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                                                                                                                               N°128 – 2 trimestre 2010


                 Confirmation de la reprise et maintien des incertitudes
                            ne sont en rien contradictoires


       Le diagnostic sur l’état du monde semble se stabiliser. Dans les pays développés, on assiste à une reprise incomplète : reprise car
       les indicateurs pointent clairement sur un retour à la croissance, et ce probablement pour un certain temps ; incomplète car, tandis que le
       crédit n’augmente pas, les dépenses des ménages et les investissements restent ternes. Dans les pays émergents, les perspectives sont
       plus flatteuses. La croissance prévue du PIB est d’environ 6 % pour cette année comme pour la prochaine. La consolidation des grands
       équilibres macroéconomiques dans la plupart des pays concernés (avec une inflation sous contrôle, un désir de gestion orthodoxe de la
       politique monétaire et une situation plutôt solide des comptes publics) renvoie une image à la fois rassurante et attirante.

       Ce diagnostic assez favorable n’empêchera pas une certaine prudence de la part des entrepreneurs et des investisseurs et le sentiment
       de manque de clarté ne disparaîtra pas si facilement. Il y a trois raisons principales à cela. Tout d’abord, la crise nous a appris que le
       marché ne savait pas tout mieux que tout le monde. Ce qui signifie qu’une forte augmentation du prix des actifs n’impliquera pas
       forcément une plus grande préférence des agents économiques pour la consommation aux dépens de l’épargne. Toutefois, il est à
       craindre que de façon asymétrique une chute des prix de certains actifs ne s’accompagne d’une perte nette de confiance ainsi que d’une
       révision à la baisse des intentions d’achats.

       Ensuite, l’incertitude concernant les évolutions de la régulation atténuerait les esprits « animaux » souvent à l’origine des décisions
       d’investissement. Par exemple, le secteur financier ne sait toujours pas ce qui se prépare en terme de nouvelles réglementation ni
       comment cela impactera sa profitabilité. D’autres secteurs sont confrontés également à ce genre d’incertitudes. Ainsi aux Etats-Unis, les
       entreprises ne savent pas combien leur coûtera la réforme de l’assurance-santé pour leurs salariés.

       Enfin, la période post-crise sera très contraignante pour les politiques économiques. Dans les pays développés, le but est de
       normaliser les politiques très accommodatives imposées par la crise, tout en soutenant une croissance économique prévue faible, au
       moins au début. Dans les pays émergents, le but est d’empêcher un dangereux emballement des marchés et de renforcer la culture de
       stabilité progressivement instaurée pendant la dernière décennie. L’enjeu est énorme et les questions nombreuses. Quand agir ? Quels
       outils utiliser ? A quel degré ? Dans tous les cas, les marchés seront très attentifs à la crédibilité et à l’efficacité attendue des mesures
       adoptées.

                                                                         Sommaire


Spécial - Les anticipations de marché porteront moins sur la                      Espagne - La trappe à austérité                                      25
croissance que sur la politique économique                          2             Scandinavie - La croissance pâtit des incertitudes à l’étranger      26
Politique monétaire - Une nouvelle politique en « règles »          4             Royaume-Uni - Promesse de croissance                                 27
Taux d'intérêt - Face aux retraits de liquidité                     6             Australie - Le retour de la confiance                                28
Taux de change - Déclin de l'euro                                   7             Nouvelle-Zélande - En passe de relever les taux                      28
Energie - Une reprise à deux vitesses                               8             Canada - Reprise plus dynamique qu’attendue                          29
Métaux - Les platinoïdes présentent plus d’attrait que les autres                 Pays émergents - Qui va monter ou non les taux ?                     30
métaux précieux                                                      8            Europe centrale - Retour du politique                                32
Ressources agricoles - La demande de biocarburants dopera                         Afrique du Sud - Dans le brouillard                                  33
les prix au second semestre                                          9            Egypte - 2010 est une année à risque pour le budget                  33
Etats-Unis - D’une croissance soutenue à auto-entretenue            10            Russie - Encourageant, mais                                          34
Focus Etats-Unis - Le taux de chômage va-t-il baisser aussi                       Turquie - Un redressement encore hésitant                            34
vite qu’il est monté ?                                              12            Inde - Vers des politiques plus restrictives                         35
Japon - Une croissance plus équilibrée en vue                       15            Chine - Le raffermissement du yuan remis à plus tard                 35
UEM - Une reprise à deux vitesses :le centre versus                               Mexique - Laborieux                                                  36
la périphérie                                                       16            Brésil - Bientôt les hausses de taux                                 36
Focus UEM - Retournement conjoncturel et chômage                    18            GCC - Les économies de la région se redressent à des rythmes
France - Lendemains de fête                                         21            différents                                                           37
Allemagne - Vices et vertus                                         22
Italie - Retour vers la réalité                                     23            Prévisions                                                           39
Grèce - Le chemin sera long et difficile                            24
Spécial


Les anticipations de marché porteront moins sur la croissance
que sur la politique économique
          Le diagnostic conjoncturel paraît se stabiliser. Pour ce qui est des pays développés, une
          reprise incomplète se poursuit. Il s’agit bien d’une reprise dans la mesure où les indicateurs
          montrent clairement que la croissance est de retour et sans doute de façon pérenne. Il en est ainsi
          des chiffres du PIB les plus récents (pour les troisième et/ou quatrième trimestres de 2009) ; il en est
          de même des résultats des enquêtes auprès des entreprises, sensés baliser la trajectoire de
          l’activité au cours des prochains mois. Le caractère incomplet se perçoit de différentes manières.
          Premièrement, si les données relatives au secteur manufacturier envoient des signaux
          encourageants, aidées par un arrêt du processus de déstockage et par une normalisation du
          commerce mondial, celles concernant les consommateurs et l’investissement en construction sont
          beaucoup plus ternes. Deuxièmement, le crédit n’est pas vraiment reparti et les incertitudes sur le
          nouveau cadre réglementaire, qui s’imposera au secteur bancaire, ne participeront sans doute pas
          d’un redémarrage spectaculaire. De plus, la spectaculaire montée des dettes publiques fragilise
          l’image d’une croissance saine et durable, assise sur une attention forte portée au respect des
          grands équilibres macroéconomiques.

          Du côté des pays émergents, les perspectives sont plus flatteuses. La croissance du PIB
          avoisinerait les 6 % tant cette année que l’an prochain (d’abord un peu moins, puis un peu plus). Si
          l’Asie continue de faire la « course en tête » avec des projections supérieures à 7 %, c’est ailleurs
          que l’inflexion est la plus impressionnante avec le passage d’une sévère récession en 2009 à des
          rythmes de croissance au moins honorables en 2010. Ainsi, pour les pays de l’Europe émergente, la
          performance passerait de -5,5 % à +2,4 %. Bien sûr, ce tempo renforcé ou retrouvé, selon les
          régions, doit encore trop à la demande extérieure et pas assez aux dépenses domestiques. Mais la
          consolidation des grands équilibres macroéconomiques de l’essentiel des pays concernés (inflation
          sous contrôle, volonté de resserrer les réglages monétaires en fonction de l’évolution des prix et
          situation des comptes publics plutôt flatteuse) envoie une image à la fois rassurante et attractive.

          Cette divergence entre les régimes de croissance des pays développés et émergents pourrait
          même être accentuée en termes d’attractivité relative des marchés de capitaux par des
          réglages de politique économique opposés. Dans le monde émergent, la force de la croissance,
          le faible niveau de la dette publique et la volonté de contenir les pressions inflationnistes participent
          de l’option de combiner resserrement de la politique monétaire avec maintien en l’état du réglage
          budgétaire. Ce qui se traduirait plutôt par des pressions haussières sur les taux d’intérêt réels. Au
          final, l’espérance de rendements anticipés élevés pour les actifs émergents devrait se traduire par
          davantage d’entrées de capitaux vers ces régions.

          Pour ce qui est des pays avancés, la crise grecque apparaît comme un catalyseur de la prise de
          conscience de la nécessité de prendre sans tarder des mesures de rééquilibrage des comptes
          publics. Ce qui ne manquera de peser sur une reprise déjà anticipée comme faible relativement aux
          expériences passées. Les banques centrales devront intégrer cette composante dans leur
          processus de décision. Il y là de quoi confirmer que la remontée des taux directeurs, tant aux Etats-
          Unis qu’en Europe sera tardive et lente.

          Cette opposition entre les réglages de Policy Mix des pays émergents par rapport aux pays
          développés renforce l’idée d’un plus fort attrait en termes d’Expected Return pour cette
          première zone comparée à la seconde. De façon sans doute encore plus fondamentale, ce
          contraste est quelque chose de perçu comme potentiellement durable. La conjonction d’une
          croissance potentielle assez forte (peut-être autour de 6 % ; même si l’approche est
          vraisemblablement à « manier avec des pincettes ») et de l’apprentissage d’une culture de la
          stabilité macroéconomique (inflation contrôlée, finances publiques équilibrées et comptes extérieurs
          en bon état) participent évidemment à la fois d’une espérance de rendements élevés et de l’idée que
          la perception du risque lié à ce type d’investissement est peut-être appelée à se corriger à la baisse
          le temps passant. En sachant que même en maintenant une approche un peu conservatrice de
          stabilisation du risque émergent, l’expression du ratio rendement/risque reste très favorable. C’est
          pourquoi il faut sans doute se préparer à des allocations de portefeuille accordant des pondérations
          plus élevées aux actifs émergents. D’où l’insistance particulière sur l’idée que les flux de capitaux
          vers les marchés émergents devraient augmenter d’une façon marquée.

          Cet environnement nouveau, tant en termes de perspectives de croissance (en insistant sur la
          médiocrité de celles concernant les pays développés) que de volume des flux de capitaux (avant
          tout en direction des marchés émergents), pose de lourdes questions de politique économique.
          Deux d’entre elles sont particulièrement importantes. La première concerne avant tout les Etats-
          Unis, l’Europe de l’ouest et sans doute aussi le Japon. Comment à la fois recréer les conditions de
          davantage de croissance économique (repositionner la croissance potentielle sur une trajectoire
          plus élevée) et revenir à un réglage plus neutre de la politique économique ; c'est-à-dire retrouver
          les moyens d’un interventionnisme public efficace lorsque pour une raison ou une autre l’activité
          s’affaiblira à nouveau dans le futur ? Pour nombre de pays européens (de l’Espagne au Royaume-
          Uni en passant par l’Irlande, pour ne retenir que ceux-là) et aussi pour les Etats-Unis, le moteur de
                                                      e
                        Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                    2
Spécial

                    la demande à l’horizon des prochaines années devra être moins la consommation des ménages ou
                    l’investissement logement que les exportations et l’investissement des entreprises. Et ceci avant tout
                    parce que les ménages doivent consolider leur bilan (moins de dettes et plus d’épargne accumulée).
                    Il n’empêche que la capacité de compenser est limitée. Le seul poids de la consommation dans le
                    PIB est ainsi aux Etats-Unis le triple de celui du couple formé par les exportations et l’investissement
                    des entreprises. Tout ralentissement de 1 % du premier doit être équilibré par une accélération de
                    3 % du second. L’objectif n’est en rien facile à atteindre et il est à craindre que le régime de
                    croissance soit durablement affecté par ce rééquilibrage sans doute incomplet par nature. N’est-ce
                    pas le message envoyé par les expériences allemande ou japonaise ? Il reste à espérer un nouveau
                    choc technologique et l’arrivée d’une nouvelle offre qui trouvera d’elle-même sa propre demande.
                    Mais peut-on affirmer hic et nunc que cela arrivera vite ? Sans doute pas. Dans ces conditions,
                    comment réussir à stabiliser puis à réduire le ratio dette publique sur PIB tout en revenant à des
                    taux d’intérêt à court terme plus en harmonie avec l’expression de la neutralité monétaire et en
                    maintenant un niveau de croissance socialement acceptable ? La question est redoutable et il ne
                    sera pas facile d’y répondre. La lisibilité de la politique économique sera faible à l’horizon des
                    prochains trimestres et le risque d’erreur, vraisemblablement supérieur à ce qui a pu être
                    observé par le passé.

                    Du côté des pays émergents, la perspective d’un afflux potentiellement important de capitaux
                    en provenance de l’Ouest n’est pas sans poser de difficultés. Il ne faut pas oublier que la
                    capitalisation de l’essentiel des marchés de la zone émergente est de taille réduite relativement à
                    celle observée dans les pays avancés. Pour ce qui est des marchés d’actions, les pays développés
                    « pèsent » 70 % de la capitalisation mondiale ; la proportion étant encore plus élevée si on ne
                    s’intéresse, comme il faut le faire, qu’au « flottant ». Le risque d’apparition de phénomènes de bulles
                    est donc réel. Les conséquences seraient dommageables : durant la formation de celle-ci, d’une
                    perte de compétitivité-prix à cause de la surévaluation de la devise à un développement excessif du
                    crédit ; lorsqu’elle éclate, des effets-richesse négatifs à la nécessité de consolider les bilans des
                    agents économiques. Il faut donc comprendre la préoccupation des responsables de politique
                    économique et leur souhait de prendre des mesures pour éviter l’enclenchement de ce type de
                    mécanisme. Des initiatives de contrôle des capitaux ont déjà été prises au Brésil et sont discutées
                    dans certains pays asiatiques (Corée, Indonésie ou Taïwan). Bien sûr, l’efficacité de ces restrictions
                    est sujette à discussion et il apparaît souvent que celles-ci impactent davantage la composition des
                    entrées de capitaux que le montant total. De plus, d’autres moyens existent pour réduire le flux
                    entrant de capitaux comme la stérilisation des réserves de change, le réglage de la politique
                    monétaire ou les mesures prudentielles. On le voit, la « boite à outils » de la gestion du volume des
                    capitaux en direction des marchés émergents est bien fournie. Mais on sait moins dans quelle
                    mesure elle devra être utilisée et si la palette des remèdes choisis sera efficace. Une fois encore, la
                    politique économique se retrouve en première ligne pour baliser des perspectives potentiellement
                    déstabilisatrices ; sans que pour autant l’investisseur puisse être pleinement confiant sur l’efficacité
                    des solutions mises en œuvre.

                    La crise nous a appris que le marché ne savait pas toujours mieux que les autres (les opérateurs
                    prix individuellement, les responsables de la politique économique, les régulateurs ou les analystes).
                    L’après-crise va beaucoup solliciter les politiques économiques. Dans les pays développés, l’objectif
                    est à la fois de normaliser les réglages très accommodants que la crise a forcé à prendre et de
                    favoriser le renforcement d’une croissance sans doute faible au moins dans un premier temps. Dans
                    les pays émergents, le but est d’éviter les emballements de marchés et de consolider cette culture
                    de la stabilité apparue progressivement au cours de la décennie passée. L’enjeu est de taille et de
                    lourdes questions de calendrier (quand faut-il bouger ?) d’outils à privilégier et du degré d’utilisation
                    de ceux-ci vont se poser. Les marchés, pour leur part, vont être attentifs à la crédibilité et à
                    l’efficacité attendue des mesures décidées. Gageons que la lisibilité va manquer et que le regard
                    des investisseurs sera prudent, voire sceptique. Avoir été déçu par le marché ne veut pas dire
                    revenir à une confiance absolue dans la politique économique.

Hervé GOULLETQUER
herve.goulletquer@ca-cib.com


              Etats-Unis et zone euro : PMI                                          Etats-Unis et UEM :
                                                                   a/a             crédit au secteur privé
    60
    55
                                                                    15%                    (Mds €)
    50                                                              10%
    45                                                               5%
    40
                                                                     0%
    35
                                                                    -5%
    30
     Jan-07        Jan-08        Jan-09         Jan-10             -10%
                                   Zone euro PMI manuf.               janv-07       janv-08       janv-09        janv-10
    Source : Bloomberg             Etats-Unis PMI manuf.           Source : Bloomberg               Etats-Unis       UEM


                                                                e
                                  Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                    3
Politique monétaire

Une nouvelle politique en « règles »

     Les banques centrales ont durement gagné la bataille contre l’inflation, elles doivent maintenant s’armer contre
     un nouvel ennemi : l’instabilité financière.


                        Depuis les années 70, la lutte contre l’inflation a été au cœur des stratégies des banques
                        centrales qui ont vu là le moyen le plus efficace d’assurer simultanément stabilité
                        économique et financière. Cibler l’inflation revenait à lutter contre le principal stigmate des excès
                        cycliques dans la sphère réelle lorsque phases de surchauffe et de récession se succèdent par à
                        coups. Le cycle financier et ses effets d’accélérateurs étaient seulement considérés comme
                        révélateur de ces tensions. En effet, les marchés étant efficients, tout mouvement de prix d’actifs se
                        devait de refléter l’évolution des fondamentaux sous-jacents. Autrement dit, stabiliser les prix
                        devait permettre de lisser les cycles d’activité et, par suite logique, le cycle financier. Cette
                        stratégie s’est avérée payante puisque comme espéré la croissance et les prix ont fait preuve d’une
                        plus grande régularité au point de caractériser la période des quinze dernières années comme celle
                        de la « grande modération ». « Grande modération » dont les banquiers centraux ont revendiqué la
                        paternité.

                        Pourtant, les épisodes d’instabilité financière se sont multipliés1 venant à rebours de
                        l’hypothèse de complémentarité entre stabilité macroéconomique et financière. A l’origine de
                        toutes ces crises se trouve l’accumulation d’un lourd passif sur fond de hausse rapide des prix
                        d’actifs venant le plus souvent en garantie de ces excès d’endettement, avec l’enclenchement de
                        boucles auto-renforçantes. Les banques centrales pilotant le prix de la liquidité et donc la
                        disponibilité et le coût de la ressource financière, elles sont souvent incriminées pour avoir suivi des
                        politiques monétaires trop accommodantes, pendant trop longtemps, ce qui aurait nourri les bulles
                        de prix des actifs en stimulant le levier d’endettement qui les sous-tend. Pire on leur reproche
                        d’intervenir pour éteindre l’incendie quitte à recréer des conditions propices à la formation de
                        nouveaux excès financiers.

                        Les banques centrales ne sont pas les seules responsables, mais l’asymétrie de
                        comportement qu’on leur reproche - laxisme en phase de montée des déséquilibres
                        financiers, puis activisme n’est plus tenable. L’idée d’actions préventives rend également
                        caduque le principe de séparation entre une politique monétaire dédiée à la gestion du cycle
                        et une politique prudentielle, souvent conçue à un niveau microéconomique, pour garantir la
                        stabilité financière. Il faut une politique globale servie par des instruments plus spécifiques
                        et adaptés au double objectif de stabilité économique et financière.

                        Il est vrai qu’en théorie, les taux apparaissent comme un outil de prédilection pour combattre la
                        spéculation et les bulles de prix d’actifs, puisque la recherche effrénée de rendement se fait la
                        plupart de temps à effet de levier croissant. Mais des conflits d’objectifs risquent d’apparaître, cet
                        instrument servant également à gérer les fluctuations cycliques. Il existe en économie une règle de
                        bon sens, celle de Tinbergen, qui démontre la nécessité de disposer d'autant d'instruments qu'il y a
                        d'objectifs à atteindre pour réussir une politique économique. En fait, il en faut au moins autant et
                        peut être plus an cas de crise. Si les taux d’intérêt ne sont pas l’outil adéquat, il convient alors de
                        réfléchir à d’autres voies plus praticables.



                                                                                  US : Fluctuations des prix d'actifs
                     US : encours de dette
       % du PIB
                                                                                Indice                                     260
       110                                                110                 100=1995                                     240
                                                                       650
        90                                                90                                                               220
                                                                                                                           200
        70                                                70           450                                                 180
                                                                                                                           160
        50                                                50           250                                                 140
                              zone grisée : récession
                                                                                                                           120
        30                                                30
                                                                        50                                                 100
         1972       1981       1990      1999     2008
                                                                             96          00       04           08
                  sociétés non financières      ménages                                           Pétrole ($)
                                                                       Source :                   SP 500 (éch. dr.)
       Sources : Réserve fédérale, Crédit Agricole S.A.                Crédit Agricole S.A.       prix immobilier US (éch. dr.)




1
    Japon (1990), Asie 1997, Russie 1998, USA 2001, jusqu’au paroxysme de la crise 2007-2009…

                                                                     e
                                       Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                     4
Politique monétaire

                       Le débat se concentre aujourd’hui sur les aspects réglementaires avec la nécessité de
                       repenser les outils de régulation prudentielle à un niveau plus macro-économique et à
                       contre-courant des cycles, afin de contrarier, autant que faire se peut, le caractère pro-
                       cyclique de la finance.

                      En réponse à la crise financière de 2007, le Comité de Bâle propose de renforcer les fonds propres
                      des banques afin d’améliorer leur capacité de résilience en cas de choc. La question du curseur est
                      ici primordiale. Le capital est cher, ce qui pourrait finalement se traduire par un renchérissement du
                      coût de refinancement des banques et réduire le niveau d’intermédiation avec des effets
                      potentiellement indésirables sur la croissance, notamment en pénalisant les PME-PMI qui recourent
                      exclusivement au crédit pour financer leur développement. La rigidité de cette règle rentre aussi en
                      contradiction avec la volonté d’aller à contre-courant des cycles qui nécessite une approche plus
                      dynamique. Une autre proposition serait d’appliquer une surcharge en capital qui pourrait varier en
                      fonction de la position dans le cycle, du profil de risque et du degré d’importance systémique des
                      institutions financières. Mais, jusqu’à quel point les marchés seront prêts à accepter une baisse du
                      ratio Tier one en phase de crise constitue la principale limite à cette idée de capital contra-cyclique.
                      On pourrait également envisager une politique de provisionnement dynamique à rebours des cycles
                      (souvent sur la base des défauts historiques) afin d’inciter les banques à se constituer un matelas de
                                                                                                        2
                      sécurité durant les périodes de prospérité à utiliser en phase de basses eaux . Il est aussi question
                      de cibler plus spécifiquement les marchés d’actifs les plus propices à la formation de bulle ou de
                      viser les acteurs de la finance soumis à des règles moins contraignantes. Une réduction des ratios
                      « Loan To Value » en phase montante du cycle pourrait être un outil utile pour stopper les
                      dynamiques cumulatives sur le marché immobilier. Faire varier les appels de marges ou les décotes
                      (haircuts) appliquées sur les prêts sécurisés (notamment octroyés aux acteurs non bancaires)
                      pourrait permettre de freiner les excès de leviers qui alimentent les bulles de prix d’actifs. Cette liste
                      non exhaustive montre que l’approche ne peut être unidimensionnelle mais à l’inverse
                      l’empilement de mesures, sans compter leur difficile calibrage, pourrait s’avérer dangereux
                      en inhibant toute prise de risque. Les questions de la surveillance des acteurs non bancaires, du
                      degré coordination de ce type de politique à l’échelle mondiale et les mesures de sauvegarde de la
                      liquidité sont des sujets connexes qui ne sont pas abordés ici mais revêtent également une
                      importance particulière pour faire aboutir la réforme du système monétaire international.

                      Si réformer le système financier pour lui conférer plus de stabilité est essentiel il ne s’agit
                      pas pour autant de corseter l’ensemble à grands coups de mesures réglementaires. L’activité
                      de crédit, intermédiée ou non, est par essence risquée mais indispensable pour poser les
                      bases d’une croissance future. La boîte à outils doit donc être suffisamment flexible pour ne
                      pas inhiber ce moteur mais suffisamment contraignante pour éviter de verser dans de
                      nouveaux excès.



Isabelle JOB
isabelle.job@credit-agricole-sa.fr




2
 Cette pratique qui existe en Espagne depuis le début des années 2000 n’a pas empêché la formation d’une bulle majeure de crédit sur
un tandem immobilier-ménages mais a néanmoins amorti le choc de la purge sur les bilans bancaires.
                                                                   e
                                     Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                        5
Taux d’intérêt

Face aux retraits de liquidité

  Les injections de liquidité ont atteint leur point haut. Ce sont les marchés obligataires de la zone euro qui
  devraient être les plus concernés au cours des prochains mois. Pourtant les rendements à dix ans se situent
  aux mêmes points bas que durant la Grande Récession. Nous recommandons la prudence, notamment en
  Europe.

                    La liquidité ne peut que diminuer désormais. Depuis deux ans, les banques centrales
                    injectent des liquidités dans le système financier dans le but de permettre coûte que coûte aux
                    marchés monétaires de recommencer à fonctionner normalement, de soutenir les banques et de
                    relancer l’économie mondiale. En 2010, elles commenceront à éponger ces liquidités. On ne peut
                    que spéculer sur l’impact de ce changement de politique, car les banques centrales n’ont jamais
                    jusqu’à présent procédé à des retraits de liquidité à l’échelle mondiale.

                    En outre, les banques centrales passent cette année d’une situation de liquidité surabondante à
                    une situation de liquidité seulement abondante. On peut se demander si elles relèveront les
                    taux d’intérêt cette année mais, à supposer qu’elles le fassent, elles ne les porteront pas à un
                    niveau restrictif.

                    Certaines bulles financières donnent l’impression d’apparaître. Les indices boursiers sont élevés et
                    les rendements obligataires très bas. De fait, la moyenne des taux dix ans de référence de chaque
                    pays de la zone euro, pondéré par le PIB du pays concerné, est très proche de son plancher
                    historique. Les rendements sont aussi bas qu’au pire de la Grande Dépression. Cela étant, les
                    reprises économiques auxquelles on assiste de par le monde ont lieu à un rythme de plus en plus
                    rapide et, à notre avis, les investisseurs obligataires ne pourront qu’en pâtir.

                    Les investisseurs obligataires européens nous semblent encourir les risques les plus
                    élevés. L’économie américaine devrait connaître une croissance plus vigoureuse que la zone euro,
                    mais la BCE est beaucoup plus susceptible d’éponger une partie des liquidités dont est
                    actuellement inondé le système financier européen. En fait, le remboursement de 442 Mds € le
                      er
                    1 juillet lui force plutôt la main et les banques n’ont acheté en 2009 qu’un peu moins de la moitié
                    des obligations d’Etat émises par les pays de la zone euro. Une rapide comparaison entre ce que
                    les banques ont acheté en 2009 et ce qu’elles auraient normalement acheté compte tenu de la
                    pente de la courbe des taux permet de conclure qu’elles ont probablement acheté quelque
                    200 Mds € de plus qu’à l’ordinaire. Ces achats « excédentaires » d’obligations ont pu être effectués
                    parce que la BCE a donné à ces établissements les moyens de le faire. Néanmoins au cours des
                    prochains mois, par ses retraits de liquidité la BCE forcera d’une certaine façon les banques à
                    revendre une bonne partie de ces obligations.

                    Autrement dit, en zone euro l’offre obligataire augmentera de 200 Mds € au troisième trimestre.
                    Certaines banques tenteront peut-être de conserver leurs positions en utilisant d’autres sources de
                    financement. D’autres solderont les leurs, mais à qui précisément ? Telle est bien la question
                    actuellement. Les investisseurs étrangers du secteur privé procèdent à des achats plus importants
                    depuis quelque temps, certes, mais on ne peut pas compter uniquement sur eux. Selon nous, une
                    fois que la Fed aura cessé ses achats de titres et que le marché américain commencera à se
                    méfier des opérations de repo tripartites et des autres techniques de retrait de liquidités, les taux
                    dix ans augmenteront rapidement.

                   La BCE devrait également commencer à relever ses taux au quatrième trimestre ou, plus
                   précisément, à mettre un terme aux mesures de relance d’urgence qu’elle a mises en œuvre.
                   Comme à l’accoutumée, elle évaluera l’impact de sa politique monétaire à un horizon d’un à deux
                   ans, mais le marché se préoccupera de savoir si la BCE n’est pas trop en avance Dans ces
                   conditions, la courbe des taux européens devrait, à notre avis, fortement s’aplatir au deuxième
                   semestre 2010 à mesure que la BCE donnera de plus en plus l’impression de vouloir relever
                   ses taux. Les taux dix ans devraient alors augmenter à un rythme plus lent et ceux à trente ans
                   pourraient même légèrement baisser. C’est généralement ainsi que la courbe de taux évolue
                   lorsqu’une banque centrale est en avance. Pour la même raison, la prochaine hausse de taux
                   décrétée par la BCE suscitera vraisemblablement une dépréciation de l’euro.



David KEEBLE
david.keeble@ca-cib.com




                                                              e
                                Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                   6
Taux de change

Déclin de l’euro

  Les tensions entre les Etats-Unis et la Chine à propos du taux de change de leurs monnaies respectives
  risquent d’aller en s’intensifiant, mais les Etats-Unis auraient le plus à perdre. Les craintes concernant l’Europe
  se sont apaisées, mais les perspectives de l’euro par rapport à la plupart des autres devises se sont
  assombries. Nous avons maintenu nos prévisions de baisse du JPY en 2010 et de hausse de l’AUD et du NZD.
  L’appréciation de l’USD devrait s’accentuer au deuxième semestre 2010.

             Les tensions entre les Etats-Unis et la Chine à propos des taux de change vont susciter une plus
             grande attention des marchés. Alors que la Chine continue de faire la sourde oreille aux appels à une
             réévaluation du CNY, les spéculations grandissantes selon lesquelles les Etats-Unis pourraient
             officiellement désigner la Chine comme « manipulant sa monnaie », prouvent que cette question va rester
             au centre des préoccupations. Il devient de plus en plus difficile pour le gouvernement américain d’ignorer
             les appels du Congrès à une politique plus ferme en la matière. De plus, la promesse de Barack Obama
             de doubler les exportations américaines au cours des cinq prochaines années requiert une baisse du
             dollar vis-à-vis des devises asiatiques, yuan en tête, et pas seulement contre les boucs émissaires
             habituels tels que l’euro. Il n’y a guère de signes aujourd’hui qu’une telle baisse est près de se produire.
             Nous nous attendons néanmoins à ce que la Chine finisse par réévaluer sa monnaie au cours du
             deuxième trimestre 2010, ce qui poussera les autres banques centrales asiatiques à tolérer un change
             plus fort.

             Les craintes concernant l’Europe devraient rester au centre de l’actualité mais à un degré moindre qu’au
             cours de ces derniers mois. L’annonce par la Grèce de nouvelles mesures d’austérité budgétaire suivie de
             l’accord tacite de l’UE a contribué à rassurer les marchés. Le fait même que la baisse de l’USD et son
             corollaire, la hausse de l’EUR, soient restées limitées montre toutefois que les inquiétudes demeurent, pas
             seulement au sujet de la Grèce mais aussi des problèmes budgétaires et de la faiblesse de la croissance
             dans d’autres pays européens. Par conséquent, nous avons révisé à la baisse nos prévisions sur
             l’EUR/USD. En dépit d’une possible hausse de l’EUR/USD à court terme, surtout si les écarts des CDS
             continuent de se réduire, nous pensons que celle-ci restera limitée. Nous prévoyons désormais
             l’EUR/USD à 1,25 d’ici la fin 2010.

             Nous avons également révisé, pour les mêmes raisons, nos prévisions de taux de change de l’EUR vis-à-
             vis d’autres devises. Les performances du CHF et de la SEK ont été supérieures à nos anticipations. La
             position plus ferme que prévu de la Riksbank a soutenu la forte hausse de la SEK mais nous nous
             attendons à ce que son appréciation se poursuive à un rythme plus graduel. Quant au CHF, la BNS
             semble avoir adopté une position plus souple vis-à-vis de la parité EUR/CHF et s’être faite à l’idée
             d’un CHF plus fort à mesure de la reprise de l’activité. Nous continuons d’anticiper une appréciation
             progressive de la parité EUR/CHF au cours des prochains mois, mais depuis un point de départ plus bas.
             La révision à la baisse de nos prévisions sur l’EUR/USD combinée au maintien de nos prévisions de
             baisse du JPY se traduit par une appréciation de l’EUR/JPY bien moins importante.

             La GBP, qui a plus baissé que l’EUR au cours des dernières semaines pour différentes raisons, est
             actuellement le « maillon faible » du marché. Elle devrait rester vulnérable à court terme, au moins
             jusqu’aux élections législatives de début mai. Cependant, le cours de la livre intègre déjà tant de
             mauvaises nouvelles et la GBP étant très sous-évaluée que tout nouvel accès de faiblesse sera l’occasion
             de prendre des positions longues en vue d’une hausse à moyen terme. Ainsi, malgré une révision en
             hausse de nos prévisions sur l’EUR/GBP pour les six prochains mois, nous nous attendons ensuite à ce
             que la GBP reprenne plus vite des couleurs vis-à-vis de l’EUR que prévu précédemment. La hausse de la
             GBP vis-à-vis de l’USD serait en revanche plus modeste, pour partie du fait de la révision à la baisse de
             nos prévisions sur l’EUR/USD. Nous prévoyons désormais un pic de la parité GBP/USD à 1,55 environ en
             juin 2011 alors que nous tablions jusque-là sur un plus haut de 1,63 en décembre 2010.

             A long terme, l’USD devrait s’apprécier au fur et à mesure que le rythme de la croissance
             américaine va s’affermir et dépasser celui de la plupart des autres grandes puissances économiques, et
             de la zone euro en particulier. L’AUD et le NZD devraient une nouvelle fois faire figure d’exceptions et
             s’apprécier grâce à des taux d’intérêt plus élevés, une croissance plus soutenue et un appétit croissant
             pour le risque. Ces deux devises pourraient selon nous atteindre un pic respectivement à 0,95 et 0,76
             contre l’USD au deuxième trimestre 2010, des niveaux élevés qui devraient devenir dissuasifs en
             deuxième partie d’année. Les investisseurs prêts à prendre davantage de risques parieront sur une
             hausse du NZD et de l’AUD et sur une baisse du CHF et du JPY, le cas des autres devises se situant
             quelque part entre les deux. L’EUR malheureusement devrait se situer plutôt en bas de l’échelle à
             l’horizon de notre prévision.



Mitul KOTECHA
mitul.kotecha@ca-cib.com



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                                 Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                  7
Energie - Métaux

Une reprise à deux vitesses

  La demande de pétrole est repartie à la hausse sur les marchés émergents, mais elle reste faible dans les pays de
  l’OCDE. Or, le deuxième trimestre est ordinairement marqué par un déclin saisonnier de la demande de pétrole et une
  certaine pression devrait s’exercer sur les prix. De fait, nous tablons sur une chute du prix du baril de pétrole brut léger
  américain WTI à 68 USD/bl au deuxième trimestre 2010, suivie par un rebond à 72-76 USD/bl au second semestre
  2010, soutenu par des prélèvements sur les stocks à partir du troisième trimestre.

              Les dynamiques régionales conditionnent l’évolution des marchés mondiaux de produits
              pétroliers. La demande de pétrole est plus vigoureuse en Asie qu’en Europe ou aux Etats-Unis, les pays
              asiatiques ayant bénéficié d’un rebond plus rapide de l’activité économique et peut-être également d’un
              certain phénomène de transfert de l’activité industrielle vers les économies en développement. Toutefois,
              la demande des pays asiatiques ne contribuera guère à la résorption des excédents de stocks sur les
              deux rives de l’Atlantique, ni au soutien de l’activité de raffinage en Europe et aux Etats-Unis. Au contraire,
              plusieurs grands pays ont mis en place de nouvelles raffineries l’année dernière et sont devenus
              d’importants exportateurs nets de produits pétroliers. Tel est le cas de la Chine et de l’Inde où de
              nouvelles capacités de raffinage ont commencé à être exploitées en 2009. En 2010, les exportations de
              produits pétroliers en provenance d’Asie continueront à influencer les équilibres sur les marchés
              mondiaux.
              A la fin de la période de demande élevée qui caractérise la saison hivernale, la dynamique du marché
              des produits pétroliers reste caractérisée par l’héritage de la Grande Récession. Au cours des
              derniers mois, la demande de gasoil a été plus durement pénalisée par le recul de l’activité industrielle et
              des échanges commerciaux que la demande d’essence, et d’importants excédents de stocks de gasoil se
              sont constitués au cours de l’été. De fait, la demande d’essence a mieux résisté à la récession que la
              demande de gasoil. A cause du manque de flexibilité qui caractérise cette activité, les raffineries – qui
              devaient satisfaire la demande d’essence – ont produit des excédents de gasoil qui ont dû être stockés.
              Au début de l’hiver, les stocks de gasoil aux Etats-Unis et en Europe (stockés en grande partie sur des
              navires de transport) se situaient à des niveaux historiquement élevés. Depuis lors, la rigueur des
              températures a favorisé une diminution de ces excédents de stocks en soutenant la consommation de
              fioul domestique. Toutefois, celui-ci représente encore une partie limitée de la demande totale de gasoil et,
              à moins d’une reprise significative de la demande de diesel, les stocks de gasoil devraient rester élevés
              jusqu'à la fin de l’année en Europe et aux Etats-Unis.

Christophe BARRET
christophe.barret@ca-cib.com


Les platinoïdes présentent plus d’attrait que les autres métaux précieux

  Les métaux devraient enregistrer une bonne performance cette année. L’accélération de la croissance mondiale
  soutenant la demande ; nous préférons toujours les métaux industriels aux métaux précieux. Toutefois, la performance
  boursière des acteurs du secteur dépendra du niveau de couverture des stocks et favorisera les métaux soumis à des
  contraintes en termes de production. Les platinoïdes bénéficient d’une exposition plus élevée au cycle industriel et
  nous semblent présenter plus d’attrait que les autres métaux précieux.

              Le platine et le palladium (désignés collectivement sous le vocable platinoïdes ou PGM) devraient enregistrer
              une meilleure performance cette année. De fait, le raffermissement de la croissance mondiale devrait soutenir
              l’utilisation dans l’industrie et la joaillerie, deux domaines qui avaient été durement touchés par la récession
              l’année dernière. Ces deux métaux sont utilisés dans les catalyseurs auto, dont la demande devrait croître
              avec la reprise des ventes mondiales de véhicules. L’accélération attendue de la croissance des ventes de
              voitures à essence, qui dominent les marchés américain et chinois (tandis que les voitures diesel dominent en
              Europe), favorisent le palladium davantage que le platine, car les catalyseurs auto utilisent plus de palladium
              que de platine.
              Aux Etats-Unis, le lancement de « trackers » suivant l’évolution du platine et du palladium physiques
              pourrait encore accentuer le resserrement du marché des platinoïdes. Si l’on en juge par l’intérêt très vif observé
              pour des produits similaires sur le marché de l’or et de l’argent, cette évolution devrait susciter un fort
              engouement de la part des investisseurs, et donc fortement doper les prix.
              Le potentiel d’augmentation des capacités de production sur ces deux métaux est limité ; l’offre de
              platine est dominée par l’Afrique du Sud et celle de palladium par la Russie. L’augmentation du coût de
              l’électricité en Afrique du Sud se traduira par une augmentation relativement forte du coût marginal de
              production en vue de satisfaire la demande. Les ventes des stocks de l’Etat russe ont entretenu un niveau
              assez élevé d’approvisionnement sur le marché du palladium, mais le niveau exact de ces stocks
              demeure à présent une incertitude majeure. Même si les prix ont déjà progressé de manière assez
              sensible par rapport aux points bas atteints l’année dernière, le marché nous semble encore receler un
              potentiel de hausse et nous recommandons d’acheter sur repli.

Robin BHAR
robin.bhar@ca-cib.com
                                                                 e
                                   Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                       8
Ressources agricoles

La demande de biocarburants dopera les prix au second
semestre
  Bien que les prix des ressources agricoles soient confrontés à une dégradation des fondamentaux, ils devraient
  continuer d’être soutenus par le redémarrage de l’activité économique à l’échelle mondiale et la vigueur de la
  demande, tout particulièrement celle de biocarburants produits à partir de sucre ou de maïs.

                    La demande de biocarburants dopera les prix du sucre et du maïs. Les prix des denrées
                    alimentaires devraient à nouveau augmenter cette année, la reprise de l’économie mondiale
                    préfigurant une augmentation de la demande. La FAO craint une flambée des prix des denrées
                    alimentaires. Elle considère par ailleurs que les pays les plus pauvres de la planète pourraient
                    devenir de plus en plus tributaires de leurs importations de denrées alimentaires et les pays
                    exportateurs de denrées alimentaires de moins en moins nombreux.
                    Compte tenu de la dégradation des fondamentaux, les prix des ressources agricoles devraient
                    toutefois rester orientés à la baisse au cours des 4 à 5 prochains mois.
                    La baisse du prix des céréales et du soja est essentiellement imputable à une offre mondiale
                    excédentaire : la production mondiale de blé a atteint un record historique de 678 Mt et s’est
                    stabilisée depuis, tandis que l’abondance des récoltes aux États-Unis et en Amérique du Sud pèse
                    sur les cours du maïs et du soja. Une fois que le marché aura absorbé ces récoltes, les prix
                    devraient bénéficier de la vigueur de la demande et de la reprise économique, dans la mesure où
                    les acheteurs potentiels se laisseront probablement tenter par le niveau attractif des prix.
                    En dépit de l’insuffisance de l’offre mondiale – estimée à 9,4 Mt cette année par l’ISO –, les prix du
                    sucre ont baissé récemment, car les clients potentiels les trouvent trop élevés. Ils devraient
                    continuer de baisser au cours des quatre à cinq prochains mois, mais à un rythme plus lent : au
                    Brésil, le rendement des récoltes est déjà supérieur de 10 % à celui de l’an dernier en glissement
                    annuel et en Inde, la récolte de sucre devrait augmenter de 16 à 17 Mt cette année à 25 Mt l’an
                    prochain, selon l’association Simbhaoli. D’ici cinq mois, les prix du sucre devraient néanmoins
                    se redresser, l’Inde étant susceptible d’importer jusqu’à 3Mt de sucre à l’approche des fêtes
                    d’automne – en effet, la reprise économique soutiendra alors la demande mondiale.
                    La production de biocarburants sera l’un des principaux moteurs de la hausse de la
                    demande de maïs et de sucre. Les deux principaux producteurs d’éthanol sont les États-Unis
                    (éthanol à base de maïs) et le Brésil (éthanol à base de sucre).
                    Les exportations brésiliennes d’éthanol ont baissé ces deux dernières années ; au Brésil, la
                    production d’éthanol a baissé de 7,3 % en glissement annuel en 2009/2010, à 23,1 milliards de
                    litres (source : Unica), ce carburant étant devenu moins rentable en raison de la flambée des prix
                    du sucre. Aux États-Unis en revanche, la production d’éthanol a augmenté de près de 20 % en
                    2009, à 40,96 milliards de litres (source : RFA).
                    Les États-Unis ont décidé de tirer parti de la moindre rentabilité de l’éthanol produit à partir
                    de sucre et du niveau record de la récolte américaine de maïs pour accroître leurs capacités
                    de production d’éthanol. 109,23 Mt de maïs devraient être utilisées aux Etats-Unis pour produire
                    de l’éthanol cette année, ce qui correspond à 33 % du maïs récolté dans ce pays et à une
                    augmentation de 16,2 % par rapport à l’an dernier. En outre, la production brésilienne d’éthanol
                    devrait repartir à la hausse en 2010/2011, à 29,8 milliards de litres (source : Datagro), à la faveur
                    d’une récolte de canne à sucre plus abondante.
                    La production de biocarburants devrait donc soutenir la demande et les prix du sucre et du maïs
                    des deux principaux pays producteurs. Elle devrait également soutenir le cours des contrats à
                    terme sur le blé et sur le soja négociés au CBOT, le blé et le soja pouvant également servir
                    d’aliments pour bétail et être utilisés pour produire des biocarburants.




Christophe BARRET
christophe.barret@ca-cib.com




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                                Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                    9
États-Unis

D’une croissance soutenue à auto-entretenue
  L’économie américaine semble sur la voie d’une croissance durable. Son rythme devrait toutefois être
  atypiquement faible pour une reprise et le taux de chômage mettra du temps à refluer. L’inflation devrait rester
  modérée, militant pour un statu quo sur les Fed funds cette année. Nous tablons sur une accélération de la
  croissance en 2011.

                     Le passage à une croissance autonome de la demande privée sera une transition cruciale en
                     2010-2011, alors que d’expansionniste, la politique budgétaire deviendra restrictive et que le
                     caractère exceptionnellement accommodant de la politique monétaire sera normalisé. Les
                     mesures budgétaires et monétaires volontaristes mises en œuvre l’année dernière pour faire face à la
                     pire récession depuis la crise de 1929 continueront de soutenir la croissance en 2010, mais leur impact
                     ira en s’estompant et s’inversera en 2011. Les principaux obstacles que la reprise doit passer cette
                     année sont : l’effet richesse négatif résiduel découlant de la destruction de plus de 11 000 milliards de
                     dollars de richesse des ménages, un accès restreint au crédit et les incertitudes autour du paysage
                     économique et politique.
                     L’effet richesse négatif devrait inciter les ménages à épargner une partie de l’augmentation de revenu
                     induite par le redressement de l’emploi, afin de reconstituer leur patrimoine, ce qui pèsera sur la
                     consommation. Simultanément, les ménages se désendettent comme l’indique la diminution des
                     encours de crédit à la consommation et immobilier. Par conséquent, la consommation sera
                     essentiellement alimentée par le revenu courant, plutôt que par la richesse et le crédit.
                     L’accès restreint au crédit est un autre frein à une reprise vigoureuse de la demande des
                     ménages et des entreprises. Si les banques ont en grande partie stoppé le resserrement des
                     conditions de crédit, elles n’en sont pas encore à les assouplir. Ces restrictions sur l’offre de crédit sont
                     le résultat de l’impact sur leur bilan des pertes antérieures, dont toutes n’ont pas été provisionnées. Les
                     grandes entreprises ont accès aux marchés de capitaux mais ce n’est pas le cas des petites entreprises,
                     qui se tournent vers des banques également de petite taille (moins de 10 milliards de dollars d’actifs). Or
                     ces dernières supportent une large part des prêts à l’immobilier commercial. Et les risques associés à
                     ces créances nous font craindre que les banques ne restreignent longtemps leur distribution de prêts,
                     freinant le développement des petites entreprises et la création d’emplois. Ce dernier point est
                     préoccupant, les petites entreprises générant près de la moitié des emplois.
                     Après la destruction nette de près de 8,2 millions d’emplois salariés pendant la récession, le
                     marché du travail semble stabilisé. Les destructions d’emplois ont fortement diminué et nous
                     anticipons une augmentation des créations nettes d’emplois salariés non agricoles au fil de l’année.
                     Toutefois, la baisse du taux de chômage, actuellement très élevé, prendra du temps, car l’amélioration
                     du marché de l’emploi incitera un certain nombre de personnes à rejoindre le rang des actifs.
                     L’investissement des entreprises devrait continuer de se redresser, mais bien plus lentement qu’au
                     rythme de 19 % enregistré au quatrième trimestre 2009. L’économie compte d’importantes ressources
                     inemployées : taux d’utilisation des capacités 8 points de pourcentage en deçà de sa norme historique,
                     écart négatif de production estimé par le CBO à près de 5 points de PIB. Il ne semble donc pas vraiment
                     nécessaire d’accroître les capacités à ce stade. L’investissement devrait cependant être alimenté
                     dans une certaine mesure par la nécessité de remplacer certains équipements obsolètes. Et à
                     mesure que l’économie se redressera, les entreprises voudront moderniser leur stock de capital,
                     pour maintenir leurs marges bénéficiaires, d’autant que le coût d’usage du capital est plutôt bas
                     actuellement. Les entreprises ont préservé leurs marges durant la crise en réduisant leurs coûts,
                     salariaux en particulier. À mesure que l’emploi se redressera avec la reprise, les entreprises devront
                     chercher ailleurs leurs gains de productivité.



