous pensons que l’OPEP continuera à favoriser l’intervalle de fluctuation de 70-80 USD le baril dans les mois à venir et commencera à augmenter sa production fin 2010. Sur la base de cette hypothèse, nous prévoyons que les prix du WTI reviendront dans l’intervalle de fluctuation de 70-80 USD le baril en 2011, après leur passage au-dessus de 80 USD le baril au quatrième trimestre 2010 et au premier trimestre 2011. Christophe BARRET christophe.barret@ca-cib.com Métaux : achetez de l’aluminium Le cuivre est le métal préféré des marchés et tend à faire oublier l’aluminium. Ce dernier bénéficie pourtant d’une évolution très favorable de ses fondamentaux en termes d’offre et de demande, ainsi que d’un profil risque/rendement attractif qui suggère une poursuite de la hausse des prix en 2011. La recherche d’actifs physiques pour couvrir les risques souverains, d’inflation et de dépréciation des devises soutient l’ensemble des métaux. Les prix du cuivre ont atteint de nouveaux records historiques et font la une des journaux : dans une telle situation, on peut facilement oublier que le rapport risque/rendement de l’aluminium est de plus en plus attractif. La demande d’aluminium devrait progresser de plus de 20% en 2010, ce qui est un rebond marqué après la baisse de 8% de 2009 et constitue la plus forte progression depuis trente ans. Alors que depuis les années 70 les cours du cuivre se situent entre 1,5 et 2 fois les cours de l’aluminium, le ratio est actuellement de 3,8. Les autres facteurs haussiers pour l’aluminium en 2011 sont :  Le prix avantageux de l’aluminium par rapport au cuivre devrait susciter des tentatives de substitution du cuivre par l’aluminium dans certains secteurs importants ;  Le lancement de trackers sur l’aluminium pourrait permettre de résorber l’excédent d’offre ;  Les stocks ont cessé d’augmenter et baissent régulièrement depuis leur point haut atteint mi-janvier 2010 ; par ailleurs au moins 70% des stocks du LME sont immobilisés par des opérations de financement et ne sont pas disponibles pour le marché ;  Des fonderies à coût de revient élevé (en raison du prix élevé de l’énergie) pourraient être fermées en Europe et le gouvernement chinois impose des restrictions énergétiques qui pourraient entraîner une baisse de la production. Robin BHAR robin.bhar@ca-cib.com Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 10
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    Amérique États-Unis : rétablissementgraduel grâce aux mesures de relance La reprise économique américaine déçoit par sa lenteur, mais un retour graduel à une croissance supérieure à son potentiel est attendu en 2011, grâce à des mesures opportunes de soutien budgétaire. Le taux de chômage (élevé) et l’inflation (basse) sont les deux variables clés à surveiller. Les autorités devraient maintenir les mesures de soutien à court terme, tout en traitant le problème des finances publiques – qui ne sont pas sur une trajectoire soutenable – dans les prochaines années. 2011, année de transition L’économie américaine va connaître une évolution importante de ses moteurs de croissance. Le soutien apporté à l’activité par les dépenses publiques et la reconstitution des stocks en début de reprise devrait être remplacé par une reprise de la consommation et de l’investissement. Les conditions d’un redémarrage de la consommation sont à présent réunies. Les ménages sont néanmoins confrontés à un taux de chômage élevé et la baisse de leur recours au crédit souligne le besoin d’une croissance plus importante des revenus. Les ménages ont souffert pendant la récession : leur patrimoine s’est contracté de 17 000 milliards de dollars et le taux de chômage est resté élevé en permanence. Leur réaction a été de réduire leur consommation, d’augmenter leur épargne et de diminuer leur endettement. Les ménages sont ainsi parvenus à reconstituer un coussin d’épargne proche de 6% de leur revenu disponible et leur patrimoine s’apprécie à nouveau, tandis que le coût de la dette diminue en raison de la baisse des taux d’intérêt et du désendettement. De plus, l’adoption d’une réduction de 2 points des cotisations sociales et la prolongation de l’indemnisation du chômage jusque fin 2011 vont soutenir fortement leur revenu disponible et donc leurs dépenses. Ces mesures creuseront néanmoins le déficit fédéral d’environ 168 milliards de dollars l’année prochaine. L’emploi a commencé à s’améliorer, mais à un rythme inférieur à ce qui serait nécessaire pour faire baisser sensiblement le taux de chômage. 8,4 millions d’emplois salariés non agricoles ont été détruits sur la période 2008-2009. En 2010, l’emploi salarié a progressé de 79k par mois en moyenne au premier trimestre, puis d’environ 120k par mois aux deuxième et troisième trimestres. Le taux de chômage a cependant été assez stable, autour de 9,7%. Nous pensons que l’explication principale de la situation de l’emploi est la faiblesse de la demande agrégée. Des facteurs structurels, tels que le manque de mobilité géographique, l’allongement de la durée d’indemnisation du chômage ou l’inadaptation des qualifications, ont pu provoquer une augmentation du taux de chômage naturel. Il peut, par exemple, être difficile pour un travailleur de déménager pour prendre un nouvel emploi s’il doit pour cela vendre un logement en réalisant une moins-value importante. Les qualifications des métiers de la construction ne correspondent pas nécessairement à celles recherchées dans les secteurs qui recrutent. L’allongement de la période d’indemnisation du chômage (jusqu’à 99 semaines dans certains États) peut inciter des chômeurs à reporter leur reprise d’activité, dans l’espoir de trouver une meilleure offre d’emploi. Cependant, au regard de la faiblesse généralisée de l’emploi (dans les différents secteurs d’activité et régions) et du bas niveau des taux de vacance en comparaison de leurs niveaux historiques, le principal facteur de la situation de l’emploi semble être l’insuffisance de la demande agrégée. Cela est confirmé par des témoignages d’entreprises, pour qui la faiblesse de la demande est la principale explication à leur réticence à embaucher. C’est un point important, car stimuler la demande agrégée ne servirait à rien si le chômage n’était lié qu’à des causes structurelles. Emplois demandés La récession a pris fin avec le retour de la croissance au troisième trimestre 2009 et les profits des entreprises ont été très soutenus : pour quelles raisons l’emploi n’est-il pas reparti ? Les entreprises ont adopté une politique d’embauche très prudente en raison des incertitudes sur la vigueur de la reprise et de la demande (risque de double-dip). De plus, les entreprises sont confrontées à d’importantes incertitudes concernant la fiscalité, le coût de la santé et la réglementation. Quant aux profits des entreprises, leur hausse s’explique davantage par une réduction des coûts, en particulier de la masse salariale, que par une augmentation de leur chiffre d’affaires. Dans les mois à venir, les incertitudes sur la poursuite de la croissance se réduisant et les évolutions réglementaires et fiscales se clarifiant, les entreprises seront plus à l’aise pour augmenter leurs effectifs et pour investir, bien qu’une partie de leur développement puisse se faire en dehors des États-Unis. La hausse concomitante de l’emploi et des revenus soutiendra les dépenses des ménages. États-Unis : amélioration de la situation financière des ménages États-Unis : réduction du service de la dette 70 000 14 14,0 14,0 60 000 12 13,5 13,5 50 000 10 13,0 13,0 40 000 8 12,5 12,5 30 000 6 12,0 12,0 20 000 4 1 000 0 2 1 ,5 1 1 ,5 1 0 0 1 ,0 1 1 ,0 1 80 83 86 89 92 95 98 01 04 07 10 10,5 10,5 Richesse nette des ménages (ncvs, M d$ ) 80 83 86 89 92 95 98 01 04 07 10 Taux d'épargne (cvs, %, éch. dr.) Service de la dette des ménages (cvs, % du revenu dispo .) So urce : B EA , FRB So urce : Réserve Fédérale Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 11
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    Amérique L’investissement des entreprises en équipements et en logiciels a fortement rebondi après avoir baissé pendant la récession, période pendant laquelle l’investissement ne suffisait pas à couvrir l’amortissement du capital. Le coût du capital est bas pour les entreprises et les nouvelles commandes de biens d’équipement hors défense se poursuivent à un rythme soutenu, quoiqu’en baisse. Un ralentissement de l’investissement semble donc probable sur la période de prévision, mais une croissance à deux chiffres reste probable en 2011 et 2012. L’amortissement comptable de l’ensemble des dépenses d’investissement en 2011, puis de 50% en 2012 devrait stimuler l’investissement, tout en privant l’État fédéral d’environ 114 milliards de dollars de recettes – l’essentiel de cette somme étant cependant récupéré les années suivantes. Les entreprises qui ont accès au crédit et ont des profits importants devraient continuer de moderniser leur outil de production afin d’accroître leur efficacité et de rester compétitives. Les PME qui n’ont pas accès aux marchés de capitaux pourraient souffrir d’une certaine restriction du crédit par les banques régionales, généralement de taille modeste, dont la capacité à prêter est diminuée en raison de leur forte exposition à l’immobilier commercial. Ceci pourrait freiner l’investissement et les embauches des PME, qui représentent généralement près de la moitié des créations nettes d’emploi. Nous pensons qu’un renforcement de l’investissement des entreprises et des ménages reste d’actualité, différents obstacles suggèrent cependant que ce processus prendra du temps. Les embauches n’augmenteront que graduellement et le rétablissement des bilans prendra également du temps. D’autres facteurs pèseront sur le rythme de la reprise, notamment l’immobilier résidentiel. Plusieurs années peuvent être nécessaires pour surmonter l’impact économique d’une bulle immobilière. Le pic de la bulle immobilière américaine a été atteint fin 2005 et nous n’envisageons pas de reprise significative avant 2012, malgré l’amélioration des conditions d’accès à la propriété (taux hypothécaires très bas et baisse des prix). La résorption de l’offre excédentaire de logements est un processus long. L’offre est abondante, bien que la construction de logements neufs soit tombée bien en dessous des niveaux nécessaires au regard de la démographie. En plus de « l’offre officielle » de logements mis en vente sur le marché, il existe une importante « offre cachée » (logements en cours de saisie ou dont l’emprunteur est défaillant) qui se retrouvera un jour ou l’autre sur le marché. Ceci entretient une pression à la baisse sur les prix, qui affecte les dépenses des ménages au travers de la baisse de leur patrimoine (effet richesse négatif). De plus, près d’un quart des logements sur lesquels un emprunt est en cours valent moins que le montant restant dû à la banque. Les propriétaires concernés ne peuvent pas profiter du faible niveau des taux d’intérêt pour refinancer leur emprunt et dégager des fonds pour consommer. L’effet retardé des baisses passées du dollar devrait permettre au déficit commercial de se maintenir à son niveau actuel. Cependant, une hausse du dollar en 2011 limiterait la croissance des exportations, de même que le ralentissement attendu de la croissance des pays émergents. Pour résumer, le rythme plus élevé de créations d’emplois et de croissance du revenu soutiendra la confiance des entreprises et des ménages l’année prochaine. Par ailleurs, après une période prolongée de restrictions, la demande accumulée va finir par se manifester. Une réduction des obstacles à la reprise du marché immobilier et une amélioration des conditions de crédit contribueront également à la croissance, conduisant à une croissance supérieure au potentiel en 2011 et en 2012. Notre prévision de croissance pour 2012 est cependant plus prudente que celle du FOMC, qui attend un chiffre compris entre 3,6% et 4,5%. L’inflation est trop basse et le chômage trop élevé La décélération de l’inflation est nette. A 0,8% en glissement annuel, l’inflation sous-jacente est actuellement trop basse. Cela n’est pas très surprenant : la sous-utilisation des ressources conduit généralement à une baisse de l’inflation, qui se poursuit malgré la reprise, car la résorption de l’output gap prend du temps. Nous prévoyons une inflation sous-jacente légèrement supérieure à 1% en 2011, puis de 1,7% en 2012, en raison de la persistance de l’écart entre le taux de chômage et le taux de chômage naturel (unemployment gap), de l’évolution probable des prix à l’importation et de l’écart entre l’inflation constatée et les anticipations d’inflation à long terme. La Fed voudrait que l’inflation sous-jacente se situe entre 1,6% et 2,0%. Le FOMC n’est pas à l’aise avec le rythme actuel de l’inflation sous-jacente, car, primo, cela signifie que la Fed ne remplit pas son mandat et, secundo, le FOMC veut écarter tout risque de déflation, qui aggraverait les problèmes de service de la dette. Les autorités américaines veulent clairement éviter une expérience déflationniste, telle que celle du Japon. De plus, un taux d’inflation plus élevé (conforme au mandat de la Fed) abaisserait le niveau des taux d’intérêt réels, ce qui soutiendrait la croissance. États-Unis : reprise de l’emploi d’une lenteur décevante États-Unis : l’inflation est trop basse 400 11 3,0% 3,0% 200 10 2,5% 2,5% 0 9 -200 8 2,0% 2,0% -400 7 1,5% 1,5% -600 6 -800 5 1,0% 1,0% -1000 4 0,5% 0,5% 06 07 08 09 1 0 Jan-00 Jan-02 Jan-04 Jan-06 Jan-08 Jan-1 0 Variatio n mensuelle emplo i privé (cvs, milliers) prix à la co nso . so us-jacents (cvs, %, a/a) Taux de chô mage (cvs, %, éch. dr.) So urce : B LS déflateur implicite de la co nso . so us-jacent (cvs, %, a/a) So urce : B LS, B EA Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 12
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    Amérique La Fed se concentre sur son mandat Les objectifs de la Fed – soutenir l’emploi en assurant la stabilité des prix – ne sont actuellement pas atteints. Comme mentionné ci-dessus, l’inflation est trop basse et le taux de chômage, à 9,8%, est bien au-dessus de ce que recherche la Fed. Cependant, les taux directeurs étant pratiquement à zéro, la Fed a tenté de stimuler l’activité économique en abaissant – ne serait-ce que légèrement – les taux d’intérêt à long terme et en suscitant des conditions favorables à la croissance sur les marchés financiers. Le programme d’achats d’obligations du Trésor de la Fed, pour un montant de 600 milliards de dollars, est l’outil non conventionnel mis en œuvre pour y parvenir. Le FOMC est conscient des risques de sa politique d’assouplissement quantitatif (QE pour Quantitative Easing). La Fed a évoqué les risques potentiels pour sa crédibilité anti-inflation et a développé des instruments qui pourront être mis en œuvre, afin de minimiser les problèmes qui pourraient se poser lors de l’arrêt du QE. Le FOMC est également conscient du fait que cette politique ne sera vraisemblablement pas aussi efficace que l’outil traditionnel de politique monétaire – la fixation du niveau des taux directeurs. Il sait que sa politique monétaire accommodante aura des répercussions à l’étranger, via une baisse du dollar et de possibles bulles spéculatives. Cependant, ces risques peuvent être traités en partie au moyen d’autres mesures et doivent être comparés au risque de stagnation de l’économie américaine ou mondiale. M. Bernanke a défendu l’idée selon laquelle les pays émergents dont la croissance était supérieure à celle des pays industrialisés devraient laisser leurs devises s’apprécier afin de réduire les déséquilibres mondiaux et les risques systémiques, qui pourraient conduire à une croissance plus faible pour tous. Les critiques récentes à l’égard de la politique de la Fed, tant internationales que domestiques, et l’amélioration des indicateurs économiques américains ont amené certains analystes à se demander si la Fed irait jusqu’au bout de son plan d’achat de 600 milliards ou si elle l’arrêterait plus tôt que prévu. La forte hausse des taux d’intérêt à long terme – qui s’est produite alors même que la Fed procédait à ses premiers achats au titre du QE2 – a conduit certaines personnes à penser que le plan ne fonctionnait pas. De fait, la divergence des points de vue au sein du FOMC quant à l’efficacité et aux risques du QE2 peut susciter le doute. Cependant, nous pensons que la plupart des membres du FOMC estiment que cette mesure est utile et que les conditions qui ont amené la Fed à poursuivre son QE (chômage élevé et inflation basse) ne s’amélioreront que lentement. Le FOMC prévoit un taux de chômage de 9% à la fin de l’année prochaine, ce qui suggère que la Fed mènera le QE2 à son terme. Quand nous nous projetons au-delà de 2011, la croissance nous paraît suffisamment solide au second semestre 2012 pour que la Fed entame une normalisation de sa politique. Cette normalisation pourrait commencer par des hausses du taux des Fed funds et du taux payé sur les réserves excédentaires. Une hausse du taux des Fed funds par incréments de 25 pdb à partir de la fin du troisième trimestre 2012 amènerait celui-ci à 1% fin 2012. La Fed pourrait simultanément mettre en œuvre des mesures additionnelles, telles que des prises en pensions (reverse repos) et des dépôts à terme auprès de la Fed, afin d’atténuer l’impact potentiellement inflationniste de l’excès de réserves dans le système financier. Le déficit budgétaire et le nouveau Congrès Les développements budgétaires joueront un rôle important pour le nouveau Congrès. Le plan de relance adopté en 2009 (ARRA, American Recovery and Reinvestment Act) a soutenu la croissance en 2010. Son arrêt aurait pu pénaliser la croissance à hauteur de 0,5 point en 2011 et 2012. Cependant, il semble maintenant plus que probable que les baisses d’impôt adoptées sous l’administration Bush en 2001 et en 2003, qui devaient arriver à échéance fin 2010, seront prolongées l’année prochaine pour toutes les catégories de revenus. Au total, la prolongation de l’indemnisation du chômage, la baisse des charges sociales et autres impôts (ou prolongation), les incitations fiscales à l’investissement ajoutées au maintien de l’abaissement du taux marginal d’imposition pourraient coûter environ 800 milliards de dollars sur deux ans, par rapport à un scénario à politique budgétaire inchangée. Cependant, la plupart des analystes ayant supposé que les baisses d’impôts seraient prolongées, l’évolution des prévisions de croissance reflètera principalement l’effet des autres mesures (baisse des charges sociales, prolongation de l’indemnisation du chômage et règles d’amortissement favorables à l’investissement). États-Unis : répartition des ménages en negative equity États-Unis : coût sur deux ans de l’accord budgétaire (Mds USD) negative equity = capital restant dû>valeur du lo gement 5% 13% Prolongation des baisses d’impôts de 2001 et 2003 286 Indexation de l’AMT (Alternative Minimum Tax ) sur l’inflation 153 1% 1 Allègement des droits de succession 33 Extension de l’indemnisation du chômage 56 Baisse des charges sociales 112 71% Incitations fiscales à l’investissement 114 à la limite du negative equity (LTV 95-100%) Autres mesures fiscales 43 en negative equity (LTV 100-125%) Total 797 très sérieusement en negative equity (LTV 125%+) So urce : Jo int Co mmittee o n Taxatio n po sitive equity So urce : FM I Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 13