              US : diminution de la dette                                    US : stabilisation du marché du
    milliards de $                          milliards de $            milliers                                                %
    1700                                             2600              400                     travail                        11
                                                                       200                                                    10
    1600                                            2550
                                                                           0                                                  9
    1500                                                                                                                      8
                                                    2500              -200
    1400                                                                                                                      7
                                                                      -400                                                    6
                                                    2450
    1300                                                              -600                                                    5
    1200                                            2400              -800                                                    4
                                                                            janv-    janv-   janv-    janv-    janv-    janv-
    1100                                            2350
                                                                              05       06      07       08       09       10
       janv-07     janv-08      janv-09      janv-10
                                                                                variation mensuelle emploi salarié non agricole
             encours prêts industriels et commerciaux                           taux de chômage (dr.)
             encours crédit conso. (dr.)
    Source : Réserve fédérale                                         Source : BLS




                                                                e
                                  Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                           10
États-Unis

                             Les incertitudes autour du paysage politique et réglementaire tempèrent les « esprits animaux »
                             propices à la prise de décision et de risque. L’industrie financière ne connaît toujours pas l’impact
                             qu’aura la réforme de la réglementation sur sa rentabilité. Les entreprises ne savent pas combien elles
                             devront payer au titre de la couverture sociale de leurs salariés dans le cadre de la réforme du système
                             de santé. Une incertitude pèse aussi sur la consommation des ménages aux revenus élevés confrontés
                             à la perspective d’une augmentation de leurs impôts en 2011.
                             Les stocks, après avoir été massivement réduits pendant la crise, sont devenus un moteur de
                             croissance. Le moindre déstockage a été ainsi responsable de 3,8 points de pourcentage de la
                             progression de 5,6 % du PIB au quatrième trimestre 2009. Leur contribution devrait rester positive sur
                             l’ensemble de 2010, mais dans une moindre mesure.
                             La situation sur le marché immobilier résidentiel reste fragile, mais s’améliore. Au-delà du soutien
                             temporaire apporté par le crédit d’impôt, ce secteur mettra néanmoins du temps à se redresser. Près
                             d’un quart des emprunteurs doivent davantage à leur banque que la valeur de leur logement. Ces
                             situations de « negative equity » vont continuer de faire monter le niveau des saisies immobilières en
                             2010. Cette « offre cachée » finira par être mise sur le marché, ce qui nous incite à penser qu’il faudra
                             attendre quelque temps encore la stabilisation des prix.
                             La croissance modérée de 3 % que nous prévoyons cette année ne permettra d’absorber les
                             ressources inemployées que lentement. L’inflation sous-jacente devrait donc poursuivre sa
                             décélération, cette année, jusqu’en deçà de 1 % en glissement annuel. Les anticipations d’inflation
                             devaient rester ancrées. C’est un point important, la recherche économique ayant mis en évidence leur
                             influence accrue sur l’inflation, tandis que l’influence des ressources inemployées sur le marché du
                                                    3
                             travail aurait diminué . Nous voyons dans cet ancrage des anticipations d’inflation une crédibilité
                             renforcée de la Fed dans sa capacité à gérer l’inflation. Les anticipations d’inflation pourraient être
                             affectées par l’incertitude croissante autour de la politique monétaire en l’absence d’une
                             expérience similaire pour appréhender les effets retardés de la politique non-standard
                             d’assouplissement du crédit sur la demande globale ou l’inflation. C’est ce qui explique les efforts
                             déployés par la Fed pour expliquer qu’elle dispose d’outils (reverse repo, dépôts à terme et hausse de la
                             rémunération versée sur les réserves excédentaires des banques) pour drainer l’excès de liquidité
                             injecté pendant la crise financière. Préserver l’ancrage des anticipations d’inflation revêt pour la Fed une
                             importance cruciale. Certains intervenants craignent par ailleurs que l’explosion du déficit budgétaire
                             fédéral et l’augmentation de la dette publique n’incitent les autorités à orchestrer un affaiblissement de la
                             devise et une monétisation de la dette. Ce scénario exigerait la complicité de la Fed et serait contraire à
                             son mandat. En outre, M. Bernanke a explicitement rejeté, avec raison, la monétisation des emprunts
                             d’État, qui annihilerait la crédibilité gagnée par la Fed. D’après nous, les perspectives d’inflation
                             modérée, associées à un taux de chômage obstinément élevé, inciteront la Fed à maintenir les Fed
                             funds dans leur fourchette actuelle de 0 % à 0,25 % jusqu’au printemps 2011.
                             L’explosion du déficit budgétaire soulève des inquiétudes sur la qualité de la signature
                             souveraine et les investisseurs sont attentifs à ce que le déficit retrouve une trajectoire
                             soutenable. Le déficit budgétaire fédéral a gonflé à 10 % du PIB l’année dernière, et dans le cadre du
                             dispositif budgétaire actuel, le Congressional Budget Office (CBO) prévoit qu’il sera ramené à environ
                             2,75 % du PIB vers le milieu de la décennie, avant de se creuser de nouveau. Ce scénario ne tient pas
                             compte des modifications que le gouvernement souhaite apporter. Selon les estimations de la Maison
                             blanche, ses propositions permettraient au déficit de revenir à environ 4 % du PIB au milieu de la
                             décennie. La dette publique augmenterait jusqu’à avoisiner 73 % du PIB en 2015, contre 40 % en 2008.
                             Tout le monde connaît la solution au problème du déficit. Il faut augmenter les impôts et réduire
                             les dépenses, en particulier les transferts sociaux, comme le programme Medicare. Il revient à la
                             commission bipartite créée par le Président de faire des propositions.



             Mike CAREY
             michael.carey@ca-cib.com


 Etats-Unis (a)                       2009 2010      2011                 2009                          2010                           2011
                                                               T1      T2    T3      T4       T1      T2      T3     T4      T1     T2     T3      T4
 PIB                                   -2,4   3,0      3,1    -6,4    -0,7 2,2       5,6      2,7    2,9     2,5     3,0     3,4    3,4   3,4     2,6
 Consommation privée                   -0,6   2,0      2,7    0,6     -0,9 2,8       1,6      2,6    1,8     2,3    2,7      3,1    2,9   2,4     2,6
 Investiss., équip. & logiciels       -16,6   8,6     11,6   -36,4    -4,9 1,5      19,0      9,8    7,0     8,0    9,2     12,0 13,0 16,0 15,0
 Investissement résidentiel           -20,5   2,7     18,6   -38,2   -23,2 18,9      3,7     -9,0    7,8    13,0 14,7 22,0 28,0 15,0 17,9
 Variation des stocks (b)              -0,9   0,5      0,1    -2,4    -1,4 0,7       3,8      0,4    0,4     0,1     0,3     0,3    0,1   0,2     0,1
 Exportations nettes (b)               -0,2   -0,7    -0,5    2,6      1,7 -0,8      0,3     -0,7    -0,1    0,2    -0,3 -0,4 -0,2        0,0     -0,6
 Taux d'épargne                         4,3   4,8      4,8    3,7      5,4   3,9     3,9      4,2    5,1     5,1     5,0     4,8    4,7   4,8     4,7
 Taux de chômage                        9,3   9,6      8,9    8,2      9,3   9,7    10,0      9,7    9,7     9,6     9,5     9,3    9,1   8,8     8,5
 Inflation (t/t, %)                    -0,3   2,1      2,1    -2,2     1,9   3,7     2,6      1,7    1,2     1,8     2,5     1,9    2,4    1,8    2,4
 Balance courante (% PIB)              -2,9   -3,5    -3,6    -2,9    -2,8 -2,9     -3,2     -3,3    -3,6    -3,7 -3,5 -3,6 -3,6 -3,6             -3,7
 (a) données annualisées                                                                                (b) contribution à la croissance du PIB (en %)



3
    Inflation, Inflation Expectations, Money and Monetary policy. Joel Prakken. Macroeconomic advisors presentation, mars 2010.
                                                                            e
                                              Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                                11
États-Unis

Le taux de chômage va-t-il baisser aussi vite qu’il est monté ?
    Une baisse lente du taux de chômage devrait suivre sa montée en flèche pendant la récession. La reprise
    attendue ne serait pas sans emplois « à la 2001 », mais les emplois créés le seraient en quantités bien
    moindres que lors d’une phase de reprise cyclique habituelle et, surtout, en quantités insuffisantes pour faire
    baisser sensiblement le taux de chômage en 2010.

                         Pendant la récession, le taux de chômage est monté vite (+5,7 points de pourcentage entre son
                         creux de 4,4 % en mars 2007 et octobre 2009) et haut (jusque 10,1 % en octobre 2009, ce qui
                         devrait être son point haut si nos prévisions sont correctes). A quel point cette hausse s’est-elle
                         écartée de la loi d’Okun ? Les entreprises américaines ont-elles licencié plus que nécessaire par
                         rapport à la contraction de leur activité ? Sur quel rythme de croissance faut-il tabler pour, a
                         minima, stabiliser, le taux de chômage ? Quel risque que la croissance de l’emploi soit insuffisante
                         pour absorber l’augmentation de la population active ? Chacune de ces questions fait l’objet d’un
                         débat, rendant d’autant plus difficile la réponse à l’ultime question : de combien et à quelle vitesse
                         le taux de chômage va-t-il baisser à l’horizon des prochains trimestres.

                         Un marché du travail durement éprouvé par la récession
                         La récession traversée par les Etats-Unis de la fin 2007 à la mi-20094 et la détérioration du marché
                         du travail qui l’a accompagnée sont les plus sévères depuis la Grande Dépression : 8,4 millions
                         d’emplois salariés non agricoles détruits, un pic du taux de chômage à 10,1 % (seulement un point
                         plus bas que le pic atteint au début des années 1980) et un taux de sous-emploi de 17 %, un plus
                         haut historique5. La montée du taux de chômage aurait pu être plus sévère encore n’eût été la
                         baisse d’un peu plus d’un point du taux d’activité, qui s’inscrit en rupture par rapport à sa lente
                         décrue depuis un pic à 67 % début 2000. A 64,8 % début 2010, il se retrouve à un plus bas depuis
                         le milieu des années 1980. Une part disproportionnée de cette baisse s’expliquerait par le retrait
                         des plus jeunes et des moins éduqués, un ajustement de nature conjoncturelle et donc temporaire :
                         dès lors que le marché du travail donnera des signes de reprise, ces personnes reviendront gonfler
                         les rangs de la population active et la baisse attendue du taux de chômage s’en trouvera freinée.

                         Une application stricte de la loi originale d’Okun aboutit à la conclusion que le taux de
                         chômage a beaucoup plus augmenté durant le second semestre de 2009 que ce que le profil
                         de croissance laissait attendre. La formulation la plus connue de cette loi est la suivante : chaque
                         point de croissance en dessous du rythme tendanciel entraîne une augmentation instantanée du
                         taux de chômage d’un demi-point6. Or, la croissance a été positive aux troisième et quatrième
                         trimestres 2009, et significativement supérieure à sa tendance au quatrième trimestre (de près de
                         3 points de pourcentage avec une croissance tendancielle estimée à 3 %). Pourtant, le taux de
                         chômage a poursuivi sa hausse (alors qu’il aurait « dû » baisser d’environ 1,5 point). Autre mode
                         de calcul, même conclusion : le PIB était quasiment au même niveau fin 2009 que fin 2008, une
                         stagnation compatible avec une hausse du taux de chômage d’environ 1,5 point, qui, en réalité, a
                         atteint le double. Ces écarts ne sont pas totalement anormaux compte tenu des délais probables
                         d’ajustement. De plus, si le taux de chômage continue bien de monter, il monte malgré tout de
                         moins en moins : quand on met simplement en parallèle la croissance du PIB en glissement annuel
                         et la variation sur un an du chômage, les deux grandeurs ont visiblement évolué en ligne.




                   US : Taux de chômage                                               US : emploi salarié non agricole
     %
                                                                                          avant, pendant, après la récession
     11                                              11                       116
     10                                              10                       112
                                                                                          T = 100 = pic d'activité
      9                                              9                        108
      8                                              8                        104
      7                                              7                        100
      6                                              6                         96
      5                                              5                         92
      4                                              4
                                                                                    T-6   T+6   T+18 T+30 T+42              T+54 T+66
      3                                              3
                                                                                     déc. 2007         mars 2001              juil. 1990
       1965 1972 1979 1986 1993 2000 2007                                            juil 1981         nov. 1973              déc. 1969
                                         zones grisées :                             avril 1960        août 1957
     Sources : BLS, Crédit Agricole S.A.    récessions                        Sources : BLS, Crédit Agricole S.A.




4
  La date du creux d’activité n’a pas encore été officialisée par le NBER mais la récession a probablement pris fin vers la mi-2009.
5
  Définition U6 du BLS qui compte également comme chômeurs les personnes ayant abandonné toute recherche active d’un emploi et les travailleurs à
temps partiel involontaires.
6
  Et cette relation est proportionnelle et symétrique.
                                                                      e
                                        Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                                12
États-Unis

                            L’écart entre le taux de chômage observé et celui déduit de la loi d’Okun s’explique par la
                            réalisation de gains de productivité inhabituellement élevés au cours du second semestre
                            de 2009, c’est-à-dire durant les premiers mois de la reprise7. L’analyse des entrées et sorties
                            du chômage permet d’apporter un éclairage supplémentaire sur ce qui a alimenté ces gains de
                            productivité. Sont-ils venus d’une augmentation inhabituelle des licenciements (composante des
                            flux dits entrants8), d’une baisse inhabituelle des embauches (composante des flux sortants9), ou
                            d’une combinaison des deux ? D’après les travaux d’Elsby et alii (2010), la récession de 2008-2009
                            se distingue des précédentes essentiellement par la baisse continue et très importante des flux
                            sortants10. L’évolution des flux entrants, plus précisément des licenciements, est, elle, similaire aux
                            précédentes grosses récessions et caractéristique justement de leur sévérité : forte progression au
                            début, ralentissement ensuite.

                            Un lent rétablissement en perspective
                            Quelles conclusions tirer de ces résultats pour le futur ? Le taux de chômage semble bien avoir
                            monté plus que ce que justifiait la contraction de l’activité. La logique voudrait qu’un tel sur-
                            ajustement à la hausse soit rapidement corrigé : tout comme, historiquement, plus sévère est la
                            récession, plus vigoureuse est la reprise, on peut en effet penser que plus la hausse du taux de
                            chômage est excessive pendant la récession, plus son déclin est rapide pendant la reprise. La
                            réalité est néanmoins plus complexe dans la mesure où la nature de la récession importe autant, si
                            ce n’est plus, que son ampleur. Il en va de même pour le taux de chômage dont la baisse dépend
                            de ce qui l’a poussé à la hausse. Et, en l’occurrence, les perspectives sont mitigées.

                            En effet, la réalisation d’importants gains de productivité, la facilité d’un ajustement de la quantité
                            de travail par une hausse de la durée, la part importante du travail temporaire involontaire, et le
                            manque même de vigueur de la reprise économique anticipée sont autant d’arguments en faveur
                            d’une reprise sans emplois. D’ailleurs, si on considère que le creux d’activité a été atteint en juin
                            2009 et vu que l’emploi continue de baisser (et le taux de chômage de monter), une telle reprise
                            sans emplois serait d’ores et déjà une réalité. Cette situation ne devrait toutefois pas perdurer : un
                            véritable redémarrage de l’emploi semble en bonne voie. C’est sa vigueur qui pose question, plus
                            exactement celle de la reprise des embauches. A ce jour, on observe bien un ralentissement
                            significatif des licenciements, qui contribue au ralentissement des destructions nettes d’emplois
                            salariés non agricoles, mais les entreprises restent prudentes en matière de recrutements. Elles
                            vont cependant avoir du mal à pousser beaucoup plus loin les gains de productivité déjà réalisés :
                            pour continuer d’accroître leur production, elles vont devoir embaucher de plus en plus. La bonne
                            nouvelle, c’est qu’elles en ont les moyens ; la mauvaise, c’est le dynamisme incertain de la
                            croissance. Et il y a un autre point noir au tableau. La très forte montée du chômage de longue
                            durée fait en effet peser un risque nouveau pour les Etats-Unis, mais bien connu des Européens :
                            le risque d’hystérèse.

                            Notre scénario coupe la poire en deux entre une vraie reprise sans emplois « à la 2001 » et une
                            vraie reprise cyclique « à l’ancienne » : d’après nous, la croissance va créer des emplois mais
                            en quantités moindres que lors d’une phase de reprise cyclique habituelle et surtout
                            insuffisantes pour faire baisser sensiblement le taux de chômage en 2010.




                     US : Croissance du PIB     a-a,                                         US : gains de productivité horaire
                                                                                      t/t % moyen, r.a
     a/a, %           et taux de chômage point de %                                    8
     10                                                              4
                                                                                       7
       8                                                             3                 6
       6                                                             2                 5
                                                                                       4
       4                                                             1                 3
       2                                                             0                 2
                                                                                       1
       0                                                             -1                0
      -2                                                             -2               -1
                zones grisées : récessions                                                    61-69     82-90     91-01    01-07                09-…
      -4                                                             -3
           1983 1986 1989 1992 1995 1998 2001 2004 2007 2010                               années 1 et 2 du cycle     années 3 et 4
                                                                                           années 5 et 6              années 7 et +
               croissance      taux de chômage (dr.)                                       récession
     Sources : BEA, Census bureau, Crédit Agricole S.A.                               Sources : BLS, Crédit Agricole S.A.




7
  M. Daly et B. Hobijn, 2010, “Okun’s Law and Unemployement Surprise of 2009”, FRBSF Economic Letter n°2010-07, mars.
8
   Ceux qui ont perdu leur emploi, ceux qui l’ont quitté, les nouveaux entrants et les ré-entrants sur le marché du travail viennent gonfler les rangs des
chômeurs.
9
  Ceux qui quittent la population active (parce qu’ils sont découragés ou pour toute autre raison) et ceux qui trouvent un emploi sortent (des statistiques) du
chômage.
10
   Cf. M. Elsby, B. Hobijn, et A. Sahin, « The Labor Market in the Great Recession », papier présenté pour le Brookings Panel on Economic Activity, 18-19
mars 2010.
                                                                          e
                                            Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                                         13
États-Unis

                     Si l’on suit ce que nous dit la loi d’Okun en prévision, avec nos chiffres de croissance
                     marginalement supérieurs au rythme tendanciel, la baisse du taux de chômage ne peut en effet
                     qu’être lente. Un taux de croissance du PIB de 3 % permet de stabiliser le taux de chômage avec
                     environ 150 000 emplois créés par mois (sous l’hypothèse d’une progression tendancielle de la
                     population active de 0,1 % par mois).

                     Pour obtenir une baisse plus rapide du taux de chômage, le seuil critique des créations nettes
                     mensuelles d’emplois passe à environ 250 000, un chiffre atteignable avec une croissance de 4 %
                     environ ou une croissance moindre mais des gains de productivité plus faibles. C’est tout à fait du
                     domaine du possible (c’est d’ailleurs ce sur quoi nous tablons en 2011). Mais cela n’enlève rien au
                     caractère problématique de la lenteur annoncée de la baisse du taux de chômage. On se souvient
                     que la valeur du cœfficient d’Okun implique qu’à chaque point de croissance au-dessus de la
                     croissance tendancielle est associée une baisse du taux de chômage de 0,5 point. Compte tenu
                     de son niveau actuel, proche de 10 %, et sous l’hypothèse raisonnable d’une croissance
                     réelle moyenne de 3,5 % et d’une croissance potentielle de 3 %, le délai pour revenir au
                     niveau de 5 % jugé normal pour les Etats-Unis serait de dix ans ! Ce délai tombe en revanche
                     à environ deux ans si la cible de taux de chômage est remontée à 7 % et sous l’hypothèse d’une
                     croissance réelle observée de 5 % et d’une croissance potentielle réduite à 2 %.




Hélène BAUDCHON
helene.baudchon@credit-agricole-sa.fr




            US : créations et destructions                                US : Croissance du PIB et emploi
    milliers, cvs     d'emplois privés                           a/a, %                variation mensuelle, mm12, milliers
    9000                                            9000          7                                                500
    8500                                            8500                                                           400
                                                                  5                                                300
    8000                                            8000                                                           200
                                                                  3                                                100
    7500                                            7500
                                                                  1                                                0
    7000                                            7000                                                           -100
    6500                                            6500         -1                                                -200
    6000                                            6000                                                           -300
              zones grisées : récessions                                                                           -400
                                                                 -3
    5500                                            5500               zones grisées : récessions                  -500
            92 94 96 98 00 02 04 06 08 10                        -5                                                -600
                                                                    1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011
                   créations      destructions
                                                                                 croissance        emploi (dr.)
    Sources : BLS (enquête BED), Crédit Agricole S.A.
                                                                 Source : BEA, BLS, Crédit Agricole S.A.




                                                                 e
                                   Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                    14
Japon

Une croissance plus équilibrée en vue
  La reprise économique entamée au deuxième trimestre 2009 reste principalement alimentée par la
  consommation et les exportations, qui bénéficient des diverses mesures de soutien prises au Japon ou ailleurs.
  Nous prévoyons une croissance plus équilibrée de l’économie japonaise en 2010, grâce, enfin, au redressement
  cyclique de l’investissement.

                                  Le PIB réel s’est contracté en 2009 à un rythme historique de 5,2 %, sous l’impact de l’effondrement de
                                  l’investissement et des exportations. Toutefois, la reprise économique qui a débuté au deuxième trimestre 2009
                                  devrait selon nous se poursuivre au cours des prochaines années et le PIB réel devrait enregistrer une
                                  croissance de 1,9 % en 2010 et 1,6 % en 2011. L’économie japonaise devrait ainsi dépasser son potentiel à
                                  long terme de 1,5 %. Si la reprise économique reste principalement alimentée par la consommation et les
                                  exportations, qui bénéficient des divers dispositifs de relance mis en place par le Japon et d’autres pays, nous
                                  prévoyons une croissance plus équilibrée de l’économie japonaise au cours des prochaines années.
                                  Notre prévision d’une croissance du PIB réel de 1,9 % en 2010 s’appuie sur une reprise de l’investissement
                                  dans le courant de l’année. Après une contraction plus marquée et plus longue que nous ne l’avions anticipé
                                  initialement, en raison de l’effondrement de la demande non seulement intérieure, mais extérieure, aussi,
                                  l’ajustement baissier de l’investissement productif semble tirer à sa fin. En outre, la croissance régulière des
                                  exportations, la hausse du taux d’utilisation des capacités et le redressement de la rentabilité des entreprises
                                  devraient accélérer la reprise de l’investissement. Enfin, des conditions monétaires accommodantes associées à
                                  la liquidité accumulée concourront à inciter les entreprises à s’équiper. En conséquence, nous prévoyons une
                                  croissance positive de l’investissement de 0,1 % en 2010 et de 4,9 % en 2011, après une contraction de
                                  19,3 % en 2009.
                                  Le redressement du PIB réel entraînera une diminution des pressions déflationnistes. La récession
                                  mondiale a aggravé la crise économique du Japon à travers l’effondrement de la demande d’exportations et a
                                  considérablement amplifié le déficit de production, entraînant l’émergence de tensions déflationnistes. La
                                  croissance du PIB réel à un rythme supérieur à son potentiel à long terme va permettre de résorber le déficit de
                                  production et de dissiper les pressions déflationnistes à l’œuvre. Les indices de prix portent déjà la marque de
                                  cette évolution, la déflation de l’indice « noyau dur » des prix à la consommation s’étant stabilisée à –1,3 % en
                                  rythme annuel en janvier, alors qu’elle avait atteint –2,5 %, en rythme annuel, toujours, en août 2009. Si les
                                  tensions déflationnistes vont continuer à se dissiper sous l’impact de la reprise économique, militant pour le
                                  retour à une croissance nominale positive du PIB pour la première fois depuis 2007.
                                  Sur le front budgétaire, depuis l’arrivée au pouvoir du parti démocrate en septembre, l’attention s’est concentrée
                                  sur la nécessité d’orchestrer la reprise économique aux dépens de la définition d’axes budgétaires de moyen
                                  terme. En conséquence, un nouveau budget expansionniste de 92 300 milliards JPY a été adopté pour l’exercice
                                  2010, après 102 600 milliards JPY en 2009 (y compris les deux rallonges budgétaires). L’association d’un
                                  redressement limité des recettes fiscales et d’un budget de grande envergure se traduira inévitablement
                                  par le maintien d’une impasse conséquente des comptes publics. Le gouvernement va donc se trouver
                                  dans l’obligation de ramener la dépense à un niveau cohérent avec celui des recettes fiscales. Dans cette
                                  optique, il sera contraint d’adopter une mesure impopulaire : taxer davantage la consommation. Il devra
                                  cependant attendre pour accroître la pression fiscale sur la consommation que la croissance se soit stabilisée et
                                  pérennisée.
                                  Sur le front monétaire, des pressions de plus en plus fortes incitent la Banque du Japon à prendre d’autres
                                  mesures accommodantes. Nous pensons toutefois qu’elle conservera ses perspectives optimistes sur
                                  l’évolution de l’économie et le niveau de la déflation et s’abstiendra par conséquent de recourir aux
                                  dispositifs d’assouplissement quantitatif utilisés par le passé. La Banque du Japon n’a eu recours à
                                  « l’assouplissement quantitatif » qu’entre mars 2001 et mars 2006, avec pour résultat un crédit bancaire toujours
                                  poussif et un noyau dur des prix à la consommation solidement en territoire négatif. La Banque n’a pas oublié
                                  cette expérience malheureuse et, tout en maintenant son taux directeur à 0,10 % en 2010, elle continuera de
                                  concentrer son intervention sur ses opérations spéciales de prêt à taux fixe à trois mois commencées en
                                  décembre 2009. Toutefois, avec la poursuite des mesures budgétaires expansionnistes, les pressions vont
                                  s’accumuler sur le front politique l’incitant à augmenter le montant de ses achats directs d’emprunts d’État.
Susumu KATO
susumu.kato@ca-cib.com
                                                                                                                                                                    Japon (a)                      2009     2010    2011               2010
                                    Japon : contribution à                                                                                                                                                                   T1     T2      T3      T4
  % t/t                              la croissance du PIB                                                                                                           PIB                            -5,0      1,9     1,6    0,4     0,3     0,3     0,5
              Consommation; 1,7




   4,0                                                                                                                                                              Consommation privée            -1,0      2,1     1,3    0,4     0,2     0,3     0,2
                                                                                                                                              Consommation ; -0,6
                                                                             Dépenses publiques;




   3,5
                                                                                                                                                                    Investissement                 -19,3     0,1     4,9    0,4     0,8     1,2     1,7
                                                      Investissement; -0,7




                                                                                                   Travaux publics; 0,1


                                                                                                                          Exportations; 3,4




   3,0
   2,5                                                                                                                                                              Variation des stocks (b)       -0,1     -0,1     0,1    0,3     0,0     0,0     0,1
                                     Logement; -0,6




                                                                                    0,3




   2,0                                                                                                                                                              Exportations nettes (b)         1,1      0,3     0,1    0,2     0,1     0,0     0,0
   1,5
                                                                                                                                                                    Production industrielle        -22,5    14,3     6,9    25,2    16,4    9,5     6,1
   1,0
   0,5                                                                                                                                                              Taux de chômage                 5,3      4,8     4,5    4,9     4,9     4,8     4,7
   0,0                                                                                                                                                              Inflation (Core CPI, a/a, %)   -1,3     -0,8    -0,5    -1,2    -0,8    -0,5   -0,5
  -0,5
                                                                                                                                                                    Dette publique (% PIB)         184      197     203
   -1,0   Source : Cabinet Office
                                                                                                                                                                    (a) données annualisées                (b) contribution à la croissance du PIB (en %)




                                                                                                                                 e
                                                                                                   Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                                                                              15
UEM

Une reprise à deux vitesses : le centre versus la périphérie

 La croissance en zone euro a ralenti au quatrième trimestre 2009 (+0,1 % t/t). La reprise va se poursuivre. Elle
 sera plus lente et fragilisée par l’hétérogénéité croissante entre les pays membres de la zone euro, du fait de
 l’assainissement des finances publiques et des freins structurels. La croissance s’établirait à 0,9 % en 2010 et
 1,2 % en 2011.



                         La croissance en zone euro a marqué le pas au quatrième trimestre 2009 (+0,1 % t/t, après +0,4 %
                         au T3). Ce ralentissement tient essentiellement à la faiblesse de la demande domestique.
                         L’investissement a continué à se replier (-0,8 % t/t). La consommation privée a stagné. En
                         revanche, les exportations nettes ont contribué positivement à la croissance (+0,3 point). Parmi les
                         principales économies de la zone euro, seule la France a enregistré une progression de son PIB
                         (+0,6 % t/t). L’activité a stagné en Allemagne. Le PIB italien est repassé en territoire négatif (-0,3 %
                         t/t, après +0,5% t/t au T3) et l’Espagne s’est maintenue en récession pour le sixième trimestre
                         consécutif (-0,1 % t/t, après -0,3 % t/t au T3). Au total, sur l’ensemble de l’année 2009, la zone euro
                         a enregistré sa plus forte contraction du PIB depuis l’après Guerre (-4 %).

                         Le freinage de l’activité en fin d’année 2009 ne remet pas en cause fondamentalement notre
                         scénario de reprise cyclique. Les niveaux des enquêtes de confiance à la fin du premier trimestre
                         2010 sont supérieurs à ceux du quatrième trimestre 2009, signe que les rythmes d’activité ont
                         accéléré. Les données « dures » signalent, quant à elles, un rebond de l’activité industrielle.

                         Cependant, les évolutions économiques et financières de ce début d’année suggèrent que la
                         reprise qui se dessine sera plus fragile, plus incertaine, et caractérisée par une
                         hétérogénéité croissante entre les pays membres de la zone euro : d’un côté le « centre »
                         (Allemagne, France, Pays-bas, Belgique et dans une moindre mesure Italie), et de l’autre la
                         « périphérie » (Espagne, Grèce, Portugal et Irlande). Le schéma d’une reprise « classique »,
                         tirée par les exportations nettes, devrait certes se poursuivre, mais il sera beaucoup plus
                         lent que nous l’avions anticipé lors de notre précédent exercice de prévision. En moyenne,
                         nous prévoyons une croissance de 0,9 % en 2010 (contre 1,2 % auparavant) et 1,2 % en 2011
                         (contre 1,6 % auparavant).

                         Les craintes sur la soutenabilité des finances publiques, en particulier en Grèce et plus
                         généralement dans les pays dits de la « périphérie » du sud (Espagne et Portugal), se sont
                         matérialisées beaucoup plus vite que prévu. La consolidation des finances publiques se fera donc
                         plus tôt, et pèsera sur les économies encore convalescentes de ces pays dès cette année et en
                         2011. Arithmétiquement, le freinage de la croissance dans ces pays affectera l’ensemble de la
                         zone euro (Espagne, Grèce, Portugal et Irlande représentent 17,9 % du PIB de la zone euro). La
                         contagion aux autres économies de la zone euro se fera également via les échanges commerciaux
                         intra-régionaux. Les programmes de stabilité pour 2010-2013 des autres économies de la zone
                         euro (Allemagne, France et Italie notamment) indiquent un assainissement des finances publiques
                         plus progressif à partir de l’année prochaine, mais les dépenses publiques seront réduites
                         significativement. En conséquence, nous prévoyons une nette modération de la consommation
                         publique en 2011.




                UEM : demande domestique                                       UEM : centre versus périphérie
   a/a %
             (conso. publique et privée + investissement)              a/a %          Prévisions
    6                                                                   2,0
    4
    2                                                                   0,0
    0
                                                                       -2,0
   -2
   -4                                                                  -4,0
   -6
   -8                                                                  -6,0
        07          08     09          10       11                                2009             2010           2011
                    Allemagne           France                                    Allemagne Espagne           France
                    Italie              Espagne                                   Grèce         Italie        Portugal
   Sources : Eurostat, Crédit Agricole S.A.                            Sources : Eurostat, Crédit Agricole S.A.




                                                                    e
                                      Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                      16
UEM

                           Dans l’ensemble, notre scénario central table sur une demande domestique peu allante au
                           cours des prochains trimestres. Dans un contexte de dégradation continue du marché du travail
                           (taux de chômage prévu à 10,5 % fin 2010, contre 9,9 % en janvier), la consommation privée
                           restera modérée, la faiblesse des revenus salariaux pesant sur le pouvoir d’achat des ménages. De
                           plus, la consommation privée sera pénalisée par l’arrêt ou la réduction des mesures de soutien
                           public (primes à la casse notamment) et les hausses des taux d’imposition prévues dans certains
                           pays (TVA en Espagne et en Grèce, et impôt sur le revenu au Portugal).

                           Le redressement de l’investissement productif s’annonce lent. Le cycle de productivité est en
                           effet affecté par les ajustements atypiques de l’emploi intervenus au cours de la « grande »
                           récession (rétention de main d’œuvre, mesures publiques en faveur du chômage partiel en
                           particulier en Allemagne et dans une moindre mesure en France). Les surcapacités des entreprises
                           atteignent des niveaux historiques et la demande interne est peu vigoureuse. Nous n’envisageons
                           une véritable reprise de l’investissement production qu’à partir du second semestre 2011.

                           Le commerce extérieur restera le véritable moteur de l’activité. Les exportations vont profiter
                           du dynamisme de l’activité dans le reste du monde (en particulier, dans les pays émergents et,
                           dans une moindre mesure, aux Etats-Unis). La dépréciation présente et anticipée de l’euro devrait
                           également renforcer la compétitivité des exportations.

                           La balance des risques entourant notre scénario central apparaît relativement équilibrée.
                           D’un côté, un assainissement généralisé et plus marqué des finances publiques en zone euro, sous
                           la pression notamment des marchés financiers, pourrait faire rechuter l’activité (« double dip »). De
                           l’autre, un rebond plus important des exportations, tiré par une demande mondiale plus vigoureuse
                           que prévu, pourrait avoir des effets d’entraînement sur l’investissement, l’emploi et la demande
                           interne avec l’enclenchement d’un processus auto-entretenu de croissance.



Olivier BIZIMANA
olivier.bizimana@credit-agricole-sa.fr




UEM                              2009 2010    2011               2009                      2010                            2011
                                                       T1     T2    T3     T4     T1     T2      T3     T4       T1     T2     T3     T4
PIB                               -4,0  0,9     1,2   -2,5   -0,1 0,4      0,1    0,3    0,2     0,2    0,3      0,3    0,3   0,4     0,4
Consommation privée               -1,0  0,4     0,8   -0,5    0,1 -0,2     0,0    0,2   0,2      0,1    0,2      0,2    0,2   0,3     0,3
Investissement                   -11,0 -1,2     1,7   -5,4   -1,7 -0,9    -0,8    0,0    0,1     0,3    0,3      0,4    0,5   0,6     0,6
Variation des stocks (a)          -1,2  0,2     0,0   -0,9   -0,6 0,5      0,0    0,2    0,0     0,0    0,0      0,0    0,0   0,0     0,0
Exportations nettes (a)           -0,8  0,4     0,3   -0,3    0,7   0,0    0,3   -0,1    0,0     0,1    0,1      0,1    0,1   0,1     0,1
Production industrielle          -14,7 1,9     2,1    -7,6   -2,6 0,8      2,0   2,9    -3,8     0,3    2,5      2,6   -3,0   0,2     2,5
Taux de chômage                    9,4 10,4    10,5   8,8     9,3   9,6    9,9   10,2   10,3 10,4 10,5 10,6 10,6 10,4 10,3
Inflation (a/a, %)                 0,3  1,1     1,7   1,0     0,2 -0,4     0,4    0,9   0,9      1,2    1,3      1,5    1,6   1,7     1,8
                                                                                            (a) contribution à la croissance du PIB (en %)




                                                                     e
                                       Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                           17
UEM

Focus : retournement conjoncturel et chômage - le centre
versus la périphérie de la zone euro

 Les marchés du travail nationaux en zone euro semblent avoir réagi de manière différente au récent
 retournement conjoncturel. Les équations d’Okun suggèrent qu’il faut en moyenne un taux de croissance du PIB
 plus élevé dans les pays de la périphérie pour réduire le taux de chômage.


                 Croissance et taux de chômage en zone euro au cours
                 de la récente récession
                 L’ampleur de la récession en zone euro en 2008-2009 soulève des questions quant à ses
                 effets sur le marché du travail et leur persistance. Au cours de la récente récession, le taux de
                 chômage de l’ensemble de la zone euro a en effet augmenté de 2 points entre le premier trimestre
                 2008 (pic d’activité) et le deuxième trimestre 2009 (point bas de l’activité), alors que le PIB a chuté
                 de 5,2 % sur la même période. En d’autres termes, la hausse du taux de chômage semble avoir été
                 relativement contenue, au regard de l’ampleur de la chute d‘activité. En moyenne, pour chaque
                 baisse d’un point du PIB, le taux de chômage a augmenté de 0,4 point.

                 Par ailleurs, on constate des hétérogénéités parmi les différents pays membres de la zone
                 euro. Les marchés du travail nationaux semblent en effet avoir réagi de manière différente au
                 récent retournement conjoncturel (cf. graphique p.19). Deux groupes se distinguent : d’une part
                 les pays dits du centre (l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et, dans une moindre mesure, la France),
                 dont le taux de chômage a connu une hausse relativement modérée malgré une forte chute du PIB.
                 Et d’autre part, les pays dits de la périphérie dont la croissance a fortement baissé et le taux de
                 chômage a augmenté plus fortement que la moyenne de la zone euro : notamment l’Espagne et
                 l’Irlande. La Grèce et le Portugal sont, quant à eux, entrés en récession un peu plus tard que le reste
                 de la zone euro (respectivement au T4 2008 et T3 2008). Le chômage dans ces pays a certes
                 augmenté moins que la moyenne de la zone euro, mais plus fortement que dans la plupart des pays
                 du centre qui, pourtant, ont enregistré une baisse de l’activité plus importante.

                 Les facteurs d’hétérogénéité
                 Les hétérogénéités d’ajustement du chômage constatées entre les différents pays de la zone euro
                 tiennent à plusieurs facteurs :

                 • les législations du marché du travail : degré de protection et nombre de salariés protégés ;
                 importance des emplois temporaires (CDD, intérim) dans l’emploi total.
                 • les politiques économiques menées en matière d’emploi : allégement des cotisations
                 sociales, subventions des heures supplémentaires et du chômage partiel.
                 • les types de relation entre les partenaires sociaux : modes de négociations salariales
                 (collectives, au niveau des branches, individuelles, indexation des salaires, etc.).

                 En particulier, au cours de la crise actuelle, plusieurs pays ont mis en place des politiques visant à
                 sauvergarder l’emploi. Les mesures incitant les entreprises à développer le chômage partiel ont
                 ainsi permis de limiter la chute de l’emploi, et donc la hausse du chômage, en Allemagne, et dans
                 une moindre mesure en France.

                 Les comportements des entreprises ont également contribué à limiter la hausse du taux de
                 chômage au début de la chute de l’activité. Dans la première phase du retournement
                 cyclique, les chefs d’entreprise préfèrent, traditionnellement, conserver leurs salariés en poste.
                 C’est un moyen de préserver le capital humain (ou le savoir faire) dans l’entreprise et d’éviter par la
                 suite des coûts de recrutement et de formation. Les entreprises réduisent en premier lieu l’emploi
                 intérimaire et les CDD, puis les heures supplémentaires. Elles ont ensuite recours au chômage
                 partiel, notamment si cette solution est encouragée par les pouvoirs publics.

                 Les équations d’Okun pour comprendre les hétérogénéités
                 au sein de la zone euro
                 Quel taux de croissance permet de réduire le taux de chômage ?
                 La relation entre la croissance du PIB et celle du taux de chômage est généralement décrite dans la
                 littérature par la « loi d’Okun ». La relation de base d’Okun permet d’appréhender la corrélation entre
                 la croissance du PIB et les mouvements du taux de chômage. Autrement dit, elle permet de relier
                 les évolutions de l’activité et celles du taux de chômage.




                                                            e
                              Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                   18
UEM

      Elle est exprimée sous la forme suivante :

      ΔUt= α + β *ΔPIBt
      ΔUt est la variation du taux de chômage et ΔPIBt le taux de croissance du PIB.

      Le paramètre β est appelé « cœfficient d’Okun ». Ce dernier est négatif, de sorte qu’une
      accélération de la croissance du PIB correspond à une baisse du taux de chômage. Inversement,
      une baisse ou un ralentissement de l’activité se traduit par une montée du taux de chômage. Le ratio
      « -α/β » donne le taux de croissance du PIB compatible avec un taux de chômage stable. En
      d’autres termes, il s’agit d’un « seuil critique », c’est-à-dire le rythme de progression de l’activité
      nécessaire pour maintenir un niveau donné de taux de chômage.

      Les calculs du cœfficient d’Okun sur longue période
      Le tableau ci-dessous présente les estimations des équations d’Okun pour la zone euro dans son
      ensemble, ainsi que pour les principales économies du centre (Allemagne, France et Italie) et de la
      périphérie (Espagne, Grèce, Portugal et Irlande) sur la période 1970-2007.

      • Selon les résultats des estimations, pour l’Allemagne et la France, une croissance nulle du PIB au
        cours d’un trimestre (β=0) est associée à une hausse du taux de chômage de l’ordre de 0,17 point
        de pourcentage sur le trimestre. Ce chiffre est nettement plus élevé en Espagne (0,55 point) et en
        Irlande (0,4 point).

      • Le taux de croissance du PIB compatible avec un taux de chômage constant est de l’ordre de 3 %
        en France et en Allemagne. Un taux de croissance du PIB supérieur à ce rythme coïncide donc à
        une baisse du chômage. Inversement, un rythme de croissance plus faible induit une hausse du
        taux de chômage. Parmi les pays retenus, l’Irlande et la Grèce sont les pays qui doivent avoir le
        taux de croissance le plus élevé (respectivement 4,9 % et 4,5 %) pour maintenir leur taux de
        chômage constant.

      • La valeur du cœfficient d’Okun implique que pour chaque point de pourcentage au-dessus de
        3,1 % (« -α/β ») est associée une baisse du taux de chômage de 0,06 point de pourcentage en
        Allemagne et en France (« β »). En Espagne, le taux de chômage baisse plus fortement
        (-0,2 point) pour chaque point de pourcentage au dessus du seuil critique. Ce seuil est
        relativement similaire à celui de la France et de l’Allemagne (3 %).

      En résumé, on constate qu’une stagnation du PIB dans les pays du centre (Allemagne et France en
      particulier) entraîne une hausse du taux de chômage plus modérée (0,17 point) que dans les pays
      de la périphérie, notamment en Espagne et en Irlande (respectivement 0,55 et 0,40).

      La hausse du cœfficient d’Okun dans la période récente
      L’estimation des équations d’Okun sur la période récente (1997-2007) indique que les
      caractéristiques des économies de la zone euro ont changé (cf. tableau 2).

      • Le seuil de croissance au-dessus duquel les économies allemande et française créent des
        emplois a baissé de 3,1 %, à respectivement 1,4 % et 1,7 % depuis la fin des années 1990. Dans
        les pays de la périphérie, le seuil critique a également baissé : le taux de croissance requis pour
        stabiliser le taux de chômage est ainsi passé de 4 % au Portugal à 2,3 %.

      • Le cœfficient d’Okun a augmenté : pour chaque point de pourcentage au dessus du seuil critique
        de croissance («-α/β») est associée une baisse du taux de chômage de l’ordre de 0,13 point de
        pourcentage en Allemagne et en France, contre 0,06 point auparavant. En d’autres termes, les
        économies allemande et française se sont enrichies en emploi.


                                                             UEM : variation du PIB et du taux de chômage
                                                      10
                                                                                               Espagne
                                                      9
               T1 08 - T3 09 (point de pourcentage)




                                                      8
                 Variation du taux de chômage :




                                                             Irlande
                                                      7

                                                      6

                                                      5

                                                      4

                                                      3
                                                                                   UEM           Portugal France
                                                      2                                                              Grèce
                                                                               Italie
                                                      1                                       Pays-Bas
                                                      0                                 Allemagne
                                                       -10             -8     -6                -4              -2              0

               Sources : Eurostat, Crédit Agricole S.A.                                         Variation du PIB: T1 08 - T3 09 (%)


                                                                                    e
                                                      Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                   19
UEM

                     Néanmoins, les résultats des équations d’Okun suggèrent qu’il faut en moyenne un taux de
                     croissance du PIB plus élevé dans les pays de la périphérie pour réduire le taux de chômage, même
                     si en tendance et pour tous les pays ce rythme a baissé.

                     Comment expliquer l’augmentation du cœfficient d’Okun depuis les années 1990 ?
                     La hausse du cœfficient d’Okun traduit l’enrichissement de la croissance en emplois en zone euro
                     depuis les années 1990. Autrement dit, la productivité par tête a fortement ralenti ces dernières
                     années : en moyenne sur la période 2000-2007, les gains de productivité en Allemagne et en
                     France s’élevaient à respectivement 1 % et 1,1 %, contre respectivement 1,6 % et 1,4 % entre 1992
                     et 1999. Ce phénomène est également notable dans les pays de la périphérie. Par exemple en
                     Espagne, les gains de productivité par tête étaient négatifs sur la période 2000-2007 (-0,4 %), alors
                     qu’ils s’établissaient en moyenne autour de 1 % au cours des années 1990.

                     Dans l’ensemble, le ralentissement de la productivité par tête tient à plusieurs facteurs :

                     • l’augmentation de la part des activités à faibles gains de productivité (construction et services) ;
                     • les politiques de l’emploi mises en œuvre dans certains pays (dispositifs en faveur du temps partiel,
                       emplois aidés en France par exemple, etc.) ;
                     • le recours accrû à des emplois temporaires (intérim, CDD).



Olivier BIZIMANA                                                Axelle LACAN
olivier.bizimana@credit-agricole-sa.fr                          axelle.lacan@credit-agricole-sa.fr




Tableau 1 : Estimation des équations d'Okun                               Tableau 2 : Estimation des équations d'Okun
             sur longue période                                                   dans les périodes récentes
             ∆U=α+β∆ ln(PIB)+ε                                                         ∆U=α+β∆ ln(PIB)+ε
  Période d'estimation : T1 1970 - T4 2007                                  Période d'estimation : T1 1997- T4 2007
                                                                                                                                ∆ seuil
Pays                 α             β          R²         -α/β   Pays                  α              β        R²      -α/β      critique

UEM (a)             0,26          -0,13     0,68      2,03      UEM                  0,19         -0,11     0,72      1,64       -0,39
                 (9,26)***    (-12,92)***                                         (6,78)***   (-10,42)***
Allemagne          0,18           -0,06     0,28      3,04      Allemagne             0,17        -0,12     0,47      1,43       -1,61
                 (4,82)***     (-4,91)***                                         (3,25)***    (-4,82)***
France             0,17           -0,06     0,18      3,05      France                0,22        -0,13     0,39      1,74       -1,31
                 (5,76)***     (-4,21)***                                         (3,51)***    (-4,91)***
Italie             0,06           -0,02     0,02      3,16      Italie               -0,04        -0,05     0,15      -0,95      -4,10
                  (-1,47)        (-1,51)                                            (-1,54)     (-2,53)**
Espagne            0,55           -0,18     0,51      2,99      Espagne               0,66        -0,23     0,29      2,91       -0,07
                 (8,87)***    (-10,51)***                                          (2,63)**    (-3,59)***
Irlande            0,40           -0,08     0,19      4,89      Irlande               0,28        -0,06     0,19      4,40       -0,49
                 (3,46)***     (-4,42)***                                         (4,14)***    (-4,75)***
Grèce              0,08           -0,02     0,11      4,52      Grèce                 0,20        -0,06     0,08      3,27       -1,25
                  (1,83)*       (-2,25)**                                           (-1,37)     (-2,09)**
Portugal           0,15           -0,04     0,05      4,03      Portugal              0,23        -0,10     0,17      2,37       -1,65
                 (3,37)***      (-3,01)**                                          (2,56)**     (-2,95)**
Source: Estimation CA,                                          Source: Estimation CA;
Les statistiques de Student sont entre parenthèses,             Les statistiques de Student sont entre parenthèses,
*** (**, *) significatif au seuil de 1 (5, 10) %,               *** (**, *) significatif au seuil de 1 (5, 10) %,
U: taux de chômage; PIB: PIB réel; β=coefficient d'Okun,        U: taux de chômage; PIB: PIB réel; β=coefficient d'Okun,
 -α/β: taux de croissance du PIB réel nécessaire pour            -α/β: taux de croissance du PIB réel nécessaire pour
réduire le taux de chômage, (a): période d'estimation:          réduire le taux de chômage
1991-2007




                                                                  e
                                    Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                          20
France

Lendemains de fête
  La croissance française a accéléré en fin d’année 2009 (+0,6 % t/t). Après une telle performance, l’activité se tassera
  au premier trimestre 2010 (+0,1 % t/t). Elle devrait rester par la suite bridée par un taux de chômage élevé, un
  assainissement nécessaire des finances publiques et un cycle de productivité atypique. En moyenne, le PIB
  progresserait de 1,1 % en 2010 et 1,3 % en 2011.


                 En fin d’année 2009, la France a affiché un taux de croissance flatteur de 0,6 % t/t, grâce à une consommation
                 des ménages très dynamique (+0,9 % t/t) et une contribution positive des stocks (+0,9 point). Belle
                 performance, certes, mais performance temporaire. Nous prévoyons un taux de croissance de 0,1 % t/t
                 au premier trimestre 2010. La consommation privée devrait en effet stagner, les ménages ayant anticipé en fin
                 d’année leurs achats d’automobiles, pour profiter de la prime à la casse dans sa totalité. L’investissement
                 continuerait à peser sur la croissance mais moins lourdement (-0,4 % t/t), à en croire notamment la dernière
                 enquête Insee dans l’industrie. Les chefs d’entreprise devraient finir par reconstituer leurs stocks (+0,2 % t/t).
                 Enfin, le faible niveau des opinions des industriels sur leurs carnets de commandes étrangères suggère que les
                 exportations peineront à soutenir l’activité (contribution des exportations nettes attendue à -0,2 % t/t). Passé ce
                 trimestre de « correction technique », nous prévoyons une croissance modeste du PIB, de l’ordre de 1,1 % en
                 2010 et 1,3 % en 2011. Taux de chômage élevé, assainissement des finances publiques et cycle de
                 productivité atypique devraient brider la croissance française en cette sortie de crise.
                 Le taux de chômage, qui a atteint 9,6 % en France métropolitaine au quatrième trimestre 2009, est
                 attendu en hausse jusqu’au troisième trimestre 2010 (pic à 10,1 %). La consommation privée devrait
                 donc rester modérée (en moyenne, +1,2 % en 2010 et +1 % en 2011). En 2010, elle continuera à bénéficier
                 du soutien public. En revanche, l’objectif d’apurement des finances publiques devrait légèrement peser sur la
                 consommation des ménages début 2011 (arrêt des mesures d’aide gouvernementales et suppression
                 annoncée de niches fiscales). Il faudra attendre fin 2011 pour que la consommation privée renoue avec des
                 rythmes de croissance trimestriels plus dynamiques, grâce à une baisse prévisible du taux d’épargne, en lien
                 avec le recul du chômage. L’inflation, qui devrait être modérée tout au long de la période de prévision, restera
                 un allié du pouvoir d’achat. En ligne avec ces prévisions d’inflation maîtrisée, les taux d’intérêt devraient rester
                 accommodants en 2010, permettant la stabilisation de l’investissement résidentiel des ménages.
                 Si le programme de stabilité français ne devrait avoir qu’un impact limité sur la consommation privée,
                 aucune annonce de hausse d’impôts n’ayant été faite, il en sera tout autrement sur la consommation
                 publique, dont le freinage est attendu en 2011 (en moyenne, 0,5 % en 2011, contre 1,8 % en 2010). Un ris-
                 que baissier entoure notre prévision. La Commission européenne reste sceptique face à ce plan d'assai-
                 nissement des finances publiques. Les mesures annoncées pour réduire à 3 % le déficit à horizon 2013 sem-
                 blent insuffisantes et assises sur des hypothèses de croissance trop optimistes (2,5 % à compter de 2011). Au
                 vu de cette mise en garde, il est possible d’assister à un freinage plus marqué des dépenses publiques en 2011.
                 Face à ces perspectives modérées de demande, les entreprises devraient faire le choix de reconstituer
                 leurs gains de productivité. Ceux-ci ont chuté lourdement pendant la grande récession de 2008, en lien avec
                 le faible ajustement de l’emploi. Ils pèsent aujourd’hui sur la dynamique de la reprise, en limitant par exemple la
                 compétitivité française. Les reconstituer devient donc une priorité. L’investissement, notamment de productivité,
                 devrait ainsi peu à peu se rétablir. La suppression de la taxe professionnelle, en contribuant à améliorer la
                 profitabilité des entreprises, devrait donner un coup de pouce à ce rétablissement. L’investissement des
                 sociétés ne redeviendrait cependant un moteur de la croissance qu’en 2011. Les taux d’utilisation des capacités
                 de production sont en effet ancrés à un bas niveau et les taux d’endettement des entreprises restent élevés.
                 Dans ce contexte économique de demande domestique bridée, le cycle des stocks devrait apporter un
                 soutien opportun à la croissance en 2010 (+0,8 %). Nous pourrions également être surpris positivement
                 par la contribution du commerce extérieur. Un risque haussier entoure en effet nos prévisions (-0,6 % en
                 2010 et 0 % en 2011). Certes, la concrétisation récente et prématurée des craintes sur les finances publiques,
                 notamment dans les pays d’Europe du sud, justifie une certaine prudence quant aux exportations. Mais la
                 reprise vigoureuse des économies dans le reste du monde (en Chine par exemple) pourrait dynamiser le
                 commerce extérieur de la France et donc son taux de croissance.
Axelle LACAN
axelle.lacan@credit-agricole-sa.fr

 France                           2009 2010        2011              2009                      2010                         2011
                                                           T1     T2    T3     T4     T1     T2     T3     T4     T1     T2     T3     T4
 PIB                                -2,2   1,1      1,3   -1,4    0,3   0,2    0,6    0,1    0,2    0,2    0,3    0,3    0,3   0,4     0,4
 Consommation privée                 0,8   1,2      1,0    0,2    0,3   0,1    0,9    0,0   0,3     0,1    0,3    0,2   0,2    0,4    0,5
 Investissement                     -6,9 -2,0       1,4   -2,5   -1,0 -1,3    -1,1   -0,4    0,0    0,3    0,4    0,4    0,4    0,5    0,5
 Variation des stocks (a)           -1,4   0,8      0,1   -0,7   -0,6 -0,1     0,9    0,2    0,1    0,1    0,0    0,0    0,0   0,0     0,0
 Exportations nettes (a)            -0,2 -0,6       0,0   -0,2    0,9   0,4   -0,8   -0,2   -0,2   -0,1    0,0    0,1    0,1    0,0    0,0
 Production industrielle           -12,9 -1,0      0,0    -8,1    0,4   3,5    0,2   -5,9   1,4     5,6   -2,8   -4,7   1,9    6,1    -2,3
 Taux d'épargne                    16,6 16,5       16,0   16,0   16,7 17,0    16,5   16,8   16,4 16,4     16,2   16,1   16,2 15,9     15,7
 Taux de chômage                     9,1 10,0       9,9    8,6    9,1   9,1    9,6    9,7   10,0 10,1     10,1   10,0   10,0   9,9     9,8
 Inflation (a/a, %)                  0,1   1,3      1,6    0,6   -0,2 -0,4     0,4    1,1   1,3     1,4    1,6    1,6   1,6    1,6    1,5
  (a) contribution à la croissance du PIB (en %)



                                                                       e
                                         Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                           21
Allemagne

Vices et vertus
  Le modèle allemand basé sur un secteur exportateur dynamique et compétitif va prouver son efficacité en sortie de
  crise, avec une croissance qui va superformer celle de la zone euro. La pression continue de s’exercer sur le
  consommateur allemand lequel, malgré des mesures gouvernementales d’accompagnement, ne devrait pas se
  montrer très prodigue.


               L’économie allemande, plus cyclique par nature, car plus ouverte sur l’extérieur (poids des exportations dans le
               PIB de 47 %, contre seulement 26 % en France) est sans doute le pays de la zone euro le plus à même de
               profiter de la reprise mondiale.
               Le modèle allemand devrait en effet prouver son efficacité en sortie de crise avec une croissance
               économique qui va superformer le reste de la zone euro en 2010 (1,6 % en moyenne pour l’Allemagne,
               contre 0,9 % en zone euro). Grâce à une compétitivité prix élevée, les exportateurs vont pouvoir sécuriser
               leurs gains de parts de marchés. Cependant, si les exportations allemandes sur les marchés en croissance, le
               plus souvent logés dans la sphère émergente, vont générer des revenus en progression, le commerce à
               destination de la zone euro (plus de 40 % du total des exportations) risque lui de patiner. En particulier, les
               marchés autrefois dynamiques et porteurs, comme ceux de l’Espagne, de la Grèce ou de l’Irlande (soit environ
               5 % du total des exportations), vont marcher durablement au ralenti sans compter que les autres débouchés
               intra-zone ne vont pas briller par leur vitalité. Ajoutez-y les 6 % à destination du Royaume-Uni et c’est une
               grosse partie du commerce allemand dont la dynamique a toutes les chances d’être durablement enrayée.
               La segmentation sectorielle de l’Allemagne ne devrait pas non plus aider. Les ventes d’automobiles
               représentent environ 20 % du total des exportations. Les constructeurs allemands ont profité à plein de l’effet
               d’aubaine des primes à la casse. Mais avec l’arrêt de ces programmes, le contrecoup s’est déjà fait ressentir et,
               à sa suite, la dynamique des ventes s’annonce molle dans un environnement où les dépenses des ménages
               restent un peu partout contraintes (désendettement, chômage élevé et faible disponibilité du crédit).
               L’Allemagne est également spécialisée dans les biens d’investissement (environ 15 %), alors que les excès de
               capacités hérités de la crise ne plaident pas en faveur d’un rebond vigoureux de ce côté, hormis quelques
               débouchés prometteurs dans la sphère émergente. Au total, les exportations devraient selon nos
               prévisions progresser de 1,4 % t/t en moyenne chaque trimestre en 2010, après des rebonds marqués
               de plus de 3 % t/t en fin d’année dernière.
               Ce rythme de reprise des exportations n’étant pas spécialement rapide et les taux d’utilisation des capacités
               toujours très bas, il est peu probable que les dépenses d’investissement se redressent significativement même
               si le fort ajustement de 2009 (-8,8 % en moyenne annuelle) appelle une correction. Nous tablons sur un lent
               redémarrage de l’investissement productif en Allemagne ces deux prochaines années avec des
               progressions annuelles moyennes de 1,4 % et 2,5 %, successivement en 2010 et 2011.
               Le modèle allemand a cependant des revers. La disette salariale nécessaire à la préservation des gains de
               compétitivité pèse depuis longtemps sur la consommation des ménages, même en phase montante du cycle.
               Avec la crise, le gouvernement a agi pour protéger l’emploi en obtenant en échange peu de revendications
               salariales de la part des syndicats, le fameux consensus social allemand. Cet amortisseur n’a pas empêché la
               consommation de replonger dans le rouge une fois les effets des primes à la casse dissipés et la reprise
               s’annonce laborieuse. Certes, les baisses d’impôts (25 Mds €) et la reconduction des mesures de soutien
               à l’emploi en 2010 sont des facteurs positifs mais, a contrario, les perspectives économiques
               incertaines et la remontée inexorable, quoique amortie du chômage vont peser sur la consommation
               qui devrait croître de moins de 1 % en moyenne en 2010 (hors effets d’acquis très négatifs à la fin 2009)
               et guère plus l’année suivante.
               Au-delà de ces aspects conjoncturels, sa rectitude budgétaire permet à l’Allemagne d’aborder relativement
               sereinement ce cycle de reprise, puisque le pays n’aura pas à fournir, à l’inverse de la plupart de ses voisins, un
               effort d’assainissement trop douloureux et inhibiteur de croissance.
Isabelle JOB                                                 Frederik DUCROZET
isabelle.job@credit-agricole-sa.fr                           frederik.ducrozet@ca-cib.com

                                                            Allem agne                       2009 2010      2011                 2010
 millions      Allemagne : chômage              millions                                                               T1     T2    T3     T4
 5,0                                                  1,6   PIB                               -4,8    1,8    1,7      0,2    0,3    0,4    0,4
 4,5                                                  1,2   Consommation privée               0,6     0,3    1,0      0,1    0,3    0,2    0,2
                                                            Investissement                    -8,3    2,3    2,5      0,5    0,5    0,6    0,6
 4,0                                                  0,8   FBCF équipement                  -20,1 2,4       2,9      0,5    0,5    0,7    0,7
                                                            FBCF construction                 -0,3    1,9    2,3      0,5    0,5    0,5    0,5
 3,5                                                  0,4   Variation des stocks (a)          -0,5    0,5    0,0      0,1    0,0    0,0    0,0
                                                            Exportations nettes (a)           -3,6    0,6    0,5      0,0    0,0    0,2    0,1
 3,0                                                  0,0
                                                            Production industrielle (a/a, %) -16,2 3,4       2,7      4,1    3,0    3,8    2,8
    92 94 96 98 00          02 04     06   08 10
                                                            Taux de chômage                   8,2     8,9    8,7      8,6    8,9    9,0    9,0
 Sources : Bundesbank,
                            nombre de chômeurs (cvs)        Inflation (a/a, %)                0,3     0,8    1,6      0,0    0,6    0,6    1,0
 Crédit Agricole S.A.       emplois à temps partiel (dr.)                                        (a) contribution à la croissance du PIB (en %)




                                                                   e
                                     Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                                22
Italie

 Retour vers la réalité
   La reprise de l’économie italienne s’annonce chaotique. Le fort rebond du PIB au troisième trimestre laissait espérer
   une reprise vigoureuse. Mais, la rechute du PIB en fin d’année nous ramène à la réalité. La demande domestique
   demeure faible et le manque de compétitivité de l’économie italienne pèse sur les secteurs exportateurs. La reprise est
   en marche, mais à un rythme ralenti et plus faible que le reste de la zone euro.


               Alors qu’elle venait juste d’émerger de la récession au trimestre précédent, l’économie italienne a
               rechuté au quatrième trimestre 2009 (-0,3 % t/t.). Cette contraction s’assimile pour partie à une correction
               technique suite à la forte croissance observée au troisième trimestre (révisée à +0,5 % t/t). Après avoir
               fortement rebondi au T3, l’investissement s’est à nouveau replié au T4 (80,5 %, après +3,9 %). De même, les
               dépenses des ménages ont reculé de 0,1 % en fin d’année, après avoir connu un sursaut le trimestre précédent
               (+0,6% au T3). Le PIB aurait pu chuter encore davantage sans la vague de re-stockage observée au T4. Ce
               mouvement a alimenté la progression des importations (+3,2% t/t). En revanche, les exportations se sont
               affaiblies et n’enregistrent qu’une faible hausse de +0,1% t/t au T4 (après +2,6% au T3). Au total, l’économie
               italienne s’est contractée de -5,1% en 2009.
               Ce hoquet de croissance a pesé sur le moral des entreprises et des ménages, et risque de doucher les
               espoirs d’une reprise rapide de la demande intérieure. L’indice ISAE du climat des affaires a progressé de
               1,6 point au cours des deux premiers mois du premier trimestre 2010, contre une progression de 8 points au
               dernier trimestre 2009. Les indices des directeurs d’achat (PMI) ont stagné en février, aussi bien pour les
               services que pour le secteur manufacturier, mais ils restent toutefois ancrés en zone d’expansion de l’activité
               (supérieurs à 50). L’évolution de la production industrielle en janvier a été encourageante (+2,6 % en glissement
               mensuel), mais ses niveaux restent très inférieurs à ce qu’ils étaient avant la crise. Le taux d’utilisation des
               capacités demeure à un plus bas historique ce qui suggère un démarrage très lent de l’investissement tout au
               long de l’année 2010.
               Du côté de la consommation, la confiance a subi un revers début 2010. L’indice ISAE de confiance des
               consommateurs est tombé de 111,6 en janvier à 107,7 en février, son plus bas niveau depuis juillet 2009. Les
               dépenses des ménages ont été stimulées à partir du deuxième trimestre 2009 par des avantages fiscaux
               (notamment les primes à la casse) ainsi que des mesures d’incitations en direction des entreprises pour
               sauvegarder les emplois. Cependant, avec l’épuisement de ces mesures de relance et la montée
               inéluctable du taux de chômage, la contribution de la consommation privée à la croissance devrait
               rester faible au cours des prochains mois.
               Avec une demande intérieure déprimée, le redressement de l’économie italienne dépendra largement
               du degré de dynamisme des exportations. La reprise économique chez les principaux partenaires
               commerciaux de l’Italie devrait permettre un redressement des exportations, mais le pays reste handicapé par
               sa faible compétitivité. Les coûts unitaires du travail ont commencé à diminuer fin 2009, mais restent nettement
               plus élevés que la moyenne de la zone euro. La productivité du travail est entravée par le retard d’ajustement du
               marché du travail. Les salaires restent rigides et l’emploi ne s’est pas autant ajusté que ne le suggère le fort
               recul de l’activité (-1,4 % en moyenne durant les trois premiers trimestres de 2009, contre -5,1 % pour le PIB en
               2009). Pour regagner en compétitivité, les entreprises italiennes vont sans doute devoir tailler dans leurs
               effectifs.
               Dans l’ensemble, le recul du PIB au dernier trimestre ne remet pas en cause notre scénario central de
               reprise même si son rythme s’annonce poussif (+0,4 % sur l’année 2010). Les mesures d’austérité
               budgétaires qui se dessinent en Europe du sud ne devraient pas être aussi sévères en Italie. Certes le poids de
               le dette est très lourd (estimée à 115,6 % du PIB en 2009), mais la moindre dégradation du déficit public (-5,3 %
               du PIB en 2009) est synonyme d’un effort moins prononcé pour rétablir les finances de l’Etat, et distingue l’Italie
               des autres pays de la périphérie. En 2011, la croissance devrait rester modeste, de l’ordre de +0,7 %, dans un
               contexte de demande toujours faible et de problèmes de compétitivité patents.

 Bénédicte KUKLA
 benedicte.kukla@credit-agricole-sa.fr


  % du PIB        Italie : déficit public                    Italie                     2009    2010   2011                2010
                                                                                                                  T1    T2    T3      T4
    6                                                        PIB                         -5,1    0,4     0,7      0,2   0,2   0,2     0,3
                                                             Consommation privée         -1,8    0,7     0,7      0,1   0,2   0,2     0,2
    1
                                                             Investissement             -12,2 -1,3       1,9     -0,3 0,1     0,4     0,5
   -4                                                        FBCF équipement            -17,2 0,5        1,3      0,3   0,1   0,3     0,3
                                                             FBCF construction           -7,9 -2,6       2,7     -0,5 0,1     0,6     0,6
   -9                                                        Variation des stocks (a)    -0,5    0,6     0,0      0,0   0,0   0,0     0,0
                                                             Exportations nettes (a)     -1,2 -0,3       0,0      0,1   0,0   0,0     0,1
  -14
                                                             Taux de chômage              7,7    8,7     8,8      8,5   8,6   8,8     8,8
         04      05      06        07   08        09         Inflation (a/a, %)           0,8    1,2     1,7      1,1   0,9   1,5     1,3
                                Espagne        Italie
  Sources : CE, simul.          Irlande        Portugal      Déficit public (% PIB)      -5,3 -5,2      -4,7       -     -     -       -
  Crédit Agricole S.A.          UEM            EMU                                          (a) contribution à la croissance du PIB (en %)




                                                                  e
                                    Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                             23
Grèce

Le chemin sera long et difficile
  Alors que les mesures d’austérité budgétaire devraient contribuer à ramener les finances publiques sous contrôle, les
  perspectives de croissance sont beaucoup moins encourageantes qu’il y a quelques mois. Davantage d’efforts seront
  nécessaires pour réformer en profondeur l’économie.


               En janvier, la Grèce a pris des mesures exceptionnelles pour régler ses problèmes de finances publiques.
               Début mars, elle est allée un cran plus loin dans son plan d’austérité, en introduisant des efforts
               supplémentaires de 4,8 milliards d’euros (2,0 % du PIB). Ces mesures concernent aussi bien les recettes
               que les dépenses. Le plan d’austérité a permis d’atténuer le risque de défaut et d’abaisser les
               primes de risques souverains, qui restent malgré tout à un niveau élevé. Cependant, le
               gouvernement aura à faire face à d’importantes échéances de refinancement de sa dette dès le printemps
               et son besoin sur l’année s’élève à 55 milliards €.
               Ce plan ambitieux d’austérité va peser lourdement sur la croissance. La contraction du PIB a été plus
               marquée en 2009 qu’initialement attendu (à -2,0 %, contre -1,2 % prévu initialement) en raison de la
               performance décevante des secteurs clefs du tourisme et du transport maritime. Après une amélioration
               temporaire, les enquêtes de confiance ont repris le chemin de la baisse, reflet des difficultés économiques.
               Alors que le reste de la zone euro est en phase de reprise, l’économie grecque s’enfonce en récession.
               Le revenu disponible des ménages va être fortement amputé par la hausse de la fiscalité et la
               baisse des transferts sociaux (notamment le gel des salaires des fonctionnaires et des retraites et la
               réduction des avantages sociaux et primes). La montée du chômage et la hausse des prix, induite par le
               relèvement de certains droits d’accise, contribueront également à freiner la consommation. Les dépenses
               publiques vont diminuer, et ce de manière très significative, conformément à l’objectif de réduction du
               déficit.
               En ce qui concerne l’investissement, les perspectives du bâtiment sont décevantes. Des efforts ont été
               déployés pour relancer l’investissement des entreprises, avec des possibilités de financements dans le
               cadre du plan stratégique national. Ceci va dépendre pour une grande part de la vitesse et du taux de
               tirage des fonds structurels de l’UE. En outre, le programme d’investissement public pâtira des coupes
               liées aux contraintes qui s’exercent sur les dépenses budgétaires.
               Le commerce extérieur fait preuve de dynamisme et devrait contribuer positivement à la
               croissance du PIB, sans compenser totalement la baisse de la demande intérieure. Les exportations
               devraient se redresser au rythme de l’amélioration de l’environnement économique mondial, tandis que les
               importations vont souffrir de la conjoncture domestique déprimée. Dans l’ensemble, la contraction du
               PIB pourrait avoisiner les 3,4 % en 2010.
               Malgré la récession, les tensions inflationnistes s’accumulent, révélatrices de faiblesses
               structurelles chroniques sur certains marchés. L’indice général des prix à la consommation devrait
               augmenter en moyenne de 3,0 % cette année, après 1,4 % en 2009, tiré par des relèvements de taxes
               indirectes. Le chômage devrait poursuivre sa hausse (10,3 % au quatrième trimestre 2009) et devrait
               demeurer durablement à un niveau supérieur à 10 % et ce tant que la récession va sévir.
               Les effets de la rigueur sur l’activité économique domestique pourraient compromettre la
               réalisation des recettes budgétaires. Celles-ci sont également menacées en cas de dégradation de
               l’environnement extérieur. Si, les exportations, le seul moteur de la croissance grecque, déçoivent, alors la
               récession risque encore d’être plus marquée et la base imposable réduite davantage.
               A court terme, un cercle vicieux entre austérité budgétaire et récession risque de s’enclencher. Le seul
               moyen d’opérer une sortie de crise par le haut est de mettre l’accent sur l’investissement et les réformes
               structurelles pour retrouver le chemin de croissance à moyen terme sur des bases assainies.
Katerina ANAGNOSTOPOULOU
anagnostopoulou.k@emporiki.gr



                Grèce : solde public                          Grèce                      2009    2010   2011              2010
                                                                                                                T1     T2     T3     T4
                          (% PIB)
  -1                                                          PIB                         -2,0   -3,4   -1,2   -1,5   -0,8   -0,6   -0,5
                                                              Consommation privée         -1,8   -3,3   -1,0   -1,5   -2,3   -1,7   0,5
  -3
                                                              Consommation publique        9,6   -6,0   -1,5   -3,2   -1,9   -1,3   -0,7
  -5                                                          Investissement             -13,9   -6,5    1,5   -0,2   -0,5   -0,6    0,0
  -7                                                          Exportations               -18,1    2,8    3,7   -0,8    0,5    0,3    0,5
  -9                                                          Importations               -14,1   -6,0   -1,5   -0,4   -0,7   -1,1   -0,7
                                                              Variation des stocks (a)     0,0   -1,1   -1,7    0,2    1,0    0,6   -1,0
 -11
                                             * Projections    Exportations nettes (a)      0,7    2,4    1,2    0,0   -0,2    0,4   0,3
 -13                                                          Taux de chômage              9,4   11,4   12,0   11,2   11,2 11,6     11,8
        2006     2007    2008       2009   2010*   2011*      Inflation-HCPI (a/a, %)      1,4    3,0    1,7    2,7    3,3    3,2    2,7
                                                              Excédent public (% PIB)    -12,7   -8,9   -5,9     -      -      -      -
 Sources : National Statistical Service of Greece, Emporiki




                                                                    e
                                      Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                           24
Espagne

La trappe à austérité
  L’Espagne est restée en récession au dernier trimestre 2009. Toutefois, la composition du PIB du quatrième trimestre
  révèle certaines évolutions encourageantes, tant du point de vue de la demande intérieure qu’extérieure. Cependant,
  ces bourgeons de reprise subissent (et continueront de subir) l’influence négative des problèmes structurels liés à la
  poursuite de l’ajustement du secteur résidentiel et à la nécessité impérieuse de rééquilibrer les finances publiques.


                L’économie espagnole a traversé une année entière de récession, avec une nouvelle contraction de
                0,1 % du PIB au dernier trimestre 2009. L’ampleur du recul au quatrième trimestre a néanmoins été en partie
                atténuée par la contribution positive du cycle des stocks et le redressement du commerce extérieur. Toutefois,
                la demande intérieure qui avait bien progressé au troisième trimestre, s’est à nouveau orientée à la baisse au
                quatrième trimestre (–0,4 % t/t). Même si la consommation des ménages s’est légèrement raffermie (+0,3 % t/t),
                grâce à la bonne tenue des ventes de véhicules neufs, cette amélioration a été plus que compensée par le repli
                des dépenses publiques (-1,7 % t/t). L’investissement (hors construction) rebondit depuis deux trimestres
                (+3,1 % t/t, après +1,8 % au T3). Cependant, l’investissement dans le secteur clef de la construction a encore
                décliné de 2,2 %. En conséquence, l’investissement total s’est replié de 1,0 % t/t. Sur l’ensemble de l’année, le
                PIB espagnol s’est contracté de 3,6 %, après +0,9 % en 2008 et +3,6 % en 2007.
                Un piège à l’horizon : austérité sur fond d’ajustement structurel
                Les finances publiques ont été loin des préoccupations durant la crise. La priorité a été de soutenir la croissance
                au travers de divers dispositifs de relance, qui ont creusé fortement le déficit public (lequel atteint 11,4 % du PIB
                en 2009, après un excédent de 2,2 % en 2007). Malgré un niveau d’endettement encore gérable (55,2 % du
                PIB en 2009, contre 113,4 % pour la Grèce), la peur de la contagion de la crise grecque a contraint l’Espagne à
                abandonner ce biais accommodant et à opter prématurément pour la rigueur budgétaire. Le revers de la
                médaille est que ces mesures auront inévitablement un impact négatif sur l’activité avec le risque
                d’enclenchement d’un cercle vicieux. Le relèvement du taux de la TVA à partir de juillet devrait stimuler
                légèrement, par anticipation, la consommation en début d’année, mais le contrecoup se fera sentir en seconde
                partie de l’année. En outre, la réduction des pensions de retraites et des salaires du secteur public, la fin des
                avantages fiscaux , le tout associé à un taux de chômage élevé (18,8 % en janvier) vont peser sur le moral des
                ménages et leur revenu et les inciter à épargner davantage. L’insuffisance de la demande intérieure ne plaide
                pas en faveur d’un redressement durable de l’investissement. Ainsi, les mesures d’austérité pourraient
                finalement s’avérer contre-productives pour réduire le déficit en pesant trop lourdement sur la demande
                et les recettes fiscales. Paradoxalement, le plan d’ajustement budgétaire proposé en janvier repose en grande
                partie sur la hausse anticipée des recettes fiscales.
                Un redressement laborieux
                Les enquêtes de conjoncture révèlent déjà ces préoccupations. En février, un mois seulement après
                l’introduction de ces mesures, la confiance des ménages a chuté de 5 points. La confiance des entreprises a
                légèrement progressé dans l’industrie et dans les services, mais a continué de se détériorer dans la
                construction. L’indice PMI des directeurs d’achats était bien orienté en février, mais demeure en deçà du seuil
                symbolique de 50, (révélateur de la poursuite de la contraction de l’activité manufacturière), reflétée dans les
                chiffres de la production industrielle en janvier (-2,6 en rythme mensuel).
                Dans l’ensemble, la faiblesse de la consommation des ménages et celle de l’investissement devraient
                s’alimenter mutuellement avec au final un manque de dynamisme de la demande domestique. Les stocks se
                seront probablement reconstitués modérément en début d’année. Les exportations qui seront le seul vrai
                moteur de croissance devraient bénéficier du redressement de la demande mondiale. Toutefois, les
                perspectives à court terme restent ternes pour l’économie espagnole. L’Espagne devrait émerger de la
                récession au début de l’année 2010, mais le redressement sera lent et laborieux. Le PIB espagnol devrait
                encore se contracter de 0,4 % en 2010, avant d’augmenter modestement de 0,6 % en 2011.
                Plus fondamentalement, l’Espagne a besoin de repenser son modèle de croissance. Le pays doit mettre en
                œuvre des réformes structurelles afin d’améliorer sa compétitivité, et pour trouver de nouveaux relais de
                croissance domestique afin de réduire sa dépendance vis-à-vis du secteur immobilier, le tout en aidant les
                agents privés surendettés à assainir leur bilan. Le risque est que le programme de rigueur budgétaire se
                focalise trop sur le court terme en négligeant ces enjeux de moyen-long terme.
Bénédicte KUKLA
benedicte.kukla@credit-agricole-sa.fr


               Espagne : contribution                       Espagne                       2009   2010   2011                2010
                  à la croissance                                                                                  T1    T2    T3      T4
                                                            PIB                           -3,6 -0,4       0,6      0,0   0,2 -0,2      0,0
    2,5 contributions à la croissance t/t, %
                                                            Consommation privée           -5,0 -0,2       0,0     -0,1 0,3 -0,3 -0,1
    0,5                                                     Investissement               -15,3 -4,7      -0,5 -0,7 -0,8 -0,6 -0,4
                                                            FBCF équipement              -24,2 0,1        2,4     -0,1 0,0     0,1     0,1
    -1,5                                                    FBCF construction            -11,2 -7,8      -2,5 -2,0 -1,8 -1,5 -1,0
                                                            Variation des stocks (a)      -0,8    0,2     0,2     0,2    0,1   0,0     0,0
    -3,5
                                                            Exportations nettes (a)        3,3    0,3     0,3     -0,2 0,0     0,0     0,0
        2007              2008           2009
                                                            Taux de chômage               18,0 18,9 18,6 19,0 19,0 18,9 18,8
         Variation des stocks        solde extérieur
                                                            Inflation (a/a, %)            -0,3    1,4     2,5     1,0    1,3   1,6     1,8
         Consom. privée              Consom. publique
         FCBF                        PIB                    Excédent public (% PIB)      -11,4 -10,3 -8,3           -     -     -       -
    Source : Crédit Agricole S.A.                                                            (a) contribution à la croissance du PIB (en %)

                                                                     e
                                       Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                          25
Scandinavie

La croissance pâtit des incertitudes à l’étranger
  La croissance a été décevante au dernier trimestre 2009, aussi bien en Suède qu’en Norvège, ce qui a impliqué des
  révisions à la baisse des perspectives de croissance de moyen terme. Le cycle de resserrement des taux a été suspendu en
  Norvège, pour une période prolongée. Dans les deux pays, les incertitudes quant à la reprise économique à l’étranger ont
  assombri les perspectives d’exportations, alors que la consommation des ménages s'est rapidement améliorée.


                  La Suède est restée en récession au dernier trimestre 2009, avec un recul de sa croissance de 0,6 % en
                  glissement trimestriel. La balance commerciale est restée le principal point noir. Les exportations, qui
                  consistent principalement en biens manufacturés et d’équipement, semblent pâtir du faible taux
                  d’utilisation des capacités à l’étranger tandis que les importations sont tirées vers le haut par l’amélioration
                  de la consommation des ménages. La compétitivité du pays est menacée par l’appréciation de la
                  couronne suédoise, dont le taux de change réel effectif a progressé de plus de 5 % en 2009. La faiblesse
                  des exportations va probablement persister au premier trimestre 2010, avant de connaître une légère
                  remontée par la suite grâce à l’accélération de la reprise en Norvège, en Allemagne et au Royaume-Uni,
                  les principaux partenaires commerciaux de la Suède.
                  Tandis que la reprise de l’investissement des entreprises se fait encore attendre, avec une chute de 3,3 %
                  en glissement trimestriel sur le quatrième trimestre 2009, les stocks sont repartis à la hausse, et ont
                  apporté une contribution significative à la croissance du PIB. D’après l’enquête de la Swedbank auprès
                  des directeurs d’achats, la confiance des entreprises s’améliore, ce qui laisse supposer que la
                  production industrielle devrait continuer de se redresser, quoique à partir de niveaux
                  historiquement bas. Nous prévoyons donc une amélioration progressive de l’investissement plus tard
                  dans l'année et les variations de stocks devraient rester le principal moteur de croissance en 2010. La
                  consommation des ménages risque d'être freinée par un taux de chômage significatif et par les
                  perspectives d’un premier relèvement des taux d’intérêt durant l’été. D’un côté, la hausse des prix des
                  logements stimule la confiance des ménages, mais d’un autre côté les conditions du marché du travail
                  continuent de se dégrader, et le chômage ne devrait pas atteindre son pic avant fin 2010.
                  Nous anticipons en conséquence un recul graduel de l’inflation sous-jacente. En outre, l’appréciation de la
                  couronne suédoise devrait continuer de modérer l'inflation importée. En revanche, l'inflation totale, qui
                  inclut les intérêts hypothécaires, devrait encore croître face aux anticipations d’un relèvement du taux
                  directeur de la banque centrale « cet été ou au début de l’automne ». L’inflation devrait toutefois rester
                  inférieure à l’objectif de 2 % de la Riksbank en 2010 et 2011, conformément à nos anticipations de
                  croissance moins optimistes que celles de la Riksbank. Nous pensons que le premier relèvement de
                  taux de Riksbank aura lieu en septembre, bien que certains de ses membres les plus « hawkish »
                  aient exprimé leur préférence pour une première hausse dès juillet, suivie par un resserrement
                  monétaire graduel.
                  La Norges Bank a décidé de laisser son taux directeur inchangé en mars, pour la seconde fois
                  depuis février. Le ralentissement de la croissance à l’étranger, la hausse des différentiels de taux et
                  l’appréciation de la NOK ont été parmi les facteurs clés de cette décision. Il semble à présent possible
                  qu’elle procède à un relèvement de son taux directeur lors de sa prochaine réunion du mois de mai. La
                  Norges Bank a en effet exprimé, lors de sa dernière réunion, ses préoccupations relatives à la hausse des
                  prix des maisons et à l’endettement croissant des ménages, et a répété son intention de procéder à une
                  normalisation progressive des taux d’intérêt. Cependant, une appréciation supplémentaire de la
                  couronne norvégienne pourrait inciter la banque centrale à davantage de prudence. D’après nos
                  estimations, l’écart de production négatif devrait continuer d’exercer une pression à la baisse sur l’inflation
                  sous-jacente, sans doute jusqu’à fin 2010. La consommation des ménages devrait rester un soutien
                  à la croissance durant toute la période de prévision, mais le rythme de progression des dépenses des
                  particuliers devrait quelque peu marquer le pas, au profit de l'épargne, en conséquence du resserrement
                  de la politique monétaire et budgétaire.
Slavena NAZAROVA
slavena.nazarova@ca-cib.com


       % a/a             Suède : production                                % a/a       Norvège : inflation totale
                          industrielle & PMI                                6
                                                                                           et taux directeur                       8
        10                                                      80
         5                                                                  5                                         Prévisions
                                                                70          4                                                      6
         0                                                      60          3
        -5                                                                  2
                                                                50          1                                                      4
       -10
                                                                40          0
       -15                                                                 -1                                                      2
       -20                                                      30         -2
                                                                           -3                                                      0
       -25                                                      20
                                                                                01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12
             96    98    00    02    04       06    08     10
                         IP (mm3)         PMI (éch.dr.)                                  CPI        Taux directeur (éch.dr.)
       Source : Statistics Sw eden, Crédit Agricole S.A.                   Source : Statistics Norw ay, Crédit Agricole S.A.



                                                                        e
                                          Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                            26
Royaume-Uni

Promesse de croissance
  Le Royaume-Uni a renoué avec la croissance au quatrième trimestre 2009 grâce, en partie, au redressement de
  la consommation des ménages. Cette tendance semble se confirmer en début d’année mais la croissance va
  rester molle car sous contrainte de désendettement privé et public.

              Le Royaume-Uni est sorti de récession au quatrième trimestre 2009, avec une croissance de 0,4 % t/t sur
              le trimestre, qui n’empêche pas une contraction historique du PIB de -4,9 % sur l’année. La
              consommation des ménages s’est redressée à partir du troisième trimestre 2009, stimulée par une
              politique monétaire et fiscale exceptionnellement accommodante. Le rétablissement des marchés
              financiers et la hausse récente des prix immobiliers, qui viennent en garantie de la dette hypothécaire des
              ménages, relâchent progressivement la pression à l’assainissement des bilans privés. La stabilisation du
              taux de chômage à 7,8 % au cours de la seconde moitié de 2009 a également pu contribuer à soutenir les
              dépenses des ménages. Après un mois de janvier difficile, affecté par des conditions climatiques
              particulièrement mauvaises, la consommation semble avoir repris le chemin haussier comme le suggèrent
              les enquêtes disponibles pour le mois de février. La reprise de la consommation pourrait donc s’avérer
              durable mais elle devrait toutefois rester faible.
              L’incertitude liée aux élections parlementaires de mai et la perspective d’un plan d’austérité
              budgétaire devraient peser sur le moral du consommateur dans les mois à venir. Les différents
              partis semblent s’accorder sur la nécessité d’apurer les finances publiques. D’après le Budget Report du
              24 mars 2010, le déficit budgétaire est estimé à 11,8 % pour l’année fiscale 2009-10. Les prévisions de
              croissance du Trésor étant de surcroît jugées trop optimistes, 1,0%-1,5% en 2010 et 3,0%- 3,5 % en 2011,
              les mesures nécessaires à cet assainissement pourraient s’avérer beaucoup plus sévères que celles
              annoncées actuellement.
              Le commerce extérieur a pesé négativement sur la croissance en 2009. Les exportations ont certes
              rebondi mais pas suffisamment eu égard à la progression des importations, liée au renforcement de la
              demande interne. La faiblesse de la livre tarde de plus à produire ses effets, les exportateurs
              cherchant surtout à reconstituer leur marge au lieu d’imprimer une tendance baissière sur leur
              prix. Toutefois, nous continuons de privilégier l’hypothèse d’un rééquilibrage des comptes extérieurs à la
              faveur d’une progression dynamique des exportations. Les résultats des enquêtes récentes dans
              l’industrie manufacturière suggèrent en effet une forte hausse des commandes à l’exportation.
              L’investissement a chuté lourdement au quatrième trimestre en partie par manque de crédit mais surtout
              en raison de l’incertitude entourant les perspectives économiques. Les variations de stocks quant à elles,
              ont contribué positivement à la croissance au quatrième trimestre 2010. Le processus de déstockage
              devrait se poursuivre mais à un rythme de moins en moins soutenu tandis que l’investissement ne devrait
              se redresser que très lentement. L’ensemble plaide en faveur d’un scénario de croissance molle tout
              au long de la période de prévision.
              Sous l’effet conjugué du retour de la TVA à 17,5 % au mois de janvier, de la hausse du prix du pétrole et
              de la dépréciation de la livre, l’inflation a atteint 3,5 % en glissement annuel en janvier. Tandis que la
              faiblesse de la livre devrait continuer de tirer l’inflation vers le haut, les variations sur les prix de
              l’énergie pourraient se traduire par une volatilité accrue de l’inflation à court terme. Les dernières
              minutes de la BoE notent que la rareté du crédit, la faiblesse des cash-flows et l’incertitude économique
              auraient empêché jusqu’à présent les entreprises de procéder à des baisses de prix. Au regard de
              l’incertitude entourant l’ampleur des surcapacités héritées de la crise, et par conséquent les perspectives
              de désinflation à moyen terme, la probabilité d’une extension future du QE paraît réduite. Néanmoins,
              alors que la politique budgétaire va se resserrer et dans un souci d’équilibrer le policy-mix, la BoE
              devrait garder une politique accommodante tout au long de 2010. Nous maintenons notre
              hypothèse d’une première remontée du taux directeur au premier trimestre 2011.
Slavena NAZAROVA
slavena.nazarova@ca-cib.com


                                                         Royaum e-Uni                  2009 2010      2011                  2010
            R-U : prix des maisons et
 %a/a                                                                                                             T1     T2    T3     T4
        confiance des consommateurs
  30                                               10    PIB                            -4,9     1,1     1,7     0,5    0,4    0,4    0,3
  20                                               0     Consommation privée            -3,2     0,9    1,6      0,5    0,2    0,2    0,4
  10                                                     Consommation publique          2,2      1,7    0,4      0,2    0,2    0,1    0,1
                                                   -10
   0                                                     Investissement                -14,9 -2,0        1,6     0,2    0,2    0,3    0,3
                                                   -20
 -10                                                     Variation des stocks (a)       -1,2     0,6     0,2     0,1    0,1    0,2    0,0
 -20                                               -30   Exportations nettes (a)        0,7      0,0     0,1     0,1    0,1    0,0    0,0
 -30                                               -40   Balance publique (% du PIB)    -2,3 -9,5       -7,5       -      -     -      -
     90 92 94 96 98 00 02 04 06 08 10                    Taux d'épargne                  0,0     6,0     6,5     6,2    6,0    5,8    5,8
         Indice des prix Halifax                         Taux de chômage (ONS)          5,9      8,0    8,5      7,8    7,9    8,0    8,2
         Indic. confiance des consom. CVS (éch.dr)       Inflation (HICP, a/a, %)       2,2      2,4     1,5     3,1    2,5    2,2    1,8
 Sources : ONS, Nationw ide, Crédit Agricole S.A.                                           (a) contribution à la croissance du PIB (en %)




                                                                  e
                                    Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                            27
Océanie

Australie : Le retour de la confiance
  Les conditions économiques devraient continuer à s’améliorer, avec une croissance d’environ 2,5 % cette année et de
  3,2 % en 2011. Nous tablons sur de nouvelles hausses progressives des taux et sur un taux directeur (cash rate) à 5
  % vers la fin 2010. Les perspectives concernant l’AUD demeurent positives pour les prochains mois, le dollar
  australien devant, d’après nos prévisions, atteindre un point culminant autour de 0,95 pour un USD vers le milieu de
  l’année 2010.


                 L’Australie, dont le ralentissement a été limité pendant la crise financière, semble en passe de profiter,
                 dans les prochains mois, de ses avantages économiques. Le marché du travail continue de donner
                 des signes d’amélioration, ce qui, ajouté aux résultats positifs de plusieurs enquêtes, indique que la
                 croissance va rester plus ou moins conforme à la tendance. Les conditions du crédit vont
                 probablement s’assouplir encore tandis que l’investissement repart à la hausse, en particulier dans le
                 secteur des matières premières. Le marché de l’immobilier donne également des signes de
                 redressement, un redressement qui pourrait néanmoins se ressentir du relèvement des taux.
                 L’Australie va continuer à bénéficier du raffermissement de la croissance en Asie, en particulier
                 en Chine, et ne pâtira pas d’une croissance attendue en deçà de la tendance dans les autres grandes
                 économies. Nous prévoyons une croissance de 2,5 % du PIB en 2010 et de 3,2 % in 2011.

                 Les tensions inflationnistes se renforcent mais les évolutions de l’indice des prix à la consommation
                 devraient être conformes dans les mois à venir à l’objectif de 2-3 % fixé par la RBA, dans
                 l’hypothèse d’une poursuite de la normalisation de la politique monétaire. La RBA ne sera
                 probablement pas pressée de relever les taux, surtout compte tenu de la modération des pressions
                 salariales. Néanmoins, de nouvelles hausses progressives des taux seront nécessaires pour que
                 les risques d’inflation restent maîtrisés ; le cash rate devrait, selon nos prévisions, atteindre un
                 sommet à 5,0 % vers la fin de l’année.

                 Les perspectives restent positives pour l’AUD ; nous tablons sur un plus haut à 0,95 AUD/USD vers
                 le milieu de l’année. La hausse des taux d’intérêt va renforcer l’attrait de l’AUD comme devise de
                 « portage ». Cependant, le dollar australien devrait, selon notre analyse, se déprécier au cours du
                 second semestre 2010 car le billet vert sera en train de se raffermir au moment même où les taux
                 d’intérêt australiens atteindront leur point culminant.


Nouvelle-Zélande : En passe de relever les taux
  Bien qu’à la traîne de l’Australie, les performances économiques de la Nouvelle-Zélande vont bénéficier de la vigueur
  de la demande asiatique et de la bonne tenue des dépenses de consommation. L’économie devrait connaître une
  croissance de 2,1 % cette année et de 3,1 % en 2011. La RBNZ relèvera probablement les taux à 4,0 % d’ici à la fin
  de l’année tandis que le NZD/USD atteindra un point haut autour de 0,76 vers le milieu de 2010.


                 La situation économique continue de s’améliorer, une embellie qui devrait s’accélérer pendant le reste
                 de l’année. A l’instar de l’Australie, la Nouvelle-Zélande bénéficie du renforcement de la croissance en
                 Asie, qui a un impact positif sur sa balance commerciale. De nombreux signes indiquent également un
                 rebond de l’économie nationale, qui s’accompagne d’une stabilisation des conditions sur le marché du
                 travail et d’un raffermissement de la consommation. L’économie devrait, selon les prévisions,
                 croître au rythme de 2,1 % cette année et de 3,1 % l’année prochaine, des chiffres qui pourraient
                 encore être révisés à la hausse si le redressement de l’activité se poursuit au rythme actuel.

                 Sous l’effet de facteurs temporaires, l’inflation va probablement augmenter à court terme vers le haut
                 de la fourchette cible de la RBNZ. Toutefois et dans un premier temps, l’indice des prix à la
                 consommation se maintiendra, probablement dans une fourchette de 1 à 3 %, de sorte qu’il n’y
                 aura pas urgence à durcir trop rapidement la politique monétaire. Cependant, à mesure que la santé
                 économique s’améliorera, les tensions inflationnistes ne manqueront pas de se renforcer, ce qui
                 obligera la Banque centrale à relever les taux vers le milieu de l’année. Selon nos prévisions, le taux
                 d’intérêt directeur devrait être augmenté à 4,0 % vers la fin de l’année, sachant que de nouvelles
                 hausses des taux sont attendues en 2011 pour atteindre un pic à 5,0 %.

                 Le NZD a de bonnes chances de gagner encore du terrain dans les prochains mois ; le dollar néo-
                 zélandais enregistrera, selon nos prévisions, l’une des meilleures performances de toutes les grandes
                 devises pour culminer à 0,76 NZD/USD vers la fin du deuxième trimestre 2010. Comme l’AUD, le NZD
                 va bénéficier des perspectives de hausses des taux d’intérêt, du raffermissement de l’activité
                 économique, de l’amélioration de l’appétit pour le risque et de l’augmentation des prix des produits de
                 base. Le NZD est actuellement mieux valorisé que l’AUD et recèle une marge de hausse légèrement
                 supérieure.

Mitul KOTECHA
mitul.kotecha@ca-cib.com
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Canada

Reprise plus dynamique qu’attendue
 L’activité économique du Canada a rebondi au quatrième trimestre de l’année dernière et croît à un rythme
 légèrement supérieur à celui anticipé par la Banque du Canada. Si la récente poussée d’inflation est en partie
 ponctuelle, les risques augmentent que la Banque du Canada ne commence à normaliser sa politique monétaire
 accommodante dès le troisième trimestre.

                  Le PIB réel a crû au rythme annualisé de 5 % au quatrième trimestre 2009, soit sa plus forte
                  progression depuis le troisième trimestre 2000. La consommation a augmenté de 0,9 % sur le
                  trimestre, tirée par les achats de biens durables, tels que véhicules et meubles. Les dépenses de
                  services se sont accrues de 1 %. Toutefois, l’investissement productif a reculé de 2,3 %, et les
                  investissements en bâtiments se sont contractés pour le cinquième trimestre consécutif. Les
                  exportations ont progressé, tandis que la croissance des importations a ralenti : le commerce
                  extérieur a donc apporté une contribution positive à la croissance.

                  Le redressement de l’économie semble bien engagé au vu des dernières statistiques, qui
                  mettent en évidence la poursuite d’une croissance dynamique au premier trimestre 2010.
                  21 000 emplois ont été créés en février et les emplois à plein temps ont fortement progressé. Ce
                  chiffre porte à 159 000 le nombre des emplois créés depuis juillet 2009. Le chômage a été ramené
                  à 8,2 % en février. Les ventes de détail ont progressé de 0,7 % en janvier, soutenues par les
                  dépenses de réparation et de rénovation à l’approche de l’expiration du crédit d’impôt en faveur de
                  l’amélioration de l’habitat.

                  Les chiffres du PIB du quatrième trimestre sont une bonne nouvelle pour le Canada. En revanche,
                  côté prix, les nouvelles sont, en apparence, moins favorables. Sur les deux derniers mois, l’inflation
                  a été tirée vers le haut par la hausse des prix de l’énergie, et elle atteint 1,6 % en glissement
                  annuel. L’inflation sous-jacente, telle que mesurée par la Banque du Canada, s’est établie à
                  2,1 % sur un an, après 2 % en janvier. Le chiffre de février reflète la hausse du prix des véhicules
                  de tourisme et des frais d’hébergement sous l’impact des jeux olympiques, dont l’effet devrait être
                  ponctuel.

                  La croissance économique étant plus dynamique que ne l’anticipait la Banque du Canada il y a
                  quelques mois, il semble désormais possible que la Banque, qui s’était engagée sous
                  conditions à maintenir sa politique de taux d’intérêt inchangée jusqu’à la fin du deuxième
                  trimestre, entame le processus de normalisation des taux dès le troisième trimestre. La
                  Banque du Canada commencerait ainsi à remonter ceux-ci avant la Fed et devrait procéder par
                  mouvements limités de 25 pdb.

                  Le CAD se traite presqu’à parité avec l’USD. L’une des inquiétudes des pouvoirs publics est que le
                  raffermissement de la devise ne pénalise les exportations, qui sont destinées pour la plupart aux
                  États-Unis. Toutefois, les secteurs tournés vers l’exportation semblent s’adapter relativement bien
                  au raffermissement du CAD. Les ventes manufacturières de janvier ont ainsi augmenté de 2,4 %,
                  en hausse pour le cinquième mois de suite. L’appréciation du CAD est favorable à l’économie
                  canadienne dans la mesure où elle abaisse le coût des importations, permettant aux
                  entreprises d’investir dans de nouveaux équipements, ce qui contribue à renforcer leur
                  productivité et à préserver la compétitivité des produits canadiens. C’est un point positif pour
                  le Canada à long terme, dont la devise trop bon marché par le passé avait réduit les efforts de
                  productivité des entreprises. Comme le faisait récemment remarquer le ministre de l’Industrie, Tony
                  Clement : « La nouvelle norme, c’est que l’on ne se contente plus de compter sur la faiblesse du
                  dollar canadien pour assurer sa productivité et je pense que la plupart des entreprises l’ont
                  compris ».