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    Amérique Le nouveau Congrès cherchera à réduire les dépenses publiques dans les années à venir, notamment parce que les Républicains ne souhaitent pas relever les impôts pour augmenter les recettes publiques. Lors des élections de mi- mandat, les électeurs ont manifesté leur mécontentement envers Washington. Le Parti républicain a obtenu une large majorité à la Chambre des représentants grâce à une intense campagne – menée notamment par des sympathisants du Tea Party – contre le « big-government » (État fédéral interventionniste). Compte tenu des inquiétudes concernant les risques et l’efficacité de la politique monétaire actuelle, plusieurs membres de la Fed, dont M. Bernanke, seront sans aucun doute ravis de voir que les nouvelles mesures de relance à court terme décidées par Washington vont dans le même sens que les mesures d’assouplissement du FOMC. Cependant, dans les prochains mois, les décideurs en termes de politique budgétaire devront se garder de tout zèle excessif en termes de réduction du déficit, afin de ne pas saper la croissance en cours. Le nouveau Congrès surveillera de plus près la Fed, la Banque centrale étant perçue par certains des nouveaux parlementaires comme faisant partie intégrante du big government qu’ils n’apprécient pas. Les détracteurs de la Fed considèrent que la réponse agressive (tant sur le plan budgétaire que sur le plan monétaire) des autorités à la crise a été inutile et n’a servi qu’à sauver des grandes banques sans permettre de faire baisser le taux de chômage pour l’Américain moyen. La question « que se serait-il produit si les autorités n’avaient pas agi comme elles l’ont fait ? » est rarement posée. Les critiques récentes de certains dirigeants républicains envers le QE2 tiennent du calcul politique et visent à tirer parti de la vague anti-Washington, incarnée par les sympathisants du Tea Party. Nous ne pensons pas que les propositions visant à changer le mandat de la Fed aient beaucoup de soutien au Congrès, bien que certains membres de la Fed soient susceptibles de trouver l’idée séduisante. Nous pensons que la Fed parviendra à préserver son indépendance, en dépit des luttes politiques du moment. Les finances publiques ne sont pas sur une trajectoire soutenable. Le prochain Congrès devrait apporter les corrections nécessaires pour qu’elles le soient dans les prochaines années. De nombreuses propositions ont été faites sur la manière de réduire le déficit et la dette publics. La commission parlementaire bipartisane sur la réduction du déficit budgétaire mise en place par le président Obama, par exemple, propose de fortes baisses dans le budget de la défense, un plafonnement des dépenses discrétionnaires, un relèvement de l’âge de la retraite et une réduction de certains allégements fiscaux pour la classe moyenne, comme la déduction des intérêts des emprunts hypothécaires. Le plan vise à réduire le déficit à hauteur de 4 000 milliards de dollars en dix ans, ce qui ramènerait le déficit budgétaire à moins de 2,5% du PIB en 2015 et ferait baisser le ratio de dette à 60% du PIB en 2023. Ce plan n’a pas reçu beaucoup de soutien à ce jour, mais il fournit une base permettant d’entamer des négociations. Cependant, de nouveaux parlementaires arrivent à Washington, décidés à en découdre avec le big government, avec l’administration en place et avec la routine politique. Est-ce que les représentants du Tea Party suivront les dirigeants du Parti républicain lorsqu’ils chercheront à négocier un compromis avec la majorité démocrate du Sénat ? Rejetteront-ils, au contraire, toute forme de compromis – ce qui amènerait à une paralysie politique, voire pire ? L’expérience du Congrès républicain de 1994 avec son « Contrat avec l’Amérique » suggère qu’une tactique de négociation consistant à bloquer le gouvernement est improbable. A l’époque, l’électorat avait attribué la responsabilité du problème au Congrès et non au président Clinton et la stratégie des Républicains s’était retournée contre eux. D’après les sondages, alors que de nombreux électeurs ont une bonne opinion du Tea Party, peu d’entre eux soutiennent les positions extrêmes de ses dirigeants. Le peuple américain et les marchés financiers ne toléreraient pas longtemps un Congrès inactif, étant donné la nécessité de trouver des solutions aux problèmes de long terme et à la situation économique actuelle. Le problème des dettes souveraines en Europe renforce l’idée que les gouvernements doivent agir aujourd’hui sur le front budgétaire s’ils veulent éviter que les marchés ne finissent par s’emparer du sujet. La commission budgétaire a intitulé sa proposition Le moment de vérité : nous espérons que les hommes politiques seront à la hauteur. Hélène BAUDCHON Mike CAREY helene.baudchon@credit-agricole-sa.fr michael.carey@ca-cib.com Etats-Unis (a) 2010 2011 2012 2010 2011 2012 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 PIB 2,8 3,0 3,5 3,7 1,7 2,5 3,0 3,1 3,3 3,4 3,2 3,2 4,1 4,0 3,9 Consommation privée 1,8 3,0 3,1 1,9 2,2 2,8 3,7 3,0 3,0 3,1 2,9 2,9 3,3 3,2 3,3 Investiss., équip. & logiciels 15,5 15,3 12,9 20,5 24,8 16,8 8,9 16,0 18,0 15,0 12,8 12,0 13,0 12,0 9,8 Investissement résidentiel -3,3 -0,5 13,5 -12,3 25,6 -27,5 -2,0 2,0 5,0 5,0 9,0 15,0 17,0 22,0 19,0 Variation des stocks (b) 1,4 -0,1 0,0 2,6 0,8 1,3 -1,3 -0,1 -0,2 0,0 0,1 -0,1 0,1 0,1 0,1 Exportations nettes (b) -0,6 -0,4 0,0 -0,3 -3,5 -1,8 0,6 -0,1 -0,1 -0,1 0,0 -0,1 0,0 0,1 0,1 Taux d'épargne 5,7 5,5 4,1 5,5 6,2 5,8 5,3 5,8 5,6 5,4 5,2 4,2 4,1 4,2 4,1 Taux de chômage 9,7 9,3 8,4 9,7 9,7 9,6 9,7 9,6 9,4 9,2 9,1 8,8 8,6 8,3 8,0 Inflation (t/t, %) 1,6 1,4 1,6 1,5 -0,7 1,5 2,1 1,5 1,1 1,2 1,5 2,0 1,6 1,5 1,8 Balance courante (% PIB) -3,7 -3,9 -3,9 -3,0 -3,4 -4,2 -4,0 -3,9 -3,7 -3,9 -4,0 -4,0 -4,0 -3,9 -3,8 (a) données annualisées (b) contribution à la croissance du PIB (en %) Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 14
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    Asie Japon : unatterrissage en douceur, malgré l’absence de mesures de relance Comme dans la plupart des grandes économies, la reprise économique japonaise a jusqu’à présent été soutenue en grande partie par des mesures de relance. La consommation et l’investissement devraient être les deux principales sources de croissance économique dans les prochaines années : le schéma de croissance devrait donc rester assez similaire à ce qu’il a été jusqu’à présent, mais l’économie continuera à croître de manière stable sans mesure de relance. Au troisième trimestre, la croissance a une nouvelle fois été supérieure à son niveau potentiel. Plusieurs facteurs ponctuels – parmi lesquels des achats d’automobiles par anticipation (avant l’expiration d’une prime à l’achat) et un été particulièrement chaud – ont soutenu la consommation privée. La disparition de ces facteurs temporaires devrait conduire, au moins temporairement, à une croissance réelle négative au quatrième trimestre (-0,2% t/t). La croissance pour l’année 2010 sera néanmoins de 3,6% – malgré notre prévision concernant le quatrième trimestre – bien au-dessus de la croissance potentielle et le Japon surperformera la plupart des grandes économies. Comme dans la plupart des grandes économies, la reprise économique japonaise a été jusqu’à présent soutenue en grande partie par des mesures de relance. Ces dernières ont engendré enclenché un cercle vertueux avec une consommation privée robuste qui a entraîné en retour une reprise de l’investissement. De plus, des scénarios similaires à l’étranger ont également soutenu les exportations japonaises, malgré le niveau défavorable du yen pendant cette période. Ainsi, la reprise économique actuelle s’explique en grande partie par la consommation privée, l’investissement et les exportations. La croissance économique devrait suivre un schéma assez similaire dans les trimestres à venir, mais la contribution de ces facteurs à la croissance tendra à diminuer ; d’où nos prévisions d’une croissance de 1,3% pour 2011 et de 1,7% pour 2012. Du côté de la consommation, bien que nous pensons que l’augmentation récente des salaires permettra une croissance stable de la consommation, la propension moyenne à consommer a été inhabituellement élevée dans la période récente et nous ne croyons pas que la forte croissance de la consommation observée jusqu’à présent soit pérenne. En effet, la consommation a été soutenue par une hausse de la part des revenus que les ménages y ont consacré ; une telle situation est amenée à se normaliser. Du côté de l’investissement, le faible coût de remplacement du stock de capital existant – lié à la faiblesse des taux – continuera de soutenir la demande. Mais les taux de croissance trimestrielle durant la reprise actuelle ont été beaucoup plus volatils que lors des reprises précédentes. La perspective d’une croissance irrégulière – les périodes de forte croissance étant potentiellement suivies de reculs d’une ampleur comparable – devrait inciter les entreprises à se montrer prudentes. Du côté des exportations, les effets des mesures de relance dans les grandes économies allant en se dissipant, la croissance des exportations devrait se stabiliser à un niveau « soutenable », la faiblesse des exportations vers l’UE et les États-Unis étant compensée par une demande plus robuste des pays émergents. Tous ces éléments nous amènent à penser que la contribution de ces facteurs – consommation privée, investissement et exportations – à la croissance sera moins élevée. Ceci dit, nous estimons que la croissance potentielle de l’économie japonaise est légèrement supérieure à 1% : même en l’absence de politique de relance, la croissance sera nettement supérieure à son potentiel dans les années à venir. Nos prévisions d’inflation en témoignent : le rétrécissement de l’output gap conduira à une stabilisation de l’inflation sous- jacente vers -0,4% en 2011, puis 0,0% en 2012. Sur le plan de la politique monétaire, l’inflation restera toujours sous les rythmes qui pourraient justifier une sortie de ce que la Banque du Japon (BoJ) appelle un « assouplissement monétaire complet », c'est-à-dire la combinaison d’une politique de taux zéro (ZIRP) et de la création d’un programme d’achat d’actifs (asset purchase fund). Quand la BoJ a adopté cette politique, son communiqué stipulait que celle-ci serait maintenue jusqu’à ce que l’inflation sous-jacente remonte vers 1%. Un tel rythme sera encore long à atteindre une fois que l’inflation sera redevenue positive. De plus, alors que la BoJ réfléchit à une stratégie de sortie, le gouvernement devrait exercer des pressions croissantes sur la Banque centrale, afin qu’elle prenne davantage de mesures de soutien. Nous continuons à penser que la BoJ prendra des mesures accommodantes supplémentaires dans le cadre du programme d’achat d’actifs récemment mis en œuvre. La BoJ pourrait aussi augmenter le degré de diversification des actifs en se tournant vers des actifs plus risqués, tels que des obligations d’entreprises et des actions, afin de mettre fin à la déflation des prix d’actifs. Susumu KATO susumu.kato@ca-cib.com Japon : croissance réelle du PIB Japon (a) 2010 2011 2012 2011 6 ( % a/a) T1 T2 T3 T4 4 PIB 3,6 1,3 1,7 0,2 0,4 0,6 0,7 2 Consommation privée 2,5 1,0 1,2 -0,2 0,5 0,6 0,7 0 Investissement 2,0 3,3 2,7 -0,8 -0,9 0,7 0,6 -2 Variation des stocks (b) 0,2 0,1 0,0 0,0 0,1 0,0 0,0 -4 Exportations nettes (b) 2,2 0,4 0,6 -0,1 0,0 0,0 0,2 -6 Production industrielle 16,0 4,9 -0,5 3,3 4,6 4,8 7,0 -8 Taux de chômage 5,1 4,8 4,7 5,0 4,9 4,8 4,6 -10 Inflation (Core CPI, a/a, %) -1,1 -0,4 0,0 -0,7 -0,5 0,0 0,0 T108 T3 08 T109 T3 09 T110 T3 10 T11 (p) 1 Dette publique (% PIB) 197 206 210 So urces : Cabinet Office, Crédit A grico le CIB (a) données annualisées (b) contribution à la croissance du PIB (en %) Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 15
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    Europe UEM : avecdes « si »… La crise des finances publiques en zone euro est entrée dans une nouvelle phase, plus profonde, depuis la mi-octobre, alors même que les fondamentaux économiques continuent de s’améliorer depuis l’été dans la majorité des pays, et pas seulement en Allemagne. Les perspectives de croissance restent favorables dans l’ensemble, mais la stabilité financière de la zone euro reste probablement suspendue à de nouvelles initiatives de politique économique en 2011. Tout le paradoxe actuel de la zone euro tient en une seule observation : les fondamentaux macroéconomiques, budgétaires et même bancaires s’améliorent pour près de 90% de la zone euro, mais les tensions financières n’ont jamais été aussi fortes, au point que les scénarios extrêmes d’une union fiscale émettant des obligations européennes, ou au contraire d’une restructuration « ordonnée » des dettes publiques, sont désormais considérés comme moins improbables par une part croissante des observateurs. Les voies de sortie de crise à moyen terme, elles, sont connues : elles passent par une réduction significative des déficits publics et de balances courantes, des réformes structurelles stimulant la compétitivité, ou encore une recapitalisation des banques fragilisées. A court terme, cependant, c’est la réponse de politique économique (ou de politique tout court) qui pourrait déterminer l’avenir de l’Union Economique et Monétaire (UEM). Si de nouvelles mesures crédibles sont annoncées par les gouvernements et les autorités monétaires de la zone euro pour limiter le risque de contagion, si les mécanismes permanents de résolution de crise deviennent plus transparents, et si le système bancaire est renforcé, les conditions seront réunies pour un apaisement graduel des tensions sur les marchés en 2011 et une poursuite de la reprise, d’autant que les conditions monétaires devraient rester largement accommodantes et l’euro devrait reprendre son mouvement de dépréciation en termes effectifs. Mais avec des « si », il faut reconnaître qu’on résout les crises plus facilement. Ce paradoxe entre fondamentaux économiques globalement rassurants et perception du marché n’est donc qu’apparent. Il reflète, en réalité, l’incapacité de la zone euro à gérer en son sein la perspective d’un défaut d’un de ses États-membres. Le principal défaut de conception de l’UEM tient justement à ce qu’une telle éventualité n’a pas été pensée par le traité de l’UE, ce qui explique toute l’ambiguïté de la clause dite de « no bail-out ». Depuis la crise grecque et la mise en place du plan européen de stabilité financière en mai 2010, cette clause a été remplacée par une solidarité financière de fait, assortie d’une conditionnalité stricte, mais la question plus générale du degré d’intégration fiscale entre États n’est pas tranchée. Les finances publiques des pays de la périphérie restent dans une situation critique, malgré les mesures d’austérité supplémentaires annoncées depuis le printemps et les initiatives prises par les gouvernements et la BCE pour stabiliser les conditions de refinancement. Notre analyse fondamentale des trajectoires des finances publiques suggère que tous les pays de la zone euro sont solvables dans notre scénario central, autrement dit qu’ils peuvent générer un excédant primaire suffisant pour stabiliser, puis faire baisser leur ratio de dette publique à moyen terme. En revanche, la sensibilité des résultats aux hypothèses de croissance et de taux est particulièrement élevée, si bien qu’un nouveau choc d’ordre macroéconomique ou financier, même de faible ampleur, remettrait en cause la solvabilité des pays les plus fragiles comme la Grèce et, dans une moindre mesure, le Portugal et l’Irlande. Compte tenu de ces risques, il est crucial que les gouvernements nationaux réussissent à convaincre rapidement les marchés de leur capacité à délivrer les efforts budgétaires programmés dans les années à venir. A l’exception du Portugal, dont le processus de consolidation a commencé en retard et est pénalisé par de faibles perspectives de croissance, les indicateurs budgétaires récents en provenance d’Espagne, mais aussi d’Irlande et de Grèce sont relativement encourageants. Au plan fondamental, non seulement la reprise s’est confirmée depuis l’été, mais elle semble désormais plus équilibrée dans ses composantes, tirée par la demande intérieure autant (voire plus) que par les exportations. Cette tendance devrait se poursuivre en 2011, malgré les nombreux vents contraires, au premier rang desquels l’accélération du processus de consolidation budgétaire. Les enquêtes de confiance toujours élevées et les profits des entreprises en forte hausse fin 2010 suggèrent notamment une accélération des dépenses d’investissement dans les trimestres à venir. Le marché du travail est en voie de stabilisation dans la majorité des pays, et son amélioration progressive attendue en 2011 devrait soutenir les revenus et les dépenses de consommation des ménages. UEM : réduction attendue des déficits publics UEM : l'inflation proche de sa cible 0,0 5 a/a,% 1 0,9 -2,0 4 0,8 0,7 -4,0 3 0,6 -6,0 2 0,5 0,4 1 -8,0 0,3 0,2 0 -10,0 0,1 % P IB 2010 2011 2012 -1 0 -12,0 06 07 08 09 10 11 12 A llemagne France Italie Espagne P o rtugal HICP HICP ho rs énergie et alimentaire So urce : Euro stat, Crédit A grico le CIB So urce : Euro stat, Crédit A grico le CIB Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 16