                  Le raffermissement du CAD permet en outre de limiter la hausse du prix des produits importés. Par
                  conséquent, la Banque du Canada ne tardera probablement pas pour entamer le resserrement de
                  sa politique monétaire, alors qu’en même temps les perspectives économiques du voisin du sud
                  s’améliorent. De plus, le système bancaire canadien n’a pas été touché aussi durement par la
                  crise financière mondiale que celui de nombre d’économies avancées. Et le niveau de la
                  dette publique du Canada se compare avantageusement à celui de ses principaux
                  partenaires commerciaux.

       Mike CAREY
       michael.carey@ca-cib.com




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Pays émergents

Qui va monter ou non les taux ?
  La résurgence de l’inflation sur de nombreux marchés émergents contraint les Banques centrales à augmenter
  leurs taux directeurs. Il s’agit cependant d’une normalisation des conditions monétaires plutôt que du début d’un
  cycle de resserrement marqué. Les hausses devraient se multiplier dans le courant de l’année, à partir du
  deuxième trimestre, en Asie et au Brésil. L’Amérique latine suivra. L’Europe de l’Est pourrait être en retrait.



                      La plupart des marchés émergents poursuivent leur redressement depuis le début de l’année. Non
                      seulement les dispositifs de relance ont continué de soutenir l’activité économique, mais le rebond
                      de la demande mondiale a stimulé les exportations. Les indices des directeurs d’achats s’ancrent
                      fermement au-delà de 50 points, attestant de l’expansion continue des pays émergents

                      On note toutefois un léger accès de faiblesse en février. Nous y voyons la marque des entreprises
                      du monde émergent en train de s’habituer à l’idée d’un environnement économique moins
                      porteur. Nous ne croyons pas à une rechute. Néanmoins, nous anticipons une modération de la
                      croissance économique au cours des prochains trimestres sous l’impact de la décélération des
                      exportations à mesure que les dispositifs de relance disparaîtront et que les hausses de taux
                      directeurs se généraliseront.

                      L’une des principales caractéristiques de cette nouvelle donne est le retour des pressions
                      inflationnistes dans les pays émergents. Certains verront dans le récent rebond d’inflation le
                      résultat d’effets de base. C'est un fait. Toutefois, au-delà de cet effet statistique, l’inflation
                      séquentielle est également de retour. Selon nos calculs, l’inflation séquentielle moyenne de dix
                      grands pays émergents est revenue à la normale, c’est à dire au niveau de la période 2004-07.
                      En revanche, les taux directeurs sont loin d’avoir retrouvé des niveaux normaux. À ce stade,
                      parmi les principaux pays émergents, seuls l’Inde, Israël, la Malaisie et le Vietnam ont rehaussé
                      leurs taux directeurs.

                      Nous n’anticipons pas de forte hausse des taux au cours des prochains trimestres. Nous prévoyons
                      une normalisation monétaire plutôt que le début d’un nouveau cycle volontariste de resserrement.
                      Cependant, nous pensons que les Banques centrales vont être beaucoup plus nombreuses à
                      relever leurs taux au deuxième trimestre.

                      D’un point de vue géographique, l’Asie devrait être en avance. En effet, les deux géants asiatiques
                      ont déjà entamé la normalisation de leur politique monétaire en relevant dans un premier temps
                      leur ratio de réserves. Toutefois, l’Inde a surpris en augmentant ses taux directeurs en mars. Nous
                      pensons que la Chine lui emboîtera le pas au deuxième trimestre.

                      La Chine fait face à la montée des tensions inflationnistes et à un risque de bulles sur les actifs. En
                      outre, son taux d’inflation se situe désormais au-delà du taux des dépôts à un an (à 2,70 % en
                      rythme annuel en février, contre 2,25 % pour le taux de rémunération des dépôts). Les épargnants
                      perdent donc aujourd’hui en termes réels de l’argent sur leurs dépôts. Ceci constitue une raison
                      supplémentaire d’augmenter les taux d’intérêt. La Banque centrale chinoise devrait relever par
                      deux fois son taux directeur cette année, par paliers de 27 pdb, comme à son habitude.




            Indice des directeurs d’achats                                  Inflation des pays émergents
    60
               des marchés émergents
                                                                    12%    Inflatio n séquentielle dans 1 pays émergents*
                                                                                                         0
                                                                           (mo yenne arithmétique CVS, t/t)
    55                                                              10%
                                                                     8%
    50
                                                                                                                   Average 2004-07
                                                                     6%
    45
                                                                     4%
    40 Moyenne des indices de directeurs d’achats                    2%    *A frique du Sud, B résil, Chine, Co rée, M exique,
        (Chine, Brésil, Mexique, Singapour et AFS)                         P o lo gne, Russie, Thaïlande et Turquie.
    35                                                               0%
      2007          2008            2009           2010                2002       2004       2006         2008                   2010
                                                                    Sources : Bloomberg, Crédit Agricole CIB
    Sources : CEIC, Crédit Agricole CIB




                                                                  e
                                    Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                                30
Pays émergents

                           En Inde, l’inflation flirte déjà avec des niveaux à deux chiffres. La Banque centrale a commencé à
                           relever les taux en mars. Compte tenu de l’historique de l’Inde sur le front de l’inflation, il est crucial
                           que la RBI parvienne à endiguer les anticipations inflationnistes. En outre, l’inflation pourrait devenir
                           un problème politique, si elle reste élevée, minant le pouvoir d’achat des ménages. Nous pensons
                           que la RBI augmentera ses taux directeurs de 125 pdb au total en 2010.

                           Il est intéressant de noter que cela portera le taux repo à 4,5 %, soit un niveau toujours inférieur à
                           la moyenne historique de 5,5 % observée entre 2005 et 2008. De notre point de vue, compte tenu
                           des risques de hausse de prix des matières premières, la RBI pourrait intervenir de façon plus
                           volontariste si l’inflation des prix alimentaires ne se modère pas significativement.

                           Après l’Asie, viendra l’Amérique latine. Le resserrement monétaire est également à l’ordre du
                           jour sur le continent, compte tenu de la montée des pressions inflationnistes dans l’ensemble de la
                           région. L’inflation n’a cependant pas encore atteint des niveaux menaçants. Toutefois, les
                           anticipations inflationnistes pourraient déraper dans un contexte de la reprise de l’économie
                           mondiale et régionale. Le resserrement devrait être modéré dans la zone, les taux d’intérêt réels
                           restant positifs. Le Brésil fait exception et commencera probablement le premier, avec un cycle de
                           resserrement des taux impressionnant de 275 pdb qui devrait démarrer en avril selon nos
                           projections. L’offre et la demande ont fait preuve de résistance et l’économie est en route pour une
                           croissance remarquable de 5,3 % en 2010.

                           Toutes les Banques centrales ne s’apprêtent cependant pas à augmenter leurs taux. Tous les
                           pays émergents ne bénéficient pas de perspectives aussi florissantes et le cycle de resserrement
                           des taux d’intérêt ne pointe pas encore à l’horizon des pays d’Europe centrale et orientale. À
                           l’exception de la Pologne, les PECO restent à la peine et les taux d’intérêt réels demeurent positifs,
                           ce qui contribue à protéger leur monnaie pendant les poussées d’aversion pour le risque. Des
                           passifs importants en devise étrangère ont limité la marge de manœuvre des Banques centrales
                           pour abaisser leurs taux d’intérêt.

                           Sur certains autres marchés européens, la demande intérieure et les tensions inflationnistes sont
                           faibles et le cycle de baisse de taux n’a pas atteint son terme partout. C’est notamment le cas en
                           Russie. La déflation accélérée observée sur les trois derniers trimestres autorise à notre avis de
                           nouvelles baisses de taux. En outre, l’objectif de taux de change des pouvoirs publics n’est plus le
                           même que l’année dernière. Ils pourraient se contenter de limiter l’appréciation du RUB afin de
                           soutenir la reprise et pourraient utiliser les baisses de taux pour lisser l’appréciation du RUB et
                           limiter l’afflux massif de capitaux.

                           L’Afrique du Sud pourrait être tentée de poursuivre sa politique de détente monétaire également,
                           ou du moins de conserver un biais expansionniste. L’économie reste atone tandis que la demande
                           intérieure, principal moteur de la croissance, montre peu de signes de redressement. Dans ce
                           contexte, l’on s’interroge sur la pertinence des objectifs d’inflation et la surévaluation du ZAR incite
                           fortement les autorités à adopter une politique monétaire plutôt accommodante.

Sébastien BARBE                                                        Guillaume TRESCA
sebastien.barbe@ca-cib.com                                             guillaume.tresca@ca-cib.com




    %          Pays émergents : taux réels                                                     Pays émergents :
    6                                                                                           taux de change
                                                                               10,0                                                 40
    4                                                                           9,5                                                 39
                                                                                9,0                                                 38
    2
                                                                                8,5
    0                                                                                                                               37
                                                                                8,0
                                                                                7,5                                                 36
    -2
                                                                                7,0                                                 35
    -4
                                                                                6,5                                              34
    -6                                                                          mars-09     juin-09    sept-09    déc-09    mars-10
         INR




                                                           RON
               HUF

                     RUB

                             PLN




                                                     MXN
                                   CNY

                                         CZK




                                                                 BRL
                                               ZAR




                                                                                           USD/ZAR         Panier/RUB (éch. dr.)
    Source s : Bloomberg, Crédit Agricole CIB                                  Sources : Bloomberg, Crédit Agricole CIB




                                                                        e
                                          Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                        31
Pays émergents

Europe centrale : retour du politique
  A la fin du premier trimestre 2010, la région s’est affranchie des craintes liées aux risques sur la Grèce, et elle
  se trouve dans une position comparativement meilleure. La reprise économique se poursuit, et nous prévoyons
  toujours que la Pologne affichera la meilleure performance. Au deuxième trimestre, l’attention se portera sur les
  élections en Hongrie (en avril) et en République tchèque (en mai). Cette période devrait favoriser la Hongrie.



                    La région a terminé le premier trimestre sur une note positive malgré la forte augmentation de
                    l’aversion au risque liée à la crise grecque. Les spreads des CDS ainsi que les différentiels de
                    rendement face au Bund se sont resserrés. Ceci semble indiquer que les investisseurs ont repris
                    confiance dans la région. La République tchèque semble être à la traîne. En effet, la CZK a
                    enregistré l’appréciation la plus modeste vis-à-vis de l’euro et les rendements sur le marché
                    obligataire tchèque sont non seulement inférieurs à ceux de la Pologne et de la Hongrie, mais aussi
                    à ceux de la zone euro.

                    Cette situation est en partie imputable aux perspectives de croissance. La Pologne continue de
                    caracoler en tête, avec un taux de croissance de 2,3 % attendu cette année. Toutefois, si la
                    croissance sera moins forte en Roumanie (1 %) et en Hongrie (-0,3 %) qu’en République tchèque
                    (1,5 %), les investisseurs redoutent de plus en plus que ce dernier pays ne soit
                    disproportionnellement pénalisé par la morosité de l’activité en zone euro

                    De fait, les banques centrales de la région pourraient suivre des politiques divergentes. La
                    politique monétaire de la banque centrale polonaise semble de plus en plus restrictive, malgré ses
                    inquiétudes au sujet de la vigueur du PLN qui ont même conduit à des menaces d’intervention. La
                    Roumanie devrait une fois encore abaisser ses taux, mais à 6,5 %, les taux nominaux resteront
                    élevés. De même, la Hongrie conserve un taux accommodant. Toutefois, même si les taux
                    paraissent comparativement élevés à 5,75 %, une dernière baisse des taux, tout au plus, est
                    attendue. Dans le même temps, compte tenu des craintes sur la croissance en République
                    tchèque, la Banque centrale tchèque devrait être contrainte de maintenir ses taux à seulement 1 %
                    jusqu'au quatrième trimestre 2010, ce qui devrait augmenter la pression sur les marchés à l’heure
                    où les investisseurs sont en quête de rendement.

                    Enfin, les élections en Hongrie entre le 11 et le 25 avril devraient conduire à une victoire sans
                    appel du parti d’opposition Fidesz, ce qui devrait lui donner les moyens de mettre en œuvre des
                    réformes structurelles et budgétaires, et devrait soutenir les actifs libellés en HUF. Le résultat des
                    élections tchèques les 28 et 29 mai est moins facile à prévoir. Le risque que les sociaux
                    démocrates n’aient besoin de former un gouvernement de coalition pourrait pénaliser la CZK.

Stuart BENNETT
stuart.bennett@ca-cib.com




            Europe centrale : CDS 10 ans                               Europe centrale : taux de change
                                                                 Index Juillet 2008 = 100, /EUR
 350                                                             110
 300
                                                                 100
 250
                                                                  90
 200
 150                                                              80
 100                                                              70
  50
                                                                  60
   0
                                                                   juil-08      janv-09           juil-09     janv-10
   oct-09           déc-09           févr-10
                        Rép. tchèque         Roumanie                         HUF         CZK           PLN      RON
 Source : Reuters       Pologne              Hongrie             Source : Crédit Agricole CIB




                                                              e
                                Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                           32
Pays émergents

Afrique du Sud : dans le brouillard
  L’Afrique du Sud est finalement sortie de la récession mais il n’y a pas de quoi s’extasier. Rien n’est certain et
  vu que les incertitudes persistent, la Banque centrale peut être tentée de poursuivre une politique
  accommodante. Le ZAR paraît à la limite de la surévaluation et nous tablons sur un repli à court terme.


                      L’Afrique du Sud est enfin sortie de la récession mais ses performances restent
                      léthargiques. La récession a été en partie contenue – le PIB s’est contracté de 1,4 % en 2009 –
                      ainsi que la reprise. En effet, nous tablons sur une modeste progression de 2 % du PIB.
                      La production industrielle a été bien orientée et la demande intérieure a donné des signes de
                      reprise. Toutefois, des incertitudes demeurent et il semble y avoir très peu de motifs
                      d’enthousiasme. L’Afrique du Sud est manifestement dans l’incertitude.
                      En premier lieu, les risques baissiers ne sont pas négligeables. Les freins à une reprise
                      dynamique de la demande intérieure sont nombreux – taux de chômage élevé, endettement des
                      ménages et inégalités importantes. Les autorités ont une marge de manœuvre limitée dans un
                      contexte de revenus en nette baisse et de dépenses consacrées à de gros projets d’infrastructures.
                      Cela est d’autant plus inquiétant que la consommation représente les deux tiers du PIB.
                      En deuxième lieu, la désinflation est peu marquée malgré l’atonie de la conjoncture économique.
                      De plus la hausse des tarifs d’Eskom risque de rajouter un point d’inflation. L’objectif d’inflation de
                      la Banque centrale a été amplement discuté et nous attendons un discours moins dur de la part
                      des autorités monétaires tant que l’inflation baissera. Les pressions en faveur d’une politique
                      monétaire plus accommodante se sont accentuées et nous tablons sur une réaction de la part des
                      autorités monétaires pour stimuler la demande.
                      Les perspectives d’évolution du ZAR ne sont guère plus prévisibles. Depuis des mois,
                      l’affermissement des cours de la monnaie sud-africaine se poursuit et le ZAR est considéré à tous
                      points de vue comme surévalué. Etant donné la léthargie de la conjoncture économique et la
                      politique monétaire accommodante, nous tablons toujours sur un repli à court terme. Si l’appétit
                      pour le risque faisait un retour en force dans les pays émergents, le ZAR devrait continuer de
                      s’apprécier, ce qui mettrait les autorités dans une position délicate. Ces dernières ont de
                      nombreuses fois plaidé pour un ZAR moins fort.
Guillaume TRESCA
guillaume.tresca@ca-cib.com




Egypte : 2010 est une année à risque pour le budget
  La chute des recettes fiscales et la hausse des dépenses plombent le budget, et après cinq années consécutives de
  baisses, la dette publique devrait croître en 2010. Le gouvernement cherchera avant tout à attirer les investisseurs
  étrangers pour financer la croissance économique.


                      Quand la croissance dépassait 7 % en 2007/08, l’objectif du gouvernement égyptien était de
                      réduire rapidement le déficit budgétaire à -3 % du PIB. Il pourrait néanmoins atteindre près de -9 %
                      cette année. La chute des recettes fiscales, la hausse des dépenses publiques et du service de la
                      dette expliquent cette nette dégradation. 2010/2011 est une année charnière pour le budget car, si
                      la baisse de l’inflation sur 2008/2009 avait dégagé quelques marges de manœuvre fiscales, elles
                      tendent aujourd’hui à s’épuiser. Les comptes publiques se trouvent aujourd’hui entre deux feux :
                      d’un côté le risque d’une hausse non maîtrisée des dépenses contraintes en raison du faible taux
                      de croissance économique et d’un retour prévu de l’inflation alimentaire, et d’un autre celui que les
                      recettes fiscales - particulièrement celles en devises très corrélées à l’activité économique
                      mondiale - ne se rétablissent pas suffisamment vite. Après cinq années de baisses
                      consécutives, la dette publique va très probablement croître en 2010.

                      Dans ce contexte, l’Etat ne pourra pas non plus soutenir le même effort de relance budgétaire
                      qu’en 2009/2010, ce qui rendra la croissance encore plus sensible à la conjoncture mondiale. L’une
                      de ses priorités sera d’attirer en nombre les investisseurs étrangers afin d'alimenter la croissance et
                      de lui redonner des marges de manœuvre face à une situation sociale qui tend à se durcir. Les
                      offres de Public Private Partnership en direction des investisseurs devraient ainsi se multiplier.

Riadh EL-HAFDHI
riadh.el-hafdhi@credit-agricole-sa.fr




                                                                  e
                                    Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                  33
Pays émergents

Russie : encourageant, mais…
  Le trimestre précédent a confirmé la reprise économique et cela semble devoir se poursuivre. La Banque centrale
  devrait continuer de baisser les taux pour desserrer les conditions financières et lisser l’appréciation du RUB.
  Toutefois, la monnaie et l’économie resteront vulnérables étant donné que peu de réformes structurelles ont été
  initiées.


                       La reprise fragile enregistrée au cours des derniers trimestres s’est transformée en rebond
                       solide et tous les problèmes semblent avoir été résolus. L’économie affiche un repli de 7,9 %
                       en 2009, soit une performance meilleure qu’attendu. Grâce à la stabilisation des prix du pétrole, du
                       taux de change et du ratio de prêts non performants, la croissance devrait redevenir positive en
                       2010, à 3,5 % en glissement annuel.

                       Même la demande intérieure, bien que fragile et ayant pesé sur le rythme de la reprise, a donné
                       des signes positifs. La croissance positive des salaires en termes réels et la stabilisation du taux de
                       chômage laissent penser que cette reprise n’est pas finie.

                       Il n’en reste pas moins que cette embellie ne modifiera probablement pas la politique
                       accommodante de la Banque centrale. Cette dernière procède certes à un réglage fin de sa
                       politique, mais le cycle de desserrement des conditions financières et monétaires n’est pas fini tant
                       que la tendance à la désinflation se poursuit. De nouvelles baisses des taux devraient donner un
                       ballon d’oxygène aux ménages endettés. Ces baisses sont aussi destinées à lisser l’appréciation
                       globalement rapide du RUB. De fait, on a assisté à des entrées massives de capitaux au cours du
                       dernier trimestre, entraînant un raffermissement du RUB. La Banque centrale va continuer
                       d’intervenir sur les marchés des changes et de baisser le plancher du corridor de fluctuation du
                       change. Les opérations de stérilisation devraient s’intensifier pour neutraliser les effets de l’afflux
                       de capitaux.

                       Il faut reconnaître que l’appréciation du RUB est un signe que l’on peut considérer comme
                       encourageant, mais la monnaie nationale reste vulnérable. Les autorités n’ont pas
                       réellement saisi l’occasion d’initier les réformes structurelles nécessaires. L’économie en
                       Russie demeure très peu diversifiée : elle reste principalement axée sur le pétrole avec peu
                       d’exportations de produits manufacturés et une grande rigidité des prix. Une forte variation des prix
                       du pétrole ou un rebond de l’inflation auront les mêmes conséquences que précédemment,
                       entraînant un net repli du RUB et mettant en danger la reprise économique.

Guillaume TRESCA
guillaume.tresca@ca-cib.com


Turquie : un redressement encore hésitant
  Le chiffre de production industrielle pour janvier a déçu après le vif rebond de décembre. L’activité économique
  devrait en fait rester molle à court terme. Plusieurs évolutions ou événements récents restreignent, en effet, les
  possibilités qu’il en soit autrement. Le déficit de la balance courante devrait, par ailleurs, repartir à la hausse
  cette année, rappelant au passage que la Turquie est dépendante des capitaux étrangers.

                      La production industrielle avait fait un bond de 25,3 % a/a en décembre 2009. Au-delà d’un
                      effet de base certes très favorable, cette performance avait laissé entendre que la demande
                      domestique pourrait repartir un peu plus rapidement que prévu. Cela restait tout de même à
                      confirmer. Le chiffre de janvier ne l’a pas fait. L’industrie a vu sa production croître de 12,1 %
                      a/a. La reprise risque en fait de rester hésitante à court terme. Les difficultés de la Grèce sont
                      venues troubler les perspectives de rebond européen. Le chômage a continué d’augmenter en fin
                      d’année dernière. L’inflation s’est accélérée à 10,1 % a/a en février (contre un point bas à 5,1 % a/a
                      en octobre 2009). Les négociations (sur un nouveau programme d’aide) entre le FMI et Ankara ont
                      été interrompues début mars. Et les relations entre l’AKP, d’un côté, l’armée et le pouvoir judiciaire,
                      de l’autre, se sont tendues ces dernières semaines. Sans inquiéter, ces nouvelles donnes créent un
                      peu plus d’incertitude et ne favorisent sans doute pas le raffermissement de l’activité économique.

                     Le déficit de la balance courante s’est par ailleurs élevé à 2,96 Mds USD en janvier, soit à un
                     niveau six fois supérieur à celui de janvier 2009. En rythme annuel, cela représente un déficit de 30
                     à 35 Mds USD, soit encore 4 % à 5 % du PIB. La Turquie est dépendante des financements
                     étrangers et, donc, sensible aux humeurs des investisseurs. Ce n’est pas nouveau et cela ne
                     changera ni à court, ni à moyen terme. Le redressement de la balance courante l’an dernier n’a été
                     que la conséquence heureuse d’une forte contraction de la demande interne.

Sylvain LACLIAS
sylvain.laclias@credit-agricole-sa.fr
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                                    Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                   34
Pays émergents

Inde : vers des politiques plus restrictives

  L’amélioration des perspectives de croissance permet aux autorités monétaires et budgétaires de s’orienter
  prudemment vers des politiques plus restrictives


                    Après une croissance économique décevante au quatrième trimestre 2009, l’économie indienne
                    semble prête pour une nouvelle accélération : l’impact négatif de la mauvaise mousson s’estompe
                    et les exportations poursuivent leur redressement. Nous tablons sur une progression du PIB de
                    7,0 % pour l’exercice 2011 (qui débutera en avril 2010).

                    Le budget de l’exercice 2011, présenté au début du mois, va dans le bon sens. Le
                    gouvernement a fait des efforts méritoires en direction de la consolidation budgétaire. Le
                    déficit du gouvernement central devrait se réduire, passant de 6,7 % du PIB en 2010 à 5,5 % du
                    PIB en 2011. En outre, le gouvernement a fixé un objectif à moyen terme de 4,1 % du PIB en 2013.
                    Par ailleurs, la crédibilité du projet budgétaire est étayée par des hypothèses de croissance
                    réalistes et des mesures importantes, comme la poursuite des cessions, un projet d’introduction
                    d’un impôt sur les biens et les services en 2011, la réduction des exonérations fiscales et le
                    relèvement du taux de certains impôts, comme les droits d’accise. Ainsi, la réduction
                    programmée du déficit budgétaire ne devrait pas s’effectuer aux dépens des
                    investissements de développement. C’est à saluer, d’autant que les besoins d’infrastructure sont
                    particulièrement importants.

                    L’Inde vient toutefois de connaître des mois difficiles. L’inflation, mesurée par l’évolution de l’indice
                    des prix de gros, s’est accélérée, passant d’un taux négatif au milieu de l’année dernière à près de
                    10 % en rythme annuel en février. Elle pourrait culminer au cours des prochains mois. Toutefois,
                    même si elle se modère à partir du début du deuxième trimestre, les dernières hausses mensuelles
                    permettent de penser qu’elle devrait rester supérieure à la zone de confort de la Banque centrale à
                    plus long terme. La RBI augmentera probablement encore son ratio de réserves et devrait
                    commencer à relever les taux d’intérêt à partir d’avril, selon nous. Nous anticipons 125 pdb de
                    hausse du taux repo et reverse repo.


Chine : le raffermissement du yuan remis à plus tard

  La politisation de la question du yuan retardera probablement la reprise de son appréciation. Celle-ci est
  cependant incontournable pour limiter le risque de bulle sur les actifs et d’inflation.


                    Les tensions politiques s’accumulent entre la Chine et les Etats-Unis sur la question du CNY. À
                    l’occasion de la session de clôture du Congrès national du peuple, le Premier ministre chinois a nié
                    la sous-évaluation du CNY et a répété ses inquiétudes quant à la valeur des actifs de la Chine
                    libellés en USD. Les tensions devraient rester soutenues jusqu’à la mi-avril, lorsque le Trésor
                    américain décidera ou non d’accuser la Chine de manipuler les taux de change. La
                    politisation de la question du CNY nous incite à penser qu’il est peu probable que la Chine
                    intervienne sur sa monnaie avant la seconde partie du deuxième trimestre.

                    Toutefois, les défis macroéconomiques continueront de prendre de l’ampleur. La croissance
                    économique dynamique (10,7 % en rythme annuel au T4) et l’expansion monétaire soutenue ont
                    entraîné une accélération de l’inflation, à 2,7 % en rythme annuel en février. Le risque de bulles sur
                    les actifs demeure une source croissante d’inquiétude. Ce n’est pas tout. Le peg du CNY à l’USD
                    alimente les déséquilibres, selon nous. L’on craint que la Banque centrale ait perdu le contrôle de
                    l’inflation et bon nombre d’intervenants sur les marchés financiers sont prêts à parier sur une
                    appréciation du CNY à plus long terme. De ce fait, l’afflux de capitaux spéculatifs devrait rester
                    soutenu, alimentant la liquidité intérieure et le risque d’inflation et de bulles.

                    Nous pensons que la Chine finira par être contrainte d’intervenir. Elle attendra cependant
                    probablement que l’environnement politique redevienne plus serein. Un autre facteur pourrait
                    aussi l’inciter à tarder à intervenir sur le CNY. L’USD a entraîné le CNY dans son sillage dans sa
                    récente ascension contre l’euro, ce qui rend plus difficile la reprise de l’appréciation du CNY
                    dans l’immédiat par rapport à il y a deux ou trois mois. Nous estimons désormais que le CNY
                    devrait recommencer à s’apprécier vers la fin du deuxième trimestre (et non plus à partir de la fin
                    du premier trimestre ou du début du deuxième).

Sebastien BARBE
sebastien.barbe@ca-cib.com


                                                               e
                                 Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                     35
Pays émergents

Mexique : laborieux
  Les signes d'un redémarrage sont là. Il ne sera pas exceptionnel : le recul de 2009 ne sera pas entièrement
  résorbé. Mais à nouveau, le Mexique va tirer profit de la reprise aux Etats-Unis, qui sera probablement soutenue
  en cours d'année par une demande domestique encore à la traîne.

                      L'économie mexicaine redémarre, lentement. La plupart des indicateurs sont bien orientés. En
                      janvier, les exportations progressaient ainsi de 27,5 % a/a, la production manufacturière de 9,7 %
                      a/a (deuxième mois consécutif de hausse), et en décembre même les ventes de détail avaient pour
                      la première fois depuis août 2008 augmenté en volume de 1,6 % a/a. La demande extérieure (au
                      Mexique : celle des Etats-Unis) est le principal moteur de la croissance. La demande domestique
                      reste en retrait. Par exemple, les ventes d'automobiles ou la construction reculent toujours.

                      Au total, il s'agit donc d'une reprise assez modeste. Même les exportations restent au-dessous de
                      leur niveau du troisième trimestre 2007. Le recul de l'activité a cependant été tel en 2009 (le PIB
                      s'est contracté de 6,5 %) que le Mexique devrait retrouver la tendance (modeste) de croissance
                      des années 2003-2008 (3,4 %). Le principal risque à cette reprise est celui d'une poussée
                      inflationniste qui conduirait la Banque du Mexique à relever son taux directeur. En février, l'indice
                      des prix à la consommation était déjà en hausse de 4,8 % a/a, nettement au-dessus des 3,6 % de
                      décembre 2009. Une croissance de 3,5% ne serait pourtant pas exceptionnelle pour un pays
                      disposant des ressources du Mexique, mais aller au-delà exigerait des réformes
                      structurelles bien connues (fiscalité, pétrole, éducation…) mais très improbables à court
                      terme.

Jean-Louis MARTIN
jean-louis.martin@credit-agricole-sa.fr




Brésil : bientôt les hausses de taux
  Le redressement de l’économie brésilienne est bien engagé, mais le rythme de croissance actuel ne pourra
  clairement pas perdurer. L’inflation est repartie à la hausse, de même que les anticipations. Cette situation
  laisse supposer qu’un ajustement de la politique monétaire est imminent, et qu’il sera sans doute plus marqué
  qu’initialement prévu.



                      L’économie brésilienne a continué de croître au dernier trimestre, stimulée comme prévu
                      par l’investissement privé et par la consommation. La vigueur de l’économie à ce jour, et le fait
                      que la croissance soit tirée par l'investissement privé, conforte encore notre opinion que le pays en
                      serait aux premiers stades d'un long cycle de croissance. Nos prévisions actuelles de
                      croissance du PIB réel se situent à 5,3 % pour 2010 et 4,2 % pour 2011.

                      D’un autre côté, l’inflation se révèle plus importante que prévu depuis le mois de décembre. Bien
                      que la plupart des pressions sur les prix ne soient pas liées à la demande, elle a eu un certain
                      impact sur les prévisions d’inflation à court et moyen terme. La hausse des prévisions d’inflation,
                      couplée au sentiment croissant que l'output gap se resserre plus vite que prévu, va
                      probablement donner lieu sous peu à un relèvement des taux d'intérêt. Nous tablons à
                      présent sur une première hausse d’un demi-point du taux Selic en avril plutôt qu’en juin. Nous
                      avons également relevé notre estimation à fin 2010 de 11 % à 11,5 %. A moyen terme cependant,
                      la croissance devrait ralentir vers des niveaux plus soutenables, ce qui laissera une certaine marge
                      de manœuvre pour des baisses de taux au second semestre 2011.

                      Le BRL devrait rester relativement proche de son niveau actuel au cours des deux
                      prochaines années. D’un côté, le déficit courant va se creuser, du fait d’une progression de la
                      demande intérieure toujours plus rapide que la croissance du PIB. D’un autre côté, la forte
                      croissance et des taux d’intérêt réels très élevés devraient continuer d'attirer les flux de capitaux
                      dans le pays.

Vladimir VALE
vladimir.vale@ca-cib.com




                                                                  e
                                    Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                36
Pays émergents

GCC : les économies de la région se redressent
à des rythmes différents
  Pour les économies du Golf, la hausse des cours pétroliers à 70 USD et plus induit les effets d’une importante relance
  budgétaire. Le climat de confiance, l’insuffisance du crédit bancaire et la timidité du secteur privé représentent de leur
  coté autant de freins à la croissance économique. L'inflation n'est pas encore extrêmement préoccupante compte tenu
  d’une demande intérieure réduite et de la bonne tenue du dollar américain. Les perspectives macroéconomiques pour
  l’Arabie saoudite sont les plus encourageantes de toute la région.


               Les prix du pétrole ont atteint en moyenne 77 USD le baril au cours des deux premiers mois de
               2010, avant de monter encore au-dessus de 80 USD en mars, ce qui a permis de soutenir une
               reprise économique prudente des pays du Golfe. Les principaux freins pour cette région exportatrice
               d'or noir sont la stagnation du crédit bancaire, le manque de dynamisme du secteur privé, les
               incertitudes autour de l'ampleur exacte des problèmes liés à la dette de Dubaï et la part des
               créances douteuses dans le bilan des banques. Tandis que 2010 devrait être, dans l’ensemble, une
               année de reprise économique, des évolutions divergentes apparaissent entre les différents
               pays du Golfe, les meilleures perspectives macroéconomiques étant celles de l’Arabie
               saoudite, suivie d’Abou Dabi et du Qatar.
               En 2008, l’Arabie saoudite a entrepris un plan d'investissement quinquennal de 400 Mds USD,
               soit le plan de relance le plus ambitieux du G20 en pourcentage du PIB d’après le FMI, soit plus
               de 111 % du PIB de 2009. Ce plan est adossé aux 411 Mds USD d’actifs étrangers de la Banque
               centrale (dernier chiffre disponible). A ce jour, l’État a dépensé près d’un tiers de ce budget, ce
               qui laisse supposer qu’il devrait aisément atteindre son objectif pour 2013. Bien que l’Arabie
               saoudite ait enregistré un léger déficit budgétaire en 2009, elle réduit également son endettement
               depuis 2002, une tendance qui devrait se poursuivre cette année. Le ratio dette/PIB du pays devrait
               même reculer à 13,2 % en 2010.
               Les recettes des exportations pétrolières saoudiennes devraient permettre au pays d’enregistrer des
               excédents courant et budgétaire en 2010. La dette extérieure brute fait partie des plus faibles
               parmi les pays du Golfe et la dette actuelle de l'État est exclusivement domestique. Aucune
               bulle d'actifs n’a été constatée en Arabie saoudite, et une nouvelle loi sur les prêts hypothécaires
               (attendue d'ici au second semestre) devrait améliorer la situation de l’offre de logements à moyen
               terme ainsi que l’intermédiation financière des banques. La croissance saoudienne s’appuie sur une
               population de 25 millions d’habitants, dont quelque 7,5 millions d’expatriés, qui croît d’environ 2,5 %
               par an. Des tendances positives sont visibles dans les statistiques du crédit bancaire et du
               commerce extérieur, les importations et les exportations hors pétrole ayant atteint en
               décembre leurs plus hauts niveaux de 2009.
               L’économie des Émirats arabes unis se redresse plus lentement en raison de l'effondrement du
               marché immobilier et de l'érosion de la demande intérieure. Abou Dabi, qui détient la majeure
               partie des réserves pétrolières des Émirats, est plus riche et moins endetté que Dubaï, et il
               devrait voir son PIB croître de 3,8 % en 2010, tandis que celui de Dubaï est appelé à se
               contracter. Cependant, ses banques et entreprises familiales sont également exposées aux
               difficultés immobilières de son voisin.




                     GCC : prévisions 2010                              180,5%
                                                                                          Ratios dette/PIB estimés
    25%                                                           6%                     des États du Golfe en 2009
    20%                                                                                              (% PIB)
                                                                  4%
    15%
                                                                  2%
    10%                                                                             67,7%
     5%                                                           0%
                                                                                             38,0%
     0%                                                           -2%                                 23,5%     19,6%      17,1%
                                                Oman
                     EAU




                                      Qatar
          saoudite




                                                        Bahrein
                             Koweit
           Arabie




                                                                                                                            Oman
                                                                                              EAU
                                                                                     Qatar




                                                                                                                saoudite
                                                                          Bahrein




                                                                                                       Kowait


                                                                                                                 Arabie




                           PIB réel           IPC (éch. dr.)

    Source : Crédit Agricole CIB                                        Source : FMI




                                                                       e
                                         Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                      37
Pays émergents

             Le Qatar devrait enregistrer la plus forte croissance du PIB au niveau mondial en 2010 (19,2 %
             environ) du fait de l’accélération de sa production de gaz naturel, mais le pays reste pris dans
             un cycle de déflation engendré par la baisse des prix immobiliers qui devrait persister cette
             année avec l’augmentation de l'offre. Au Qatar, les prix à la consommation ont chuté de 4,7 % en
             2009, et en janvier la déflation a atteint 5,7 %. Les Émirats connaissent encore une faible inflation,
             qui devrait s’élever en moyenne à 2,4 % en 2010 selon les estimations, contre 1,6 % en 2009. Dans
             les autres pays, la hausse des prix s'accélère du fait du renchérissement des produits
             alimentaires à l'échelle mondiale et des niveaux élevés des loyers sur certains marchés. En
             Arabie saoudite, l’inflation est montée à 4,6 % en février, tandis que dans le Sultanat d’Oman, où elle
             était tombée à moins de 1 % à la fin de l’année dernière, elle est repartie à la hausse à 1,7 % en
             janvier.
             Le parlement koweitien a voté en février l’adoption d’un plan de développement de
             104 Mds USD sur quatre ans visant à réduire la dépendance pétrolière et à stimuler le secteur
             privé. En complément de ce plan, la Banque centrale a abaissé son taux directeur à 2,5 %. Ces
             mesures positives confortent notre estimation de croissance du PIB de 3,8 % en 2010, après une
             contraction estimée à 2,7 % l’année dernière. La croissance économique d’Oman devrait atteindre
             3,9 % en 2010, après 1,6 % en 2009. Le Sultanat, qui a fait d’importants efforts de
             diversification, a été préservé de la crise financière mondiale et des problèmes de dette de
             Dubaï. Le PIB de Bahreïn devrait progresser de 3,6 % en 2010 suite au renforcement des
             investissements, des services et du tourisme.



John SFAKIANAKIS
Johns@alfransi.com.sa




                                                              e
                                Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                              38
Prévisions taux d’intérêt

                                                                                        Au 29 mars 2010


                        29-m ars   juin-10   sept-10     déc-10   m ars-11    juin-11    sept-11   déc-11
 Etats-Unis
   Fed funds             0-0.25     0-0.25     0-0.25    0-0.25     0-0.25      1,00       2,00         2,25
   3 m ois                 0,29       0,40      0,50       0,70       1,00      1,50       2,50         2,75
   Taux 2 ans              1,04       1,90      2,75       3,25       3,25      3,50       3,75         4,00
   Taux 10 ans             3,87       4,20      4,50       4,50       4,50      4,50       4,50         4,50
 Japon
   Call                    0,10       0,10      0,10       0,10       0,10      0,25       0,50         0,50
   3 m ois                 0,24       0,40      0,40       0,40       0,40      0,60       0,70         0,70
   Taux 2 ans              0,18       0,20      0,20       0,20       0,30      0,50       0,60         0,60
   Taux 10 ans             1,41       1,40      1,50       1,60       1,60      1,80       2,00         2,00
 Zone euro
   Repo                    1,00       1,00      1,00       1,25       1,75      2,25       2,50         2,75
   3 m ois                 0,58       0,90      1,40       1,80       2,30      2,80       3,20         3,40
   Taux 2 ans              0,98       2,00      2,75       3,25       3,50      3,75       4,00         4,00
   Taux 10 ans (All.)      3,13       3,85      4,20       4,40       4,40      4,40       4,40         4,40
 Royaum e-Uni
  Taux de base             0,50       0,50      0,50       0,50       1,00      1,75       2,50         3,25
   3 m ois                 0,65       0,80      0,80       0,80       1,40      2,15       2,90         3,65
   Taux 2 ans              1,18       2,20      2,75       3,25       3,50      3,75       4,00         4,00
   Taux 10 ans             3,98       4,20      4,40       4,60       4,50      4,50       4,50         4,50
 Suède
   Repo                    0,25       0,25      0,75       1,50       2,00      2,50       3,00         3,00
   3 m ois                 0,50       0,60      1,10       1,90       2,30      2,80       3,30         3,30
   Taux 10 ans             3,20       4,10      4,20       4,30       4,30      4,40       4,40         4,40
 Norvège
   Deposit                 1,75       2,00      2,25       2,50       2,75      3,00       3,25         3,50
   3 m ois                 2,20       2,40      2,65       2,85       3,05      3,25       3,50         3,75
   Taux 10 ans             3,78       4,60      4,70       4,70       4,80      4,80       4,80         4,80
 Suisse
   3 m ois                 0,25       0,25      0,25       0,50       0,75      1,00       1,25         1,50
   Taux 10 ans             1,91       2,35      2,50       2,70       2,70      2,70       2,70         2,70
 Canada
   Overnight Target        0,25       0,25      0,75       1,25       1,75      2,25       2,50         2,50
   3 m ois                 0,40       0,50      1,00       1,60       2,15      2,65       2,80         2,80
   Taux 10 ans             3,58       3,90      4,40       4,50       4,60      4,60       4,60         4,60
 Australie
   Cash Target             4,00       4,00      4,50       5,00       5,00      5,00       5,00         5,00
   3 m ois                 4,50       4,60      5,00       5,50       5,50      5,50       5,50         5,50
   Taux 10 ans             5,79       5,70      5,80       6,00       6,00      6,20       6,30         6,30
 Nouvelle-Zélande
   Official Cash Rate      2,50       3,00      3,50       4,00       4,50      5,00       5,00         5,00
   3 m ois                 2,73       3,30      3,80       4,30       4,80      5,30       5,40         5,50
   Taux 10 ans             6,02       6,10      6,30       6,40       6,50      6,50       6,60         6,60




                                                            e
                              Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                        39
Prévisions taux d’intérêt

                                          30-m ars   juin-10   sept-10   déc-10   m ars-11   juin-11   sept-11   déc-11
 Asie
   Chine           1Y lending rate          5,31     5,58       5,85     5,85      5,85      6,12       6,39     6,39
   Hong Kong       Base rate                0,50     0,50       0,50     0,50      0,50      1,00       1,50     2,00
   Inde            Repo rate                5,00     5,50       6,00     6,00      6,00      6,00       6,50     6,50
   Indonésie       BI rate                  6,50     7,00       7,25     7,75      7,75      7,75       7,75     7,75
   Corée           Call rate                2,00     2,25       2,50     2,75      3,00      3,50       3,50     3,50
   Malaisie        OPR                      2,25     2,25       2,50     2,50      2,50      3,00       3,00     3,00
   Philippines     Repo rate                4,00     4,50       5,00     5,00      5,00      5,50       5,50     5,50
   Singapour       6M SOR                   0,62     0,80       0,90     0,95      1,00      1,40       1,80     2,20
   Taiw an         Redisc                   1,25     1,50       1,75     2,00      2,00      2,25       2,50     2,50
   Thaïlande       Repo                     1,25     1,50       2,00     2,25      2,50      2,75       3,00     3,00
   Vietnam         Prime rate               7,00     10,00      10,00    10,00     10,00     10,00      10,00    10,00
 Am érique latine
   Argentine       3M deposit              10,25     11,00      11,00    11,00     11,00     11,50      12,00    12,00
   Brésil          Overnight/Selic          8,75     9,75       10,75    11,50     11,50     11,50      11,00    11,00
   Mexique         Overnight rate           4,50     4,50       4,75     4,75      4,75      5,00        5,25     5,25
 Europe ém ergente
   Rép. Tchèque    14D repo                 1,00      1,00      1,00      1,25      1,50      1,75      2,00      2,00
   Hongrie         2W repo                  5,50      5,50      5,50      5,50      5,50      5,75      6,00      6,25
   Pologne         7D repo                  3,50      3,50      3,50      3,50      3,50      3,75      4,00      4,25
   Roumanie        2W repo                  6,50      6,50      6,50      6,50      6,50      7,00      7,50      7,50
   Russie          Refinancing rate         8,50      8,00      8,00      8,25      8,75      9,25      9,50      9,50
   Turquie         Overnight                6,50      6,50      6,50      7,00      8,00      8,75      9,50      9,75
 Afrique & Moyen Orient
   Afrique du Sud Repo                      6,50      6,50      6,50      7,00      7,00      7,25      7,50      7,75
   EAU             Repo                     1,00      1,00      1,00      1,00      1,00      1,50      2,00      2,50
   Arabie saoudite Repo                     2,00      2,00      2,00      2,00      2,00      2,50      3,00      3,50




                                                                    e
                                      Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                              40
Prévisions taux de change

                                                                                                     Au 29 mars 2010


 Taux de change USD                       29-m ars   juin-10    sept-10   déc-10    m ars-11   juin-11    sept-11   déc-11
 Pays industrialisés
   Euro                         EUR/USD       1,34       1,33      1,28      1,25       1,23       1,21      1,19          1,18
   Japon                        USD/JPY         93        94         98      100        104        106        108          110
   Royaum e-Uni                 GBP/USD       1,50       1,49      1,49      1,51       1,52       1,55      1,55          1,55
   Suisse                       USD/CHF       1,06       1,11      1,16      1,19       1,22       1,25      1,28          1,30
   Canada                       USD/CAD       1,02       1,01      1,03      1,05       1,08       1,09      1,10          1,12
   Australie                    AUD/USD       0,91       0,95      0,93      0,91       0,89       0,87      0,86          0,86
   Nouvelle-Zélande             NZD/USD       0,71       0,76      0,74      0,72       0,71       0,70      0,69          0,69
 Asie
   Chine                        USD/CNY       6,83       6,70      6,60      6,50       6,43       6,35      6,28          6,20
   Hong Kong                    USD/HKD       7,76       7,80      7,80      7,80       7,80       7,80      7,80          7,80
   Inde                         USD/INR      44,96     43,50      42,00     41,00      40,80     40,50      40,30         40,00
   Indonésie                    USD/IDR      9 085     9 100      9 050     9 000      8 975     8 950      8 925         8 900
   Malaisie                     USD/MYR       3,27       3,28      3,25      3,22       3,18       3,14      3,09          3,05
   Philippines                  USD/PHP      45,25     44,50      44,00     43,50      43,00     42,50      42,00         41,50
   Singapour                    USD/SGD       1,40       1,37      1,35      1,34       1,33       1,32      1,31          1,30
   Corée du Sud                 USD/KRW      1 132     1 060      1 020     1 000       990        970        960          950
   Taiw an                      USD/TWD      31,79     31,20      30,70     30,00      29,75     29,50      29,25         29,00
   Thaïlande                    USD/THB      32,36     32,40      31,80     31,50      31,30     31,00      30,80         30,50
   Vietnam                      USD/VND     19 085    19 300     19 400    19 500     19 500    19 500     19 500        19 500
 Am érique latine
   Argentine                    USD/ARS       3,87       4,06      4,18      4,31       4,37       4,42      4,48          4,54
   Brésil                       USD/BRL       1,81       1,80      1,77      1,75       1,75       1,75      1,75          1,75
   Mexique                      USD/MXN      12,47     12,70      12,40     12,38      12,35     12,33      12,30         12,30
 Afrique & Moyen-Orient
   Afrique du Sud               USD/ZAR       7,41       7,90      7,85      7,80       7,73       7,65      7,58          7,50
 Europe - ém ergents
   Pologne                      USD/PLN       2,89       2,78      2,81      2,80       2,76       2,73      2,69          2,63
   Russie                       USD/RUB      29,55     30,74      31,35     31,46      31,45     30,79      29,94         29,05
   Turquie                      USD/TRY       1,53       1,44      1,42      1,40       1,39       1,38      1,37          1,36
 Parités croisées contre euro
 Pays industrialisés
   Japon                        EUR/JPY        124       125        125      125        128        128        129          130
   Royaum e-Uni                 EUR/GBP       0,90       0,89      0,86      0,83       0,81       0,78      0,77          0,76
   Suisse                       EUR/CHF       1,43       1,47      1,48      1,49       1,50       1,51      1,52          1,53
   Suède                        EUR/SEK       9,78       9,90      9,80      9,70       9,60       9,50      9,50          9,40
   Norvège                      EUR/NOK       8,06       8,05      8,00      7,80       7,60       7,50      7,50          7,40
 Europe centrale
   République tchèque           EUR/CZK      25,46     24,00      24,00     22,50      22,00     21,50      21,00         20,50
   Hongrie                      EUR/HUF        266       260        260      260        255        250        245          240
   Pologne                      EUR/PLN       3,88       3,70      3,60      3,50       3,40       3,30      3,20          3,10
   Roum anie                    EUR/RON       4,07       4,30      4,30      4,30       4,30       4,30      4,30          4,30




                                                                 e
                                   Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                    41
Scénario économique du Groupe Crédit Agricole S.A.