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    Europe Si les perspectives de croissance restent favorables à court terme, elles masquent toujours une forte hétérogénéité entre pays et des risques asymétriques. L’Allemagne, et dans une moindre mesure les pays d’Europe du nord, la France et l’Italie bénéficient d’une croissance globalement plus modérée, mais plus solide. A l’opposé, l’activité se stabilise tout juste en niveau en Espagne, au Portugal et en Irlande, avec un risque variable mais non nul de rechute ponctuelle en récession dans ces pays. La Grèce resterait en récession en 2011, même si nos prévisions tablent sur une contraction du PIB de moins en moins sévère et un retour à une croissance positive en 2012. D’une façon générale, le processus de désendettement se poursuit, mais à un rythme variable selon les pays, dans les secteurs de l’économie à l’origine des déséquilibres récents. Ainsi, le marché de l’immobilier se détériore moins rapidement, notamment en Irlande et en Espagne même si des baisses de prix plus modestes sont encore attendues en 2011. Les ménages espagnols et portugais continuent de reconstituer leur épargne à un rythme relativement soutenu, et les entreprises ont commencé à réduire leur stock de dette. L’inflation est un non-sujet à ce stade, et les tensions sur les prix restent largement contenues, mais là aussi les risques varient considérablement d’un pays à l’autre. L’inflation sous-jacente, en particulier, a amorcé une stabilisation pour l’ensemble de la zone euro, puis une légère remontée au-dessus de 1% a/a depuis l’été, mais ce mouvement est pour partie imputable aux hausses de taux de TVA en Espagne, au Portugal et en Grèce. Les salaires ne montrent pas de signes forts d’accélération en dehors de l’Allemagne. Enfin, les conditions d’octroi de crédit devraient être progressivement assouplies en 2011, mais la demande reste tout aussi hétérogène. En retour, les agrégats monétaires M3 nationaux progressent à des rythmes très variables. Confrontée à un regain de stress financier, la BCE a finalement décidé de décaler la normalisation de ses opérations de refinancement auprès des banques en étendant ses appels d’offres illimités jusqu’à la fin du premier trimestre 2011 au minimum, et pour des maturités allant jusqu’à trois mois. Elle démontre à nouveau toute sa flexibilité en termes de gestion de la liquidité, et sa stratégie peut rapidement être ajustée dans un sens ou dans l’autre : si les tensions persistent, certaines mesures peuvent être réintroduites facilement (y compris des appels d’offres à plus long terme) ; si le marché monétaire poursuit sa normalisation amorcée cet été, la BCE pourrait reprendre sa stratégie de sortie dès le mois d’avril 2011 (en allouant notamment des quantités limitées de liquidité à taux variables). A l’inverse, il paraît très peu probable que la BCE s’engage dans une forme d’assouplissement quantitatif pur en monétisant les déficits publics, ce que ses statuts lui interdisent formellement. En se tenant prête à augmenter ses rachats (stérilisés) de titres de dette sur le marché secondaire via son programme dédié, elle vise à stabiliser les conditions de liquidité, davantage qu’à faire baisser les taux d’intérêt à long terme. Enfin, l’incertitude sur les montants effectivement rachetés par la BCE fait peser une forme « d’ambiguïté constructive », comme en mai 2010, dans l’espoir que les conditions de marché reviennent à la normale. Dans notre scénario central caractérisé par une baisse graduelle du risque souverain, une croissance plus équilibrée, une inflation fluctuant temporairement au-dessus de sa cible, et une accélération des agrégats monétaires et de crédit, il sera de plus en plus compliqué pour la BCE de maintenir un statu quo à 1% à partir de l’été 2011, quand les règles de politique monétaire devraient suggérer des taux d’intérêt supérieurs à 2%, compte tenu du poids de l’Allemagne. En pratique, cependant, un tel écart pourra être justifié par les fortes hétérogénéités nominales et réelles entre pays et les risques baissiers que les mesures d’austérité budgétaires font peser sur l’activité. Notre scénario central table toujours sur une première hausse de taux directeurs au T1 2012, avec le risque qu’un premier mouvement soit amorcé dès la fin 2011 si les conditions le permettent. Avec des « si », on remonterait les taux en zone euro… Frederik DUCROZET frederik.ducrozet@ca-cib.com UEM 2010 2011 2012 2010 2011 2012 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 PIB 1,7 1,5 1,8 0,4 1,0 0,4 0,4 0,2 0,3 0,4 0,5 0,5 0,4 0,4 0,4 Consommation privée 0,8 1,1 1,3 0,3 0,2 0,3 0,3 0,2 0,3 0,3 0,4 0,4 0,3 0,3 0,3 Investissement -0,8 2,6 2,6 -0,2 1,7 0,0 0,9 0,5 0,5 0,6 0,7 0,7 0,6 0,6 0,6 Variation des stocks (a) 0,6 0,0 0,0 0,8 0,4 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 Exportations nettes (a) -0,1 0,2 0,4 -0,6 0,1 0,1 0,0 0,1 0,0 0,1 0,1 0,1 0,1 0,1 0,1 Production industrielle 5,9 2,8 2,7 2,3 2,3 -1,0 1,5 1,0 0,6 -0,8 2,2 0,0 0,0 0,0 0,0 Taux de chômage 10,0 9,8 9,4 9,9 10,0 10,0 10,0 9,9 9,9 9,8 9,7 9,6 9,4 9,3 9,2 Inflation (a/a, %) 1,6 1,7 2,0 1,1 1,5 1,7 2,0 2,0 1,5 1,6 1,6 1,8 1,9 2,1 2,0 (a) contribution à la croissance du PIB (en %) Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 17
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    Europe France : toutvient à point à qui sait attendre La croissance française ne brille peut-être pas par son dynamisme, mais elle se consolide. Au troisième trimestre, l’activité a progressé de 0,4% t/t, portée par une demande domestique qui se renforce. Cette croissance plus autonome est mieux armée pour faire face aux épreuves qui l’attendent à moyen terme, assainissement budgétaire et freinage de l’économie mondiale obligent. Nous prévoyons une progression de l’activité de l’ordre de 1,5% en 2011, puis 1,8% en 2012. La croissance française a progressé de 0,4% t/t au troisième trimestre, après 0,7% t/t au deuxième trimestre. L’activité a donc freiné, mais ses composantes témoignent qu’une consolidation de la croissance est à l’œuvre. La demande domestique a ainsi largement soutenu l’activité au troisième trimestre, alors que le commerce extérieur a continué de peser sur la croissance, en lien avec des importations très vigoureuses. Peu à peu, les facteurs qui ont permis à l’économie française de sortir de récession faiblissent et laissent place à une croissance certes plus faible, mais également plus solide. Notre scénario table sur une poursuite, en 2011 et dans une moindre mesure en 2012, de cette phase de consolidation. Les variations de stocks devraient continuer à soutenir la croissance, mais seulement à court terme. Les chefs d’entreprise font preuve de prudence : ils ont continué à déstocker au troisième trimestre. Dans un contexte qui reste incertain, le mouvement de reconstitution des stocks à venir resterait modeste et temporaire. Le commerce extérieur, qui a également contribué au rebond de l’économie française au sortir de la récession, devrait peser sur l’activité ces prochains trimestres. Les entreprises françaises souffrent de problèmes structurels quant à leur positionnement à l’international (problème de taille critique, marges à l’exportation serrées). Elles en subiront d’autant plus le freinage annoncé de l’économie mondiale. Tant que le modèle économique français n’aura pas évolué pour se tourner davantage vers l’extérieur, il appartiendra à la demande domestique de tracter l’activité. Si la consommation privée a soutenu la croissance française pendant la crise, les différentes mesures publiques de soutien au pouvoir d’achat n’y sont pas étrangères. Alors dans le contexte actuel d’assainissement nécessaire des finances publiques, les ménages français vont-ils continuer à consommer ? En théorie, oui. En sortie de crise, l’activité redémarre, puis l’emploi se redresse et les revenus s’accroissent. Cependant, dans le cas présent, l’emploi pourrait tarder à s’améliorer et la hausse des revenus rester limitée. En effet, les entreprises ont perdu en productivité pendant la récession et le rebond actuel, obtenu par le décalage entre la reprise de l’activité et celle de l’emploi, n’a pas permis de combler le retard accumulé. Les entreprises, pour restaurer cette productivité, pourraient retarder leurs décisions d’embauches. C’est d’ailleurs ce que suggère la stabilité du taux de chômage au troisième trimestre, à 9,3% de la population active (France métropolitaine). Les ménages ne s’y trompent pas : leur moral reste très dégradé (l’indice Insee est à -32 en novembre). Au total, la consommation privée devrait croître à un rythme modéré, de l’ordre de 1,8% en 2011, puis se renforcer, à 2,1% en 2012. L’investissement des entreprises devrait progressivement se redresser. Depuis le deuxième trimestre 2010, les entreprises réinvestissent. Elles profitent de conditions de financement très avantageuses pour remplacer et moderniser le capital devenu obsolète pendant la récession et profitent de conditions de financement très avantageuses. Toutefois, ce mouvement devrait manquer d’allant. D’une part, les anticipations de demande restent extrêmement volatiles en cette sortie de récession. D’autre part, un partage de la valeur ajoutée plus favorable aux salaires pourrait ternir les perspectives de profits. Nous tablons sur une progression de 2,7% en 2011 et 3,8% en 2012 de l’investissement des entreprises. Au regard de l’ensemble de ces éléments, la phase de tassement de la croissance devrait se poursuivre encore quelques trimestres. Ensuite seulement viendra le temps de l’après-crise. Dans ce contexte, la croissance française devrait atteindre 1,5% en moyenne en 2011 et 1,8% en 2012. Axelle LACAN axelle.lacan@credit-agricole-sa.fr France 2010 2011 2012 2010 2011 2012 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 PIB 1,6 1,5 1,8 0,2 0,7 0,4 0,4 0,3 0,3 0,5 0,5 0,5 0,5 0,5 0,5 Consommation privée 1,6 1,8 2,1 0,0 0,3 0,6 0,5 0,3 0,4 0,5 0,5 0,5 0,5 0,5 0,6 Investissement -1,7 1,9 2,7 -0,9 0,9 0,5 0,4 0,4 0,4 0,6 0,6 0,7 0,7 0,8 0,8 Variation des stocks (a) 0,6 0,6 0,2 -0,2 0,6 0,3 0,2 0,1 0,0 0,0 0,0 0,1 0,1 0,0 0,0 Exportations nettes (a) 0,0 -0,7 -0,2 0,6 -0,5 -0,6 -0,2 -0,1 0,0 0,0 0,0 -0,1 -0,1 0,0 -0,1 Production industrielle 5,5 1,0 1,4 2,0 1,3 1,0 -0,8 0,2 0,3 0,4 0,5 0,4 0,2 0,2 0,3 Taux d'épargne 16,0 15,8 15,6 15,8 16,1 16,2 16,1 16,1 15,8 15,8 15,6 15,4 15,4 15,4 15,3 Taux de chômage 9,4 9,2 8,9 9,5 9,3 9,3 9,4 9,3 9,2 9,2 9,1 9,1 9,0 8,9 8,8 Inflation (a/a, %) 1,5 1,6 1,7 1,3 1,6 1,5 1,6 1,6 1,4 1,6 1,6 1,5 1,6 1,7 1,9 (a) contribution à la croissance du PIB (en %) Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 18
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    Europe Allemagne : forceintérieure Les bonnes surprises sur l’activité et son caractère auto-entretenu continuent d’affluer, au moment où les relais de croissance externes montrent des premiers signes d’essoufflement. Si ce nouveau « miracle » allemand profite a priori à l’ensemble de la zone euro, il accentue dans le même temps les divergences entre pays. L’économie allemande continue de se rééquilibrer à la faveur de relais de croissance internes. Comme lors du cycle précédent, le rebond rapide des exportations a soutenu les profits des entreprises (excédent brut d’exploitation en hausse de 4,6% t/t au troisième trimestre), tout en générant de nouvelles perspectives pour les dépenses d’investissement des entreprises. Ces dernières ont continué de progresser au rythme élevé de 1,3% t/t au T3, malgré une correction dans le secteur de la construction. De nombreux facteurs de soutien restent en place pour 2011, à commencer par le niveau élevé des carnets de commandes, la remontée du taux d’utilisation des capacités de production à sa moyenne historique, et la forte croissance des pays émergents considérés comme des partenaires commerciaux stratégiques, notamment en Asie. Contrairement aux cycles précédents, en revanche, le marché du travail est resté particulièrement résilient depuis le début de la récession, avec l’aide initiale des subventions publiques au travail à temps partiel relayées dès 2009 par de véritables créations d’emploi. L’emploi total, justement, a atteint aujourd’hui son plus haut niveau depuis la réunification (40,5 millions). Si l’industrie reste le principal secteur créateur d’emplois, les enquêtes de confiance et autres indicateurs conjoncturels disponibles suggèrent une prise de relais par le secteur des services. En retour, le moral des ménages a rebondi en novembre à son plus haut niveau depuis la fin des années 1970 (enquête Commission européenne), leurs dépenses de consommation progressent en tendance depuis plus d’un an, et les perspectives à court terme restent largement favorables. Les salaires sont clairement orientés à la hausse et l’inflation reste contenue, suggérant une probable accélération des revenus en termes réels. Par ailleurs, les coupes budgétaires programmées dans les deux années à venir devraient avoir un impact moins sévère sur la consommation privée que dans la majorité des pays de la zone euro, malgré l’arrivée à échéance en 2010 et 2011 de nombreux avantages fiscaux. Non seulement l’effort cumulé de consolidation budgétaire à fournir est moins important que la moyenne, mais les mesures ciblées sur les baisses de dépenses publiques ont traditionnellement un impact limité en Allemagne, en lien notamment avec des taux d’épargne plus élevés, à 17,2% selon la mesure harmonisée d’Eurostat au T2 2010, contre 14,7% pour la moyenne zone euro. La demande domestique reste ainsi le principal facteur de soutien à l’activité pour le troisième trimestre consécutif, contribuant à l’intégralité des 0,7 point de croissance du PIB au T3, alors que le solde commercial (+0,3 point) et les stocks (-0,3 point) se neutralisaient. Si ce mouvement se poursuit, l’assouplissement graduel des conditions d’octroi de crédit suggéré par la dernière mouture de l’enquête de la Bundesbank auprès des établissements de crédit pourrait même jouer un effet accélérateur. Les conditions monétaires et financières restent, par ailleurs, très accommodantes au regard des fondamentaux allemands ; elles devraient le rester en 2011. Cette autonomisation de la croissance arrive à un moment opportun puisque plusieurs relais de croissance vont disparaître progressivement. Le cycle industriel n’est certes pas achevé, mais il montre des signes d’essoufflement. Si la plupart des enquêtes de confiance n’ont pas beaucoup baissé depuis la fin du troisième trimestre (voire ont de nouveau augmenté pour l’IFO), les données d’activité (production industrielle, nouvelles commandes, exportations), ont montré les premiers signes avant-coureurs d’une modération attendue après les taux de croissance records observés jusqu’à l’été. Bien que partiellement compensé par le redressement de la demande domestique, le tassement attendu de la demande externe devrait freiner le rythme de progression du PIB allemand en 2011, même si de nouvelles phases d’accélération restent possibles. Frederik DUCROZET frederik.ducrozet@ca-cib.com Allemagne : regain de consommation indice, mn, taux Allem agne 2010 2011 2012 2011 103 4,5 vo lume annuel T1 T2 T3 T4 102 PIB 3,5 2,6 2,4 0,4 0,5 0,5 0,6 4,0 101 Consommation privée 0,4 1,4 1,9 0,3 0,3 0,4 0,4 100 Investissement 6,1 5,7 2,1 1,0 0,8 0,8 0,8 3,5 FBCF équipement 9,0 8,0 2,7 1,5 1,0 1,0 1,0 99 3,0 FBCF construction 4,1 3,6 0,0 0,5 0,6 0,6 0,6 98 Variation des stocks (a) 0,9 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 97 Exportations nettes (a) 0,9 0,7 0,9 0,1 0,2 0,2 0,2 2,5 96 Production industrielle (a/a, %) 9,6 5,4 5,0 4,3 4,3 4,8 0,0 95 2,0 Taux de chômage 7,7 7,2 6,8 7,3 7,2 7,1 7,0 janv.-07 janv.-08 janv.-09 janv.-10 Inflation (a/a, %) 1,1 1,5 2,3 1,5 1,3 1,5 1,7 Ventes de détail Nvelles immatriculatio ns (dr.) (a) contribution à la croissance du PIB (en %) So urce : Euro stat, Crédit A grico le S.A . Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 19
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    Europe Italie : unecroissance modérée, mais positive en vue L’instabilité politique et la crise européenne ont récemment accrû la perception du risque concernant l’Italie, mais les fondamentaux économiques restent stables et les chiffres budgétaires mensuels sont conformes aux attentes. En dépit du ralentissement de la croissance au troisième trimestre, l’économie italienne devrait progresser de 1% en 2010 et en 2011, les exportations restant le principal moteur de croissance. Après une croissance honorable au premier et au deuxième trimestre 2010 (respectivement +0,4% t/t et +0,5%), l’économie italienne a ralenti au troisième trimestre, en ne progressant que de 0,3% t/t. Les exportations sont restées relativement vigoureuses (+2,7%), mais la hausse importante des importations (+4,7%) a entrainé une contribution négative des exportations nettes à la croissance (-0,5 point au T3, après +0,6 point au T2). Cette augmentation des importations s’explique surtout par un mouvement de restockage. Les stocks ont contribué 0,5 point à la croissance au T3. La demande domestique hors stocks a diminué (de 0,5% t/t au T2 à 0,3% en T3). Le ralentissement des dépenses d’investissement était attendu, en raison de l’expiration de certaines incitations fiscales. La progression des dépenses d’équipement est passée de 4,8% t/t au deuxième trimestre à 2,2% au troisième trimestre, tandis que l’investissement dans la construction commence à se stabiliser. Du côté des ménages, la consommation a augmenté par rapport au T2, mais reste toujours faible – conséquence de l’état toujours fragile du marché du travail (+0,3% au T3, après 0,0% au T2). L’activité devrait rester modeste en Italie jusqu’à la fin de l’année, sur fond de demande faible et d’incertitude croissante autour des perspectives de croissance en Europe. En particulier, la reprise du secteur industriel – tirée par les exportations – tend à s’essouffler. Si l’on prend en compte la baisse de 2,1% m/m en septembre, la production industrielle a progressé de 1,3% t/t au troisième trimestre (contre une hausse de 2,0% au deuxième trimestre). Les enquêtes récentes, notamment l’indice PMI, suggèrent une poursuite de la croissance de l’activité manufacturière au quatrième trimestre, mais à un rythme ralenti. De plus, les indicateurs de confiance comme celui de l’ISAE dans le secteur manufacturier restent en deçà de leur moyenne de long terme. Dans ce contexte et malgré des conditions d’emprunt favorables, l’investissement ne devrait repartir que timidement. Le taux d’utilisation des capacités de production a augmenté dans l’industrie manufacturière, mais il reste nettement inférieur à sa moyenne de long terme (70,9%, contre 75,7%). Un ajustement drastique sur le marché du travail a pu être évité pendant la crise grâce au dispositif gouvernemental de soutien à l’emploi. Récemment la composante « emploi » de l’indice PMI est passée sous la barre des 50 points en novembre, ce qui suggère que le niveau actuel d’activité en Italie est insuffisant pour créer de nouveaux emplois. Le taux de chômage est reparti à la hausse en novembre (à 8,6%, contre une moyenne de 8,3% depuis le début de l’année), et devrait rester au-dessus de 8% sur l’horizon de prévision. Le nombre d’heures travaillées a été la variable d’ajustement privilégiée pendant la crise, et ce, afin de maintenir le niveau de l’emploi stable. A l’inverse, en ce début de reprise, les heures travaillées sont amenées à se redresser en premier pour retrouver leur niveau d’avant crise, avant de constater une réelle amélioration côté emploi. Le redressement lent du marché du travail sera un frein à la reprise de la consommation privée. Cependant, les mesures d’austérité budgétaire – qui ne sont pas aussi drastiques en Italie que dans les autres pays européens, en raison d’un meilleur contrôle du déficit budgétaire en temps de crise – ne devraient avoir qu’un impact limité sur la demande domestique. Le plan budgétaire actuel prévoit de réduire le déficit de 5,3% du PIB à 2,7% du PIB en 2012, les chiffres budgétaires mensuels suggèrent que cet objectif sera respecté. Au total, l’économie italienne fait preuve de résilience, avec une croissance certes modérée, mais au moins positive. L’activité devrait progresser de 1,0% en 2010 et 2011. Les risques autour de ce scénario central restent équilibrés avec de possibles bonnes surprises sur le front des exportations si la croissance mondiale s’avère meilleure qu’attendu ou de possibles déconvenues sur le front des souverains européens qui renchériraient le coût de la dette et pourraient altérer la confiance en zone euro. Bénédicte KUKLA benedicte.kukla@credit-agricole-sa.fr Italie : réduction du déficit public en cours % du P IB Italie 2010 2011 2012 2011 Cible 201 : 0 6 5% du P IB T1 T2 T3 T4 PIB 1,0 1,0 1,4 0,2 0,3 0,3 0,4 5 Consommation privée 0,7 0,5 0,8 0,1 0,2 0,2 0,2 Investissement 3,1 3,1 2,5 0,4 0,7 0,7 0,8 4 FBCF équipement 10,6 5,1 2,7 0,6 1,0 1,1 1,2 3 FBCF construction -2,3 1,6 2,8 0,4 0,6 0,6 0,7 5,3 4,4 janv,à sept, Variation des stocks (a) 0,4 0,1 -0,1 0,0 0,1 -0,1 -0,1 2 3,3 201 0 Exportations nettes (a) -0,2 0,1 0,2 0,0 0,0 0,1 0,2 2,7 1 Taux de chômage 8,4 8,2 7,9 8,3 8,2 8,2 8,2 Inflation (a/a, %) 1,7 1,8 1,9 2,4 1,6 1,9 1,4 0 Déficit public (% PIB) -4,8 -4,0 -3,1 - - - - 2006 2007 2008 2009 2010 (a) contribution à la croissance du PIB (en %) So urce : Euro stat, B anque d'Italie, Crédit A grico le S.A . Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 20
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    Europe Grèce : toujoursplus L’économie est entrée en profonde récession (-4,5% a/a au troisième trimestre 2010). La demande domestique ne devrait pas redémarrer avant fin 2011. Des mesures supplémentaires sont nécessaires pour ramener le déficit public à 7,4% du PIB en 2011. Jusqu’à présent, la consolidation budgétaire grecque a progressé comme prévu. Des revenus fiscaux inférieurs aux prévisions et, dans une moindre mesure, l’intégration des entreprises publiques dans les données nationales, ainsi qu’un ajustement des comptes de la sécurité sociale ont conduit à un déficit public plus élevé qu’attendu. Cependant, le déficit a fortement diminué en pourcentage du PIB (-15,4% en 2009 et -9,4% en 2010). Le ratio de dette a été revu à la hausse, à 126,8% pour 2009 et 142,5% pour 2010. Le budget 2011 est indéniablement tendu avec l’instauration de nouvelles mesures pour ramener le déficit à 7,4% du PIB, conformément à l’accord avec le FMI, l’UE et la BCE. Étant donné qu’il n’est guère possible de créer de nouveaux impôts, l’accent a été mis sur des changements plus structurels. Des réformes importantes sont prévues, parmi lesquelles la rationalisation de la collecte des impôts, la lutte contre l’évasion fiscale pour pérenniser les revenus fiscaux et de fortes baisses des dépenses dans le secteur de la santé, pour les collectivités locales et pour les entreprises publiques en déficit. Les efforts continuent sur fond de récession. Le PIB s’est contracté de 4,5% au troisième trimestre 2010 et devrait reculer de 4,1% au total sur l’année 2010. La récession devrait être moins marquée en 2011, les mesures mises en œuvre produisant progressivement leur effet. Cependant, les mesures d’austérité supplémentaires conduiront probablement à un recul de 3,0% du PIB en 2011, plus marqué que ce que nous avions précédemment anticipé. La faiblesse de la demande domestique va constituer un frein à la croissance en début d’année avant de se redresser progressivement d’ici fin 2011, grâce au retour de la confiance lié aux progrès de la consolidation budgétaire. La récession a fortement pénalisé l’emploi : le taux de chômage, qui a atteint 12,2% au mois d’août, devrait continuer à augmenter. L’inflation devrait diminuer en 2011, sous l’effet de la baisse du taux d’utilisation des capacités productives et de la dégradation de l’emploi. Les non-applications des hausses d’impôt ne se répèteront pas en 2011. Les mesures prévues en 2011, telles que l’application d’un taux de TVA plus élevé sur un certain nombre de biens et de services et la hausse de la taxe sur le fuel domestique, ne devraient pas entraîner de hausse majeure des prix. Le résultat des négociations collectives dans le secteur privé, lesquelles prévoient une progression des salaires alignée sur l’inflation de la zone euro, devrait être atténué par des accords passés au sein de chaque entreprise. En conséquence, la progression des salaires ne devrait pas affecter les prix outre mesure. Au total, après une inflation de 4,6% en 2010, nous prévoyons un taux moyen d’inflation légèrement supérieur à 2,0% en 2011. Les mois à venir s’annoncent décisifs. Le pays doit mettre rapidement en œuvre des réformes qui ont été différées depuis des décennies, afin de recevoir la quatrième tranche du plan d’aide. Au-delà de cette échéance, des réformes sont indispensables au redressement de l’économie, au renforcement de la productivité et à l’amélioration de la compétitivité. Elles devraient permettre à la Grèce de réduire son déficit public et de dégager des excédents primaires, afin d’alléger le poids considérable de sa dette. Des facteurs de risque pourraient compliquer la tâche. Alors que le processus d’ajustement de l’économie repose sur l’hypothèse d’un environnement extérieur favorable, celui-ci reste empreint de fortes incertitudes. De plus, une possible intensification des tensions sociales retarderait l’indispensable mise en œuvre des réformes et de la consolidation budgétaire. Katerina ANAGNOSTOPOULOU anagnostopoulou.k@emporiki.gr Grèce : croissance et taux de chômage Grèce 2010 2011 2012 2011 6 13 T1 T2 T3 T4 4 12 PIB -4,1 -2,9 0,4 -0,1 -0,4 -0,2 -0,2 11 Consommation privée -4,1 -4,0 0,1 -0,3 -0,7 -0,3 0,2 2 Consommation publique -9,0 -8,2 -5,0 -5,4 -3,6 -2,2 0,5 10 0 Investissement -18,0 -9,7 -2,3 -0,1 0,2 0,6 2,9 9 Exportations -2,1 4,2 6,3 2,9 1,1 0,6 0,3 -2 Importations -11,8 -7,3 -0,7 0,5 -0,5 -0,5 0,2 8 -4 Variation des stocks (a) 0,9 0,2 -0,1 0,6 0,3 0,0 -0,9 7 Exportations nettes (a) 3,1 2,9 1,5 0,5 0,4 0,2 0,0 -6 6 Taux de chômage 12,2 14,4 15,2 13,4 14,0 14,7 15,3 2006 2007 2008 2009 2010 Inflation-HCPI (a/a, %) 4,6 2,2 1,0 3,8 2,0 1,5 1,7 P IB a/a Taux de Chô mage % (éch. dr.) Excédent public (% PIB) -9,4 -7,4 -6,5 - - - - So urce : A uto rité Statistique Hellénique Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 21
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    Europe Espagne : faceaux vents violents, le gouvernement tient la barre La croissance s’est stabilisée au troisième trimestre 2010. La correction du marché immobilier continuera de peser sur l’économie espagnole. Le commerce extérieur permettra de soutenir la croissance en 2011. Les finances publiques sont en voie de consolidation. Au troisième trimestre 2010, la croissance du PIB a été stable après une hausse de 0,3% t/t au deuxième trimestre. En glissement annuel, l’économie espagnole a enregistré une croissance positive (+0,2%) pour la première fois depuis le troisième trimestre 2008. Ce résultat provient de la forte contribution positive du commerce extérieur (+1,8 pp, après -0,8 pp au deuxième trimestre). Mais ce chiffre, à première vue, favorable résulte de la chute des importations (-5% t/t, après 3,6% au deuxième trimestre), et non pas du dynamisme de la demande étrangère. Les exportations ont été quasiment stables ce trimestre-ci (0,1%, après 1,4%). Ce recul des importations n’est donc que le reflet de la faiblesse de la demande intérieure espagnole qui s’est infléchie au troisième trimestre (-1,3% t/t hors stocks, après 0,9%). En effet, les ménages qui avaient fait des achats anticipés avant la hausse de deux points de la TVA (à 18%) au 1er juillet ont nettement réduit la voilure (consommation en baisse de -1,1% t/t). L’investissement immobilier a poursuivi son ajustement (-3,2% t/t, après -2,2% au deuxième trimestre). Quant aux entreprises, elles ont fortement freiné leurs dépenses (-5,2% t/t, après 4,2%) face à la morosité de la demande intérieure et aux turbulences sur les marchés de capitaux européens. L’inflation globale s’est établie à 2,3% en octobre, reflétant les hausses antérieures du prix du pétrole et le relèvement des taux de TVA. L’inflation sous-jacente est montée à 1,1%. Les premières données sur le quatrième trimestre 2010 (PMI, enquête de la Commission européenne, enquête auprès des ménages, ventes au détail) suggèrent que la croissance espagnole restera faible en cette fin d’année (0,2% t/t). La correction du marché immobilier devrait se prolonger en 2011. En effet, les prix immobiliers en Espagne n’ont reculé que de 12% en cumulé depuis le début 2008, ce qui est peu. En Irlande, les prix immobiliers ont enregistré un recul de 36%. En dépit d’un arrêt brutal des mises en chantier, l’absorption du stock de logements invendus pourrait prendre encore plusieurs années, d’autant qu’au-delà des chantiers terminés, de nombreux programmes sont en cours ou arrêtés en l’état. De plus, la situation du marché du travail reste, très dégradée. Au troisième trimestre 2010, le taux de chômage à 20,5% de la population active est le plus élevé de la 1 zone euro. Néanmoins, la réforme du marché du travail qui introduit une plus grande flexibilité, devrait conduire à un repli du chômage, au plus tôt, au cours du second semestre 2011. Après l’éclatement de la bulle immobilière, l’Espagne se tourne aussi davantage vers l’extérieur. Même si elle fait face à un manque structurel de compétitivité, le commerce extérieur devrait néanmoins lui permettre d’enregistrer une croissance du PIB de 0,4% en 2011 (après -0,2% en 2010) et de 1% en 2012. Par ailleurs, la pression des marchés financiers et le risque de dérive des finances publiques ont conduit le gouvernement de J.L. Zapatero à poursuivre ses efforts d’assainissement budgétaire. Sur les dix premiers mois de cette année, les mesures d’austérité ont permis de réduire le déficit de l’État de plus de 40%, lequel approche les 3% du PIB (contre 5,6% en 2009). En ajoutant les déficits des autres administrations, en particulier les régions, le déficit serait proche des 9% du PIB en 2010, après 11,1% en 2009. L’Espagne est en passe de tenir ses engagements en termes de réduction budgétaire cette année, l’objectif du gouvernement étant de 9,4% du PIB. Le ratio dette/PIB atteindra 63% en fin d’année (après 53,2% en 2009), soit bien inférieur à la moyenne de la zone euro. Le budget 2011 est dans la même vaine avec une diminution de 7,9% des dépenses de l’État Au total, même si l’Espagne est actuellement dans le collimateur des marchés, avec une hausse du spread de taux, la situation semble bien tenue par un gouvernement actif (nouvelles privatisations de deux aéroports et de la loterie nationale proposées le 1er décembre), qui communique régulièrement sur l’état des finances publiques et la santé des banques espagnoles. Sandrine BOYADJIAN sandrine.boyadjian @credit-agricole-sa.fr Espagne : PIB et contribution de ses composantes pp % Espagne 2010 2011 2012 2011 2,0 2,0 T1 T2 T3 T4 1,5 1,5 PIB -0,2 0,4 1,0 0,0 0,1 0,2 0,3 1,0 1,0 Consommation privée 1,2 0,2 1,0 -0,2 0,3 0,2 0,3 0,5 0,5 Investissement -7,5 -2,5 0,9 -0,4 -0,2 0,0 0,2 0,0 0,0 FBCF équipement 1,6 -0,4 2,5 0,4 0,3 0,6 0,6 -0,5 -0,5 FBCF construction -11,1 -5,6 -0,4 -1,2 -0,7 -0,5 -0,2 -1,0 -1,0 Variation des stocks (a) -0,2 -0,1 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 Exportations nettes (a) 1,0 1,1 0,1 0,3 0,0 0,1 0,1 -1,5 -1,5 Taux de chômage 20,1 20,1 18,8 20,3 20,1 20,0 20,0 -2,0 -2,0 Inflation (a/a, %) 1,7 1,8 1,9 2,3 1,9 1,6 1,5 -2,5 -2,5 Solde public (% PIB) -9,3 -6,2 -4,7 - - - - 08T1 08T3 09T1 09T3 10T1 10T3 demande int. ho rs sto cks co m. ext. (a) contribution à la croissance du PIB (en %) So urce : sto cks P IB (éch. dr.) INE, CA SA 1 Réforme approuvée en septembre 2010 qui vise en particulier à faire baisser les coûts de licenciement excessifs et à ajuster le mécanisme de fixation des salaires pour mieux tenir compte de la situation propre à chaque entreprise. Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 22
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    Europe Scandinavie : unîlot préservé La croissance suédoise et la croissance norvégienne continentale ont à nouveau accéléré au troisième trimestre 2010. Des plans de rigueur drastiques ne sont pas nécessaires et les dépenses des ménages restent soutenues. Des craintes de ralentissement du commerce mondial ont cependant déclenché un regain de prudence de la part de la Norges Bank et de la Riksbank, qui ont toutes deux abaissé la trajectoire estimée de leurs taux directeurs. La croissance remarquable de l’économie suédoise au T3 2010 – 2,1% t/t ou 8,7% annualisé, la plus élevée depuis 1993 – a dépassé nos prévisions, celles de la Riksbank et du consensus. La principale surprise a été l’accélération de la reconstitution des stocks qui a contribué pour 0,6% à la croissance. Mais la demande domestique hors stocks s’est également renforcée, en ligne avec nos attentes. La combinaison de taux d’intérêt relativement bas, de l’appréciation des actifs et de l’amélioration des conditions sur le marché du travail a contribué à l’augmentation des dépenses des ménages (1,4% t/t au T3). Les perspectives de consommation restent positives à court terme. Des réformes fiscales favorables et une baisse des coûts unitaires du travail (liée à la progression limitée des salaires) devraient continuer à soutenir l’emploi. Malgré une récente baisse, la confiance des consommateurs est à un niveau historiquement élevé. L’accélération de l’investissement (3,2% t/t au T3, après 2,2% t/t au T2) crée les conditions d’une croissance soutenue à l’avenir. Le taux d’utilisation des capacités de production et la productivité ont continué à augmenter, ce qui est de bon augure pour l’investissement, même si le possible ralentissement de échanges commerciaux pourrait conduire à une plus grande prudence dans le secteur privé et d’un soutien moindre de la part des exportations. Nos prévisions tablent sur une croissance supérieure à sa moyenne de long terme dans les trimestres à venir. La prochaine hausse du taux repo est attendue en février 2011. Au-delà, la faiblesse des pressions inflationnistes sous-jacentes (en raison de faibles coûts unitaires de travail et l’appréciation de la couronne suédoise) suggèrent une progression moins rapide du repo. Nous anticipons une hausse de 0,25% du repo par trimestre en moyenne, avec comme cible 2,25% fin 2011 et 3,25% fin 2012. La croissance norvégienne continentale a fortement accéléré au T3 2010 (0,9% t/t après 0,5% t/t au T2). La croissance du PIB réel s’est toutefois contractée de 1,6% t/t, en raison d’une forte chute de l’activité pétrolière (-10,2% t/t). Comme attendu, le principal moteur de la croissance a été la consommation des ménages, en hausse de 1,3% t/t au T3. La combinaison de taux d’intérêt peu élevés, d’un chômage relativement bas, d’un taux d’épargne important et d’indices de confiance bien orientés suggèrent que les dépenses des ménages resteront soutenues. Nous prévoyons néanmoins un certain ralentissement de la consommation à moyen terme, en raison d’un probable resserrement des conditions de crédit. Contrairement à la consommation, la formation brute de capital fixe a été un frein important à la croissance, en particulier dans le secteur pétrolier où l’investissement s’est fortement contracté (-13% au T3), mais aussi dans le reste de l’économie (-2,1% t/t). Cependant, les enquêtes de la Norges Bank auprès des entreprises continuent d’indiquer que l’investissement pétrolier augmentera fortement à partir de 2011, avec une progression estimée à 7% en 2011 puis à 4-5% en 2012 et en 2013, grâce à la hausse attendue des prix du gaz naturel et du pétrole. Nous continuons donc à tabler sur une contribution positive de l’investissement à la croissance en 2011 et 2012. L’output gap négatif et l’appréciation de la couronne norvégienne en 2009 et début 2010 ont contribué à la baisse de l’inflation sous-jacente, de 2,3% en début d’année à 1,0%, un niveau inférieur aux prévisions de la Norges Bank. La révision à la baisse des prévisions de taux à l’étranger a augmenté le risque d’une appréciation supplémentaire de la couronne norvégienne et celui d’une baisse supplémentaire du prix des biens importés. La Norges Bank a reporté ses futures hausses de taux à l’été 2011. En conséquence, nous prévoyons désormais que le prochain relèvement aura lieu au T3 2011, suivi par un relèvement progressif du taux directeur vers 4% fin 2013. Slavena NAZAROVA slavena.nazarova@ca-cib.com Norvège-Suède : enquêtes PMI secteur manufacturier Norvège-Suède : productivité 70 indice 70 6 % a/a 65 65 60 60 4 55 55 2 50 50 0 45 45 -2 40 40 35 35 -4 30 30 -6 02 03 04 05 06 07 08 09 10 02 03 04 05 06 07 08 09 10 Suède No rvège No rvège Suède So urce : B lo o mberg, Crédit A grico le CIB So urce : Statistics No rway, OCDE, Crédit A grico le CIB Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 23