                                                                                                             Au 29 mars 2010


                                                                                                        Balance courante
                                            PIB (a/a, %)                 Inflation (a/a, %)
                                                                                                           (en % du PIB)
                                    2009       2010        2011     2009       2010       2011       2009      2010      2011
    Etats-Unis                       -2,4       3,0         3,1      -0,3        2,2        2,1       -3,0      -3,4      -3,6
    Japon                            -5,0       1,9         1,6      -1,3       -0,8       -0,5        2,5       4,3       4,6
    Zone euro                        -4,0       0,9         1,2       0,3        1,1        1,7       -0,6      -0,5      -0,4
      Allem agne                     -4,9        1,6        1,6       0,2        0,6          1,3      5,0        4,5      6,0
      France                         -2,2        1,1        1,3       0,1        1,3          1,6     -2,0       -1,9     -2,0
      Italie                         -5,1        0,4        0,7       0,8        1,2          1,8     -3,3       -2,3     -2,1
      Espagne                        -3,6       -0,4        0,6      -0,3        1,5          2,5     -5,1       -3,5     -3,0

     Royaum e-Uni                    -4,9        1,1        1,8       2,2        2,4          1,5     -2,6      -2,4     -2,0
     Norvège                         -1,4        1,6        2,3       2,2        2,5          2,3     13,8      14,0     15,0
     Suède                           -4,7        0,5        2,7      -0,3        1,6          2,3      6,2       7,0      7,0
     Suisse                          -1,8        0,6        1,6      -0,6        0,7          1,0      6,0       7,0      7,0

      Canada                        -2,6        3,1         3,0       0,3        1,8        1,9       -2,9      -2,1     -1,6
      Australie                      1,7        2,5         3,2       1,5        2,1        2,2       -4,0      -5,0     -5,0
      Nouvelle-Zélande              -1,9        2,1         3,1       1,8        2,1        2,0       -6,5      -6,0     -6,0
    Asie                             5,9        7,2         7,5       0,7        3,6        4,0        4,2       3,4      3,5
      Chine                          8,7        9,0         9,0      -0,7        3,0        3,5        6,0       5,0      5,5
      Hong Kong                     -2,7        5,0         5,0       0,7        1,8        3,0       12,0       9,0      9,0
      Inde                           7,5        7,0         7,5       1,9        5,0        5,5       -1,5      -1,0     -1,0
      Indonésie                      4,5        5,0         5,3       4,9        5,8        5,0        2,3       2,0      1,3
      Corée                          0,2        4,0         5,0       2,7        3,0        3,5        5,2       3,0      2,0
      Malaisie                      -1,7        4,0         5,5       0,7        2,0        2,5       14,0      12,0     13,0
      Philippines                    1,3        4,5         5,5       3,5        4,5        5,0        5,0       3,5      2,5
      Singapour                     -2,0        5,5         6,0       0,5        2,5        3,0       12,5      15,5     14,0
      Taiw an                       -1,9        5,0         5,5      -0,8        1,5        2,0        9,0       7,5      7,0
      Thaïlande                     -2,3        4,0         4,5      -0,8        2,5        3,0        6,5       4,5      5,0
      Vietnam                        4,1        4,5         4,5       6,6        6,0        8,0      -11,0      -8,0     -8,0
    Am érique latine                -2,6        4,1         3,7       6,7        5,5        5,2       -1,4      -1,8     -2,2
     Argentine                      -3,0        2,8         2,5      14,8       10,0       10,0        0,5       1,0      1,0
     Brésil                          0,2        5,3         4,2       4,9        4,7        4,5       -1,5      -3,0     -3,5
     Mexique                        -6,5        3,0         3,5       5,3        4,5        4,0       -2,1      -1,4     -2,0
    Europe - ém ergents             -5,4        2,8         4,0       7,8        6,2        6,4        0,9       0,6      0,0
      République tchèque            -4,3        1,5         3,0       0,5        0,7        2,0       -2,0      -2,5     -2,8
      Hongrie                       -6,3       -0,3         2,5       5,4        3,5        3,5        0,3      -1,5     -2,5
      Pologne                        1,7        2,3         3,4       3,8        2,9        2,8       -1,4      -2,3     -3,0
      Russie                        -7,9        3,5         4,5      11,5        8,0        8,5        3,9       4,5      4,0
      Roum anie                     -7,0        1,0         2,0       6,0        5,0        5,5       -5,5      -5,0     -6,0
      Turquie                       -5,9        3,5         4,5       6,3        8,0        7,0       -2,2      -3,7     -4,5
    Afrique & Moyen-Orient           0,3        3,5         4,3       5,1        5,0        5,5       -0,1       0,5      2,0
      Algérie                        2,6        4,5         4,3       5,9        4,2        4,9       -2,0       1,7      0,5
      Egypte                         4,7        4,8         5,5      11,8       11,0        9,0       -1,5      -1,0      0,0
      Kow eït                       -2,7        3,8         4,1       4,6        3,6        4,4       22,3      29,5     22,4
      Liban                          7,0        6,0         5,5       1,2        3,0        3,0        6,0      -9,5     -6,5
      Maroc                          4,7        4,0         4,4       1,2        2,4        2,6       -3,3      -5,0     -3,5
      Qatar                         11,0       19,2         7,2      -4,9       -1,0        3,5        4,5      11,9     20,3
      Arabie saoudite                0,2        3,9         4,8       5,1        4,3        4,8        0,9       2,0      9,8
      Afrique du Sud                -1,4        2,0         3,5       7,1        6,6        7,0       -4,8      -5,2     -5,0
      Em irats arabes unis          -3,6        2,0         3,9       1,4        2,4        4,1        4,1       4,3      5,0
      Tunisie                        3,0        3,5         4,5       3,7        3,7        3,0       -3,8      -2,5     -2,5
    Total                           -0,8        3,6         3,9       1,2        2,7        2,9        0,4       0,2      0,3
    Pays industrialisés             -3,2        2,1         2,2      -0,2        1,4        1,6       -1,1      -1,0     -1,0
    Pays ém ergents                  2,7        5,8         6,2       2,9        4,3        4,7        2,5       2,0      2,1

    Notes:
    (1) Royaume-Uni : HICP ; Inde : prix de gros ; Chine, index prix de détail ; Brésil : IPCA, Afrique du Sud : CPI-X
    (2) Inde : fin de l'année fiscale en mars.




                                                                  e
                                    Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010                                           42
Budget – Matières premières

                                                                                                                                 Au 29 mars 2010

                                                              Solde budgétaire                           Dette publique
                                                           2009     2010     2011                   2009      2010      2011
                    Etats-Unis                             -9,9     -10,6    -8,3                   53,0      63,6      68,6
                    Japon                                  -11,3       -10,9        -9,7            184,0          197,0         206,0
                    Zone euro                               -6,4        -6,9        -6,1             78,4           84,3          88,8
                      Allemagne                             -3,3        -5,5        -4,9             72,7           77,0          80,4
                      France                                -8,0        -8,2        -7,5             77,0           84,0          89,8
                      Italie                                -5,3        -5,2        -4,7            115,6          119,1         121,8
                      Espagne                              -11,4       -10,3        -8,3             55,2           66,6          74,9
                      Pays-Bas                              -4,9        -6,2        -5,2             62,3           67,8          71,6
                      Belgique                              -5,9        -4,8        -4,3             97,9          100,8         102,9
                      Grèce                                -12,8        -8,9        -5,9            113,4          123,4         128,2
                      Irlande                              -11,7       -11,7       -11,0             64,5           78,0          86,8
                      Portugal                              -9,3        -8,8        -8,2             76,8           84,9          91,7
                    Royaum e-Uni                           -13,3       -12,7       -10,0            70,0           83,0          88,0



                                                              2010                                          2011                                  Prix à long
                             29-m ars
                                            T1        T2       T3       T4      Année       T1        T2           T3       T4      Année           term e
 Métaux
  Aluminium          USD/t        2 190     2 180     2 400    2 300    2 320     2 300     2 300     2 500        2 450    2 750       2 500    2,650 (120c/lb)
  Cuivre             USD/t        7 479     7 250     7 650    7 400    7 700     7 500     7 500     8 000        8 000    8 500       8 000    4,960 (225c/lb)
  Nickel             USD/t       23 569    19 700    21 000   17 300   22 000    20 000    22 000    24 000    23 000      27 000    24 000     15,432 (700c/lb)
  Zinc               USD/t        2 197     2 300     2 350    2 200    2 450     2 325     2 500     2 600        2 600    2 700       2 600    1,764 (80c/lb)
  Plomb              USD/t        2 096     2 260     2 100    2 440    2 800     2 400     2 800     2 600        2 700    2 700       2 700    1,323 (60c/lb)
  Etain              USD/t       17 595    17 150    20 000   19 000   23 850    20 000    23 000    24 000    24 000      25 000    24 000     15,000 (680c/lb)


 Métaux précieux
  Or                USD/oz        1 114     1 091     1 120    1 220    1 220     1 185     1 100     1 050        1 000     950        1 025         650
  Argent            USD/oz         17,4      16,7      17,0     19,8     19,0      18,5      19,0      19,5         20,5     21,0        20,0         7,0
  Platine           USD/oz        1 619     1 590     1 560    1 625    1 675     1 650     1 750     1 725        1 750    1 775       1 750        1 200
  Palladium         USD/oz          476       452       450      470      505       500       550       565          590      600         576         300




               Pétrole            T1 09      T2 09    T3 09    T4 09     T1 10     T2 10    T3 10     T4 10        T1 11     T2 11       T3 11     T4 11
       WTI               $/BBL     43         60       68       76        78        68       72        76           75        70          70        75
       Brent             $/BBL     44         59       68       75        77        67       72        75           74        69          70        74




                                              Directeur de la publication : Jean-Paul BETBEZE
                                          Rédacteurs en chef : Hervé GOULLETQUER, Isabelle JOB
                 Réalisation & Secrétariat de rédaction : Fabienne Pesty — Contact : publication.eco@credit-agricole-sa.fr
                   Crédit Agricole S.A. — Pôle Études Économiques — 75710 PARIS Cedex 15 — Fax : +33 143 23 58 60