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    Europe Royaume-Uni : annéesde sobriété La croissance a excédé les attentes sur les douze derniers mois, permettant de repousser la perspective d’un élargissement de l’assouplissement quantitatif de la part de la BoE. Néanmoins la consolidation budgétaire s’intensifiant en 2011-2012, des défis ambitieux restent à surmonter alors même que la consommation est toujours fragile. La croissance britannique a continué de surprendre à la hausse au troisième trimestre 2010 (0,8% t/t, ou 3,1% en rythme annualisé). Le PIB a ainsi crû de 2,8% sur les douze derniers mois et a déjà récupéré 40% de la chute subie pendant la crise. Les enquêtes récentes suggèrent que l’expansion de l’activité se poursuit au quatrième trimestre. Les exportations (en hausse de 2,2% t/t au T3 2010) profitent du rebond du commerce extérieur et d’une demande solide en provenance des marchés émergents. Les exportations de services financiers, en particulier, ont augmenté pour la première fois depuis le début de la crise. Autant de signaux optimistes pour la croissance à court terme. Mais elle n’est cependant pas exempte de faiblesses. Le secteur de la construction en particulier, en hausse de 4,0% t/t, après 9,5% t/t au trimestre précédent, explique une grande partie de la surprise récente. En outre, les perspectives d’évolution des exportations sont incertaines en raison des mesures d’austérité en zone euro, qui représente près de 45% des exportations britanniques. Toutefois, la dépréciation passée de la livre devrait soutenir les exportations et nous continuons de tabler sur une contribution légèrement positive du solde commercial à la croissance, lors des deux prochaines années. Une modération de la croissance est attendue tout au long de l’année 2011, suivie par une accélération des rythmes de croissance à partir de la deuxième moitié de 2012. Le plan de réduction du déficit budgétaire aura un impact négatif important sur la croissance sachant que la majeure partie des coupes budgétaires aura lieu en 2011-2012. La consommation restera vraisemblablement faible par comparaison au rythme de longue période, les mesures d’austérité affectant la confiance du consommateur. Mais elle va avant tout dépendre de l’évolution de l’emploi et de la croissance des salaires nominaux. L’emploi a augmenté de 0,6%t/t au T3 2010 et de 1% depuis le début de l’année. Cependant, l’amélioration de l’emploi est fragile car essentiellement imputable aux emplois à temps partiel seuls (en hausse de 4,2% depuis le début de l’année). Les emplois à temps plein ont en réalité reculé de 0,2%. Le gouvernement envisage de réduire de 330 000 les postes dans le secteur public au cours des cinq prochaines années. Même si la productivité a rebondi depuis le creux de la crise, celle-ci demeure largement inférieure à sa tendance de pré-crise. L’emploi ne devrait donc progresser que graduellement dans les trimestres à venir. La croissance des salaires nominaux devrait également rester timide, les entreprises devant privilégier la réduction des coûts unitaires de production, après une période où les emplois ont été préservés au détriment de la productivité. L’investissement a progressé pour le troisième trimestre consécutif (0,6% t/t) et les enquêtes de la BoE auprès du secteur privé suggèrent une augmentation des dépenses d’investissement dans les mois à venir. La profitabilité des entreprises s’est améliorée grâce au rebond de la demande et les liquidités accumulées sont surtout utilisées à des fins de remboursement de la dette. Tandis que l’incertitude sur la demande est de moins en mois perçue comme un facteur limitant l’investissement des entreprises (enquête CBI), le processus de désendettement en cours et les conditions d’accès au crédit toujours restreintes (particulièrement pour les petites et moyennes entreprises) continuent d’être le frein majeur à la croissance de l’investissement. L’inflation devrait rester supérieure à la cible de la BoE tout au long de 2011, tirée à la hausse par des facteurs temporaires tels que le relèvement de la TVA à 20% en janvier, la dépréciation passée de la livre (23% depuis mi-2007 en termes effectifs), la hausse des prix des matières premières et celle des prix domestiques du gaz et de l’électricité. A moyen terme, l’inflation devrait reculer vers la cible (début 2012 d’après nos prévisions) mais la possibilité d’un dérapage des anticipations d’inflation et des revendications salariales pose un risque haussier. Dans ce contexte, la BoE va, d’après nous, éviter une extension de son programme de rachats de titres et en même temps maintenir son taux directeur au niveau exceptionnellement bas de 0,5% le plus longtemps possible, afin de soutenir la demande intérieure. Nous avons repoussé au T4 2011 la première hausse de taux. Slavena NAZAROVA slavena.nazarova@ca-cib.com Royaume-Uni : inflation totale et importée Royaum e-Uni 2010 2011 2012 2011 a/a, % a/a, % 6 20 T1 T2 T3 T4 PIB 1,8 1,9 2,1 0,2 0,4 0,5 0,5 5 15 Consommation privée 1,1 1,2 1,7 0,1 0,3 0,4 0,4 4 10 Consommation publique 1,9 -0,3 -1,2 -0,3 -0,3 -0,3 -0,3 3 5 Investissement 2,1 3,2 4,3 0,7 0,8 1,0 1,0 Variation des stocks (a) 1,2 0,2 0,1 0,0 0,0 0,0 0,0 2 0 Exportations nettes (a) -0,8 0,5 0,5 0,1 0,1 0,1 0,1 1 -5 Balance publique (% du PIB) -8,6 -7,8 -5,6 - - - - 0 -10 Taux de chômage (ONS) 7,8 7,7 7,3 7,7 7,7 7,7 7,6 02 03 04 05 06 07 08 09 10 Inflation (HICP, a/a, %) 3,3 3,0 1,9 3,3 3,0 3,1 2,6 CP I Indice des prix impo rtés (éch. dr.) (a) contribution à la croissance du PIB (en %) So urce : ONS, Crédit A grico le S.A . Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 24
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    Océanie Australie : robuste,avec l’aide de la Chine La croissance devrait accélérer – vers 3,2% – en 2011, la baisse des dépenses publiques étant compensée par l’augmentation des dépenses privées. La Banque centrale (RBA) maintiendra un rythme graduel de remontée des taux directeurs : la hausse devrait être de 50 pdb en 2011. Le dollar australien devrait continuer à s’apprécier, vers une cible de 1,06 contre le dollar américain d’ici fin 2011. La croissance australienne devrait être de 2,8% en 2010, un niveau proche de la croissance potentielle. La croissance a été tirée par les dépenses publiques, bien que leur impact ait diminué à l’approche de la fin de l’année. La consommation privée devrait prendre le relais, en grande partie grâce au renforcement des termes de l’échange pour l’Australie. Le marché du travail a été particulièrement dynamique, ce qui devrait également soutenir les dépenses de consommation en 2011. Nous prévoyons une croissance de 3,2% en 2011, puis de 3,4% – un chiffre légèrement meilleur – en 2012. La force de la demande chinoise continuera d’apporter un soutien important à l’économie australienne, malgré la modération de cette première, attendue en 2011. La forte demande en provenance d’Asie compensera probablement le ralentissement de la demande des pays développés. L’appréciation du dollar australien, qui devrait se poursuivre en 2011, va constituer un frein à la croissance. L’appréciation du dollar australien a déjà un impact important sur l’industrie touristique et sur le secteur manufacturier. Sur un plan plus positif, la force de la devise contribuera à limiter les pressions inflationnistes. Cependant, la progression des salaires devrait se poursuivre, ce qui devrait provoquer une hausse de l’inflation au cours des prochains mois. L’inflation sous-jacente devrait atteindre la borne supérieure de l’objectif de la Banque centrale, vers 3%, ce qui devrait conduire à de nouvelles hausses des taux. La RBA devrait poursuivre sa politique de resserrement monétaire graduel, avec de nouvelles hausses de taux totalisant 50 pdb en 2011, après un resserrement de 175 pdb depuis octobre 2009. Nouvelle-Zélande : croissance en reconstruction L’économie, aidée par les travaux de reconstruction consécutifs au tremblement de terre de Canterbury, va prendre de la vitesse, à 3,3% environ en 2011. Malgré une inflation élevée à court terme, les pressions inflationnistes à moyen terme resteront contenues, ce qui suggère que la Banque centrale (RBNZ) relèvera ses taux de manière graduelle : nous attendons un resserrement de 100 pdb. Le dollar néo-zélandais continuera de s’apprécier contre le dollar américain pendant une grande partie de l’année prochaine et devrait atteindre environ 0,81 contre le dollar américain fin 2011. Le tremblement de terre de Canterbury, en septembre 2010, a infligé un choc à l’économie néo-zélandaise et a retardé la reprise. Cependant, les travaux de reconstruction consécutifs au tremblement de terre devraient contribuer à un renforcement de la croissance en 2011. Après une croissance de 2,9% en 2010, nous attendons environ 3,3% en 2011, puis 3,5% en 2012. La reprise a toutefois été lente et il existe des risques baissiers sur nos prévisions. Les dépenses des ménages, en particulier, sont peu dynamiques et ne semblent pas devoir s’améliorer, compte tenu de la faiblesse du marché immobilier et de la faible demande de crédit. À court terme, les pressions inflationnistes devraient rester élevées, avec une inflation supérieure à la cible de la Banque centrale (1-3%). L’inflation sera impactée par la prolongation du dispositif gouvernemental sur les droits d’émission de gaz à effet de serre, la hausse de la TVA, l’impact du tremblement de terre et la hausse des taxes sur le tabac, autant de facteurs qui entretiendront un niveau élevé d’inflation en 2011. Les anticipations d’inflation à moyen terme devraient toutefois rester contenues, ce qui suggère que la Banque centrale n’augmentera ses taux que graduellement au cours des mois à venir. Nous attendons des hausses totalisant 100 pdb d’ici fin 2011, soit un taux directeur à 4%, ce qui constituera son point haut. Le dollar néo-zélandais, comme son équivalent australien, sera l’une des devises les plus performantes l’année prochaine, grâce à des taux plus élevés, à de meilleures perspectives de croissance et à une amélioration de son profil de risque. Le recul du dollar néo-zélandais au cours des dernières semaines fournira aux investisseurs de meilleurs niveaux d’entrée. Mitul KOTECHA mitul.kotecha@ca-cib.com Australie : croissance Nouvelle-Zélande : croissance % % % % 2,0 8 2 6 1,5 1,5 6 5 1,0 1 4 4 0,5 0,5 3 2 0,0 0 2 0 -0,5 -0,5 1 -1,0 -2 -1 -1,5 0 -1,5 -4 00 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 00 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 t/t t/t (p) a/a a/a (p) t/t t/t (p) a/a a/a (p) So urce : B lo o mberg, Crédit A grico le CIB So urces : B lo o mberg, Crédit A grico le CIB Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 25
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    Amérique Canada : c’estgrave, docteur ? L’incertitude, les signes de ralentissement économique et l’appréciation du CAD/USD auront fini par l’emporter et interrompre la normalisation de la politique monétaire de la BoC. A l’issue de ses deux dernières réunions (19 octobre et 7 décembre), elle a laissé inchangé son taux directeur à 1%. Des perspectives de croissance bonnes mais revues en baisse pour 2011 devraient l’inciter à temporiser jusqu’au troisième trimestre 2011 avant de reprendre ses hausses de taux. Au troisième trimestre 2010, la croissance a ralenti à 1% en rythme trimestriel annualisé (après +2,3% au deuxième trimestre et +5,6% au premier). En glissement annuel, elle reste stable (+3,4%), ce qui relativise l’inflexion trimestrielle. La composition de cette croissance permet également de ne pas s’inquiéter outre- mesure du chiffre global. En effet, le commerce extérieur a amputé la croissance de quatre bons points, du fait d’une baisse des exportations alors que les importations n’ont fait que ralentir. Les dépenses publiques ont aussi contribué moins positivement. En revanche, la consommation a progressé de 3,5% (en accélération par rapport au deuxième trimestre) et l’investissement de 9,4% (à peine moins qu’au trimestre précédent). A la fin du troisième trimestre, la perte de momentum de la croissance est néanmoins évidente dans divers indicateurs mensuels d’activité : le chiffre encourageant des ventes de détail (+0,6% sur le mois de septembre) est contrebalancé par la baisse de 0,2% du PIB mensuel et de 1,2% de la production industrielle. La variation sur un an de ces indicateurs reste néanmoins confortablement positive (respectivement 3,3%, 3,5% et 6,8%). L’évolution de l’emploi est aussi en demi-teinte. Les créations d’emplois restent modestes et volatiles (moyenne mensuelle d’à peine 30 000 depuis le creux de l’emploi en juillet 2009), mais le taux de chômage est clairement sur une pente descendante (7,6% en novembre 2010, contre un pic à 8,7% en août 2009). La BoC n’a toujours pas de souci à se faire côté inflation. En octobre, elle n’était que de 1,8% en glissement annuel, selon sa mesure de référence, soit toujours dans la fourchette basse de sa cible. La BoC anticipe désormais un retour à la cible de 2% d’ici la fin 2012, date à laquelle elle s’attend également à ce que l’écart de production se soit refermé. La dégradation des comptes extérieurs est le phénomène marquant de ces derniers mois. Plusieurs raisons à cela. D’abord les États-Unis n’importent plus autant du Canada qu’auparavant. Sans surprise, les secteurs de l’automobile et du bâtiment sont plus particulièrement touchés. L’appréciation du CAD/USD a aussi sa part de responsabilité (+25% depuis mars 2009, ce qui correspond également à l’ordre de grandeur de sa « sur-évaluation » par rapport à sa valeur moyenne de long terme de 0,78). De plus, derrière cette appréciation, il faut voir en partie les effets des hausses de taux de la BoC, ainsi qu’un effet valeur refuge (le Canada n’a pas les problèmes budgétaires, bancaires, d’immobilier, d’endettement des États-Unis) combiné au fait que le CAD est une devise « matières premières ». Lorsque les prix de ces dernières augmentent, c’est a priori bon pour la croissance canadienne (le pays étant exportateur de ces produits) et donc pour le CAD, dont l’appréciation en retour pèse néanmoins sur la croissance et le solde extérieur. Ce cercle vicieux s’apparente à un cas de « maladie hollandaise », à ceci près que l’appréciation du loonie n’est pas uniquement due à l’effet exportation de matières premières. Les mêmes causes produisant, en général, les mêmes effets, l’incertitude, la mollesse de la reprise et l’appréciation du CAD/USD devraient conduire la BoC à patienter jusqu’au troisième trimestre 2011 avant de reprendre ses hausses de taux. Les préoccupations de la BoC quant à la vigueur de la reprise mondiale, américaine et canadienne sont manifestes dans son communiqué du 19 octobre ainsi que dans la révision en baisse de ses prévisions de croissance entre juillet et octobre (3% en 2010, 2,3% en 2011 et 2,6% en 2012). Dans la mesure où nos propres prévisions de croissance sont très proches pour 2010 et 2011, mais un peu plus optimistes pour 2012 (compte tenu de ce que nous anticipons pour les États-Unis et de ce que la croissance des deux pays n’est jamais très éloignée, cf. tableau Scénario économique), sa conclusion selon laquelle « toute nouvelle réduction du degré de détente monétaire devra être évaluée avec soin » milite selon nous pour une pause prolongée, avant une reprise graduelle des hausses de taux (+25 pdb par trimestre, ce qui ramènerait à 2,50% son taux directeur fin 2012). Hélène BAUDCHON helene.baudchon@credit-agricole-sa.fr Canada : croissance au diapason américain Canada : cher loonie a/a, % a/a, % 1,05 6 6 1,00 4 4 0,95 2 2 0,90 0 0 0,85 -2 -2 0,80 -4 -4 0,75 janv.- avr.- juil.- o ct.- janv.- avr.- juil.-10 o ct.- -6 -6 09 09 09 09 10 10 10 00 01 02 03 04 05 06 07 08 09 1 0 CA D/USD mo yenne de LT Canada Etats-Unis So urce : Statistics Canada, B EA , IHS Glo bal Insight, CA S.A . So urce : Réserve fédérale, Crédit A grico le S.A . Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 26
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    Pays émergents Marchés émergents: gains à court terme et problèmes à long terme ? Les pays émergents sont confrontés à de nouveaux défis extérieurs, notamment la crise européenne et le resserrement de la politique monétaire chinoise. Nous pensons qu’ils sauront y faire face. Cependant, deux difficultés spécifiques aux marchés émergents apparaitront en 2011 : la détérioration des soldes courants devrait limiter l’appréciation des devises et le retour de l’inflation devrait entraîner des hausses de taux, avec le risque que certaines Banques centrales prennent du retard. Les difficultés auxquelles les marchés émergents sont confrontés ont pris de l’ampleur au cours des dernières semaines. La crise souveraine européenne, les craintes concernant l’impact du resserrement monétaire en Chine – mais aussi les tensions géopolitiques dans la péninsule coréenne – ont provoqué des corrections sur l’ensemble des devises émergentes et des spreads de CDS souverains. Les taux en devise locale ont fortement augmenté, comme leurs homologues en dollar et en euro. La persistance de l’incertitude en Europe suggère que les tensions pourraient durer. Nous pensons cependant que l’optimisme généralisé entourant les pays émergents devrait se poursuivre, au moins jusqu’au premier semestre 2011 : à court terme, la plupart des pays émergents échapperont à la crise. Les fondamentaux des pays émergents soutiennent la comparaison avec ceux des pays développés. Cela s’applique aux perspectives de croissance économique : nous attendons une croissance de 6,5% pour les pays émergents en 2011, contre 2,2% dans les pays développés. Cela concerne également les taux d’intérêt (plus élevés), la flexibilité budgétaire (généralement plus importante) et la liquidité extérieure (qui s’améliore : dans de nombreux pays, le montant important des réserves permettrait d’absorber d’éventuelles pressions financières). Cela sera-t-il suffisant ? Après tout, de bons fondamentaux n’ont pas empêché les prix des actifs des pays émergents de subir des corrections très importantes fin 2008, lorsque la crise des pays développés s’est propagée au reste du monde. Cela pourrait-t-il se reproduire avec le retour de la crise en Europe ? Nous pensons que cela ne se produirait que si, au-delà des tensions financières, on assistait à un effondrement de l’économie réelle dans les marchés développés – situation qui entraînerait une forte contraction des exportations des pays émergents. Cependant, notre scénario de base n’envisage pas de situation récessive en 2011, que ce soit aux États-Unis ou en Europe. De ce point de vue, la situation actuelle diffère de celle de 2008. De plus, bien que nous nous attendions à une poursuite du resserrement monétaire en Chine, nous ne considérons pas ce dernier comme une menace pour la croissance. La progression des salaires devrait continuer à soutenir la consommation en 2011. Par ailleurs, la supervision du crédit devrait permettre une progression des prêts légèrement supérieure à la croissance du PIB pendant les douze prochains mois : cela peut difficilement être considéré comme un resserrement brutal de la politique monétaire. Nous tablons sur une croissance chinoise de 9,0% en 2011, un chiffre qui reste élevé. Pourtant, même si la croissance des pays émergents devrait se maintenir, deux problèmes devraient progressivement prendre de l’ampleur en 2011. Le premier d’entre eux concerne les balances courantes, qui devraient continuer à se dégrader sous l’effet de la forte demande domestique et de la croissance mitigée du G3. De plus, la hausse des prix des matières premières pèsera sur les pays importateurs comme l’Inde, l’Égypte ou la Turquie. Sur une base agrégée, nous prévoyons une baisse de l’excédent courant des marchés émergents de 3,0% du PIB en 2009 et 2,3% en 2010 et à 1,6% en 2011. Certains pays émergents importants comme le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud et la Turquie afficheront probablement des déficits importants. Le fait que certains pays émergents affichent des déficits courants n’est pas un problème en soi, tant qu’ils restent limités. De tels déficits vont en effet de pair avec le rééquilibrage de l’économie mondiale et avec le besoin de ces pays d’importer des biens d’équipement qui contribuent à moderniser leur économie. Les devises émergentes contre le dollar et l’euro 140 No tre indice des devises émergentes co ntre… 130 prévisio ns 120 10 1 100 90 80 panier do llar/euro /yen/£ USD EUR 70 janv.-03 janv.-04 janv.-05 janv.-06 janv.-07 janv.-08 janv.-09 janv.-10 janv.-11 janv.-12 Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 27