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Perspectives Macro 128 Fr

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    e N°128 – 2 trimestre 2010 Confirmation de la reprise et maintien des incertitudes ne sont en rien contradictoires Le diagnostic sur l’état du monde semble se stabiliser. Dans les pays développés, on assiste à une reprise incomplète : reprise car les indicateurs pointent clairement sur un retour à la croissance, et ce probablement pour un certain temps ; incomplète car, tandis que le crédit n’augmente pas, les dépenses des ménages et les investissements restent ternes. Dans les pays émergents, les perspectives sont plus flatteuses. La croissance prévue du PIB est d’environ 6 % pour cette année comme pour la prochaine. La consolidation des grands équilibres macroéconomiques dans la plupart des pays concernés (avec une inflation sous contrôle, un désir de gestion orthodoxe de la politique monétaire et une situation plutôt solide des comptes publics) renvoie une image à la fois rassurante et attirante. Ce diagnostic assez favorable n’empêchera pas une certaine prudence de la part des entrepreneurs et des investisseurs et le sentiment de manque de clarté ne disparaîtra pas si facilement. Il y a trois raisons principales à cela. Tout d’abord, la crise nous a appris que le marché ne savait pas tout mieux que tout le monde. Ce qui signifie qu’une forte augmentation du prix des actifs n’impliquera pas forcément une plus grande préférence des agents économiques pour la consommation aux dépens de l’épargne. Toutefois, il est à craindre que de façon asymétrique une chute des prix de certains actifs ne s’accompagne d’une perte nette de confiance ainsi que d’une révision à la baisse des intentions d’achats. Ensuite, l’incertitude concernant les évolutions de la régulation atténuerait les esprits « animaux » souvent à l’origine des décisions d’investissement. Par exemple, le secteur financier ne sait toujours pas ce qui se prépare en terme de nouvelles réglementation ni comment cela impactera sa profitabilité. D’autres secteurs sont confrontés également à ce genre d’incertitudes. Ainsi aux Etats-Unis, les entreprises ne savent pas combien leur coûtera la réforme de l’assurance-santé pour leurs salariés. Enfin, la période post-crise sera très contraignante pour les politiques économiques. Dans les pays développés, le but est de normaliser les politiques très accommodatives imposées par la crise, tout en soutenant une croissance économique prévue faible, au moins au début. Dans les pays émergents, le but est d’empêcher un dangereux emballement des marchés et de renforcer la culture de stabilité progressivement instaurée pendant la dernière décennie. L’enjeu est énorme et les questions nombreuses. Quand agir ? Quels outils utiliser ? A quel degré ? Dans tous les cas, les marchés seront très attentifs à la crédibilité et à l’efficacité attendue des mesures adoptées. Sommaire Spécial - Les anticipations de marché porteront moins sur la Espagne - La trappe à austérité 25 croissance que sur la politique économique 2 Scandinavie - La croissance pâtit des incertitudes à l’étranger 26 Politique monétaire - Une nouvelle politique en « règles » 4 Royaume-Uni - Promesse de croissance 27 Taux d'intérêt - Face aux retraits de liquidité 6 Australie - Le retour de la confiance 28 Taux de change - Déclin de l'euro 7 Nouvelle-Zélande - En passe de relever les taux 28 Energie - Une reprise à deux vitesses 8 Canada - Reprise plus dynamique qu’attendue 29 Métaux - Les platinoïdes présentent plus d’attrait que les autres Pays émergents - Qui va monter ou non les taux ? 30 métaux précieux 8 Europe centrale - Retour du politique 32 Ressources agricoles - La demande de biocarburants dopera Afrique du Sud - Dans le brouillard 33 les prix au second semestre 9 Egypte - 2010 est une année à risque pour le budget 33 Etats-Unis - D’une croissance soutenue à auto-entretenue 10 Russie - Encourageant, mais 34 Focus Etats-Unis - Le taux de chômage va-t-il baisser aussi Turquie - Un redressement encore hésitant 34 vite qu’il est monté ? 12 Inde - Vers des politiques plus restrictives 35 Japon - Une croissance plus équilibrée en vue 15 Chine - Le raffermissement du yuan remis à plus tard 35 UEM - Une reprise à deux vitesses :le centre versus Mexique - Laborieux 36 la périphérie 16 Brésil - Bientôt les hausses de taux 36 Focus UEM - Retournement conjoncturel et chômage 18 GCC - Les économies de la région se redressent à des rythmes France - Lendemains de fête 21 différents 37 Allemagne - Vices et vertus 22 Italie - Retour vers la réalité 23 Prévisions 39 Grèce - Le chemin sera long et difficile 24
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    Spécial Les anticipations demarché porteront moins sur la croissance que sur la politique économique Le diagnostic conjoncturel paraît se stabiliser. Pour ce qui est des pays développés, une reprise incomplète se poursuit. Il s’agit bien d’une reprise dans la mesure où les indicateurs montrent clairement que la croissance est de retour et sans doute de façon pérenne. Il en est ainsi des chiffres du PIB les plus récents (pour les troisième et/ou quatrième trimestres de 2009) ; il en est de même des résultats des enquêtes auprès des entreprises, sensés baliser la trajectoire de l’activité au cours des prochains mois. Le caractère incomplet se perçoit de différentes manières. Premièrement, si les données relatives au secteur manufacturier envoient des signaux encourageants, aidées par un arrêt du processus de déstockage et par une normalisation du commerce mondial, celles concernant les consommateurs et l’investissement en construction sont beaucoup plus ternes. Deuxièmement, le crédit n’est pas vraiment reparti et les incertitudes sur le nouveau cadre réglementaire, qui s’imposera au secteur bancaire, ne participeront sans doute pas d’un redémarrage spectaculaire. De plus, la spectaculaire montée des dettes publiques fragilise l’image d’une croissance saine et durable, assise sur une attention forte portée au respect des grands équilibres macroéconomiques. Du côté des pays émergents, les perspectives sont plus flatteuses. La croissance du PIB avoisinerait les 6 % tant cette année que l’an prochain (d’abord un peu moins, puis un peu plus). Si l’Asie continue de faire la « course en tête » avec des projections supérieures à 7 %, c’est ailleurs que l’inflexion est la plus impressionnante avec le passage d’une sévère récession en 2009 à des rythmes de croissance au moins honorables en 2010. Ainsi, pour les pays de l’Europe émergente, la performance passerait de -5,5 % à +2,4 %. Bien sûr, ce tempo renforcé ou retrouvé, selon les régions, doit encore trop à la demande extérieure et pas assez aux dépenses domestiques. Mais la consolidation des grands équilibres macroéconomiques de l’essentiel des pays concernés (inflation sous contrôle, volonté de resserrer les réglages monétaires en fonction de l’évolution des prix et situation des comptes publics plutôt flatteuse) envoie une image à la fois rassurante et attractive. Cette divergence entre les régimes de croissance des pays développés et émergents pourrait même être accentuée en termes d’attractivité relative des marchés de capitaux par des réglages de politique économique opposés. Dans le monde émergent, la force de la croissance, le faible niveau de la dette publique et la volonté de contenir les pressions inflationnistes participent de l’option de combiner resserrement de la politique monétaire avec maintien en l’état du réglage budgétaire. Ce qui se traduirait plutôt par des pressions haussières sur les taux d’intérêt réels. Au final, l’espérance de rendements anticipés élevés pour les actifs émergents devrait se traduire par davantage d’entrées de capitaux vers ces régions. Pour ce qui est des pays avancés, la crise grecque apparaît comme un catalyseur de la prise de conscience de la nécessité de prendre sans tarder des mesures de rééquilibrage des comptes publics. Ce qui ne manquera de peser sur une reprise déjà anticipée comme faible relativement aux expériences passées. Les banques centrales devront intégrer cette composante dans leur processus de décision. Il y là de quoi confirmer que la remontée des taux directeurs, tant aux Etats- Unis qu’en Europe sera tardive et lente. Cette opposition entre les réglages de Policy Mix des pays émergents par rapport aux pays développés renforce l’idée d’un plus fort attrait en termes d’Expected Return pour cette première zone comparée à la seconde. De façon sans doute encore plus fondamentale, ce contraste est quelque chose de perçu comme potentiellement durable. La conjonction d’une croissance potentielle assez forte (peut-être autour de 6 % ; même si l’approche est vraisemblablement à « manier avec des pincettes ») et de l’apprentissage d’une culture de la stabilité macroéconomique (inflation contrôlée, finances publiques équilibrées et comptes extérieurs en bon état) participent évidemment à la fois d’une espérance de rendements élevés et de l’idée que la perception du risque lié à ce type d’investissement est peut-être appelée à se corriger à la baisse le temps passant. En sachant que même en maintenant une approche un peu conservatrice de stabilisation du risque émergent, l’expression du ratio rendement/risque reste très favorable. C’est pourquoi il faut sans doute se préparer à des allocations de portefeuille accordant des pondérations plus élevées aux actifs émergents. D’où l’insistance particulière sur l’idée que les flux de capitaux vers les marchés émergents devraient augmenter d’une façon marquée. Cet environnement nouveau, tant en termes de perspectives de croissance (en insistant sur la médiocrité de celles concernant les pays développés) que de volume des flux de capitaux (avant tout en direction des marchés émergents), pose de lourdes questions de politique économique. Deux d’entre elles sont particulièrement importantes. La première concerne avant tout les Etats- Unis, l’Europe de l’ouest et sans doute aussi le Japon. Comment à la fois recréer les conditions de davantage de croissance économique (repositionner la croissance potentielle sur une trajectoire plus élevée) et revenir à un réglage plus neutre de la politique économique ; c'est-à-dire retrouver les moyens d’un interventionnisme public efficace lorsque pour une raison ou une autre l’activité s’affaiblira à nouveau dans le futur ? Pour nombre de pays européens (de l’Espagne au Royaume- Uni en passant par l’Irlande, pour ne retenir que ceux-là) et aussi pour les Etats-Unis, le moteur de e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 2
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    Spécial la demande à l’horizon des prochaines années devra être moins la consommation des ménages ou l’investissement logement que les exportations et l’investissement des entreprises. Et ceci avant tout parce que les ménages doivent consolider leur bilan (moins de dettes et plus d’épargne accumulée). Il n’empêche que la capacité de compenser est limitée. Le seul poids de la consommation dans le PIB est ainsi aux Etats-Unis le triple de celui du couple formé par les exportations et l’investissement des entreprises. Tout ralentissement de 1 % du premier doit être équilibré par une accélération de 3 % du second. L’objectif n’est en rien facile à atteindre et il est à craindre que le régime de croissance soit durablement affecté par ce rééquilibrage sans doute incomplet par nature. N’est-ce pas le message envoyé par les expériences allemande ou japonaise ? Il reste à espérer un nouveau choc technologique et l’arrivée d’une nouvelle offre qui trouvera d’elle-même sa propre demande. Mais peut-on affirmer hic et nunc que cela arrivera vite ? Sans doute pas. Dans ces conditions, comment réussir à stabiliser puis à réduire le ratio dette publique sur PIB tout en revenant à des taux d’intérêt à court terme plus en harmonie avec l’expression de la neutralité monétaire et en maintenant un niveau de croissance socialement acceptable ? La question est redoutable et il ne sera pas facile d’y répondre. La lisibilité de la politique économique sera faible à l’horizon des prochains trimestres et le risque d’erreur, vraisemblablement supérieur à ce qui a pu être observé par le passé. Du côté des pays émergents, la perspective d’un afflux potentiellement important de capitaux en provenance de l’Ouest n’est pas sans poser de difficultés. Il ne faut pas oublier que la capitalisation de l’essentiel des marchés de la zone émergente est de taille réduite relativement à celle observée dans les pays avancés. Pour ce qui est des marchés d’actions, les pays développés « pèsent » 70 % de la capitalisation mondiale ; la proportion étant encore plus élevée si on ne s’intéresse, comme il faut le faire, qu’au « flottant ». Le risque d’apparition de phénomènes de bulles est donc réel. Les conséquences seraient dommageables : durant la formation de celle-ci, d’une perte de compétitivité-prix à cause de la surévaluation de la devise à un développement excessif du crédit ; lorsqu’elle éclate, des effets-richesse négatifs à la nécessité de consolider les bilans des agents économiques. Il faut donc comprendre la préoccupation des responsables de politique économique et leur souhait de prendre des mesures pour éviter l’enclenchement de ce type de mécanisme. Des initiatives de contrôle des capitaux ont déjà été prises au Brésil et sont discutées dans certains pays asiatiques (Corée, Indonésie ou Taïwan). Bien sûr, l’efficacité de ces restrictions est sujette à discussion et il apparaît souvent que celles-ci impactent davantage la composition des entrées de capitaux que le montant total. De plus, d’autres moyens existent pour réduire le flux entrant de capitaux comme la stérilisation des réserves de change, le réglage de la politique monétaire ou les mesures prudentielles. On le voit, la « boite à outils » de la gestion du volume des capitaux en direction des marchés émergents est bien fournie. Mais on sait moins dans quelle mesure elle devra être utilisée et si la palette des remèdes choisis sera efficace. Une fois encore, la politique économique se retrouve en première ligne pour baliser des perspectives potentiellement déstabilisatrices ; sans que pour autant l’investisseur puisse être pleinement confiant sur l’efficacité des solutions mises en œuvre. La crise nous a appris que le marché ne savait pas toujours mieux que les autres (les opérateurs prix individuellement, les responsables de la politique économique, les régulateurs ou les analystes). L’après-crise va beaucoup solliciter les politiques économiques. Dans les pays développés, l’objectif est à la fois de normaliser les réglages très accommodants que la crise a forcé à prendre et de favoriser le renforcement d’une croissance sans doute faible au moins dans un premier temps. Dans les pays émergents, le but est d’éviter les emballements de marchés et de consolider cette culture de la stabilité apparue progressivement au cours de la décennie passée. L’enjeu est de taille et de lourdes questions de calendrier (quand faut-il bouger ?) d’outils à privilégier et du degré d’utilisation de ceux-ci vont se poser. Les marchés, pour leur part, vont être attentifs à la crédibilité et à l’efficacité attendue des mesures décidées. Gageons que la lisibilité va manquer et que le regard des investisseurs sera prudent, voire sceptique. Avoir été déçu par le marché ne veut pas dire revenir à une confiance absolue dans la politique économique. Hervé GOULLETQUER herve.goulletquer@ca-cib.com Etats-Unis et zone euro : PMI Etats-Unis et UEM : a/a crédit au secteur privé 60 55 15% (Mds €) 50 10% 45 5% 40 0% 35 -5% 30 Jan-07 Jan-08 Jan-09 Jan-10 -10% Zone euro PMI manuf. janv-07 janv-08 janv-09 janv-10 Source : Bloomberg Etats-Unis PMI manuf. Source : Bloomberg Etats-Unis UEM e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 3
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    Politique monétaire Une nouvellepolitique en « règles » Les banques centrales ont durement gagné la bataille contre l’inflation, elles doivent maintenant s’armer contre un nouvel ennemi : l’instabilité financière. Depuis les années 70, la lutte contre l’inflation a été au cœur des stratégies des banques centrales qui ont vu là le moyen le plus efficace d’assurer simultanément stabilité économique et financière. Cibler l’inflation revenait à lutter contre le principal stigmate des excès cycliques dans la sphère réelle lorsque phases de surchauffe et de récession se succèdent par à coups. Le cycle financier et ses effets d’accélérateurs étaient seulement considérés comme révélateur de ces tensions. En effet, les marchés étant efficients, tout mouvement de prix d’actifs se devait de refléter l’évolution des fondamentaux sous-jacents. Autrement dit, stabiliser les prix devait permettre de lisser les cycles d’activité et, par suite logique, le cycle financier. Cette stratégie s’est avérée payante puisque comme espéré la croissance et les prix ont fait preuve d’une plus grande régularité au point de caractériser la période des quinze dernières années comme celle de la « grande modération ». « Grande modération » dont les banquiers centraux ont revendiqué la paternité. Pourtant, les épisodes d’instabilité financière se sont multipliés1 venant à rebours de l’hypothèse de complémentarité entre stabilité macroéconomique et financière. A l’origine de toutes ces crises se trouve l’accumulation d’un lourd passif sur fond de hausse rapide des prix d’actifs venant le plus souvent en garantie de ces excès d’endettement, avec l’enclenchement de boucles auto-renforçantes. Les banques centrales pilotant le prix de la liquidité et donc la disponibilité et le coût de la ressource financière, elles sont souvent incriminées pour avoir suivi des politiques monétaires trop accommodantes, pendant trop longtemps, ce qui aurait nourri les bulles de prix des actifs en stimulant le levier d’endettement qui les sous-tend. Pire on leur reproche d’intervenir pour éteindre l’incendie quitte à recréer des conditions propices à la formation de nouveaux excès financiers. Les banques centrales ne sont pas les seules responsables, mais l’asymétrie de comportement qu’on leur reproche - laxisme en phase de montée des déséquilibres financiers, puis activisme n’est plus tenable. L’idée d’actions préventives rend également caduque le principe de séparation entre une politique monétaire dédiée à la gestion du cycle et une politique prudentielle, souvent conçue à un niveau microéconomique, pour garantir la stabilité financière. Il faut une politique globale servie par des instruments plus spécifiques et adaptés au double objectif de stabilité économique et financière. Il est vrai qu’en théorie, les taux apparaissent comme un outil de prédilection pour combattre la spéculation et les bulles de prix d’actifs, puisque la recherche effrénée de rendement se fait la plupart de temps à effet de levier croissant. Mais des conflits d’objectifs risquent d’apparaître, cet instrument servant également à gérer les fluctuations cycliques. Il existe en économie une règle de bon sens, celle de Tinbergen, qui démontre la nécessité de disposer d'autant d'instruments qu'il y a d'objectifs à atteindre pour réussir une politique économique. En fait, il en faut au moins autant et peut être plus an cas de crise. Si les taux d’intérêt ne sont pas l’outil adéquat, il convient alors de réfléchir à d’autres voies plus praticables. US : Fluctuations des prix d'actifs US : encours de dette % du PIB Indice 260 110 110 100=1995 240 650 90 90 220 200 70 70 450 180 160 50 50 250 140 zone grisée : récession 120 30 30 50 100 1972 1981 1990 1999 2008 96 00 04 08 sociétés non financières ménages Pétrole ($) Source : SP 500 (éch. dr.) Sources : Réserve fédérale, Crédit Agricole S.A. Crédit Agricole S.A. prix immobilier US (éch. dr.) 1 Japon (1990), Asie 1997, Russie 1998, USA 2001, jusqu’au paroxysme de la crise 2007-2009… e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 4
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    Politique monétaire Le débat se concentre aujourd’hui sur les aspects réglementaires avec la nécessité de repenser les outils de régulation prudentielle à un niveau plus macro-économique et à contre-courant des cycles, afin de contrarier, autant que faire se peut, le caractère pro- cyclique de la finance. En réponse à la crise financière de 2007, le Comité de Bâle propose de renforcer les fonds propres des banques afin d’améliorer leur capacité de résilience en cas de choc. La question du curseur est ici primordiale. Le capital est cher, ce qui pourrait finalement se traduire par un renchérissement du coût de refinancement des banques et réduire le niveau d’intermédiation avec des effets potentiellement indésirables sur la croissance, notamment en pénalisant les PME-PMI qui recourent exclusivement au crédit pour financer leur développement. La rigidité de cette règle rentre aussi en contradiction avec la volonté d’aller à contre-courant des cycles qui nécessite une approche plus dynamique. Une autre proposition serait d’appliquer une surcharge en capital qui pourrait varier en fonction de la position dans le cycle, du profil de risque et du degré d’importance systémique des institutions financières. Mais, jusqu’à quel point les marchés seront prêts à accepter une baisse du ratio Tier one en phase de crise constitue la principale limite à cette idée de capital contra-cyclique. On pourrait également envisager une politique de provisionnement dynamique à rebours des cycles (souvent sur la base des défauts historiques) afin d’inciter les banques à se constituer un matelas de 2 sécurité durant les périodes de prospérité à utiliser en phase de basses eaux . Il est aussi question de cibler plus spécifiquement les marchés d’actifs les plus propices à la formation de bulle ou de viser les acteurs de la finance soumis à des règles moins contraignantes. Une réduction des ratios « Loan To Value » en phase montante du cycle pourrait être un outil utile pour stopper les dynamiques cumulatives sur le marché immobilier. Faire varier les appels de marges ou les décotes (haircuts) appliquées sur les prêts sécurisés (notamment octroyés aux acteurs non bancaires) pourrait permettre de freiner les excès de leviers qui alimentent les bulles de prix d’actifs. Cette liste non exhaustive montre que l’approche ne peut être unidimensionnelle mais à l’inverse l’empilement de mesures, sans compter leur difficile calibrage, pourrait s’avérer dangereux en inhibant toute prise de risque. Les questions de la surveillance des acteurs non bancaires, du degré coordination de ce type de politique à l’échelle mondiale et les mesures de sauvegarde de la liquidité sont des sujets connexes qui ne sont pas abordés ici mais revêtent également une importance particulière pour faire aboutir la réforme du système monétaire international. Si réformer le système financier pour lui conférer plus de stabilité est essentiel il ne s’agit pas pour autant de corseter l’ensemble à grands coups de mesures réglementaires. L’activité de crédit, intermédiée ou non, est par essence risquée mais indispensable pour poser les bases d’une croissance future. La boîte à outils doit donc être suffisamment flexible pour ne pas inhiber ce moteur mais suffisamment contraignante pour éviter de verser dans de nouveaux excès. Isabelle JOB isabelle.job@credit-agricole-sa.fr 2 Cette pratique qui existe en Espagne depuis le début des années 2000 n’a pas empêché la formation d’une bulle majeure de crédit sur un tandem immobilier-ménages mais a néanmoins amorti le choc de la purge sur les bilans bancaires. e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 5
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    Taux d’intérêt Face auxretraits de liquidité Les injections de liquidité ont atteint leur point haut. Ce sont les marchés obligataires de la zone euro qui devraient être les plus concernés au cours des prochains mois. Pourtant les rendements à dix ans se situent aux mêmes points bas que durant la Grande Récession. Nous recommandons la prudence, notamment en Europe. La liquidité ne peut que diminuer désormais. Depuis deux ans, les banques centrales injectent des liquidités dans le système financier dans le but de permettre coûte que coûte aux marchés monétaires de recommencer à fonctionner normalement, de soutenir les banques et de relancer l’économie mondiale. En 2010, elles commenceront à éponger ces liquidités. On ne peut que spéculer sur l’impact de ce changement de politique, car les banques centrales n’ont jamais jusqu’à présent procédé à des retraits de liquidité à l’échelle mondiale. En outre, les banques centrales passent cette année d’une situation de liquidité surabondante à une situation de liquidité seulement abondante. On peut se demander si elles relèveront les taux d’intérêt cette année mais, à supposer qu’elles le fassent, elles ne les porteront pas à un niveau restrictif. Certaines bulles financières donnent l’impression d’apparaître. Les indices boursiers sont élevés et les rendements obligataires très bas. De fait, la moyenne des taux dix ans de référence de chaque pays de la zone euro, pondéré par le PIB du pays concerné, est très proche de son plancher historique. Les rendements sont aussi bas qu’au pire de la Grande Dépression. Cela étant, les reprises économiques auxquelles on assiste de par le monde ont lieu à un rythme de plus en plus rapide et, à notre avis, les investisseurs obligataires ne pourront qu’en pâtir. Les investisseurs obligataires européens nous semblent encourir les risques les plus élevés. L’économie américaine devrait connaître une croissance plus vigoureuse que la zone euro, mais la BCE est beaucoup plus susceptible d’éponger une partie des liquidités dont est actuellement inondé le système financier européen. En fait, le remboursement de 442 Mds € le er 1 juillet lui force plutôt la main et les banques n’ont acheté en 2009 qu’un peu moins de la moitié des obligations d’Etat émises par les pays de la zone euro. Une rapide comparaison entre ce que les banques ont acheté en 2009 et ce qu’elles auraient normalement acheté compte tenu de la pente de la courbe des taux permet de conclure qu’elles ont probablement acheté quelque 200 Mds € de plus qu’à l’ordinaire. Ces achats « excédentaires » d’obligations ont pu être effectués parce que la BCE a donné à ces établissements les moyens de le faire. Néanmoins au cours des prochains mois, par ses retraits de liquidité la BCE forcera d’une certaine façon les banques à revendre une bonne partie de ces obligations. Autrement dit, en zone euro l’offre obligataire augmentera de 200 Mds € au troisième trimestre. Certaines banques tenteront peut-être de conserver leurs positions en utilisant d’autres sources de financement. D’autres solderont les leurs, mais à qui précisément ? Telle est bien la question actuellement. Les investisseurs étrangers du secteur privé procèdent à des achats plus importants depuis quelque temps, certes, mais on ne peut pas compter uniquement sur eux. Selon nous, une fois que la Fed aura cessé ses achats de titres et que le marché américain commencera à se méfier des opérations de repo tripartites et des autres techniques de retrait de liquidités, les taux dix ans augmenteront rapidement. La BCE devrait également commencer à relever ses taux au quatrième trimestre ou, plus précisément, à mettre un terme aux mesures de relance d’urgence qu’elle a mises en œuvre. Comme à l’accoutumée, elle évaluera l’impact de sa politique monétaire à un horizon d’un à deux ans, mais le marché se préoccupera de savoir si la BCE n’est pas trop en avance Dans ces conditions, la courbe des taux européens devrait, à notre avis, fortement s’aplatir au deuxième semestre 2010 à mesure que la BCE donnera de plus en plus l’impression de vouloir relever ses taux. Les taux dix ans devraient alors augmenter à un rythme plus lent et ceux à trente ans pourraient même légèrement baisser. C’est généralement ainsi que la courbe de taux évolue lorsqu’une banque centrale est en avance. Pour la même raison, la prochaine hausse de taux décrétée par la BCE suscitera vraisemblablement une dépréciation de l’euro. David KEEBLE david.keeble@ca-cib.com e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 6
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    Taux de change Déclinde l’euro Les tensions entre les Etats-Unis et la Chine à propos du taux de change de leurs monnaies respectives risquent d’aller en s’intensifiant, mais les Etats-Unis auraient le plus à perdre. Les craintes concernant l’Europe se sont apaisées, mais les perspectives de l’euro par rapport à la plupart des autres devises se sont assombries. Nous avons maintenu nos prévisions de baisse du JPY en 2010 et de hausse de l’AUD et du NZD. L’appréciation de l’USD devrait s’accentuer au deuxième semestre 2010. Les tensions entre les Etats-Unis et la Chine à propos des taux de change vont susciter une plus grande attention des marchés. Alors que la Chine continue de faire la sourde oreille aux appels à une réévaluation du CNY, les spéculations grandissantes selon lesquelles les Etats-Unis pourraient officiellement désigner la Chine comme « manipulant sa monnaie », prouvent que cette question va rester au centre des préoccupations. Il devient de plus en plus difficile pour le gouvernement américain d’ignorer les appels du Congrès à une politique plus ferme en la matière. De plus, la promesse de Barack Obama de doubler les exportations américaines au cours des cinq prochaines années requiert une baisse du dollar vis-à-vis des devises asiatiques, yuan en tête, et pas seulement contre les boucs émissaires habituels tels que l’euro. Il n’y a guère de signes aujourd’hui qu’une telle baisse est près de se produire. Nous nous attendons néanmoins à ce que la Chine finisse par réévaluer sa monnaie au cours du deuxième trimestre 2010, ce qui poussera les autres banques centrales asiatiques à tolérer un change plus fort. Les craintes concernant l’Europe devraient rester au centre de l’actualité mais à un degré moindre qu’au cours de ces derniers mois. L’annonce par la Grèce de nouvelles mesures d’austérité budgétaire suivie de l’accord tacite de l’UE a contribué à rassurer les marchés. Le fait même que la baisse de l’USD et son corollaire, la hausse de l’EUR, soient restées limitées montre toutefois que les inquiétudes demeurent, pas seulement au sujet de la Grèce mais aussi des problèmes budgétaires et de la faiblesse de la croissance dans d’autres pays européens. Par conséquent, nous avons révisé à la baisse nos prévisions sur l’EUR/USD. En dépit d’une possible hausse de l’EUR/USD à court terme, surtout si les écarts des CDS continuent de se réduire, nous pensons que celle-ci restera limitée. Nous prévoyons désormais l’EUR/USD à 1,25 d’ici la fin 2010. Nous avons également révisé, pour les mêmes raisons, nos prévisions de taux de change de l’EUR vis-à- vis d’autres devises. Les performances du CHF et de la SEK ont été supérieures à nos anticipations. La position plus ferme que prévu de la Riksbank a soutenu la forte hausse de la SEK mais nous nous attendons à ce que son appréciation se poursuive à un rythme plus graduel. Quant au CHF, la BNS semble avoir adopté une position plus souple vis-à-vis de la parité EUR/CHF et s’être faite à l’idée d’un CHF plus fort à mesure de la reprise de l’activité. Nous continuons d’anticiper une appréciation progressive de la parité EUR/CHF au cours des prochains mois, mais depuis un point de départ plus bas. La révision à la baisse de nos prévisions sur l’EUR/USD combinée au maintien de nos prévisions de baisse du JPY se traduit par une appréciation de l’EUR/JPY bien moins importante. La GBP, qui a plus baissé que l’EUR au cours des dernières semaines pour différentes raisons, est actuellement le « maillon faible » du marché. Elle devrait rester vulnérable à court terme, au moins jusqu’aux élections législatives de début mai. Cependant, le cours de la livre intègre déjà tant de mauvaises nouvelles et la GBP étant très sous-évaluée que tout nouvel accès de faiblesse sera l’occasion de prendre des positions longues en vue d’une hausse à moyen terme. Ainsi, malgré une révision en hausse de nos prévisions sur l’EUR/GBP pour les six prochains mois, nous nous attendons ensuite à ce que la GBP reprenne plus vite des couleurs vis-à-vis de l’EUR que prévu précédemment. La hausse de la GBP vis-à-vis de l’USD serait en revanche plus modeste, pour partie du fait de la révision à la baisse de nos prévisions sur l’EUR/USD. Nous prévoyons désormais un pic de la parité GBP/USD à 1,55 environ en juin 2011 alors que nous tablions jusque-là sur un plus haut de 1,63 en décembre 2010. A long terme, l’USD devrait s’apprécier au fur et à mesure que le rythme de la croissance américaine va s’affermir et dépasser celui de la plupart des autres grandes puissances économiques, et de la zone euro en particulier. L’AUD et le NZD devraient une nouvelle fois faire figure d’exceptions et s’apprécier grâce à des taux d’intérêt plus élevés, une croissance plus soutenue et un appétit croissant pour le risque. Ces deux devises pourraient selon nous atteindre un pic respectivement à 0,95 et 0,76 contre l’USD au deuxième trimestre 2010, des niveaux élevés qui devraient devenir dissuasifs en deuxième partie d’année. Les investisseurs prêts à prendre davantage de risques parieront sur une hausse du NZD et de l’AUD et sur une baisse du CHF et du JPY, le cas des autres devises se situant quelque part entre les deux. L’EUR malheureusement devrait se situer plutôt en bas de l’échelle à l’horizon de notre prévision. Mitul KOTECHA mitul.kotecha@ca-cib.com e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 7
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    Energie - Métaux Unereprise à deux vitesses La demande de pétrole est repartie à la hausse sur les marchés émergents, mais elle reste faible dans les pays de l’OCDE. Or, le deuxième trimestre est ordinairement marqué par un déclin saisonnier de la demande de pétrole et une certaine pression devrait s’exercer sur les prix. De fait, nous tablons sur une chute du prix du baril de pétrole brut léger américain WTI à 68 USD/bl au deuxième trimestre 2010, suivie par un rebond à 72-76 USD/bl au second semestre 2010, soutenu par des prélèvements sur les stocks à partir du troisième trimestre. Les dynamiques régionales conditionnent l’évolution des marchés mondiaux de produits pétroliers. La demande de pétrole est plus vigoureuse en Asie qu’en Europe ou aux Etats-Unis, les pays asiatiques ayant bénéficié d’un rebond plus rapide de l’activité économique et peut-être également d’un certain phénomène de transfert de l’activité industrielle vers les économies en développement. Toutefois, la demande des pays asiatiques ne contribuera guère à la résorption des excédents de stocks sur les deux rives de l’Atlantique, ni au soutien de l’activité de raffinage en Europe et aux Etats-Unis. Au contraire, plusieurs grands pays ont mis en place de nouvelles raffineries l’année dernière et sont devenus d’importants exportateurs nets de produits pétroliers. Tel est le cas de la Chine et de l’Inde où de nouvelles capacités de raffinage ont commencé à être exploitées en 2009. En 2010, les exportations de produits pétroliers en provenance d’Asie continueront à influencer les équilibres sur les marchés mondiaux. A la fin de la période de demande élevée qui caractérise la saison hivernale, la dynamique du marché des produits pétroliers reste caractérisée par l’héritage de la Grande Récession. Au cours des derniers mois, la demande de gasoil a été plus durement pénalisée par le recul de l’activité industrielle et des échanges commerciaux que la demande d’essence, et d’importants excédents de stocks de gasoil se sont constitués au cours de l’été. De fait, la demande d’essence a mieux résisté à la récession que la demande de gasoil. A cause du manque de flexibilité qui caractérise cette activité, les raffineries – qui devaient satisfaire la demande d’essence – ont produit des excédents de gasoil qui ont dû être stockés. Au début de l’hiver, les stocks de gasoil aux Etats-Unis et en Europe (stockés en grande partie sur des navires de transport) se situaient à des niveaux historiquement élevés. Depuis lors, la rigueur des températures a favorisé une diminution de ces excédents de stocks en soutenant la consommation de fioul domestique. Toutefois, celui-ci représente encore une partie limitée de la demande totale de gasoil et, à moins d’une reprise significative de la demande de diesel, les stocks de gasoil devraient rester élevés jusqu'à la fin de l’année en Europe et aux Etats-Unis. Christophe BARRET christophe.barret@ca-cib.com Les platinoïdes présentent plus d’attrait que les autres métaux précieux Les métaux devraient enregistrer une bonne performance cette année. L’accélération de la croissance mondiale soutenant la demande ; nous préférons toujours les métaux industriels aux métaux précieux. Toutefois, la performance boursière des acteurs du secteur dépendra du niveau de couverture des stocks et favorisera les métaux soumis à des contraintes en termes de production. Les platinoïdes bénéficient d’une exposition plus élevée au cycle industriel et nous semblent présenter plus d’attrait que les autres métaux précieux. Le platine et le palladium (désignés collectivement sous le vocable platinoïdes ou PGM) devraient enregistrer une meilleure performance cette année. De fait, le raffermissement de la croissance mondiale devrait soutenir l’utilisation dans l’industrie et la joaillerie, deux domaines qui avaient été durement touchés par la récession l’année dernière. Ces deux métaux sont utilisés dans les catalyseurs auto, dont la demande devrait croître avec la reprise des ventes mondiales de véhicules. L’accélération attendue de la croissance des ventes de voitures à essence, qui dominent les marchés américain et chinois (tandis que les voitures diesel dominent en Europe), favorisent le palladium davantage que le platine, car les catalyseurs auto utilisent plus de palladium que de platine. Aux Etats-Unis, le lancement de « trackers » suivant l’évolution du platine et du palladium physiques pourrait encore accentuer le resserrement du marché des platinoïdes. Si l’on en juge par l’intérêt très vif observé pour des produits similaires sur le marché de l’or et de l’argent, cette évolution devrait susciter un fort engouement de la part des investisseurs, et donc fortement doper les prix. Le potentiel d’augmentation des capacités de production sur ces deux métaux est limité ; l’offre de platine est dominée par l’Afrique du Sud et celle de palladium par la Russie. L’augmentation du coût de l’électricité en Afrique du Sud se traduira par une augmentation relativement forte du coût marginal de production en vue de satisfaire la demande. Les ventes des stocks de l’Etat russe ont entretenu un niveau assez élevé d’approvisionnement sur le marché du palladium, mais le niveau exact de ces stocks demeure à présent une incertitude majeure. Même si les prix ont déjà progressé de manière assez sensible par rapport aux points bas atteints l’année dernière, le marché nous semble encore receler un potentiel de hausse et nous recommandons d’acheter sur repli. Robin BHAR robin.bhar@ca-cib.com e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 8
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    Ressources agricoles La demandede biocarburants dopera les prix au second semestre Bien que les prix des ressources agricoles soient confrontés à une dégradation des fondamentaux, ils devraient continuer d’être soutenus par le redémarrage de l’activité économique à l’échelle mondiale et la vigueur de la demande, tout particulièrement celle de biocarburants produits à partir de sucre ou de maïs. La demande de biocarburants dopera les prix du sucre et du maïs. Les prix des denrées alimentaires devraient à nouveau augmenter cette année, la reprise de l’économie mondiale préfigurant une augmentation de la demande. La FAO craint une flambée des prix des denrées alimentaires. Elle considère par ailleurs que les pays les plus pauvres de la planète pourraient devenir de plus en plus tributaires de leurs importations de denrées alimentaires et les pays exportateurs de denrées alimentaires de moins en moins nombreux. Compte tenu de la dégradation des fondamentaux, les prix des ressources agricoles devraient toutefois rester orientés à la baisse au cours des 4 à 5 prochains mois. La baisse du prix des céréales et du soja est essentiellement imputable à une offre mondiale excédentaire : la production mondiale de blé a atteint un record historique de 678 Mt et s’est stabilisée depuis, tandis que l’abondance des récoltes aux États-Unis et en Amérique du Sud pèse sur les cours du maïs et du soja. Une fois que le marché aura absorbé ces récoltes, les prix devraient bénéficier de la vigueur de la demande et de la reprise économique, dans la mesure où les acheteurs potentiels se laisseront probablement tenter par le niveau attractif des prix. En dépit de l’insuffisance de l’offre mondiale – estimée à 9,4 Mt cette année par l’ISO –, les prix du sucre ont baissé récemment, car les clients potentiels les trouvent trop élevés. Ils devraient continuer de baisser au cours des quatre à cinq prochains mois, mais à un rythme plus lent : au Brésil, le rendement des récoltes est déjà supérieur de 10 % à celui de l’an dernier en glissement annuel et en Inde, la récolte de sucre devrait augmenter de 16 à 17 Mt cette année à 25 Mt l’an prochain, selon l’association Simbhaoli. D’ici cinq mois, les prix du sucre devraient néanmoins se redresser, l’Inde étant susceptible d’importer jusqu’à 3Mt de sucre à l’approche des fêtes d’automne – en effet, la reprise économique soutiendra alors la demande mondiale. La production de biocarburants sera l’un des principaux moteurs de la hausse de la demande de maïs et de sucre. Les deux principaux producteurs d’éthanol sont les États-Unis (éthanol à base de maïs) et le Brésil (éthanol à base de sucre). Les exportations brésiliennes d’éthanol ont baissé ces deux dernières années ; au Brésil, la production d’éthanol a baissé de 7,3 % en glissement annuel en 2009/2010, à 23,1 milliards de litres (source : Unica), ce carburant étant devenu moins rentable en raison de la flambée des prix du sucre. Aux États-Unis en revanche, la production d’éthanol a augmenté de près de 20 % en 2009, à 40,96 milliards de litres (source : RFA). Les États-Unis ont décidé de tirer parti de la moindre rentabilité de l’éthanol produit à partir de sucre et du niveau record de la récolte américaine de maïs pour accroître leurs capacités de production d’éthanol. 109,23 Mt de maïs devraient être utilisées aux Etats-Unis pour produire de l’éthanol cette année, ce qui correspond à 33 % du maïs récolté dans ce pays et à une augmentation de 16,2 % par rapport à l’an dernier. En outre, la production brésilienne d’éthanol devrait repartir à la hausse en 2010/2011, à 29,8 milliards de litres (source : Datagro), à la faveur d’une récolte de canne à sucre plus abondante. La production de biocarburants devrait donc soutenir la demande et les prix du sucre et du maïs des deux principaux pays producteurs. Elle devrait également soutenir le cours des contrats à terme sur le blé et sur le soja négociés au CBOT, le blé et le soja pouvant également servir d’aliments pour bétail et être utilisés pour produire des biocarburants. Christophe BARRET christophe.barret@ca-cib.com e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 9
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    États-Unis D’une croissance soutenueà auto-entretenue L’économie américaine semble sur la voie d’une croissance durable. Son rythme devrait toutefois être atypiquement faible pour une reprise et le taux de chômage mettra du temps à refluer. L’inflation devrait rester modérée, militant pour un statu quo sur les Fed funds cette année. Nous tablons sur une accélération de la croissance en 2011. Le passage à une croissance autonome de la demande privée sera une transition cruciale en 2010-2011, alors que d’expansionniste, la politique budgétaire deviendra restrictive et que le caractère exceptionnellement accommodant de la politique monétaire sera normalisé. Les mesures budgétaires et monétaires volontaristes mises en œuvre l’année dernière pour faire face à la pire récession depuis la crise de 1929 continueront de soutenir la croissance en 2010, mais leur impact ira en s’estompant et s’inversera en 2011. Les principaux obstacles que la reprise doit passer cette année sont : l’effet richesse négatif résiduel découlant de la destruction de plus de 11 000 milliards de dollars de richesse des ménages, un accès restreint au crédit et les incertitudes autour du paysage économique et politique. L’effet richesse négatif devrait inciter les ménages à épargner une partie de l’augmentation de revenu induite par le redressement de l’emploi, afin de reconstituer leur patrimoine, ce qui pèsera sur la consommation. Simultanément, les ménages se désendettent comme l’indique la diminution des encours de crédit à la consommation et immobilier. Par conséquent, la consommation sera essentiellement alimentée par le revenu courant, plutôt que par la richesse et le crédit. L’accès restreint au crédit est un autre frein à une reprise vigoureuse de la demande des ménages et des entreprises. Si les banques ont en grande partie stoppé le resserrement des conditions de crédit, elles n’en sont pas encore à les assouplir. Ces restrictions sur l’offre de crédit sont le résultat de l’impact sur leur bilan des pertes antérieures, dont toutes n’ont pas été provisionnées. Les grandes entreprises ont accès aux marchés de capitaux mais ce n’est pas le cas des petites entreprises, qui se tournent vers des banques également de petite taille (moins de 10 milliards de dollars d’actifs). Or ces dernières supportent une large part des prêts à l’immobilier commercial. Et les risques associés à ces créances nous font craindre que les banques ne restreignent longtemps leur distribution de prêts, freinant le développement des petites entreprises et la création d’emplois. Ce dernier point est préoccupant, les petites entreprises générant près de la moitié des emplois. Après la destruction nette de près de 8,2 millions d’emplois salariés pendant la récession, le marché du travail semble stabilisé. Les destructions d’emplois ont fortement diminué et nous anticipons une augmentation des créations nettes d’emplois salariés non agricoles au fil de l’année. Toutefois, la baisse du taux de chômage, actuellement très élevé, prendra du temps, car l’amélioration du marché de l’emploi incitera un certain nombre de personnes à rejoindre le rang des actifs. L’investissement des entreprises devrait continuer de se redresser, mais bien plus lentement qu’au rythme de 19 % enregistré au quatrième trimestre 2009. L’économie compte d’importantes ressources inemployées : taux d’utilisation des capacités 8 points de pourcentage en deçà de sa norme historique, écart négatif de production estimé par le CBO à près de 5 points de PIB. Il ne semble donc pas vraiment nécessaire d’accroître les capacités à ce stade. L’investissement devrait cependant être alimenté dans une certaine mesure par la nécessité de remplacer certains équipements obsolètes. Et à mesure que l’économie se redressera, les entreprises voudront moderniser leur stock de capital, pour maintenir leurs marges bénéficiaires, d’autant que le coût d’usage du capital est plutôt bas actuellement. Les entreprises ont préservé leurs marges durant la crise en réduisant leurs coûts, salariaux en particulier. À mesure que l’emploi se redressera avec la reprise, les entreprises devront chercher ailleurs leurs gains de productivité. US : diminution de la dette US : stabilisation du marché du milliards de $ milliards de $ milliers % 1700 2600 400 travail 11 200 10 1600 2550 0 9 1500 8 2500 -200 1400 7 -400 6 2450 1300 -600 5 1200 2400 -800 4 janv- janv- janv- janv- janv- janv- 1100 2350 05 06 07 08 09 10 janv-07 janv-08 janv-09 janv-10 variation mensuelle emploi salarié non agricole encours prêts industriels et commerciaux taux de chômage (dr.) encours crédit conso. (dr.) Source : Réserve fédérale Source : BLS e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 10
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    États-Unis Les incertitudes autour du paysage politique et réglementaire tempèrent les « esprits animaux » propices à la prise de décision et de risque. L’industrie financière ne connaît toujours pas l’impact qu’aura la réforme de la réglementation sur sa rentabilité. Les entreprises ne savent pas combien elles devront payer au titre de la couverture sociale de leurs salariés dans le cadre de la réforme du système de santé. Une incertitude pèse aussi sur la consommation des ménages aux revenus élevés confrontés à la perspective d’une augmentation de leurs impôts en 2011. Les stocks, après avoir été massivement réduits pendant la crise, sont devenus un moteur de croissance. Le moindre déstockage a été ainsi responsable de 3,8 points de pourcentage de la progression de 5,6 % du PIB au quatrième trimestre 2009. Leur contribution devrait rester positive sur l’ensemble de 2010, mais dans une moindre mesure. La situation sur le marché immobilier résidentiel reste fragile, mais s’améliore. Au-delà du soutien temporaire apporté par le crédit d’impôt, ce secteur mettra néanmoins du temps à se redresser. Près d’un quart des emprunteurs doivent davantage à leur banque que la valeur de leur logement. Ces situations de « negative equity » vont continuer de faire monter le niveau des saisies immobilières en 2010. Cette « offre cachée » finira par être mise sur le marché, ce qui nous incite à penser qu’il faudra attendre quelque temps encore la stabilisation des prix. La croissance modérée de 3 % que nous prévoyons cette année ne permettra d’absorber les ressources inemployées que lentement. L’inflation sous-jacente devrait donc poursuivre sa décélération, cette année, jusqu’en deçà de 1 % en glissement annuel. Les anticipations d’inflation devaient rester ancrées. C’est un point important, la recherche économique ayant mis en évidence leur influence accrue sur l’inflation, tandis que l’influence des ressources inemployées sur le marché du 3 travail aurait diminué . Nous voyons dans cet ancrage des anticipations d’inflation une crédibilité renforcée de la Fed dans sa capacité à gérer l’inflation. Les anticipations d’inflation pourraient être affectées par l’incertitude croissante autour de la politique monétaire en l’absence d’une expérience similaire pour appréhender les effets retardés de la politique non-standard d’assouplissement du crédit sur la demande globale ou l’inflation. C’est ce qui explique les efforts déployés par la Fed pour expliquer qu’elle dispose d’outils (reverse repo, dépôts à terme et hausse de la rémunération versée sur les réserves excédentaires des banques) pour drainer l’excès de liquidité injecté pendant la crise financière. Préserver l’ancrage des anticipations d’inflation revêt pour la Fed une importance cruciale. Certains intervenants craignent par ailleurs que l’explosion du déficit budgétaire fédéral et l’augmentation de la dette publique n’incitent les autorités à orchestrer un affaiblissement de la devise et une monétisation de la dette. Ce scénario exigerait la complicité de la Fed et serait contraire à son mandat. En outre, M. Bernanke a explicitement rejeté, avec raison, la monétisation des emprunts d’État, qui annihilerait la crédibilité gagnée par la Fed. D’après nous, les perspectives d’inflation modérée, associées à un taux de chômage obstinément élevé, inciteront la Fed à maintenir les Fed funds dans leur fourchette actuelle de 0 % à 0,25 % jusqu’au printemps 2011. L’explosion du déficit budgétaire soulève des inquiétudes sur la qualité de la signature souveraine et les investisseurs sont attentifs à ce que le déficit retrouve une trajectoire soutenable. Le déficit budgétaire fédéral a gonflé à 10 % du PIB l’année dernière, et dans le cadre du dispositif budgétaire actuel, le Congressional Budget Office (CBO) prévoit qu’il sera ramené à environ 2,75 % du PIB vers le milieu de la décennie, avant de se creuser de nouveau. Ce scénario ne tient pas compte des modifications que le gouvernement souhaite apporter. Selon les estimations de la Maison blanche, ses propositions permettraient au déficit de revenir à environ 4 % du PIB au milieu de la décennie. La dette publique augmenterait jusqu’à avoisiner 73 % du PIB en 2015, contre 40 % en 2008. Tout le monde connaît la solution au problème du déficit. Il faut augmenter les impôts et réduire les dépenses, en particulier les transferts sociaux, comme le programme Medicare. Il revient à la commission bipartite créée par le Président de faire des propositions. Mike CAREY michael.carey@ca-cib.com Etats-Unis (a) 2009 2010 2011 2009 2010 2011 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 PIB -2,4 3,0 3,1 -6,4 -0,7 2,2 5,6 2,7 2,9 2,5 3,0 3,4 3,4 3,4 2,6 Consommation privée -0,6 2,0 2,7 0,6 -0,9 2,8 1,6 2,6 1,8 2,3 2,7 3,1 2,9 2,4 2,6 Investiss., équip. & logiciels -16,6 8,6 11,6 -36,4 -4,9 1,5 19,0 9,8 7,0 8,0 9,2 12,0 13,0 16,0 15,0 Investissement résidentiel -20,5 2,7 18,6 -38,2 -23,2 18,9 3,7 -9,0 7,8 13,0 14,7 22,0 28,0 15,0 17,9 Variation des stocks (b) -0,9 0,5 0,1 -2,4 -1,4 0,7 3,8 0,4 0,4 0,1 0,3 0,3 0,1 0,2 0,1 Exportations nettes (b) -0,2 -0,7 -0,5 2,6 1,7 -0,8 0,3 -0,7 -0,1 0,2 -0,3 -0,4 -0,2 0,0 -0,6 Taux d'épargne 4,3 4,8 4,8 3,7 5,4 3,9 3,9 4,2 5,1 5,1 5,0 4,8 4,7 4,8 4,7 Taux de chômage 9,3 9,6 8,9 8,2 9,3 9,7 10,0 9,7 9,7 9,6 9,5 9,3 9,1 8,8 8,5 Inflation (t/t, %) -0,3 2,1 2,1 -2,2 1,9 3,7 2,6 1,7 1,2 1,8 2,5 1,9 2,4 1,8 2,4 Balance courante (% PIB) -2,9 -3,5 -3,6 -2,9 -2,8 -2,9 -3,2 -3,3 -3,6 -3,7 -3,5 -3,6 -3,6 -3,6 -3,7 (a) données annualisées (b) contribution à la croissance du PIB (en %) 3 Inflation, Inflation Expectations, Money and Monetary policy. Joel Prakken. Macroeconomic advisors presentation, mars 2010. e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 11
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    États-Unis Le taux dechômage va-t-il baisser aussi vite qu’il est monté ? Une baisse lente du taux de chômage devrait suivre sa montée en flèche pendant la récession. La reprise attendue ne serait pas sans emplois « à la 2001 », mais les emplois créés le seraient en quantités bien moindres que lors d’une phase de reprise cyclique habituelle et, surtout, en quantités insuffisantes pour faire baisser sensiblement le taux de chômage en 2010. Pendant la récession, le taux de chômage est monté vite (+5,7 points de pourcentage entre son creux de 4,4 % en mars 2007 et octobre 2009) et haut (jusque 10,1 % en octobre 2009, ce qui devrait être son point haut si nos prévisions sont correctes). A quel point cette hausse s’est-elle écartée de la loi d’Okun ? Les entreprises américaines ont-elles licencié plus que nécessaire par rapport à la contraction de leur activité ? Sur quel rythme de croissance faut-il tabler pour, a minima, stabiliser, le taux de chômage ? Quel risque que la croissance de l’emploi soit insuffisante pour absorber l’augmentation de la population active ? Chacune de ces questions fait l’objet d’un débat, rendant d’autant plus difficile la réponse à l’ultime question : de combien et à quelle vitesse le taux de chômage va-t-il baisser à l’horizon des prochains trimestres. Un marché du travail durement éprouvé par la récession La récession traversée par les Etats-Unis de la fin 2007 à la mi-20094 et la détérioration du marché du travail qui l’a accompagnée sont les plus sévères depuis la Grande Dépression : 8,4 millions d’emplois salariés non agricoles détruits, un pic du taux de chômage à 10,1 % (seulement un point plus bas que le pic atteint au début des années 1980) et un taux de sous-emploi de 17 %, un plus haut historique5. La montée du taux de chômage aurait pu être plus sévère encore n’eût été la baisse d’un peu plus d’un point du taux d’activité, qui s’inscrit en rupture par rapport à sa lente décrue depuis un pic à 67 % début 2000. A 64,8 % début 2010, il se retrouve à un plus bas depuis le milieu des années 1980. Une part disproportionnée de cette baisse s’expliquerait par le retrait des plus jeunes et des moins éduqués, un ajustement de nature conjoncturelle et donc temporaire : dès lors que le marché du travail donnera des signes de reprise, ces personnes reviendront gonfler les rangs de la population active et la baisse attendue du taux de chômage s’en trouvera freinée. Une application stricte de la loi originale d’Okun aboutit à la conclusion que le taux de chômage a beaucoup plus augmenté durant le second semestre de 2009 que ce que le profil de croissance laissait attendre. La formulation la plus connue de cette loi est la suivante : chaque point de croissance en dessous du rythme tendanciel entraîne une augmentation instantanée du taux de chômage d’un demi-point6. Or, la croissance a été positive aux troisième et quatrième trimestres 2009, et significativement supérieure à sa tendance au quatrième trimestre (de près de 3 points de pourcentage avec une croissance tendancielle estimée à 3 %). Pourtant, le taux de chômage a poursuivi sa hausse (alors qu’il aurait « dû » baisser d’environ 1,5 point). Autre mode de calcul, même conclusion : le PIB était quasiment au même niveau fin 2009 que fin 2008, une stagnation compatible avec une hausse du taux de chômage d’environ 1,5 point, qui, en réalité, a atteint le double. Ces écarts ne sont pas totalement anormaux compte tenu des délais probables d’ajustement. De plus, si le taux de chômage continue bien de monter, il monte malgré tout de moins en moins : quand on met simplement en parallèle la croissance du PIB en glissement annuel et la variation sur un an du chômage, les deux grandeurs ont visiblement évolué en ligne. US : Taux de chômage US : emploi salarié non agricole % avant, pendant, après la récession 11 11 116 10 10 112 T = 100 = pic d'activité 9 9 108 8 8 104 7 7 100 6 6 96 5 5 92 4 4 T-6 T+6 T+18 T+30 T+42 T+54 T+66 3 3 déc. 2007 mars 2001 juil. 1990 1965 1972 1979 1986 1993 2000 2007 juil 1981 nov. 1973 déc. 1969 zones grisées : avril 1960 août 1957 Sources : BLS, Crédit Agricole S.A. récessions Sources : BLS, Crédit Agricole S.A. 4 La date du creux d’activité n’a pas encore été officialisée par le NBER mais la récession a probablement pris fin vers la mi-2009. 5 Définition U6 du BLS qui compte également comme chômeurs les personnes ayant abandonné toute recherche active d’un emploi et les travailleurs à temps partiel involontaires. 6 Et cette relation est proportionnelle et symétrique. e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 12
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    États-Unis L’écart entre le taux de chômage observé et celui déduit de la loi d’Okun s’explique par la réalisation de gains de productivité inhabituellement élevés au cours du second semestre de 2009, c’est-à-dire durant les premiers mois de la reprise7. L’analyse des entrées et sorties du chômage permet d’apporter un éclairage supplémentaire sur ce qui a alimenté ces gains de productivité. Sont-ils venus d’une augmentation inhabituelle des licenciements (composante des flux dits entrants8), d’une baisse inhabituelle des embauches (composante des flux sortants9), ou d’une combinaison des deux ? D’après les travaux d’Elsby et alii (2010), la récession de 2008-2009 se distingue des précédentes essentiellement par la baisse continue et très importante des flux sortants10. L’évolution des flux entrants, plus précisément des licenciements, est, elle, similaire aux précédentes grosses récessions et caractéristique justement de leur sévérité : forte progression au début, ralentissement ensuite. Un lent rétablissement en perspective Quelles conclusions tirer de ces résultats pour le futur ? Le taux de chômage semble bien avoir monté plus que ce que justifiait la contraction de l’activité. La logique voudrait qu’un tel sur- ajustement à la hausse soit rapidement corrigé : tout comme, historiquement, plus sévère est la récession, plus vigoureuse est la reprise, on peut en effet penser que plus la hausse du taux de chômage est excessive pendant la récession, plus son déclin est rapide pendant la reprise. La réalité est néanmoins plus complexe dans la mesure où la nature de la récession importe autant, si ce n’est plus, que son ampleur. Il en va de même pour le taux de chômage dont la baisse dépend de ce qui l’a poussé à la hausse. Et, en l’occurrence, les perspectives sont mitigées. En effet, la réalisation d’importants gains de productivité, la facilité d’un ajustement de la quantité de travail par une hausse de la durée, la part importante du travail temporaire involontaire, et le manque même de vigueur de la reprise économique anticipée sont autant d’arguments en faveur d’une reprise sans emplois. D’ailleurs, si on considère que le creux d’activité a été atteint en juin 2009 et vu que l’emploi continue de baisser (et le taux de chômage de monter), une telle reprise sans emplois serait d’ores et déjà une réalité. Cette situation ne devrait toutefois pas perdurer : un véritable redémarrage de l’emploi semble en bonne voie. C’est sa vigueur qui pose question, plus exactement celle de la reprise des embauches. A ce jour, on observe bien un ralentissement significatif des licenciements, qui contribue au ralentissement des destructions nettes d’emplois salariés non agricoles, mais les entreprises restent prudentes en matière de recrutements. Elles vont cependant avoir du mal à pousser beaucoup plus loin les gains de productivité déjà réalisés : pour continuer d’accroître leur production, elles vont devoir embaucher de plus en plus. La bonne nouvelle, c’est qu’elles en ont les moyens ; la mauvaise, c’est le dynamisme incertain de la croissance. Et il y a un autre point noir au tableau. La très forte montée du chômage de longue durée fait en effet peser un risque nouveau pour les Etats-Unis, mais bien connu des Européens : le risque d’hystérèse. Notre scénario coupe la poire en deux entre une vraie reprise sans emplois « à la 2001 » et une vraie reprise cyclique « à l’ancienne » : d’après nous, la croissance va créer des emplois mais en quantités moindres que lors d’une phase de reprise cyclique habituelle et surtout insuffisantes pour faire baisser sensiblement le taux de chômage en 2010. US : Croissance du PIB a-a, US : gains de productivité horaire t/t % moyen, r.a a/a, % et taux de chômage point de % 8 10 4 7 8 3 6 6 2 5 4 4 1 3 2 0 2 1 0 -1 0 -2 -2 -1 zones grisées : récessions 61-69 82-90 91-01 01-07 09-… -4 -3 1983 1986 1989 1992 1995 1998 2001 2004 2007 2010 années 1 et 2 du cycle années 3 et 4 années 5 et 6 années 7 et + croissance taux de chômage (dr.) récession Sources : BEA, Census bureau, Crédit Agricole S.A. Sources : BLS, Crédit Agricole S.A. 7 M. Daly et B. Hobijn, 2010, “Okun’s Law and Unemployement Surprise of 2009”, FRBSF Economic Letter n°2010-07, mars. 8 Ceux qui ont perdu leur emploi, ceux qui l’ont quitté, les nouveaux entrants et les ré-entrants sur le marché du travail viennent gonfler les rangs des chômeurs. 9 Ceux qui quittent la population active (parce qu’ils sont découragés ou pour toute autre raison) et ceux qui trouvent un emploi sortent (des statistiques) du chômage. 10 Cf. M. Elsby, B. Hobijn, et A. Sahin, « The Labor Market in the Great Recession », papier présenté pour le Brookings Panel on Economic Activity, 18-19 mars 2010. e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 13
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    États-Unis Si l’on suit ce que nous dit la loi d’Okun en prévision, avec nos chiffres de croissance marginalement supérieurs au rythme tendanciel, la baisse du taux de chômage ne peut en effet qu’être lente. Un taux de croissance du PIB de 3 % permet de stabiliser le taux de chômage avec environ 150 000 emplois créés par mois (sous l’hypothèse d’une progression tendancielle de la population active de 0,1 % par mois). Pour obtenir une baisse plus rapide du taux de chômage, le seuil critique des créations nettes mensuelles d’emplois passe à environ 250 000, un chiffre atteignable avec une croissance de 4 % environ ou une croissance moindre mais des gains de productivité plus faibles. C’est tout à fait du domaine du possible (c’est d’ailleurs ce sur quoi nous tablons en 2011). Mais cela n’enlève rien au caractère problématique de la lenteur annoncée de la baisse du taux de chômage. On se souvient que la valeur du cœfficient d’Okun implique qu’à chaque point de croissance au-dessus de la croissance tendancielle est associée une baisse du taux de chômage de 0,5 point. Compte tenu de son niveau actuel, proche de 10 %, et sous l’hypothèse raisonnable d’une croissance réelle moyenne de 3,5 % et d’une croissance potentielle de 3 %, le délai pour revenir au niveau de 5 % jugé normal pour les Etats-Unis serait de dix ans ! Ce délai tombe en revanche à environ deux ans si la cible de taux de chômage est remontée à 7 % et sous l’hypothèse d’une croissance réelle observée de 5 % et d’une croissance potentielle réduite à 2 %. Hélène BAUDCHON helene.baudchon@credit-agricole-sa.fr US : créations et destructions US : Croissance du PIB et emploi milliers, cvs d'emplois privés a/a, % variation mensuelle, mm12, milliers 9000 9000 7 500 8500 8500 400 5 300 8000 8000 200 3 100 7500 7500 1 0 7000 7000 -100 6500 6500 -1 -200 6000 6000 -300 zones grisées : récessions -400 -3 5500 5500 zones grisées : récessions -500 92 94 96 98 00 02 04 06 08 10 -5 -600 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 créations destructions croissance emploi (dr.) Sources : BLS (enquête BED), Crédit Agricole S.A. Source : BEA, BLS, Crédit Agricole S.A. e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 14
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    Japon Une croissance pluséquilibrée en vue La reprise économique entamée au deuxième trimestre 2009 reste principalement alimentée par la consommation et les exportations, qui bénéficient des diverses mesures de soutien prises au Japon ou ailleurs. Nous prévoyons une croissance plus équilibrée de l’économie japonaise en 2010, grâce, enfin, au redressement cyclique de l’investissement. Le PIB réel s’est contracté en 2009 à un rythme historique de 5,2 %, sous l’impact de l’effondrement de l’investissement et des exportations. Toutefois, la reprise économique qui a débuté au deuxième trimestre 2009 devrait selon nous se poursuivre au cours des prochaines années et le PIB réel devrait enregistrer une croissance de 1,9 % en 2010 et 1,6 % en 2011. L’économie japonaise devrait ainsi dépasser son potentiel à long terme de 1,5 %. Si la reprise économique reste principalement alimentée par la consommation et les exportations, qui bénéficient des divers dispositifs de relance mis en place par le Japon et d’autres pays, nous prévoyons une croissance plus équilibrée de l’économie japonaise au cours des prochaines années. Notre prévision d’une croissance du PIB réel de 1,9 % en 2010 s’appuie sur une reprise de l’investissement dans le courant de l’année. Après une contraction plus marquée et plus longue que nous ne l’avions anticipé initialement, en raison de l’effondrement de la demande non seulement intérieure, mais extérieure, aussi, l’ajustement baissier de l’investissement productif semble tirer à sa fin. En outre, la croissance régulière des exportations, la hausse du taux d’utilisation des capacités et le redressement de la rentabilité des entreprises devraient accélérer la reprise de l’investissement. Enfin, des conditions monétaires accommodantes associées à la liquidité accumulée concourront à inciter les entreprises à s’équiper. En conséquence, nous prévoyons une croissance positive de l’investissement de 0,1 % en 2010 et de 4,9 % en 2011, après une contraction de 19,3 % en 2009. Le redressement du PIB réel entraînera une diminution des pressions déflationnistes. La récession mondiale a aggravé la crise économique du Japon à travers l’effondrement de la demande d’exportations et a considérablement amplifié le déficit de production, entraînant l’émergence de tensions déflationnistes. La croissance du PIB réel à un rythme supérieur à son potentiel à long terme va permettre de résorber le déficit de production et de dissiper les pressions déflationnistes à l’œuvre. Les indices de prix portent déjà la marque de cette évolution, la déflation de l’indice « noyau dur » des prix à la consommation s’étant stabilisée à –1,3 % en rythme annuel en janvier, alors qu’elle avait atteint –2,5 %, en rythme annuel, toujours, en août 2009. Si les tensions déflationnistes vont continuer à se dissiper sous l’impact de la reprise économique, militant pour le retour à une croissance nominale positive du PIB pour la première fois depuis 2007. Sur le front budgétaire, depuis l’arrivée au pouvoir du parti démocrate en septembre, l’attention s’est concentrée sur la nécessité d’orchestrer la reprise économique aux dépens de la définition d’axes budgétaires de moyen terme. En conséquence, un nouveau budget expansionniste de 92 300 milliards JPY a été adopté pour l’exercice 2010, après 102 600 milliards JPY en 2009 (y compris les deux rallonges budgétaires). L’association d’un redressement limité des recettes fiscales et d’un budget de grande envergure se traduira inévitablement par le maintien d’une impasse conséquente des comptes publics. Le gouvernement va donc se trouver dans l’obligation de ramener la dépense à un niveau cohérent avec celui des recettes fiscales. Dans cette optique, il sera contraint d’adopter une mesure impopulaire : taxer davantage la consommation. Il devra cependant attendre pour accroître la pression fiscale sur la consommation que la croissance se soit stabilisée et pérennisée. Sur le front monétaire, des pressions de plus en plus fortes incitent la Banque du Japon à prendre d’autres mesures accommodantes. Nous pensons toutefois qu’elle conservera ses perspectives optimistes sur l’évolution de l’économie et le niveau de la déflation et s’abstiendra par conséquent de recourir aux dispositifs d’assouplissement quantitatif utilisés par le passé. La Banque du Japon n’a eu recours à « l’assouplissement quantitatif » qu’entre mars 2001 et mars 2006, avec pour résultat un crédit bancaire toujours poussif et un noyau dur des prix à la consommation solidement en territoire négatif. La Banque n’a pas oublié cette expérience malheureuse et, tout en maintenant son taux directeur à 0,10 % en 2010, elle continuera de concentrer son intervention sur ses opérations spéciales de prêt à taux fixe à trois mois commencées en décembre 2009. Toutefois, avec la poursuite des mesures budgétaires expansionnistes, les pressions vont s’accumuler sur le front politique l’incitant à augmenter le montant de ses achats directs d’emprunts d’État. Susumu KATO susumu.kato@ca-cib.com Japon (a) 2009 2010 2011 2010 Japon : contribution à T1 T2 T3 T4 % t/t la croissance du PIB PIB -5,0 1,9 1,6 0,4 0,3 0,3 0,5 Consommation; 1,7 4,0 Consommation privée -1,0 2,1 1,3 0,4 0,2 0,3 0,2 Consommation ; -0,6 Dépenses publiques; 3,5 Investissement -19,3 0,1 4,9 0,4 0,8 1,2 1,7 Investissement; -0,7 Travaux publics; 0,1 Exportations; 3,4 3,0 2,5 Variation des stocks (b) -0,1 -0,1 0,1 0,3 0,0 0,0 0,1 Logement; -0,6 0,3 2,0 Exportations nettes (b) 1,1 0,3 0,1 0,2 0,1 0,0 0,0 1,5 Production industrielle -22,5 14,3 6,9 25,2 16,4 9,5 6,1 1,0 0,5 Taux de chômage 5,3 4,8 4,5 4,9 4,9 4,8 4,7 0,0 Inflation (Core CPI, a/a, %) -1,3 -0,8 -0,5 -1,2 -0,8 -0,5 -0,5 -0,5 Dette publique (% PIB) 184 197 203 -1,0 Source : Cabinet Office (a) données annualisées (b) contribution à la croissance du PIB (en %) e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 15
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    UEM Une reprise àdeux vitesses : le centre versus la périphérie La croissance en zone euro a ralenti au quatrième trimestre 2009 (+0,1 % t/t). La reprise va se poursuivre. Elle sera plus lente et fragilisée par l’hétérogénéité croissante entre les pays membres de la zone euro, du fait de l’assainissement des finances publiques et des freins structurels. La croissance s’établirait à 0,9 % en 2010 et 1,2 % en 2011. La croissance en zone euro a marqué le pas au quatrième trimestre 2009 (+0,1 % t/t, après +0,4 % au T3). Ce ralentissement tient essentiellement à la faiblesse de la demande domestique. L’investissement a continué à se replier (-0,8 % t/t). La consommation privée a stagné. En revanche, les exportations nettes ont contribué positivement à la croissance (+0,3 point). Parmi les principales économies de la zone euro, seule la France a enregistré une progression de son PIB (+0,6 % t/t). L’activité a stagné en Allemagne. Le PIB italien est repassé en territoire négatif (-0,3 % t/t, après +0,5% t/t au T3) et l’Espagne s’est maintenue en récession pour le sixième trimestre consécutif (-0,1 % t/t, après -0,3 % t/t au T3). Au total, sur l’ensemble de l’année 2009, la zone euro a enregistré sa plus forte contraction du PIB depuis l’après Guerre (-4 %). Le freinage de l’activité en fin d’année 2009 ne remet pas en cause fondamentalement notre scénario de reprise cyclique. Les niveaux des enquêtes de confiance à la fin du premier trimestre 2010 sont supérieurs à ceux du quatrième trimestre 2009, signe que les rythmes d’activité ont accéléré. Les données « dures » signalent, quant à elles, un rebond de l’activité industrielle. Cependant, les évolutions économiques et financières de ce début d’année suggèrent que la reprise qui se dessine sera plus fragile, plus incertaine, et caractérisée par une hétérogénéité croissante entre les pays membres de la zone euro : d’un côté le « centre » (Allemagne, France, Pays-bas, Belgique et dans une moindre mesure Italie), et de l’autre la « périphérie » (Espagne, Grèce, Portugal et Irlande). Le schéma d’une reprise « classique », tirée par les exportations nettes, devrait certes se poursuivre, mais il sera beaucoup plus lent que nous l’avions anticipé lors de notre précédent exercice de prévision. En moyenne, nous prévoyons une croissance de 0,9 % en 2010 (contre 1,2 % auparavant) et 1,2 % en 2011 (contre 1,6 % auparavant). Les craintes sur la soutenabilité des finances publiques, en particulier en Grèce et plus généralement dans les pays dits de la « périphérie » du sud (Espagne et Portugal), se sont matérialisées beaucoup plus vite que prévu. La consolidation des finances publiques se fera donc plus tôt, et pèsera sur les économies encore convalescentes de ces pays dès cette année et en 2011. Arithmétiquement, le freinage de la croissance dans ces pays affectera l’ensemble de la zone euro (Espagne, Grèce, Portugal et Irlande représentent 17,9 % du PIB de la zone euro). La contagion aux autres économies de la zone euro se fera également via les échanges commerciaux intra-régionaux. Les programmes de stabilité pour 2010-2013 des autres économies de la zone euro (Allemagne, France et Italie notamment) indiquent un assainissement des finances publiques plus progressif à partir de l’année prochaine, mais les dépenses publiques seront réduites significativement. En conséquence, nous prévoyons une nette modération de la consommation publique en 2011. UEM : demande domestique UEM : centre versus périphérie a/a % (conso. publique et privée + investissement) a/a % Prévisions 6 2,0 4 2 0,0 0 -2,0 -2 -4 -4,0 -6 -8 -6,0 07 08 09 10 11 2009 2010 2011 Allemagne France Allemagne Espagne France Italie Espagne Grèce Italie Portugal Sources : Eurostat, Crédit Agricole S.A. Sources : Eurostat, Crédit Agricole S.A. e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 16
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    UEM Dans l’ensemble, notre scénario central table sur une demande domestique peu allante au cours des prochains trimestres. Dans un contexte de dégradation continue du marché du travail (taux de chômage prévu à 10,5 % fin 2010, contre 9,9 % en janvier), la consommation privée restera modérée, la faiblesse des revenus salariaux pesant sur le pouvoir d’achat des ménages. De plus, la consommation privée sera pénalisée par l’arrêt ou la réduction des mesures de soutien public (primes à la casse notamment) et les hausses des taux d’imposition prévues dans certains pays (TVA en Espagne et en Grèce, et impôt sur le revenu au Portugal). Le redressement de l’investissement productif s’annonce lent. Le cycle de productivité est en effet affecté par les ajustements atypiques de l’emploi intervenus au cours de la « grande » récession (rétention de main d’œuvre, mesures publiques en faveur du chômage partiel en particulier en Allemagne et dans une moindre mesure en France). Les surcapacités des entreprises atteignent des niveaux historiques et la demande interne est peu vigoureuse. Nous n’envisageons une véritable reprise de l’investissement production qu’à partir du second semestre 2011. Le commerce extérieur restera le véritable moteur de l’activité. Les exportations vont profiter du dynamisme de l’activité dans le reste du monde (en particulier, dans les pays émergents et, dans une moindre mesure, aux Etats-Unis). La dépréciation présente et anticipée de l’euro devrait également renforcer la compétitivité des exportations. La balance des risques entourant notre scénario central apparaît relativement équilibrée. D’un côté, un assainissement généralisé et plus marqué des finances publiques en zone euro, sous la pression notamment des marchés financiers, pourrait faire rechuter l’activité (« double dip »). De l’autre, un rebond plus important des exportations, tiré par une demande mondiale plus vigoureuse que prévu, pourrait avoir des effets d’entraînement sur l’investissement, l’emploi et la demande interne avec l’enclenchement d’un processus auto-entretenu de croissance. Olivier BIZIMANA olivier.bizimana@credit-agricole-sa.fr UEM 2009 2010 2011 2009 2010 2011 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 PIB -4,0 0,9 1,2 -2,5 -0,1 0,4 0,1 0,3 0,2 0,2 0,3 0,3 0,3 0,4 0,4 Consommation privée -1,0 0,4 0,8 -0,5 0,1 -0,2 0,0 0,2 0,2 0,1 0,2 0,2 0,2 0,3 0,3 Investissement -11,0 -1,2 1,7 -5,4 -1,7 -0,9 -0,8 0,0 0,1 0,3 0,3 0,4 0,5 0,6 0,6 Variation des stocks (a) -1,2 0,2 0,0 -0,9 -0,6 0,5 0,0 0,2 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 Exportations nettes (a) -0,8 0,4 0,3 -0,3 0,7 0,0 0,3 -0,1 0,0 0,1 0,1 0,1 0,1 0,1 0,1 Production industrielle -14,7 1,9 2,1 -7,6 -2,6 0,8 2,0 2,9 -3,8 0,3 2,5 2,6 -3,0 0,2 2,5 Taux de chômage 9,4 10,4 10,5 8,8 9,3 9,6 9,9 10,2 10,3 10,4 10,5 10,6 10,6 10,4 10,3 Inflation (a/a, %) 0,3 1,1 1,7 1,0 0,2 -0,4 0,4 0,9 0,9 1,2 1,3 1,5 1,6 1,7 1,8 (a) contribution à la croissance du PIB (en %) e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 17
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    UEM Focus : retournementconjoncturel et chômage - le centre versus la périphérie de la zone euro Les marchés du travail nationaux en zone euro semblent avoir réagi de manière différente au récent retournement conjoncturel. Les équations d’Okun suggèrent qu’il faut en moyenne un taux de croissance du PIB plus élevé dans les pays de la périphérie pour réduire le taux de chômage. Croissance et taux de chômage en zone euro au cours de la récente récession L’ampleur de la récession en zone euro en 2008-2009 soulève des questions quant à ses effets sur le marché du travail et leur persistance. Au cours de la récente récession, le taux de chômage de l’ensemble de la zone euro a en effet augmenté de 2 points entre le premier trimestre 2008 (pic d’activité) et le deuxième trimestre 2009 (point bas de l’activité), alors que le PIB a chuté de 5,2 % sur la même période. En d’autres termes, la hausse du taux de chômage semble avoir été relativement contenue, au regard de l’ampleur de la chute d‘activité. En moyenne, pour chaque baisse d’un point du PIB, le taux de chômage a augmenté de 0,4 point. Par ailleurs, on constate des hétérogénéités parmi les différents pays membres de la zone euro. Les marchés du travail nationaux semblent en effet avoir réagi de manière différente au récent retournement conjoncturel (cf. graphique p.19). Deux groupes se distinguent : d’une part les pays dits du centre (l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et, dans une moindre mesure, la France), dont le taux de chômage a connu une hausse relativement modérée malgré une forte chute du PIB. Et d’autre part, les pays dits de la périphérie dont la croissance a fortement baissé et le taux de chômage a augmenté plus fortement que la moyenne de la zone euro : notamment l’Espagne et l’Irlande. La Grèce et le Portugal sont, quant à eux, entrés en récession un peu plus tard que le reste de la zone euro (respectivement au T4 2008 et T3 2008). Le chômage dans ces pays a certes augmenté moins que la moyenne de la zone euro, mais plus fortement que dans la plupart des pays du centre qui, pourtant, ont enregistré une baisse de l’activité plus importante. Les facteurs d’hétérogénéité Les hétérogénéités d’ajustement du chômage constatées entre les différents pays de la zone euro tiennent à plusieurs facteurs : • les législations du marché du travail : degré de protection et nombre de salariés protégés ; importance des emplois temporaires (CDD, intérim) dans l’emploi total. • les politiques économiques menées en matière d’emploi : allégement des cotisations sociales, subventions des heures supplémentaires et du chômage partiel. • les types de relation entre les partenaires sociaux : modes de négociations salariales (collectives, au niveau des branches, individuelles, indexation des salaires, etc.). En particulier, au cours de la crise actuelle, plusieurs pays ont mis en place des politiques visant à sauvergarder l’emploi. Les mesures incitant les entreprises à développer le chômage partiel ont ainsi permis de limiter la chute de l’emploi, et donc la hausse du chômage, en Allemagne, et dans une moindre mesure en France. Les comportements des entreprises ont également contribué à limiter la hausse du taux de chômage au début de la chute de l’activité. Dans la première phase du retournement cyclique, les chefs d’entreprise préfèrent, traditionnellement, conserver leurs salariés en poste. C’est un moyen de préserver le capital humain (ou le savoir faire) dans l’entreprise et d’éviter par la suite des coûts de recrutement et de formation. Les entreprises réduisent en premier lieu l’emploi intérimaire et les CDD, puis les heures supplémentaires. Elles ont ensuite recours au chômage partiel, notamment si cette solution est encouragée par les pouvoirs publics. Les équations d’Okun pour comprendre les hétérogénéités au sein de la zone euro Quel taux de croissance permet de réduire le taux de chômage ? La relation entre la croissance du PIB et celle du taux de chômage est généralement décrite dans la littérature par la « loi d’Okun ». La relation de base d’Okun permet d’appréhender la corrélation entre la croissance du PIB et les mouvements du taux de chômage. Autrement dit, elle permet de relier les évolutions de l’activité et celles du taux de chômage. e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 18
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    UEM Elle est exprimée sous la forme suivante : ΔUt= α + β *ΔPIBt ΔUt est la variation du taux de chômage et ΔPIBt le taux de croissance du PIB. Le paramètre β est appelé « cœfficient d’Okun ». Ce dernier est négatif, de sorte qu’une accélération de la croissance du PIB correspond à une baisse du taux de chômage. Inversement, une baisse ou un ralentissement de l’activité se traduit par une montée du taux de chômage. Le ratio « -α/β » donne le taux de croissance du PIB compatible avec un taux de chômage stable. En d’autres termes, il s’agit d’un « seuil critique », c’est-à-dire le rythme de progression de l’activité nécessaire pour maintenir un niveau donné de taux de chômage. Les calculs du cœfficient d’Okun sur longue période Le tableau ci-dessous présente les estimations des équations d’Okun pour la zone euro dans son ensemble, ainsi que pour les principales économies du centre (Allemagne, France et Italie) et de la périphérie (Espagne, Grèce, Portugal et Irlande) sur la période 1970-2007. • Selon les résultats des estimations, pour l’Allemagne et la France, une croissance nulle du PIB au cours d’un trimestre (β=0) est associée à une hausse du taux de chômage de l’ordre de 0,17 point de pourcentage sur le trimestre. Ce chiffre est nettement plus élevé en Espagne (0,55 point) et en Irlande (0,4 point). • Le taux de croissance du PIB compatible avec un taux de chômage constant est de l’ordre de 3 % en France et en Allemagne. Un taux de croissance du PIB supérieur à ce rythme coïncide donc à une baisse du chômage. Inversement, un rythme de croissance plus faible induit une hausse du taux de chômage. Parmi les pays retenus, l’Irlande et la Grèce sont les pays qui doivent avoir le taux de croissance le plus élevé (respectivement 4,9 % et 4,5 %) pour maintenir leur taux de chômage constant. • La valeur du cœfficient d’Okun implique que pour chaque point de pourcentage au-dessus de 3,1 % (« -α/β ») est associée une baisse du taux de chômage de 0,06 point de pourcentage en Allemagne et en France (« β »). En Espagne, le taux de chômage baisse plus fortement (-0,2 point) pour chaque point de pourcentage au dessus du seuil critique. Ce seuil est relativement similaire à celui de la France et de l’Allemagne (3 %). En résumé, on constate qu’une stagnation du PIB dans les pays du centre (Allemagne et France en particulier) entraîne une hausse du taux de chômage plus modérée (0,17 point) que dans les pays de la périphérie, notamment en Espagne et en Irlande (respectivement 0,55 et 0,40). La hausse du cœfficient d’Okun dans la période récente L’estimation des équations d’Okun sur la période récente (1997-2007) indique que les caractéristiques des économies de la zone euro ont changé (cf. tableau 2). • Le seuil de croissance au-dessus duquel les économies allemande et française créent des emplois a baissé de 3,1 %, à respectivement 1,4 % et 1,7 % depuis la fin des années 1990. Dans les pays de la périphérie, le seuil critique a également baissé : le taux de croissance requis pour stabiliser le taux de chômage est ainsi passé de 4 % au Portugal à 2,3 %. • Le cœfficient d’Okun a augmenté : pour chaque point de pourcentage au dessus du seuil critique de croissance («-α/β») est associée une baisse du taux de chômage de l’ordre de 0,13 point de pourcentage en Allemagne et en France, contre 0,06 point auparavant. En d’autres termes, les économies allemande et française se sont enrichies en emploi. UEM : variation du PIB et du taux de chômage 10 Espagne 9 T1 08 - T3 09 (point de pourcentage) 8 Variation du taux de chômage : Irlande 7 6 5 4 3 UEM Portugal France 2 Grèce Italie 1 Pays-Bas 0 Allemagne -10 -8 -6 -4 -2 0 Sources : Eurostat, Crédit Agricole S.A. Variation du PIB: T1 08 - T3 09 (%) e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 19
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    UEM Néanmoins, les résultats des équations d’Okun suggèrent qu’il faut en moyenne un taux de croissance du PIB plus élevé dans les pays de la périphérie pour réduire le taux de chômage, même si en tendance et pour tous les pays ce rythme a baissé. Comment expliquer l’augmentation du cœfficient d’Okun depuis les années 1990 ? La hausse du cœfficient d’Okun traduit l’enrichissement de la croissance en emplois en zone euro depuis les années 1990. Autrement dit, la productivité par tête a fortement ralenti ces dernières années : en moyenne sur la période 2000-2007, les gains de productivité en Allemagne et en France s’élevaient à respectivement 1 % et 1,1 %, contre respectivement 1,6 % et 1,4 % entre 1992 et 1999. Ce phénomène est également notable dans les pays de la périphérie. Par exemple en Espagne, les gains de productivité par tête étaient négatifs sur la période 2000-2007 (-0,4 %), alors qu’ils s’établissaient en moyenne autour de 1 % au cours des années 1990. Dans l’ensemble, le ralentissement de la productivité par tête tient à plusieurs facteurs : • l’augmentation de la part des activités à faibles gains de productivité (construction et services) ; • les politiques de l’emploi mises en œuvre dans certains pays (dispositifs en faveur du temps partiel, emplois aidés en France par exemple, etc.) ; • le recours accrû à des emplois temporaires (intérim, CDD). Olivier BIZIMANA Axelle LACAN olivier.bizimana@credit-agricole-sa.fr axelle.lacan@credit-agricole-sa.fr Tableau 1 : Estimation des équations d'Okun Tableau 2 : Estimation des équations d'Okun sur longue période dans les périodes récentes ∆U=α+β∆ ln(PIB)+ε ∆U=α+β∆ ln(PIB)+ε Période d'estimation : T1 1970 - T4 2007 Période d'estimation : T1 1997- T4 2007 ∆ seuil Pays α β R² -α/β Pays α β R² -α/β critique UEM (a) 0,26 -0,13 0,68 2,03 UEM 0,19 -0,11 0,72 1,64 -0,39 (9,26)*** (-12,92)*** (6,78)*** (-10,42)*** Allemagne 0,18 -0,06 0,28 3,04 Allemagne 0,17 -0,12 0,47 1,43 -1,61 (4,82)*** (-4,91)*** (3,25)*** (-4,82)*** France 0,17 -0,06 0,18 3,05 France 0,22 -0,13 0,39 1,74 -1,31 (5,76)*** (-4,21)*** (3,51)*** (-4,91)*** Italie 0,06 -0,02 0,02 3,16 Italie -0,04 -0,05 0,15 -0,95 -4,10 (-1,47) (-1,51) (-1,54) (-2,53)** Espagne 0,55 -0,18 0,51 2,99 Espagne 0,66 -0,23 0,29 2,91 -0,07 (8,87)*** (-10,51)*** (2,63)** (-3,59)*** Irlande 0,40 -0,08 0,19 4,89 Irlande 0,28 -0,06 0,19 4,40 -0,49 (3,46)*** (-4,42)*** (4,14)*** (-4,75)*** Grèce 0,08 -0,02 0,11 4,52 Grèce 0,20 -0,06 0,08 3,27 -1,25 (1,83)* (-2,25)** (-1,37) (-2,09)** Portugal 0,15 -0,04 0,05 4,03 Portugal 0,23 -0,10 0,17 2,37 -1,65 (3,37)*** (-3,01)** (2,56)** (-2,95)** Source: Estimation CA, Source: Estimation CA; Les statistiques de Student sont entre parenthèses, Les statistiques de Student sont entre parenthèses, *** (**, *) significatif au seuil de 1 (5, 10) %, *** (**, *) significatif au seuil de 1 (5, 10) %, U: taux de chômage; PIB: PIB réel; β=coefficient d'Okun, U: taux de chômage; PIB: PIB réel; β=coefficient d'Okun, -α/β: taux de croissance du PIB réel nécessaire pour -α/β: taux de croissance du PIB réel nécessaire pour réduire le taux de chômage, (a): période d'estimation: réduire le taux de chômage 1991-2007 e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 20
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    France Lendemains de fête La croissance française a accéléré en fin d’année 2009 (+0,6 % t/t). Après une telle performance, l’activité se tassera au premier trimestre 2010 (+0,1 % t/t). Elle devrait rester par la suite bridée par un taux de chômage élevé, un assainissement nécessaire des finances publiques et un cycle de productivité atypique. En moyenne, le PIB progresserait de 1,1 % en 2010 et 1,3 % en 2011. En fin d’année 2009, la France a affiché un taux de croissance flatteur de 0,6 % t/t, grâce à une consommation des ménages très dynamique (+0,9 % t/t) et une contribution positive des stocks (+0,9 point). Belle performance, certes, mais performance temporaire. Nous prévoyons un taux de croissance de 0,1 % t/t au premier trimestre 2010. La consommation privée devrait en effet stagner, les ménages ayant anticipé en fin d’année leurs achats d’automobiles, pour profiter de la prime à la casse dans sa totalité. L’investissement continuerait à peser sur la croissance mais moins lourdement (-0,4 % t/t), à en croire notamment la dernière enquête Insee dans l’industrie. Les chefs d’entreprise devraient finir par reconstituer leurs stocks (+0,2 % t/t). Enfin, le faible niveau des opinions des industriels sur leurs carnets de commandes étrangères suggère que les exportations peineront à soutenir l’activité (contribution des exportations nettes attendue à -0,2 % t/t). Passé ce trimestre de « correction technique », nous prévoyons une croissance modeste du PIB, de l’ordre de 1,1 % en 2010 et 1,3 % en 2011. Taux de chômage élevé, assainissement des finances publiques et cycle de productivité atypique devraient brider la croissance française en cette sortie de crise. Le taux de chômage, qui a atteint 9,6 % en France métropolitaine au quatrième trimestre 2009, est attendu en hausse jusqu’au troisième trimestre 2010 (pic à 10,1 %). La consommation privée devrait donc rester modérée (en moyenne, +1,2 % en 2010 et +1 % en 2011). En 2010, elle continuera à bénéficier du soutien public. En revanche, l’objectif d’apurement des finances publiques devrait légèrement peser sur la consommation des ménages début 2011 (arrêt des mesures d’aide gouvernementales et suppression annoncée de niches fiscales). Il faudra attendre fin 2011 pour que la consommation privée renoue avec des rythmes de croissance trimestriels plus dynamiques, grâce à une baisse prévisible du taux d’épargne, en lien avec le recul du chômage. L’inflation, qui devrait être modérée tout au long de la période de prévision, restera un allié du pouvoir d’achat. En ligne avec ces prévisions d’inflation maîtrisée, les taux d’intérêt devraient rester accommodants en 2010, permettant la stabilisation de l’investissement résidentiel des ménages. Si le programme de stabilité français ne devrait avoir qu’un impact limité sur la consommation privée, aucune annonce de hausse d’impôts n’ayant été faite, il en sera tout autrement sur la consommation publique, dont le freinage est attendu en 2011 (en moyenne, 0,5 % en 2011, contre 1,8 % en 2010). Un ris- que baissier entoure notre prévision. La Commission européenne reste sceptique face à ce plan d'assai- nissement des finances publiques. Les mesures annoncées pour réduire à 3 % le déficit à horizon 2013 sem- blent insuffisantes et assises sur des hypothèses de croissance trop optimistes (2,5 % à compter de 2011). Au vu de cette mise en garde, il est possible d’assister à un freinage plus marqué des dépenses publiques en 2011. Face à ces perspectives modérées de demande, les entreprises devraient faire le choix de reconstituer leurs gains de productivité. Ceux-ci ont chuté lourdement pendant la grande récession de 2008, en lien avec le faible ajustement de l’emploi. Ils pèsent aujourd’hui sur la dynamique de la reprise, en limitant par exemple la compétitivité française. Les reconstituer devient donc une priorité. L’investissement, notamment de productivité, devrait ainsi peu à peu se rétablir. La suppression de la taxe professionnelle, en contribuant à améliorer la profitabilité des entreprises, devrait donner un coup de pouce à ce rétablissement. L’investissement des sociétés ne redeviendrait cependant un moteur de la croissance qu’en 2011. Les taux d’utilisation des capacités de production sont en effet ancrés à un bas niveau et les taux d’endettement des entreprises restent élevés. Dans ce contexte économique de demande domestique bridée, le cycle des stocks devrait apporter un soutien opportun à la croissance en 2010 (+0,8 %). Nous pourrions également être surpris positivement par la contribution du commerce extérieur. Un risque haussier entoure en effet nos prévisions (-0,6 % en 2010 et 0 % en 2011). Certes, la concrétisation récente et prématurée des craintes sur les finances publiques, notamment dans les pays d’Europe du sud, justifie une certaine prudence quant aux exportations. Mais la reprise vigoureuse des économies dans le reste du monde (en Chine par exemple) pourrait dynamiser le commerce extérieur de la France et donc son taux de croissance. Axelle LACAN axelle.lacan@credit-agricole-sa.fr France 2009 2010 2011 2009 2010 2011 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 PIB -2,2 1,1 1,3 -1,4 0,3 0,2 0,6 0,1 0,2 0,2 0,3 0,3 0,3 0,4 0,4 Consommation privée 0,8 1,2 1,0 0,2 0,3 0,1 0,9 0,0 0,3 0,1 0,3 0,2 0,2 0,4 0,5 Investissement -6,9 -2,0 1,4 -2,5 -1,0 -1,3 -1,1 -0,4 0,0 0,3 0,4 0,4 0,4 0,5 0,5 Variation des stocks (a) -1,4 0,8 0,1 -0,7 -0,6 -0,1 0,9 0,2 0,1 0,1 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 Exportations nettes (a) -0,2 -0,6 0,0 -0,2 0,9 0,4 -0,8 -0,2 -0,2 -0,1 0,0 0,1 0,1 0,0 0,0 Production industrielle -12,9 -1,0 0,0 -8,1 0,4 3,5 0,2 -5,9 1,4 5,6 -2,8 -4,7 1,9 6,1 -2,3 Taux d'épargne 16,6 16,5 16,0 16,0 16,7 17,0 16,5 16,8 16,4 16,4 16,2 16,1 16,2 15,9 15,7 Taux de chômage 9,1 10,0 9,9 8,6 9,1 9,1 9,6 9,7 10,0 10,1 10,1 10,0 10,0 9,9 9,8 Inflation (a/a, %) 0,1 1,3 1,6 0,6 -0,2 -0,4 0,4 1,1 1,3 1,4 1,6 1,6 1,6 1,6 1,5 (a) contribution à la croissance du PIB (en %) e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 21
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    Allemagne Vices et vertus Le modèle allemand basé sur un secteur exportateur dynamique et compétitif va prouver son efficacité en sortie de crise, avec une croissance qui va superformer celle de la zone euro. La pression continue de s’exercer sur le consommateur allemand lequel, malgré des mesures gouvernementales d’accompagnement, ne devrait pas se montrer très prodigue. L’économie allemande, plus cyclique par nature, car plus ouverte sur l’extérieur (poids des exportations dans le PIB de 47 %, contre seulement 26 % en France) est sans doute le pays de la zone euro le plus à même de profiter de la reprise mondiale. Le modèle allemand devrait en effet prouver son efficacité en sortie de crise avec une croissance économique qui va superformer le reste de la zone euro en 2010 (1,6 % en moyenne pour l’Allemagne, contre 0,9 % en zone euro). Grâce à une compétitivité prix élevée, les exportateurs vont pouvoir sécuriser leurs gains de parts de marchés. Cependant, si les exportations allemandes sur les marchés en croissance, le plus souvent logés dans la sphère émergente, vont générer des revenus en progression, le commerce à destination de la zone euro (plus de 40 % du total des exportations) risque lui de patiner. En particulier, les marchés autrefois dynamiques et porteurs, comme ceux de l’Espagne, de la Grèce ou de l’Irlande (soit environ 5 % du total des exportations), vont marcher durablement au ralenti sans compter que les autres débouchés intra-zone ne vont pas briller par leur vitalité. Ajoutez-y les 6 % à destination du Royaume-Uni et c’est une grosse partie du commerce allemand dont la dynamique a toutes les chances d’être durablement enrayée. La segmentation sectorielle de l’Allemagne ne devrait pas non plus aider. Les ventes d’automobiles représentent environ 20 % du total des exportations. Les constructeurs allemands ont profité à plein de l’effet d’aubaine des primes à la casse. Mais avec l’arrêt de ces programmes, le contrecoup s’est déjà fait ressentir et, à sa suite, la dynamique des ventes s’annonce molle dans un environnement où les dépenses des ménages restent un peu partout contraintes (désendettement, chômage élevé et faible disponibilité du crédit). L’Allemagne est également spécialisée dans les biens d’investissement (environ 15 %), alors que les excès de capacités hérités de la crise ne plaident pas en faveur d’un rebond vigoureux de ce côté, hormis quelques débouchés prometteurs dans la sphère émergente. Au total, les exportations devraient selon nos prévisions progresser de 1,4 % t/t en moyenne chaque trimestre en 2010, après des rebonds marqués de plus de 3 % t/t en fin d’année dernière. Ce rythme de reprise des exportations n’étant pas spécialement rapide et les taux d’utilisation des capacités toujours très bas, il est peu probable que les dépenses d’investissement se redressent significativement même si le fort ajustement de 2009 (-8,8 % en moyenne annuelle) appelle une correction. Nous tablons sur un lent redémarrage de l’investissement productif en Allemagne ces deux prochaines années avec des progressions annuelles moyennes de 1,4 % et 2,5 %, successivement en 2010 et 2011. Le modèle allemand a cependant des revers. La disette salariale nécessaire à la préservation des gains de compétitivité pèse depuis longtemps sur la consommation des ménages, même en phase montante du cycle. Avec la crise, le gouvernement a agi pour protéger l’emploi en obtenant en échange peu de revendications salariales de la part des syndicats, le fameux consensus social allemand. Cet amortisseur n’a pas empêché la consommation de replonger dans le rouge une fois les effets des primes à la casse dissipés et la reprise s’annonce laborieuse. Certes, les baisses d’impôts (25 Mds €) et la reconduction des mesures de soutien à l’emploi en 2010 sont des facteurs positifs mais, a contrario, les perspectives économiques incertaines et la remontée inexorable, quoique amortie du chômage vont peser sur la consommation qui devrait croître de moins de 1 % en moyenne en 2010 (hors effets d’acquis très négatifs à la fin 2009) et guère plus l’année suivante. Au-delà de ces aspects conjoncturels, sa rectitude budgétaire permet à l’Allemagne d’aborder relativement sereinement ce cycle de reprise, puisque le pays n’aura pas à fournir, à l’inverse de la plupart de ses voisins, un effort d’assainissement trop douloureux et inhibiteur de croissance. Isabelle JOB Frederik DUCROZET isabelle.job@credit-agricole-sa.fr frederik.ducrozet@ca-cib.com Allem agne 2009 2010 2011 2010 millions Allemagne : chômage millions T1 T2 T3 T4 5,0 1,6 PIB -4,8 1,8 1,7 0,2 0,3 0,4 0,4 4,5 1,2 Consommation privée 0,6 0,3 1,0 0,1 0,3 0,2 0,2 Investissement -8,3 2,3 2,5 0,5 0,5 0,6 0,6 4,0 0,8 FBCF équipement -20,1 2,4 2,9 0,5 0,5 0,7 0,7 FBCF construction -0,3 1,9 2,3 0,5 0,5 0,5 0,5 3,5 0,4 Variation des stocks (a) -0,5 0,5 0,0 0,1 0,0 0,0 0,0 Exportations nettes (a) -3,6 0,6 0,5 0,0 0,0 0,2 0,1 3,0 0,0 Production industrielle (a/a, %) -16,2 3,4 2,7 4,1 3,0 3,8 2,8 92 94 96 98 00 02 04 06 08 10 Taux de chômage 8,2 8,9 8,7 8,6 8,9 9,0 9,0 Sources : Bundesbank, nombre de chômeurs (cvs) Inflation (a/a, %) 0,3 0,8 1,6 0,0 0,6 0,6 1,0 Crédit Agricole S.A. emplois à temps partiel (dr.) (a) contribution à la croissance du PIB (en %) e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 22
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    Italie Retour versla réalité La reprise de l’économie italienne s’annonce chaotique. Le fort rebond du PIB au troisième trimestre laissait espérer une reprise vigoureuse. Mais, la rechute du PIB en fin d’année nous ramène à la réalité. La demande domestique demeure faible et le manque de compétitivité de l’économie italienne pèse sur les secteurs exportateurs. La reprise est en marche, mais à un rythme ralenti et plus faible que le reste de la zone euro. Alors qu’elle venait juste d’émerger de la récession au trimestre précédent, l’économie italienne a rechuté au quatrième trimestre 2009 (-0,3 % t/t.). Cette contraction s’assimile pour partie à une correction technique suite à la forte croissance observée au troisième trimestre (révisée à +0,5 % t/t). Après avoir fortement rebondi au T3, l’investissement s’est à nouveau replié au T4 (80,5 %, après +3,9 %). De même, les dépenses des ménages ont reculé de 0,1 % en fin d’année, après avoir connu un sursaut le trimestre précédent (+0,6% au T3). Le PIB aurait pu chuter encore davantage sans la vague de re-stockage observée au T4. Ce mouvement a alimenté la progression des importations (+3,2% t/t). En revanche, les exportations se sont affaiblies et n’enregistrent qu’une faible hausse de +0,1% t/t au T4 (après +2,6% au T3). Au total, l’économie italienne s’est contractée de -5,1% en 2009. Ce hoquet de croissance a pesé sur le moral des entreprises et des ménages, et risque de doucher les espoirs d’une reprise rapide de la demande intérieure. L’indice ISAE du climat des affaires a progressé de 1,6 point au cours des deux premiers mois du premier trimestre 2010, contre une progression de 8 points au dernier trimestre 2009. Les indices des directeurs d’achat (PMI) ont stagné en février, aussi bien pour les services que pour le secteur manufacturier, mais ils restent toutefois ancrés en zone d’expansion de l’activité (supérieurs à 50). L’évolution de la production industrielle en janvier a été encourageante (+2,6 % en glissement mensuel), mais ses niveaux restent très inférieurs à ce qu’ils étaient avant la crise. Le taux d’utilisation des capacités demeure à un plus bas historique ce qui suggère un démarrage très lent de l’investissement tout au long de l’année 2010. Du côté de la consommation, la confiance a subi un revers début 2010. L’indice ISAE de confiance des consommateurs est tombé de 111,6 en janvier à 107,7 en février, son plus bas niveau depuis juillet 2009. Les dépenses des ménages ont été stimulées à partir du deuxième trimestre 2009 par des avantages fiscaux (notamment les primes à la casse) ainsi que des mesures d’incitations en direction des entreprises pour sauvegarder les emplois. Cependant, avec l’épuisement de ces mesures de relance et la montée inéluctable du taux de chômage, la contribution de la consommation privée à la croissance devrait rester faible au cours des prochains mois. Avec une demande intérieure déprimée, le redressement de l’économie italienne dépendra largement du degré de dynamisme des exportations. La reprise économique chez les principaux partenaires commerciaux de l’Italie devrait permettre un redressement des exportations, mais le pays reste handicapé par sa faible compétitivité. Les coûts unitaires du travail ont commencé à diminuer fin 2009, mais restent nettement plus élevés que la moyenne de la zone euro. La productivité du travail est entravée par le retard d’ajustement du marché du travail. Les salaires restent rigides et l’emploi ne s’est pas autant ajusté que ne le suggère le fort recul de l’activité (-1,4 % en moyenne durant les trois premiers trimestres de 2009, contre -5,1 % pour le PIB en 2009). Pour regagner en compétitivité, les entreprises italiennes vont sans doute devoir tailler dans leurs effectifs. Dans l’ensemble, le recul du PIB au dernier trimestre ne remet pas en cause notre scénario central de reprise même si son rythme s’annonce poussif (+0,4 % sur l’année 2010). Les mesures d’austérité budgétaires qui se dessinent en Europe du sud ne devraient pas être aussi sévères en Italie. Certes le poids de le dette est très lourd (estimée à 115,6 % du PIB en 2009), mais la moindre dégradation du déficit public (-5,3 % du PIB en 2009) est synonyme d’un effort moins prononcé pour rétablir les finances de l’Etat, et distingue l’Italie des autres pays de la périphérie. En 2011, la croissance devrait rester modeste, de l’ordre de +0,7 %, dans un contexte de demande toujours faible et de problèmes de compétitivité patents. Bénédicte KUKLA benedicte.kukla@credit-agricole-sa.fr % du PIB Italie : déficit public Italie 2009 2010 2011 2010 T1 T2 T3 T4 6 PIB -5,1 0,4 0,7 0,2 0,2 0,2 0,3 Consommation privée -1,8 0,7 0,7 0,1 0,2 0,2 0,2 1 Investissement -12,2 -1,3 1,9 -0,3 0,1 0,4 0,5 -4 FBCF équipement -17,2 0,5 1,3 0,3 0,1 0,3 0,3 FBCF construction -7,9 -2,6 2,7 -0,5 0,1 0,6 0,6 -9 Variation des stocks (a) -0,5 0,6 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 Exportations nettes (a) -1,2 -0,3 0,0 0,1 0,0 0,0 0,1 -14 Taux de chômage 7,7 8,7 8,8 8,5 8,6 8,8 8,8 04 05 06 07 08 09 Inflation (a/a, %) 0,8 1,2 1,7 1,1 0,9 1,5 1,3 Espagne Italie Sources : CE, simul. Irlande Portugal Déficit public (% PIB) -5,3 -5,2 -4,7 - - - - Crédit Agricole S.A. UEM EMU (a) contribution à la croissance du PIB (en %) e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 23
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    Grèce Le chemin seralong et difficile Alors que les mesures d’austérité budgétaire devraient contribuer à ramener les finances publiques sous contrôle, les perspectives de croissance sont beaucoup moins encourageantes qu’il y a quelques mois. Davantage d’efforts seront nécessaires pour réformer en profondeur l’économie. En janvier, la Grèce a pris des mesures exceptionnelles pour régler ses problèmes de finances publiques. Début mars, elle est allée un cran plus loin dans son plan d’austérité, en introduisant des efforts supplémentaires de 4,8 milliards d’euros (2,0 % du PIB). Ces mesures concernent aussi bien les recettes que les dépenses. Le plan d’austérité a permis d’atténuer le risque de défaut et d’abaisser les primes de risques souverains, qui restent malgré tout à un niveau élevé. Cependant, le gouvernement aura à faire face à d’importantes échéances de refinancement de sa dette dès le printemps et son besoin sur l’année s’élève à 55 milliards €. Ce plan ambitieux d’austérité va peser lourdement sur la croissance. La contraction du PIB a été plus marquée en 2009 qu’initialement attendu (à -2,0 %, contre -1,2 % prévu initialement) en raison de la performance décevante des secteurs clefs du tourisme et du transport maritime. Après une amélioration temporaire, les enquêtes de confiance ont repris le chemin de la baisse, reflet des difficultés économiques. Alors que le reste de la zone euro est en phase de reprise, l’économie grecque s’enfonce en récession. Le revenu disponible des ménages va être fortement amputé par la hausse de la fiscalité et la baisse des transferts sociaux (notamment le gel des salaires des fonctionnaires et des retraites et la réduction des avantages sociaux et primes). La montée du chômage et la hausse des prix, induite par le relèvement de certains droits d’accise, contribueront également à freiner la consommation. Les dépenses publiques vont diminuer, et ce de manière très significative, conformément à l’objectif de réduction du déficit. En ce qui concerne l’investissement, les perspectives du bâtiment sont décevantes. Des efforts ont été déployés pour relancer l’investissement des entreprises, avec des possibilités de financements dans le cadre du plan stratégique national. Ceci va dépendre pour une grande part de la vitesse et du taux de tirage des fonds structurels de l’UE. En outre, le programme d’investissement public pâtira des coupes liées aux contraintes qui s’exercent sur les dépenses budgétaires. Le commerce extérieur fait preuve de dynamisme et devrait contribuer positivement à la croissance du PIB, sans compenser totalement la baisse de la demande intérieure. Les exportations devraient se redresser au rythme de l’amélioration de l’environnement économique mondial, tandis que les importations vont souffrir de la conjoncture domestique déprimée. Dans l’ensemble, la contraction du PIB pourrait avoisiner les 3,4 % en 2010. Malgré la récession, les tensions inflationnistes s’accumulent, révélatrices de faiblesses structurelles chroniques sur certains marchés. L’indice général des prix à la consommation devrait augmenter en moyenne de 3,0 % cette année, après 1,4 % en 2009, tiré par des relèvements de taxes indirectes. Le chômage devrait poursuivre sa hausse (10,3 % au quatrième trimestre 2009) et devrait demeurer durablement à un niveau supérieur à 10 % et ce tant que la récession va sévir. Les effets de la rigueur sur l’activité économique domestique pourraient compromettre la réalisation des recettes budgétaires. Celles-ci sont également menacées en cas de dégradation de l’environnement extérieur. Si, les exportations, le seul moteur de la croissance grecque, déçoivent, alors la récession risque encore d’être plus marquée et la base imposable réduite davantage. A court terme, un cercle vicieux entre austérité budgétaire et récession risque de s’enclencher. Le seul moyen d’opérer une sortie de crise par le haut est de mettre l’accent sur l’investissement et les réformes structurelles pour retrouver le chemin de croissance à moyen terme sur des bases assainies. Katerina ANAGNOSTOPOULOU anagnostopoulou.k@emporiki.gr Grèce : solde public Grèce 2009 2010 2011 2010 T1 T2 T3 T4 (% PIB) -1 PIB -2,0 -3,4 -1,2 -1,5 -0,8 -0,6 -0,5 Consommation privée -1,8 -3,3 -1,0 -1,5 -2,3 -1,7 0,5 -3 Consommation publique 9,6 -6,0 -1,5 -3,2 -1,9 -1,3 -0,7 -5 Investissement -13,9 -6,5 1,5 -0,2 -0,5 -0,6 0,0 -7 Exportations -18,1 2,8 3,7 -0,8 0,5 0,3 0,5 -9 Importations -14,1 -6,0 -1,5 -0,4 -0,7 -1,1 -0,7 Variation des stocks (a) 0,0 -1,1 -1,7 0,2 1,0 0,6 -1,0 -11 * Projections Exportations nettes (a) 0,7 2,4 1,2 0,0 -0,2 0,4 0,3 -13 Taux de chômage 9,4 11,4 12,0 11,2 11,2 11,6 11,8 2006 2007 2008 2009 2010* 2011* Inflation-HCPI (a/a, %) 1,4 3,0 1,7 2,7 3,3 3,2 2,7 Excédent public (% PIB) -12,7 -8,9 -5,9 - - - - Sources : National Statistical Service of Greece, Emporiki e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 24
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    Espagne La trappe àaustérité L’Espagne est restée en récession au dernier trimestre 2009. Toutefois, la composition du PIB du quatrième trimestre révèle certaines évolutions encourageantes, tant du point de vue de la demande intérieure qu’extérieure. Cependant, ces bourgeons de reprise subissent (et continueront de subir) l’influence négative des problèmes structurels liés à la poursuite de l’ajustement du secteur résidentiel et à la nécessité impérieuse de rééquilibrer les finances publiques. L’économie espagnole a traversé une année entière de récession, avec une nouvelle contraction de 0,1 % du PIB au dernier trimestre 2009. L’ampleur du recul au quatrième trimestre a néanmoins été en partie atténuée par la contribution positive du cycle des stocks et le redressement du commerce extérieur. Toutefois, la demande intérieure qui avait bien progressé au troisième trimestre, s’est à nouveau orientée à la baisse au quatrième trimestre (–0,4 % t/t). Même si la consommation des ménages s’est légèrement raffermie (+0,3 % t/t), grâce à la bonne tenue des ventes de véhicules neufs, cette amélioration a été plus que compensée par le repli des dépenses publiques (-1,7 % t/t). L’investissement (hors construction) rebondit depuis deux trimestres (+3,1 % t/t, après +1,8 % au T3). Cependant, l’investissement dans le secteur clef de la construction a encore décliné de 2,2 %. En conséquence, l’investissement total s’est replié de 1,0 % t/t. Sur l’ensemble de l’année, le PIB espagnol s’est contracté de 3,6 %, après +0,9 % en 2008 et +3,6 % en 2007. Un piège à l’horizon : austérité sur fond d’ajustement structurel Les finances publiques ont été loin des préoccupations durant la crise. La priorité a été de soutenir la croissance au travers de divers dispositifs de relance, qui ont creusé fortement le déficit public (lequel atteint 11,4 % du PIB en 2009, après un excédent de 2,2 % en 2007). Malgré un niveau d’endettement encore gérable (55,2 % du PIB en 2009, contre 113,4 % pour la Grèce), la peur de la contagion de la crise grecque a contraint l’Espagne à abandonner ce biais accommodant et à opter prématurément pour la rigueur budgétaire. Le revers de la médaille est que ces mesures auront inévitablement un impact négatif sur l’activité avec le risque d’enclenchement d’un cercle vicieux. Le relèvement du taux de la TVA à partir de juillet devrait stimuler légèrement, par anticipation, la consommation en début d’année, mais le contrecoup se fera sentir en seconde partie de l’année. En outre, la réduction des pensions de retraites et des salaires du secteur public, la fin des avantages fiscaux , le tout associé à un taux de chômage élevé (18,8 % en janvier) vont peser sur le moral des ménages et leur revenu et les inciter à épargner davantage. L’insuffisance de la demande intérieure ne plaide pas en faveur d’un redressement durable de l’investissement. Ainsi, les mesures d’austérité pourraient finalement s’avérer contre-productives pour réduire le déficit en pesant trop lourdement sur la demande et les recettes fiscales. Paradoxalement, le plan d’ajustement budgétaire proposé en janvier repose en grande partie sur la hausse anticipée des recettes fiscales. Un redressement laborieux Les enquêtes de conjoncture révèlent déjà ces préoccupations. En février, un mois seulement après l’introduction de ces mesures, la confiance des ménages a chuté de 5 points. La confiance des entreprises a légèrement progressé dans l’industrie et dans les services, mais a continué de se détériorer dans la construction. L’indice PMI des directeurs d’achats était bien orienté en février, mais demeure en deçà du seuil symbolique de 50, (révélateur de la poursuite de la contraction de l’activité manufacturière), reflétée dans les chiffres de la production industrielle en janvier (-2,6 en rythme mensuel). Dans l’ensemble, la faiblesse de la consommation des ménages et celle de l’investissement devraient s’alimenter mutuellement avec au final un manque de dynamisme de la demande domestique. Les stocks se seront probablement reconstitués modérément en début d’année. Les exportations qui seront le seul vrai moteur de croissance devraient bénéficier du redressement de la demande mondiale. Toutefois, les perspectives à court terme restent ternes pour l’économie espagnole. L’Espagne devrait émerger de la récession au début de l’année 2010, mais le redressement sera lent et laborieux. Le PIB espagnol devrait encore se contracter de 0,4 % en 2010, avant d’augmenter modestement de 0,6 % en 2011. Plus fondamentalement, l’Espagne a besoin de repenser son modèle de croissance. Le pays doit mettre en œuvre des réformes structurelles afin d’améliorer sa compétitivité, et pour trouver de nouveaux relais de croissance domestique afin de réduire sa dépendance vis-à-vis du secteur immobilier, le tout en aidant les agents privés surendettés à assainir leur bilan. Le risque est que le programme de rigueur budgétaire se focalise trop sur le court terme en négligeant ces enjeux de moyen-long terme. Bénédicte KUKLA benedicte.kukla@credit-agricole-sa.fr Espagne : contribution Espagne 2009 2010 2011 2010 à la croissance T1 T2 T3 T4 PIB -3,6 -0,4 0,6 0,0 0,2 -0,2 0,0 2,5 contributions à la croissance t/t, % Consommation privée -5,0 -0,2 0,0 -0,1 0,3 -0,3 -0,1 0,5 Investissement -15,3 -4,7 -0,5 -0,7 -0,8 -0,6 -0,4 FBCF équipement -24,2 0,1 2,4 -0,1 0,0 0,1 0,1 -1,5 FBCF construction -11,2 -7,8 -2,5 -2,0 -1,8 -1,5 -1,0 Variation des stocks (a) -0,8 0,2 0,2 0,2 0,1 0,0 0,0 -3,5 Exportations nettes (a) 3,3 0,3 0,3 -0,2 0,0 0,0 0,0 2007 2008 2009 Taux de chômage 18,0 18,9 18,6 19,0 19,0 18,9 18,8 Variation des stocks solde extérieur Inflation (a/a, %) -0,3 1,4 2,5 1,0 1,3 1,6 1,8 Consom. privée Consom. publique FCBF PIB Excédent public (% PIB) -11,4 -10,3 -8,3 - - - - Source : Crédit Agricole S.A. (a) contribution à la croissance du PIB (en %) e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 25
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    Scandinavie La croissance pâtitdes incertitudes à l’étranger La croissance a été décevante au dernier trimestre 2009, aussi bien en Suède qu’en Norvège, ce qui a impliqué des révisions à la baisse des perspectives de croissance de moyen terme. Le cycle de resserrement des taux a été suspendu en Norvège, pour une période prolongée. Dans les deux pays, les incertitudes quant à la reprise économique à l’étranger ont assombri les perspectives d’exportations, alors que la consommation des ménages s'est rapidement améliorée. La Suède est restée en récession au dernier trimestre 2009, avec un recul de sa croissance de 0,6 % en glissement trimestriel. La balance commerciale est restée le principal point noir. Les exportations, qui consistent principalement en biens manufacturés et d’équipement, semblent pâtir du faible taux d’utilisation des capacités à l’étranger tandis que les importations sont tirées vers le haut par l’amélioration de la consommation des ménages. La compétitivité du pays est menacée par l’appréciation de la couronne suédoise, dont le taux de change réel effectif a progressé de plus de 5 % en 2009. La faiblesse des exportations va probablement persister au premier trimestre 2010, avant de connaître une légère remontée par la suite grâce à l’accélération de la reprise en Norvège, en Allemagne et au Royaume-Uni, les principaux partenaires commerciaux de la Suède. Tandis que la reprise de l’investissement des entreprises se fait encore attendre, avec une chute de 3,3 % en glissement trimestriel sur le quatrième trimestre 2009, les stocks sont repartis à la hausse, et ont apporté une contribution significative à la croissance du PIB. D’après l’enquête de la Swedbank auprès des directeurs d’achats, la confiance des entreprises s’améliore, ce qui laisse supposer que la production industrielle devrait continuer de se redresser, quoique à partir de niveaux historiquement bas. Nous prévoyons donc une amélioration progressive de l’investissement plus tard dans l'année et les variations de stocks devraient rester le principal moteur de croissance en 2010. La consommation des ménages risque d'être freinée par un taux de chômage significatif et par les perspectives d’un premier relèvement des taux d’intérêt durant l’été. D’un côté, la hausse des prix des logements stimule la confiance des ménages, mais d’un autre côté les conditions du marché du travail continuent de se dégrader, et le chômage ne devrait pas atteindre son pic avant fin 2010. Nous anticipons en conséquence un recul graduel de l’inflation sous-jacente. En outre, l’appréciation de la couronne suédoise devrait continuer de modérer l'inflation importée. En revanche, l'inflation totale, qui inclut les intérêts hypothécaires, devrait encore croître face aux anticipations d’un relèvement du taux directeur de la banque centrale « cet été ou au début de l’automne ». L’inflation devrait toutefois rester inférieure à l’objectif de 2 % de la Riksbank en 2010 et 2011, conformément à nos anticipations de croissance moins optimistes que celles de la Riksbank. Nous pensons que le premier relèvement de taux de Riksbank aura lieu en septembre, bien que certains de ses membres les plus « hawkish » aient exprimé leur préférence pour une première hausse dès juillet, suivie par un resserrement monétaire graduel. La Norges Bank a décidé de laisser son taux directeur inchangé en mars, pour la seconde fois depuis février. Le ralentissement de la croissance à l’étranger, la hausse des différentiels de taux et l’appréciation de la NOK ont été parmi les facteurs clés de cette décision. Il semble à présent possible qu’elle procède à un relèvement de son taux directeur lors de sa prochaine réunion du mois de mai. La Norges Bank a en effet exprimé, lors de sa dernière réunion, ses préoccupations relatives à la hausse des prix des maisons et à l’endettement croissant des ménages, et a répété son intention de procéder à une normalisation progressive des taux d’intérêt. Cependant, une appréciation supplémentaire de la couronne norvégienne pourrait inciter la banque centrale à davantage de prudence. D’après nos estimations, l’écart de production négatif devrait continuer d’exercer une pression à la baisse sur l’inflation sous-jacente, sans doute jusqu’à fin 2010. La consommation des ménages devrait rester un soutien à la croissance durant toute la période de prévision, mais le rythme de progression des dépenses des particuliers devrait quelque peu marquer le pas, au profit de l'épargne, en conséquence du resserrement de la politique monétaire et budgétaire. Slavena NAZAROVA slavena.nazarova@ca-cib.com % a/a Suède : production % a/a Norvège : inflation totale industrielle & PMI 6 et taux directeur 8 10 80 5 5 Prévisions 70 4 6 0 60 3 -5 2 50 1 4 -10 40 0 -15 -1 2 -20 30 -2 -3 0 -25 20 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 96 98 00 02 04 06 08 10 IP (mm3) PMI (éch.dr.) CPI Taux directeur (éch.dr.) Source : Statistics Sw eden, Crédit Agricole S.A. Source : Statistics Norw ay, Crédit Agricole S.A. e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 26