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    Pays émergents Mais une telle tendance pourrait ne pas rester sans effet sur les taux de change. Il est vrai qu’à court terme, cet effet pourrait être limité. Avec le QE2, le financement des déficits courants ne devrait, en effet, pas poser de problème. Cependant, les flux de capitaux vers les marchés émergents pourraient diminuer si la liquidité mondiale se contractait. Une telle situation pourrait provoquer une baisse des devises des pays affichant un déficit courant. Dans notre scénario de base, cela pourrait survenir de façon graduelle. Cependant, l’afflux de capitaux spéculatifs vers les pays émergents se poursuivant, le risque d’une correction abrupte augmentera au cours des prochains mois : plus les flux sont importants, plus la correction est importante lorsque ces flux s’inversent. À l’aide d’un échantillon de quatre pays pour lesquels nous disposons de données assez complètes sur les flux de capitaux, nous avons observé que le montant des capitaux étrangers investis dans les marchés actions des pays émergents avait dépassé son niveau d’avant crise dès le mois de septembre, qu’il avait été multiplié par dix en dix ans et qu’il était légèrement plus élevé que les réserves de change de ces pays. Les flux continuant à se diriger vers les pays émergents, les prix des actifs et les devises seraient d’autant plus vulnérables à d’éventuelles montées de l’aversion au risque : ceci est clairement un risque pour l’année 2011. Ce risque pourrait se matérialiser, au moins en partie, si les marchés considéraient qu’une hausse des taux se profile aux États-Unis ou en Europe. Dans un tel contexte, les risques d’intervention et les risques réglementaires resteront importants dans les trimestres à venir. Nous pensons que ce sera particulièrement le cas pour les pays dont le déficit courant se creuse et dont les devises se sont fortement appréciées en termes effectifs. Parmi les principaux marchés émergents importants, le Brésil, l’Afrique du Sud, mais également la Turquie sont particulièrement concernés. La détérioration des comptes courants, combinée aux interventions sur le marché des changes et aux risques réglementaires, devrait limiter l’appréciation des devises émergentes. Compte tenu d’une appréciation limitée contre le dollar, il serait probablement intéressant de tabler sur une hausse des devises émergentes en 2011, non pas contre le seul dollar, mais contre un panier de devises majeures, voire contre l’euro. Compte tenu de notre scénario baissier sur l’EUR/USD pour la majeure partie de l’année 2011, nous pensons que les devises émergentes s’apprécieront davantage contre l’euro que contre le dollar. En plus des problèmes de balance des paiements, l’inflation pourrait également être une difficulté pour certains pays émergents. Il est vrai que dans notre scénario de quasi-stabilité des prix du pétrole à 75- 80 dollars le baril en 2011, les prix du pétrole ne devraient pas déclencher de poussée inflationniste comparable à celle que les marchés émergents ont connue en 2007-2008. Compte tenu de la corrélation entre les prix du pétrole et l’inflation des pays émergents, une hausse régulière vers 130 ou 140 dollars le baril serait nécessaire pour déclencher une forte accélération de l’inflation. Ceci n’est pas envisagé dans notre scénario de base, mais serait possible dans un scénario alternatif dans lequel la croissance mondiale surprendrait à la hausse. De plus, les prix alimentaires pourraient également susciter des pressions inflationnistes. Cependant, même dans notre scénario de base, la plupart des Banques centrales des pays émergents devront continuer à augmenter les taux en 2011 (c’est le cas de la Chine, du Brésil et de l’Inde par exemple) ou entamer un cycle de hausse pour celles qui ont laissé leurs taux inchangés jusqu’alors (Indonésie, Pologne, Russie et Turquie, notamment). En effet, la hausse du taux directeur moyen dans les pays émergents a été limitée jusqu’à présent. Avec le retour de l’inflation à ses niveaux habituels, les taux réels sont particulièrement faibles. Le « taux directeur réel » des pays émergents (moyenne pondérée par les PIB des « taux directeurs réels » de vingt-et-un grands pays émergents) était de l’ordre de 0,6% en novembre (contre 3,0% environ avant la crise) : ce niveau est trop bas pour la période de reprise actuelle. Ceci dit, les Banques centrales ne durciront leurs politiques monétaires qu’avec prudence, compte tenu de l’incertitude persistante concernant le rythme de la demande mondiale. Elles éviteront également d’améliorer trop rapidement l’attractivité de leurs devises en termes de portage. Nous nous attendons donc à ce qu’elles utilisent d’autres instruments, lorsqu’elles le peuvent – comme le ratio des réserves obligatoires ou des mesures réglementaires. Nous attendons une hausse du taux directeur moyen de seulement 62 pdb en 2011. La Russie devrait procéder au resserrement le plus marqué (200 pdb), tandis que le Mexique pourrait être l’exception à la règle et ne pas relever ses taux en 2011. Le risque serait que cette réticence à relever les taux n’amène certaines Banques centrales à prendre du retard en 2011. Sébastien BARBE sebastien.barbe@ca-cib.com Inflation dans les pays émergents et prix du pétrole Inflation et taux directeurs dans les pays émergents 10% 2,0 10% 1,5 8% 8% 1,0 6% 6% 0,5 4% 4% 0,0 -0,5 2% 2% -1,0 0% 0% -1,5 Indices & taux sur 21pays émergents impo rtants -2% 2003 2005 2007 2009 2011 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 Inflatio n a/a (23 pays émergents) Taux directeur ‘ réel’ (mo y. pays émergents) Var. prix du pétro le a/a (éch. dr.) Inflatio n a/a (mo y. pays émergents) Var. prix du pétro le a/a, prév. CA -CIB (éch. dr.) Taux directeur no minal (mo y. pays émergents) Scénario baril à 1 $ fin 201 (éch. dr.) 35 1 So urces : B lo o mberg, Crédit A grico le CIB So urces : B lo o mberg, Crédit A grico le CIB Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 28
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    Pays émergents Europe centrale: année de transition Les nouvelles tensions sur les dettes de la zone euro entretiennent la nervosité en Europe centrale. L’année 2011 sera une année de transition qui verra le démarrage d’un cycle de hausse des taux, mais pendant laquelle la consolidation budgétaire sera l’une des principales préoccupations, en particulier pour la Hongrie et la Pologne. La croissance reste, par ailleurs, à confirmer dans certains pays, en particulier en Roumanie. L’Europe centrale devra confirmer que la reprise est solide. Les chiffres de croissance ont été décevants au troisième trimestre et ont montré que le rebond de la demande domestique n’était pas encore suffisant pour compenser le ralentissement des exportations. Les chiffres de croissance seront probablement plus faibles en 2011, en raison d’effets de base négatifs, ainsi que d’une demande intérieure toujours modérée et d’une moindre contribution des exportations. Dans un contexte de croissance plus faible, la consolidation budgétaire restera un des principaux sujets de préoccupation des marchés. Toute déception à ce sujet entraînerait de fortes tensions sur les marchés financiers, limiterait la confiance des investisseurs et pénaliserait la reprise. Le risque est d’autant plus élevé que les pays du CE4 ont un programme d’émissions obligataires chargé. Ce facteur pourrait retarder le cycle de hausse des taux qui devrait reprendre prochainement. La réduction du déficit budgétaire ne sera pas une tâche facile, même pour la Pologne dont le déficit budgétaire est élevé, malgré la croissance positive observée depuis deux ans. La Hongrie, bien qu’elle affiche un déficit plus faible, sera la principale source d’inquiétudes dans la région. Les décisions surprenantes et déstabilisantes du gouvernement ont perturbé les marchés et soulevé des questions quant à la capacité et à la volonté du gouvernement à réduire le déficit. De plus, le niveau de transparence est faible et le programme d’émission hongrois ne sera pas facile à mettre en œuvre au regard des conditions actuelles. Toute surprise pourrait compromettre le refinancement de la dette extérieure, qui est colossale. La Roumanie, de son côté, peine à s’extraire de la récession. Alors que d’autres pays peuvent espérer une évolution assez favorable, les déficits jumeaux de la Roumanie se creusent, en particulier le déficit courant et il y a peu de raisons d’attendre une appréciation du leu roumain dans l’année qui vient. Guillaume TRESCA guillaume.tresca@ca-cib.com Russie : retour de la croissance L’économie se ressaisit après le passage à vide de l’été 2010, provoqué par la sécheresse et la baisse des exportations de gaz naturel. Les ventes de détail ont ralenti en septembre/octobre, tandis que la croissance de l’investissement augmentait, à 10,7% a/a. Nous pensons que les perspectives de croissance de la demande intérieure sont très positives pour l’année prochaine. L’inflation et la croissance des importations présentent toutefois des risques pour la croissance. L’économie a commencé à se redresser pendant l’automne, après le passage à vide de l’été 2010 provoqué par la sécheresse (qui a été catastrophique pour l’agriculture) et la baisse du volume des exportations de gaz naturel vers l’Europe (provoquée par un écart entre le prix du gaz au comptant et les prix du gaz dans les contrats à long terme). Ces deux facteurs se sont avérés temporaires : l’agriculture (qui représente 4% du PIB russe) finira de se redresser l’année prochaine, tandis que le volume des exportations de gaz naturel a augmenté régulièrement à partir de septembre (en données corrigées des variations saisonnières). Les ventes de détail ont ralenti en septembre/octobre en raison de la forte hausse des prix alimentaires, mais la forte croissance de l’investissement (10,7% a/a en octobre) a permis à la demande intérieure de continuer à progresser. La politique monétaire accommodante, l’amélioration du marché du travail, la baisse du taux d’épargne des ménages et l’augmentation des dépenses publiques sont autant de facteurs qui susciteront une forte croissance de la demande intérieure l’année prochaine. La croissance des importations reste un des freins principaux à la croissance économique en Russie. Alors que les prix du pétrole étaient stables (ils n’ont pour ainsi dire jamais dépassé 80 dollars le baril entre mai et octobre), la forte croissance des importations a provoqué une baisse de l’excédent courant. Ceci, combiné à d’importantes sorties de capitaux, a conduit à une baisse du rouble au cours des derniers mois. Le plus grand risque pour l’économie dans les années à venir est la tendance haussière de l’inflation – celle-ci dépasse déjà l’objectif de l’année prochaine et continue à augmenter. Nous prévoyons que la Banque centrale (CBR) commencera à resserrer sa politique monétaire d’ici quelques mois, avec une augmentation du taux des réserves obligatoires et nous attendons une première hausse des taux fin février 2011. Maxim ORESHKIN maxim.oreshkin@ca-cib.com Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 29
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    Pays émergents Afrique duSud : décollage laborieux La reprise reste faible et tardive comparée à celle de la plupart des autres pays émergents, mais la croissance devrait progressivement accélérer. Les taux d’intérêt ne devraient pas baisser davantage : le mouvement de désinflation touche à sa fin et le potentiel d’appréciation du rand semble désormais limité. La reprise est restée faible au cours des derniers mois. Du côté de la demande, le pouvoir d’achat des ménages a profité de la faible inflation et de taux d’intérêt relativement bas. Cependant, la situation de l’emploi reste un problème majeur : le taux de chômage a atteint 25,3% en septembre. La forte appréciation du rand a pesé sur le secteur exportateur, mais la hausse de l’indice PMI à 52,9 en novembre suggère que l’économie s’extrait progressivement du « blues post-Coupe du monde ». Les ventes de détail devraient continuer à se redresser graduellement. Au total, nous prévoyons une légère accélération de la croissance, à 3,5% en 2011 après 2,5% en 2010. Heureusement, le gouvernement dispose d’une marge de manœuvre budgétaire qui lui permet de poursuivre des dépenses d’infrastructure. Celles-ci ont l’avantage non seulement de soutenir la croissance, mais aussi de renforcer la compétitivité de l’économie. Après la baisse de 50 pdb du mois dernier, nous prévoyons que la Banque centrale (SARB) laissera ses taux inchangés au cours des prochains trimestres. L’inflation a légèrement augmenté ces derniers temps et ce mouvement pourrait se poursuivre au cours des deux ou trois prochains mois. Par ailleurs, le crédit au secteur privé semble redémarrer progressivement et la croissance des salaires devrait inciter la Banque centrale à rester vigilante. La récente dépréciation du rand pourrait être une raison de plus pour ne pas baisser davantage les taux directeurs. Turquie : le pari risqué de la politique monétaire L’économie a fortement rebondi en 2010 et le ralentissement sera limité en 2011. En conservant un biais baissier sur les taux, la Banque centrale conduit un pari risqué : elle tente de décourager les flux de capitaux spéculatifs… au risque de perdre le contrôle des anticipations d’inflation. La reprise a surpris par sa vigueur en 2010. Nous prévoyons une accélération de la croissance à 7,5% en 2010, après -4,7% en 2009, une des ré-accélérations les plus marquées parmi les pays émergents. La consommation privée, puis l’investissement ont été nettement plus soutenus que prévu. Il est vrai que cette performance résulte en partie d’un effet de base… et que la croissance ralentira probablement en 2011. Cependant, une croissance relativement forte du crédit et une amélioration du marché de l’emploi devraient continuer à soutenir la demande domestique ; des taux d’intérêt réels négatifs devraient par ailleurs limiter le ralentissement de l’investissement. Nous pensons que la croissance pourrait atteindre 5,0% en 2011. Après avoir baissé son taux directeur de plus de 1 000 pdb pendant la crise financière, la TCMB continue d’afficher un biais baissier sur les taux, cela afin de décourager les flux de capitaux volatils. Afficher un tel biais malgré la forte reprise de la demande interne s’apparente, à notre avis, à un pari risqué, tant l’inflation, encore faible aujourd’hui, pourrait devenir un défi conséquent en 2011. En effet, le taux d’utilisation des capacités de production est en hausse et pourrait retrouver ses niveaux d’avant crise au premier semestre 2011. La forte demande des consommateurs pourrait être un facteur d’inflation. Dans un tel contexte, la possible hausse mondiale des prix alimentaires pourrait poser problème. En maintenant ses taux bas pendant trop longtemps, la Banque centrale courrait le risque de perdre le contrôle des anticipations d’inflation. La lire turque pourrait ne plus s’apprécier aussi facilement à l’avenir. Le déficit courant s’est creusé et une part de plus en plus importante de son financement est assurée par des capitaux spéculatifs, ce qui fragilise la balance des paiements. À court terme, les liquidités liées au QE2 pourraient continuer à soutenir la lire turque. Mais le cours de la lire pourrait baisser d’ici fin 2011, lorsque le marché commencera à intégrer la normalisation des politiques monétaires en Europe et aux États-Unis. Sébastien BARBE sebastien.barbe@ca-cib.com Afrique du Sud : une reprise lente Turquie : taux d’utilisation et taux directeurs 65 0,20 85% 20% 60 80% 18% 0,15 16% 55 75% 0,10 14% 50 70% 12% 0,05 65% 10% 45 8% 0,00 60% 40 6% -0,05 55% 4% 35 50% 2% 30 -0,10 07 08 09 10 03 04 05 06 07 08 09 10 Tx capacité utilisatio n (éch. dr.) Indice P M I Ventes de détail a/a (prix co nstants) CB RT Repo rate So urces : B lo o mberg, Crédit A grico le CIB So urce : CA CIB CB RT o /n rate Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 30
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    Pays émergents Asie :la surperformance va-t-elle continuer ? L’année 2010 a été spectaculaire pour l’Asie émergente. Une telle performance peut-elle continuer, en dépit du ralentissement du G3, de la force des devises et du resserrement monétaire ? Nous pensons que la réponse est positive, grâce à la forte demande domestique en Chine et en Inde. La région continuera d’attirer des capitaux étrangers, ce qui conduira à une appréciation des devises et à une hausse des rendements obligataires. L’année 2010 a été très positive pour l’Asie émergente, avec une très forte croissance et des pressions inflationnistes largement sous contrôle. L’inflation moyenne (inférieure à 3,5% a/a) a été relativement modérée au regard de la croissance du PIB (près de 9% a/a, la troisième plus forte de cette fin de décennie). La croissance chinoise a accéléré, vers 10% a/a, sur fond de hausse des investissements. L’Inde a continué à rattraper son rival chinois, avec une croissance de près de 9% a/a, stimulée par la hausse de l’investissement et de la consommation. De telles performances ont conduit à une montée des pressions inflationnistes, d’abord en Inde, puis ailleurs vers la fin de l’année. La question que se posent les investisseurs est de savoir si la surperformance asiatique peut continuer en 2011, malgré une croissance plus faible dans le monde développé, une appréciation marquée des devises régionales et une probable poursuite d’un resserrement monétaire souvent tardif. La réponse est positive, grâce à la force de la demande domestique dans les plus grandes économies de la région. L’investissement reste soutenu en Inde et en Chine malgré un certain ralentissement dans l’empire du Milieu, les autorités cherchant à limiter les excès dans le secteur de l’immobilier et à réduire la distribution de crédit. Les deux pays devraient également bénéficier d’une consommation privée soutenue, après des années de croissance à deux chiffres des salaires. En Chine, par exemple, le salaire nominal a augmenté de 18% par an en moyenne sur la période 2005-2009, alors que dans la plupart des provinces le salaire minimal a été gonflé de 24% au cours des trois premiers trimestres de 2010. Bien sûr, une grande partie de la région devrait connaître un certain ralentissement, la croissance globale devant baisser vers 8% a/a environ. Les effets de base vont devenir de moins en moins favorables, la reconstitution des stocks est en grande partie terminée et les hausses des taux devraient se poursuivre, une inflation d’environ 4,5% étant attendue. L’Inde et la Chine, en particulier, devraient toutes deux relever leurs taux de 75 pdb, l’augmentation du pouvoir d’achat des consommateurs et l’insuffisance de l’offre de biens alimentaires et immobiliers ayant créé des déséquilibres entre l’offre et la demande qui nécessitent une hausse des taux d’intérêt réels. De plus, l’appréciation des devises, assez marquée contre le dollar et encore plus contre l’euro, pourrait peser à la marge sur la croissance des exportations. Plusieurs économies de la région ont déjà vu leur balance commerciale se détériorer, notamment la Malaisie et la Thaïlande, dont les monnaies se sont appréciées rapidement. Cependant, la hausse de l’indice PMI chinois augure bien du commerce international pour l’ensemble de la région et la croissance des exportations – après un ralentissement lié à des effets de base début 2011 – devrait se redresser plus tard dans l’année. Avec de telles performances, l’Asie émergente devrait continuer d’attirer des investissements directs et financiers, d’autant plus que les investisseurs manquent d’alternatives convaincantes dans les pays développés où la croissance est décevante. Les flux de capitaux vers la région devraient donc se poursuivre, encouragés par l’assouplissement quantitatif aux États-Unis. Alors que plusieurs pays tentent de mettre en place des mesures de contrôle afin de limiter l’entrée de ces capitaux, nous pensons que dans l’ensemble les investisseurs devraient continuer à être attirés par l’Asie émergente. En conséquence, la plupart des devises régionales devraient s’apprécier. Nous tablons sur de bonnes performances du won coréen et du peso philippin. Les deux devises semblent n’être pas encore revenues à leur niveau d’avant crise, et ces pays présentent des opportunités d’investissement très attractives basées sur des fondamentaux solides. Les autorités chinoises – qui se préoccupent de plus en plus de l’inflation et un peu moins de la croissance – devraient laisser le yuan s’apprécier plus rapidement : le taux du USD/CNY devrait terminer l’année 2011 à 6,30, historiquement les périodes de montée des tensions inflationnistes coïncidant avec une accélération de l’appréciation du yuan. En revanche, compte tenu des importants déficits courant et commercial de l’Inde, la roupie indienne pourrait être vulnérable à un éventuel ralentissement des flux de capitaux après la fin du QE2. Frances CHEUNG Dariusz KOWALCZYK frances.cheung @ca-cib.com dariusz.kowalczyk@ca-cib.com Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 31
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    Pays émergents Mexique :la bamba triste Malgré une certaine amélioration, la reprise mexicaine est en retard sur celle de l’Amérique latine. La demande domestique est faible et ne devrait guère soutenir la croissance en 2011, le Mexique sera donc dépendant de ses exportations vers les États-Unis. Un ralentissement étant probable aux États-Unis, la Banque centrale (Banxico) devrait rester prudente. Le Mexique est finalement sorti de récession en 2010, avec une croissance qui devrait être de 5,3%, en partie grâce au rebond américain. Le Mexique est néanmoins en retard au sein de l’Amérique latine et sa demande domestique ne devrait pas être suffisamment dynamique pour soutenir la croissance de manière significative en 2011. En conséquence, la croissance ralentira probablement vers 3,5% en 2011. De fait, la demande interne a à peine rebondi et les conditions difficiles du marché de l’emploi continueront à freiner la demande. De plus, la croissance du crédit – en particulier du crédit à la consommation – reste faible en partie en raison d’une réorganisation du secteur bancaire, ce qui bridera la reprise de la demande. Heureusement le secteur exportateur, tourné à 80% vers les États-Unis, continue à soutenir l’activité. Les premiers signes d’amélioration dans le secteur automobile américain (GM et Ford ont affiché des bénéfices) sont de bon augure pour le secteur exportateur mexicain. Compte tenu de cet environnement mitigé, la Banxico est restée prudente en 2010 et devrait le rester en 2011. L’appréciation graduelle du peso mexicain tout au long de l’année – qui s’explique par le rebond des entrées de capitaux – a contribué à contenir l’inflation et a donc limité la nécessité de relever les taux. Compte tenu du statu quo probable de la Fed, la Banxico n’aura que peu d’intérêt à entamer un cycle de hausse en 2011. Cette inaction pourrait conduire à une inflation légèrement supérieure à la borne haute de sa cible. Toutefois, l’appréciation du peso et la faiblesse de la demande domestique devraient dissuader la Banque centrale de relever ses taux trop rapidement. Le Mexique restera inévitablement sensible à l’évolution de l’économie américaine : un éventuel double-dip ou une prolongation du programme d’assouplissement quantitatif américain pourraient inciter la Banque centrale à abaisser ses taux. Guillaume TRESCA guillaume.tresca@ca-cib.com Brésil : un ralentissement s’impose Après la forte croissance de l’année 2010, les pressions inflationnistes augmentent et il est clair que la croissance de la demande n’est pas soutenable. Une part de l’ajustement nécessaire sera d’ordre budgétaire mais, même dans ce cas, la politique monétaire devra être resserrée afin de maintenir les anticipations d’inflation sous contrôle. Nous pensons que la croissance sera de 7,5% en 2010. Ce très fort rebond post-crise a provoqué une forte baisse des ressources inemployées, ce qui fait augmenter l’inflation et les anticipations d’inflation au cours des derniers mois. Le ralentissement de la croissance au second semestre 2010 n’a clairement pas été suffisant pour maintenir l’inflation sur une trajectoire conforme à l’objectif : un policy mix plus strict sera donc rapidement nécessaire. Une part de l’ajustement pourrait être d’ordre budgétaire. Des contraintes politiques et institutionnelles limitent cependant la capacité du gouvernement à durcir fortement la politique budgétaire. Par conséquent, la politique monétaire sera une fois de plus le principal outil mis en œuvre pour contrôler la croissance de la demande agrégée. De plus, alors que des doutes planent quant à l’indépendance de la Banque centrale (BCB), nous pensons qu’elle agira sans tarder, afin de rétablir sa crédibilité. Nous attendons trois hausses consécutives de 50 pdb à partir de janvier 2011. Ces hausses porteraient le Selic à 12,25%, niveau auquel il serait ensuite maintenu jusqu’à la fin de l’année. La combinaison d’une politique monétaire et d’une politique budgétaire plus strictes provoquera un ralentissement de la croissance vers 4,2% en 2011, un niveau inférieur à la croissance potentielle. Ceci provoquera une baisse de l’inflation et pourrait créer les conditions d’un assouplissement en 2012. Le real brésilien devrait s’apprécier au premier semestre 2011, continuant à bénéficier de taux d’intérêt locaux relativement hauts et de politiques monétaires accommodantes dans les pays développés. Cette tendance finira par s’inverser avec l’augmentation du déficit courant du Brésil et l’anticipation par le marché d’une normalisation monétaire dans les pays développés. Vladimir VALE vladimir.vale@ca-cib.com Mexique : une demande domestique faible Brésil : anticipations d’inflation % % 5,6 20 60 5,4 40 5,2 10 5 20 4,8 0 0 4,6 -20 4,4 Objectif -10 -40 4,2 Indice étendu prix à la co nso . anticipatio n à un an no v-04 no v-06 no v-08 no v-10 4 Ventes de détail (a/a %) Crédits co nso . (a/a %) 04/01/201 0 19/04/2010 30/07/2010 1 1 2/1 /2010 So urce : B anxico , INEGI, Crédit A grico le CIB So urce : B CB (Fo cus Repo rt) Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 32
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    Pays émergents MENA :une reprise à deux vitesses se met en place En 2011, la région MENA devrait connaître une croissance solide, mais caractérisée par des différences de niveau d’un pays à l’autre. La plupart des pays exportateurs de pétrole de la région verront leur croissance augmenter, tandis que la plupart des pays importateurs de pétrole verront la leur diminuer. L’inflation restera limitée. L’amélioration de la perception des risques devrait inciter les émetteurs à profiter de conditions de marché favorables pour refinancer les dettes arrivant à maturité et lever des fonds. La plupart des pays exportateurs de pétrole de la région MENA verront leur croissance augmenter en 2011. Le secteur pétrolier du Golfe devrait connaître une croissance positive en 2011, mais ce sont les secteurs non-pétroliers, privés et publics, qui seront les principaux moteurs de la croissance. En Arabie saoudite, la plus grande économie de la région MENA, le secteur privé devrait croître de 4,6% en 2011 et le PIB de 4,2%. Les Émirats Arabes Unis (EAU) profiteront de la croissance du secteur manufacturier non pétrolier et des infrastructures non pétrolières d’Abu Dhabi, ainsi que de la reprise des activités liées au commerce international, du tourisme et du commerce de détail à Dubaï. Nous prévoyons une croissance de 3,4% aux EAU en 2011, après la croissance de 2,5% en 2010. Le Koweït devrait également afficher une croissance en hausse grâce au déploiement de son plan d’investissement de 104 milliards d’euros : elle devrait atteindre à 3,5% en 2011, contre 3,2% en 2010. Il est possible que ce plan fragilise le consensus politique. Au Qatar – exportateur de gaz naturel – la croissance pourrait tomber de 16,1% en 2010 à 12,4% en 2011, mais elle restera la plus élevée de la région. Pour les pays producteurs de pétrole, les risques baissiers sont liés aux prix du pétrole, à la faiblesse de la reprise du secteur privé (désendettement) qui pourrait impacter les bilans des banques, aux investissements limités dans les secteurs non pétroliers et à la baisse des prix des actifs. Les rendements obligataires des entreprises et des États de la région MENA ont baissé pendant l’année 2010 grâce à l’amélioration des conditions de marché et à la conclusion d’un accord entre Dubaï World et ses créanciers sur la restructuration de 25 milliards de dollars de dette. Des dizaines de milliards de dollars de dette devant être refinancés en 2011 dans le Golfe, la forte activité du marché obligataire au quatrième trimestre devrait se poursuivre l’an prochain. La baisse des spreads de CDS sur les États de la région soutient le marché obligataire. Cependant, tout faux pas de Dubaï dans la gestion de sa dette, dont le montant dépasse 100 milliards de dollars, pourrait peser sur l’appétit pour le risque dans la région. Les marchés actions du Golfe ont affiché des performances inférieures à celle de l’Égypte, en raison d’un niveau de confiance qui reste faible. La croissance des pays importateurs de pétrole de la région MENA, dont le Liban, la Tunisie et le Maroc, devrait diminuer en 2011, en raison du léger ralentissement des secteurs non agricoles. L’Égypte, en revanche, devrait voir sa croissance progresser légèrement, de 5,2% en 2010 à 5,3% en 2011. Les transferts envoyés par les travailleurs expatriés ont augmenté régulièrement et les investissements directs étrangers, en baisse en 2010, devraient reprendre en 2011 avec la reprise économique mondiale. La réduction du déficit budgétaire de l’Égypte (8,1% du PIB actuellement) sera difficile sans réduction des subventions. Une telle réduction est improbable à court terme, car l’inflation restera proche de 10% en 2011. La croissance de la région MENA est trop faible pour générer suffisamment d’emploi, ce qui souligne le besoin d’un engagement plus fort du secteur privé. Les devises de la Tunisie et du Maroc, la structure de leur commerce extérieur et les transferts en provenance de l’étranger mettent en évidence la forte dépendance de ces deux pays à l’égard de la zone euro, qui les rend vulnérables à la reprise atone de cette région. Bien que vulnérable, la livre égyptienne serait défendue par la Banque centrale vers 5,78, en cas de besoin. Un autre risque potentiel pour la livre, les spreads de CDS et les actions égyptiennes est la question de la succession du président égyptien – qui a quatre-vingt-deux ans – à l’occasion des élections présidentielles de 2011. L’appréciation du dollar en 2011 devrait limiter l’inflation importée et réduire la spéculation à propos d’une réforme des ancrages (pegs) entre les monnaies du Golfe et le dollar, comme en témoigne la modération des forwards du rial d’Arabie saoudite depuis le mois d’octobre. L’inflation devrait diminuer en Afrique du Nord, en Égypte, en Arabie saoudite et au Liban en 2011, mais elle devrait augmenter dans cinq pays du Golfe en raison d’une hausse de la demande agrégée et d’effets de base. Le Qatar, sortant de deux années de déflation, pourrait afficher une inflation de 2,7% en 2011 – la plus faible du Golfe. Au Liban, enfin, le secteur de la construction, les transferts en provenance de l’étranger et le tourisme ont soutenu l’économie, bien que la dette publique (qui représente 148% du PIB), les déficits budgétaires élevés, le caractère spéculatif de certains prix immobiliers et les incertitudes politiques masquent la fermeté des fondamentaux. Les questions concernant la succession du président égyptien et de possibles tensions géopolitiques au Liban, en Irak et en Iran pourraient également entraîner une baisse de l’appétit pour le risque dans la région en 2011. John SFAKIANAKIS johns@alfransi.com.sa Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 33
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    Prévisions Taux d’intérêt au17 décembre 2010 17-déc. m ars-11 juin-11 sept-11 déc-11 m ars-12 juin-12 sept-12 déc-12 Etats-Unis Fed funds 0,25 0-0.25 0-0.25 0-0.25 0-0.25 0-0.25 0-0.25 0,50 1,00 3 m ois 0,30 0,40 0,40 0,40 0,40 0,45 0,50 1,00 1,40 Taux 2 ans 0,63 0,75 0,95 1,45 1,70 1,80 2,00 3,00 3,50 Taux 10 ans 3,40 3,30 3,50 3,80 4,00 4,20 4,35 4,50 4,75 Japon Call 0,08 0-0.10 0-0.10 0-0.10 0-0.10 0-0.10 0-0.10 0-0.10 0,25 3 m ois 0,18 0,34 0,34 0,34 0,35 0,35 0,35 0,37 0,40 Taux 2 ans 0,21 0,20 0,20 0,20 0,22 0,23 0,25 0,25 0,30 Taux 10 ans 1,21 1,10 1,10 1,15 1,20 1,25 1,30 1,50 1,60 Zone euro Repo 1,00 1,00 1,00 1,00 1,00 1,25 1,50 1,75 2,25 3 m ois 0,95 1,20 1,30 1,40 1,50 1,75 2,00 2,25 2,75 Taux 2 ans 1,06 1,25 1,40 1,75 2,00 2,25 2,50 3,00 3,50 Taux 10 ans (All.) 3,03 3,10 3,30 3,55 3,75 3,85 4,00 4,15 4,25 Royaum e-Uni Taux de base 0,50 0,50 0,50 0,50 1,00 1,50 2,00 2,50 3,00 3 m ois 0,75 0,85 0,85 1,00 1,50 2,00 2,40 2,80 3,30 Taux 2 ans 1,19 1,00 1,20 1,75 2,50 2,80 3,10 3,40 3,60 Taux 10 ans 3,57 3,70 3,90 4,10 4,25 4,25 4,40 4,55 4,65 Suède Repo 1,25 1,50 1,75 2,00 2,25 2,50 2,75 3,00 3,25 3 m ois 1,88 2,10 2,35 2,60 2,85 3,10 3,35 3,60 3,85 Taux 10 ans 3,26 3,70 3,90 4,15 4,35 4,45 4,60 4,75 4,85 Norvège Deposit 2,00 2,00 2,00 2,25 2,50 2,75 3,00 3,25 3,50 Suisse 3 m ois 0,17 0,25 0,25 0,50 0,50 0,75 1,00 1,00 1,25 Taux 10 ans 1,90 2,75 3,25 3,40 3,50 3,67 3,74 3,89 3,99 Canada Overnight Target 1,00 1,00 1,00 1,25 1,50 1,75 2,00 2,25 2,50 Australie Cash Target 4,75 5,00 5,25 5,25 5,25 5,25 5,25 5,25 5,25 Nouvelle-Zélande Official Cash Rate 3,00 3,50 3,75 4,00 4,00 4,00 4,00 4,00 4,00 Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 34
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    Prévisions 17-déc m ars-11 juin-11 sept-11 déc-11 m ars-12 juin-12 sept-12 déc-12 Asie Chine 1Y lending rate 5,56 6,06 6,56 6,56 6,56 6,81 6,81 7,06 7,06 Hong Kong Taux de base 0,50 0,50 0,50 0,50 0,50 0,50 0,50 0,75 1,25 Inde Taux Repo 6,25 6,50 6,50 6,75 7,00 7,00 7,25 7,25 7,50 Indonésie BI rate 6,50 6,50 6,50 6,75 7,00 7,00 7,25 7,25 7,25 Corée Call rate 2,50 2,75 3,00 3,25 3,25 3,25 3,25 3,50 3,75 Malaisie OPR 2,75 2,75 2,75 2,75 3,00 3,00 3,25 3,25 3,50 Philippines Taux Repo 4,00 4,00 4,25 4,50 4,50 4,75 4,75 5,00 5,00 Singapour 6M SOR 0,48 0,61 0,67 0,67 0,70 0,71 0,76 1,10 1,34 Taiw an Redisc 1,50 1,75 2,00 2,00 2,00 2,00 2,00 2,25 2,50 Thaïlande Repo 2,00 2,25 2,50 2,75 2,75 2,75 2,75 3,00 3,25 Vietnam Prime rate 9,00 10,00 10,00 11,00 11,00 11,00 12,00 12,00 12,00 Am érique latine Argentine Deposit 3 mois 10,30 10,00 10,50 11,00 11,00 11,00 11,25 11,50 11,50 Brésil Overnight/Selic 10,75 11,75 12,25 12,25 12,25 11,75 11,25 10,75 10,50 Mexique Taux Overnight 4,50 4,50 4,50 4,50 4,50 5,25 5,50 5,75 6,00 Europe ém ergente Rép. Tchèque Repo 14 j. 0,75 0,75 1,00 1,25 1,50 1,75 1,75 2,00 2,00 Hongrie Repo 2 sem. 5,50 6,00 6,00 6,00 6,00 6,00 6,00 6,00 6,00 Pologne Repo 7 j. 3,50 4,00 4,25 4,25 4,50 4,75 4,75 4,75 4,75 Roum anie Repo 2 sem. 6,25 6,25 6,50 6,75 6,75 7,00 7,00 7,00 7,00 Russie Refinancing rate 2,50 3,00 3,50 4,00 4,50 5,25 6,00 7,50 9,00 Turquie Overnight 6,50 7,00 7,50 8,00 8,00 8,00 8,00 8,50 9,00 Afrique & Moyen Orient Afrique du Sud Repo 5,50 5,50 5,50 5,50 5,75 6,50 7,00 7,50 8,00 EAU Repo 1,00 1,00 1,00 1,00 1,00 1,00 1,00 1,25 1,75 Arabie saoudite Repo 2,00 2,00 2,00 2,00 2,00 2,00 2,00 2,25 2,75 Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 35
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    Prévisions Taux de changeau 17 décembre 2010 Taux de change USD 17-déc. m ars-11 juin-11 sept-11 déc-11 m ars-12 juin-12 sept-12 déc-12 Pays industrialisés Euro EUR/USD 1,33 1,37 1,32 1,28 1,25 1,23 1,21 1,20 1,18 Japon USD/JPY 84 82 85 90 94 96 98 100 102 Royaum e-Uni GBP/USD 1,56 1,63 1,61 1,60 1,60 1,60 1,59 1,60 1,59 Suisse USD/CHF 0,96 0,98 1,02 1,06 1,12 1,15 1,17 1,19 1,22 Canada USD/CAD 1,01 0,98 0,97 0,96 0,95 0,94 0,93 0,92 0,90 Australie AUD/USD 0,99 1,02 1,05 1,05 1,06 1,07 1,09 1,11 1,12 Nouvelle-Zélande NZD/USD 0,74 0,78 0,80 0,80 0,81 0,82 0,83 0,84 0,84 Asie Chine USD/CNY 6,66 6,51 6,43 6,36 6,30 6,24 6,18 6,11 6,05 Hong Kong USD/HKD 7,78 7,76 7,77 7,77 7,77 7,77 7,77 7,77 7,77 Inde USD/INR 45,36 44,79 45,10 45,33 45,50 45,12 44,74 44,36 43,98 Indonésie USD/IDR 9 035 8 870 8 860 8 850 8 850 8 750 8 700 8 650 8 650 Malaisie USD/MYR 3,14 3,12 3,11 3,10 3,09 3,07 3,05 3,03 3,01 Philippines USD/PHP 44,23 43,26 42,65 42,05 41,50 41,24 40,99 40,73 40,48 Singapour USD/SGD 1,31 1,27 1,27 1,26 1,26 1,25 1,24 1,22 1,21 Corée du Sud USD/KRW 1 153 1 110 1 095 1 075 1 050 1 035 1 020 1 005 990 Taiw an USD/TWD 29,85 29,93 29,78 29,63 29,50 29,32 29,15 28,97 28,79 Thaïlande USD/THB 30,13 29,75 29,57 29,39 29,20 29,00 28,80 28,60 28,40 Vietnam USD/VND 19 495 20 100 20 100 20 500 20 500 21 100 21 100 21 500 21 500 Am érique latine Argentine USD/ARS 3,97 4,05 4,10 4,15 4,20 4,25 4,30 4,35 4,40 Brésil USD/BRL 1,70 1,67 1,65 1,65 1,70 1,70 1,70 1,75 1,80 Mexique USD/MXN 12,39 12,00 12,00 11,90 11,90 11,85 11,80 11,75 11,70 Afrique & Moyen-Orient Afrique du Sud USD/ZAR 6,81 6,95 6,70 6,70 6,90 7,00 7,10 7,20 7,30 Europe - ém ergents Pologne USD/PLN 2,98 2,92 2,95 3,01 3,00 3,04 3,07 3,08 3,14 Russie USD/RUB 30,67 28,89 30,59 31,71 32,45 31,22 32,69 33,48 34,14 Turquie USD/TRY 1,52 1,46 1,44 1,44 1,46 1,47 1,48 1,49 1,50 Parités croisées contre euro Pays industrialisés Japon EUR/JPY 112 112 112 115 118 118 119 120 120 Royaum e-Uni EUR/GBP 0,85 0,84 0,82 0,80 0,78 0,77 0,76 0,75 0,74 Suisse EUR/CHF 1,28 1,34 1,35 1,36 1,40 1,41 1,42 1,43 1,44 Suède EUR/SEK 9,02 9,38 9,32 9,32 9,30 9,20 9,15 9,10 9,00 Norvège EUR/NOK 7,90 8,30 8,10 8,10 8,00 7,80 7,70 7,60 7,40 Europe centrale République tchèque EUR/CZK 25,15 24,60 24,30 24,20 24,00 23,80 23,60 23,60 23,60 Hongrie EUR/HUF 273 285 280 280 280 280 280 280 280 Pologne EUR/PLN 3,98 4,00 3,90 3,85 3,75 3,74 3,72 3,70 3,70 Roum anie EUR/RON 4,29 4,30 4,30 4,30 4,30 4,30 4,30 4,30 4,30 Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 36
  • 37.