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    Royaume-Uni Promesse de croissance Le Royaume-Uni a renoué avec la croissance au quatrième trimestre 2009 grâce, en partie, au redressement de la consommation des ménages. Cette tendance semble se confirmer en début d’année mais la croissance va rester molle car sous contrainte de désendettement privé et public. Le Royaume-Uni est sorti de récession au quatrième trimestre 2009, avec une croissance de 0,4 % t/t sur le trimestre, qui n’empêche pas une contraction historique du PIB de -4,9 % sur l’année. La consommation des ménages s’est redressée à partir du troisième trimestre 2009, stimulée par une politique monétaire et fiscale exceptionnellement accommodante. Le rétablissement des marchés financiers et la hausse récente des prix immobiliers, qui viennent en garantie de la dette hypothécaire des ménages, relâchent progressivement la pression à l’assainissement des bilans privés. La stabilisation du taux de chômage à 7,8 % au cours de la seconde moitié de 2009 a également pu contribuer à soutenir les dépenses des ménages. Après un mois de janvier difficile, affecté par des conditions climatiques particulièrement mauvaises, la consommation semble avoir repris le chemin haussier comme le suggèrent les enquêtes disponibles pour le mois de février. La reprise de la consommation pourrait donc s’avérer durable mais elle devrait toutefois rester faible. L’incertitude liée aux élections parlementaires de mai et la perspective d’un plan d’austérité budgétaire devraient peser sur le moral du consommateur dans les mois à venir. Les différents partis semblent s’accorder sur la nécessité d’apurer les finances publiques. D’après le Budget Report du 24 mars 2010, le déficit budgétaire est estimé à 11,8 % pour l’année fiscale 2009-10. Les prévisions de croissance du Trésor étant de surcroît jugées trop optimistes, 1,0%-1,5% en 2010 et 3,0%- 3,5 % en 2011, les mesures nécessaires à cet assainissement pourraient s’avérer beaucoup plus sévères que celles annoncées actuellement. Le commerce extérieur a pesé négativement sur la croissance en 2009. Les exportations ont certes rebondi mais pas suffisamment eu égard à la progression des importations, liée au renforcement de la demande interne. La faiblesse de la livre tarde de plus à produire ses effets, les exportateurs cherchant surtout à reconstituer leur marge au lieu d’imprimer une tendance baissière sur leur prix. Toutefois, nous continuons de privilégier l’hypothèse d’un rééquilibrage des comptes extérieurs à la faveur d’une progression dynamique des exportations. Les résultats des enquêtes récentes dans l’industrie manufacturière suggèrent en effet une forte hausse des commandes à l’exportation. L’investissement a chuté lourdement au quatrième trimestre en partie par manque de crédit mais surtout en raison de l’incertitude entourant les perspectives économiques. Les variations de stocks quant à elles, ont contribué positivement à la croissance au quatrième trimestre 2010. Le processus de déstockage devrait se poursuivre mais à un rythme de moins en moins soutenu tandis que l’investissement ne devrait se redresser que très lentement. L’ensemble plaide en faveur d’un scénario de croissance molle tout au long de la période de prévision. Sous l’effet conjugué du retour de la TVA à 17,5 % au mois de janvier, de la hausse du prix du pétrole et de la dépréciation de la livre, l’inflation a atteint 3,5 % en glissement annuel en janvier. Tandis que la faiblesse de la livre devrait continuer de tirer l’inflation vers le haut, les variations sur les prix de l’énergie pourraient se traduire par une volatilité accrue de l’inflation à court terme. Les dernières minutes de la BoE notent que la rareté du crédit, la faiblesse des cash-flows et l’incertitude économique auraient empêché jusqu’à présent les entreprises de procéder à des baisses de prix. Au regard de l’incertitude entourant l’ampleur des surcapacités héritées de la crise, et par conséquent les perspectives de désinflation à moyen terme, la probabilité d’une extension future du QE paraît réduite. Néanmoins, alors que la politique budgétaire va se resserrer et dans un souci d’équilibrer le policy-mix, la BoE devrait garder une politique accommodante tout au long de 2010. Nous maintenons notre hypothèse d’une première remontée du taux directeur au premier trimestre 2011. Slavena NAZAROVA slavena.nazarova@ca-cib.com Royaum e-Uni 2009 2010 2011 2010 R-U : prix des maisons et %a/a T1 T2 T3 T4 confiance des consommateurs 30 10 PIB -4,9 1,1 1,7 0,5 0,4 0,4 0,3 20 0 Consommation privée -3,2 0,9 1,6 0,5 0,2 0,2 0,4 10 Consommation publique 2,2 1,7 0,4 0,2 0,2 0,1 0,1 -10 0 Investissement -14,9 -2,0 1,6 0,2 0,2 0,3 0,3 -20 -10 Variation des stocks (a) -1,2 0,6 0,2 0,1 0,1 0,2 0,0 -20 -30 Exportations nettes (a) 0,7 0,0 0,1 0,1 0,1 0,0 0,0 -30 -40 Balance publique (% du PIB) -2,3 -9,5 -7,5 - - - - 90 92 94 96 98 00 02 04 06 08 10 Taux d'épargne 0,0 6,0 6,5 6,2 6,0 5,8 5,8 Indice des prix Halifax Taux de chômage (ONS) 5,9 8,0 8,5 7,8 7,9 8,0 8,2 Indic. confiance des consom. CVS (éch.dr) Inflation (HICP, a/a, %) 2,2 2,4 1,5 3,1 2,5 2,2 1,8 Sources : ONS, Nationw ide, Crédit Agricole S.A. (a) contribution à la croissance du PIB (en %) e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 27
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    Océanie Australie : Leretour de la confiance Les conditions économiques devraient continuer à s’améliorer, avec une croissance d’environ 2,5 % cette année et de 3,2 % en 2011. Nous tablons sur de nouvelles hausses progressives des taux et sur un taux directeur (cash rate) à 5 % vers la fin 2010. Les perspectives concernant l’AUD demeurent positives pour les prochains mois, le dollar australien devant, d’après nos prévisions, atteindre un point culminant autour de 0,95 pour un USD vers le milieu de l’année 2010. L’Australie, dont le ralentissement a été limité pendant la crise financière, semble en passe de profiter, dans les prochains mois, de ses avantages économiques. Le marché du travail continue de donner des signes d’amélioration, ce qui, ajouté aux résultats positifs de plusieurs enquêtes, indique que la croissance va rester plus ou moins conforme à la tendance. Les conditions du crédit vont probablement s’assouplir encore tandis que l’investissement repart à la hausse, en particulier dans le secteur des matières premières. Le marché de l’immobilier donne également des signes de redressement, un redressement qui pourrait néanmoins se ressentir du relèvement des taux. L’Australie va continuer à bénéficier du raffermissement de la croissance en Asie, en particulier en Chine, et ne pâtira pas d’une croissance attendue en deçà de la tendance dans les autres grandes économies. Nous prévoyons une croissance de 2,5 % du PIB en 2010 et de 3,2 % in 2011. Les tensions inflationnistes se renforcent mais les évolutions de l’indice des prix à la consommation devraient être conformes dans les mois à venir à l’objectif de 2-3 % fixé par la RBA, dans l’hypothèse d’une poursuite de la normalisation de la politique monétaire. La RBA ne sera probablement pas pressée de relever les taux, surtout compte tenu de la modération des pressions salariales. Néanmoins, de nouvelles hausses progressives des taux seront nécessaires pour que les risques d’inflation restent maîtrisés ; le cash rate devrait, selon nos prévisions, atteindre un sommet à 5,0 % vers la fin de l’année. Les perspectives restent positives pour l’AUD ; nous tablons sur un plus haut à 0,95 AUD/USD vers le milieu de l’année. La hausse des taux d’intérêt va renforcer l’attrait de l’AUD comme devise de « portage ». Cependant, le dollar australien devrait, selon notre analyse, se déprécier au cours du second semestre 2010 car le billet vert sera en train de se raffermir au moment même où les taux d’intérêt australiens atteindront leur point culminant. Nouvelle-Zélande : En passe de relever les taux Bien qu’à la traîne de l’Australie, les performances économiques de la Nouvelle-Zélande vont bénéficier de la vigueur de la demande asiatique et de la bonne tenue des dépenses de consommation. L’économie devrait connaître une croissance de 2,1 % cette année et de 3,1 % en 2011. La RBNZ relèvera probablement les taux à 4,0 % d’ici à la fin de l’année tandis que le NZD/USD atteindra un point haut autour de 0,76 vers le milieu de 2010. La situation économique continue de s’améliorer, une embellie qui devrait s’accélérer pendant le reste de l’année. A l’instar de l’Australie, la Nouvelle-Zélande bénéficie du renforcement de la croissance en Asie, qui a un impact positif sur sa balance commerciale. De nombreux signes indiquent également un rebond de l’économie nationale, qui s’accompagne d’une stabilisation des conditions sur le marché du travail et d’un raffermissement de la consommation. L’économie devrait, selon les prévisions, croître au rythme de 2,1 % cette année et de 3,1 % l’année prochaine, des chiffres qui pourraient encore être révisés à la hausse si le redressement de l’activité se poursuit au rythme actuel. Sous l’effet de facteurs temporaires, l’inflation va probablement augmenter à court terme vers le haut de la fourchette cible de la RBNZ. Toutefois et dans un premier temps, l’indice des prix à la consommation se maintiendra, probablement dans une fourchette de 1 à 3 %, de sorte qu’il n’y aura pas urgence à durcir trop rapidement la politique monétaire. Cependant, à mesure que la santé économique s’améliorera, les tensions inflationnistes ne manqueront pas de se renforcer, ce qui obligera la Banque centrale à relever les taux vers le milieu de l’année. Selon nos prévisions, le taux d’intérêt directeur devrait être augmenté à 4,0 % vers la fin de l’année, sachant que de nouvelles hausses des taux sont attendues en 2011 pour atteindre un pic à 5,0 %. Le NZD a de bonnes chances de gagner encore du terrain dans les prochains mois ; le dollar néo- zélandais enregistrera, selon nos prévisions, l’une des meilleures performances de toutes les grandes devises pour culminer à 0,76 NZD/USD vers la fin du deuxième trimestre 2010. Comme l’AUD, le NZD va bénéficier des perspectives de hausses des taux d’intérêt, du raffermissement de l’activité économique, de l’amélioration de l’appétit pour le risque et de l’augmentation des prix des produits de base. Le NZD est actuellement mieux valorisé que l’AUD et recèle une marge de hausse légèrement supérieure. Mitul KOTECHA mitul.kotecha@ca-cib.com e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 28
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    Canada Reprise plus dynamiquequ’attendue L’activité économique du Canada a rebondi au quatrième trimestre de l’année dernière et croît à un rythme légèrement supérieur à celui anticipé par la Banque du Canada. Si la récente poussée d’inflation est en partie ponctuelle, les risques augmentent que la Banque du Canada ne commence à normaliser sa politique monétaire accommodante dès le troisième trimestre. Le PIB réel a crû au rythme annualisé de 5 % au quatrième trimestre 2009, soit sa plus forte progression depuis le troisième trimestre 2000. La consommation a augmenté de 0,9 % sur le trimestre, tirée par les achats de biens durables, tels que véhicules et meubles. Les dépenses de services se sont accrues de 1 %. Toutefois, l’investissement productif a reculé de 2,3 %, et les investissements en bâtiments se sont contractés pour le cinquième trimestre consécutif. Les exportations ont progressé, tandis que la croissance des importations a ralenti : le commerce extérieur a donc apporté une contribution positive à la croissance. Le redressement de l’économie semble bien engagé au vu des dernières statistiques, qui mettent en évidence la poursuite d’une croissance dynamique au premier trimestre 2010. 21 000 emplois ont été créés en février et les emplois à plein temps ont fortement progressé. Ce chiffre porte à 159 000 le nombre des emplois créés depuis juillet 2009. Le chômage a été ramené à 8,2 % en février. Les ventes de détail ont progressé de 0,7 % en janvier, soutenues par les dépenses de réparation et de rénovation à l’approche de l’expiration du crédit d’impôt en faveur de l’amélioration de l’habitat. Les chiffres du PIB du quatrième trimestre sont une bonne nouvelle pour le Canada. En revanche, côté prix, les nouvelles sont, en apparence, moins favorables. Sur les deux derniers mois, l’inflation a été tirée vers le haut par la hausse des prix de l’énergie, et elle atteint 1,6 % en glissement annuel. L’inflation sous-jacente, telle que mesurée par la Banque du Canada, s’est établie à 2,1 % sur un an, après 2 % en janvier. Le chiffre de février reflète la hausse du prix des véhicules de tourisme et des frais d’hébergement sous l’impact des jeux olympiques, dont l’effet devrait être ponctuel. La croissance économique étant plus dynamique que ne l’anticipait la Banque du Canada il y a quelques mois, il semble désormais possible que la Banque, qui s’était engagée sous conditions à maintenir sa politique de taux d’intérêt inchangée jusqu’à la fin du deuxième trimestre, entame le processus de normalisation des taux dès le troisième trimestre. La Banque du Canada commencerait ainsi à remonter ceux-ci avant la Fed et devrait procéder par mouvements limités de 25 pdb. Le CAD se traite presqu’à parité avec l’USD. L’une des inquiétudes des pouvoirs publics est que le raffermissement de la devise ne pénalise les exportations, qui sont destinées pour la plupart aux États-Unis. Toutefois, les secteurs tournés vers l’exportation semblent s’adapter relativement bien au raffermissement du CAD. Les ventes manufacturières de janvier ont ainsi augmenté de 2,4 %, en hausse pour le cinquième mois de suite. L’appréciation du CAD est favorable à l’économie canadienne dans la mesure où elle abaisse le coût des importations, permettant aux entreprises d’investir dans de nouveaux équipements, ce qui contribue à renforcer leur productivité et à préserver la compétitivité des produits canadiens. C’est un point positif pour le Canada à long terme, dont la devise trop bon marché par le passé avait réduit les efforts de productivité des entreprises. Comme le faisait récemment remarquer le ministre de l’Industrie, Tony Clement : « La nouvelle norme, c’est que l’on ne se contente plus de compter sur la faiblesse du dollar canadien pour assurer sa productivité et je pense que la plupart des entreprises l’ont compris ». Le raffermissement du CAD permet en outre de limiter la hausse du prix des produits importés. Par conséquent, la Banque du Canada ne tardera probablement pas pour entamer le resserrement de sa politique monétaire, alors qu’en même temps les perspectives économiques du voisin du sud s’améliorent. De plus, le système bancaire canadien n’a pas été touché aussi durement par la crise financière mondiale que celui de nombre d’économies avancées. Et le niveau de la dette publique du Canada se compare avantageusement à celui de ses principaux partenaires commerciaux. Mike CAREY michael.carey@ca-cib.com e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 29
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    Pays émergents Qui vamonter ou non les taux ? La résurgence de l’inflation sur de nombreux marchés émergents contraint les Banques centrales à augmenter leurs taux directeurs. Il s’agit cependant d’une normalisation des conditions monétaires plutôt que du début d’un cycle de resserrement marqué. Les hausses devraient se multiplier dans le courant de l’année, à partir du deuxième trimestre, en Asie et au Brésil. L’Amérique latine suivra. L’Europe de l’Est pourrait être en retrait. La plupart des marchés émergents poursuivent leur redressement depuis le début de l’année. Non seulement les dispositifs de relance ont continué de soutenir l’activité économique, mais le rebond de la demande mondiale a stimulé les exportations. Les indices des directeurs d’achats s’ancrent fermement au-delà de 50 points, attestant de l’expansion continue des pays émergents On note toutefois un léger accès de faiblesse en février. Nous y voyons la marque des entreprises du monde émergent en train de s’habituer à l’idée d’un environnement économique moins porteur. Nous ne croyons pas à une rechute. Néanmoins, nous anticipons une modération de la croissance économique au cours des prochains trimestres sous l’impact de la décélération des exportations à mesure que les dispositifs de relance disparaîtront et que les hausses de taux directeurs se généraliseront. L’une des principales caractéristiques de cette nouvelle donne est le retour des pressions inflationnistes dans les pays émergents. Certains verront dans le récent rebond d’inflation le résultat d’effets de base. C'est un fait. Toutefois, au-delà de cet effet statistique, l’inflation séquentielle est également de retour. Selon nos calculs, l’inflation séquentielle moyenne de dix grands pays émergents est revenue à la normale, c’est à dire au niveau de la période 2004-07. En revanche, les taux directeurs sont loin d’avoir retrouvé des niveaux normaux. À ce stade, parmi les principaux pays émergents, seuls l’Inde, Israël, la Malaisie et le Vietnam ont rehaussé leurs taux directeurs. Nous n’anticipons pas de forte hausse des taux au cours des prochains trimestres. Nous prévoyons une normalisation monétaire plutôt que le début d’un nouveau cycle volontariste de resserrement. Cependant, nous pensons que les Banques centrales vont être beaucoup plus nombreuses à relever leurs taux au deuxième trimestre. D’un point de vue géographique, l’Asie devrait être en avance. En effet, les deux géants asiatiques ont déjà entamé la normalisation de leur politique monétaire en relevant dans un premier temps leur ratio de réserves. Toutefois, l’Inde a surpris en augmentant ses taux directeurs en mars. Nous pensons que la Chine lui emboîtera le pas au deuxième trimestre. La Chine fait face à la montée des tensions inflationnistes et à un risque de bulles sur les actifs. En outre, son taux d’inflation se situe désormais au-delà du taux des dépôts à un an (à 2,70 % en rythme annuel en février, contre 2,25 % pour le taux de rémunération des dépôts). Les épargnants perdent donc aujourd’hui en termes réels de l’argent sur leurs dépôts. Ceci constitue une raison supplémentaire d’augmenter les taux d’intérêt. La Banque centrale chinoise devrait relever par deux fois son taux directeur cette année, par paliers de 27 pdb, comme à son habitude. Indice des directeurs d’achats Inflation des pays émergents 60 des marchés émergents 12% Inflatio n séquentielle dans 1 pays émergents* 0 (mo yenne arithmétique CVS, t/t) 55 10% 8% 50 Average 2004-07 6% 45 4% 40 Moyenne des indices de directeurs d’achats 2% *A frique du Sud, B résil, Chine, Co rée, M exique, (Chine, Brésil, Mexique, Singapour et AFS) P o lo gne, Russie, Thaïlande et Turquie. 35 0% 2007 2008 2009 2010 2002 2004 2006 2008 2010 Sources : Bloomberg, Crédit Agricole CIB Sources : CEIC, Crédit Agricole CIB e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 30
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    Pays émergents En Inde, l’inflation flirte déjà avec des niveaux à deux chiffres. La Banque centrale a commencé à relever les taux en mars. Compte tenu de l’historique de l’Inde sur le front de l’inflation, il est crucial que la RBI parvienne à endiguer les anticipations inflationnistes. En outre, l’inflation pourrait devenir un problème politique, si elle reste élevée, minant le pouvoir d’achat des ménages. Nous pensons que la RBI augmentera ses taux directeurs de 125 pdb au total en 2010. Il est intéressant de noter que cela portera le taux repo à 4,5 %, soit un niveau toujours inférieur à la moyenne historique de 5,5 % observée entre 2005 et 2008. De notre point de vue, compte tenu des risques de hausse de prix des matières premières, la RBI pourrait intervenir de façon plus volontariste si l’inflation des prix alimentaires ne se modère pas significativement. Après l’Asie, viendra l’Amérique latine. Le resserrement monétaire est également à l’ordre du jour sur le continent, compte tenu de la montée des pressions inflationnistes dans l’ensemble de la région. L’inflation n’a cependant pas encore atteint des niveaux menaçants. Toutefois, les anticipations inflationnistes pourraient déraper dans un contexte de la reprise de l’économie mondiale et régionale. Le resserrement devrait être modéré dans la zone, les taux d’intérêt réels restant positifs. Le Brésil fait exception et commencera probablement le premier, avec un cycle de resserrement des taux impressionnant de 275 pdb qui devrait démarrer en avril selon nos projections. L’offre et la demande ont fait preuve de résistance et l’économie est en route pour une croissance remarquable de 5,3 % en 2010. Toutes les Banques centrales ne s’apprêtent cependant pas à augmenter leurs taux. Tous les pays émergents ne bénéficient pas de perspectives aussi florissantes et le cycle de resserrement des taux d’intérêt ne pointe pas encore à l’horizon des pays d’Europe centrale et orientale. À l’exception de la Pologne, les PECO restent à la peine et les taux d’intérêt réels demeurent positifs, ce qui contribue à protéger leur monnaie pendant les poussées d’aversion pour le risque. Des passifs importants en devise étrangère ont limité la marge de manœuvre des Banques centrales pour abaisser leurs taux d’intérêt. Sur certains autres marchés européens, la demande intérieure et les tensions inflationnistes sont faibles et le cycle de baisse de taux n’a pas atteint son terme partout. C’est notamment le cas en Russie. La déflation accélérée observée sur les trois derniers trimestres autorise à notre avis de nouvelles baisses de taux. En outre, l’objectif de taux de change des pouvoirs publics n’est plus le même que l’année dernière. Ils pourraient se contenter de limiter l’appréciation du RUB afin de soutenir la reprise et pourraient utiliser les baisses de taux pour lisser l’appréciation du RUB et limiter l’afflux massif de capitaux. L’Afrique du Sud pourrait être tentée de poursuivre sa politique de détente monétaire également, ou du moins de conserver un biais expansionniste. L’économie reste atone tandis que la demande intérieure, principal moteur de la croissance, montre peu de signes de redressement. Dans ce contexte, l’on s’interroge sur la pertinence des objectifs d’inflation et la surévaluation du ZAR incite fortement les autorités à adopter une politique monétaire plutôt accommodante. Sébastien BARBE Guillaume TRESCA sebastien.barbe@ca-cib.com guillaume.tresca@ca-cib.com % Pays émergents : taux réels Pays émergents : 6 taux de change 10,0 40 4 9,5 39 9,0 38 2 8,5 0 37 8,0 7,5 36 -2 7,0 35 -4 6,5 34 -6 mars-09 juin-09 sept-09 déc-09 mars-10 INR RON HUF RUB PLN MXN CNY CZK BRL ZAR USD/ZAR Panier/RUB (éch. dr.) Source s : Bloomberg, Crédit Agricole CIB Sources : Bloomberg, Crédit Agricole CIB e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 31
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    Pays émergents Europe centrale: retour du politique A la fin du premier trimestre 2010, la région s’est affranchie des craintes liées aux risques sur la Grèce, et elle se trouve dans une position comparativement meilleure. La reprise économique se poursuit, et nous prévoyons toujours que la Pologne affichera la meilleure performance. Au deuxième trimestre, l’attention se portera sur les élections en Hongrie (en avril) et en République tchèque (en mai). Cette période devrait favoriser la Hongrie. La région a terminé le premier trimestre sur une note positive malgré la forte augmentation de l’aversion au risque liée à la crise grecque. Les spreads des CDS ainsi que les différentiels de rendement face au Bund se sont resserrés. Ceci semble indiquer que les investisseurs ont repris confiance dans la région. La République tchèque semble être à la traîne. En effet, la CZK a enregistré l’appréciation la plus modeste vis-à-vis de l’euro et les rendements sur le marché obligataire tchèque sont non seulement inférieurs à ceux de la Pologne et de la Hongrie, mais aussi à ceux de la zone euro. Cette situation est en partie imputable aux perspectives de croissance. La Pologne continue de caracoler en tête, avec un taux de croissance de 2,3 % attendu cette année. Toutefois, si la croissance sera moins forte en Roumanie (1 %) et en Hongrie (-0,3 %) qu’en République tchèque (1,5 %), les investisseurs redoutent de plus en plus que ce dernier pays ne soit disproportionnellement pénalisé par la morosité de l’activité en zone euro De fait, les banques centrales de la région pourraient suivre des politiques divergentes. La politique monétaire de la banque centrale polonaise semble de plus en plus restrictive, malgré ses inquiétudes au sujet de la vigueur du PLN qui ont même conduit à des menaces d’intervention. La Roumanie devrait une fois encore abaisser ses taux, mais à 6,5 %, les taux nominaux resteront élevés. De même, la Hongrie conserve un taux accommodant. Toutefois, même si les taux paraissent comparativement élevés à 5,75 %, une dernière baisse des taux, tout au plus, est attendue. Dans le même temps, compte tenu des craintes sur la croissance en République tchèque, la Banque centrale tchèque devrait être contrainte de maintenir ses taux à seulement 1 % jusqu'au quatrième trimestre 2010, ce qui devrait augmenter la pression sur les marchés à l’heure où les investisseurs sont en quête de rendement. Enfin, les élections en Hongrie entre le 11 et le 25 avril devraient conduire à une victoire sans appel du parti d’opposition Fidesz, ce qui devrait lui donner les moyens de mettre en œuvre des réformes structurelles et budgétaires, et devrait soutenir les actifs libellés en HUF. Le résultat des élections tchèques les 28 et 29 mai est moins facile à prévoir. Le risque que les sociaux démocrates n’aient besoin de former un gouvernement de coalition pourrait pénaliser la CZK. Stuart BENNETT stuart.bennett@ca-cib.com Europe centrale : CDS 10 ans Europe centrale : taux de change Index Juillet 2008 = 100, /EUR 350 110 300 100 250 90 200 150 80 100 70 50 60 0 juil-08 janv-09 juil-09 janv-10 oct-09 déc-09 févr-10 Rép. tchèque Roumanie HUF CZK PLN RON Source : Reuters Pologne Hongrie Source : Crédit Agricole CIB e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 32
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    Pays émergents Afrique duSud : dans le brouillard L’Afrique du Sud est finalement sortie de la récession mais il n’y a pas de quoi s’extasier. Rien n’est certain et vu que les incertitudes persistent, la Banque centrale peut être tentée de poursuivre une politique accommodante. Le ZAR paraît à la limite de la surévaluation et nous tablons sur un repli à court terme. L’Afrique du Sud est enfin sortie de la récession mais ses performances restent léthargiques. La récession a été en partie contenue – le PIB s’est contracté de 1,4 % en 2009 – ainsi que la reprise. En effet, nous tablons sur une modeste progression de 2 % du PIB. La production industrielle a été bien orientée et la demande intérieure a donné des signes de reprise. Toutefois, des incertitudes demeurent et il semble y avoir très peu de motifs d’enthousiasme. L’Afrique du Sud est manifestement dans l’incertitude. En premier lieu, les risques baissiers ne sont pas négligeables. Les freins à une reprise dynamique de la demande intérieure sont nombreux – taux de chômage élevé, endettement des ménages et inégalités importantes. Les autorités ont une marge de manœuvre limitée dans un contexte de revenus en nette baisse et de dépenses consacrées à de gros projets d’infrastructures. Cela est d’autant plus inquiétant que la consommation représente les deux tiers du PIB. En deuxième lieu, la désinflation est peu marquée malgré l’atonie de la conjoncture économique. De plus la hausse des tarifs d’Eskom risque de rajouter un point d’inflation. L’objectif d’inflation de la Banque centrale a été amplement discuté et nous attendons un discours moins dur de la part des autorités monétaires tant que l’inflation baissera. Les pressions en faveur d’une politique monétaire plus accommodante se sont accentuées et nous tablons sur une réaction de la part des autorités monétaires pour stimuler la demande. Les perspectives d’évolution du ZAR ne sont guère plus prévisibles. Depuis des mois, l’affermissement des cours de la monnaie sud-africaine se poursuit et le ZAR est considéré à tous points de vue comme surévalué. Etant donné la léthargie de la conjoncture économique et la politique monétaire accommodante, nous tablons toujours sur un repli à court terme. Si l’appétit pour le risque faisait un retour en force dans les pays émergents, le ZAR devrait continuer de s’apprécier, ce qui mettrait les autorités dans une position délicate. Ces dernières ont de nombreuses fois plaidé pour un ZAR moins fort. Guillaume TRESCA guillaume.tresca@ca-cib.com Egypte : 2010 est une année à risque pour le budget La chute des recettes fiscales et la hausse des dépenses plombent le budget, et après cinq années consécutives de baisses, la dette publique devrait croître en 2010. Le gouvernement cherchera avant tout à attirer les investisseurs étrangers pour financer la croissance économique. Quand la croissance dépassait 7 % en 2007/08, l’objectif du gouvernement égyptien était de réduire rapidement le déficit budgétaire à -3 % du PIB. Il pourrait néanmoins atteindre près de -9 % cette année. La chute des recettes fiscales, la hausse des dépenses publiques et du service de la dette expliquent cette nette dégradation. 2010/2011 est une année charnière pour le budget car, si la baisse de l’inflation sur 2008/2009 avait dégagé quelques marges de manœuvre fiscales, elles tendent aujourd’hui à s’épuiser. Les comptes publiques se trouvent aujourd’hui entre deux feux : d’un côté le risque d’une hausse non maîtrisée des dépenses contraintes en raison du faible taux de croissance économique et d’un retour prévu de l’inflation alimentaire, et d’un autre celui que les recettes fiscales - particulièrement celles en devises très corrélées à l’activité économique mondiale - ne se rétablissent pas suffisamment vite. Après cinq années de baisses consécutives, la dette publique va très probablement croître en 2010. Dans ce contexte, l’Etat ne pourra pas non plus soutenir le même effort de relance budgétaire qu’en 2009/2010, ce qui rendra la croissance encore plus sensible à la conjoncture mondiale. L’une de ses priorités sera d’attirer en nombre les investisseurs étrangers afin d'alimenter la croissance et de lui redonner des marges de manœuvre face à une situation sociale qui tend à se durcir. Les offres de Public Private Partnership en direction des investisseurs devraient ainsi se multiplier. Riadh EL-HAFDHI riadh.el-hafdhi@credit-agricole-sa.fr e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 33
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    Pays émergents Russie :encourageant, mais… Le trimestre précédent a confirmé la reprise économique et cela semble devoir se poursuivre. La Banque centrale devrait continuer de baisser les taux pour desserrer les conditions financières et lisser l’appréciation du RUB. Toutefois, la monnaie et l’économie resteront vulnérables étant donné que peu de réformes structurelles ont été initiées. La reprise fragile enregistrée au cours des derniers trimestres s’est transformée en rebond solide et tous les problèmes semblent avoir été résolus. L’économie affiche un repli de 7,9 % en 2009, soit une performance meilleure qu’attendu. Grâce à la stabilisation des prix du pétrole, du taux de change et du ratio de prêts non performants, la croissance devrait redevenir positive en 2010, à 3,5 % en glissement annuel. Même la demande intérieure, bien que fragile et ayant pesé sur le rythme de la reprise, a donné des signes positifs. La croissance positive des salaires en termes réels et la stabilisation du taux de chômage laissent penser que cette reprise n’est pas finie. Il n’en reste pas moins que cette embellie ne modifiera probablement pas la politique accommodante de la Banque centrale. Cette dernière procède certes à un réglage fin de sa politique, mais le cycle de desserrement des conditions financières et monétaires n’est pas fini tant que la tendance à la désinflation se poursuit. De nouvelles baisses des taux devraient donner un ballon d’oxygène aux ménages endettés. Ces baisses sont aussi destinées à lisser l’appréciation globalement rapide du RUB. De fait, on a assisté à des entrées massives de capitaux au cours du dernier trimestre, entraînant un raffermissement du RUB. La Banque centrale va continuer d’intervenir sur les marchés des changes et de baisser le plancher du corridor de fluctuation du change. Les opérations de stérilisation devraient s’intensifier pour neutraliser les effets de l’afflux de capitaux. Il faut reconnaître que l’appréciation du RUB est un signe que l’on peut considérer comme encourageant, mais la monnaie nationale reste vulnérable. Les autorités n’ont pas réellement saisi l’occasion d’initier les réformes structurelles nécessaires. L’économie en Russie demeure très peu diversifiée : elle reste principalement axée sur le pétrole avec peu d’exportations de produits manufacturés et une grande rigidité des prix. Une forte variation des prix du pétrole ou un rebond de l’inflation auront les mêmes conséquences que précédemment, entraînant un net repli du RUB et mettant en danger la reprise économique. Guillaume TRESCA guillaume.tresca@ca-cib.com Turquie : un redressement encore hésitant Le chiffre de production industrielle pour janvier a déçu après le vif rebond de décembre. L’activité économique devrait en fait rester molle à court terme. Plusieurs évolutions ou événements récents restreignent, en effet, les possibilités qu’il en soit autrement. Le déficit de la balance courante devrait, par ailleurs, repartir à la hausse cette année, rappelant au passage que la Turquie est dépendante des capitaux étrangers. La production industrielle avait fait un bond de 25,3 % a/a en décembre 2009. Au-delà d’un effet de base certes très favorable, cette performance avait laissé entendre que la demande domestique pourrait repartir un peu plus rapidement que prévu. Cela restait tout de même à confirmer. Le chiffre de janvier ne l’a pas fait. L’industrie a vu sa production croître de 12,1 % a/a. La reprise risque en fait de rester hésitante à court terme. Les difficultés de la Grèce sont venues troubler les perspectives de rebond européen. Le chômage a continué d’augmenter en fin d’année dernière. L’inflation s’est accélérée à 10,1 % a/a en février (contre un point bas à 5,1 % a/a en octobre 2009). Les négociations (sur un nouveau programme d’aide) entre le FMI et Ankara ont été interrompues début mars. Et les relations entre l’AKP, d’un côté, l’armée et le pouvoir judiciaire, de l’autre, se sont tendues ces dernières semaines. Sans inquiéter, ces nouvelles donnes créent un peu plus d’incertitude et ne favorisent sans doute pas le raffermissement de l’activité économique. Le déficit de la balance courante s’est par ailleurs élevé à 2,96 Mds USD en janvier, soit à un niveau six fois supérieur à celui de janvier 2009. En rythme annuel, cela représente un déficit de 30 à 35 Mds USD, soit encore 4 % à 5 % du PIB. La Turquie est dépendante des financements étrangers et, donc, sensible aux humeurs des investisseurs. Ce n’est pas nouveau et cela ne changera ni à court, ni à moyen terme. Le redressement de la balance courante l’an dernier n’a été que la conséquence heureuse d’une forte contraction de la demande interne. Sylvain LACLIAS sylvain.laclias@credit-agricole-sa.fr e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 34
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    Pays émergents Inde :vers des politiques plus restrictives L’amélioration des perspectives de croissance permet aux autorités monétaires et budgétaires de s’orienter prudemment vers des politiques plus restrictives Après une croissance économique décevante au quatrième trimestre 2009, l’économie indienne semble prête pour une nouvelle accélération : l’impact négatif de la mauvaise mousson s’estompe et les exportations poursuivent leur redressement. Nous tablons sur une progression du PIB de 7,0 % pour l’exercice 2011 (qui débutera en avril 2010). Le budget de l’exercice 2011, présenté au début du mois, va dans le bon sens. Le gouvernement a fait des efforts méritoires en direction de la consolidation budgétaire. Le déficit du gouvernement central devrait se réduire, passant de 6,7 % du PIB en 2010 à 5,5 % du PIB en 2011. En outre, le gouvernement a fixé un objectif à moyen terme de 4,1 % du PIB en 2013. Par ailleurs, la crédibilité du projet budgétaire est étayée par des hypothèses de croissance réalistes et des mesures importantes, comme la poursuite des cessions, un projet d’introduction d’un impôt sur les biens et les services en 2011, la réduction des exonérations fiscales et le relèvement du taux de certains impôts, comme les droits d’accise. Ainsi, la réduction programmée du déficit budgétaire ne devrait pas s’effectuer aux dépens des investissements de développement. C’est à saluer, d’autant que les besoins d’infrastructure sont particulièrement importants. L’Inde vient toutefois de connaître des mois difficiles. L’inflation, mesurée par l’évolution de l’indice des prix de gros, s’est accélérée, passant d’un taux négatif au milieu de l’année dernière à près de 10 % en rythme annuel en février. Elle pourrait culminer au cours des prochains mois. Toutefois, même si elle se modère à partir du début du deuxième trimestre, les dernières hausses mensuelles permettent de penser qu’elle devrait rester supérieure à la zone de confort de la Banque centrale à plus long terme. La RBI augmentera probablement encore son ratio de réserves et devrait commencer à relever les taux d’intérêt à partir d’avril, selon nous. Nous anticipons 125 pdb de hausse du taux repo et reverse repo. Chine : le raffermissement du yuan remis à plus tard La politisation de la question du yuan retardera probablement la reprise de son appréciation. Celle-ci est cependant incontournable pour limiter le risque de bulle sur les actifs et d’inflation. Les tensions politiques s’accumulent entre la Chine et les Etats-Unis sur la question du CNY. À l’occasion de la session de clôture du Congrès national du peuple, le Premier ministre chinois a nié la sous-évaluation du CNY et a répété ses inquiétudes quant à la valeur des actifs de la Chine libellés en USD. Les tensions devraient rester soutenues jusqu’à la mi-avril, lorsque le Trésor américain décidera ou non d’accuser la Chine de manipuler les taux de change. La politisation de la question du CNY nous incite à penser qu’il est peu probable que la Chine intervienne sur sa monnaie avant la seconde partie du deuxième trimestre. Toutefois, les défis macroéconomiques continueront de prendre de l’ampleur. La croissance économique dynamique (10,7 % en rythme annuel au T4) et l’expansion monétaire soutenue ont entraîné une accélération de l’inflation, à 2,7 % en rythme annuel en février. Le risque de bulles sur les actifs demeure une source croissante d’inquiétude. Ce n’est pas tout. Le peg du CNY à l’USD alimente les déséquilibres, selon nous. L’on craint que la Banque centrale ait perdu le contrôle de l’inflation et bon nombre d’intervenants sur les marchés financiers sont prêts à parier sur une appréciation du CNY à plus long terme. De ce fait, l’afflux de capitaux spéculatifs devrait rester soutenu, alimentant la liquidité intérieure et le risque d’inflation et de bulles. Nous pensons que la Chine finira par être contrainte d’intervenir. Elle attendra cependant probablement que l’environnement politique redevienne plus serein. Un autre facteur pourrait aussi l’inciter à tarder à intervenir sur le CNY. L’USD a entraîné le CNY dans son sillage dans sa récente ascension contre l’euro, ce qui rend plus difficile la reprise de l’appréciation du CNY dans l’immédiat par rapport à il y a deux ou trois mois. Nous estimons désormais que le CNY devrait recommencer à s’apprécier vers la fin du deuxième trimestre (et non plus à partir de la fin du premier trimestre ou du début du deuxième). Sebastien BARBE sebastien.barbe@ca-cib.com e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 35
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    Pays émergents Mexique :laborieux Les signes d'un redémarrage sont là. Il ne sera pas exceptionnel : le recul de 2009 ne sera pas entièrement résorbé. Mais à nouveau, le Mexique va tirer profit de la reprise aux Etats-Unis, qui sera probablement soutenue en cours d'année par une demande domestique encore à la traîne. L'économie mexicaine redémarre, lentement. La plupart des indicateurs sont bien orientés. En janvier, les exportations progressaient ainsi de 27,5 % a/a, la production manufacturière de 9,7 % a/a (deuxième mois consécutif de hausse), et en décembre même les ventes de détail avaient pour la première fois depuis août 2008 augmenté en volume de 1,6 % a/a. La demande extérieure (au Mexique : celle des Etats-Unis) est le principal moteur de la croissance. La demande domestique reste en retrait. Par exemple, les ventes d'automobiles ou la construction reculent toujours. Au total, il s'agit donc d'une reprise assez modeste. Même les exportations restent au-dessous de leur niveau du troisième trimestre 2007. Le recul de l'activité a cependant été tel en 2009 (le PIB s'est contracté de 6,5 %) que le Mexique devrait retrouver la tendance (modeste) de croissance des années 2003-2008 (3,4 %). Le principal risque à cette reprise est celui d'une poussée inflationniste qui conduirait la Banque du Mexique à relever son taux directeur. En février, l'indice des prix à la consommation était déjà en hausse de 4,8 % a/a, nettement au-dessus des 3,6 % de décembre 2009. Une croissance de 3,5% ne serait pourtant pas exceptionnelle pour un pays disposant des ressources du Mexique, mais aller au-delà exigerait des réformes structurelles bien connues (fiscalité, pétrole, éducation…) mais très improbables à court terme. Jean-Louis MARTIN jean-louis.martin@credit-agricole-sa.fr Brésil : bientôt les hausses de taux Le redressement de l’économie brésilienne est bien engagé, mais le rythme de croissance actuel ne pourra clairement pas perdurer. L’inflation est repartie à la hausse, de même que les anticipations. Cette situation laisse supposer qu’un ajustement de la politique monétaire est imminent, et qu’il sera sans doute plus marqué qu’initialement prévu. L’économie brésilienne a continué de croître au dernier trimestre, stimulée comme prévu par l’investissement privé et par la consommation. La vigueur de l’économie à ce jour, et le fait que la croissance soit tirée par l'investissement privé, conforte encore notre opinion que le pays en serait aux premiers stades d'un long cycle de croissance. Nos prévisions actuelles de croissance du PIB réel se situent à 5,3 % pour 2010 et 4,2 % pour 2011. D’un autre côté, l’inflation se révèle plus importante que prévu depuis le mois de décembre. Bien que la plupart des pressions sur les prix ne soient pas liées à la demande, elle a eu un certain impact sur les prévisions d’inflation à court et moyen terme. La hausse des prévisions d’inflation, couplée au sentiment croissant que l'output gap se resserre plus vite que prévu, va probablement donner lieu sous peu à un relèvement des taux d'intérêt. Nous tablons à présent sur une première hausse d’un demi-point du taux Selic en avril plutôt qu’en juin. Nous avons également relevé notre estimation à fin 2010 de 11 % à 11,5 %. A moyen terme cependant, la croissance devrait ralentir vers des niveaux plus soutenables, ce qui laissera une certaine marge de manœuvre pour des baisses de taux au second semestre 2011. Le BRL devrait rester relativement proche de son niveau actuel au cours des deux prochaines années. D’un côté, le déficit courant va se creuser, du fait d’une progression de la demande intérieure toujours plus rapide que la croissance du PIB. D’un autre côté, la forte croissance et des taux d’intérêt réels très élevés devraient continuer d'attirer les flux de capitaux dans le pays. Vladimir VALE vladimir.vale@ca-cib.com e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 36
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    Pays émergents GCC :les économies de la région se redressent à des rythmes différents Pour les économies du Golf, la hausse des cours pétroliers à 70 USD et plus induit les effets d’une importante relance budgétaire. Le climat de confiance, l’insuffisance du crédit bancaire et la timidité du secteur privé représentent de leur coté autant de freins à la croissance économique. L'inflation n'est pas encore extrêmement préoccupante compte tenu d’une demande intérieure réduite et de la bonne tenue du dollar américain. Les perspectives macroéconomiques pour l’Arabie saoudite sont les plus encourageantes de toute la région. Les prix du pétrole ont atteint en moyenne 77 USD le baril au cours des deux premiers mois de 2010, avant de monter encore au-dessus de 80 USD en mars, ce qui a permis de soutenir une reprise économique prudente des pays du Golfe. Les principaux freins pour cette région exportatrice d'or noir sont la stagnation du crédit bancaire, le manque de dynamisme du secteur privé, les incertitudes autour de l'ampleur exacte des problèmes liés à la dette de Dubaï et la part des créances douteuses dans le bilan des banques. Tandis que 2010 devrait être, dans l’ensemble, une année de reprise économique, des évolutions divergentes apparaissent entre les différents pays du Golfe, les meilleures perspectives macroéconomiques étant celles de l’Arabie saoudite, suivie d’Abou Dabi et du Qatar. En 2008, l’Arabie saoudite a entrepris un plan d'investissement quinquennal de 400 Mds USD, soit le plan de relance le plus ambitieux du G20 en pourcentage du PIB d’après le FMI, soit plus de 111 % du PIB de 2009. Ce plan est adossé aux 411 Mds USD d’actifs étrangers de la Banque centrale (dernier chiffre disponible). A ce jour, l’État a dépensé près d’un tiers de ce budget, ce qui laisse supposer qu’il devrait aisément atteindre son objectif pour 2013. Bien que l’Arabie saoudite ait enregistré un léger déficit budgétaire en 2009, elle réduit également son endettement depuis 2002, une tendance qui devrait se poursuivre cette année. Le ratio dette/PIB du pays devrait même reculer à 13,2 % en 2010. Les recettes des exportations pétrolières saoudiennes devraient permettre au pays d’enregistrer des excédents courant et budgétaire en 2010. La dette extérieure brute fait partie des plus faibles parmi les pays du Golfe et la dette actuelle de l'État est exclusivement domestique. Aucune bulle d'actifs n’a été constatée en Arabie saoudite, et une nouvelle loi sur les prêts hypothécaires (attendue d'ici au second semestre) devrait améliorer la situation de l’offre de logements à moyen terme ainsi que l’intermédiation financière des banques. La croissance saoudienne s’appuie sur une population de 25 millions d’habitants, dont quelque 7,5 millions d’expatriés, qui croît d’environ 2,5 % par an. Des tendances positives sont visibles dans les statistiques du crédit bancaire et du commerce extérieur, les importations et les exportations hors pétrole ayant atteint en décembre leurs plus hauts niveaux de 2009. L’économie des Émirats arabes unis se redresse plus lentement en raison de l'effondrement du marché immobilier et de l'érosion de la demande intérieure. Abou Dabi, qui détient la majeure partie des réserves pétrolières des Émirats, est plus riche et moins endetté que Dubaï, et il devrait voir son PIB croître de 3,8 % en 2010, tandis que celui de Dubaï est appelé à se contracter. Cependant, ses banques et entreprises familiales sont également exposées aux difficultés immobilières de son voisin. GCC : prévisions 2010 180,5% Ratios dette/PIB estimés 25% 6% des États du Golfe en 2009 20% (% PIB) 4% 15% 2% 10% 67,7% 5% 0% 38,0% 0% -2% 23,5% 19,6% 17,1% Oman EAU Qatar saoudite Bahrein Koweit Arabie Oman EAU Qatar saoudite Bahrein Kowait Arabie PIB réel IPC (éch. dr.) Source : Crédit Agricole CIB Source : FMI e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 37
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    Pays émergents Le Qatar devrait enregistrer la plus forte croissance du PIB au niveau mondial en 2010 (19,2 % environ) du fait de l’accélération de sa production de gaz naturel, mais le pays reste pris dans un cycle de déflation engendré par la baisse des prix immobiliers qui devrait persister cette année avec l’augmentation de l'offre. Au Qatar, les prix à la consommation ont chuté de 4,7 % en 2009, et en janvier la déflation a atteint 5,7 %. Les Émirats connaissent encore une faible inflation, qui devrait s’élever en moyenne à 2,4 % en 2010 selon les estimations, contre 1,6 % en 2009. Dans les autres pays, la hausse des prix s'accélère du fait du renchérissement des produits alimentaires à l'échelle mondiale et des niveaux élevés des loyers sur certains marchés. En Arabie saoudite, l’inflation est montée à 4,6 % en février, tandis que dans le Sultanat d’Oman, où elle était tombée à moins de 1 % à la fin de l’année dernière, elle est repartie à la hausse à 1,7 % en janvier. Le parlement koweitien a voté en février l’adoption d’un plan de développement de 104 Mds USD sur quatre ans visant à réduire la dépendance pétrolière et à stimuler le secteur privé. En complément de ce plan, la Banque centrale a abaissé son taux directeur à 2,5 %. Ces mesures positives confortent notre estimation de croissance du PIB de 3,8 % en 2010, après une contraction estimée à 2,7 % l’année dernière. La croissance économique d’Oman devrait atteindre 3,9 % en 2010, après 1,6 % en 2009. Le Sultanat, qui a fait d’importants efforts de diversification, a été préservé de la crise financière mondiale et des problèmes de dette de Dubaï. Le PIB de Bahreïn devrait progresser de 3,6 % en 2010 suite au renforcement des investissements, des services et du tourisme. John SFAKIANAKIS Johns@alfransi.com.sa e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 38
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    Prévisions taux d’intérêt Au 29 mars 2010 29-m ars juin-10 sept-10 déc-10 m ars-11 juin-11 sept-11 déc-11 Etats-Unis Fed funds 0-0.25 0-0.25 0-0.25 0-0.25 0-0.25 1,00 2,00 2,25 3 m ois 0,29 0,40 0,50 0,70 1,00 1,50 2,50 2,75 Taux 2 ans 1,04 1,90 2,75 3,25 3,25 3,50 3,75 4,00 Taux 10 ans 3,87 4,20 4,50 4,50 4,50 4,50 4,50 4,50 Japon Call 0,10 0,10 0,10 0,10 0,10 0,25 0,50 0,50 3 m ois 0,24 0,40 0,40 0,40 0,40 0,60 0,70 0,70 Taux 2 ans 0,18 0,20 0,20 0,20 0,30 0,50 0,60 0,60 Taux 10 ans 1,41 1,40 1,50 1,60 1,60 1,80 2,00 2,00 Zone euro Repo 1,00 1,00 1,00 1,25 1,75 2,25 2,50 2,75 3 m ois 0,58 0,90 1,40 1,80 2,30 2,80 3,20 3,40 Taux 2 ans 0,98 2,00 2,75 3,25 3,50 3,75 4,00 4,00 Taux 10 ans (All.) 3,13 3,85 4,20 4,40 4,40 4,40 4,40 4,40 Royaum e-Uni Taux de base 0,50 0,50 0,50 0,50 1,00 1,75 2,50 3,25 3 m ois 0,65 0,80 0,80 0,80 1,40 2,15 2,90 3,65 Taux 2 ans 1,18 2,20 2,75 3,25 3,50 3,75 4,00 4,00 Taux 10 ans 3,98 4,20 4,40 4,60 4,50 4,50 4,50 4,50 Suède Repo 0,25 0,25 0,75 1,50 2,00 2,50 3,00 3,00 3 m ois 0,50 0,60 1,10 1,90 2,30 2,80 3,30 3,30 Taux 10 ans 3,20 4,10 4,20 4,30 4,30 4,40 4,40 4,40 Norvège Deposit 1,75 2,00 2,25 2,50 2,75 3,00 3,25 3,50 3 m ois 2,20 2,40 2,65 2,85 3,05 3,25 3,50 3,75 Taux 10 ans 3,78 4,60 4,70 4,70 4,80 4,80 4,80 4,80 Suisse 3 m ois 0,25 0,25 0,25 0,50 0,75 1,00 1,25 1,50 Taux 10 ans 1,91 2,35 2,50 2,70 2,70 2,70 2,70 2,70 Canada Overnight Target 0,25 0,25 0,75 1,25 1,75 2,25 2,50 2,50 3 m ois 0,40 0,50 1,00 1,60 2,15 2,65 2,80 2,80 Taux 10 ans 3,58 3,90 4,40 4,50 4,60 4,60 4,60 4,60 Australie Cash Target 4,00 4,00 4,50 5,00 5,00 5,00 5,00 5,00 3 m ois 4,50 4,60 5,00 5,50 5,50 5,50 5,50 5,50 Taux 10 ans 5,79 5,70 5,80 6,00 6,00 6,20 6,30 6,30 Nouvelle-Zélande Official Cash Rate 2,50 3,00 3,50 4,00 4,50 5,00 5,00 5,00 3 m ois 2,73 3,30 3,80 4,30 4,80 5,30 5,40 5,50 Taux 10 ans 6,02 6,10 6,30 6,40 6,50 6,50 6,60 6,60 e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 39
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    Prévisions taux d’intérêt 30-m ars juin-10 sept-10 déc-10 m ars-11 juin-11 sept-11 déc-11 Asie Chine 1Y lending rate 5,31 5,58 5,85 5,85 5,85 6,12 6,39 6,39 Hong Kong Base rate 0,50 0,50 0,50 0,50 0,50 1,00 1,50 2,00 Inde Repo rate 5,00 5,50 6,00 6,00 6,00 6,00 6,50 6,50 Indonésie BI rate 6,50 7,00 7,25 7,75 7,75 7,75 7,75 7,75 Corée Call rate 2,00 2,25 2,50 2,75 3,00 3,50 3,50 3,50 Malaisie OPR 2,25 2,25 2,50 2,50 2,50 3,00 3,00 3,00 Philippines Repo rate 4,00 4,50 5,00 5,00 5,00 5,50 5,50 5,50 Singapour 6M SOR 0,62 0,80 0,90 0,95 1,00 1,40 1,80 2,20 Taiw an Redisc 1,25 1,50 1,75 2,00 2,00 2,25 2,50 2,50 Thaïlande Repo 1,25 1,50 2,00 2,25 2,50 2,75 3,00 3,00 Vietnam Prime rate 7,00 10,00 10,00 10,00 10,00 10,00 10,00 10,00 Am érique latine Argentine 3M deposit 10,25 11,00 11,00 11,00 11,00 11,50 12,00 12,00 Brésil Overnight/Selic 8,75 9,75 10,75 11,50 11,50 11,50 11,00 11,00 Mexique Overnight rate 4,50 4,50 4,75 4,75 4,75 5,00 5,25 5,25 Europe ém ergente Rép. Tchèque 14D repo 1,00 1,00 1,00 1,25 1,50 1,75 2,00 2,00 Hongrie 2W repo 5,50 5,50 5,50 5,50 5,50 5,75 6,00 6,25 Pologne 7D repo 3,50 3,50 3,50 3,50 3,50 3,75 4,00 4,25 Roumanie 2W repo 6,50 6,50 6,50 6,50 6,50 7,00 7,50 7,50 Russie Refinancing rate 8,50 8,00 8,00 8,25 8,75 9,25 9,50 9,50 Turquie Overnight 6,50 6,50 6,50 7,00 8,00 8,75 9,50 9,75 Afrique & Moyen Orient Afrique du Sud Repo 6,50 6,50 6,50 7,00 7,00 7,25 7,50 7,75 EAU Repo 1,00 1,00 1,00 1,00 1,00 1,50 2,00 2,50 Arabie saoudite Repo 2,00 2,00 2,00 2,00 2,00 2,50 3,00 3,50 e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 40
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    Prévisions taux dechange Au 29 mars 2010 Taux de change USD 29-m ars juin-10 sept-10 déc-10 m ars-11 juin-11 sept-11 déc-11 Pays industrialisés Euro EUR/USD 1,34 1,33 1,28 1,25 1,23 1,21 1,19 1,18 Japon USD/JPY 93 94 98 100 104 106 108 110 Royaum e-Uni GBP/USD 1,50 1,49 1,49 1,51 1,52 1,55 1,55 1,55 Suisse USD/CHF 1,06 1,11 1,16 1,19 1,22 1,25 1,28 1,30 Canada USD/CAD 1,02 1,01 1,03 1,05 1,08 1,09 1,10 1,12 Australie AUD/USD 0,91 0,95 0,93 0,91 0,89 0,87 0,86 0,86 Nouvelle-Zélande NZD/USD 0,71 0,76 0,74 0,72 0,71 0,70 0,69 0,69 Asie Chine USD/CNY 6,83 6,70 6,60 6,50 6,43 6,35 6,28 6,20 Hong Kong USD/HKD 7,76 7,80 7,80 7,80 7,80 7,80 7,80 7,80 Inde USD/INR 44,96 43,50 42,00 41,00 40,80 40,50 40,30 40,00 Indonésie USD/IDR 9 085 9 100 9 050 9 000 8 975 8 950 8 925 8 900 Malaisie USD/MYR 3,27 3,28 3,25 3,22 3,18 3,14 3,09 3,05 Philippines USD/PHP 45,25 44,50 44,00 43,50 43,00 42,50 42,00 41,50 Singapour USD/SGD 1,40 1,37 1,35 1,34 1,33 1,32 1,31 1,30 Corée du Sud USD/KRW 1 132 1 060 1 020 1 000 990 970 960 950 Taiw an USD/TWD 31,79 31,20 30,70 30,00 29,75 29,50 29,25 29,00 Thaïlande USD/THB 32,36 32,40 31,80 31,50 31,30 31,00 30,80 30,50 Vietnam USD/VND 19 085 19 300 19 400 19 500 19 500 19 500 19 500 19 500 Am érique latine Argentine USD/ARS 3,87 4,06 4,18 4,31 4,37 4,42 4,48 4,54 Brésil USD/BRL 1,81 1,80 1,77 1,75 1,75 1,75 1,75 1,75 Mexique USD/MXN 12,47 12,70 12,40 12,38 12,35 12,33 12,30 12,30 Afrique & Moyen-Orient Afrique du Sud USD/ZAR 7,41 7,90 7,85 7,80 7,73 7,65 7,58 7,50 Europe - ém ergents Pologne USD/PLN 2,89 2,78 2,81 2,80 2,76 2,73 2,69 2,63 Russie USD/RUB 29,55 30,74 31,35 31,46 31,45 30,79 29,94 29,05 Turquie USD/TRY 1,53 1,44 1,42 1,40 1,39 1,38 1,37 1,36 Parités croisées contre euro Pays industrialisés Japon EUR/JPY 124 125 125 125 128 128 129 130 Royaum e-Uni EUR/GBP 0,90 0,89 0,86 0,83 0,81 0,78 0,77 0,76 Suisse EUR/CHF 1,43 1,47 1,48 1,49 1,50 1,51 1,52 1,53 Suède EUR/SEK 9,78 9,90 9,80 9,70 9,60 9,50 9,50 9,40 Norvège EUR/NOK 8,06 8,05 8,00 7,80 7,60 7,50 7,50 7,40 Europe centrale République tchèque EUR/CZK 25,46 24,00 24,00 22,50 22,00 21,50 21,00 20,50 Hongrie EUR/HUF 266 260 260 260 255 250 245 240 Pologne EUR/PLN 3,88 3,70 3,60 3,50 3,40 3,30 3,20 3,10 Roum anie EUR/RON 4,07 4,30 4,30 4,30 4,30 4,30 4,30 4,30 e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 41
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    Scénario économique duGroupe Crédit Agricole S.A. Au 29 mars 2010 Balance courante PIB (a/a, %) Inflation (a/a, %) (en % du PIB) 2009 2010 2011 2009 2010 2011 2009 2010 2011 Etats-Unis -2,4 3,0 3,1 -0,3 2,2 2,1 -3,0 -3,4 -3,6 Japon -5,0 1,9 1,6 -1,3 -0,8 -0,5 2,5 4,3 4,6 Zone euro -4,0 0,9 1,2 0,3 1,1 1,7 -0,6 -0,5 -0,4 Allem agne -4,9 1,6 1,6 0,2 0,6 1,3 5,0 4,5 6,0 France -2,2 1,1 1,3 0,1 1,3 1,6 -2,0 -1,9 -2,0 Italie -5,1 0,4 0,7 0,8 1,2 1,8 -3,3 -2,3 -2,1 Espagne -3,6 -0,4 0,6 -0,3 1,5 2,5 -5,1 -3,5 -3,0 Royaum e-Uni -4,9 1,1 1,8 2,2 2,4 1,5 -2,6 -2,4 -2,0 Norvège -1,4 1,6 2,3 2,2 2,5 2,3 13,8 14,0 15,0 Suède -4,7 0,5 2,7 -0,3 1,6 2,3 6,2 7,0 7,0 Suisse -1,8 0,6 1,6 -0,6 0,7 1,0 6,0 7,0 7,0 Canada -2,6 3,1 3,0 0,3 1,8 1,9 -2,9 -2,1 -1,6 Australie 1,7 2,5 3,2 1,5 2,1 2,2 -4,0 -5,0 -5,0 Nouvelle-Zélande -1,9 2,1 3,1 1,8 2,1 2,0 -6,5 -6,0 -6,0 Asie 5,9 7,2 7,5 0,7 3,6 4,0 4,2 3,4 3,5 Chine 8,7 9,0 9,0 -0,7 3,0 3,5 6,0 5,0 5,5 Hong Kong -2,7 5,0 5,0 0,7 1,8 3,0 12,0 9,0 9,0 Inde 7,5 7,0 7,5 1,9 5,0 5,5 -1,5 -1,0 -1,0 Indonésie 4,5 5,0 5,3 4,9 5,8 5,0 2,3 2,0 1,3 Corée 0,2 4,0 5,0 2,7 3,0 3,5 5,2 3,0 2,0 Malaisie -1,7 4,0 5,5 0,7 2,0 2,5 14,0 12,0 13,0 Philippines 1,3 4,5 5,5 3,5 4,5 5,0 5,0 3,5 2,5 Singapour -2,0 5,5 6,0 0,5 2,5 3,0 12,5 15,5 14,0 Taiw an -1,9 5,0 5,5 -0,8 1,5 2,0 9,0 7,5 7,0 Thaïlande -2,3 4,0 4,5 -0,8 2,5 3,0 6,5 4,5 5,0 Vietnam 4,1 4,5 4,5 6,6 6,0 8,0 -11,0 -8,0 -8,0 Am érique latine -2,6 4,1 3,7 6,7 5,5 5,2 -1,4 -1,8 -2,2 Argentine -3,0 2,8 2,5 14,8 10,0 10,0 0,5 1,0 1,0 Brésil 0,2 5,3 4,2 4,9 4,7 4,5 -1,5 -3,0 -3,5 Mexique -6,5 3,0 3,5 5,3 4,5 4,0 -2,1 -1,4 -2,0 Europe - ém ergents -5,4 2,8 4,0 7,8 6,2 6,4 0,9 0,6 0,0 République tchèque -4,3 1,5 3,0 0,5 0,7 2,0 -2,0 -2,5 -2,8 Hongrie -6,3 -0,3 2,5 5,4 3,5 3,5 0,3 -1,5 -2,5 Pologne 1,7 2,3 3,4 3,8 2,9 2,8 -1,4 -2,3 -3,0 Russie -7,9 3,5 4,5 11,5 8,0 8,5 3,9 4,5 4,0 Roum anie -7,0 1,0 2,0 6,0 5,0 5,5 -5,5 -5,0 -6,0 Turquie -5,9 3,5 4,5 6,3 8,0 7,0 -2,2 -3,7 -4,5 Afrique & Moyen-Orient 0,3 3,5 4,3 5,1 5,0 5,5 -0,1 0,5 2,0 Algérie 2,6 4,5 4,3 5,9 4,2 4,9 -2,0 1,7 0,5 Egypte 4,7 4,8 5,5 11,8 11,0 9,0 -1,5 -1,0 0,0 Kow eït -2,7 3,8 4,1 4,6 3,6 4,4 22,3 29,5 22,4 Liban 7,0 6,0 5,5 1,2 3,0 3,0 6,0 -9,5 -6,5 Maroc 4,7 4,0 4,4 1,2 2,4 2,6 -3,3 -5,0 -3,5 Qatar 11,0 19,2 7,2 -4,9 -1,0 3,5 4,5 11,9 20,3 Arabie saoudite 0,2 3,9 4,8 5,1 4,3 4,8 0,9 2,0 9,8 Afrique du Sud -1,4 2,0 3,5 7,1 6,6 7,0 -4,8 -5,2 -5,0 Em irats arabes unis -3,6 2,0 3,9 1,4 2,4 4,1 4,1 4,3 5,0 Tunisie 3,0 3,5 4,5 3,7 3,7 3,0 -3,8 -2,5 -2,5 Total -0,8 3,6 3,9 1,2 2,7 2,9 0,4 0,2 0,3 Pays industrialisés -3,2 2,1 2,2 -0,2 1,4 1,6 -1,1 -1,0 -1,0 Pays ém ergents 2,7 5,8 6,2 2,9 4,3 4,7 2,5 2,0 2,1 Notes: (1) Royaume-Uni : HICP ; Inde : prix de gros ; Chine, index prix de détail ; Brésil : IPCA, Afrique du Sud : CPI-X (2) Inde : fin de l'année fiscale en mars. e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 42
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    Budget – Matièrespremières Au 29 mars 2010 Solde budgétaire Dette publique 2009 2010 2011 2009 2010 2011 Etats-Unis -9,9 -10,6 -8,3 53,0 63,6 68,6 Japon -11,3 -10,9 -9,7 184,0 197,0 206,0 Zone euro -6,4 -6,9 -6,1 78,4 84,3 88,8 Allemagne -3,3 -5,5 -4,9 72,7 77,0 80,4 France -8,0 -8,2 -7,5 77,0 84,0 89,8 Italie -5,3 -5,2 -4,7 115,6 119,1 121,8 Espagne -11,4 -10,3 -8,3 55,2 66,6 74,9 Pays-Bas -4,9 -6,2 -5,2 62,3 67,8 71,6 Belgique -5,9 -4,8 -4,3 97,9 100,8 102,9 Grèce -12,8 -8,9 -5,9 113,4 123,4 128,2 Irlande -11,7 -11,7 -11,0 64,5 78,0 86,8 Portugal -9,3 -8,8 -8,2 76,8 84,9 91,7 Royaum e-Uni -13,3 -12,7 -10,0 70,0 83,0 88,0 2010 2011 Prix à long 29-m ars T1 T2 T3 T4 Année T1 T2 T3 T4 Année term e Métaux Aluminium USD/t 2 190 2 180 2 400 2 300 2 320 2 300 2 300 2 500 2 450 2 750 2 500 2,650 (120c/lb) Cuivre USD/t 7 479 7 250 7 650 7 400 7 700 7 500 7 500 8 000 8 000 8 500 8 000 4,960 (225c/lb) Nickel USD/t 23 569 19 700 21 000 17 300 22 000 20 000 22 000 24 000 23 000 27 000 24 000 15,432 (700c/lb) Zinc USD/t 2 197 2 300 2 350 2 200 2 450 2 325 2 500 2 600 2 600 2 700 2 600 1,764 (80c/lb) Plomb USD/t 2 096 2 260 2 100 2 440 2 800 2 400 2 800 2 600 2 700 2 700 2 700 1,323 (60c/lb) Etain USD/t 17 595 17 150 20 000 19 000 23 850 20 000 23 000 24 000 24 000 25 000 24 000 15,000 (680c/lb) Métaux précieux Or USD/oz 1 114 1 091 1 120 1 220 1 220 1 185 1 100 1 050 1 000 950 1 025 650 Argent USD/oz 17,4 16,7 17,0 19,8 19,0 18,5 19,0 19,5 20,5 21,0 20,0 7,0 Platine USD/oz 1 619 1 590 1 560 1 625 1 675 1 650 1 750 1 725 1 750 1 775 1 750 1 200 Palladium USD/oz 476 452 450 470 505 500 550 565 590 600 576 300 Pétrole T1 09 T2 09 T3 09 T4 09 T1 10 T2 10 T3 10 T4 10 T1 11 T2 11 T3 11 T4 11 WTI $/BBL 43 60 68 76 78 68 72 76 75 70 70 75 Brent $/BBL 44 59 68 75 77 67 72 75 74 69 70 74 Directeur de la publication : Jean-Paul BETBEZE Rédacteurs en chef : Hervé GOULLETQUER, Isabelle JOB Réalisation & Secrétariat de rédaction : Fabienne Pesty — Contact : publication.eco@credit-agricole-sa.fr Crédit Agricole S.A. — Pôle Études Économiques — 75710 PARIS Cedex 15 — Fax : +33 143 23 58 60 Cette publication reflète l’opinion de Crédit Agricole S.A. à la date de sa publication, sauf mention contraire (contributeurs extérieurs). Cette opinion est susceptible d’être modifiée à tout moment sans notification. Elle est réalisée à titre purement informatif. Ni l’information contenue, ni les analyses qui y sont exprimées ne constituent en aucune façon une offre de vente ou une sollicitation commerciale et ne sauraient engager la responsabilité du Crédit Agricole S.A. ou de l’une de ses filiales ou d’une Caisse Régionale. Le Crédit Agricole S.A. ne garantit ni l’exactitude, ni l’exhaustivité de ces opinions comme des sources d’informations à partir desquelles elles ont été obtenues, bien que ces sources d’informations soient réputées fiables. Ni Crédit Agricole S.A., ni une de ses filiales ou une Caisse Régionale, ne sauraient donc engager sa responsabilité au titre de la divulgation ou de l’utilisation des informations contenues dans cette publication. www.credit-agricole.com - Rubrique Etudes Economiques Abonnez-vous gratuitement à nos publications électroniques e Perspectives Macro - N°128 – 2 trimestre 2010 43