    Prévisions Scénario économique du Groupe Crédit Agricole S.A. Balance courante PIB (a/a, %) Inflation (a/a, %) (en % du PIB) 2010 2011 2012 2010 2011 2012 2010 2011 2012 Etats-Unis 2,8 3,0 3,5 1,6 1,4 1,6 -3,7 -3,9 -3,9 Japon 3,6 1,3 1,7 -1,1 -0,4 0,0 3,5 3,9 3,8 Zone euro 1,7 1,5 1,8 1,6 1,7 2,0 -0,3 0,3 0,5 Allem agne 3,5 2,6 2,4 1,1 1,5 2,3 4,5 5,5 5,5 France 1,6 1,5 1,8 1,5 1,6 1,7 -2,3 -2,3 -2,5 Italie 1,0 1,0 1,4 1,7 1,8 1,9 -3,2 -2,9 -2,5 Espagne -0,2 0,4 1,0 1,7 1,8 1,9 -4,8 -3,8 -3,6 Grèce -4,1 -2,9 0,4 4,6 2,2 1,0 -10,0 -9,0 -6,0 Norvège -0,4 1,5 2,8 2,3 1,6 2,3 14,0 15,0 13,1 Suède 5,3 4,6 3,1 1,2 1,9 2,0 7,0 7,0 7,3 Suisse 1,6 1,9 2,2 0,7 1,0 1,2 9,5 8,0 9,0 Canada 2,9 2,3 3,2 1,8 1,9 1,9 -2,7 -2,8 -2,1 Australie 2,8 3,2 3,4 3,2 3,3 3,3 -4,0 -4,3 -4,2 Nouvelle-Zélande 2,3 3,2 3,5 2,3 3,7 3,3 -4,8 -5,8 -6,2 Royaum e-Uni 1,8 1,9 2,1 3,3 3,0 1,9 -2,2 -1,6 -1,2 Asie 9,1 8,0 8,0 4,4 4,9 4,4 3,2 2,7 2,3 Chine 10,0 9,0 8,6 3,4 5,0 3,8 5,2 4,0 2,9 Hong Kong 6,8 6,3 6,8 2,5 3,0 3,8 8,7 10,5 11,2 Inde 8,9 8,4 8,3 8,3 6,3 6,0 -4,3 -3,8 -4,2 Indonésie 6,3 5,8 5,8 4,9 5,0 6,2 0,9 0,5 -0,1 Corée 6,1 6,1 6,5 3,1 3,5 3,7 3,3 3,5 4,4 Malaisie 7,3 4,1 6,8 1,6 1,9 2,3 10,1 6,9 8,9 Philippines 7,5 5,0 6,6 3,8 4,0 4,8 9,6 8,9 8,1 Singapour 13,6 8,8 9,5 2,5 3,0 3,5 19,4 24,7 27,6 Taiw an 10,0 5,8 6,3 0,9 2,3 3,1 9,3 9,0 9,4 Thaïlande 8,0 5,3 6,0 3,3 3,6 4,3 3,7 3,9 4,4 Vietnam 6,6 6,5 7,4 9,0 9,1 9,4 -7,8 -8,6 -7,9 Am érique latine 6,6 3,9 4,5 6,6 6,3 6,1 -1,4 -1,8 -1,9 Argentine 7,0 4,0 4,0 17,0 17,0 17,0 1,5 1,5 1,1 Brésil 7,5 4,2 4,5 5,5 5,0 4,5 -2,7 -3,3 -3,0 Mexique 5,3 3,5 4,8 4,2 4,0 4,0 -0,6 -1,0 -1,5 Europe - ém ergents 4,1 3,8 3,4 6,6 7,0 7,6 0,6 -1,7 -2,0 République tchèque 2,0 2,5 2,3 1,5 2,2 2,0 -2,5 -2,8 -3,0 Hongrie 1,0 2,3 2,0 4,9 3,4 2,5 0,0 -1,6 -1,8 Pologne 3,3 3,5 3,0 2,8 2,8 2,6 -2,5 -3,0 -2,8 Russie 4,2 3,7 3,3 8,0 9,5 11,0 5,6 1,0 0,0 Roum anie -1,9 1,7 3,0 6,2 5,2 4,0 -5,8 -6,9 -6,4 Turquie 7,5 5,5 4,5 8,3 7,0 7,0 -6,0 -5,5 -4,5 Afrique & Moyen-Orient 4,4 4,5 4,7 5,2 5,2 5,2 4,2 4,3 4,9 Algérie 4,0 3,5 4,4 5,0 4,3 4,8 2,0 1,2 2,5 Egypte 5,2 5,3 5,5 11,1 10,0 9,3 0,3 0,4 1,8 Kow eït 3,2 3,5 4,4 4,0 4,2 4,3 32,1 29,1 28,3 Liban 7,5 5,5 4,0 4,6 3,8 3,5 -10,0 -10,7 -10,3 Maroc 4,2 3,8 4,9 2,5 2,6 2,9 -8,4 -6,9 -5,9 Qatar 16,1 12,4 10,2 -2,2 2,7 3,9 21,8 26,5 27,6 Arabie saoudite 3,8 4,2 4,4 5,3 4,7 4,1 9,5 9,7 9,9 Afrique du Sud 2,5 3,5 4,0 4,3 4,7 5,0 -3,5 -4,0 -4,0 Em irats arabes unis 2,0 3,4 3,8 1,0 3,1 3,9 5,5 6,1 7,2 Tunisie 3,4 3,0 3,3 4,5 3,3 3,3 -4,0 -2,5 -2,3 Total 4,8 4,2 4,4 3,1 3,3 3,3 0,4 0,1 0,0 Pays industrialisés 2,5 2,3 2,7 1,3 1,4 1,6 -1,2 -1,1 -1,0 Pays ém ergents 7,6 6,5 6,5 5,1 5,5 5,2 2,3 1,6 1,3 Notes: (1) Royaume-Uni : HICP ; Inde : prix de gros ; Chine, index prix de détail ; Brésil : IPCA, Afrique du Sud : CPI-X (2) Inde : fin de l'année fiscale en mars. Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 37
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    Prévisions 2010 2011 2012 Croissance PIB, % T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 Etats-Unis (annuel) 3,7 1,7 2,5 3,0 3,1 3,3 3,4 3,2 3,2 4,1 4,0 3,9 Japon 1,6 0,4 0,9 -0,2 0,3 0,5 0,3 0,5 0,4 0,4 0,5 0,3 Eurozone 0,4 1,0 0,4 0,4 0,2 0,3 0,4 0,5 0,5 0,4 0,4 0,4 Allem agne 0,6 2,3 0,7 0,6 0,4 0,5 0,5 0,6 0,6 0,5 0,5 0,5 France 0,2 0,7 0,4 0,4 0,3 0,3 0,5 0,5 0,5 0,5 0,5 0,5 Italie 0,4 0,5 0,2 0,2 0,2 0,3 0,3 0,4 0,4 0,4 0,4 0,4 Espagne 0,1 0,3 0,0 0,2 0,0 0,1 0,2 0,3 0,3 0,3 0,2 0,2 Royaum e-Uni 0,4 1,2 0,8 0,5 0,2 0,4 0,5 0,5 0,6 0,6 0,6 0,6 2010 2011 2012 Prix à la consom m ation, a/a % T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 Etats-Unis 2,4 1,8 1,2 1,1 1,2 1,6 1,6 1,4 1,4 1,6 1,6 1,7 Japon -1,2 -1,1 -0,7 -0,7 -0,5 0,0 -0,3 -0,3 -0,1 0,1 0,1 0,4 Eurozone 1,1 1,5 1,7 2,0 2,0 1,5 1,6 1,6 1,8 1,9 2,1 2,0 Allem agne 0,8 1,0 1,2 1,5 1,5 1,3 1,5 1,7 2,1 2,3 2,4 2,3 France 1,3 1,6 1,5 1,6 1,6 1,4 1,6 1,6 1,5 1,6 1,7 1,9 Italie 1,3 1,6 1,7 2,1 2,4 1,6 1,9 1,4 1,7 1,9 2,1 2,0 Espagne 1,2 1,6 1,9 2,1 2,3 1,9 1,6 1,5 1,9 2,0 1,9 1,9 Royaum e-Uni 3,3 3,4 3,1 3,3 3,3 3,0 3,1 2,6 1,9 1,8 1,9 1,9 2010 2011 2012 Taux de chôm age, % T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 Etats-Unis 9,7 9,7 9,6 9,7 9,6 9,4 9,2 9,1 8,8 8,6 8,3 8,0 Japon 4,9 5,2 5,2 5,0 5,0 4,9 4,8 4,6 4,5 4,5 4,3 4,3 Eurozone 9,9 10,0 10,0 10,0 9,9 9,9 9,8 9,7 9,6 9,4 9,3 9,2 Allem agne 8,1 7,7 7,6 7,4 7,3 7,2 7,1 7,0 7,0 6,9 6,7 6,7 France 9,5 9,3 9,3 9,4 9,3 9,2 9,2 9,1 9,1 9,0 8,9 8,8 Italie 8,4 8,5 8,3 8,3 8,3 8,2 8,2 8,2 8,1 8,0 7,8 7,6 Espagne 19,3 20,0 20,6 20,6 20,3 20,1 20,0 20,0 19,5 19,0 18,5 18,0 Royaum e-Uni 7,9 7,8 7,7 7,7 7,7 7,7 7,7 7,6 7,5 7,3 7,2 7,0 Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 38
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    Prévisions Matières premières 2010 2011 2012 17-déc Prix à long term e T1 T2 T3 T4 Année T1 T2 T3 T4 Année T1 T2 T3 T4 Année Métaux Aluminium USD/t 2 303 2 350 2 500 2 400 2 550 2 450 2 400 2 500 2 650 2 750 2 575 2 800 3 000 2 900 2 900 2 900 2,650 (120c/lb) Cuivre USD/t 9 031 8 500 8 800 8 600 9 000 8 725 9 000 9 500 10 000 10 500 9 750 10 750 11 000 10 500 9 750 10 500 4,960 (225c/lb) Nickel USD/t 24 645 23 500 24 500 24 000 26 000 24 500 23 500 24 500 24 000 26 000 24 500 25 000 26 000 26 000 27 000 26 000 15,432 (700c/lb) Zinc USD/t 2 210 2 300 2 400 2 500 2 700 2 475 2 300 2 400 2 500 2 700 2 475 2 700 2 800 2 600 2 700 2 700 1,764 (80c/lb) Plomb USD/t 2 367 2 375 2 500 2 600 2 700 2 544 2 500 2 400 2 500 2 700 2 525 2 800 2 900 2 700 3 000 2 850 1,323 (60c/lb) Etain USD/t 26 190 24 500 25 500 25 000 25 000 25 000 26 000 28 000 27 000 29 000 27 500 30 000 32 000 31 000 33 000 31 500 15,000 (680c/lb) Métaux précieux Or USD/oz 1 377 1 350 1 350 1 340 1 260 1 325 1 425 1 500 1 475 1 400 1 450 1 375 1 350 1 325 1 250 1 275 700 Argent USD/oz 29,1 27,0 29,0 28,0 26,0 27,5 29,0 31,0 29,0 27,0 29,0 27,0 26,0 25,0 24,0 25,5 7,0 Platine USD/oz 1 705 1 740 1 760 1 750 1 810 1 765 1 725 1 765 1 750 1 820 1 765 1 850 1 875 1 925 1 950 1 900 1 200 Palladium USD/oz 745 700 750 800 850 775 700 750 800 850 775 875 925 950 1 050 950 300 2009 2010 2011 2012 Prix m oyen T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 WTI $/BBL 43 60 68 76 79 78 76 81 80 76 80 79 80 73 77 80 Brent $/BBL 44 59 68 75 76 78 77 82 81 75 79 80 81 72 76 81 2009 2010 2011 2012 Prix fin de trim estre T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 WTI $/BBL 50 70 71 79 84 76 82 81 78 78 80 80 77 75 79 80 Brent $/BBL 47 68 67 78 80 75 83 81 78 77 79 80 76 74 78 81 Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 39
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    Prévisions Comptes publics Solde budgétaire Dette publique 2010 2011 2012 2010 2011 2012 Etats-Unis -8,9 -8,8 -7,4 61,6 66,5 66,0 Japon -10,3 -10,0 -9,7 197,0 206,0 210,0 Zone euro -6,3 -4,8 -3,7 83,6 86,4 87,8 Allemagne -3,8 -2,4 -1,5 75,0 75,1 75,1 France -7,7 -6,2 -5,2 82,8 86,7 89,2 Italie -4,8 -4,1 -3,1 117,8 120,0 121,8 Espagne -9,9 -7,8 -5,4 63,0 69,1 72,8 Pays-Bas -5,8 -3,9 -2,9 64,7 66,4 67,7 Belgique -4,7 -4,5 -4,6 98,9 101,1 102,4 Grèce -9,4 -7,4 -6,5 141,4 153,9 162,0 Irlande -32,6 -10,0 -7,8 98,4 103,6 106,4 Portugal -7,3 -5,0 -4,0 82,4 87,1 88,3 Royaum e-Uni -8,6 -7,8 -5,6 75,6 80,6 82,7 Directeur de la publication : Jean-Paul BETBEZE Rédacteurs en chef : Hervé GOULLETQUER, Isabelle JOB Réalisation & Secrétariat de rédaction : Fabienne Pesty — Contact : publication.eco@credit-agricole-sa.fr Crédit Agricole S.A. — Pôle Études Économiques Groupe — 75710 PARIS Cedex 15 — Fax : +33 143 23 58 60 Cette publication reflète l’opinion de Crédit Agricole S.A. à la date de sa publication, sauf mention contraire (contributeurs extérieurs). Cette opinion est susceptible d’être modifiée à tout moment sans notification. Elle est réalisée à titre purement informatif. Ni l’information contenue, ni les analyses qui y sont exprimées ne constituent en aucune façon une offre de vente ou une sollicitation commerciale et ne sauraient engager la responsabilité du Crédit Agricole S.A. ou de l’une de ses filiales ou d’une Caisse Régionale. Le Crédit Agricole S.A. ne garantit ni l’exactitude, ni l’exhaustivité de ces opinions comme des sources d’informations à partir desquelles elles ont été obtenues, bien que ces sources d’informations soient réputées fiables. Ni Crédit Agricole S.A., ni une de ses filiales ou une Caisse Régionale, ne sauraient donc engager sa responsabilité au titre de la divulgation ou de l’utilisation des informations contenues dans cette publication. www.credit-agricole.com - Rubrique Etudes Economiques Abonnez-vous gratuitement à nos publications électroniques Perspectives Macro - N°131 – 1er trimestre 2011 40